juillet 20, 2008

MAXIMILIEN DE ROBESPIERRE (1758-1794) – LA TERREUR MONTAGNARDE (3)

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Il n’avait ni talent, ni force, ni système. Il fut néanmoins le vrai bouc-émissaire de la Révolution, immolé dès qu’il avait voulu entreprendre de l’arrêter dans sa course , destinée commune, du reste, à tous ceux qui, jusqu’à moi, avaient osé l’essayer. Les terroristes et leur doctrine ont survécu à Robespierre ; et si leurs excès ne se sont pas continués, c’est qu’il leur a fallu plier devant l’opinion publique. Ils ont tout jeté sur Robespierre ; mais celui-ci leur répondait avant de périr, qu’il était étranger aux dernières exécutions ; que, depuis six semaines, il n’avait pas paru aux comités.

(Napoléon Bonaparte)

Une chose qui honore Robespierre, c’est sa lutte contre certains représentants qui, dans leurs missions, avaient abusé de leurs pouvoirs, comme Carrier, Tallien, Fouché, Fréron ; mais le malheur de son imagination soupçonneuse et de ses défiances, c’est que sa monomanie d’épuration le poussa jusqu’à attaquer une foule de commissaires conventionnels qui étaient purs et dévoués ; ce qui augmenta le nombre de ses ennemis et le fit accuser d’aspirer à une espèce de dictature judiciaire, de position de grand censeur, lui qui n’avait jamais quitté son siège et ne s’était pas trouvé en présence des difficultés. Lindet, Merlin de Thionville, Philippeaux, Dubois de Crancé, Baudot, Lacoste et tant d’autres qui s’étaient trouvés dans des situations terribles, ne lui pardonnèrent pas ses attaques. Tué par Robespierre, Cloots avait été exclu de la Convention, comme étranger, puis arrêté bientôt, au commencement de mars (1794) ; le puissant parti des hébertistes, appuyé sur la Commune et l’armée révolutionnaire, poussé à bout par les persécutions robespierristes, s’était cru capable de composer un gouvernement et avait imprudemment annoncé aux Cordeliers une insurrection. A. la suite d’un rapport foudroyant de Saint-Just, le bras droit de Robespierre, leurs chefs les plus énergiques furent arrêtés ventôse, (14 mars), puis bientôt jetés à la guillotine, avec l’infortuné Cloots et autres victimes. Un peu plus tard, ce fut le tour de Chaumette et des autres promoteurs du mouvement anticatholique. Le déisme et Rousseau étaient bien vengés ! La Commune fut largement épurée, peuplée de robespierristes fervents. A la place du procureur Chaumette, magistrat élu, on mit, comme agent national, nommé par le comité de Salut public, Payan, un homme capable, mais fanatique de Robespierre. Un autre dévoué, Fleuriot-Lescot, fut nommé maire à la place de Pache. L’administration de Paris se trouvait ainsi robespierrisée. On entrait, pour ainsi dire, dans la royauté. Quelques jours plus tard, le 27 mars, l’armée révolutionnaire fut dissoute (son chef, Ronsin, avait été guillotiné avec les hébertistes). Mais ce n’était pas assez de tant de tragédies ! La Révolution, suivant le mot si connu de Vergniaud, devait successivement dévorer tous ses enfants. L’heure de la faction des indulgents était arrivée. Chargé précédemment de préparer un rapport sur la « faction » Fabre d’Eglantine, Robespierre n’y avait pas compris Danton. Il est probable qu’il voulait conserver encore quelque temps ce parti comme contre-poids. Cela était, du moins, dans les habitudes ou dans les fluctuations de sa politique, si tant est qu’il eût une politique bien dessinée. Billaud-Varennes ayant proposé dans le comité l’arrestation de Danton, Robespierre se récria d’abord, effrayé peut-être d’un tel coup, qui allait être son brumaire à lui, lui donner toute la puissance ; mais bientôt il se laissa convaincre. Les historiens qui ont fait de lui le seul homme nécessaire de la Révolution, la pierre angulaire, voudraient dégager ici sa responsabilité en constatant que ce ne fut pas lui qui prit l’initiative de ce nouveau sacrifice humain. Sans entrer dans des discussions qui nous mèneraient beaucoup trop loin, remarquons que cette extermination des indulgents, venant après regorgement des exagérés (que les premiers avaient servi à abattre), était horriblement conforme à la fameuse thèse incessamment ressassée par Maximilien, que le modérantisme et l’exagération étaient également funestes, également contre-révolutionnaires ; et enfin, pour s’en tenir aux choses hors de doute, que s’il est conjectural qu’il ressentit une grande douleur en livrant Danton, Desmoulins, ses amis de vingt ans, il est, au contraire, bien positif qu’il les poursuivit, dès lors, avec la haine la plus implacable. Comment concilier cela, comment expliquer ce passage subit de l’amitié à une fureur que rien ne justifiait, car les fameuses conspirations au nom desquelles les révolutionnaires s’exterminaient sont depuis longtemps reléguées parmi les chimères ? Quoi qu’il en soit, par délibération des comités, Danton, Camille Desmoulins, Lacroix et Philippeaux furent arrêtés le 11 germinal an II (31 mars 1794). Le même jour, à l’ouverture de la Convention, il y eut comme un frémissement ; Legendre, ému, demanda qu’au moins les illustres accusés fussent entendus à la barre. Mais Robespierre s’élance à la tribune, menaçant et haineux : « … Il s’agit de savoir si quelques hommes aujourd’hui doivent l’emporter sur la patrie…, si l’intérêt de quelques hypocrites ambitieux doit l’emporter sur l’intérêt du peuple français… N’avons-nous donc fait tant de sacrifices héroïques que pour retourner sous le joug de quelques intrigants qui prétendraient dominer ?… En quoi Danton mérite-t-il un privilège (celui d’être entendu) ?… Quiconque tremble est coupable… Les complices seuls peuvent plaider la cause des coupables… Nous verrons si la Convention saura briser une idole pourrie, ou si, dans sa chute, elle écrasera la Convention !… On voit si c’est là le langage d’un homme qui se résigne à un sacrifice douloureux, ou si ce n’est pas plutôt le réquisitoire furieux d’un implacable ennemi. La Convention terrifiée baissa la tète. Beaucoup de montagnards étaient d’ailleurs en mission, et la droite et la Plaine, outre leur lâcheté, ne pouvaient voir qu’avec une joie barbare les révolutionnaires se dévorer les uns les autres. Saint-Just lut ensuite son rapport meurtrier et calomnieux, dont l’original existe, surchargé de notes venimeuses de la main de Robespierre. L’Assemblée vota le projet de décret qui renvoyait devant le tribunal révolutionnaire Danton, Desmoulins, etc., perfidement accolés à des hommes accusés de faux, Chabot, Fabre d’Eglantine et autres. La procédure fut inique. Les accusés se défendant vigoureusement, Saint-Just arracha encore un décret qui les mettait « hors des débats. » Le tribunal, peuplé de robespierristes, les jeta à l’échafaud (16 germinal an II, 5 avril 1794). On a posé cent fois la question, assez vaine aujourd’hui, de savoir si Robespierre visait à la dictature. Ce qu’il y a de certain, c’est que son parti l’y poussait fatalement, et qu’après tant d’épurations elle devenait son seul asile, sa nécessité. Il n’y eut, au reste, aucun projet à cet égard ou, du moins, on n’a rien connu que quelques mots de Saint-Just, dont l’authenticité même n’est pas parfaitement établie. « J’entraîne Robespierre ! » avait dit Danton à ses derniers moments. Nulle parole ne s’est trouvée plus vraie. Le premier châtiment du vainqueur des hommes de 1793 fut un redoublement de sa maladie noire, défiances, soupçons, terreurs secrètes, toutes les misères. La lâcheté même de ceux qui avaient abandonné leurs amis, les Legendre, les Fréron, les Tallien et autres, ne lui donnait aucune sécurité ; il flairait la haine sous leur bassesse, en quoi il ne se trompait pas, et la pire de toutes les haines, la plus implacable, celle qui est doublée de la peur. Il était, d’ailleurs, dans la logique des choses qu’il fût frappé par les débris de tous les partis que lui ou ses amis avaient écrasés. Le dénouement va bientôt se précipiter. Deux jours après le supplice des dantonistes, le doucereux Couthon vint annoncer un projet de fête à l’Eternel. Comme préliminaires, on livra à la guillotine des prisonniers comme Chaumette , l’ex-évèque Gobel, coupables d’avoir voulu effacer toute idée de la divinité (ne se croirait-on pas au moyen âge ?), puis la charmante femme de Desmoulins, la femme d’Hébert, etc. Cette affaire de restauration religieuse fut menée avec prudence et habileté, en trois actes : d’abord, l’annonce de Couthon ; puis, un mois plus tard (18 floréal, 7 mai), un long discours de Robespierre sur les idées religieuses et morales, discours travaillé, poli, vraiment éloquent, suivi d’un décret que la Convention s’empressa de voter et dont le premier article est ainsi conçu : « Le peuple français reconnaît l’existence de l’Etre suprême et l’immortalité de l’âme. » En outre, nouvelle continuation de la liberté des cultes, ce qui, implicitement et en fait, rendait les églises aux catholiques. Enfin, un mois plus tard encore (20 prairial, 8 juin), l’acte décisif, la fête à l’Etre suprême. Robespierre fut le pontife de cette cérémonie, traînant la Convention, qu’il présidait à ce moment, des Tuileries au Champ-de-Mars, prononçant des discours pompeux, mettant solennellement le feu à un mannequin représentant le monstre de l’athéisme, s’épanouissant enfin dans sa gloire et dans sa rhétorique. Beaucoup de représentants étaient sombres et irrités, non seulement à cause du rôle singulier qu’on leur faisait jouer, mais encore parce qu’ils pensaient que Maximilien voulait ainsi s’assurer l’appui du parti religieux. Il entendit derrière lui plus d’une injure et plus d’une imprécation, des mots jetés en l’air comme Tarquin, roche Tarpéienne, tyran, Brutus, etc. Dans la foule, un sans-culotte dit ce mot : « Le b…. ! il n’est pas content d’être maître ! il lui faut encore être dieu ! » Le soir, il rentra chez les Duplay, pâle et dévoré des plus noirs pressentiments. On croyait qu’il allait proposer une amnistie ou tout au moins une atténuation au régime de la Terreur. Cela l’eût fait roi, en quelque sorte ; il serait apparu comme le grand pacificateur, l’éternel sauveur des sociétés. Mais, déception effrayante, deux jours après avoir rendu cet hommage à l’Etre suprême, il fit présenter par Coutlion l’affreuse loi du 22 prairial, son œuvre personnelle, et qui fut présentée à l’insu du comité ou tout au moins de la majorité du comité, et comme en son nom. Cette loi, sous prétexte d’améliorer le tribunal révolutionnaire, supprimait les défenseurs, l’interrogatoire préalable, les dépositions écrites et les témoins. En outre, elle comprenait dans les « ennemis du peuple » ceux qui parlent mal des patriotes, ceux qui dépravent les mœurs, etc. C’était l’inquisition pure. Enfin, elle permettait aux comités (implicitement) d’envoyer les représentants au tribunal, même sans un vote de l’Assemblée. Et il y a des historiens qui prétendent que Robespierre voulait enrayer la Terreur. Il y eut un orage à la Convention ; mais Maximilien parla, la loi fut votée. En quarante-cinq jours, elle fit à Paris 1285 victimes. L’effroi était tel dans la Convention, que plus de soixante députés n’osaient plus coucher dans leur lit. Sans prendre à la lettre ce qu’on a dit des proscriptions que Robespierre voulait exercer dans l’Assemblée, il est bien certain qu’il avait résolu de frapper quelques représentants qui s’étaient rendus odieux dans leurs missions, les Carrier, les Fouché, les Tallien, etc. Mais qui pouvait assurer qu’il ne comprendrait pas ses ennemis personnels dans cette hécatombe prévue ? Où s’arrêterait-il ? La terrible ivresse du glaive ne se dissipe pas comme celle du vin. Le lendemain du vote de cette loi, il avait cessé de paraître au comité, par suite de dissensions dont le retentissement se produisait déjà au dehors, et peut-être aussi pour laisser toute responsabilité a ses collègues. Mais sa loi gouvernait pour lui. En outre, il était bien maître de toutes les forces vives de la République ; il dominait la Convention ; il tenait la Commune, les Jacobins, la force armée par Hanriot, etc. Un premier coup lui fut porté par la divulgation de la ridicule affaire de Catherine Théot, vieille insensée qui tenait chez elle des réunions de mystiques où le nom de Robespierre était adoré comme celui d’un messie. Pour le frapper, au moins par le ridicule, ses ennemis du comité firent arrêter toute la secte, feignirent de croire à un complot, firent présenter un l’apport par Vadier, etc. Irrité de l’éclat, le messie fit une chose audacieuse ; il ordonna à Fouquier-Tinville de ne pas juger, prit les pièces et les garda. Dans cette dernière période, tout se réunissait pour ajouter à l’horreur de la situation, l’accélération des jugements, les exécutions par fournées, la terreur partout ; on sentait approcher quelque sinistre dénouement ; tous les partis s’accusaient mutuellement de conspiration. Dans le fait, les Fouché, Rovère, Bourdon (de l’Oise), Guffroy, Tallien, Thuriot, Lecointre, etc., se sentant menacés, préparaient leurs mines pour faire sauter le tyran. Et, d’autre part, Robespierre était poussé, pressé d’agir par son parti, qui n’était plus couvert que par lui et qui ne voyait de salut que dans des mesures vigoureuses, bien certainement dans un coup d’Etat. Robespierre fit un discours ! Chose remarquable, il lui fallait toujours au moins une apparence de légalité. Disposant de tant de forces, il comptait encore une fois l’emporter par la parole, imposer un vote. Le 8 thermidor, il vint lire à la Convention son fameux discours, très travaillé, très étudié, où des appels à la conciliation étaient mêlés à d’aigres accusations et à des menaces, et comme toujours à sa propre apologie. Evidemment, il voulait rallier la droite et le centre, qui flottaient encore irrésolus. Mais ses ennemis travaillaient sous terre, s’agitaient avec fureur, raccolaient de tous les côtés. Le soir, aux Jacobins, au comité de Salut public, scènes violentes qui n’annonçaient que trop le drame du lendemain. On connaît, par mille récits, cette journée grandiose et tragique, qui ne fut qu’un combat. Dès l’ouverture de la séance, Saint-Just monte à la tribune pour lire un discours qu’il avait préparé la nuit ; mais à peine en avait-il prononcé quelques lignes, que Tallien lui coupe la parole, demande que le voile soit déchiré. Billaud reprend : « L’Assemblée, dit-il, est entre deux égorgements, elle périra si elle est faible ! » Puis, il accuse Robespierre avec violence. Tallien, en impudent comédien, montre un poignard, jure qu’il s’en percera si le nouveau Cromwell triomphe. Le duel était entamé ; il n’y avait plus maintenant de solution que l’extermination de l’un des partis. Robespierre paraît à la tribune, mais la masse des conjurés l’écrase des cris A bas le tyran ! et, toujours ainsi chaque fois qu’il voulait ouvrir la bouche. Probablement il n’avait pas prévu un si grand soulèvement de la part d’hommes qui deux jours auparavant semblaient encore à ses pieds. Il était atterré, mais luttait néanmoins avec un courage inutile. Attaqué par des gens dont beaucoup étaient méprisables, il l’était aussi par des républicains sincères et, de plus, abandonné par le groupe des plus purs montagnards, les Romme, les Ruhl, les Soubrany, etc., qui ne se joignirent pas à la meute, mais qui ne voyaient au bout de la victoire que la dictature et qui restèrent immobiles. Epuisé, le malheureux se tourna vers la Plaine : « C’est à vous, hommes purs, que je m’adresse, et non pas aux brigands ! » II était loin du jour où il les appelait les serpents du Marais. Mais la Plaine aussi était soulevée contre lui. Hors de lui, il cria à Collot d’Herbois, qui présidait : « Pour la dernière fois, président d’assassins, je te demande la parole ! » Garnier de l’Aube cria : « Le sang de Danton l’étouffé ! » Et toujours les mêmes clameurs terribles : « A bas le tyran ! » Une voix cria enfin : « L’accusation ! » Toute l’Assemblée se lève. Saint-Just, Couthon, Robespierre jeune, Lebas sont également décrétés. On entraîne les prisonniers à la prison du Luxembourg. On connaît assez tous les détails de cette tragédie. Enlevé par la Commune, qui se mit en insurrection, conduit à l’Hôtel de ville, Robespierre, cependant, toujours formaliste et peu propre à l’action, refusa de signer l’appel aux armes ; mais son parti agissait sans lui. En apprenant la rébellion, la Convention mit hors la loi tous les accusés et les membres de la Commune. Hanriot, commandant de la force année, et q’ui s’était joint aux robespierristes, fut arrêté, puis s’échappa, mais s’épuisait à rassembler des forces ; la majorité des sections se prononçait pour la Convention. L’Hôtel de ville fut attaqué dans la nuit. Robespierre alors, se voyant perdu, se tira, dit-on, un coup de pistolet qui lui fracassa la mâchoire. Selon une autre version, un jeune gendarme du nom de Merda, qui accompagnait le détachement conduit par le représentant Léonard Bourdon, pénétra dans le palais et brisa la mâchoire de Robespierre d’un coup de pistolet. La version du suicide est affirmée dans les mémoires de Barras. Commandant la force envoyée contre l’Hôtel de ville, il nie la relation posthume du gendarme Merda, qu’il traite de fable et dont il montre les invraisemblances. Selon lui, Robespierre s’était tiré le coup de pistolet au moment où Merlin de Thionville pénétrait le sabre à la main dans la salle des délibérations. Les médecins, dans leur rapport, auraient reconnu par la direction même du coup de pistolet qu’il avait dû se le tirer lui-même. On comprendra notre réserve à propos de ce problème si difficile à résoudre ; mais nous devions rapporter ce témoignage. Quoi qu’il en soit, Robespierre vaincu, pansé à la hâte, fut conduit le lendemain à l’échafaud avec vingt et un de ses amis, le 10 thermidor an II (28 juillet 1794). Le 29, autres exécutions de quatre-vingt-deux victimes, la presque totalité du conseil de la Commune. Une période nouvelle allait bientôt commencer et la plus triste de l’histoire révolutionnaire, la « réaction thermidorienne. »

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Liens : Maximilien de Robespierre (1758-1794) – L’Incorruptible d’Arras & Maximilien de Robespierre sur wikipedia

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MAXIMILIEN DE ROBESPIERRE (1758-1794) – LE COMITE DE SALUT PUBLIC (2)

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Ni Robespierre, ni Danton, ni Marat n’avaient d’égaux quand « liberté, égalité ou la mort » se lisaient en lettres de sang sur toutes les bannières françaises ; ils étaient les premiers d’une aristocratie terrible, dont la livrée était teinte journellement par la hache du bourreau.

(Napoléon Bonaparte)

Elu précédemment accusateur public près le tribunal criminel du département de Paris, il avait pris part aux travaux préliminaires de cette magistrature nouvelle ; mais, au moment où elle allait entrer complètement en exercice, en avril 1792, il se démit de ces fonctions lucratives pour réserver tout son temps aux affaires publiques. Il avait d’ailleurs l’intention de fonder un journal, dont il commença en effet la publication en mai, sous le-titre du Défenseur de la constitution. Il était un peu tard pour défendre la constitution de 1791 ; mais, bien qu’il ne conservât sans doute que peu de foi dans l’institution monarchique, Robespierre, on le sait, n’aimait guère à se placer hors de la légalité. D’ailleurs, sa prudence et sa réserve ne l’empêchèrent point d’exposer des idées et des principes très élèves dans son journal (qui lui servit aussi dans sa guerre contre les girondins). Mais jusqu’au dernier moment, il s’attacha à se maintenir dans les limites légales. A la veille du 20 juin, il se montra, aux Jacobins, opposé au mouvement : « Rallions-nous autour de la constitution, disait-il ; je prends acte de ce que je me suis opposé à toutes les mesures contraires à la constitution. » A ce moment où la France était exposée aux plus grands périls, à cause de l’usage même que le roi faisait de la constitution, l’invoquer, la prendre pour arche de salut, n’était pas la marque d’une grande hardiesse polilique. C’est sans doute pour caractériser cette timidité d’esprit ou du moins ce manque d’audace pratique, que Danton disait plus tard en sa langue grassement familière : « Ce b…..-là n’est pas capable seulement de cuire un œuf ! » Robespierre ne joua non plus aucun rôle actif dans la grande journée du 10 août, qui sauva la France et la Révolution. Toutefois, avant cet événement, il s’était prononcé pour la déchéance du roi et pour la convocation d’une Convention nationale. Le 11, il fut adjoint par sa section (place Vendôme) aux commissaires qui composèrent ce qu’on a nommé la commune du 10 août. Il y siégea assidûment jusqu’au 20, jour où il fut nommé président de l’assemblée primaire de sa section. Elu membre du tribunal extraordinaire du 17 août, il refusa d’accepter ces fonctions. Quelques écrivains royalistes l’ont accusé d’avoir trempé plus ou moins directement dans les massacres de septembre. Mais il est tellement avéré qu’il fut absolument étranger à ces terribles exécutions, qu’une réfutation de cette inepte calomnie est inutile. Elu député de Paris à la Convention nationale, il fut également nommé par l’assemblée électorale du Pas-de-Calais. Par la constitution de son bureau, la grande Assemblée montra tout de suite qu’elle inclinait alors du côté des girondins. Le premier bureau fut, en effet, composé exclusivement de membres de ce parti. Le schisme politique qui séparait les républicains éclata violemment dès les premières séances. Des divers côtés volaient déjà les appellations meurtrières, également injustes et qui attestaient la profonde inimitié des partis. Presque aussitôt, les girondins accusèrent Robespierre d’aspirer à la dictature et de vouloir former avec Danton et Marat, une espèce de triumvirat. De plus, avec une violence plus qu’injuste, ils rejetaient sur les montagnards la responsabilité des massacres de septembre. Robespierre, non moins que Marat, fut l’objet de leurs attaques incessantes. Lasource, Rebecqui, Barbaroux, ressassèrent tour à tour cette vague et meurtrière accusation de projet de dictature ; Robespierre y répondit d’abord avec dignité et une modération relative, soit à la tribune de la Convention, soit dans ses Lettre à ses commettants, dont il commença la publication à cette époque pour remplacer son Défenseur de la constitution. Mais en même temps, il combattait vigoureusement ses ennemis, défendait contre eux Paris et la commune, s’opposait au projet de garde départementale présenté par Buzot, et contribuait à l’exclusion de Brissot de la société des Jacobins (il est du moins permis de le conjecturer). La guerre continua de part et d’autre avec le plus déplorable acharnement. Le 29 octobre 1792, après des attaques plus ou moins directes de Roland, de Guadet, de Lanjuinais, un enfant perdu de la coterie girondine, Louvet, l’auteur de Faublas, lancé par les Roland, vint lire à la tribune un acte d’accusation contre Robespierre, tissu de vagues dénonciations qui concluait à la nomination d’un comité d’examen de la conduite de Maximilien et à la mise en accusation immédiate de Marat. Le choix d’un tel accusateur, célèbre comme écrivain graveleux, était en lui-même assez malheureux. Suivant toutes les probabilités, il appartenait à Mme Roland, et les principaux girondins y furent étrangers. Robespierre, très habilement et pour laisser à l’opinion le temps de se prononcer, demanda quelques jours pour préparer sa défense. Il écrasa facilement son mince adversaire et, sur la proposition de Barère, la Convention écarta l’accusation par l’ordre du jour. La Gironde resta compromise de ces attaques inconsidérées et de cet échec. Elle n’en devint malheureusement que plus implacable, comme il arrive dans les luttes de parti. On sait que la Convention se consuma dans ces discordes intestines, qui bientôt divisèrent toute la France et qui finirent par entraîner la décadence et la ruine de la République. Lorsque la question du parti qu’il y avait à prendre à l’égard du roi fut posée devant l’Assemblée et devant le pays (3 décembre 1792), Robespierre développa son opinion avec une précision qu’il n’avait pas toujours. Il se prononça pour le jugement par la Convention et pour la mort. Il dit en substance : « Vous n’êtes point des juges, mais des hommes d’Etat; c’est moins une sentence que vous ayez à prononcer qu’une mesure de salut public à prendre. » II avait sur ce sujet l’opinion de la Montagne entière et de la plus grande partie de la France, à savoir que Louis XVI devait être puni pour ses trahisons, pour ses appels à l’étranger, pour ses manœuvres contre-révolutionnaires ; ses violations de la constitution et des lois ; puni pour le sang versé au Champ-de-Mars et au 10 août, pour les périls qu’il avait attirés sur la patrie ; qu’on devait enfin jeter sa tête aux rois de l’Europe comme une réponse à leurs attaques et à leurs hostilités. Il demandait d’ailleurs, comme il l’avait fait à la Constituante, l’abolition de la peine de mort pour lès délits ordinaires, mais il faisait exception pour ces grands crimes publics qui attirent sur une nation le fléau de la guerre étrangère et de la guerre civile ; en un mot, il invoquait la raison d’Etat. « Louis doit mourir, disait-il, parce qu’il faut que la patrie vive. Chez un peuple paisible, libre et respecté au dedans comme au dehors, on pourrait écouter les conseils qu’on vous donne d’être généreux. Mais un peuple à qui l’on dispute encore sa liberté, après tant de sacrifices et de combats, un peuple chez qui les lois ne sont encore inexorables que pour les malheureux, un peuple chez qui les crimes de la tyrannie sont des sujets de dispute, doit désirer qu’on le venge… » Dans le procès, il combattit vigoureusement l’appel au peuple, expédient imaginé par les girondins et qui pouvait allumer la guerre civile, et il vota pour la peine de mort, sans appel ni sursis. Il motiva son vote de la manière suivante : « … Je ne sais pas outrager la raison et la justice en regardant la vie d’un despote comme d’un plus grand prix, que celle des simples citoyens, et en me mettant l’esprit à la torture pour soustraire le plus grand des coupables à la peine que la loi prononce contre des délits beaucoup moins graves et qu’elle a déjà infligée à ses complices. Je suis inflexible pour les oppresseurs, parce que je suis compatissant pour les opprimés ; je ne connais point l’humanité qui égorge les peuples et qui pardonne aux despotes. Le sentiment qui m’a porté à demander, mais en vain, à l’Assemblée constituante l’abolition de la peine de mort est le même qui me force aujourd’hui à demander qu’elle soit appliquée au tyran de ma patrie et à la royauté elle-même dans sa personne. Je ne sais point prédire ou imaginer des tyrans futurs ou inconnus pour me dispenser de frapper celui que j’ai déclaré convaincu, avec la presque unanimité de cette assemblée….. Je vote pour la mort. » Ce fut lui qui fut chargé par la société des Jacobins de prononcer l’oraison funèbre du représentant Michel Le Peltier, assassiné par le garde du corps Pâris. A cette époque son autorité morale, qui grandissait de jour en jour à la Convention, était déjà prépondérante au puissant club de la rue Saint-
Honoré, qui donnait le mot d’ordre à plus de sociétés affiliées dans les départements ; immense corporation qui peuplait des siens les administrations, les municipalités, etc., disposait en beaucoup d’endroits des fonctions, avait une force incomparable. On conçoit quelle puissance réelle avait le chef d’une telle armée ; et Robespierre en devint non-seulement le chef, mais, pour ainsi dire, le prophète et le Dieu. Il appuya toutes les mesures répressives contre les émigrés et les prêtres rebelles, présenta quelques observations au projet d’établissement du tribunal révolutionnaire, mais n’eut d’ailleurs, quoi qu’on en ait dit, qu’une part indirecte à la création de cette redoutable juridiction. Il n’est pas douteux toutefois qu’il n’y ait donné son approbation, et ses critiques ne portaient que sur des points de détail. Au, reste, à cette époque, le sentiment des périls publics, les attaques journalières dont il était l’objet, les luttes qu’il avait soutenues avaient assombri son caractère, naturellement orgueilleux et concentré. M. Louis Blanc lui-même en convient : « A partir de ce moment, dit-il, l’humeur de Robespierre subit par degrés une altération que chacun remarqua et qui ne tarda pas à paraître sur son visage. Le tic nerveux auquel il était sujet se prononça de plus en plus ; son sourire devint un effort ; ses préoccupations intérieures se révélèrent chaque jour davantage dans l’inquiétude croissante de son regard, et à la douceur naturelle de sa physionomie s’associa insensiblement cette amertume qui, vers la fin, lui imprima quelque chose de sinistre. Et, en effet, son esprit, déjà ouvert aux noires visions, s’enfonça peu à peu dans la région des fantômes. Il crut apercevoir partout des conspirateurs et des traîtres. Doublement égaré par l’admiration excessive de ses séides et l’excessive animosité de ses ennemis, il en vint à s’identifier au peuple, à force d’orgueil, après s’être identifié au peuple à force de conviction ; et une fois sur cette pente dangereuse, devenu aussi implacable envers ses ennemis qu’il s’était montré implacable envers lui-même, il les poursuivit avec une haine d’autant plus terrible qu’il la jugea désintéressée, s’imaginant que c’était la patrie, la République, le peuple, qu’ils avaient voulu tuer dans sa personne, et ne s’apercevant pas jusqu’à quel point il devenait injuste à son tour. » Sous ces formes oratoires et à travers le fracas de ces antithèses, il y a un aveu d’autant plus intéressant à enregistrer, qu’il émane d’un admirateur enthousiaste de Robespierre. La trahison de Dumouriez fut une nouvelle occasion pour les partis d’échanger de mutuelles accusations. Précédemment, d’ailleurs, Maximilien avait à plusieurs reprises attaqué ce général, et cette fois ses soupçons étaient fondés, ses prévisions étaient justes. Où il s’égarait, bien évidemment, c’est quand il représentait les girondins comme ses complices. Ce qu’il y a seulement de très probable, c’est que ceux-ci comptaient sur l’épée du général pour les aider à réduire les sections parisiennes et la Montagne. Mais de part et d’autre on apportait les mêmes préventions aveugles les uns contre les autres. Lors des débats sur le projet de constitution (avril 1793), Robespierre y prit une part active. Il présenta aux Jacobins un projet de Déclaration des droits de l’homme, que la société adopta comme sien et qui est une œuvre fort remarquable. Il en donna également lecture à la Convention et recueillit de chaleureux applaudissements. Plusieurs autres discours qu’il prononça sur le même sujet, et qui étaient en désaccord sur des points importants avec le projet ébauché de la commission (girondine), furent accueillis avec la même faveur. Mais bientôt l’œuvre pacifique de la constitution fut interrompue par de nouvelles discordes. On sait comment se termina cette crise funeste : par le soulèvement de Paris et la chute des girondins qui, si souvent eux-mêmes, avaient réclamé avec acharnement la proscription de leurs adversaires. Robespierre n’eut point de part directe à cette insurrection des 31 mai-2 juin 1793 ; mais il est hors de doute qu’il avait contribué à la préparer par ses discours et qu’il en approuva les résultats. Il appuya vigoureusement de sa parole les mesures proposées le 31 mai à la Convention par les autorités constituées de Paris, au nom des sections ; tout son rôle se borna là. Il ne figura dans aucun conciliabule, ni à l’Evêché, ni à la Commune, dans aucune des réunions où fut préparé l’événement. S’il a donné son assentiment à la mutilation de l’Assemblée, il ne faut pas oublier que toute la Montagne et Paris entier en ont fait autant, entraînés par une nécessité terrible, et que cette funeste scission avait été rendue inévitable par les continuelles agressions de la Gironde, qui eussent perdu la République et qui rendaient tout gouvernement impossible. Couthon et Saint-Just, qui faisaient partie du comité de constitution, firent passer quelques-unes des idées de Robespierre dans la constitution de 1793. Lui-même, dans le cours de la discussion, fit adopter plusieurs modifications importantes ; mais le nouveau pacte social fut loin d’être son œuvre personnelle, comme quelques-uns l’ont répété. Son autorité dans la Convention n’en était pas moins fort considérable, et la disparition des principaux girondins, n’avait fait que l’augmenter. Beaucoup même le suivaient, l’appuyaient sans l’aimer. Sa roideur, sa sécheresse éloignaient de lui ; mais son austérité, son intolérance puritaine, l’incontestable sincérité de ses convictions imposaient la déférence, sinon l’enthousiasme et la chaude sympathie que Danton faisait naître autour de lui. En outre, sa position de chef réel des sociétés jacobines le rendait très fort. On commençait à le craindre ; les ambitieux, les prudents et les habiles se serraient autour de lui ; sans autre titre que celui de député, il devenait peu à peu le dictateur de l’opinion. Le 26 juillet (1793), il fut appelé au comité de Salut public, un an presque jour pour jour avant sa proscription. Que d’événements dans cette année, au milieu des crises les plus violentes et les plus périlleuses où jamais nation ait été plongée ! A ce moment, le comité n’était pas encore passé à l’état de gouvernement; le pouvoir exécutif était encore entre les mains des ministres. Le 1er août, Danton proposa d’ériger le comité en gouvernement provisoire ; mais Robespierre demanda et fit voter l’ajournement de cette proposition, se fondant sur la nécessité de ne pas paraliser la puissance executive en en modifiant trop brusquement l’organisation. On sait quelles étaient alors les formidables difficultés que la République avait à vaincre : l’insurrection fédéraliste, la rébellion vendéenne, la révolte de Lyon, la défection de Toulon, la crise des subsistances, des trahisons et des complots sans cesse renaissants, l’Europe entière à combattre, etc. Jamais une nation n’avait été si près de sa, ruine. Dans une situation aussi désespérée, il y avait quelque courage à accepter le fardeau du pouvoir, et il ne pouvait être exercé qu’avec la plus indomptable énergie. Robespierre eut part à toutes les mesures de salut public, à l’établissement du gouvernement révolutionnaire, à tous les actes de la Terreur. Quoi qu’on en ait dit, il n’a pas plus contribué que ses collègues, à ériger ce régime, que nous n’avons pas à juger ici, en système de gouvernement; et même, dans les premiers temps, il fit quelques efforts pour maintenir un certain équilibre, pour contenir les révolutionnaires ardents, les enragés, comme on disait alors, en même temps que les royalistes et les modérés, pour introniser enfin cette politique de bascule qui a été le programme de tant d’hommes d’Etat dont elle n’a pas empêché la chute. Il n’a donc pas établi la Terreur, comme le veut la légende ; mais il est non moins incontestable qu’il ne tarda pas à s’en servir contre ses ennemis, qui lui semblaient autant d’ennemis publics. Ces ennemis, dantonistes, hébertistes et autres, il ne les attaquait encore que par de vagues et meurtrières accusations, soit aux Jacobins, soit à la tribune de la Convention ! Avec son ascendant, cela suffisait déjà pour les mener fort loin. Etre désapprouvé, accusé par le pur, l’incorruptible Maximilien, c’était une espèce d’excommunication ; bientôt même ce sera comme une condamnation anticipée. Toutefois, dans la séance de la Convention du 3 octobre, il s’opposa à la mise en accusation des 73 représentants incarcérés pour avoir signé la protestation contre le 31 mai. Des historiens royalistes, comme M. de Barante, ont, il est vrai, prétendu que cette conduite lui était inspirée par la prévision qu’il aurait un jour besoin des votes de la Plaine, de l’appui du parti modéré ; mais tout indique qu’il a plutôt obéi à uu sentiment d’humanité et de modération. Au comité de Salut public, Robespierre formait, avec Couthon et Saint-Just, une sorte de triumvirat d’amitié, dans lequel on finit par soupçonner un triumvirat d’ambition. On les nommait, avec plus ou moins d’exactitude, les « gens de la haute main. » Les autres membres, Carnot, Lindet, Prieur, étaient les travailleurs, tout absorbés dans les immenses labeurs de la guerre, des subsistances, transports, administration, correspondance, etc. Maximilien, tout en prenant part aux travaux ou du moins aux délibérations de ses collègues, était surtout chargé des questions d’ensemble, des rapports avec les corps administratifs et les autorités constituées, de certains exposés législatifs, enfin des hautes questions politiques et sociales soumises à la Convention. Plus tard, un bureau de police générale ayant été créé au Comité pour surveiller les fonctionnaires et examiner les dénonciations qui abondaient chaque jour, la direction de ce bureau avait été confiée à Saint-Just, qui, souvent en mission, était remplacé par Robespierre. Toutes ces attributions donnaient à celui-ci une grande puissance, non pas dictatoriale, comme on l’a dit, mais bien souvent prépondérante, cela est incontestable. Ce qu’il y a de certain, c’est que ses collègues finirent par surnommer entre eux ses deux disciples et lui les triumvirs. Au comité de Sûreté, il avait deux hommes influents entièrement à lui, le peintre David et Lebas. Toutes les administrations, d’ailleurs, étaient peuplées de ses créatures ou d’hommes placés par ses amis. Cette influence qui s’étendait dans tous les sens, cette autorité qu’il avait partout n’était, dit-on, que l’ascendant de la vertu. Cela est possible, nous ne discutons pas, bien que les chefs de parti soient ordinairement entourés de plus d’ambitieux que de dévoués ; mais, en tout état de cause, il n’en est pas moins vrai qu’il devenait de plus en plus un gouvernement, un chef d’Etat, ce que ses ennemis ont nommé un « tyran » dans la langue énergique de l’époque. Ajoutons que les commissaires du comité de Salut public envoyés aux armées et dans les départements, et spécialement les hommes de Robespierre, semblaient avoir et exerçaient en effet une autorité plus haute que les simples représentants en mission, qui s’en plaignirent plus d’une fois. Il suffit de rappeler les missions de Robespierre jeune, de Couthon, de Saint-Just et Lebas, de Jullien de Paris, etc., qui d’ailleurs montrèrent une certaine modération, peut-être calculée. En novembre 1793, le mouvement qui se produisit dans presque toute la France contre le culte catholique, et qui non-seulement répondait à la Vendée, à la guerre des prêtres contre la République, mais encore qui était la Révolution même, la pensée philosophique du XVIIIe siècle, la révolte contre la tutelle sacerdotale et l’Église du moyen âge, ce mouvement fournit à Robespierre l’occasion de frapper ceux qu’il nommait les ultrarévolutionnaires, les exagérés. Les communes, des municipalités avaient pris l’initiative. Paris reprit l’œuvre et donna la grande impulsion. Cloots, Chaumette, les sections, la Commune s’y mirent avec une passion extraordinaire. L’évêque de Paris, Gobel, vint à la tête de son clergé, à la barre de la Convention, abdiquer ses fonctions épiscopales et sa qualité de prêtre ; les églises furent transformées en temples de la Raison ; partout les prêtres abjuraient par milliers ; les municipalités envoyaient les vases sacrés à l’Assemblée pour être convertis en monnaie ; des fêtes à la Raison étaient célébrées dans toute la France ; on renversait les images, on brisait les vieux fétiches, on punissait la Vendée sur les statues des saints ; partout le peuple rejetait violemment le joug des vieilles croyances, sortait de l’Eglise de servitude, accomplissait le vœu des philosophes. Les représentants en mission dans les départements s’associaient partout à ce mouvement, que la Convention vit d’un œil favorable et qu’elle encouragea par ses applaudissements presque unanimes. Nombre de ses membres, évèques constitutionnels, ministres protestants, simples prêtres se démirent avec enthousiasme de leurs fonctions sacerdotales. Le prudentissime abbé Sieyès lui-même crut nécessaire de renier la foi que personne ne lui supposait. Enfin, l’Assemblée se rendit en corps à Notre-Dame (10 novembre) pour assister à la fête de la Raison, et le 16, sur la proposition de Cambon, elle décida que les églises, devenant la propriété des communes, serviraient spécialement d’asile aux indigents. Eh bien ! et c’est ici qu’éclaté la puissance réelle de Robespierre, contre l’immense majorité de la Convention, contre la presque totalité des révolutionnaires, contre une grande partie du peuple, il entreprit de faire avorter ce mouvement, qui paraissait irrésistible, et il n’eut qu’un mot à dire pour obtenir ce résultat. Outre qu’il détestait tous ceux, qui y avaient pris part, les uns parce qu’ils le dépassaient, les autres parce qu’ils échappaient a son influence ou qu’ils l’avaient combattu, ou par d’autres raisons toutes personnelles, il avait encore d’autres motifs puisés dans ses convictions philosophiques. Disciple exclusif de Rousseau, il avait comme hérité de ses haines, de ses misanthropies, de ses amertumes, en même temps que de ses idées. La profession de foi du vicaire savoyard, le déisme de l’Emile étaient pour lui des articles de foi ; ceux qui ne les acceptaient pas aveuglément étaient des matérialistes abjects, sectaires du philosophisme, athées, contempteurs de la vertu, enfin corrupteurs du peuple, factieux. Son imagination était tellement montée sous ce rapport, il ressentait tellement lui-même les haines personnelles de Jean-Jacques, qu’il avait fait enlever de la salle des Jacobins la buste d’ Helvétius. Rousseau était à lui seul la doctrine, la politique, la morale; il était l’Eglise, il était l’unique et suffisait à la Révolution ; ses théories devenaient une religion d’Etat. Et voyez comme ses adversaires furent frappés en la personne de leurs disciples : Camille Demoulins expie pour Voltaire, Chaumette pour Diderot, Danton pour Helvétius, Cloots pour d’Holbach ! Ajoutons que Robespierre, comme nous l’avons déjà dit, voulait à tout prix, soit par tendance naturelle, soit par tactique instinctive, ménager ce qui restait de l’ancien culte et de l’ancien clergé. Cela était plus près de ses idées que le rationalisme pur, et il était bien assuré d’y trouver un appui pour l’établissement de son déisme. Enfin il était choqué, lui, révolutionnaire classique, officiel, pour ainsi dire académique, des saturnales de ces révolutionnaires nouveaux, qui portaient sans trembler une main hardie sur les vieux autels et renversaient les idoles de pierre et de bois. Il se scandalisa, s’épouvanta de ce que les réformés du XVIe siècle avaient vu sans se troubler et même avec joie ; et dès lors, il employa toute sa puissance révolutionnaire contre ce développement logique de la Révolution et contre les efforts du peuple pour sortir de la vieille Eglise. Il eut ainsi la triste gloire de sauver ce qui était l’essence même de la contre-révolution et d’être lui-même le précurseur du concordat. Toute sa tactique fut de représenter ce mouvement comme une atteinte à la liberté des cultes, comme étant de nature à créer des embarras à la République. De là à en considérer les auteurs comme des ennemis publics, des conspirateurs et des traîtres, il n’y avait qu’un pas. Il le franchit sans embarras dans l’entraînement de sa passion. Sa colère se manifesta d’abord par quelques paroles pleines d’aigreur à Anacharsis Cloots. Peu de jours après, il hasarda quelques vagues allusions dans un grand rapport sur la situation de la République, présenté au nom du comité de Salut public. Puis, dans un discours aux Jacobins, le 1er frimaire an II (21 novembre 1793), il se découvrit tout à fait, s’éleva contre les persécutions dont le culte et ses ministres étaient l’objet (pas un prêtre n’avait été touché), invoqua la liberté des cultes, déclara que celui qui voulait empêcher de dire la messe était plus fanatique que celui qui la disait, enfin à travers toutes sortes de généralités oratoires le plus souvent à côté de la question, il ne manqua pas de représenter, par des allusions transparentes, les promoteurs du mouvement comme de faux patriotes et des agents de contre-révolution. Son pharisaïsme éclatait ça et là par des phrases significatives : « L’athéisme est aristocratique… Le peuple, les malheureux m’applaudissent ; si je trouvais des censeurs, ce serait parmi les riches et parmi les coupables… » Enfin, il conclût en proposant à la société de passer tous ses membres à un scrutin épuratoire et de chasser tous les « agents de l’étranger » qui se seraient introduits dans son sein. Les jacobins applaudirent et votèrent ce que voulait le maître. Cependant, ils étaient si peu préparés à cette inarche rétrograde, qu’ils venaient précisément de porter à la présidence Anacharsis Cloots. Cette espèce de manifeste de Maximilien eut un effet considérable, jusqu’à’ entraîner Danton, athée notoire, mais qui déjà fléchissait et qui d’ailleurs avait été mordu par Hébert. D’un grand sérieux, il s’éleva à la Convention contre les « mascarades antireligieuses » ( que présidaient cependant une foule de représentants en mission) ; puis, flattant la manie de Robespierre, demanda des fêtes publiques dans lesquelles on offrirait de l’encens à l’Etre suprême, au Maître de la nature ; « car, dit-il, nous n’ayons pas voulu anéantir la superstition pour établir le règne de l’athéisme. » La « mascarade » était précisément que lui, Danton, prononçât de telles paroles, auxquelles évidemment il ne croyait pas. Un peu plus tard, Camille Desmoulins sera pris, lui aussi, du même zèle conservateur, et tout en se moquant du catholicisme, percera de ses flèches aiguës ceux, qui veulent le supprimer. Ces complaisances des dantonistes, qui, d’ailleurs, avaient des griefs particuliers contre ceux qu’on nommait les ultras, ces complaisances un peu trop serviles ne les sauvèrent pas, comme on sait, de l’échafaud. Cependant, Robespierre poursuivait avec son opiniâtreté habituelle sa guerre contre les exagérés, au comité, aux Jacobins, dans la Convention, jusque dans ses discours et rapports essentiellement politiques, il continua à déclamer contre les extravagances du pldlosophisme, à représenter follement les nouveaux réformateurs comme les agents soldés de l’étranger. Dans les départements, les représentants en mission continuaient à patronner la déprètrisation; mais à Paris, sous l’œil de l’incorruptible, le mouvement s’arrêta ; Hébert et Chaumette eux-mêmes baissèrent la tête. L’étonnant pouvoir de cet homme, qui n’est pas sans analogie avec celui de Calvin à Genève, n’avait jamais mieux éclaté ; il avait intimidé jusqu’à Danton ! Nous avons dit plus haut que Maximilien avait proposé un scrutin épuratoire aux Jacobins, li fut nommé lui-même membre de la commission d’épuration avec quelques autres sociétaires peu influents. Il défendit Danton, Desmoulins, dont il avait besoin à cette heure, et même Barère, dont la souplesse était utile ; mais il attaqua avec une extrême violence et avec une mauvaise foi insigne Cloots et le fit épurer, c’est-à-dire rejeter de la redoutable société. Cette espèce d’excommunication était un premier pas vers l’échafaud. Cloots avait été l’un des promoteurs du mouvement contre le-culte. Quelques jours plus tard, Robespierre l’attaqua non moins violemment à la Convention. C’était décidément le vouer à la mort. Dans sa marche difficile entre le modérantisme et l’exagération, Robespierre oscilla souvent, suivant les besoins de sa politique, déroutant ainsi ses disciples fidèles, et même il s’allia un moment, plus ou moins directement, avec les hëbertistes, qu’il allait frapper. La publication du Vieux cordelier, où Desmoulins attaquait si visiblement le gouvernement révolutionnaire et demandait un comité de clémence, le rejeta à gauche.il réclama, lui, un comité de justice, ce qui d’ailleurs, dans la situation, était plus politique. Il défendit dédaigneusement la personne de Camille, aux Jacobins, mais en demandant que ses numéros fussent brûlés. Le lendemain (8 janvier) il attaqua violemment Fabre d’Eglantine, un dantoniste, qui fut arrêté quelques jours après. Puis, comme pour se défendre de partialité contre les indulgents, il prêta les mains (cela n’est pas douteux) à l’arrestation de Roux, Varlet et Leclerc, tribuns de quartier, de ceux qu’on nommait les enragés, en même temps qu’il couvrait de sa protection Vincent et Ronsin, deux hébertistes ; et tout cela en quelques jours, sans qu’on pût bien discerner la ligne précise qu’il suivait. Peut-être avait-il quelque velléité de concilier, de rapprocher les partis qui divisaient la République ; mais le plus probable, c’est qu’il flottait d’une heure à l’autre au gré de ses incertitudes et de ses passions.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Liens : Maximilien de Robespierre (1758-1794) – La Terreur MontagnardeMaximilien de Robespierre sur wikipedia

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MAXIMILIEN DE ROBESPIERRE (1758-1794) – L’INCORRUPTIBLE D’ARRAS (1)

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C’était un fanatique, un monstre ; mais il était incorruptible et incapable de voter ou causer la mort de qui que ce fût par inimitié personnelle ou par désir de s’enrichir. C’était un enthousiaste, il croyait agir selon la justice, et il ne laissa pas un sou après sa mort.

(Napoléon Bonaparte)

ROBESPIERRE (Maximilien-Marie-Isidore DE), né à Arras le 6 mai 1758, décapité le 9 thermidor an II (28 juillet 1794). Dans la préface de la nouvelle édition de son Histoire de la Révolution, M. Michelet, qui, on le sait, n’est pas fort tendre pour le célèbre conventionnel et qui lui donne le même nom que les thermidoriens, le Tyran, dit de lui : « Son histoire est prodigieuse bien plus que celle de Bonaparte. On voit bien moins les fils et les rouages, les forces préparées. Ce qu’on voit, c’est un homme, un petit avocat, avant tout homme de lettres (et il le fut jusqu’à la mort). C’est un homme honnête et austère, mais de piètre figure, d’un talent incolore, qui se trouve un matin soulevé, emporté par je ne sais quelle trombe. Rien de tel dans les Mille et une nuits. En un moment il va bien plus haut que le trône. Il est mis sur l’autel. Etonnante légende ! » Le problème de cette vie, c’est, en effet, cette puissance énorme, cette autorité presque théocratique acquise avec des moyens relativement médiocres, ou du moins qui n’étaient pas en rapport avec le résultat obtenu. Nous n’avons pas la prétention de résoudre de telles questions dans une simple notice biographique, pas plus que la présomption de les trancher dogmatiquement. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de serrer de près les faits, d’en étudier l’enchaînement et la portée autant que nous le permet notre cadre, et d’apporter dans cette étude, sinon la sèche impartialité de l’analyste, au moins l’indépendance d’esprit et la bonne foi. Le lecteur voudra bien nous pardonner nos erreurs d’appréciation, en faveur de notre intention sincère de ne point tomber volontairement dans le système et le parti pris. D’après une tradition assez répandue, la famille de Robespierre serait d’origine irlandaise, et elle se serait établie en Artois dans le XVIe siècle. Il en est même qui donnent à son nom une origine tout anglaise (Robert’s Peter, Pierre, fils de Robert). Toujours est-il que, dès le commencement du XVIIe siècle, on voit des Robespierre établis comme notaires à Carvin, entre Lille et Arras. Ils exercèrent le notariat de père en fils. Au XVIIIe siècle, une branche vint se fixer à Arras. C’est de cette branche que sortit Maximilien. Bien que la famille ait eu autrefois des armoiries, elle n’était pas d’origine nobiliaire ; mais elle avait acquis, par les fonctions remplies, le rang de petite noblesse de robe. Le père et le grand-père de Maximilien signaient le plus souvent Derobespierre. On sait d’ailleurs que la particule, même séparée, n’impliquait pas nécessairement la noblesse. Mais ces détails ont peu d’importance. Le père de celui qui devait rendre ce nom si célèbre, Maximilien-Barthélemy-François Derobespierre, avocat au conseil d’Artois, avait épousé Jacqueline-Marguerite Carrault, fille d’un brasseur d’Arras, qui lui donna quatre enfants et mourut au moment où l’aîné, Maximilien, n’avait encore que sept ans. Désespéré, le père cessa de plaider, abandonna les affaires, voyagea en Angleterre et en Allemagne et mourut, à ce qu’on croit, à Munich. Cette famille d’orphelins fut recueillie par de grands parents. L’aîné fut placé au collège d’Arras. Cet enfant, destiné à une célébrité si orageuse et qui débutait dans la vie parla tristesse, était un écolier doux, timide, appliqué, et dont la passion favorite était d’élever des oiseaux. L’abbé de Saint-Waast lui fit donner une des bourses dont il disposait au collège Louis-le-Grand, à Paris (1770). Pendant les longues années de ses études, il se montra ce qu’on appelle un élève modèle, et son nom retentissait chaque année dans les concours universitaires. Orphelin, boursier, tenu pour ainsi dire de réussir pour contenter ses protecteurs, il fit de bonne heure l’apprentissage du labeur soutenu, de l’effort patient, de la persévérance obstinée dans le travail. Au sortir du collège (où il avait eu pour condisciples Camille Desmoulins et Fréron), il fit son droit, toujours sous le patronage et aux frais de Louis-le-Grand (c’était sa prérogative de boursier), qui lui accorda en outre, à la fin de ses études, une gratification de 600 livres pour « ses talents éminents, sa bonne conduite pendant douze années et ses succès. » II travailla ensuite quelque temps dans une étude de procureur (où il eut Brissot pour maître clerc) et alla en exercer à Arras la profession d’avocat. Nourri des philosophes, surtout de Mably, et plus encore de Rousseau, qu’il avait visité à Ermenonville, dans une de ses courses d’étudiant, et dont il resta toujours le disciple, il semblait plus fait pour les généralités et les abstractions que pour les subtilités de la chicane. Cependant il réussit dans sa profession et conquit rapidement une place honorable au barreau d’Arras. Ses devoirs professionnels, dans cette vie monotone de la province, lui laissaient encore le loisir de s’occuper de littérature. Il se fit admettre dans une société à la fois poétique et pastorale, qui se réunissait sous des berceaux de rosés, qui avait pris la rosé pour emblème, et qu on nommait pour cela les Rosati. Il s’y rencontra avec Carnot, alors en garnison à Arras, et rima comme lui de petits vers galants et bachiques, dans le goût du temps. Il concourut aussi pour l’éloge de Gresset, proposé par l’Académie d’Amiens (1785), puis pour un sujet plus grave, la réversibilité du crime, la flétrissure des parents du criminel ; envoya des vers aux Jeux floraux de Toulouse, etc. Tout cela est faiblement écrit et d’une sentimentalité fade. On en a souvent reproduit des fragments ; ces citations n’auraient que peu d’intérêt pour le lecteur, et nous nous bornerons au madrigal suivant, adressé à une darne d’Arras : Crois-moi, jeune et belle Ophélie, Quoi qu’en dise le monde et malgré ton miroir, Contente d’être belle et de n’en rien savoir, Garde toujours ta modestie. Sur le pouvoir de tes appas Demeure toujours alarmée ; Tu n’en seras que mieux aimée Si tu crains de ne l’être pas. Cependant, à côté de ces fadaises qui étaient la monnaie courante de la littérature d’alors, on doit signaler, dans quelques-uns des plaidoyers et mémoires académiques de Robespierre, des idées élevées, philosophiques, inspirées de Montesquieu, de Rousseau et de tous les penseurs du siècle. Il avait été reçu de l’Académie d’Arras, dont il fut nommé directeur en 1789, et aux travaux de laquelle il prenait une part fort active. Il était donc à cette époque un des hommes les plus connus et les plus considérés de sa province. Lors de la convocation des états généraux, il publia une Adresse à la nation artésienne relative à la nécessité de réformer les états d’Artois. Cette publication, suivie de quelques autres, augmenta sa notoriété et le désigna aux suffrages de ses concitoyens. Nommé l’un des commissaires pour la rédaction des cahiers, il fut ensuite élu député du tiers aux états généraux. Il avait alors trente et un ans. Dans les débats pour la réunion des ordres, il prit plusieurs fois la parole ; une fois, notamment, de la manière la plus heureuse : L’archevêque d’Aix, pour détourner l’attention de la grande question du vote en commun, était venu inviter insidieusement le tiers à s’occuper de la misère du peuple des campagnes. Robespierre répondit que, si le clergé songeait sincèrement à soulager les maux du peuple, il n’avait qu’à se réunir aux députés des communes pour se concerter sur les mesures à prendre. « Allez dire à vos collègues, ajouta-t-il, qu’ils ne retardent pas plus longtemps nos délibérations par des délais affectés. Ministres de la religion, qu’ils imitent leur maître et renoncent à un étalage de luxe blessant pour l’indigence. Renvoyez vos laquais orgueilleux, vendez vos équipages superbes, vos meubles somptueux et convertissez ce superflu en aliments pour les pauvres » La justesse et l’à-propos de cette réplique lui méritèrent l’approbation et l’attention de l’Assemblée. Cependant, dans cette première période il ne joua qu’un rôle effacé, il avouait même qu’il n’abordait la tribune qu’en tremblant. En outre, sa timidité, sa roideur, sa physionomie peu expressive ne prévenaient pas eu sa faveur, n’attiraient pas l’attention. Les journaux, la plupart du temps, ne rapportaient pas ses paroles ou estropiaient son nom : on l’appelait Robert-Pierre, Raberspierre, etc. Même les secrétaires de l’Assemblée lui infligeaient cette erreur humiliante. Après la prise de la Bastille, il fut du nombre des députés qui réclamèrent l’organisation immédiate de la garde nationale, prit souvent la parole pendant la discussion de la Déclaration des droits, en faveur de la liberté individuelle, de la liberté de la presse, de la liberté religieuse ; soutint énergiquement contre la commission que c’était à la nation à établir l’impôt, non à le consentir ; se prononça contre le veto royal, parla ou vota enfin dans toutes les questions comme ses collègues de l’extrême gauche et se montra même souvent plus radical que la plupart d’entre eux. Seul ou appuyé, il suivait sa voie, toujours dans la même direction. Au lieu de la marche tortueuse de Mirabeau, il représentait la ligne droite, inflexible ; beaucoup le tenaient pour un utopiste, et il l’était en effet sur plusieurs questions ; en croyant suivre inflexiblement la ligne des principes, il lui arrivait facilement de s’égarer dans les systèmes, dans les vagues généralités philosophiques ou morales. Cela tenait à son éducation, et plus encore à la nature de son esprit, trop enclin au dogmatisme, tranchons le mot, au pédantisme sentencieux. On a trop répété que l’Assemblée riait de lui, de ses discours et de ses théories. Ce qui est vrai, c’est que sa parole excitait souvent les murmures de la droite et qu’il n’était pas toujours soutenu suffisamment par la gauche. Il arriva même, en effet, qu’il provoqua l’hilarité. Une fois, entre autres, qu’il s’obstinait à parler inutilement sur une question tranchée et d’ailleurs sans importance, l’Assemblée, obsédée, refusa de l’écouter ; il eut beau s’obstiner, il ne put prononcer que quelques mots de protestation. Maury, l’insolent spadassin de parole, saisit l’occasion pour provoquer la bonne humeur de l’Assemblée en demandant l’impression du « discours de M. de Robespierre. » Sans doute, en présence de tant d’orateurs éminents, il paraissait pâle ; on ne voyait guère en lui qu’un avocat de province, capable et laborieux, mais de peu de souffle et de solidité. Les Actes des apôtres, journal royaliste, l’appelaient la Chandelle d’Arras et se moquaient de lui avec autant d’esprit que de mauvaise foi. Mais beaucoup de ceux qui le combattaient étaient frappés de sa passion sincère et de sa rigidité. On sentait là quelqu’un. Mirabeau, dans tout l’éclat de sa puissance, était loin de le dédaigner ; il disait de lui : « Il ira loin, car il croit tout ce qu’il dit. » II eût pu ajouter qu’il croyait en lui-même, en ses idées, en son génie. Cette imperturbable confiance, cette religion qu’il avait pour sa personne, pour ses théories, nous dirions presque pour son infaillibilité, contribuait à lui donner la dignité du caractère et de la conduite, mais aussi à surexciter son orgueil naturel. Quoi qu’il en soit, son rôle dans la Constituante ne fut pas sans éclat. Parfaitement monarchiste alors, il n’en concourut pas moins à l’énervation de la monarchie, à la destruction de l’ancien régime et de la barbarie, au triomphe de la cause révolutionnaire et de la civilisation. Au 5 octobre, il prit deux fois la parole pour appuyer Maillard, l’orateur des femmes, parla avec énergie contre la loi martiale, contre le marc d’argent, contre la distinction des citoyens actifs et passifs, réclama le suffrage universel, l’élection des juges par le peuple (pour remplacer les parlements), l’admission des juifs et des comédiens aux droits civils et civiques et commença, à la fin de 1789, à jeter aux Jacobins les fondements de cette influence qui devint plus tard exclusive et souveraine. Sa popularité grandissait, pendant que celle des premiers acteurs de la Révolution pâlissait visiblement. On voyait en lui un homme austère, uniquement attaché aux principes, et déjà Marat l’avait surnommé l’Incorruptible. A cette époque, il rompit avec les tribuns équivoques, les Lameth et autres : « Libre des hommes d’expédient, dit M. Michelet, il se fit l’homme des principes. Son rôle fut dès lors simple et fort. Il devint le grand obstacle de ceux qu’il avait quittés. Hommes d’affaires et de parti, à chaque transaction qu’ils essayaient entre les principes et les intérêts, entre le droit et les circonstances, ils rencontrèrent une borne que leur posait Robespierre, le droit abstrait, absolu. Contre leurs solutions bâtardes, anglo-françaises, soi-disant constitutionnelles, il présentait des théories, non-spécialement françaises, mais générales, universelles, d’après le Contrat social, l’idéal législatif de Rousseau et de Mably. Ils intriguaient, s’agitaient, et lui restait immuable. Ils se mêlaient à tout, pratiquaient, négociaient, se compromettaient de toute manière ; lui, il professait seulement. Ils semblaient des procureurs, lui un philosophe, un prêtre du droit… Témoin fidèle des principes et toujours protestant pour eux, il s’expliqua rarement sur l’application, ne s’aventura guère sur le terrain scabreux des voies et moyens. Il dit ce qu’on devait faire, rarement, très-rarement comment on pouvait le faire. C’est là pourtant que le politique engage le plus sa responsabilité, là que les événements viennent souvent le démentir et le convaincre d’erreur. » Depuis l’installation de l’Assemblée à Paris, Robespierre vivait dans un petit logement, rue de Saintonge, qu’il habita d’octobre 1789 jusqu’en juillet 1791. Sa vie était fort modeste ; il allait à pied, dépensait trente sous pour ses repas, et sur ses honoraires de député (18 livres par jour) il prélevait un tiers pour sa sœur Charlotte, qui habitait encore Arras, et une autre part pour une personne qui lui était chère. Il n’avait pas de besoins, vivant tout entier de passions intellectuelles, et sa plus grande dépense était pour sa toilette ; car ce révolutionnaire, ce philosophe et ce Spartiate était extrêmement soigné, élégant même dans son costume. En pleine Terreur, il avait conservé l’usage de la poudre ; il monta poudré à la guillotine. Jamais il ne mit le bonnet rouge. Extérieurement, il était resté un homme de l’ancien régime, glacé, académique et d’une morgue un peu sèche. Il n’avait aucun des dehors de l’homme populaire et du tribun. Dans le cours de l’année 1790, Robespierre prononça près de quatre-vingts discours à l’Assemblée, sans parler de ses prédications aux Jacobins, où il était extrêmement assidu, parlant, discutant laborieusement, toujours et sur toute question. C’est dans cette assiduité, cette persévérance, cette conscience au travail et cette persistance de volonté, non moins que dans sa probité politique et l’austérité de son caractère, qu’il faut rechercher les causes de l’autorité morale qu’il sut conquérir. Outre les Jacobins, cette grande force révolutionnaire, il ne dédaigna pas de prendre (indirectement) pour point d’appui le clergé. Elevé lui-même par le clergé, disciple de Rousseau et spiritualité sentimental, moraliste et censeur assez intolérant, il avait le tempérament prêtre, suivant l’expression très juste d’un historien. Tout en déclamant d’une manière générale contre la « superstition » il rendit plus d’un service aux prêtres, et sous ce rapport il n’était pas fils du XVIIIe siècle. En mai 1790, il fit la proposition d’autoriser leur mariage et reçut, à ce sujet, de milliers d’ecclésiastiques des lettres de remerciment, des poèmes en toutes les langues, même en hébreu. Il les défendit (au nom de la liberté) contre les girondins, les dantonistes, les hébertistes, enfin contre tous les grands partis révolutionnaires. Il réclama des pensions pour les vieux prêtres (16 juin 1790), plaida pour certains ordres religieux que l’Assemblée avait rangés parmi les ordres mendiants (16 septembre), s’opposa aux mesures de sévérité proposées contre les prêtres qui prêchaient la guerre civile (19 mars 1791), parla et écrivit plus tard (décembre 1792) contre la suppression des traitements ecclésiastiques ; enfin, comme nous le verrons plus bas, eu poussant à l’échafaud ceux qui avaient commencé la grande opération de l’élimination du catholicisme, il fut vraiment l’un des restaurateurs de la religion, l’un des précurseurs du concordat. Sur les autres questions, d’ailleurs, il demeurait fidèle aux principes de la Révolution. Il réclama le jury en toutes matières, revint en toute occasion sur l’accession de tous les citoyens aux droits civiques, sans condition de cens ; se prononça contre le projet (soutenu par Mirabeau) d’attribuer au roi le droit de paix et de guerre, fut nommé l’un des secrétaires de l’Assemblée (juin 1790), combattit encore Mirabeau en diverses circonstances, défendit Camille Desmoulins contre Malouet, qui demandait des poursuites contre le hardi journaliste ; appuya vigoureusement la demande de suppression des parlements et fut nommé, par les électeurs de Versailles, président du tribunal du district. Cette nomination inattendue montre bien quelle était déjà sa notoriété. Il avait, paraît-il, l’intention d’aller occuper ce siège à la fin de la session ; mais les événements de la Révolution l’obligèrent à rester perpétuellement sur la scène et ne lui permirent pas de remplir ces paisibles fonctions. Peu de temps auparavant, un homme, qui devait être son disciple le plus ardent, se donna à lui spontanément en lui écrivant une lettre restée célèbre : « Vous qui soutenez la patrie chancelante contre le torrent du despotisme et de l’intrigue, vous que je ne connais, comme Dieu, que par des merveilles, je m’adresse à vous….. Je ne vous connais pas, niais vous êtes un grand homme. Vous n’êtes pas seulement le député d’une province, vous êtes celui de l’humanité et de la République. » Ce correspondant enthousiaste était un jeune homme du nom de Saint-Just, qui va bientôt apparaître sur la scène de la Révolution. Après la mort de Mirabeau, l’influence de Robespierre ne fit qu’augmenter et parvint même à contre-balancer dans l’Assemblée celle des Lameth, Barnave, Duport, etc. Il se fit écouter en parlant pour l’égalité en matière de successions et en s’élevant contre la précipitation mise par le comité de constitution à soumettre aux délibérations le projet d’organisation ministérielle. Quelques jours plus tard, le 7 avril 1791, il fit décréter qu’aucun membre de l’Assemblée ne pourrait être porté au ministère pendant les quatre années qui suivraient la session, ni recevoir aucun don, pension, place, traitement ou commission du pouvoir exécutif pendant le même délai. La mois suivant, il soutint sa lutte mémorable contre Barnave et autres en faveur des hommes de couleur et des esclaves. Il s’éleva, dans ces longs débats, à une grande hauteur. Toutefois, il n’a pas dit en propres termes : « Périssent les colonies plutôt qu’un principe ! mais simplement : Périssent les colonies, s’il doit vous en coûter votre honneur, votre gloire, votre liberté ! Périssent les colonies, si les colons veulent par les menaces nous forcer à décréter ce qui convient le plus à leurs intérêts, etc. » De son côté, Duport dit, au cours de la même discussion : « II vaudrait mieux, sacrifier les colonies qu’un principe. » (Moniteur du 15 mai.) La fameuse phrase s’est donc formée après coup de ces deux mouvements oratoires. La cause des gens de couleur, plaidée avec tant d’âme par Robespierre, Rewbell et autres, triompha. L’Assemblée leur reconnut les droits de citoyen. La question de l’esclavage fut ajournée. Le lendemain, il proposa et fit adopter la motion hardie, inattendue, que les membres de l’Assemblée constituante ne pourraient être réélus à la première législature. On a cherché bien des motifs à cette proposition. Le principal nous paraît être une réminiscence des légendes sur les législateurs antiques qui, leur œuvre accomplie, s’éloignaient, rentraient dans la foule des citoyens, se dérobaient à la reconnaissance publique, etc. Pour cet homme, si parfaitement classique, ce dut être la raison capitale. A la fin de ce mois de mai, il se joignit à Duport pour demander l’abolition de la peine de mort ; mais ses paroles, d’une éloquence émue, ne purent néanmoins convaincre l’Assemblée. La fuite du roi, s’il faut en croire Mme Roland et certains mémoires, causa à Robespierre un trouble profond ; il craignait une Saint-Barthélémy de patriotes » et son esprit soupçonneux ne rêvait qu’embûches et complots. A ceux qui parlaient de République, il demandait avec un ricanement d’inquiétude ce que c’était que la République. Mais peut-être ces rapports sont-ils exagérés. Ce qu’il y a de certain, c’est que le soir du 2l juin, aux Jacobins, il prononça un discours éloquent, mais qui attestait le trouble de son âme et qui était plein de fantômes, de dénonciations vagues, de visions lugubres ; au lieu de proposer des mesures efficaces, d’agir en homme, et en homme d’Etat, comme Danton, il accuse, il dénonce, il s’enivre de méfiance et d’effroi ; puis il s’attendrit sur lui-même, il met sa personne en scène, il parle des « mille poignards » dont il est entouré, suivant une habitude qui devint chez lui une manie. « Nous mourrons tous avant toi ! » s’écrie Camille Desmoulins. Cet élan de sensibilité naïve entraîne l’auditoire, qui s’emporte en manifestations touchantes et passionnées. Dans cette société des Jacobins, le député d’Arrass commençait à passer à l’état de fétiche. Pendant toute cette crise, Robespierre na montra qu’incertitude et irrésolution ; il déclara même, le 13 juillet, aux Jacobins, qu’il n’était ni monarchiste ni républicain. Qu’était-il donc alors ? Ami de la constitution ? Mais la constitution était monarchique. La vérité est qu’il ne savait trop quel parti prendre et que toutes les solutions lui paraissaient alors également périlleuses. Il était dans cette donnée, que la monarchie peut donner la liberté tout aussi bien que la République, et quelquefois mieux. Bref, malgré ses théories, relativement assez avancées, il hésitait visiblement à se lancer sur la grande mer de la Révolution. Dans toutes les crises, d’ailleurs, il montra la même réserve, les mêmes irrésolutions poignantes. Il était homme de parole et de doctrine, et non pas homme d’action. Toutefois, à la tribune, il reprenait pied, se retrouvait lui-même, et il proposa à l’Assemblée de consulter la nation pour statuer sur le sort du roi. Lors du massacre du Champ-de-Mars, bien qu’il se fût opposé à la pétition pour la déchéance du roi, il put craindre pour sa sûreté. Du moins, le soir de cette journée funeste, les patriotes étant poursuivis de tous côtés, ses amis craignirent pour une vie si précieuse. Un honnête et enthousiaste jacobin, le maître menuisier Duplay, l’emmena chez lui, dans sa maison de la rue Saint-Honoré. Le lendemain, cette famille refusa de le laisser partir. Malgré sa réserve naturelle, il fut vaincu par les instances les plus affectueuses et il consentit (sous la réserve de payer pension) à élire domicile dans cette maison, sentant peut-être que sa popularité ne pouvait que gagner à cette intimité avec une famille d’artisans. C’était comme une réminiscence de l’Emile. Duplay, d’ailleurs, était riche, propriétaire, et son intérieur était confortablement bourgeois. Pendant la petite terreur qui suivit le malheureux événement du Champ-de-Mars, Robespierre rédigea et fit voter par les Jacobins une adresse à l’Assemblée nationale, pièce assez habile, mais peut-être un peu trop louangeuse, et qui n’avait évidemment pour but que de préserver la grande société des persécutions. Dans les derniers jours de la Constituante, il lutta avec plus de courage que de succès pour faire révoquer le décret du marc d’argent et autres lois impopulaires. On sait que ce fut sur sa proposition que l’Assemblée avait décrété qu’aucun de ses membres ne ferait partie de la législature suivante. Il rentra donc dans la vie privée, comme ses collègues de la Constituante : Peu de temps après, il fit un voyage dans sa ville natale, où il fut l’objet d’ovations multipliées. Il se reposa environ six semaines dans une campagne des environs d’Arras ; ce furent Jes derniers instants de calme de son orageuse existence. De retour à Paris, le 28 novembre 1791, il consacra dès lors toute son activité aux discussions des Jacobins. L’un des grands débats de cette époque fut la question de la guerre. Les girondins, et avec eux une grande partie de la nation, voulaient qu’on la déclarât à l’empereur pour ses actes d’hostilité non dissimulée et pour l’appui qu’il donnait aux rassemblements armés d’émigrés qui se formaient insolemment sur nos frontières. Robespierre, après un moment d’hésitation, se déclara énergiquement contre la guerre. Il sentait bien qu’elle était inévitable, et que même elle était en quelque sorte commencée, en ce sens que la coalition contre la France, nouvelle se nouait ouvertement ; mais il ne voulait pas qu’on devançât l’heure et qu’on se précipitât dans les aventures. Il redoutait les trahisons du pouvoir exécutif, non moins que le développement de l’esprit militaire, toujours funeste à la liberté. Théoriquement, il n’avait pas tort dans ses prévisions ; mais les circonstances étaient impérieuses et, dans l’état des choses, il était peut-être plus périlleux d’attendre que tous les préparatifs de l’ennemi fussent terminés, plus sage de se confier à la prudence de l’audace. Cette polémique soutenue contre les girondins, et particulièrement contre Brissot, envenima des haines mutuelles qui n’étaient encore qu’à l’état latent, et fut comme le prélude des combats meurtriers qui suivirent et qui eurent leur dénouement tragique en 1793. Combattu par Brissot, par Louvet, par Guadet et par la presse girondine, Robespierre, de son côté, traita fort cruellement ses adversaires, que son esprit soupçonneux lui représentait comme des ennemis de la Révolution.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Liens : Maximilien Robespierre (1758-1794) – Le Comité de Salut PublicMaximilien de Robespierre sur wikipedia

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juillet 11, 2008

AUSTERLITZ – 2 DECEMBRE 1805

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Soldats ! vous avez conquis la paix ; vous allez revoir la France ! Donnez mon nom à vos enfants, je vous le permets ; et si parmi eux il s’en trouve un digne de vous, je lui lègue mes biens et le nomme mon successeur.

