juillet 10, 2008

MADAME GERMAINE DE STAËL-HOLSTEIN (1766-1717)

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Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein dite Madame de Staël (1766-1817) par Marie-Eleonore Godefroid

Madame de Staël était ardente dans ses passions, furieuse et forcenée dans ses expressions. Sa demeure à Coppet était devenue un véritable arsenal contre moi ; on y venait s’y faire armer chevalier. Elle s’occupait à me susciter des ennemis et à me combattait elle-même.

Il est vrai de dire que personne ne saurait nier qu’après tout Mme de Staël est une femme de grand talent, fort distinguée, de beaucoup d’esprit : elle restera.

(Napoléon Bonaparte)

STAËL-HOLSTEIN (Aune-Louise-Germaine NECKER, baronne DE), célèbre femme de lettres, née à Paris en 1766, morte dans la même ville le 14 juillet 1817. Fille de Necker, le ministre populaire, dont l’avènement aux finances fut comme l’aurore de la Révolution, elle avait pour mère Suzanne Curchod, femme également distinguée, dont le salon réunissait toutes les célébrités de l’époque. Dans le livre de Mme Necker de Saussure, Notice sur le caractère et les écrits de Madame de Staël (Paris, 1820, in-12), on peut suivre les premiers pas de cette intelligence d’élite, qui se manifesta avec une précocité singulière. Il paraît que, tout enfant, elle trouvait son amusement dans la conversation savante des amis de son père, Raynal, Buffon, Marmontel, Grimm, Gibbon, et les charmait par ses reparties sérieuses. A onze ans, elle avait déjà l’intelligence assez cultivée pour s’essayer à composer des portraits et des éloges dans le goût académique de Thomas, autre commensal de la maison. A quinze ans, elie commentait l’Esprit des lois et adressait à Necker, sur son Compte rendu (1781), une lettre anonyme où son style la fit reconnaître ; puis successivement, jusqu’en 1785, elle écrivit plusieurs nouvelles : Mirza, Adélaïde et Théodore, Pauline, publiées dix ans après (1795, in-12). En 1786, elle composa un drame en vers, Sophie ou les Sentiments secrets ; l’auteur manque d’expérience ; mais à ce défaut son imagination supplée, et l’on trouve dans cette ébauche des pages élevées, des vers assez heureux. 1786 est l’année même de son mariage avec le baron de Staël-Holstein, ambassadeur de Suède à la cour de France. Mme Necker de Saussure cite un portrait d’elle à cet âge, tracé dans le goût de l’époque par Guibert, et où elle est représentée sous le nom de Zulmé : « Zulmé n’a que vingt ans, et elle est la prêtresse la plus célèbre d’Apollon ; elle est celle dont l’encens lui est le plus agréable, dont les hymnes lui sont les plus chers… Ses grands yeux noirs étincellent de génie ; ses cheveux, de couleur d’ébène, retombent sur ses épaules en boucles ondoyantes ; ses traits sont plus prononcés que délicats, on y sent quelque chose au-dessus de la destinée de son sexe. » J’ai eu moi-même sous les yeux, dit à ce propos Sainte-Beuve, un portrait peint de Mlle Necker, toute jeune personne ; c’est bien ainsi : « cheveux épars et légèrement bouffants, l’œil confiant et baigné de clarté, le front haut, la lèvre entr’ouverte et parlante, modérément épaisse en signe d’intelligence et de bonté, le tout animé par le sentiment ; le cou, les bras nus, un costume léger, un ruban qui flotte à la ceinture, le sein respirant à pleine baleine ; telle pouvait être la Sophie de l’Emile. » J.-J. Rousseau fut, en effet, le maître et l’inspirateur de Mme de Staël ; son premier ouvrage sérieux est intitulé : Lettres sur le caractère et les écrits de J.-J. Rousseau ; (1788, in-8°). Il révèle les tendances de l’écrivain, et on peut 1e prendre comme le point de départ de ses opinions. Voici comment Sainte-Beuve l’apprécie : « Les Lettres sur Jean-Jacques sont un hommage de reconnaissance envers l’auteur admiré et préféré, envers celui même à qui Mme de Staël se rattache le plus immédiatement. Assez d’autres dissimulent avec soin, taisent ou critiquent les parents littéraires dont ils procèdent ; il est d’une noble candeur de débuter en avouant, en célébrant celui de qui on s’est inspiré, des mains duquel on a reçu le flambeau, celui d’où nous est venu ce large fleuve de la belle parole dont autrefois Dante remerciait Virgile : Mme de Staël, en littérature aussi, avait de la passion filiale. Les Lettres sur Jean-Jacques sont un hymne ; mais un hymne nourri de pensées graves, en même temps que varié d’observations fines, un hymne au ton déjà mâle et soutenu, où Corinne se pourra reconnaître encore après être redescendue du Capitole. Tous les écrits futurs de Mme de Staël en divers genres, romans, morale, politique, se trouvent d’avance présagés dans cette rapide et harmonieuse louange de ceux de Rousseau, comme une grande œuvre musicale se pose, entière déjà de pensée, dans son ouverture. Le succès de ces Lettres, qui répondaient au mouvement sympathique du temps, fut universel. » Bientôt après, la Révolution éclata, et elle aspira à y jouer un rôle. Quelles furent ses idées en politique ? Même aujourd’hui, il est encore difficile de les déterminer parfaitement. Repoussée par les républicains, reniée par les royalistes, on la plaça communément dans le parti qui voulait une monarchie constitutionnelle ; on lui fait faire des vœux pour le triomphe du système anglais des deux Chambres, idéal de toute sa vie, a-t-on dit; idéal sans grandeur, mais qui était alors celui de beaucoup d’esprits élevés. En 1791, elle s’agita beaucoup ; on la désignait alors comme l’inspiratrice et, de plus, la maîtresse de M. de Narbonne. Au commencement de 1792, elle adressa à M. de Montmorin un plan d’évasion pour le roi ; mais comme elle mettait pour condition que M. de Narbonne en serait l’exécuteur, on n’en tint pas compte, la légèreté de celui-ci étant trop bien connue à la cour. D’un autre côté, Mme de Staël était en butte au persiflage des ennemis du parti dont elle s’était posée comme l’Egérie; les pamphlets se succédaient, tous irrespectueux et violents. Nous citerons seulement un petit in-8° intitulé : Intrigues de Mme du Staël. Mais dès lors, dit Grimm, l’objet de ces satires avait su se placer à une hauteur où de pareils traits ne portaient pas. Elle était encore à Paris lors des massacres de Septembre ; peu de temps après, elle quitta la France et gagna la Suède, où sou mari était rappelé, puis vint s’établir dans le pays de Vaud, au château de Coppet, où Necker s’était retiré dès 1790 et qu elle a immortalisé. Elle était encore si troublée par les événements qui s’agitaient, que c’est à peine si elle prit la plume durant toute cette période. On ne connaît d’elle, comme ayant été composé à cette époque, qu’un seul écrit, un Mémoire pour la défense de Marie-Antoinette, qui ne fut pas imprimé. Après le 9 thermidor, qui paraît avoir rendu le calme à son esprit, elle écrivit ses Réflexions sur la paix adressées à Pitt et aux Français (1795, in-8°), en faveur d’un rapprochement entre l’Angleterre et la France, et qui obtint en plein Parlement les éloges de Fox. « Un mélange de commisération profonde et de justice déjà calme, l’appel de toutes les opinions non fanatiques à l’oubli, à la conciliation, la crainte des réactions imminentes et de tous les extrêmes renaissant les uns des autres, ces sentiments, aussi généreux qu’opportuns, marquent à la fois, dit Sainte-Beuve, l’élévation de l’âme et celle des vues. Il y a une inspiration antique dans cette figure de jeune femme qui s’élance pour parler à un peuple, le pied sur les décombres tout fumants. » Bientôt parut l’Essai sur les factions (1795, in-8°), qui, lui-même, fut peu après suivi de l’ouvrage ayant pour titre : De l’influence des passions sur le bonheur des individus et des nations (1796, in-8°). Un changement profond signale ce nouvel écrit. Ce n’est plus une jeune fille intelligente qui conjecture plutôt qu’elle ne connaît le monde et effleure de graves questions au milieu des applaudissements d’une brillante société ; c’est une femme qui a trouvé en elle-même et auprès d’elle la réalité qu’elle veut peindre. Là se termine la première époque de la vie de Mme de Staël. Désormais les lettres ne seront plus pour elle l’expression de la sensibilité seule ; elle en va faire, en outre, l’organe d’une haute raison. A défaut du bonheur, qu’un mariage mal assorti lui refuse, elle va aspirer à la gloire. « Relevons-nous, dit-elle, sous le poids de l’existence. Puisqu’on réduit à chercher la gloire ceux qui se seraient contentés des affections, eh bien, il faut l’atteindre ! » C’est avec cette résolution qu’elle prend la plume et écrit une de ses œuvres les plus remarquables : De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (1800). Ce qu’elle veut démontrer, c’est le dogme du progrès, celui de la perfectibilité indéfinie de l’espèce, la marche toujours ascendante de l’esprit humain. « Je ne pense pas, s’écrie-t-elle, que ce grand œuvre de la nature morale ait jamais été abandonné ; dans les périodes lumineuses comme dans les siècles de ténèbres, la marche graduelle de l’esprit humain n’a point été interrompue. En étudiant l’histoire, il me semble qu’on acquiert la conviction que tous les événements principaux tendent au même but : la civilisation universelle. » Ce que veut encore l’auteur, c’est renouveler l’esprit de la critique et poser ce principe : La littérature est l’expression de la société. Le livre fut critiqué amèrement par la Décade philosophique, le Mercure et les Débats, Un seul écrivain peut-être, tout en combattant les doctrines de l’auteur, sut ne pas oublier la plus parfaite urbanité ; il est curieux de voir comment le futur auteur du Génie du christianisme juge un livre auquel on pourrait très justement donner pour titre le Génie de l’humanité. L’article est adressé au citoyen Fontanes. « Mme de Staël, dit Chateaubriand, donne à la philosophie ce que j’attribue à la religion… Vous n’ignorez pas que ma folie à moi est de voir Jésus-Christ partout, comme Mme de Staël la perfectibilité… Je suis fâché que Mme de Staël ne nous ait pas développé religieusement le système des passions ; la perfectibilité n’était pas, selon moi, l’instrument dont il fallait se servir pour mesurer des faiblesses… Quelquefois Mme de Staël paraît chrétienne ; l’instant d’après, la philosophie reprend le dessus. Tantôt, inspirée par sa sensibilité naturelle, elle laisse échapper son âme ; mais tout à coup l’argumentation se réveille et vient contrarier les élans du cœur… Ce livre est donc un mélange singulier de vérités et d’erreurs. En amour, Mme de Staël a commenté Phèdre… Ses observations sont fines, et l’on voit, par la leçon du scoliaste, qu’il a parfaitement entendu son texte. Voici ce que j’oserais lui dire, si j’avais l’honneur de la connaître : Vous êtes, sans doute, une femme supérieure. Votre-tête est forte et votre imagination quelquefois pleine de charme, témoin ce que vous dites d’Herminie déguisée en guerrier. Votre expression a souvent de l’éclat, de l’élévation… Mais, malgré tous à ces avantages, votre ouvrage est bien loin d’être ce qu’il aurait pu devenir. Le style en est monotone, sans mouvement et trop mêlé d’expressions métaphysiques. Le sophisme des idées repousse, l’érudition ne satisfait pas, et le cœur est trop sacrifié à la pensée… Votre talent n’est qu’à demi développé, la philosophie l’étouffe. Voilà comment je parlerais à Mme de Staël sous le rapport de la gloire. J’ajouterais :  …Vous paraissez n’être pas heureuse ; vous vous plaignez souvent, dans votre ouvrage, de manquer de cœurs qui vous entendent. C’est qu’il y a certaines âmes qui cherchent en vain dans la nature des âmes auxquelles elles sont faites pour s’unir… Mais comment la philosophie remplira-t-elle le vida de vos jours? Comble-t-on le désert avec le désert? … » De cette époque date l’amitié de ces deux grands écrivains, dont les noms sont associés à la rénovation littéraire du xixe siècle : Mme de Staël, Chateaubriand. Rivaux parles doctrines, ils le sont aussi parle talent. « Ces deux esprits si dignes l’un de l’autre, malgré leurs dissidences, inaugurent ensemble, remarque M. Demogeot, le mouvement intellectuel de notre époque. Les idées les plus fécondes que la littérature ait développées dépuis la Restauration nous semblent déjà contenues en germe dans leurs ouvrages. Par eux, le XIXe siècle a posé son programme ; par eux, la poésie s’affranchit des lois arbitraires de la formule ; par eux commence l’insurrection contre la dernière autorité des âges précédents. Mais avec eux aussi renaissent, dans la liberté d’une forme nouvelle, les principes moraux et religieux qui doivent présider à la régénération sociale ; tous deux établissent, d’une manière plutôt diverse que contraire, le spiritualisme, la loi du devoir, la souveraineté de la justice et de la raison. » Delphine parut en 1802. C’est un roman par lettres, un peu vague, un peu métaphysique ; mais ces défauts sont compensés par cette sensibilité, cette émotion dont Mme de Staël avait fait preuve dans ses premiers écrits.  Delphine eut un grand succès, dû en partie aux préoccupations de l’heure présente, livrée aux discussions religieuses que venait de réveiller le Génie du christianisme, et encore à cette particularité que l’on se plaisait à y reconnaître des portraits, entre autres ceux de Benjamin Constant, de Talleyrand et de Mme de Staël elle-même. Delphine, comme le livre De la littérature, souleva des critiques injustes. Dans un article publié par le Mercure de France et signé de l’initiale F., on lisait ces lignes : « Delphine parle de l’amour comme une bacchante, de Dieu comme un quaker, de la mort comme un grenadier et de la morale comme un sophiste. » Ginguené prit la défense de l’auteur dans la Décade. « Aucun ouvrage, dit-il, n’a depuis longtemps occupé le public autant que ce roman ; c’est un genre de succès qu’il n’est pas indifférent d’obtenir, mais qu’on est rarement dispensé d’expier. Plusieurs journalistes, dont on connaît d’avance l’opinion sur un livre d’après le seul nom de son auteur, se sont déchaînés contre Delphine ou plutôt contre Mme de Staël; comme des gens qui n’ont rien à ménager… Ils ont attaqué une femme, l’un avec une brutalité de collège, l’autre avec le persiflage d’un bel esprit de mauvais lieu, tous avec la jactance d’une lâche sécurité. » Dès 1797, Mme de Staël était revenue à Paris habiter son hôtel de la rue de Grenelle, près de la rue du Bac. Son mari la suivit et reprit ses fonctions d’ambassadeur de la cour de Suède près la République française ; il devait mourir cinq années après en 1803. Au sein de cette société qu’elle aimait, elle recommença à ouvrir un cercle. Bien que particulièrement liée avec Benjamin Constant, Camille Jordan et tous les membres du parti clichien, elle les abandonna, dit-on, au 18 fructidor. C’est à ce propos qu’on a dit d’elle : « Pour faire une révolution, elle ferait jeter tous ses amis dans la rivière, quitte à les repêcher le lendemain par bonté d’âme. » Nous ne discuterons pas ici en détail la conduite de la fille de Necker ni la ligne politique qu’elle suivit. Ceux qui voudront l’étudier ne devront s’adresser ni aux royalistes ni davantage aux conventionnels, mais à elle-même et lire ses Considérations sur la Révolution française. On dit encore qu’elle fut l’âme du cercle constitutionnel créé pour soutenir la constitution de l’an III. Quoi qu’il en soit, elle eut assez d’influence pour faire donner le portefeuille de l’extérieur à Talleyrand, qu’elle estimait beaucoup alors et que depuis elle peignit dans Delphine sous les traits d’une vieille coquette égoïste et sèche. C’est que Talleyrand, qui devait tout à Mme de Staël, la paya de la plus profonde ingratitude. Du jour où il y eut danger pour lui, pour son portefeuille, il s’éloigna sans vergogne de son ancienne protectrice. Le 18 brumaire avait mis fin au crédit de Mme de Staël. Sur la scène politique du nouveau régime, il n’y avait pas place pour les femmes. A partir de ce moment, il y eut une lutte sans merci entre elle et Bonaparte, lutte qui dura quinze années et qui n est pas l’épisode le moins curieux de la vie de Mme de Staël. Son salon devint le rendez-vous des mécontents, le lieu d’où partaient les propos hostiles dirigés contre le premier consul. Avertie par le ministre de la police, Fouché, des conséquences fâcheuses qui pourraient en résulter pour elle, elle n’en tint pas compte. Les fréquents voyages qu’elle faisait à Coppet, auprès de son père, enfin la publication des Dernières vues de politique et de finances de M. Necker, à laquelle on suppose qu’elle avait pris une large part, achevèrent de faire prendre ombrage au pouvoir naissant, qui lui rendit le service de l’exiler. L’hostilité de Napoléon lui valut plus de sympathie qu’elle n’en avait jusqu’alors rencontré. Elle quitta Paris ou plutôt Saint-Brice, où elle demeurait avec Mme Récamier, et partit pour l’Allemagne. A Weimar, où elle séjourna durant les aimées 1803 et 1804, elle se prit d’un vif enthousiasme pour Gœthe et Schiller. Une lettre de celui-ci à Gœthe montre combien ces deux illustres maîtres prirent plaisir à l’étudier, à l’analyser, pour ainsi dire. « Elle représente, lui écrit-il, l’esprit français sous un jour vrai et très intéressant. Dans tout ce que nous appelons philosophie, par conséquent dans toutes les questions élevées et décisives, on se trouve en désaccord avec elle, et toutes les conversations n’y peuvent rien. Mais son naturel et son sentiment valent mieux que sa métaphysique, et sa belle intelligence touche à la puissance du génie. Elle veut tout éclaircir, tout comprendre, tout mesurer ; elle ne vous concède rien d’obscur, d’inaccessible, et tout ce qu’elle ne peut pas éclairer de son flambeau n’existe point pour elle ; aussi a-t-elle une peur affreuse de la philosophie idéaliste, qui, à son insu, mène au mysticisme et à la superstition, et c’est là l’atmosphère où elle s’anéantit. Il n’y a pas en elle de sens pour ce que nous appelons poésie ; d’une œuvre de ce genre elle ne s’assimile que la passion, l’éloquence et l’esprit général ; mais si le bon lui échappe parfois, elle n’estimera jamais le mauvais. » De Weimar, Mme de Staël se rendit à Berlin et reçut à la cour de Prusse un accueil empressé. C’est alors que, rappelée à Coppet par la mort de Necker, après avoir fait, en 1805, une courte excursion en Italie, elle se fixa définitivement au château paternel et y tint une espèce de cour qui eut, sous l’Empire, une grande célébrité. Mme de Stael avait mis à profit ses voyages en Allemagne et en Italie pour ébaucher deux grands ouvrages : De l’Allemagne et Corinne. Corinne parut d’abord (1807, 2 vol. in-12). Le succès de ce roman fut plus grand encore que celui de Delphine ; il retentit dans l’Europe entière. Jamais Mme de Staël n’avait atteint à une telle hauteur ; jamais elle n’avait été plus profonde et à la fois plus poétique, plus éloquente. Corinne, c’est la glorification de l’Italie et en même temps la personnification idéale de la femme moderne. C’est Delphine encore, dit Benjamin Constant, mais perfectionnée, mais indépendante, laissant à ses facultés un plein essor et toujours doublement inspirée par le talent et par l’amour. » On raconte que Napoléon ressentit une profonde irritation du concert d’éloges qui s’éleva autour de cette œuvre. Est-ce parce qu’elle était l’œuvre de son ennemie, de celle qui depuis cinq ans le bravait, ou bien parce que cette image radieuse, idéale de Corinne couronnée de lauriers contrariait son but ? S’il faut en croire une anecdote