mars 20, 2008

LES CENT JOURS (20 MARS 1815 – 8 JUILLET 1815)

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L’assemblée du Champ de Mai en présence des députés et de l’armée, au Champ-de-Mars à Paris - 1er juin 1815

Français, j’arrive parmi vous pour reprendre mes droits qui sont les vôtres.

Je ne hais pas la liberté ; je l’ai écartée lorsqu’elle obstruait ma route, mais je la comprends. J’ai été nourri de ses pensées.

(Napoléon Bonaparte)

LES CENT-JOURS, nom que l’histoire a conservé à la dernière période du règne de Napoléon 1er, qui s’étend du 20 mars 1815, date de son arrivée à Paris après le retour de l’île d’Elbe, jusqu’à la seconde restauration de Louis XVIII (8 juillet). Cette période comprend cent dix jours ; mais on peut en réalité la considérer comme terminée le 22 juin, jour de l’abdication de l’Empereur. A son retour de l’île d’Elbe, le tact habituel de Napoléon lui fit juger que l’enthousiasme qui l’avait accueilli avait surtout sa source dans la haine des Bourbons et de l’ancien régime, dans une renaissance de l’esprit libéral, que toute la gloire militaire de l’empire avait assoupi, mais n’avait pu éteindre. Lutter contre ce courant irrésistible eût été plus qu’insensé : il résolut de s’en faire un auxiliaire, en un mot de se servir de la révolution en paraissant la servir. La situation était d’ailleurs extrêmement grave : résigné pour le moment à la paix, il voyait la coalition se reformer contre lui, parce que ses démonstrations pacifiques n’inspiraient aucune confiance à l’Europe, et il avait impérieusement besoin d’un appui, qu’il ne pouvait trouver que dans la nation. « Je prévois, disait-il, une lutte difficile, une guerre longue. Pour la soutenir, il faut que la nation m’appuie ; mais en récompense elle exigera, je crois, la liberté… Les idées libérales ont repris le terrain que j’avais fait gagner au pouvoir ; il ne faut pas lutter contre une nation, c’est le pot déterre contre le pot de fer, etc. » Dès son arrivée, il nomma Carnot ministre de l’intérieur. C’était un choix, significatif et habilement fait pour rallier les amis de la liberté. Puis, comme il avait promis un régime constitutionnel, il fit appeler Benjamin Constant, qui, la veille encore, écrivait contre lui, et le chargea de rédiger l’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire, titre malheureux, qui rappelait trop le régime de l’arbitraire et de la dictature. Cette nouvelle constitution avait tous les caractères d’une charte octroyée; on le sait, elle fut mal accueillie par l’opinion, à ce point qu’on méconnut même les garanties sérieuses qu’elle contenait. Napoléon portait la peine de son passé, et les esprits éclairés ne croyaient pas plus à ses promesses de liberté que l’Europe ne croyait à ses offres de paix. De toutes parts il se sentait enveloppé d’un ennemi insaisissable, la défiance, contre lequel ses dernières forces allaient s’user. Toutefois, une liberté complète fut laissée à la presse, et, pendant que les préparatifs de guerre se poursuivaient avec activité, on convoqua la chambre des pairs et la chambre des représentants. Ici .encore, nouvelles et invincibles défiances. Beaucoup d’anciens républicains avaient été envoyés dans la chambre élective, et ils arrivaient avec l’énergique résolution de sauver l’indépendance nationale et d’assurer la liberté. Chose caractéristique, les hommes de cette opinion, groupés autour de Carnot, appuyaient volontiers Napoléon, ne voyant en lui, dans ce moment de péril, que le généralissime de la patrie en danger, et se bornant provisoirement à prendre des garanties contre son despotisme ; tandis que les libéraux purs, qui avaient La Fayette pour chef, se montraient intraitables et hostiles. Après avoir tenu le fameux Champ de mai, pour l’acceptation de l’Acte additionnel, Napoléon, sentant qu’il avait besoin de la victoire pour agir avec plus d’autorité sur l’opinion, résolut de ne pas attendre l’attaque des puissances coalisées et d’aller immédiatement chercher Sur les champs de bataille l’ascendant qui lui manquait pour dominer les esprits. Cette précipitation était peut-être une faute ; il le sentait, mais il répondit à Carnot qui lui en faisait l’observation : « Ma politique veut un coup d’éclat. » On sait ce que fut cette campagne si courte et si funeste, dans laquelle la fortune et l’épée de Napoléon furent à jamais brisées. Au lieu de rassembler les débris de son armée, le grand vaincu accourut à Paris pour demander de nouveaux soldats… et la dictature, comme si un accroissement de sou autorité politique eût pu lui donner plus de force contre l’étranger. La proposition n’en fut point faite officiellement, mais agitée seulement en conseil des mimstres, où elle rencontra de vives oppositions. Lucien seul, l’homme du 18 brumaire, se montra partisan de cette mesure extrême et conseilla à son frère, non de demander le pouvoir absolu, mais de le prendre en brisant les faibles garanties accordées par l’Acte additionnel. Il ne songeait pas que les temps étaient changés et que Napoléon n’était plus l’homme de l’an VIII ; avec la même passion du despotisme, il n’avait plus la même énergie pour l’exercer ; d’ailleurs, il sentait le terrain fuir sous ses pieds ; la France, qu’il avait de nouveau compromise et qu’il avait mécontentée en éludant une partie des promesses libérales faites à son retour, commençait à séparer la cause nationale des intérêts de la dynastie ; flottant, découragé, irrésolu, il se borna à demander à la Chambre des représentants la nomination de commissions législatives chargées de s’entendre avec les ministres. Mais l’Assemblée, surexcitée par les périls de la situation, irritée par les bruits de coup d’Etat, se montra ouvertement hostile ; la question de l’abdication fut discutée, et le mot de déchéance éclata même dans les polémiques ; enfin, après deux jours de débats orageux, au milieu desquels la Chambre déclara traître qui la, dissoudrait, et plaça l’Empereur entre l’abdication et la déchéance ; après bien des incertitudes et des pourparlers, Napoléon, pressé de toutes parts, consentit à signer son abdication, qu’on lui représentait comme un sacrifice nécessaire au salut de la patrie (22 juin). Une commission executive fut aussitôt nommée par les deux chambres ; elle se composait de Fouché (qui obtint la présidence), Carnot, le général Grenier, Caulaincourt et Quinette. Le premier soin de cette commission fut d’envoyer aux alliés des plénipotentiaires chargés de négocier la paix ou une suspension d’armes, aux conditions suivantes : intégrité du territoire, indépendance de la nation dans le choix de son gouvernement, reconnaissance de Napoléon II. Mais ces négociations, sur lesquelles on comptait, au moins pour retarder la marche de l’ennemi pendant qu’on rassemblerait les moyens de défense, échouèrent complètement. On sait d’ailleurs que le président de la commission, Fouché, négociait secrètement avec les alliés et multipliait de tous côtés ses intrigues. Les ennemis continuèrent à marcher sur Paris, qui fut investi et qui dut accepter, le 3 juillet, une nouvelle capitulation. Quelques jours plus tard, les Bourbons rentraient dans la capitale sous la protection des baïonnettes étrangères : la seconde restauration était inaugurée.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Les Cent-Jours sur wikipedia

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mars 16, 2008

GENERAL GEBHARD LEBERECHT VON BLÜCHER (1742-1819)

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Feld Marechal Gebhard Leberecht von Blücher (1742-1819)

Blücher est un brave soldat, un bon sabreur. C’est comme un taureau qui ferme les yeux et se précipite en avant sans voir aucun danger. Il a commis des millions de fautes, s’il n’eût été servi par les circonstances, j’aurai pu différentes fois le faire prisonnier, ainsi que la plus grande partie de son armée. Il est opiniâtre et infatigable, n’a peur de rien et est très attaché à son pays ; mais comme général, il est sans talent.

(Napoléon Bonaparte)

BLÜCHER (Gerhard-Leberecht DE), prince de Wahlstatt, feld-maréchal des armées prussiennes, né à Rostock, dans le Mecklembourg, le 16 décembre 1742, mort à Kriblowitz le 12 septembre 1819, était fils d’un capitaine au service de la Hesse-Cassel. A l’âge de treize ans, il fut envoyé dans l’île de Rugen, près d’une de ses parentes, Mme de Krakwitz. Là, il s’adonna à sa nature sauvage et fougueuse, se livra aux exercices du corps, qui seuls convenaient à ses goûts, et sentit s’éveiller en lui sa passion pour les armes en voyant dans l’île un régiment, de hussards suédois. Malgré toutes les représentations, il s’engagea en qualité de porte-enseigne dans l’armée suédoise ; mais, dès sa première campagne, il fut fait prisonnier à Suckow par les Prussiens, et incorporé presque de force, par le colonel Belling, dans les troupes de Frédéric (1760). D’abord cornette dans le régiment des hussards noirs, il acquit quelque réputation par son courage impétueux pendant la guerre de Sept ans, se signala a Kunersdorff et à Freiberg, où il fut blessé, et se fit un renom comme duelliste. Après la paix d’Hubertsbourg (1763), Blucher étudia l’art militaire sous la direction du major Poscharli, mais s’abandonna surtout à la vie désordonnée des soldats en garnison. Devenu capitaine en 1770, il prit part à la guerre de Pologne, s’attira le mécontentement du général Loskow par la cruauté avec laquelle il traita ses prisonniers, et, pour ce fait, il se vit préférer un subalterne dans une promotion. Blessé de ce qu’il considérait comme un passe-droit, Blucher donna sa démission, que Frédéric accepta en ces termes : « Le capitaine Blucher est congédié et peut aller au diable (1773). » Il se retira alors à la campagne, se maria avec la fille d’un riche fermier général, Mlle de Mehling, s’occupa d’exploitations agricoles et fut nommé membre du conseil de la noblesse ; mais à peine Frédéric II fut-il mort (1786), que Blucher accourut à Berlin et reprit du service dans son ancien régiment. D’abord major, puis colonel en 1790, il se distingua par son sang-froid, son audace et sa farouche intrépidité pendant les campagnes de 1793 et contre les Français, notamment à Moorlautern, à Kaiserlautern, à Edesheim, à Neustadt, et fut nommé général major (1794). Après la paix de Bâle (1795), il se remaria, fut promu au grade de lieutenant général (1801) et devint gouverneur de Munster, de 1803 à 1806. A cette époque, la guerre ayant recommencé avec la France, Blucher prit part à la bataille d’Auerstaedt, où il commença l’attaque à la tête de vingt-Cinq escadrons. Ecrasé par la formidable artillerie de Davout, il opéra vers la Poméranie une retraite qui lui a été vivement reprochée. Le prince de Hohenlohe, ne pouvant gagner Stettin sans cavalerie et ayant vainement donné l’ordre à Blücher de le rejoindre, se vit contraint de signer la capitulation de Prenzlau et de se rendre. Coupé et poursuivi dans tous les sens, Blucher échappa, avec 10.000 hommes, au général Klein, en lui affirmant, contrairement à la vérité, qu’un armistice venait d’être signé ; puis il entra dans le Mecklembourg, fit sa jonction avec le corps du duc de Weimar, et combattit entre Wahren et Vieux-Schwerin, mais sans succès. Poursuivi par le grand-duc de Berg, par Soult et Bernadotte, il se jeta dans la ville libre de Lubeck, et, après une sanglante et inutile défense, qui fit subir à cette cité neutre toutes les horreurs d’une place prise d’assaut, il se retira en désordre sur Schwartau, et se vit forcé de mettre bas les armes, ainsi que le duc de Brunswick et 16.000 officiers et soldats. Bientôt après, il fut échangé contre le général Victor et se rendit à Koenigsberg, où, malgré les fautes qu’il avait commises dans cette campagne, il fut reçu avec distinction par la cour. Après la paix de Tilsit (1807), Blücher vécut dans l’inaction, mais sans dissimuler la haine profonde qu’il ressentait contre les Français. Ce fut avec une joie des plus vives qu’il apprit les résultats désastreux de la campagne de Russie, et qu’il vit arriver le moment de sortir de son repos. La Prusse entra dans la coalition (1813), et, bien que Blücher eût alors soixante et onze ans, il fut nommé commandant en chef de l’armée prussienne. A la tête de 40.000 Prussiens et Russes, il s’avança vers la Saxe, fit sa jonction avec le général Wittgenstein et rencontra, le 1er mai 1813, les Français à Lutzen. Le vieux Prussien, bien que blessé, ne quitta point le champ de bataille tant que dura l’action ; il se distingua également aux journées de Bautzen et de Hanau, et remporta sur Macdonald, à la Katzbach, un avantage marqué. Après la suspension d’armes conclue le 5 juin, Blücher prit le commandement de l’armée russo-prussienne, dite de Silésie, qui était forte de 120.000 hommes. Reprenant alors l’offensive, il s’avança vers Dresde, et, malgré les efforts de Napoléon, il passa l’Elbe (3 octobre 1813), battit les corps de Ney, Marmont et Bertrand, et marcha sur Leipzig, où Napoléon attendait les alliés, et leur livra une bataille de trois jours, qui se termina par la retraite des Français, trahis par les Saxons. Nommé feld-maréchal le lendemain de son entrée à Leipzig, Blucher poursuivit l’armée française ; mais il se trompa sur sa direction et marcha sur Coblentz, où il croyait que Napoléon se retirait. Arrivé sur les bords du Rhin le 1er janvier 1814, il le franchit près de Kaub, entra à Nancy le 17 du même mois, remporta sur Napoléon un avantage à la Rothière (1er février). Enflé de ce succès, Blücher, qui avait dit au moment où l’invasion avait été résolue : « Je veux planter mon drapeau sur le trône de Napoléon, » Blucher, voulant arriver le premier à Paris, se sépara de Schwarzemberg, s’engagea entre la Seine et la Marne, se fit battre à Champaubert et à Montmirail, et arriva à Soissons, qui se rendit, ce qui lui permit d’avancer encore et d’attendre près de Laon, dans une position formidable, Napoléon, qui l’attaqua avec des forces trop inférieures, et perdit la bataille. Après cette victoire, Blücher marcha sur Paris, fit, après le combat d’Arcis, sa jonction avec les alliés, et vint camper sur les buttes Montmartre. Le 31 mars, les armées alliées entraient à Paris. Nommé par le roi de Prusse prince de Wahlstatt, comblé d’honneurs et de dotations, Blücher fut néanmoins tenu à l’écart de la politique active par le tsar Alexandre. Bientôt après, il accompagnait à Londres les souverains alliés, y était accueilli avec enthousiasme, nommé docteur en droit par l’université d’Oxford, honneur qui dut le toucher médiocrement, et, de retour sur le continent, il assistait au congrès, où il proposa de démembrer la France. Lorsque, en 1815, Napoléon débarqua à Cannes, accourut à Paris et reprit sa terrible épée, Blücher fut nommé de nouveau général en chef de l’armée prussienne. Battu à Ligny par Napoléon, qui tua 15.000 Prussiens dans cette journée (16 juin), Blücher décidait trois jours après, par son arrivée inopinée, le succès de la bataille de Waterloo. Une seconde fois, le général prussien entra à Paris. Là, il manifesta sa haine contre la France par ses manières brutales et par des actes de vandalisme dignes d’un sauvage. Non content de piller Saint-Cloud, où il établit d’abord son quartier général, il livra la Bibliothèque royale à la merci de ses officiers en disant : « Tous les livres sont prisonniers de guerre : ils sont en rang et en file, prenez, emportez tout ce que vous voudrez. » II leva d’énormes contributions de guerre, accabla les populations de vexations inouïes, voulut faire prisonnière la garde nationale, parce qu’une partie avait combattu les envahisseurs, et ordonna de faire sauter par la mine le pont d’Iéna, parce que ce nom était injurieux pour la Prusse en rappelant une de ses défaites. Vainement la municipalité s’adressa à Wellington pour qu’il intervînt. Celui-ci se contenta de répondre : « Je suis le maître dans Paris, Blücher est le maître hors de Paris et le pont d’Iéna est en dehors, cela ne me regarde pas. » Blücher toutefois fit cesser les travaux de destruction, moyennant une somme de 300.000 francs qu’on lui apporta. Bientôt après l’arrivée des souverains alliés, le général prussien transporta son quartier général à Rambouillet, répandit ses troupes dans les départements en deçà de la Loire, les autorisa à se livrer au pillage et à la dévastation et fit arrêter un assez grand nombre de citoyens, qu’il envoya peupler les forteresses prussiennes. Exécré des Français, désapprouvé par les souverains étrangers, et surtout par le tsar Alexandre, le farouche général n’en reçut pas moins de nouvelles récompenses de Frédéric-Guillaume III, qui créa pour lui une décoration spéciale, une croix de fer entourée de rayons d’or. Après la paix de Paris, il retourna en Prusse, puis se fixa dans ses terres de Silésie, où, malade, sombre, irascible, il mourut, après avoir reçu la visite du roi. Un mois environ avant sa mort, la ville de Rostock avait fait ériger une statue colossale en bronze du feld-maréchal, pour célébrer l’anniversaire de la bataille de la Katzbach. C’était la première fois, en Allemagne, qu’on élevait une statue à un homme vivant. Les villes de Berlin et de Breslau suivirent l’exemple de Rostock, la première eu 1826 et la seconde en 1827. Soldat intrépide et excellent officier de cavalerie, Blücher ne fut qu’un médiocre général. L’impétuosité de ses attaques lui avait mérité le surnom de maréchal Vorwoets (en avant) ; mais comme tacticien, il était d’une nullité complète. « Blücher, a dit un de ses compatriotes, est assez habile pour la petite guerre. Il fond sur l’ennemi, et ordinairement repoussé, rallie ses troupes, se met en embuscade, attaque de nouveau, et, par de nouvelles surprises, fatigue plus qu’il ne nuit. Grand joueur, il porte à la guerre l’esprit de la table de jeu ; il est minutieux et s’isole, il ne se bat jamais d’ensemble avec le reste des troupes. C’est Blücher qui a causé la dévastation de Lubeck etdu Mecklembourg. Il est brave, mais sans lumières, et, comme général, infiniment au-dessous de son siècle. » Exalté d’abord outre mesure, Blücher n’a pas tardé à être remis à son rang, même par les ennemis de cette France qu’il exécrait. Servi par les circonstances et par la fortune, il partagea avec Wellington la gloire d’avoir porté le coup suprême au plus grand homme de guerre des temps modernes ; mais il ne fut, en réalité, qu’un intrépide et farouche partisan, dont la réputation militaire n’a pas survécu à l’enthousiasme excité en Allemagne à la nouvelle de nos revers. Le nom de Blücher joue un grand rôle dans notre histoire, disons mieux, dans notre amour-propre national. Certainement, le principe de la guerre trouve en nous un ennemi déclaré ; nous acceptons les luttes fratricides comme une nécessité déplorable, et, forcé de capituler avec le mal, nous reléguons nos années permanentes aux frontières. Cela posé, entrons résolument en matière. Le nom de Blücher est singulièrement antipathique à notre pays ; il sonne à nos oreilles françaises à peu près comme celui d’Erostrate aux oreilles des Delphiens. Dans cette France toujours si généreuse, le général prussien, en un jour de victoire, s’est conduit comme un sauvage, comme un lieutenant de Tamerlan ou d’Attila ; nos soldats, nos officiers surtout s’en souviennent, et le mot prussien est très impopulaire chez nous. Ce sentiment remonte même plus haut ; il prend naissance à Rosbach, et le nom de Blücher est le dernier anneau de cette chaîne d’inimitiés.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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mars 12, 2008

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – LA CHUTE DE L’AIGLE

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Napoléon Bonaparte (1769-1821), en exil à Sainte-Hélène

Je suis l’instrument de la providence ; elle me soutiendra tant que j’accomplirai ses desseins, puis elle me cassera comme un verre.