(Napoléon Bonaparte)

BATAILLE D’AUSTERLITZ. Austerlitz, petite ville des Etats autrichiens, dans la Moravie, à jamais célèbre par l’immortelle victoire que Napoléon y remporta sur les Austro-Russes le 2 décembre 1805. Cette victoire marque l’apogée de notre puissance militaire, et elle rappelle de si glorieux souvenirs, que nous ne craindrons pas d’entrer ici dans des détails plus circonstanciés. Napoléon était au camp de Boulogne, s’apprêtant à fondre sur l’Angleterre, lorsque les armements de l’Autriche et de la Russie, soudoyées par le cabinet anglais, le rappelèrent au cœur du continent. Il s’y porta avec une rapidité foudroyante, dont les marches de César lui-même n’offrent peut-être pas d’exemple ; en vingt jours, son armée arriva de l’Océan sur le Rhin. Puisant dans les inspirations de sa colère et de son génie le plan d’une des plus admirables campagnes dont puissent s’enorgueillir les fastes militaires d’une nation, il enveloppa le général Mack dans Ulm, avant même que celui-ci eût soupçonné l’approche des Français, le força de se rendre, fit, sans combattre, 60.000 prisonniers à une armée de 80.000 hommes, autour de laquelle ses hardies et savantes combinaisons avaient étendu un cercle de fer infranchissable ; occupa Vienne, que n’avait jamais humiliée la présence d’un vainqueur, et se porta si audacieusement à la rencontre des empereurs d’Autriche et de Russie. L’armée russe, qui taxait de lâcheté l’armée autrichienne, si souvent vaincue en Italie, brûlait d’en venir aux mains avec les soldats de Napoléon ; la jeune noblesse qui entourait Alexandre se faisait surtout remarquer par son ardeur présomptueuse. En voyant que Napoléon n avançait plus, car déjà l’aigle avait choisi son champ de bataille, elle répétait avec une incroyable assurance qu’il hésitait, qu’il était intimidé, qu’il n’osait pas s’avancer jusqu’à Olmütz à la rencontre de l’armée russe. Vainement le vieux Koutousov, craignant de heurter des sentiments qu’il savait partagés par l’empereur, son maître, se hasardait néanmoins à dire timidement qu’il ne devait pas en être tout à fait ainsi ; vainement le prince Czartorysld, conseiller d’Alexandre, affirmait que si Napoléon n’avançait pas, ce n’était pas qu’il eût peur : que des militaires sans expérience pouvaient seuls prétendre qu’un tel homme avait peur. Ces conseils de la sagesse furent méprisés, et l’entourage d’Alexandre persista à courir au devant du désastre qui allait bientôt châtier sa folle témérité. L’armée austro-russe marcha donc d’Olmûtz sur Brunn, position que Napoléon étudiait avec soin depuis plusieurs jours, et s’établit en avant du château d’Austerlitz, qui appartenait à la famille de Kaunitz. Le prince Dolgorouski, aide de camp de l’empereur de Russie, et l’un des plus ardents déclamateurs de son état-major, vint, de la part de son maître, oifrir à Napoléon des conditions de paix insultantes. Il le trouva dans un moment où, achevant la visite de ses avant-postes, le grand capitaine n’avait dans Son costume et son entourage rien d’imposant pour un esprit vulgaire. L’Empereur contint son indignation, croyant de sa dignité de ne point la laisser éclater en présence d’un tel négociateur ; mais il le congédia sèchement, en lui disant qu’on viderait ailleurs que dans des conférences diplomatiques les différends qui divisaient les deux empires. Il concentra aussitôt toutes ses forces entre Brunn et Austerlitz, appuyé d’un côté aux collines boisées de la Moravie, de l’autre aux étangs de Satschan et de Menitz, dont il se proposait de tirer un redoutable parti. Il avait à sa disposition 65 ou 70.000 hommes, qui allaient lutter contre Russes et Autrichiens. A sa gauche, il plaça Lannes, renforcé de la cavalerie de Murat ; au centre, il rangea les divisions Vandamme et Saint-Hilaire, appartenant au corps du maréchal Soult, et, un peu plus loin, derrière un marécage, la 3e division du même corps, commandée par le général Legrand, puis enfin fort en arrière, la division Friant. Sur dix divisions d’infanterie, Napoléon n’en mit que six en ligne, gardant sous sa main une puissante réserve de 25.000 hommes pour la porter partout où le besoin s’en ferait sentir. Ces dispositions prises, il poussa la confiance jusqu’à les annoncer à son armée, dans une proclamation toute pleine de la grandeur des événements qui se préparaient, et où se trouvaient ces mots restés célèbres : « II faut finir cette campagne par un coup de tonnerre. »  On était au soir du 1er décembre, veille de l’anniversaire du couronnement. La nuit était froide et sombre. Napoléon voulut visiter ses soldats, ei juger par lui-même de leur  disposition morale. Les premiers qui l’aperçurent ramassèrent la paille de leur bivouac et en formèrent des torches enflammées qu’ils placèrent au bout de leurs fusils pour éclairer ses pas. L’armée entière s’empressa d’imiter cet exemple ; les soldats suivaient Napoléon aux cris de Vive l’empereur ! lui promettant de se montrer le lendemain dignes de lui et d’eux-mêmes. Un vieux grenadier osa même s’approcher et lui dire, avec une familiarité digne des temps homériques : « Tu n’auras pas besoin de t’exposer ; demain nous t’amènerons les drapeaux et les canons des Russes. » Ces feux, ces acclamations avaient été facilement distingués des hauteurs qu’occupait l’armée ennemie, et y avaient produit, chez un petit nombre d’officiers sages, une douloureuse impression; ils se demandaient si c’était là le signe d’une armée abattue et en retraite. Le lendemain, à quatre heures du matin, Napoléon quittait sa tente ; ses maréchaux, entourés de leurs aides de camp, étaient à cheval à côté de lui, attendant l’ordre de commencer le combat. Un brouillard d’hiver couvrait au loin la campagne ; mais enfin, le soleil parut et inonda de clarté ce vaste champ de bataille. C’était le soleil d’Austerlitz, soleil dont le souvenir fait toujours vibrer les cœurs français, et qui ne sera sans doute jamais oublié des générations futures. Napoléon donne le signal de l’attaque, et les maréchaux partent au galop pour aller se mettre à la tête de leurs corps respectifs. Un combat acharné s’engage vers notre droite, tandis que le maréchal Soult, au centre, s’empare du plateau de Pratzen, que les Austro-Russes n’ont occupé que faiblement, et dans la possession duquel un coup d’œil d’aigle a vu le sort de la bataille. On dit que le prince Czartorysld, placé entre les deux empereurs, fit remarquer à Alexandre la marche leste et décidée des Français qui gravissaient le plateau, sans répondre au feu des Russes, et que ce prince, ému à cette vue, en conçut un pressentiment sinistre qui ne l’abandonna pas de toute la journée. En moins d’une heure, les deux divisions du corps du maréchal  Soult s’étaient rendues maîtresses du plateau poursuivaient les Russes et les Autrichiens fuyant pêle-mêle dans la direction d’Austerlitz, et Koutousov, blessé d’une balle à la joue, voyait se réaliser le désastre qu’il avait prévu, mais qu’il n’avait pas eu la fermeté d’empêcher. Partout les positions sont emportées et les ennemis jetés hors de leurs lignes. Toutefois, ce n’est pas sans quelques pertes regrettables de notre côté. Dans une lutte meurtrière avec l’artillerie russe, le général Valhubert a une cuisse fracassée par un boulet. Quelques soldats veulent l’emporter : « Restez à votre poste, leur dit-il ; je saurai bien mourir tout seul. Il ne faut pas, pour un homme, en perdre six. » A une heure de l’après-midi, la victoire ne présentait plus de doute sur la gauche. Napoléon tourna alors à droite avec le corps du maréchal Soult, la garde et les grenadiers d’Oudinot, voulant recueillir par lui-même le prix de ses profondes combinaisons. Il vint assaillir les Russes par derrière, et jeta parmi eux une affreuse confusion. Surpris et désespérés, tous ensemble se précipitent vers les étangs glacés et tâchent de s’y  frayer un chemin. La glace ne peut résister au poids des hommes, des chevaux, des canons ; sur plusieurs points elle fléchit sous les Russes, qui s’y engouffrent, tandis que Napoléon, apercevant le désastre qu’il avait si bien préparé en laissant libres les abords des étangs pour y attirer l’ennemi, fait tirer à boulet sur la glace, qui se brise alors de toutes parts, engloutissant les malheureux qui s’y étaient réfugiés. Plusieurs milliers d’hommes trouvèrent ainsi la mort. La victoire pour nous était complète ; les débris de l’armée russe, en proie à un désordre affreux, se précipitaient dans toutes les directions, poussant des cris sauvages et pillant les villages épars sur la route, pour se procurer quelques vivres. Les deux souverains de Russie et d’Autriche fuyaient ce champ de bataille, sur lequel ils entendaient les Français crier Vive l’empereur ! Ils couraient rapidement à travers les champs de la Moravie, au milieu d’une obscurité profonde, et exposés  à être insultés par la barbarie de leurs propres soldats. L’empereur d’Autriche se hâta d envoyer le prince Jean de Liechtenstein à Napoléon, pour solliciter un armistice et lui exprimer le désir d’avoir avec lui une   entrevue aux avant-postes. Telle fut cette célèbre victoire d’Austerlitz, juste prix, pour Napoléon, des plus savantes et des plus habiles combinaisons. La majeure partie de ses troupes, gardée en réserve, n’avait presque pas eu besoin d’agir, tant les calculs de son génie avaient su rendre sa position redoutable. Sur 65.000 Français, 40 ou 45.000 au plus avaient pris part à la lutte, et avaient vaincu 90.000 Austro-Russes. Napoléon adressa à son armée une proclamation qui se terminait ainsi : « Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli, je vous ramènerai en France : là vous serez l’objet de mes plus tendres sollicitudes. Mon peuple vous reverra, avec joie, et il vous suffira de dire : J’étais à la bataille d’Austerlitz, pour’que l’on vous réponde : Voilà un brave. » Ces mots, où l’on sent un souffle homérique, sont devenus populaires dans toutes les langues ; mais ils appartiennent à ces souvenirs auxquels il ne faut pas toucher, sous peine de tomber du sublime dans le grotesque. Nos lecteurs verront sans doute, sans qu’il soit besoin d’appuyer davantage, que ces lignes, sont une allusion à ce bulletin fameux qui visait à immortaliser un fait d’armes où les vainqueurs étaient au moins dix contre un. Les résultats de la journée d’Austerlîtz furent immenses : 15.000 morts, noyés ou blessés, environ 20.000 prisonniers, parmi lesquels 10 colonels et 8 généraux, 180 bouches à feu, une immense quantité de chevaux, de voitures d’artillerie et de bagage, telles étaient les pertes de l’ennemi et les trophées des Français. Ceux-ci avaient à regretter environ 7.000 hommes, tant tués que blessés. Le lendemain, Napoléon porta son quartier général au château d’Austerlitz, et voulut donner ce nom à la bataille, que les soldats appelaient déjà la Bataille des Trois Empereurs. Elle a porté depuis, et elle portera dans les siècles futurs, la nom qu’elle a reçu du capitaine immortel qui l’a gagnée : lui seul avait le droit de baptiser un aussi glorieux enfant. Parmi toutes les victoires du grand homme, il n’en est pas une qui entoure sa mémoire d’un prestige plus glorieux, plus légendaire ; c’est pourquoi il est si souvent appelé le vainqueur d’Austerlitz. Pour l’armée et pour lui-même, elle est toujours restée un de leurs plus purs, de leurs plus brillants souvenirs. Quelques instants avant la bataille de la Moskowa, le soleil se montra dans tout son éclat : « Soldats, s’écrie Napoléon, c’est le soleil d’Austerlitz ! » et ces seuls mots électrisèrent la grande armée.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Liens : Bataille d’Austerlitz sur wikipedia & Bataille Austerlitz (1805)

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juillet 10, 2008

ALEXANDRE-FLORIAN-JOSEPH COLONNA-WALEWSKI (1810-1868), COMTE D’EMPIRE

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Je désire qu’Alexandre Walewski soit attiré au service de la France dans l’armée.

[extrait du testament de l’Empereur]

(Napoléon Bonaparte)

WALEWSKI (Alexandre-Florian-Joseph COLONNA, comte), littérateur et homme politique français, né au château de Walewice en Pologne) le 4 mai 1810, mort à Strasbourg en septembre I868. Il était fils naturel de Napoléon Ier et de Marie Walewska, fut élevé à Genève, puis à Varsovie et montra durant toute son éducation une grande précocité d’esprit. Dès l’âge de dix neuf ans, il s’enfuit de son pays pour aller à Londres solliciter les hommes d’Etat les plus éminents de l’Angleterre en faveur de la Pologne. De Londres il vint en France, où il se trouvait au moment de la Révolution de juillet 1830. Il fut amicialement accueilli par le duc d’Orléans, qui, devenu roi, le chargea d’une mission en Pologne. Lorsque, en 1831, les Polonais se soulevèrent contre les Russes, Walewski devint aide de camp du général en chef de l’armée nationale et prit part à la bataille de Grochow. Député à Londres par le gouvernement insurrectionnel, il ne put accomplir sa mission désormais sans but, les Russes ayant repris Varsovie, et il vint de nouveau chercher un refuge en France. Il se fit naturaliser Français et, grâce à ses hautes relations, prit rang dans l’armée en qualité d’officier d’ordonnance du maréchal Gérard. Ensuite il devint capitaine dans la légion étrangère, passa au 4e régiment de hussards et fut chargé des fonctions de directeur des affaires arabes à Oran. Rappelé en France et fatigué de la vie oisive des garnisons, désireux d’ailleurs de briller dans le monde, il donna sa démission en 1837, acheta le Messager des Chambres et entreprit de se faire connaître dans la société parisienne de cette époque comme homme élégant, comme publiciste et comme auteur dramatique. Après avoir écrit quelques brochures politiques, Un mot sur la question d’Afrique  (1837, in-32) et l’Alliance anglaise (1838, in-32), il voulut aborder le théâtre, ou il passa pour avoir collaboré avec M. Alexandre Dumas à Mademoiselle de Belle-Isle (1839). Le 8 janvier 1840, il fit jouer au Théâtre-Français, avec un, luxe d’ameublement peu ordinaire sur cette scène, l’Ecole du monde ou la Coquette sans le savoir comédie en cinq actes, à laquelle Anaïs Aubert, selon Quérard (la France littéraire), aurait apporté une très active collaboration. Lue au comité par cette actrice, reçue avec empressement, soutenue, vantée, protégée par de hautes influences, par des célébrités littéraires qui en suivaient avec complaisance les répétitions, par Victor Hugo, par Casimir Delavigne, l’Ecole du monde n’obtint pas grâce devant le parterre ; jamais cependant plus brillante assemblée ne s’était réunie pour entendre une œuvre de l’esprit humain. « Voilà donc, s’écriait Théophile Gautier dans la Presse du 14 janvier, la pièce d’un homme du monde ! Assurément aucun de nous ne l’aurait faite plus mauvaise ; il est plus aisé d’avoir de beaux chevaux, des équipages splendides, des toilettes somptueuses, d’être un lion qu’un auteur comique. Cela n’est pas donné au meilleur gentilhomme d’être poëte quand il veut ; un poëte deviendrait plutôt gentilhomme au besoin… Et puis, s’il faut vous le dire, illustres gentilshommes, lions à tous crins , très précieux fashionables, il vous manque une chose pour être poètes… Pour être des poètes, il faut avoir beaucoup souffert, et vous n’avez pas souffert. Le mal passe sous vos pieds et ne vous atteint pas ; il n’y a d’autre malheur pour vous que de mourir, de recevoir un coup de fleuret dans la figure ou de faire une comédie en cinq actes et en prose ! » Cet échantillon de la critique de ne saurait donner qu’une faible idée des attaques dont fut l’objet cette Ecole du monde, que le grand monde parisien avait proclamée à l’avance un chef-d’œuvre. Le feuilleton de Jules Janin fut très-spirituel, très méchant et très remarqué. Nestor Roqueplan s’écria : « On n’a pas écouté mes avis ; j’avais recommandé à l’auteur d’inonder le second acte de traits d’esprit. » Une polémique ardente, où les horions ne furent pas ménagés, s’éleva pour prouver que la critique et les journaux avaient eu le plus grand tort de méconnaître l’œuvre d’un homme du monde, d’un gentilhomme, lequel était journaliste cependant. Quoi qu’il en soit, les comédiens en furent pour leurs frais d’étude ; le public s’obstina à ne rien comprendre aux personnages qui s’agitaient et parlaient sur la scène ; il ne voulut pas croire que ce monde qu’on lui représentait était réellement celui qui existe, et l’ouvrage tomba. L’auteur, qui avait gardé l’anonyme, répondit aux sifflets par une préface a sa pièce. Il y ajouta même une dédicace à Victor Hugo, qu’il signa bravement. Attristé, mais non pas découragé par l’insuccès de l’Ecole du monde, il voulut aborder le théâtre une seconde fois avec les Dandys. De petites intrigues, auxquelles il n’était pas indifférent, agitaient alors la maison de Molière. La muse comique et la muse tragique, Anaïs et Rachel, se disputaient le cœur du jeune écrivain homme du monde. Scribe, un bon juge, étant consulté sur ces Dandys, proposa de prendre sa part dans la pièce à la condition qu’elle n’aurait que trois actes, qu’elle serait donnée au Gymnase et que lui, Scribe, en écrirait le dialogue. « Ainsi faite, dit le jeune comte Walewski, ma comédie ne serait plus mienne, elle serait vôtre. Elle aurait un grand succès, j’en conviens ; mais je n’oserais pas, cette fois moins que jamais, me départir de mon incognito. » Plus tard, Scribe, ayant gardé bon souvenir des Dandys, les voulut revoir; il soumit à Walewski, tout-puissant personnage alors, un nouveau projet dans lequel il lui laissait une plus g’rande part de collaboration ; mais dans l’intervalle étaient survenues les grandes affaires ; le doux loisir des choses littéraires avait gagné le pays des songes. L’auteur des Dandys remit cependant sa pièce à Scribe. On a retrouvé le manuscrit sur la table du célèbre écrivain dramatique, et ce fut Mme Scribe elle-même qui le renvoya au comte Walewski après la mort de son mari. La même année 1840, Walewski entra dans la carrière diplomatique, où la réussite est plus facile que dans les lettres pour un jeune élégant, ami du luxe et de la richesse. M. Thiers, devenu président du cabinet du 1er mars, acheta le Messager des Chambres et donna à son rédacteur une mission en Egypte. Il s’agissait de se rendre auprès du pacha Méhémet-Ali pour conjurer l’effet produit par un grave événement, le traité de Londres. Sous le ministère Guizot, plusieurs autres missions lui furent encore confiées, II était attaché à la légation de Buenos-Aires, lorsque la Révolution de février éclata. Après l’élection de Louis-Napoléon à la présidence de la trop confiante République, Walewski vint grossir le nombre de ceux qui étaient décidés à greffer leur fortune politique sur le rameau impérial. D’anciennes relations avec quelques-uns des intimes de l’Elysée lui valurent d’être enrégimenté parmi les hauts employés sur qui l’on pourrait compter le moment venu. Dès 1849, le prince-président, comme on disait à cette époque, nomma Walewski ministre plénipotentiaire à Florence, puis ambassadeur a Naples, Madrid, et enfin à Londres. Ses relations personnelles avec lord Palmerston l’avaient fait désigner par Louis-Napoléon pour ce poste important. Il s’agissait de préparer l’Angleterre à reconnaître le gouvernement nouveau aussitôt après le coup d’Etat, de façon à amener les autres cabinets européens au même acte diplomatique, complicité presque indispensable à un ordre de choses qui veut s’établir par la violence et l’illégalité. Lord Palmerston fut averti amicalement par le comte Walewski des préparatifs faits par le futur empereur pour dissoudre l’Assemblée nationale et proclamer la dictature du président. Tout fut préparé au Foreign Office dans le but de hâter les lenteurs bien connues des chancelleries. Et lorsque le télégraphe apporta a l’ambassadeur la nouvelle de l’attentat du décembre, il en informa sur le champ, d’une façon officielle, le chef du cabinet de Saint-James, qui, sans retard et sans même consulter ses collègues, donna son approbation au coup d’Etat. Cet acte extraparlementaire amena une crise ministérielle ; il y avait violation des traditions britanniques ; lord Palmerston perdit son portefeuille, mais il n’en resta pas moins l’ami fidèle du comte Walewski, qu’il a précédé dans la tombe. Cet acte de compérage resta inconnu en France, ce qui a permis plus tard a certains panégyristes de faire honneur au comte Walewski de n’avoir point pris part au coup d’Etat. Il est vrai qu’étant absent de Paris, loin du lieu d’exécution, il n’a pas, comme les Morny, les Maupas, les Saint-Arnaud, les Canrobert et d’autres personnages dont l’histoire se souviendra pour les flétrir, imprimé à son nom la tache ineffaçable du sang répandu. Il n’a pas contre-signé la trahison, le guet-apens, l’état de siège ; il n’a pas décrété la fusillade, la proscription, l’exil. Son parafe n’existe pas au bas de ces ordres froidement impitoyables qui semèrent la ruine, la terreur et la mort, qui glacèrent les veines de la patrie, qui coupèrent, dans le pur élan de sa sève nouvelle, le fier, libre et joyeux esprit national ; qui firent de la France de Voltaire la terre du silence, de la peur et du découragement. Grâce à son éloignement de Paris au 2 décembre, il apparaît plutôt comme un homme d’Etat frotté de libéralisme, honnête et loyal dans son bonapartisme naturalisé polonais, incapable au demeurant de tous ces mensonges politiques dont les soutiens du trône nous ont donné de si curieux spécimens. Le mépris et la haine voués à tous les premiers sujets de la douloureuse tragédie de décembre laissent quelque place à la bienveillance pour les comparses, les doublures et les utilités dont les noms ne figurèrent pas sur l’affiche. Mais si l’on doit la vérité aux morts et s’il est vrai que la justice, un instant obscurcie, reprenne tôt ou tard inévitablement ses droits, que pensera l’avenir de ce diplomate qui, soutenu à grands frais par la République, a servi, dans l’ombre des chancelleries, une entreprise ayant pour but de renverser cette même République, à laquelle il avait promis fidélité ? A quel mobile obéissait-il ? Son devoir n’était-il pas de démasquer la trahison, ou tout au moins de se refuser à cette complicité dont il lui faut aujourd’hui rendre compte devant l’histoire ? Cette complicité, ignorée du plus grand nombre, lui fut toujours légère à porter. il n’eut jamais à se justifier de l’œuvre de décembre, circonstance qui lui permettait une action plus libre, qui lui ouvrait un champ plus large dans la politique. Nommé au Sénat le 26 avril 1855, la comte Walewski fut, le 7 mai de la même année, appelé à remplacer aux affaires étrangères le ministre Drouin de Lhuys, qui venait de donner sa démission. Il fut, en cette qualité, chargé de régler toutes nos relations avec les différentes puissances européennes, pendant la dernière période de la guerre d’Orient, présida, comme plénipotentiaire de la France, les conférences du congrès de Paris et signa le traité du 30 avril 1856. Il présida aussi les nombreuses conférences qui eurent lieu de nouveau à Paris, pour régler les détails de l’application du traité en juillet 1858. Au mois de janvier 1860, il fut remplacé au ministère par M. Thouvenel, entra au conseil privé, et, le 24 novembre suivant, reçut le portefeuille de ministre d’Etat, avec la direction des beaux-arts. Il a contre-signé, comme ministre d’Etat, le décret remaniant, dans un sens un peu moins étroit, l’organisation du Corps législatif. Son administration, dans ce nouveau poste, fut signalée par l’élaboration et la présentation de la loi sur la propriété littéraire et artistique. Le 3 mars 1856, il avait été nommé grand-croix de la Légion d’honneur. En juin 1863, le comte Walewski résigna ses fonctions ministérielles ; en 1865, il quitta le Sénat pour se présenter, comme candidat officiel à la députation dans le département des Landes. Dans la pensée du gouvernement, il devait remplacer M. de Morny à la présidence du Corps législatif. On en répandit le bruit à dessein avant l’élection et il fut nommé. Aussitôt et avant même que ses pouvoirs eussent été vérifiés et validés par la Chambre, un décret l’appela au fauteuil, et il occupa tout de suite le palais de la présidence. Une question de légalité constitutionnelle fut, à ce propos, soulevée par les journaux. La cordialité conciliante qui était le fond de son caractère privé, Walewski l’apporta dans ses nouvelles fonctions ; mais il n’avait pas l’habileté, le savoir-faire, l’audace sans scrupule de son prédécesseur de Morny, ni la bourgeoise médiocrité de son successeur Schneider. La Chambre n’était pas sous sa main ; cela ne pouvait plaire en haut lieu et on gourmanda sa longanimité envers les orateurs qui se permettaient de n’être pas les claqueurs du régime impérial. La majorité intrigua sourdement ; un complot s’organisa contre lui. D’ailleurs l’opinion publique lui attribuait l’inspiration des lois sur la presse et sur le droit de réunion, et c’était là un crime que ne pouvaient lui pardonner les muets du sérail de M. Rouher. Fit-on naître l’occasion qui devait le faire succomber ? Lui tendit-on un piège ? On serait tenté de le croire : « Les rôles étaient trop bien distribués, a dit un journaliste, pour que la pièce n’eût pas été répétée d’avance. » Un tumulte de discussion provoqué par une imprudence ou une adresse du gouvernernent éclata ; le président refusa de rappeler à l’ordre M. Thiers, et la question de cabinet fut posée, dit-on, par le ministre Rouher. Walewski se crut obligé de descendre du fauteuil ; il se retira volontairement ; mais blessé dans sa dignité et presque honni par une droite servile et inepte. La gauche entière se leva pour le saluer et l’accompagner jusqu’aux appartements présidentiels, qu’il quittait une heure après. Ceci se passait eu 1867. Cet échec bouleversa Walewski. Il avait dignement quitté un poste où il n’était pas libre, il ne lui restait plus qu’à aller s’asseoir à son banc de député. Mais il manquait de fermeté ; il se laissa réintégrer au Sénat, et au lieu de jouer ouvertement la partie libérale qu’il s’était déterminé à tenter, il la joua comme conseiller intime. « II paraît avoir été le seul confident et presque l’inspirateur de la lettre du 19 janvier, dit M. J. Richard ; il est certain qu’il avait hérité de M. de Morny d’une certaine prédilection pour M. Emile Ollivier ; on pense même que certains projets manuscrits, rédigés en 1862 par M. de Morny, étaient arrivés entre ses mains, et que le nom de M. Emile Ollivier y était relaté avec des appréciations favorables. M. Walewski le présenta à l’Empereur, qui l’accueillit avec bienveillance. M. Ollivier, non-seulement parce qu’il était M. Ollivier, mais aussi parce qu’il était amené par M. Walewski, ne trouva que morgue et défiance chez les ministres. La fusion, qui eût peut-être réussi, menée par M. de Morny, échoua sous la direction de M. Walewski. La vérité est qu’il n’était pas de ces habiles, de ces retors, de ces statégistes froids et égoïstes qui savent se maintenir par n’importe quel moyen pendant quinze ou vingt ans au pouvoir. Il n’a guère fait qu’y passer ; mais y a toujours passé avec assez d’à-propos. En septembre 1868, le comte Walewski voyageait en Allemagne avec sa femme et sa fille. S’il faut en croire certaines rumeurs accréditées, il reprenait à toute vapeur le chemin de Paris pour y recevoir de nouveau le portefeuille des affaires étrangères lorsque, revenant de Munich, il mourut subitement à Strasbourg, dans l’hôtel où il venait de descendre. Dans l’heureux temps où nous vivons, disait à cette époque M. Hervé dans le Journal de Paris, il suffît d’une dose moyenne d’intelligence et de jugement, d’une certaine habitude des affaires et d’un peu de modération et d’honnêteté, pour mettre un homme fort au-dessus du commun. Ces qualités, M. Walewski les possédait. Il lui manquait, il est vrai, d’autres qualités qui lui auraient été peut-être plus utiles encore dans, sa carrière politique. Il n’avait ni cet heureux détachement de toutes les opinions, qui permet de plaider tour à tour le pour et le contre avec une égale chaleur, et de défendre à trois heures, dans la Chambre, les mesures que l’on a combattues à midi dans le cabinet ; ni ce mélange d’étourderie et de pédantisme par lequel on se donne si facilement des airs de réformateur, en se bornant le plus souvent à remplacer : Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour, par : Belle marquise, mourir me font d’amour vos yeux beaux. Aussi, n’a-t-il pas fait une de ces fortunes politiques devant lesquelles les badauds restent confondus. »

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Comte Alexandre Walewski sur wikipedia

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MADAME GERMAINE DE STAËL-HOLSTEIN (1766-1717)

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Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein dite Madame de Staël (1766-1817) par Marie-Eleonore Godefroid

Madame de Staël était ardente dans ses passions, furieuse et forcenée dans ses expressions. Sa demeure à Coppet était devenue un véritable arsenal contre moi ; on y venait s’y faire armer chevalier. Elle s’occupait à me susciter des ennemis et à me combattait elle-même.

Il est vrai de dire que personne ne saurait nier qu’après tout Mme de Staël est une femme de grand talent, fort distinguée, de beaucoup d’esprit : elle restera.

(Napoléon Bonaparte)

STAËL-HOLSTEIN (Aune-Louise-Germaine NECKER, baronne DE), célèbre femme de lettres, née à Paris en 1766, morte dans la même ville le 14 juillet 1817. Fille de Necker, le ministre populaire, dont l’avènement aux finances fut comme l’aurore de la Révolution, elle avait pour mère Suzanne Curchod, femme également distinguée, dont le salon réunissait toutes les célébrités de l’époque. Dans le livre de Mme Necker de Saussure, Notice sur le caractère et les écrits de Madame de Staël (Paris, 1820, in-12), on peut suivre les premiers pas de cette intelligence d’élite, qui se manifesta avec une précocité singulière. Il paraît que, tout enfant, elle trouvait son amusement dans la conversation savante des amis de son père, Raynal, Buffon, Marmontel, Grimm, Gibbon, et les charmait par ses reparties sérieuses. A onze ans, elle avait déjà l’intelligence assez cultivée pour s’essayer à composer des portraits et des éloges dans le goût académique de Thomas, autre commensal de la maison. A quinze ans, elie commentait l’Esprit des lois et adressait à Necker, sur son Compte rendu (1781), une lettre anonyme où son style la fit reconnaître ; puis successivement, jusqu’en 1785, elle écrivit plusieurs nouvelles : Mirza, Adélaïde et Théodore, Pauline, publiées dix ans après (1795, in-12). En 1786, elle composa un drame en vers, Sophie ou les Sentiments secrets ; l’auteur manque d’expérience ; mais à ce défaut son imagination supplée, et l’on trouve dans cette ébauche des pages élevées, des vers assez heureux. 1786 est l’année même de son mariage avec le baron de Staël-Holstein, ambassadeur de Suède à la cour de France. Mme Necker de Saussure cite un portrait d’elle à cet âge, tracé dans le goût de l’époque par Guibert, et où elle est représentée sous le nom de Zulmé : « Zulmé n’a que vingt ans, et elle est la prêtresse la plus célèbre d’Apollon ; elle est celle dont l’encens lui est le plus agréable, dont les hymnes lui sont les plus chers… Ses grands yeux noirs étincellent de génie ; ses cheveux, de couleur d’ébène, retombent sur ses épaules en boucles ondoyantes ; ses traits sont plus prononcés que délicats, on y sent quelque chose au-dessus de la destinée de son sexe. » J’ai eu moi-même sous les yeux, dit à ce propos Sainte-Beuve, un portrait peint de Mlle Necker, toute jeune personne ; c’est bien ainsi : « cheveux épars et légèrement bouffants, l’œil confiant et baigné de clarté, le front haut, la lèvre entr’ouverte et parlante, modérément épaisse en signe d’intelligence et de bonté, le tout animé par le sentiment ; le cou, les bras nus, un costume léger, un ruban qui flotte à la ceinture, le sein respirant à pleine baleine ; telle pouvait être la Sophie de l’Emile. » J.-J. Rousseau fut, en effet, le maître et l’inspirateur de Mme de Staël ; son premier ouvrage sérieux est intitulé : Lettres sur le caractère et les écrits de J.-J. Rousseau ; (1788, in-8°). Il révèle les tendances de l’écrivain, et on peut 1e prendre comme le point de départ de ses opinions. Voici comment Sainte-Beuve l’apprécie : « Les Lettres sur Jean-Jacques sont un hommage de reconnaissance envers l’auteur admiré et préféré, envers celui même à qui Mme de Staël se rattache le plus immédiatement. Assez d’autres dissimulent avec soin, taisent ou critiquent les parents littéraires dont ils procèdent ; il est d’une noble candeur de débuter en avouant, en célébrant celui de qui on s’est inspiré, des mains duquel on a reçu le flambeau, celui d’où nous est venu ce large fleuve de la belle parole dont autrefois Dante remerciait Virgile : Mme de Staël, en littérature aussi, avait de la passion filiale. Les Lettres sur Jean-Jacques sont un hymne ; mais un hymne nourri de pensées graves, en même temps que varié d’observations fines, un hymne au ton déjà mâle et soutenu, où Corinne se pourra reconnaître encore après être redescendue du Capitole. Tous les écrits futurs de Mme de Staël en divers genres, romans, morale, politique, se trouvent d’avance présagés dans cette rapide et harmonieuse louange de ceux de Rousseau, comme une grande œuvre musicale se pose, entière déjà de pensée, dans son ouverture. Le succès de ces Lettres, qui répondaient au mouvement sympathique du temps, fut universel. » Bientôt après, la Révolution éclata, et elle aspira à y jouer un rôle. Quelles furent ses idées en politique ? Même aujourd’hui, il est encore difficile de les déterminer parfaitement. Repoussée par les républicains, reniée par les royalistes, on la plaça communément dans le parti qui voulait une monarchie constitutionnelle ; on lui fait faire des vœux pour le triomphe du système anglais des deux Chambres, idéal de toute sa vie, a-t-on dit; idéal sans grandeur, mais qui était alors celui de beaucoup d’esprits élevés. En 1791, elle s’agita beaucoup ; on la désignait alors comme l’inspiratrice et, de plus, la maîtresse de M. de Narbonne. Au commencement de 1792, elle adressa à M. de Montmorin un plan d’évasion pour le roi ; mais comme elle mettait pour condition que M. de Narbonne en serait l’exécuteur, on n’en tint pas compte, la légèreté de celui-ci étant trop bien connue à la cour. D’un autre côté, Mme de Staël était en butte au persiflage des ennemis du parti dont elle s’était posée comme l’Egérie; les pamphlets se succédaient, tous irrespectueux et violents. Nous citerons seulement un petit in-8° intitulé : Intrigues de Mme du Staël. Mais dès lors, dit Grimm, l’objet de ces satires avait su se placer à une hauteur où de pareils traits ne portaient pas. Elle était encore à Paris lors des massacres de Septembre ; peu de temps après, elle quitta la France et gagna la Suède, où sou mari était rappelé, puis vint s’établir dans le pays de Vaud, au château de Coppet, où Necker s’était retiré dès 1790 et qu elle a immortalisé. Elle était encore si troublée par les événements qui s’agitaient, que c’est à peine si elle prit la plume durant toute cette période. On ne connaît d’elle, comme ayant été composé à cette époque, qu’un seul écrit, un Mémoire pour la défense de Marie-Antoinette, qui ne fut pas imprimé. Après le 9 thermidor, qui paraît avoir rendu le calme à son esprit, elle écrivit ses Réflexions sur la paix adressées à Pitt et aux Français (1795, in-8°), en faveur d’un rapprochement entre l’Angleterre et la France, et qui obtint en plein Parlement les éloges de Fox. « Un mélange de commisération profonde et de justice déjà calme, l’appel de toutes les opinions non fanatiques à l’oubli, à la conciliation, la crainte des réactions imminentes et de tous les extrêmes renaissant les uns des autres, ces sentiments, aussi généreux qu’opportuns, marquent à la fois, dit Sainte-Beuve, l’élévation de l’âme et celle des vues. Il y a une inspiration antique dans cette figure de jeune femme qui s’élance pour parler à un peuple, le pied sur les décombres tout fumants. » Bientôt parut l’Essai sur les factions (1795, in-8°), qui, lui-même, fut peu après suivi de l’ouvrage ayant pour titre : De l’influence des passions sur le bonheur des individus et des nations (1796, in-8°). Un changement profond signale ce nouvel écrit. Ce n’est plus une jeune fille intelligente qui conjecture plutôt qu’elle ne connaît le monde et effleure de graves questions au milieu des applaudissements d’une brillante société ; c’est une femme qui a trouvé en elle-même et auprès d’elle la réalité qu’elle veut peindre. Là se termine la première époque de la vie de Mme de Staël. Désormais les lettres ne seront plus pour elle l’expression de la sensibilité seule ; elle en va faire, en outre, l’organe d’une haute raison. A défaut du bonheur, qu’un mariage mal assorti lui refuse, elle va aspirer à la gloire. « Relevons-nous, dit-elle, sous le poids de l’existence. Puisqu’on réduit à chercher la gloire ceux qui se seraient contentés des affections, eh bien, il faut l’atteindre ! » C’est avec cette résolution qu’elle prend la plume et écrit une de ses œuvres les plus remarquables : De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (1800). Ce qu’elle veut démontrer, c’est le dogme du progrès, celui de la perfectibilité indéfinie de l’espèce, la marche toujours ascendante de l’esprit humain. « Je ne pense pas, s’écrie-t-elle, que ce grand œuvre de la nature morale ait jamais été abandonné ; dans les périodes lumineuses comme dans les siècles de ténèbres, la marche graduelle de l’esprit humain n’a point été interrompue. En étudiant l’histoire, il me semble qu’on acquiert la conviction que tous les événements principaux tendent au même but : la civilisation universelle. » Ce que veut encore l’auteur, c’est renouveler l’esprit de la critique et poser ce principe : La littérature est l’expression de la société. Le livre fut critiqué amèrement par la Décade philosophique, le Mercure et les Débats, Un seul écrivain peut-être, tout en combattant les doctrines de l’auteur, sut ne pas oublier la plus parfaite urbanité ; il est curieux de voir comment le futur auteur du Génie du christianisme juge un livre auquel on pourrait très justement donner pour titre le Génie de l’humanité. L’article est adressé au citoyen Fontanes. « Mme de Staël, dit Chateaubriand, donne à la philosophie ce que j’attribue à la religion… Vous n’ignorez pas que ma folie à moi est de voir Jésus-Christ partout, comme Mme de Staël la perfectibilité… Je suis fâché que Mme de Staël ne nous ait pas développé religieusement le système des passions ; la perfectibilité n’était pas, selon moi, l’instrument dont il fallait se servir pour mesurer des faiblesses… Quelquefois Mme de Staël paraît chrétienne ; l’instant d’après, la philosophie reprend le dessus. Tantôt, inspirée par sa sensibilité naturelle, elle laisse échapper son âme ; mais tout à coup l’argumentation se réveille et vient contrarier les élans du cœur… Ce livre est donc un mélange singulier de vérités et d’erreurs. En amour, Mme de Staël a commenté Phèdre… Ses observations sont fines, et l’on voit, par la leçon du scoliaste, qu’il a parfaitement entendu son texte. Voici ce que j’oserais lui dire, si j’avais l’honneur de la connaître : Vous êtes, sans doute, une femme supérieure. Votre-tête est forte et votre imagination quelquefois pleine de charme, témoin ce que vous dites d’Herminie déguisée en guerrier. Votre expression a souvent de l’éclat, de l’élévation… Mais, malgré tous à ces avantages, votre ouvrage est bien loin d’être ce qu’il aurait pu devenir. Le style en est monotone, sans mouvement et trop mêlé d’expressions métaphysiques. Le sophisme des idées repousse, l’érudition ne satisfait pas, et le cœur est trop sacrifié à la pensée… Votre talent n’est qu’à demi développé, la philosophie l’étouffe. Voilà comment je parlerais à Mme de Staël sous le rapport de la gloire. J’ajouterais :  …Vous paraissez n’être pas heureuse ; vous vous plaignez souvent, dans votre ouvrage, de manquer de cœurs qui vous entendent. C’est qu’il y a certaines âmes qui cherchent en vain dans la nature des âmes auxquelles elles sont faites pour s’unir… Mais comment la philosophie remplira-t-elle le vida de vos jours? Comble-t-on le désert avec le désert? … » De cette époque date l’amitié de ces deux grands écrivains, dont les noms sont associés à la rénovation littéraire du xixe siècle : Mme de Staël, Chateaubriand. Rivaux parles doctrines, ils le sont aussi parle talent. « Ces deux esprits si dignes l’un de l’autre, malgré leurs dissidences, inaugurent ensemble, remarque M. Demogeot, le mouvement intellectuel de notre époque. Les idées les plus fécondes que la littérature ait développées dépuis la Restauration nous semblent déjà contenues en germe dans leurs ouvrages. Par eux, le XIXe siècle a posé son programme ; par eux, la poésie s’affranchit des lois arbitraires de la formule ; par eux commence l’insurrection contre la dernière autorité des âges précédents. Mais avec eux aussi renaissent, dans la liberté d’une forme nouvelle, les principes moraux et religieux qui doivent présider à la régénération sociale ; tous deux établissent, d’une manière plutôt diverse que contraire, le spiritualisme, la loi du devoir, la souveraineté de la justice et de la raison. » Delphine parut en 1802. C’est un roman par lettres, un peu vague, un peu métaphysique ; mais ces défauts sont compensés par cette sensibilité, cette émotion dont Mme de Staël avait fait preuve dans ses premiers écrits.  Delphine eut un grand succès, dû en partie aux préoccupations de l’heure présente, livrée aux discussions religieuses que venait de réveiller le Génie du christianisme, et encore à cette particularité que l’on se plaisait à y reconnaître des portraits, entre autres ceux de Benjamin Constant, de Talleyrand et de Mme de Staël elle-même. Delphine, comme le livre De la littérature, souleva des critiques injustes. Dans un article publié par le Mercure de France et signé de l’initiale F., on lisait ces lignes : « Delphine parle de l’amour comme une bacchante, de Dieu comme un quaker, de la mort comme un grenadier et de la morale comme un sophiste. » Ginguené prit la défense de l’auteur dans la Décade. « Aucun ouvrage, dit-il, n’a depuis longtemps occupé le public autant que ce roman ; c’est un genre de succès qu’il n’est pas indifférent d’obtenir, mais qu’on est rarement dispensé d’expier. Plusieurs journalistes, dont on connaît d’avance l’opinion sur un livre d’après le seul nom de son auteur, se sont déchaînés contre Delphine ou plutôt contre Mme de Staël; comme des gens qui n’ont rien à ménager… Ils ont attaqué une femme, l’un avec une brutalité de collège, l’autre avec le persiflage d’un bel esprit de mauvais lieu, tous avec la jactance d’une lâche sécurité. » Dès 1797, Mme de Staël était revenue à Paris habiter son hôtel de la rue de Grenelle, près de la rue du Bac. Son mari la suivit et reprit ses fonctions d’ambassadeur de la cour de Suède près la République française ; il devait mourir cinq années après en 1803. Au sein de cette société qu’elle aimait, elle recommença à ouvrir un cercle. Bien que particulièrement liée avec Benjamin Constant, Camille Jordan et tous les membres du parti clichien, elle les abandonna, dit-on, au 18 fructidor. C’est à ce propos qu’on a dit d’elle : « Pour faire une révolution, elle ferait jeter tous ses amis dans la rivière, quitte à les repêcher le lendemain par bonté d’âme. » Nous ne discuterons pas ici en détail la conduite de la fille de Necker ni la ligne politique qu’elle suivit. Ceux qui voudront l’étudier ne devront s’adresser ni aux royalistes ni davantage aux conventionnels, mais à elle-même et lire ses Considérations sur la Révolution française. On dit encore qu’elle fut l’âme du cercle constitutionnel créé pour soutenir la constitution de l’an III. Quoi qu’il en soit, elle eut assez d’influence pour faire donner le portefeuille de l’extérieur à Talleyrand, qu’elle estimait beaucoup alors et que depuis elle peignit dans Delphine sous les traits d’une vieille coquette égoïste et sèche. C’est que Talleyrand, qui devait tout à Mme de Staël, la paya de la plus profonde ingratitude. Du jour où il y eut danger pour lui, pour son portefeuille, il s’éloigna sans vergogne de son ancienne protectrice. Le 18 brumaire avait mis fin au crédit de Mme de Staël. Sur la scène politique du nouveau régime, il n’y avait pas place pour les femmes. A partir de ce moment, il y eut une lutte sans merci entre elle et Bonaparte, lutte qui dura quinze années et qui n est pas l’épisode le moins curieux de la vie de Mme de Staël. Son salon devint le rendez-vous des mécontents, le lieu d’où partaient les propos hostiles dirigés contre le premier consul. Avertie par le ministre de la police, Fouché, des conséquences fâcheuses qui pourraient en résulter pour elle, elle n’en tint pas compte. Les fréquents voyages qu’elle faisait à Coppet, auprès de son père, enfin la publication des Dernières vues de politique et de finances de M. Necker, à laquelle on suppose qu’elle avait pris une large part, achevèrent de faire prendre ombrage au pouvoir naissant, qui lui rendit le service de l’exiler. L’hostilité de Napoléon lui valut plus de sympathie qu’elle n’en avait jusqu’alors rencontré. Elle quitta Paris ou plutôt Saint-Brice, où elle demeurait avec Mme Récamier, et partit pour l’Allemagne. A Weimar, où elle séjourna durant les aimées 1803 et 1804, elle se prit d’un vif enthousiasme pour Gœthe et Schiller. Une lettre de celui-ci à Gœthe montre combien ces deux illustres maîtres prirent plaisir à l’étudier, à l’analyser, pour ainsi dire. « Elle représente, lui écrit-il, l’esprit français sous un jour vrai et très intéressant. Dans tout ce que nous appelons philosophie, par conséquent dans toutes les questions élevées et décisives, on se trouve en désaccord avec elle, et toutes les conversations n’y peuvent rien. Mais son naturel et son sentiment valent mieux que sa métaphysique, et sa belle intelligence touche à la puissance du génie. Elle veut tout éclaircir, tout comprendre, tout mesurer ; elle ne vous concède rien d’obscur, d’inaccessible, et tout ce qu’elle ne peut pas éclairer de son flambeau n’existe point pour elle ; aussi a-t-elle une peur affreuse de la philosophie idéaliste, qui, à son insu, mène au mysticisme et à la superstition, et c’est là l’atmosphère où elle s’anéantit. Il n’y a pas en elle de sens pour ce que nous appelons poésie ; d’une œuvre de ce genre elle ne s’assimile que la passion, l’éloquence et l’esprit général ; mais si le bon lui échappe parfois, elle n’estimera jamais le mauvais. » De Weimar, Mme de Staël se rendit à Berlin et reçut à la cour de Prusse un accueil empressé. C’est alors que, rappelée à Coppet par la mort de Necker, après avoir fait, en 1805, une courte excursion en Italie, elle se fixa définitivement au château paternel et y tint une espèce de cour qui eut, sous l’Empire, une grande célébrité. Mme de Stael avait mis à profit ses voyages en Allemagne et en Italie pour ébaucher deux grands ouvrages : De l’Allemagne et Corinne. Corinne parut d’abord (1807, 2 vol. in-12). Le succès de ce roman fut plus grand encore que celui de Delphine ; il retentit dans l’Europe entière. Jamais Mme de Staël n’avait atteint à une telle hauteur ; jamais elle n’avait été plus profonde et à la fois plus poétique, plus éloquente. Corinne, c’est la glorification de l’Italie et en même temps la personnification idéale de la femme moderne. C’est Delphine encore, dit Benjamin Constant, mais perfectionnée, mais indépendante, laissant à ses facultés un plein essor et toujours doublement inspirée par le talent et par l’amour. » On raconte que Napoléon ressentit une profonde irritation du concert d’éloges qui s’éleva autour de cette œuvre. Est-ce parce qu’elle était l’œuvre de son ennemie, de celle qui depuis cinq ans le bravait, ou bien parce que cette image radieuse, idéale de Corinne couronnée de lauriers contrariait son but ? S’il faut en croire une anecdote que rapporte Villemain, le dominateur de la France fut tellement blessé du bruit que faisait ce roman, qu’il en composa lui-même une critique insérée au Moniteur, Après la publication de Corinne, Mme de Staël ne se crut plus momentanément en sûreté même en sa résidence de Coppet ; elle dut fuir et, en 1808, retourna en Allemagne pour y terminer le livre qu’elle avait ébauché lors de son premier voyage en 1803 et 1804. C’est de Vienne qu’elle data la lettre suivante adressée à Talleyrand et par laquelle elle essayait, sinon de rentrer en grâce, du moins de se faire rendre par Napoléon 2 millions, prêtés autrefois par Necker à Louis XVI. Cette lettre, pleine de finesse et de réticences, a de l’importance au point de vue biographique : « Vienne, ce 3 avril 1808. Vous serez étonné de recevoir une écriture dont vous avez perdu le souvenir. A la distance où nous sommes, il me semble que je m’adresse à vous comme d’un autre monde, et ma vie a tellement changé que je puis aisément me faire cette illusion. J’ai dit à mon fils d’aller vous trouver et de vous demander franchement et simplement de vous intéresser à la liquidation des 2 millions qui font plus de la moitié de notre fortune et de l’héritage de mes enfants. C’est une douleur cruelle pour moi de penser que je nuis à ma famille, qu’ils seraient payés si demain je n’existais plus ; car cette dette a un caractère si sacré, que les préventions de l’Empereur contre moi peuvent seules l’empêcher de statuer sur elle, et cependant il me semble qu’aux yeux de l’Europe, si Europe il y a pour moi, l’exil paraîtrait moins cruel si l’on se montrait juste envers la fortune. J’en ai assez dit sur ce sujet à vous qui devinez tout. Vous m’écriviez, il y a treize ans, d’Amérique : Si je reste encore un an ici, j’y meurs. J’en pourrais dire autant du séjour de l’étranger : j’y succombe ; mais le temps de la pitié est passé, la nécessité a pris sa place. Voyez cependant si vous pouvez rendre service à mes enfants. Je le crois; si vous le pouvez, vous le ferez. Je n’ai aucun moyen quelconque de vaincre les préventions de l’Empereur contre moi. S’il ne croit pas que six ans d’exil et six ans de plus sont un siècle pour la pensée, s’il ne croit pas que je suis une autre personne, ou du moins que la moitié de ma vie est éteinte et que le repos de la patrie me paraîtrait les champs Elysées, je n’ai aucun moyen, dans ma situation, de le lui prouver ; mais vous, qui vous souvenez peut-être encore quelquefois de moi, ne pourriez-vous pas lui dire quelle personne je dois être à présent, quelle personne la reconnaissance envers lui me ferait ; enfin, tout ce que vous savez aussi bien que moi ? Adieu; ne causerai-je donc pas une fois avec vous avant la vallée de Josaphat ? J’ai le projet d’aller en Amérique ; il me faut une patrie pour mes fils ; je demanderai à New-York où vous avez logé. Il y a des moments où, malgré mon dégoût profond de la vie, je suis assez aimable ; alors je pense que j’ai appris cette langue de vous ; mais avec qui la parler ? Adieu. Etes-vous heureux?  Avec un esprit si supérieur, n’allez-vous pas quelquefois au fond de tout, c’est-à-dire jusqu’à la peine ? Moi, je voudrais me distraire et je ne le puis. Ce qui me fait mal surtout, c’est de ne pouvoir donner à mes enfants ni leur patrie ni l’héritage de mon père. Si vous me soulagez de cela, je joindrai ce moment-ci à notre dernier entretien, et l’intervalle sera comblé. Adieu, encore une fois ; je ne sais finir qu’ainsi avec vous. NECKER DE STAËL. » Napoléon fît la sourde oreille, et Mme de Staël n’obtint le remboursement de sa créance que sous la Restauration, mais elle put revenir sans crainte à Coppet. «La vie de Coppet, dit Sainte-Beuve, était une vie de château. Il y avait souvent jusqu’à trente personnes, étrangers et amis ; les plus habituels étaient Benjamin Constant, M. Auguste Wilhelm de Schlegel, M. de Sabran, M. de Sismondi, M. de Bonstetten, les barons de Voigt, de Balk, etc. ; chaque année y ramenait une ou plusieurs fois M. Matthieu de Montmorency, M. Prosper de Barante, le prince Auguste de Prusse, la beauté célèbre désignée par Mme de Genlis sous le nom d’Athénaïs (Mme Récamier), une foule de personnes du monde, des connaissances d’Allemagne ou de Genève. Les conversations philosophiques, littéraires, toujours piquantes ou élevées, s’engageaient déjà vers onze heures dû matin, à la réunion du déjeuner ; on les reprenait au dîner, dans l’intervalle du dîner au souper, lequel avait lieu à onze heures du soir, et encore au delà, souvent jusqu’après minuit. Benjamin Constant et Mme de Staël y tenaient surtout le dé. C’est là que Benjamin Constant, que nous, plus jeunes, n’avons guère vu que blasé, sortant de sa raillerie trop invétérée par un enthousiasme un peu factice, censeur toujours prodigieusement spirituel, mais chez qui l’esprit à la fin avait hérité de toutes les autres facultés et passions plus puissantes, c’est là qu’il se montrait avec feu et naturellement ce que Mme de Staël le proclamait sans prévention, le premier esprit du monde. Il était certes le plus grand des hommes distingués. Leurs esprits du moins à tous les deux se convenaient toujours ; ils étaient sûrs de s’entendre par là. Bien, au dire des témoins, n’était éblouissant et supérieur comme leur conversation engagée dans ce cercle choisi, eux deux tenant la raquette magique du discours et se renvoyant, durant des heures, sans manquer jamais, le volant de mille pensées entre-croisées. Mais il ne faudrait pas croire qu’on fût là de tout point sentimental ou solennel ; on y était souvent simplement gai : Corinne avait des jours d’abandon. On jouait souvent à Coppet des tragédies, des drames ou des pièces chevaleresques de Voltaire, Zaïre, Tancrède, si préféré de Mme de Staël, ou des pièces composées exprès par elle ou par ses amis. Ces dernières s’imprimaient quelquefois à Paris, pour qu’on pût ensuite apprendre plus commodément les rôles. L’intérêt qu’on mettait à ces envois était vif, et quand on avisait à de graves corrections dans l’intervalle, vite on expédiait un courrier et, en certaines circonstances, un second pour rattraper ou modifier la correction déjà en route. La poésie européenne assistait à Coppet dans la personne de plusieurs représentants célèbres. Zacharias Werner, l’un des originaux de cette cour et dont on jouait  Attila et les autres drames avec grand renfort de dames allemandes, Werner écrivait vers ce temps (1809) au conseiller Schneffer (nous atténuons pourtant deux ou trois traits, auxquels l’imagination, malgré lui sensuelle et voluptueuse, du mystique poëte s’est trop complue) : « Mme de Staël est une reine, et tous les hommes d’intelligence qui vivent dans son cercle ne peuvent en sortir, car elle les y retient par une sorte de magie. Tous ces hommes-là ne sont pas, comme on le croit follement en Allemagne, occupés à la former ; au contraire, ils reçoivent d’elle l’éducation sociale. Elle possède d’une manière admirable le secret d’allier les éléments les plus disparates, et tous ceux qui l’approchent ont beau être divisés d’opinion, ils sont tous d’accord pour adorer cette idole. Mme de Staël est d’une taille moyenne, et son corps, sans avoir une élégance de nymphe, a la noblesse des proportions… Elle est forte, brunette, et son visage n’est pas à la lettre fort beau, mais on oublie tout dès que l’on voit ses yeux superbes, dans lesquels une grande âme divine, non seulement étincelle, mais jette feu et flamme. Et si elle laisse parler complètement son cœur, comme cela arrive si souvent, on voit comme ce cœur élevé déverse encore tout ce qu’il y a de vaste et de profond dans son esprit, et alors il faut l’adorer comme mes amis A.-W. Schlegel et Benjamin Constant, etc.» Il n’est pas inutile de se figurer l’auteur galant de cette peinture, Werner, bizarre de mise et volontiers barbouillé de tabac, muni qu’il était d’une tabatière énorme, où il puisait à foison durant ses longues digressions érotiques et platoniques sur l’androgyne ; sa destinée était de courir sans cesse, disait-il, après cette autre moitié de lui-même, et, d’essai en essai, de divorce en divorce, il ne désespérait pas d’arriver enfin à reconstituer son tout primitif. Le poëte danois Œhlenschlager a raconté en détail une visite qu’il fit à Goppet ; nous emprunterons quelques traits à son récit : « Mme de Staël vint avec bonté au-devant de moi, raconte-t-il, et me pria de passer quelques semaines à Coppet, tout en me plaisantant avec grâce sur mes fautes de français. Je me mis à lui parler allemand ; elle comprenait très bien cette langue et ses deux enfants la comprenaient et la parlaient très bien aussi. Je trouvai chez Mme de Staël Benjamin Constant, Auguste Schlegel, le vieux baron Yoigt d’Altona, Bonstetten de Genève, le célèbre Simonde de Sismondi et le comte de Sabran, le seul de toute cette société qui ne sût pas l’allemand… Schlegel était poli à mon égard, mais froid… Mme de Staël n’était pas jolie, mais il y avait dans l’éclair de ses yeux noirs un charme irrésistible, et elle possédait au plus haut degré le don de subjuguer les caractères opiniâtres et de rapprocher par son amabilité des hommes tout à fait antipathiques. Elle avait la voix forte, le visage un peu mâle, mais l’âme tendre et délicate… Elle écrivait alors son livre sur l’Allemagne et nous en lisait chaque jour une partie. On l’a accusée de n’avoir pas étudié elle-même les livres dont elle parle dans cet ouvrage et de s’être complètement soumise au jugement de Schlegel. C’est faux. Elle lisait l’allemand avec la plus grande facilité. Schlegel avait bien quelque influence sur elle, mais très souvent elle différait d’opinion avec lui et elle lui reprochait sa partialité… Schlegel, pour l’érudition et pour l’esprit duquel j’ai un grand respect, était en effet imbu de partialité. Il plaçait Calderon au-dessus de Shakespeare ; il blâmait sévèrement Luther et Herder. Il était, comme son frère, infatué d’aristocratie… Si l’on ajoute à toutes les qualités de Mme de Staël qu’elle était, riche, généreuse, on ne s’étonnera pas qu’elle ait vécu dans son château enchanté comme une reine, comme une fée ; et sa baguette magique était peut-être cette petite branche d’arbre qu’un domestique devait déposer chaque jour sur la table à côté de son couvert et qu’elle agitait pendant la conversation. » En 1810, Mme de Staël se hasarda à venir incognito à Paris pour y faire imprimer son livre De l’Allemagne. Fouché eut vent de cette affaire, lit saisir l’édition entière chez l’imprimeur, et dix mille exemplaires, prêts à être mis dans le commerce, furent détruits. Trois ans après seulement l’ouvrage parut à Londres. C’est en somme le meilleur titre littéraire de Mme de Staël ; il offre un tableau complet et intéressant, malgré ses inexactitudes, de la philosophie et de la littérature d’outre-Rhin. « A l’époque où il parut, la littérature allemande, dit M. Demogeot, était encore pour nous un monde inconnu, bien plus, un monde dédaigné et moqué. Voltaire se bornait à souhaiter aux Allemands plus d’esprit et moins de consonnes. Mme de Staël prit une glorieuse initiative. Elle osa pénétrer la première dans cette forêt hercynienne, et non-seulement elle y entra avant tous, mais encore elle en dressa le plan avec plus de vérité que ne l’ont fait ceux qui y sont entrés à sa suite ; la plus grande partie des ouvrages écrits en France sur l’Allemagne restent fort au-dessous de ce premier essai, destiné à faire connaître l’Allemagne aux Français. Déjà, dans ses œuvres précédentes, Mme de Staël avait montré toute la force de son esprit ; dans D’Allemagne, elle s’élève au-dessus d’elle-même en s’arrachant aux préjugés français et en renonçant au point de vue sensualiste de la philosophie du XVme siècle. C’est peut-être là, le plus grand service que ce généreux esprit ait rendu à la France et à la philosophie. La sphère où vivaient Goethe, Schiller, Kant et Hegel s’ouvrit à nos regards. Si l’auteur ne comprit pas toujours ces grands hommes, elle donna du moins le désir de les connaître. Ses erreurs même sont moins nombreuses qu’on ne s’est plu à le dire. L’instinct du vrai et du beau chez elle suppléait à l’imperfection nécessaire des connaissances. » Cet ouvrage, cependant, est-il sans reproche ? Il a un défaut capital, qu’il partage avec Delphine et Corinne. Dès le premier de ces romans, ne semble-t-il pas que Mme de Staël rende la France entière solidaire de l’oppression de Bonaparte et se venge en la dénigrant ? Cette tendance fâcheuse, blâmable chez un esprit si élevé, s’accuse davantage encore dans Corinne et définitivement dans De l’Allemagne. Que de passages, en effet, où elle rabaisse les gloires littéraires de sa patrie et la dénigre ! Voyageant en Allemagne en 1808, elle disait souvent: « Tout ce que je vois ici est meilleur, plus instruit, plus éclairé que la France. » Il est vrai qu’elle ajoutait aussitôt : « Mais qu’un petit morceau de France ferait bien mieux mon affaire. » C’était là au fond son vrai sentiment. La destruction de son livre ne fut pas le seul châtiment’infligé à l’auteur De l’Allemagne ; Mme de Staël fut obligée de se retirer à Coppet, avec défense de s’en écarter de plus de deux lieues. De plus, on fit le vide autour de la prisonnière. Sohlegel reçut l’ordre de ne pas la voir, et Mme Récamier et Matthieu de Montmorency furent exilés pour avoir mis les pieds chez elle. En 1812, elle parvint à s’échapper, parcourut le Tyrol, l’Autriche, la Galicie, la Pologne, alla à Saint-Pétersbourg, à Stockholm, ranimant partout sur son passage l’ardeur des ennemis de Napoléon, enfin, elle alla à Londres, d’où elle revint en France après les désastres de 1814. Elle avait connu en Angleterre Louis XVIII, et elle voyait volontiers en lui l’homme apte à doter la France de la royauté constitutionnelle à l’anglaise, qui avait été son rêve à l’aurore de la Révolution ; mais elle connaissait aussi ces émigrés qui rentraient avec elle, pleins d’arrogance et d’entêtement. « Ils perdront les Bourbons, » disait-elle. Ce qui ne manqua pas d’arriver. Durant les Cent-Jours, elle se retira en Suisse. Napoléon lui fit savoir qu’elle pouvait revenir à Paris et lui  laissa espérer le remboursement par le Trésor des 2 millions qu’elle réclamait. Elle répondit : « Napoléon s’est bien passé de constitution et de moi pendant douze ans, et à présent même il ne nous aime guère plus l’un que l’autre. » Mme de Staël avait, en 1810, contracté un second mariage avec M. de Rocca, jeune officier italien au service de la France. En 1816, M. de Rocca tomba malade à Pise ; elle s’y rendit pour le soigner, mais elle-même était atteinte d’un mal incurable ; elle fut obligée de revenir à Paris, où elle mourut bientôt après, le 14 juillet 1817. Sainte-Beuve a donné sur ses dernières années des détails intimes, par lesquels nous compléterons cet  article : « L’amertume que lui causa la suppression inattendue de son livre (l’Allemagne) fut grande. Six années d’études et d’espérances détruites, un redoublement de persécution au moment où elle avait lieu de compter sur une trêve, et d’autres circonstances contradictoires, pénibles, faisaient de sa situation, à cette époque, une crise violente, une décisive épreuve, qui l’introduisait sans retour dans ce que j’ai appelé les années sombres. Jusque-là les orages mêmes avaient laissé jour pour elle à des reflets gracieux, à des attraits momentanés, et, selon sa propre expression si charmante, à quelque air écossais dans sa vie. Mais, à partir de là, tout devient plus âpre. La jeunesse d’abord, cette grande et facile consolatrice, s’enfuit. Mme de Staël avait horreur de l’âge et de l’idée d’y arriver ; un jour qu’elle ne dissimulait pas ce sentiment devant Mme Suard, celle-ci lui disait : Allons donc, vous prendrez votre parti, vous serez une-très-aimable vieille. Mais elle frémissait à cette pensée ; le mot de jeunesse avait un charme musical à son oreille ; elle se plaisait à en clore ses phrases, et ces simples mots : Nous étions jeunes alors, remplissaient ses yeux de larmes, Ne voit-on pas souvent, s’écriait-elle (Essai sur le suicide), le spectacle du supplice dé Mézenee renouvelé par l’union d’une âme encore vivante et d’un corps détruit, ennemis inséparables ? Que signifie ce triste avant coureur dont la nature fait précéder la mort, si ce n’est l’ordre d’exister sans bonheur et d’abdiquer chaque jour, fleur après fleur, la couronne de la vie ? » Elle se rejetait le plus longtemps possible en arrière, loin de ces derniers jours qui répètent d’une voix si rauque les airs brillants des premiers. Le sentiment dont elle fut l’objet à cette époque de la part de M. de Rocca lui rendit encore un peu de l’illusion de la jeunesse ; elle se laissait aller à voir dans le miroir magique de deux jeunes yeux éblouis le démenti de trop de ravages. Mais son mariage avec M. de Rocca, ruiné de blessures, le culte de reconnaissance qu’elle lui voua, sa propre santé altérée, toijt ramena à de plus réguliers devoirs. L’air écossais, l’air brillant du début, devint bientôt un hymne grave, sanctifiant, austère.Trop à l’étroit dans Coppet, elle sentait que, pour être heureuse, il lui fallait ressaisir l’air libre, l’espace immense. Le préfet de Genève, M. Capelle, qui avait succédé à M. de Barante père révoqué, lui insinuait d’écrire quelque chose sur le roi de Rome ; un mot lui eût aplani tous les chemins, ouvert toutes les capitales; elle n’y songea pas un seul instant, et, dans sa saillie toujours prompte, elle ne trouvait à souhaiter à l’enfant qu’une bonne nourrice. Les Dix années d’exil (1821, in-8°) peignent au naturel les vicissitudes de cette situation agitée. Les Considérations sur la Révolution française (1818, 3. vol. in-8°), dernier ouvrage de Mme de Staël, celui qui ‘a, scellé le jugement sur elle et qui classe naturellement son nom en politique entre les noms honorés de son père et de son gendre, la font connaître sous ce point de vue libéral, mitigé, anglais et un peu doctrinaire, comme on dit, beaucoup mieux que nous ne pourrions faire. Aussitôt après son retour, en France, elle ne tarda pas à voir se dessiner les exigences des partis et toutes les difficultés qui compliquent les restaurations. Les ménagements, les mesures de conciliation et de prudence furent dès l’abord la voie indiquée, conseillée par elle. Dans son rapprochement de Mme de Duras et de M. de Chateaubriand, elle cherchait a s’entendre avec la portion éclairée, généreuse, d’un royalisme plus vif que le sien, et Mon système, disait-elle en 1816, est toujours en opposition absolue avec celui qu’on suit, et mon affection la plus sincère pour ceux qui le suivent. » Elle eut dès lors a souffrir incessamment dans beaucoup de ses relations et affections privées par les divergences qui éclatèrent ; le faisceau des amitiés humaines se relâchait autour d’elle. Jours pénibles et qui arrivent tôt ou tard dans chaque existence, où l’on voit les êtres préférés, qu’on rassemblait avec une sorte d’art au sein d’un même amour, se refroidir, se déplaire, se rembrunir l’un après l’autre, se tacher, en quelque sorte, dans la fleur ! Mme de Staël n’eut pas d’enfants de son union avec M. de Rocca, qui ne lui survécût que six mois. De M. de Staël, elle avait eu deux fils et une fille ; celle-ci épousa. M. de Broglie, pair de France. Des deux fils, le puîné mourut fort jeune ; l’autre fut le baron de Staël, l’écrivain philanthrope.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Madame Germaine de Staël-Hosltein sur wikipedia

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NAPOLEON BONAPARTE – « POETE ROMANTIQUE EN ACTION »

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Et pourtant, quel roman que ma vie !

(Napoléon Bonaparte)

Quelle belle tête il a ! C’est pur, c’est grand, c’est beau comme l’antique ! … C’est un homme auquel on aurait élevé des autels dans l’antiquité… Bonaparte est mon héros. (Jacques-Louis David)

Il n’a pas vingt-huit ans et il a sur la tête toutes les gloires, celles de la guerre, celles de la paix, celles de la modération, celles de la générosité. (Talleyrand)

Plus la vérité tout entière sera connue, plus Bonaparte sera grand. (Stendhal)

Que Bonaparte soit un grand homme, et comme il n’y a pas un second en Europe dans tous les sens, guerrier, militaire, politique, je défie même un ennemi de le nier. Ce sera le plus grand homme de notre siècle. (Marie-Caroline, reine de Naples)

Toutes nos gloires d’autrefois se réunirent […] et firent leur dernière explosion. (François-René de Chateaubriand)

Monté au trône, il y fit asseoir le peuple avec lui, roi prolétaire, il humilia les rois et les nobles dans ses antichambres ; il nivela les rangs, non en les abaissant, mais en les élevant : le niveau descendant aurait charmé davantage l’envie plébéienne, le niveau ascendant a plus flatté son orgueil. (François-René de Chateaubriand)

Mon admiration a été grande et sincère alors même que j’attaquais Napoléon avec le plus de vivacité. (François-René de Chateaubriand)

Il a fendu les rochers du Simplon, et planté ses drapeaux sur les capitales de l’Europe, relevé l’Italie prosternée depuis tant de siècles. (François-René de Chateaubriand)

Cet homme, dont j’admire le génie et dont j’abhorre le despotisme. (François-René de Chateaubriand)

Bonaparte n’est plus le vrai Bonaparte, c’est une figure légendaire composée des lubies du poète, des devis du soldat et des contes du peuple. (François-René de Chateaubriand)

Moins de vingt ans après, le chef de la nouvelle armée française, Bonaparte, prit aussi congé des ses compagnons ; tant les hommes et les empires passent vite ! tant la renommée la plus extraordinaire ne sauve pas du destin le plus commun ! (François-René de Chateaubriand)

Né dans une île pour aller mourir dans une île, aux limites de trois continents ; jeté au milieu des mers où Camoëns sembla le prophétiser en y plaçant le génie des tempêtes. (François René de Chateaubriand)

Le souffle de vie le plus puissant qui jamais anima l’argile humaine. (François-René de Chateaubriand)

Vivant il avait manqué le monde. Mort il le conquiert. (François-René de Chateaubriand)

Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte, – Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte, – Et du premier consul déjà, par maint endroit, – Le front de l’Empereur brisait le masque étroit. (Victor Hugo)

La France était pour les nations un magnifique spectacle. Un homme la remplissait alors et la faisait si grande qu’elle remplissait l’Europe. […] Il était au-dessus de l’Europe comme une vision extraordinaire. (Victor Hugo)

Vous n’adimrez pas Napoléon ! Mais qui admirez-vous donc ? (Victor Hugo)

Qui pourra jamais expliquer, peindre ou comprendre Napoléon ? Un homme qu’on représente les bras croisés, et qui a tout fait ! Qui a été le plus beau pouvoir connu, le pouvoir le plus concentré, le plus mordant, le plus acide de tous les pouvoirs ; singulier génie qui a promené partout la civilisation armée sans la fixer nulle part ; un homme qui pouvait tout faire, parce qu’il voulait tout ; prodigieux phénomène de volonté, domptant une maladie par une bataille, et qui cependant devait mourir d’une maladie dans un lit après avoir vécu au milieu des balles et des boulets ; un homme qui avait dans la tête un code et une épée, la parole et l’action. (Balzac)

J’appartiens à cette génération , née avec le siècle, qui nourrie de bulletins de l’Empereur, avait toujours devant les yeux une épée nue et vint la prendre au moment même où la France la remettait dans le fourreau des Bourbons. (Vigny)

Rien d’humain ne battait sous ton épaisse armure. (Alphonse de Lamartine)

L’excès du génie, l’excès de la fortune, l’excès du malheur : voilà pour l’historien, qui fait trembler, à l’aspect de ces proportions colossales. (Norvins)

On parlera de sa gloire sous les chaumes bien longtemps l’humble toit dans cinquante ans ne connaîtra pas d’autre histoire. (Beranger)

Ainsi, à l’âge de vingt-sept ans, Bonaparte tient d’une main l’épée qui divise les états, et de l’autre la balance qui pèse les rois. Le Directoire a beau lui tracer sa voie, il marche dans la sienne : s’il ne commande pas encore, il n’obéit déjà plus. (Alexandre Dumas père)

Napoléon, en arrivant sur la scène du monde, vit que son rôle était d’être l’exécuteur testamentaire de la Révolution. (Napoléon III)

Napoléon est si grand qu’on dirait que l’empire du monde ne fut pour lui qu’un pis-aller. (Léon Bloy)

Napoléon, c’est un professeur d’énergie ! (Maurice Barrès)

Il me semble que Napoléon serait content de tous les livres dont il fait le sujet. C’était un auteur. Au silence, il préfère toujours l’éreintement. (Jacques Bainville)

Qu’est-ce donc que cette chose dont parle Alexandre lorsqu’il évoque sa destinée, César sa chance, Napoléon son étoile ? Qu’est-ce donc sinon la confiance qu’ils avaient tous les trois dans leur rôle historique ? (Charles de Gaulle)

La gloire ne se marchande pas. (Charles de Gaulle)

Napoléon n’aurait pas pu être ambassadeur ou archevêque, il ne pouvait être que Napoléon. (André Malraux)

Laissez tranquille mon Empereur. (Goethe)

Plus Napoléon sera connu, plus il sera grand. (Goethe)

Dieu est avec Napoléon ! Napoléon est avec nous ! (Mickiewicz)

J’ai vu passer l’âme du monde à cheval. (Hegel)

Mais pour les cœurs ardents, le Repos est Enfer,
Ta perte vint de là ; il existe dans l’âme
Une vigueur, un feu qui se sent à l’étroit
Dans la prison du corps et prétend dépasser
L’équilibre permis des médiocres désirs. (Byron)

Le destin merveilleux s’est accompli : Le grand homme s’est éteint. (Pouchkine)

Cet homme merveilleux, envoyé de la Providence,
Instrument fatal d’un ordre mystérieux,
Ce cavalier devant qui s’inclinaient les rois. (Pouchkine)

Cet homme du destin, ce voyageur guerrier,
Devant qui les rois s’abaissèrent,
Ce cavalier sacré par le pape,
Qui disparut comme l’ombre de l’aurore. (Pouchkine)

Pourquoi as-tu été envoyé ?
Est-ce du bien ou du mal que tu fus l’exécuteur ?
Pourquoi t’es-tu éteint, pourquoi as-tu brillé ?
Visiteur merveilleux de la terre. (Pouchkine)

Son regard merveilleux, vivant, insaisissable, Tantôt perdu dans les lointains, tantôt irrésistible, Brillait comme le feu de la guerre, comme un éclair. (Lermontov)

Les dieux ne purent souffrir en lui leur semblable. (Grillparzer)

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juillet 9, 2008

LE PAPE PIE VII (1742-1823)

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Il est esclave de ses devoirs.