que rapporte Villemain, le dominateur de la France fut tellement blessé du bruit que faisait ce roman, qu’il en composa lui-même une critique insérée au Moniteur, Après la publication de Corinne, Mme de Staël ne se crut plus momentanément en sûreté même en sa résidence de Coppet ; elle dut fuir et, en 1808, retourna en Allemagne pour y terminer le livre qu’elle avait ébauché lors de son premier voyage en 1803 et 1804. C’est de Vienne qu’elle data la lettre suivante adressée à Talleyrand et par laquelle elle essayait, sinon de rentrer en grâce, du moins de se faire rendre par Napoléon 2 millions, prêtés autrefois par Necker à Louis XVI. Cette lettre, pleine de finesse et de réticences, a de l’importance au point de vue biographique : « Vienne, ce 3 avril 1808. Vous serez étonné de recevoir une écriture dont vous avez perdu le souvenir. A la distance où nous sommes, il me semble que je m’adresse à vous comme d’un autre monde, et ma vie a tellement changé que je puis aisément me faire cette illusion. J’ai dit à mon fils d’aller vous trouver et de vous demander franchement et simplement de vous intéresser à la liquidation des 2 millions qui font plus de la moitié de notre fortune et de l’héritage de mes enfants. C’est une douleur cruelle pour moi de penser que je nuis à ma famille, qu’ils seraient payés si demain je n’existais plus ; car cette dette a un caractère si sacré, que les préventions de l’Empereur contre moi peuvent seules l’empêcher de statuer sur elle, et cependant il me semble qu’aux yeux de l’Europe, si Europe il y a pour moi, l’exil paraîtrait moins cruel si l’on se montrait juste envers la fortune. J’en ai assez dit sur ce sujet à vous qui devinez tout. Vous m’écriviez, il y a treize ans, d’Amérique : Si je reste encore un an ici, j’y meurs. J’en pourrais dire autant du séjour de l’étranger : j’y succombe ; mais le temps de la pitié est passé, la nécessité a pris sa place. Voyez cependant si vous pouvez rendre service à mes enfants. Je le crois; si vous le pouvez, vous le ferez. Je n’ai aucun moyen quelconque de vaincre les préventions de l’Empereur contre moi. S’il ne croit pas que six ans d’exil et six ans de plus sont un siècle pour la pensée, s’il ne croit pas que je suis une autre personne, ou du moins que la moitié de ma vie est éteinte et que le repos de la patrie me paraîtrait les champs Elysées, je n’ai aucun moyen, dans ma situation, de le lui prouver ; mais vous, qui vous souvenez peut-être encore quelquefois de moi, ne pourriez-vous pas lui dire quelle personne je dois être à présent, quelle personne la reconnaissance envers lui me ferait ; enfin, tout ce que vous savez aussi bien que moi ? Adieu; ne causerai-je donc pas une fois avec vous avant la vallée de Josaphat ? J’ai le projet d’aller en Amérique ; il me faut une patrie pour mes fils ; je demanderai à New-York où vous avez logé. Il y a des moments où, malgré mon dégoût profond de la vie, je suis assez aimable ; alors je pense que j’ai appris cette langue de vous ; mais avec qui la parler ? Adieu. Etes-vous heureux?  Avec un esprit si supérieur, n’allez-vous pas quelquefois au fond de tout, c’est-à-dire jusqu’à la peine ? Moi, je voudrais me distraire et je ne le puis. Ce qui me fait mal surtout, c’est de ne pouvoir donner à mes enfants ni leur patrie ni l’héritage de mon père. Si vous me soulagez de cela, je joindrai ce moment-ci à notre dernier entretien, et l’intervalle sera comblé. Adieu, encore une fois ; je ne sais finir qu’ainsi avec vous. NECKER DE STAËL. » Napoléon fît la sourde oreille, et Mme de Staël n’obtint le remboursement de sa créance que sous la Restauration, mais elle put revenir sans crainte à Coppet. «La vie de Coppet, dit Sainte-Beuve, était une vie de château. Il y avait souvent jusqu’à trente personnes, étrangers et amis ; les plus habituels étaient Benjamin Constant, M. Auguste Wilhelm de Schlegel, M. de Sabran, M. de Sismondi, M. de Bonstetten, les barons de Voigt, de Balk, etc. ; chaque année y ramenait une ou plusieurs fois M. Matthieu de Montmorency, M. Prosper de Barante, le prince Auguste de Prusse, la beauté célèbre désignée par Mme de Genlis sous le nom d’Athénaïs (Mme Récamier), une foule de personnes du monde, des connaissances d’Allemagne ou de Genève. Les conversations philosophiques, littéraires, toujours piquantes ou élevées, s’engageaient déjà vers onze heures dû matin, à la réunion du déjeuner ; on les reprenait au dîner, dans l’intervalle du dîner au souper, lequel avait lieu à onze heures du soir, et encore au delà, souvent jusqu’après minuit. Benjamin Constant et Mme de Staël y tenaient surtout le dé. C’est là que Benjamin Constant, que nous, plus jeunes, n’avons guère vu que blasé, sortant de sa raillerie trop invétérée par un enthousiasme un peu factice, censeur toujours prodigieusement spirituel, mais chez qui l’esprit à la fin avait hérité de toutes les autres facultés et passions plus puissantes, c’est là qu’il se montrait avec feu et naturellement ce que Mme de Staël le proclamait sans prévention, le premier esprit du monde. Il était certes le plus grand des hommes distingués. Leurs esprits du moins à tous les deux se convenaient toujours ; ils étaient sûrs de s’entendre par là. Bien, au dire des témoins, n’était éblouissant et supérieur comme leur conversation engagée dans ce cercle choisi, eux deux tenant la raquette magique du discours et se renvoyant, durant des heures, sans manquer jamais, le volant de mille pensées entre-croisées. Mais il ne faudrait pas croire qu’on fût là de tout point sentimental ou solennel ; on y était souvent simplement gai : Corinne avait des jours d’abandon. On jouait souvent à Coppet des tragédies, des drames ou des pièces chevaleresques de Voltaire, Zaïre, Tancrède, si préféré de Mme de Staël, ou des pièces composées exprès par elle ou par ses amis. Ces dernières s’imprimaient quelquefois à Paris, pour qu’on pût ensuite apprendre plus commodément les rôles. L’intérêt qu’on mettait à ces envois était vif, et quand on avisait à de graves corrections dans l’intervalle, vite on expédiait un courrier et, en certaines circonstances, un second pour rattraper ou modifier la correction déjà en route. La poésie européenne assistait à Coppet dans la personne de plusieurs représentants célèbres. Zacharias Werner, l’un des originaux de cette cour et dont on jouait  Attila et les autres drames avec grand renfort de dames allemandes, Werner écrivait vers ce temps (1809) au conseiller Schneffer (nous atténuons pourtant deux ou trois traits, auxquels l’imagination, malgré lui sensuelle et voluptueuse, du mystique poëte s’est trop complue) : « Mme de Staël est une reine, et tous les hommes d’intelligence qui vivent dans son cercle ne peuvent en sortir, car elle les y retient par une sorte de magie. Tous ces hommes-là ne sont pas, comme on le croit follement en Allemagne, occupés à la former ; au contraire, ils reçoivent d’elle l’éducation sociale. Elle possède d’une manière admirable le secret d’allier les éléments les plus disparates, et tous ceux qui l’approchent ont beau être divisés d’opinion, ils sont tous d’accord pour adorer cette idole. Mme de Staël est d’une taille moyenne, et son corps, sans avoir une élégance de nymphe, a la noblesse des proportions… Elle est forte, brunette, et son visage n’est pas à la lettre fort beau, mais on oublie tout dès que l’on voit ses yeux superbes, dans lesquels une grande âme divine, non seulement étincelle, mais jette feu et flamme. Et si elle laisse parler complètement son cœur, comme cela arrive si souvent, on voit comme ce cœur élevé déverse encore tout ce qu’il y a de vaste et de profond dans son esprit, et alors il faut l’adorer comme mes amis A.-W. Schlegel et Benjamin Constant, etc.» Il n’est pas inutile de se figurer l’auteur galant de cette peinture, Werner, bizarre de mise et volontiers barbouillé de tabac, muni qu’il était d’une tabatière énorme, où il puisait à foison durant ses longues digressions érotiques et platoniques sur l’androgyne ; sa destinée était de courir sans cesse, disait-il, après cette autre moitié de lui-même, et, d’essai en essai, de divorce en divorce, il ne désespérait pas d’arriver enfin à reconstituer son tout primitif. Le poëte danois Œhlenschlager a raconté en détail une visite qu’il fit à Goppet ; nous emprunterons quelques traits à son récit : « Mme de Staël vint avec bonté au-devant de moi, raconte-t-il, et me pria de passer quelques semaines à Coppet, tout en me plaisantant avec grâce sur mes fautes de français. Je me mis à lui parler allemand ; elle comprenait très bien cette langue et ses deux enfants la comprenaient et la parlaient très bien aussi. Je trouvai chez Mme de Staël Benjamin Constant, Auguste Schlegel, le vieux baron Yoigt d’Altona, Bonstetten de Genève, le célèbre Simonde de Sismondi et le comte de Sabran, le seul de toute cette société qui ne sût pas l’allemand… Schlegel était poli à mon égard, mais froid… Mme de Staël n’était pas jolie, mais il y avait dans l’éclair de ses yeux noirs un charme irrésistible, et elle possédait au plus haut degré le don de subjuguer les caractères opiniâtres et de rapprocher par son amabilité des hommes tout à fait antipathiques. Elle avait la voix forte, le visage un peu mâle, mais l’âme tendre et délicate… Elle écrivait alors son livre sur l’Allemagne et nous en lisait chaque jour une partie. On l’a accusée de n’avoir pas étudié elle-même les livres dont elle parle dans cet ouvrage et de s’être complètement soumise au jugement de Schlegel. C’est faux. Elle lisait l’allemand avec la plus grande facilité. Schlegel avait bien quelque influence sur elle, mais très souvent elle différait d’opinion avec lui et elle lui reprochait sa partialité… Schlegel, pour l’érudition et pour l’esprit duquel j’ai un grand respect, était en effet imbu de partialité. Il plaçait Calderon au-dessus de Shakespeare ; il blâmait sévèrement Luther et Herder. Il était, comme son frère, infatué d’aristocratie… Si l’on ajoute à toutes les qualités de Mme de Staël qu’elle était, riche, généreuse, on ne s’étonnera pas qu’elle ait vécu dans son château enchanté comme une reine, comme une fée ; et sa baguette magique était peut-être cette petite branche d’arbre qu’un domestique devait déposer chaque jour sur la table à côté de son couvert et qu’elle agitait pendant la conversation. » En 1810, Mme de Staël se hasarda à venir incognito à Paris pour y faire imprimer son livre De l’Allemagne. Fouché eut vent de cette affaire, lit saisir l’édition entière chez l’imprimeur, et dix mille exemplaires, prêts à être mis dans le commerce, furent détruits. Trois ans après seulement l’ouvrage parut à Londres. C’est en somme le meilleur titre littéraire de Mme de Staël ; il offre un tableau complet et intéressant, malgré ses inexactitudes, de la philosophie et de la littérature d’outre-Rhin. « A l’époque où il parut, la littérature allemande, dit M. Demogeot, était encore pour nous un monde inconnu, bien plus, un monde dédaigné et moqué. Voltaire se bornait à souhaiter aux Allemands plus d’esprit et moins de consonnes. Mme de Staël prit une glorieuse initiative. Elle osa pénétrer la première dans cette forêt hercynienne, et non-seulement elle y entra avant tous, mais encore elle en dressa le plan avec plus de vérité que ne l’ont fait ceux qui y sont entrés à sa suite ; la plus grande partie des ouvrages écrits en France sur l’Allemagne restent fort au-dessous de ce premier essai, destiné à faire connaître l’Allemagne aux Français. Déjà, dans ses œuvres précédentes, Mme de Staël avait montré toute la force de son esprit ; dans D’Allemagne, elle s’élève au-dessus d’elle-même en s’arrachant aux préjugés français et en renonçant au point de vue sensualiste de la philosophie du XVme siècle. C’est peut-être là, le plus grand service que ce généreux esprit ait rendu à la France et à la philosophie. La sphère où vivaient Goethe, Schiller, Kant et Hegel s’ouvrit à nos regards. Si l’auteur ne comprit pas toujours ces grands hommes, elle donna du moins le désir de les connaître. Ses erreurs même sont moins nombreuses qu’on ne s’est plu à le dire. L’instinct du vrai et du beau chez elle suppléait à l’imperfection nécessaire des connaissances. » Cet ouvrage, cependant, est-il sans reproche ? Il a un défaut capital, qu’il partage avec Delphine et Corinne. Dès le premier de ces romans, ne semble-t-il pas que Mme de Staël rende la France entière solidaire de l’oppression de Bonaparte et se venge en la dénigrant ? Cette tendance fâcheuse, blâmable chez un esprit si élevé, s’accuse davantage encore dans Corinne et définitivement dans De l’Allemagne. Que de passages, en effet, où elle rabaisse les gloires littéraires de sa patrie et la dénigre ! Voyageant en Allemagne en 1808, elle disait souvent: « Tout ce que je vois ici est meilleur, plus instruit, plus éclairé que la France. » Il est vrai qu’elle ajoutait aussitôt : « Mais qu’un petit morceau de France ferait bien mieux mon affaire. » C’était là au fond son vrai sentiment. La destruction de son livre ne fut pas le seul châtiment’infligé à l’auteur De l’Allemagne ; Mme de Staël fut obligée de se retirer à Coppet, avec défense de s’en écarter de plus de deux lieues. De plus, on fit le vide autour de la prisonnière. Sohlegel reçut l’ordre de ne pas la voir, et Mme Récamier et Matthieu de Montmorency furent exilés pour avoir mis les pieds chez elle. En 1812, elle parvint à s’échapper, parcourut le Tyrol, l’Autriche, la Galicie, la Pologne, alla à Saint-Pétersbourg, à Stockholm, ranimant partout sur son passage l’ardeur des ennemis de Napoléon, enfin, elle alla à Londres, d’où elle revint en France après les désastres de 1814. Elle avait connu en Angleterre Louis XVIII, et elle voyait volontiers en lui l’homme apte à doter la France de la royauté constitutionnelle à l’anglaise, qui avait été son rêve à l’aurore de la Révolution ; mais elle connaissait aussi ces émigrés qui rentraient avec elle, pleins d’arrogance et d’entêtement. « Ils perdront les Bourbons, » disait-elle. Ce qui ne manqua pas d’arriver. Durant les Cent-Jours, elle se retira en Suisse. Napoléon lui fit savoir qu’elle pouvait revenir à Paris et lui  laissa espérer le remboursement par le Trésor des 2 millions qu’elle réclamait. Elle répondit : « Napoléon s’est bien passé de constitution et de moi pendant douze ans, et à présent même il ne nous aime guère plus l’un que l’autre. » Mme de Staël avait, en 1810, contracté un second mariage avec M. de Rocca, jeune officier italien au service de la France. En 1816, M. de Rocca tomba malade à Pise ; elle s’y rendit pour le soigner, mais elle-même était atteinte d’un mal incurable ; elle fut obligée de revenir à Paris, où elle mourut bientôt après, le 14 juillet 1817. Sainte-Beuve a donné sur ses dernières années des détails intimes, par lesquels nous compléterons cet  article : « L’amertume que lui causa la suppression inattendue de son livre (l’Allemagne) fut grande. Six années d’études et d’espérances détruites, un redoublement de persécution au moment où elle avait lieu de compter sur une trêve, et d’autres circonstances contradictoires, pénibles, faisaient de sa situation, à cette époque, une crise violente, une décisive épreuve, qui l’introduisait sans retour dans ce que j’ai appelé les années sombres. Jusque-là les orages mêmes avaient laissé jour pour elle à des reflets gracieux, à des attraits momentanés, et, selon sa propre expression si charmante, à quelque air écossais dans sa vie. Mais, à partir de là, tout devient plus âpre. La jeunesse d’abord, cette grande et facile consolatrice, s’enfuit. Mme de Staël avait horreur de l’âge et de l’idée d’y arriver ; un jour qu’elle ne dissimulait pas ce sentiment devant Mme Suard, celle-ci lui disait : Allons donc, vous prendrez votre parti, vous serez une-très-aimable vieille. Mais elle frémissait à cette pensée ; le mot de jeunesse avait un charme musical à son oreille ; elle se plaisait à en clore ses phrases, et ces simples mots : Nous étions jeunes alors, remplissaient ses yeux de larmes, Ne voit-on pas souvent, s’écriait-elle (Essai sur le suicide), le spectacle du supplice dé Mézenee renouvelé par l’union d’une âme encore vivante et d’un corps détruit, ennemis inséparables ? Que signifie ce triste avant coureur dont la nature fait précéder la mort, si ce n’est l’ordre d’exister sans bonheur et d’abdiquer chaque jour, fleur après fleur, la couronne de la vie ? » Elle se rejetait le plus longtemps possible en arrière, loin de ces derniers jours qui répètent d’une voix si rauque les airs brillants des premiers. Le sentiment dont elle fut l’objet à cette époque de la part de M. de Rocca lui rendit encore un peu de l’illusion de la jeunesse ; elle se laissait aller à voir dans le miroir magique de deux jeunes yeux éblouis le démenti de trop de ravages. Mais son mariage avec M. de Rocca, ruiné de blessures, le culte de reconnaissance qu’elle lui voua, sa propre santé altérée, toijt ramena à de plus réguliers devoirs. L’air écossais, l’air brillant du début, devint bientôt un hymne grave, sanctifiant, austère.Trop à l’étroit dans Coppet, elle sentait que, pour être heureuse, il lui fallait ressaisir l’air libre, l’espace immense. Le préfet de Genève, M. Capelle, qui avait succédé à M. de Barante père révoqué, lui insinuait d’écrire quelque chose sur le roi de Rome ; un mot lui eût aplani tous les chemins, ouvert toutes les capitales; elle n’y songea pas un seul instant, et, dans sa saillie toujours prompte, elle ne trouvait à souhaiter à l’enfant qu’une bonne nourrice. Les Dix années d’exil (1821, in-8°) peignent au naturel les vicissitudes de cette situation agitée. Les Considérations sur la Révolution française (1818, 3. vol. in-8°), dernier ouvrage de Mme de Staël, celui qui ‘a, scellé le jugement sur elle et qui classe naturellement son nom en politique entre les noms honorés de son père et de son gendre, la font connaître sous ce point de vue libéral, mitigé, anglais et un peu doctrinaire, comme on dit, beaucoup mieux que nous ne pourrions faire. Aussitôt après son retour, en France, elle ne tarda pas à voir se dessiner les exigences des partis et toutes les difficultés qui compliquent les restaurations. Les ménagements, les mesures de conciliation et de prudence furent dès l’abord la voie indiquée, conseillée par elle. Dans son rapprochement de Mme de Duras et de M. de Chateaubriand, elle cherchait a s’entendre avec la portion éclairée, généreuse, d’un royalisme plus vif que le sien, et Mon système, disait-elle en 1816, est toujours en opposition absolue avec celui qu’on suit, et mon affection la plus sincère pour ceux qui le suivent. » Elle eut dès lors a souffrir incessamment dans beaucoup de ses relations et affections privées par les divergences qui éclatèrent ; le faisceau des amitiés humaines se relâchait autour d’elle. Jours pénibles et qui arrivent tôt ou tard dans chaque existence, où l’on voit les êtres préférés, qu’on rassemblait avec une sorte d’art au sein d’un même amour, se refroidir, se déplaire, se rembrunir l’un après l’autre, se tacher, en quelque sorte, dans la fleur ! Mme de Staël n’eut pas d’enfants de son union avec M. de Rocca, qui ne lui survécût que six mois. De M. de Staël, elle avait eu deux fils et une fille ; celle-ci épousa. M. de Broglie, pair de France. Des deux fils, le puîné mourut fort jeune ; l’autre fut le baron de Staël, l’écrivain philanthrope.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Madame Germaine de Staël-Hosltein sur wikipedia