(Napoléon Bonaparte)

Toujours obsédé par l’idée funeste de son blocus continental, il y subordonnait en partie sa politique. C’est pour cela qu’il violentait les peuples et les princes, ceux mêmes qu’il avait établis, et qui étaient accablés de ses exigences, obligés pour y faire face de léser les intérêts et la dignité de leur patrie adoptive ; c’est pour cela qu’il imposa l’abdication à son frère Louis et convertit la Hollande en départements (juillet 1810) ; qu’il absorba les villes hanséatiques, l’Oldenbourg, une partie de la Westphalie, les provinces illyriennes ; qu’il occupa Dantzig et une partie des côtes de la Baltique ; qu’il opprimait les neutres et les alliés ; qu’il expulsait les Américains des porte de l’Empire, etc. A cette époque où la guerre lui laissait un peu de repos, sauf en Espagne, il était tout occupé de cette grande affaire et n’en agissait pas moins en prévoyance de nouveaux conflits. Le 20 mars 1811, il lui naquit un fils, qu’il baptisa du titre de roi de Rome, à l’imitation des anciens césars germaniques, et sur qui il fondait, par une vaine prévision, les plus vastes espérances. Il y eut à l’occasion de cette naissance, puis du baptême, des fêtes éclatantes, comme après le mariage. Ou revit dans ces occasions tous les actes de courtisanerie, toutes les platitudes habituelles et dont Napoléon était si avide. A l’Hôtel de ville, Bellart et les membres du conseil (qui proclameront la déchéance) votèrent 10.000 francs de rente au page qui vint des Tuileries leur annoncer la grande nouvelle qu’il était né « un roi de Rome. » C’était le budget de la ville de Paris qui soldait les frais de cet enthousiasme officiel. Des sénateurs vinrent haranguer l’enfant, etc. Bientôt le sang allait recommencer à couler par torrents, et l’Empereur, sous le prétexte que son bon allié le tsar organisait ses forces, poussait lui-même ses préparatifs militaires avec sa fiévreuse activité et comme s’il eût voulu entrer en campagne deux mois plus tard. La France et les peuples soumis, les alliés, devaient pourvoir sans murmurer à ces prodigieuses dépenses d’hommes et d’argent. Il levait les conscriptions un an et deux ans à l’avance, et quant aux nombreux réfractaires qui se dérobaient pour échapper à la boucherie, il les faisait poursuivre par des colonnes mobiles qui commettaient tous les excès, accoutumées à toutes les brutalités de la guerre, et qui installaient chez les parents des fugitifs des garnisaires que les familles devaient grassement nourrir et payer jusqu’à soumission des malheureux réfractaires. Il organisait militairement, en outre, une prétendue garde nationale, conscription mal déguisée, qu’il comptait bien incorporer d’une heure à l’autre dans l’armée active. Par suite du blocus, les matières premières étaient rares, nos manufactures combles de produits invendus, la crise commerciale et industrielle en permanence ; les faillites et banqueroutes se multipliaient par milliers et sans relâche (1811). A Lyon, à Rouen, dans la plupart des villes industrielles et dans beaucoup de départements, « les trois quarts des bras au moins restèrent oisifs. » (Thiers.) Le sucre, le café et d’autres produits atteignirent des prix fabuleux, comme nous l’avons revu durant le siège de Paris. Enfin, en 1812, il y eut une disette qui ajouta les souffrances de la faim à tant d’autres. Mais toutes ces souffrances et ces ruines ne troublaient guère le maître dans ses vastes conceptions et dans la poursuite de ses chimères. Il semblait déjà évident pour plusieurs de ceux qui l’approchaient qu’il était frappé d’une sorte de démence. Il avait au moins la folie de la puissance et de l’orgueil. L’année 1811 avait été marquée en Espagne par quelques succès, qui compensaient un peu tant d’échecs précédemment essuyés. Mais Wellington était maître du Portugal et marchait sur Madrid. C’est à cette heure critique que Napoléon se détermina à la plus funeste de ses entreprises. Mécontent du tsar, dont l’alliance ne lui avait pas procuré des avantages à la hauteur de ses prétentions, il résolut de le punir de sa tiédeur dans l’application du blocus (qui ruinait ses peuples) par l’invasion de la Russie. Pendant qu’il leurrait cette puissance par de vaines négociations, il poussait ses préparatifs avec la plus grande activité, groupant les contingents de l’Italie, de la Hollande, de la Saxe, de la Bavière, etc., de manière à se constituerune armée de 600.000 combattants ; il s’assurait le concours forcé de la Prusse et de l’Autriche, et, après avoir tenu à Dresde un de ces congrès de rois où se complaisait son orgueil, il déclare la guerre à la Russie (22 juin 1812) et, le surlendemain, franchît le Niémen à la tête de masses énormes, composées de soldats de toutes les nations. Le voilà engagé dans cette aventure tragique et gigantesque dont rien n’avait pu le détourner, ni les conseils, ni les prières, ni les représentations les plus judicieuses. Il avait dit, dans sa proclamation aux soldats : « La Russie est entraînée par la fatalité : ses destins doivent s’accomplir ! » Combien, à ce moment, ce langage emphatique s’appliquait bien plutôt à lui-même ! Après s’être attardé 17 jours dans Wilna, après les batailles de Smolensk, de Polotzk, de Valontina, qui écartèrent les armées russes plutôt qu’elles ne les dispersèrent, il s’enfonça à travers des régions dévastées, ne rencontrant que des débris de villes incendiées par les Russes, et se dirigeant sur Moscou, où il pensait pouvoir livrer une action décisive. Il rencontra, en effet, l’armée de Barclay et de Koutouzov sur les bords de la Moskova (7 sept.), et remporta sur eux la grande victoire de la Moskowa, due principalement au maréchal Ney. La vue de Moscou remplit l’armée d’enthousiasme, et Napoléon s’établit au Kremlin, attendant des propositions de paix, et affectant de dicter des décrets sur le Théâtre-Français et autres sujets de cette importance. Tout à coup, Moscou brûle, embrasé par le patriotisme des habitants et par les ordres du gouverneur Rostopchine (15-20 septembre)- Napoléon atterré, au lieu de marcher sur Saint-Pétersbourg, attendit, en poursuivant de vaines négociations, que l’hiver précoce de ce dur climat le chassât de ces ruines fumantes, terrible auxiliaire que les Russes attendaient. Il se resigne, enfin à la retraite (18 octobre), harcelé par les Cosaques et divers corps d’armée, à travers les neiges et les déserts, avec des troupes affamées, démoralisées, obligées cependant de combattre à chaque pas, et semant de milliers de cadavres cette route funèbre. Ce fut une marche dont le souvenir épouvantable ne s’effacera jamais. La Bérézina, nom sinistre, engloutit 20.000 cadavres. novembre). Enfin, on évalue à 300.000 le nombre de ceux qui ne repassèrent jamais le Niémen. L’auteur de tant de désastres, quand on fut arrivé dans un pays où l’on pouvait se procurer des moyens de transport (en Lithuanie), abandonna froidement ses débris d’armée (décembre) et accourut à Paris, où la conspiration de Malet avait récemment failli le renverser. De plus, en Espagne, la défaite des Arapiles avait encore une fois chassé Joseph de Madrid, et mis ses affaires dans le plus fâcheux état. Quant au puissant empereur, se jetant à côté, il attribua en plein conseil d’Etat les malheurs de la France à l’esprit philosophique, aux idéologues, qui avaient perverti l’esprit du peuple ! Puis, au lieu de demander la paix, il se hâta de moissonner plusieurs générations, avec l’appui d’un Sénat avili, et se précipita de nouveau en Allemagne, où la Russie, renforcée de la Prusse et de la Suède, qui avait en 1810 Bernadotte comme prince héréditaire, ne voulait plus souffrir l’occupation française. L’Angleterre fournit 7 millions sterling à la nouvelle coalition. L’Autriche reste sourde aux appels de l’époux de Marie-Louise, dominée par l’Allemagne, qui, entraînée par des ligues patriotiques, se levait à la voix de ses meilleurs citoyens contre le tyran du monde, à l’exemple de la courageuse Espagne. Le 2 mai 1813, l’empereur, au prix d’énornes sacrifices, bat les coalisés à Lutzen, réinstalle à Dresde son fidèle allié le roi de Saxe (12 mai), et défait les Russes dans une bataille de quatre jours, à Bautzen (20 mai). Il jugea prudent, toutefois, d’accepter la médiation de l’Autriche, l’armistice de Pleiswitz (3 juin), enfin le résultat du congrès réuni à Prague (5 juillet), le tout pour se donner le temps d’achever ses armements. Quant à la paix, à des conditions pratiques, il n’eu voulait pas, se croyant assuré de vaincre les coalisés et d’imposer définitivement sa domination à l’Europe. Cette paix, que l’Autriche proposait dans sa médiation, lui eût fait perdre des conquêtes que visiblement il ne pouvait plus défendre, mais lui eût laissé encore la Belgique, les provinces rhénanes, la Hollande, le Piémont, la Toscane, l’Etat romain, plus Naples, la Lombardie, la Westphalie, constitués en Etats vassaux. Mais’il préferait perdre la France plutôt que de renoncer à l’autocratie de l’Europe. La nation, exténuée, affamée de paix, eût accepté ces conditions fort modérées et qui n’avaient rien d’humiliant après les désastres de Russie et d’Espagne. Aussi, se gardait-il de laisser deviner le fond de sa pensée, sauf à quelques intimes, comme son esclave Bassano. Toute sa conduite, et cela à toutes les époques, n’était que mensonge et dissimulation. Finalement, la lutte reprit. L’Autriche entra dans la coalition, puis la Bavière, en attendant d’autres défections successives. Menacé par trois armées, Napoléon remporte encore la victoire de Dresde (27 août 1813), pendant que ses lieutenants, grands hommes de guerre, mais dominés par la situation , les Macdonald, les Ney, les Oudinot, échouent en Silésie, en Bohême, etc. Il se vit donc obligé de battre en retraite, en combattant à chaque pas, fit tète pendant deux jours à 300.000 coalisés, avec une étonnante supériorité, dans cette effroyable affaire de Leipzig (18-19 octobre), qu’on a nommée la bataille des nations. Ecrasé, il subit encore un échec au passage de l’Elster, mais soutient sa retraite jusqu’au Rhin, perce les Bavarois à Hanau (30 octobre), à Hocheim (2 novembre), et rentre en France avec un lambeau d’armée. Les souvenirs de la grande Révolution rendent les coalisés prudents, ils proposent la paix sur la base des frontières naturelles ; mais cet homme implacable refuse. Alors la débâcle commence et la France est envahie de toutes parts, pendant que Joseph est définitivement rejeté d’Espagne. L’œuvre de la Révolution était détruite, les frontières débordées, Soult luttait énergiquement dans le Midi, puis devant Toulouse. Murat s’était rallié à l’Autriche, dans l’espérance de garder son royaume. Le Corps législatif, en présence de ces catastrophes, ouvrage du despotisme et de la déraison d’un seul homme, manifeste quelques velléités d’indépendance, que l’Empereur réprime avec sa violence habituelle. Puis il réclame des hommes au Sénat, qui n’avait pas d’autre volonté que la sienne, et, le 24 janvier 1814, il quitte Paris après avoir fastueusement confié son fils et sa femme à la garde nationale (a laquelle il s’était gardé de donner des fusils), et il engage cette célèbre campagne de France, qui n’était que la lutte contre une fatalité inévitable. On sait qu’après la bataille d’Arcis-sur-Aube (20 mars) et la rupture du traité de Chatillon, Napoléon se jeta à Fontainebleau, décidé à lutter encore. Mais la prise de Paris, la défection de Marmont, le découragement de ses maréchaux et de ses instruments les plus serviles comme les plus dévoués, anéantirent ses dernières et vaines espérances. Son Sénat, si avili et si dégradé devant ses moindres caprices, proclame sa déchéance ; l’abdication pure et simple lui est imposée en échange de la souveraineté dérisoire de l’île d’Elbe, et le 20 avril, après avoir fait à ses derniers compagnons de guerre des adieux célèbres et touchants il quitta Fontainebleau et se dirigea, déguisé, vers le Midi pour gagner son lieu d’exil, poursuivi par les malédictions des populations. On sait qu’après moins d’un an de cet exil, jugeant déjà les Bourbons finis, il s’enfuit de l’île d’Elbe, débarque au golfe Juan, le 1er mars 1815, enlève successivement toutes les troupes qu on envoie contre lui et rentre victorieux aux Tuileries le 20 mars. La renaissance de l’esprit libéral lui indiquait sa voie ; il se donne effrontément comme le représentant de la Révolution contre l’ancien régime et les Bourbons. Mais, quoique s’accommodant aux circonstances, il n’avait rien perdu de son orgueil et de son ambition. Ce retour ouvre la période des Cent-Jours. Il arriva nécessairement que la coalition se reforma contre lui et qu’il voulut lutter contre elle avec des ressources insuffisantes. Traité par l’Europe en ennemi public, en tyran des nations, il se prépara de nouveau à la guerre, sa seule préoccupation, sa seule ressource, ayant, disait-il, besoin d’une victoire pour fasciner l’opinion et ressaisir la dictature. Il partit de Paris le 12 juin pour la Belgique et alla livrer cette tragique bataille de Waterloo, qui fut le terme de sa destinée et de ses boucheries, et qui fut perdue par les fautes qu’il commit, malgré la légende et malgré son habitude constante de s’attribuer tous les succès et de rejeter tous les revers sur ses lieutenants. Le 21 juin, il arriva à Paris, avec la prétention de lever de nouvellles troupes et d’exercer la dictature, pour sauver le pays, quand il n’était que trop avéré que lui seul était la cause de tous ses malheurs. La Chambre des représentants, les fonctionnaires s’élevèrent avec vigueur contre lui. Il voulut parler en maître, comme au temps de sa puissance ; mais ceux mêmes qui avaient si longtemps tremblé devant lui exigent son abdication définitive, qu’il est obligé de signer vingt-quatre heures après son arrivée à Paris (22 juin), en stipulant fort inutilement l’élévation de son fils au trône. Malheureusement, l’invasion qu’il avait une fois de plus attirée sur la France était désormais irrésistible, d’autant plus qu’elle avait des complices parmi ses créatures et ses hauts dignitaires. Malgré son patriotisme et ses efforts, la Chambre des représentants, si injustement décriée par les écrivains bonapartistes, ne put en conjurer les effets, et les Bourbons revinrent encore une fois s’imposer au pays accablé, sous la protection des hordes de l’ennemi. Napoléon, ayant perdu l’espoir de recouvrer la puissance sous un titre quelconque, se résigna à quitter la Malmaison le 29 juin et se dirigea sur Rochefort, avec l’intention de s’embarquer pour les Etats-Unis, ne croyant pas encore son rôle terminé. Mais il était surveillé, et, voyant l’inutilité de tous ses projets de départ clandestin, il se décida à se retirer sur le navire anglais le Bellérophon, en réclamant, en style de tragédie, d’aller, « comme Thémistocle, s’asseoir au foyer du peuple britannique. » Son sort était fixé par les puissances. Lui-même avait si cruellement et toujours abusé de la force, de la victoire et du mensonge, qu’il n’avait aucun droit de se plaindre de subir le sort des vaincus. Transporté aux confins de l’Océan, à l’île de Sainte-Hélène, il s’y consuma six années dans les regrets de la puissance perdue, dans les amertumes de l’orgueil vaincu. Il mourut le 5 mai 1821. Tout ce que la légende bonapartiste a rapporté des prétendues persécutions du gouverneur Hudson Lowe, officier fort honorable, est fort exagéré. Le 15 décembre 1840, ses restes, rapportés en France, furent déposés en grande pompe aux Invalides par le gouvernement de Louis-Philippe, qui comptait exploiter sans danger cette popularité si aveuglément ressuscitée par les libéraux, et qui devait contribuer à l’établissement d’ une nouvelle tyrannie napoléonienne, qui n’a pas été moins funeste à la France que la première.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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mars 2, 2008

MARECHAL GROUCHY (1766-1847)

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Maréchal Emmanuel de Grouchy (1766-1847)