(Napoléon Bonaparte)

PIE VII (Grégoire-Barnabe CHIARAMONTI), pape, successeur immédiat du précédent, né à Césène en 1742, mort à Rome en 1823. Il était fils du comte Scipion Chiaramonti. Dès l’âge de seize ans, il prit l’habit de bénédictin dans sa ville natale, puis fit ses études théologiques qu’il termina à Rome. Il professait depuis neuf ans la théologie dogmatique dans cette ville, lorsque Pie VI, son parent, le nomma abbé, puis successivement évêque de Tivoli (1782), d’imola et cardinal (1785). Pendant quinze ans, Chiaramonti gouverna avec sagesse son diocèse. En 1798, lorsque Imola fut détaché des Etats pontificaux et annexé à la république Cisalpine, son évèque fit paraître une homélie dans laquelle il déclara que la religion chrétienne n’est incompatible avec aucune forme de gouvernement, et s’attira par là l’estime des vainqueurs et la reconnaissance de son diocèse, auquel il épargna beaucoup de malheurs. Après la mort de Pie VI, il fut élu pape en 1800 par le conclave ouvert à Venise. Il revint à Rome, occupée alors par les troupes de Naples et de l’Autriche, prit pour secrétaire d’Etat le cardinal Consalvi, à qui il devait en partie son élévation, s’attacha à rétablir l’ordre dans les finances et donna de sages règlements sur l’administration civile et l’organisation judiciaire. Après la victoire de Marengo, qui rétablissait l’influence française en Italie, le premier consul Bonaparte ayant fait des ouvertures au cardinal Martiniana sur son intention de rétablir en France la religion catholique, Pie VII accrédita aussitôt auprès de lui Spina, archevêque de Corinthe. C’est alors que furent jetées les bases du concordat et, malgré les intrigues du chevalier Acton, ministre du roi de Naples, le cardinal Consalvi fut chargé d’aller à Paris pour terminer cette importante négociation (1801). Quelques personnes en jetèrent les hauts cris. Le pape ne ratifia pas moins le concordat par une bulle du 14 août 1801, nomma cinq cardinaux français, écrivit aux titulaires des évêchés français de se démettre de leurs sièges, envoya comme légat a latere le cardinal Caprara chargé de rétablir le culte en France, et obtint, par ordre du premier consul, la restitution de Bénévent et de Ponte-Corvo. Toutefois, une longue série de mécontentements et de démêlés ne tarda point à naître de l’exécution ou de l’interprétation du concordat, et, dès le 18 avril 1802, jour de la publication officielle de ce traité, Bonaparte promulgua la loi du 18 germinal an X, connue sous le nom d’Articles organiques, laquelle atténue en plusieurs points la portée du concordat, et que ni Pie VII ni ses successeurs n’ont voulu reconnaître. Lorsqu’on 1804 Bonaparte fut devenu empereur, il chargea son oncle, le cardinal Fesch, d’engager le saint-père à venir le sacrer. Pie VII ne se dissimulait pas qu’en accédant à cette demande il allait s’attirer l’animadversion de toutes les têtes couronnées ; mais il se flattait qu’il y trouverait l’occasion d’obtenir ce qu’il demandait dans l’intérêt de l’Eglise. II céda donc aux désirs du nouveau César, donna à Consalvi tout pouvoir pour gouverner pendant son absence, arriva à Paris le 28 novembre et, le 2 décembre, il sacra Napoléon comme empereur sous les voûtes de Notre-Dame (1804). Mais la mésintelligence ne tarda pas à éclater entre les deux puissants souverains. En 1806, Napoléon exigea du pape le renvoi des Anglais, Russes, Suédois et Sardes des Etats de l’Eglise, et, sur le refus de Pie VII, il s’empara de Bénévent et de Ponte-Corvo, fit occuper militairement Rome en 1808, annexa au royaume d’Italie les légations d’Urbin, d’Ancône, de Macerata, de Camerino, et enfin réunit (1809) tous les Etats pontificaux à l’Empire français. Pie VII répondit par une bulle d’excommunication qui lui attira de nouvelles rigueurs. Lorsque, avant d’en venir contre le pape aux dernières extrémités, Napoléon voulut tenter sur lui un dernier effort, l’officier chargé de ses propositions força le passage et pénétra insolemment jusqu’au saint-père. Il soupait ; deux plats de poisson composaient tout le service. Après l’avoir écouté, le pape ne lui répondit que par ces mots : « Monsieur, un souverain qui n’a besoin pour vivre que d’un êcu par jour n’est pas un homme qu’on intimide aisément. » Sur son refus formel de renoncer à la souveraineté temporelle des Etats de l’Eglise, le général Radel l’enleva du Quirinal avec le cardinal Pacca, le fit monter dans un carrosse escorté par des gendarmes et le conduisit prisonnier à la chartreuse de Florence, puis à Alexandrie et à Grenoble. Amené ensuite à Savone, le pape y fut gardé comme un véritable prisonnier d’Etat. Il refusa de toucher les 2 millions de revenu que lui assurait le décret par lequel Rome était annexée à l’Empire, protesta de nouveau contre la conduite de Napoléon et refusa constamment de donner l’institution canonique aux évéques nommés par lui. Sur ces entrefaites, l’Empereur, ayant appelé à Paris treize cardinaux pour assister a son mariage avec Marie-Louise et ayant éprouvé un refus, signa l’ordre de leur exil et leur assigna des résidences séparées. Profondément irrite de ne rien obtenir du pape pour les affaires ecclésiastiques, il résolut de se passer de lui en convoquant à Paris un concile national (1811), interdit à Pie VII de communiquer avec les évéques de l’Empire, le menaça d’une déposition et lui envoya à Savone, pour lui arracher une adhésion aux actes de ce concile, une députation d’évéques, qu’il reçut avec une grande sévérité et qui ne put rien obtenir de lui. En 1812, avant de partir pour sa funeste campagne de Russie, Napoléon lit transférer Pie VII à Fontainebleau. C’est là que, vaincu par l’opiniâtreté de l’Empereur et par l’obsession de certains cardinaux, le malheureux pontife consentit à signer, le 25 janvier 1813, un nouveau concordat, par lequel il abdiquait sa souveraineté temporelle, une partie de son autorité spirituelle, et consentait à venir résider en France. Toutefois, à l’instigation de Consalvi et de Pacca, il se rétracta peu de temps après et fut de nouveau traité en prisonnier d’Etat. Au commencement de 1814, Napoléon lui permit cependant de rentrer à Rome. Chassé un instant pendant les Cent-Jours, il y retourna définitivement lors de la chute de son puissant ennemi. Le rétablissement des jésuites, un nouveau concordat signe avec la France des efforts pour rétablir l’ordre dans les Eglises catholiques d’Allemagne, de Suisse, de Hollande et d’Angleterre furent les évenements les plus considérables de ses dernières années. Il mourut en 1823, à l’âge de quatre-vingt-un ans, à la suite d’une chute dans laquelle il s’était fracturé le col du fémur. Ce pontife bon, sobre, pieux s’était fait aimer des Romains par la douceur de son gouvernement et s’était concilié la sympathie générale par la fermeté qu’il montra dans sa lutte contre son formidable adversaire. On a de beaux portraits de lui par Louis David et Lawrence, et Thorvvaldsen a exécuté à Rome son cénotaphe surmonté des statues de la Modération et de la force.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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mars 30, 2008

LA QUATRIEME DYNASTIE OU LES NAPOLEONIDES – LE PRINCE IMPERIAL « NAPOLEON IV »

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Napoléon-Eugène-Louis-Jean-Joseph-Napoléon-Bonaparte (1756-1879), Prince Impérial

(16 mars 1856 – 1er juin 1879)

Prince Impérial 

(16 mars 1856 – 4 septembre 1870)

 

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LA QUATRIEME DYNASTIE OU LES NAPOLEONIDES – NAPOLEON III (1808-1873)

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Napoléon III (1808-1873), empereur des Français (1852-1870) en uniforme de général de brigade, dans son Grand Cabinet aux Tuileries, en 1862 par Hippolyte Flandrin

(20 avril 1808 – 9 janvier 1873)

Empereur des Français

(2 décembre 1852 – 4 septembre 1870)

 

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mars 29, 2008

LA QUATRIEME DYNASTIE OU LES NAPOLEONIDES – NAPOLEON II (1811-1832)

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Napoléon II (1811-1832), roi de Rome, puis Empereur des Français (1815) par Thomas Lawrence

 

(20 mars 1811 – 31 juillet 1832)

Empereur des Français

(22 juin – 7 juillet 1815)

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LA QUATRIEME DYNASTIE OU LES NAPOLEONIDES – NAPOLEON Ier (1769-1821)

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Napoléon Ier (1769-1821) en costume de sacre par le baron François Pascal Simon Gérard

 (15 août 1769 – 5 mai 1821)

Empereur des Français

(18 mai 1804 – 11 avril 1814 / 20 mars – 22 juin 1815)

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LOUIS-MARIE COMTE DE NARBONNE-LARA (1755-1813)

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Louis-Marie-Jacques-Amalric, comte de Narbonne-Lara (1755-1813) par Herminie Déhérain

J’aurais nommé Narbonne grand maréchal du palais à la mort de Duroc… Il est devenu homme de cour, homme de beaucoup d’esprit et diplomate de haute valeur. Malheureusement j’ai écouté Talleyrand qui le craignait.

(Napoléon Bonaparte)

NARBONNE-LARA (Louis, comte DE), lieutenant général, diplomate et ministre, né à Colorno, duché de Parme, en 1755, mort en 1813. Sa mère était dame d’honneur de la duchesse de Parme, Elisabeth de France, fille de Louis XV. Il fut amené, à l’âge de cinq ans, à la cour de France, où sa mère devint dame d’honneur de Mme Adélaïde, reçut ses premières leçons du dauphin, fit de bonnes études à Juilly, apprit presque toutes les langues de l’Europe et s’initia à la connaissance de la jurisprudence et de la diplomatie. Il prit ensuite du service, eut un avancement rapide et devint colonel du régiment d’Angoumois, puis du régiment de Piémont, sans cesser d’être attaché à la famille royale, qui le traitait avec une grande bonté. Il y avait d’ailleurs sur ce bel officier de cour, qui avait une vogue brillante auprès des dames, une légende assez répandue ; on se disait tout bas qu’il était un des bâtards de Louis XV. Quelle que soit la valeur de cette assertion, M. de Narbonne, qui était d’ailleurs un homme aimable, instruit et spirituel, jouissait dans le monde de tous les avantages que peuvent procurer une grande fortune, une position élevée, une belle figure et les plus brillantes relations. A l’époque de la Révolution, il parut accueillir quelques-unes des idées constitutionnelles, toutefois sans engouement, et peut-être sans conviction réelle. En 1790, son régiment se trouvant à Besançon, il se fît nommer commandant des gardes nationales du Doubs et apaisa quelques troubles avec assez de modération. L’année suivante, il était à Paris lorsque Mesdames résolurent de partir pour Rome, et il accepta la mission d’accompagner les tantes du roi. A Arnay-le-Duc, elles furent arrêtées par la municipalité ; Narbonne parvint à s’échapper, accourut à Paris pour solliciter un décret qui permît à ces dames de continuer leur route. Il fut assez heureux pour l’obtenir, remplit sa mission et revint en France presque aussitôt. Nommé maréchal de camp par l’Assemblée, après la fuite de Varennes, il fit acte de royalisme en n’acceptant d’être replacé sur le cadre qu’après l’acceptation de la Constitution par Louis XVI. Peu de temps après, le 6 décembre 1791, il parvint au ministère de la guerre par l’influence de Mme de Staël, dont on prétend qu’il était l’amant. C’était une main bien légère pour porter l’épée de la France. Sa jeunesse et sa frivolité, en effet, semblaient le rendre peu propre à ce poste élevé, dans les circonstances critiques où l’on se trouvait. Néanmoins, il déploya quelque activité. Il devenait de plus en plus certain que la guerre ne tarderait pas à éclater, et, dans la situation de désorganisation où était l’état militaire du pays, il était de la dernière importance de prendre des mesures décisives. Le nouveau ministre fit en grand apparat la visite des places fortes et des côtes, ayant à sa suite Mme de Staël, donna le bâton de maréchal à Rochambeau et à Luckner, qui furent désignés, ainsi que La Fayette, pour commander autant d’armées en voie de formation, et présenta à l’Assemblée des rapports, d’ailleurs assez inexacts, sur notre situation militaire. Souvent attaqué à la tribune et dans la presse, il était appuyé néanmoins par quelques feuilles girondines et par les feuillants. Il eut l’idée romanesque et qui semble éclose dans la tète d’une femme, de placer un étranger a la tête de l’armée française, le duc de Brunswick, le même qui bientôt allait signer le fumeux manifeste de la coalition et qui passait pour le premier général de l’Europe. Il fit partager cette idée à Louis XVI ; des négociations furent ouvertes, mais n’aboutirent point. On sait aussi que d’autres, plus extravagants encore, rêvaient de placer Brunswick sur le troue de France. Les rivalités de Narbonne avec Bertrand de Molleville amenèrent sa retraite du ministère, qu’il dut quitter après trois mois et quelques jours (10 mars 1792). Quoi qu’on en ait dit, il laissa peu de trace de son court passage et dépensa son activité surtout en projets. Il retourna alors a l’armée, prit part à quelques affaires, revint à Paris quelques jours avant le 10 août, appelé par le roi et probablement engagé dans les petites intrigues des feuillants pour enrayer la Révolution, fut décrété d’accusation après la prise des Tuileries, relativement surtout à la partie financière de son administration, et s’enfuit à Londres, aidé par le dévouement de Mme de Staël. Lors du procès du roi, il sollicita de la Convention un sauf-conduit pour venir défendre et son ministère et le monarque. N’ayant pu l’obtenir, il envoya à l’Assemblée un mémoire justificatif en faveur de Louis XVI. Lors de la guerre entre la France et l’Autriche, l’ex-ministre se retira en Suisse, puis en Allemagne, rentra en France après le 18 brumaire, vécut dans la retraite jusqu’en 1809, recouvra à cette époque son grade de lieutenant général, fut employé à Vienne, puis nommé gouverneur de Raab jusqu’à la paix de Schœnbrunn. Son esprit délié, ses manières d’ancienne cour engagèrent Napoléon à lui confier des missions fort délicates en Bavière, à Vienne et au congrès de Prague. Il avait été aide de camp de l’Empereur pendant la campagne de Russie. Nommé ensuite gouverneur de Torgau, il y mourut, les uns disent d’une chute de cheval, les autres d’une maladie contractée en soignant les milliers de soldats malades dont cette place était encombrée. Une de ses filles a épousé M. de Rambuteau, préfet de la Seine sous Louis-Philippe. Courtisan spirituel et souple sans trop de bassesse, élégant de manières et d’une politesse exquise, fertile en bons mots et en reparties fines, M. de Narbonne plaisait beaucoup à Napoléon, qui avait, comme on le sait, un engouement de parvenu pour les hommes de l’ancien régime.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Comte Louis-Marie de Narbonne Lara sur wikipedia

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mars 26, 2008

JOHANN-WOLFGANG GOETHE (1749-1832), POETE ET ROMANCIER ALLEMAND

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Johann-Wolfgang Goethe (1749-1832), poète et romancier allemand par Johann Heinrich Wilhelm Tischbein

Voilà un homme !

(Napoléon Bonaparte)

GOETHE (Johann-Wolfgang), illustre écrivain allemand, l’un des plus beaux génies de son époque, né à Francfort-sur-le-Mein en 1749, mort à Weimar le 22 mars 1832. Il appartenait à une famille de riches bourgeois, qui le destinait à la carrière du barreau. Il commença ses études à Leipzig (1768), les acheva à l’université de Strasbourg (1769-1771), et, reçu docteur en droit, revint dans sa ville natale pour y exercer la profession d’avocat. Mais tout autre était sa destinée. La jurisprudence était peut-être la chose dont il s’était occupé le moins. Sophocle et Aristophane, Corneille, Racine et Molière, Shakespeare et Klopstock, la Bible dans le texte hébreu, la philosophie, l’histoire, les romans de chevalerie, les anciennes ballades nationales, les sciences exactes, l’alchimie même, il avait voulu tout connaître, et ces éléments si divers fermentaient dans sa jeune tête, désordonnés, mais féconds. Le mouvement littéraire en Allemagne était de sa part l’objet d’une étude particulière. Gottsched, le défenseur intrépide du goût français, était descendu dans la tombe en laissant de nombreux, disciples. En réaction de cette tendance, Klopstock et beaucoup d’autres arboraient la bannière de Shakspeare et de Milton. Répudiant anglomanes et gallomanes, Lessing essayait de frayer des routes nouvelles au génie allemand, mais il y avait en lui plus de volonté que de puissance. A Goethe était réservée la gloire de créer une littérature nationale. « Le goût, disait-il, c’est la juste appréciation de ce qui doit plaire en tel pays ou à telle époque, d’après l’état moral des esprits. » Ainsi, la tradition était brisée ; l’écrivain s’affranchissait de toute règle absolue pour n’obéir qu’à sa propre inspiration. Le coup d’essai du novateur est un drame, Goetz de Berlichingen (1773). C’est le héros de la guerre des paysans, le chef de la guerre sociale à la fin du moyen âge, idéalisé, glorifié comme le dernier défenseur de la liberté et de la justice. Le sujet seul était fait pour remuer les âmes ; la manière émouvante dont il était traité, la naïve et sauvage énergie des peintures, la hardiesse du plan en dehors de toute idée admise, l’originalité du style, révélaient à l’Allemagne l’avenir de son théâtre. L’année suivante parut Werther. Gœthe s’y peint lui-même, amoureux fou, brisé dans ses affections par les convenances sociales, désespéré, roulant dans sa tête des pensées de suicide, et les justifiant par des subtilités. Ce tableau est exagéré, on le sent ; mais il fascine, il entraîne, et, pour peu qu’on soit jeune et malade de cœur, on se sent dégoûté de la vie comme le héros du roman. L’accueil que reçut Werther fut une véritable frénésie. On le traduisit dans toutes les langues de l’Europe ; il devint le type d’une foule de romans dans le même genre, dont les plus célèbres sont le René de Chateaubriand et l’Obermann de Senoncourt. En exprimant ses peines, Gœthe semble s’être soulagé : les œuvres qui succèdent à Werther annoncent le calme de l’âme. La tragédie du Comte d’Egmont, commencée en 1775, est une exaltation du dévouement ; Wilhelm Meister, 1777, une peinture vraie de la vie d’artiste ; Iphigénie en Tauride, 1786, une idéalisation de la beauté antique, mélange de l’art grec et de l’art chrétien ; Torquato Tasso, 1790, une rêverie mélancolique. Il y a là plus de régularité dans l’ordonnance, une grande richesse de style, des beautés de premier ordre ; mais toute cette magnificence nous laisse froids : l’écrivain a cessé de suivre ses impressions personnelles, le poète s’est fait artiste. Pourtant il retrouve toute son originalité dans ses Lieds : le Calme de la mer, le Roi de Thulé, le chant nocturne du Voyageur, celui du Comte prisonnier, et tant d’autres pièces délicieuses ont renouvelé en Allemagne la poésie lyrique. Faust, cette création incomparable, le triomphe du génie de Goethe, et qui résume toute sa vie intellectuelle, comme celle de son époque, suivit de près ces premières productions. Werther était le découragement du cœur, Faust est le désenchantement de l’intelligence. Ce dernier livre manque d’unité ; commencé en 1790, continué eu 1807, il ne fut achevé qu’en 1831. La première partie, qui appartient à la jeunesse de l’auteur, est incontestablement la plus vigoureuse et la plus belle. Goethe passa la plus grande partie de sa vie à la cour de Weimar, ou il fut appelé en 1776. Il ne s’en éloigna depuis que pour faire un voyage en Italie, 1786-1789, et pour une course rapide, en 1792, à la suite du duc de Brunswick, qu’il accompagnait lors de l’invasion de la Champagne. Il fut le véritable roi intellectuel de cette cour brillante, rendez-vous de tous les talents, et dont l’éclat valut à Weimar le surnom d’Athènes germanique. Pendant son séjour à Erfurt, en 1808, Napoléon voulut voir le grand écrivain, objet dune idolâtrie universelle. A la suite d’un long entretien dont l’histoire a enregistré le souvenir, le guerrier détacha de sa boutonnière la croix de la Légion d’honneur, pour la placer sur la poitrine du poète. De 1815 à 1828, Goethe remplit les fonctions élevées de premier ministre de Saxe-Weimar. Il mourut, ou plutôt il s’éteignit doucement, enivré d’hommages, le front couronné d’une auréole de gloire. On était aux premiers jours du printemps ; le soleil se jouait dans les plis de ses rideaux, qui en interceptaient les rayons ; il demanda qu’on les ouvrît, en s’écriant : « de la lumière ! delà lumière ! » dernière étincelle d’une âme tout entière consacrée au culte du beau. Il fut inhumé dans la chapelle grand ducale de Weimar, entre le prince Charles-Auguste, son protecteur, et Schiller, son ami et son compagnon d’armes dans les luttes littéraires du commencement de ce siècle. Gœthe avait la fibre sèche. On l’a vu traverser les orages de la Révolution, assister au drame de l’Empire, presque sans s’émouvoir ; les efforts héroïques des peuples vers la liberté l’ont laissé indifférent. Aussi le publiciste Bœrne lui demandait-il avec amertume : « Quelles larmes as-tu séchées ? Quelles douleurs as tu consolées ? » II ne faut pas demander aux hommes plus qu’ils n’ont reçu de la nature. Goethe était un écrivain puissant ; il a révolutionné, rajeuni la littérature, et c’est là son titre à l’immortalité. A lui appartient la création de cette école romantique qui a brillé d’un si vif éclat sous la plume de lord Byron, et dont le dernier et le plus intrépide représentant est Victor Hugo. « Gœthe, a dit Mme de Staël, pourrait représenter la littérature allemande tout entière ; non qu’il n’y ait d’autres écrivains supérieurs à lui, sous quelques rapports, mais seul il réunit tout ce qui distingue l’esprit allemand, et nul n’est aussi remarquable par un genre d’imagination dont les Italiens, les Anglais, ni les Français ne peuvent réclamer aucune part… Gœthe se plaît, dans ses écrits, comme dans ses discours, à briser les fils qu’il a tissés lui-même, à déjouer les émotions qu’il excite, à renverser les statues qu’il a fait admirer. Lorsque dans ses fictions il inspire de l’intérêt pour un caractère, bientôt il montre les inconséquences qui doivent en détacher. Il dispose du monde poétique comme un conquérant du monde réel, et se croit assez fort pour introduire, comme la nature, le génie destructeur dans ses propres ouvrages… J’ai dit que Goethe possédait à lui seul les traits principaux, du génie allemand ; on les trouve tous en lui à un degré éminent : une grande profondeur d’idées, la grâce qui naît de l’imagination, grâce plus originale que celle que donne l’esprit de société ; enfin une sensibilité, quelquefois fantastique, mais par cela même plus faite pour intéresser des lecteurs qui cherchent dans les livres de quoi varier leur destinée monotone, et veulent que la poésie leur tienne lieu d’événements véritables. » Les compatriotes de Gœthe lui ont élevé plusieurs statues, et ils célèbrent religieusement le j’our de sa naissance.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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mars 18, 2008

PRINCE CLEMENT DE METTERNICH-WINNEBURG (1773-1859)

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Clemens-Lothar Wenzel, chancelier prince Metternich (1773-1859), homme politique autrichien

Metternich est tout près d’être un homme d’Etat : il ment très bien.

(Napoléon Bonaparte)

METTERNICH-WINNEBURG ( Clément-Wenceslas-Népomucène-Lothaire, comte, puis prince DE), duc DE PORTELLA, célèbre diplomate et homme d’Etat autrichien, né à Coblentz le 15 mai 1773, mort à Vienne le 5 juin 1859. A l’âge de quinze ans, le jeune Metternich alla étudier à l’université de Strasbourg, où il eut pour condisciple Benjamin Constant, avec qui il se lia étroitement. Il acheva sa philosophie en 1790, quitta alors Strasbourg pour aller assister au
couronnement de l’empereur Léopold, puis alla terminer sou instruction à Mayence. Après a voir visité l’Angleterre et la Hollande, il vint habiter Vienne, où il épousa, à l’âge de vingt et un ans, la fille du prince dellaunitz-Rietberg (1795). M. de Metternich, qui venait d’entrer dans la diplomatie, suivit son père comme simple secrétaire au congrès de Rastadt, puis il accompagna le comte de Stadion dans ses missions en Prusse et à Saint-Pétersbourg, fut nommé ministre à la cour de Dresde (1801), à celle de Berlin (1803), où il prépara une nouvelle coalition contre la France, et enfin ambassadeur à Paris en 1806. Le système politique que le comte de Metternich venait représenter auprès de Napoléon était compliqué. La maison d’Autriche avait subi bien des revers depuis la première coalition contre la France ; Bonaparte, général et consul, lui avait arraché deux fois le Milanais ; Moreau l’avait refoulée sur le Danube, Rentrée en lice par son alliance avec la Russie, elle avait vu cette nouvelle coalition écrasée à Austerlitz. Le cabinet autrichien avait dû signer le traité de Presbourg, stipulation imposée par la nécessité, qui brisait le vieil empire d’Allemagne et en finissait en quelque sorte avec la maison d’Autriche. Dans cet état de choses, M. de Metternich devait avant tout chercher à plaire au vainqueur ; il y réussit complètement : on était alors chez nous en plein retour vers les choses d’autrefois. Napoléon faisait fouiller les archives pour y déterrer de vieux formulaires d’étiquette. Joignant aux avantages de la naissance la figure la plus séduisante, les manières les plus distinguées, un esprit fin, une parole facile, le jeune ambassadeur eut un succès prodigieux. Il avait mission de plaire ; il s’en acquitta avec autant d’habileté que de zèle. Bien accueilli par Napoléon, à qui il fit croire qu’il était dévoué à sa politique, M. de Metternich fut à même d’étudier le despote qui faisait mouvoir le monde à son gré et de deviner parfois les ressorts mystérieux qui le faisaient agir. Le jeune ambassadeur insistait alors fortement pour fonder entre la France et l’Autriche un système solide d’assurance mutuelle contre la Russie. L’entreprise d’Erfurt déjoua ses projets des promesses furent échangées entre Napoléon et Alexandre. Il fut un instant question de partager l’Europe en deux. L’Autriche se vit en péril et fit en secret des préparatifs de guerre. M. de Metternich reçut l’ordre de plaire plus que jamais et de continuer à Paris sa comédie pacifique. Napoléon, alors occupé à poursuivre l’armée anglaise dans la Péninsule, fut tout à coup prévenu que l’armée autrichienne avait passé l’Inn et envahissait la Bavière, notre alliée. Furieux, il ordonna aussitôt à Fouché de renvoyer M. de Metternich à la frontière, entre deux gendarmes ; mais Fouché se contenta de faire escorter le carrosse de l’ambassadeur. Deux mois s’étaient à peine écoulés que l’Autriche, écrasée à Wagram, implorait la paix et signait le traité de Vienne (14 octobre 1809). Sur ces entrefaites, M. de Metternich fut nommé chancelier et ministre des affaires étrangères par l’empereur d’Autriche (8 octobre 1809), et, réconcilié avec Napoléon, fut envoyé auprès de ce dernier avec le comte de Bubna pour traiter de la paix. Une occasion se présenta bientôt pour l’Autriche de rentrer en grâce auprès du terrible vainqueur. Il venait de divorcer avec Joséphine et était sur le point d’épouser une sœur de l’empereur de Russie, M. de Schwartzenberg, alors ambassadeur à Paris, fut chargé de s’expliquer à ce sujet ; un mariage fut proposé et accepté le même jour (février 1810) et M. de Metternich vint lui-même conduire la fille des césars dans la couche du soldat triomphant. Le cabinet de Saint-Pétersbourg ayant vu ce mariage avec déplaisir, Napoléon, qui visait à la dictature universelle, brisa son alliance avec la Russie et la guerre fut déclarée. L’Autriche prit naturellement parti pour Napoléon, et, par les soins de Metternich, un traité d’amitié, d’union et d’alliance à perpétuité fut signé à Paris le 14 mars 1812, entre Napoléon et l’empereur François II ; la Prusse se jeta aussi dans cette alliance et, peu de jours après, soldats alliés traversaient le Niémen ; mais, six mois plus tard, les choses avaient singulièrement changé de face. Après la désastreuse retraite de Russie, la défection du général prussien d’York venait de livrer notre aile gauche ; celle du général Schwartzenberg, notre aile droite ; Alexandre avait passé la Vistule, le roi de Prusse s’était jeté dans ses bras, et les vaincus d’Iéna couraient aux armes. Quant à l’Autriche, elle mit plus d’habileté dans sa trahison. M. de Metternich se contenta d’établir une trêve tacite entre les armées autrichienne et russe et proposa la médiation de l’Autriche à l’empereur des Français. Les négociations durèrent tout l’hiver de 1812 à 1813. Pendant ce temps, des levées considérables se faisaient sur tout le territoire autrichien, l’armée devait être portée à 300.000 hommes, et M. de Metternich justifiait ces armements par la position naturelle dans laquelle se trouvait l’Autriche : quand les belligérants étaient si rapprochés du territoire d’un neutre, il paraissait tout naturel que ce neutre prit des précautions pour se préserver lui-même. D’un autre côté, le cabinet anglais envoyait lord Walpole à M. de Metternich, pour lui offrir d’énormes avantages si l’Autriche voulait entrer dans la coalition. Immédiatement, le diplomate autrichien envoya le baron de Weissemberg en mission secrète à Londres, sous le prétexte d’amener une pacification générale, mais en réalité pour s’arranger avec le cabinet anglais (mars 1813). Deux mois plus tard, Napoléon, contre lequel un nouvel ennemi, la Suède, venait de se coaliser, enleva par les victoires de Lutzen et de Bautzen la Saxe aux coalisés. L’Autriche se présenta alors comme médiatrice armée, et envoya le comte de Bubna à Napoléon et le comte de Stadion aux alliés. Un armistice fut conclu à Plesswitz, et ou accepta de part et d’autre l’ouverture, à Prague, d’un congrès que présida Metternich. C’est quelques jours avant, à Dresde, où était sou quartier général, que Napoléon eut avec Metternich cette fameuse conversation rapportée par Metternich lui-même et par le baron Fain, qui en fut le seul témoin. Metternich, de l’aveu même de M. Thiers, apportait la paix ; mais l’empereur en trouva les conditions exagérées, et traita fort durement Metternich, qui sortit l’âme ulcérée et persuadé que désormais la paix était impossible avec la France, tant que Napoléon y régnerait. Enfin, le ministre, désirant faire cesser des négociations qui, traînant en longueur, permettaient à l’empereur de gagner du temps, déclara que, si, le 10 août suivant, les propositions de l’Autriche n’étaient pas acceptées, cette puissance entrerait dans la coalition formée contre la France. Napoléon dédaigna même de répondre, le congrès de Prague fut dissous et Metternich se rendit à Tœplitz, où il fit entrer l’Autriche dans la coalition en signant un traité d’alliance avec l’Angleterre, la Prusse et la Russie. Une note du cabinet de Vienne annonça au comte de Nesselrode et à M. de Hardenberg que désormais l’Autriche, membre de la coalition, mettait en ligne 200.000 hommes, massés derrière les montagnes de la Bohême. La joie des alliés fut indicible. Dix jours après parut le manifeste de l’Autriche ; ce fut alors que Napoléon se ravisa et fit porter à Prague son acceptation, mais il était trop tard : M. de Metternich déclara l’impossibilité de traiter séparément, et répondit qu’il fallait en référer simultanément aux trois cours, désormais inséparables dans leur politique. Napoléon, qui ne perdait pas tout espoir d’entraîner l’Autriche dans ses intérêts et qui comptait encore sur la victoire, proposa de négocier pendant la guerre, alors que les armées autrichiennes s’ébranlaient pour tourner la ligne de l’armée française ; mais, malgré tous ses efforts, il se vit écrasé par le nombre. Après la désastreuse bataille de Leipzig (octobre 1813), la déclaration de Francfort et l’invasion de notre territoire, un congrès s’ouvrit à Chatillon (février-mars 1814). Metternich, qui désirait la paix et qui avait une grande influence sur les décisions des coalisés, fit offrir à Bonaparte des conditions relativement avantageuses, car la France conservait ses frontières de 1792. Napoléon accepta les bases proposées, mais il chicana sur les détails. Un moment, le duc de Vicence reçut carte blanche pour traiter à tout prix et éviter une bataille suprême. Cette bataille eut lieu. Les succès remportés à Brienne, à Champaubert, à Montmirail changèrent les dispositions de Napoléon. Il écrivit à l’instant au duc de Vicence pour lui recommander de ne rien signer, sans son ordre. « Il faut faire des sacrifices, lui répond en toute hâte le duc de Viceuce, il faut les faire à temps ; comme à Prague, si nous n’y prenons garde, l’occasion va nous échapper. » Ces paroles de Caulaincourt n’étaient que la reproduction exacte des lettres confidentielles que lui adressait M. de Metternich. Le chancelier autrichien était alors partisan sincère du maintien de Napoléon sur le trône ; ses défiances naissantes contre la Russie et les liens de famille qui unissaient Bonaparte à son souverain rendaient ce sentiment tout naturel ; il voyait grossir l’orage ; la prépondérance qu’il avait exercée de l’autre côté du Rhin commençait à lui échapper. L’Angleterre se prononçait pour les Bourbons, la Russie penchait de ce côté, et Napoléon luttait encore, exigeant, avant tout traité, l’évacuation du territoire. L’heure de sa chute avait enfin sonné. Bientôt Paris ouvrit ses portes au prince de Schwartzenberg, et tandis que l’empereur d’Autriche et Metternich s’étaient arrêtés à Dijon pour ne pas assister à la prise de la capitale où régnait Marie-Louise, l’empereur Alexandre, circonvenu par une intrigue de salon, en présence d’une, nation épuisée par la guerre, démoralisée par le despotisme, devenue incapable de se prononcer virilement pour la liberté, trancha la question de dynastie en faveur des Bourbons. M. de Metternich resta étranger aux intrigues qui substituèrent Louis XVIII au gendre de François Ier d’Autriche, mais il signala convention de Fontainebleau puis la paix du 30 mai 1814, et ce fut lui qui présida le congrès de Vienne, où fut remaniée la carte de l’Europe, et où il obtint pour l’Autriche la part du lion. Ce grand remaniement de l’Europe, interrompu un instant par les Cent-Jours, fut continué après Waterloo ; la France fut mutilée, la Saxe spoliée, la Prusse bizarrement constituée, l’Italie livrée pieds et poings liés à l’Autriche, la malheureuse Pologne dépecée, la Belgique accouplée de force à la Hollande. L’acte fédératif du 8 juin, réduisant à néant les promesses libérales des proclamations de 1813, reconstruisit pour l’Allemagne le vieil équilibre féodal, et la Russie, s’étendant à travers la Pologne, atteignit les frontières de la Prusse. Ce n’est pas sans raison que l’abbé de Pradt a pu dire : « La guerre de l’indépendance de l’Europe contre la France a fini par l’assujettissement de l’Europe à la Russie, ce n’était pas la peine de tant se fatiguer. » (Congrès de Vérone, tome 1er.) Metternich négocia encore la seconde paix de Paris (2 novembre 1815) et, à partir de cette époque, il fut constamment occupé de maintenir l’œuvre de despotisme constituée par les alliés et ébranlée par de fréquentes secousses. L’Allemagne réclamait l’accomplissement des réformes libérales promises au moment du danger. Les associations universitaires ne s’étaient pas dissoutes après la victoire ; la Burschenschaft s’était étendue comme un réseau sur toute l’Allemagne ; l’Italie s’agitait, une tribune s’élevait à Naples ; le Piémont renversait sou roi, l’Espagne emprisonnait le sien, la Pologne frémissait sous son triple joug. Pour aviser aux moyens d’écraser l’esprit libéral en Europe, des congrès eurent lieu à Aix-la-Chapelle (1818), à Carlsbad (1819), à Troppau (1820), à Laybach (1820). M. de Metternich, qui avait traité avec le saint-siège en 1818 et dirigé les conférences où avaient été rédigés l’acte final de Vienne et celui de la confédération germanique, présida la plupart de ces congrès et y exerça une influence prépondérante. Adversaire acharné de la liberté et des droits des peuples, il formula sa politique odieuse dans la déclaration suivante, faite au congrès de Laybach : «II appartient aux souverains seuls d’accorder et de modifier les institutions en ne restant responsables de leurs actes qu’envers Dieu. » L’effervescence universitaire de l’Allemagne fut momentanément réprimée, la tribune de Naples fut fermée et le Piémont envahi par l’Autriche. La double répression, base du système de M. de Metternich en Allemagne et en Italie, entraîna un mouvement de réaction, car la liberté ne se laisse point toujours impunément opprimer ; mais la Sainte-Alliance en vint enfin à bout, et si l’armée autrichienne, aidée des Russes, n’occupa point tout de suite le Piémont et les Deux-Siciles, il faut avoir la justice de dire qu’on le doit à, la résistance de Louis XVIII, qui déclara à M. de Metternich « que si les armées autrichiennes envahissaient le Piémont, l’occupation ne saurait être d’une longue durée, car la France ne pourrait souffrir les Autrichiens sur les Alpes. » Cependant les rois coalisés finirent par avoir le dessus sur les peuples ; l’armée autrichienne entra en Piémont et Naples fut conquise. M. de Metteruich dirigea les discussions du congrès de Vérone (1822), qui fut le triomphe de la réaction. La France reçut la déplorable et honteuse mission de comprimer les cortés espagnoles, comme Metternich avait été l’exécuteur armé des volontés de l’Alliance contre Naples et le Piémont, et la Révolution fut étouffée. Tous les actes de cabinet, toutes les proclamations qui suivirent la tenue des congrès dont nous venons de parler furent spécialement l’œuvre de M. de Metternich, regardé alors par toutes les chancelleries comme le premier diplomate de l’Europe. M. de Metternich vit avec un grand déplaisir l’insurrection des Grecs, car il craignait que la Russie, dont il connaissait les projets ambitieux sur Constantinople, n’intervînt ; ce qui eut lieu, en effet, en 1827. Il fit sonder alors le ministère français ; mais on l’écouta à peine, car des négociations ouvertes entre les cabinets de Londres, de
Saint-Pétersbourg et de Paris, sur la question des Grecs, aboutirent au traité de juillet et à la bataille de Navarin. Il tenta vainement de faire renoncer les puissances à suivre une politique qui tendait finalement à tuer la Turquie au profit de la Russie ; mais, voyant la position de l’Autriche sur le Danube sérieusement menacée, il s’adressa au cabinet de Saint-Pétersbourg, et ses remontrances eurent pour résultat d’arrêter les Russes à Andrinople. Pendant ce temps, les événements ‘marchaient en France vers une crise inévitable ; le ministère de M. de Polignac était formé. Sous le simple point de vue diplomatique, c’était un avantage pour l’Autriche, car on sortait du point de vue russe pour entrer dans les idées anglaises. Toutefois, un esprit aussi subtil que M. de Metternich ne pouvait voir sans appréhension une lutte engagée entre les pouvoirs politiques dans un pays comme la France, habitué à donner l’impulsion au reste de l’Europe. Enfin éclata la Révolution de Juillet. Dans cette circonstance, M. de Metternich attendit la Révolution l’arme au bras, mais sans faire contre elle aucune démonstration hostile. Cette modération fut poussée si loin que, dès qu’un gouvernement régulier fut établi en France, le ministre autrichien se hâta de le reconnaître, sans affection comme sans haine, et par ce seul motif, dit-il, qu’un gouvernement régulier est toujours un fait protecteur de l’ordre et de la paix publique. Cependant il continua à augmenter insensiblement l’influence autrichienne en Italie, sans trop de souci des traités et dans la confiance que le gouvernement de Louis-Philippe n’était pas encore assez affermi pour s’y opposer. Mais lorsque le cabinet de Vienne , enhardi par la longanimité du nouveau gouvernement, voulut régler à sa fantaisie les affaires d’Italie et intervint militairement dans les Etats du pape, l’occupation d’Ancône par les Français montra qu’il y avait des limites que la monarchie de Juillet ne laisserait pas franchir. Depuis cette époque, l’Autriche se tint en Italie simplement sur la défensive. Après la mort de l’empereur François, M. de Metternich resta le ministre et le conseil de son successeur Ferdinand 1er, et se réjouit un instant, en 1840, de voir la question d’Orient amener entre la France, et l’Angleterre une rupture presque complète ; mais prévoyant ensuite qu’une guerre générale s’ensuivrait et qu’elle se ferait au profit de le Russie, il fut le premier à proposer son entremise pour le maintien de la paix en 1841. En 1846, les mariages espagnols amenèrent une rupture momentanée dans les relations de l’Angleterre et de la France. Ce dernier pays se rapprocha du cabinet de Vienne ; mais ce rapprochement ne fut que momentané ; l’année suivante, un dissentiment s’éleva même à propos des affaires de la Suisse. L’avènement de Pie IX, qui passait à tort pour favoriser les idées libérales et nationales, fut en Italie le signal d’une effervescence qui gagna bientôt la Lombardie, la Vénétie, la Hongrie, la Bohême. M. de Metternich, essayait vainement de la comprimer, lorsque la chute de Louis-Philippe et la proclamation de la république vinrent ajouter de nouvelles complications à ces embarras. Le diplomate autrichien songea alors à faire des réformes dans le sens libéral, mais il était trop tard ; il fut débordé et l’insurrection de la Vénétie, le 13 mars 1848, l’obligea à donner sa démission d’un poste qu’il occupait depuis trente-huit ans. M. de Metternich traversa l’Allemagne en ébullition et alla à Dresde, d’où fut obligé de gagner la Hollande, puis Bruxelles, où il s’établit en 1849. Au mois de juin de l’année 1851, il revint habiter sa propriété de Johannïsberg, où le nouvel empereur le visita et vint lui démander ses avis, sans toutefois le rappeler aux affaires, ce dont il eut quelque dépit, d’autant plus qu’il se voyait remplacé par un homme bien inférieur à lui, le prince de Schwartzenberg, dont il était loin, et avec raison, d’approuver la politique. Metternich vit la guerre de 1859, entre la France et l’Autriche, mais il mourut quelques jours trop tôt pour recevoir la nouvelle de la signature du traité de Villafranca. qui devait porter une si grave atteinte, à l’oeuvre de 1815. Le prince de Metternich avait été marié trois fois. Après avoir perdu sa première femme, il épousa, en 1827, la baronne Marie-Antoinette de Leykham, qu’il perdit le 12 janvier 1829. Il se remaria une troisième fois, le 30 janvier 1831, avec la comtesse Mélania Zichy, morte cinq ans avant lui, le 30 mars 1854. Le prince de Metternich aimait les sciences, les lettres, les arts, qu’il cultivait pendant ses loisirs. « Homme d’esprit et non de génie, dit M. Léo Joubert, plus capable de profiter des circonstances, que de les faire naître, plus habile à tourner les difficultés qu’à les résoudre, devant beaucoup à sa haute naissance, il eut le mérite et le bonheur, de conduire supérieurement les affaires de son pays à travers la crise de 1813, et depuis il vécut un peu sur sa réputation. A force d’entendre dire qu’il représentait le génie de la résistance, il avait fini par le croire, et il aimait à se donner pour un professeur infaillible de politique conservatrice. » « Son système à l’intérieur, dit Capefigue, consistait à maintenir, à l’aide d’une police ombrageuse, de la censure et d’un blocus intellectuel, l’Autriche en dehors de l’influence et de l’action des idées révolutionnaires, à conserver immobile le statu quo en défiance des innovations, quelles qu’elles fussent. Toutefois, cette tactique fut impuissante à protéger la monarchie autrichienne contre l’agitation révolutionnaire de l’époque. Sous ce système engourdissant, l’administration avait fini par perdre toute énergie. » Le prince de Metternich employa tout son talent, et un talent très réel, à soutenir cette politique à courte vue, politique fausse, impuissante, qui consista à refouler toutes les aspirations légitimes des peuples, à n’accorder aucune réforme jusqu’à l’heure où éclatent les révolutions. Ou ne saurait donc considérer M. de Metternich comme un grand homme d’Etat ; mais, tout en soutenant une politique immorale, il se montra, incontestablement, un diplomate retors, rompu aux affaires, et il exerça sur la diplomatie européenne un incontestable ascendant. Si on le considère à ce dernier point de vue, on ne saurait nier qu’il n’ait employé tous ses efforts à rendre l’Autriche puissante et forte ; mais, comme il ne s’appuyait que sur la force, son œuvre devait être éphémère, et elle commençait à tomber en dissolution lorsqu’il mourut. « Il fit de l’Autriche, dit un écrivain anglais, l’une des plus grandes monarchies de l’Europe, fortifiée sur le Pô, sur le Danube, sur le Rhin, touchant d’un côté aux riches plaines de l’Italie, appuyée sur la haute Allemagne, l’Illyrie, les provinces slavoniennes, et s’étendant jusqu’aux rives des Riesengebirge. Comme ministre de cet immense empire, Metternich fut le Titan de son siècle. Sans recourir au glaive, partout où il étendit son action, il remporta la victoire. Par de secrètes stipulations avec les princes, l’Italie était à ses pieds. Il gouvernait la Germanie au moyen de la confédération qu’il avait lui-même organisée et qui, outre les troupes impériales, plaçait sous son contrôle une armée de 300.000 hommes. Napoléon lui-même, dans la suprématie de son pouvoir, avait à peine une armée plus considérable que celle que Metternich acquit par des moyens pacifiques et conserva en persuadant à l’Europe qu’elle était nécessaire au maintien de la paix générale… Dès l’âge de vingt-cinq ans, jusque vers la fin de sa vie, il fut le véritable régent de cet amas de populations hétérogènes réunies sous le sceptre de la maison de Habsbourg ; et le prestige de sa haute situation, joint au succès de sa tactique, lui donna près des princes étrangers plus de crédit qu’ils n’en accordaient souvent à leurs propres conseillers. Son nom était également respecté à Rome, à Pétersbourg, à Paris pendant la Restauration, à Londres pendant la régence, et à Vienne. Son action n’était donc point, comme celle des autres potentats, restreinte dans les limites de son pays, elle s’étendait aux plus importants du globe. Partout où il s’élevait quelque grande question, sa voix avait la prépondérance. Pendant plus d’un demi-siècle, il présida aux conseils de la diplomatie et, fut le guide de la politique européenne. »

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Prince Clément de Metternich sur wikipedia

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mars 16, 2008

CHARLES-LOUIS DE HABSBOURG (1771-1847), ARCHIDUC D’AUTRICHE

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Général Charles-Louis de Habsbourg (1771-1847), Archiduc d’Autriche

Le prince Charles est un homme sage, aimé par ses troupes… Bien qu’il ait commis un millier de fautes, il est le meilleur général autrichien.

(Napoléon Bonaparte)

CHARLES (l’archiduc), fils de l’empereur d’Autriche Léopold II, né à Vienne en 1771, mort en 1847. Il commanda l’avant-garde du prince de Cobourg dans les campagnes de 1793, et fut nommé peu après gouverneur des Pays-Bas et feld-maréchal. Appelé en 1796 au commandement de l’armée du Rhin, il eut quelques succès sur Moreau à Rastadt, sur Jourdan à Amberg et à Wurzbourg, mais s’attarda à prendre Kehl pendant que Bonaparte triomphait en Italie. Il franchit enfin les Alpes pour prendre le commandement de l’armée impériale, décimée à Arcole, et malgré ses talents n’essuya que des revers. En 1799, il battit Jourdan sur le Rhin, passa en Suisse, fit assaut de manœuvres et d’audace avec Masséna, mais sans résultat, et fut rappelé sur le Rhin. Privé de son commandement par suite de ses dissensions avec les généraux russes, il accepta le gouvernement de la Bohème, fut rappelé après le désastre de Hohenlinden, réorganisa l’armée, combattit jusqu’à la paix de Lunéville (1801), commanda une armée, en Italie dans la campagne de 1805, gagna la victoire de Caldiero sur Masséna, mais fut forcé d’accourir à la défense des Etats héréditaires, se porta en Bavière en 1809, fut défait dans plusieurs actions importantes où il avait Napoléon pour adversaire, à Eckmühl, à Essling, à Vienne et à Wagram en où il lutta avec un talent qui fit flotter la victoire et la rendit indécise. Découragé, fatigué surtout de voir ses plus belles combinaisons compromises par des généraux incapables, il résigna son commandement et vécut depuis dans la retraite. L’archiduc Charles était un stratége de premier ordre et l’un des bons généraux de son temps. Au sein d’une cour qui professait les principes de l’absolutisme le plus complet, l’archiduc-Charles nourrissait des idées libérales, et encourut la défaveur impériale. Il portait une sincère affection au duc de Reichstadt. On a de lui deux ouvrages célèbres : Principes de la stratégie expliqués par les opérations de la campagne d’Allemagne en 1796 (Vienne, 1814) ; Histoire de la campagne d’Allemagne et de Suisse en 1799 (Vienne, 1819).

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Archiduc Charles sur wikipedia

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CHARLE-GUILLAUME-FERDINAND DUC DE BRUNSWICK (1735-1806)

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Charles-Guillaume-Ferdinand, duc de Brunswick (1735-1806)

Les faux calculs des jeunes gendarmes sont pardonnables ; mais la conduite de ce vieux prince âgé de soixante-et-onze ans est un excès de délire dont la catastrophe ne saurait exciter de regrets. Qu’aura donc de respectable la vieillesse si , aux défauts de son âge, elle joint la fanfaronnade et l’inconsidération de la jeunesse ?

(Napoléon Bonaparte)

BRUNSWICK ( Charles-Guillaume-Ferdinand, duc DE), neveu de Ferdinand, signataire du fameux Manifeste qui a gardé son nom, né à Brunswick le 9 octobre 1735 , mort, à Altona le 10 novembre. 1806. Comme tous les princes de sa maison, il reçut une éducation extrêmement soignée, et montra dès son adolescence des facultés supérieures. Formé dans l’art de la guerre par ses oncles le prince Ferdinand et le grand Frédéric, il se distingua de la manière la plus éclatante dans la guerre de Sept ans, comme général au service de la Prusse. Après la conclusion de la paix, il entreprit, sous le nom de comte de Blackenbourg, de longs voyages, d’abord en France, où il se lia avec les esprits les plus distingués ; puis en Italie, à Rome, où l’antiquaire Winckelmann le guida dans ses explorations ; enfin en Moravie, en Silésie, en Westphalie, en compagnie du grand Frédéric, qui lui donna de nouveau un commandement dans la guerre de la Succession de Bavière (1778). Le duc de Brunswick y soutint sa réputation militaire et succéda, en 1780, à son père dans le gouvernement du duché. Mirabeau, qui le vit quelques, années plus tard, fait le plus grand éloge de son administration, et le représente lui-même comme un homme tout à fait supérieur. Lors des troubles de la Hollande, en 1787, il reçut le commandement de vingt mille Prussiens, et s’empara d’Amsterdam, d’ailleurs faiblement défendue. A l’époque de la Révolution française, le duc de Brunswick était généralement regardé comme un des meilleurs généreux de l’Europe. Aussi, après le traité de Pillnitz, dès les premiers mouvements contre la France, fut-il nommé généralissime des armées alliées (Prusse et Autriche). Il fit précéder son invasion par un Manifeste daté de Coblentz (25 juillet 1792), et qui a donné à son nom une triste célébrité. Il n’était point l’auteur de cette pièce odieuse, dont la rédaction appartient à la faction des émigrés, et l’on prétend qu’il ne la signa qu’avec la plus grande répugnance ; mais enfin il consentit à la signer, et ce fait seul suffit pour ternir sa réputation. On a rapporté aussi que, dans la suite, il ne parlait de cet acte qu’en le qualifiant de déplorable, et qu’il démentit, dans une lettre rendue publique, Bertrand de Molleville qui, dans ses Mémoires, lui attribuait une part dans la rédaction du Manifeste. Sa lettre se terminait ainsi : « Il est bien permis de chercher à éviter de passer, dans les siècles à venir, pour un étourdi inconsidéré. » (Mallet du Pan, Mémoires et correspondance.) Mais, encore une fois qui l’obligeait à signer ? Probablement, l’ambition de garder le commandement en chef. Qu’il conserve donc dans l’histoire la responsabilité de cet acte, qui n’était pas seulement contraire au droit, à la justice, à l’humanité, mais encore qui violait toutes les règles du droit des gens, toutes les règles de guerre établies entre les nations civilisées. On a dit aussi que l’empereur d’Autriche et le roi de Prusse, informés que des propositions brillantes lui avaient été faites pour le porter à embrasser la défense de la Révolution française, l’avaient mis dans la nécessité d’apposer son nom sur ce Manifeste de sang, dans le but secret de le compromettre pour jamais au regard de la France. Les Mémoires tirés des papiers d’un homme d’Etat se sont faits l’écho de ce bruit ; mais est-il vrai qu’un parti, un groupe d’hommes politiques, constitutionnels, girondins ou autres, séduits par la réputation militaire du duc de Brunswick, aient songé à l’attirer en faisant luire à ses yeux le mirage de la couronne de France ? Il n’est guère possible de répondre à une telle question. D ailleurs, ce rêve insensé, s’il a quelque réalité, ne dut jamais s’élever même à l’état de projet. Quoi qu’il en soit, par une coïncidence bien étrange, le jour même où le duc de Brunswick signait le manifeste, c’est-à-dire le 25 juillet, le girondin Carra publiait a Paris, dans son journal (Annales patriotiques), l’article suivant, qui fut plus tard un des motifs de son arrêt de mort : « Rien de si bête que ceux qui croient ou, voudraient faire croire que les Prussiens songent a détruire les jacobins, et qui n’ont pas vu dans ces mêmes jacobins les ennemis les plus acharnés de la maison d’Autriche, les amis constants de la Prusse, de l’Angleterre et de la Hollande… C’est le plus grand guerrier et le plus grand politique de l’Europe que le duc de Brunswick. Il ne lui manque peut-être qu’une couronne, je ne dis pas pour être le plus grand roi de l’Europe, mais pour être le restaurateur de la liberté en Europe. S’il arrive à Paris, je gage que sa première démarche sera de venir aux jacobins, et d’y mettre le bonnet rouge… » Sans doute, on peut regarder cette absurde tirade comme une présentation de candidat, d’autant plus qu’alors la chute de Louis XVI, n’était plus douteuse ; mais la coïncidence même de la publication avec celle du Manifeste, qui en eût été le plus détestable commentaire, éloigne toute idée d’un concert quelconque. Carra était un esprit assez chimérique, et c’était une de ses manies de songer à des princes étrangers. N’ayait-il pas déjà soulevé, un jour, tout le club des jacobins en proposant d’appeler le duc d’York au trône de France ? Cependant Brunswick entra en France dans les premiers jours d’août (1792). Le 20, il investit Longwy que la trahison lui livra sans combat, deux jours après. Il agit ensuite avec une extrême lenteur. Le 31 seulement, il se présenta devant Verdun, place qui était hors d’état d’opposer une résistance prolongée, qu’il bombarda pendant quinze heures, mais qui ne se rendit qu’après la mort du brave commandant Beaurepaire. Pendant ce temps, Dumouriez s’emparait rapidement des défilés de l’Argonne, les Thermopyles de la Franco, et, par cette manœuvre de génie, fermait pour ainsi dire la porte à l’invasion. Le duc de Brunswick avait commis plus d’une faute pendant ces rapides opérations, et la conquête de la France ne lui paraissait plus d’ailleurs aussi facile que l’affirmaient les fous de l’émigration. Après Valmy, il insista vivement auprès du roi de Prusse pour le décider à négocier. Des pourparlers eurent lieu en effet, et l’armée austro-prussienne, commença sa retraite le 1er octobre, abandonna successivement toutes ses positions, et quitta le territoire français, fort diminuée par les maladies et les engagements journaliers. Les arrangements entre l’ennemi et Dumouriez n’ont jamais été connus dans tous leurs détails, et l’on a supposé, à tort ou à raison, que le général français avait consenti à ne pas inquiéter les armées alliées dans leur retraite. Brunswick conserva le commandement des troupes prussiennes pendant la campagne de 1793 ; mais, par suite de dissentiments avec Wurmser, général autrichien, il donna sa démission en janvier 1794, et ne s’occupa plus dès lors que du gouvernement de son duché. En 1806, au moment où la Prusse reprit une attitude hostile contre la France, il reçut encore une fois le commandement des troupes prussiennes, mais ne fit rien de remarquable, et fut atteint d’une balle dans les yeux à la bataille d’Auerstaedt, ce qui amena la déroute de son armée ; il revint mourir à Altona, au milieu des plus grandes souffrances. Le duc de Brunswick, bon administrateur, homme instruit, éclairé, passionné, dit-on, pour le bien, ne paraît avoir combattu qu’à regret dans les rangs de la coalition : c’est ainsi qu’on expliquerait les revers qu’il éprouva ; mais, d’un autre côté, il faut bien reconnaître que, comme tous les généraux, habiles des anciennes écoles, il n’était plus à la hauteur de la tactique héroïque créée par les capitaines de la grande Révolution. Il était dans la destinée de l’ancien régime d’être vaincu sur tous les terrains.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Charles-Guillaume-Ferdinand duc de Brunswick sur wikipedia

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GENERAL GEBHARD LEBERECHT VON BLÜCHER (1742-1819)

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Feld Marechal Gebhard Leberecht von Blücher (1742-1819)

Blücher est un brave soldat, un bon sabreur. C’est comme un taureau qui ferme les yeux et se précipite en avant sans voir aucun danger. Il a commis des millions de fautes, s’il n’eût été servi par les circonstances, j’aurai pu différentes fois le faire prisonnier, ainsi que la plus grande partie de son armée. Il est opiniâtre et infatigable, n’a peur de rien et est très attaché à son pays ; mais comme général, il est sans talent.

(Napoléon Bonaparte)

BLÜCHER (Gerhard-Leberecht DE), prince de Wahlstatt, feld-maréchal des armées prussiennes, né à Rostock, dans le Mecklembourg, le 16 décembre 1742, mort à Kriblowitz le 12 septembre 1819, était fils d’un capitaine au service de la Hesse-Cassel. A l’âge de treize ans, il fut envoyé dans l’île de Rugen, près d’une de ses parentes, Mme de Krakwitz. Là, il s’adonna à sa nature sauvage et fougueuse, se livra aux exercices du corps, qui seuls convenaient à ses goûts, et sentit s’éveiller en lui sa passion pour les armes en voyant dans l’île un régiment, de hussards suédois. Malgré toutes les représentations, il s’engagea en qualité de porte-enseigne dans l’armée suédoise ; mais, dès sa première campagne, il fut fait prisonnier à Suckow par les Prussiens, et incorporé presque de force, par le colonel Belling, dans les troupes de Frédéric (1760). D’abord cornette dans le régiment des hussards noirs, il acquit quelque réputation par son courage impétueux pendant la guerre de Sept ans, se signala a Kunersdorff et à Freiberg, où il fut blessé, et se fit un renom comme duelliste. Après la paix d’Hubertsbourg (1763), Blucher étudia l’art militaire sous la direction du major Poscharli, mais s’abandonna surtout à la vie désordonnée des soldats en garnison. Devenu capitaine en 1770, il prit part à la guerre de Pologne, s’attira le mécontentement du général Loskow par la cruauté avec laquelle il traita ses prisonniers, et, pour ce fait, il se vit préférer un subalterne dans une promotion. Blessé de ce qu’il considérait comme un passe-droit, Blucher donna sa démission, que Frédéric accepta en ces termes : « Le capitaine Blucher est congédié et peut aller au diable (1773). » Il se retira alors à la campagne, se maria avec la fille d’un riche fermier général, Mlle de Mehling, s’occupa d’exploitations agricoles et fut nommé membre du conseil de la noblesse ; mais à peine Frédéric II fut-il mort (1786), que Blucher accourut à Berlin et reprit du service dans son ancien régiment. D’abord major, puis colonel en 1790, il se distingua par son sang-froid, son audace et sa farouche intrépidité pendant les campagnes de 1793 et contre les Français, notamment à Moorlautern, à Kaiserlautern, à Edesheim, à Neustadt, et fut nommé général major (1794). Après la paix de Bâle (1795), il se remaria, fut promu au grade de lieutenant général (1801) et devint gouverneur de Munster, de 1803 à 1806. A cette époque, la guerre ayant recommencé avec la France, Blucher prit part à la bataille d’Auerstaedt, où il commença l’attaque à la tête de vingt-Cinq escadrons. Ecrasé par la formidable artillerie de Davout, il opéra vers la Poméranie une retraite qui lui a été vivement reprochée. Le prince de Hohenlohe, ne pouvant gagner Stettin sans cavalerie et ayant vainement donné l’ordre à Blücher de le rejoindre, se vit contraint de signer la capitulation de Prenzlau et de se rendre. Coupé et poursuivi dans tous les sens, Blucher échappa, avec 10.000 hommes, au général Klein, en lui affirmant, contrairement à la vérité, qu’un armistice venait d’être signé ; puis il entra dans le Mecklembourg, fit sa jonction avec le corps du duc de Weimar, et combattit entre Wahren et Vieux-Schwerin, mais sans succès. Poursuivi par le grand-duc de Berg, par Soult et Bernadotte, il se jeta dans la ville libre de Lubeck, et, après une sanglante et inutile défense, qui fit subir à cette cité neutre toutes les horreurs d’une place prise d’assaut, il se retira en désordre sur Schwartau, et se vit forcé de mettre bas les armes, ainsi que le duc de Brunswick et 16.000 officiers et soldats. Bientôt après, il fut échangé contre le général Victor et se rendit à Koenigsberg, où, malgré les fautes qu’il avait commises dans cette campagne, il fut reçu avec distinction par la cour. Après la paix de Tilsit (1807), Blücher vécut dans l’inaction, mais sans dissimuler la haine profonde qu’il ressentait contre les Français. Ce fut avec une joie des plus vives qu’il apprit les résultats désastreux de la campagne de Russie, et qu’il vit arriver le moment de sortir de son repos. La Prusse entra dans la coalition (1813), et, bien que Blücher eût alors soixante et onze ans, il fut nommé commandant en chef de l’armée prussienne. A la tête de 40.000 Prussiens et Russes, il s’avança vers la Saxe, fit sa jonction avec le général Wittgenstein et rencontra, le 1er mai 1813, les Français à Lutzen. Le vieux Prussien, bien que blessé, ne quitta point le champ de bataille tant que dura l’action ; il se distingua également aux journées de Bautzen et de Hanau, et remporta sur Macdonald, à la Katzbach, un avantage marqué. Après la suspension d’armes conclue le 5 juin, Blücher prit le commandement de l’armée russo-prussienne, dite de Silésie, qui était forte de 120.000 hommes. Reprenant alors l’offensive, il s’avança vers Dresde, et, malgré les efforts de Napoléon, il passa l’Elbe (3 octobre 1813), battit les corps de Ney, Marmont et Bertrand, et marcha sur Leipzig, où Napoléon attendait les alliés, et leur livra une bataille de trois jours, qui se termina par la retraite des Français, trahis par les Saxons. Nommé feld-maréchal le lendemain de son entrée à Leipzig, Blucher poursuivit l’armée française ; mais il se trompa sur sa direction et marcha sur Coblentz, où il croyait que Napoléon se retirait. Arrivé sur les bords du Rhin le 1er janvier 1814, il le franchit près de Kaub, entra à Nancy le 17 du même mois, remporta sur Napoléon un avantage à la Rothière (1er février). Enflé de ce succès, Blücher, qui avait dit au moment où l’invasion avait été résolue : « Je veux planter mon drapeau sur le trône de Napoléon, » Blucher, voulant arriver le premier à Paris, se sépara de Schwarzemberg, s’engagea entre la Seine et la Marne, se fit battre à Champaubert et à Montmirail, et arriva à Soissons, qui se rendit, ce qui lui permit d’avancer encore et d’attendre près de Laon, dans une position formidable, Napoléon, qui l’attaqua avec des forces trop inférieures, et perdit la bataille. Après cette victoire, Blücher marcha sur Paris, fit, après le combat d’Arcis, sa jonction avec les alliés, et vint camper sur les buttes Montmartre. Le 31 mars, les armées alliées entraient à Paris. Nommé par le roi de Prusse prince de Wahlstatt, comblé d’honneurs et de dotations, Blücher fut néanmoins tenu à l’écart de la politique active par le tsar Alexandre. Bientôt après, il accompagnait à Londres les souverains alliés, y était accueilli avec enthousiasme, nommé docteur en droit par l’université d’Oxford, honneur qui dut le toucher médiocrement, et, de retour sur le continent, il assistait au congrès, où il proposa de démembrer la France. Lorsque, en 1815, Napoléon débarqua à Cannes, accourut à Paris et reprit sa terrible épée, Blücher fut nommé de nouveau général en chef de l’armée prussienne. Battu à Ligny par Napoléon, qui tua 15.000 Prussiens dans cette journée (16 juin), Blücher décidait trois jours après, par son arrivée inopinée, le succès de la bataille de Waterloo. Une seconde fois, le général prussien entra à Paris. Là, il manifesta sa haine contre la France par ses manières brutales et par des actes de vandalisme dignes d’un sauvage. Non content de piller Saint-Cloud, où il établit d’abord son quartier général, il livra la Bibliothèque royale à la merci de ses officiers en disant : « Tous les livres sont prisonniers de guerre : ils sont en rang et en file, prenez, emportez tout ce que vous voudrez. » II leva d’énormes contributions de guerre, accabla les populations de vexations inouïes, voulut faire prisonnière la garde nationale, parce qu’une partie avait combattu les envahisseurs, et ordonna de faire sauter par la mine le pont d’Iéna, parce que ce nom était injurieux pour la Prusse en rappelant une de ses défaites. Vainement la municipalité s’adressa à Wellington pour qu’il intervînt. Celui-ci se contenta de répondre : « Je suis le maître dans Paris, Blücher est le maître hors de Paris et le pont d’Iéna est en dehors, cela ne me regarde pas. » Blücher toutefois fit cesser les travaux de destruction, moyennant une somme de 300.000 francs qu’on lui apporta. Bientôt après l’arrivée des souverains alliés, le général prussien transporta son quartier général à Rambouillet, répandit ses troupes dans les départements en deçà de la Loire, les autorisa à se livrer au pillage et à la dévastation et fit arrêter un assez grand nombre de citoyens, qu’il envoya peupler les forteresses prussiennes. Exécré des Français, désapprouvé par les souverains étrangers, et surtout par le tsar Alexandre, le farouche général n’en reçut pas moins de nouvelles récompenses de Frédéric-Guillaume III, qui créa pour lui une décoration spéciale, une croix de fer entourée de rayons d’or. Après la paix de Paris, il retourna en Prusse, puis se fixa dans ses terres de Silésie, où, malade, sombre, irascible, il mourut, après avoir reçu la visite du roi. Un mois environ avant sa mort, la ville de Rostock avait fait ériger une statue colossale en bronze du feld-maréchal, pour célébrer l’anniversaire de la bataille de la Katzbach. C’était la première fois, en Allemagne, qu’on élevait une statue à un homme vivant. Les villes de Berlin et de Breslau suivirent l’exemple de Rostock, la première eu 1826 et la seconde en 1827. Soldat intrépide et excellent officier de cavalerie, Blücher ne fut qu’un médiocre général. L’impétuosité de ses attaques lui avait mérité le surnom de maréchal Vorwoets (en avant) ; mais comme tacticien, il était d’une nullité complète. « Blücher, a dit un de ses compatriotes, est assez habile pour la petite guerre. Il fond sur l’ennemi, et ordinairement repoussé, rallie ses troupes, se met en embuscade, attaque de nouveau, et, par de nouvelles surprises, fatigue plus qu’il ne nuit. Grand joueur, il porte à la guerre l’esprit de la table de jeu ; il est minutieux et s’isole, il ne se bat jamais d’ensemble avec le reste des troupes. C’est Blücher qui a causé la dévastation de Lubeck etdu Mecklembourg. Il est brave, mais sans lumières, et, comme général, infiniment au-dessous de son siècle. » Exalté d’abord outre mesure, Blücher n’a pas tardé à être remis à son rang, même par les ennemis de cette France qu’il exécrait. Servi par les circonstances et par la fortune, il partagea avec Wellington la gloire d’avoir porté le coup suprême au plus grand homme de guerre des temps modernes ; mais il ne fut, en réalité, qu’un intrépide et farouche partisan, dont la réputation militaire n’a pas survécu à l’enthousiasme excité en Allemagne à la nouvelle de nos revers. Le nom de Blücher joue un grand rôle dans notre histoire, disons mieux, dans notre amour-propre national. Certainement, le principe de la guerre trouve en nous un ennemi déclaré ; nous acceptons les luttes fratricides comme une nécessité déplorable, et, forcé de capituler avec le mal, nous reléguons nos années permanentes aux frontières. Cela posé, entrons résolument en matière. Le nom de Blücher est singulièrement antipathique à notre pays ; il sonne à nos oreilles françaises à peu près comme celui d’Erostrate aux oreilles des Delphiens. Dans cette France toujours si généreuse, le général prussien, en un jour de victoire, s’est conduit comme un sauvage, comme un lieutenant de Tamerlan ou d’Attila ; nos soldats, nos officiers surtout s’en souviennent, et le mot prussien est très impopulaire chez nous. Ce sentiment remonte même plus haut ; il prend naissance à Rosbach, et le nom de Blücher est le dernier anneau de cette chaîne d’inimitiés.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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AMIRAL HORATIO NELSON (1758-1805), DUC DE BRONTE

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L’Amiral Horatio Nelson (1758-1805)

Nelson était un brave homme. Si Villeneuve à Aboukir et Dumanoir à Trafalgar avaient eu un peu de son sang, les Français auraient été vainqueurs.