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juillet 9, 2008

LE PAPE PIE VII (1742-1823)

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Il est esclave de ses devoirs.

(Napoléon Bonaparte)

PIE VII (Grégoire-Barnabe CHIARAMONTI), pape, successeur immédiat du précédent, né à Césène en 1742, mort à Rome en 1823. Il était fils du comte Scipion Chiaramonti. Dès l’âge de seize ans, il prit l’habit de bénédictin dans sa ville natale, puis fit ses études théologiques qu’il termina à Rome. Il professait depuis neuf ans la théologie dogmatique dans cette ville, lorsque Pie VI, son parent, le nomma abbé, puis successivement évêque de Tivoli (1782), d’imola et cardinal (1785). Pendant quinze ans, Chiaramonti gouverna avec sagesse son diocèse. En 1798, lorsque Imola fut détaché des Etats pontificaux et annexé à la république Cisalpine, son évèque fit paraître une homélie dans laquelle il déclara que la religion chrétienne n’est incompatible avec aucune forme de gouvernement, et s’attira par là l’estime des vainqueurs et la reconnaissance de son diocèse, auquel il épargna beaucoup de malheurs. Après la mort de Pie VI, il fut élu pape en 1800 par le conclave ouvert à Venise. Il revint à Rome, occupée alors par les troupes de Naples et de l’Autriche, prit pour secrétaire d’Etat le cardinal Consalvi, à qui il devait en partie son élévation, s’attacha à rétablir l’ordre dans les finances et donna de sages règlements sur l’administration civile et l’organisation judiciaire. Après la victoire de Marengo, qui rétablissait l’influence française en Italie, le premier consul Bonaparte ayant fait des ouvertures au cardinal Martiniana sur son intention de rétablir en France la religion catholique, Pie VII accrédita aussitôt auprès de lui Spina, archevêque de Corinthe. C’est alors que furent jetées les bases du concordat et, malgré les intrigues du chevalier Acton, ministre du roi de Naples, le cardinal Consalvi fut chargé d’aller à Paris pour terminer cette importante négociation (1801). Quelques personnes en jetèrent les hauts cris. Le pape ne ratifia pas moins le concordat par une bulle du 14 août 1801, nomma cinq cardinaux français, écrivit aux titulaires des évêchés français de se démettre de leurs sièges, envoya comme légat a latere le cardinal Caprara chargé de rétablir le culte en France, et obtint, par ordre du premier consul, la restitution de Bénévent et de Ponte-Corvo. Toutefois, une longue série de mécontentements et de démêlés ne tarda point à naître de l’exécution ou de l’interprétation du concordat, et, dès le 18 avril 1802, jour de la publication officielle de ce traité, Bonaparte promulgua la loi du 18 germinal an X, connue sous le nom d’Articles organiques, laquelle atténue en plusieurs points la portée du concordat, et que ni Pie VII ni ses successeurs n’ont voulu reconnaître. Lorsqu’on 1804 Bonaparte fut devenu empereur, il chargea son oncle, le cardinal Fesch, d’engager le saint-père à venir le sacrer. Pie VII ne se dissimulait pas qu’en accédant à cette demande il allait s’attirer l’animadversion de toutes les têtes couronnées ; mais il se flattait qu’il y trouverait l’occasion d’obtenir ce qu’il demandait dans l’intérêt de l’Eglise. II céda donc aux désirs du nouveau César, donna à Consalvi tout pouvoir pour gouverner pendant son absence, arriva à Paris le 28 novembre et, le 2 décembre, il sacra Napoléon comme empereur sous les voûtes de Notre-Dame (1804). Mais la mésintelligence ne tarda pas à éclater entre les deux puissants souverains. En 1806, Napoléon exigea du pape le renvoi des Anglais, Russes, Suédois et Sardes des Etats de l’Eglise, et, sur le refus de Pie VII, il s’empara de Bénévent et de Ponte-Corvo, fit occuper militairement Rome en 1808, annexa au royaume d’Italie les légations d’Urbin, d’Ancône, de Macerata, de Camerino, et enfin réunit (1809) tous les Etats pontificaux à l’Empire français. Pie VII répondit par une bulle d’excommunication qui lui attira de nouvelles rigueurs. Lorsque, avant d’en venir contre le pape aux dernières extrémités, Napoléon voulut tenter sur lui un dernier effort, l’officier chargé de ses propositions força le passage et pénétra insolemment jusqu’au saint-père. Il soupait ; deux plats de poisson composaient tout le service. Après l’avoir écouté, le pape ne lui répondit que par ces mots : « Monsieur, un souverain qui n’a besoin pour vivre que d’un êcu par jour n’est pas un homme qu’on intimide aisément. » Sur son refus formel de renoncer à la souveraineté temporelle des Etats de l’Eglise, le général Radel l’enleva du Quirinal avec le cardinal Pacca, le fit monter dans un carrosse escorté par des gendarmes et le conduisit prisonnier à la chartreuse de Florence, puis à Alexandrie et à Grenoble. Amené ensuite à Savone, le pape y fut gardé comme un véritable prisonnier d’Etat. Il refusa de toucher les 2 millions de revenu que lui assurait le décret par lequel Rome était annexée à l’Empire, protesta de nouveau contre la conduite de Napoléon et refusa constamment de donner l’institution canonique aux évéques nommés par lui. Sur ces entrefaites, l’Empereur, ayant appelé à Paris treize cardinaux pour assister a son mariage avec Marie-Louise et ayant éprouvé un refus, signa l’ordre de leur exil et leur assigna des résidences séparées. Profondément irrite de ne rien obtenir du pape pour les affaires ecclésiastiques, il résolut de se passer de lui en convoquant à Paris un concile national (1811), interdit à Pie VII de communiquer avec les évéques de l’Empire, le menaça d’une déposition et lui envoya à Savone, pour lui arracher une adhésion aux actes de ce concile, une députation d’évéques, qu’il reçut avec une grande sévérité et qui ne put rien obtenir de lui. En 1812, avant de partir pour sa funeste campagne de Russie, Napoléon lit transférer Pie VII à Fontainebleau. C’est là que, vaincu par l’opiniâtreté de l’Empereur et par l’obsession de certains cardinaux, le malheureux pontife consentit à signer, le 25 janvier 1813, un nouveau concordat, par lequel il abdiquait sa souveraineté temporelle, une partie de son autorité spirituelle, et consentait à venir résider en France. Toutefois, à l’instigation de Consalvi et de Pacca, il se rétracta peu de temps après et fut de nouveau traité en prisonnier d’Etat. Au commencement de 1814, Napoléon lui permit cependant de rentrer à Rome. Chassé un instant pendant les Cent-Jours, il y retourna définitivement lors de la chute de son puissant ennemi. Le rétablissement des jésuites, un nouveau concordat signe avec la France des efforts pour rétablir l’ordre dans les Eglises catholiques d’Allemagne, de Suisse, de Hollande et d’Angleterre furent les évenements les plus considérables de ses dernières années. Il mourut en 1823, à l’âge de quatre-vingt-un ans, à la suite d’une chute dans laquelle il s’était fracturé le col du fémur. Ce pontife bon, sobre, pieux s’était fait aimer des Romains par la douceur de son gouvernement et s’était concilié la sympathie générale par la fermeté qu’il montra dans sa lutte contre son formidable adversaire. On a de beaux portraits de lui par Louis David et Lawrence, et Thorvvaldsen a exécuté à Rome son cénotaphe surmonté des statues de la Modération et de la force.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Pie VII sur wikipedia

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mars 18, 2008

PRINCE CLEMENT DE METTERNICH-WINNEBURG (1773-1859)

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Clemens-Lothar Wenzel, chancelier prince Metternich (1773-1859), homme politique autrichien

Metternich est tout près d’être un homme d’Etat : il ment très bien.