Non, non, Grouchy n’a pas agi [à Waterloo] avec l’intention de trahir, mais il a manqué d’énergie. Il y a eu aussi de la trahison dans l’état-major. Cependant je n’en suis pas certain, n’ayant jamais revu Grouchy depuis lors.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal GROUCHY (Emmanuel, marquis DE), maréchal de France, né à Paris en 1766, d’une ancienne famille de Normandie, mort en 1847. Ce général, on ne l’ignore pas, a été l’objet de beaucoup de controverses à propos de son rôle a la bataille de Waterloo, qu’on l’accuse communément d’avoir fait perdre par son inertie. Mais donnons d’abord le résumé de sa vie militaire, qui ne fut pas sans éclat. Il entra au service à l’âge de treize ans, et il était sous-lieutenant aux gardes du corps lorsque éclata la Révolution, dont il embrassa la cause avec le généreux enthousiasme de la jeunesse. Il devint rapidement général, combattit en Savoie et en Vendée, fut destitué, comme noble, pendant la Terreur, mais réintrégré l’année suivante, et adjoint au général Hoche, qu’il seconda dans l’expédition de Quiberon et dans l’expédition avortée d’Irlande (1796). Il passa ensuite à l’armée d’Italie, parvint, par un coup de main hardi, à déterminer l’abdication du roi de Sardaigne en faveur de la France, et montra un courage héroïque à la malheureuse bataille de Novi, où il tomba, atteint de quatorze blessures, entre les mains des Russes. Echangé après Marengo, il reçut le commandement d un corps d’armée, prit une part glorieuse, sous Moreau, à la bataille de Hohenlinden, puis se distingua à Ulm, à Eylau et à Friedland. Il avait voté contre le Consulat, et il s’était honoré en prenant la défense de Moreau, son ancien chef et son ami ; néanmoins, il reçut, en 1808, le gouvernement de Madrid, se distingua de nouveau à Raab et à Wagram, commanda un des trois corps de cavalerie de la grande armée, dans la campagne de Russie, et, par son intrépidité à Wilna, Krasnoé, Smolensk, la Moskowa, fut jugé digne de commander, pendant la retraite, l’Escadron sacré, débris des cadres de nos héroïques légions. Tombé dans une sorte de disgrâce en 1813, il ne reprit un commandement que dans la lutte suprême de l’année suivante, soutint sa réputation pendant la campagne de France, et fut blessé assez grièvement au combat de Craonne. Mis à l’écart par la Restauration, il reçut, au retour de l’île d’Elbe, le commandement de l’armée du Midi (1815), contraignit le duc d’Angoulème à capituler, et fut élevé à la, dignité de maréchal de France. Au début de la campagne si courte et si tragique de 1815, il eut sous ses ordres la cavalerie de réserve, et joua un rôle extrêmement brillant à la bataille de Ligny. Ici nous touchons à Waterloo. Au lendemnin de Ligny, c’est-à-dire le 17 juin, Napoléon donna à Grouchy le commandement d’un corps d’armée de 35.000 hommes, avec ordre de poursuivre les Prussiens, d’empêcher Blücher de faire sa jonction avec Wellington. D’après la légende longtemps reçue, la conduite de Grouchy, depuis cette matinée du 17 jusqu’à la soirée du 18, n’aurait été qu’une suite de bévues, un enchaînement de fautes plus grossières les unes que les autres ; enfin la bataille de Waterloo eût été gagnée par Napoléon, si le maréchal n’eût laissé passer les Prussiens ou fût accouru sur le terrain avec son corps d’armée. M. Thiers, toujours favorable aux données populaires et napoléoniennes, n’a fait que confirmer cette version complaisante, écho du Mémorial de Sainte-Hélène. Napoléon, en effet, suivant son invariable coutume de rejeter ses propres fautes sur ses lieutenants, a imputé la perte de la bataille, nettement, formellement, à Ney et à Grouchy, l’un fusillé, l’autre proscrit pour sa cause. Ces allégations, soutenues par d’autres témoignages, ont donné lieu à différentes publications. Grouchy, encore en exil, fit paraître en 1819 un mémoire justificatif ; quelques assertions contenues dans ce mémoire furent alors combattues ; la publication d’un poème de Méry et de Barthélémy vint réveiller cette controverse. Le général Gérard, depuis maréchal, alors député de la Dordogne, dans le camp de l’opposition, y prit part, et publia un écrit intitulé : Quelques documents sur la bataille de Waterloo, propres à éclairer la question portée devant le public par M. le marquis de Grouchy (brochure in-8°). Il y a déjà de la malveillance dans ce titre : Grouchy était marquis, sans doute, mais il était général, titre qui, aux yeux de M. Gérard, devait valoir mieux que l’autre, et qu’en bon camarade il eût dû préférer donner à celui qu’il voulait combattre. Mais passons. Le point sérieux du débat est celui-ci : Grouchy commandait un corps d’armée séparé du corps de bataille et opérant sur la droite. Il avait ordre de suivre Blucher, qui se retirait du côté de Namur, mais qui déroba habilement sa marche au général français au moyeu d’une forte arrière-garde, passa la Dyle à Wavres et revint sur Waterloo opérer sa jonction avec les Anglais et décider la victoire. Le matin du 18, Grouchy marcha sur Wavres, lorsqu’il entendit une forte canonnade sur sa gauche : c’était le canon de Waterloo. S’il eût marché sur le canon, il eût, dit-on, en prenant part à l’action principale, opéré une diversion puissante qui, peut-être, eût changé les résultats de cette funeste et mémorable journée. Pour ne l’avoir pas fait, Grouchy allégua ses ordres, qu’il n’aurait pu modifier, en y contrevenant, qu’en prenant sur lui une grave responsabilité, et en vertu d’une certitude qu’il n’avait pas. Mais ce n’est pas tout ; non-seulement on disait que Grouchy n’avait point eu l’idée de marcher sur la gauche, mais qu’il avait expressément rejeté le conseil que lui donnait le général Gérard, de manœuvrer en ce sens. Ce fait est contesté dans le mémoire de 1819, qui contient, en outre, quelques observations défavorables au 4e corps. Le général Gérard n’avait point d’abord répondu ; d’autres l’avaient fait pour lui ; mais, quant à lui, il pensait sans doute que la situation malheureuse d’un ancien compagnon d’armes lui prescrivait le silence. Mais ce motif n’existant plus en 1823, et comme la question venait d être relevée dans un sens contraire au sien, il crut de son devoir de s’expliquer. Dans la brochure qu’il publia à cette époque, le commandant du 4e corps se justifie sans doute de tout reproche, mais il n’y prouve pas que Grouchy en ait eu à se faire. Gérard y dit bien qu’il avait ouvert, le 18, entre onze heures et midi, l’opinion de faire manœuvrer un corps d’armée, avec quelque cavalerie, sur le canon de l’Empereur. « Je n’ai pas la présomption de dire, ajoute-t-il, que dans ce moment je calculais les immenses résultats qu’aurait produits cette manœuvre, comme l’événement l’a prouvé, si elle eût été exécutée ; en manifestant cet avis, je n’étais frappé que de l’idée, du reste fort simple, de nous lier avec les troupes de gauche. » Tout cela est fort bien, et peut entrer comme témoignage dans le grand procès d’art militaire dont la bataille de Waterloo est le sujet, mais ne prouve pas que le général Grouchy, qui croyait encore avoir les Prussiens devant lui, ait dû prendre sur lui d’exécuter une manœuvre que ses ordres lui prescrivaient de ne pas faire. Il a pu être malhabile dans une circonstance suprême où le succès fait absoudre de la désobéissance ; mais il y a loin de là à un mauvais dessein prémédité et surtout à cette persistante et terrible accusation de trahison, que les partisans trop zélés de Napoléon ont voulu et veulent encore attacher au nom de Grouchy. Sa conduite postérieure le justifie d’ailleurs suffisamment de ce banal reproche de trahison. Son fils, sénateur du second Empire, a publié, en 1864 (Paris, Dentu, in-12), une brochure destinée à réfuter une partie des assertions de M. Thiers, et qui est intitulée : le Maréchal Grouchy du 16 au 18 juin 1815. Sans doute, on doit se tenir en garde contre ces apologies de famille ; mais ce travail contient des détails intéressants, et nous devions l’indiquer comme une des pièces du procès. Mais il y a des études plus profondes et plus concluantes, parce qu’elles embrassent tout l’ensemble des opérations. Pour avoir une idée exacte et de cette terrible défaite et de l’épisode qui nous occupe, il est absolument indispensable de lire les derniers travaux, et spécialement L’Histoire de la campagne de 1815, par Charras, et le livre de M.E. Quinet sur le même sujet (Paris, Michel Lévy, 1862). La question qui nous occupe est complètement élucidée dans ces ouvrages de premier ordre, qui, sortant de la donnée commune, s’appuyant sur une masse de matériaux, ont porté lumière sur bien des points et détruit bien des préjugés. En ce qui concerne Grouchy, qu’il ait commis des fautes, c’est ce qui parait incontestable ; mais il ne l’est pas moins que la direction fausse dans laquelle il s’avança et s’égara lui avait été imposée par Napoléon, qui, au lieu de faire poursuivre les Prussiens dès le soir même de Ligny, et, dans la nuit, de les faire serrer de près, afin qu’il ne pussent nous dérober un seul de leurs mouvements, attendit au lendemain, à trois heures de l’après-midi, pour se décider à une sérieuse recherche, pour envoyer sur leurs traces, désormais confuses et trompeuses, un corps d’armée qui ne pouvait plus que les suivre à tâtons et très difficilement les atteindre. Voilà quelle aurait été l’une des premières causes du succès de la manœuvre audacieuse de Blücher, et ce qui lui ouvrit toute large la route de Saint-Lambert et de Planchenoit. Grouchy ne prévit pas, sans doute, la jonction ; mais Napoléon ne la prévit pas davantage, voilà ce qui paraît établi ; il croyait les Prussiens en pleine retraite, et il envoya son lieutenant à leur poursuite, sans instruction précise, sans que rien dénotât chez lui l’idée de s’appuyer sur les divisions Grouchy et d’agir de concert. Grouchy aurait dû, dit-on, marcher au canon, vers Waterloo ; mais, outre que ses ordres ne lui prescrivaient rien pour une telle éventualité (et l’on sait que les prescriptions impérieuses de Napoléon glaçaient toute initiative chez ses généraux), rappelons, encore une fois, qu’il croyait avoir toute l’armée prussienne non loin de lui, et qu’en abandonnant sa position il pouvait craindre de lâcher la proie pour l’ombre et d’entraver les combinaisons de l’Empereur. Son erreur prouve qu’il a manqué de tact militaire et d’habileté ; niais cette erreur admise, il pouvait très légitimement se croire dans la lettre et dans l’esprit de ses instructions. Et, maintenant, que fût-il arrivé s’il avait dirigé son corps d’armée sur le lieu de l’action ? Ici nous sommes en pleine conjecture. Cependant, il y a un fait capital, qui permet de supposer avec quelque vraisemblance que l’issue de la bataille n’aurait probablement pas été changée. En effet, Blücher avait pris ses dispositions de marche à la pointe du jour (qu’on n’oublie pas que nous sommes en juin) pour acheminer son armée sur Waterloo, et cependant ses bataillons n’y arrivèrent qu’à quatre heures, et successivement jusqu’à sept heures et demie. Or Grouchy, qui n’avait aucun ordre pour prendre part à la bataille du 18, et qui n’aurait pu y songer qu’à midi passé, quand il entendit les premiers grondements lointains du canon, serait certainement arrivé longtemps après Blücher, et peut-être après la fin du terrible combat. Il faut ajouter que, par un contre-temps fréquent à la guerre, il ne reçut aucune des dépêches que Napoléon lui envoya assez tard dans la journée, soit que les estafettes eussent été prises ou tuées, soit qu’elles eussent passé à l’ennemi. Nous ne pousserons pas cette analyse au delà de ce qui était nécessaire pour donner une idée du rôle de Grouchy, évidemment dénaturé, et dont la gravité a été exagérée à ce point que les fictions populaires lui font supporter tout le poids de la responsabilité, dans la terrible défaite de Waterloo. Après l’écrasement de notre armée, Grouchy fit la seule chose qui restait à faire à un capitaine vigilant : il opéra sa retraite en bon ordre, se retira sur Paris, où il fit proclamer Napoléon II au milieu de ses troupes, et n’abandonna le commandement que devant le mauvais vouloir de ses généraux. Proscrit par la Restauration, il passa aux États-Unis, revint en France en 1821, ne put obtenir d’être employé dans la guerre d’Espagne (1823), et ne fut rétabli dans sa dignité maréchal de France qu’après la Révolution de Juillet. Appelé par Louis-Philippe à la Chambre des pairs, il vota avec l’opposition modérée, et ne voulut prendre aucune part aux débats du procès d’avril 1834. Depuis 1815 jusqu’à la fin de sa vie, il eut à répondre aux attaques les plus passionnées et souvent les plus injustes, pour sa conduite dans la dernière guerre de l’Empire. Voici les principaux écrits qu’il a publiés à cette occasion : Observations sur la Relation de la campagne de 1815, du général Gourgaud (1819) ; Réfutation de quelques articles dex Mémoires du duc de Rovigo (1829); Influence que peuvent avoir sur l’opinion les documents relatifs à la bataille de Waterloo publiés par le comte Gérard (1S30) ; Plainte contre le général -Berthezène (1840) ; Fragments historiques (1840).

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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février 25, 2008

MARECHAL SOULT (1769-1851)

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Maréchal Jean de Dieu Soult (1769-1851), duc de Dalmatie

Soult est un homme tout à fait supérieur mais trop ambitieux.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal SOULT ( Nicolas-Jean-de-Dieu), duc de Dalmatie, maréchal et pair de France, ministre, né à Saint-Amans-la-Bastide (Tarn) le 29 mars 1769, mort au même lieu le 26 novembre 1851. Fils d’un notaire, selon les uns, d’un cultivateur, selon d’autres, il reçut une instruction très incomplète et s’engagea à seize ans (1785) dans le régiment de Royal-infanterie. Soult n’était que caporal lorsque éclata la Révolution. Sous-officier en il fut successivement élu par les volontaires du 1er bataillon du Bas-Rhin sous-lieutenant en 1791, adjudant-major en 1792 et capitaine en 1793. A cette époque, il se fit remarquer par son sang-froid et sa bravoure au combat d’Uberfelsheim, à la prise d’un camp retranché dans les Vosges, et dans un manifeste qu’il adressa, en juillet 1793, aux habitants de Leimen, dans le grand-duché de Bade, il les invita à « défendre la France contre l’insurrection des aristocrates, à opposer un rempart impénétrable à ces hommes insolents qui voudraient renverser le système heureux de l’égalité sociale établi sur les droits de l’humanité. » A la fin de 1793, Soult passa à l’état-major de Hoche, à l’armée de la Moselle, coopéra à la prise du camp de Marsthal et à la reprise des lignes de Wissembourg, fut nommé chef de bataillon le 5 avril 1794, chef de brigade adjudant général le 14 mai suivant, combattit à Arlon, au siège de Fort-Louis, puis passa à l’armée de Sambre-et-Meuse comme chef d’état-major. Sa brillante conduite à la bataille de Fleurus lui valut le grade de général de brigade (11 octobre 1794). Après avoir assisté au siège de Luxembourg, Soult commanda une brigade de la division Lefebvre, fut mis à l’avant-garde et montra autant d’habileté
que de vigueur à Altenkirchen (1796), pendant la retraite de l’armée de Sambre-et-Meuse sur le Rhin, à Wildendorf et à Friedberg. En 1797, il battit près de Steinberg le général Elnitz. Deux ans plus tard, envoyé à l’armée du Danube, Soult remplaça Lefebvre à la tète de sa division, se conduisit héroïquement à Stockach, sauva l’armée d’un désastre pendant la retraite et fut promu général de division (21 avril 1799). Pendant la campagne d’Helvétie, il seconda puissamment Masséna, contribua beaucoup à la victoire de Zurich (25 septembre), puis passa à l’armée d’Italie (15 décembre), partagea avec Masséna la difficile mission de défendre Gènes et tomba blessé au pouvoir des Autrichiens, à la bataille meurtrière de Monte-Cretto (13 mai 1800). Rendu à la liberté après la victoire de Marengo, il commanda en Piémont, parvint à soumettre et à organiser les barbets, puis commanda les troupes chargées d’occuper la presqu’île d’Otrante (1801). En 1802, il reçut le commandement de la garde des consuls, avec la qualité de colonel général, puis celui du camp de Saint-Omer et, oubliant qu’il avait été républicain, il écrivit au premier consul Bonaparte pour l’engager « à mettre le sceau à ses sublimes institutions, en plaçant majestueusement sa famille chérie au faite de l’édifice pour fixer à jamais les regards des citoyens vertueux. » Cet acte de plate adulation, aussi bien que ses talents militaires, lui valut de faire partie de la première promotion de maréchaux (19 mai 1804). Soult n’avait alors que trente-cinq ans. En même temps, il fut nommé grand officier de la Légion d’honneur et chef d’une des cohortes de cet ordre. L’année suivante, la guerre ayant de nouveau éclaté, Soult reçut le commandement du 4e corps. Après avoir battu l’ennemi à Landsberg, à Memmingen, à Hollabrunn, il dirigea avec une telle précision l’aile droite de l’armée à Austerlitz que Napoléon lui dit, après la victoire : « Maréchal, vous êtes le premier manœuvrier de l’Europe. » II devint peu après gouverneur de Vienne. Dans la guerre de Prusse et de Pologne, Soult contribua à la victoire d’Iéna (14 octobre 1806), battit Kalckreuth à Guessen le lendemain, forma le blocus de Magdebourg, prit Lubeck (6 novembre), combattit à Pultusk, à Eylau, à Heilsberg, a la tête du 4e corps, et s’empara deKœnigsberg le 16 juin 1807. Napoléon lui donna le titre de duc de Dalmatie après la paix de Tilsit. Envoyé en Espagne en 1808, avec le commandement du centre de l’armée, il gagna la bataille de Gamonal (10 novembre), entra dans Burgos, poursuivit le général John Moore l’épée dans les reins jusqu’à La Corogne, qui tomba en son pouvoir, ainsi que Santander et Le Ferrol, poussa une pointe rapide en Portugal, battit l’ennemi à Braga et se rendit maître d’Oporto (29 mars 1809) ; mais il n’osa s’aventurer plus loin dans un pays soulevé et où Wellington allait lui opposer des forces infiniment supérieures. Il est constaté aujourd’hui, par les documents les plus irrécusables, que le maréchal Soult, pendant son séjour à Oporto, songea sérieusement à se faire proclamer roi de la’ Lusitanie septentrionale. Ces velléités ambitieuses étaient secondées par les habitants et par l’entourage du maréchal. Elles parvinrent aux oreilles de Napoléon, qui dissimula son mécontentement. Il fallut d’ailleurs y renoncer et évacuer la ville (12 mai 1809) à l’approche de Wellington, en abandonnant l’artillerie et les équipages. Revenu, dans la Galice, le duc de Dalmatie débloqua Lugo et dispersa les bandes de La Romana ; mais sa mésintelligence avec Ney fit perdre la Galice. A la fin de 1809, Soult remplaça Jourdan comme major général de l’armée d’Espagne. Il releva les affaires du roi Joseph par l’éclatante victoire d’Ocana (12 novembre), envahit l’Andalousie l’année suivante, fut nommé général en chef de l’armée du Midi et força, par une suite de combats heureux, Séville, Olivenca et Badajoz (11 mars 1811) à se rendre. Après avoir éprouvé un échec à Albaherra (16 mai 1811), il eut avec le roi Joseph de nombreux démêlés qui eurent une influence désastreuse sur les affaires. Soult avait mis le siège devant Cadix, qu’il allait emporter, lorsque la défaite de l’armée de Portugal aux Arapiles et l’évacuation de Madrid par le roi Joseph l’obligèrent à se replier (25 août 1812). Sa retraite vers les Pyrénées fut admirable. Rappelé alors à Paris, il fit, en 1813, la campagne de Saxe à la tête du 4e corps ; mais Napoléon le renvoya en Espagne après la désastreuse bataille de Vittoria, pour rassembler les débris de l’armée devant Bayonne. Soult, en présence de forces quadruples, ne pouvait que faire une honorable retraite. Il la fit lente, défendant avec opiniâtreté toutes nos places frontières ; acculé enfin sur Toulouse, il livra là un combat mémorable, où 25.000 Français tinrent tête à 100.000 Anglo-Espagnols, commandés par Wellington (mars 1814). Après l’abdication de Fontainebleau, il se rallia avec un écœurant enthousiasme au gouvernement de Louis XVIII, qui lui donna le commandement de la 13e division militaire, puis le portefeuille de la guerre (3 décembre 1814). Le maréchal se fit remarquer parmi les plus fougueux royalistes. C’est lui qui provoqua l’érection d’un monument aux mânes des émigrés tués à Quiberon. Au début des Cent-Jours, lorsqu’il apprit que Napoléon venait de débarquer à Golfe-Juan, le duc de Dalmatie lança une proclamation dans laquelle il qualifia Buonaparte d’usurpateur et d’aventurier (8 mars 1815) ; néanmoins, Louis XVIII lui retira le portefeuille de la guerre (11 mars). Bonaparte, qui avait besoin de lui, oublia cette proclamation et le nomma pair de France et major général de l’armée. Soult, toujours prêt à toute palinodie, publia, à l’ouverture de la campagne de 1815, un ordre du jour plein d’invectives contre les Bourbons. Il se battit à Fleurus et à Waterloo avec son courage et son talent ordinaires ; mais, comme major-général il montra fort peu de capacité. Après Waterloo, il alla rallier à Laon les débris de l’armée, puis se rendit à Paris, où il assista au conseil de guerre qui examina la question de savoir si Paris devait se défendre. Après la capitulation de cette ville (3 juillet 1815), Soult se retira à Saint-Amans, et, pour rentrer en grâce auprès de Louis XVIII, il publia un mémoire dans lequel, parlant de Napoléon, il disait : « L’armée entière sait bien que je n’eus jamais qu’à me plaindre de cet homme et que nul ne le détesta plus franchement que moi. » Malgré ses protestations de dévouement aux Bourbons, il fut compris dans la liste des bannis (12 janvier 1816) et se retira dans le duché de Berg, où il resta trois ans. L’ordonnance du 26 mai 1819 lui permit de revenir en France. Au commencement de 1820, Louis XVIII lui rendit le bâton de maréchal de France et lui fit donner une gratification de 200.000 francs. Charles X, à l’occasion de son sacre, lui accorda le collier de ses ordres (1825), puis l’appela à siéger à la Chambre des pairs. Le duc de Dalmatie s’y montra le partisan aveugle du gouvernement, l’adversaire déclaré de toutes les libertés publiques. Comme il était alors nécessaire, pour être bien en cour, de se montrer tout confit en religion, Soult se mit à accomplir ses devoirs religieux avec une ferveur édifiante. Toute la capitale put le voir suivant dévotement les processions un cierge à la main. La Révolution de 1830 devait le trouver debout pour saluer le nouveau règne. Il s’empressa d’acclamer Louis-Philippe, qui lui donna le portefeuille de la guerre, s’occupa alors de réorganiser l’armée, de mettre les places fortes sur pied de guerre et alla comprimer, en novembre 1831, des troubles qui avaient éclaté à Lyon. Lors du remaniement du ministère, le 10 octobre 1832, il reçut la présidence du conseil, mais il n’y remplit en réalité, qu’un rôle très secondaire, étant en politique d’une profonde nullité ; l’influence qu’y exerçait M. Thiers, comme ministre de l’intérieur, irritait vivement le vieux maréchal, qui exprima fréquemment d’une façon brutale son dépit de se voir dominé malgré lui par son jeune collègue. Le 18 juillet 1834, Soult dut quitter le ministère et la présidence du conseil, qui fut donnée au maréchal Gérard. Chargé par Louis-Philippe d’aller représenter la France au couronnement de la reine Victoria (25 ayril 1838), il fut l’objet, de la part du peuple anglais, d’une véritable ovation. Le 12 mai de l’année suivante, il revint au pouvoir comme ministre des affaires étrangères et président du conseil ; mais le rejet de la dotation qu’il avait proposé d’allouer au duc de Nemours amena sa chute et son remplacement par le cabinet du 1er mars 1840, formé par M. Thiers. La guerre semblait imminente lorsque Louis- Philippe, qui tenait à conserver la paix et qui voulait se couvrir par une haute célébrité militaire, accepta la démission du cabinet Thiers et chargea Guizot de former un nouveau ministère (29 octobre 1840), dans lequel le duc de Dalmatie eut la présidence du conseil et le portefeuille de la guerre. Comme on sait, M. Guizot fut le ministre dirigeant, et le maréchal ne joua qu’un rôle très secondaire. Par raison de santé, il se démit de son portefeuille (11 novembre 1845), puis de la présidence du conseil (10 septembre 1847). Il reçut alors le vain titre de maréchal général, qu’avaient porté Turenne et Villars et, en dernier lieu, Maurice de Saxe. Il se retira peu après dans son magnifique château de Soultberg, à Saint-Amans, ou il s’éteignit quelques jours avant que Louis-Napoléon Bonaparte fît son coup d’Etat. Sa statue, en marbre blanc, exécutée par Pradier, fut placée en 1852 au musée de Versailles. Soult était un vaillant soldat, un général plein de sang-froid, de coup d’œil et d’un mérite supérieur ; mais le caractère en lui était loin d’être à la hauteur des capacités militaires. Il fut le plat adulateur de tous les pouvoirs et ne sut conserver ni tact ni mesure dans ses palinodies. Esprit étroit, entêté, ayant de lui-même l’opinion la plus haute, il ne sut jamais corriger l’insuffisance de son éducation première, et il lui arriva fréquemment d’émailler les discours qu’il prononçait à la tribune de cuirs devenus légendaires. Mal à l’aise en face des esprits lettrés et supérieurs, il ne se faisait aucun scrupule de les froisser par la brutalité de son langage. C’était, en outre, un, homme avide et qui trouva le moyen de faire une grande fortune. Lorsqu’il fut question, en 1832, de supprimer le cumul des gros traitements et de lui enlever celui de maréchal, qu’il cumulait avec celui de ministre, il déclara nettement qu’on ne le lui enlèverait qu’avec la vie. Pendant son séjour en Espagne il s’était emparé de tableaux du plus grand prix, qu’il envoya, non au musée du Louvre, mais à son château de Soultberg. Après sa mort, on vendit à Paris sa galerie de tableaux, comprenant des Ribeira, des Murillo, des Zurbaran, des Alonso Cano, etc. Cette vente, qui eut lieu les 19, 21 et. 23 mai 1852, produisit une somme de 1.467.351 francs. Un seul tableau, la grande Conception de la Vierge, par Murillo, fut acheté par l’Etat pour le musée du Louvre au prix de 586.000 francs. Le duc de Dalmatie a laissé des Mémoires, dont une partie seulement a été publiée par son fils (Paris, 1854, 3 vol. in-8°). Il avait épousé uns Allemande, qui, vers la fin de sa vie, se convertit au catholicisme et qui mourut également à Soultberg, âgée de quatre-vingt-un ans, en 1852. Elle avait donné au maréchal un fils, Napoléon-Hector, et une fille , Hortense, qui épousa le marquis de Mornay.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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février 24, 2008

MARECHAL NEY (1769-1815)

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Maréchal Michel Ney (1769-1815), duc d’Elchingen, Prince de la Moskowa

Il est aussi faible qu’il est brave et son excessive ambition donne prise sur lui. Ney est le plus brave des hommes, mais là se bornent toutes ses facultés.