(Napoléon Bonaparte)

NELSON (Horace), célèbre amiral anglais, né à Burnham-Thorpe, comté de Norfolk, le 29 septembre 1758, mort au combat de Trafalgar, le 21 octobre 1805. Son père était recteur de Burnham-Thorpe ; sa mère, née Suckling, était petite-fille d’une sœur aînée de sir Robert Walpole, et le premier lord Walpole (Horace, oncle du second) fut le parrain du futur héros, qui eut dix frères ou sœurs, dont sept survécurent avec lui à leur mère, décédée en 1767. A la mort de mistress Nelson, le père de la défunte, capitaine de la marine royale, offrit au père de prendre avec lui un de ses enfants ; mais cette proposition fut d’abord ajournée, et le jeune Nelson passa encore trois ans à l’école de Norwich. Il venait d’atteindre sa douzième année, quand il prit lui-même le parti d’aller rejoindre son oncle, qui commandait le vaisseau le Raisonnable. C’était alors un enfant malingre, usé par les fièvres, et qui semblait ne pas devoir fournir une longue carrière. Peu de temps après, le capitaine Suckling, jugeant qu’un service inactif ne convenait pas à l’éducation maritime de son neveu, le fit embarquer sur un navire de la Compagnie des Indes que commandait un de ses anciens compagnons d’armes. Nelson, parti en 1770, ne revint à Chatham qu’au mois de juillet 1772. Peu après, il obtint, malgré son extrême jeunesse, de se faire attacher à l’équipage d’un navire qui partait pour le pôle nord. Au retour de cette expédition, il passa sur un vaisseau de l’escadre de sir Edward Hugher en partance pour les Indes orientales. Sa bonne conduite, remarquée par le commandant, lui valut bientôt le grade de midshipman (enseigne). Obligé sur ces entrefaites de revenir en Angleterre pour soigner sa santé, il passa son examen de lieutenant (1777), et, à la fin de l’année suivante, nommé premier lieutenant, il monta sur le brick le Blaireau, à bord duquel il fit comme commandant le voyage de la Jamaique. En 1779, il passa comme post-capitaine sur le Hinchinbrook, de 28 canons, puis de là sur le Janus, de 44 canons, à la suite d’une expédition contre les Espagnols. Revenu en Angleterre, il fut présenté à la cour et reçut le commandement de l’Albemarle, vaisseau de haut bord, à destination des côtes danoises ; puis, après un hiver passé dans ces parages, il fit voile pour Québec, où il séjourna jusqu’à la paix de 1783, dite la paix de Versailles. Ce fut alors qu’il vint habiter la France avec un de ses amis, le capitaine Macnamara, dans le but ou sous le prétexte ostensible d’apprendre le français et de voir une société nouvelle ; mais ce pays ne plut pas longtemps à Nelson, qui se hâta de revenir à Londres. A peine arrivé, il reçut l’ordre d’aller croiser parmi les îles sous le Vent, à bord de la frégate le Boreas ; il fit la connaissance, à l’île Névis, de mistress Nisbett et l’épousa en 1787. Mais bientôt, contrarié dans son service et en butte aux vexations de l’amirauté, dont il avait dévoilé certaines manœuvres coupables, il se retira dans le prieuré de Burnham-Thorpe, auprès de sa jeune femme et de son vieux père. L’amirauté le laissait inactif, avec de minces ressources, et il songeait à envoyer sa démission, quand il fut appelé au commandement de L’Agamemnon et envoyé dans la Méditerranée sous les ordres de lord Hood, en vue des hostilités prochaines entre l’Angleterre et la France révolutionnaire (1793). Nelson ne prit aucune part à l’occupation de Toulon ; lord Hood l’avait choisi pour porter des dépêches à sir William Hamilton, envoyé de Saint-James à la cour de Naples. Dès leur premier entretien, sir William conçut de Nelson la plus haute idée : « Vous verrez, disait-il à sa femme, un petit homme qui se ferait difficilement passer pour un joli garçon, mais qui, j’imagine, étonnera quelque jour le monde. Je n’ai jamais reçu d’officier chez moi, continuait-il, mais je suis résolu, pour celui-ci, à me départir de mes habitudes… » A la même époque, Nelson forma, sous les auspices de l’ambassadeur anglais, des relations qui devaient être encore plus fatales à sa gloire. Le roi et la reine de Naples, comme s’ils eussent prévu l’avenir qui leur était réservé, prodiguèrent les distinctions les plus flatteuses au jeune capitaine. Rien dans sa correspondance de ce temps-là ne fait pressentir l’attachement qu’il devait éprouver plus tard pour lady Hamilton. Il parle d’elle à sa femme dans les termes les plus simples et les plus froids, comme personne aimable qui s’est rendue digne d’un rang où elle a été tout à coup élevée par le hasard ». Il ajoute simplement qu’elle s’est montrée fort bonne pour Josiah Nisbett, son beau-fils, embarqué sur l’Agamemnon avec le grade de midshipman. Après la prise de Bastia, lord Hood, emmenant avec lui l’Agamemnon, gagna les îles d’Hyères, où il pensait rencontrer les vaisseaux de la République. L’idée d’en venir aux mains avec les ennemis inspirait à Nelson une joie farouche, à peine troublée par quelques pressentiments sinistres : « Dieu veuille, écrivait-il a sa femme, que nous rencontrions la flotte française ! Si quelque accident m’arrivait, je suis sûr du moins que ma conduite vous aurait acquis des droits à la faveur royale. Ce n’est pas que je n’espère revenir bientôt vers vous, et y revenir avec honneur ; mais, s’il en était autrement, que la volonté de Dieu soit faite !… » On rencontra, en effet, l’ennemi, près de Saint-Tropez, mais sans qu’aucun engagement s’ensuivît, la flotte française ayant échappé à ceux qui la poursuivaient. Après quoi, l’Agamemnon fut envoyé prendre part assiège de Calvi, que faisait alors le général, sir Charles Stuart. Nelson y perdit un œil (10 juillet 1794). L’année suivante, le 14 mars, il se distingua au brillant combat naval livré contre la flotte française dans les mêmes eaux, et fut envoyé devant Gênes avec 8 frégates pour y mettre le blocus, avec l’aide de l’armée austro-sarde ; toutefois, cette campagne de 1794 se passa en hostilités insignifiantes. En revanche, celle de 1796, conduite par le général Bonaparte, obligea Nelson à se retirer devant les Français ; il dut même pourvoir au salut de la garnison anglaise de Bastia, sérieusement menacée par les patriotes. De là, il avait dû se rendre à Porto-Ferrajo (île d’Elbe). Il avait alors son pavillon sur la Minerve, capitaine Cockburn. Chemin faisant, il eut la bonne fortune de rencontrer deux frégates espagnoles, dont l’une, la Sabina, fut faite prisonnière après combat. Jusqu’ici, cependant, le nom du jeune commodore était resté dans l’ombre. La bataille navale du cap Saint-Vincent (14 février 1797), livrée par sir John Jervis contre l’amiral don Joseph de Cardova, vint enfin lui donner sa part de gloire. Nelson, dont le vaisseau était à l’arrière-garde, prit sur lui de désobéir à l’ordre de manœuvre, tourna sa proue vers les Espagnols, et se précipita au milieu de leurs navires. Il aborda le San-Nicolas, sur lequel flottèrent bientôt les couleurs britanniques ; puis le San-Jose, de 112 canons, faisant feu sur le vaisseau capturé, Nelson et ses marins s’élancèrent, par-dessus leur nouvelle conquête, à l’abordage de ce gigantesque navire. C’est alors que l’impétueux commodore poussa un cri où son âme enthousiaste se peignait tout entière : Westminster-Abbey ou la victoire ! répéta-t-il plusieurs fois en brandissant son couteau d’abordage. Tout plia devant cet élan furieux ; et, en arrivant sur le gaillard d’arrière, Nelson y trouva le capitaine du San-Jose prêt à lui remettre son épée ; le reste des officiers en fit autant, et Nelson, embarrassé de toutes ces armes qu’on lui présentait, les passait l’une après l’autre à un de ses matelots de l’Agamemnon, qui, le plus froidement du monde, entassait sous son bras le glorieux trophée. Ce brillant fait d’armes commença la renommée de Nelson, qui fut immédiatement promu au grade de contre-amiral dans l’escadre bleue. Sir John Jervis l’ayant autorisé à garder l’épée du contre-amiral espagnol, il en fit hommage au maire et à la corporation de Norwich, qui, à cette occasion, lui décerna les franchises municipales. Mais de toutes ces marques de reconnaissance et de respect, aucune ne lui fut plus sensible qu’une lettre écrite par son respectable père : « Je bénis Dieu, lui disait l’excellent vieillard, de toutes les puissances d’une âme reconnaissante, pour m’avoir conservé un fils comme vous. Non-seulement les rares connaissances que j’ai ici, mais tous mes autres concitoyens m’abordaient avec des paroles si flatteuses, que j’ai dû renoncer à paraître en public. Bien peu de fils, mon cher enfant, sont parvenus à la hauteur glorieuse où vous ont porté vos talents et votre bravoure, avec l’aide de la Providence. Bien moins de pères ont vécu pour saluer de pareils triomphes. La joie que j’en ai ressentie, et que je contenais en vain, a mouillé de larmes une joue sillonnée de rides. Qui donc, à ma place, eût accueilli d’un œil s’ec des félicitations aussi unanimes ? Partout, dans les rues de Bath, retentissent le nom et les exploits de Nelson, aussi bien sur les lèvres du chanteur des rues que dans l’enceinte du théâtre public. » Nelson, à cette époque, comptait trente-huit ans et cent-vingt combats. Du cap Saint-Vincent, il repartit pour Porto-Ferrajo, d’où il ramena le reste des troupes qui occupaient l’île d’Elbe. A son retour, il plaça sur le Theseus son pavillon de commandement. Ce fut à bord de ce vaisseau que l’intrépide marin prit une part importante au bombardement de Cadix, et peu s’en fallut qu’il n’y perdît la vie. A son avis, du moins, il n’avait jamais couru de danger plus grand que lorsque, attaquant de nuit les chaloupes canonnières des Espagnols, sa barge eut affaire à un caïque armé, monté par 26 hommes et commandé par don Miguel Tregoyen. Nelson n’avait avec lui que 10 matelots, 1 officier et son vieux et fidèle John Sickes, qui lui sauva deux fois la vie au prix de ses jours. A peu de jours de là, Nelson partit à la tête d’une expédition dirigée contre Ténériffe. Il l’avait lui-même conçue et proposée, pour s’emparer des galions mexicains que l’on disait arrêtés près de cette île. On lui donna 4 vaisseaux de ligne, frégates et 1 cutter, mais il avait demandé, en outre, d’emmener avec lui une partie des troupes retirées de l’île d’Elbe, et ce point lui fut refusé. De plus il avait ordre, tout en dirigeant le débarquement, de rester à bord, « sauf l’indispensable nécessité du service. » Les calmes et les courants contraires empêchèrent la réussite d’une entreprise de nuit pratiquée contre le fort Santa-Cruz. Il fallut donc se décider à une autre attaque, dont la position de Ténériife rendait le succès fort douteux. Aussi Nelson écrivait-il, la veille, à son amiral, en lui parlant de son plan d’attaque : « Demain, selon toutes les probabilités, ma tête sera couronnée de lauriers ou de cyprès. Je me borne à vous recommander, à vous et à mon pays, mon beau-fils Josiah Nisbett. » Ce jeune homme, du reste, se montra digne de l’attachement que Nelson lui témoignait. Appelé par lui dans la cabine pour l’aider à mettre en ordre et à brûler quelques papiers, le lieutenant y descendit en costume de combat. Nelson, cependant, le suppliait de rester à bord. « Si nous tombions tous deux, mon cher Josiah, lui dit-il, qu’arriverait-il de votre pauvre mère ? C’est à vous, d’ailleurs, que revient le soin du Theseus ; restez-y donc, et prenez soin du navire. – Monsieur, répliqua Nisbett, le vaisseau prendra soin de lui-même ; quant à moi, je vous suivrai cette nuit, dusse-je ne jamais revenir à bord. » L’attaque de Ténériffe eut lieu sur les onze heures du soir, après un souper d’officiers, présidé par mistress Freemantle, femme du capitaine de ce nom. Les Anglais partirent au nombre d’environ 950 hommes, sur les chaloupes de leurs navires. Favorisés par la nuit, ils arrivèrent sans être vus jusqu’à une demi-portée de canon de la jetée où ils voulaient débarquer. Nelson donna l’ordre de s’éparpiller et de ramer vigoureusement vers le rivage ; mais les Espagnols avaient fait d’excellents préparatifs et les Anglais étaient à peine aperçus que 30 ou 40 pièces de canon, braquées sur la mer, ouvraient le feu ; une vive mousqueterie éclaira d’un bout à l’autre les murailles de la ville. Il faisait nuit noire ; la plupart des chaloupes manquèrent la jetée et arrivèrent au rivage à travers des brisants furieux qui faillirent les submerger. L’amiral, cependant, et avec lui Freemantle, Thompson, Bowen, arrivèrent au môle, qu’ils emportèrent d assaut, bien qu’à leur compte il fût défendu par 500 ou 600 hommes. Les canons qui le garnissaient furent encloués ; mais la fusillade devint très-vive, et les assaillants, presque tous tués ou blessés, ne purent gagner du terrain. Au moment où il sautait hors de sa barque, Nelson avait reçu une balle au bras droit. Il tomba du coup, mais en tombant il prit, de la main gauche, son épée qu’il venait de tirer et dont il ne voulait point se séparer, lui vivant, car il la regardait comme une relique de famille, qui avait appartenu à son oncle, le capitaine Suckling. Le lieutenant Nisbett, qui était à côté de lui, le coucha au fond de la barque et couvrit de son chapeau le bras blessé, de peur que la vue du sang qui coulait en abondance n’ajoutât à la défaillance de l’amiral. Quelques minutes après, une sinistre clameur traversa l’air : c était l’équipage du cutter le Fox qu’un boulet venait de couler bas. Le premier navire anglais que Nelson rencontra sur sa route fut justement le Sea-Horse, à bord duquel il avait soupe là veille ; mais, malgré les instantes prières de l’équipage et les dangers qu’on devait braver pour arriver à un autre vaisseau, Nelson ne voulut jamais monter sur celui-ci : « J’aimerais mieux, mourir, disait-il, que d’alarmer mistress Freemantle, en me montrant à elle dans l’état où je suis, surtout quand je n’ai pas de nouvelles certaines à lui donner de son mari. » Arrivé au Theseus, il refusa toute assistance pour monter à bord, tant il était impatient de voir les matelots retourner au secours des gens du Fox. Une seule corde lui fut jetée, qu’il roula deux fois autour de sa main gauche, et qui servit à le hisser. « Cela suffit bien, dit-il ; j’ai encore mes deux jambes et un bras ; que le chirurgien se presse et apporte ses instruments ; je sais qu’il faut me couper le bras droit, et le plus tôt, sans contredit, sera le mieux. » Les plus vieux matelots pâlissaient en écoutant ces intrépides paroles. Quant à l’expédition elle-même, l’échec était complet ; mais devant la menace de mettre le feu aux quatre coins de la ville, si l’ennemi s’opposait au libre embarquement des troupes anglaises et n’acceptait pas rechange des prisonniers faits de part et d’autre, le gouverneur de Ténériffe, plutôt touché de ce courage que cédant à la peur, consentit à traiter comme le désirait l’ennemi. Nelson fut profondément affecté de-ce revers ; cependant, au lieu de l’abandon qu’il craignait, il fut comblé de félicitations, aussi bien par la cour que par l’amirauté ; Bristol et Londres l’admirent au nombre de leurs bourgeois libres ; il reçut l’ordre du Bain et une pension de 1.000 livres sterling (25.000 francs). Le mémoire qu’il dut présenter à cette occasion détaillait de rares états de service : quatre batailles navales contre des flottes, trois combats sur des chaloupes canonnières, trois villes prises, quatre mois de service dans l’armée de terre, deux sièges de plus, Nelson avait contribué à la prise de 7 vaisseaux de guerre, 6 frégates, 4 corvettes, 11 corsaires ; il avait détruit près de 50 bâtiments de commerce et payé de sa personne à plus de cent vingt combats ; ces divers exploits lui avaient coûté la perte d’un œil et d’un bras, sans parler de plusieurs blessures plus ou moins graves. Dès qu’il se sentit en état de reprendre du service, Nelson plaça son pavillon sur le Vanguard et alla rejoindre le comte Saint-Vincent dans la Méditerranée. Ses adieuxà son père et à sa femme furent empreints des sentiments les plus affectueux. Aucun nuage n’avait encore altéré la vive tendresse qu il portait à celle-ci, et ses dernières paroles furent, en la quittant, que « satisfait pour lui-même au delà de son ambition, il allait travailler à lui assurer le rang dont elle était digne. » Lorsqu’il rejoignit la flotte anglaise, on ne savait encore sur quel point de l’univers allait se diriger cette expédition mystérieuse que le général Bonaparte avait demandée au Directoire, et dont les immenses préparatifs attestaient assez l’importance (1798). Les mémoires du temps nous apprennent aussi qu’après avoir pris Malte, et durant la traversée qui le conduisit en Egypte, Napoléon, causant avec Brueys, pesa plusieurs fois les chances d’un engagement avec la flotte anglaise ; mais ces prévisions étaient inutiles, et Nelson, par trop de hâte, laissa la route libre aux ennemis qu’il était chargé de surveiller. Après avoir d’abord louvoyé sur les côtes de Sardaigne, instruit du but de l’expédition française, il fit force de voiles vers Alexandrie et arriva devant ce port avant les navires qu’il poursuivait et en sortit le jour même, sans s’être assuré qu’ils n’y entraient pas après lui. Déjà une fois (dans la nuit du 22 juin) la flotte française et la flotte anglaise s’étaient croisées, sans se douter le moins du monde qu’elles fussent si près l’une de l’autre. Cette méprise se renouvela, car, au moment où les vaisseaux français approchaient du port égyptien, ils entendirent, à leur droite, une canonnade ; c’étaient les signaux de Nelson, qui allait chercher l’ennemi sur les côtes de Caramanie. En ce moment, les deux flottes étaient à 5 lieues l’une de l’autre. « S’il eût été jour, dit un historien, ou si le hasard eût poussé Nelson un peu à gauche de la route qu’il suivit, une autre bataille d’Aboukir aurait pu changer les destinées du monde ; mais, cette fois, l’étoile de Napoléon l’emporta. » En Angleterre, lorsqu’on apprit que Bonaparte avait paisiblement traversé la Méditerranée et que ses légions victorieuses domptaient la résistance des mameluks, il n’y eut qu’un cri contre sir John Jervis, pour avoir confié à un si jeune officier le succès d’une mission aussi importante que celle dont Nelson avait été chargé. Il fut même question de traduire Nelson devant un conseil de guerre. Cependant le jeune contre-amiral était revenu en toute hâte vers la Sicile, après avoir touché à Candie, ou il croyait encore surprendre l’expédition française. Le gouvernement napolitain, alors en paix avec la République et fort peu soucieux de se brouiller avec elle, ne voulait accorder aucun secours à l’escorte anglaise, qui avait besoin de se ravitailler et de faire eau pour reprendre la mer. Enfin, grâce à sir Hamilton, et surtout à lady Emma, Nelson obtint, sinon un appui ostensible, du moins des ordres secrets qui autorisaient les gouverneurs siciliens à lui fournir tout ce dont il aurait besoin. Le 25 juillet, quatre jours après la bataille des Pyramides, Nelson partit de Syracuse pour la Morée, toujours à la poursuite de l’ennemi. Après avoir vérifié qu il n’était pas dans ces parages, il prit le parti de retourner en Egypte et arriva en vue d’Alexandrie le 1er août. A quatre heures de l’après-midi, le même jour, le, capitaine Hood signala la flotte française, embossée dans la baie d’Aboukir. La bataille s’engagea aussitôt ; le nombre des vaisseaux de ligne était égal des deux côtés ; mais les Français avaient l’avantage par la dimension des navires, le nombre des canons et la force des équipages. Cependant, malgré l’héroïque défense de Bruevs et de sa flotte, la victoire se prononça en faveur des Anglais. La plupart des capitaines français s’étaient fait tuer comme leur amiral, avant de consentir à s’avouer vaincus. L’Orient et la Sérieuse avaient disparu sous les flots ; les autres avaient amené leurs pavillons, sauf deux frégates qui prirent le large au commencement de l’action, précédées de deux vaisseaux de ligne, dont l’extrême prudence fut la seule tache qui dépara cette glorieuse défaite. En même temps que Brueys expirait en face de l’ennemi vainqueur, mais impuissant à dompter son courage, Nelson venait aussi de recevoir dans la tête un éclat de mitraille. Tout le monde, autour de lui, croyait sa blessure mortelle, et il partageait cette opinion mais, avec un admirable sang-froid, transporté dans le poste des malades, il refusa les soins du chirurgien qui abandonnait, pour venir plus vite à lui, le pansement d’un matelot blessé : « Non, s’écria l’amiral, je ne prendrai pas le tout de mes braves camarades. » Néanmoins, malgré sa blessure, Nelson ne perdit pas de vue les conséquences de sa victoire ; il dépêcha, le jour même, un officier chargé d’aller annoncer au gouverneur de Bourbon l’arrivée des Français en Egypte et la destruction totale de leur flotte, qui mettait à l’abri de toute attaque, pour le moment du moins, les établissements britanniques dans l’Inde. L’effet de cette nouvelle fut considérable en Europe ; l’Angleterre acclama son héros ; les souverains de Naples, de Sardaigne, de Turquie et de Russie comblèrent de louanges, d’honneurs et de dons précieux le vainqueur d’Aboukir. On le créa baron du Nil, avec une pension de 2.000 livres sterling ; la Cité de Londres vota des épées pour l’amiral et chacun de ses capitaines ; la Compagnie des Indes orientales fit un don de 10.000 livres sterling, la Compagnie turque donna un vase d’argent, etc. Cependant Nelson jugea le titre de baron du Nil au-dessous de ce qu’il était en droit d’attendre, et il accusa vivement Pitt d’ingratitude et de mauvaise foi envers lui. A Naples, où il retourna ensuite, à bord du Vanguard, il fut un peu consolé par l’accueil enthousiaste du roi et de la reine, ainsi que de la chère lady Hamilton. C’était à qui lui témoignerait le plus de soins et d’égards. « J’espère, écrivait-il à sa femme, vous présenter quelque jour à lady Hamilton ; c’est une des meilleures femmes qui soient au monde ; elle honore vraiment son sexe ; ses bontés et celles de sir William sont au delà de ce que je puis dire. J’habite leur maison, et il n’a fallu rien moins que les soins assidus dont ils me comblent pour rétablir ma triste santé. Vous les aimerez pour cela comme je les aime… » Bientôt, toutefois, les vrais amis du héros s’alarmèrent pour lui de la passion coupable à laquelle on le voyait en proie. Le capitaine Nisbett, fils de lady Nelson, fut un des premiers à remarquer chez son beau-père ce changement funeste ; ses lettres éveillèrent les soupçons de l’épouse outragée, ainsi que les inquiétudes de toute la famille. Par malheur, il était déjà trop tard pour que des conseils indirects produisissent, un eflet salutaire sur l’esprit de Nelson. L’amour d’une des plus charmantes femmes de l’Europe, les soins empressés qu’elle lui prodiguait, la passion qu’elle affichait pour sa gloire, l’avaient complètement fasciné. Il est aisé d’en juger par ce fragment d’une lettre adressée officiellement au premier lord de l’amirauté, lettre dont le ton contraste singulièrement avec celui des dépêches ordinaires. « Nous dînons tous aujourd’hui avec le roi de Naples, à bord d’un navire. Il est rempli d’attentions pour nous. J’ai vu souvent la reine ; elle est vraiment fille de Marie-Thérèse. De l’autre côté de la table sur laquelle j’écris ces lignes, lady Hamilton est assise, et vous comprendrez, je l’espère, le glorieux décousu de ma lettre. Votre seigneurie, à ma place, écrirait peut-être encore moins bien. Quand le cœur est ému, il faut bien que la main tremble… » Il servait toutes les intrigues et toutes les haines de la chère lady Hamilton, allant même jusqu’à dénoncer de loyaux serviteurs de la cause qu’il prétendait défendre. Il considérait Naples comme un pays d’escrocs et de courtisanes (sic), et il n’avait pas fallu plus de deux mois pour qu’il se vouât, corps et âme, à la défense de ce pays ; s’affichant désormais comme le champion dévoué de Caroline, et jurant de la défendre contre tous ses ennemis, sur mer et sur terre sa haine contre le jacobinisme et contre la France, sou zèle pour le principe monarchique se traduisent encore d’une manière presque bouffonne dans ses protestations de dévouement au roi de Sardaigne : « J’ose vous demander, lui écrivait-il, de me donner directement vos ordres et de me considérer comme un fidèle serviteur, d’autant plus dévoué à Votre Majesté qu’elle a dû plus d’infortunes à une bande d’athées, de voleurs et de meurtriers ; mais je crois que la mesure de leurs iniquités est enfin comblée, et que Dieu, dans sa sagesse, a choisi le bras de l’Autriche pour les châtier comme ils méritent de l’être. » Sur ces entrefaites, Ferdinand IV voulant s’emparer de l’île de Malte, occupée par les Français, Nelson reprit la mer et se présenta devant Goze pour appuyer la réclamation du roi Nasone (21 octobre 1798). Il revint ensuite à Naples, pour y combiner ses mouvements avec ceux de l’armée autrichienne qui devait chasser les Français de l’Italie. Mais les soldats de Championnet ayant pris les devants, il fallut songer à fuir, et ce fut « la chère lady Hamilton » qui se chargea des préparatifs du départ : les vaisseaux anglais reçurent les caisses du trésor royal, les joyaux de la couronne, les tableaux les plus précieux, tous les objets d’art de choix, tout ce qu’on pouvait enlever dans ce moment de hâte et de confusion ; puis, un soir de décembre, par un temps d’orage, Nelson vint prendre, avec trois chaloupes, toute la famille royale, qu’il conduisit saine et sauve à bord du Vanguard, et de là à Palerme. Presque aussitôt, saint Janvier, bon patriote, se déclara favorable à la révolution napolitaine et aux jacobins français ; mais, en même temps, le cardinal Ruffo et son « année chrétienne » affreux ramassis de galériens, de bandits et de moines défroqués, révolutionnaient la Calabre ; peu à peu, la réaction s’étendit dans tout le royaume de Naples, et l’occupation française, de toute parts restreinte, fut bientôt limitée à la capitale même, bloquée par terre et par mer ; les troupes républicaines durent capituler, et déjà l’évacuation était commencée quand Nelson entra tout à coup dans la baie de Naples, sur le Foudroyant, escorté de dix-sept autres vaisseaux de guerre. A la vue du pavillon qui annonçait la suspension des hostilités, lady Hamilton s’élança sur le gaillard d’arrière où était Nelson : « Bronte, lui dit-elle en lui donnant le nom d’un duché que Ferdinand et Caroline avaient offert à leur dévoué protecteur, Bronte, faites abattre ce pavillon de trêve !… On n’accorde pas de trêve aux rebelles. » Encore fallait-il prendre l’avis du cardinal Ruffo, que l’on détestait à bord du Foudroyant, mais qui n’en fut pas moins reçu comme représentant du roi de Naples, avec une salve de treize coups de canon. Or, disons-le à l’honneur de ce prêtre sans honneur et sans principes, disons-le à la honte de Nelson, Ruffo ne voulut jamais consentir à la violation du traité signé avec les rebelles. Lady Hamilton l’en supplia vainement ; vainement l’amiral anglais déclara que cette capitulation était « une infamie » Ruffo tint bon et refusa de souscrire aux diverses propositions qui lui furent soumises, toutes ayant pour but d’obliger les républicains de Naples à se remettre sans conditions à la merci de Ferdinand IV. Nonobstant sa résistance, Nelson fit paraître une déclaration (25 juin 1799), par laquelle il faisait savoir aux rebelles qu’il ne leur permettrait point de s’embarquer ; après quoi parut une nouvelle proclamation du vainqueur d’Aboukir par laquelle il enjoignit à tous ceux qui avaient servi « l’infâme république napolitaine » de s’abandonner à la clémence royale. Ce fut par ses ordres que l’infortuné Francisco Caracciolo fut pendu à la vergue de misaine, sur la frégate la Minerva, pendant que lady Hamilton faisait plusieurs fois le tour du navire pour assister à l’agonie de l’infortuné vieillard. On sait le reste : les échafauds en permanence, les cachots regorgeant de prisonniers, le pillage et l’assassinat ; puis, à côté, la cour s’abandonnant sans remords à de honteux plaisirs, sous la protection de l’amiral anglais, plus jaloux de plaire à ses hôtes que d’écouter la voix de sa conscience. Quand sir William Hamilton fut rappelé à Londres par le Foreign Office, Nelson épousa vivement sa querelle et quitta Naples, avec lui et lady Emma, au mois de juin 1800. La reine Caroline, qui se rendait à Vienne, voyagea de compagnie avec eux, et partout où ils passèrent sur le territoire allemand, Nelson fut l’objet de ces manifestations populaires qui lui étaient si précieuses. En Angleterre, on lui fit une entrée triomphale ; à Londres, le peuple traîna sa voiture de Ludgate-Hill à Gruild-Hall. Au commencement de l’année suivante (1801), quand il fut question de lancer une flotte dans la mer du Nord pour y écraser les vaisseaux des quatre puissances coalisées et pour vider définitivement la grave question du droit des neutres, l’amirauté en donna le commandement à sir Hyde Parker, et Nelson fut placé sous ses ordres. Toutefois, malgré son titre le commandant en chef dut se contenter d’un rôle secondaire, car, dès le début, Nelson fit prévaloir son opinion relativement au plan de campagne. Le 2 avril, devant Copenhague, il détruisit l’escadre danoise, combinée avec l’escadre russe ; puis, cette campagne achevée, il fut rappelé en Angleterre pour y recevoir les ordres de l’amirauté. Il prit alors le commandement d’une flottille composée de frégates, bricks, corvettes et autres bâtiments légers, avec laquelle il alla reconnaître Boulogne et escarmoucher avec la flottille française. Après deux échecs successifs (6 et 15 août), il dut regagner les côtes d’Angleterre. Mais, à la rupture du traité d’Amiens, il prit le commandement de la flotte de la Méditerranée (mai 1803). Pendant plus de deux ans, il poursuivit l’ennemi, sur son ancien vaisseau la Victory ; enfin, fatigué de cette longue et inutile course, il était rentré à Plymouth, quand il apprit que Villeneuve et Gravina, débloquant le Ferrol avaient rallié les vaisseaux qui s’y trouvaient et s’étaient, depuis lors, enfermés dans la rade de Cadix. Il, repartit aussitôt et, le 21 octobre 1805, l’intrépide capitaine de mer payait de sa vie l’importante victoire de Trafalgar, remportée contre les flottes combinées de France et d’Espagne, Nelson portait ce jour-là, comme à son ordinaire, son vieux frac d’amiral, qui le désignait aux coups des tirailleurs dont ses adversaires avaient couvert leurs hunes. Lui-même n’en doutait pas, et ses officiers chargèrent le chirurgien du navire de parler au chapelain, afin qu’il adressât, de leur part, à l’amiral une requête qu’il savaient bien devoir lui déplaire. Ils voulaient le prier de changer son habit, ou de couvrir ses éclatants insignes ; mais il n’aurait certainement pas accédé à cette proposition. « Je les ai gagnés avec honneur, avait-il déjà répliqué à une première suggestion de ce genre, je mourrai avec honneur sans les avoir quittés. » L’un des premiers, il entre en ligne avec la Victory contre le Bucentaure, monté par l’amiral Villeneuve, puis contre le Redoutable, quand une balle partie de ce dernier vaisseau atteint mortellement l’amiral anglais à l’épaule, sans que, malgré les approches du trépas, il cessât de donner ses ordres pour le combat ; enfin l’ennemi est vaincu, Villeneuve fait prisonnier, et le vainqueur expire alors en rendant grâces à Dieu. C’en était fait désormais de la puissance maritime de la France. Nelson avait eu recours cette fois, comme à Aboukir, à la tactique adoptée sur terre par Napoléon : couper la ligne de l’ennemi en plusieurs endroits et battre ses vaisseaux en détail, avant qu’ils aient pu se concentrer. Le corps du héros fut ramené dans sa patrie, où on lui fit des funérailles publiques. Ainsi qu’il l’avait rêvé toute sa vie, Westminster lui ouvrit ses portes. On lui éleva un monument à Londres, et sa statue fut érigée dans plusieurs des principales cités. Cependant, le legs audacieux que Nelson avait fait de sa maîtresse au pays honoré par ses exploits fut justement répudié ; mais on accumula les témoignages de la reconnaissance nationale sur des personnes dignes d’un pareil honneur. Le titre de comte fut conféré au frère de l’illustre capitaine, et une pension perpétuelle de 6.000 livres sterling fut jointe à ce titre aristocratique. Chacune de ses sœurs reçut 250.000 francs, et la femme qu’il avait si cruellement outragée et délaissée obtint une rente viagère de 1.000 livres sterling. Quant à miss Horatia Nelson Thompson, dont la naissance a été l’objet de si vives controverses de la part des critiques anglais, l’opinion la plus probable est que lady Hamilton, trompant à là fois son mari et son amant, supposa pour l’un quelque aventure romanesque où elle jouait le rôle de confidente, pour l’autre un accouchement secret qui l’aurait rendu père, tandis qu’en réalité Horatia n’aurait été qu’un enfant trouvé, volé, acheté pour resserrer les liens qui rattachaient lord Nelson à lady Hamilton. Miss Horatia vécut, après la mort de celle-ci, chez différents membres de la famille Nelson ; et, dans la suite, elle contracta un mariage qui lui donnait dans le monde un rang honorable.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Horatio Nelson sur wikipedia

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mars 15, 2008

L’IMPERATRICE JOSEPHINE, VEUVE DE BEAUHARNAIS (1763-1814)

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Joséphine Bonaparte, veuve de de Beauharnais, née Tascher de la Pagerie (1763-1814), impératrice des Français (1805-1809)

Joséphine avait donné le bonheur à son mari et s’était constamment montrée son amie la plus tendre, professant – à tout moment et en toute occasion – la soumission, le dévouement et la complaisance la plus absolue.

(Napoléon Bonaparte)

JOSÉPHINE (Marie-Josèphe-Rose TASCHER DE LA PAGERIE), impératrice des Français, née aux Trois-Ilets (Martinique) le 23 juin 1763, morte à la Malmaison (Seine-et-Oise) le 29 mai 1814. Elle appartenait à une famille originaire du Blaisois. Elle fut amenée en France à l’âge de quinze ans, et y épousa, en 1779, le vicomte Alexandre de Beauharnais, dont elle eût deux enfants, le prince Eugène et la reine Hortense. Son mari ayant été emprisonné pendant la Terreur, Joséphine lui rendit en prison les soins les plus affectueux, essaya vainement de l’arracher à l’échafaud, fut arrêtée elle-même et ne dut son salut qu’au 9 thermidor. Mise en liberté par le crédit de Tallien, qui lui fit rendre une partie de ses biens, elle acquit ensuite l’amitié et la protection de Barras, et ce fut celui-ci qui lui proposa d’épouser le général Bonaparte, que les manières distinguées de Joséphine, sa grâce et sa douceur eurent bientôt captivé. Le mariage purement civil eut lieu le 9 mars 1796. Le mariage religieux ne fut célébré que la nuit qui précéda la cérémonie du sacre, huit ans plus tard. Elle partagea dès lors la fortune de Bonaparte, qui, malgré de fréquents accès d’une jalousie trop motivée, ne cessa point de l’aimer beaucoup. Pendant l’expédition d’Egypte, Joséphine s’établit à la Malmaison, et, aux approches du coup d’Etat du 18 brumaire, elle rendit les plus grands services au futur empereur par sa dextérité et l’influence que sa grâce irrésistible exerçait sur les principaux personnages de l’époque. Le 2 décembre elle fut sacrée impératrice par le pape Pie VII en même temps que Napoléon. Cinq années s’écoulèrent, et l’union de Joséphine avec Napoléon étant demeurée stérile, l’Empereur, qui tenait à avoir un héritier, résolut de faire rompre son mariage.Ce fut en dînant tête à tète avec sa femme qu’il lui apprit sa résolution de divorcer avec elle. En l’entendant, Joséphine s’évanouit. Aussi effrayé qu’ému de l’effet qu’il venait de produire, dit M. d’Haussonville, Napoléon entr’ouvrit la porte de son cabinet et appela à son aide le chambellan de service, M. de Bausset. L’évanouissement durant toujours, il demanda au chambellan si, pour éviter toute esclandre, il se sentait la force de porter l’impératrice jusque dans ses appartements, qui communiquaient avec les siens par un escalier dérobé. M. de Bausset prit l’impératrice dans ses bras, et l’Empereur, marchant le premier, à reculons, lui soutint soigneusement les pieds. Ils descendirent ainsi l’escalier. Rien n’avait paru feint ni arrangé à M. de Bausset dans la triste scène dont il était le témoin involontaire ; cependant, ses jambes s’étant un moment embarrassées dans son épée, tandis qu’il descendait cet escalier étroit, comme il se roidissait pour ne pas laisser tomber son précieux fardeau, sa surprise fut assez grande d’entendre Joséphine lui dire tout bas : « Prenez garde, monsieur, vous me serrez trop fort. » Malgré les supplications et les larmes de Joséphine, la volonté du maître s’accomplit. Le divorce fut prononcé le 16 décembre et Joséphine se retira à la Malmaison. Napoléon lui fit de magnifiques dotations, lui constitua une rente de 2 millions de francs et entretint même avec elle une correspondance dont Marie-Louise se montra plus d’une fois jalouse. Joséphine mourut d’une esquinancie, après six jours de maladie, juste au moment où Napoléon tombait, entraînant dans sa chute l’honneur de la France dont l’étranger foulait le sol. Elle put deviner les malheurs que l’insatiable ambition et la folie guerrière dû despote de brumaire, dont elle s’était faite la complice et l’associée, faisaient fondre sur nous.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Liens : Douce et incomparable JoséphineRose Tascher de la Pagerie sur wikipedia

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LOUIS XVI (1754-1793), ROI DE FRANCE (1774 -1792)

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Louis XVI (1754-1793), roi de France (1774-1792)

Nous condamnons Louis XVI ; mais indépendamment de sa faiblesse, il a été le premier prince attaqué. C’est celui sur lequel les nouveaux principes faisaient leurs effets.

Qui fut plus populaire, plus débonnaire que le maheureux Louis XVI ? Pourtant quelle a été sa destinée ? Il a péri ! C’est qu’il faut servir dignement le peuple et ne pas s’occuper de lui plaire. La belle manière de le gagner, c’est de lui faire du bien, car rien n’est plus dangereux que de le flatter : s’il n’a pas ensuite tout ce qu’il veut, il s’irrite et pense qu’on lui a manqué de parole et, si alors on lui résiste, il hait d’autant plus qu’il se dit trompé.

(Napoléon Bonaparte)

LOUIS XVI, (Louis-Auguste), né à Versailles le 23 août 1754, décapité le 21 janvier 1793. Il était le troisième fils du dauphin (fils de Louis XV) et de Marie-Josèphe de Saxe, et il reçut en naissant le titre de duc de Berry. Il fut élevé, comme ses frères puînés, sous la direction du duc de La Vauguyon, dans les principes d’une dévotion fort étroite. Son intelligence était médiocre, son caractère indécis, sa physionomie vulgaire, ses manières brusques et timides à la fois. Nous ne pouvons mieux faire, pour esquisser le portrait de ce malheureux prince, qui devait être le dernier roi de l’ancienne France, que de reproduire les traits suivants, empruntés à quelques-uns de nos principaux historiens. Ces appréciations se rapportent à l’époque où Louis XVI monta sur le trône. « …. Un mot de Louis XVI, encore dauphin, avait jeté une sorte de panique parmi les courtisans. Tandis qu’à Paris, par une sanglante épigramme contre son aïeul (Louis XV), on le surnommait Louis le Désiré, des seigneurs de la cour lui ayant un jour demandé quel surnom il préférait : « Je veux, répondit-il, qu’on m’appelle Louis le Sévère. » On redoutait donc à Versailles un règne dur et sombre. L’expression de brusquerie et de mauvaise humeur, qui était assez habituelle au jeune monarque, fortifiait ces appréhensions. L’éducation qu’il avait reçue de son gouverneur La Vauguyon avait augmenté sa sauvagerie naturelle, dont la cause n’était point dureté, comme on le supposait, mais timidité et répugnance pour les mœurs dont il était témoin. Qui eût examiné plus attentivement cette physionomie, d’où avait disparu la majesté mêlée d’élégance, le grand air bourbonien conservé par Louis XV jusque dans sa dégradation, y eût reconnu, sous une expression vulgaire, un fond de bonté et surtout de grande honnêteté. Ce n’étaient pas les traits qui étaient vulgaires, mais le port, le geste, l’obésité précoce, le maintien gauche et disgracieux, la parole hésitante et embarrassée. Il n’était à son aise qu’au milieu de ses livres, car il était instruit et il aimait fort les sciences naturelles, ou, mieux encore, dans sou atelier de serrurerie ; s’il avait une passion, c’était le travail manuel ; il suivait les préceptes de l’Emile par goût, et non par système ; la nature lui avait donné les facultés d’un habile et probe artisan ; les lois humaines avaient fait de lui le chef d’un empire, pour son malheur et pour celui de sou peuple. » (Henri Martin.) « …. Cependant, que faisait le roi ? Tandis que le comte de Maurepas, son Mentor, cherchait un aliment à des moqueries cyniques et souriait à la lutte établie entre des ministres réformateurs et des courtisans ; taudis que les philosophes révolutionnaires allaient à la conquête des esprits, et que, par des voies souterraines mais sûres, les mineurs s’avançaient jusqu’au pied de la monarchie, le roi chassait, il récitait des litanies ou des psaumes ; le roi faisait des serrures, heureux quand il avait contenté l’ouvrier Gamain, son maître, dont il redoutait fort la sévérité, ou bien lorsque, perdu dans l’ombre des corridors de Versailles et chargé des instruments de son travail favori, il était parvenu à gagner la chambre aux enclumes sans être aperçu de la reine ! C’est qu’en effet Louis XVI n’avait rien d’un roi, et le voir suffisait pour le juger. Sa démarche indécise, ses manières lourdes, la mollesse de sa physionomie, sa brusque timidité, tout cela révélait son règne et permettait de lire dans sa destinée. On eût dit qu’afin de mieux encourager les futurs élus de la place publique à porter la main sur lui, Dieu l’avait d’avance dépouillé de tout prestige. En lui transmettant leur autorite, ses aïeux ne lui avaient rien laissé pour la défendre ; rien, pas même la domination du regard, pas même l’attitude et le geste du commandement. Dans lui, la dignité contenue de Louis XIV se trouva changée en embarras, et la grâce de Louis XV en bonhomie. Ou allait avec insulte frapper sa famille dans sa personne ; et le type de cette famille, il le reproduisait assez dégénéré pour que le peuple désapprît le respect. Roi, il représentait l’affaiblissement de son principe ; homme, il représentait le dépérissement de sa race… Louis XVI était instruit ; il possédait, en géographie et en histoire, des connaissances peu communes ; il avait un fond de bonté qui résista aux mauvais conseils du rang suprême… Mais quand les rois prennent leur point d’appui autre part que dans la bassesse humaine, il leur est si difffcile de se maintenir que Louis XVI eut contre lui ses qualités mêmes. Sa faiblesse l’exposait au mépris du peuple ; ce qui lui attira le mépris des grands, ce fut l’honnêteté de ses mœurs. Séparé du peuple par ses fautes, et de la noblesse par ses vertus, il resta seul : étranger à la nation sur le trône, étranger à la cour dans un palais, et comme égaré au sommet de l’Etat… » (Louis Blanc.) « …. Louis XVI n’eut rien de la France, ne la soupçonna même pas. De race, et par sa mère, il était un pur Allemand, de la molle Saxe des Auguste, obèse et alourdie de sang, charnelle et souvent colérique. Mais, à la différence des Auguste, sou honnêteté naturelle, sa dévotion, le rendirent régulier dans ses mœurs, dans sa vie domestique. En pleine cour, il était solitaire, ne vivait qu’à la chasse, dans les bois de Versailles, à Compiègne ou à Rambouillet. C’est uniquement pour la chasse, pour conserver ses habitudes, qu’il tint les états généraux à Versailles. S’il n’eût vécu ainsi, il serait devenu énorme, comme les Auguste, un monstre de graisse, comme son père le dauphin, qui dit lui-même, à dix-sept ans, « ne pouvoir traîner la masse de son corps. » Mais ce violent exercice est comme une sorte d’ivresse. Il lui fit une vie de taureau ou de sanglier. Les jours entiers aux bois, par tous les temps ; le soir, un gros repas où il tombait de sommeil, non d’ivresse, quoi qu’on ait dit. Il n’était nullement crapuleux comme Louis XV. Mais c’était un barbare, un homme tout de chair et de sang… Sous ses formes un peu rudes, le fond chez lui était la sensibilité aveugle, il est vrai, et sanguine, qui lui échappait par accès. Morne, muet, dur d’apparence, il n’en avait pas moins quelquefois des torrents de larmes. Quand, coup sur coup, son père, sa mère moururent, il eut ce cri : « Qui m’aimera ?… » (Michelet.) Ses deux frères aînés étant morts en bas âge, le duc de Berry resta, après la mort du dauphin son père (1765), l’héritier présomptif de la couronne. Il avait, comme on le sait, deux autres frères, les comtes de Provence et d’Artois (depuis Louis XVIII et Charles X). Il n’avait pas seize ans révolus quand ou le maria avec Marie-Antoinette (16 mai 1770). La jeune, fille de Marie-Thérèse n’avait elle-même que quatorze ans. Il y eut à l’occasion de ce mariage des fêtes publiques d’une grande magnificence, qui se terminèrent de la manière la plus tragique, par l’étouffernent de plusieurs centaines de personnes, à la suite du feu d’artifice, dans l’encombrement d’une foule immense à laquelle on n’avait pas préparé des débouchés suffisants. Cet événement funeste eut lieu sur cette même place Louis XV où devait se dresser, vingt-trois ans plus tard, l’échafaud de Louis XVI ! Autre coïncidence plus singulière. Dès sa première jeunesse, ce prince se préoccupait déjà du sort de Charles Ier, dont le nom et la destinée semblaient exercer sur son esprit une fascination lointaine. Il traduisit même de l’anglais l’histoire de ce prince, histoire lugubre dont il devait tant de fois méditer les péripéties au milieu des tempêtes de la Révolution et dans ses insomnies de la tour du Temple. On sait que le mariage du dauphin de France avait été négocié par Choiseul, dans l’intérêt de l’alliance autrichienne. Les époux d’ailleurs enfants tous les deux ne s’aimaient point. Le dauphin, circonvenu par ses tantes et La Vauguyon, ne voyait dans sa jeune compagne qu’un instrument docile de Marie-Thérèse, au moyen duquel l’ambitieuse impératrice espérait peser sur la France. Les lettres de la mère et de la fille, ont prouvé que cette prévention était fondée. Plus tard, Marie-Antoinette prit un grand ascendant sur son époux, mais sans détruire entièrement ses défiances ; on l’a vu par diverses pièces trouvée dans l’armoire de fer. Ainsi, la rudesse de manières et les dispositions chagrines du dauphin ne purent encore être adoucies par les affections de famille, si puissantes sur les natures simples. Il fut longtemps avant de connaître les satisfactions de la vie privée. Tout entier à quelques études solitaires, et surtout à ses éternelles chasses, il revenait harassé au château, soupait trop abondamment, se fatiguait d’indigestions, se couchait de bonne heure, et souvent même s’endormait pesamment à table, pendant que Marie-Antoinette, nature légère et folle, cherchait à secouer son ennui au milieu des amusements les plus frivoles. Une circonstance assez étrange contribuait encore à rendre les deux époux comme étrangers l’un à l’autre, c’est que le mariage fut longtemps avant d’être consommé. Ici, nous touchons à un sujet assez délicat ; cependant, nous ne pouvons nous dispenser de l’aborder, ou au moins de l’effleurer le plus sobrement qu’il nous sera possible. Pendant les premières années du mariage, on s’étonnait fort à la cour et dans le public de la stérilité de cette union. On paraît avoir été longtemps avant d’en soupçonner la cause ; sans cela, quelle pluie de chansons et d’epigrammes la verve gauloise, si peu respectueuse, surtout à cette époque, n’eût-elle pas prodiguée ! Plus tard, cependant, il circula des bruits étranges, et l’on parla tout bas d’une infirmité secrète dont le roi était atteint, d’un vice de conformation qui empêchait la consommation du mariage. Quelques-uns allaient même jusqu’à affirmer l’impuissance complète (comme on la soupçonnait chez le comte de Provence). Ce qui est certain, c’est qu’après sept ans de mariage Marie -Antoinette n’avait pas encore le droit de concevoir l’espérance d’être mère. On savait déjà ce triste détail par Mme Campan ; on le connaît mieuux aujourd’hui par la correspondance de la reine avec sa mère. La pauvre princesse revient constamment sur cet objet, qui fait à toutes deux leur constante et vive sollicitude. Certes, la chose serait d’un haut comique et toucherait même à la farce, si l’intérêt dynastique et politique n’était ici en jeu. Enfin, le futur empereur Joseph II vint taire un voyage à Paris en 1777, et il parait que l’intervention et les conseils de ce prince contribuèrent à amener un changement notable dans cette singularité matrimoniale. On voit que la comédie se continue jusqu’au bout. A ce propos, Marie-Antoinette écrit à sa mère : « On croit la comtesse d’Artois encore grosse ; c’est un coup d’œil assez désagréable pour moi, après plus de sept ans de mariage. Il y aurait pourtant de l’injustice à en avoir de l’humeur. Je ne suis pas sans espérance ; mon frère (Joseph) pourra dire à ma chère maman ce qui en est. Le roi a causé avec lui sur ce chapitre avec sincérité et confiance… » Sans entrer dans plus de détails sur ce sujet scabreux, disons que l’événement paraît avoir eu lieu vers le mois d’août de la même année. C’est ce qui ressort des documents que nous avons cités. Ajoutons, comme épilogue à ce curieux fait conjugal, que Louis XVI, déjà gauche et timide, était en outre empêche par un obstacle dont il-fut délîvré par une petite opération chirurgicale analogue à celle qu’on fait subir à certains enfants mal conformés pour leur délier la langue. (On ne se choquera pas si nous donnons le mot médical : le roi était bridé.) Le procès-verbal original de l’opération existe. Le 10 mai 1774, la mort de son aïeul investit Louis XVI de la royauté, dont il redoutait sincèrement le poids et l’éclat. Malgré son ignorance des affaires, il débuta assez heureusement. Instruit, par l’examen des papiers secrets de Louis XV, des manœuvres de l’Autriche, il refusa à la reine le rappel de Choiseul, écarta d’Aiguillon, Maupeou et l’abbé Terray, appela au conseil Maurepas, choix peu heureux, qui lui fut inspiré par sa tante, Mme Adélaïde, puis Saint-Germain, Turgot et Malesherbes. Il remit à ses sujets le droit de joyeux avènement, qui coûtait 40 millions aux contribuables, mais dont la moitié était dévorée par la ferme. On remarqua au reste que l’ordonnance, tout en s’abstenant de l’appliquer, consacrait ce prétendu droit, exaction féodale non reconnue par les parlements. L’homme tout-puissant du nouveau gouvernement fut Maurepas, vieil homme de cour sceptique et léger ; mais la haute capacité fut Turgot, déjà célèbre par son intendance du Limousin. Ce n’est pas ici que nous pouvons entrer dans le détail des réformes tentées par ce grand citoyen. Bornons nous à rappeler qu’après avoir converti le jeune roi à ses plans il fit rendre l’ordonnance établissant la pleine liberté du commerce des grains à l’intérieur, et supprimant tout achat et emmagasinement au compte de l’Etat, ce qui coupait court aux opérations des accapareurs qui avaient fait le fameux pacte de famine; ce qui, en outre, devait avoir pour effet d’encourager la culture, d’augmenter les produits, par la certitude donnée au cultivateur de vendre sur tous les points du royaume. Il provoqua en outre, par des primes, l’importation des blés étrangers, frappa la haute finance en supprimant le banquier du roi, en cassant les baux usuraires signés par Terray, en refusant les pots-de-vin des fermiers, en supprimant les croupes que ces traitants distribuaient aux plus grands personnages pour se créer des appuis et s’assurer l’impunité de leurs vols et de leurs exactions, enfin par une série de mesures qui lui firent naturellement un grand nombre d’ennemis parmi ceux qui s’engraissaient des abus. Le roi avait rétabli les anciens parlements malgré Turgot ; ces corps ne manquèrent point de se prononcer contre les réformes et en faveur des privilèges dont la réforme était urgente. Le grand ministre n’en poursuivit pas moins son œuvre, cherchant, comme contrôleur des finances, à introduire partout l’économie, la répartition plus équitable des charges publiques, améliorant les lois fiscales, accomplissant d’utiles réformes dans les tailles, les impôts, les octrois, étendant son influence, sur des matières étrangères aux finances, créant des chaires, une école de clinique, l’Académie de médecine, le mont-de-pièté, une caisse d’escompte, remplaçant la corvée par un impôt, dont les classés privilégiées n’étaient point exemptes, délivrant l’industrie du régime des maîtrises, etc. C’était la Révolution qui commençait. Malesherbes, de son côté, secondait son ami et faisait des efforts pour réformer le système des lettres de cachet, établir la liberté de conscience, abolir la torture, etc. On a fait honneur à Louis XVI de tous ces progrès ou tentatives de réformes. En réalité, il y donna d’abord son adhésion, mais il n’eut pas même le courage de soutenir les hommes qui cherchaient à les accomplir contre la meute qui les poursuivait. Naturellement, d’ailleurs, comme dévot et comme roi, il était antinovateur, antiphilosophe, attache aux traditions du passé, aux iniquités de la vieille monarchie ; en un mot, s’il consentait à l’adoucissement des abus, il n’en voulait pas la destruction. D’ailleurs, c’était l’indécision même, et chez lui les variations de la faiblesse et de l’irrésolution ressemblaient souvent aux combinaisons de la fausseté. « II n’y a, disait-il, que moi et M. Turgot qui aimions le peuple. » Et peu de temps après (mai 1776), il le congédiait avec la dureté la plus brulale. Le roi était « si bon » comme disait la cour, qu’il n’avait rien à refuser aux privilégiés. Sa « bonté » en certains cas, était la plaie publique ; il ne savait rien refuser à son entourage, ni les pensions énormes qui dévorent la substance du peuple, ni le rétablissement de la corvée et de la torture (qui ne tomba définitivement qu’en 1788), ni le maintien de toutes les iniquités qui étaient l’essence même de l’ancien régime. Tout cela lui était respectable comme choses anciennes, traditionnelles, monarchiques par excellence. Turgot arrache au roi la promesse de ne plus signer des acquits au comptant ; mais l’excellent cœur du monarque ne lui permet pas de refuser à quelque favori de la reine ou à tout autre courtisan des bons qui vont parfois jusqu’à un demi-million. Malesherbes veut supprimer les lettres de cachet ; mais comment résister aux prières des familles nobles qui veulent se débarrasser de quelqu’un de leurs membres ? Le roi. cède : il est si bon ! Les prisons se remplissent de nouveau (1777). De même, quand les parlements, malgré leur intolérance janséniste, proposèrent de donner l’état civil aux protestants, Louis XVI refusa pour ne pas affliger le clergé. On pourrait multiplier ces exemples, mais à quoi bon ? N’est-il pas assez connu qu’il en va toujours ainsi dans les gouvernements de la faveur et du bon plaisir ? Louis se croyait très bon, dit encore M. Michelet ; mais c’était la bonté de son père le dauphin, de son aïeul le duc de Bourgogne. Son évangile était les papiers de son père et ceux du dévot Télémaque. Il sortait peu de là. Il voulait être juste, mais pour les injustes. Quand on lui fit supprimer le servage sur ses domaines, il n’osa y toucher sur les domaines des seigneurs, respectant la propriété (propriété de chair humaine). Sur un plan de Turgot, qui ne tient ; compte des ordres et privilèges, il écrit ce mot étonnant : « Mais qu’ont donc fait les grands, les états de province, les parlements, pour mériter leur déchéance ? » Tellement il était ignorant, ou aveugle plutôt, incapable d’apprendre. Là, était la difficulté, plus qu’en aucune intrigue. Le réel adversaire du progrès, de l’idée nouvelle, c’était le bon cœur de cet homme qui, tout en admettant certaines nouveautés, n’en couvait pas moins le passé d’une tendresse religieuse, respectait tous les droits acquis, et n’y portait atteinte qu’avec regret, remords. L’ennemi véritable, c’était surtout le roi. Il était l’antiquité même. » Malesherbes, abreuvé de dégoûts, était sorti du ministère quelques jours avant Turgot, et le roi lui avait dit en le quittant un mot qui peint assez bien les embarras que lui causait l’indécision de son caractère : « Vous êtes plus heureux que moi, vous pouvez vous en aller. » Ce prince, absolument médiocre de caractère et d’esprit, fut donc, comme nous l’avons dit, étranger aux grands essais de réforme de ces deux illustres citoyens. Il ne le fut pas moins aux idées mêmes de son temps, à cet admirable mouvement intellectuel qui, depuis 1750, par l’Encyclopédie, par Voltaire, Diderot, les économistes, puis par Rousseau, Mably, Montesquieu, etc., emportait la nation et passionnait jusqu’aux femmes. Non-seulement il n’en fut pas touché, chose rare en ce grand siècle, mais instinctivement, par infirmité de nature aussi bien que par les vices de son éducation jésuitique, il était hostile à ces idées, et il les repoussait pour ainsi dire sans les connaître. Après le départ de Turgot, les finances, dirigées par de Clugny, tombèrent dans une véritable anarchie ; le crédit public s’aifaissa, et l’on en fut réduit à chercher des ressources honteuses dans l’établissement de la loterie. Les corvées et les jurandes furent rétablies ; tout l’ancien système reprit faveur. Cependant on jugea bientôt nécessaire d’appeler Necker, financier capable, enfoncé dans des systèmes contestables, mais honnête et désintéressé. Il remit un peu d’ordre dans le chaos des finances et accomplit quelques réformes, dont on trouvera le résumé dans l’article consacré à sa biographie. Toutes les préoccupations s’effacèrent bientôt devant l’agitation passionnée que souleva le grand événement de la révolution d’Amérique. Toute la France fut entraînée, non-seulement, comme on l’a dit, par sa haine contre l’Angleterre, mais par enthousiasme pour les idées nouvelles et pour la liberté. On vit se manifester d’une manière éclatante l’esprit chevaleresque de la nation, ce dévouement pour les peuples opprimés, qu’elle a consacré dans ses lois et dans les faits pendant la Révolution, et qui lui conquit un ascendant irrésistible dans le monde, jusqu’au moment où les violences militaires de l’Empire vinrent changer en haine cet amour des peuples. La Fayette et une foule d’autres jeunes nobles traversèrent les mers pour aller mettre leur épée au service de la liberté. Beaumarchais, d’un cœur admirable, se jette dans le mouvement, aventure des sommes considérables pour envoyer des secours et de fusils aux insurgents, comme on disait alors, éblouit, entraîne les hommes les plus flottants, comme Louis XVI et le ministre Vergennes, obtient un million, et enfin, à force d’obsessions, décide ou contribue largement à décider notre gouvernement à s’allier ouvertement aux Américains (février 1778). Le prudent Necker lui-même fut emporté. L’hésitation était permise, car nos finances étaient dans l’état le plus désastreux. Mais la nation n’hésita pas ; les hommes d’Etat furent poussés, entraînés par le sentiment public. A ce moment, Voltaire et Rousseau mouraient. Mais leurs disciples allaient bientôt faire passer leurs idées dans le domaine des faits. Cette guerre en faveur de l’indépendance américaine fut très glorieuse pour la France ; mais elle nous ruina, nous endetta de plus d’un milliard. Elle se termina par le traité de Versailles (1783), qui consacra l’indépendance des Etats-Unis et nous lit recouvrer Saint-Pierre, Miquelon et Sainte-Lucie, Pondichéry et Chandernagor, daenleva à l’Angleterre Minorque et la Floride, rendues à l’Espagne, etc. Nos officiers et nos soldats revinrent d’Amérique enthousiasmés pour la liberté, qu’ils avaient vue dans les faits, bien plus puissants que les livres et les théories. La guerre avait été une sorte de dérivatif extérieur aux sentiments de la France ; mais ces sentiments n’en éclateront bientôt qu’avec plus de puissance et d’énergie. Entravé dans ses réformes, comme l’avait été Turgot, Necker avait été renversé en par les manœuvres de Vergennes et de Maurepas, ligués avec la cour et tous les privilégiés. Il venait de publier son célèbre Compte rendu, première révélation publique (encore incomplète) du mystère des finances, le saint des saints de la vieille monarchie. Ses successeurs incapables, Joly d’Ormesson creusèrent encore le gouffre qu’il avait essayé de combler malgré les énormes dépenses de la guerre. Le déficit ne cessa plus de s’accroître, autant à cause de la mauvaise direction des finances que par les largesses insensées faites aux princes, aux courtisans, par les prodigalités de la reine, ses dons énormes à ses créatures et à ses favorites (Lamballe, Polignac), etc. Incapable d’apprécier les hommes, trop faible d’ailleurs et trop indécis pour soutenir ceux qui lui eussent été le plus utiles, le roi allait de l’un à l’autre, et tombait enfin sur Calonne, ce Figaro qui allait mener si gaiement le convoi de la monarchie dans cette crise permanente des finances, le ministre de ce département se trouvait être le plus important personnage de l’Etat. Le système de Calonne était ingénieux ; il consistait à dépenser le plus possible, à gorger les grands pour s’en faire des appuis. Des 100 millions qu’il emprunta tout d’abord, il n’en arriva pas 25 au roi ; d’Artois, Condé et autres sangsues absorbèrent le reste. Tout va aller à la dérive. « Où est le roi ? Que devient-il ? Il était travailleur, sérieux, sous Turgot. A voir aujourd’hui sa torpeur, on le croirait hydrocéphale. La table, la vie conjugale, l’invincible progrès de l’obésité paternelle, semblent paralyser sa grosse tète d’embryon. On lui fait en un an signer en acquits au comptant 136 millions ! Pour qui ? Je ne le sais. Il ne le sait lui-même. » (Michelet.) Au milieu de cette débâcle de l’ancien régime, la nation conservait sa vitalité ; une société nouvelle se formait. Beaumarchais lançait son terrible Figaro, les sciences reprenaient un nouvel éclat avec les Lagrange, les Bailly, les Lalande, les Lavoisier ; l’audace de conception et d’entreprise suscitait la navigation aérienne, inspiration aventureuse des Montgolfier ; une génération nouvelle avait grandi, qui croyait aux miracles de la science et de la raison, à l’éclosion d’un monde nouveau. La Révolution était pour ainsi dire dans l’air. Tous les grands acteurs qui devaient y figurer étaient déjà debout et frémissants. Un événement fameux, une tragi-comédie de cour vint activer encore la désaifection pour la famille royale et pour les gens de cour. Nous voulons parler de l’affaire du Collier. Cependant, après avoir épuisé la ressource des emprunts, ne sachant plus que faire et se trouvant en face d’un déficit toujours croissant, Calonne, à bout d’expédients, proposa au roi l’idée (que Mirabeau lui avait suggérée) d’une Assemblée des notables, qui eut lieu à Versailles en février 1787. Naturellement cette assemblée de quelques privilégiés ne produisit absolument rien ; elle repoussa les « réformes » proposées par le charlatan Calonne, qui tomba du ministère. Il eut pour successeur Loménie de Brienne, poussé par la reine, qui tira des notables quelques réformes et quelques contributions, et qui fit exiler le parlement pour refus d’enregistrer le nouvel impôt du timbre. Avant de se séparer, le grand corps judiciaire lance un mot gros d’orages : il réclame la convocation des états généraux. Il paraît certain que dans cette déroute gouvernementale la banqueroute fut proposée, discutée, surtout dans le cercle de la reine, pendant que l’agitation causée par l’exil du parlement, par l’idée des états généraux, qui faisait son chemin dans les esprits, par l’état désastreux des affaires publiques, suscitait des troubles fort graves en Bretagne, et surtout en Dauphiné, où la célèbre assemblée de Vizille fut comme le prélude de la Révolution. Au milieu de toutes ces complications, Brienne tombe ; on rappelle Necker (août 1788). En même temps, on se résignait à la convocation des états généraux pour le 1er mai de l’année suivante. Une nouvelle Assemblée des notables montre une fois de plus l’invincible obstination des privilégiés, leur résistance à tout progrès. Malgré tout, la force de l’opinion était telle qu’elle imposa au roi même et à la reine (avec l’appui de Necker) le doublement des députés du tiers aux états généraux. L’ouverture de cette mémorable Assemblée eut lieu à Versailles le 5 mai 1789. On peut marquer à cette date la fin de l’ancien régime. Une ère nouvelle s’ouvrait pour la France et pour le monde. A demi converti parfois par les partisans les plus modérés des idées nouvelles, mais tiraillé en sens contraires, dominé par ses propres préventions et par l’influence de la reine, qui était le centre de la faction la plus rétrograde, il ne faisait une concession que pour la regretter aussitôt et tâcher de la reprendre par de petites manœuvres, qui passaient facilement pour des trahisons et des parjures. A peine les états s’étaient-ils assemblés que, devinant les vues du tiers état, il se repentit de lui avoir accordé une représentation double de celle des deux autres ordres. Il s’opposa au vote par tête et en commun, employa l’intimidation ; mais le tiers, fort de l’appui du peuple, se déclara Assemblée nationale dans la fameuse séance du Jeu de paume (20 juin). Le roi céda bientôt, avec l’arrière-pensée de reprendre l’avantage ; tel est le rôle qu’il joua constamment jusqu’au dénouement fatal ; telle est la perpétuelle contradiction dans laquelle il s’agita, se dégradant dans les plus pitoyables duplicités sans pouvoir conjurer sa perte ni celle de la monarchie. Effrayé de la marche des événements et poussé par la faction, il renvoie Necker, le ministre populaire, et concentre des troupes dans Paris, comme s’il méditait quelque coup d’Etat. A ces mesures, qui annonçaient des projets sinistres, le peuple répondit par la prise de la Bastille (14 juillet 1789). Nouvelles concessions du roi ; mais à quelque temps de là, lorsqu’il croit la tourmente calmée, nouvelles agressions de sa part ou tolérées par lui. Les gardes du corps, dans un repas resté fameux, se répandent en manifestations bruyantes en faveur de la cour et en imprécations contre le nouveau régime ; les Parisiens se portent sur Versailles (5 et octobre) et ramènent Louis XVI avec eux pour le garder à vue dans la capitale. A chaque péripétie de cette lutte, le monarque perdait une partie de son crédit et de sa puissance, qui passait à l’Assemblée et aux autorités populaires. En réalité, il ne régnait plus, il assistait effaré aux événements, jouet des circonstances et des hommes, cherchant à de rares intervalles à s’accommoder aux institutions dont la formation successive était pour lui un sujet d’étonnement et de scandale, mais le plus souvent réagissant contre la destinée et méditant des restaurations impossibles par des appels secrets aux armes de l’étranger. C’est dans ces vues coupables qu’il écrivit au roi de Prusse le 3 décembre 1790, et que, jusqu’à la fin de son règne, il prêta la main aux complots de la reine et des émigrés, tout en les désavouant officiellement. Nous le répétons, les péripéties de ce grand drame appartiennent à l’histoire de la Révolution bien plus qu’à la biographie du roi. En juin 1791, après diverses combinaisons avortées, il s’enfuit secrètement des Tuileries avec sa famille, dans l’intention de gagner la frontière de l’est, de se mettre sous la protection de Bouillé et de commencer, avec l’appui de l’étranger, une lutte pour recouvrer son autorité. D’Artois, qu’il désavouait en apparence, s’était, au nom du roi, concerté avec l’empereur, dans l’entrevue de Mantoue, pour combiner l’envahissement de la France par quatre points à la fois : première ébauche de coalition qui échoua. Arrêté dans sa fuite, à Varennes, et ramené à Paris, Louis XVI se réconcilie avec l’Assemblée (mais non avec l’opinion), en prêtant serment à la Constitution, trop heureux de conserver sa couronne à ce prix. Va-t-il au moins l’exécuter loyalement, cette Constitution ? Non ; il y apportera toutes sortes d’entraves ; il laissera machiner secrètement par la reine l’invasion de la France par les armées ennemies ; il soudoiera des pamphlétaires et des hommes prêts à prendre les armes contre la Révolution ; il corrompra des députés : toute cette œuvre sourde fut révélée plus tard par l’ouverture de l’armoire de fer et par des pièces authentiques découvertes depuis. Pendant que, publiquement et conformément aux décrets, il commandait à ses frères émigrés de rentrer en France, secrètement il entretenait une correspondance avec eux pour se plaindre de la « captivité » qu’il subissait, et pour s’associer, quant au fond, à leurs intrigues et à leurs projets ; il envoyait Breteuil et Mallet-Dupan en Allemagne pour presser l’intervention ; il commettait enfin, de concert avec la reine, une série de trahisons qui ne sont plus contestées et dont les preuves existent partout. Malgré sa soumission apparente, il était donc très visiblement le chef de la réaction, le complice des émigrés et de la coalition des rois, le grand obstacle à l’établissement de l’ordre nouveau. Son refus de sanctionner les décrets de l’Assemblée législative contre les émigrés et les prêtres rebelles, le renvoi du ministère patriote qu’on lui avait, imposé (Roland, Servan, etc.), provoquèrent le mouvement du 20 juin 1792 ; enfin sa complicité évidente avec les étrangers qui marchaient sur la France détermina la révolution du 10 août, qui mit fin à la monarchie. Suspendu par décret, Louis XVI fut enfermé avec sa famille à la tour du Temple, mis en jugement par la Convention nationale (décembre 1792-janvier 1793) et condamné à la peine de mort le 20 janvier.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Louis XVI sur wikipedia

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mars 12, 2008

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – LA CHUTE DE L’AIGLE

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Napoléon Bonaparte (1769-1821), en exil à Sainte-Hélène

Je suis l’instrument de la providence ; elle me soutiendra tant que j’accomplirai ses desseins, puis elle me cassera comme un verre.