(Napoléon Bonaparte)

METTERNICH-WINNEBURG ( Clément-Wenceslas-Népomucène-Lothaire, comte, puis prince DE), duc DE PORTELLA, célèbre diplomate et homme d’Etat autrichien, né à Coblentz le 15 mai 1773, mort à Vienne le 5 juin 1859. A l’âge de quinze ans, le jeune Metternich alla étudier à l’université de Strasbourg, où il eut pour condisciple Benjamin Constant, avec qui il se lia étroitement. Il acheva sa philosophie en 1790, quitta alors Strasbourg pour aller assister au
couronnement de l’empereur Léopold, puis alla terminer sou instruction à Mayence. Après a voir visité l’Angleterre et la Hollande, il vint habiter Vienne, où il épousa, à l’âge de vingt et un ans, la fille du prince dellaunitz-Rietberg (1795). M. de Metternich, qui venait d’entrer dans la diplomatie, suivit son père comme simple secrétaire au congrès de Rastadt, puis il accompagna le comte de Stadion dans ses missions en Prusse et à Saint-Pétersbourg, fut nommé ministre à la cour de Dresde (1801), à celle de Berlin (1803), où il prépara une nouvelle coalition contre la France, et enfin ambassadeur à Paris en 1806. Le système politique que le comte de Metternich venait représenter auprès de Napoléon était compliqué. La maison d’Autriche avait subi bien des revers depuis la première coalition contre la France ; Bonaparte, général et consul, lui avait arraché deux fois le Milanais ; Moreau l’avait refoulée sur le Danube, Rentrée en lice par son alliance avec la Russie, elle avait vu cette nouvelle coalition écrasée à Austerlitz. Le cabinet autrichien avait dû signer le traité de Presbourg, stipulation imposée par la nécessité, qui brisait le vieil empire d’Allemagne et en finissait en quelque sorte avec la maison d’Autriche. Dans cet état de choses, M. de Metternich devait avant tout chercher à plaire au vainqueur ; il y réussit complètement : on était alors chez nous en plein retour vers les choses d’autrefois. Napoléon faisait fouiller les archives pour y déterrer de vieux formulaires d’étiquette. Joignant aux avantages de la naissance la figure la plus séduisante, les manières les plus distinguées, un esprit fin, une parole facile, le jeune ambassadeur eut un succès prodigieux. Il avait mission de plaire ; il s’en acquitta avec autant d’habileté que de zèle. Bien accueilli par Napoléon, à qui il fit croire qu’il était dévoué à sa politique, M. de Metternich fut à même d’étudier le despote qui faisait mouvoir le monde à son gré et de deviner parfois les ressorts mystérieux qui le faisaient agir. Le jeune ambassadeur insistait alors fortement pour fonder entre la France et l’Autriche un système solide d’assurance mutuelle contre la Russie. L’entreprise d’Erfurt déjoua ses projets des promesses furent échangées entre Napoléon et Alexandre. Il fut un instant question de partager l’Europe en deux. L’Autriche se vit en péril et fit en secret des préparatifs de guerre. M. de Metternich reçut l’ordre de plaire plus que jamais et de continuer à Paris sa comédie pacifique. Napoléon, alors occupé à poursuivre l’armée anglaise dans la Péninsule, fut tout à coup prévenu que l’armée autrichienne avait passé l’Inn et envahissait la Bavière, notre alliée. Furieux, il ordonna aussitôt à Fouché de renvoyer M. de Metternich à la frontière, entre deux gendarmes ; mais Fouché se contenta de faire escorter le carrosse de l’ambassadeur. Deux mois s’étaient à peine écoulés que l’Autriche, écrasée à Wagram, implorait la paix et signait le traité de Vienne (14 octobre 1809). Sur ces entrefaites, M. de Metternich fut nommé chancelier et ministre des affaires étrangères par l’empereur d’Autriche (8 octobre 1809), et, réconcilié avec Napoléon, fut envoyé auprès de ce dernier avec le comte de Bubna pour traiter de la paix. Une occasion se présenta bientôt pour l’Autriche de rentrer en grâce auprès du terrible vainqueur. Il venait de divorcer avec Joséphine et était sur le point d’épouser une sœur de l’empereur de Russie, M. de Schwartzenberg, alors ambassadeur à Paris, fut chargé de s’expliquer à ce sujet ; un mariage fut proposé et accepté le même jour (février 1810) et M. de Metternich vint lui-même conduire la fille des césars dans la couche du soldat triomphant. Le cabinet de Saint-Pétersbourg ayant vu ce mariage avec déplaisir, Napoléon, qui visait à la dictature universelle, brisa son alliance avec la Russie et la guerre fut déclarée. L’Autriche prit naturellement parti pour Napoléon, et, par les soins de Metternich, un traité d’amitié, d’union et d’alliance à perpétuité fut signé à Paris le 14 mars 1812, entre Napoléon et l’empereur François II ; la Prusse se jeta aussi dans cette alliance et, peu de jours après, soldats alliés traversaient le Niémen ; mais, six mois plus tard, les choses avaient singulièrement changé de face. Après la désastreuse retraite de Russie, la défection du général prussien d’York venait de livrer notre aile gauche ; celle du général Schwartzenberg, notre aile droite ; Alexandre avait passé la Vistule, le roi de Prusse s’était jeté dans ses bras, et les vaincus d’Iéna couraient aux armes. Quant à l’Autriche, elle mit plus d’habileté dans sa trahison. M. de Metternich se contenta d’établir une trêve tacite entre les armées autrichienne et russe et proposa la médiation de l’Autriche à l’empereur des Français. Les négociations durèrent tout l’hiver de 1812 à 1813. Pendant ce temps, des levées considérables se faisaient sur tout le territoire autrichien, l’armée devait être portée à 300.000 hommes, et M. de Metternich justifiait ces armements par la position naturelle dans laquelle se trouvait l’Autriche : quand les belligérants étaient si rapprochés du territoire d’un neutre, il paraissait tout naturel que ce neutre prit des précautions pour se préserver lui-même. D’un autre côté, le cabinet anglais envoyait lord Walpole à M. de Metternich, pour lui offrir d’énormes avantages si l’Autriche voulait entrer dans la coalition. Immédiatement, le diplomate autrichien envoya le baron de Weissemberg en mission secrète à Londres, sous le prétexte d’amener une pacification générale, mais en réalité pour s’arranger avec le cabinet anglais (mars 1813). Deux mois plus tard, Napoléon, contre lequel un nouvel ennemi, la Suède, venait de se coaliser, enleva par les victoires de Lutzen et de Bautzen la Saxe aux coalisés. L’Autriche se présenta alors comme médiatrice armée, et envoya le comte de Bubna à Napoléon et le comte de Stadion aux alliés. Un armistice fut conclu à Plesswitz, et ou accepta de part et d’autre l’ouverture, à Prague, d’un congrès que présida Metternich. C’est quelques jours avant, à Dresde, où était sou quartier général, que Napoléon eut avec Metternich cette fameuse conversation rapportée par Metternich lui-même et par le baron Fain, qui en fut le seul témoin. Metternich, de l’aveu même de M. Thiers, apportait la paix ; mais l’empereur en trouva les conditions exagérées, et traita fort durement Metternich, qui sortit l’âme ulcérée et persuadé que désormais la paix était impossible avec la France, tant que Napoléon y régnerait. Enfin, le ministre, désirant faire cesser des négociations qui, traînant en longueur, permettaient à l’empereur de gagner du temps, déclara que, si, le 10 août suivant, les propositions de l’Autriche n’étaient pas acceptées, cette puissance entrerait dans la coalition formée contre la France. Napoléon dédaigna même de répondre, le congrès de Prague fut dissous et Metternich se rendit à Tœplitz, où il fit entrer l’Autriche dans la coalition en signant un traité d’alliance avec l’Angleterre, la Prusse et la Russie. Une note du cabinet de Vienne annonça au comte de Nesselrode et à M. de Hardenberg que désormais l’Autriche, membre de la coalition, mettait en ligne 200.000 hommes, massés derrière les montagnes de la Bohême. La joie des alliés fut indicible. Dix jours après parut le manifeste de l’Autriche ; ce fut alors que Napoléon se ravisa et fit porter à Prague son acceptation, mais il était trop tard : M. de Metternich déclara l’impossibilité de traiter séparément, et répondit qu’il fallait en référer simultanément aux trois cours, désormais inséparables dans leur politique. Napoléon, qui ne perdait pas tout espoir d’entraîner l’Autriche dans ses intérêts et qui comptait encore sur la victoire, proposa de négocier pendant la guerre, alors que les armées autrichiennes s’ébranlaient pour tourner la ligne de l’armée française ; mais, malgré tous ses efforts, il se vit écrasé par le nombre. Après la désastreuse bataille de Leipzig (octobre 1813), la déclaration de Francfort et l’invasion de notre territoire, un congrès s’ouvrit à Chatillon (février-mars 1814). Metternich, qui désirait la paix et qui avait une grande influence sur les décisions des coalisés, fit offrir à Bonaparte des conditions relativement avantageuses, car la France conservait ses frontières de 1792. Napoléon accepta les bases proposées, mais il chicana sur les détails. Un moment, le duc de Vicence reçut carte blanche pour traiter à tout prix et éviter une bataille suprême. Cette bataille eut lieu. Les succès remportés à Brienne, à Champaubert, à Montmirail changèrent les dispositions de Napoléon. Il écrivit à l’instant au duc de Vicence pour lui recommander de ne rien signer, sans son ordre. « Il faut faire des sacrifices, lui répond en toute hâte le duc de Viceuce, il faut les faire à temps ; comme à Prague, si nous n’y prenons garde, l’occasion va nous échapper. » Ces paroles de Caulaincourt n’étaient que la reproduction exacte des lettres confidentielles que lui adressait M. de Metternich. Le chancelier autrichien était alors partisan sincère du maintien de Napoléon sur le trône ; ses défiances naissantes contre la Russie et les liens de famille qui unissaient Bonaparte à son souverain rendaient ce sentiment tout naturel ; il voyait grossir l’orage ; la prépondérance qu’il avait exercée de l’autre côté du Rhin commençait à lui échapper. L’Angleterre se prononçait pour les Bourbons, la Russie penchait de ce côté, et Napoléon luttait encore, exigeant, avant tout traité, l’évacuation du territoire. L’heure de sa chute avait enfin sonné. Bientôt Paris ouvrit ses portes au prince de Schwartzenberg, et tandis que l’empereur d’Autriche et Metternich s’étaient arrêtés à Dijon pour ne pas assister à la prise de la capitale où régnait Marie-Louise, l’empereur Alexandre, circonvenu par une intrigue de salon, en présence d’une, nation épuisée par la guerre, démoralisée par le despotisme, devenue incapable de se prononcer virilement pour la liberté, trancha la question de dynastie en faveur des Bourbons. M. de Metternich resta étranger aux intrigues qui substituèrent Louis XVIII au gendre de François Ier d’Autriche, mais il signala convention de Fontainebleau puis la paix du 30 mai 1814, et ce fut lui qui présida le congrès de Vienne, où fut remaniée la carte de l’Europe, et où il obtint pour l’Autriche la part du lion. Ce grand remaniement de l’Europe, interrompu un instant par les Cent-Jours, fut continué après Waterloo ; la France fut mutilée, la Saxe spoliée, la Prusse bizarrement constituée, l’Italie livrée pieds et poings liés à l’Autriche, la malheureuse Pologne dépecée, la Belgique accouplée de force à la Hollande. L’acte fédératif du 8 juin, réduisant à néant les promesses libérales des proclamations de 1813, reconstruisit pour l’Allemagne le vieil équilibre féodal, et la Russie, s’étendant à travers la Pologne, atteignit les frontières de la Prusse. Ce n’est pas sans raison que l’abbé de Pradt a pu dire : « La guerre de l’indépendance de l’Europe contre la France a fini par l’assujettissement de l’Europe à la Russie, ce n’était pas la peine de tant se fatiguer. » (Congrès de Vérone, tome 1er.) Metternich négocia encore la seconde paix de Paris (2 novembre 1815) et, à partir de cette époque, il fut constamment occupé de maintenir l’œuvre de despotisme constituée par les alliés et ébranlée par de fréquentes secousses. L’Allemagne réclamait l’accomplissement des réformes libérales promises au moment du danger. Les associations universitaires ne s’étaient pas dissoutes après la victoire ; la Burschenschaft s’était étendue comme un réseau sur toute l’Allemagne ; l’Italie s’agitait, une tribune s’élevait à Naples ; le Piémont renversait sou roi, l’Espagne emprisonnait le sien, la Pologne frémissait sous son triple joug. Pour aviser aux moyens d’écraser l’esprit libéral en Europe, des congrès eurent lieu à Aix-la-Chapelle (1818), à Carlsbad (1819), à Troppau (1820), à Laybach (1820). M. de Metternich, qui avait traité avec le saint-siège en 1818 et dirigé les conférences où avaient été rédigés l’acte final de Vienne et celui de la confédération germanique, présida la plupart de ces congrès et y exerça une influence prépondérante. Adversaire acharné de la liberté et des droits des peuples, il formula sa politique odieuse dans la déclaration suivante, faite au congrès de Laybach : «II appartient aux souverains seuls d’accorder et de modifier les institutions en ne restant responsables de leurs actes qu’envers Dieu. » L’effervescence universitaire de l’Allemagne fut momentanément réprimée, la tribune de Naples fut fermée et le Piémont envahi par l’Autriche. La double répression, base du système de M. de Metternich en Allemagne et en Italie, entraîna un mouvement de réaction, car la liberté ne se laisse point toujours impunément opprimer ; mais la Sainte-Alliance en vint enfin à bout, et si l’armée autrichienne, aidée des Russes, n’occupa point tout de suite le Piémont et les Deux-Siciles, il faut avoir la justice de dire qu’on le doit à, la résistance de Louis XVIII, qui déclara à M. de Metternich « que si les armées autrichiennes envahissaient le Piémont, l’occupation ne saurait être d’une longue durée, car la France ne pourrait souffrir les Autrichiens sur les Alpes. » Cependant les rois coalisés finirent par avoir le dessus sur les peuples ; l’armée autrichienne entra en Piémont et Naples fut conquise. M. de Metteruich dirigea les discussions du congrès de Vérone (1822), qui fut le triomphe de la réaction. La France reçut la déplorable et honteuse mission de comprimer les cortés espagnoles, comme Metternich avait été l’exécuteur armé des volontés de l’Alliance contre Naples et le Piémont, et la Révolution fut étouffée. Tous les actes de cabinet, toutes les proclamations qui suivirent la tenue des congrès dont nous venons de parler furent spécialement l’œuvre de M. de Metternich, regardé alors par toutes les chancelleries comme le premier diplomate de l’Europe. M. de Metternich vit avec un grand déplaisir l’insurrection des Grecs, car il craignait que la Russie, dont il connaissait les projets ambitieux sur Constantinople, n’intervînt ; ce qui eut lieu, en effet, en 1827. Il fit sonder alors le ministère français ; mais on l’écouta à peine, car des négociations ouvertes entre les cabinets de Londres, de
Saint-Pétersbourg et de Paris, sur la question des Grecs, aboutirent au traité de juillet et à la bataille de Navarin. Il tenta vainement de faire renoncer les puissances à suivre une politique qui tendait finalement à tuer la Turquie au profit de la Russie ; mais, voyant la position de l’Autriche sur le Danube sérieusement menacée, il s’adressa au cabinet de Saint-Pétersbourg, et ses remontrances eurent pour résultat d’arrêter les Russes à Andrinople. Pendant ce temps, les événements ‘marchaient en France vers une crise inévitable ; le ministère de M. de Polignac était formé. Sous le simple point de vue diplomatique, c’était un avantage pour l’Autriche, car on sortait du point de vue russe pour entrer dans les idées anglaises. Toutefois, un esprit aussi subtil que M. de Metternich ne pouvait voir sans appréhension une lutte engagée entre les pouvoirs politiques dans un pays comme la France, habitué à donner l’impulsion au reste de l’Europe. Enfin éclata la Révolution de Juillet. Dans cette circonstance, M. de Metternich attendit la Révolution l’arme au bras, mais sans faire contre elle aucune démonstration hostile. Cette modération fut poussée si loin que, dès qu’un gouvernement régulier fut établi en France, le ministre autrichien se hâta de le reconnaître, sans affection comme sans haine, et par ce seul motif, dit-il, qu’un gouvernement régulier est toujours un fait protecteur de l’ordre et de la paix publique. Cependant il continua à augmenter insensiblement l’influence autrichienne en Italie, sans trop de souci des traités et dans la confiance que le gouvernement de Louis-Philippe n’était pas encore assez affermi pour s’y opposer. Mais lorsque le cabinet de Vienne , enhardi par la longanimité du nouveau gouvernement, voulut régler à sa fantaisie les affaires d’Italie et intervint militairement dans les Etats du pape, l’occupation d’Ancône par les Français montra qu’il y avait des limites que la monarchie de Juillet ne laisserait pas franchir. Depuis cette époque, l’Autriche se tint en Italie simplement sur la défensive. Après la mort de l’empereur François, M. de Metternich resta le ministre et le conseil de son successeur Ferdinand 1er, et se réjouit un instant, en 1840, de voir la question d’Orient amener entre la France, et l’Angleterre une rupture presque complète ; mais prévoyant ensuite qu’une guerre générale s’ensuivrait et qu’elle se ferait au profit de le Russie, il fut le premier à proposer son entremise pour le maintien de la paix en 1841. En 1846, les mariages espagnols amenèrent une rupture momentanée dans les relations de l’Angleterre et de la France. Ce dernier pays se rapprocha du cabinet de Vienne ; mais ce rapprochement ne fut que momentané ; l’année suivante, un dissentiment s’éleva même à propos des affaires de la Suisse. L’avènement de Pie IX, qui passait à tort pour favoriser les idées libérales et nationales, fut en Italie le signal d’une effervescence qui gagna bientôt la Lombardie, la Vénétie, la Hongrie, la Bohême. M. de Metternich, essayait vainement de la comprimer, lorsque la chute de Louis-Philippe et la proclamation de la république vinrent ajouter de nouvelles complications à ces embarras. Le diplomate autrichien songea alors à faire des réformes dans le sens libéral, mais il était trop tard ; il fut débordé et l’insurrection de la Vénétie, le 13 mars 1848, l’obligea à donner sa démission d’un poste qu’il occupait depuis trente-huit ans. M. de Metternich traversa l’Allemagne en ébullition et alla à Dresde, d’où fut obligé de gagner la Hollande, puis Bruxelles, où il s’établit en 1849. Au mois de juin de l’année 1851, il revint habiter sa propriété de Johannïsberg, où le nouvel empereur le visita et vint lui démander ses avis, sans toutefois le rappeler aux affaires, ce dont il eut quelque dépit, d’autant plus qu’il se voyait remplacé par un homme bien inférieur à lui, le prince de Schwartzenberg, dont il était loin, et avec raison, d’approuver la politique. Metternich vit la guerre de 1859, entre la France et l’Autriche, mais il mourut quelques jours trop tôt pour recevoir la nouvelle de la signature du traité de Villafranca. qui devait porter une si grave atteinte, à l’oeuvre de 1815. Le prince de Metternich avait été marié trois fois. Après avoir perdu sa première femme, il épousa, en 1827, la baronne Marie-Antoinette de Leykham, qu’il perdit le 12 janvier 1829. Il se remaria une troisième fois, le 30 janvier 1831, avec la comtesse Mélania Zichy, morte cinq ans avant lui, le 30 mars 1854. Le prince de Metternich aimait les sciences, les lettres, les arts, qu’il cultivait pendant ses loisirs. « Homme d’esprit et non de génie, dit M. Léo Joubert, plus capable de profiter des circonstances, que de les faire naître, plus habile à tourner les difficultés qu’à les résoudre, devant beaucoup à sa haute naissance, il eut le mérite et le bonheur, de conduire supérieurement les affaires de son pays à travers la crise de 1813, et depuis il vécut un peu sur sa réputation. A force d’entendre dire qu’il représentait le génie de la résistance, il avait fini par le croire, et il aimait à se donner pour un professeur infaillible de politique conservatrice. » « Son système à l’intérieur, dit Capefigue, consistait à maintenir, à l’aide d’une police ombrageuse, de la censure et d’un blocus intellectuel, l’Autriche en dehors de l’influence et de l’action des idées révolutionnaires, à conserver immobile le statu quo en défiance des innovations, quelles qu’elles fussent. Toutefois, cette tactique fut impuissante à protéger la monarchie autrichienne contre l’agitation révolutionnaire de l’époque. Sous ce système engourdissant, l’administration avait fini par perdre toute énergie. » Le prince de Metternich employa tout son talent, et un talent très réel, à soutenir cette politique à courte vue, politique fausse, impuissante, qui consista à refouler toutes les aspirations légitimes des peuples, à n’accorder aucune réforme jusqu’à l’heure où éclatent les révolutions. Ou ne saurait donc considérer M. de Metternich comme un grand homme d’Etat ; mais, tout en soutenant une politique immorale, il se montra, incontestablement, un diplomate retors, rompu aux affaires, et il exerça sur la diplomatie européenne un incontestable ascendant. Si on le considère à ce dernier point de vue, on ne saurait nier qu’il n’ait employé tous ses efforts à rendre l’Autriche puissante et forte ; mais, comme il ne s’appuyait que sur la force, son œuvre devait être éphémère, et elle commençait à tomber en dissolution lorsqu’il mourut. « Il fit de l’Autriche, dit un écrivain anglais, l’une des plus grandes monarchies de l’Europe, fortifiée sur le Pô, sur le Danube, sur le Rhin, touchant d’un côté aux riches plaines de l’Italie, appuyée sur la haute Allemagne, l’Illyrie, les provinces slavoniennes, et s’étendant jusqu’aux rives des Riesengebirge. Comme ministre de cet immense empire, Metternich fut le Titan de son siècle. Sans recourir au glaive, partout où il étendit son action, il remporta la victoire. Par de secrètes stipulations avec les princes, l’Italie était à ses pieds. Il gouvernait la Germanie au moyen de la confédération qu’il avait lui-même organisée et qui, outre les troupes impériales, plaçait sous son contrôle une armée de 300.000 hommes. Napoléon lui-même, dans la suprématie de son pouvoir, avait à peine une armée plus considérable que celle que Metternich acquit par des moyens pacifiques et conserva en persuadant à l’Europe qu’elle était nécessaire au maintien de la paix générale… Dès l’âge de vingt-cinq ans, jusque vers la fin de sa vie, il fut le véritable régent de cet amas de populations hétérogènes réunies sous le sceptre de la maison de Habsbourg ; et le prestige de sa haute situation, joint au succès de sa tactique, lui donna près des princes étrangers plus de crédit qu’ils n’en accordaient souvent à leurs propres conseillers. Son nom était également respecté à Rome, à Pétersbourg, à Paris pendant la Restauration, à Londres pendant la régence, et à Vienne. Son action n’était donc point, comme celle des autres potentats, restreinte dans les limites de son pays, elle s’étendait aux plus importants du globe. Partout où il s’élevait quelque grande question, sa voix avait la prépondérance. Pendant plus d’un demi-siècle, il présida aux conseils de la diplomatie et, fut le guide de la politique européenne. »