Il y avait en lui une disposition ingrate et factieuse et, si je devais mourir de la main d’un maréchal, il y a à parier que ce serait de la sienne.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal NEY (Michel), duc d’Elchingen, prince de la Moskowa, né à Sarrelouis le 10 janvier 1769, fusillé à Paris le 7 décembre 1815. Son père, ancien soldat devenu tonnelier, l’envoya pendant quelque temps au collège des Augustins, puis le fit entrer, àl’âge de treize ans, comme petit clerc chez un notaire. Michel Ney fut ensuite employé aux écritures du parquet, puis dans les bureaux de la compagnie des mines d’Apenweiler. Cette existence monotone et sédentaire était profondément antipathique au caractère ardent du jeune homme. Fatigué de son inaction, il se rendit à Metz et s’enrôla, le 6 décembre 1788, dans un régiment de hussards. Ney avait trouvé sa voie. Il se fit aussitôt remarquer par sa rare aptitude au métier des armes et franchit assez rapidement les grades subalternes. Mais enfant du peuple, il était par cela même condamné à végéter, lorsque la Révolution, qui vint replacer l’ordre social sur sa véritable base, lui fournit l’occasion de révéler ses grandes qualités comme homme de guerre et d’arriver par de rapides étapes au grade le plus élevé de l’armée. Brigadier-fourrier en 1791, maréchal des logis en 1792, Michel Ney prit part à la campagne de 1792 dans l’armée du Nord et fut nommé lieutenant le 5 novembre de la même année. Successivement aide de camp du général Lamarche et du général Colaud (1793), il assista aux combats de Nerwinde, de Louvain , de Valenciennes, de Grandpré, devint capitaine en 1794, et fut chargé par Kléber, frappe de son énergie et de sa froide intrépidité, de harceler les Autrichiens, à la tête d’un petit corps de 500 hommes. L’habileté et l’ardeur dont il fit preuve dans cette guerre de partisans lui valurent le surnom d’Infatigable et le grade de chef d’escadron (septembre 1794). Nommé chef de brigade le mois suivant pour sa conduite à la bataille d’Aldenhoven, il concourut, en novembre, au siège et à la prise de Maëstricht, puis il alla prendre part au siège de Mayence, où il fut grièvement blessé. En 1795, Ney rejoignit l’armée de Sambre-et-Meuse, donna de nouvelles preuves de sa valeur à la prise d’Altenkirchen, aux combats de Lahn, d’Obermel, de Friedberg, de Dierdorff, de Mont-Thabor, enleva la citadelle de Wurtzbourg (15 juillet 1796), où il fit 2.000 prisonniers, et, après avoir forcé, à la suite de plusieurs combats, le passage de la Rednitz, battit l’ennemi sous les murs de Forzheim, dont il s’empara (8 août 1796). Ce jour même, Ney fut promu général de brigade. Pendant cette campagne, il s’était montré aussi humain après la victoire que redoutable pendant le combat. Il avait sauvé la vie à un grand nombre d’émigrés, faits prisonniers en combattant les soldats de la France. Mis en 1797 à la tête d’un corps de hussards, Ney contribua par des charges brillantes à la défaite des Autrichiens à Neuwied (17 avril) et à Dierdoff. Le 22 avril, il poursuivait l’ennemi à Giëssen lorsque, ayant eu son cheval tué sous lui, il fut entouré par un gros de cavaliers, se défendit avec le tronçon de son sabre et fut fait prisonnier. Mais presque aussitôt, à la suite d’un échange, il revint prendre son commandement sous les ordres de Hoche. La signature des préliminaires de paix de Léoben, suivie du traité de Campo-Formio (14 mars 1798), mit alors fin à la guerre, qui ne tarda pas à recommencer. Envoyé à l’armée que commandait Bernadotte, Ney se signala dès le début de la campagne par un trait d’une rare audace. Ayant reçu l’ordre de s’emparer de Manheim, il s’introduisit furtivement dans la place avec 150 hommes déterminés et s’en rendit maître. Cette action d’éclat lui valut le grade de général de division (28 mars 1799). Il passa alors à l’armée du Danube sous les ordres de Masséna, et se distingua à Fraenfelde, à Altikow et a Wintherthur, où il lutta ayec 3.000 hommes contre 16.000 Autrichiens et reçut deux blessures. A peine guéri, il passa à l’armée du Rhin pour y commander l’avant-garde, s’empara de Heilbroon, de Laufen, battit l’ennemi à Wisloch, à Hochheim, s’avança jusqu’à Ludwigsburg, puis se replia devant des forces d’une supériorité écrasante et reçut deux nouvelles blessures devant Manheim. Investi du commandement provisoire de l’armée du Rhin, Ney fit une attaque sur toute la ligne pour empêcher l’archiduc Charles d’opérer sa jonction avec Souvarov, ce qui permit à Masséna de battre complètement les Austro-Russes à Zurich. Il se porta ensuite sur le Neckar, et, après divers succès, il remit le commandement en chef au général Lecourbe. Sous les ordres de ce général, il fit le plus grand mal à l’ennemi en se livrant à une incessante guerre d’avant-poste. Ce fut sur ces entrefaites que Bonaparte, revenant d’Egypte, mit à exécution ses projets ambitieux, enraya la marche pacifique de la Révolution et fit le coup d’Etat du 18 brumaire qui, en établissant un despotisme sans frein, devait influer d’une façon si désastreuse sur les destinées de la France. Ney, qui devait tout à la Révolution, était à cette époque républicain, comme la plupart des généraux. L’attentat du 18 brumaire lui causa un vif déplaisir. Il fit part, dit-on, de son mécontentement et de ses craintes à Bernadotte et à Lefebvre, qui le calmèrent. Du reste Ney, d’une étonnante audace, d’un rare sang-froid sur le champ de bataille, était incertain, irrésolu lorsqu’il se trouvait en face d’une politique complexe, et très prompt à se laisser entraîner, comme il le prouva plus tard. Bien que mécontent, il fit acte d’adhésion au nouveau régime et continua à servir dans les armées du Rhin et du Danube, réunies sous les ordres supérieurs de Moreau. Comme toujours, il se montra un héroïque soldat à Engen, à Moskirch, à Hochstaedt (18 juin 1800), à Ingolstadt, à Wasserburg et à Hohenlinden (3 décembre) ; il contribua puissamment au succès de cette mémorable bataille qui, avec la bataille de Marengo, força l’ennemi à signer la paix de Lunéville (9 février 1801). A Hohenlinden, Ney s’était emparé, par un mouvement rapide et par une attaque impétueuse, de dix pièces de canon et de 10.000 prisonniers. Après la signature de la paix, Ney se rendit à Paris, où le premier consul s’efforça de l’attacher à sa fortune et lui fit épouser une amie intime d’Hortense de Beauharnais, Mlle Louise Auguié de Lascans. A l’occasion de ce mariage, qui fut célébré au château de Grignon (juillet 1802), Bonaparte fit don au général d’un magnifique sabre égyptien, qui en 1815 devait trahir la présence de Ney dans le lieu où il s’était caché et amener son arrestation. Trois mois plus tard, Ney était envoyé comme ministre plénipotentiaire en Suisse pour proposer au sénat de Berne de mettre la république helvétique sous la protection de la France. Après avoir forcé le général Brackman à licencier ses troupes, il eut des conférences avec les députés des cantons et les détermina à se rendre à Paris pour y signer l’acte de médiation (19 février 1803). Rappelé au mois d’octobre suivant, après la rupture des relations diplomatiques avec l’Angleterre, il reçut, le 28 décembre, le commandement en chef du 6e corps de l’armée que Bonaparte rassemblait sur la côte de la Manche pour opérer une descente en Angleterre. Après la proclamation de l’Empire, Ney se vit combler d’honneurs. Nommé maréchal de France (19 mai 1804), il reçut peu après le grand cordon de la Légion d’honneur et le titre de chef de la 7e cohorte. La guerre avec l’Autriche, coalisée avec l’Angleterre et la Russie, ayant éclaté en 1805, le maréchal Ney franchit le Rhin, à la tête du ea corps, occupa, après une marche rapide, les défilés du Danube, battit l’archiduc Ferdinand à Guntzbourg (9 octobre), et, chargé d’enlever les formidables positions d’Elchingen, défendues par 15.000 hommes et quarante pièces de canon, culbuta l’ennemi, le précipita du plateau et le rejeta dans la place d’Ulm, qui dut capituler le 20 octobre. Pendant que, après la prise de cette place, Napoléon marchait sur Vienne, Ney pénétrait dans le Tyrol avec 30.000 hommes, en chassait l’archiduc Jean, prenait Charnitz, Inspruck (7 novembre), Hall, où il s’emparait des arsenaux et des magasins de l’ennemi, et entrait dans la Carinthie au moment où la victoire d’Austerlitz forçait l’Autriche à signer là paix de Presbourg (26 décembre). La campagne de 1806 et de 1807 contre la Prusse et la Russie devaient mettre le comble à la réputation militaire du maréchal Ney. Toujours à la tête du 6e corps, il achève la défaite des Prussiens à Iéna (14 octobre 1806), s’empare, le 15, d’Erfurt, où il prend cent vingt pièces de canon et fait 14.000 prisonniers, puis fait le siège de Magdebourg, le boulevard de la Prusse, qui, en moins de vingt-quatre heures, capitule, lui livrant huit cents canons et 23.000 prisonniers (8 novembre). Après avoir chassé de Thorn les Prussiens mis en pleine déroute, il franchit la Vistule,bat l’ennemi àMlawa, puis près de Lauterbach, rejette Benningsen derrière la Prégel, dégage Bernadotte, attaqué par toute l’armée russe à Morhungen (25 janvier 1807), détruit tout un corps prussien à Deppen (5 février), et coupe la retraite des Russes à la sanglante bataille d’Eylau (8 février). Au combat de Guttstadt, Ney soutint, avec 14.000 combattants, les efforts de 70.000 Russes et de cent pièces de canon (1er mars). Après avoir battu l’ennemi à Spanden (6 juin), il dut, devant la supériorité du nombre, opérer sa retraite sur Allenbourg, ce qu’il fit avec un sang-froid et une habileté qu’on ne saurait trop louer. Quelques jours après, le 14, à Friedland, il jetait dans l’Alle l’aile gauche de l’ennemi, emportait la ville, défendue par la garde impériale russe, et décidait la victoire. Il venait de s’emparer d’Intersbourg, lorsque la paix de Tilsit vint mettre fin à la guerre. Son sang-froid, son audace devant le danger, les grands talents militaires dont il venait de donner tant de preuves lui firent décerner alors par l’armée le surnom de Brave des braves. Ses soldats, qui avaient en lui une confiance inaltérable, l’appelaient aussi, à causee de la couleur de ses Cheveux, le Lion rouge et Pierre le Rouge. Cette même année, Napoléon, dans son désir de reconstituer les institutions monarchiques, organisa une nouvelle noblesse, et Ney reçut le titre de duc d’Elchingen (19 mars 1808). Ney commençait à peine à se reposer des longues fatigues de ses dernières campagnes, lorsqu’il fut envoyé avec son 6e corps en Espagne. Après avoir pris Logrono (25 octobre 1808), Soria et empêché Wellington de faire sa jonction avec le général de La Romana, il entreprit de soumettre la Galice et les Asturies (1809), se vit harceler par les guérillas, battit La Romana à Penaflor, entra à Oviedo, le 19 mai, et fit éprouver à Wilson un grave échec à Banos (12 août). Envoyé en 1810 au Portugal, sous les ordres de Masséna, le duc d’Elchingen assiège et prend Ciudad-Rodrigo (10 juillet), livre le combat de Guarda (24 juillet), obtient la reddition d’Almeida, puis arrive avec le reste de l’armée sous les murs de Lisbonne, devant l’inexpugnable position de Villa-Franca. Après six mois d’une occupation inutile, l’armée, en proie à la disette, dut battre en retraite. Ney, dont le 6e corps se trouvait réduit à 6.000 hommes, fut chargé de soutenir à l’arrière-garde les efforts de l’armée anglo-portugaise, forte de 40.000 hommes. En cette circonstance, Ney fit preuve d’une connaissance profonde de l’art des retraites et excita par sa conduite l’admiration de l’ennemi qu’il tint constamment en échec et qui ne put l’entamer. A la suite du désordre arrivé au pont de Potz de Aronce, un vif dissentiment éclata entre Ney et Masséna au sujet de la marche que devait suivre l’armée. Le duc d’Elchingen refusa d’obéir à son chef et se vit soutenu par son corps. Il poussa si loin son esprit de rébellion, qui en plusieurs circonstances fut funeste à nos armes, que Masséna dut lui retirer son commandement, et, après une tentative de résistance, il dut céder et revenir en France. Lors de la déclaration de guerre à la Russie (22 juin 1812), Ney fut mis à la tête du 3e corps. Il battit l’ennemi à Lyadi (13 août), prit une part brillante à la prise de Smolensk où il fut atteint d’une balle au cou, et culbuta à Valentia trois corps d’armée russes. Lorsque Napoléon réunit un conseil de guerre pour décider s’il fallait passer l’hiver sur le Dnieper ou marcher immédiatement sur Moscou, Ney se prononça avec beaucoup de sagacité pour le premier avis, qui fut repoussé. Le 7 septembre, le duc d’Elchingen commanda le centre de l’armée à la bataille de la Moskowa et s’y conduisit avec tant d’éclat, que Napoléon le nomma prince de la Moskowa. Mais ce fut surtout pendant la désastreuse retraite qui suivit l’incendie de Moscou que Ney se surpassa lui-même. Chargé du commandement de l’arrière-garde (2 novembre), il maintint en échec les Cosaques, fut séparé du gros de l’armée à Krasnôe (18 novembre) où, n’ayant que 7.000 hommes, il fut attaqué par des forces énormes et gagna le Dnieper en laissant derrière lui des milliers d’hommes et de chevaux ensevelis sous la neige, mais en relevant sans cesse par ses paroles et par son exemple le courage abattu de ses soldats. Arrivé sur la rive droite du Dnieper, Ney trouva le pont de Doubrowna détruit. Comme ce fleuve n’était pas entièrement gelé, il lui fallut pour le franchir abandonner son artillerie et ses bagages. Harcelé de nouveau par les Cosaques de Platoff, il n’avait plus que 3.000 hommes lorsqu’il arriva à Orcha, où se trouvaient les débris de la grande armée. Peu après, au passage de la Bérézina, il rendit d’incomparables services en sauvant des milliers d’hommes. Au milieu des scènes de douleur et de mort qui se renouvelaient à chaque pas, il conservait une force d’âme, un sang-froid, une énergie inaltérables et, redevenu soldat, à pied, le fusil à la main, il faisait le coup de feu comme le dernier de ses soldats. Pendant que Napoléon, puis Murat abandonnent l’armée, Ney continue ses héroïques efforts pour empêcher son total anéantissement. Il traverse Kowno et le Niémen, dit le comte de Ségur, toujours combattant, reculant et ne fuyant pas, marchant toujours après les autres, et, pour la centième fois depuis quarante jours et quarante nuits, exposant sa vie et sa liberté pour ramener quelques Français de plus ; il sort enfin le dernier de cette fatale Russie, montrant au monde l’impuissance de la fortune contre les grands courages et que, pour les héros, tout tourne en gloire, même les plus grands désastres. » L’Empire venait de recevoir un coup qui allait rapidement précipiter sa chute. Condamné par sa monstrueuse politique, uniquement basée sur une ambition personnelle vertigineuse, à entraîner la France dans une interminable série de guerres, Napoléon réorganisa, non sans peine, son armée en partie détruite, et rentra en campagne. Le prince de la Moskowa, à la tête du 3e corps, franchit la Saale (avril 1813), culbuta l’ennemi au défilé de Poserna (1er mai), décida la victoire de Lutzen en soutenant seul pendant six heures le choc de toute l’armée coalisée, assista à la bataille de Bautzen (21 mai), tourna la position de l’ennemi par sa marche au delà de la Sprée, enleva à la baïonnette le village de Préilitz et marcha sur Wurschen, pendant que les coalisés, qui avaient perdu 18.000 hommes, battaient en retraite. Chargé du commandement des 3e, 5e et 7e corps, il s’avança en Silésie et entra à Breslau le 3 juin. Un armistice qui venait d’être signé lui permit de soigner la blessure qu’il avait reçue à Lutzen. Mais bientôt la guerre recommença ; Napoléon, forcé de lutter contre les armées de la coalition qui s’étaient considérablement accrues, appela Ney de Silésie, où l’armée, privée de son chef, fut battue. Le prince de la Moskowa contribua au succès de la bataille de Dresde ; mais il fut battu à Dennewitz, le 5 septembre, par Bernadotte, qui lui fit 10.000 prisonniers et lui enleva vingt-cinq pièces de canon. Napoléon lui ayant reproché cet échec, Ney, depuis longtemps mécontent de la politique impériale, ne put se contenir et déclara au despote que son ambition insatiable était la seule cause de nos malheurs. La défaite de Leipzig fut suivie peu après de l’invasion de la France. Dans cette situation terrible, Ney montra autant d’activité que d’intrépidité ; mais tous ses efforts restèrent stériles. « Sans commandement fixe, dit Rabbe, sans but arrêté, pendant cette fatale campagne où rien n’était prévu parce qu’il n’était pas possible de rien prévoir, le prince de la Moskowa courait à l’ennemi, s’efforçait de lui faire face partout, remportant presque partout des avantages dont il regrettait de ne pouvoir tirer parti. A Brienne (29 janvier 1814), à Mézières, à Champaubert, à Montmirail, à Craonne (9 mars), à Château-Thierry, il fut constamment au feu, animant les soldats et leur faisant retrouver, malgré leur petit nombre, cette confiance héroïque qui les avait inspirés aux jours de bonheur. A peine avait-il 53.000 hommes, disséminés sur un grand espace, à opposer à une masse de 300.000 ennemis rangés de front. Tant d’efforts devinrent inutiles et, tandis que Napoléon, après avoir traversé Nogent et Sens, arrive à Fontainebleau, les alliés entrent à Parts (31 mars), et le Sénat prononce sa déchéance (2 avril 1814). » Le prince de la Moskowa, le duc de Vicence et le