(Napoléon Bonaparte)

Toujours obsédé par l’idée funeste de son blocus continental, il y subordonnait en partie sa politique. C’est pour cela qu’il violentait les peuples et les princes, ceux mêmes qu’il avait établis, et qui étaient accablés de ses exigences, obligés pour y faire face de léser les intérêts et la dignité de leur patrie adoptive ; c’est pour cela qu’il imposa l’abdication à son frère Louis et convertit la Hollande en départements (juillet 1810) ; qu’il absorba les villes hanséatiques, l’Oldenbourg, une partie de la Westphalie, les provinces illyriennes ; qu’il occupa Dantzig et une partie des côtes de la Baltique ; qu’il opprimait les neutres et les alliés ; qu’il expulsait les Américains des porte de l’Empire, etc. A cette époque où la guerre lui laissait un peu de repos, sauf en Espagne, il était tout occupé de cette grande affaire et n’en agissait pas moins en prévoyance de nouveaux conflits. Le 20 mars 1811, il lui naquit un fils, qu’il baptisa du titre de roi de Rome, à l’imitation des anciens césars germaniques, et sur qui il fondait, par une vaine prévision, les plus vastes espérances. Il y eut à l’occasion de cette naissance, puis du baptême, des fêtes éclatantes, comme après le mariage. Ou revit dans ces occasions tous les actes de courtisanerie, toutes les platitudes habituelles et dont Napoléon était si avide. A l’Hôtel de ville, Bellart et les membres du conseil (qui proclameront la déchéance) votèrent 10.000 francs de rente au page qui vint des Tuileries leur annoncer la grande nouvelle qu’il était né « un roi de Rome. » C’était le budget de la ville de Paris qui soldait les frais de cet enthousiasme officiel. Des sénateurs vinrent haranguer l’enfant, etc. Bientôt le sang allait recommencer à couler par torrents, et l’Empereur, sous le prétexte que son bon allié le tsar organisait ses forces, poussait lui-même ses préparatifs militaires avec sa fiévreuse activité et comme s’il eût voulu entrer en campagne deux mois plus tard. La France et les peuples soumis, les alliés, devaient pourvoir sans murmurer à ces prodigieuses dépenses d’hommes et d’argent. Il levait les conscriptions un an et deux ans à l’avance, et quant aux nombreux réfractaires qui se dérobaient pour échapper à la boucherie, il les faisait poursuivre par des colonnes mobiles qui commettaient tous les excès, accoutumées à toutes les brutalités de la guerre, et qui installaient chez les parents des fugitifs des garnisaires que les familles devaient grassement nourrir et payer jusqu’à soumission des malheureux réfractaires. Il organisait militairement, en outre, une prétendue garde nationale, conscription mal déguisée, qu’il comptait bien incorporer d’une heure à l’autre dans l’armée active. Par suite du blocus, les matières premières étaient rares, nos manufactures combles de produits invendus, la crise commerciale et industrielle en permanence ; les faillites et banqueroutes se multipliaient par milliers et sans relâche (1811). A Lyon, à Rouen, dans la plupart des villes industrielles et dans beaucoup de départements, « les trois quarts des bras au moins restèrent oisifs. » (Thiers.) Le sucre, le café et d’autres produits atteignirent des prix fabuleux, comme nous l’avons revu durant le siège de Paris. Enfin, en 1812, il y eut une disette qui ajouta les souffrances de la faim à tant d’autres. Mais toutes ces souffrances et ces ruines ne troublaient guère le maître dans ses vastes conceptions et dans la poursuite de ses chimères. Il semblait déjà évident pour plusieurs de ceux qui l’approchaient qu’il était frappé d’une sorte de démence. Il avait au moins la folie de la puissance et de l’orgueil. L’année 1811 avait été marquée en Espagne par quelques succès, qui compensaient un peu tant d’échecs précédemment essuyés. Mais Wellington était maître du Portugal et marchait sur Madrid. C’est à cette heure critique que Napoléon se détermina à la plus funeste de ses entreprises. Mécontent du tsar, dont l’alliance ne lui avait pas procuré des avantages à la hauteur de ses prétentions, il résolut de le punir de sa tiédeur dans l’application du blocus (qui ruinait ses peuples) par l’invasion de la Russie. Pendant qu’il leurrait cette puissance par de vaines négociations, il poussait ses préparatifs avec la plus grande activité, groupant les contingents de l’Italie, de la Hollande, de la Saxe, de la Bavière, etc., de manière à se constituerune armée de 600.000 combattants ; il s’assurait le concours forcé de la Prusse et de l’Autriche, et, après avoir tenu à Dresde un de ces congrès de rois où se complaisait son orgueil, il déclare la guerre à la Russie (22 juin 1812) et, le surlendemain, franchît le Niémen à la tête de masses énormes, composées de soldats de toutes les nations. Le voilà engagé dans cette aventure tragique et gigantesque dont rien n’avait pu le détourner, ni les conseils, ni les prières, ni les représentations les plus judicieuses. Il avait dit, dans sa proclamation aux soldats : « La Russie est entraînée par la fatalité : ses destins doivent s’accomplir ! » Combien, à ce moment, ce langage emphatique s’appliquait bien plutôt à lui-même ! Après s’être attardé 17 jours dans Wilna, après les batailles de Smolensk, de Polotzk, de Valontina, qui écartèrent les armées russes plutôt qu’elles ne les dispersèrent, il s’enfonça à travers des régions dévastées, ne rencontrant que des débris de villes incendiées par les Russes, et se dirigeant sur Moscou, où il pensait pouvoir livrer une action décisive. Il rencontra, en effet, l’armée de Barclay et de Koutouzov sur les bords de la Moskova (7 sept.), et remporta sur eux la grande victoire de la Moskowa, due principalement au maréchal Ney. La vue de Moscou remplit l’armée d’enthousiasme, et Napoléon s’établit au Kremlin, attendant des propositions de paix, et affectant de dicter des décrets sur le Théâtre-Français et autres sujets de cette importance. Tout à coup, Moscou brûle, embrasé par le patriotisme des habitants et par les ordres du gouverneur Rostopchine (15-20 septembre)- Napoléon atterré, au lieu de marcher sur Saint-Pétersbourg, attendit, en poursuivant de vaines négociations, que l’hiver précoce de ce dur climat le chassât de ces ruines fumantes, terrible auxiliaire que les Russes attendaient. Il se resigne, enfin à la retraite (18 octobre), harcelé par les Cosaques et divers corps d’armée, à travers les neiges et les déserts, avec des troupes affamées, démoralisées, obligées cependant de combattre à chaque pas, et semant de milliers de cadavres cette route funèbre. Ce fut une marche dont le souvenir épouvantable ne s’effacera jamais. La Bérézina, nom sinistre, engloutit 20.000 cadavres. novembre). Enfin, on évalue à 300.000 le nombre de ceux qui ne repassèrent jamais le Niémen. L’auteur de tant de désastres, quand on fut arrivé dans un pays où l’on pouvait se procurer des moyens de transport (en Lithuanie), abandonna froidement ses débris d’armée (décembre) et accourut à Paris, où la conspiration de Malet avait récemment failli le renverser. De plus, en Espagne, la défaite des Arapiles avait encore une fois chassé Joseph de Madrid, et mis ses affaires dans le plus fâcheux état. Quant au puissant empereur, se jetant à côté, il attribua en plein conseil d’Etat les malheurs de la France à l’esprit philosophique, aux idéologues, qui avaient perverti l’esprit du peuple ! Puis, au lieu de demander la paix, il se hâta de moissonner plusieurs générations, avec l’appui d’un Sénat avili, et se précipita de nouveau en Allemagne, où la Russie, renforcée de la Prusse et de la Suède, qui avait en 1810 Bernadotte comme prince héréditaire, ne voulait plus souffrir l’occupation française. L’Angleterre fournit 7 millions sterling à la nouvelle coalition. L’Autriche reste sourde aux appels de l’époux de Marie-Louise, dominée par l’Allemagne, qui, entraînée par des ligues patriotiques, se levait à la voix de ses meilleurs citoyens contre le tyran du monde, à l’exemple de la courageuse Espagne. Le 2 mai 1813, l’empereur, au prix d’énornes sacrifices, bat les coalisés à Lutzen, réinstalle à Dresde son fidèle allié le roi de Saxe (12 mai), et défait les Russes dans une bataille de quatre jours, à Bautzen (20 mai). Il jugea prudent, toutefois, d’accepter la médiation de l’Autriche, l’armistice de Pleiswitz (3 juin), enfin le résultat du congrès réuni à Prague (5 juillet), le tout pour se donner le temps d’achever ses armements. Quant à la paix, à des conditions pratiques, il n’eu voulait pas, se croyant assuré de vaincre les coalisés et d’imposer définitivement sa domination à l’Europe. Cette paix, que l’Autriche proposait dans sa médiation, lui eût fait perdre des conquêtes que visiblement il ne pouvait plus défendre, mais lui eût laissé encore la Belgique, les provinces rhénanes, la Hollande, le Piémont, la Toscane, l’Etat romain, plus Naples, la Lombardie, la Westphalie, constitués en Etats vassaux. Mais’il préferait perdre la France plutôt que de renoncer à l’autocratie de l’Europe. La nation, exténuée, affamée de paix, eût accepté ces conditions fort modérées et qui n’avaient rien d’humiliant après les désastres de Russie et d’Espagne. Aussi, se gardait-il de laisser deviner le fond de sa pensée, sauf à quelques intimes, comme son esclave Bassano. Toute sa conduite, et cela à toutes les époques, n’était que mensonge et dissimulation. Finalement, la lutte reprit. L’Autriche entra dans la coalition, puis la Bavière, en attendant d’autres défections successives. Menacé par trois armées, Napoléon remporte encore la victoire de Dresde (27 août 1813), pendant que ses lieutenants, grands hommes de guerre, mais dominés par la situation , les Macdonald, les Ney, les Oudinot, échouent en Silésie, en Bohême, etc. Il se vit donc obligé de battre en retraite, en combattant à chaque pas, fit tète pendant deux jours à 300.000 coalisés, avec une étonnante supériorité, dans cette effroyable affaire de Leipzig (18-19 octobre), qu’on a nommée la bataille des nations. Ecrasé, il subit encore un échec au passage de l’Elster, mais soutient sa retraite jusqu’au Rhin, perce les Bavarois à Hanau (30 octobre), à Hocheim (2 novembre), et rentre en France avec un lambeau d’armée. Les souvenirs de la grande Révolution rendent les coalisés prudents, ils proposent la paix sur la base des frontières naturelles ; mais cet homme implacable refuse. Alors la débâcle commence et la France est envahie de toutes parts, pendant que Joseph est définitivement rejeté d’Espagne. L’œuvre de la Révolution était détruite, les frontières débordées, Soult luttait énergiquement dans le Midi, puis devant Toulouse. Murat s’était rallié à l’Autriche, dans l’espérance de garder son royaume. Le Corps législatif, en présence de ces catastrophes, ouvrage du despotisme et de la déraison d’un seul homme, manifeste quelques velléités d’indépendance, que l’Empereur réprime avec sa violence habituelle. Puis il réclame des hommes au Sénat, qui n’avait pas d’autre volonté que la sienne, et, le 24 janvier 1814, il quitte Paris après avoir fastueusement confié son fils et sa femme à la garde nationale (a laquelle il s’était gardé de donner des fusils), et il engage cette célèbre campagne de France, qui n’était que la lutte contre une fatalité inévitable. On sait qu’après la bataille d’Arcis-sur-Aube (20 mars) et la rupture du traité de Chatillon, Napoléon se jeta à Fontainebleau, décidé à lutter encore. Mais la prise de Paris, la défection de Marmont, le découragement de ses maréchaux et de ses instruments les plus serviles comme les plus dévoués, anéantirent ses dernières et vaines espérances. Son Sénat, si avili et si dégradé devant ses moindres caprices, proclame sa déchéance ; l’abdication pure et simple lui est imposée en échange de la souveraineté dérisoire de l’île d’Elbe, et le 20 avril, après avoir fait à ses derniers compagnons de guerre des adieux célèbres et touchants il quitta Fontainebleau et se dirigea, déguisé, vers le Midi pour gagner son lieu d’exil, poursuivi par les malédictions des populations. On sait qu’après moins d’un an de cet exil, jugeant déjà les Bourbons finis, il s’enfuit de l’île d’Elbe, débarque au golfe Juan, le 1er mars 1815, enlève successivement toutes les troupes qu on envoie contre lui et rentre victorieux aux Tuileries le 20 mars. La renaissance de l’esprit libéral lui indiquait sa voie ; il se donne effrontément comme le représentant de la Révolution contre l’ancien régime et les Bourbons. Mais, quoique s’accommodant aux circonstances, il n’avait rien perdu de son orgueil et de son ambition. Ce retour ouvre la période des Cent-Jours. Il arriva nécessairement que la coalition se reforma contre lui et qu’il voulut lutter contre elle avec des ressources insuffisantes. Traité par l’Europe en ennemi public, en tyran des nations, il se prépara de nouveau à la guerre, sa seule préoccupation, sa seule ressource, ayant, disait-il, besoin d’une victoire pour fasciner l’opinion et ressaisir la dictature. Il partit de Paris le 12 juin pour la Belgique et alla livrer cette tragique bataille de Waterloo, qui fut le terme de sa destinée et de ses boucheries, et qui fut perdue par les fautes qu’il commit, malgré la légende et malgré son habitude constante de s’attribuer tous les succès et de rejeter tous les revers sur ses lieutenants. Le 21 juin, il arriva à Paris, avec la prétention de lever de nouvellles troupes et d’exercer la dictature, pour sauver le pays, quand il n’était que trop avéré que lui seul était la cause de tous ses malheurs. La Chambre des représentants, les fonctionnaires s’élevèrent avec vigueur contre lui. Il voulut parler en maître, comme au temps de sa puissance ; mais ceux mêmes qui avaient si longtemps tremblé devant lui exigent son abdication définitive, qu’il est obligé de signer vingt-quatre heures après son arrivée à Paris (22 juin), en stipulant fort inutilement l’élévation de son fils au trône. Malheureusement, l’invasion qu’il avait une fois de plus attirée sur la France était désormais irrésistible, d’autant plus qu’elle avait des complices parmi ses créatures et ses hauts dignitaires. Malgré son patriotisme et ses efforts, la Chambre des représentants, si injustement décriée par les écrivains bonapartistes, ne put en conjurer les effets, et les Bourbons revinrent encore une fois s’imposer au pays accablé, sous la protection des hordes de l’ennemi. Napoléon, ayant perdu l’espoir de recouvrer la puissance sous un titre quelconque, se résigna à quitter la Malmaison le 29 juin et se dirigea sur Rochefort, avec l’intention de s’embarquer pour les Etats-Unis, ne croyant pas encore son rôle terminé. Mais il était surveillé, et, voyant l’inutilité de tous ses projets de départ clandestin, il se décida à se retirer sur le navire anglais le Bellérophon, en réclamant, en style de tragédie, d’aller, « comme Thémistocle, s’asseoir au foyer du peuple britannique. » Son sort était fixé par les puissances. Lui-même avait si cruellement et toujours abusé de la force, de la victoire et du mensonge, qu’il n’avait aucun droit de se plaindre de subir le sort des vaincus. Transporté aux confins de l’Océan, à l’île de Sainte-Hélène, il s’y consuma six années dans les regrets de la puissance perdue, dans les amertumes de l’orgueil vaincu. Il mourut le 5 mai 1821. Tout ce que la légende bonapartiste a rapporté des prétendues persécutions du gouverneur Hudson Lowe, officier fort honorable, est fort exagéré. Le 15 décembre 1840, ses restes, rapportés en France, furent déposés en grande pompe aux Invalides par le gouvernement de Louis-Philippe, qui comptait exploiter sans danger cette popularité si aveuglément ressuscitée par les libéraux, et qui devait contribuer à l’établissement d’ une nouvelle tyrannie napoléonienne, qui n’a pas été moins funeste à la France que la première.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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mars 11, 2008

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – LE MAÎTRE DE l’EUROPE

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L’empereur Napoléon 1er (1769-1821) en uniforme de colonel des chasseurs à cheval de la garde

Une de mes grandes pensées avait été l’agglomération, la concentration des mêmes peuples géographiques qu’on dissout et morcelle. J’eusse voulu faire de chacun de ces peuples un seul et même corps de nation ; c’est avec un tel cortège qu’il eût été beau de s’avancer dans la bénédiction des siècles. Je me sentais digne de cette gloire.

(Napoléon Bonaparte)

L’Empire était à son apogée militaire, dominant tous les grands Etats de l’Europe ; Le Sénat, le 27 juillet suivant, dans sa harangue à l’Empereur, déclarait emphatiquement qu’il était au delà de l’histoire humaine, au-dessus de l’admiration. Il le prouva aussitôt en faisant disparaître les derniers vestiges de la liberté, en supprimant ce qui restait du Tribunat, une ombre, et successivement en rétablissant la censure, en suspendant le jury et les dernières garanties de la liberté individuelle, en complétant son système nobiliaire, etc. Signalons, cependant, quelques établissements utiles, l’installation de la cour des comptes et la promulgation d’un code de commerce. Il avait parlé de paix dans ses discours d’apparat : il chercha aussitôt des prétextes pour une guerre nouvelle. Le Portugal, comme c’était son droit et son intérêt, refuse d’exclure de ses ports le commerce anglais, de déclarer sur-le-champ la guerre à l’Angleterre, de saisir les marchandises et les propriétés des Anglais, comme le lui intimait Napoléon ; celui-ci en propose la conquête à l’Espagne, signe un traité dans ce sens avec l’imbécile Charles IV et son ministre, le fameux Godoy, et ordonne à Junot d’envahir le Portugal (octobre 1807). Le passage par l’Espagne était garanti. Mais Junot, qui n’avait presque que de jeunes conscrits n’ayant pas l’âge et levés par anticipation, perdit beaucoup de monde en route et arriva à la fin de novembre à Abrantès dans un assez piteux état. Mais le prestige de la « grande armée » était tel, que la cour, le gouvernement et les principales familles s’embarquèrent aussitôt pour le Brésil. La conquête était faite presque sans coup férir. Le général français entre à Lisbonne et se trouve rapidement maître de tout le Portugal. Mais Napoléon préparait déjà un autre drame politique : le détrônement de son bon allié le roi d’Espagne et la conquête de la péninsule. Ce malheureux pays, qui aurait cru trouver une protection dans notre alliance, au milieu des bouleversements de l’Europe, qui avait fait tant de sacrifices pour nous, qui avait subi toutes les exigences tyranniques de l’Empereur, avait eu un moment la velléité de s’affranchir de cette lourde tutelle, aussi onéreuse qu’humiliante, mais était retombé aussitôt dans son impuissance. Le faible Charles IV était dominé par Godoy, prince de la Paix, favori de la reine et serviteur trop docile de la politique française. Ceux qui s’indignaient en silence contre cette sujétion plaçaient volontiers leurs espérances patriotiques dans l’héritier du trône, Ferdinand, prince des Asturies. Après une suite d’intrigues ténébreuses, Napoléon crut l’heure venue de profiter des dissensions de la famille royale, qu’il attisait par ses agents, pour consommer son usurpation. En janvier 1808, tout en accablant le roi de marques d’amitié, il fait entrer des troupes en Espagne, sous le prétexte de couvrir l’armée du Portugal et de s’opposer à un débarquement supposé des Anglais à Cadix. Chaque jour de nouvelles troupes entraient, comme s’il n’y eût plus eu de Pyrénées, s’étendaient partout, assez bien accueillies, car on n’osait encore supposer une si noire trahison, et, suivant leurs instructions, profitant de ces dispositions pour occuper les places fortes et les points stratégiques. Bientôt Murat vint prendre le commandement de cette armée (1er mars 1808). La cour, dont les inquiétudes grandissaient tous les jours veut se retirer d’Aranjuez, où elle se trouvait, sur Séville. Des émeutes éclatent, le peuple s’oppose à cette fuite ; le roi, épouvanté, abdique en faveur de son fils, devenu populaire, en haine du favori Godoy, et qui est proclamé sous le nom de Ferdinand VII. Pendant ce temps, Murat entrait tranquillement à Madrid. Se posant en arbitre, il décida Charles IV à rétracter sou abdication (23 mars). Napoléon ne pouvait souhaiter mieux que tous ces déchirements. L’intrigue fut si habilement mariée, que le peuple était convaincu que les Français allaient favoriser Ferdinand. Le 27 mars, l’Empereur, qui sentait le dénouement approcher, écrivait secrètement au roi de Hollande, son frère, pour lui annoncer qu’il allait lui donner la couronne d’Espagne, le changer de royaume aussi simplement qu’il eût notifié à un fonctionnaire qu’il était « appelé à d’autres fonctions. » Enfin, Napoléon vint s’installer à. Bayonne (14 avril). A force de mensonges et de promesses, il y attira le père et le fils pour juger leurs différends, prononcer entre eux, en bon ami et en fidèle allié. Il avait, d’ailleurs, pris ses mesures pour les y faire amener au besoin de force. Quand il les eut sous sa main, il leur exprima crûment ses volontés et leur imposa à tous deux une renonciation (5-10 mai), puis les interna en France. Dans l’intervalle, une émeute avait éclaté à Madrid et avait été cruellement réprimée par Murat, qui se berçait de l’illusion que le trône d’Espagne lui était destiné. A la nouvelle du massacre de Madrid et des trahisons de Bayonne, toute l’Espagne se souleva spontanément contre cette domination étrangère, aggravée encore par une fourberie sans exemple. Ce noble pays ne fut pas seulement entraîné par ses moines, comme on l’a répété ; le soulèvement fut unanime, national, et eut tous les caractères d’une explosion ; toute classe et tout parti y contribuèrent ; ce qu’il y a de vrai, c’est que le clergé s’y associa, à son honneur. Napoléon allait avoir devant lui, non plus une armée, mais une nation, qui se levait avec la résolution de sauver son indépendance ou de périr. Quant à lui, changeant d’idée, il donna la couronne d’Espagne à son frère Joseph, qui régnait a Naples, et, sans le consulter, lui enjoignit, par un ordre bref et impératif, de venir régner sur ce volcan. Par d’autres promotions, il donne le royaume de Naples à Murat et le grand-duché de Berg au fils du roi de Hollande, déplaçant au gré de son caprice ses rois et ses grands feudataires comme il eût fait de ses garnisons. A peine installé, Joseph jugea sa situation et en demeura consterné. Mais l’Empereur le voulait, il lui fallait régner en sous-ordre et de seconde main. Il ne lui manquait guère que, des sujets. Les Espagnols soulevés, comme les Portugais, avaient appelé, accueilli les Anglais pour les soutenir. On sait ce que fut cette guerre implacable, qui dévora, dit-on, 500.000 hommes à la France et qui allait se poursuivre jusqu’en 1813, époque à laquelle le puissant empereur dut s’avouer vaincu et abandonner sa prétendue conquête. Pendant les péripéties de ce drame sanglant, d’autres événements se passaient en Europe. L’héroïque résistance des Espagnols sembla réveiller les peuples. L’Allemagne se prépare en silence, attendant le moment favorable. L’Autriche arme, renoue ses relations avec l’Angleterre, excite la Prusse, soulève le Tyrol et occupe la Bavière. En janvier 1809, Napoléon, qui s’était précédemment lié avec le tsar dans l’entrevue d’Erfurt, dont il attendait d’utiles résultats, accourt d’Espagne où, dans une apparition de deux mois, il avait un peu rétabli ses affaires, et se voit obligé de tourner de nouveau ses regards vers l’Allemagne. Il tire quelques renforts d’Espagne, organise ses nouvelles conscriptions (levées par anticipation), enrôle de toutes parts et de force, jusqu’à des enfants de seize ans, augmente son effectif en saignant la France à blanc, en épuisant les alliés ; enfin, pendant que ses lieutenants opéraient en divers lieux, il part pour l’Allemagne (avril 1809) et, à la suite des combats de Thann, d’Abensberg, de Landshut, d’Eckmülh, de Ratisbonne, qu’on a nommés la bataille des cinq jours, et où son génie militaire brilla du plus grand éclat, il enfonce le centre des Autrichiens et les rejette sur les deux rives du Danube. Ce magnifique début fut attristé par la nouvelle que le prince Eugène s’était fait battre en Italie par l’archiduc Jean. Napoléon n’en marche pas moins sur Vienne, où il entre pour la seconde fois (13 mai), et d’où, quelques jours plus tard, il lance le décret qui mettait fin au pouvoir temporel des papes. Déjà, à la suite de longs démêlés, il s’était saisi d’une partie des Etats pontificaux et il avait fait occuper Rome par Miollis. Il finit par faire enlever le pape, qu’il interna à Savone. Cette campagne, marquée par de nombreuses actions, Essling, Gros-Aspern, Raab,etc., se termine par la sanglante bataille de Wagram (6 juillet). L’Autriche, épuisée, négocie la paix, qui est signée à Vienne le 14 octobre, à des conditions assez dures pour elle. Pendant le cours de cette année, les Anglais avaient remporté quelques succès maritimes ; mais ils avaient échoué dans une descente en Hollande. Bien que le divorce fût interdit aux membres de la famille impériale par les constitutions de l’Empire, Napoléon n’en divorça pas moins avec Joséphine en décembre. Trois mois plus tard, le 2 avril 1810, il épousait l’archiduchesse d’Autriche, Marie-Louise, et entrait enfin dans « le concert des rois. » II était au sommet de sa fortune, mais déjà l’on pouvait prévoir son déclin. La nation se fatiguait comme l’Europe. Les continuelles levées d’hommes, le despotisme étendu sur tous, le malaise, l’absence de commerce extérieur, les continuels remaniements de territoire, la lassitude des généraux, les violences du maître, bien d’autres causes encore entretenaient la désaffection. La France comprenait 130 départements, sans compter le royaume d’Italie et toute une ceinture d’Etats feudataires. Mais cette puissance énorme, qui écrasait l’Europe, commençait à apparaître d’une solidité douteuse, et les esprits clairvoyants prévoyaient, craignaient une décadence rapide, que Napoléon, en effet, allait précipiter par des fautes nouvelles et qu’il avait méritée par ses excès de toute nature.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Suite -> La Chute de l’Aigle

Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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mars 9, 2008

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – LE SEIGNEUR DE LA GUERRE

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Napoléon Ier et son état-major regardant défiler les grenadiers de la Garde Impériale en 1806

L’art de la guerre ne demande pas des manoeuvres compliquées, les plus simples sont préférables. Il faut surtout avoir du bon sens… C’est comme un combat à coups de poings : plus on en donne, mieux cela vaut.

(Napoléon Bonaparte)

Après le traité de Presbourg, et pendant que les armées impériales occupaient encore les Etats autrichiens, Napoléon, dont l’ambition et les convoitises ne dormaient jamais, songea à organiser à sa convenance et à son profit la Confédération germanique, projet plus menaçant encore pour la paix de l’Europe. Il commença par amuser l’Angleterre, la Russie et la Prusse par de vaines négociations, tenant toujours en réserve des conditions inacceptables, pour pouvoir dire ensuite qu’on lui refusait la paix. La mort de Pitt, l’élévation de Fox au ministère, l’inexpérience des négociateurs russes lui permettent de nouer ses hautes intrigues. Dans l’intervalle, ce Byzantin avait secrètement préparé et conclu le traité de la Confédération germanique (union armée de quatorze Etats allemands), qu’il notifie à la diète de Ratisbonne le 6 août 1806, et en vertu duquel il est déclaré protecteur de la confédération du Rhin, qui devait lui fournir des contingents armés. Ce coup de théâtre, qui éclatait comme un fait accompli, suivant sa méthode constante de surprises et de coups d’éclat, en diplomatie comme à la guerre, était bien propre à froisser cruellement les puissances avec lesquelles il feignait de traiter. Ce qui donnait, en outre, un caractère particulièrement mystificateur à ses négociations, c’est qu’il proposait effrontément, comme compensations, des territoires sur lesquels il n’avait aucun droit et qu’il n’avait même pas conquis, comme les villes hanséatiques, qui appartenaient à l’Allemagne, l’Albanie, que possédait la Turquie, Raguse, république indépendante, les îles Baléares, propriété du roi d’Espagne, etc. Il n’était en possession d’aucun de ces pays, et il en disposait diplomatiquement comme de propriétés personnelles ! Il semblait que le monde lui appartînt et qu’il pût trafiquer librement de tel ou tel territoire qui restait à conquérir. Qui pouvait estimer et prendre au sérieux un tel négociateur ? La quatrième coalition (Prusse, Russie, Angleterre) fut la réponse de l’Europe. La Prusse entre la première en ligne. Napoléon, tout préparé, et qui occupait encore sous différents prétextes le midi de l’Allemagne, renforcé, en outre, par les contingents de la Confédération, agit avec sa décision habituelle, malgré une crise financière à l’intérieur et qu’il essaya de conjurer à son ordinaire, par l’arbitraire et la violence. Peu de temps auparavant, il avait envoyé à Berthier l’ordre d’arrêter et de faire fusiller dans les vingt-quatre heures un libraire nommé Palm, de la ville libre de Nuremberg, momentanément occupée par nos troupes, et dont le crime était d’avoir vendu des brochures patriotiques allemandes. Ce meurtre causa dans toute l’Allemagne un frémissement d’horreur et d’indignation. C’est par ces procédés, non moins que par son despotisme et ses conquêtes, que cet homme funeste a soulevé contre nous des haines si implacables et dont nous avons vu les effets dans l’invasion prussienne de 1870-1871. Napoléon prit toutes ses mesures pour écraser la Prusse avant que la Russie fût prête, ce qui, d’ailleurs, lui était facile, car il avait encore 150.000 hommes en Allemagne, qu’il pouvait jeter tout à coup sur la frontière prussienne, et il ne négligea rien pour augmenter rapidement son effectif. Tout l’avantage était de son côté, en forces comme en positions, quoi qu’en aient dit certains historiens trop complaisants ; car, outre son armée d’expédition, il avait des corps d’armée partout, et son vaste cercle de défense embrassait près de la moitié de l’Europe, consolidé par une ligne de places fortes. Lui-même écrivait à Soult (5 octobre) : « Nous marcherons sur Dresde en un bataillon carré de 200.000 hommes. Avec cette immense supériorité de forces, je puis attaquer partout l’ennemi avec des forces doubles. » On sait quelle fut la rapidité foudroyante de cette campagne. Notre armée déboucha en Saxe par trois points différents. Le 8 octobre, la campagne s’ouvre devant Saalbourg par un engagement de la cavalerie de Murat contre l’ennemi ; le 9, Bernadotte remporte un avantage important à Schleitz ; le 10, Lannes triomphe au combat de Saafeld, où le prince Louis de Prusse fut tué ; le 14, Napoléon, avec des forces doubles et des lieutenants comme Lannes, Augereau, Ney, Soult, Murat, etc., remporte la victoire d’Iéna sur le corps du prince de Hohenlohe. A la même heure et à quelques lieues de là, Davout, avec des forces inférieures, gagne sur la plus forte partie de l’armée prussienne, commandée par Frédéric-Guillaume III et Brunswick, la bataille d’Auerstaedt. La déroute de l’armée ennemie fut achevée un peu plus loin par le corps de Bernadotte. La Prusse était anéantie d’un seul coup. Suivant sa coutume, Napoléon, contre toute vérité, intervertit les rôles dans ses relations officielles et présenta la bataille d’Auerstaedt comme un épisode secondaire de celle d’Iéna, tandis qu’elle en était l’événement’capïtal et dès le lendemain, l’Empereur frappa les pays conquis d’une contribution de 159 millions et ordonna la confiscation de toutes les marchandises anglaises qui se trouveraient chez les négociants de l’Allemagne du Nord ; spoliation inqualifiable, qui fut le prélude du blocus continental. Après divers combats qui n’étaient, d’ailleurs, que la poursuite des corps dispersés, les Français entrèrent le 24 à Berlin. Napoléon, dans un mouvement d’orgueil puéril, s’empara de l’épée du grand Frédéric et l’envoya à Paris. Il avait d’abord présenté un traité de paix, que le roi de Prusse, réfugié à Kœnigsberg, acceptait, malgré les conditions les plus dures ; mais il se ravisa et résolut de garder ses conquêtes, comme positions stratégiques contre la Russie et comme une riche mine à exploiter pour ses finances et ses approvisionnements. Enivré de ses éclatants succès, il revint alors à son idée fixe de dominer « la mer par la terre » et il rendit le fameux décret qui établissait le blocus continental, pour fermer le continent au commerce britannique, interdire partout les marchandises anglaises, les correspondances avec ce pays, confisquer les propriétés des Anglais, les arrêter eux-mêmes comme prisonniers de guerre, etc. ; projet gigantesque et extravagant, dont il prétendait imposer la réalisation à tous les peuples et qui devait avoir des conséquences si funestes (21 novembre 1806). L’Europe, qui déjà exécrait sa tyrannie, le crut tombé dans le délire. Il n’y avait pas en effet de meilleur moyen pour lui de multiplier le nombre de ses ennemis, de se créer des embarras et des cas de guerre, et de rattacher par l’intérêt et le besoin toutes les nations à l’Angleterre. Cependant, les Russes entrent en campagne en décembre, et la guerre allait avoir pour théâtre la Pologne, que Napoléon berce de la promesse vague d’une résurrection, pour exploiter le courage de ses enfants. Il arrive à Varsovie le 15 ; après deux avantages remportés à Czarnowo et à Pultusk, il joint les Russes à Eylau, et, après une bataille terrible et sanglante, longtemps indécise, première hésitation de la fortune, il triomphe complètement, de l’ennemi (8 février 1807), poursuit les Russes, occupe sur la Baltique Stralsund et Dantzig (avril-mai), et organise de ce coté son système de blocus continental. Les Russes, vaincus de nouveau dans plusieurs combats, sont écrasés complètement dans la décisive bataille de Friedland (14 juin) où ils perdirent 40.000 hommes, tués ou prisonniers. Soult occupe Kœnigsberg, un armistice est signé ; Napoléon et le tsar se rencontrent dans une entrevue célèbre sur le Niémen et discutent les conditions de la paix, qui est signée à Tilsit les 7 et 8 juillet. La Prusse, soumise à l’occupation militaire, perdait la moitié de son territoire ; deux royautés vassales, la Westphalie, donnée à Jérôme, et la Saxe, accrue du grand-duché de Varsovie, étendaient la domination française jusqu’à la Vistule. L’Allemagne demeurait inondée par nos garnisons. De plus, la Russie adhérait au blocus continental. Au lieu de reconstituer la Pologne, Napoléon avait donné à son vassal le roi de Saxe les débris de ce pays qu’il avait arrachés au tsar.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Suite -> Le Maître de l’Europe

Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – LE SOUVERAIN

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Napoléon Ier (1769-1821), empereur des Français en tenue de sacre

J’ai voulu pour la France le sceptre du monde, et pour lui assurer il me fallait un pouvoir sans contradiction.

(Napoléon Bonaparte)

Obligé de faire face au continent, Napoléon dut renoncer au roman de sa descente en Angleterre, dont le résultat eût été probablement un échec, et certainement l’invasion de la France par les puissances coalisées. Mais son infatuation était telle à cet égard, qu’if avait à l’avance fait frapper une médaille pour célébrer cette conquête, qu’il avait rêvée. Il en fut quitte pour attribuer, suivant sa coutume, l’avortement de ses desseins à ses lieutenants, notamment à l’amiral Villeneuve. Ses plans, au reste, étaient dressés pour une autre combinaison, avec une fécondité d’esprit dont il serait puéril de méconnaître la puissance ; c’est ce qu’il appelait « faire son thème en deux-façons » afin de n’être pas pris au dépourvu. Pendant que l’Europe s’ébranlait, il prit donc immédiatement son parti et résolut de se jeter sur l’Allemagne avec toutes ses forces, avant la jonction des alliés et l’intervention de la Prusse. Il envoie ses instructions à ses lieutenants, à Bernadotte, qui commandait l’armée du Hanovre, au prince Eugène, en Italie, à Saint-Cyr, à Marmont, etc.; puis, levant précipitamment le camp de Boulogne, il dirige cette belle armée vers le Rhin, qu’elle franchit le 1er octobre 1805. Après les brillants combats de Donauwœrth, de Wertingen, de Cruntzbourg et d’Elchingen , livrés d’ailleurs et gagnés avec des forces supérieures, elle s’établit sur le Danube. Le général autrichien Mack, enfermé dans Ulm, est forcé de capituler et de se rendre prisonnier avec 30.000 hommes 3.000 chevaux et 60 canons (20 octobre). Ce magnifique début fut malheureusement attristé par le grand désastre maritime de Trafalgar (21 octobre), où notre flotte, renforcée des contingents de l’Espagne, fut coupée en deux et battue par Nelson. L’empire de la mer restait décidément aux Anglais. « Soit, dit Napoléon, je battrai l’Angleterre sur le continent. » Ces mots contenaient en germe le blocus continental. La mer, en effet, ne lui fut jamais favorable : Aboukir, la perte de Malte et des îles Ioniennes, Trafalgar, la perte de Saint-Domingue, la vente (forcée) de la Louisiane, l’avortement réel de la descente en Angleterre, etc., étaient des faits assez caractéristiques. L’Océan restait sous l’empire de la marine britannique. Après le grand coup frappé à Ulm, Napoléon marcha sur Vienne, escomptant à l’avance ses victoires et remaniant déjà l’Europe dans son ardente imagination. Il avait divisé son armée en sept corps, dont l’ensemble formait la grande armée, nom bien justifié par ces admirables troupes et qui devait rester historique. Cette campagne se poursuivit par la prise de Vienne (15 novembre), par les succès d’Augereau et de Ney dans le Tyrol, par ceux de Masséna dans le nord de l’Italie, par la jonction de ce dernier avec la grande armée, par quantité de petites actions brillantes contre les Russes et les Autrichiens, enfin par l’immortelle bataille d’Austerlitz (2 décembre 1805), à laquelle assistaient les trois empereurs (Napoléon, François II, Alexandre 1er). Cette victoire mémorable eût pu avoir des résultats décisifs et durables ; mais Napoléon était destiné à constamment abuser de la victoire et à lasser la fortune en la surmenant. François II, réduit à la Hongrie, hors d’état même de la défendre, dut s’humilier, separer sa cause de celle d’Alexandre et, enfin, subir le traité de Presbourg (26 décembre), qui bouleversa l’Allemagne entière. L’Autriche perdait la Dalmatie et l’Albanie, réunies à l’Empire français, les Etats de Venise, réunis au royaume d’Italie (c’est-à-dire également à l’Empire français), les deux Tyrols, annexés à la Bavière, érigée en royaume, ainsi que le Wurtemberg ; le margraviat de Bade est transformé en duché et agrandi. Enfin, la plupart des petits princes allemands étaient placés sous le protectorat de Napoléon, qui exigea en outre le mariage de la princesse Catherine de Wurtemberg avec son frère Jérôme (déjà marié) et celui de la princesse Stéphanie de Beauharnais avec le fils de l’électeur de Bade. Par ces alliances princières, obtenues le sabre à la main, il voulait ainsi se faire accepter par les familles monarchiques de l’Europe, qui ne le regardaient dédaigneusement encore que comme un pavenu (de plus souillé du meurtre du duc d’Enghien). Bientôt, le royaume de Naples, enlevé par Masséna et Gouvion Saint-Cyr à Ferdinand IV, et donné à Joseph Bonaparte, qui ne l’acceptait qu’avec répugnance (mars- juillet 1806) ; le grand-duché de Berg confisqué pour Murat (mars) ; la république batave transformée en royaume de Hollande pour Louis, autre frère de l’empereur (5 juin) ; la princesse Pauline Borghèse, investie du duché de Guastalla ; Neuchâtel et Ponte-Corvo érigés en principautés pour Berthier et Bernadotte ; la création d’un grand nombre de fiefs réels et avec dotations pour les maréchaux et grands dignitaires (dans les pays conquis ou annexés), montrèrent que Napoléon n’avait d’autre but que de créer de toutes parts des souverainetés vassales, pour pressurer les peuples conquis et dominer les nations de l’Europe. D’ailleurs, il entendait que tous ces feudataires, petits ou grands, lui fussent absolument asservis et lui servissent à lever des hommes et des subsides. Ce système féodal, établi par la force, avec un mépris complet des droits et de l’autonomie des peuples, n’était propre qu’à susciter partout des haines implacables contre la France, que la Révolution et les grandes luttes de la liberté avaient rendue chère à toutes les nations. Napoléon était alors plongé dans ses rêves de restauration de l’empire de Charlemagne, en pleine utopie carlovingienne ; ce prétendu représentant de la Révolution (suivant certaines écoles ) n’avait en réalité d’autre préoccupation que de restaurer l’ancien régime, autant qu’il était en lui. Il rétablit la noblesse, en se réservant, bien entendu, de ne reconnaître que celle qu’il conférait lui-même ; il réinstitua les majorats, au mépris du droit moderne. Un peu plus tard, il allait compléter son système nobiliaire en attachant les titres à certaines fonctions ; les grands dignitaires furent princes, altesses sérénissimes; les ministres et sénateurs, comtes ; les hauts magistrats et les évoques, barons, etc. Ainsi, il rétablit une cour, une noblesse, des feudataires, des distinctions, des privilèges, une Eglise dominante, une centralisation excessive qui n’était que le despotisme administratif de l’ancien régime, un enseignement disciplinaire, persécuteur des écoles libres, confié exclusivement à son Université, par laquelle il semblait vouloir instituer la conscription des intelligences, et auquel il donna pour bases : 1° les préceptes de la religion catholique, 2° la fidélité à l’empereur, dépositaire du bonheur du peuple, à la dynastie napoléonienne, etc. ; bref, le culte officiel de sa propre personne. Il supprima les élections, tout contrôle et toute publicité libre, la liberté individuelle comme toutes les autres libertés, rétablit en réalité les lettres de cachet, les prisons d’Etat, les emprisonnements arbitraires et extra-légaux, la censure ; fit de la force et de l’autorité sans limites et sans contre-poids les seuls principes de gouvernement ; de la police, la plus inquisitoriale et la plus odieuse qui fut jamais, l’une des bases de sa puissance ; asservit l’imprimerie et la librairie ; constitua le monopole de la Banque de France, supprima la liberté théâtrale, asservit à ses règles autoritaires avoués, notaires, avocats, agents de change, etc. ; assujettit l’ouvrier au livret, à la loi contre les coalitions ; établit qu’en cas de contestation le maître sera cru sur parole, etc.; enfin se constitua lui-même au-dessus de l’humanité, comme une sorte de divinité dont le culte obligé, la volonté, les caprices les plus tyranniques et les plus extravagants devaient être également sacrés. Ses œuvres, sa correspondance, si soigneusement expurgée cependant, le détail connu de sa conduite, tout ce que les travaux récents ont recueilli, nous le font bien connaître et bien apprécier, maintenant que l’idolâtrie qui l’avait placé presque sur un autel est à peu près éteinte et ne reste plus que comme un triste souvenir de servitude intellectuelle, comme un exemple de l’aveuglement causé par l’éblouissement de la gloire militaire. Cet étranger, de race incertaine, qui vivait dans les siècles passés, obsédé par le rêve des royautés barbares, a pu pervertir et subjuguer la France, mais il n’a jamais compris son génie et sa mission d’affranchissement et de civilisation. La liberté, l’émancipation populaire, les droits de la pensée et de la science, les garanties politiques, le progrès social, le travail sous l’abri de la loi, l’indépendance des peuples et des individus, toutes ces vérités, fondement des sociétés modernes, qui n’étaient plus à découvrir, puisque le XVIIIe siècle et la grande Révolution les avaient proclamées, affirmées à la face du monde, lui ont été, non-seulement étrangères, mais odieuses. Malgré la puissance incontestable de son esprit et la grandeur théâtrale de ses conceptions, il nous apparaît avec cette infériorité native et radicale, qu’il était incapable de s’élever à la simple notion de la justice, du droit, du bon sens et de la vérité. Non-seulement la morale n’existait pas pour lui, quand ses intérêts étaient en jeu, non-seulement il se flattait présomptueusement de venir à bout de tout, des hommes comme des événements, par la terreur, la fourberie et la violence, mais encore ce prodigieux aventurier en arriva de plus en plus à méconnaître les limites du possible et, finalement, comme cela devait logiquement arriver, courut de lui-même à sa perte en se précipitant tête baissée dans les entreprises les plus insensées. Quant à ses violences, aux emprisonnements et aux exécutions qu’il ordonna, l’espace nous manque pour les enregistrer ; mais, l’histoire ne les oubliera pas, et l’on sait bien que la liste en est longue et bien faite pour exciter l’indignation.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – L’EMPEREUR NAPOLEON Ier

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Napoléon Ier (1769-1821), empereur des Français (1804-1815)

Le nom de roi est usé car il apporte avec lui de vieilles conceptions et ferait de moi un héritier ; je ne veux descendre ni dépendre de personne. Le titre d’empereur est plus grand, il est un peu inexplicable et impressionne les imaginations.

(Napoléon Bonaparte)

L’inauguration du nouveau règne fut marquée par le procès du général Moreau, dont Bonaparte était bassement envieux, et dont la complicité dans le complot de Cadoudal et de Pichegru n’était nullement prouvée. Ce procès passionna singulièrement l’opinion publique. L’illustre vainqueur de Hohenlinden fut condamné à deux ans de prison par des juges qui eussent voulu l’acquitter et à qui le pouvoir avait imposé de prononcer une condamnation. Napoléon, qui attendait, qui voulait la peine capitale, fut exaspéré de cet arrêt ; toutefois, il consentit à commuer la peine en un exil perpétuel, qui le débarrassait pour toujours de celui que l’opinion lui donnait pour rival. Quant aux condamnés royalistes, onze furent exécutés avec Georges (26 juin 1804). L’Empereur, toujours favorable à la noblesse, ne fit grâce qu’aux Polignac et à quelques autres gentilshommes. Constamment préoccupé de frapper les imaginations par des scènes théâtrales, Napoléon avait imaginé de se faire sacrer par le pape et à Paris même, chose sans exemple jusqu’alors. Cambacérès et le cardinal Caprara furent employés à cette négociation, qui fut conduite, en quelque sorte, militairement, en ce sens qu’on fit comprendre à Rome qu’on n’accepterait aucune réponse évasive ou dilatoire. Dès l’époque du concordat, La Fayette avait prévu que Bonaparte ne rétablissait officiellement le culte que « pour se faire casser la petite fiole sur la tête » ; ce furent ses propres expressions au premier consul lui-même. Pie VII, qui voulait recouvrer les Légations, même Avignon et Carpentras, se fit longtemps prier, leurré de promesses vagues et fausses, dominé d’ailleurs par l’ascendant de la France en Italie, dupe de ses convoitises aussi bien que des ruses de Bonaparte, il finit par céder et par promettre de procéder en personne à celte cérémonie d’un autre âge. Napoléon était loin, d’ailleurs, de songer à restituer les Légations au saint-siège, car il en comptait faire une des provinces du royaume italien qu’en ce moment même il entreprenait de substituer à la république Cisalpine (dont il s’était fait donner la présidence), et par les mêmes manœuvres qui l’avaient mis en possession de la couronne impériale, c’est-à-dire en imposant à la consulte de Milan et aux fonctionnaires des manifestations et des vœux dans le sens de ses propres convoitises. Au milieu de ces préoccupations ambitieuses et pendant qu’il faisait ainsi la chasse aux couronnes, il n’oubliait pas d’exploiter à l’occasion les souvenirs des plus beaux temps de la liberté dans l’intérêt de son pouvoir et de sa personne. En 1802, il avait institué l’ordre de la Légion d’honneur. Le 14 juillet 1804, il fit coïncider l’inauguration de son ordre avec l’anniversaire de la prise de la Bastille et de la grande Fédération de 1790, pinçant avec apparat, mais sans aucune sincérité, sa nouvelle institution sous le patronage des principes révolutionnaires. Il y eut grande solennité dans l’église des Invalides ; le cardinal-archevêque de Paris officiait en l’honneur de la mémorable journée, au milieu de l’éclatante réunion du clergé, de tous les grands dignitaires civils et militaires, etc. Le grand chancelier (Lacépède) prononça un discours éloquent pour rappeler les souvenirs du 14 juillet. Enfin, pour compléter la comédie, Napoléon récita une harangue pour inviter les légionnaires à prêter le serment prescrit à la liberté, à l’égalité, à la résistance au rétablissement du régime féodal, enfin, au maintien de l’Empire, des lois de la République et des propriétés nationales. Puis il commença sa distribution de croix en détachant de son cou le grand cordon pour le donner fastueusenfent au représentant du pape, au vieux cardinal Caprara, car il ne perdait pas de vue l’affaire du sacre. Ce fut le dernier anniversaire officiel de la Fédération, et cette cérémonie ne fut qu’une représentation menteuse et sans dignité. En cette décadence de la nation, les beaux souvenirs de la liberté, qui vivaient encore en toute leur pureté dans quelques âmes flères et stoïques, ne servaient plus officiellement qu’à être exploités par le charlatanisme et l’ambition de ceux qui se partageaient les dépouilles de la République et de la Révolution. Cependant, l’Empereur n’oubliait pas les conceptions du premier consul. Au premier rang figurait le projet d’invasion contre l’Angleterre. La politique folle et téméraire qui avait préparé avec tant de machiavélisme la rupture du traité d’Amiens avait porté ses fruits. Il fallait se préparer à une guerre à mort contre l’Angleterre, et dont la nation ne voyait nullement la nécessité. De là d’immenses préparatifs, la formation du camp de Boulogne, la création de ressources financières, l’établissement des percepteurs des contributions et de la régie des droits réunis, la restauration des contributions indirectes, la formation de la compagnie pour l’escompte de valeurs du Trésor, les vastes travaux dans les ports et les arsenaux, toute la France, en quelque sorte, ainsi que la Belgique et la
Hollande, transformée en un grand chantier maritime, etc. Le plan de Napoléon était de créer une flottille assez forte pour jeter d’un seul coup hommes sur les côtes de l’Angleterre, et cela avec des chaloupes canonnières, des bateaux pêcheurs, des péniches, etc. Les marins les plus expérimentés, Decrès, Ganteaume, Villeneuve, ne croyaient pas ou croyaient peu à la réussite d’une telle entreprise, à la possibilité d’échapper à la flotte anglaise qui croisait dans la Manche. Mais, voyant leurs observations méprisées, ils s’étaient mis à l’œuvre, afin de diminuer, au moins, les mauvaises chances de l’expédition. Malgré l’avis des hommes compétents, Napoléon, fasciné par son idée fixé d’écraser l’Angleterre et d’arriver ainsi à la domination de l’Europe, mit toute sa volonté et son énergie à poursuivre ce projet chimérique, avec l’opiniâtreté aveugle qui lui fera plus tard entreprendre l’expédition de Russie. Après de longs et immenses préparatifs, il avait résolu de franchir le détroit au plus tard en août 1804, appuyé par la flotte de Toulon. Le 18 juillet, il partit pour visiter les camps qui menaçaient la Grande-Bretagne, Vimereux, Calais, Dunkerque, Ostende, etc. Le 16 août, il fit, au camp de Boulogne, une nouvelle distribution solennelle de croix et porta au comble le fanatisme de ses soldats. Néanmoins, il jugea prudent de remettre son expédition au moins de septembre. L’idée avait déjà subi bien des ajournements et des modifications. Quelques écrivains ont même conjecturé que ce fameux projet de descente n’était qu’une feinte pour masquer des plans de conquête sur le continent, ne pouvant admettre, quand nos ports étaient bloqués par les flottes anglaises, qu’on risquât sérieusement ainsi toutes nos forces disponibles dans une entreprise aussi aventureuse, laissant la France désarmée, exposée infailliblement aux coups des puissances européennes, submergée par l’invasion, pendant que ses armées seraient cernées par les escadres britanniques. Mais l’examen des faits ne permet pas de conserver le moindre doute ; le projet était sérieux, et rien ne montre mieux combien Napoléon, avec des facultés parfois merveilleuses dans l’action, était souvent dominé par l’imagination dans ses combinaisons grandioses et chimériques, et, malgré sa puissance de calcul, emporté par une fantaisie effrénée qui le poussait à des conceptions romanesques, où manquaient le bon sens et l’esprit pratique, et que des complaisants ont voulu trop facilement faire passer pour des combinaisons de génie. L’Angleterre était vivement agitée par ces préparatifs menaçants. Le vieil ennemi de la France, Pitt, venait de remonter au pouvoir, porté par la situation. Les deux champions allaient se retrouver face à face, l’un pour susciter des coalitions contre nous, l’autre pour essayer de les briser à coups d’épée. La mort de l’amiral Latouche-Tréville, qui devait guider la flotte de Toulon, fit reculer encore la fameuse entreprise. Au reste, il était évident, pour tous les marins capables, que, malgré des dépenses énormes, notre marine renaissante n’était pas encore capable d’entrer en ligne. Les constructions hâtives de bâtiments de toutes sortes n’avaient donné que des résultats inférieurs ; quant aux équipages, ils étaient insuffisants et laissaient fort à désirer, ayant été recrutés en partie par l’enlèvement forcé, par la presse, moyen violent et odieux, bien digne de l’homme qui avait rétabli l’esclavage aux colonies. En résumé, après avoir changé plusieurs fois ses plans et donné libre cours à son imagination déréglée, Napoléon finit par être obligé d’abandonner son projet. Dans l’intervalle, divers combats de mer étaient livrés et une nouvelle coalition se nouait silencieusement en Europe. Mais l’Empereur était alors surtout préoccupé de la représentation théâtrale de son sacre. Il avait aussi employé à cette négociation son oncle, l’abbé Fesch, qui avait abjuré la prêtrise en l’an II, était devenu commissaire des guerres, puis avait ramassé son froc dans les orties lors de l’élévation de son neveu, qui l’avait fait nommer archevêque de Lyon et cardinal. Il était alors notre ambassadeur à Rome. Personnage médiocre, vain et ambitieux, instrument du parti ultramontain, il causa plus d’un embarras et plus d’un chagrin à Napoléon. Quoi qu’il en soit, Pie VII consentit à venir en France, après bien des hésitations, mais aux frais de la France et sous la promesse de nouvelles concessions pour l’Eglise. Il apportait en échange, outre sa bénédiction, toute une cargaison de chapelets pour les dames de la cour. Le 2 décembre 1804, la cérémonie du sacre eut lieu sous les voûtes de Notre-Dame. Un détail curieux, c’est que la nuit précédente le pape avait dû donner la bénédiction nuptiale, dans la chapelle des Tuileries, à Napoléon et à Joséphine, qui n’étaient mariés que civilement. La solennité de Notre-Dame eut une pompe extraordinaire. Tout avait été préparé à l’avance et par des répétitions, comme une pièce de théâtre, avec de petites poupées de bois, sous la direction du peintre Isabey (Mémoires de Beausset, préfet du palais). David avait dessiné les costumes. Napoléon était affublé d’une défroque à la Henri IV, sous son manteau impérial et sa couronne de lauriers d’or. Il paraît qu’il bâilla tout le temps. Il était d’ailleurs fort indisposé d’avoir été contraint de se soumettre au mariage religieux, qui resserrait ses liens avec Joséphine, qu’à cette époque déjà il avait l’intention de répudier. Quant à celle-ci, elle avait les yeux rouges encore de violentes scènes domestiques. En présence de cette cérémonie éclatante et burlesque, les assistants, grands dignitaires, maréchaux, etc., avaient peine à garder leur sérieux. Quoique courtisans, ils étaient restés des hommes du XVIIIe siècle, sceptiques et philosophes, et d’après les témoignages les plus certains, notamment celui de l’archevêque de Malines, M. de Pradt, plus d’un maréchal ou autre grand dignitaire s’indignait assez haut de ces capucinades, et peu s’en fallut qu’elles ne fussent troublées par des éclats de rire. Au moment où le pape élevait la couronne en forme de tiare qu’il se préparait à poser sur le front de Napoléon, celui-ci, qui ne voulait la tenir que de lui-même , la saisit lestement (comme il l’avait annoncé), et se la plaça sur la tête. Il en fit autant pour celle destinée à l’impératrice. Cet homme étrange voulait bien imposer aux autres les symboles du passé, dans un but de discipline et d’asservissement, mais n’entendait s’y soumettre lui-même que dans la mesure de ses intérêts et de son ambition. La veille du sacre, le Sénat lui avait présenté le résultat du plébiscite qui ratifiait à une énorme majorité sa nouvelle usurpation. On avait dû voter sur des registres ouverts. Les 108 départements avaient donné 3.572.329 oui. Personne ne prit au sérieux ce vote par intimidation. D’ailleurs, Bonaparte avait déjà la puissance, le titre, la France sous ses pieds. Cette comédie électorale était un outrage de plus. Devenu l’oint du Seigneur, Napoléon fit inscrire dans le catéchisme , à la suite du 4e commandement, tes père et mère honoreras, des préceptes qui consacraient son propre culte presque à l’égal de celui de Dieu. On n’avait pas vu pareille infatuation depuis l’apothéose des Césars. Il se sentait alors, et il était en effet, maître absolu de la grande nation. Les prétendues institutions dont il était entouré, Sénat, Corps législatif, sans une ombre d’indépendance et de pouvoir, n’avaient d’autre objet que de servir d’instrument et de masque à son despotisme, assez semblable à celui des tsars de Russie, et incontestablement plus absolu que celui des anciens rois de France. Quant à la presse, elle était asservie comme elle ne le fut jamais. Outre qu’il avait supprimé tous les journaux qui lui déplaisaient ou qu’il en avait confisqué la propriété pour la donner à ses créatures, il ne pouvait supporter même les articles les plus innocents, et les malheureux publicistes, ceux mêmes qu’il avait choisis parmi les plus bas valets de la presse, ne pouvaient écrire dix lignes qui ne lui portassent ombrage, et ils en étaient arrivés à ne plus pouvoir parler qu’en tremblant de la pluie et du beau temps. Ils ne pouvaient même s’abstenir ; car le maître les accusait alors de ne pas soutenir l’opinion, c’est-à-dire de ne pas mentir, de n’être pas dignes d’écrire sous son règne, et il les faisait menacer par Fouché. Jamais la pensée n’avait été traitée avec cette brutalité, même sous l’ancien régime, et il en fut ainsi pendant tout ce règne néfaste. Cette servitude explique assez la stérilité intellectuelle de l’époque impériale. Toutes les intelligences étaient refoulées, éteintes par le despotisme, toutes les forces vives de la nation n’avaient d’autre emploi que la guerre. Le système ramenait directement à la barbarie. Le 1er janvier 1805, Napoléon, ayant tout fait pour rendre la guerre générale inévitable, écrivit une lettre d’apparat au roi d’Angleterre pour l’inviter à la paix, démonstration menteuse, comme la plupart de ses actes publics, car il n’avait renoncé à aucune de ses prétentions a la domination, de l’Europe, Il en donna bientôt la preuve en se faisant proclamer roi d’Italie et solennellement couronner à Milan (26 mai), en réunissant Gênes à l’Empire ; en érigeant Lucques et Piombino en principauté pour Bacciochi, l’époux de sa sœur Elisa, en créant en Hollande un grand pensionnaire, en plaçant Rome et Naples sous sa dépendance morale, en réduisant l’Espagne a une sorte de vassalité, en inquiétant enfin toute l’Europe par ses intrigues et ses projets de domination. La troisième coalition, justifiée par tant d’entreprises, se révélait par ses armements qui répondaient à ceux de la France, et, le 8 avril, un traité est signé à Saint-Pétersbourg entre l’Angleterre et la Russie, auquel allaient bientôt adhérer l’Autriche, la Suède, Naples et la Sardaigne. Les peuples allaient de nouveau s’entr’égorger pour le caprice de leurs souverains, et surtout pour l’insatiable ambition d’un seul homme.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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mars 8, 2008

GEORGES IV (1762-1830), ROI D’ANGLETERRE (1820-1830)

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Georges IV (1762-1830), roi d’Angleterre

Altesse Royale,

En butte aux factions qui divisent mon pays et, à l’inimitié des plus grandes puissances de l’Europe, j’ai consommé ma carrière politique. Je viens, comme Thémistocle, m’asseoir sur le foyer du peuple britannique; je me mets sous la protection de ses lois, que je réclame de Votre Altesse Royale, comme celle du plus puissant, du plus constant, du plus généreux de mes ennemis.

(Napoléon Bonaparte)

GEORGE IV, roi d’Angleterre, fils aîné de George III, né en 1762, mort le 26 juin 1830. Il fut élevé avec une sévérité extrême, mais s’en dédommagea à sa majorité par la vie la plus extravagante et la plus licencieuse. Parmi les plus connues de ses maîtresses, on cite la belle mistress Robinson et la veuve de Fitz-Herbert. Il contracta des dettes énormes, et son père, George III, ayant refusé de les payer, il se lança dans l’opposition. Fox obtint du Parlement une somme de 161.000 livres sterling pour le tirer d’embarras ; mais il fallut revenir deux fois encore à ce procédé, et pour des sommes bien autrement considérables. Déjà marié secrètement avec mistress Pitz-Horbert, le prince consentit, pour éteindre de nouvelles ‘detteSj à épouser sa cousine, Caroline de Brunswick (1795) ; mais, dès l’année suivante, il se séparait d’elle avec éclat, et l’on sait par quels scandaleux procès ces débats matrimoniaux, renouvelés en 1806, se dénouèrent en 1820. En 1787, ses amis de l’opposition avaient échoué dans leur tentative pour lui faire décerner la régence ; ils y réussirent en 1811, son père étant tombé dans une complète démence ; mais les whigs furent trompés dans leur attente : le régent conserva le ministère tory, et il n’y eut rien de changé ni dans la politique hostile contre la France ni dans la marché rétrograde du pouvoir. Si les nécessités d’une longue guerre avaient pu autoriser le gouvernement à violer les lois, à ajourner les réformes, il ne pouvait plus en être ainsi après la paix de 1815. Il y eut dans Londres, en 1817, des émeutes menaçantes ; la voiture du régent fut percée d’une balle. On réprima les troubles avec une impitoyable cruauté. George monta sur le trône le 28 janvier 1820, et ce n’est qu’en 1822, après le suicide de lord Castlereagh, qu’il céda aux vœux de la nation en prenant un ministère libéral. L’émancipation de l’Irlande fut enfin accomplie sous l’administration de Wellington et de Robert Peel (1829) ; mais, depuis 1822, George IV ne prenait plus part aux affaires : retiré dans son palais, il ne s’occupait que des embellissements de ses châteaux, Il n’a eu qu’une fille, Charlotte, première femme de Léopold , roi des Belges, morte en 1817.

Lien : George IV d’Angleterre sur wikipedia

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MARIE-LOUISE DE BOURBON-PARME (1751-1819), REINE D’ESPAGNE (1788-1808)

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Marie-Louise de Bourbon-Parme (1751-1819), reine d’Espagne

La reine a son coeur et son histoire sur sa physionomie, c’est vous en dire assez. Cela passe tout ce qu’il est permis de s’imaginer.

(Napoléon Bonaparte)

MARIE-LOUISE DE BOURBON-PARME, reine d’Espagne, fille du duc de Parme, épouse de Charles IV, née en 1754, morte en 1819. Mariée à treize ans au prince des Asturies et conduite à la cour de son beau-père Charles III, elle y fut l’objet d’une surveillance sévère, justifiée par la légèreté de sa conduite et l’entraînement de son caractère, et prit peu à peu un tel empire sur l’esprit de son faible époux, que celui-ci, devenu roi sous le nom de Charles IV (1788), lui abandonna la direction des affaires. Marie-Louise en profita pour épuiser le trésor par ses prodigalités, destitua des ministres qui lui avaient refusé des sommes qu’elle exigeait, et livra le royaume à son favori Godoy, qu’elle tira des rangs les plus infimes de l’armée pour l’élever aux plus hauts emplois. Les turpitudes de ces deux personnages furent les prétextes dont Napoléon colora son invasion en Espagne (1808). A cette époque, Marie-Louise se rendit à Bayonne avec son mari et Godoy, dont elle avait obtenu la mise en liberté, n’hésita point à se porter devant l’Empereur l’accusatrice de son fils Ferdinand, et alla jusqu’à s’accuser d’un adultère pour détruire des droits que, disait-elle en présence de Charles IV lui-même, il ne pouvait tenir que d’elle seule. Exilée à Compiègne avec son mari, elle habita successivement ensuite Marseille, Nice et Rome, où elle mourut.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Marie-Louise de Bourbon-Parme sur wikipedia

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CHARLES IV (1748-1819), ROI D’ESPAGNE (1788-1808)

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Charles IV (1748-1819), roi d’Espagne

 

Le roi Charles est un brave homme. Je ne sais si c’est sa position ou les circonstances, il a l’air d’un patriarche franc et bon.

(Napoléon Bonaparte)

CHARLES IV, roi d’Espagne, fils et successeur de Charles III d’Espagne, né à Naples en 1748, mort à Rome en 1819. Il monta sur le trône en 1788. Jeune encore, il avait épousé sa cousine Marie-Louise de Parme, qui, dans la suite, prit sur son faible esprit un ascendant absolu, et causa en partie les malheurs de son règne. Il n’avait aucune des qualités gouvernementales de son père, et laissa péricliter l’œuvre de régénération commencée avant lui. Monarque indolent et apathique, époux aveugle et lâchement complaisant, il accorda toute sa confiance au trop fameux Godoy, favori de sa femme, qui, dominé lui-même par la reine, fit renvoyer un des ministres, les plus capables du règne précédent, Florida-Blanca, et contribua aux mesures les plus funestes de ce règne déplorable. Lorsque la Convention mit Louis XVI en jugement, le gouvernement de Charles IV intervint maladroitement pour sauver à prix d’or le monarque français, essaya sans plus de succès d’intimider ceux qu’il n’avait pu corrompre, et commença contre la République une guerre qu’il se trouva heureux de terminer en 1795 par le traité de Bale et par l’abandon de la partie espagnole de Saint-Domingue. La France lui imposa en même temps une alliance offensive et défensive qui l’obligea plus tard à faire la guerre au Portugal et à l’Angleterre. La perte de l’île de la Trinité, la rétrocession de la Louisiane à Napoléon, le pillage en mer de ses galions par les Anglais, la destruction de sa marine à Trafalgar sont les seuls fruits que recueillit l’Espagne, devenue en quelque sorte la vassale de l’Empereur, qui lui imposait des tributs d’hommes et d’argent et inspirait les actes les plus importants de sa politique. Abusé par un traité secret avec Napoléon, qui lui promettait une partie du Portugal, Charles IV laissa sans méfiance occuper une partie de l’Espagne parles troupes françaises, en même temps qu’entraîné par un complot de son fils Ferdinand et par une émeute à Aranjuez, il abdiquait, puis protestait presque aussitôt contre un acte qu’il prétendait lui avoir été arraché par la violence. Murat occupait Madrid ; Charles et Ferdinand, réduits à prendre pour arbitre de leurs différends et de leurs prétentions le souverain qui se préparait à les dépouiller, s’épuisaient en démarches, en intrigues et eh sollicitations, et se laissèrent enfin attirer à Bayonne (1808), où l’Empereur imposa à l’infant la renonciation à la couronne en faveur de son père, qui lui-même, par un acte inqualifiable, avait, dès la veille, abandonné tous ses droits à Napoléon, lequel adjugea le trône d’Espagne à son frère Joseph. Charles IV reçut pour résidence le château de Compiègne avec une pension considérable. Il vécut ensuite à Marseille, puis à Rome, conservant jusqu’à la fin de sa vie une confiance inaltérable dans l’épouse qui avait causé tous ses malheurs et dans l’homme qui l’avait entraîné dans l’abîme.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Charles IV d’Espagne sur wikipedia

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mars 7, 2008

FERDINAND VII (1784-1833), ROI D’ESPAGNE (1813-1833)

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Ferdinand VII d’Espagne (1784-1833)

Le prince des Asturies est très bête, très méchant, très ennemi de la France ; avec mon habitude de manier les hommes, son expérience de vingt-quatre ans n’a pu m’en imposer.

(Napoléon Bonaparte)

FERDINAND VII, roi d’Espagne, fils de Charles IV et de Marie-Louise de Parme, né le 14 octobre 1784, mort le 29 septembre 1833. Il fut proclamé prince des Asturies en 1789, eut pour gouverneur le duc de San-Carlos, et pour précepteur le chanoine Escoïquiz. Dominé par ce prêtre intrigant, impatient d’occuper un trône auquel l’appelait sa naissance, il conçut une haine fort vive contre Godoy, qui régnait alors sur l’Espagne sous le nom du faible Charles IV. Renverser ce favori, c’était, pour Ferdinand, écarter le seul obstacle sérieux qui put l’empêcher de saisir la couronne au moyen d’une abdication du vieux roi. Ses vues ambitieuses se montrèrent si bien qu’on dut le tenir soigneusement éloigné des affaires, en épiant ses démarches, ce qui augmenta encore son irritation. Marié, en 1802, à Marie-Antoinette-Thérèse de Naples, à la mort de cette princesse, en 1806, il insinua qu’elle avait été empoisonnée par Godoy. Plus tard, il refusa d’épouser sa cousine dona Alaria-Luisa de Bourbon, parce qu’elle était la belle-sœur du ministre. Eu même temps, il demandait à Napoléon une fille de Lucien Bonaparte, espérant, par cette alliance, intéresser l’empereur à son élevation. Quelque secrète que fût cette démarche, on la découvrit. Une perquisition faite dans ses papiers en fournit la preuve ; on y trouva, outre les minutes de ses lettres, celles de deux mémoires adressés à Napoléon sur les intrigues de sa mère avec Godoy. Ou l’arrête, on instruit son procès ; il dénonce lâchement les amis qui l’ont aidé, et on le fait sortir de prison pendant qu’on les envoie en exil. Loin de lui nuire, ce scandale le servit, en jetant de l’odieux, sur le principal ministre, qui l’avait produit au grand jour. A quelque temps de la (1808), Godoy est horriblement maltraité dans une émeute, Charles IV abdique : enfin voilà Ferdinand roi ; mais Madrid est occupée par Murat, et l’Empereur désire voir le nouveau souverain avant de le reconnaître. Il vient au devant de lui jusqu’à Bayonne, en l’invitant à l’y joindre. Ferdinand eut l’imprudence de s’y rendre, malgré les avis de ses conseillers les plus clairvoyants. A peine est-il arrivé qu’il reconnaît le piège. On le force de rendre la couronne à son père, qui en fait ensuite présent à Napoléon, pour la placer sur la tête de Joseph Bonaparte. Après que Ferdinand eut signé sa renonciation absolue au trône d’Espagne (6 mai 1808), on le transporta dans le château de Valençay (Indre), où il vécut cinq années, d’une manière peu propre il faut le dire, à honorer son infortune ; sans qu’on le lui demandât, il faisait répandre parmi ces vaillants Espagnols qui défendaient sa cause, des proclamations où il les engageait à reconnaître la nouvelle dynastie ; de plus, il félicitait Joseph sur son avènement, et il ne manquait jamais d’illuminer, de tirer des feux d’artifice à chaque victoire de l’Empereur, même pour celles qu’il remportait eu Espagne. Etait-ce stupidité, était-ce dissimulation ? L’une et l’autre peut-être. Nos revers lui rendent sa liberté et son royaume. Il signe un traité avec la France, le 11 décembre 1813 ; le 3 mars suivant, il se met en route. L’enthousiasme de tout un peuple le salue à son arrivée sur le seuil de la patrie. Il fait d’abord les promesses les plus libérales ; mais, dès ses premiers pas sur le sol espagnol, l’empire de Napoléon s’écroule. Alors tout change : il refuse d’accepter la constitution de 1812, dissout les cortès, proscrit en masse tous les libéraux, rétablit l’inquisition et les jésuites, encombre les prisons de suspects, dresse l’échafaud sur toutes les places publiques. Une terreur sans exemple glace le pays de stupeur. Les plus généreux citoyens sont envoyés à la mort par des tribunaux de sang, gémissent dans les bagnes ou traînent une vie misérable sur la terre d’exil. La nation, appauvrie, dépeuplée déjà par tant de luttes, semble ne plus devoir se relever de ce dernier coup. Ajoutez à ce tableau navrant la perte pour l’Espagne de toutes ses colonies. Ferdinand fait de vains efforts pour en conserver des lambeaux. C’est du sein de la dernière armée qu’il envoie en Amérique que s’élève le cri d’indépendance de la mère patrie. Dans l’île de Léon, le 5 janvier 1820, Riego proclame la constitution de 1812. Toute l’Espagne se lève, les cortès s’assemblent, les institutions libérales sont rétablies. Ferdinand cède à l’orage ; il jure, la main sur l’Evangile ; il règne en roi constitutionnel, mais travaille sourdement à la ruine du nouvel ordre de choses. Rétabli dans son pouvoir absolu par une année française il remit tout sur l’ancien pied, et recommença le cours de ses saturnales sanglantes : tout ce qui put échapper à l’échafaud et à la prison reprit le chemin de l’exil ; un silence de mort s’étendit de nouveau sur ce malheureux pays, interrompu quelquefois par des protestations héroïques, toujours étouffées dans les supplices ; en 1826, la. ville de Valence put jouir de l’horrible spectacle d’un auto-da-fé. Ferdinand, resté sans postérité après trois mariages, épousa, en 1829, Marie-Christine de Naples, dont il eut Isabelle, que son peuple a chassée, elle aussi, en 1868. De son autorité privée, il abolit, en 1830, en faveur de sa fille, la loi fondamentale de l’Etat, qui excluait les femmes du trône. Trois ans après il mourut, laissant la réputation du prince le plus dissimulé et le plus sanguinaire qui ait régné au XIXe siècle.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Ferdinand VII d’Espagne sur wikipedia

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FREDERIC GUILLAUME III (1770-1840), ROI DE PRUSSE (1797-1840)

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Frédéric-Guillaume III de Prusse (1770-1840)

Le plus grand sot de la terre, sans talent, sans instruction, incapable de soutenir une conversation de cinq minutes. Il a l’air d’un vrai don Quichotte.

Pas un tailleur n’en savait plus long que Frédéric-Guillaume sur ce qu’il fallait de drap pour faire un habit. Si l’armée française avait été commandée par un tailleur, le roi de Prusse aurait certainement gagné la bataille à cause de son savoir supérieur en cette matière.

(Napoléon Bonaparte)

FRÉDÉRIC-GUILLAUME III, roi de Prusse, fils aîné et successeur de Frédéric Guillaume II de Prusse, né le 3 août 1770 mort le 7 juin 1840. Il reçut sa première éducation sous la direction de sa mère. la princesse Louise de Hesse-Darmstadt, et de son grand-oncle, Frédéric II, puis eut pour gouverneur le comte Charles de-Brühl, qui l’initia à la politique en même temps qu’à l’art militaire. Pendant la guerre contre la France, en 1792, il se rendit avec son père à l’armée du Rhin et s’y fit remarquer par son courage. L’année suivante, il épousa la princesse Louise de Mecklembourg-Strelitz, pour laquelle il ressentait une vive affection. Dès son avènement au trône, en 1797, il s’attacha à réparer les fautes du dernier règne : la tolérance religieuse fut rétablie, la censure modifiée dans le sens libéral, les finances restaurées. Il s’entoura de bons conseillers et plaça à la tête de l’administration un homme d’une probité et d’une capacité reconnues. Le nouveau roi ne se laissa point distraire dans ce travail de réorganisation, restant sourd aux excitations et aux menaces des puissances coalisées contre nous. Ce prince était pacifique ; il respecta la République française et le traité de paix de Bale, que son père avait conclu avec elle. Son intention était de vivre en paix avec la France aussi bien qu’avec toutes les autres puissances, et de consacrer toutes ses forces à l’amélioration du pays. Le traité de Lunéville (1801) enleva à la Prusse ses possessions de la rive gauche du Rhin ; mais Cette puissance reçut en compensation, en un accroissement de territoire d’environ 180 milles carrés géographiques, ayant une population de plus de 400.000 habitants. A peu près vers cette époque, elle fit avec la Bavière des échanges de territoires qui l’arrondirent et l’agrandirent de telle sorte, qu’elle compta alors 10 millions d’habitants. En 1805, la roi de Prusse finit par entrer dans la troisième coalition, entraîné par Alexandre, venu lui-même à Berlin, et irrité de la violation du territoire d’Anspach, traversé par nos troupes marchant sur Vienne. Déjà il était engagé, lorsque le coup de foudre d’Austerlitz vint le rappeler à la prudence. Il se hâta de faire sa paix avec Napoléon, moyennant quelques concessions de territoire, en échange desquelles il obtint le Hanovre (15 décembre 1805). Bientôt, l’établissement de la confédération du Rhin troubla la bonne harmonie. Frédéric-Guillaume prétendait réunir sous son protectorat les Etats de l’Allemagne du Nord, comme Napoléon avait fait de ceux du Midi. On ne put s’entendre, et les hostilités commencèrent le 9 octobre 1806. Le 14, Napoléon, vainqueur à léna, entrait à Berlin, et bientôt le roi, dépouillé de ses Etats, se trouvait confiné à Memel. Grâce à l’empereur de Russie, il rentra, par le traité de Tilsit (1807), en possession d’une partie de son royaume ; mais, avant de passer des écrits au fait, il eut à subir du vainqueur les plus humiliantes épreuves. Napoléon lui imposait d’énormes contributions de guerre, 100 millions, qui devaient être payées avant l’évacuation des troupes françaises. L’épuisement de toutes ses provinces mettait le roi dans l’impossibilité de payer une somme si lourde. Il suppliait l’empereur de lui accorder des réductions et de retirer son armée. Dans une lettre, inédite, qu’il lui adressait de Memel, le 3 août 1807, et dont nous avons l’original sous les yeux, il lui dit : « Quelles sont vos vues sur la Prusse ? Votre Majesté en a-t-elle décidé l’anéantissement politique ? Expliquons-nous, sire : le langage de la conscience et de la franchise est celui qu’il convient d’adresser au plus grand homme de notre siècle. Prononcez le rôle que vous voulez m’assigner parmi les puissances de l’Europe… » Frédéric-Guillaume ne rentra dans sa capitale qu’au mois de décembre 1809. Loin de se laisser abattre par le malheur, il s’occupa sans relâche des réformes réclamées par le pays, de la reconstitution de l’armée. Deux hommes d’une haute capacité, Stein et Hardenberg, travaillèrent alors avec le roi à la régénération de la Prusse par l’établissement d’institutions libérales et par une réorganisation radicale de l’administration. Les principaux points de cette réforme furent l’égalité, devant la loi, de la noblesse et de la bourgeoisie ; la liberté du travail, de l’industrie et du commerce ; l’abolition de la corvée des paysans (loi du 9 octobre 1807) ; l’indépendance des communes en ce qui concerne la gestion de leurs affaires municipales et la représentation des villes par des conseillers municipaux (19 novembre 1808). L’instruction publique devint obligatoire et gratuite pour les pauvres (30 octobre 1810). L’université de Berlin fut fondée en 1809, et, en même temps, celle de Francfort-sur-l’Oder fut transférée à Breslau. Pour améliorer les finances de l’Etat, le roi décréta, le 6 novembre 1809, la vente des propriétés appartenant au domaine public, et déclara les biens ecclésiastiques situés dans son royaume propriétés de l’Etat. Tous les biens possédés par les ordres religieux et par le clergé furent alors sécularisés et vendus en même temps que les autres biens de l’Etat. Par ces diverses mesures, le roi de Prusse parvint a cicatriser les plaies que la guerre avait faites à ses Etats et à y ramener le bien-être. Forcé de plier devant les volontés encore toutes-puissantes de Napoléon, Frédéric-Guillaume conclut à Paris, le 24 février un traité d’alliance défensive et offensive. Cette même année, la guerre ayant éclaté entre la France et la Russie, le roi de Prusse envoya à Napoléon un corps d’armée de 30.000 hommes, sous le commandement du général York. Lors de la funeste retraite de Russie, le général York sauva ses troupes en concluant, avec le général russe Diébitsch, une convention qui lui laissait le passage libre pour retourner eu Prusse, et son corps-d’armée, déclaré neutre, se sépara de l’armée française. Les désastres de 1812 semblaient indiquer que Napoléon avait enfin lassé la fortune. Le roi de Prusse se réunit contre lui aux grandes puissances, avec d’autant plus d’empressement qu’il avait été plus profondément humilié. Il conclut contre la France une alliance avec l’empereur de Russie, à Kalisch, le 23 février 1813, et, le 27 mars de la même année, envoya à Napoléon une déclaration de guerre. Les proclamations qu’il adressa à son peuple, les 3 et 9 février et le 17 mars 1813, étaient autant d’appels aux armes, qui furent accueillis avec enthousiasme, car il s’adressait à la nation au nom de la liberté et de l’indépendance de la patrie. Deux corps d’armée prussiens, commandés par Blücher et York, se réunirent à l’armée russe sous les ordres de Wittgenstein, et marchèrent en avant en entrant en Saxe. Le roi lui-même fit la campagne de 1813 et de 1814, et contribua à l’échec que Napoléon éprouva à Leipzig. Il se rendit ensuite à Paris, qu’il quitta avec l’empereur Alexandre de Russie pour se rendre à Londres. De là, il retourna à Berlin, où il fut reçu en triomphe par le peuple prussien (le 6 août I814). De Berlin, il se rendit à Vienne pour assister au congrès, dans lequel il défendit les intérêts prussiens, se fit restituer les Etats que Napoléon lui avait enlevés, et obtint, en outre, un agrandissement de territoire. Lorsqu’au mois de mars 1815 Napoléon revint de l’ île d’Elbe, Frédéric-Guillaume conclut une nouvelle alliance avec l’Autriche, la Russie et l’Angleterre, et l’on sait quelle part décisive les Prussiens de Blücher prirent à la bataille de Waterloo. De retour en Prusse, le roi fit célébrer le jubilé de l’avènement de la maison de Hohenzollern, qui depuis quatre cents ans gouvernait la Prusse. La paix rétablie, Frédéric-Guillaume continua à s’occuper d’accroître la prospérité de ses Etats ; mais il refusa d’accorder à la nation la constitution et le système représentatif, qu’il avait solennellement promis d’octroyer, le 22 mai 1815, après le retour de Napoléon Ier en France. Il régla les difficultés qui s’étaient élevées entre les Eglises protestantes et l’Eglise catholique, rétablit, en 1823, les états provinciaux, qui ne prouvaient apporter que de très légères modifications au pouvoir absolu, et augmenta considérablement l’ascendant de la Prusse en Allemagne, en fondant l’association douanière qui devait préparer l’unité politique de l’Allemagne. Lorsque la Révolution de Juillet éclata en France, suivie bientôt après de l’insurrection polonaise, Frédéric-Guillaume contribua, par sos efforts, à maintenir la paix de l’Europe, qui semblait de nouveau menacée. Il s’empressa de reconnaître Louis-Philippe, et ne voulut pas prendre part
à la compression de la Pologne. On a reproché à ce prince, qui n’était dénué ni d’intelligence ni de courage personnel, de s’être trop laissé gouverner par sa femme, la belle Louise de Mecklembourg, qu’il perdit en 1810. En 1821, il contracta un mariage morganatique avec la comtesse de Harrac, qui devint alors duchesse de Liegnitz.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Frédéric-Guillaume III de Prusse sur wikipedia

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mars 6, 2008

ALEXANDRE Ier (1777-1825), TSAR DE RUSSIE (1801-1825)

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Alexandre Ier, Tsar de Russie (1777-1825)

L’Empereur Alexandre, avec ses manières doucereuses et l’apparence de la modération, aura fait davantage dans l’intérêt de la Russie que l’ambitieuse Catherine, que les Russes prônaient tant.