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Prince Clément de Metternich sur wikipedia

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mars 16, 2008

CHARLES-LOUIS DE HABSBOURG (1771-1847), ARCHIDUC D’AUTRICHE

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Général Charles-Louis de Habsbourg (1771-1847), Archiduc d’Autriche

Le prince Charles est un homme sage, aimé par ses troupes… Bien qu’il ait commis un millier de fautes, il est le meilleur général autrichien.

(Napoléon Bonaparte)

CHARLES (l’archiduc), fils de l’empereur d’Autriche Léopold II, né à Vienne en 1771, mort en 1847. Il commanda l’avant-garde du prince de Cobourg dans les campagnes de 1793, et fut nommé peu après gouverneur des Pays-Bas et feld-maréchal. Appelé en 1796 au commandement de l’armée du Rhin, il eut quelques succès sur Moreau à Rastadt, sur Jourdan à Amberg et à Wurzbourg, mais s’attarda à prendre Kehl pendant que Bonaparte triomphait en Italie. Il franchit enfin les Alpes pour prendre le commandement de l’armée impériale, décimée à Arcole, et malgré ses talents n’essuya que des revers. En 1799, il battit Jourdan sur le Rhin, passa en Suisse, fit assaut de manœuvres et d’audace avec Masséna, mais sans résultat, et fut rappelé sur le Rhin. Privé de son commandement par suite de ses dissensions avec les généraux russes, il accepta le gouvernement de la Bohème, fut rappelé après le désastre de Hohenlinden, réorganisa l’armée, combattit jusqu’à la paix de Lunéville (1801), commanda une armée, en Italie dans la campagne de 1805, gagna la victoire de Caldiero sur Masséna, mais fut forcé d’accourir à la défense des Etats héréditaires, se porta en Bavière en 1809, fut défait dans plusieurs actions importantes où il avait Napoléon pour adversaire, à Eckmühl, à Essling, à Vienne et à Wagram en où il lutta avec un talent qui fit flotter la victoire et la rendit indécise. Découragé, fatigué surtout de voir ses plus belles combinaisons compromises par des généraux incapables, il résigna son commandement et vécut depuis dans la retraite. L’archiduc Charles était un stratége de premier ordre et l’un des bons généraux de son temps. Au sein d’une cour qui professait les principes de l’absolutisme le plus complet, l’archiduc-Charles nourrissait des idées libérales, et encourut la défaveur impériale. Il portait une sincère affection au duc de Reichstadt. On a de lui deux ouvrages célèbres : Principes de la stratégie expliqués par les opérations de la campagne d’Allemagne en 1796 (Vienne, 1814) ; Histoire de la campagne d’Allemagne et de Suisse en 1799 (Vienne, 1819).

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Archiduc Charles sur wikipedia

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CHARLE-GUILLAUME-FERDINAND DUC DE BRUNSWICK (1735-1806)

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Charles-Guillaume-Ferdinand, duc de Brunswick (1735-1806)

Les faux calculs des jeunes gendarmes sont pardonnables ; mais la conduite de ce vieux prince âgé de soixante-et-onze ans est un excès de délire dont la catastrophe ne saurait exciter de regrets. Qu’aura donc de respectable la vieillesse si , aux défauts de son âge, elle joint la fanfaronnade et l’inconsidération de la jeunesse ?

(Napoléon Bonaparte)

BRUNSWICK ( Charles-Guillaume-Ferdinand, duc DE), neveu de Ferdinand, signataire du fameux Manifeste qui a gardé son nom, né à Brunswick le 9 octobre 1735 , mort, à Altona le 10 novembre. 1806. Comme tous les princes de sa maison, il reçut une éducation extrêmement soignée, et montra dès son adolescence des facultés supérieures. Formé dans l’art de la guerre par ses oncles le prince Ferdinand et le grand Frédéric, il se distingua de la manière la plus éclatante dans la guerre de Sept ans, comme général au service de la Prusse. Après la conclusion de la paix, il entreprit, sous le nom de comte de Blackenbourg, de longs voyages, d’abord en France, où il se lia avec les esprits les plus distingués ; puis en Italie, à Rome, où l’antiquaire Winckelmann le guida dans ses explorations ; enfin en Moravie, en Silésie, en Westphalie, en compagnie du grand Frédéric, qui lui donna de nouveau un commandement dans la guerre de la Succession de Bavière (1778). Le duc de Brunswick y soutint sa réputation militaire et succéda, en 1780, à son père dans le gouvernement du duché. Mirabeau, qui le vit quelques, années plus tard, fait le plus grand éloge de son administration, et le représente lui-même comme un homme tout à fait supérieur. Lors des troubles de la Hollande, en 1787, il reçut le commandement de vingt mille Prussiens, et s’empara d’Amsterdam, d’ailleurs faiblement défendue. A l’époque de la Révolution française, le duc de Brunswick était généralement regardé comme un des meilleurs généreux de l’Europe. Aussi, après le traité de Pillnitz, dès les premiers mouvements contre la France, fut-il nommé généralissime des armées alliées (Prusse et Autriche). Il fit précéder son invasion par un Manifeste daté de Coblentz (25 juillet 1792), et qui a donné à son nom une triste célébrité. Il n’était point l’auteur de cette pièce odieuse, dont la rédaction appartient à la faction des émigrés, et l’on prétend qu’il ne la signa qu’avec la plus grande répugnance ; mais enfin il consentit à la signer, et ce fait seul suffit pour ternir sa réputation. On a rapporté aussi que, dans la suite, il ne parlait de cet acte qu’en le qualifiant de déplorable, et qu’il démentit, dans une lettre rendue publique, Bertrand de Molleville qui, dans ses Mémoires, lui attribuait une part dans la rédaction du Manifeste. Sa lettre se terminait ainsi : « Il est bien permis de chercher à éviter de passer, dans les siècles à venir, pour un étourdi inconsidéré. » (Mallet du Pan, Mémoires et correspondance.) Mais, encore une fois qui l’obligeait à signer ? Probablement, l’ambition de garder le commandement en chef. Qu’il conserve donc dans l’histoire la responsabilité de cet acte, qui n’était pas seulement contraire au droit, à la justice, à l’humanité, mais encore qui violait toutes les règles du droit des gens, toutes les règles de guerre établies entre les nations civilisées. On a dit aussi que l’empereur d’Autriche et le roi de Prusse, informés que des propositions brillantes lui avaient été faites pour le porter à embrasser la défense de la Révolution française, l’avaient mis dans la nécessité d’apposer son nom sur ce Manifeste de sang, dans le but secret de le compromettre pour jamais au regard de la France. Les Mémoires tirés des papiers d’un homme d’Etat se sont faits l’écho de ce bruit ; mais est-il vrai qu’un parti, un groupe d’hommes politiques, constitutionnels, girondins ou autres, séduits par la réputation militaire du duc de Brunswick, aient songé à l’attirer en faisant luire à ses yeux le mirage de la couronne de France ? Il n’est guère possible de répondre à une telle question. D ailleurs, ce rêve insensé, s’il a quelque réalité, ne dut jamais s’élever même à l’état de projet. Quoi qu’il en soit, par une coïncidence bien étrange, le jour même où le duc de Brunswick signait le manifeste, c’est-à-dire le 25 juillet, le girondin Carra publiait a Paris, dans son journal (Annales patriotiques), l’article suivant, qui fut plus tard un des motifs de son arrêt de mort : « Rien de si bête que ceux qui croient ou, voudraient faire croire que les Prussiens songent a détruire les jacobins, et qui n’ont pas vu dans ces mêmes jacobins les ennemis les plus acharnés de la maison d’Autriche, les amis constants de la Prusse, de l’Angleterre et de la Hollande… C’est le plus grand guerrier et le plus grand politique de l’Europe que le duc de Brunswick. Il ne lui manque peut-être qu’une couronne, je ne dis pas pour être le plus grand roi de l’Europe, mais pour être le restaurateur de la liberté en Europe. S’il arrive à Paris, je gage que sa première démarche sera de venir aux jacobins, et d’y mettre le bonnet rouge… » Sans doute, on peut regarder cette absurde tirade comme une présentation de candidat, d’autant plus qu’alors la chute de Louis XVI, n’était plus douteuse ; mais la coïncidence même de la publication avec celle du Manifeste, qui en eût été le plus détestable commentaire, éloigne toute idée d’un concert quelconque. Carra était un esprit assez chimérique, et c’était une de ses manies de songer à des princes étrangers. N’ayait-il pas déjà soulevé, un jour, tout le club des jacobins en proposant d’appeler le duc d’York au trône de France ? Cependant Brunswick entra en France dans les premiers jours d’août (1792). Le 20, il investit Longwy que la trahison lui livra sans combat, deux jours après. Il agit ensuite avec une extrême lenteur. Le 31 seulement, il se présenta devant Verdun, place qui était hors d’état d’opposer une résistance prolongée, qu’il bombarda pendant quinze heures, mais qui ne se rendit qu’après la mort du brave commandant Beaurepaire. Pendant ce temps, Dumouriez s’emparait rapidement des défilés de l’Argonne, les Thermopyles de la Franco, et, par cette manœuvre de génie, fermait pour ainsi dire la porte à l’invasion. Le duc de Brunswick avait commis plus d’une faute pendant ces rapides opérations, et la conquête de la France ne lui paraissait plus d’ailleurs aussi facile que l’affirmaient les fous de l’émigration. Après Valmy, il insista vivement auprès du roi de Prusse pour le décider à négocier. Des pourparlers eurent lieu en effet, et l’armée austro-prussienne, commença sa retraite le 1er octobre, abandonna successivement toutes ses positions, et quitta le territoire français, fort diminuée par les maladies et les engagements journaliers. Les arrangements entre l’ennemi et Dumouriez n’ont jamais été connus dans tous leurs détails, et l’on a supposé, à tort ou à raison, que le général français avait consenti à ne pas inquiéter les armées alliées dans leur retraite. Brunswick conserva le commandement des troupes prussiennes pendant la campagne de 1793 ; mais, par suite de dissentiments avec Wurmser, général autrichien, il donna sa démission en janvier 1794, et ne s’occupa plus dès lors que du gouvernement de son duché. En 1806, au moment où la Prusse reprit une attitude hostile contre la France, il reçut encore une fois le commandement des troupes prussiennes, mais ne fit rien de remarquable, et fut atteint d’une balle dans les yeux à la bataille d’Auerstaedt, ce qui amena la déroute de son armée ; il revint mourir à Altona, au milieu des plus grandes souffrances. Le duc de Brunswick, bon administrateur, homme instruit, éclairé, passionné, dit-on, pour le bien, ne paraît avoir combattu qu’à regret dans les rangs de la coalition : c’est ainsi qu’on expliquerait les revers qu’il éprouva ; mais, d’un autre côté, il faut bien reconnaître que, comme tous les généraux, habiles des anciennes écoles, il n’était plus à la hauteur de la tactique héroïque créée par les capitaines de la grande Révolution. Il était dans la destinée de l’ancien régime d’être vaincu sur tous les terrains.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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GENERAL GEBHARD LEBERECHT VON BLÜCHER (1742-1819)

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Feld Marechal Gebhard Leberecht von Blücher (1742-1819)

Blücher est un brave soldat, un bon sabreur. C’est comme un taureau qui ferme les yeux et se précipite en avant sans voir aucun danger. Il a commis des millions de fautes, s’il n’eût été servi par les circonstances, j’aurai pu différentes fois le faire prisonnier, ainsi que la plus grande partie de son armée. Il est opiniâtre et infatigable, n’a peur de rien et est très attaché à son pays ; mais comme général, il est sans talent.