duc de Tarente furent alors choisis par Bonaparte pour négocier la paix au nom de la régente Marie-Louise. Ils se rendirent à Essonne, où ils virent Marmont qui négociait de son côté, revinrent avec lui à Paris et obtinrent une entrevue de l’empereur Alexandre, qui exigea une abdication absolue. Ney retourna aussitôt à Fontainebleau, Avez-vous réussi, lui demanda Napoléon. – En partie, sire, répondit le maréchal, votre liberté et votre vie sont garanties ; mais la régence n’est pas admise ; il était déjà trop tard ; demain le Sénat reconnaîtra les Bourbons. – Où me retirerai-je ? – Où voudra Votre Majesté ; à l’île d’Elbe, par exemple, avec 6 millions de revenu. » En présence de cet effondrement si mérité de son étonnante fortune, l’Empereur plia la tête, se soumit et signa le 11 avril son abdication. C’est alors qu’on put voir à quel degré d’abaissement le despotisme impérial avait amené les hommes alors à la tête de la France. Ces hommes ; qui, en s’applatissant devant le despote, avaient perdu, toute dignité, toute indépendance personnelle, se précipitèrent avec la plus lâche servilité aux pieds de cette famille des Bourbons, apportée sur notre sol dans les fourgons de l’étranger. Dans tout ce monde officiel, on chercherait vainement une âme indépendante et fière, ayant quelque souci de la liberté de la France et songeant à essayer de la prémunir contre les effets du despotisme dont elle était la sanglante victime. Ney n’échappa point à cette honteuse contagion. Lorsque, le 11 avril, le comte d’Artois entra à Paris, Michel Ney, au lieu d’entrer dignement dans la retraite, accourut au devant du prince émigré et, se faisant l’interprète des anciens généraux de la Révolution, il lui adressa ces paroles : « Monseigneur, nous avons servi avec zèle un gouvernement qui nous commandait au nom de la France. Votre Altesse Royale et Sa Majesté verront avec quelle fidélité et quel dévouement nous saurons servir notre roi légitime. » Louis XVIII, qui tenait à l’attacher à sa cause, publia, le 20 mai, une ordonnance ainsi conçue : « Notre cousin le maréchal Ney est nommé commandant en chef du corps royal des cuirassiers, des dragons, des chasseurs et des chevau-légers lanciers de France » puis il le nomma chevalier de l’ordre de Saint-Louis (1er juin), gouverneur de la 6e division militaire (2 juin) et pair de France (4 juin). Le prince de la Moskowa se rendit aux réceptions de la cour avec sa femme, dont la mère avait été femme de chambre de Marie-Antoinette ; mais la maréchale s’y vit en butte aux mépris et aux sarcasmes de l’ancienne noblesse et, cruellement atteinte, même dans son mari, en qui on affectait de ne voir ue le fils d’un ancien tonnelier, il lui arriva fréquemment de verser des larmes en sortant des Tuileries. Profondément blessé de ces humiliations, Ney quitta Paris et se retira dans sa terre des Coudreaux, près de Châteaudun. C’est là qu’il vivait, éloigné du monde, lorsqu’il reçut, le 6 mars 1815, du maréchal Soult, ministre de la guerre, l’ordre d’aller prendre le commandement de la 6e division militaire à Besançon. Ney partit aussitôt pour Paris, afin de prendre les instructions du ministre. Eu arrivant dans la capitale, il apprit, de sou notaire M. Bâtarde, le débarquement de Napoléon à Cannes. « Voilà un bien grand malheur, s’écria-t-il, que va-t-on faire ? Qui pourra-t-on envoyer contre cet homme ? » En voyant Napoléon tenter de nouvelles aventures et venir troubler la paix du monde, il éprouva une indignation sincère. S’il’avait perdu toute sympathie pour les Bourbons, il n’en avait plus aucune pour l’homme qui avait fait couler tant de sang français, et qui, pour satisfaire sa folle ambition, allait en faire couler encore. Le maréchal Soult, auprès de qui il se rendit aussitôt, lui annonça qu’il était chargé d’arrêter Napoléon et qu’on lui ferait savoir à Besançon la conduite à tenir. Ney voulut alors voir Louis XVIII. Ayant obtenu une audience, il montra une vive colère contre l’Empereur, parut fier d’être choisi pour arrêter le prisonnier en rupture de ban, et se laissa aller jusqu’à promettre au roi de lui ramener Napoléon dans une « cage de fer. » Le Journal de Paris publiait, le 11 mars, l’entrefilet suivant : « Sa Majesté a assuré le maréchal Ney qu’elle comptait sur sa fidélité. M. le maréchal a baisé la main du roi avec un enthousiasme respectueux et lui a dit que le plus beau jour de sa vie serait celui où il pourrait lui donner des preuves de son dévouement. » En arrivant à Besançon le 10, Ney apprit que le comte d’Artois, frère du roi, s’était rendu à Lyon et y avait pris le commandement des troupes. Il lui écrivit aussitôt que le peu de troupes qu’il avait à Besançon ne lui paraissant pas nécessiter sa présence dans cette ville, il suppliait Son Altesse Royale de l’employer près d’elle et à l’avant-garde, s’il était possible ; désirant dans cette circonstance, comme dans toutes celles qui pourraient intéresser le service du roi, lui donner des preuves de son zèle et de sa fidélité. » Le lendemain, M. de Maillé, premier gentilhomme du comte d’Artois, vint lui apprendre le départ du prince de Lyon et l’arrivée de Napoléon à Grenoble. Ney décicida alors de transporter son quartier général, à Lons-le-Saunier « bien résolu, écrivait-il au ministre de la guerre, à attaquer l’ennemi à la première occasion favorable. » En arrivant à Lons-le-Saunier (12mars), il apprit l’entrée de Napoléon à Lyon, concentra aussitôt ses forces et donna ses instructions à ses gênéraux. Un officier d’ordonnance lui ayant dit que les soldats frémissants étaient sur le point de se mutiner et criaient : Vive l’empereur ! II faudra bien qu’ils se battent, lui répondit-il ; je prendrai moi-même un fusil de la main d’un grenadier, j’engagerai l’action et je passerai mon sabre au travers du corps du premier qui refusera de me suivre. » Le 13, Ney apprit que, en haine des Bourbons, Napoléon était partout acclamé, que partout les troupes se joignaient à lui, que, Bourg, Maçon, Dijon venaient de proclamer le rétablissement de l’Empire et que l’artillerie qu’il attendait venait de grossir les troupes de Bonaparte. En présence de ce mouvement irrésistible, le maréchal tomba dans une profonde perplexité. Sur ces entrefaites, dans la nuit du 13 au 14, des émissaires de Bonaparte vinrent le trouver. Ils lui déclarèrent que le retour de Napoléon s’opérait de concert avec l’Angleterre et l’Autriche, lui annoncèrent que ses soldats allaient l’abandonner et lui montrèrent, en lui racontant la marche triomphale de son ancien maître, l’impossibilité de lutter contre le courant de l’opinion. Ces déclarations produisirent sur son esprit l’impression la plus vive. Incertain, irrésolu, le prince de la Moskowa consulta les généraux Lecourbe et Bourmont, qui servaient sous ses ordres. Ceux-ci, après avoir constaté qu’on ne pouvait résister au courant, se rangèrent à l’avis qu’il fallait abandonner la cause royale. Oubliant alors toutes ses promesses, toutes ses bruyantes protestations de dévouement, Ney, par une volte-face soudaine, se décida à se prononcer pour le parti triomphant. Aussitôt il donna l’ordre de réunir les troupes sur la place de Lons-le-Saunier, le 14 au matin. A l’heure fi’xée, au milieu d’une foule énorme, anxieuse de ce qui allait arriver, au milieu d’un silence profond, le maréchal, suivi de son état-major, arriva sur la place, tira son épée et, d’une voix forte, il lut la proclamation suivante, qui lui avait été remise par les envoyés de Bonaparte : « Officiers, sous-officiers et soldats, La cause des Bourbons est à jamais perdue. La dynastie que la nation française a adoptée va remonter sur le trône. C’est à l’empereur Napoléon, notre souverain, qu’il appartient seul de régner sur notre beau pays. Que la noblesse des Bourbons prenne le parti de s’expatrier encore ou qu’elle consente à vivre au milieu de nous, que nous importe ? La cause sacrée de notre liberté et de notre indépendance ne souffrira plus de leur funeste influence. Ils ont voulu avilir notre gloire militaire, mais ils se sont trompés ; cette gloire est le fruit de trop nobles travaux pour que nous puissions jamais en perdre le souvenir. Soldats ! les temps ne sont plus où l’on gouvernait les peuples en étouffant leurs droits ; la liberté triomphe enfin, et Napoléon, notre auguste empereur, va l’affermir à jamais. Que désormais cette cause si belle soit la nôtre et celle de tous les Français ; que tous les braves que j’ai l’honneur de commander se pénètrent de cette grande vérité. Soldats ! je vous ai souvent menés à la victoire ; maintenant, je vais vous conduire à cette phalange immortelle que l’empereur Napoléon conduit à Paris, et qui y sera sous peu de jours ; et là, notre espérance et notre bonheur seront à jamais réalisés. Vive l’empereur Lons-le-Saunier, le 13 mars-1815. Le maréchal d’Empire, PRINCE DE LA MOSKOWA. » Dès les premiers mots de cette proclamation, le peuple et l’armée, qui haïssaient profondément les Bourbons, firent entendre des acclamations frénétiques. «Une joie furieuse, dit M. Thiers, éclata comme le tonnerre dans les rangs des soldats : Mettant leurs shakos au bout de leurs fusils, ils poussèrent les cris de : « Vive l’empereur ! vive le maréchal Ney ! » avec une violence inouïe ; puis ils rompirent les rangs, se précipitèrent sur le maréchal, et baisant, les uns ses mains, les autres les basques de son habit, ils le remercièrent à leur façon d’avoir cédé au vœu de leur cœur. Ceux qui ne pouvaient l’approcher entouraient ses aides de camp un peu embarrassés d’hommages qu’ils ne méritaient pas, car ils étaient étrangers au brusque revirement qui venait de s’accomplir, et leur serrant la main : « Vous êtes de braves gens, disaient-ils, nous comptions sur vous et sur le maréchal, et nous étions bien certains que vous ne resteriez pas longtemps avec les émigrés. » Les habitants, non moins expressifs dans leurs témoignages, s’étaient joints aux soldats, et Ney rentra chez lui escorté d’une multitude bruyante et remplie d’allégresse. Pourtant, en revenant à sa résidence, il trouva la gêne et même l’improbation sur le visage de la plupart de ses aides de camp. L’un d’eux, ancien émigré, brisa son épée en lui disant : « Monsieur le maréchal, il fallait nous avertir, et ne pas nous rendre témoins d’un pareil spectacle. – Et que vouliez-vous que je fisse ? lui répondit le maréchal. Est-ce que je puis arrêter la mer avec mes mains ? » D’autres, en convenant qu’il était impossible de faire battre les soldats contre Napoléon, lui exprimèrent le regret de ce qu’il prenait sur lui de jouer, à si peu d’intervalle de temps, deux rôles si contraires. – « Vous êtes des enfants, répliqua le maréchal ; il faut vouloir une chose ou une autre. Puis-je aller me cacher comme un poltron, en fuyant la responsabilité des événements ? Le maréchal Ney ne peut pas se réfugier dans l’ombre. D’ailleurs, il n’y a qu’un moyen de diminuer le mal, c’est de se prononcer tout de suite pour prévenir la guerre civile, pour nous emparer de l’homme qui revient et l’empêcher de commettre des folies ; car, ajouta-t-il, je n’entends pas me donner à un homme, mais à la France ; et si cet homme voulait nous ramener sur la Vistule, je ne le suivrais point ! » Après avoir ainsi rudoyé ses improbateurs, Ney reçut à dîner, outre les généraux, tous, les chefs des régiments, un seul excepté qui refusa de s’y rendre. Sauf un peu de gène, provenant de la violation du devoir militaire qu’on se reprochait intérieurement, ce ne fut qu’une longue récapitulation des fautes des Bourbons, qui, sans le vouloir ou le voulant (chacun en jugeait à sa manière), s’étaient livrés à l’émigration, à l’étranger et avaient affiché des sentiments qui n’étaient pas ceux de la France. Ce ne fut aussi qu’une protestation unanime contre les anciennes fautes de l’Empereur, contre sa folie belliqueuse, contre son despotisme, contre son refus d’écouter les représentations de ses généraux en 1812 et en 1813 ; ce ne fut enfin qu’une résolution énergique de lui dire la vérité et d’exiger de sa part des garanties de liberté et de bonne politique. « Je vais le voir, disait Ney, je vais lui parler, et je lui déclarerai : que nous ne nous laisserons plus conduire a Moscou. Ce n’est pas à lui que je me donne, c’est à la France, et si nous nous rattachons à lui comme au représentant de notre gloire, ce n’est pas à une restauration du pouvoir impérial que nous entendons nous prêter. » Les généraux Lecourbe et de Bourmont assistèrent à ce dîner, prenant peu de part à ce qui s’y disait, mais admettant comme inévitable et comme trop motivée par les fautes des Bourbons la révolution qui venait de s’accomplir. Le maréchal quitta ses convives… Il adressa à sa femme une lettre dans laquelle il racontait ce qu’il avait fait et qu’il terminait par ces mots caractéristiques : « Mon amie, tu ne pleureras plus on sortant des Tuileries. » Dans la nuit du 14, Ney quitta Lons-le-Saunier, après avoir reçu de Napoléon l’ordre de se diriger sur Autun et Auxerre. Ce fut dans cette dernière ville qu’il rencontra Napoléon. Il y arriva très décidé à faire ses conditions, et se présenta devant lui tenant à la main une sorte de manifeste expliquant sa conduite et faisant des réserves. En le voyant, Napoléon lui ouvrit ses bras, en lui disant : « Embrassons-nous, mon cher maréchal » et comme Ney voulait commencer sa lecture, « vous n’avez pas besoin d’excuses, lui dit-il ; Votre excuse, comme la mienne, est dans les événements qui ont été plus forts que les hommes. Mais ne parlons plus du passé et ne nous en souvenons que pour nous mieux conduire. » Le maréchal interloqué dut remettre son manifeste dans sa poche. Mais le lendemain de son retour à Paris, il écrivit à Napoléon : « Je ne suis pas venu vous joindre par considération ni par attachement pour votre personne ; vous avez été le tyran de ma patrie ; vous avez porté le deuil dans toutes les familles et le désespoir dans plusieurs ; vous avez troublera paix du monde entier ; jurez-moi, puisque le sort vous ramène, que vous ne vous occuperez plus à l’avenir qu’à réparer les maux que vous avez causés a la France ; jurez-moi que vous ferez le bonheur du peuple ! Je vous somme de ne plus prendre les armes que pour maintenir nos limites ; de ne plus les dépasser pour aller tenter au loin d’inutiles conquêtes : à ces conditions je me rends pour préserver mon pays des déchirements dont il est menacé. » Un pareil langage était peu fait pour plaire au despote qui n’avait su profiter en rien de la terrible leçon du passé. Pour se débarrasser de ce frondeur mécontent de son maître et mécontent de lui-même, il le chargea d’aller inspecter les troupes sur toute la ligne des frontières du nord-est. Lorsque, le 1er juin, il réunit solennellement le corps électoral au champ de Mai, apercevant Ney qui n’avait pas paru aux Tuileries depuis un mois, il l’apostropha en ces termes : « Je croyais que vous aviez émigré. – J’aurais dû le faire plus tôt, répliqua le maréchal ; maintenant il est trop tard. » Néanmoins, malgré sa défiance, Napoléon nomma le lendemain le prince de la Moscowa membre de la Chambre des pairs et, le 15 du même mois, il l’appela au commandement du 1er et du 2e corps de l’armée. Quelques jours après, Ney se trouvait en face de l’ennemi et combattait héroïquement aux Quatre-Bras et à la terrible bataille de Waterloo, où il chercha vainement la mort à travers la mitraille. Ney, éperdu, grand de toute la hauteur de la mort acceptée, dit Victor Hugo, s’offrait à tous les coups dans cette tourmente. Il eut là son cinquième cheval tué sous lui. En sueur, la flamme aux yeux, l’écume aux lèvres, l’uniforme déboutonné, une de ses épaulettes à demi coupée par le coup de sabre d’un horse-guard. sa plaque de grand-aigle bosselée par une balle, sanglant, fangeux, magnifique, une épée cassée à la main, il disait : «Venez voir comment meurt un maréchal de France sur un champ de bataille ! » Mais en vain ; il ne mourut pas. Il était hagard et indigné ; il jetait à Drouet d’Erlon cette question : « Est-ce que tu ne te fais pas tuer, toi ? Il criait au milieu de toute cette artillerie écrasant une poignée d’hommes : « II n’y a donc rien pour moi ! Oh ! je voudrais que tous ces boulets anglais m’entrassent dans le ventre ! » Tu étais réservé à des balles françaises, infortuné ! De retour à Paris après la défaite, Ney, considérant le désastre comme irrémédiable, montra encore une fois combien en lui le caractère était loin d’être à la hauteur de la bravoure. Au lieu d’essayer de relever les courages abattus, d’en appeler au patriotisme de la nation, il se rendit au Sénat et y prononça ces mots qui lui attirèrent les reproches les plus mérités : « II ne nous reste plus, messieurs, qu’à entamer des négociations… II faut rappeler les Bourbons, et moi je vais prendre le chemin des Etats-Unis. » Vainement, pour atténuer l’effet que produisit ce langage, il adressa au chef du gouvernement provisoire une lettre qui fut publiée le 30 juin. On ne lui donna aucun commandement dans l’armée qui s’organisait sous les murs de Paris. Le 3 juillet suivant, le gouvernement signait une capitulation dont l’article 12 était ainsi conçu : « Seront respectées les personnes et les propriétés particulières ; les habitants et en général tous les individus qui se trouvent dans la capitale continueront à jouir de leurs droits et libertés, sans pouvoir être inquiétés ni