C’est un grec du Bas-Empire, fin, faux, et adroit.

(Napoléon Bonaparte)

ALEXANDRE Ier, Paulowitch, empereur de Russie, fils de Paul Ier, né à St-Pétersbourg, en 1777, mort en 1825, à Taganrok. Il monta sur le trône en 1801, après le meurtre de son père, auquel on le soupçonna, sans preuves, de n’être pas resté étranger. Phénomène remarquable, et qui montre bien la puissance d’expansion des principes émis par la Révolution française, il fut, dans l’empire le plus absolu de la terre, le représentant des idées libérales, et entraîna son pays dans la voie des réformes et du progrès. Ses premiers actes furent une réparation des cruautés du règne précédent. Il ouvrit les cachots, rappela les bannis, abolit la censure, les tribunaux secrets, la confiscation, la torture, les ventes publiques de serfs ; diminua les impots, adoucit la législation criminelle, fonda des universités, des écoles et des hospices, réforma le code criminel, protégea la liberté commerciale et industrielle, et s’appliqua à faire fleurir dans ses vastes Etats les lettres, les sciences et les arts, dont les bienfaits étaient jusqu’alors restés presque inconnus à la Russie. A son avènement au trône, il maintint d’abord la paix qu’il trouva établie avec la France ; mais en 1805, inquiet des envahissements de Napoléon en Allemagne, il entra dans la troisième coalition, formée par l’Angleterre, l’Autriche et la Suède. La bataille d’Austerlitz força l’Autriche à signer la paix de Presbourg ; la journée d’Iéna renversa l’édifice que le grand Frédéric avait mis toute sa vie à élever, et les défaites successives qu’Alexandre essuya en 1807, à Eylau et à Friedland, amenèrent la fameuse entrevue qui eut lieu sur le Niémen entre lui et Napoléon, et où les deux souverains se jurèrent une éternelle amitié. Quelques jours après fut signé le traité de Tilsit, par lequel l’empereur de Russie reconnut toutes les conquêtes de son ennemi, et adhéra au système du blocus continental (8 et 9 juillet 1807). Le roi de Suède, son ancien allié, ayant refusé de fermer ses ports aux vaisseaux anglais, il lui fit la guerre, et lui enleva la Finlande en même temps qu’il se rendait maître de plusieurs provinces de la Perse et de la Turquie. L’entrevue d’Erfurt vint encore resserrer son alliance avec Napoléon, pour lequel il ressentait d’ailleurs la plus vive admiration. Cependant quelques modifications au système continental, qui lui étaient imposées par les besoins de ses peuples, et l’occupation du duché d’Oldenbourg par les troupes françaises, amenèrent une rupture entre les deux souverains, et la guerre ne tarda pas à sortir de cette situation. On connaît les résultats de cette funeste campagne de 1812 entreprise par Napoléon. Pendant que les débris de l’armée française se retiraient en Allemagne, Alexandre lança de Varsovie un manifeste par lequel il appelait l’Europe aux armes (1813), et forma une nouvelle coalition dans laquelle entrèrent l’Angleterre, la Prusse, la Suède et l’Autriche. Les alliés essuyèrent d’abord plusieurs défaites à Lutzen, à Bautzen et à Dresde, mais la bataille de Leipzig leur ouvrit les portes de la France, et ils arrivèrent jusqu’à Paris (1814), malgré les prodiges de génie que fit Napoléon dans cette campagne immortelle. Alexandre, qui jouait le principal rôle dans ces événements, contribua à replacer la famille des Bourbons sur le trône, et se conduisit avec une modération et une bienveillance qui lui concilierent l’estime des classes élevées, moins sensibles aux humiliations de l’invasion étrangère que charmées de l’affabilité de l’autocrate vainqueur. Après avoir signé le traité qui assurait la paix générale et garantissait à la France l’intégrité de son territoire primitif, il se rendit en novembre 1814 au congrès de Vienne, où il fit confirmer l’usurpation de la Pologne, qu’il avait consommée l’année précédente. Après le retour de Napoléon de l’île d’Elbe et la bataille de Waterloo, Alexandre revint à Paris avec les troupes alliées (1815), et participa cette fois aux mesures rigoureuses prises contre la France ; néanmoins il s’opposa a son démembrement et sauva plusieurs monuments qu’on voulait détruire. Avant de quitter Paris, il signa avec les souverains de Prusse et d’Autriche le traité de la Sainte-Alliance, qui, sous l’apparence d’une ligue pour le triomphe du christianisme, n’était en réalité qu’une coalition des rois contre les principes libéraux, coalition au nom de laquelle il fut entraîné plus tard à comprimer la liberté en Europe. De retour en Russie, Alexandre s’occupa de l’administration de ses vastes Etats, octroya à la Pologne une constitution qui ne fut jamais appliquée, travailla à réparer les maux de la guerre, établit des colonies militaires dans les parties les moins habitées de son empire, expulsa les jésuites, que son aïeule Catherine avait attirés en Russie, et adoucit le sort des serfs. Dans les dernières années de sa vie, il demeura fidèle à l’esprit qui avait dicté le traité de la Sainte-Alliance, et se montra constamment l’adversaire des idées libérales qu’il avait professées au début de sa carrière. Au reste, il ne s’appartenait plus à cette époque. Depuis la deuxième invasion, il était tombé sous l’empire de la mystique Mme de Krudener qui l’avait entraîné dans un quiétisme religieux énervant, et dont l’influence funeste survécut même à la perte de son crédit. Il mourut d’une fièvre endémique pendant un voyage dans les provinces méridionales de son empire. Ses derniers moments furent troublés par la découverte d’une vaste conspiration entreprise par la jeunesse russe des hautes classes, sous l’influence d’idées qu’elle avait rapportées de la France. Alexandre fut un prince éclairé et doué de qualités incontestables ; il acquit des droits à la reconnaissance de la France par sa modération et le frein qu’il imposa à la vengeance que les alliés voulaient tirer de vingt ans de revers et d’humiliations, mais la loyauté fut loin de présider à tous les actes de sa vie ; il ne se montra que trop souvent fidèle à cette politique cauteleuse qui est de tradition chez les souverains moscovites, et justifia ainsi l’épithète de Grec du Bas-Empire que Napoléon lui donna dans ses amères récriminations. Il ne laissait point d’enfant, et son frère Nicolas lui succéda.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Alexandre Ier de Russie sur wikipedia

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mars 5, 2008

FRANCOIS Ier (1768-1835), EMPEREUR D’AUTRICHE

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François Ier d’Autriche (1768-1835), Empereur d’Allemagne (1792-1805) puis d’Autriche (1805-1835)

Ce squelette de François II, que le mérite de ses ancêtres a placé sur le trône.

Je croyais l’empereur François un bon homme ; je me suis trompé !  C’est un imbécile, un paresseux sans cervelle et sans coeur. Il est dépourvu de tout talent. Il ignore l’affection, la sensibilité et la gratitude. En fait, les bonnes qualités lui font complètement défaut.

(Napoléon Bonaparte)

FRANÇOIS II (Joseph-Charles), empereur  d’Allemagne, puis FRANÇOIS 1er, empereur d’Autriche, né en 1768, mort en 1835. Il succéda, en 1792, à Léopold II, son père. C’était un prince d’une nullité à peu près complète. Il ne régna que de nom, sous la tutelle de Metternich. A son début, il entra en lutte avec la Révolution française, et, jusqu’en 1809 cette lutte ne fut pour lui qu’une série de désastres. En 1797, le traité de Campo-Formio lui enlève la Lombardie ; mais, par une condescendance coupable du Directoire, François reçoit Venise en dédommagement. La perte de la bataille de Marengo lui coûte plusieurs provinces (14 juin 1800). Défait à Austerlitz, il cède la Vénétie (1805). L’établissement de la Confédération du Rhin l’oblige à abdiquer le titre d’empereur d’Allemagne pour prendre celui d’empereur d’Autriche (1806) ; une nouvelle levée de boucliers, qu’il fait en 1809,lui coûte la Gallicie et les provinces illyriennes. Enfin, pour comble d’humiliation, il se voit obligé de donner sa fille aînée, Marie-Louise, à son heureux vainqueur (1810). L’alliance qu’il a contractée, il se hâte de la rompre dès que Napoléon est abandonné par la fortune (1813). Les succès de la coalition le remettent en possession de tous les Etats qu’il a perdus depuis vingt ans. François Ier se montra dur dans la répression des tentatives insurrectionnelles de la Lombardie eu 1821 : les tortures du Spielberg pèseront éternellement sur sa mémoire.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : François Ier d’Autriche sur wikipedia

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mars 3, 2008

LOUIS XVIII (1755-1824) – ROI DE FRANCE (1814-1824)

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Louis XVIII (Louis Stanislas Xavier de Bourbon), Roi de France (1814 - 1824)

S’ils sont sages, les Bourbons ne changeront que les draps de mon lit ; ils se serviront des hommes que j’ai formé. Ceux qui les entourent ne sont que des passions et des haines habillées.

(Napoléon Bonaparte)

LOUIS XVIII (Louis-Stanislas-Xavier), né à Versailles le 16 novembre 1755, mort le 26 septembre 1824. Il était petit-fils de Louis XV et frère puîné de Louis XVI, comme, le comte d’Artois (Charles X). Il porta d’abord le titre de comte de Provence, et fut marié en 1771 à Marie-Joséphine-Louise de Savoie. A l’avènement de Louis XVI, il prit, suivant les usages de la monarchie, le titre de Monsieur, dévolu au frère aîné du roi. D’un esprit médiocre et étroit, comme ses frères, il avait cependant l’intelligence moins épaisse et profita mieux qu’eux de l’instruction, d’ailleurs assez bornée, qui leur fut donnée sous la direction de La Vauguyon. Ce fut le lettré de la famille ; toute sa vie il afficha des prétentions littéraires plus ou moins justifiées. Il avait du moins le goût des lettres et il aimait à s’entourer de ceux qui les cultivent. Mais il était aussi fort pédant. A son arrivée en France, Marie-Antoinette fut frappée de ce caractère, et sa correspondance en contient plusieurs témoignages. Le portrait qu’elle donne du comte de Provence est celui d’une sorte de régent de collège, se tenant dans sa cravate et reprenant tout le monde avec un ton de dédaigneuse supériorité. « Je n’ose parler devant lui, dit-elle, depuis que je l’ai entendu, à un cercle, reprendre, pour une petite faute de langue, la pauvre Clotilde (sa soeur), qui ne savait où se cacher. » II y avait entre lui et la dauphine une antipathie qui ne fit que s’accroître avec le temps. Devenu le second personnage du royaume à l’avènement de Louis XVI, il manifesta des prétentions à se mêler des affaires de l’Etat, qui le mirent plus d’une fois en désaccord avec la reine. Il réunissait chez lui une société choisie de littérateurs et de publicistes, et se faisait le centre d’un petit groupe de frondeurs et d’opposants, parmi lesquels on peut citer Ducis, qui était secrétaire de ses commandements, Target, Arnault, Bulhières, Doyen, le marquis de Bièvre, l’abbé de Lattaignant, Laporte du Theil, etc.. Lors de la première Assemblée des notables (1787), il eut la présidence de l’un des sept bureaux et contribua à la chute de Calonne. Dans la deuxième, qui eut lieu l’année suivante, il se prononça avec son bureau pour la double représentation du tiers aux états généraux et refusa de signer la protestation des princes contre la convocation de ces états qui allaient être la Constituante. Cette conduite le rendit fort populaire. On ne peut pas dire cependant qu’il eût le moindre attachement sérieux pour les principes de la Révolution ; seulement, avec le bon sens pratique qui est quelquefois le partage des intelligences moyennes, il sentait bien que l’ère de la monarchie absolue était close. En outre, comme tous les cadets de maison princiers et les collatéraux, il songeait aux éventualités de l’avenir et n’était pas fâché de se ménager un point d’appui sur une ombre de popularité. Après la grande journée du 14 juillet, il ne suivit point les princes dans l’émigration et resta auprès de la famille royale, prodiguant facilement des conseils qui n’étaient pas toujours bien accueillis. Cependant, après les journées d’octobre, Louis XVI le nomma secrètement lieutenant général du royaume, pour le cas où lui-même se trouverait empêché. Jusqu’à quel point le comte de Provence trempa-t-il dans la conspiration de Favras et quel était le but réel de ce complot ? C’est un problème qu’il serait tissez difficile de résoudre en l’absence de documents positifs. Il est certain que Favras était un de ses hommes, et il est fort probable qu’il agissait pour lui. Le plan était, dit-on, de surprendre l’Hôtel de ville, de tuer La Fayette et Bailly, de dompter la Révolution et de faire donner la régence à Monsieur. L’arrestation de Favras, les bruits qui coururent, l’éclat de cette affaire effrayèrent fort le comte de Provence, qui fit la démarche singulière d’aller se justifier devant le conseil de la Commune de Paris ; renier Favras, et faire une parade hypocrite de ses sentiments populaires et de son amour de la liberté. Flattés de cette manœuvre habile du premier prince du sang, les magistrats municipaux, qui d’ailleurs n’avaient pas qualité pour recevoir un tel acte, accueillirent cette justification avec des acclamations enthousiastes. Monsieur se trouvait ainsi amnistié par la grande autorité populaire, la municipalité de Paris. Devant l’histoire, il n’a jamais été bien justifié. Favras marcha au supplice sans trahir son secret. Ses papiers, recueillis par le lieutenant civil, furent, suivant La Fayette, remis plus tard par la fille de ce magistrat à Louis XVIII, qui s’empressa de les brûler. Lors du départ de Mesdames pour l’émigration (février 1791), le comte de Provence, interrogé par une députation populaire sur les projets de départ qu’on lui supposait, jura habilement qu’il ne se séparerait jamais du roi ; réponse pharisaïque, comme le prouva l’événement. Dans la nuit du 20 au 21 juin de la même année, il quitta le palais du Luxembourg, sa résidence en même temps que la famille royale sortait secrètement des Tuileries. Plus heureux que les membres de sa famille qui furent arrêtés à Varennes, Monsieur, qui avait suivi une autre route, atteignit Bruxelles au moyen d’un vieux passeport anglais, qu’il avait gratté et falsifié de sa propre main. Il a donné lui-même le récit de sa fuite dans un écrit qui eut plusieurs éditions en 1823 : Relation d’un voyage de Bruxelles à Coblentz. Dans l’émigration, il joua le même rôle que le comte d’Artois et ne fut occupé, pendant plus de vingt-deux ans, que d’intrigues et de complots contre la France. Etabli d’abord dans un château près de Coblentz, il reçut de Louis XVI de pleins pouvoirs pour agir comme lieutenant général du royaume, fut un des instigateurs de la déclaration de Pilnitz, refusa d’obéir aux décrets sur les émigrés et de rentrer en France, et fut déclaré par l’Assemblée nationale déchu de ses droits à la régence. Au commencement de la guerre, qu’il avait contribué à allumer par ses sollicitations auprès des princes étrangers, il prit avec le comte d’Artois quelque part aux opérations de l’armée de Condé, eu même temps qu’il expédiait dans diverses parties de la France des agents royalistes pour fomenter la guerre civile. Apres la révolution du 10 août, les princes entrèrent en France derrière les armées étrangères ; mais, bien qu’ils commandassent un corps d’émigrés et de mercenaires, ils ne jouèrent qu’un rôle insignifiant pendant cette campagne et durent, après Valmy, battre en retraite avec les Prussiens, fort indignés qu’on n’eût pas écrasé du premier coup la France et la Révolution. Bientôt ils furent obligés de licencier leur petite armée. Retiré en Westphalie, il prit le titre de régent après le supplice de Louis XVI, et proclama devant quelques émigrés le dauphin roi de France, sous le nom de Louis XVII. Il prit d’ailleurs au sérieux sa qualité de régent in partibus, expédia des lettres patentes, des croix de Saint-Louis, nomma le comte d’Artois lieutenant général du royaume, eut un conseil, un ministère, une maison, des gardes, etc. Enfin, après la mort du jeune prince, il s’affubla de la qualité de roi de France et de Navarre, par la grâce de Dieu. A dater de ce moment, il régna sur nous avec le plus grand sang-froid, sans que la France s’en doutât ; il eut de plus en plus des capitaines des gardes, des premiers gentilshommes de la chambre, une maison civile et militaire, etc. Ces manies étaient assurément fort innocentes, mais elles n’indiquaient pas une grande force de tête ni une intelligence bien nette des hommes, des choses et du temps. On sait aussi que, fidèle à son système, il prétendait en 1814 dater son règne du jour de la mort de Louis XVII. Il est bon de rappeler que, comme tous les émigrés de marque, il était soudoyé par les puissances étrangères et qu’il vécut des subsides de l’Angleterre, de la Russie et autres. Il était à Vérone lors de la campagne de Bonaparte en Italie et dut s’éloigner sur l’invitation du sénat de Venise. Il se retira à Blankenbourg, dans le duché de Brunswick, puis à Mittau (Courlande), enfin à Varsovie, successivement délogé de tous ses asiles par lus victoires de la grande République. Avec l’or de l’étranger, il entretenait en France des agences royalistes, des officines de complots, forma divers projets pour venir se mettre à la tète de ses partisans, soit dans Toulon révolté, soit en Vendée, mais en définitive se borna toujours à combattre de loin et par correspondance. En 1803, le premier consul lui fit proposer de renoncer pour lui et sa famille à la couronne de France, en échange d’une riche compensation pécuniaire et d’indemnités territoriales en Italie. A cette ouverture singulière, le prince répondit avec assez de dignité qu’il ne transigerait jamais sur ses droits, et que le premier consul les établirait lui-même par sa démarche, s’ils pouvaient être litigieux. D’ailleurs, il témoignait quelque intérêt à Bonaparte, lui savait gré de plusieurs actes d’administration, car il était disposé à tenir compte du bien qu’on ferait à son peuple, etc. Bonaparte se le tint pour dit. Lors de la proclamation de l’Empire, le prétendant, fidèle à son rôle, protesta solennellement contre cette usurpation de ses droits ; il renvoya même sa décoration de la Toison d’or au roi d’Espagne, qui, bon gré mal gré, avait reconnu Napoléon, et renonça en outre à la pension qu’il recevait de cette puissance. Ses espérances de restauration ne paraissaient pas alors près de se réaliser. La Vendée était pacifiée ; ses négociations avec Pichegru avaient été définitivement éventées par l’arrestation de celui-ci ; ses tentatives de corruption sur les hommes publics n’avaient, en fin de compte, produit aucun résultat ; toutes les conspirations nouées sous le Directoire avaient échoué ; enfin l’avènement de Bonaparte, son affermissement comme empereur ne paraissaient guère de nature à avancer les affaires de la maison de Bourbon. En 1807, après la paix de Tilsit, Louis transporta sa royauté nomade en Angleterre, le continent européen étant presque entièrement asservi à l’influence de Napoléon. Il éleva d’abord quelque prétention d’être reconnu par les Anglais comme roi de France ; mais les nécessités de la politique ne le permirent pas ; officiellement, il ne fut que le comte de Lille, nom sous lequel il avait d’abord voyagé après avoir quitté la France. Il continua d’ailleurs d’être roi dans ses appartements et pour sa domesticité. Jusqu’en 1814, il résida d’abord à Gosfield, jusqu’à la mort de la princesse sa femme, puis au château de Hartwell, à 16 lieues de Londres, entretenu par la Russie et l’Angleterre d’une pension de 600.000 francs, et attendant mélancoliquement que les fautes de Napoléon lui ouvrissent les portes de la France. La campagne de Russie était de nature à ranimer ses espérances. Il en prit habilement occasion pour recommander à la bienveillance de l’empereur Alexandre les Français faits prisonniers à la suite de nos désastres, et qu’il appelait paternellement ses-sujets. Les malheurs de 1813 et de 1814 lui permirent de renouer ses trames en France ; ses agents s’abouchèrent avec les hauts fonctionnaires, en leur promettant, par un engagement écrit, la conservation de leurs places et traitements, moyen assuré de mettre leur conscience en paix. En janvier 1814, le duc d’Angoulême, le duc de Berry et le comte d’Artois partirent secrètement pour agir dans différentes parties de la France au moment de l’entrée des armées étrangères. On sait comment s’accomplit la Restauration. Les royalistes purs n’y jouèrent qu’un rôle effacé. Deux cent mille baïonnettes étrangères, la défection des grands dignitaires de l’Empire, l’épuisement de la nation, son immense besoin de paix et de repos, les basses sollicitations des royalistes auprès des souverains coalisés, qui d’abord n’avaient accueilli que froidement l’idée du retour des Bourbons, enfin le patronage de l’empereur de Russie, gagné par Vitrolles et plus encore par Talleyrand, firent beaucoup plus pour cette révolution que les souvenirs effacés d’une famille inconnue de la génération nouvelle, et qui depuis tant d’années était en guerre ouverte contre le pays, en confondant ses intrigues avec les hostilités de l’ennemi. Après l’entrée des alliés à Paris, le Sénat proclama la déchéance de Napoléon (3 avril), et quelques jours après appela Louis XVIII au trône, en lui offrant une espèce de constitution ou il avait eu soin de mettre au premier rang la conservation de son existence politique et des traitements et dotations de ses membres. Monsieur, comte d’Artois, comme lieutenant général, se hâta de témoigner la reconnaissance de sa maison aux puissances coalisées en signant, le 23, ce traité que Marmont lui-même a qualifié de monstrueux, et par lequel il cédait d’un trait de plume, sans aucune compensation, cinquante-quatre places garnies de dix mille pieces de canon que nous possédions encore en Italie, en Belgique, en Allemagne, etc. Cette largesse d’enfant de famille était un acompte sur les dettes de l’émigration. D’ailleurs, Paris vaut bien une messe. Le lendemain, Louis débarquait à Calais, et le 2 mai il promulguait, à Saint-Ouen, une Déclaration dans laquelle il promettait un régime constitutionnel. Il voulait bien faire quelque concession à l’esprit du temps, mais non pas accepter la constitution que le Sénat avait bâclée ; pour le principe de légitimité et de droit, il refusait à ses sujets le droit de lui imposer des garanties, qu’il ne consentait à leur accorder qu’à titre de don gracieux. C’est sous l’empire de cette idée, de cette fiction monarchique, que le 4 juin, de sa pleine puissance et autorité royale, il octroya la charte, qu’il data de la dix-neuvième année de son règne. Le lendemain de son entrée aux Tuileries, il se trouva en présence de difficultés qui le débordaient : cette espèce de constitution à faire pour une nation qu’il ne connaissait pas plus qu’il n’en était connu ; des faits accomplis qu’il, fallait bien accepter, quoiqu’ils fussent en contradiction avec le principe en vertu duquel il reprenait possession du trône ; des prétentions contradictoires à satisfaire ; deux Frances à unir et qui s’excluaient mutuellement sans pouvoir s’absorber : celle de la Révolution, vivante encore sous son vernis d’impérialisme, celle de l’émigration, qui avait à venger vingt-cinq années d’humiliation ; des embarras matériels de toute nature ; une armée décimée et d’ailleurs sourdement hostile ; d’invasion sur les bras, appui devenu fardeau et dont les troupes dévoraient le pays ; et dans son palais même, autour de lui, deux cours, deux, noblesses, qui se mesuraient des yeux et se disputaient déjà l’influence et les hautes charges : l’une au nom de sa prétendue fidélité pendant les jours d’épreuve, l’autre au nom de la prétendue sincérité de son adhésion. Une telle situation eût exigé le génie d’un grand politique. Or Louis XVIII, dont les flatteries de cour avaient fait un profond homme d’Etat, était bien loin d’être un aigle. Cet épicurien, déjà presque impotent, était même un homme fort médiocre, ses amis et ses serviteurs ont pris soin de nous, édifier à cet égard. (V. notamment Chateaubriand, Congrès de Vérone, Mémoires, etc., et Marmont, Mémoires). Il avait beaucoup de mémoire, une provision insuffisante de littérature, ce qu’il en faut pour les citations, de la malice plutôt que de l’esprit, des mots piquants et prémédités, comme il en vient aux gens disgraciés de la nature, et la manie des phrases à effet. Ajoutez peu d’énergie, peu d’application au travail, un dédain d’ancien régime pour les affaires. S’il aimait à figurer en roi (il jouait ce rôle imposant depuis tant d’années), il comprenait la royauté comme un « principe » et comme une chose d’apparat, non comme une action ; cela lui paraissait plus noble et plus « roi de France. » En outre, tout mouvement lui était pénible. Tout entier à ses citations latines, aux solennités majestueuses de sa table et à la recomposition de sa maison, il ne prenait part aux affaires que pour signer ce que ses ministres lui présentaient, et amusait ses loisirs par la composition de petits vers et d’articles pour les journaux (que polissait et signait M. de Jouy), et dans lesquels Sa Majesté livrait au ridicule les légions de royalistes non pourvus qui l’ennuyaient de leurs pétitions. Chateaubriand raconte qu’au moment où cent mille Français envahissaient l’Espagne, étant venu avec les autres ministres apporter au roi une dépêche importante, ils le trouvèrent noyé dans ses petites paperasses ; il se mit à leur déclamer la cantate de Circé, puis les couplets grivois du Sabot perdu. Ils n’en purent tirer autre chose, malgré la gravité des circonstances, et, remettant respectueusement leur dépêche, ils se retirèrent en laissant, comme le dit Chateaubriand, à « la frontière du Rhin sous la protection de Babet. » Remarquez que les autres membres de cette famille étaient encore au-dessous de son chef, par l’intelligence comme par le caractère, et que le roi avait pour le guider des hommes d’Etat de la force de MM. de Blacas, le favori du maître, type de l’émigré fidèle, et le plus inepte des ministres qui aient jamais contresigné une ordonnance ; Beugnot, homme d’esprit sans convictions, plus propre à chercher des mots qu’à trouver des idées ; Vitrolles, l’homme du comte d’Artois, la mouche du coche royal ; le général Dupont, entamé, sinon flétri par l’affaire de Baylen, et parfaitement choisi pour dépopulariser un gouvernement ; de Montesquieu, charmant impertinent de salon, petit-collet de l’ancien régime, tranchant du métaphysicien politique ; Malouet, dont on ne dit rien ; Talleyrand, dont on aurait trop à dire, impudent Mascarille caché dans la peau d’un homme d’Etat, résumant en lui la corruption de tous les régimes, et qui se parait de son immoralité avec la grâce dédaigneuse d’une courtisane ; Dambray, parlementaire de l’autre siècle, et qui ignorait absolument les choses nouvelles qui s’étaient passées depuis 1789, etc., etc. D’un autre côté, le pouvoir était assailli par les prétentions de ces émigrés qui n’avaient rien oublié ni rien appris, de nobles qui rêvaient follement le rétablissement de leurs privilèges, et de membres du clergé réclamant avec âpreté leurs prérogatives et leurs biens, et prescrivant l’observation des dimanches et fêtes. Le premier acte du gouvernement fut de signer le traité de Paris (30 mai), qui réduisait la France aux limites de 1792. Louis XVIII rétablit l’étiquette et le train de l’ancienne cour, toutes les fonctions gothiques de l’ancien régime, jusqu’à des chevau-légers, des mousquetaires, etc. ; établit la censure pour les écrits de moins de vingt feuilles et rendit aux émigrés les biens nationaux qui n’avaient pas été vendus. Ces mesures de réaction, d’autres encore, les humiliations infligées à l’armée, les menaces contre les acquéreurs de biens nationaux et tous les hommes qui avaient trempé dans la Révolution, l’origine même de ce gouvernement, qui devait son triomphe aux malheurs de la patrie et aux armes de l’étranger, tout concourait à rendre les Bourbons de plus en plus impopulaires. Napoléon, qui épiait les mouvements de l’opinion, crut le moment favorable, quitta secrètement l’île d’Elbe et vint débarquer avec une poignée d’hommes sur la côte de Provence le 1er mars 1815. Pendant qu’il poursuivait sa marche victorieuse sur Paris, les ministres et les serviteurs de la monarchie, comme les moines de Byzance, usaient les dernières minutes qui leur restaient en disputes stériles, sans s’arrêter, à aucun plan sérieux. On finit par proposer, comme résolution suprême, de fortifier les Tuileries et de s’y défendre contre l’usurpateur. Louis XVIII n’accueillit pas très chaleureusement cette idée de mourir sur sa chaise curule, et il ferma la discussion en filant lestement vers la frontière, muni des diamants de la couronne et d’une douzaine de millions (20 mars), pendant que ses fonctionnaires et ses corps constitués retournaient jouer devant Napoléon la mascarade accoutumée et lui porter l’assurance d’une fidélité devenue disponible. Pendant la période des Cent-Jours, il séjourna à Gand, attendant l’issue des événements. Après Waterloo, il rentra encore une fois derrière les étrangers. Cette deuxième restauration fut marquée par des réactions et par des vengeances contre ceux qui avaient fait défection pendant les Cent-Jours. Et d’abord les alliés exigèrent et obtinrent de nouveaux amoindrissements de la France (la Savoie, Marienbourg, Philippeville, Charlemont, Sarrebruck et Landau), ainsi qu’une contribution de guerre de 700 millions, le licenciement de l’armée de la Loire et l’obligation pour la France d’entretenir pendant cinq ans cent cinquante mille hommes des troupes coalisées, campés sur son territoire. Les proscriptions furent organisées avec l’aide de Fouché, qui avait été nommé l’un des ministres, Ney, Labédoyère, Mouton-Duvernet, les frères Faucher, etc., furent condamnés à mort. La Terreur blanche désola le Midi : Brune, Ramel, Lagarde et autres généraux ou patriotes furent massacrés par les verdets, sans que jamais leurs assassins, les Trestaillou, les Truphémy,et autres misérables, aient été punis. Bientôt se réunit la fameuse chambre introuvable (octobre 1815), composée des ultras les plus exaltés, et qui vota coup sur coup la suspension de la liberté individuelle, l’établissement des cours prévôtales et autres mesures odieuses, telles que la fameuse loi d’amnistie, qui n’était en réalité qu’une loi de proscription, et qui servit notamment à prononcer le bannissement des conventionnels qui avaient voté la mort du roi. En ce qui concerne Louis XVIII, il faut lui rendre cette justice, qu’il était plus modéré, d’un royalisme moins exagéré que ses partisans. Aussi la frénésie de ceux-ci faisait-elle dire assez plaisamment qu’ils étaient plus royalistes que le roi. Fatigué des violences de la faction, et de concert avec le ministre Decazes, le monarque prononça la dissolution de la chambre (5 septembre 1816). Les élections donnèrent une assemblée moins réactionnaire, qui, se renouvelant annuellement par cinquième, en vertu d’une nouvelle loi électorale, compta bientôt, dans son sein La Fayette, Benjamin Constant, Manuel et une vingtaine d’autres membres de la gauche. Mais cependant la faction des ultras, qui avait le comte d’Artois pour chef, luttait encore, même contre le roi, et menaçait à chaque instant de l’emporter. Le, ministère Decazes, semi-modéré, était l’obstacle. L’assassinat du duc de Berry (1820) fut le prétexte pour le renverser et pour rentrer dans la réaction (modification de la loi électorale, nouvelle suspension de la liberté individuelle, etc.). Fatigué de tant de luttes, et d’ailleurs continuellement souffrant, le roi devint de plus en plus étranger au gouvernement. Bientôt, au ministère du duc de Richelieu succéda le cabinet Villèle, appuyé sur la droite. Pendant le cours de ces événements, un grand nombre de complots et de tentatives insurrectionnelles avaient été étouffés dans le sang, mais en témoignant de l’impopularité de la, Restauration. Signalons l’affaire des frères Lallemand et de Lefèvre-Desnouettes (1814) ; la conspiration de Didier, à Grenoble (1810) ; celle dite des patriotes, à Paris, dans la même année ;  le complot de Lyon (1817) ; celui de 1820, à Paris ; les affaires de Colmar et de Belfort des sergents de La Rochelle, de Saumur, etc., etc. La plupart de ces conspirations étaient l’œuvre du carbonarisme et n’eurent d’ailleurs d’autre résultat que de coûter beaucoup de sang au parti patriote et libéral. Cependant, elles remuaient profondément l’opinion, qui se prononçait de plus en plus ouvertement contre le gouvernement des Bourbons. La guerre d’Espagne, en faveur de l’absolutisme, fut le dernier événement important du règne, guerre impopulaire autant que inique, mais dont le succès imposa pour un moment silence à l’opposition. L’expulsion de Manuel de la Chambre, de nouvelles élections défavorables à la gauche, une indemnité de milliard accordée aux émigrés, enfin lu prise de possession du pays par la Congrégation, c’est-à-dire par les jésuites, marquèrent les derniers moments de Louis XVIII. Ce monarque était devenu d’une obésité extraordinaire, à ce point qu’il ne pouvait plus marcher ; il avait d’ailleurs des plaies très douloureuses aux jambes, et, au moment de sa mort, la chair de ses pieds tombait en lambeaux. Une femme spirituelle, la comtesse Zoé du Cayla, le consolait au milieu de ses souffrances et de, son inactivité. Elle était favorite en titre, autant du moins qu’il était possible de l’être. M. Guizot apprécie ainsi Louis XVIII, en le comparant à son frère : « Louis XVIII était un modéré de l’ancien régime et un libre penseur du xvnie siècle ; Charles X était un émigré fidèle et un dévot soumis. La sagesse de Louis XVIII était à la fois pleine d’égoïsme et de scepticisme, mais sérieuse et vraie. Quand Charles X se conduisait en roi sage, c’était par probité, par bienveillance imprévoyante, par entraînement du moment, par désir de plaire, non par conviction et par goût. A travers tous les cabinets de son règne, l’abbé de Montesquieu, M. de Talleyrand, le duc de Richelieu, M. Decazes, M. de Villèle, le gouvernement de Louis XVIII fut un gouvernement conséquent et toujours semblable à lui-même. » Lamartine a porté sur ce prince le jugement suivant : « Louis XVIII, dans les antécédents de son règne, dans son nom de Bourbon dans son malheur de succéder à Napoléon, qui avait à la fois tant agrandi et tant rapetissé la France ; dans l’invasion qui lui faisait brèche pour rentrer dans son pays, dans l’occupation étrangère qui foulait le sol de la France sous son règne, dans son parti naturel, dans une partie de sa famille surtout, avait des occasions et presque des nécessités de fautes qu’il serait injuste de lui imputer à lui-même… Comme souverain, il eut beaucoup de ressemblance avec Henri IV, qu’il se complaisait tant à citer parmi les ancêtres de sa conronne. La nature, le temps et les circonstances lui déniaient la gloire des armes. Mais il n’eut ni l’héroïsme, ni l’éclat, ni la poésie de Henri IV ; il n’eut aussi ni la légèreté de cœur, ni les apostasies de foi, ni les ingratitudes de parti de son aïeul. Conquérir les esprits rebelles et pacifier les opinions divisées d’un peuple, après la Révolution française, après les conquêtes de l’Empire et les revers de l’invasion, était peut-être aussi difficile pour Louis XVIII que de conquérir et de subjuguer le sol après la Ligue pour le roi de Navarre. Vaincre avec un parti et régner pour un autre fut la destinée de tous les deux. Mais Louis XVIII ne trompa pas le sien et ne l’asservit pas, comme Henri IV, au parti contraire. Il s’appliqua seulement à le modérer pour le nationaliser avec lui. L’un de ces princes fut soldat, l’autre législateur de son royaume ; les guerriers sont des conquérants de territoires, les législateurs sont des conquérants de siècles : Henri IV ne fendait qu’une dynastie, Louis XVIII fondait des libertés. C’est là son titre, la France le lui maintiendra ; et si elle ne le place pas au rang de ses plus grands hommes, elle le placera au rang des plus habiles et des plus sages de ses rois. » Ce prince, comme nous l’avons dit, était lettré ; il se plaisait à faire des citations d’Horace, son auteur favori, et d’autres classiques latins. On lui attribuait aussi beaucoup de mots, entre autres celui-ci : « L’exactitude est la politesse des rois. » Terminons cet article par l’anecdote suivante, que Volney se plaisait à raconter à ses amis. Ayant demandé un jour une audience à Louis XVIII, le roi lui fit dire qu’il était occupé, qu’il le priait d’attendre un peu. « On me fit faire antichambre une heure de temps, disait Volney. Enfin on m’introduisit. Savez-vous quelle était l’occupation du monarque ? Je le trouvai en manches de chemise, en faction derrière la porte de sa chambre à coucher, armé d’un manche à balai. Il me dit que depuis une heure il attendait là pour éreinter le chat de Mme de ….. (j’ai oublié le nom….. de Mme de Maupas, je crois), qui se permettait de venir chaque nuit manger son encas de nuit. »

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Louis XVIII sur Wikipedia

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mars 2, 2008

MARECHAL GROUCHY (1766-1847)

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Maréchal Emmanuel de Grouchy (1766-1847)

Non, non, Grouchy n’a pas agi [à Waterloo] avec l’intention de trahir, mais il a manqué d’énergie. Il y a eu aussi de la trahison dans l’état-major. Cependant je n’en suis pas certain, n’ayant jamais revu Grouchy depuis lors.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal GROUCHY (Emmanuel, marquis DE), maréchal de France, né à Paris en 1766, d’une ancienne famille de Normandie, mort en 1847. Ce général, on ne l’ignore pas, a été l’objet de beaucoup de controverses à propos de son rôle a la bataille de Waterloo, qu’on l’accuse communément d’avoir fait perdre par son inertie. Mais donnons d’abord le résumé de sa vie militaire, qui ne fut pas sans éclat. Il entra au service à l’âge de treize ans, et il était sous-lieutenant aux gardes du corps lorsque éclata la Révolution, dont il embrassa la cause avec le généreux enthousiasme de la jeunesse. Il devint rapidement général, combattit en Savoie et en Vendée, fut destitué, comme noble, pendant la Terreur, mais réintrégré l’année suivante, et adjoint au général Hoche, qu’il seconda dans l’expédition de Quiberon et dans l’expédition avortée d’Irlande (1796). Il passa ensuite à l’armée d’Italie, parvint, par un coup de main hardi, à déterminer l’abdication du roi de Sardaigne en faveur de la France, et montra un courage héroïque à la malheureuse bataille de Novi, où il tomba, atteint de quatorze blessures, entre les mains des Russes. Echangé après Marengo, il reçut le commandement d un corps d’armée, prit une part glorieuse, sous Moreau, à la bataille de Hohenlinden, puis se distingua à Ulm, à Eylau et à Friedland. Il avait voté contre le Consulat, et il s’était honoré en prenant la défense de Moreau, son ancien chef et son ami ; néanmoins, il reçut, en 1808, le gouvernement de Madrid, se distingua de nouveau à Raab et à Wagram, commanda un des trois corps de cavalerie de la grande armée, dans la campagne de Russie, et, par son intrépidité à Wilna, Krasnoé, Smolensk, la Moskowa, fut jugé digne de commander, pendant la retraite, l’Escadron sacré, débris des cadres de nos héroïques légions. Tombé dans une sorte de disgrâce en 1813, il ne reprit un commandement que dans la lutte suprême de l’année suivante, soutint sa réputation pendant la campagne de France, et fut blessé assez grièvement au combat de Craonne. Mis à l’écart par la Restauration, il reçut, au retour de l’île d’Elbe, le commandement de l’armée du Midi (1815), contraignit le duc d’Angoulème à capituler, et fut élevé à la, dignité de maréchal de France. Au début de la campagne si courte et si tragique de 1815, il eut sous ses ordres la cavalerie de réserve, et joua un rôle extrêmement brillant à la bataille de Ligny. Ici nous touchons à Waterloo. Au lendemnin de Ligny, c’est-à-dire le 17 juin, Napoléon donna à Grouchy le commandement d’un corps d’armée de 35.000 hommes, avec ordre de poursuivre les Prussiens, d’empêcher Blücher de faire sa jonction avec Wellington. D’après la légende longtemps reçue, la conduite de Grouchy, depuis cette matinée du 17 jusqu’à la soirée du 18, n’aurait été qu’une suite de bévues, un enchaînement de fautes plus grossières les unes que les autres ; enfin la bataille de Waterloo eût été gagnée par Napoléon, si le maréchal n’eût laissé passer les Prussiens ou fût accouru sur le terrain avec son corps d’armée. M. Thiers, toujours favorable aux données populaires et napoléoniennes, n’a fait que confirmer cette version complaisante, écho du Mémorial de Sainte-Hélène. Napoléon, en effet, suivant son invariable coutume de rejeter ses propres fautes sur ses lieutenants, a imputé la perte de la bataille, nettement, formellement, à Ney et à Grouchy, l’un fusillé, l’autre proscrit pour sa cause. Ces allégations, soutenues par d’autres témoignages, ont donné lieu à différentes publications. Grouchy, encore en exil, fit paraître en 1819 un mémoire justificatif ; quelques assertions contenues dans ce mémoire furent alors combattues ; la publication d’un poème de Méry et de Barthélémy vint réveiller cette controverse. Le général Gérard, depuis maréchal, alors député de la Dordogne, dans le camp de l’opposition, y prit part, et publia un écrit intitulé : Quelques documents sur la bataille de Waterloo, propres à éclairer la question portée devant le public par M. le marquis de Grouchy (brochure in-8°). Il y a déjà de la malveillance dans ce titre : Grouchy était marquis, sans doute, mais il était général, titre qui, aux yeux de M. Gérard, devait valoir mieux que l’autre, et qu’en bon camarade il eût dû préférer donner à celui qu’il voulait combattre. Mais passons. Le point sérieux du débat est celui-ci : Grouchy commandait un corps d’armée séparé du corps de bataille et opérant sur la droite. Il avait ordre de suivre Blucher, qui se retirait du côté de Namur, mais qui déroba habilement sa marche au général français au moyeu d’une forte arrière-garde, passa la Dyle à Wavres et revint sur Waterloo opérer sa jonction avec les Anglais et décider la victoire. Le matin du 18, Grouchy marcha sur Wavres, lorsqu’il entendit une forte canonnade sur sa gauche : c’était le canon de Waterloo. S’il eût marché sur le canon, il eût, dit-on, en prenant part à l’action principale, opéré une diversion puissante qui, peut-être, eût changé les résultats de cette funeste et mémorable journée. Pour ne l’avoir pas fait, Grouchy allégua ses ordres, qu’il n’aurait pu modifier, en y contrevenant, qu’en prenant sur lui une grave responsabilité, et en vertu d’une certitude qu’il n’avait pas. Mais ce n’est pas tout ; non-seulement on disait que Grouchy n’avait point eu l’idée de marcher sur la gauche, mais qu’il avait expressément rejeté le conseil que lui donnait le général Gérard, de manœuvrer en ce sens. Ce fait est contesté dans le mémoire de 1819, qui contient, en outre, quelques observations défavorables au 4e corps. Le général Gérard n’avait point d’abord répondu ; d’autres l’avaient fait pour lui ; mais, quant à lui, il pensait sans doute que la situation malheureuse d’un ancien compagnon d’armes lui prescrivait le silence. Mais ce motif n’existant plus en 1823, et comme la question venait d être relevée dans un sens contraire au sien, il crut de son devoir de s’expliquer. Dans la brochure qu’il publia à cette époque, le commandant du 4e corps se justifie sans doute de tout reproche, mais il n’y prouve pas que Grouchy en ait eu à se faire. Gérard y dit bien qu’il avait ouvert, le 18, entre onze heures et midi, l’opinion de faire manœuvrer un corps d’armée, avec quelque cavalerie, sur le canon de l’Empereur. « Je n’ai pas la présomption de dire, ajoute-t-il, que dans ce moment je calculais les immenses résultats qu’aurait produits cette manœuvre, comme l’événement l’a prouvé, si elle eût été exécutée ; en manifestant cet avis, je n’étais frappé que de l’idée, du reste fort simple, de nous lier avec les troupes de gauche. » Tout cela est fort bien, et peut entrer comme témoignage dans le grand procès d’art militaire dont la bataille de Waterloo est le sujet, mais ne prouve pas que le général Grouchy, qui croyait encore avoir les Prussiens devant lui, ait dû prendre sur lui d’exécuter une manœuvre que ses ordres lui prescrivaient de ne pas faire. Il a pu être malhabile dans une circonstance suprême où le succès fait absoudre de la désobéissance ; mais il y a loin de là à un mauvais dessein prémédité et surtout à cette persistante et terrible accusation de trahison, que les partisans trop zélés de Napoléon ont voulu et veulent encore attacher au nom de Grouchy. Sa conduite postérieure le justifie d’ailleurs suffisamment de ce banal reproche de trahison. Son fils, sénateur du second Empire, a publié, en 1864 (Paris, Dentu, in-12), une brochure destinée à réfuter une partie des assertions de M. Thiers, et qui est intitulée : le Maréchal Grouchy du 16 au 18 juin 1815. Sans doute, on doit se tenir en garde contre ces apologies de famille ; mais ce travail contient des détails intéressants, et nous devions l’indiquer comme une des pièces du procès. Mais il y a des études plus profondes et plus concluantes, parce qu’elles embrassent tout l’ensemble des opérations. Pour avoir une idée exacte et de cette terrible défaite et de l’épisode qui nous occupe, il est absolument indispensable de lire les derniers travaux, et spécialement L’Histoire de la campagne de 1815, par Charras, et le livre de M.E. Quinet sur le même sujet (Paris, Michel Lévy, 1862). La question qui nous occupe est complètement élucidée dans ces ouvrages de premier ordre, qui, sortant de la donnée commune, s’appuyant sur une masse de matériaux, ont porté lumière sur bien des points et détruit bien des préjugés. En ce qui concerne Grouchy, qu’il ait commis des fautes, c’est ce qui parait incontestable ; mais il ne l’est pas moins que la direction fausse dans laquelle il s’avança et s’égara lui avait été imposée par Napoléon, qui, au lieu de faire poursuivre les Prussiens dès le soir même de Ligny, et, dans la nuit, de les faire serrer de près, afin qu’il ne pussent nous dérober un seul de leurs mouvements, attendit au lendemain, à trois heures de l’après-midi, pour se décider à une sérieuse recherche, pour envoyer sur leurs traces, désormais confuses et trompeuses, un corps d’armée qui ne pouvait plus que les suivre à tâtons et très difficilement les atteindre. Voilà quelle aurait été l’une des premières causes du succès de la manœuvre audacieuse de Blücher, et ce qui lui ouvrit toute large la route de Saint-Lambert et de Planchenoit. Grouchy ne prévit pas, sans doute, la jonction ; mais Napoléon ne la prévit pas davantage, voilà ce qui paraît établi ; il croyait les Prussiens en pleine retraite, et il envoya son lieutenant à leur poursuite, sans instruction précise, sans que rien dénotât chez lui l’idée de s’appuyer sur les divisions Grouchy et d’agir de concert. Grouchy aurait dû, dit-on, marcher au canon, vers Waterloo ; mais, outre que ses ordres ne lui prescrivaient rien pour une telle éventualité (et l’on sait que les prescriptions impérieuses de Napoléon glaçaient toute initiative chez ses généraux), rappelons, encore une fois, qu’il croyait avoir toute l’armée prussienne non loin de lui, et qu’en abandonnant sa position il pouvait craindre de lâcher la proie pour l’ombre et d’entraver les combinaisons de l’Empereur. Son erreur prouve qu’il a manqué de tact militaire et d’habileté ; niais cette erreur admise, il pouvait très légitimement se croire dans la lettre et dans l’esprit de ses instructions. Et, maintenant, que fût-il arrivé s’il avait dirigé son corps d’armée sur le lieu de l’action ? Ici nous sommes en pleine conjecture. Cependant, il y a un fait capital, qui permet de supposer avec quelque vraisemblance que l’issue de la bataille n’aurait probablement pas été changée. En effet, Blücher avait pris ses dispositions de marche à la pointe du jour (qu’on n’oublie pas que nous sommes en juin) pour acheminer son armée sur Waterloo, et cependant ses bataillons n’y arrivèrent qu’à quatre heures, et successivement jusqu’à sept heures et demie. Or Grouchy, qui n’avait aucun ordre pour prendre part à la bataille du 18, et qui n’aurait pu y songer qu’à midi passé, quand il entendit les premiers grondements lointains du canon, serait certainement arrivé longtemps après Blücher, et peut-être après la fin du terrible combat. Il faut ajouter que, par un contre-temps fréquent à la guerre, il ne reçut aucune des dépêches que Napoléon lui envoya assez tard dans la journée, soit que les estafettes eussent été prises ou tuées, soit qu’elles eussent passé à l’ennemi. Nous ne pousserons pas cette analyse au delà de ce qui était nécessaire pour donner une idée du rôle de Grouchy, évidemment dénaturé, et dont la gravité a été exagérée à ce point que les fictions populaires lui font supporter tout le poids de la responsabilité, dans la terrible défaite de Waterloo. Après l’écrasement de notre armée, Grouchy fit la seule chose qui restait à faire à un capitaine vigilant : il opéra sa retraite en bon ordre, se retira sur Paris, où il fit proclamer Napoléon II au milieu de ses troupes, et n’abandonna le commandement que devant le mauvais vouloir de ses généraux. Proscrit par la Restauration, il passa aux États-Unis, revint en France en 1821, ne put obtenir d’être employé dans la guerre d’Espagne (1823), et ne fut rétabli dans sa dignité maréchal de France qu’après la Révolution de Juillet. Appelé par Louis-Philippe à la Chambre des pairs, il vota avec l’opposition modérée, et ne voulut prendre aucune part aux débats du procès d’avril 1834. Depuis 1815 jusqu’à la fin de sa vie, il eut à répondre aux attaques les plus passionnées et souvent les plus injustes, pour sa conduite dans la dernière guerre de l’Empire. Voici les principaux écrits qu’il a publiés à cette occasion : Observations sur la Relation de la campagne de 1815, du général Gourgaud (1819) ; Réfutation de quelques articles dex Mémoires du duc de Rovigo (1829); Influence que peuvent avoir sur l’opinion les documents relatifs à la bataille de Waterloo publiés par le comte Gérard (1S30) ; Plainte contre le général -Berthezène (1840) ; Fragments historiques (1840).

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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MARECHAL PONIATOWSKI (1763-1813)

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Prince Jozef Poniatoski (1763-1813), maréchal de France, “Le Bayard Polonais”

Le vrai roi de Pologne, c’était Poniatowski ; il réunissait tous les titres, et il en avait tous les talents.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal PONIATOWSKI (le prince Joseph), général polonais et maréchal de France, né à Varsovie en 1763, mort près de Leipzig en 1813. C’est le plus illustre des membres de cette famille et celui qui a le plus contribué à rendre la cause polonaise populaire en France. Sa bravoure chevaleresque lui fit donner le surnom de Bayard polonais, et notre grand poète Béranger lui a consacré une de ses odes immortelles. Il était neveu du roi Stanislas-Auguste et fils d’André Poniatowski, né en 1735, mort en 1773, qui, ayant été nommé ambassadeur de Pologne à Vienne en 1764, prit peu après du service dans l’armée de Marie-Thérèse et reçut le grade de lieutenant général d’artillerie. Le prince Joseph fit ses premières armes dans l’armée autrichienne, au service de Joseph II, et se distingua dans la guerre contre les Turcs (1787), rentra dans sa patrie en et s’occupa de la réorganisation de l’armée polonaise. Pendant la guerre de 1792 contre les Russes, on lui confia la défense des points les plus importants de la Pologne et le commandement de l’armée du Midi. Il remporta de brillants avantages à Zielenka et à Dublenka ; mais sa déférence aux ordres contradictoires de son oncle, le roi Stanislas, lui donna une apparence d’indécision qui mécontenta ses compatriotes. Cependant, après que le roi eut accédé à la confédération de Targowitz, prélude du partage de la Pologne, il donna sa démission et se retira à l’étranger. L’insurrection polonaise de 1794 le ramena dans le camp des patriotes ; il s’enrôla comme simple volontaire sous les drapeaux de Kosciusko, reçut le commandement d’une division, s’illustra par la défense de Powonski et rendit de grands services pendant les deux sièges de Varsovie. On sait quelle fut l’issue désastreuse de cette lutte ; désespérant presque de sa patrie et de ses destinées, Poniatowski se retira à Vienne et refusa noblement les offres brillantes de Catherine II. L’entrée des Français en Pologne, après la bataille d’Iéna (1806), lui fit confier par le roi de Prusse le gouvernement de Varsovie, qui fut bientôt après occupée par Murat. Après quelques hésitations, Poniatowski suivit l’impulsion générale de la nation polonaise, embrassa le parti des Français, fut nommé ministre de la guerre du gouvernement provisoire établi à Varsovie, organisa l’armée polonaise avec une rapidité et une habileté qui lui méritèrent les éloges de tous les généraux français, et servit fidèlement depuis lors la cause de la France, confondue avec celle de sa patrie. A la suite du traité de Tilsit (1807), par lequel fut établi le grand-duché de Varsovie, le prince Joseph conserva le ministère de la guerre et reçut le titre de généralissime, néanmoins sa position fut des plus difficiles. Napoléon venait de traiter la Pologne en véritable pays conquis ; il avait laissé dans ce pays 80.000 hommes, qu’il s’agissait de nourrir, de vêtir, et avait imposé aux Polonais d’autres conditions onéreuses ; d’un autre côté, les troupes françaises commettaient de grands désordres. Heureusement, le maréchal Davout arriva à Varsovie avec le titre de gouverneur du duché, mit un terme à l’arbitraire, aux exactions, et la situation du prince Poniatowski devint moins pénible. Pour protéger Varsovie, il fortifia le faubourg de Praga, Modlin, Serock, Thorn, Czenstochowa, etc., et réussit à former une année de douze régiments d’infanterie, de seize de cavalerie, avec un parc d’artillerie convenable. Mais Napoléon dissémina ces excellentes troupes en Espagne, en Saxe, de sorte que, lorsque la guerre éclata entre l’Autriche et Napoléon en 1809, Poniatowski n’avait plus sous ses ordres que 8.000 hommes quand l’archiduc Ferdinand envahit la duché de Varsovie avec 40.000 combattants. Un conseil de guerre réuni pour délibérer sur les moyens de défense se prononça pour qu’on battît en retraite ; mais le prince Joseph fut d’un avis contraire. Il se couvrit de gloire en défendant avec une poignée de braves le village de Raszin contre l’armée de l’archiduc Ferdinand, empêcha par ce fait d’armes la prise de Varsovie et repoussa les Autrichiens en soulevant contre eux la Galicie. Lorsque la paix fut signée (1809), il reprit le portefeuille de la guerre, s’occupa de fonder des établissements militaires, qui manquaient à l’armée polonaise, une maison d’invalides, des écoles du génie et de l’artillerie, un hôpital militaire, augmenta considérablement les fortifications des places les plus importantes et réorganisa l’armée. Bien que, par le traité de Vienne (1809), Napoléon eût rendu à l’Autriche toute l’ancienne Galicie, que les Polonais avaient reconquise pendant la campagne précédente, bien qu’il eût cédé l’arrondissement de Tarnopol à la Russie, qu’il continuât à envoyer des troupes polonaises en Espagne, Poniatowski et ses compatriotes espéraient toujours que l’Empereur comprendrait la nécessité de rétablir la Pologne dans son intégrité, dans l’intérêt même de sa politique, et, dans cet espoir, ils supportaient tout, se montraient toujours prêts à tous les sacrifices. Lorsque éclata la guerre entre la France et la Russie, Poniatowski put fournir à l’Empereur une armée de 100.000 hommes. « Mais, dit L. Chodzko, au grand regret du prince, la majeure partie de cette armée lui fut enlevée pour être répartie dans différents corps de l’armée napoléonienne, comme avant-garde et comme interprètes. Il ne lui resta bientôt que 30.000 hommes, qui formèrent le cinquième corps, placé d’abord sous les ordres de Jérôme Bonaparte. Après le départ de ce dernier, il lui succéda dans le commandement et forma constamment l’extrême droite de la grande armée. » Vainement Poniatowski, qui connaissait le pays, ses ressources, son esprit, qui savait que les populations polono-ruthéniennes étaient prêtes à se soulever pour leur indépendance, que leur pays offrait d’inappréciables ressources pour servir, en cas de revers, de refuge à la grande armée, vainement le prince donna à Napoléon les plus utiles et les plus sages conseils, Napoléon ne voulut point l’entendre et commit faute sur faute. Le prince Joseph ne se conduisit pas moins, pendant toute cette funeste campagne, de la façon la plus glorieuse. Il se signala notamment par une héroïque valeur à Smolensk, à la Moskowa, à Tscherikovo, entra un des premiers à Moscou, combattit, pendant la retraite, à Malo-Yaroslavitz, à Voronovo, reçut ensuite une grave blessure, gagna Varsovie et de là Cracovie (février 1813). Bien que vivement sollicité par ses compatriotes, qui avaient perdu toute confiance en Napoléon, d’abandonner ce dernier, il refusa, rejoignit avec un corps d’armée l’Empereur en Saxe et concourut à la prise de Gabel, de Friedland, de Reichberg. A la bataille de Leipzig, son héroïsme le fit nommer sur le champ de bataille maréchal de France (16 octobre 1813). Sans décliner cet honneur, il en fut affecté et dit à quelques-uns de ses compatriotes, qui étaient venus le complimenter : « Je suis fier d’être le chef des Polonais. Quand on a le titre unique et supérieur au maréchalat, celui de généralissime des Polonais, tout autre ne saurait convenir, par ailleurs, ma mort approche ; je veux mourir comme général polonais, et non comme maréchal de France. » Trois jours après, chargé de protéger la retraite et n’ayant avec lui qu’un petit nombre de soldats, il contint les colonnes ennemies jusque sur les bords de l’Elster ; là, pressé par des forces supérieures, ne pouvant traverser le fleuve, dont les Français avaient détruit les ponts, couvert de blessures, il refusa néanmoins de se rendre, poussa son cheval dans l’Elster et essaya de le traverser à la nage ; mais il se noya dans le trajet (1813). Sa mort fut pleurée non-seulement par sa patrie, qu’il avait aimée avec passion, mais encore par la France, qu’il avait si vaillamment et si fidèlement servie. Son corps, retrouvé seulement le 24 octobre, fut embaumé, porté à Varsovie, puis à Cracovie et déposé près du tombeau de Kosciusko. Ce vaillant et brillant général joignait à une belle figure un port noble et majestueux, des manières pleines d’affabilité et de grâce. – II ne se maria point, mais il eut de Mme Czosnowska un fils, Joseph Poniatowski, né en 1809, que sa tante paternelle, la comtesse Tyszkiewicz, adopta en qui se fit naturaliser Français et fit les campagnes de Morée, de Pologne (1831) et d’Algérie, où il mourut en 1855.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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mars 1, 2008

MARECHAL GOUVION-SAINT-CYR (1764-1830)

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Maréchal Laurent Gouvion Saint Cyr (1764-1830), alors capitaine au 1e bataillon de chasseurs de Paris (1792)

Mon tort est d’avoir employé Saint-Cyr ; il ne va pas au feu, ne visite rien, laisse battre ses camarades et aurait pu secourir Vandamme.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal GOUVION -SAINT-CYR (Laurent), maréchal de France et homme d’Etat, né à Toul en 1764, mort à Hyères le 10 mars 1830. Il étudia la peinture à Rome, puis à Paris a partir de 1784, et donna même des leçons de dessin ; mais la Révolution vint le mettre dans sa véritable voie. Nommé officier dans la garde nationale parisienne, il partit, le 1er septembre 1792, au moment des plus grands dangers de la patrie, comme capitaine dans le 1er bataillon de volontaires, dit bataillon des chasseurs républicains. Il devint rapidement général de brigade (1793) et général de division (1794), dirigea la principale attaque au siège de Mayence, eut une part glorieuse à la belle retraite de Moreau en 1796, reçut, en 1798, le commandement de l’armée de Rome, alors en pleine révolte et qui venait de chasser Masséna, parvint à y ramener la discipline, commanda, l’année suivante, l’aile droite de l’armée à la funeste bataille de Novi, obligea les Autrichiens à évacuer la place de ce nom, les battit complètement devant Coni et garantit Gènes d’un investissement. Général en chef de l’armée du Rhin en l’absence de Moreau il prit Fribourg, concourut ensuite à l’éclatante victoire de Hohenlinden, fut mis à la tête de l’armée du Portugal en 1801, envoyé à Madrid comme ambassadeur, créé, en 1804, colonel général des cuirassiers, et nommé, l’année suivante, général en chef de l’armée de Naples. Il fit en 1807 les campagnes de Prusse et de Pologne, passa en Espagne après la paix de Tilsit, prit Roses et Barcelone, battit le général Castro, et, appelé en Russie en 1812, fut mis successivement à la tête du 6e et du 10e corps, défit Wittgenstein à Polotsk, reçut, en récompense, le bâton de maréchal, fit avec distinction la campagne de 1813 et détruisit le corps d’armée du général Tolstoï. Chargé de défendre Dresde pendant la retraite de l’armée française, et laissé sans vivres et sans munitions, il se vit obligé de capituler le 11 novembre, en stipulant, toutefois, qu’il serait transporté en France, lui et ses troupes. Au mépris de la capitulation, ils furent retenus prisonniers. Saint-Cyr ne rentra en France qu’après les événements de 1814. Louis XVIII l’accueillit avec empressement, l’éleva à la pairie, et, lors du retour de Napoléon, le mit à la tête des troupes réunies a Orléans. Le général Dupont, qui commandait ces troupes, était détesté. Tous les régiments avaient pris sous ses yeux la cocarde tricolore. Le maréchal, à son arrivée, eut assez d’ascendant pour faire reprendre la cocarde blanche et pour la maintenir plusieurs jours après la rentrée de Napoléon aux Tuileries. Pendant les Cent-jours, il vécut à Paris, éloigné des affaires, fut nommé ministre de la guerre à la rentrée de Louis XVIII, adoucit, autant que possible, les mesures de rigueur qu’entraînait le licenciement de l’armée, devint, par cela même, odieux aux ultra-royalistes, et dut se retirer au mois de novembre 1815. Créé marquis, nommé ministre de la marine en 1817, il reprit le portefeuille de la guerre le 12 novembre. C’est alors qu’il accomplit dans l’organisation de l’armée ces réformes radicales qui sont, sans contredit, un des faits les plus importants de l’Histoire de la Restauration. Les Bourbons, à leur retour en France, pour se rendre populaires, avaient proclamé l’abolition de la conscription militaire. Le nouveau ministre la rétablit par la loi du 10 mars 1818 ; mais, au lieu d’appeler tous les jeunes gens sous les drapeaux, il exonérait les soutiens de famille, fixait, pour le temps de paix, le contingent à 40.000 hommes, et libérait d’une manière définitive tous ceux que le sort n’avait pas appelés à faire partie de ce contingent. Pour détruire le favoritisme, cause de découragement pour l’armée, l’avancement jusqu’au grade de colonel était basé sur l’ancienneté. Après six années de service, les sous-officiers et soldats rentrés dans leurs foyers étaient assujettis aux appels pendant six années encore, et formaient ainsi, sous le nom de vétérans, la réserve, en cas de guerre. En 1824, les vétérans furent remplacés par une réserve de jeunes soldats laissés dans leurs familles. Ce n’est pas sans une vive opposition que Gouvion-Saint-Cyr put faire passer sa réforme aux deux Chambres. En butte à la haine des royalistes, il se retira à la fin de 1819. Gouvion-Saint-Cyr était un militaire instruit, un bon stratégiste, mais froid, étranger aux enthousiasmes des champs de bataille. On a de lui : Journal des opérations de l’armée de Catalogne en 1808-1809 (Paris, 1821, in-8°, avec atlas) ; Mémoires sur les campagnes des armées du Rhin et de Rhin-et-Moselle (1829, 4 vol. in-8°) ; Mémoires pour servir à l’histoire mililaire sous le Directoire, le Consulat et l’Empire (1831, 4 vol. in-8°). Ces ouvrages
sont adoptés comme livres classiques dans les écoles militaires.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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MARECHAL SUCHET (1770-1826)

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Maréchal Louis-Gabriel Suchet (1770-1826) duc d’Albuféra 

Il n’y a que Suchet qui soit bien à son affaire. Si j’avais deux généraux en chef comme lui à conduire mes troupes en Espagne, cette guerre serait déjà terminée.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal SUCHET (Louis-Gabriel), duc  d’Albuféra, maréchal de France, né à Lyon le 2 mars 1770, mort au château de Saint-Joseph le 3 janvier 1826. Son père, fabricant de soieries, le fit élever au collège de Lyon et l’initia aux procédés de son industrie, comptant qu’il le remplacerait à la tête de sa maison. Mais, à l’appel de la nation en danger, Suchet, alors âgé de vingt ans, s’enrôla dans la cavalerie, fut élu peu après capitaine d’une compagnie franche de l’Ardèche et devint le 20 septembre 1793, chef de son bataillon. Envoyé au siège de Toulon, il fit prisonnier le général d’O’Hara, gouverneur de la place, fût chargé, en mai 1794 de comprimer le mouvement royaliste de Bédouin, puis passa à l’armée d’Italie. Là, il se signala par son intrépidité à Loano, où il prit trois drapeaux aux Autrichiens, à Lodi, Rivoli, Castiglione, Trente, Arcole, Cerea (11 octobre 1796), où il fut grièvement blessé, et reçut la mission de porter au général Bonaparte les drapeaux enlevés par sa division dans les derniers mois de la campagne. Après avoir été de nouveau blessé à Neumark (2 août 1797), il reçut le grade de chef de brigade et passa à l’armée d’Helvétie sous les ordres de Brune. La bravoure et les talents militaires qu’il montra dans cette campagne le firent désigner pour aller porter au Directoire les vingt-cinq drapeaux enlevés à l’ennemi. Suchet venait d’être nommé général de brigade (23 mars 1798); lorsque Bonaparte l’appela à faire partie de l’expédition d’Egypte. Mais Brune, qui venait de recevoir le commandement de l’armée d’Italie, voulut le garder auprès de lui et le nomma son chef d’état-major. Dans ses fonctions, Suchet s’attàcha à améliorer la situation de l’armée, à assurer sa solde, à y raffermir la discipline. Aussi fut-il maintenu à son poste, par Joubert, qui succéda à Brune. Mais, peu après, à la suite de différends qu’il eut avec les commissaires du Directoire, il reçut l’ordre de se rendre à Paris, malgré les protestations de Joubert (février 1799). Arrivé à Paris, il se justifia facilement des accusatjons portées contre lui. De là, il passa à l’armée du Danube, commandée par Masséna (21 février), et seconda habilement le général en chef dans ses savantes manœuvres à travers le pays des Grisons contré les Austro-Russes. Sur ces entrefaites, Joubert fut chargé de réparer les désastres de Schérer en Italie. Un de ses premiers actes fut de faire nommer Suchet général de division (10 juillet 1799) et de le rappeler auprès de lui comme chef d’état-major. Après la mort de Joubert à Novi (15 août), il conserva ses fonctions sous Moreau ; sous Championnet ; puis se vit adjoint, comme lieutenant, à Masséna, devenu général en chef de l’armée d’Italie (8 mars 1800). Pendant que Masséna enfermé dans Gênes soutenait un siège héroïque, Suchet, n’ayant sous ses ordres que 8.000 hommes, dépourvus de tout, tenait Melas et ses 40.000 Autrichiens en échec, lui disputait le terrain pied pied, contribuait par ses habiles manœuvres à décimer ses troupes, empêchait l’ennemi de pénétrer en France et donnait à l’armée de secours le temps d’arriver. Sa belle défense du pont du Var le plaça au rang de nos plus brillants généraux et lui valut les plus chaleureuses félicitations de la part du grand Carnot. Après y avoir soutenu deux sanglants assauts le 22 et le 26 mai, il prit l’offensive contre Elnitz, le battit à diverses reprises, lui fit 15.000 prisonniers, lui enleva trente-quatre canons, rejoignit Masséna et contribua par sa marche rapide sur Alexandrie ; au succès de la bataille de Marengo. A la suite de la convention d’Alexandrie, Suchet alla occuper Gênes et son territoire, où il resta jusquà la reprise des hostilités (6 décembre 1800). Il reçut alors le commandement du centre de l’armée d’Italie, dégagea le général Dupont, fit prisonniers ; Autrichiens à Pozzolo, se distingua également à Borghetto, à Vérone, Montebello et devint, après l’armistice de Trévise (janvier 1801), gouverneur de Padoue. De retour en France après la paix de Lunéville, Suchet fut nommé  inspecteur général des troupes d’infanterie dans le Midi et dans l’Ouest, puis appelé à commander une division au camp de Saint-Omer (1803). Après avoir dirigé les travaux du port de Vimereux, il passa en Belgique où il devint gouverneur du château de Lacken. La guerre ayant éclaté en 1805 avec l’Autriche et la Russie, Suchet commanda une division du corps de Lannes, se conduisit brillamment à Ulm ; à Hollabrunn, et enfonça l’aile droite des Russes à Austerlitz par une manœuvre aussi hardie qu’habile. L’année suivante, pendant la campagne de Prusse, il battit l’ennemi1 à Saalfeld (9 octobre), eut la principale part au gain de la bataille d’Iéna, combattit ensuite en Pologne, à Pultusk, à Ostrolenka ; et reçut, le 8 février 1806, une dotation de 20.000 francs, avec le grand aigle de la Légion d’honneur ; Après la paix de Tilsit, Suchet fit partie de la commission qui fixa les frontières du grand-duché deVarsovie, puis commanda le corps d’occupation de la Silésie et fut nommé comte par Bonaparte le 19 mars 1808. Les préparatifs de la guerre d’Espagne en 1808 le firent rappeler en France. Mis à la tête du 5e corps d’armée, il franchit les Pyrénées le 20 novembre, prit part au siège de Saragosse et :fut envoyé en avril dans l’Aragon, en qualité de général en chef. Il reconstitua son armée, y établit une discipline sévère, se montra sage administrateur et s’attacha à se concilier l’estime et l’affection des Espagnols ; En même temps, il donnait de nouvelles preuves de ses talents militaires et ne se montrait pas moins habile à conquérir qu’à organiser la conquête. Après avoir complètement battu le général Blake à Maria (1809), O’ Donnell près de Lerida (l810), il s’empara successivement de cette place forte, de Mequinenza, de Tortose, de Tarragone et occupa le Mont-Serrat, après avoir, enlevé, sous le feu d’une escadre anglaise, une formidable position. Dans cette série de succès ininterrompus, Suchet avait fait plus de 30.000 prisonniers et pris d’immenses approvisionnements. Il reçut en récompense le bâton de maréchal de France le 8 juillet 1811. Marchant alors sur Murviedro, l’antique Sagonte, il prit Oropeza, remporta une nouvelle victoire sur Blake et finit par se rendre maître de Murviedro, qui fit la plus énergique, résistance, (décembre 1811). De là, il entra dans la province de Valence. Toujours heureux, il s’empara de cette ville puis d’Albufera, et soumit en deux mois la province tout entière. Ce fut alors qu’il reçut le titre de duc d’Albufera, avec le magnifique domaine qui en formait l’apanage (24 janvier 1812). A Valence Comme en Aragon, il continua à se montrer habile politique. Il institua une commission de gouvernement composée des Espagnols les plus éclairés et les plus influents. Des députés, des propriétaires, des négociants furent réunis par lui pour voter et répartir avec équité les taxes de guerre, et il leur était rendu un compte fidèle et détaillé de l’emploi des subsides avant que de nouvelles charges fussent imposées. Enfin, il empêchait son armée de molester les habitants et de leur trop faire sentir le joug du vainqueur. Bonaparte disait de lui plus tard que, s’il avait eu en Espagne deux maréchaux comme le duc d’Albufera, il eût conquis et conservé la Péninsule. Au mois d’avril 1813, il prit le commandement des armées réunies d’Aragon et de Catalogne, mais il ne put rétablir les affaires après le grave échec subi par les Français à Vitoria. En ce moment, l’Empire commençait à s’effondrer sous le poids de ses fautes accumulées.  Il  fallut battre en rétraite et quitter l’Espagne. Le duc d’Albufera revint en France et succéda à Bessières comme colonel général de la garde impériale.  Il fut chargé, en février 1914, de protéger la rentrée de Ferdinand VII en Espagne et reçut à Perpignan ce prince, qui lui témoigna « sa reconnaissance de la façon dont il avait fait la guerre à ses peuples. » Louis XVIII comprit Suchet au nombre des pairs de France (4 juin 1814) et le mit successivement à la la tête de la 10e et de la 5e division militaire. Pendant les Cent-Jours, Napoléon le chargea de défendre la frontière de Savoie et du Piémont. Ayant appris que Autrichiens marchaient sur  Lyon, Suchet courut protéger cette ville et signa avec les alliés la convention du 13 juillet 1815 par laquelle cette cité était respectéé, en même temps que l’immense matériel d’artillerie qu’elle renfermait restait à la France. Il n’en tomba pas moins en disgrâce, comme ayant servi sous les ordres de l’Empereur pendant les Cent-Jours, fut rayé de la liste des pairs (24 juillet 1815) et ne fut réintégré dans son siège que le 5 mars 1819. Lors des couches de la duchesse de Berry (septembre 1820), il fut désigné par le roi pour faire partie des témoins qui devaient y assister. Malgré cette marque de faveur, on ne songea point à lui lorsqu’on 1823 on fit la pitoyable expédition d’Espagne. Sa santé du reste, commençait à être ébranlée par une douloureuse maladie, à laquelle il succomba dans un château qu’il possédait près de Marseille. De son mariage avec la fille d’Antoine de Saint-Joseph, maire de Marseille, ce qui le rendait parent par alliance de la femme de Joseph Bonaparte, le duc d’Albufera eut un fils et une  fille, qui épousa le comte de La Redorte. On a publié sous son nom des Mémoires sur la guerre d’Espagne de 1808 à 1814 (Paris, 1829, vol. in-8° avec atlas). Cet ouvrage, rédigé sur ses notes par le général Saint-Cr Nugués, son ancien chef d’état-major, est également remarquable, par la sobriété du style et la sagesse des appréciations.  C’est un vrai  manuel de l’art militaire. On l’a traduit en espagnol et en anglais.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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MARECHAL OUDINOT (1767-1847)