(Napoléon Bonaparte)

BLÜCHER (Gerhard-Leberecht DE), prince de Wahlstatt, feld-maréchal des armées prussiennes, né à Rostock, dans le Mecklembourg, le 16 décembre 1742, mort à Kriblowitz le 12 septembre 1819, était fils d’un capitaine au service de la Hesse-Cassel. A l’âge de treize ans, il fut envoyé dans l’île de Rugen, près d’une de ses parentes, Mme de Krakwitz. Là, il s’adonna à sa nature sauvage et fougueuse, se livra aux exercices du corps, qui seuls convenaient à ses goûts, et sentit s’éveiller en lui sa passion pour les armes en voyant dans l’île un régiment, de hussards suédois. Malgré toutes les représentations, il s’engagea en qualité de porte-enseigne dans l’armée suédoise ; mais, dès sa première campagne, il fut fait prisonnier à Suckow par les Prussiens, et incorporé presque de force, par le colonel Belling, dans les troupes de Frédéric (1760). D’abord cornette dans le régiment des hussards noirs, il acquit quelque réputation par son courage impétueux pendant la guerre de Sept ans, se signala a Kunersdorff et à Freiberg, où il fut blessé, et se fit un renom comme duelliste. Après la paix d’Hubertsbourg (1763), Blucher étudia l’art militaire sous la direction du major Poscharli, mais s’abandonna surtout à la vie désordonnée des soldats en garnison. Devenu capitaine en 1770, il prit part à la guerre de Pologne, s’attira le mécontentement du général Loskow par la cruauté avec laquelle il traita ses prisonniers, et, pour ce fait, il se vit préférer un subalterne dans une promotion. Blessé de ce qu’il considérait comme un passe-droit, Blucher donna sa démission, que Frédéric accepta en ces termes : « Le capitaine Blucher est congédié et peut aller au diable (1773). » Il se retira alors à la campagne, se maria avec la fille d’un riche fermier général, Mlle de Mehling, s’occupa d’exploitations agricoles et fut nommé membre du conseil de la noblesse ; mais à peine Frédéric II fut-il mort (1786), que Blucher accourut à Berlin et reprit du service dans son ancien régiment. D’abord major, puis colonel en 1790, il se distingua par son sang-froid, son audace et sa farouche intrépidité pendant les campagnes de 1793 et contre les Français, notamment à Moorlautern, à Kaiserlautern, à Edesheim, à Neustadt, et fut nommé général major (1794). Après la paix de Bâle (1795), il se remaria, fut promu au grade de lieutenant général (1801) et devint gouverneur de Munster, de 1803 à 1806. A cette époque, la guerre ayant recommencé avec la France, Blucher prit part à la bataille d’Auerstaedt, où il commença l’attaque à la tête de vingt-Cinq escadrons. Ecrasé par la formidable artillerie de Davout, il opéra vers la Poméranie une retraite qui lui a été vivement reprochée. Le prince de Hohenlohe, ne pouvant gagner Stettin sans cavalerie et ayant vainement donné l’ordre à Blücher de le rejoindre, se vit contraint de signer la capitulation de Prenzlau et de se rendre. Coupé et poursuivi dans tous les sens, Blucher échappa, avec 10.000 hommes, au général Klein, en lui affirmant, contrairement à la vérité, qu’un armistice venait d’être signé ; puis il entra dans le Mecklembourg, fit sa jonction avec le corps du duc de Weimar, et combattit entre Wahren et Vieux-Schwerin, mais sans succès. Poursuivi par le grand-duc de Berg, par Soult et Bernadotte, il se jeta dans la ville libre de Lubeck, et, après une sanglante et inutile défense, qui fit subir à cette cité neutre toutes les horreurs d’une place prise d’assaut, il se retira en désordre sur Schwartau, et se vit forcé de mettre bas les armes, ainsi que le duc de Brunswick et 16.000 officiers et soldats. Bientôt après, il fut échangé contre le général Victor et se rendit à Koenigsberg, où, malgré les fautes qu’il avait commises dans cette campagne, il fut reçu avec distinction par la cour. Après la paix de Tilsit (1807), Blücher vécut dans l’inaction, mais sans dissimuler la haine profonde qu’il ressentait contre les Français. Ce fut avec une joie des plus vives qu’il apprit les résultats désastreux de la campagne de Russie, et qu’il vit arriver le moment de sortir de son repos. La Prusse entra dans la coalition (1813), et, bien que Blücher eût alors soixante et onze ans, il fut nommé commandant en chef de l’armée prussienne. A la tête de 40.000 Prussiens et Russes, il s’avança vers la Saxe, fit sa jonction avec le général Wittgenstein et rencontra, le 1er mai 1813, les Français à Lutzen. Le vieux Prussien, bien que blessé, ne quitta point le champ de bataille tant que dura l’action ; il se distingua également aux journées de Bautzen et de Hanau, et remporta sur Macdonald, à la Katzbach, un avantage marqué. Après la suspension d’armes conclue le 5 juin, Blücher prit le commandement de l’armée russo-prussienne, dite de Silésie, qui était forte de 120.000 hommes. Reprenant alors l’offensive, il s’avança vers Dresde, et, malgré les efforts de Napoléon, il passa l’Elbe (3 octobre 1813), battit les corps de Ney, Marmont et Bertrand, et marcha sur Leipzig, où Napoléon attendait les alliés, et leur livra une bataille de trois jours, qui se termina par la retraite des Français, trahis par les Saxons. Nommé feld-maréchal le lendemain de son entrée à Leipzig, Blucher poursuivit l’armée française ; mais il se trompa sur sa direction et marcha sur Coblentz, où il croyait que Napoléon se retirait. Arrivé sur les bords du Rhin le 1er janvier 1814, il le franchit près de Kaub, entra à Nancy le 17 du même mois, remporta sur Napoléon un avantage à la Rothière (1er février). Enflé de ce succès, Blücher, qui avait dit au moment où l’invasion avait été résolue : « Je veux planter mon drapeau sur le trône de Napoléon, » Blucher, voulant arriver le premier à Paris, se sépara de Schwarzemberg, s’engagea entre la Seine et la Marne, se fit battre à Champaubert et à Montmirail, et arriva à Soissons, qui se rendit, ce qui lui permit d’avancer encore et d’attendre près de Laon, dans une position formidable, Napoléon, qui l’attaqua avec des forces trop inférieures, et perdit la bataille. Après cette victoire, Blücher marcha sur Paris, fit, après le combat d’Arcis, sa jonction avec les alliés, et vint camper sur les buttes Montmartre. Le 31 mars, les armées alliées entraient à Paris. Nommé par le roi de Prusse prince de Wahlstatt, comblé d’honneurs et de dotations, Blücher fut néanmoins tenu à l’écart de la politique active par le tsar Alexandre. Bientôt après, il accompagnait à Londres les souverains alliés, y était accueilli avec enthousiasme, nommé docteur en droit par l’université d’Oxford, honneur qui dut le toucher médiocrement, et, de retour sur le continent, il assistait au congrès, où il proposa de démembrer la France. Lorsque, en 1815, Napoléon débarqua à Cannes, accourut à Paris et reprit sa terrible épée, Blücher fut nommé de nouveau général en chef de l’armée prussienne. Battu à Ligny par Napoléon, qui tua 15.000 Prussiens dans cette journée (16 juin), Blücher décidait trois jours après, par son arrivée inopinée, le succès de la bataille de Waterloo. Une seconde fois, le général prussien entra à Paris. Là, il manifesta sa haine contre la France par ses manières brutales et par des actes de vandalisme dignes d’un sauvage. Non content de piller Saint-Cloud, où il établit d’abord son quartier général, il livra la Bibliothèque royale à la merci de ses officiers en disant : « Tous les livres sont prisonniers de guerre : ils sont en rang et en file, prenez, emportez tout ce que vous voudrez. » II leva d’énormes contributions de guerre, accabla les populations de vexations inouïes, voulut faire prisonnière la garde nationale, parce qu’une partie avait combattu les envahisseurs, et ordonna de faire sauter par la mine le pont d’Iéna, parce que ce nom était injurieux pour la Prusse en rappelant une de ses défaites. Vainement la municipalité s’adressa à Wellington pour qu’il intervînt. Celui-ci se contenta de répondre : « Je suis le maître dans Paris, Blücher est le maître hors de Paris et le pont d’Iéna est en dehors, cela ne me regarde pas. » Blücher toutefois fit cesser les travaux de destruction, moyennant une somme de 300.000 francs qu’on lui apporta. Bientôt après l’arrivée des souverains alliés, le général prussien transporta son quartier général à Rambouillet, répandit ses troupes dans les départements en deçà de la Loire, les autorisa à se livrer au pillage et à la dévastation et fit arrêter un assez grand nombre de citoyens, qu’il envoya peupler les forteresses prussiennes. Exécré des Français, désapprouvé par les souverains étrangers, et surtout par le tsar Alexandre, le farouche général n’en reçut pas moins de nouvelles récompenses de Frédéric-Guillaume III, qui créa pour lui une décoration spéciale, une croix de fer entourée de rayons d’or. Après la paix de Paris, il retourna en Prusse, puis se fixa dans ses terres de Silésie, où, malade, sombre, irascible, il mourut, après avoir reçu la visite du roi. Un mois environ avant sa mort, la ville de Rostock avait fait ériger une statue colossale en bronze du feld-maréchal, pour célébrer l’anniversaire de la bataille de la Katzbach. C’était la première fois, en Allemagne, qu’on élevait une statue à un homme vivant. Les villes de Berlin et de Breslau suivirent l’exemple de Rostock, la première eu 1826 et la seconde en 1827. Soldat intrépide et excellent officier de cavalerie, Blücher ne fut qu’un médiocre général. L’impétuosité de ses attaques lui avait mérité le surnom de maréchal Vorwoets (en avant) ; mais comme tacticien, il était d’une nullité complète. « Blücher, a dit un de ses compatriotes, est assez habile pour la petite guerre. Il fond sur l’ennemi, et ordinairement repoussé, rallie ses troupes, se met en embuscade, attaque de nouveau, et, par de nouvelles surprises, fatigue plus qu’il ne nuit. Grand joueur, il porte à la guerre l’esprit de la table de jeu ; il est minutieux et s’isole, il ne se bat jamais d’ensemble avec le reste des troupes. C’est Blücher qui a causé la dévastation de Lubeck etdu Mecklembourg. Il est brave, mais sans lumières, et, comme général, infiniment au-dessous de son siècle. » Exalté d’abord outre mesure, Blücher n’a pas tardé à être remis à son rang, même par les ennemis de cette France qu’il exécrait. Servi par les circonstances et par la fortune, il partagea avec Wellington la gloire d’avoir porté le coup suprême au plus grand homme de guerre des temps modernes ; mais il ne fut, en réalité, qu’un intrépide et farouche partisan, dont la réputation militaire n’a pas survécu à l’enthousiasme excité en Allemagne à la nouvelle de nos revers. Le nom de Blücher joue un grand rôle dans notre histoire, disons mieux, dans notre amour-propre national. Certainement, le principe de la guerre trouve en nous un ennemi déclaré ; nous acceptons les luttes fratricides comme une nécessité déplorable, et, forcé de capituler avec le mal, nous reléguons nos années permanentes aux frontières. Cela posé, entrons résolument en matière. Le nom de Blücher est singulièrement antipathique à notre pays ; il sonne à nos oreilles françaises à peu près comme celui d’Erostrate aux oreilles des Delphiens. Dans cette France toujours si généreuse, le général prussien, en un jour de victoire, s’est conduit comme un sauvage, comme un lieutenant de Tamerlan ou d’Attila ; nos soldats, nos officiers surtout s’en souviennent, et le mot prussien est très impopulaire chez nous. Ce sentiment remonte même plus haut ; il prend naissance à Rosbach, et le nom de Blücher est le dernier anneau de cette chaîne d’inimitiés.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Général Blücher sur wikipedia

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AMIRAL HORATIO NELSON (1758-1805), DUC DE BRONTE

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L’Amiral Horatio Nelson (1758-1805)

Nelson était un brave homme. Si Villeneuve à Aboukir et Dumanoir à Trafalgar avaient eu un peu de son sang, les Français auraient été vainqueurs.

(Napoléon Bonaparte)