recherchés en rien relativement aux fonctions qu’ils occupent ou auront occupées, à leur conduite et à leurs opinions politiques. » Bien que cet acte le mît légalement à l’abri de toute poursuite, Ney jugea prudent de quitter Paris le jour même où les alliés y entrèrent ; et résolut de passer en Suisse. Il arriva à Lyon avec une feuille de route portant le nom de Reiset, major de hussards (9 juillet). Là, ayant appris que les routes de la Suisse étaient gardées par les Autrichiens, il se rendit à Montbrison, puis il alla s’installer dans un petit village d’eaux thermales, nommé Saint-Alban. Ce fut dans ce lieu qu’il apprit, par une lettre de sa femme, qu’une partie de la France était ensanglantée par les abominables excès des royalistes, que Louis XVIII venait de faire dresser des listes de proscription et que, en vertu de l’ordonnance royale du 14 juillet, il allait être traduit devant un conseil de guerre avec dix-neuf généraux et officiers supérieurs, « pour avoir trahi le roi et s’être emparés du pouvoir par violence. » Ne se croyant pas en sûreté à Saint-Alban, Ney alla se réfugier chez un des parents de sa femme, au château de Bessonis, dans le Lot. Confiné dans une chambre haute, d’où il ne descendait même pas pour prendre ses repas, dit Vaulabelle, il dût se croire à l’abri de toute recherche. Une inconcevable imprudence le livra. L’Empereur, lors du mariage du maréchal, en juillet 1802, lui avait fait présent d’un sabre turc de la plus grande richesse. Ce sabre, curieusement examiné sans doute par ses hôtes, était resté déposé sur un des sièges du salon. Un habitant d’Aurillac, en visite au château, vit l’arme et l’admira ; de retour à sa ville, il raconta ce qu’il avait vu ; à la description de l’arme, une des personnes présentes dit : « Je crois connaître le sabre dont vous parlez; il n’existe en Europe que deux personnes qui peuvent le posséder : le’maréchal Ney ou Murat. » La conversation rapportée au préfet du département, M. Locard, excita le zèle de ce fonctionnaire. Bien que Bessonis, situé dans un autre département que le sien, ne fut pas sous sa juridiction administrative, il y dirigea immédiatement un capitaine et un lieutenant de gendarmerie avec quatorze gendarmes. Le maréchal avait lu la veille, dans une feuille royaliste, qu’au moment de quitter le roi, quatre mois auparavant, pour marcher contre Napoléon, il avait sollicité et obtenu un don de 500.000 francs, largesse, ajoutait le journal, qui augmentait l’odieux de la défection. Cette calomnie rendait le maréchal presque fou de douleur. Il était dans cette situation d’esprit lorsque, le 5 août au matin, on lui annonça la présence des gendarmes aux portes du château. Il pouvait fuir ; on le lui proposa : il s’y refusa avec obstination. Bien plus, ouvrant la fenêtre de sa chambre et apercevant les gendarmes dans la cour, il cria a celui d’entre eux qui semblait le chef: « Que voulez-vous ? – Nous cherchons le maréchal Ney, répondit le gendarme sans même regarder qui l’interpellait. – Que lui voulez-vous ? L’arrêter- Eh Bien ! montez, je vais vous le faire voir. » Les gendarmes montèrent ; le maréchal ouvrit sa porte: «Je suis Michel Ney » leur dit-il. La nombreuse escorte du prince de la Moskowa le conduisit à Aurillac, pendant que, de l’autre côté des montagnes qui séparent le Cantal du Languedoc, le Rhône roulait dans ses eaux et emportait vers la mer les restes d’un de ses frères d’armes, du maréchal Brune, assassiné trois jours auparavant à Avignon ; le corps à ce moment était encore le jouet du fleuve. Ney resta dix jours sous la garde du préfet Locard ; le 10 août, sur des ordres venus de Paris, le maréchal prit la route de la capitale, conduit par deux, officiers de gendarmerie, auxquels le préfet du Cantal recommanda les précautions, de surveillance les plus sévères. L’un de ces officiers, qui avait servi sous le maréchal, répugnant à ces mesures de rigueur, dit à Ney qu’il aurait dans son camarade et lui, non des gardiens, mais de simples compagnons de route, s’il promettait de ne point chercher à s’échapper. Le maréchal donna sa parole : engagement regrettable, car une partie de l’armée de la Loire ses trouvait sur son chemin, entre autres le corps des dragons d’Exelmans, cantonné à Riom, ville que Ney devait traverser. La nouvelle de son arrestation s’était promptement répandue parmi toutes ces troupes. Exelmans attendit le prisonnier au passage et lui fit proposer de l’enlever. « Non, répondit Ney, ma parole est engagée. » A quelques lieues de Paris, il rencontra la maréchale, qui l’attendait à une des maisons de poste de la route ; on les laissa seuls. Quand le maréchal fit ensuite appeler un des officiers de gendarmerie et lui dit qu’il était prêt, des larmes coulaient lentement de ses yeux; l’officier ne put réprimer un mouvement de surprise : « Vous êtes étonné de me voir pleurer, lui dit le maréchal ; mais ce n’est pas sur moi que je pleure, c’est sur ma femme, sur mes quatre fils… » Le maréchal entra dans Paris et fut déposé à la prison da la préfecture de police, à la même heure, au même moment où Labédoyère sortait de la prison de l’Abbaye et tombait à la plaine de Grenelle. » Transféré, le 19 août, à la Conciergerie, il y fut soumis, au secret le plus rigoureux. Le lendemain, M. Decazes, préfet de police, vint lui faire subir un interrogatoire. Bien qu’il ne lui reconnût pas qualité pour l’interroger, Ney consentit néanmoins à répondre à ses questions et s’attacha surtout à écarter l’idée d’une préméditation lorsqu’il s’était rangé du côté de Napoléon. Ou dut alors ramener toute l’accusation à un seul chef, la proclamation du 13 mars, et une ordonnance institua un conseil de guerre pour prononcer sur le sort du prince de la Moskowa. Le vieux maréchal Moncey, appelé à faire partie des juges, refusa cette odieuse mission. A l’ordre qui lut fut donné d’accepter il répondit par une lettre, adressée à Louis XVIII, et dont le mâle et lier langage, qui fit scandale au milieu d’une cour fanatisée et servile, lui valut une condamnation à trois mois d’emprisonnement. Les autres juges, tous compagnons d’armes de Ney, consentirent à siéger. Le maréchal déclina la compétence de ce tribunal, présidé par Jourdan (9 novembre), déclarant toutefois qu’il était prêt à répondre aux questions qu’il plairait au général comte Grandier, rapporteur, de lui adresser. Conformément aux conclusions de Berryer père, avocat de Ney, le conseil de guerre, se fondant sur la qualité de pair de France que possédait l’accusé, se déclara incompétent (10 novembre). Cet arrêt causa un vif déplaisir à Louis XVIII et à la cour ; mais on se garda bien d’abandonner les poursuites. Dès le lendemain, une ordonnance royale déférait à la cour des pairs le jugement du maréchal Ney. Le 12, le duc de Richelieu, président du conseil des ministres, se rendait à la Chambre des pairs et y prononçait ces paroles : « Ce n’est pas seulement au nom du roi, c’est au nom de la France, depuis longtemps indignée et stupéfaite, c’est même au nom de l’Europe que nous venons vous conjurer et vous requérir à la fois de juger le maréchal Ney… Nous accusons devant vous le maréchal Ney de haute trahison et d’attentat contre la sûreté de l’Etat. » II était difficile de montrer plus clairement que c’était un acte de vengeance que le gouvernement réclamait avec instance de la Chambre. M. Séguier, chargé de l’instruction nouvelle, déploya une telle activité qu’on fixa le 2l novembre pour l’ouverture du procès. Ney venait de faire une déclaration qui montre encore une fois l’incroyable faiblesse de son caractère : « Je mets aux pieds du roi, y disait-il, l’hommage de ma respectueuse et vive reconnaissance pour la bonté que Sa Majesté a eue d’accueillir mon déclinatoire, de me renvoyer devant mes juges naturels et d’ordonner que les formes constitutionnelles soient suivies dans mon procès. Ce nouvel acte de sa justice paternelle me fait regretter davantage que ma conduite, au 14 mars dernier, ait pu faire soupçonner que j’avais intention de la trahir… Je n’ai eu d’autre pensée que d’éviter à mon malheureux pays la guerre civile et tous les maux qui en découlent. » Ce fut après avoir fait cette déclaration, si complètement dépourvue de dignité, que le prince de la Moskowa se présenta devant ses juges, assisté de deux avocats, Berryer père et Dupin aîné. Ceux-ci présentèrent divers moyens préjudiciels, dont l’un fut admis. Il était fondé sur ce que, l’accusé n’ayant reçu communication des pièces que depuis deux jours, les défenseurs n’avaient pas eu le temps de les étudier. La Chambre consentit à s’ajourner, d’abord jusqu’au 23 novembre, puis jusqu’au 4 décembre. Ce jour-là, les débats commencèrent. Ney fit les mêmes déclarations que dans ses précédents interrogatoires ; quelques témoins, notamment Bourmont et le marquis de Vaulchier, montrèrent contre l’accusé la plus grande animosité. L’accusation fut soutenue par le procureur général Bellart avec une âpreté et une violence excessives. Quant au défenseur Berryer, il se montra tout à fait au-dessous de sa tâche. Lorsqu’il voulut montrer que Ney était absolument protégé par l’article 12 de la capitulation de Paris, le chancelier s’opposa formellement à ce qu’il invoquât cet argument capital de la défense, en déclarant qu’il était l’organe de la majorité de la cour. Forcé d’abandonner ce moyen, il invoqua le traité du 20 novembre, en vertu duquel Sarrelouis, ville natale du maréchal, ayant cessé de faire partie de la France, Ney se trouvait par celà même étranger et soustrait aux lois françaises. Cet argument si peu digne produisit une fâcheuse impression. Ce fut alors que Ney, se levant, prononça les paroles suivantes : « Oui, messieurs, je suis Français, je saurai mourir Français. Jusqu’ici, ma défense avait paru libre ; je m’aperçois qu’on l’entrave à l’instant. Je remercie mes généreux défenseurs de ce qu’ils ont fait et de ce qu’ils sont prèts à faire ; mais je les prie de cesser plutôt de me défendre tout à fait que de me défendre imparfaitement… Je suis accusé contre la foi des traités, on ne veut pas que je les invoque ! Je fais comme Moreau, j’en appelle à l’Europe et à la postérité. » Ces paroles furent suivies de la clôture des débats. Après six heures de délibération, le décembre, la Chambre des pairs condamna Michel Ney à la peine de mort et à la dégradation de la Légion d’honneur. Sur 161 membres présents, 128 votèrent la mort, 17 la déportation, 5 membres s’abstinrent, et 11 voix furent déduites pour avis semblables entre parents. Parmi les pairs qui avaient prononcé la peine capitale, nous citerons : Chateaubriand, Sérurier, le duc de Valmy, le duc de Bellune, Lauriston, le général Monnier, le comte Dupont, le comte de Beauharnais, le comte de Tascher, de Sèze, Séguier, Lamoignon, d’Aguesseau. Les cinq qui s’étaient abstenus étaient : le duc de Choiseul, le marquis d’Aligre et les comtes de Brigode, de Sainte-Suzanne et de Nicolaï. Berthollet, Fontanes, Lanjuinais, Lemercier, Gouvion-Saint-Cyr, les ducs de Broglie et de Montmorency firent partie des membres qui votèrent la déportation. Lorsque le secrétaire archiviste de la Chambre, Cauchy, se présenta à la prison du Luxembourg pour lire au maréchal l’arrêt qui le condamnait, celui-ci dormait. On l’éveilla. A l’attitude de Cauchy, Ney comprit aussitôt qu’il était condamné. Se voyant en face de la mort, il l’envisagea avec ce sang-froid et cette intrépidité qui l’avaient rendu si grand dans les batailles. Imperturbable, presque souriant, il écouta la lecture du jugement, qu’il interrompit quand on commença la longue nomenclature de ses titres. « Passez, dit-il; dites Michel Ney, et bientôt un peu de poussière. » Ayant appris qu’il serait exécuté le lendemain matin à neuf heures, et qu’il pourrait voir sa femme avant de mourir, il demanda qu’on la fît venir à cinq heures et demie et qu’on ne lui dît rien de sa conndamnation ; puis il se jeta sur son lit, où il s’endormit profondément. Le lendemain 7 décembre, à cinq heures et demie du matin, dit Vaulabelle, il fut éveillé par l’arrivée de la maréchale, qu’accompagnaient ses quatre fils et sa belle-sœur, Mme Gamot. La maréchale, en entrant dans la chambre de son mari, tomba sans connaissance ; on la releva, et à un long évanouissement succédèrent les pleurs et les sanglots. Mme Gamot, à genoux devant son beau-frère, n’était pas dans un moins déplorable état. Les quatre fils du maréchal, dont l’aîné était à peine âgé de douze ans, sombres, silencieux, regardaient leur père. Il les prit sur ses genoux, leur parla longtemps à voix basse, puis, voulant mettre un terme à cette scène déchirante, il dit à demi-voix à Mme Gamot, mais de manière à être entendu de la maréchale, que celle-ci aurait peut-être le temps d’arriver jusqu’au roi ». La maréchale saisit avidement cette ouverture, qui n’avait pour but que de l’éloigner, et, se jetant dans les bras du condamné, quelle étreignit longtemps, elle se hâta de courir aux Tuileries. Resté seul avec ses gardes, Ney écrivit quelques dispositions. Les hommes chargés de sa surveillance, bien que couverts de l’uniforme de gendarmes et de soldats de la nouvelle garde, appartenaient aux anciennes bandes de l’Ouest ou du Midi, ou aux différents corps de la maison du roi. L’un d’eux, dont les formes et le langage contrastaient avec l’habit dont il était vêtu, s’approcha de Ney : « Monsieur le maréchal, lui dit-il, à votre place, je penserais maintenant à Dieu ; j’enverrais chercher le curé de Saint-Sulpice. » Ney regarda le garde et sourit : « Eh bien ! lui répondit-il, envoyez-le chercher. » A huit heures, on vint l’avertir ; il répondit qu’il était prêt. Il portait le deuil de son père ; il avait pour vêtements une redingote de gros drap bleu, une culotte et des bas de soie noire, pour coiffure un chapeau rond. Il descendit entre une double haie de soldats qui se prolongeait jusqu’à l’entrée du jardin, où l’attendaient le curé de Saint-Sulpice et une voiture de place. Au moment de monter, il dit au prêtre, en’lui cédant le pas : « Montez le premier, monsieur le curé, j’arriverai encore avant tous là-haut ! » Le fiacre se mit en marche, traversa le jardin du Luxembourg, entra dans la grande avenue de l’Observatoire et s’arrêta à moitié chemin environ entre cet édifice et la grille du jardin. Un officier de gendarmerie, ouvrant alors la portière, annonça au maréchal qu’il était près du lieu d’exécution. Ney mit pied à terre, non sans manifester quelque étonnement ; il croyait devoir être conduit à la plaine de Grenelle. Mais le gouvernement, redoutant des rassemblements trop nombreux et quelque échauffourée populaire, avait pris le parti de l’exécuter pour ainsi dire en fraude. Une foule considérable était effectivement réunie, depuis le matin, à la plaine de Grenelle ; l’avenue de l’Observatoire, au contraire, même à cette heure de la matinée, ne laissait voir que quelques passants. Après avoir fait ses adieux au prêtre et lui avoir remis, pour la maréchale, la boîte en or dont il faisait habituellement usage et, pour les pauvres de sa paroisse, quelques pièces d’or qu’il avait sur lui, le maréchal alla se placer lui-même devant le peloton d’exécution. Ce peloton, composé d’hommes revêtus de l’uniforme de vétérans, était commandé par un officier qui fit offrir au prince de la Moskowa de lut bander les yeux. « Ignorez-vous, répondit le maréchal, que, depuis vingt-cinq ans, j’ai l’habitude de regarder en face les boulets et les balles ? » Puis il ajouta : « Je proteste, devant Dieu et la patrie, contre le jugement qui me condamne ! J’en appelle aux hommes, à la postérité, à Dieu ! Vive la France ! » L’officier écoutait, immobile. Le général commandant la place de Paris, qui, depuis le matin cinq heures, se trouvait chargée de la garde du condamné et des détails de l’exécution, le comte de Rochechouart, s’adressant au chef de peloton, lui dit à haute voix : « Faites votre devoir ! » Le maréchal ôta aussitôt son chapeau de la main gauche et, posant la main droite sur la poitrine, il s’écria d’une voix forte : Soldats, droit au cœur ! Il tomba immédiatement, frappé de six balles à la poitrine, de trois à la tête et au cou et d’une balle dans le bras. Conformément aux règlements militaires, le corps resta exposé durant un quart d’heure sur le lieu d’exécution. Transporté ensuite à l’hospice de la Maternité , il y demeura jusqu’au lendemain, gardé par des sœurs de la Charité que l’on relevait d’heure en heure et qui, agenouillées près de lui, récitaient les prières des morts. Cependant, la maréchale était accourue aux Tuileries. Elle s’était adressée, pour parvenir jusqu’à Louis XVIII, au duc de Duras, premier gentilhomme de service ; elle dut attendre assez longtemps. « Le roi, disait M. de Duras, ne recevait encore personne. » La nouvelle de l’exécution ne tarda pas à arriver au château ; le premier gentilhomme annonça alors à la veuve « que l’audience ne pouvait lui être accordée, parce qu’elle était maintenant sans objet. » Après la Révolution de 1830, Louis-Philippe accorda une pension de 25.000 francs à la maréchale Ney, qui est morte à Paris eu 1854, et fit mettre au musée de Versailles la statue du prince de la Moskowa. Le 18 mars 1848, le gouvernement provisoire décréta qu’un monument serait élevé au maréchal dans le lieu même où il avait été exécuté. Ce monument, ou plutôt cette statue exécutée par Rude, fut érigée le 7 décembre 1853.

( Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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janvier 17, 2008

ARTHUR WELLESLEY (1769-1852), DUC DE WELLINGTON

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Arthur Wellesley (1769-1852), duc de Wellington

Si je juge les actions de Wellington d’après les dépêches, et surtout d’après sa conduite envers Ney, son procès et son exécution, je dois dire que c’est un homme de peu d’esprit, sans générosité ni grandeur d’âme. Wellington est un homme ordinaire. Il a été prudent et heureux, mais ce n’est pas un grand génie.

(Napoléon Bonaparte)

Wellington (Arthur Wellesley, duc de). Général et homme politique anglais, né à Dublin le 30 avril 1769, mort à Walmer-Castle, dans le comté de Kent, le 14 septembre 1852. Il était le fils du comte de Mornington. Il commença ses études au collège d’Eton, les continua à Brighton avec un précepteur et vint ensuite en France, où il entra comme élève étranger à l’Ecole militaire d’Angers. De retour en Angleterre, il obtint en 1787 le grade d’enseigne au 73e régiment et parvint en moins de six ans au grade de lieutenant-colonel. Il fut nommé, en 1790, membre du Parlement d’Irlande, où il se fit peu remarquer. En 1794, il se distingua dans la campagne de Belgique, au combat de Bontel, où il eut la mission difficile de couvrir la retraite des troupes anglaises qu’il sauva d’un désastre. L’année suivante, il partit pour les Antilles ; mais son vaisseau, repoussé par des vents contraires, dut revenir en Angleterre. Nommé colonel au mois de mai 1796, il alla rejoindre dans le cours de la même année son régiment au Cap de Bonne-Espérance et fut envoyé à sa tête à Calcutta, où il arriva, en février 1797. Il fut désigné presque aussitôt pour une expédition contre Manille, mais l’expédition fut arrêtée à son début. A ce moment, son frère, Richard Wellesley, était nommé gouverneur général des Indes en mai 1798 ; grâce à sa diligence et à son habile organisation, l’armée destinée à combattre Tippo-Saëb en 1799 se trouva équipée, approvisionnée et prête à entrer en campagne en temps opportun. Durant cette célèbre expédition, le général en chef Harris donna à Wellington le commandement du corps d’armée destiné à envahir le Nizam. A la bataille île Mallavelly, le 27 mars de la même année, il commandait l’aile gauche, dont l’admirable élan décida le succès de la journée. Il subit peu après un échec au siège de Seringapatam ; mais, le 6 avril, il prit sa revanche en refoulant l’ennemi et en l’obligeant à se renfermer dans la place. Durant le siège, il dirigea le travail des tranchées, et après la prise de la place, en juin 1799, il en fut nommé gouverneur. L’année suivante, il réprima avec autant d’habileté que de vigueur l’immense, insurrection fomentée par le Mahratte Dhoundiah, qu’il défit et tua à Conahgull le 10 septembre, après une lutte de deux mois. En 1802, nommé major général et envoyé contre les Mahrattes, il débuta dans cette mémorable campagne en délivrant la ville de Pounah, capitale de Badge-Rao, des attaques du chef mahratte et y réinstalla Badhge-Rao. Remontant ensuite vers le nord, il prit Ahmednuggur le 12 août de la même année, après un combat opiniâtre. Le 23 septembre, à la tête de 8.000 soldals, il subit à Assaye le choc d’environ 50.000 Muhrattes, et, bien qu’ébranlé par cette rencontre inattendue, il les battit complètement. « Cette bataille, dit M. Ernouf, l’une des plus étonnantes de ce siècle, qui en a vu tant, de mémorables, n’est pas assez connue en France. Pour en apprécier le mérite, il faut se rendre compte que les Mahrattes étaient les plus braves combattants de l’Inde ; que 10.000 d’entre eux, c’est-à-dire un nombre égal à la totalité des forces de l’adversaire, étaient armés et disciplinés a l’européenne, enfin que leur artillerie était servie par des officiers français. En présence d’un ennemi si supérieur, la victoire, le salut n’étaient que dans un excès d’audace, et Wellesley, si circonspect depuis dans les grandes guerres du continent européen, attaqua cette fois avec une vigueur, un élan dont on trouve peu d’exemples dans les fastes militaires. La bataille d’Assaye fut longtemps et vivement disputée ; la victoire, déjà conquise, faillit être arrachée aux Anglais par le stratagème des artilleurs franco-mahrattes, qui se couchèrent sous leurs canons ou firent les morts au passage des cipayes et les prirent ensuite à revers dans le désordre de la poursuite. Sous ce feu imprévu et terrible, cette poignée de vainqueurs flottait déjà plus près de la destruction que de la victoire, parmi les masses ennemies qui commençaient à se rallier, quand Wellesley ressaisit l’avantage en se mettant à la tète de deux régiments d’élite, dont la charge accablante éteignit pour tout de bon cette fois l’artillerie ennemie. » La bataille d’Argoum, gagnée par Wellington le 29 novembre 1803, sur environ 40.000 combattants ennemis, et la prise du fort de Gawilghur terminèrent cette brillante campagne. Le 10 mars 1805, Wellington repartit pour l’Europe après avoir reçu de nombreux présents, entre autres un service en vaisselle plate estimé 2.00 livres sterling et une épee d’honneur enrichie de diamants. A son arrivée en Angleterre, il fut admirablement accueilli. Il reçut publiquement les félicitations du Parlement et l’ordre du Bain. La guerre venait de recommencer contre la France. Au mois de novembre de la même année, il partit pour le Hanovre, où la récente victoire d’Austerlitz nécessitait une plus grande concentration de forces. L’année suivante, envoyé au Parlement par le bourg de Rye, il prononça un discours en faveur de l’administration de son frère. En 1807, il fut envoyé en Irlande en qualité de secrétaire du duc de Richmond, lord-lieutenant d’Irlande. Il commanda ensuite une division d’infanterie sous les ordres de lord Cathcart, lors de l’expédition danoise. Il remporta une victoire à Kiœge le 29 août 1807, et l’on doit reconnaître qu’il agit dans cette campagne avec humanité. Le 25 avril 1808, Wellington fut nommé lieutenant général au moment où commençait la guerre d’Espagne. Envoyé d’abord contre Junot, en Portugal, à la tête d’un corps d’auxiliaires anglais, il débarqua à Mondego, d’où il alla se mettre à la disposition du général Dalrymple, sous les ordres duquel il était placé. Il remporta, le 17 août 1803, un premier avantage sur les troupes françaises, commandées par le général Delaborde, à Roliça, et massa ensuite son corps d’armée à Vimiero, où il fut rejoint par le contingent que lui amenait le général Anstruther. Il étuit sur le point d’attaquer Junot Torres-Vedras, mais il reçut l’ordre de se tenir sur la défensive, et ce fut lui, au contraire, qui eut à subir l’attaque de Vimiero par les troupes de Junot. Ce dernier, qui croyait avoir facilement raison des Anglais, bien que ceux-ci fussent supérieurs en nombre et qu’ils occupassent une position très forte, les attaqua, le 21 août, avec beaucoup de vivacité. Malheureusement, il’ avait divisé ses troupes en deux corps qui, malgré leur admirable élan, furent repoussés, et battus en détail. On prétend que cet avantage, qui donna à Wellington une idée exacte de la force de résistance des troupes anglaises, eut une grande influence sur ses idées touchant l’art de la guerre, et que, sauf de très rares exceptions, il résolut d’attendre qu’on lui offrît le combat au lieu de l’aller chercher lui-même. Cependant, par suite des ordres supérieurs qu’il avait reçus, il ne put profiter de ce succès pour couper à Junot la route de Lisbonne, et ce dernier, sentant par là sa position améliorée, négocia avec le général Dalrymple la convention de Cintra pour l’évacuation du Portugal. L’opinion publique s’émut fortement eu Angleterre de cette espèce de capitulation, que l’on trouvait outrageante pour l’honneur national. Une enquête fut même ouverte sur la conduite des deux généraux, mais « Wellington prouva qu’il n’avait fait qu’obéir aux ordres de son supérieur, tout en prenant le parti de Dalrymple, qu’il défendit avec habileté. Il gagna sa cause devant la Parlement comme devant le public et reprit ses fonctions de secrétaire d’Irlande, ainsi que son siège à la Chambre des communes. Il allait cependant retourner dans la péninsule. Après la catastrophe de sir John Moore, il reçut le commandement en chef de l’expédition et partit immédiatement pour se rendre à son poste. Dès le début et contre l’avis général, il se décida de prendre le Portugal pour base de ses opérations militaires, et la suite montra que seul il avait vu juste. Le 22 avril 1809 lorsqu’il débarqua au Portugal, la position des Espagnols soulevés et des Anglais devenait chaque jour plus mauvaise. Wellington se décida à opérer d’abord contre Soult, qui venait de s’emparer d’Oporto, et le força d’abandonner la ville et de se réfugier dans les défilés des sierras. Momentanément débarrassé de ce redoutable adversaire, il se dirigea sur le corps d’armée commandé par Victor et franchit, en suivant le Tage, la frontière d’Espagne. Cette campagne, qui se termina par la bataille des 27 et 28 juillet et fut suivie d’une admirable retraite, est connue sous le nom de campagne de Talavera ; elle valut au jeune général les titres de baron de Douro et vicomte Wellington de Talavera, ainsi qu’une pension de 2.000 livres sterling. Retiré au Portugal, Wellington s’y fortifia avec activité en se retranchant dans les lignes de Torres-Vedras. « Toutes les ressources de l’art, dit Brialmont, avaient été mises à contribution pour rendre ce vaste camp retranché digne du rôle qu’il devait jouer : des redoutes occupaient les terrains abrupts ; les pentes des hauteurs étaient taillées verticalement ; des lignes redoublées d’abatis obstruaient les vallées ; des retranchements continus défendaient les cours d’eau ; une nombreuse artillerie commandait les différentes approches ; les routes favorables à l’ennemi avaient été détruites, les autres, élargies ; les ponts minés ; il n’existe pas d’exemple d’une position si habilement et si fortement retranchée. » « Enfin, dit M. Ernouf, ces lignes étaient défendues par 70.000 hommes de troupes régulières, sans compter les milices. En présence de ces indications, on a peine d’abord à comprendre la longue et excessive circonspection du vainqueur d’Assaye devant un assiégeant beaucoup moins fort que lui : mais cet étonnement cesse quand on examine sa situation. De l’aveu de ses panégyristes, Wellington avait commencé par ruiner le Portugal pour le sauver, et ce royaume portait encore, après plus d’un demi siècle écoulé, les stigmates de ce rude sauvetage. Il avait à lutter, dans Lisbonne même, contre les préjugés et les rancunes d’un puissant parti clérical, puis contre les fausses mesures de la junte espagnole et contre le découragement visible du gouvernement anglais lui-même, qui, pendant un certain temps, n’attendit que le prétexte du moindre échec pour rappeler l’armée. «Wellington, cependant, se raidissait contre les difficultés de toute nature ; il eut deux engagements, les 12 et 15 mars 1811, avec l’arrière-garde de l’année française, commandée par Ney, contre lequel il ne put obtenir d’avantage décisif. Il reconduisit cependant, la talonnant sans cesse, l’armée française jusqu’en Espagne, où il mit le siège devant la forteresse d’Almeida, depuis un an au pouvoir de Masséna. Celui-ci reprit immédiatement l’offensive. Une bataille dont l’issue resta douteuse fut le premier effet de cette nouvelle position. Cependant, au moment de pénétrer eu Espagne, Wellington, désirant couvrir une retraite possible vers le Portugal, résolut de s’emparer à son tour de Badajoz et de Ciudad-Rodrigo. Deux fois, en mai 1811, il tenta de s’emparer de la première, de ces places, et il fut repoussé, ainsi que de Ciudad-Rodrigo, où l’arrivée du duc de Raguse l’obligea de repasser la Coa, après une retraite honorable, bien que précipitée. Mais au commencement de la campagne suivante, il prit sa revanche en s’emparant, du 6 au 14 janvier, des deux places qu’il convoitait. Ce double succès changea tout à fait la position de Wellington, qui résolut à la fois d’inquiéter le nord, le centre et le midi de l’Espagne, mais en réalité pour se porter avec presque toutes ses forces sur la Castille. Il prit Salamanque le 17 juin et obligea le duc de Raguse à rétrograder vers le Douro. Alors commença, entre les deux généraux, une série d’opérations, de marches et de contre-marches qui aboutit à la bataille des Arapiles, pendant laquelle Marmont fut blessé et dut battre en retraite. Ce nouveau succès valut à Wellington le titre de marquis et un don national de 100.000 livres sterling. Il avait réussi à faire rétrograder l’armée du Centre, venue trop tard au secours de Raguse. Mais les armées du Nord et de l’Andalousie, ayant rallié celle du Centre, menacèrent à leur tour Wellington, qui dut opérer sa retraite par l’Estramadure, et parvint, après avoir rallié le corps de Hill, à rallier ses forces auprès de la Tormès, d’où, menacé par Soult, il réussit, à la faveur des brouillards, à gagner le Portugal. L’année suivante, il résolut de se rapprocher de la frontière de France, pour intercepter les communications avec l’armée française, et commença, au mois de mai, cette fameuse marche de Vittoria qui l’a fait considérer par les hommes de guerre comme un des premiers tacticiens de son temps. Le 21 du mois suivant, il attaquait et rompait les lignes françaises dans le bassin de Vittoria et, par cet avantage, mettait fin à notre domination en Espagne. Cependant, Soult s’était décidé à reprendre l’offensive ; mais Wellington, malgré des avantages partiels et la prise de Saint-Sébastien, se refusait à envahir le territoire français et restait sur la défensive. Il changea de tactique lorsque l’Europe se fut définitivement coalisée contre la France ; les 7 et 8 octobre, il attaqua Soult sur la Bidassoa et l’obligea à se replier sur la Nivelle et à s’y retrancher. Puis, sans lui laisser un instant de trêve, il parvint à enfoncer nos lignes et pénétra sur notre territoire le 10 novembre 1813. Il avait pourtant contre lui en ce moment le parti libéral espagnol, plus favorable encore, aux Français qu’aux Anglais ; mais il se déclara ouvertement pour le parti réactionnaire et contre la constitution promulguée en 1812. Un mois après, par une tactique habile, il fit des avances au parti libéral et, après avoir exposé ses plans au cabinet anglais, soumit à la ratification du conseil de régence le traité de Valençay. Il recommença alors ses opérations contre Soult et, malgré le manque d’argent et de matériel, livra la bataille d’Orthez, qu’il gagna le 27 février 1814. Il mit ensuite le siège devant Bayonne et envoya 12.000 hommes, commandés par Beresford, pour investir Bordeaux. Soult, qui ignorait la prise de cette ville, rétrograda vers Toulouse lorsqu’il l’eut apprise et fut suivi par « Wellington. « Y eut-il vraiment un vainqueur dans la célèbre bataille de Toulouse ? demande M. Ernouf. Cette question, si souvent controversée, ne sera peut-être jamais résolue. Soult avait perdu la position capitale du mont Rancié ; à la suite de la bataille du 10 avril, il évacua Toulouse dans la soirée du 11, et Wellington y entra le lendemain. Il paraît démontré aujourd’hui qu’il n’aurait pas occupé Toulouse si, dans ce moment suprême, Suchet avait répondu à l’appel de Soult. On a fait à Wellington un reproche tout à fait injuste, celui d’avoir combattu sachant déjà l’abdication de Napoléon. Le jour de la bataille, il ignorait même encore l’entrée des alliés dans Paris, Pendant cette longue et terrible guerre, Wellington fit sans doute des fautes ; bien des circonstances qu’il n’avait pu prévoir concoururent à son succès, mais ses fautes mêmes lui profitèrent, et il fit preuve d’une fermeté de caractère et d’une perspicacité remarquables. » La guerre finie, Wellington fut envoyé à Paris par lord Castlereagh ; de là il se rendit, à Toulouse, puis à Madrid, d’où il revint à Londres, où il reçut les titres de marquis de Douro et de duc de Wellington. Enfin, le janvier 1815, il partit pour le congrès de Vienne, où il allait remplacer Castlereagh. Après le retour de l’île d’Elbe, il devint un des agents les plus actifs de la coalition qui le mena à remporter la bataille de Waterloo. En 1818, il se prononça au congrès d’Aix-la-Chapelle pour l’évacuation de la France par les années alliées, et, en 1822, il blâma, comme plénipotentiaire au congrès de Vienne, l’intervention de la France en Espagne. Sa carrière désormais terminée, Wellington se consacra à la politique, où il se plaça parmi les tories. Lors de la mort de Canning, il accepta la présidence d’un cabinet provisoire, dont le véritable inspirateur était Robert Peel. Il s’opposa d’abord au bill de réforme de 1832 et fut obligé cependant d’y accéder, mais de mauvaise grâce, ce qui, momentanément, diminua sa popularité. Le 29 avril 1834, il fut élu à l’unanimité chancelier de l’université d’Oxford. Lors du premier ministère de Peel, Wellington accepta le ministère des relations extérieures, de 1834 à 1835. Lors du second ministère de cet homme d’Etat, formé en août 1841, il en fit partie comme ministre sans portefeuille et fut nommé, l’année suivante, commandant en chef de l’armée anglaise, en remplacement de Hill. Le 28 mai 1846, il fit supprimer la loi sur les céréales, et, le 30 septembre de la même année, il se vit élever dans Green Park une statue équestre. Dans ses derniers jours, Wellington était devenu de la part de la famille royale et du peuple anglais l’objet d’un fétichisme véritable. On ne voyait plus en lui l’homme de guerre habile et plein de fermeté, mais le vainqueur des vainqueurs, le plus grand des capitaines, presque le dieu de la guerre. Il mourut, ou plutôt s’éteignit sans souffrance, le 14 septembre 1852.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Le Duc Wellington sur Wikipedia

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décembre 16, 2007

LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL BOURMONT (1773-1846)

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Général Louis-Victor-Auguste de Ghaisne de Bourmont (1773-1846)

Bourmont s’est conduit bassement… Il était connu pour être un des Vendéens les plus faux et les plus hypocrites : je n’aurais jamais dû l’employer.

Bourmont est une de mes erreurs.

(Napoléon Bonaparte)

Bourmont (Louis-Victor-Auguste de Ghaisne, vicomte de). Maréchal de France et législateur, né au château de Bourmont (Maine-et-Loire), le 2 septembre 1773, de « Louis-Marie-Eugène de Ghaisne, comte de Ghaisne et de Bourmont, seigneur de Reigni la Cornouaille, etc., capitaine de cavalerie, et de Joséphine-Sophie de Coutances », mort au château de Bourmont le 27 octobre 1846 ; était enseigne dans les gardes françaises au moment de la Révolution, émigra en 1790 et devint aide de camp du prince de Condé, passa en Vendée où il fut nommé major général de l’armée royaliste, commandée par M. de Scépeaux. En l’an VII, le comte d’Artois le nomma maréchal de camp et l’investit du commandement des provinces du Maine et du Perche ; se mit à la tête des chouans et battit les républicains à Saumur, s’empara du Mans ; mais, après la capitualtion de M. de la Prévalais et la soumission du comte de Châtillon, Bourmont adhéra au traité de paix conclu par ces deux chefs avec les républicains. Il vint alors s’installer à Paris et voulut se rendre agréable à Bonaparte, alors Premier Consul. L’explosion de la machine infernale, le 3 nivôse an IX, changea les intentions que l’on pouvait avoir pour lui, car il fut soupçonné de complicité, et, sur l’ordre de Fouché, arrêté et mis au secret au Temple, transféré à la citadelle de Besançon, d’où Bourmont réussit à s’évader en 1805, pour se réfugier au Portugal. Après la prise de Lisbonne par Junot, il rentra en France, parvint à capter la confiance de l’Empereur et fut nommé par ce dernier colonel, adjudant-commandant de l’armée de Naples, fit ensuite la campagne de Russie, prit part à la bataille de Dresde, fut promu, en octobre 1813, général de brigade, se signala en février 1814 à la défense de Nogent et y gagna le grade de général de division. Aussitôt les Bourbons maîtres du pouvoir, Bourmont se donna à eux ; puis, au retour de l’île d’Elbe, parvint à retrouver du crédit auprès de l’Empereur, qui le mit à la tête d’une division de l’armée du Nord. A la veille de la bataille de Waterloo, dans la nuit du 14 au 15 juin 1815, l’armée française avait fait son entrée à Charleroi, qunad tout à coup de Bourmont abandonna ses troupes et passa à l’ennemi ; peu après, figurant comme témoin dans le procès du maréchal Ney et du général Bonnaire, il contribua, par ses dépositions, à les faire condamner. Sous la Restauration il eut un commandement supérieur dans l’expédition d’Espagne et fut créé pair de France le 9 octobre 1823. Le 8 août 1829, il entra dans le ministère Polignac comme ministre de la guerre ; cette nomination fut tellement scandaleuse et accueillie en général avec une telle stupeur que le gouvernement se décida à nommer M. de Bourmont général en chef de l’expédition qui partait pour Alger, et le 5 juillet 1830, cette dernière ville ayant capitulé, Bourmont fut nommé maréchal de France. Quand il apprit la Révolution et la chute de Charles X, il s’empressa d’aller rejoindre à Londre le roi détrôné. Il ne rentra en France qu’en vertu de l’amnistie de 1840.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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novembre 19, 2007

BATAILLE DE WATERLOO (1815)

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Napoléon à la bataille de Waterloo le 18 juin 1815

L’Angleterre et la France ont tenu dans leurs mains le sort de la terre, celui surtout de la civilisation européenne. Que de mal nous nous sommes faits, que de bien nous pourrions faire !

(Napoléon Bonaparte)

Waterloo (bataille de). Le 18 juin 1815, Napoléon livra sa dernière grande bataille face aux troupes britanniques du duc de Wellington et celles du général prussien Blücher. Ce dernier décida de la victoire des alliés en arrivant sur le champ de bataille alors que les Français s’attendaient au contraire à recevoir l’appui des hommes du maréchal Grouchy. La morne plaine de Waterloo devait mettre un terme à la formidable épopée napoléonienne.

Lien : Bataille de Waterloo sur Wikipedia

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octobre 10, 2007

LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL MOUTON (1770-1838), COMTE DE LOBAU

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Général Georges Mouton (1770-1838), comte de Lobau

Mon Mouton, c’est un lion.

(Napoléon Bonaparte)

Mouton (Georges, comte de Lobau), pair des Cent-Jours, député de Lunéville de 1828 à 1834 ; né à Phalsbourg (Meuthe) le 21 février 1770, mort à Paris le 27 novembre 1838 ; fils de monsieur Joseph Mouton, propriétaire et conseiller de l’hôtel de ville, et de Catherine Charpentier » ; s’engagea comme simple soldat en 1792 dan la Légion de la Meurthe, gagna ses premiers grades à l’armée du Rhin et suivit Championnet à l’armée d’Italie, où il fit la campagne de 1798-99. Il concourut, en 1800, sous Masséna, à la défense de Gênes, il y fut grièvement blessé. L’Empereur se l’attacha comme aide de camp et le fit général de brigade. Il le suivit en Pologne, fut encore blessé à Friedland et, après, nommé général de division. Il se distingua en Espagne en 1808, puis l’année se battit à Eckmühl, à Essling, et à Wagram, où il se signala à son ordinaire. Son titre de comte de Lobau en témoigne. Enfin il accompagna l’Empereur en Russie (1812). Mais il fut fait prisonnier en 1813, à Dresde, lors de la bataille de Leipzig. Il ne revint qu’en 1814, après la première abdication de Napoléon. Au retour de l’île d’Elbe, celui-ci le nomma pair de France. A Waterloo, Mouton, après des prodiges de valeur et de savoir militaire, fut fait une seconde fois prisonnier et conduit en Angleterre ; de là il passa en Belgique, comme exilé de France, et y resta jusqu’en 1818.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Général Mouton sur Wikipedia

octobre 3, 2007

LA FAMILLE DE NAPOLEON – JERÔME BONAPARTE (1784-1860), ROI DE WESTPHALIE

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Jérôme Bonaparte (1784-1860), roi de Westphalie

Jerôme en mûrissant, eût été propre à gouverner ; je découvrais en lui de véritables espérances.

(Napoléon Bonaparte)

Bonaparte (Jérôme-Napoléon, roi de Westphalie), officier de marine, roi et législateur, né à Ajaccio (Corse) le 15 novembre 1784, de « Charles-Marie de Buonaparte et de Marie Laetitia Ramolino« , mort à Villegrins (Seine-et-Marne) le 24 juin 1860 ; débuta dans la marine après le coup d’Etat de brumaire, et partit pour Saint-Domingue avec son beau-frère, le général Leclerc, en qualité de lieutenant, d’où il revint promptement porteur de dépêches importantes, devint commandant de la frégate l’Epervier, et partit pour l’Amérique, fut chargé en l’an X, d’établir une croisière devant l’île de Tabago, et se retira à New-York, puis épousa la fille d’un riche négociant de Baltimore, Mlle Patterson. Ce mariage gêna quelque peu les visées politiques de son frère Napoléon, empereur. Ce dernier autorisa son frère à rentrer en France, mai sans sa femme. Quelques jours après, Jérôme rejoignit son frère au Piémont et se réconcilia avec lui, consentit à divorcer bien qu’ayant déjà un enfant de son mariage, fut nommé capitaine de frégate et se présenta devant Alger à la tête d’une excadre de six vaisseaux, puis obtint du dey la délivrance des esclaves d’origine française et génoise, en fut récompensé par le grade de capitaine de vaisseau, commanda ensuite à la Martinique une escadre de huit vaisseaux de ligne, puis rentra en France ; il fut promu contre-amiral et général de division le 14 mars 807 ; se maria, le 12 août, avec la princesse Frédérique-Catherine, fille du roi de Wurtemberg, puis six jours après, fut proclamé roi de Westphalie. On raconte qu’il montra plus d’ardeur pour les plaisirs que pour les affaires. En 1812 il commanda un corps d’armée allemand et prit part aux combats de d’Ostrawa et de Mohilew, puis abandonna Cassel à la suite des troupe françaises (1813). En mars 1814, il accompagna l’impératrice Marie-Louise à Blois, rejoignit la reine Catherine à la cour de Stuttgard, se rendit ensuite en Italie, espérant y fixer son séjour, apprit à Trieste le retour de l’île d’Elbe, s’embarqua en secret et gagna Paris. Son frère le nomma, le 2 juin 1815, pair de France ; il se battit à Waterloo et y fut blessé. Après la seconde abdication il retourna près de son beau-père, qui lui donna le château d’Elvangers et le titre de prince de Montfort (juillet 1816). Sous la Restauration, il resta complètement en dehors de la politique. La princesse Catherine était morte en 1836, Jérôme dut vivre d’une pension que lui fit sa fille la princesse Mathilde, mariée au comte Demidoff. Ayant écrit à Louis-Philippe, en 1847, pour lui demander l’autorisation de rentrer en France, elle lui fut accordée pour trois mois, le 22 décembre. Le lendemain de la Révolution de février 1848, on trouva sur le bureau du roi deux ordonnances qui n’attendaient que la signature royale : l’une accordait au prince Jérôme une pension de 100.000 francs, l’autre le nommait pair de France. Le 26 février Jérôme écrivit au gouvernement provisoire la lettre suivante : « La nation vient de déchirer les traités de 1815. Le vieux soldat de Waterloo, le dernier frère de Napoléon, rentre dès ce moment au sein de la grande famille. Le temps des dynasties est passé pour la France ! La loi de proscription qui me frappait est tombée avec le dernier des Bourbons. Je demande que le gouvernement de la République prenne un arrêté qui déclare que ma proscription était une injure à la France et a disparu avec tout ce qui nous a été imposé par l’étranger. » Le 27 décembre 1848 il fut promu gouverneur des Invalides ; puis le 1er janvier 1850, maréchal de France. Le coup d ‘Etat de 1851 le surprit tout d’abord, il fut très perplexe sur le rôle qu’il devait jouer, craignant surtout les remontrances habituelles de son fils siégeant à la Montagne, mais il finit par accepter le poste de président du Sénat et le titre de premier prince du sang. Atteint d’une bronchite pulmonaire, il mourut dans son château de la Villegrins et fut inhumé aux Invalides.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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septembre 29, 2007

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL SOULT (1769-1851), DUC DE DALMATIE

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Maréchal Jean de Dieu Soult (1769-1851, duc de Dalmatie

Soult ne m’a pas servi à Waterloo autant qu’il eût été nécessaire. Son état-major, malgré tous mes ordres, n’était pas bien organisé. Berthier eût mieux fait.