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Maréchal Nicolas-Charles Oudinot (1747-1847), duc de Reggio

C’est un général éprouvé dans cent combats, où il a montré autant d’intrépidité que de savoir.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal OUDINOT (Nicolas-Charles) duc de Reggio, maréchal et pair de France, né à Bar-le-Duc en 1767, mort à Paris en 1847. Fils d’un commerçant, il renonça à suivre la carrière du commerce pour entrer à dix-sept ans dans le régiment de Médoc-infanterie. Toutefois, cédant aux instances paternelles, il quitta le service en 1787 et revint à Bar-le-Duc. La Révolution, qui éclata peu après, trouva en lui un chaleureux partisan et lui fournit l’occasion de rentrer dans l’armée. Le sang-froid et le courage dont il avait fait preuve en 1790, pour calmer une émeute populaire, lui valut d’être nommé, en 1791, chef du se bataillon de volontaires de la Meuse, puis lieutenant-colonel. A ce titre, il défendit le château de Bitche, attaqué parles Prussiens, les força à battre en retraite et leur fit 700 prisonniers. Peu après ce fait d’armes, il était nommé colonel ou chef de la 4e brigade de ligne (1793). Placé sous les ordres du général Ambert, il se trouvait dans un poste avancé à Morlautern lorsque, le 23 mai il soutint, pendant huit heures, le choc de 10.000 Prussiens et parvint à se dégager dans une charge à la baïonnette. Cette action d’éclat lui valut le grade de général de brigade (2 juin 1794). Oudinot marcha alors sur Trêves, dont il s’empara et où il eut la jambe cassée (6 août). Ayant rejoint l’ armée de Rhin-et-Moselle, il reçut cinq blessures dans le combat de Neckerau (18 octobre) et tomba au pouvoir de l’ennemi, qui le rendit à la liberté à la suite d’un échange en janvier 1796. Placé alors sous les ordres de Moreau, Oudinot fit les campagnes de Souabe et de Bavière, et reçut de nouvelles blessures au combat de Neubourg (1796). En 1799, il fit partie de ravinée d’Helvétie, devint alors général de division, se distingua particulièrement à la bataille de Zurich, passa ensuite en Italie avec Masséna, assista au siège de Gènes (1800) et se signala à la bataille du Mincio, dont il fut chargé de rapporter les trophées à Paris. Il reçut, en cette circonstance, un sabre d’honneur et un canon qu’il avait pris. Nommé successivement inspecteur général, commandant d’une division du camp de Bruges (1803), il reçut, en 1305, la grand-croix de la Légion d’honneur. Dans la campagne de 1805, à la tête de 10.000 grenadiers, qui prirent bientôt le nom de grenadiers Oudinot, il remporta la victoire de Wertingen, entra le premier dans Vienne et contribua au succès de la bataille d’Austerlitz. Il prit, cette même année, possession de Neufchâtel et entra à Berlin après la bataille d’Iéna. Oudinot gagna la bataille d’Ostrolenka en 1807, conquit à Friedland, où il soutint les efforts de Russes, le titre de comte (14 juin), puis devint, en 1808, gouverneur d’Erfurt. Ce fut pendant l’entrevue qui eut lieu dans cette ville entre le tsar Alexandre et Napoléon que ce dernier, présentant Oudinot au tsar, appela le Bayard de l’armée. Pendant la campagne de 1809, Oudinot continua à se distinguer à Landshut, à Ebersberg, à l’île Lobau et surtout à Wagram (6 juillet). A la, suite de cette bataille, il reçut le bâton de maréchal, de France, le titre de duc de Reggio (15 août) et une dotation de 100.000 francs. Après avoir opéré l’occupation de la Hollande en 1810, gouverné Berlin en 1812, il commanda le 26 corps en Russie, battit Wittgenstein (29 juillet), fut blessé le 7 août et dut quitter son commandement, qu’il reprit à la nouvelle des premiers désastres. Dans la fatale retraite, il sauva les derniers débris de l’armée, en leur assurant, par des prodiges de valeur, le passage de la Bérézina, et reçut encore plusieurs blessures. En 1813, Oudinot figura avec gloire à la bataille de Bautzen ; mais, poussant une pointe hasardeuse sur Berlin, il fut défait par Bernadotte à Gross-Beeren et contraint de se replier sur Wittemberg. Oudinot, privé alors de son commandement, fut placé sous les ordres de Ney. Après avoir assuré la retraite sur Torgau, il se rendit à Dresde, battit, avec deux divisions de la jeune garde, le prince de Wurtemberg à Wachau, remporta, pendant la retraite de l’armée, un succès sur le général York à Freybourg, et prit part, pendant la campagne de France, aux combats de Brienne, de Bar-sur-Aube et d’ Arcis-sur-Aube. Il ne déposa les armes qu’après l’abdication de Napoléon à Fontainebleau. Alors il se rallia à Louis XVIII, auquel il resta fidèle pendant les Cent-Jours, et qui le nomma major général de sa garde, commandant en chef de la garde nationale de Paris. II termina sa carrière militaire dans la guerre d’Espagne de 1823, où il fut mis à la tête du 1er corps. Dans cette campagne, l’expérience du duc de Reggio eut une grande part au succès. Nommé gouverneur de Madrid, il réprima les fureurs d’une populace excitée par le fanatisme religieux et politique, et mérita l’estime de tous les partis. Après la Révolution de juillet 1830, il fit sa soumission au nouveau gouvernement, mais se retira à la campagne et ne vint que rarement à Paris pour les sessions de la Chambre des pairs. Néanmoins, il fut nommé grand chancelier de la Légion d’honneur en 1839 et gouverneur des Invalides en 1842, fonctions qu’il conserva jusqu’à sa mort. « Doué d’un physique très agréable, dit M. Cuzon, sa physionomie ouverte et vive était en parfaite harmonie avec un esprit où la franchise savait s’allier à la finesse. Son langage était bref, lucide et parfois éclatant de saillies. Esclave du devoir, le maréchal exigeait de ses subordonnés une obéissance instantanée. S’apercevait-il que sa volonté s’était manifestée trop vivement, soudain des témoignages affectueux venaient effacer les traces d’une impatience toujours exempte d’arrière-pensée. La fermeté, l’impétuosité même de son caractère étaient tempérées par une sensibilité innée, dont il cherchait vainement à comprimer l’essor. Ses entretiens portaient de préférence sur l’art de la guerre, art dont sa rapide pénétration devinait tous les secrets. Le sentiment qui fut le principal mobile des grandes actions d’Oudinot, c’est le patriotisme ; il l’éleva à la hauteur d’un culte. » Pendant sa carrière militaire, il avait reçu trente-deux blessures sur les champs de bataille. Le maréchal avait épousé Mlle Derlin et, en secondes noces, Mlle de Coucy, dame d’honneur de la duchesse de Berry. De ces deux mariages, il avait eu onze enfants, dont quatre fils, qui ont tous suivi la carrière des armes. La ville de Bar-le-Duc lui a élevé, en 1830, une statue, due au sculpteur Debay.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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février 28, 2008

MARECHAL MARMONT (1774-1852)

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Maréchal Auguste-Frédéric-Louis Viesse de Marmont (1774-1852), alors Lieutenant d’état-major d’artillerie (1792)

La vanité avait perdu Marmont ; la postérité flétrira justement sa vie ; pourtant son coeur vaudra mieux que sa mémoire.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal MARMONT (Auguste-Frédéric-Louis VIESSE DE), duc de raguse, maréchal de France et membre de l’Institut, né à Châtillon-sur-Seine en 1774, mort à Venise en 1852. Son père, capitaine au régiment de Hainaut, le destinait à la magistrature; mais le jeune Marmont céda à la vocation irrésistible qui le poussait vers la  carrière des armes, et, à dix-sept ans, il fut reçu élève sous-lieutenant à l’école d’artillerie de Châlons, où il se distingua par ses goûts et ses aptitudes pour les sciences exactes, qualités qui devaient le rendre un des meilleurs généraux d’artillerie de son temps. Il débuta comme lieutenant au siège de Toulon et se fit remarquer de Bonaparte, dont le coup d’œil pénétrant eut bientôt discerné le rare mérite du jeune officier, et qui se l’attacha dès cette époque. En 1795, Marmont servit comme capitaine à l’ armée du Rhin, où il commanda l’artillerie de l’avant-garde de Desaix, et, l’année suivante, il suivit Bonaparte à l’armée d’Italie comme aide de camp du nouveau général en chef. Il prit une part brillante à cette immortelle campagne, dont il revint avec le grade de chef de brigade, ayant à peine vingt-trois ans. Il accompagna ensuite Bonaparte dans l’expédition d’Egypte, se distingua a la prise de Malte, où il enleva le drapeau de l’ordre ; au siège d’Alexandrie, dont il enfonça une des portes à coups de hache ; à la bataille des Pyramides, au succès de laquelle il contribua avec le général Rampon, par la destruction d’un corps de mameluks. Chargé ensuite de la défense d’Alexandrie contre les attaques combinées des flottes anglaise, russe et turque, il résista victorieusement à un effroyable bombardement, malgré les horreurs de la peste et de la famine, auxquelles la ville était en proie. De retour en France avec son général en chef, il prit une part active au 18 brumaire, et reçut ensuite le commandement de l’artillerie destinée à la nouvelle campagne d’Italie. Le premier consul le chargea d’organiser le passage du mont Saint-Bernard, et il sut vaincre tous les obstacles qu’il devait rencontrer dans une entreprise aussi difficile. A Marengo, l’artillerie de Marmont jeta le désordre dans les rangs autrichiens, et Kellermann en profita habilement pour charger et couper l’armée ennemie, jusqu’à ce moment victorieuse. Nommé général de division d’artillerie, puis premier inspecteur général de cette arme, il y apporta de grands perfectionnements et commanda quelque temps après l’armée française en Hollande. Le 14 juin 1804, il fut fait grand officier de la Légion d’honneur, et grand-aigle le 2 février 1805, puis colonel général des chasseurs à cheval. Lorsque la guerre éclata de nouveau entre la France et l’Autriche, vers la fin de l’année 1805, Marmont prit une grande part au blocus et à la reddition d’Ulm. L’année suivante, il reçut le commandement supérieur de l’armée de Dalmatie, avec le titre de gouverneur général des provinces illyriennes, dégagea Raguse, assiégée par les Russes, et vainquit ces derniers en plusieurs circonstances. Dans ce nouveau poste, il révéla tous les talents d’un grand administrateur, introduisit une foule d’améliorations dans son gouvernement, et ouvrit à travers les marais et les montagnes une route de 300 kilomètres, qui inaugura une ère nouvelle pour le pays. Cette activité infatigable faisait dire de lui par les Dalmates : « Les Autrichiens pendant huit ans ont discuté des plans de route sans les exécuter ; Marmont est monté à cheval, et, quand il en est descendu, elle était terminée. » Lorsque l’empereur d’Autriche visita la Dalmatie, en 1818, à la vue des travaux accomplis par le général français, il dit en riant au prince de Metternich : « II est bien fâcheux que le maréchal Marmont ne soit pas resté en Dalmatie deux ou trois ans de plus. » Vers la fin de 1807, Marmout fut créé duc de Raguse, puis, lorsque commença la campagne d’Autriche de 1809, il reçut l’ordre de réunir son corps d’armée et d’opérer sa jonction avec les troupes d’ Eugène de Beauharnais, opération qu’il exécuta heureusement après avoir battu les Autrichiens en diverses rencontres. Toutefois, il ne prit aucune part à la bataille de Wagram ; il se tint à Znaïm. malgré les instructions contraires qu’il avait reçues de Napoléon, et se vit sur le point d’être écrasé par les débris de l’armée autrichienne. Il n en fut pas moins alors nommé maréchal de France. Marmont reprit ensuite ses fonctions en Dalmatie, et cela jusqu’en 1811, époque à laquelle il fut appelé à remplacer Masséna dans le commandement de l’armée du Portugal, qui venait de rentrer en Espagne. Il eut alors la tâche difficile de surveiller et de combattre Wellington. Ses premiers succès lui inspirèrent une confiance fatale, et, le 22 juillet 1812, il perdit contre le général anglais la bataille des Arapiles, dans laquelle lui-même eut le bras droit fracassé par un boulet dès le commencement de l’action, ce qui contribua sans doute à notre défaite. Dans la campagne de 1813 en Allemagne, Marmont eut le commandement du sixième corps de la grande armée et prit une grande part aux batailles de Lutzen, de Bautzen, de Dresde et de Leipzig. Dans la campagne de 1814, qui avait lieu chez nous cette fois, le duc de Raguse se signala par des prodiges d’activité et d’audace sous les murs de Paris surtout, où il lutta contre les Russes avec une indomptable énergie ; il défendit en désespéré les hauteurs de Belleville ; mais la supériorité du nombre était trop écrasante pour qu’on pût conserver le moindre espoir, et les maréchaux Marmont et Mortier durent se résigner à la douloureuse nécessité de traiter avec l’ennemi ; toutefois Mortier se refusa à signer la capitulation. Quant à Marmont, il se retira sur Essonne avec son corps d’armée, qui se montait à environ 20.000 hommes. Nous voici arrivés à une phase bien contestée encore de la vie du maréchal Marmont, phase qui a attiré sur son nom plus de célébrité que tous ses succès militaire s; nous voulons dire sa trahison présumée. Nous résumerons ici la question telle qu’elle a été étudiée et élucidée par M. Thiers, qui nous semble avoir jugé l’homme et les circonstances avec une grande impartialité ; mais disons tout de suite, pour expliquer dans quelle terrible situation d’esprit a dû se trouver Marmont, disons qu’il avait entendu à Paris la formidable explosion de haines qui venait d’éclater contre l’Empire et contre l’auteur de tous les malheurs de la France, disons qu’il avait été enveloppé par les intrigues, non-seulement des royalistes, mais encore de ceux qui, à l’exemple de Talleyrand, se retournaient contre l’Empire après l’avoir servi, et qui répétaient sur tous les tons au maréchal qu’une plus longue fidélité à un seul homme serait l’immolation de tous les intérêts de la patrie. Le 4 avril 1814, Napoléon rédigeait lui-même et signait le fameux acte suivant : « Les puissances alliées ayant proclamé que l’empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l’empereur Napoléon, fidèle à son serment, déclare qu’il est prêt à descendre du trône, à quitter la France et même la vie, pour le bien de la patrie, inséparable des droits de son fils, de ceux de la régence de l’Impératrice et des lois de l’Empire. Fait en notre palais de Fontainebleau, le 4 avril 1814. » On voit que, dans cet acte, Napoléon réservait les droits de sa femme et de son fils ; deux jours après, 6 avril, il signait cette autre formule : « Les puissances alliées ayant proclamé que l’empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l’empereur. Napoléon, fidèle à ses serments, déclare qu’il renonce pour lui et ses héritiers aux trônes, de France et d’Italie, parce qu’il n’est aucun sacrifice personnel, même celui de la vie, qu’il ne soit prêt à faire à l’intérêt de la France. » Ici, l’abdication est absolue ; quel événement avait donc apporté cet immense changement dans la rédaction ? C’est maintenant que se dévoile le rôle joué par Marmont dans ces tristes journées. Tandis que les maréchaux, réunis autour de Napoléon à Fontainebleau, s’efforçaient de lui arracher son abdication personnelle, scène qui est restée célèbre, mais dont on a exagéré la violence, le gouvernement provisoire établi à Paris sous les auspices des souverains alliés faisait tous ses efforts pour détacher Marmont de Napoléon. Etabli à Essonnes avec 20.000 hommes, dans une forte position, il permettait à l’Empereur, en réunissant les autres débris de ses troupes, de tenter un effort désespéré sur les ennemis, de leur livrer même dans Paris une bataille qui pouvait devenir désastreuse pour eux. Marmont fut donc circonvenu par les agents du gouvernement provisoire ; on parla à son ambition, à sa vanité, à son patriotisme même, en lui dévoilant le tableau des calamités que l’opiniâtreté de Napoléon pouvait déchaîner sur la capitale et sur la France, tristes éventualités qui n’étaient certes pas
invraisemblables. Ces considérations frappérent son esprit, et, après de longues et cruelles indécisions, il consentit à entrer en pourparlers avec le prince de Schwarzenberg, commandant de l’armée autrichienne, et tous deux convinrent des conditions suivantes : Marmont devait, avec son corps d’armée, quitter l’Essonne le lendemain, gagner la route de la Normandie, où il se mettrait à la disposition du gouvernement provisoire, et comme il ne se dissimulait pas les conséquences d’un acte pareil, car non-seulement il enlevait à Napoléon près du tiers de son armée, mais la position si importante de l’Essonne, il avait stipulé que, si par suite de cet événement, Napoléon tombait dans les mains des monarques alliés, on respecterait sa vie, sa liberté, sa grandeur passée, et on lui procurerait une retraite à la fois sûre et convenable. Cette seule précaution, dictée par un repentir honorable, condamnait l’acte de Marmont, en révélant toute la gravité que lui-même y attachait. » Cet arrangement devait rester secret jusqu’à son exécution ; Marmont en instruisit seulement ses généraux divisionnaires, auxquels il apprit l’abdication conditionnelle de Napoléon, et il les trouva tout disposés à marcher dans la voie qu’il venait d’ouvrir. Marmont dut alors se rendre à Paris avec les autres maréchaux pour y plaider la cause de Napoléon auprès des souverains alliés. Sur ces entrefaites, le général Souham, qui commandait à la place de Marmont, reçut l’ordre de se rendre à Fontainebleau ; il crut alors, avec les autres généraux, Compans, Bordesoulle, Meynadier, que Napoléon était instruit de tout ; et ils résolurent de précipiter le mouvement convenu, même en l’absence de Marmont. Ils prévinrent donc le prince de Schwarzenberg de leur dessein, et, le 5 avril, vers 4 heures du matin, le 6e corps franchit l’Essonne. Officiers et soldats ignoraient le secret de cette marche ; ils ne commencèrent à concevoir des soupçons qu’en voyant les ennemis border paisiblement les routes et les laisser passer sans faire feu. Les
murmures commencèrent à éclater alors, et tout présageait un soulèvement en arrivant à Versailles. Une seule division ne suivit point le mouvement, celle du général Lucotte, à qui l’ordre parut suspect, et qui refusa de l’exécuter ; mais la ligne de l’Essonne n’en fut pas moins perdue pour Napoléon, qui dut voir dans cette défection là ruine de ses dernières espérances. La nouvelle de ce grave événement produisit dans l’esprit des souverains alliés un effet décisif ; jusqu’alors ils avaient eu des ménagements pour Napoléon, qui était encore redoutable pour eux ; mais sa terrible épée venait de lui être arrachée des mains, et Alexandre annonça aux négociateurs, Caulaincourt, Ney et Macdonald, que les souverains ne pouvaient plus se contenter d’une abdication conditionnelle, qu’il leur fallait l’abdication absolue de Napoléon pour lui et sa famille. Telle est l’explication de la différence qui existe entre les deux formules que nous avons données plus haut. Marmont ayait été consterné en apprenant ce qui venait de se passer : « Je suis perdu, s’écria-t-il, déshonoré à jamais ! » Mais il se borna à des exclamations et ne tenta aucun effort pour réparer le mal, ou du moins pour diminuer la part de responsabilité qui allait peser sur lui. Tout à coup ou apprit que le corps, instruit enfin du véritable rôle qu’on venait de lui faire jouer, était en pleine révolte à Versailles contre ses généraux ; ce fut encore Marmont qu’on chargea d’user de son influence sur l’esprit de ses soldats pour les ramener à l’obéissance, et il y réussit en les flattant, puis en leur démontrant l’impossibilité de résister à l’ennemi, en leur promettant même de revenir se mettre à leur tête dès que l’armée serait reconstituée. « Ainsi s’accomplit cette opération, qu’on a appelée la trahison du maréchal Marmont. Si l’acte de ce maréchal avait consisté à préférer les Bourbons à Napoléon, la paix à la guerre, l’espérance de la liberté au despotisme, rien n’eût été plus simple, plus légitime, plus avouable ; mais, même en ne tenant aucun compte des devoirs de la reconnaissance, on ne peut oublier que Marmont était revêtu de la confiance personnelle de Napoléon, qu’il était sous les armes et qu’il occupait sur l’Essonne une position capitale ; or, quitter en ce moment cette position avec tout son corps d’armée, par suite d’une convention secrète avec le prince de Schwarzenberg, ce n’était pas opter comme uu citoyen libre de ses volontés entre un gouvernement et un autre, c’était tenir la conduite du soldat qui déserte à l’ennemi ! Cet acte malheureux, Marmont a prétendu depuis n’en avoir qu’une part, et il est vrai qu’après en avoir voulu et accompli lui-même le commencencement, il s’arrêta au milieu, effrayé de ce qu’il avait fait ! Ses généraux divisionnaires, égarés par une fausse terreur, reprirent l’acte interrompu et l’achevèrent pour leur compte, mais Marmont, en venant s’en approprier la un par sa conduite à Versailles, consentit à l’assumer tout entier sur sa tète, et à en porter le fardeau aux yeux de la postérité ! » (Histoire du Consulat et de l’Empire.) Oui, le jugement est juste dans sa sévérité ; en regard des principes inflexibles de la morale, il n’est pas de compromis possible avec les circonstances mêmes et avec  sa conscience. Cette réserve faite en l’honneur d’un sentiment que rien ne devrait étouffer, et dont l’histoire doit maintenir le haut et sacré caractère, qui pourrait s’armer contre l’infortuné Marmont d’un rigorisme impitoyable ? Est-ce la France, qu’il croyait arrêter sur le bord du l’abîme où allait la précipiter un insensé ? Est-ce cet insensé lui-même, Napoléon enfin ? De quel droit se serait-il plaint que Marmont, pour sauver la France, oùt trahi le serment qu’il lui avait, prêté, lui qui, pour la noyer dans un déluge de calamités, avait effrontément foulé aux pieds tous les siens ? Résumons-nous : Marmont fut coupable ; mais si jamais coupable eut des
titres au bénéfice des circonstances atténuantes, ce fut le commandant du 6° corps. Marmont ne joua aucun rôle politique dans les événements qui suivirent et n’exerça qu’une très médiocre influence, bien que Louis XVIII l’eût nommé commandant d’une compagnie de ses gardes du corps, pair de de France et chevalier de Saint-Louis. La réprobation publique s’était attachée à sou nom et elle n’a pas encore cessé dans tous les esprits, dans les préjugés populaires du moins. Comme le dit M. Rapetti, « il eut des faveurs, mais pas d’importance. Les royalistes purs eussent rougi de devoir de la reconnaissance à une trahison, et ils se montraient ingrats, les royalistes les moins purs se montraient naturellement les plus ingrats. Les hommes de l’Empire les plus reconciliés avec le nouvel ordre de choses tenaient à éloigner toute comparaison entre une trahison et leur ralliement, et ils affichaient leur soin à se préserver du voisinage de M. de Raguse. Quant à l’opinion populaire, elle demeurait implacable. Dans les rues, on avait fait un mot du nom de Raguse : on disait raguser pour tromper. Marmont, qui avait rêvé un grand rôle politique, se trouva réduit à l’isolement et à l’impuissance. » Pendant les Cent-Jours, Marmont suivit Louis XVIII à Gand, et, après Waterloo, le roi le combla de nouveaux honneurs. En 1816, l’Académie des sciences le choisit pour un de ses premiers membres libres. En pendant les journées de Juillet, Marmont fut chargé du commandement de l’armée de Paris, et, en cette qualité, dut défendre les fatales ordonnances. Ce rôle allait achever de le rendre impopulaire. Au plus fort de la lutte, un vieux royaliste lui dit : « Maréchal, voulez-vous sauver le roi, le peuple de Paris et votre nom ?… Arrêtez les ministres, tous les signataires tous les conseillers des ordonnances ; faites-les transporter, à Vincennes, liés, garrottés comme des criminels, comme les seuls coupables. Le peuple satisfait, apaisé par vous, posera les armes ; le roi, qui ne se trouvera plus en présence d’une révolte, pourra faire des concessions. Vous, vous serez exilé ; mais on pardonne aisément à qui nous tire d’un mauvais pas. Vous nous reviendrez bientôt et vous serez le sauveur, le pacificateur, l’homme de la royauté, de la liberté. » Ce conseil était sage ; malheureusement Marmont ne voulut pas le suivre ; il se sentait écrasé par le Souvenir de 1814 ; et, en effet, pour prendre de ces résolutions audacieuses, décisives, il faut avoir derrière soi un passsé irréprochable. On connaît l’issue de la lutte : Marmont essaya en vain de résister au lion déchaîné, malgré l’habileté de ses dispositions. Une députation composée de Laffitte, des généraux Gérard et Lobau, etc., se rendit auprès de Marmont pour le prier d’arrêter l’effusion du sang ; le maréchal écrivit alors à Charles X, qui se montra inflexible, et, le lendemain, 29 juillet, le drapeau tricolore flottait sur le dôme des Tuileries, C’est alors qu’eut lieu à Saint-Cloud cette scène scandaleuse, dans laquelle le duc d’Angoulême, fou de colère, voulut arracher l’épée du maréchal, qu’il accusait de tous les malheurs de sa famille, et auquel il adressa ces mots aussi injustes que cruels : « Est-ce que vous voulez faire avec nous comme avec l’autre ? » Marmont dut se rappeler amèrement que la reconnaissance n’a jamais été une vertu royale : le dauphin lui jetait à la face comme une insulte l’acte qui avait contribué à mettre les Bourbons sur le trône. Charles X, plus équitable, essaya de verser un peu de baume sur ce cœur ulcéré, mais le coup n’en était pas moins porté. A partir de cette époque, Marmont resta étranger aux affaires politiques; à quel titre eût-il pu y prendre part ? Exilé volontaire, il erra pendant le reste de sa vie sur la terre étrangère, tantôt en Autriche, tantôt en Turquie, en Syrie, eu Palestine, etc., et enfin dans les Etats de Venise. Ou lui doit plusieurs ouvrages remarquables : Voyage en Hongrie, en Transylvanie, dans la Russie méridionale, en Crimée et sur les bords de la mer à Azoff, à Constantinople, etc. (Paris, 1837, vol. in-8°) ; Esprit des institutions militaires (1845, in-8°; 2e édit. l’année suivante) ; un Xénophon, un César, quelques autres opuscules et enfin ses Mémoires, qui ont eu un si grand retentissement. «  Marmomt, dit encore M. Rapetti, triomphait dans ces relations qu’on nomme la vie du monde. Il avait une physionomie noble, animée, spirituelle. Il était instruit et fourni d’auecdotes sur tous les sujets. Il racontait avec charme, il étonnait, il captivait. Sa supériorité très apparente inspirait le respect, avait cette prodigalité qui semble de la libéralité à ceux qui reçoivent, et ce désir constant de faire montre de son pouvoir, que les solliciteurs prennent aisément pour de l’obligeance, lil était bon sans discernement, et les intrigants le vantaient. Certes, il blessait par sa hauteur ; niais ceux mêmes qu’il offensait ainsi, il savait se les concilier par l’ascendant d’un caractère dont l’extrême fierté relevait encore plus qu’elle ne les déparait les qualités aimables ou brillantes. Napoléon l’avait appelé Marmont 1er. »

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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février 27, 2008

MARECHAL MACDONALD (1765-1840)

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Maréchal Macdonald (1765-1840), duc de Tarente

Je ne suis pas assez riche pour récompenser vos divers services. Je vois maintenant comme on m’avait trompé sur votre compte ! Maréchal, donnez-moi la main et embrassez-moi.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal MACDONALD (Jacques-Etienne-Joseph-Alexandre), duc de Tarente, maréchal et pair de France, né à Sedan en 1765, d’une famille écossaise venue en France à la suite des Stuarts, mort en 1840. Il fit ses premières armes dans le régiment irlandais de Dillon, pendant la campagne de Hollande en 1784, et conquit le grade d’officier, qui lui fut conservé par la République. Fait capitaine après la bataille de Jemmapes, où il se distingua particulièrement il parcourut rapidement les autres grades jusqu à celui de colonel. Bientôt nommé général de brigade (1795), et commandant en cette qualité à l’avant-garde de l’armée du Nord sous Pichegru, il poursuivit, depuis Valenciennes jusqu’au delà de l’Ems, les Anglais commandés par le duc d’York, passa le Wahal sur la glace, sous le feu des batteries ennemies, et fit prisonnière la flotta hollandaise (1795). Ce fait d’armes, unique dans l’histoire, lui valut sa nomination au grade de général de division (1796). Après avoir servi en Allemagne et en Italie, le général Macdonald fut nommé gouverneur de Rome et des Etats de l’Eglise (1798). A l’approche de Mack, il évacua Rome et fut attaqué à Otricoli. Le général ennemi, dont l’armée était de 80.000 hommes fut battu et mis en déroute par 25.000 Français réunis sous les ordres de Championnet, et dont Macdonald commandait le principal corps. Devenu général en chef de l’armée des Alpes après l’arrestation de Championnet (1799), Macdonald achevait de soumettre le royaume de Naples, lorsque les avantages remportés par Souvarov dans la haute Italie l’obligèrent à évacuer les Etats napolitains. Il traversa la Toscane, alors qu’on le croyait cerné, et culbuta l’ennemi, puis disputa pendant trois jours à Souvarov la victoire de la Trebbia (juin 1799), et parvint à opérer, près de Gènes, sa jonction avec Moreau. A la suite de cette campagne, qui l’avait placé si haut dans l’estime publique, il fut employé à l’intérieur et eut le tort grave d’aider puissamment Bonaparte lors du funeste coup d’Etat du 18 brumaire. Après la bataille de Marengo, il reçut le commandement de l’armée des Grisons, eut à vaincre mille obstacles pour parvenir jusqu’au Splügen et chassa les Autrichiens de poste en poste sur une ligne de 60 lieues de montagnes (1801). Peu après, Macdonald fut envoyé comme ministre plénipotentiaire au Danemark, où il resta jusqu’en 1803. Disgracié lors de l’affaire de Moreau, dont il prit la défense, ce ne fut qu’en 1809 qu’il reprit du service. Mis alors à la tète d’une division en Italie, il passa l’Isonzo, chassa les Autrichiens de la position de Goritz, concourut à la victoire de Raab, et rejoignit Napoléon près de Vienne. A Wagram, sur le champ de bataille, il fut fait maréchal pour avoir décidé le succès de la journée en enfonçant le centre de l’armée ennemie, que protégeaient 200 pièces de canon, et à son retour à Paris il reçut le titre de duc de Tarente (1810). Envoyé ensuite en Catalogne, il s’empara de la place de Figuières (1811), payant partout de sa personne. Dans la campagne de Russie, il eut le commandement du 10e corps. Il passa le Niémen à Tilsitt, s’empara de Dunabourg et occupa la ligne de Riga. Après avoir, pendant près d’un mois, livré sous cette ville de sanglants combats, le 10e corps fut obligé de se replier par suite des désastres de la grande armée. Le 13 décembre 1813, Macdonald était abandonné devant l’ennemi par les Prussiens du général York, placés sous ses ordres, et cependant il soutenait vigoureusement les attaques des Russes, et faisait sa retraite sans être entamé. En 1813, ayant rencontré ces mêmes Prussiens du général York, il les battit à Mersebourg. A Lutzen, à Bautzen et à Leipzig, il se conduisit glorieusement ; plus heureux que Poniatowski, il traversa l’Elster à la nage. Il eut encore part à la victoire de Hanau, où les Français écrasèrent une partie des troupes germaniques qui venaient de les trahir. Pendant la campagne de 1814, il soutint sa grande renommée militaire, et suivit Napoléon à Fontainebleau. Aussitôt après l’acte d’abdication, il donna son adhésion au nouvel ordre de choses, et il accepta la pairie le 4 juin 1814. Au retour de l’île d’Elbe, le duc de Tarente. quitta Paris avec Louis XVIII dans la nuit du 19 au 20 mars 1815 et, après l’avoir accompagné jusqu’à Menin, il revint à Paris, refusa de servir l’Empereur, et fit son service dans la garde nationale comme simple grenadier. Enfin, après Waterloo, il reçut la mission de licencier l’armée de la Loire ; il fut nommé peu de temps après grand chancelier de la Légion d’honneur, dignité qu’il conserva jusqu’en 1831. Les honneurs de tout genre dont le combla le gouvernement de la Restauration ne l’empêchèrent pas de faire preuve, à la Chambre des pairs, d’une réelle indépendance. Après la Révolution de 1830, comme sa santé s’était sensiblement affaiblie, il se retira dans sa terre de Courcelles, où il resta presque constamment jusqu’à sa mort. Il s’était marié trois fois. De sa dernière femme, Mlle de Bourgoing, il eut un fils, qui hérita de son titre et fut, sous le second Empire, chambellan et membre du Corps législatif.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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février 26, 2008

MARECHAL VICTOR (1764-1841)

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Maréchal Claude-Victor Perrin dit Victor (1764-1841), alors Lieutenant-colonel Du 5e bataillon du Rhône en 1792

Nous sommes redevable au courage du 8e bataillon de grenadiers et au sang-froid du général de brigade Victor d’être sortis à si bon marché de ce combat inégal. [lors de la 1ère campagne d’Italie]

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal VICTOR (Claude-Victor PERRIN, dit), duc de Bellune, maréchal et pair de France, né à La Marche (Vosges) en 1764, mort à Paris en 1841. Entré au service comme tambour à l’âge de dix-sept ans, il servit dans le 4e régiment d’artillerie et obtint son congé en 1789. Il se fixa à Valence, y fit du commerce et se maria ; mais, après la déclaration de la patrie en danger, il vola aux frontières en avec le 3e bataillon de la Drôme. De simple volontaire, il s’éleva en peu de mois au grade de chef de bataillon, par la valeur qu’il déploya dans la première campagne d’Italie. Sa conduite au siège de Toulon le fit nommer général de brigade par les représentants du peuple (30 frimaire an II). Il se distingua ensuite à l’armée des Pvrénées-Orientales (1793-1795), à celle d’Italie, sous Schérer et Bonaparte, à la capitulation de Provera, au combat de La Favorite, reçut le brevet de général de division, seconda les opérations de Lannes sur Rome, occupa Faenza, et Forli, et surprit Ancône (1797). Ayant reçu le commandement de Nantes, il demanda d’être employé activement dans l’armée d’Angleterre, qui s’organisait alors. Il écrivait, à ce sujet, au Directoire : « Rester dans l’intérieur pendant que le canon républicain va se faire entendre sur la Tamise est une fonction que je ne puis exercer. » Rappelé, en effet, à l’armée d’Italie, il prit part-à la malheureuse campagne de 1798 sous Joubert et Moreau. L’année suivante, à Marengo, il commanda l’avant-garde pendant les trois journées de cette mémorable bataille et passa immédiatement après à l’armée gallo-batave. Nommé ambassadeur en Danemark en 1805, il commanda successivement le 10e et le 1er corps dans la campagne de Prusse (1806-1807), détermina, à la tète de ses troupes, le succès de la bataille de Friedland et en fut récompensé par le bâton de maréchal et le gouvernement de Berlin. De nouveaux lauriers l’attendaient en Espagne : il y gagna, avec le 1er corps, les batailles d’Uclès et de Medellin (1809). Les champs de la Russie et de la Saxe, en 1812 et 1813, furent aussi témoins de sa valeur. Dans la campagne de 1814, il disputa aux Russes l’entrée des Vosges, chassa l’ennemi de Saint-Dizier et emporta le village de Brienne à la baïonnette. Napoléon ayant abdiqué, Victor offrit ses services à Louis XVIII, qui lui confia le commandement de la 2e division militaire et l’éleva à la pairie. Fidèle à son nouveau souverain, il l’accompagna à Gand, rentra avec lui, devint président de la fameuse commission chargée d’examiner la conduite des officiers qui avaient servi pendant les Cent-Jours et se fit, dans ces fonctions, l’organe des rancunes des ultra-royalistes. Nommé au ministère de la guerre en 1821, il montra plus de zèle que de capacité administrative dans l’organisation de l’armée d’Espagne (1823), et il perdit son portefeuille à l’occasion des marchés Ouvrard. Major général de la garde royale à l’époque de la Révolution de 1830 il ne se rallia point au nouveau gouvernement ; il lui fit même une opposition sourde. On le désignait comme l’un des membres d’un gouvernement provisoire légitimiste, et c’est grâce a l’amitié du maréchal Soult qu’il dut de ne pas être compris dans les poursuites dirigées à ce sujet contre Chateaubriand, M. Hyde de Neuville et autres. Ses-dernières années s’écoulèrent dans la retraite. Elles furent troublées pourtant par un incident assez curieux. Alexandre Dumas, dans sa Notice sur La jeunesse de Napoléon, avait avancé, sur le témoignage de personnes dignes de foi, que le duc de Bellune avait été à Valence, en 1790, épicier et ménétrier. Les journaux répandirent cette révélation, comme un châtiment infligé à l’ancien roturier, aujourd’hui champion du droit divin. Le maréchal essaya de se défendre, mais ses explications ne servirent qu’à donner de la consistance au bruit répandu. Il menaça Alexandre Dumas d’un procès en diffamation ; celui-ci défendit son dire, et le procès n’eut point lieu.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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février 25, 2008

MARECHAL SOULT (1769-1851)

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Maréchal Jean de Dieu Soult (1769-1851), duc de Dalmatie

Soult est un homme tout à fait supérieur mais trop ambitieux.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal SOULT ( Nicolas-Jean-de-Dieu), duc de Dalmatie, maréchal et pair de France, ministre, né à Saint-Amans-la-Bastide (Tarn) le 29 mars 1769, mort au même lieu le 26 novembre 1851. Fils d’un notaire, selon les uns, d’un cultivateur, selon d’autres, il reçut une instruction très incomplète et s’engagea à seize ans (1785) dans le régiment de Royal-infanterie. Soult n’était que caporal lorsque éclata la Révolution. Sous-officier en il fut successivement élu par les volontaires du 1er bataillon du Bas-Rhin sous-lieutenant en 1791, adjudant-major en 1792 et capitaine en 1793. A cette époque, il se fit remarquer par son sang-froid et sa bravoure au combat d’Uberfelsheim, à la prise d’un camp retranché dans les Vosges, et dans un manifeste qu’il adressa, en juillet 1793, aux habitants de Leimen, dans le grand-duché de Bade, il les invita à « défendre la France contre l’insurrection des aristocrates, à opposer un rempart impénétrable à ces hommes insolents qui voudraient renverser le système heureux de l’égalité sociale établi sur les droits de l’humanité. » A la fin de 1793, Soult passa à l’état-major de Hoche, à l’armée de la Moselle, coopéra à la prise du camp de Marsthal et à la reprise des lignes de Wissembourg, fut nommé chef de bataillon le 5 avril 1794, chef de brigade adjudant général le 14 mai suivant, combattit à Arlon, au siège de Fort-Louis, puis passa à l’armée de Sambre-et-Meuse comme chef d’état-major. Sa brillante conduite à la bataille de Fleurus lui valut le grade de général de brigade (11 octobre 1794). Après avoir assisté au siège de Luxembourg, Soult commanda une brigade de la division Lefebvre, fut mis à l’avant-garde et montra autant d’habileté
que de vigueur à Altenkirchen (1796), pendant la retraite de l’armée de Sambre-et-Meuse sur le Rhin, à Wildendorf et à Friedberg. En 1797, il battit près de Steinberg le général Elnitz. Deux ans plus tard, envoyé à l’armée du Danube, Soult remplaça Lefebvre à la tète de sa division, se conduisit héroïquement à Stockach, sauva l’armée d’un désastre pendant la retraite et fut promu général de division (21 avril 1799). Pendant la campagne d’Helvétie, il seconda puissamment Masséna, contribua beaucoup à la victoire de Zurich (25 septembre), puis passa à l’armée d’Italie (15 décembre), partagea avec Masséna la difficile mission de défendre Gènes et tomba blessé au pouvoir des Autrichiens, à la bataille meurtrière de Monte-Cretto (13 mai 1800). Rendu à la liberté après la victoire de Marengo, il commanda en Piémont, parvint à soumettre et à organiser les barbets, puis commanda les troupes chargées d’occuper la presqu’île d’Otrante (1801). En 1802, il reçut le commandement de la garde des consuls, avec la qualité de colonel général, puis celui du camp de Saint-Omer et, oubliant qu’il avait été républicain, il écrivit au premier consul Bonaparte pour l’engager « à mettre le sceau à ses sublimes institutions, en plaçant majestueusement sa famille chérie au faite de l’édifice pour fixer à jamais les regards des citoyens vertueux. » Cet acte de plate adulation, aussi bien que ses talents militaires, lui valut de faire partie de la première promotion de maréchaux (19 mai 1804). Soult n’avait alors que trente-cinq ans. En même temps, il fut nommé grand officier de la Légion d’honneur et chef d’une des cohortes de cet ordre. L’année suivante, la guerre ayant de nouveau éclaté, Soult reçut le commandement du 4e corps. Après avoir battu l’ennemi à Landsberg, à Memmingen, à Hollabrunn, il dirigea avec une telle précision l’aile droite de l’armée à Austerlitz que Napoléon lui dit, après la victoire : « Maréchal, vous êtes le premier manœuvrier de l’Europe. » II devint peu après gouverneur de Vienne. Dans la guerre de Prusse et de Pologne, Soult contribua à la victoire d’Iéna (14 octobre 1806), battit Kalckreuth à Guessen le lendemain, forma le blocus de Magdebourg, prit Lubeck (6 novembre), combattit à Pultusk, à Eylau, à Heilsberg, a la tête du 4e corps, et s’empara deKœnigsberg le 16 juin 1807. Napoléon lui donna le titre de duc de Dalmatie après la paix de Tilsit. Envoyé en Espagne en 1808, avec le commandement du centre de l’armée, il gagna la bataille de Gamonal (10 novembre), entra dans Burgos, poursuivit le général John Moore l’épée dans les reins jusqu’à La Corogne, qui tomba en son pouvoir, ainsi que Santander et Le Ferrol, poussa une pointe rapide en Portugal, battit l’ennemi à Braga et se rendit maître d’Oporto (29 mars 1809) ; mais il n’osa s’aventurer plus loin dans un pays soulevé et où Wellington allait lui opposer des forces infiniment supérieures. Il est constaté aujourd’hui, par les documents les plus irrécusables, que le maréchal Soult, pendant son séjour à Oporto, songea sérieusement à se faire proclamer roi de la’ Lusitanie septentrionale. Ces velléités ambitieuses étaient secondées par les habitants et par l’entourage du maréchal. Elles parvinrent aux oreilles de Napoléon, qui dissimula son mécontentement. Il fallut d’ailleurs y renoncer et évacuer la ville (12 mai 1809) à l’approche de Wellington, en abandonnant l’artillerie et les équipages. Revenu, dans la Galice, le duc de Dalmatie débloqua Lugo et dispersa les bandes de La Romana ; mais sa mésintelligence avec Ney fit perdre la Galice. A la fin de 1809, Soult remplaça Jourdan comme major général de l’armée d’Espagne. Il releva les affaires du roi Joseph par l’éclatante victoire d’Ocana (12 novembre), envahit l’Andalousie l’année suivante, fut nommé général en chef de l’armée du Midi et força, par une suite de combats heureux, Séville, Olivenca et Badajoz (11 mars 1811) à se rendre. Après avoir éprouvé un échec à Albaherra (16 mai 1811), il eut avec le roi Joseph de nombreux démêlés qui eurent une influence désastreuse sur les affaires. Soult avait mis le siège devant Cadix, qu’il allait emporter, lorsque la défaite de l’armée de Portugal aux Arapiles et l’évacuation de Madrid par le roi Joseph l’obligèrent à se replier (25 août 1812). Sa retraite vers les Pyrénées fut admirable. Rappelé alors à Paris, il fit, en 1813, la campagne de Saxe à la tête du 4e corps ; mais Napoléon le renvoya en Espagne après la désastreuse bataille de Vittoria, pour rassembler les débris de l’armée devant Bayonne. Soult, en présence de forces quadruples, ne pouvait que faire une honorable retraite. Il la fit lente, défendant avec opiniâtreté toutes nos places frontières ; acculé enfin sur Toulouse, il livra là un combat mémorable, où 25.000 Français tinrent tête à 100.000 Anglo-Espagnols, commandés par Wellington (mars 1814). Après l’abdication de Fontainebleau, il se rallia avec un écœurant enthousiasme au gouvernement de Louis XVIII, qui lui donna le commandement de la 13e division militaire, puis le portefeuille de la guerre (3 décembre 1814). Le maréchal se fit remarquer parmi les plus fougueux royalistes. C’est lui qui provoqua l’érection d’un monument aux mânes des émigrés tués à Quiberon. Au début des Cent-Jours, lorsqu’il apprit que Napoléon venait de débarquer à Golfe-Juan, le duc de Dalmatie lança une proclamation dans laquelle il qualifia Buonaparte d’usurpateur et d’aventurier (8 mars 1815) ; néanmoins, Louis XVIII lui retira le portefeuille de la guerre (11 mars). Bonaparte, qui avait besoin de lui, oublia cette proclamation et le nomma pair de France et major général de l’armée. Soult, toujours prêt à toute palinodie, publia, à l’ouverture de la campagne de 1815, un ordre du jour plein d’invectives contre les Bourbons. Il se battit à Fleurus et à Waterloo avec son courage et son talent ordinaires ; mais, comme major-général il montra fort peu de capacité. Après Waterloo, il alla rallier à Laon les débris de l’armée, puis se rendit à Paris, où il assista au conseil de guerre qui examina la question de savoir si Paris devait se défendre. Après la capitulation de cette ville (3 juillet 1815), Soult se retira à Saint-Amans, et, pour rentrer en grâce auprès de Louis XVIII, il publia un mémoire dans lequel, parlant de Napoléon, il disait : « L’armée entière sait bien que je n’eus jamais qu’à me plaindre de cet homme et que nul ne le détesta plus franchement que moi. » Malgré ses protestations de dévouement aux Bourbons, il fut compris dans la liste des bannis (12 janvier 1816) et se retira dans le duché de Berg, où il resta trois ans. L’ordonnance du 26 mai 1819 lui permit de revenir en France. Au commencement de 1820, Louis XVIII lui rendit le bâton de maréchal de France et lui fit donner une gratification de 200.000 francs. Charles X, à l’occasion de son sacre, lui accorda le collier de ses ordres (1825), puis l’appela à siéger à la Chambre des pairs. Le duc de Dalmatie s’y montra le partisan aveugle du gouvernement, l’adversaire déclaré de toutes les libertés publiques. Comme il était alors nécessaire, pour être bien en cour, de se montrer tout confit en religion, Soult se mit à accomplir ses devoirs religieux avec une ferveur édifiante. Toute la capitale put le voir suivant dévotement les processions un cierge à la main. La Révolution de 1830 devait le trouver debout pour saluer le nouveau règne. Il s’empressa d’acclamer Louis-Philippe, qui lui donna le portefeuille de la guerre, s’occupa alors de réorganiser l’armée, de mettre les places fortes sur pied de guerre et alla comprimer, en novembre 1831, des troubles qui avaient éclaté à Lyon. Lors du remaniement du ministère, le 10 octobre 1832, il reçut la présidence du conseil, mais il n’y remplit en réalité, qu’un rôle très secondaire, étant en politique d’une profonde nullité ; l’influence qu’y exerçait M. Thiers, comme ministre de l’intérieur, irritait vivement le vieux maréchal, qui exprima fréquemment d’une façon brutale son dépit de se voir dominé malgré lui par son jeune collègue. Le 18 juillet 1834, Soult dut quitter le ministère et la présidence du conseil, qui fut donnée au maréchal Gérard. Chargé par Louis-Philippe d’aller représenter la France au couronnement de la reine Victoria (25 ayril 1838), il fut l’objet, de la part du peuple anglais, d’une véritable ovation. Le 12 mai de l’année suivante, il revint au pouvoir comme ministre des affaires étrangères et président du conseil ; mais le rejet de la dotation qu’il avait proposé d’allouer au duc de Nemours amena sa chute et son remplacement par le cabinet du 1er mars 1840, formé par M. Thiers. La guerre semblait imminente lorsque Louis- Philippe, qui tenait à conserver la paix et qui voulait se couvrir par une haute célébrité militaire, accepta la démission du cabinet Thiers et chargea Guizot de former un nouveau ministère (29 octobre 1840), dans lequel le duc de Dalmatie eut la présidence du conseil et le portefeuille de la guerre. Comme on sait, M. Guizot fut le ministre dirigeant, et le maréchal ne joua qu’un rôle très secondaire. Par raison de santé, il se démit de son portefeuille (11 novembre 1845), puis de la présidence du conseil (10 septembre 1847). Il reçut alors le vain titre de maréchal général, qu’avaient porté Turenne et Villars et, en dernier lieu, Maurice de Saxe. Il se retira peu après dans son magnifique château de Soultberg, à Saint-Amans, ou il s’éteignit quelques jours avant que Louis-Napoléon Bonaparte fît son coup d’Etat. Sa statue, en marbre blanc, exécutée par Pradier, fut placée en 1852 au musée de Versailles. Soult était un vaillant soldat, un général plein de sang-froid, de coup d’œil et d’un mérite supérieur ; mais le caractère en lui était loin d’être à la hauteur des capacités militaires. Il fut le plat adulateur de tous les pouvoirs et ne sut conserver ni tact ni mesure dans ses palinodies. Esprit étroit, entêté, ayant de lui-même l’opinion la plus haute, il ne sut jamais corriger l’insuffisance de son éducation première, et il lui arriva fréquemment d’émailler les discours qu’il prononçait à la tribune de cuirs devenus légendaires. Mal à l’aise en face des esprits lettrés et supérieurs, il ne se faisait aucun scrupule de les froisser par la brutalité de son langage. C’était, en outre, un, homme avide et qui trouva le moyen de faire une grande fortune. Lorsqu’il fut question, en 1832, de supprimer le cumul des gros traitements et de lui enlever celui de maréchal, qu’il cumulait avec celui de ministre, il déclara nettement qu’on ne le lui enlèverait qu’avec la vie. Pendant son séjour en Espagne il s’était emparé de tableaux du plus grand prix, qu’il envoya, non au musée du Louvre, mais à son château de Soultberg. Après sa mort, on vendit à Paris sa galerie de tableaux, comprenant des Ribeira, des Murillo, des Zurbaran, des Alonso Cano, etc. Cette vente, qui eut lieu les 19, 21 et. 23 mai 1852, produisit une somme de 1.467.351 francs. Un seul tableau, la grande Conception de la Vierge, par Murillo, fut acheté par l’Etat pour le musée du Louvre au prix de 586.000 francs. Le duc de Dalmatie a laissé des Mémoires, dont une partie seulement a été publiée par son fils (Paris, 1854, 3 vol. in-8°). Il avait épousé uns Allemande, qui, vers la fin de sa vie, se convertit au catholicisme et qui mourut également à Soultberg, âgée de quatre-vingt-un ans, en 1852. Elle avait donné au maréchal un fils, Napoléon-Hector, et une fille , Hortense, qui épousa le marquis de Mornay.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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MARECHAL SERURIER (1742-1819)

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Maréchal Jean-Matthieu-Philibert Sérurier (1742-1819)

Sérurier avait conservé toutes les formes et la rigidité d’un major. Il était fort sévère sur la discipline et passait pour un aristocrate… Il était brave, intrépide de sa personne, mais pas heureux. Il avait moins d’allant que les précédents [généraux Masséna et Augereau], mais il les dépassait par la moralité de son caractère et la sagesse de ses opinions politiques.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal SERURIER (Jean-Matthieu-Philibert, comte), maréchal de France, né à Laon le 8 septembre 1742, mort à Paris le 21 décembre 1819. Sop père, qui était attaché comme officier à la maison du roi, lui fit donner, lorsqu’il n’avait que treize ans, un brevet de lieutenant. Pendant la campagne de Hanovre, en 1760, Sérurier eut la mâchoire fracassée. Il fit ensuite les campagnes de Pologne en 1762, de Corsa en 1768 et ne reçut le grade de major qu’en 1789. A partir de ce moment, son avancement fut rapide. Promu colonel en 1792, il fut envoyé à l’armée du Var ; mais à la suite d’une dénonciation on le raya des cadres. Au lieu d’émigrer, Sérurier demanda à servir comme soldat et peu après il était réintégré à la tête de son régiment. Sa brillante conduite à l’affaire d’Utello février 1793) lui valut le grade de général de brigade. Promu général de division en 1795, il contribua, le 23 novembre de la même année, à la défaite des Autrichiens à Loano, se distingua successivement en 1796 à Batifolo, Nocetto, Saint-Michel, prit une part des plus actives au succès des batailles de Mondovi et de Castiglione, continua le siège de Mantoue, qui capitula en février et, après avoir assisté à la bataille du Tagliamento, il s’empara de Gorizia. Ce fut lui que, après la signature des préliminaires de paix de Léoben, Bonaparte envoya à Paris pour porter au Directoire vingt-deux drapeaux pris à l’ennemi. A son retour en Italie, Sérurier reçut le gouvernement de Venise. En 1798, il exerça un commandement sous les ordres de Joubert, puis passa à l’armée, de Schérer et donna de nouvelles preuves de courage pendant la campagne, qui fut désastreuse pour nos armes. Schérer venait d’être remplacé par Moreau lorsque les Russes, sous les ordres de Souvarov attaquèrent l’armée. Sérurier, cerné par 17.000 hommes dans la village de Verderio (27 avril 1799), combattit toute la journée, épuisa complètement ses munitions et se vit contraint de capituler le lendemain. Remis en liberté sur parole peu de temps après, il revint à Paris, aida activement Bonaparte à perpétrer le coup d’Etat du 18 brumaire et fut nommé sénateur le 24 décembre suivant. Gouverneur des Invalides et maréchal de France en 1804, grand-cordon de la Légion d’honneur en 1805, comte en 1808, commandant de la garde nationale parisienne en 1809, il ne fit aucune campagne sous l’Empire. Lors de l’arrivée des armées alliées à Paris en 1814, il fit brûler dans la cour des Invalides, le 30 mars, 1.417 drapeaux et étendards pris sur l’ennemi, adhéra à la déchéance de Napoléon. Lorsque l’Empereur revint de l’Île d’Elbe, le maréchal Sérurier lui présenta une adresse de dévouement qu’il signa avec les invalides. Destitué au début de la seconde Restauration, il vécut jusqu’à sa mort dans la retraite. Son désintéressement lui avait valu en 1798 le singulier surnom de Vierge d’Italie. Sa statue en bronzé a été érigée à Laon en 1864.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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MARECHAL PERIGNON (1754-1818)

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Maréchal Dominique-Catherine Pérignon (1754-1818), alors Lieutenant-colonel dans la légion des Pyrénées en 1792

 

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal PERIGNON (Dominique-Catherine, comte, puis marquis DE), maréchal et pair de France, né à Grenade, près de Toulouse, en 1754, mort en 1818. Il était, avant la Révolution, sous-lieutenant et aide de camp du comte de Preissac. Nommé député à l’Assemblée législative (1791), il donna sa démission l’année suivante, pour passer à l’armée des Pyrénées-Orientales, où, devenu bientôt général de division (23 décembre 1793), il sauva Perpignan, fut vainqueur à La Jonquière, prit Bellegarde et, après la bataille de la Montagne-Noire, il succéda à Dugommier dans le commandement en chef (18 novembre 1794). Peu après, il battait complètement les Espagnols à Escola. La prise de Rosés (1795), obtenue à la suite de travaux gigantesques, est son plus beau titre militaire. Il y montra une fermeté d’âme, une audace, un sang-froid, un courage qui firent l’admiration de l’armée. Après la paix de Bale, il reçut le commandement des armées des côtes de Brest et des côtes de Cherbourg, devint peu après membre du conseil des Cinq-Cents, refusa le portefeuille de la guerre, mais accepta du Directoire l’ambassade d’Espagne, pour cimenter la paix à laquelle il venait de contribuer, et négocia habilement le traité de Saint-Ildefonse entre l’Espagne et la France. De retour en 1798, il prit part à la malheureuse bataille de Novi, y fut blessé et fait prisonnier par les Russes. Napoléon le comprit dans la première promotion de maréchaux (1804), lui confia le gouvernement de Parme et de Plaisance (1806), le commandement en chef des troupes françaises à Naples (1808-1814) et le nomma comte. Rallié aux Bourbons en 1814 et nommé alors pair de France, il leur resta fidèle pendant les Cent-Jours et fut mis à la tête de la 1re division militaire en 1816. Louis XVIII lui conféra, l’année suivante, le titre de marquis. Son fils, François-Henri, marquis de Pérignon, né à Montech (Tarn-et-Garonne) en mort en 1841, fut aide de camp de Murat, qu’il accompagna dans la campagne de Russie, devint pair de France après la mort de son père et donna sa démission après la Révolution de Juillet.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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février 24, 2008

MARECHAL NEY (1769-1815)

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Maréchal Michel Ney (1769-1815), duc d’Elchingen, Prince de la Moskowa

Il est aussi faible qu’il est brave et son excessive ambition donne prise sur lui. Ney est le plus brave des hommes, mais là se bornent toutes ses facultés.