NELSON (Horace), célèbre amiral anglais, né à Burnham-Thorpe, comté de Norfolk, le 29 septembre 1758, mort au combat de Trafalgar, le 21 octobre 1805. Son père était recteur de Burnham-Thorpe ; sa mère, née Suckling, était petite-fille d’une sœur aînée de sir Robert Walpole, et le premier lord Walpole (Horace, oncle du second) fut le parrain du futur héros, qui eut dix frères ou sœurs, dont sept survécurent avec lui à leur mère, décédée en 1767. A la mort de mistress Nelson, le père de la défunte, capitaine de la marine royale, offrit au père de prendre avec lui un de ses enfants ; mais cette proposition fut d’abord ajournée, et le jeune Nelson passa encore trois ans à l’école de Norwich. Il venait d’atteindre sa douzième année, quand il prit lui-même le parti d’aller rejoindre son oncle, qui commandait le vaisseau le Raisonnable. C’était alors un enfant malingre, usé par les fièvres, et qui semblait ne pas devoir fournir une longue carrière. Peu de temps après, le capitaine Suckling, jugeant qu’un service inactif ne convenait pas à l’éducation maritime de son neveu, le fit embarquer sur un navire de la Compagnie des Indes que commandait un de ses anciens compagnons d’armes. Nelson, parti en 1770, ne revint à Chatham qu’au mois de juillet 1772. Peu après, il obtint, malgré son extrême jeunesse, de se faire attacher à l’équipage d’un navire qui partait pour le pôle nord. Au retour de cette expédition, il passa sur un vaisseau de l’escadre de sir Edward Hugher en partance pour les Indes orientales. Sa bonne conduite, remarquée par le commandant, lui valut bientôt le grade de midshipman (enseigne). Obligé sur ces entrefaites de revenir en Angleterre pour soigner sa santé, il passa son examen de lieutenant (1777), et, à la fin de l’année suivante, nommé premier lieutenant, il monta sur le brick le Blaireau, à bord duquel il fit comme commandant le voyage de la Jamaique. En 1779, il passa comme post-capitaine sur le Hinchinbrook, de 28 canons, puis de là sur le Janus, de 44 canons, à la suite d’une expédition contre les Espagnols. Revenu en Angleterre, il fut présenté à la cour et reçut le commandement de l’Albemarle, vaisseau de haut bord, à destination des côtes danoises ; puis, après un hiver passé dans ces parages, il fit voile pour Québec, où il séjourna jusqu’à la paix de 1783, dite la paix de Versailles. Ce fut alors qu’il vint habiter la France avec un de ses amis, le capitaine Macnamara, dans le but ou sous le prétexte ostensible d’apprendre le français et de voir une société nouvelle ; mais ce pays ne plut pas longtemps à Nelson, qui se hâta de revenir à Londres. A peine arrivé, il reçut l’ordre d’aller croiser parmi les îles sous le Vent, à bord de la frégate le Boreas ; il fit la connaissance, à l’île Névis, de mistress Nisbett et l’épousa en 1787. Mais bientôt, contrarié dans son service et en butte aux vexations de l’amirauté, dont il avait dévoilé certaines manœuvres coupables, il se retira dans le prieuré de Burnham-Thorpe, auprès de sa jeune femme et de son vieux père. L’amirauté le laissait inactif, avec de minces ressources, et il songeait à envoyer sa démission, quand il fut appelé au commandement de L’Agamemnon et envoyé dans la Méditerranée sous les ordres de lord Hood, en vue des hostilités prochaines entre l’Angleterre et la France révolutionnaire (1793). Nelson ne prit aucune part à l’occupation de Toulon ; lord Hood l’avait choisi pour porter des dépêches à sir William Hamilton, envoyé de Saint-James à la cour de Naples. Dès leur premier entretien, sir William conçut de Nelson la plus haute idée : « Vous verrez, disait-il à sa femme, un petit homme qui se ferait difficilement passer pour un joli garçon, mais qui, j’imagine, étonnera quelque jour le monde. Je n’ai jamais reçu d’officier chez moi, continuait-il, mais je suis résolu, pour celui-ci, à me départir de mes habitudes… » A la même époque, Nelson forma, sous les auspices de l’ambassadeur anglais, des relations qui devaient être encore plus fatales à sa gloire. Le roi et la reine de Naples, comme s’ils eussent prévu l’avenir qui leur était réservé, prodiguèrent les distinctions les plus flatteuses au jeune capitaine. Rien dans sa correspondance de ce temps-là ne fait pressentir l’attachement qu’il devait éprouver plus tard pour lady Hamilton. Il parle d’elle à sa femme dans les termes les plus simples et les plus froids, comme personne aimable qui s’est rendue digne d’un rang où elle a été tout à coup élevée par le hasard ». Il ajoute simplement qu’elle s’est montrée fort bonne pour Josiah Nisbett, son beau-fils, embarqué sur l’Agamemnon avec le grade de midshipman. Après la prise de Bastia, lord Hood, emmenant avec lui l’Agamemnon, gagna les îles d’Hyères, où il pensait rencontrer les vaisseaux de la République. L’idée d’en venir aux mains avec les ennemis inspirait à Nelson une joie farouche, à peine troublée par quelques pressentiments sinistres : « Dieu veuille, écrivait-il a sa femme, que nous rencontrions la flotte française ! Si quelque accident m’arrivait, je suis sûr du moins que ma conduite vous aurait acquis des droits à la faveur royale. Ce n’est pas que je n’espère revenir bientôt vers vous, et y revenir avec honneur ; mais, s’il en était autrement, que la volonté de Dieu soit faite !… » On rencontra, en effet, l’ennemi, près de Saint-Tropez, mais sans qu’aucun engagement s’ensuivît, la flotte française ayant échappé à ceux qui la poursuivaient. Après quoi, l’Agamemnon fut envoyé prendre part assiège de Calvi, que faisait alors le général, sir Charles Stuart. Nelson y perdit un œil (10 juillet 1794). L’année suivante, le 14 mars, il se distingua au brillant combat naval livré contre la flotte française dans les mêmes eaux, et fut envoyé devant Gênes avec 8 frégates pour y mettre le blocus, avec l’aide de l’armée austro-sarde ; toutefois, cette campagne de 1794 se passa en hostilités insignifiantes. En revanche, celle de 1796, conduite par le général Bonaparte, obligea Nelson à se retirer devant les Français ; il dut même pourvoir au salut de la garnison anglaise de Bastia, sérieusement menacée par les patriotes. De là, il avait dû se rendre à Porto-Ferrajo (île d’Elbe). Il avait alors son pavillon sur la Minerve, capitaine Cockburn. Chemin faisant, il eut la bonne fortune de rencontrer deux frégates espagnoles, dont l’une, la Sabina, fut faite prisonnière après combat. Jusqu’ici, cependant, le nom du jeune commodore était resté dans l’ombre. La bataille navale du cap Saint-Vincent (14 février 1797), livrée par sir John Jervis contre l’amiral don Joseph de Cardova, vint enfin lui donner sa part de gloire. Nelson, dont le vaisseau était à l’arrière-garde, prit sur lui de désobéir à l’ordre de manœuvre, tourna sa proue vers les Espagnols, et se précipita au milieu de leurs navires. Il aborda le San-Nicolas, sur lequel flottèrent bientôt les couleurs britanniques ; puis le San-Jose, de 112 canons, faisant feu sur le vaisseau capturé, Nelson et ses marins s’élancèrent, par-dessus leur nouvelle conquête, à l’abordage de ce gigantesque navire. C’est alors que l’impétueux commodore poussa un cri où son âme enthousiaste se peignait tout entière : Westminster-Abbey ou la victoire ! répéta-t-il plusieurs fois en brandissant son couteau d’abordage. Tout plia devant cet élan furieux ; et, en arrivant sur le gaillard d’arrière, Nelson y trouva le capitaine du San-Jose prêt à lui remettre son épée ; le reste des officiers en fit autant, et Nelson, embarrassé de toutes ces armes qu’on lui présentait, les passait l’une après l’autre à un de ses matelots de l’Agamemnon, qui, le plus froidement du monde, entassait sous son bras le glorieux trophée. Ce brillant fait d’armes commença la renommée de Nelson, qui fut immédiatement promu au grade de contre-amiral dans l’escadre bleue. Sir John Jervis l’ayant autorisé à garder l’épée du contre-amiral espagnol, il en fit hommage au maire et à la corporation de Norwich, qui, à cette occasion, lui décerna les franchises municipales. Mais de toutes ces marques de reconnaissance et de respect, aucune ne lui fut plus sensible qu’une lettre écrite par son respectable père : « Je bénis Dieu, lui disait l’excellent vieillard, de toutes les puissances d’une âme reconnaissante, pour m’avoir conservé un fils comme vous. Non-seulement les rares connaissances que j’ai ici, mais tous mes autres concitoyens m’abordaient avec des paroles si flatteuses, que j’ai dû renoncer à paraître en public. Bien peu de fils, mon cher enfant, sont parvenus à la hauteur glorieuse où vous ont porté vos talents et votre bravoure, avec l’aide de la Providence. Bien moins de pères ont vécu pour saluer de pareils triomphes. La joie que j’en ai ressentie, et que je contenais en vain, a mouillé de larmes une joue sillonnée de rides. Qui donc, à ma place, eût accueilli d’un œil s’ec des félicitations aussi unanimes ? Partout, dans les rues de Bath, retentissent le nom et les exploits de Nelson, aussi bien sur les lèvres du chanteur des rues que dans l’enceinte du théâtre public. » Nelson, à cette époque, comptait trente-huit ans et cent-vingt combats. Du cap Saint-Vincent, il repartit pour Porto-Ferrajo, d’où il ramena le reste des troupes qui occupaient l’île d’Elbe. A son retour, il plaça sur le Theseus son pavillon de commandement. Ce fut à bord de ce vaisseau que l’intrépide marin prit une part importante au bombardement de Cadix, et peu s’en fallut qu’il n’y perdît la vie. A son avis, du moins, il n’avait jamais couru de danger plus grand que lorsque, attaquant de nuit les chaloupes canonnières des Espagnols, sa barge eut affaire à un caïque armé, monté par 26 hommes et commandé par don Miguel Tregoyen. Nelson n’avait avec lui que 10 matelots, 1 officier et son vieux et fidèle John Sickes, qui lui sauva deux fois la vie au prix de ses jours. A peu de jours de là, Nelson partit à la tête d’une expédition dirigée contre Ténériffe. Il l’avait lui-même conçue et proposée, pour s’emparer des galions mexicains que l’on disait arrêtés près de cette île. On lui donna 4 vaisseaux de ligne, frégates et 1 cutter, mais il avait demandé, en outre, d’emmener avec lui une partie des troupes retirées de l’île d’Elbe, et ce point lui fut refusé. De plus il avait ordre, tout en dirigeant le débarquement, de rester à bord, « sauf l’indispensable nécessité du service. » Les calmes et les courants contraires empêchèrent la réussite d’une entreprise de nuit pratiquée contre le fort Santa-Cruz. Il fallut donc se décider à une autre attaque, dont la position de Ténériife rendait le succès fort douteux. Aussi Nelson écrivait-il, la veille, à son amiral, en lui parlant de son plan d’attaque : « Demain, selon toutes les probabilités, ma tête sera couronnée de lauriers ou de cyprès. Je me borne à vous recommander, à vous et à mon pays, mon beau-fils Josiah Nisbett. » Ce jeune homme, du reste, se montra digne de l’attachement que Nelson lui témoignait. Appelé par lui dans la cabine pour l’aider à mettre en ordre et à brûler quelques papiers, le lieutenant y descendit en costume de combat. Nelson, cependant, le suppliait de rester à bord. « Si nous tombions tous deux, mon cher Josiah, lui dit-il, qu’arriverait-il de votre pauvre mère ? C’est à vous, d’ailleurs, que revient le soin du Theseus ; restez-y donc, et prenez soin du navire. – Monsieur, répliqua Nisbett, le vaisseau prendra soin de lui-même ; quant à moi, je vous suivrai cette nuit, dusse-je ne jamais revenir à bord. » L’attaque de Ténériffe eut lieu sur les onze heures du soir, après un souper d’officiers, présidé par mistress Freemantle, femme du capitaine de ce nom. Les Anglais partirent au nombre d’environ 950 hommes, sur les chaloupes de leurs navires. Favorisés par la nuit, ils arrivèrent sans être vus jusqu’à une demi-portée de canon de la jetée où ils voulaient débarquer. Nelson donna l’ordre de s’éparpiller et de ramer vigoureusement vers le rivage ; mais les Espagnols avaient fait d’excellents préparatifs et les Anglais étaient à peine aperçus que 30 ou 40 pièces de canon, braquées sur la mer, ouvraient le feu ; une vive mousqueterie éclaira d’un bout à l’autre les murailles de la ville. Il faisait nuit noire ; la plupart des chaloupes manquèrent la jetée et arrivèrent au rivage à travers des brisants furieux qui faillirent les submerger. L’amiral, cependant, et avec lui Freemantle, Thompson, Bowen, arrivèrent au môle, qu’ils emportèrent d assaut, bien qu’à leur compte il fût défendu par 500 ou 600 hommes. Les canons qui le garnissaient furent encloués ; mais la fusillade devint très-vive, et les assaillants, presque tous tués ou blessés, ne purent gagner du terrain. Au moment où il sautait hors de sa barque, Nelson avait reçu une balle au bras droit. Il tomba du coup, mais en tombant il prit, de la main gauche, son épée qu’il venait de tirer et dont il ne voulait point se séparer, lui vivant, car il la regardait comme une relique de famille, qui avait appartenu à son oncle, le capitaine Suckling. Le lieutenant Nisbett, qui était à côté de lui, le coucha au fond de la barque et couvrit de son chapeau le bras blessé, de peur que la vue du sang qui coulait en abondance n’ajoutât à la défaillance de l’amiral. Quelques minutes après, une sinistre clameur traversa l’air : c était l’équipage du cutter le Fox qu’un boulet venait de couler bas. Le premier navire anglais que Nelson rencontra sur sa route fut justement le Sea-Horse, à bord duquel il avait soupe là veille ; mais, malgré les instantes prières de l’équipage et les dangers qu’on devait braver pour arriver à un autre vaisseau, Nelson ne voulut jamais monter sur celui-ci : « J’aimerais mieux, mourir, disait-il, que d’alarmer mistress Freemantle, en me montrant à elle dans l’état où je suis, surtout quand je n’ai pas de nouvelles certaines à lui donner de son mari. » Arrivé au Theseus, il refusa toute assistance pour monter à bord, tant il était impatient de voir les matelots retourner au secours des gens du Fox. Une seule corde lui fut jetée, qu’il roula deux fois autour de sa main gauche, et qui servit à le hisser. « Cela suffit bien, dit-il ; j’ai encore mes deux jambes et un bras ; que le chirurgien se presse et apporte ses instruments ; je sais qu’il faut me couper le bras droit, et le plus tôt, sans contredit, sera le mieux. » Les plus vieux matelots pâlissaient en écoutant ces intrépides paroles. Quant à l’expédition elle-même, l’échec était complet ; mais devant la menace de mettre le feu aux quatre coins de la ville, si l’ennemi s’opposait au libre embarquement des troupes anglaises et n’acceptait pas rechange des prisonniers faits de part et d’autre, le gouverneur de Ténériffe, plutôt touché de ce courage que cédant à la peur, consentit à traiter comme le désirait l’ennemi. Nelson fut profondément affecté de-ce revers ; cependant, au lieu de l’abandon qu’il craignait, il fut comblé de félicitations, aussi bien par la cour que par l’amirauté ; Bristol et Londres l’admirent au nombre de leurs bourgeois libres ; il reçut l’ordre du Bain et une pension de 1.000 livres sterling (25.000 francs). Le mémoire qu’il dut présenter à cette occasion détaillait de rares états de service : quatre batailles navales contre des flottes, trois combats sur des chaloupes canonnières, trois villes prises, quatre mois de service dans l’armée de terre, deux sièges de plus, Nelson avait contribué à la prise de 7 vaisseaux de guerre, 6 frégates, 4 corvettes, 11 corsaires ; il avait détruit près de 50 bâtiments de commerce et payé de sa personne à plus de cent vingt combats ; ces divers exploits lui avaient coûté la perte d’un œil et d’un bras, sans parler de plusieurs blessures plus ou moins graves. Dès qu’il se sentit en état de reprendre du service, Nelson plaça son pavillon sur le Vanguard et alla rejoindre le comte Saint-Vincent dans la Méditerranée. Ses adieuxà son père et à sa femme furent empreints des sentiments les plus affectueux. Aucun nuage n’avait encore altéré la vive tendresse qu il portait à celle-ci, et ses dernières paroles furent, en la quittant, que « satisfait pour lui-même au delà de son ambition, il allait travailler à lui assurer le rang dont elle était digne. » Lorsqu’il rejoignit la flotte anglaise, on ne savait encore sur quel point de l’univers allait se diriger cette expédition mystérieuse que le général Bonaparte avait demandée au Directoire, et dont les immenses préparatifs attestaient assez l’importance (1798). Les mémoires du temps nous apprennent aussi qu’après avoir pris Malte, et durant la traversée qui le conduisit en Egypte, Napoléon, causant avec Brueys, pesa plusieurs fois les chances d’un engagement avec la flotte anglaise ; mais ces prévisions étaient inutiles, et Nelson, par trop de hâte, laissa la route libre aux ennemis qu’il était chargé de surveiller. Après avoir d’abord louvoyé sur les côtes de Sardaigne, instruit du but de l’expédition française, il fit force de voiles vers Alexandrie et arriva devant ce port avant les navires qu’il poursuivait et en sortit le jour même, sans s’être assuré qu’ils n’y entraient pas après lui. Déjà une fois (dans la nuit du 22 juin) la flotte française et la flotte anglaise s’étaient croisées, sans se douter le moins du monde qu’elles fussent si près l’une de l’autre. Cette méprise se renouvela, car, au moment où les vaisseaux français approchaient du port égyptien, ils entendirent, à leur droite, une canonnade ; c’étaient les signaux de Nelson, qui allait chercher l’ennemi sur les côtes de Caramanie. En ce moment, les deux flottes étaient à 5 lieues l’une de l’autre. « S’il eût été jour, dit un historien, ou si le hasard eût poussé Nelson un peu à gauche de la route qu’il suivit, une autre bataille d’Aboukir aurait pu changer les destinées du monde ; mais, cette fois, l’étoile de Napoléon l’emporta. » En Angleterre, lorsqu’on apprit que Bonaparte avait paisiblement traversé la Méditerranée et que ses légions victorieuses domptaient la résistance des mameluks, il n’y eut qu’un cri contre sir John Jervis, pour avoir confié à un si jeune officier le succès d’une mission aussi importante que celle dont Nelson avait été chargé. Il fut même question de traduire Nelson devant un conseil de guerre. Cependant le jeune contre-amiral était revenu en toute hâte vers la Sicile, après avoir touché à Candie, ou il croyait encore surprendre l’expédition française. Le gouvernement napolitain, alors en paix avec la République et fort peu soucieux de se brouiller avec elle, ne voulait accorder aucun secours à l’escorte anglaise, qui avait besoin de se ravitailler et de faire eau pour reprendre la mer. Enfin, grâce à sir Hamilton, et surtout à lady Emma, Nelson obtint, sinon un appui ostensible, du moins des ordres secrets qui autorisaient les gouverneurs siciliens à lui fournir tout ce dont il aurait besoin. Le 25 juillet, quatre jours après la bataille des Pyramides, Nelson partit de Syracuse pour la Morée, toujours à la poursuite de l’ennemi. Après avoir vérifié qu il n’était pas dans ces parages, il prit le parti de retourner en Egypte et arriva en vue d’Alexandrie le 1er août. A quatre heures de l’après-midi, le même jour, le, capitaine Hood signala la flotte française, embossée dans la baie d’Aboukir. La bataille s’engagea aussitôt ; le nombre des vaisseaux de ligne était égal des deux côtés ; mais les Français avaient l’avantage par la dimension des navires, le nombre des canons et la force des équipages. Cependant, malgré l’héroïque défense de Bruevs et de sa flotte, la victoire se prononça en faveur des Anglais. La plupart des capitaines français s’étaient fait tuer comme leur amiral, avant de consentir à s’avouer vaincus. L’Orient et la Sérieuse avaient disparu sous les flots ; les autres avaient amené leurs pavillons, sauf deux frégates qui prirent le large au commencement de l’action, précédées de deux vaisseaux de ligne, dont l’extrême prudence fut la seule tache qui dépara cette glorieuse défaite. En même temps que Brueys expirait en face de l’ennemi vainqueur, mais impuissant à dompter son courage, Nelson venait aussi de recevoir dans la tête un éclat de mitraille. Tout le monde, autour de lui, croyait sa blessure mortelle, et il partageait cette opinion mais, avec un admirable sang-froid, transporté dans le poste des malades, il refusa les soins du chirurgien qui abandonnait, pour venir plus vite à lui, le pansement d’un matelot blessé : « Non, s’écria l’amiral, je ne prendrai pas le tout de mes braves camarades. » Néanmoins, malgré sa blessure, Nelson ne perdit pas de vue les conséquences de sa victoire ; il dépêcha, le jour même, un officier chargé d’aller annoncer au gouverneur de Bourbon l’arrivée des Français en Egypte et la destruction totale de leur flotte, qui mettait à l’abri de toute attaque, pour le moment du moins, les établissements britanniques dans l’Inde. L’effet de cette nouvelle fut considérable en Europe ; l’Angleterre acclama son héros ; les souverains de Naples, de Sardaigne, de Turquie et de Russie comblèrent de louanges, d’honneurs et de dons précieux le vainqueur d’Aboukir. On le créa baron du Nil, avec une pension de 2.000 livres sterling ; la Cité de Londres vota des épées pour l’amiral et chacun de ses capitaines ; la Compagnie des Indes orientales fit un don de 10.000 livres sterling, la Compagnie turque donna un vase d’argent, etc. Cependant Nelson jugea le titre de baron du Nil au-dessous de ce qu’il était en droit d’attendre, et il accusa vivement Pitt d’ingratitude et de mauvaise foi envers lui. A Naples, où il retourna ensuite, à bord du Vanguard, il fut un peu consolé par l’accueil enthousiaste du roi et de la reine, ainsi que de la chère lady Hamilton. C’était à qui lui témoignerait le plus de soins et d’égards. « J’espère, écrivait-il à sa femme, vous présenter quelque jour à lady Hamilton ; c’est une des meilleures femmes qui soient au monde ; elle honore vraiment son sexe ; ses bontés et celles de sir William sont au delà de ce que je puis dire. J’habite leur maison, et il n’a fallu rien moins que les soins assidus dont ils me comblent pour rétablir ma triste santé. Vous les aimerez pour cela comme je les aime… » Bientôt, toutefois, les vrais amis du héros s’alarmèrent pour lui de la passion coupable à laquelle on le voyait en proie. Le capitaine Nisbett, fils de lady Nelson, fut un des premiers à remarquer chez son beau-père ce changement funeste ; ses lettres éveillèrent les soupçons de l’épouse outragée, ainsi que les inquiétudes de toute la famille. Par malheur, il était déjà trop tard pour que des conseils indirects produisissent, un eflet salutaire sur l’esprit de Nelson. L’amour d’une des plus charmantes femmes de l’Europe, les soins empressés qu’elle lui prodiguait, la passion qu’elle affichait pour sa gloire, l’avaient complètement fasciné. Il est aisé d’en juger par ce fragment d’une lettre adressée officiellement au premier lord de l’amirauté, lettre dont le ton contraste singulièrement avec celui des dépêches ordinaires. « Nous dînons tous aujourd’hui avec le roi de Naples, à bord d’un navire. Il est rempli d’attentions pour nous. J’ai vu souvent la reine ; elle est vraiment fille de Marie-Thérèse. De l’autre côté de la table sur laquelle j’écris ces lignes, lady Hamilton est assise, et vous comprendrez, je l’espère, le glorieux décousu de ma lettre. Votre seigneurie, à ma place, écrirait peut-être encore moins bien. Quand le cœur est ému, il faut bien que la main tremble… » Il servait toutes les intrigues et toutes les haines de la chère lady Hamilton, allant même jusqu’à dénoncer de loyaux serviteurs de la cause qu’il prétendait défendre. Il considérait Naples comme un pays d’escrocs et de courtisanes (sic), et il n’avait pas fallu plus de deux mois pour qu’il se vouât, corps et âme, à la défense de ce pays ; s’affichant désormais comme le champion dévoué de Caroline, et jurant de la défendre contre tous ses ennemis, sur mer et sur terre sa haine contre le jacobinisme et contre la France, sou zèle pour le principe monarchique se traduisent encore d’une manière presque bouffonne dans ses protestations de dévouement au roi de Sardaigne : « J’ose vous demander, lui écrivait-il, de me donner directement vos ordres et de me considérer comme un fidèle serviteur, d’autant plus dévoué à Votre Majesté qu’elle a dû plus d’infortunes à une bande d’athées, de voleurs et de meurtriers ; mais je crois que la mesure de leurs iniquités est enfin comblée, et que Dieu, dans sa sagesse, a choisi le bras de l’Autriche pour les châtier comme ils méritent de l’être. » Sur ces entrefaites, Ferdinand IV voulant s’emparer de l’île de Malte, occupée par les Français, Nelson reprit la mer et se présenta devant Goze pour appuyer la réclamation du roi Nasone (21 octobre 1798). Il revint ensuite à Naples, pour y combiner ses mouvements avec ceux de l’armée autrichienne qui devait chasser les Français de l’Italie. Mais les soldats de Championnet ayant pris les devants, il fallut songer à fuir, et ce fut « la chère lady Hamilton » qui se chargea des préparatifs du départ : les vaisseaux anglais reçurent les caisses du trésor royal, les joyaux de la couronne, les tableaux les plus précieux, tous les objets d’art de choix, tout ce qu’on pouvait enlever dans ce moment de hâte et de confusion ; puis, un soir de décembre, par un temps d’orage, Nelson vint prendre, avec trois chaloupes, toute la famille royale, qu’il conduisit saine et sauve à bord du Vanguard, et de là à Palerme. Presque aussitôt, saint Janvier, bon patriote, se déclara favorable à la révolution napolitaine et aux jacobins français ; mais, en même temps, le cardinal Ruffo et son « année chrétienne » affreux ramassis de galériens, de bandits et de moines défroqués, révolutionnaient la Calabre ; peu à peu, la réaction s’étendit dans tout le royaume de Naples, et l’occupation française, de toute parts restreinte, fut bientôt limitée à la capitale même, bloquée par terre et par mer ; les troupes républicaines durent capituler, et déjà l’évacuation était commencée quand Nelson entra tout à coup dans la baie de Naples, sur le Foudroyant, escorté de dix-sept autres vaisseaux de guerre. A la vue du pavillon qui annonçait la suspension des hostilités, lady Hamilton s’élança sur le gaillard d’arrière où était Nelson : « Bronte, lui dit-elle en lui donnant le nom d’un duché que Ferdinand et Caroline avaient offert à leur dévoué protecteur, Bronte, faites abattre ce pavillon de trêve !… On n’accorde pas de trêve aux rebelles. » Encore fallait-il prendre l’avis du cardinal Ruffo, que l’on détestait à bord du Foudroyant, mais qui n’en fut pas moins reçu comme représentant du roi de Naples, avec une salve de treize coups de canon. Or, disons-le à l’honneur de ce prêtre sans honneur et sans principes, disons-le à la honte de Nelson, Ruffo ne voulut jamais consentir à la violation du traité signé avec les rebelles. Lady Hamilton l’en supplia vainement ; vainement l’amiral anglais déclara que cette capitulation était « une infamie » Ruffo tint bon et refusa de souscrire aux diverses propositions qui lui furent soumises, toutes ayant pour but d’obliger les républicains de Naples à se remettre sans conditions à la merci de Ferdinand IV. Nonobstant sa résistance, Nelson fit paraître une déclaration (25 juin 1799), par laquelle il faisait savoir aux rebelles qu’il ne leur permettrait point de s’embarquer ; après quoi parut une nouvelle proclamation du vainqueur d’Aboukir par laquelle il enjoignit à tous ceux qui avaient servi « l’infâme république napolitaine » de s’abandonner à la clémence royale. Ce fut par ses ordres que l’infortuné Francisco Caracciolo fut pendu à la vergue de misaine, sur la frégate la Minerva, pendant que lady Hamilton faisait plusieurs fois le tour du navire pour assister à l’agonie de l’infortuné vieillard. On sait le reste : les échafauds en permanence, les cachots regorgeant de prisonniers, le pillage et l’assassinat ; puis, à côté, la cour s’abandonnant sans remords à de honteux plaisirs, sous la protection de l’amiral anglais, plus jaloux de plaire à ses hôtes que d’écouter la voix de sa conscience. Quand sir William Hamilton fut rappelé à Londres par le Foreign Office, Nelson épousa vivement sa querelle et quitta Naples, avec lui et lady Emma, au mois de juin 1800. La reine Caroline, qui se rendait à Vienne, voyagea de compagnie avec eux, et partout où ils passèrent sur le territoire allemand, Nelson fut l’objet de ces manifestations populaires qui lui étaient si précieuses. En Angleterre, on lui fit une entrée triomphale ; à Londres, le peuple traîna sa voiture de Ludgate-Hill à Gruild-Hall. Au commencement de l’année suivante (1801), quand il fut question de lancer une flotte dans la mer du Nord pour y écraser les vaisseaux des quatre puissances coalisées et pour vider définitivement la grave question du droit des neutres, l’amirauté en donna le commandement à sir Hyde Parker, et Nelson fut placé sous ses ordres. Toutefois, malgré son titre le commandant en chef dut se contenter d’un rôle secondaire, car, dès le début, Nelson fit prévaloir son opinion relativement au plan de campagne. Le 2 avril, devant Copenhague, il détruisit l’escadre danoise, combinée avec l’escadre russe ; puis, cette campagne achevée, il fut rappelé en Angleterre pour y recevoir les ordres de l’amirauté. Il prit alors le commandement d’une flottille composée de frégates, bricks, corvettes et autres bâtiments légers, avec laquelle il alla reconnaître Boulogne et escarmoucher avec la flottille française. Après deux échecs successifs (6 et 15 août), il dut regagner les côtes d’Angleterre. Mais, à la rupture du traité d’Amiens, il prit le commandement de la flotte de la Méditerranée (mai 1803). Pendant plus de deux ans, il poursuivit l’ennemi, sur son ancien vaisseau la Victory ; enfin, fatigué de cette longue et inutile course, il était rentré à Plymouth, quand il apprit que Villeneuve et Gravina, débloquant le Ferrol avaient rallié les vaisseaux qui s’y trouvaient et s’étaient, depuis lors, enfermés dans la rade de Cadix. Il, repartit aussitôt et, le 21 octobre 1805, l’intrépide capitaine de mer payait de sa vie l’importante victoire de Trafalgar, remportée contre les flottes combinées de France et d’Espagne, Nelson portait ce jour-là, comme à son ordinaire, son vieux frac d’amiral, qui le désignait aux coups des tirailleurs dont ses adversaires avaient couvert leurs hunes. Lui-même n’en doutait pas, et ses officiers chargèrent le chirurgien du navire de parler au chapelain, afin qu’il adressât, de leur part, à l’amiral une requête qu’il savaient bien devoir lui déplaire. Ils voulaient le prier de changer son habit, ou de couvrir ses éclatants insignes ; mais il n’aurait certainement pas accédé à cette proposition. « Je les ai gagnés avec honneur, avait-il déjà répliqué à une première suggestion de ce genre, je mourrai avec honneur sans les avoir quittés. » L’un des premiers, il entre en ligne avec la Victory contre le Bucentaure, monté par l’amiral Villeneuve, puis contre le Redoutable, quand une balle partie de ce dernier vaisseau atteint mortellement l’amiral anglais à l’épaule, sans que, malgré les approches du trépas, il cessât de donner ses ordres pour le combat ; enfin l’ennemi est vaincu, Villeneuve fait prisonnier, et le vainqueur expire alors en rendant grâces à Dieu. C’en était fait désormais de la puissance maritime de la France. Nelson avait eu recours cette fois, comme à Aboukir, à la tactique adoptée sur terre par Napoléon : couper la ligne de l’ennemi en plusieurs endroits et battre ses vaisseaux en détail, avant qu’ils aient pu se concentrer. Le corps du héros fut ramené dans sa patrie, où on lui fit des funérailles publiques. Ainsi qu’il l’avait rêvé toute sa vie, Westminster lui ouvrit ses portes. On lui éleva un monument à Londres, et sa statue fut érigée dans plusieurs des principales cités. Cependant, le legs audacieux que Nelson avait fait de sa maîtresse au pays honoré par ses exploits fut justement répudié ; mais on accumula les témoignages de la reconnaissance nationale sur des personnes dignes d’un pareil honneur. Le titre de comte fut conféré au frère de l’illustre capitaine, et une pension perpétuelle de 6.000 livres sterling fut jointe à ce titre aristocratique. Chacune de ses sœurs reçut 250.000 francs, et la femme qu’il avait si cruellement outragée et délaissée obtint une rente viagère de 1.000 livres sterling. Quant à miss Horatia Nelson Thompson, dont la naissance a été l’objet de si vives controverses de la part des critiques anglais, l’opinion la plus probable est que lady Hamilton, trompant à là fois son mari et son amant, supposa pour l’un quelque aventure romanesque où elle jouait le rôle de confidente, pour l’autre un accouchement secret qui l’aurait rendu père, tandis qu’en réalité Horatia n’aurait été qu’un enfant trouvé, volé, acheté pour resserrer les liens qui rattachaient lord Nelson à lady Hamilton. Miss Horatia vécut, après la mort de celle-ci, chez différents membres de la famille Nelson ; et, dans la suite, elle contracta un mariage qui lui donnait dans le monde un rang honorable.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Horatio Nelson sur wikipedia