(Napoléon Bonaparte)

Soult (Nicolas-Jean de Dieu, duc de Dalmatie), pair de France lors Cent-Jours, puis en 1827, et en 1830, né à Saint-Amand-la-Bastide (Tarn) le 29 mars 1769, mort au château de Soultberg (Tarn) le 26 novembre 1851 ; fils de « sieur Jean Soult, notaire, et de demoiselle Brigitte Grenier » ; engagé le 16 avril 1785 dans le régiment royal d’infanterie ; 1er juillet 1792, adjudant major, devint capitaine le 20 août 1793, chef d’état-major de la division d’avant-garde de l’armée Sambre-et-Meuse ; assista à la bataille de Fleurus et fut promu général de Brigade le 11 octobre 1794 ; se distingua au combat de Stokack, ce qui lui valut le grade de général de division en avril 1799 ; passa à l’armée d’Helvétie commandée par Masséna et se battit à la bataille de Zurich. Colonel général de la garde consulaire le 5 mars 1802, créé maréchal de France le 19 mai 1804, grand cordon de la Légion d’honneur, le 13 pluviôse an XIII. Il commanda ensuite un corps lors de la campagne de 1805, jouant un rôle décisif à Austerlitz ; participa à la campagne de Prusse en 1806 puis à celle de Pologne en 1807. Napoléon le fit duc de Dalmatie en 1808, et l’envoya en Espagne et au Portugal. En 1813, il se battit lors de la campagne d’Allemagne auprès de l’Empereur à la tête du 4e corps d’armée à Lutzen, mais dut rejoindre Bayonne pour réorganiser l’armée du Midi suite à la défaite de Vittoria. Rallié à Louis XVIII, il est nommé en juin 1814 gouverneur de la 1ère division militaire, grand cordon de Saint-Louis (23 septembre). Le 8 juin suivant, il reçut une gratification de 200.000 francs après le retour de l’île d’Elbe puis accompagna Napoléon à Waterloo comme chef d’Etat major. De retour en grâce auprès des Bourbons après 1819, cette girouette politique se révéla encore une fois un fervent royaliste et fut décoré par le collier de Saint-Louis à l’occasion du sacre de Charles X, mais servit avec autant de zèle Louis-Philippe après 1830.

( Extrait enrichi du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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septembre 22, 2007

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL GROUCHY (1766-1847), COMTE D’EMPIRE

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Maréchal Emmanuel de Grouchy (1766-1847), Comte d’Empire

La conduite du maréchal Grouchy [à Waterloo], qui s’était distingué si souvent depuis vingt-cinq ans à la tête de la cavalerie, était aussi imprévisible que si, sur sa route, son armée eut éprouvé un tremblement de terre qui l’eût engloutie.

(Napoléon Bonaparte)

Grouchy (Emmanuel, Marquis de), officier général et législateur, né au château de Villette (Seine-et-Oise), le 23 octobre 1766, de « François-Jacques de Grouchy de Robertot, chevalier, seigneur de Villette, Cordecourt, Sagny, officier au régiment d’Houdricourt-cavalerie, et de dame Marie-Gilberte-Henriette Freteau », mort à Paris le 29 mai 1847 ; débuta à l’âge de 15 ans, comme lieutenant en second au régiment de la Fère-artillerie, passa dans la cavalerie le 28 octobre 1784, avec le rang de capitaine dans le Royal-étranger, se montra partisan de la Révolution, était, le 18 décembre 1791, lieutenant-colonel du 12e régiment de chasseurs à cheval, promu général de brigade en septembre 1792, suspendu comme noble le 30 septembre 1793, mais presque aussitôt réintégré, concourut à la conquête de la Savoie, partit en Vendée en l’an II, et défendit Nantes contre Charette, puis fut nommé par les représentants en mission, général de division, mis à la disposition de Hoche à l’armée de la Vendée, assista à la bataille de Quiberon, puis alla à Brest en qualité de commandant supérieur, fit partie de l’an IV à l’an V, de l’armée du Nord, et le commandement en second de l’expédition d’Irlande lui fut confié, ensuite passa en Italie sous le commandement de Jourdan, se battit à Novi où il reçut quatorze blessures et où il fut fait prisonnier, resta captif un an, puis protesta par écrit contre l’établissement du Consulat. En l’an VIII, il prit part à la bataille de Hohenlinden et, après la paix de Lunéville, fut nommé inspecteur général de cavalerie, grand officier de la Légion d’honneur le 25 prairial an XII, fit la campagne de 1805 et assista à la prise d’Ulm, se distingua particulièrement en 1807 à Eylau et à Friedland et fut envoyé en Espagne l’année suivante, puis devint gouverneur de Madrid, prit part à la campagne du Danube en 1809 et contribua aux victoires de Raab et Wagram, et pour récompenser tant de service l’Empereur le nomma colonel général des chasseurs à cheval de la garde. Il fut créé comte de l’Empire, contribua en 1812 à la victoire de la Moskowa, se battit à Smolensk et Krasnoé, et pendant la retraite désastreuse, il dirigeait « le bataillon sacré », composé exclusivement d’officiers et chargé de veiller à la sécurité personnelle de l’Empereur, ne prit point part à la campagne de Saxe, mécontent qu’il fut de ne pas avoir le commandement d’un corps d’armée, puis se retira dans ses terres, mais lorsqu’il vit la France envahie il redemanda à prendre du service et l’Empereur lui confia le commandement d’une division de cavalerie, à la tête de laquelle il fit des prodiges de valeur à Brienne, à la Rothière, à Vauchamps, à Craonne où il fut très grièvement blessé (7 mars). La Restauration le mit en disponibilité. Pendant les Cent-Jours, il fut créé maréchal de France et reçut le commandement des 7e, 8e, 9e, et 10e divisions, dirigea les opérations contre le duc d’Angoulême et les royalistes du Midi et refusa de reconnaître la convention de la Palud. Grouchy mit ensuite les frontières des Alpes en état de défense et fut nommé pair de France (2 juin). Le lendemain de la bataille de Ligny, où il se battit courageusement, l’Empereur l’envoya à la poursuite de Blücher que l’on croyait en pleine retraite ; mais qui en réalité, marchait sur Waterloo. Mais Grouchy, fidèle à la discipline, et malgré la canonnade furieuse de Waterloo qu’il entendit, ne bougea pas et garda ses positions jusqu’au soir, ce qui causa, en grande partie le désastre de Waterloo. Après l’abdication de Napoléon, Grouchy adressa une proclamation à ses troupes, les abjurant d’acclamer Napoléon II, puis ramena sous Paris les débris de ce qui restait de l’armée et qui comptait 45.000 hommes, puis remis son commandement à Davout avant la reddition de Paris. Proscrit par Louis XVIII, Grouchy partit pour l’Amérique, et ne revint en France qu’en vertu de l’amnistie du 24 novembre 1819, ne recouvra sa dignité de maréchal qu’en 1831 et celle de pair de France le 11 octobre 1832. Il mourut en revenant d’un voyage d’Italie. Ses deux soeurs avaient épousé, l’une Condorcet, l’autre Cabanis. On a de lui : Fragment historique et relatif à la campagne et à la bataille de Waterloo.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et sur l’Empire du Dr Robinet)

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septembre 20, 2007

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL NEY (1769-1815), DUC D’ELCHINGEN, PRINCE DE LA MOSKOWA

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Maréchal Michel Ney (1769-1815), duc d’Elchingen, prince de la Moskowa

Ney n’a eu que ce qu’il méritait ! Je le regrette comme un homme précieux sur le champ de bataille, mais il était trop immoral et trop bête pour réussir.

(Napoléon Bonaparte)

Ney (Michel, duc d’Elchingen, prince de la Moskowa), maréchal de France, pair de France en 1814 et pendant les Cent-Jours, né à Sarrelouis (Moselle) le 10 janvier 1769, mort à Paris le 7 décembre 1815 ; fils de « Pierre Ney, maître tonnellier à Sarrelouis, et de Marguerite Graffin » ; engagé volontaire aux hussards de Metz, le 6 décembre 1788, il parvint à la plus haute renommée, aux plus hauts grades et à la plus haute faveur par sa bravoure, et mérita de la part des soldats les surnoms : « infatigable » et « brave des braves ». Il parvint rapidement au grade d’aide de camp des généraux Lamarche et Collaud, assista dans le Nord aux combats de Neerwinden, de Louvain, de Valenciennes, etc. Sous les ordres de Kléber, il fut placé à la tête d’un petit corps de 500 hommes avec lesquels il causa les plus grands dommages à l’ennemi ; il prit part aux batailles d’Aldenhoven et de Maastricht, de Mayence, dans l’armée Sambre-et-Meuse, aux combats de Lahn, d’Obermel, de Friedberg, de Dierdoff ; il s’empara de la citadelle de Wurtzbourg, le 15 juillet 1796 et fut nommé général de brigade. En 1797, à la tête des hussards, il culbuta les autrichiens à Neuwied et à Dierdorff et, fait prisonnier le 22 avril à Giessen, il fut échangé presque aussitôt et continua à servir sous Hoche. Le 28 mars 1799, à l’armée de Bernadotte, il s’empare de Manheim, fut nommé général de division et passa à l’armée du Danube sous Masséna ; il se distingua à Fraenfelde, à Altikow, à Wintherthur surtout, où il reçut deux blessures. De là, il passa au commandement de l’armée du Rhin et se couvrit de gloire à Hilbroon, à Laufen, à Wisloch, à Hochheim, à Ludwigsburg. C’est peu après, qu’ayant le commandement provisoire de l’armée du Rhin, il empécha la jonction de Souvarov avec l’archiduc Charles, qui eut pour résultat la défaite des Austro-Russes à Zurich, par Masséna ; blessé de nouveau, il remit son commandement au général Lecourbe. Après le 18 brumaire, étant sincèrement républicain, il était à la veille de quitter l’armée, mais, se rendant aux conseils de Bernadotte et Lefebvre, il se résigna à servir la patrie, en adhérant au nouveau régime, dans les armées du Rhin et du Danube, commandées par Moreau. On le retouve à Engen, Moskirch, Hochstaedt, Ingolstadt, Wasserburg, et Hohenlinden. Le 3 décembre 1800 ; cette dernière victoire, appuyée par celle de Marengo, eut pour résultat la paix de Lunéville, signée le 9 février 1801. C’est alors que Bonaparte le maria à une femme de sa cour et le nomma (1802) ministre plénipotentiaire en Suisse. Il y obtint la médiation du 19 février 1803. Le 28 décembre, on lui promit le commandement du 6e corps, chargé d’opérer une descente en Angleterre qui ne fut pas entrerprise ; le 19 mai 1804, l’Empereur le créa maréchal de France, lui donnant encore, peu après, le grand cordon de la Légion d’honneur avec le titre de chef de la 7e cohorte.

En 1805, ayant toujours le 6e corps sous ses ordres, il s’empara des défilés du Danube, mit en déroute l’armée de l’archiduc Ferdinand à Guntzbourg, le 9 octobre ; s’empara d’Elchingen et de ses admirables positions, défendues par 15.000 hommes et 35 pièces de canon ; l’ennemi se réfugia aussitôt dans la place forte d’Ulm, où il fut forcer de capituler le 26 octobre. En même temps, Napoléon approchait de Vienne ; Ney, à la tête de 30.000 hommes, entra dans le Tyrol, en chassa l’archiduc Jean, s’empara de Charnitz, Inspruck, Hall, et allait entrer dans la Carinthie, au moment où l’Autriche, après Austerlitz, signait la paix de Presbourg, le 26 décembre 1805. Dans la campagne suivante, avec le corps d’armée, il compléta la défaite des Prussiens le 14 octobre à Iéna ; le 15, il s’empara d’Erfurt, de 100 pièces de canons et de 14.000 prisonniers ; puis il prit Magdebourg, la place la plus importante du royaume, avec 800 canons et 23.000 prisonniers, le 8 novembre 1806. Ney chassa les Prussiens de Thorn, franchit la Vistule, s’empara de Mlawa et s’avança jusque près de Lauterbach, culbutant Bendingsen au delà de Pregel, et dégageant Bernadotte, aux prises avec toute l’armée russe à Morhungen, le 25 janvier 1807 ; à Deppen, il mit les Prussiens en déroute le 5 février, et trois jours après, il coupa la retraite de l’armée russe à la bataille d’Eylau. Le 1er mars, à Guttstadt, avec 14.000 hommes il résista à 70.000 Russes protégés par 100 pièces de canon. Le 6 juin, il battit l’ennemi à Sparden, mais accablé par des forces trop considérables, il se retira habilement sur Allenbourg ; le 14 du même mois, il assurait la victoire de Friedland et quelques jours après s’emparait d’Intersbourg, au moment de la signature de la paix de Tilsitt. Nous voyons ensuite le maréchal Ney, commandant toujours le 6e corps, prendre une part considérable à la guerre d’Espagne, en 1808. En 1810, même conduite et même succès au Portugal contre les anglo-portugais, sous le commandement de Masséna. Le 22 juin 1812 le duc d’Elchingen prenait le commandement du 3e corps, pour faire la campagne de Russie, et marchait de succès en succès jusqu’à la bataille du 7 septembre, où Napoléon le créait prince de la Moskowa, sur le champ de bataille. Pendant la retraite de la grande armée, il fut chargé du commandement de l’arrière-garde où il se montra plus vaillant, plus ferme et plus grand que jamais, marcha le fusil à la main, échangeant continuellement des coups de feu avec l’ennemi ; Napoléon et Murat étaient rentrés en France depuis longtemps, lorsqu’il parvint avec sa poignée de braves à quitter le sol de la Russie. En avril 1813, le prince de la Moskowa, à la tête de son 3e corps, assurait la victoire de Lutzen, et celle de Bautzen le 21 mai ; pénétrait en Silésié à la tête des 3e et 7e corps, et s’emparait de Breslau le 3 juin. Après Leipzig, la France fut envahie, Brienne, Mézières, Champaubert, Montmirail, Craonne et Château-Thierry illustrèrent le nom de Ney. Cependant le 31 mars 1814, les alliés entraient à Paris ; à la suite de la déchéance de Napoléon prononcée par le Sénat, il fut un des délégués de Bonaparte chargés de négocier la paix au nom de Marie-Louise ; cette négociation se termina par l’abdication de l’Empereur. Le 11 avril suivant, le comte d’Artois faisait son entrée dans Paris. Michel Ney, qui ne voyait que la France, qu’il croyait encore servir, eut le tort de se rallier au nouvel ordre des choses et d’accepter un commandement dans l’armée devenue royale. Mais le 1er mars 1815, Napoléon, sortant de l’île d’Elbe, débarquait dans le Golfe Juan près de Fréjus. Ney fut envoyé à sa rencontre, avec ordre d’arrêter sa marche sur Paris ; au lieu de cela, devant l’élan de l’armée et des populations, il se joignit lui-même au cortège impérial s’avançant triomphalement vers la capitale ; à Auxerre, il remit cependant à l’Empereur un mémoire dans lequel il le sommait de « gouverner par les lois« , et lui déclarait qu’il ne se réunissait à lui que dans l’intérêt de la patrie, et que « s’il ne lui promettait solennellement de faire le bonheur des Français, il n’était plus un de ses généraux, mais son prisonnier ! » Le 11 juin 1815, il se rendit à l’armée redevenue impériale, où il reçut le commandement de l’aile gauche et prit part avec sa force et son intrépidité habituelles aux batailles de Ligny et Waterloo, suivies de la seconde abdication de Napoléon. Le 5 août 1815, en violation flagrante des articles 11 et 12 de la convention sur la capitulation de Paris, il fut arrêté dans le Lot, et, ce qui est plus odieux encore, jugé, et condamné et fusillé d’après un jugement de la Chambre des pairs. Le braves des braves était âgé de 46 ans.

( Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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septembre 18, 2007

LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL DE LA BEDOYERE (1786-1815)

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Le Général Charles de La Bédoyère (1786-1815)

La Bédoyère était éminemment français ; il fut guidé par les sentiments les plus nobles et les plus chevaleresques dans la démarche qu’il fit à Grenoble ; dévouement alors admirable, car tout était douteux.

(Napoléon Bonaparte)

La Bédoyère (Charles-Angélique-François Huchet, Comte de), Officier général et législateur, né à Paris, le 17 avril 1786, de « Charles-Marie-Philippe Huchet de La Bédoyère, et de Félicité-Julie Desbarres », mort à Paris le 19 août 1815 ; entra au service en 1806, fit les campagnes de 1806 et 1807 dans le corps des gendarmes d’ordonnance, devint l’aide de camp de Lannes, se distingua à Ratisbonne et fut blessé à Essling, prit part à la campagne de 1812 et fut nommé colonel au 112° de ligne, se battit à Lutzen, à Bautzen et assista à la prise de Colberg (1813), y fut encore blessé et revint en France. Après l’abdication de Fontainebleau, sa famille qui cherchait à le convertir au royalisme, obtint pour lui la décoration de Saint-Louis, mais le retour de l’île d’Elbe le rejeta dans le parti impérialiste. Lorsque l’Empereur arriva à Vizille, un régiment entier se joignit à lui ; ce fut celui de La Bédoyère, et ce dernier abordant Napoléon, ne craignit pas de lui adresser les paroles suivantes : « Sire, lui dit-il, plus d’ambition, plus de despotisme, nous voulons être libres et heureux. Il faut que Votre Majesté abjure le système des conquêtes et d’extrême puissance qui a fait le malheur de la France et le vôtre. » La Bédoyère se faisait illusion sur les sentiments de l’Empereur, et s’en aperçut de suite en voyant les premiers décrets de ce dernier, mais il n’en fut pas moins nommé général de brigade, devint son aide de camp et passa général de division, et tout cela en quelques jours, puis il fut nommé pair de France, le 2 juin 1815 ; il assista à la bataille de Waterloo et resta un des derniers sur le champ de bataille ; puis il revint après ce désastre, occuper son siège à la Chambre haute, appuya la proposition de faire accéder au trône de Napoléon Ier, son fils Napoléon II : « Faudra-t-il, dit-il, au milieu des interruptions et des rappels à l’ordre, que le sang des français ait encore coulé pour passer sous le joug odieux de l’étranger, pour courber la tête sous un gouvernement avili ; pour voir nos braves guerriers abreuvés d’humiliations et d’amertumes et privés de l’existence due à leurs services, à leurs blessures, à la gloire de la nation ? J’ai entendu des voix autour du trône du souverain heureux ; elles s’en éloignent aujourd’hui qu’il est dans le malheur. L’adication de Napoléon est indivisible. Si l’on ne veut pas le reconnaître, i doit tenir l’épée, environné de Français qui ont versé leur sang pour lui et qui sont encore tout couverts de blessures. Il sera abandonné par de vils généraux qui l’ont déjà trahi. » Puis il proposa que tout Français qui quitterait son drapeau fût noté d’infamie, et eût « sa maison rasée et sa famille proscrite » ; enfin il mit le comble à l’exaspération de plusieurs de ses collègues par les mots suivants : « Alors, plus de traîtres, plus de ces manoeuvres qui ont occasionné les dernières catastrophes et dont peut-être quelques auteurs siègent ici. » Après la réddition de Paris, La Bédoyère se retira derrière la Loire, puis se fixa à Riom. dans cette ville il lui fut signifié qu’il n’était pas compris dans la loi d’amnistie et qu’il serait traduit devant un conseil de guerre ; il tenta alors de passer en Suisse ; mais, dénoncé par un officier de gendarmerie, qui se trouvait dans la même voiture que lui, il fut aussitôt surveillé de près et arrêté dans une maison du faubourg Poissonnière, le 2 août 1815, puis conduit à la prison militaire de l’Abbaye. La famille et quelques amis essayèrent de le délivrer, mais ce fut peine perdue ; il prit comme défenseur Benjamin Constant, fut traduit devant le 2ème conseil de guerre permanent de la 1ère division militaire, et comparut le 9 août devant ce conseil. Il était prévenu « de trahison, de rebellion et d’embauchage ». La Bédoyère resta calme et répondit avec simplicité. « J’ai pu, dit-il me tromper sur les véritables intérêts de la France, j’ai pu être égaré par des illusions, par des souvenirs, par de fausses idées d’honneur ; il est possible que la patrie ait donné à mon coeur un langage chimérique. Mais la grandeur des sacrifices que j’a faits, en m’exposant à rompre les liens les plus chers, prouve qu’il n’entrait dans ma conduite aucun motif d’intérêt personnel. Je n’ai ni l’intention ni la possibilité de nier des faits publics et notoires ; mais je proteste que je n’ai trempé dans aucun complot qui ait précédé le retour de Buonaparte ; je suis même convaincu qu’il n’a point existé de conspiration pour ramener Buonaparte de l’île d’Elbe… ». Le 15, il fut condamné à mort, et le 19 son pourvoi fut rejeté ; toutes les démarches de sa famille auprès de Louis XVIII furent vaines et La Bédoyère fut fusillé dans la plaine de Grenelle. Désignant son coeur il cria au peloton : « C’est là qu’il faut frapper ! ».

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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