Il y avait en lui une disposition ingrate et factieuse et, si je devais mourir de la main d’un maréchal, il y a à parier que ce serait de la sienne.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal NEY (Michel), duc d’Elchingen, prince de la Moskowa, né à Sarrelouis le 10 janvier 1769, fusillé à Paris le 7 décembre 1815. Son père, ancien soldat devenu tonnelier, l’envoya pendant quelque temps au collège des Augustins, puis le fit entrer, àl’âge de treize ans, comme petit clerc chez un notaire. Michel Ney fut ensuite employé aux écritures du parquet, puis dans les bureaux de la compagnie des mines d’Apenweiler. Cette existence monotone et sédentaire était profondément antipathique au caractère ardent du jeune homme. Fatigué de son inaction, il se rendit à Metz et s’enrôla, le 6 décembre 1788, dans un régiment de hussards. Ney avait trouvé sa voie. Il se fit aussitôt remarquer par sa rare aptitude au métier des armes et franchit assez rapidement les grades subalternes. Mais enfant du peuple, il était par cela même condamné à végéter, lorsque la Révolution, qui vint replacer l’ordre social sur sa véritable base, lui fournit l’occasion de révéler ses grandes qualités comme homme de guerre et d’arriver par de rapides étapes au grade le plus élevé de l’armée. Brigadier-fourrier en 1791, maréchal des logis en 1792, Michel Ney prit part à la campagne de 1792 dans l’armée du Nord et fut nommé lieutenant le 5 novembre de la même année. Successivement aide de camp du général Lamarche et du général Colaud (1793), il assista aux combats de Nerwinde, de Louvain , de Valenciennes, de Grandpré, devint capitaine en 1794, et fut chargé par Kléber, frappe de son énergie et de sa froide intrépidité, de harceler les Autrichiens, à la tête d’un petit corps de 500 hommes. L’habileté et l’ardeur dont il fit preuve dans cette guerre de partisans lui valurent le surnom d’Infatigable et le grade de chef d’escadron (septembre 1794). Nommé chef de brigade le mois suivant pour sa conduite à la bataille d’Aldenhoven, il concourut, en novembre, au siège et à la prise de Maëstricht, puis il alla prendre part au siège de Mayence, où il fut grièvement blessé. En 1795, Ney rejoignit l’armée de Sambre-et-Meuse, donna de nouvelles preuves de sa valeur à la prise d’Altenkirchen, aux combats de Lahn, d’Obermel, de Friedberg, de Dierdorff, de Mont-Thabor, enleva la citadelle de Wurtzbourg (15 juillet 1796), où il fit 2.000 prisonniers, et, après avoir forcé, à la suite de plusieurs combats, le passage de la Rednitz, battit l’ennemi sous les murs de Forzheim, dont il s’empara (8 août 1796). Ce jour même, Ney fut promu général de brigade. Pendant cette campagne, il s’était montré aussi humain après la victoire que redoutable pendant le combat. Il avait sauvé la vie à un grand nombre d’émigrés, faits prisonniers en combattant les soldats de la France. Mis en 1797 à la tête d’un corps de hussards, Ney contribua par des charges brillantes à la défaite des Autrichiens à Neuwied (17 avril) et à Dierdoff. Le 22 avril, il poursuivait l’ennemi à Giëssen lorsque, ayant eu son cheval tué sous lui, il fut entouré par un gros de cavaliers, se défendit avec le tronçon de son sabre et fut fait prisonnier. Mais presque aussitôt, à la suite d’un échange, il revint prendre son commandement sous les ordres de Hoche. La signature des préliminaires de paix de Léoben, suivie du traité de Campo-Formio (14 mars 1798), mit alors fin à la guerre, qui ne tarda pas à recommencer. Envoyé à l’armée que commandait Bernadotte, Ney se signala dès le début de la campagne par un trait d’une rare audace. Ayant reçu l’ordre de s’emparer de Manheim, il s’introduisit furtivement dans la place avec 150 hommes déterminés et s’en rendit maître. Cette action d’éclat lui valut le grade de général de division (28 mars 1799). Il passa alors à l’armée du Danube sous les ordres de Masséna, et se distingua à Fraenfelde, à Altikow et a Wintherthur, où il lutta ayec 3.000 hommes contre 16.000 Autrichiens et reçut deux blessures. A peine guéri, il passa à l’armée du Rhin pour y commander l’avant-garde, s’empara de Heilbroon, de Laufen, battit l’ennemi à Wisloch, à Hochheim, s’avança jusqu’à Ludwigsburg, puis se replia devant des forces d’une supériorité écrasante et reçut deux nouvelles blessures devant Manheim. Investi du commandement provisoire de l’armée du Rhin, Ney fit une attaque sur toute la ligne pour empêcher l’archiduc Charles d’opérer sa jonction avec Souvarov, ce qui permit à Masséna de battre complètement les Austro-Russes à Zurich. Il se porta ensuite sur le Neckar, et, après divers succès, il remit le commandement en chef au général Lecourbe. Sous les ordres de ce général, il fit le plus grand mal à l’ennemi en se livrant à une incessante guerre d’avant-poste. Ce fut sur ces entrefaites que Bonaparte, revenant d’Egypte, mit à exécution ses projets ambitieux, enraya la marche pacifique de la Révolution et fit le coup d’Etat du 18 brumaire qui, en établissant un despotisme sans frein, devait influer d’une façon si désastreuse sur les destinées de la France. Ney, qui devait tout à la Révolution, était à cette époque républicain, comme la plupart des généraux. L’attentat du 18 brumaire lui causa un vif déplaisir. Il fit part, dit-on, de son mécontentement et de ses craintes à Bernadotte et à Lefebvre, qui le calmèrent. Du reste Ney, d’une étonnante audace, d’un rare sang-froid sur le champ de bataille, était incertain, irrésolu lorsqu’il se trouvait en face d’une politique complexe, et très prompt à se laisser entraîner, comme il le prouva plus tard. Bien que mécontent, il fit acte d’adhésion au nouveau régime et continua à servir dans les armées du Rhin et du Danube, réunies sous les ordres supérieurs de Moreau. Comme toujours, il se montra un héroïque soldat à Engen, à Moskirch, à Hochstaedt (18 juin 1800), à Ingolstadt, à Wasserburg et à Hohenlinden (3 décembre) ; il contribua puissamment au succès de cette mémorable bataille qui, avec la bataille de Marengo, força l’ennemi à signer la paix de Lunéville (9 février 1801). A Hohenlinden, Ney s’était emparé, par un mouvement rapide et par une attaque impétueuse, de dix pièces de canon et de 10.000 prisonniers. Après la signature de la paix, Ney se rendit à Paris, où le premier consul s’efforça de l’attacher à sa fortune et lui fit épouser une amie intime d’Hortense de Beauharnais, Mlle Louise Auguié de Lascans. A l’occasion de ce mariage, qui fut célébré au château de Grignon (juillet 1802), Bonaparte fit don au général d’un magnifique sabre égyptien, qui en 1815 devait trahir la présence de Ney dans le lieu où il s’était caché et amener son arrestation. Trois mois plus tard, Ney était envoyé comme ministre plénipotentiaire en Suisse pour proposer au sénat de Berne de mettre la république helvétique sous la protection de la France. Après avoir forcé le général Brackman à licencier ses troupes, il eut des conférences avec les députés des cantons et les détermina à se rendre à Paris pour y signer l’acte de médiation (19 février 1803). Rappelé au mois d’octobre suivant, après la rupture des relations diplomatiques avec l’Angleterre, il reçut, le 28 décembre, le commandement en chef du 6e corps de l’armée que Bonaparte rassemblait sur la côte de la Manche pour opérer une descente en Angleterre. Après la proclamation de l’Empire, Ney se vit combler d’honneurs. Nommé maréchal de France (19 mai 1804), il reçut peu après le grand cordon de la Légion d’honneur et le titre de chef de la 7e cohorte. La guerre avec l’Autriche, coalisée avec l’Angleterre et la Russie, ayant éclaté en 1805, le maréchal Ney franchit le Rhin, à la tête du ea corps, occupa, après une marche rapide, les défilés du Danube, battit l’archiduc Ferdinand à Guntzbourg (9 octobre), et, chargé d’enlever les formidables positions d’Elchingen, défendues par 15.000 hommes et quarante pièces de canon, culbuta l’ennemi, le précipita du plateau et le rejeta dans la place d’Ulm, qui dut capituler le 20 octobre. Pendant que, après la prise de cette place, Napoléon marchait sur Vienne, Ney pénétrait dans le Tyrol avec 30.000 hommes, en chassait l’archiduc Jean, prenait Charnitz, Inspruck (7 novembre), Hall, où il s’emparait des arsenaux et des magasins de l’ennemi, et entrait dans la Carinthie au moment où la victoire d’Austerlitz forçait l’Autriche à signer là paix de Presbourg (26 décembre). La campagne de 1806 et de 1807 contre la Prusse et la Russie devaient mettre le comble à la réputation militaire du maréchal Ney. Toujours à la tête du 6e corps, il achève la défaite des Prussiens à Iéna (14 octobre 1806), s’empare, le 15, d’Erfurt, où il prend cent vingt pièces de canon et fait 14.000 prisonniers, puis fait le siège de Magdebourg, le boulevard de la Prusse, qui, en moins de vingt-quatre heures, capitule, lui livrant huit cents canons et 23.000 prisonniers (8 novembre). Après avoir chassé de Thorn les Prussiens mis en pleine déroute, il franchit la Vistule,bat l’ennemi àMlawa, puis près de Lauterbach, rejette Benningsen derrière la Prégel, dégage Bernadotte, attaqué par toute l’armée russe à Morhungen (25 janvier 1807), détruit tout un corps prussien à Deppen (5 février), et coupe la retraite des Russes à la sanglante bataille d’Eylau (8 février). Au combat de Guttstadt, Ney soutint, avec 14.000 combattants, les efforts de 70.000 Russes et de cent pièces de canon (1er mars). Après avoir battu l’ennemi à Spanden (6 juin), il dut, devant la supériorité du nombre, opérer sa retraite sur Allenbourg, ce qu’il fit avec un sang-froid et une habileté qu’on ne saurait trop louer. Quelques jours après, le 14, à Friedland, il jetait dans l’Alle l’aile gauche de l’ennemi, emportait la ville, défendue par la garde impériale russe, et décidait la victoire. Il venait de s’emparer d’Intersbourg, lorsque la paix de Tilsit vint mettre fin à la guerre. Son sang-froid, son audace devant le danger, les grands talents militaires dont il venait de donner tant de preuves lui firent décerner alors par l’armée le surnom de Brave des braves. Ses soldats, qui avaient en lui une confiance inaltérable, l’appelaient aussi, à causee de la couleur de ses Cheveux, le Lion rouge et Pierre le Rouge. Cette même année, Napoléon, dans son désir de reconstituer les institutions monarchiques, organisa une nouvelle noblesse, et Ney reçut le titre de duc d’Elchingen (19 mars 1808). Ney commençait à peine à se reposer des longues fatigues de ses dernières campagnes, lorsqu’il fut envoyé avec son 6e corps en Espagne. Après avoir pris Logrono (25 octobre 1808), Soria et empêché Wellington de faire sa jonction avec le général de La Romana, il entreprit de soumettre la Galice et les Asturies (1809), se vit harceler par les guérillas, battit La Romana à Penaflor, entra à Oviedo, le 19 mai, et fit éprouver à Wilson un grave échec à Banos (12 août). Envoyé en 1810 au Portugal, sous les ordres de Masséna, le duc d’Elchingen assiège et prend Ciudad-Rodrigo (10 juillet), livre le combat de Guarda (24 juillet), obtient la reddition d’Almeida, puis arrive avec le reste de l’armée sous les murs de Lisbonne, devant l’inexpugnable position de Villa-Franca. Après six mois d’une occupation inutile, l’armée, en proie à la disette, dut battre en retraite. Ney, dont le 6e corps se trouvait réduit à 6.000 hommes, fut chargé de soutenir à l’arrière-garde les efforts de l’armée anglo-portugaise, forte de 40.000 hommes. En cette circonstance, Ney fit preuve d’une connaissance profonde de l’art des retraites et excita par sa conduite l’admiration de l’ennemi qu’il tint constamment en échec et qui ne put l’entamer. A la suite du désordre arrivé au pont de Potz de Aronce, un vif dissentiment éclata entre Ney et Masséna au sujet de la marche que devait suivre l’armée. Le duc d’Elchingen refusa d’obéir à son chef et se vit soutenu par son corps. Il poussa si loin son esprit de rébellion, qui en plusieurs circonstances fut funeste à nos armes, que Masséna dut lui retirer son commandement, et, après une tentative de résistance, il dut céder et revenir en France. Lors de la déclaration de guerre à la Russie (22 juin 1812), Ney fut mis à la tête du 3e corps. Il battit l’ennemi à Lyadi (13 août), prit une part brillante à la prise de Smolensk où il fut atteint d’une balle au cou, et culbuta à Valentia trois corps d’armée russes. Lorsque Napoléon réunit un conseil de guerre pour décider s’il fallait passer l’hiver sur le Dnieper ou marcher immédiatement sur Moscou, Ney se prononça avec beaucoup de sagacité pour le premier avis, qui fut repoussé. Le 7 septembre, le duc d’Elchingen commanda le centre de l’armée à la bataille de la Moskowa et s’y conduisit avec tant d’éclat, que Napoléon le nomma prince de la Moskowa. Mais ce fut surtout pendant la désastreuse retraite qui suivit l’incendie de Moscou que Ney se surpassa lui-même. Chargé du commandement de l’arrière-garde (2 novembre), il maintint en échec les Cosaques, fut séparé du gros de l’armée à Krasnôe (18 novembre) où, n’ayant que 7.000 hommes, il fut attaqué par des forces énormes et gagna le Dnieper en laissant derrière lui des milliers d’hommes et de chevaux ensevelis sous la neige, mais en relevant sans cesse par ses paroles et par son exemple le courage abattu de ses soldats. Arrivé sur la rive droite du Dnieper, Ney trouva le pont de Doubrowna détruit. Comme ce fleuve n’était pas entièrement gelé, il lui fallut pour le franchir abandonner son artillerie et ses bagages. Harcelé de nouveau par les Cosaques de Platoff, il n’avait plus que 3.000 hommes lorsqu’il arriva à Orcha, où se trouvaient les débris de la grande armée. Peu après, au passage de la Bérézina, il rendit d’incomparables services en sauvant des milliers d’hommes. Au milieu des scènes de douleur et de mort qui se renouvelaient à chaque pas, il conservait une force d’âme, un sang-froid, une énergie inaltérables et, redevenu soldat, à pied, le fusil à la main, il faisait le coup de feu comme le dernier de ses soldats. Pendant que Napoléon, puis Murat abandonnent l’armée, Ney continue ses héroïques efforts pour empêcher son total anéantissement. Il traverse Kowno et le Niémen, dit le comte de Ségur, toujours combattant, reculant et ne fuyant pas, marchant toujours après les autres, et, pour la centième fois depuis quarante jours et quarante nuits, exposant sa vie et sa liberté pour ramener quelques Français de plus ; il sort enfin le dernier de cette fatale Russie, montrant au monde l’impuissance de la fortune contre les grands courages et que, pour les héros, tout tourne en gloire, même les plus grands désastres. » L’Empire venait de recevoir un coup qui allait rapidement précipiter sa chute. Condamné par sa monstrueuse politique, uniquement basée sur une ambition personnelle vertigineuse, à entraîner la France dans une interminable série de guerres, Napoléon réorganisa, non sans peine, son armée en partie détruite, et rentra en campagne. Le prince de la Moskowa, à la tête du 3e corps, franchit la Saale (avril 1813), culbuta l’ennemi au défilé de Poserna (1er mai), décida la victoire de Lutzen en soutenant seul pendant six heures le choc de toute l’armée coalisée, assista à la bataille de Bautzen (21 mai), tourna la position de l’ennemi par sa marche au delà de la Sprée, enleva à la baïonnette le village de Préilitz et marcha sur Wurschen, pendant que les coalisés, qui avaient perdu 18.000 hommes, battaient en retraite. Chargé du commandement des 3e, 5e et 7e corps, il s’avança en Silésie et entra à Breslau le 3 juin. Un armistice qui venait d’être signé lui permit de soigner la blessure qu’il avait reçue à Lutzen. Mais bientôt la guerre recommença ; Napoléon, forcé de lutter contre les armées de la coalition qui s’étaient considérablement accrues, appela Ney de Silésie, où l’armée, privée de son chef, fut battue. Le prince de la Moskowa contribua au succès de la bataille de Dresde ; mais il fut battu à Dennewitz, le 5 septembre, par Bernadotte, qui lui fit 10.000 prisonniers et lui enleva vingt-cinq pièces de canon. Napoléon lui ayant reproché cet échec, Ney, depuis longtemps mécontent de la politique impériale, ne put se contenir et déclara au despote que son ambition insatiable était la seule cause de nos malheurs. La défaite de Leipzig fut suivie peu après de l’invasion de la France. Dans cette situation terrible, Ney montra autant d’activité que d’intrépidité ; mais tous ses efforts restèrent stériles. « Sans commandement fixe, dit Rabbe, sans but arrêté, pendant cette fatale campagne où rien n’était prévu parce qu’il n’était pas possible de rien prévoir, le prince de la Moskowa courait à l’ennemi, s’efforçait de lui faire face partout, remportant presque partout des avantages dont il regrettait de ne pouvoir tirer parti. A Brienne (29 janvier 1814), à Mézières, à Champaubert, à Montmirail, à Craonne (9 mars), à Château-Thierry, il fut constamment au feu, animant les soldats et leur faisant retrouver, malgré leur petit nombre, cette confiance héroïque qui les avait inspirés aux jours de bonheur. A peine avait-il 53.000 hommes, disséminés sur un grand espace, à opposer à une masse de 300.000 ennemis rangés de front. Tant d’efforts devinrent inutiles et, tandis que Napoléon, après avoir traversé Nogent et Sens, arrive à Fontainebleau, les alliés entrent à Parts (31 mars), et le Sénat prononce sa déchéance (2 avril 1814). » Le prince de la Moskowa, le duc de Vicence et le duc de Tarente furent alors choisis par Bonaparte pour négocier la paix au nom de la régente Marie-Louise. Ils se rendirent à Essonne, où ils virent Marmont qui négociait de son côté, revinrent avec lui à Paris et obtinrent une entrevue de l’empereur Alexandre, qui exigea une abdication absolue. Ney retourna aussitôt à Fontainebleau, Avez-vous réussi, lui demanda Napoléon. – En partie, sire, répondit le maréchal, votre liberté et votre vie sont garanties ; mais la régence n’est pas admise ; il était déjà trop tard ; demain le Sénat reconnaîtra les Bourbons. – Où me retirerai-je ? – Où voudra Votre Majesté ; à l’île d’Elbe, par exemple, avec 6 millions de revenu. » En présence de cet effondrement si mérité de son étonnante fortune, l’Empereur plia la tête, se soumit et signa le 11 avril son abdication. C’est alors qu’on put voir à quel degré d’abaissement le despotisme impérial avait amené les hommes alors à la tête de la France. Ces hommes ; qui, en s’applatissant devant le despote, avaient perdu, toute dignité, toute indépendance personnelle, se précipitèrent avec la plus lâche servilité aux pieds de cette famille des Bourbons, apportée sur notre sol dans les fourgons de l’étranger. Dans tout ce monde officiel, on chercherait vainement une âme indépendante et fière, ayant quelque souci de la liberté de la France et songeant à essayer de la prémunir contre les effets du despotisme dont elle était la sanglante victime. Ney n’échappa point à cette honteuse contagion. Lorsque, le 11 avril, le comte d’Artois entra à Paris, Michel Ney, au lieu d’entrer dignement dans la retraite, accourut au devant du prince émigré et, se faisant l’interprète des anciens généraux de la Révolution, il lui adressa ces paroles : « Monseigneur, nous avons servi avec zèle un gouvernement qui nous commandait au nom de la France. Votre Altesse Royale et Sa Majesté verront avec quelle fidélité et quel dévouement nous saurons servir notre roi légitime. » Louis XVIII, qui tenait à l’attacher à sa cause, publia, le 20 mai, une ordonnance ainsi conçue : « Notre cousin le maréchal Ney est nommé commandant en chef du corps royal des cuirassiers, des dragons, des chasseurs et des chevau-légers lanciers de France » puis il le nomma chevalier de l’ordre de Saint-Louis (1er juin), gouverneur de la 6e division militaire (2 juin) et pair de France (4 juin). Le prince de la Moskowa se rendit aux réceptions de la cour avec sa femme, dont la mère avait été femme de chambre de Marie-Antoinette ; mais la maréchale s’y vit en butte aux mépris et aux sarcasmes de l’ancienne noblesse et, cruellement atteinte, même dans son mari, en qui on affectait de ne voir ue le fils d’un ancien tonnelier, il lui arriva fréquemment de verser des larmes en sortant des Tuileries. Profondément blessé de ces humiliations, Ney quitta Paris et se retira dans sa terre des Coudreaux, près de Châteaudun. C’est là qu’il vivait, éloigné du monde, lorsqu’il reçut, le 6 mars 1815, du maréchal Soult, ministre de la guerre, l’ordre d’aller prendre le commandement de la 6e division militaire à Besançon. Ney partit aussitôt pour Paris, afin de prendre les instructions du ministre. Eu arrivant dans la capitale, il apprit, de sou notaire M. Bâtarde, le débarquement de Napoléon à Cannes. « Voilà un bien grand malheur, s’écria-t-il, que va-t-on faire ? Qui pourra-t-on envoyer contre cet homme ? » En voyant Napoléon tenter de nouvelles aventures et venir troubler la paix du monde, il éprouva une indignation sincère. S’il’avait perdu toute sympathie pour les Bourbons, il n’en avait plus aucune pour l’homme qui avait fait couler tant de sang français, et qui, pour satisfaire sa folle ambition, allait en faire couler encore. Le maréchal Soult, auprès de qui il se rendit aussitôt, lui annonça qu’il était chargé d’arrêter Napoléon et qu’on lui ferait savoir à Besançon la conduite à tenir. Ney voulut alors voir Louis XVIII. Ayant obtenu une audience, il montra une vive colère contre l’Empereur, parut fier d’être choisi pour arrêter le prisonnier en rupture de ban, et se laissa aller jusqu’à promettre au roi de lui ramener Napoléon dans une « cage de fer. » Le Journal de Paris publiait, le 11 mars, l’entrefilet suivant : « Sa Majesté a assuré le maréchal Ney qu’elle comptait sur sa fidélité. M. le maréchal a baisé la main du roi avec un enthousiasme respectueux et lui a dit que le plus beau jour de sa vie serait celui où il pourrait lui donner des preuves de son dévouement. » En arrivant à Besançon le 10, Ney apprit que le comte d’Artois, frère du roi, s’était rendu à Lyon et y avait pris le commandement des troupes. Il lui écrivit aussitôt que le peu de troupes qu’il avait à Besançon ne lui paraissant pas nécessiter sa présence dans cette ville, il suppliait Son Altesse Royale de l’employer près d’elle et à l’avant-garde, s’il était possible ; désirant dans cette circonstance, comme dans toutes celles qui pourraient intéresser le service du roi, lui donner des preuves de son zèle et de sa fidélité. » Le lendemain, M. de Maillé, premier gentilhomme du comte d’Artois, vint lui apprendre le départ du prince de Lyon et l’arrivée de Napoléon à Grenoble. Ney décicida alors de transporter son quartier général, à Lons-le-Saunier « bien résolu, écrivait-il au ministre de la guerre, à attaquer l’ennemi à la première occasion favorable. » En arrivant à Lons-le-Saunier (12mars), il apprit l’entrée de Napoléon à Lyon, concentra aussitôt ses forces et donna ses instructions à ses gênéraux. Un officier d’ordonnance lui ayant dit que les soldats frémissants étaient sur le point de se mutiner et criaient : Vive l’empereur ! II faudra bien qu’ils se battent, lui répondit-il ; je prendrai moi-même un fusil de la main d’un grenadier, j’engagerai l’action et je passerai mon sabre au travers du corps du premier qui refusera de me suivre. » Le 13, Ney apprit que, en haine des Bourbons, Napoléon était partout acclamé, que partout les troupes se joignaient à lui, que, Bourg, Maçon, Dijon venaient de proclamer le rétablissement de l’Empire et que l’artillerie qu’il attendait venait de grossir les troupes de Bonaparte. En présence de ce mouvement irrésistible, le maréchal tomba dans une profonde perplexité. Sur ces entrefaites, dans la nuit du 13 au 14, des émissaires de Bonaparte vinrent le trouver. Ils lui déclarèrent que le retour de Napoléon s’opérait de concert avec l’Angleterre et l’Autriche, lui annoncèrent que ses soldats allaient l’abandonner et lui montrèrent, en lui racontant la marche triomphale de son ancien maître, l’impossibilité de lutter contre le courant de l’opinion. Ces déclarations produisirent sur son esprit l’impression la plus vive. Incertain, irrésolu, le prince de la Moskowa consulta les généraux Lecourbe et Bourmont, qui servaient sous ses ordres. Ceux-ci, après avoir constaté qu’on ne pouvait résister au courant, se rangèrent à l’avis qu’il fallait abandonner la cause royale. Oubliant alors toutes ses promesses, toutes ses bruyantes protestations de dévouement, Ney, par une volte-face soudaine, se décida à se prononcer pour le parti triomphant. Aussitôt il donna l’ordre de réunir les troupes sur la place de Lons-le-Saunier, le 14 au matin. A l’heure fi’xée, au milieu d’une foule énorme, anxieuse de ce qui allait arriver, au milieu d’un silence profond, le maréchal, suivi de son état-major, arriva sur la place, tira son épée et, d’une voix forte, il lut la proclamation suivante, qui lui avait été remise par les envoyés de Bonaparte : « Officiers, sous-officiers et soldats, La cause des Bourbons est à jamais perdue. La dynastie que la nation française a adoptée va remonter sur le trône. C’est à l’empereur Napoléon, notre souverain, qu’il appartient seul de régner sur notre beau pays. Que la noblesse des Bourbons prenne le parti de s’expatrier encore ou qu’elle consente à vivre au milieu de nous, que nous importe ? La cause sacrée de notre liberté et de notre indépendance ne souffrira plus de leur funeste influence. Ils ont voulu avilir notre gloire militaire, mais ils se sont trompés ; cette gloire est le fruit de trop nobles travaux pour que nous puissions jamais en perdre le souvenir. Soldats ! les temps ne sont plus où l’on gouvernait les peuples en étouffant leurs droits ; la liberté triomphe enfin, et Napoléon, notre auguste empereur, va l’affermir à jamais. Que désormais cette cause si belle soit la nôtre et celle de tous les Français ; que tous les braves que j’ai l’honneur de commander se pénètrent de cette grande vérité. Soldats ! je vous ai souvent menés à la victoire ; maintenant, je vais vous conduire à cette phalange immortelle que l’empereur Napoléon conduit à Paris, et qui y sera sous peu de jours ; et là, notre espérance et notre bonheur seront à jamais réalisés. Vive l’empereur Lons-le-Saunier, le 13 mars-1815. Le maréchal d’Empire, PRINCE DE LA MOSKOWA. » Dès les premiers mots de cette proclamation, le peuple et l’armée, qui haïssaient profondément les Bourbons, firent entendre des acclamations frénétiques. «Une joie furieuse, dit M. Thiers, éclata comme le tonnerre dans les rangs des soldats : Mettant leurs shakos au bout de leurs fusils, ils poussèrent les cris de : « Vive l’empereur ! vive le maréchal Ney ! » avec une violence inouïe ; puis ils rompirent les rangs, se précipitèrent sur le maréchal, et baisant, les uns ses mains, les autres les basques de son habit, ils le remercièrent à leur façon d’avoir cédé au vœu de leur cœur. Ceux qui ne pouvaient l’approcher entouraient ses aides de camp un peu embarrassés d’hommages qu’ils ne méritaient pas, car ils étaient étrangers au brusque revirement qui venait de s’accomplir, et leur serrant la main : « Vous êtes de braves gens, disaient-ils, nous comptions sur vous et sur le maréchal, et nous étions bien certains que vous ne resteriez pas longtemps avec les émigrés. » Les habitants, non moins expressifs dans leurs témoignages, s’étaient joints aux soldats, et Ney rentra chez lui escorté d’une multitude bruyante et remplie d’allégresse. Pourtant, en revenant à sa résidence, il trouva la gêne et même l’improbation sur le visage de la plupart de ses aides de camp. L’un d’eux, ancien émigré, brisa son épée en lui disant : « Monsieur le maréchal, il fallait nous avertir, et ne pas nous rendre témoins d’un pareil spectacle. – Et que vouliez-vous que je fisse ? lui répondit le maréchal. Est-ce que je puis arrêter la mer avec mes mains ? » D’autres, en convenant qu’il était impossible de faire battre les soldats contre Napoléon, lui exprimèrent le regret de ce qu’il prenait sur lui de jouer, à si peu d’intervalle de temps, deux rôles si contraires. – « Vous êtes des enfants, répliqua le maréchal ; il faut vouloir une chose ou une autre. Puis-je aller me cacher comme un poltron, en fuyant la responsabilité des événements ? Le maréchal Ney ne peut pas se réfugier dans l’ombre. D’ailleurs, il n’y a qu’un moyen de diminuer le mal, c’est de se prononcer tout de suite pour prévenir la guerre civile, pour nous emparer de l’homme qui revient et l’empêcher de commettre des folies ; car, ajouta-t-il, je n’entends pas me donner à un homme, mais à la France ; et si cet homme voulait nous ramener sur la Vistule, je ne le suivrais point ! » Après avoir ainsi rudoyé ses improbateurs, Ney reçut à dîner, outre les généraux, tous, les chefs des régiments, un seul excepté qui refusa de s’y rendre. Sauf un peu de gène, provenant de la violation du devoir militaire qu’on se reprochait intérieurement, ce ne fut qu’une longue récapitulation des fautes des Bourbons, qui, sans le vouloir ou le voulant (chacun en jugeait à sa manière), s’étaient livrés à l’émigration, à l’étranger et avaient affiché des sentiments qui n’étaient pas ceux de la France. Ce ne fut aussi qu’une protestation unanime contre les anciennes fautes de l’Empereur, contre sa folie belliqueuse, contre son despotisme, contre son refus d’écouter les représentations de ses généraux en 1812 et en 1813 ; ce ne fut enfin qu’une résolution énergique de lui dire la vérité et d’exiger de sa part des garanties de liberté et de bonne politique. « Je vais le voir, disait Ney, je vais lui parler, et je lui déclarerai : que nous ne nous laisserons plus conduire a Moscou. Ce n’est pas à lui que je me donne, c’est à la France, et si nous nous rattachons à lui comme au représentant de notre gloire, ce n’est pas à une restauration du pouvoir impérial que nous entendons nous prêter. » Les généraux Lecourbe et de Bourmont assistèrent à ce dîner, prenant peu de part à ce qui s’y disait, mais admettant comme inévitable et comme trop motivée par les fautes des Bourbons la révolution qui venait de s’accomplir. Le maréchal quitta ses convives… Il adressa à sa femme une lettre dans laquelle il racontait ce qu’il avait fait et qu’il terminait par ces mots caractéristiques : « Mon amie, tu ne pleureras plus on sortant des Tuileries. » Dans la nuit du 14, Ney quitta Lons-le-Saunier, après avoir reçu de Napoléon l’ordre de se diriger sur Autun et Auxerre. Ce fut dans cette dernière ville qu’il rencontra Napoléon. Il y arriva très décidé à faire ses conditions, et se présenta devant lui tenant à la main une sorte de manifeste expliquant sa conduite et faisant des réserves. En le voyant, Napoléon lui ouvrit ses bras, en lui disant : « Embrassons-nous, mon cher maréchal » et comme Ney voulait commencer sa lecture, « vous n’avez pas besoin d’excuses, lui dit-il ; Votre excuse, comme la mienne, est dans les événements qui ont été plus forts que les hommes. Mais ne parlons plus du passé et ne nous en souvenons que pour nous mieux conduire. » Le maréchal interloqué dut remettre son manifeste dans sa poche. Mais le lendemain de son retour à Paris, il écrivit à Napoléon : « Je ne suis pas venu vous joindre par considération ni par attachement pour votre personne ; vous avez été le tyran de ma patrie ; vous avez porté le deuil dans toutes les familles et le désespoir dans plusieurs ; vous avez troublera paix du monde entier ; jurez-moi, puisque le sort vous ramène, que vous ne vous occuperez plus à l’avenir qu’à réparer les maux que vous avez causés a la France ; jurez-moi que vous ferez le bonheur du peuple ! Je vous somme de ne plus prendre les armes que pour maintenir nos limites ; de ne plus les dépasser pour aller tenter au loin d’inutiles conquêtes : à ces conditions je me rends pour préserver mon pays des déchirements dont il est menacé. » Un pareil langage était peu fait pour plaire au despote qui n’avait su profiter en rien de la terrible leçon du passé. Pour se débarrasser de ce frondeur mécontent de son maître et mécontent de lui-même, il le chargea d’aller inspecter les troupes sur toute la ligne des frontières du nord-est. Lorsque, le 1er juin, il réunit solennellement le corps électoral au champ de Mai, apercevant Ney qui n’avait pas paru aux Tuileries depuis un mois, il l’apostropha en ces termes : « Je croyais que vous aviez émigré. – J’aurais dû le faire plus tôt, répliqua le maréchal ; maintenant il est trop tard. » Néanmoins, malgré sa défiance, Napoléon nomma le lendemain le prince de la Moscowa membre de la Chambre des pairs et, le 15 du même mois, il l’appela au commandement du 1er et du 2e corps de l’armée. Quelques jours après, Ney se trouvait en face de l’ennemi et combattait héroïquement aux Quatre-Bras et à la terrible bataille de Waterloo, où il chercha vainement la mort à travers la mitraille. Ney, éperdu, grand de toute la hauteur de la mort acceptée, dit Victor Hugo, s’offrait à tous les coups dans cette tourmente. Il eut là son cinquième cheval tué sous lui. En sueur, la flamme aux yeux, l’écume aux lèvres, l’uniforme déboutonné, une de ses épaulettes à demi coupée par le coup de sabre d’un horse-guard. sa plaque de grand-aigle bosselée par une balle, sanglant, fangeux, magnifique, une épée cassée à la main, il disait : «Venez voir comment meurt un maréchal de France sur un champ de bataille ! » Mais en vain ; il ne mourut pas. Il était hagard et indigné ; il jetait à Drouet d’Erlon cette question : « Est-ce que tu ne te fais pas tuer, toi ? Il criait au milieu de toute cette artillerie écrasant une poignée d’hommes : « II n’y a donc rien pour moi ! Oh ! je voudrais que tous ces boulets anglais m’entrassent dans le ventre ! » Tu étais réservé à des balles françaises, infortuné ! De retour à Paris après la défaite, Ney, considérant le désastre comme irrémédiable, montra encore une fois combien en lui le caractère était loin d’être à la hauteur de la bravoure. Au lieu d’essayer de relever les courages abattus, d’en appeler au patriotisme de la nation, il se rendit au Sénat et y prononça ces mots qui lui attirèrent les reproches les plus mérités : « II ne nous reste plus, messieurs, qu’à entamer des négociations… II faut rappeler les Bourbons, et moi je vais prendre le chemin des Etats-Unis. » Vainement, pour atténuer l’effet que produisit ce langage, il adressa au chef du gouvernement provisoire une lettre qui fut publiée le 30 juin. On ne lui donna aucun commandement dans l’armée qui s’organisait sous les murs de Paris. Le 3 juillet suivant, le gouvernement signait une capitulation dont l’article 12 était ainsi conçu : « Seront respectées les personnes et les propriétés particulières ; les habitants et en général tous les individus qui se trouvent dans la capitale continueront à jouir de leurs droits et libertés, sans pouvoir être inquiétés ni recherchés en rien relativement aux fonctions qu’ils occupent ou auront occupées, à leur conduite et à leurs opinions politiques. » Bien que cet acte le mît légalement à l’abri de toute poursuite, Ney jugea prudent de quitter Paris le jour même où les alliés y entrèrent ; et résolut de passer en Suisse. Il arriva à Lyon avec une feuille de route portant le nom de Reiset, major de hussards (9 juillet). Là, ayant appris que les routes de la Suisse étaient gardées par les Autrichiens, il se rendit à Montbrison, puis il alla s’installer dans un petit village d’eaux thermales, nommé Saint-Alban. Ce fut dans ce lieu qu’il apprit, par une lettre de sa femme, qu’une partie de la France était ensanglantée par les abominables excès des royalistes, que Louis XVIII venait de faire dresser des listes de proscription et que, en vertu de l’ordonnance royale du 14 juillet, il allait être traduit devant un conseil de guerre avec dix-neuf généraux et officiers supérieurs, « pour avoir trahi le roi et s’être emparés du pouvoir par violence. » Ne se croyant pas en sûreté à Saint-Alban, Ney alla se réfugier chez un des parents de sa femme, au château de Bessonis, dans le Lot. Confiné dans une chambre haute, d’où il ne descendait même pas pour prendre ses repas, dit Vaulabelle, il dût se croire à l’abri de toute recherche. Une inconcevable imprudence le livra. L’Empereur, lors du mariage du maréchal, en juillet 1802, lui avait fait présent d’un sabre turc de la plus grande richesse. Ce sabre, curieusement examiné sans doute par ses hôtes, était resté déposé sur un des sièges du salon. Un habitant d’Aurillac, en visite au château, vit l’arme et l’admira ; de retour à sa ville, il raconta ce qu’il avait vu ; à la description de l’arme, une des personnes présentes dit : « Je crois connaître le sabre dont vous parlez; il n’existe en Europe que deux personnes qui peuvent le posséder : le’maréchal Ney ou Murat. » La conversation rapportée au préfet du département, M. Locard, excita le zèle de ce fonctionnaire. Bien que Bessonis, situé dans un autre département que le sien, ne fut pas sous sa juridiction administrative, il y dirigea immédiatement un capitaine et un lieutenant de gendarmerie avec quatorze gendarmes. Le maréchal avait lu la veille, dans une feuille royaliste, qu’au moment de quitter le roi, quatre mois auparavant, pour marcher contre Napoléon, il avait sollicité et obtenu un don de 500.000 francs, largesse, ajoutait le journal, qui augmentait l’odieux de la défection. Cette calomnie rendait le maréchal presque fou de douleur. Il était dans cette situation d’esprit lorsque, le 5 août au matin, on lui annonça la présence des gendarmes aux portes du château. Il pouvait fuir ; on le lui proposa : il s’y refusa avec obstination. Bien plus, ouvrant la fenêtre de sa chambre et apercevant les gendarmes dans la cour, il cria a celui d’entre eux qui semblait le chef: « Que voulez-vous ? – Nous cherchons le maréchal Ney, répondit le gendarme sans même regarder qui l’interpellait. – Que lui voulez-vous ? L’arrêter- Eh Bien ! montez, je vais vous le faire voir. » Les gendarmes montèrent ; le maréchal ouvrit sa porte: «Je suis Michel Ney » leur dit-il. La nombreuse escorte du prince de la Moskowa le conduisit à Aurillac, pendant que, de l’autre côté des montagnes qui séparent le Cantal du Languedoc, le Rhône roulait dans ses eaux et emportait vers la mer les restes d’un de ses frères d’armes, du maréchal Brune, assassiné trois jours auparavant à Avignon ; le corps à ce moment était encore le jouet du fleuve. Ney resta dix jours sous la garde du préfet Locard ; le 10 août, sur des ordres venus de Paris, le maréchal prit la route de la capitale, conduit par deux, officiers de gendarmerie, auxquels le préfet du Cantal recommanda les précautions, de surveillance les plus sévères. L’un de ces officiers, qui avait servi sous le maréchal, répugnant à ces mesures de rigueur, dit à Ney qu’il aurait dans son camarade et lui, non des gardiens, mais de simples compagnons de route, s’il promettait de ne point chercher à s’échapper. Le maréchal donna sa parole : engagement regrettable, car une partie de l’armée de la Loire ses trouvait sur son chemin, entre autres le corps des dragons d’Exelmans, cantonné à Riom, ville que Ney devait traverser. La nouvelle de son arrestation s’était promptement répandue parmi toutes ces troupes. Exelmans attendit le prisonnier au passage et lui fit proposer de l’enlever. « Non, répondit Ney, ma parole est engagée. » A quelques lieues de Paris, il rencontra la maréchale, qui l’attendait à une des maisons de poste de la route ; on les laissa seuls. Quand le maréchal fit ensuite appeler un des officiers de gendarmerie et lui dit qu’il était prêt, des larmes coulaient lentement de ses yeux; l’officier ne put réprimer un mouvement de surprise : « Vous êtes étonné de me voir pleurer, lui dit le maréchal ; mais ce n’est pas sur moi que je pleure, c’est sur ma femme, sur mes quatre fils… » Le maréchal entra dans Paris et fut déposé à la prison da la préfecture de police, à la même heure, au même moment où Labédoyère sortait de la prison de l’Abbaye et tombait à la plaine de Grenelle. » Transféré, le 19 août, à la Conciergerie, il y fut soumis, au secret le plus rigoureux. Le lendemain, M. Decazes, préfet de police, vint lui faire subir un interrogatoire. Bien qu’il ne lui reconnût pas qualité pour l’interroger, Ney consentit néanmoins à répondre à ses questions et s’attacha surtout à écarter l’idée d’une préméditation lorsqu’il s’était rangé du côté de Napoléon. Ou dut alors ramener toute l’accusation à un seul chef, la proclamation du 13 mars, et une ordonnance institua un conseil de guerre pour prononcer sur le sort du prince de la Moskowa. Le vieux maréchal Moncey, appelé à faire partie des juges, refusa cette odieuse mission. A l’ordre qui lut fut donné d’accepter il répondit par une lettre, adressée à Louis XVIII, et dont le mâle et lier langage, qui fit scandale au milieu d’une cour fanatisée et servile, lui valut une condamnation à trois mois d’emprisonnement. Les autres juges, tous compagnons d’armes de Ney, consentirent à siéger. Le maréchal déclina la compétence de ce tribunal, présidé par Jourdan (9 novembre), déclarant toutefois qu’il était prêt à répondre aux questions qu’il plairait au général comte Grandier, rapporteur, de lui adresser. Conformément aux conclusions de Berryer père, avocat de Ney, le conseil de guerre, se fondant sur la qualité de pair de France que possédait l’accusé, se déclara incompétent (10 novembre). Cet arrêt causa un vif déplaisir à Louis XVIII et à la cour ; mais on se garda bien d’abandonner les poursuites. Dès le lendemain, une ordonnance royale déférait à la cour des pairs le jugement du maréchal Ney. Le 12, le duc de Richelieu, président du conseil des ministres, se rendait à la Chambre des pairs et y prononçait ces paroles : « Ce n’est pas seulement au nom du roi, c’est au nom de la France, depuis longtemps indignée et stupéfaite, c’est même au nom de l’Europe que nous venons vous conjurer et vous requérir à la fois de juger le maréchal Ney… Nous accusons devant vous le maréchal Ney de haute trahison et d’attentat contre la sûreté de l’Etat. » II était difficile de montrer plus clairement que c’était un acte de vengeance que le gouvernement réclamait avec instance de la Chambre. M. Séguier, chargé de l’instruction nouvelle, déploya une telle activité qu’on fixa le 2l novembre pour l’ouverture du procès. Ney venait de faire une déclaration qui montre encore une fois l’incroyable faiblesse de son caractère : « Je mets aux pieds du roi, y disait-il, l’hommage de ma respectueuse et vive reconnaissance pour la bonté que Sa Majesté a eue d’accueillir mon déclinatoire, de me renvoyer devant mes juges naturels et d’ordonner que les formes constitutionnelles soient suivies dans mon procès. Ce nouvel acte de sa justice paternelle me fait regretter davantage que ma conduite, au 14 mars dernier, ait pu faire soupçonner que j’avais intention de la trahir… Je n’ai eu d’autre pensée que d’éviter à mon malheureux pays la guerre civile et tous les maux qui en découlent. » Ce fut après avoir fait cette déclaration, si complètement dépourvue de dignité, que le prince de la Moskowa se présenta devant ses juges, assisté de deux avocats, Berryer père et Dupin aîné. Ceux-ci présentèrent divers moyens préjudiciels, dont l’un fut admis. Il était fondé sur ce que, l’accusé n’ayant reçu communication des pièces que depuis deux jours, les défenseurs n’avaient pas eu le temps de les étudier. La Chambre consentit à s’ajourner, d’abord jusqu’au 23 novembre, puis jusqu’au 4 décembre. Ce jour-là, les débats commencèrent. Ney fit les mêmes déclarations que dans ses précédents interrogatoires ; quelques témoins, notamment Bourmont et le marquis de Vaulchier, montrèrent contre l’accusé la plus grande animosité. L’accusation fut soutenue par le procureur général Bellart avec une âpreté et une violence excessives. Quant au défenseur Berryer, il se montra tout à fait au-dessous de sa tâche. Lorsqu’il voulut montrer que Ney était absolument protégé par l’article 12 de la capitulation de Paris, le chancelier s’opposa formellement à ce qu’il invoquât cet argument capital de la défense, en déclarant qu’il était l’organe de la majorité de la cour. Forcé d’abandonner ce moyen, il invoqua le traité du 20 novembre, en vertu duquel Sarrelouis, ville natale du maréchal, ayant cessé de faire partie de la France, Ney se trouvait par celà même étranger et soustrait aux lois françaises. Cet argument si peu digne produisit une fâcheuse impression. Ce fut alors que Ney, se levant, prononça les paroles suivantes : « Oui, messieurs, je suis Français, je saurai mourir Français. Jusqu’ici, ma défense avait paru libre ; je m’aperçois qu’on l’entrave à l’instant. Je remercie mes généreux défenseurs de ce qu’ils ont fait et de ce qu’ils sont prèts à faire ; mais je les prie de cesser plutôt de me défendre tout à fait que de me défendre imparfaitement… Je suis accusé contre la foi des traités, on ne veut pas que je les invoque ! Je fais comme Moreau, j’en appelle à l’Europe et à la postérité. » Ces paroles furent suivies de la clôture des débats. Après six heures de délibération, le décembre, la Chambre des pairs condamna Michel Ney à la peine de mort et à la dégradation de la Légion d’honneur. Sur 161 membres présents, 128 votèrent la mort, 17 la déportation, 5 membres s’abstinrent, et 11 voix furent déduites pour avis semblables entre parents. Parmi les pairs qui avaient prononcé la peine capitale, nous citerons : Chateaubriand, Sérurier, le duc de Valmy, le duc de Bellune, Lauriston, le général Monnier, le comte Dupont, le comte de Beauharnais, le comte de Tascher, de Sèze, Séguier, Lamoignon, d’Aguesseau. Les cinq qui s’étaient abstenus étaient : le duc de Choiseul, le marquis d’Aligre et les comtes de Brigode, de Sainte-Suzanne et de Nicolaï. Berthollet, Fontanes, Lanjuinais, Lemercier, Gouvion-Saint-Cyr, les ducs de Broglie et de Montmorency firent partie des membres qui votèrent la déportation. Lorsque le secrétaire archiviste de la Chambre, Cauchy, se présenta à la prison du Luxembourg pour lire au maréchal l’arrêt qui le condamnait, celui-ci dormait. On l’éveilla. A l’attitude de Cauchy, Ney comprit aussitôt qu’il était condamné. Se voyant en face de la mort, il l’envisagea avec ce sang-froid et cette intrépidité qui l’avaient rendu si grand dans les batailles. Imperturbable, presque souriant, il écouta la lecture du jugement, qu’il interrompit quand on commença la longue nomenclature de ses titres. « Passez, dit-il; dites Michel Ney, et bientôt un peu de poussière. » Ayant appris qu’il serait exécuté le lendemain matin à neuf heures, et qu’il pourrait voir sa femme avant de mourir, il demanda qu’on la fît venir à cinq heures et demie et qu’on ne lui dît rien de sa conndamnation ; puis il se jeta sur son lit, où il s’endormit profondément. Le lendemain 7 décembre, à cinq heures et demie du matin, dit Vaulabelle, il fut éveillé par l’arrivée de la maréchale, qu’accompagnaient ses quatre fils et sa belle-sœur, Mme Gamot. La maréchale, en entrant dans la chambre de son mari, tomba sans connaissance ; on la releva, et à un long évanouissement succédèrent les pleurs et les sanglots. Mme Gamot, à genoux devant son beau-frère, n’était pas dans un moins déplorable état. Les quatre fils du maréchal, dont l’aîné était à peine âgé de douze ans, sombres, silencieux, regardaient leur père. Il les prit sur ses genoux, leur parla longtemps à voix basse, puis, voulant mettre un terme à cette scène déchirante, il dit à demi-voix à Mme Gamot, mais de manière à être entendu de la maréchale, que celle-ci aurait peut-être le temps d’arriver jusqu’au roi ». La maréchale saisit avidement cette ouverture, qui n’avait pour but que de l’éloigner, et, se jetant dans les bras du condamné, quelle étreignit longtemps, elle se hâta de courir aux Tuileries. Resté seul avec ses gardes, Ney écrivit quelques dispositions. Les hommes chargés de sa surveillance, bien que couverts de l’uniforme de gendarmes et de soldats de la nouvelle garde, appartenaient aux anciennes bandes de l’Ouest ou du Midi, ou aux différents corps de la maison du roi. L’un d’eux, dont les formes et le langage contrastaient avec l’habit dont il était vêtu, s’approcha de Ney : « Monsieur le maréchal, lui dit-il, à votre place, je penserais maintenant à Dieu ; j’enverrais chercher le curé de Saint-Sulpice. » Ney regarda le garde et sourit : « Eh bien ! lui répondit-il, envoyez-le chercher. » A huit heures, on vint l’avertir ; il répondit qu’il était prêt. Il portait le deuil de son père ; il avait pour vêtements une redingote de gros drap bleu, une culotte et des bas de soie noire, pour coiffure un chapeau rond. Il descendit entre une double haie de soldats qui se prolongeait jusqu’à l’entrée du jardin, où l’attendaient le curé de Saint-Sulpice et une voiture de place. Au moment de monter, il dit au prêtre, en’lui cédant le pas : « Montez le premier, monsieur le curé, j’arriverai encore avant tous là-haut ! » Le fiacre se mit en marche, traversa le jardin du Luxembourg, entra dans la grande avenue de l’Observatoire et s’arrêta à moitié chemin environ entre cet édifice et la grille du jardin. Un officier de gendarmerie, ouvrant alors la portière, annonça au maréchal qu’il était près du lieu d’exécution. Ney mit pied à terre, non sans manifester quelque étonnement ; il croyait devoir être conduit à la plaine de Grenelle. Mais le gouvernement, redoutant des rassemblements trop nombreux et quelque échauffourée populaire, avait pris le parti de l’exécuter pour ainsi dire en fraude. Une foule considérable était effectivement réunie, depuis le matin, à la plaine de Grenelle ; l’avenue de l’Observatoire, au contraire, même à cette heure de la matinée, ne laissait voir que quelques passants. Après avoir fait ses adieux au prêtre et lui avoir remis, pour la maréchale, la boîte en or dont il faisait habituellement usage et, pour les pauvres de sa paroisse, quelques pièces d’or qu’il avait sur lui, le maréchal alla se placer lui-même devant le peloton d’exécution. Ce peloton, composé d’hommes revêtus de l’uniforme de vétérans, était commandé par un officier qui fit offrir au prince de la Moskowa de lut bander les yeux. « Ignorez-vous, répondit le maréchal, que, depuis vingt-cinq ans, j’ai l’habitude de regarder en face les boulets et les balles ? » Puis il ajouta : « Je proteste, devant Dieu et la patrie, contre le jugement qui me condamne ! J’en appelle aux hommes, à la postérité, à Dieu ! Vive la France ! » L’officier écoutait, immobile. Le général commandant la place de Paris, qui, depuis le matin cinq heures, se trouvait chargée de la garde du condamné et des détails de l’exécution, le comte de Rochechouart, s’adressant au chef de peloton, lui dit à haute voix : « Faites votre devoir ! » Le maréchal ôta aussitôt son chapeau de la main gauche et, posant la main droite sur la poitrine, il s’écria d’une voix forte : Soldats, droit au cœur ! Il tomba immédiatement, frappé de six balles à la poitrine, de trois à la tête et au cou et d’une balle dans le bras. Conformément aux règlements militaires, le corps resta exposé durant un quart d’heure sur le lieu d’exécution. Transporté ensuite à l’hospice de la Maternité , il y demeura jusqu’au lendemain, gardé par des sœurs de la Charité que l’on relevait d’heure en heure et qui, agenouillées près de lui, récitaient les prières des morts. Cependant, la maréchale était accourue aux Tuileries. Elle s’était adressée, pour parvenir jusqu’à Louis XVIII, au duc de Duras, premier gentilhomme de service ; elle dut attendre assez longtemps. « Le roi, disait M. de Duras, ne recevait encore personne. » La nouvelle de l’exécution ne tarda pas à arriver au château ; le premier gentilhomme annonça alors à la veuve « que l’audience ne pouvait lui être accordée, parce qu’elle était maintenant sans objet. » Après la Révolution de 1830, Louis-Philippe accorda une pension de 25.000 francs à la maréchale Ney, qui est morte à Paris eu 1854, et fit mettre au musée de Versailles la statue du prince de la Moskowa. Le 18 mars 1848, le gouvernement provisoire décréta qu’un monument serait élevé au maréchal dans le lieu même où il avait été exécuté. Ce monument, ou plutôt cette statue exécutée par Rude, fut érigée le 7 décembre 1853.

( Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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février 23, 2008

MARECHAL MURAT (1767-1815)

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Joachim Murat (1767-1815), roi de Naples

Le voilà le Bernadotte du Midi.

Murat et Ney étaient les hommes les plus braves que j’aie jamais vus. Cependant Murat avait un caractère plus noble que Ney. Murat était généreux et franc ; Ney tenait de la canaille. Mais, chose étrange, quoique Murat m’aimât, il m’a fait plus de mal que qui que ce soit au monde…

Sa mort a été un assassinat car il était bien roi, ayant été reconnu par toutes les puissances

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal MURAT (Joachim), maréchal de France, roi de Naples, né à La Bastide-Fortunière (Lot) le 25 mars 1767, fusillé au Pizzo le 13 octobre 1815. Destiné à l’état ecclésiastique par son père, qui était aubergiste, il fit ses humanités à Cahors et étudia le droit canon à Toulouse ; mais il renonça bientôt à suivre la carrière du sacerdoce et s’engagea dans un régiment de cavalerie. Un acte d’insubordination le fit renvoyer. Toutefois, il entra quelque temps après dans la garde constitutionnelle de Louis XVI, passa, après la suppression de cette garde, dans le 21e régiment de chasseurs à cheval et devint sous-lieutenant (1791). Exalté révolutionnaire , Murat demanda à changer son nom en celui de Marat, après l’assassinat de l’ami du peuple, ce qui lui valut d’être mis en disponibilité après le 9 thermidor, comme terroriste, pendant qu’il servait à l’ armée des Pyrénées occidentales. Murat était alors chef de brigade. Il revint à Paris et, le 13 vendémiaire an IV, il fut du nombre des républicains qui se levèrent spontanément pour la défense de la Convention. On le réintégra dans son grade. Bonaparte, qui avait pu l’apprécier dans cette journée, le prit pour aide de camp dans la campagne d’Italie (1796), pendant laquelle il récompensa sa brillante valeur à Dego, Ceva, Mondovi en le nommant général de brigade, et l’envoya porter au Directoire les drapeaux pris sur l’ennemi. De retour en Italie, Murat donna de nouvelles preuves de sa bouillante intrépidité à Mantoue, Rovereto, Saint-Georges, ou il fut blessé, et contribua à forcer l’Autriche à demander la paix par l’audacieuse manœuvre qu’il fit exécuter à sa cavalerie le 13 mars 1797. Appelé l’année suivante à faire partie de l’expédition d’Egypte, Murat fit des prodiges à la prise d’Alexandrie. A la bataille des Pyramides (23 juillet 1798), il gagna le grade de général de division ; au siège de Saint-Jean d’Acre, il monta le premier à l’assaut. A Aboukir, il se mesura corps à corps avec Mustapha-Pacha, qu’il fit lui-même prisonnier, et il eut la plus grande part au succès de cette bataille. De retour à Paris avec Bonaparte, qui l’avait fait le confident de ses ambitieux projets, Murat, oubliant ses opinions républicaines, devint l’instrument docile du despote. C’est lui qui, au 18 brumaire, à la tête de grenadiers, violant la représentation nationale, dispersa le conseil des Cinq-Cents et prononça sa dissolution. Pour prix de ce service, le premier consul lui donna le cominandement de la garde consulaire et la main de sa sœur Caroline (20 janvier 1800). Peu après, Murat suivit Bonaparte en Italie. Mis à la tête de toute la cavalerie de l’armée, il entra dans Milan le 2 juin, contribua puissamment à la victoire de Marengo, puis fut chargé en 1801 de l’expulsion des Napolitains des Etats de l’Eglise, du gouvernement de la république Cisalpine et de la prise de possession de l’île d’Elbe. De retour à Paris, il fut nommé député du Lot au Corps législatif, et Bonaparte l’accabla d’honneurs, le créant successivement gouverneur de Paris (1803), maréchal de l’Empire (1804), prince, grand amiral (1805), et lui conférant, après la bataille d’Austerlitz, dont il avait décidé le succès, le titre de grand-duc de Clèves et de Berg, avec la souveraineté de ces Etats (20 fév. 1806). Murat administra sa principauté avec un grand esprit de modération, s’attacha à ne pas pressurer ses sujets, à ne point les indisposer contre lui par des réformes administratives trop brusques, et s’attira à ce sujet de vifs reproches de Napoléon, qu’irritait la moindre apparence de liberté dans le gouvernetnent des peuples. Bien qu’habitué à subir l’ascendant de son irritable beau-frère, Murat, dit-on, refusa de mettre à exécution ses instructions tyranniques, et lui offrit un jour de se démettre de son pouvoir souverain. Tout en jouant le rôle d un petit monarque, Murat n’en était pas moins resté le lieutenant de Bonaparte. Lors de la coalition de 1806, il reprit le commandement de la cavalerie de la grande armée, et montra dans toutes les rencontres une incomparable impétuosité. Après avoir chargé les Prussiens à léna, il fit capituler Erfurt, puis Lubeck où commandait Blücher, marcha contre les Russes ; entra à Varsovie le 28 novembre. En 1807, il figura avec le même éclat aux batailles d’Eylau et de Friedland et assista, le 21 iuin, à l’entrevue qu’eurent sur le Niémen le czar Alexandre et Napoléon. Murat allait, la paix conclue, retourner dans son grand-duché, lorsqu’il fut mis à la tête de l’expédition d’Espagne en 1808. Après une course rapide, les portes de Madrid lui furent ouvertes (25 mars). Peu après, il comprima dans le sang une insurrection formidable. Charles IV l’investit de l’autorité royale et il se croyait déjà en possession de ce trône, lorsque Napoléon le donna à son frère Joseph (6 juin). Murat, de retour à Paris, manifesta son mécontentement, et pour le calmer son beau-frère lui donna le trône de Naples (15 juillet 1808). Le nouveau monarque, proclamé le 1er août sous le nom de Joachim Napoléon, commença, en arrivant dans son royaume, par enlever aux Anglais l’île de Capri, opéra de louables réformes dans l’administration, fit cesser les arrestations arbitraires, réorganisa l’armée et la marine, encouragea les sciences et les lettres et acquit une assez grande popularité. Son goût puéril pour la représentation, sa tenue de roi d’opéra-comique empanaché, loin de sembler ridicules, parurent au contraire plaire au peuple napolitain, avide de spectacles. Poussé par sa femme, qui avait pris sur son faible esprit un grand empire, Joachim voulut prendre son rôle de roi au sérieux et secouer la fatigante tutelle de Napoléon. N’ayant point été secondé par les troupes françaises lorsqu’il tenta, en 1809, d’enlever aux Anglais la Sicile, il en éprouva un vif mécontentement, dont il fit part à Napoléon, qui accueillit ses plaintes avec sa hauteur habituelle ; son irritation s’en accrut. Joachim demanda alors, mais sans succès, le rappel des troupes françaises, et décréta que tous les étrangers, y compris les Français, qui occupaient des emplois dans son royaume devaient, pour les conserver, se faire naturaliser Napolitains. Mais Napoléon annula ces dispositions par un autre décret, signé aux Tuileries en 1811, et dans lequel il déclarait que, « le royaume de Naples faisant partie du grand empire, les citoyens français sont de droit citoyens des Deux-Siciles. » Cette mesure causa à Murat un tel dépit, qu’il en tomba malade et, pour s’en venger, il differa de célébrer la naissance du roi de Rome et affecta de ne plus porter le ruban de la Légion d’honneur (1811). La guerre de Russie apaisa momentanément cette querelle de famille. Le roi de Naples dut, sur l’ordre de son beau frère, prendre encore une fois le commandement de la cavalerie de la grande armée. Il donna de nouvelles preuves de sa brillante valeur dans les champs d’Ostrowno, de Smolensk, et surtout de la Moskowa, où il enleva la grande redoute russe et décida la victoire (7 septembre 1812). Toutefois, il fut battu par Koutousov à Winkowa. Napoléon lui ayant confié le commandement des débris de l’armée pendant la retraite (5 décembre), Murat, découragé, le remit, à Wilna, entre les mains du prince Eugène et disparut furtivement (16 janvier 1813), abandonnant l’armée pour retourner à Naples, et, dès cette époque, pour conserver son trône, il entama de secrètes négociations avec l’Autriche et l’Angleterre. Toutefois, en 1813, il rejoignit Napoléon, prit part aux batailles de Dresde, de Vachau et de Leipzig, puis disparut encore, sous le prétexte de lever des troupes en Italie. Les désastres de la campagne fixèrent ses incertitudes. D’après les conseils de sa femme et de Fouché, il abandonna l’homme dont il voyait crouler la fortune. Par des traités des 6 et 11 janvier 1814 avec l’Angleterre et l’Autriche, il s’engage à fournir 30.000 hommes de troupes aux alliés, qui, en échange, lui garantissent sa couronne et lui promettent un accroissement de territoire. A la tète de son armée, il s’empara de Bologne, d’où il publia, le 30 juin 1814, une proclamation dans laquelle il disait, en s’adressant aux soldats : « L’empereur ne veut que la guerre. Je trahirais les intérêts de mon ancienne patrie, ceux de mes Etats et les vôtres si je ne séparais sur-le-champ mes armes des siennes pour les joindre à celles des puissances alliées, dont les intentions magnanimes sont de rétablir la dignité des trônes et l’indépedance des nations. » Cette défection fut un coup cruel pour Bonaparte, qui, d’après le Mémorial de Sainte-Hélène, l’a jugée en ces termes : « II est impossible de concevoir plus de turpitudes que n’en contenait la proclamation de Murat en se séparant du vice-roi. Il y est dit que le temps est venu de choisir entre deux bannières : celle du crime et celle de la vertu. C’était ma bannière qu’il appelait celle du crime. Et c’est Murat, mon ouvrage, le mari de ma sœur, celui qui me doit tout, qui n’eût rien été sans moi, qui n’est connu que par moi, qui écrivit cela ! Il est difficile de se séparer du malheur avec plus de brutalité, et de courir avec plus d’impudeur au-devant d’une nouvelle fortune. » Au mois de février 1814, Murat marcha contre le vice-roi d’Italie, qu’il força à se replier sur l’Adige, mais l’attaqua mollement. Peu après, le 2 avril, Napoléon était renversé et remplacé par Louis XVIII. Le roi de Naples trouva dans ce dernier, un adversaire déclaré. Il fut mis en discussion dans le congrès de Vienne et sentit la couronne glisser de sa tête. Il songea alors à son beau-frère, relégué à l’île d’Elbe, lui envoya des émissaires et l’assura d’une coopération efficace s’il voulait tenter de reconquérir son trône. Ayant appris, le 5 mars 1815, le débarquement de Napoléon en France, puis le succès, de son entreprise, il déclara qu’il regardait la cause de son beau-frère comme la sienne et que bientôt il le lui prouverait. En effet, il quitta Naples le 16 mars à la tête de son armée, après avoir diminué les impôts et promis une constitution représentative, et il s’avança en Italie en appelant les populations aux armes et à la liberté. Les Autrichiens se replièrent devant lui jusqu’au Pô ; mais là il fut repoussé et forcé de rétrograder à son tour. Bientôt une grande parde de son armée l’abandonna. Poursuivi par les troupes austro-anglaises, il essuya, le 2 mai, une complète défaite à Tolentino, après une bataille de deux jours. Rentré à Naples le 18, avec quelques hommes seulement, il promulgua la constitution annoncée ; mais il était trop tard. Dès le lendemain il dut quitter sa capitale, qui. fut occupée par les Autrichiens au nom de Ferdinand IV. Murat gagna Gaëte, débarqua à Cannes avec sa famille le 25 mai et envoya un courrier à Napoléon pour lui annoncer son arrivée et se mettre à ses ordres. Mais celui-ci ne répondit point à son beau-frère et même lui fit interdire l’accès de Paris par Fouché. Il devait regretter plus tard cette détermination, lorsqu’il disait à Sainte-Hélène, en parlant de Waterloo : « Murat nous eût valu peut-être la victoire ; car que nous fallait-il dans certains moments de la journée ? enfoncer trois ou quatre carrés anglais. Or, Murat était admirable pour une pareille besogne. Il était précisément l’homme de la chose ; jamais, à la tête d’une cavalerie, on ne vit quelqu’un de plus déterminé, de plus brave, de plus brillant. » Murat se disposait à aller habiter près de Lyon, lorsque arriva la nouvelle de la défaite de Waterloo. La sanglante réaction royaliste qui éclata alors dans le Midi le força à chercher une retraite obscure dans le Var. Là, il reçut de nombreuses visites d’officiers français et d’intrigants, qui, flattant son esprit aventureux, le poussaient à retourner à Naples, en lui montrant le peuple prêt à, se soulever en sa faveur ! Murat se laissait aller à cette illusion. « Je n’ai pas besoin, disait-il à un de ses officiers qui s’efforçait de le détourner de ce rêve d’une seconde restauration désormais impossible, je n’ai pas besoin d’un bataillon de vieux soldats pour rallier les populations à mon drapeau ; mon nom seul suffit : je partirai seul, si mes amis ne veulent pas me suivre. » Toutefois, il finit par céder aux conseils d’amis plus clairvoyants, sollicita de l’empereur d’Autriche, par l’entremise du duc d’Otrante, l’autorisation de se rendre dans ses Etats avec sa famille et reçut une réponse favorable. Sur ces entrefaites, il fut averti par les autorités de Marseille qu’une troupe de bandits royalistes devait l’enlever ou le tuer dans la nuit du 17 au 18 juillet. Murat alla se réfugier à Toulon, où il passa quelques jours, puis se cacha près de cette ville. Il allait chercher une retraite auprès d’un de ses amis, dans les environs de Roanne, en attendant la conclusion de ses derniers arrangements avec le cabinet de Vienne, lorsqu’il apprit qu’un bâtiment de commerce allait faire voile pour le Havre. Le capitaine de ce navire consentit à le recevoir à son bord le matin, à la sortie du port. Mais Murat, empêché par la violence des flots, ne put parvenir jusqu’à ce bâtiment, qui s’éloigna. En ce moment, sa tête venait d’être mise à prix. Il dut chercher un asile dans la montagne, chez une pauvre bûcheronne. Au bout de huit jours, ses amis parvinrent à lui procurer une barque pour se rendre en Corse. Pendant la traversée, une tempête s’éleva, et l’ancien roi de Naples allait être englouti lorsqu’il fut recueilli par le paquebot de Toulon à Bastia. Arrivé dans cette ville, il ne s’y trouva point en sûreté et se rendit à Vescovato, où il put, après tant d’agitations, goûter quelques moments de repos chez le général Franceschetti. Les intrigues qui l’avaient assiégé en Provence le poursuivirent en Corse, dit Germain Sarrut, à qui nous emprunterons le dernier et dramatique épisode de la vie de Murat ; des émissaires de France et d’Italie renouvelèrent leurs suggestions perfides ; à les en croire, Naples et les principales villes du royaume attendaient et pressaient de leurs vœux le retour de Joachim. Malheureusement pour lui, les plus sages, les plus prudents de ses amis n’étaient pas à Vescovato. Leur voix ne put combattre ni balancer l’influence des mauvais conseils ; il se décida aussitôt à tenter une entreprise dont trop de gens lui garantissaient le facile succès. Il lui fut aisé de trouver, de recruter en Corse un certain nombre de soldats, et il nolisa six barques, sur lesquelles il fit transporter secrètement des armes et des munitions ; pour se procurer les fonds nécessaires à ce coup de main, il mit ses diamants en gage. Tous les préparatifs étaient terminés, lorsque le comte Macirone vint le trouver ; il lui apportait de Paris les passeports en vertu desquels il était autorisé à se rendre et à vivre dans les Etats autrichiens. Après avoir lu les conditions qui lui étaient faites, Murat s’écria : « II est troptard ! le sort en est jeté ; dans un mois, je serai à Naples. » Et il mit à la voile dans la nuit du 28 septembre 1815. II avait confié le commandement de sa petite escadrille à un ancien capitaine de frégate, qui devait à la faveur de Murat ce grade dans la marine napolitaine ; il se nommait Barbara, et bien que quelques avis fussent parvenus à Joachim sur le compte de cet homme, dont on l’engageait à se défier, il croyait à son dévouement et à son courage. Contrariés par les vents, les bâtiments dont se composait l’escadrille furent dispersés, le 5 octobre, par une tempête, et quand, dans la matinée du 6, on fut en vue des côtes des Calabres, les signaux ne purent rallier qu’une seule barque qui contenait 40 soldats. Un officier qui avait été envoyé pour répondre aux questions de la douane avait été retenu prisonnier : les douaniers menaçaient de faire feu si les barques ne s’éloignaient pas. Murat sembla reconnaître la nécessité d’une prompte retraite. Mais Barbara, qui avait reçu le prix de sa trahison, insista pour qu’on abordât au Pizzo, et Murat lui donna enfin l’ordre qu’il désirait. Quand la barque fut arrivée devant le port, les principaux officiers de Murat, qui n’avaient pas été consultés sur son nouveau projet, le supplièrent d’y renoncer ; ils voyaient bien que le roi courait à la mort. Il fut inflexible et donna le signal du débarquement. Avant de quitter sa barque, il prescrivit à Barbara de se tenir prêt a le recevoir avec sa suite dans le cas où ils seraient forcés de se rembarquer, 30 hommes environ, officiers, soldats et domestiques, l’accompagnèrent. Quelques cris de « vive Joachim ! » l’accueillirent lorsqu’il fut descendu sur le rivage ; 10 ou 12 canonniers gardes-côtes le suivirent ; mais à peine sa petite troupe avait-elle pris la route de Monteleone que des paysans, réunis, et commandés par un officier de gendarmerie nommé Cappellani, firent feu sur elle. Des rassemblements se formaient sur d’autres points. La résistance était impossible, et il fallut retourner sur ses pas. Mais lorsque Murat et ses compagnons furent revenus au rivage pour se rembarquer à la hâte, le bâtiment qui devait le recevoir et le capitaine Barbara qui devait les attendre avaient disparu, il ne restait au prince et à sa troupe aucun moyen de retraite. La populace du Pizzo s’était réunie aux paysans et aux gendarmes. Une décharge de fusils tua un des compagnons de Murat et en blessa sept autres. Fait prisonnier avec le reste de sa troupe, il fut conduit au fort ; il eut à subir les lâches insultes de Cappellani, qui le fouilla, lui enleva ses papiers et vingt-deux diamants. Le commandant supérieur de la province, le général Nunziante, arriva de Monteleone dans la nuit du s au 9, et son premier soin fut de faire transférer l’illustre prisonnier dans une chambre particulière. Le quatrième jour de sa détention, il fut prévenu par le général Nunziante que le gouvernement avait transmis, par le télégraphe, l’ordre de le retenir prisonnier, malgré ses réclamations pour être transporté sur un bâtiment portant le pavillon de la Grande-Bretagne. Dans la nuit du 13, ce général reçut l’ordre de former une commission militaire pour juger l’ex-roi de Naples : la veille, on avait éloigné de lui les généraux Franceschetti et Natale, qui étaient enfermés dans la même chambre. La commission militaire se composait d’officiers qui, pour la plupart, avaient reçu de Murat leurs grades et leurs décorations. Il était condamné d’avance ; son arrêt, prononcé dans la matinée du 13, lui fut annoncé à trois heures. Il était résigné à son sort ; il ne sollicita pas la faveur d’un recours auprès du monarque qui régnait à Naples ; il ne se plaignit pas ; à peine put-il obtenir la permission d’écrire à sa femme. Murat descendit alors dans une des cours intérieures du fort, où se trouvaient réunis 20 gendarmes ; en passant devant le front de ce détachement, il lui adressa un salut militaire. L’officier chargé de faire exécuter la sentence voulut lui mettre un bandeau sur les yeux ; il le refusa ainsi que la chaise qu’on lui offrit : « J’ai trop souvent bravé la mort pour la craindre » dit-il, d’un ton ferme, mais sans jactance. Puis il prononça, en faveur de ses compagnons, quelques paroles qui furent interrompues par le signal de mort ; il tomba, et quand on le releva pour l’aller ensevelir dans une fosse préparée au cimetière du Pizzo, il pressait encore sur son cœur le portrait de sa femme. « Sorti des montagnes des Pyrénées comme un soldat qui cherche aventure, dit Lamartine, signalé à l’armée par sa bravoure, offert au premier consul par le hasard, devenu cher et utile par le zèle et par l’amitié, élevé à la main de la sœur de Bonaparte par sa beauté et par son amour, porté aux grands commandements par la faveur, au trône par l’intérêt de famille, à l’infidélité par l’ambition de sa femme et par la faiblesse du père pour ses enfants, précipité par le contre-coup de la chute de l’Empire, disgracié à la fois par Napoléon et par ses ennemis, incapable de l’obscurité et de la médiocrité après tant d’éclat et tant de fortune, se jetant de désespoir dans l’impossible et ne trouvant que la mort, mais tombant, jeune encore, avec toute sa renommée, emportant, sinon l’estime entière, au moins tout l’intérêt et toute la compassion des contemporains, laissant à la postérité un de ces noms qui éblouissent les âges, où l’on trouvera des ombres sans doute, mais pas de crimes : tel fut Murat ! Deux patries le revendiqueront : la France qu’il servit, l’Italie qu’il gouverna. Mais il appartient,  avant tout, au monde de l’imagination et  de la poésie ; homme de la fable par ses aventures, homme de la chevalerie par son caractère, homme de l’histoire par son époque. Il mérita, plus que tout autre, l’épitaphe rarement méritée par ceux qui servent ou qui gouvernent les cours : homme de cœur, dans toute la grandeur et toute la sensibilité du mot. Aussi l’histoire, qui aura de l’enthousiasme et des reproches, aura surtout des larmes pour lui. » Murat aimait le luxe, l’apparat, les richesses du costume, la pompe des cérémonies. « Au moment d’une bataille, dit Béguin, il se revêtait de son plus brillant uniforme, il implantait dans son panache une aigrette étincelante de diamants, et il aimait à parader devant les troupes. Guerrier, il n’eut pas, comme Hoche, Desaix, Kléber et Lannes, ce génie stratégique qui prépare un plan de campagne ainsi qu’on crée le plan d’un grand poème ; mais nul mieux que lui ne sut saisir à propos d’un mouvement, distribuer, réunir, mouvoir des masses de cavalerie, tenter d’incroyables hardiesses et forcer la fortune. Roi, il gouverna sagement, libéralement et se fit aimer. Arrivé sur le trône avec 12 millions de fortune personnelle, qu’il dépensa dans l’intérêt du royaume de Naples, il en descendit ruiné, presque sans aucunes ressources. » De son mariage avec Caroline Bonaparte, il avait eu deux fils et deux filles : Napoléon-Achille Murat, né en 1801, mort aux Etats-Unis en 1847 ; Napoléon-Lucien-Charles, né à Milan en 1803 ; Laetitia-Joséphine, née en 1802 et qui a épousé le comte Pepoli de Bologne ; enfin Louise-Julie-Caroline, née en 1805 et femme du comte Rasponi de Ravenne.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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MARECHAL MORTIER (1768-1835)

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EDouard-Adolphe-Casimir-Joseph Mortier (1768-1835), duc de Trévise, alors capitaine au 1er bataillon du Nord (1792)

Le duc de Trévise est un brave homme mais sa femme le mène.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal MORTIER ( Edouard-Adolphe-Casimir-Joseph), duc de Trévise, maréchal de France, né au Cateau-Cambrésis en 1768, mort en 1835. Fils d’Antoine-Charles-Joseph Mortier, député aux états généraux, il fut destiné à la carrière commerciale ; mais ses goûts le portant vers le métier des armes, il venait d’obtenir une sous-lieutenance dans un régiment de carabiniers, lorsque ses compatriotes le nommèrent capitaine du 1er bataillon des volontaires du Nord. Mortier fit ses premières armes à l’affaire de Quiévrain (28 avril 1792), assista à la bataille de Jemmapes et, conquit le grade d’adjudant général à la bataille d’Hondschoote (1793). Blessé près de Maubeuge, il se rétablit rapidement et combattit de nouveau à Mons, à Bruxelles, à Louvain. Sous les ordres de Kléber, au siège de Maëstricht, il fit capituler le fort Saint-Pierre. En il commandait les avant-postes de l’armée de Sambre-et-Meuse, lorsqu’il se signala par un fait d’armes dont le résultat fut de rejeter les Autrichiens au delà de l’Acher et de contraindre le prince de Wurtemberg à quitter ses positions après avoir subi de sérieuses pertes. Quelques semaines plus tard (juillet 1796), il s’emparait de Giessen, de Gemunden, de Schweinfurt et obligeait le général Wartensleben à quitter Wurtzbourg. Après le combat d’Hirscheid, où il se conduisit brillamment, il reçut le commandement de la cavalerie et, au mois de décembre 1796, il négocia la reddition de Mayence aux Français. Nommé général de division en 1799, il servit, cette année, dans l’armée d’Helvétie et prit, en 1800, le commandement de la 16e division militaire, dont, le siège était Paris. En 1803, il fut chargé de la conquête du Hanovre. Parti de Nimègue le 15 avril 1803, il contraignit le feld-maréchal Walmoden à signer, le 2 juin de la même année, une capitulation qui rendait la France maîtresse de tout l’électorat. Nommé, à son retour, commandant de l’artillerie de la garde consulaire, compris dans la première promotion de maréchaux en 1804, mis à la tête d’un corps d’armée dans la campagne de 1805, il s’illustra par un des plus beaux faits d’armes de cette campagne : entouré par 30.000 Russes et n’ayant sous la main que 4.000 hommes, il attendit que l’ennemi s’engageât dans un passage étroit, situé près de Leoben, où l’on ne pouvait tenir que huit de front, et attaqua alors cette formidable colonne. Il résistait depuis plusieurs heures, lorsqu’il fut heureusement secouru. En 1806, il occupa toutes les places de l’électorat de Hesse-Cassel, puis se dirigea vers le Hanovre et entra le 19 novembre à Hambourg. Peu après, il vint mettre le siège devant Stralsund occupé par toutes les troupes suédoises. Le petit nombre de soldats dont il disposait ne lui permit pas de s’emparer de cette place ; toutefois, quelques semaines plus tard (avril 1807), après avoir battu les Suédois à Ancklam, il concluait avec le général d’Essen un armistice, aux termes duquel les îles d’Usedom et de Wolgaast recevaient une garnison française. Au mois de juin de la même année, il commandait à la bataille de Friedland l’aile gauche de l’armée et s’y distinguait par son courage et ses talents militaires. A la paix de Tilsit (21 juin 1807), il fut nommé gouverneur général de la Silésie et reçut, avec le titre de duc de Trévise, une dotation de 100.000 francs de rente. Passé en Espagne l’année suivante, il coopéra au siège der Saragosse, gagna les batailles d’Ocana (18 novembre 1809) et de Gébora (19 février 1811). En Russie, il fut laissé le dernier dans Moscou, au moment de la retraite, et fut chargé de faire sauter le Kremlin. Pendant la retraite de Russie, il reçut, après la bataille de Krasnoë (18 novembre 1812), le commandement de l’arrière-garde. Arrivé à Francfort-sur-le-Mein vers la fin de 1812, il réorganisa ses troupes et combattit encore à Bautzen, à Dresde, à Leipzig. Le 11 janvier 1814, il était à Langres et disputait pied à pied le terrain aux armées coalisées. Lors de la défense de Paris, il occupa la plaine Saint-Denis, reçut le choc des alliés et, sommé de capituler, il refusa. Après la suspension d’armes signée par le duc de Raguse, il se retira près de Corbeil avec ses troupes et, de là, envoya son adhésion au gouvernement de Louis XVIII. Au retour de l’île d’Elbe, il quitta Lille, où il se trouvait à cette époque comme commissaire extraordinaire, chargé de l’inspection de la 16e division militaire et revint à Paris, où Bonaparte lui confia le commandement de toutes les places de l’Est. Après les Cent-Jours, le maréchal Mortier rentra en grâce auprès de Louis XVIII. Il fit partie, en du conseil de guerre qui refusa de juger le maréchal Ney, fut nommé, en 1816, gouverneur de la 15e division militaire et, choisi pour député par les électeurs du département du Nord, il devint, cette, même année, membre de la Chambre des députés, et reçut un siège à la Chambre des pairs en 1819. Nommé ambassadeur à Saint-Pétersbourg, après la Révolution de 1830, le duc de Trévise devint ensuite grand chancelier de la Légion d’honneur (1831), puis ministre de la guerre et président du conseil (18 novembre 1834-12 mars 1835). Il tomba aux côtés de Louis-Philippe, pendant la revue passée en l’honneur des journées de Juillet, frappé mortellement par les projectiles de la machine Fieschi.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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MARECHAL MONCEY (1754-1842)

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Maréchal Moncey donnant ses ordres à l’orfèvre Claude Odiot, colonel de la garde nationale lors de la défense de Paris le 30 mars 1814

Moncey est un honnête homme.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal MONCEY (Bon-Adrien JEANNOT DE), duc de Conegliano, maréchal de France, né à Besançon en 1754, mort en 1842. Il était fils d’un avocat au parlement de Besançon. A l’âge de 15 ans, il s’engagea, fit les campagnes des côtes de Bretagne en 1773, puis étudia pendant quelque temps le droit. Mais, entraîné par son goût pour le métier des armes, il ne tarda pas à reprendre du service. Lieutenant lorsque commença la Révolution, il accueillit chaleureusement les idées nouvelles, devint capitaine en 1791 et fut mis, à la fin de 1792, à la tête du bataillon des chasseurs Cantabres ; grâce à diverses actions d’éclat, Moncey devint l’année suivante général de brigade et, en 1794, général de division. Il reçut alors le commandement de l’aile gauche de l’armée des Pyrénées-Occidentales, déploya une grande vigueur et eut le commandement en chef de cette armée l’année suivante. Après une courte campagne, pendant laquelle il battit l’ennemi à Villa -Nova, à Castellane, a Tolosa, a Montdragon, etc., Moucey força l’Espagne à signer avec lui une trêve qui amena la paix (1795). Envoyé dans la Bretagne, il y apaisa les esprits par sa modération (1796), puis il reçut le commandement de la division militaire de Bayonne. Lors du coup d’Etat de brumaire, Moncey, oubliant ses idées républicaines, se prononça en faveur de l’ambitieux Bonaparte, qui l’envoya à Lyon. Peu après, à la tête d’un corps de 20.000 hommes, il contribua au succès de la campagne de 1800, en Italie, se distingua à Marengo et, l’année suivante, à Monzambano et Rovereto, sous Brune. Le 3 décembre 1801, il fut nommé premier inspecteur de la gendarmerie, emploi qui devint, entre ses mains, un second ministère de la police. Napoléon le comprit dans la première promotion de maréchaux (1804) et le nomma, en 1808, duc de Conegliano. Moncey, envoyé en Espagne en 1808, remporta une victoire complète à Almanza et prit part au siège de Saragosse (1809). Mais, sachant qu’il improuvait la guerre à laquelle il prenait part, l’Empereur le relégua en Hollande, où il conserva, jusqu’en 1813, l’obscur commandement de l’armée du Nord. Sa conduite héroïque dans la défense de Paris en 1814, comme major général de la garde nationale, lui fit le plus grand honneur ; à la tête de 6.000 hommes, il défendit les hauteurs de Belleville, de Saint-Chaumont, des Batignolles et combattit un des derniers à Clichy. Après la capitulation, il conduisit à Fontainebleau les débris de sa petite armée, puis fit acte d’adhésion au gouvernement de Louis XVIII. Ce prince lui laissa ses fonctions d’inspecteur général de gendarmerie et l’appela à siéger à la Chambre des pairs. Lors du retour de Napoléon de l’île d’Elbe, Moncey fut nommé par ce dernier membre de la nouvelle Chambre des pairs, ce qui le fit exclure de la pairie après la seconde Restauration. Appelé, en août 1815, à présider le conseil de guerre chargé de juger le maréchal Ney, il refusa de siéger et adressa à Louis XVIII, pour expliquer son refus, une lettre éloquente. « S’il ne m’est pas permis de sauver mon pays ni ma propre existence, y disait-il, je sauverai du moins l’honneur ; et s’il me reste un regret, c’est d’avoir trop vécu puisque je survis à la gloire de ma patrie. » Ce refus excita au plus haut point l’irritation de la cour. Moncey se vit, pour ce fait, emprisonné au fort de Ham pendant trois mois et dépouillé de toutes ses dignités, qui lui furent pourtant rendues en 1816, et trois ans plus tard il alla de nouveau siéger a la Chambre des pairs. Il commanda le 4e corps dans la campagne d’Espagne, en 1823, et ne cessa de voter, à la Chambre des pairs, avec le parti libéral. Il devint, en 1834, gouverneur des Invalides.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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