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mars 15, 2008

LOUIS XVI (1754-1793), ROI DE FRANCE (1774 -1792)

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Louis XVI (1754-1793), roi de France (1774-1792)

Nous condamnons Louis XVI ; mais indépendamment de sa faiblesse, il a été le premier prince attaqué. C’est celui sur lequel les nouveaux principes faisaient leurs effets.

Qui fut plus populaire, plus débonnaire que le maheureux Louis XVI ? Pourtant quelle a été sa destinée ? Il a péri ! C’est qu’il faut servir dignement le peuple et ne pas s’occuper de lui plaire. La belle manière de le gagner, c’est de lui faire du bien, car rien n’est plus dangereux que de le flatter : s’il n’a pas ensuite tout ce qu’il veut, il s’irrite et pense qu’on lui a manqué de parole et, si alors on lui résiste, il hait d’autant plus qu’il se dit trompé.

(Napoléon Bonaparte)

LOUIS XVI, (Louis-Auguste), né à Versailles le 23 août 1754, décapité le 21 janvier 1793. Il était le troisième fils du dauphin (fils de Louis XV) et de Marie-Josèphe de Saxe, et il reçut en naissant le titre de duc de Berry. Il fut élevé, comme ses frères puînés, sous la direction du duc de La Vauguyon, dans les principes d’une dévotion fort étroite. Son intelligence était médiocre, son caractère indécis, sa physionomie vulgaire, ses manières brusques et timides à la fois. Nous ne pouvons mieux faire, pour esquisser le portrait de ce malheureux prince, qui devait être le dernier roi de l’ancienne France, que de reproduire les traits suivants, empruntés à quelques-uns de nos principaux historiens. Ces appréciations se rapportent à l’époque où Louis XVI monta sur le trône. « …. Un mot de Louis XVI, encore dauphin, avait jeté une sorte de panique parmi les courtisans. Tandis qu’à Paris, par une sanglante épigramme contre son aïeul (Louis XV), on le surnommait Louis le Désiré, des seigneurs de la cour lui ayant un jour demandé quel surnom il préférait : « Je veux, répondit-il, qu’on m’appelle Louis le Sévère. » On redoutait donc à Versailles un règne dur et sombre. L’expression de brusquerie et de mauvaise humeur, qui était assez habituelle au jeune monarque, fortifiait ces appréhensions. L’éducation qu’il avait reçue de son gouverneur La Vauguyon avait augmenté sa sauvagerie naturelle, dont la cause n’était point dureté, comme on le supposait, mais timidité et répugnance pour les mœurs dont il était témoin. Qui eût examiné plus attentivement cette physionomie, d’où avait disparu la majesté mêlée d’élégance, le grand air bourbonien conservé par Louis XV jusque dans sa dégradation, y eût reconnu, sous une expression vulgaire, un fond de bonté et surtout de grande honnêteté. Ce n’étaient pas les traits qui étaient vulgaires, mais le port, le geste, l’obésité précoce, le maintien gauche et disgracieux, la parole hésitante et embarrassée. Il n’était à son aise qu’au milieu de ses livres, car il était instruit et il aimait fort les sciences naturelles, ou, mieux encore, dans sou atelier de serrurerie ; s’il avait une passion, c’était le travail manuel ; il suivait les préceptes de l’Emile par goût, et non par système ; la nature lui avait donné les facultés d’un habile et probe artisan ; les lois humaines avaient fait de lui le chef d’un empire, pour son malheur et pour celui de sou peuple. » (Henri Martin.) « …. Cependant, que faisait le roi ? Tandis que le comte de Maurepas, son Mentor, cherchait un aliment à des moqueries cyniques et souriait à la lutte établie entre des ministres réformateurs et des courtisans ; taudis que les philosophes révolutionnaires allaient à la conquête des esprits, et que, par des voies souterraines mais sûres, les mineurs s’avançaient jusqu’au pied de la monarchie, le roi chassait, il récitait des litanies ou des psaumes ; le roi faisait des serrures, heureux quand il avait contenté l’ouvrier Gamain, son maître, dont il redoutait fort la sévérité, ou bien lorsque, perdu dans l’ombre des corridors de Versailles et chargé des instruments de son travail favori, il était parvenu à gagner la chambre aux enclumes sans être aperçu de la reine ! C’est qu’en effet Louis XVI n’avait rien d’un roi, et le voir suffisait pour le juger. Sa démarche indécise, ses manières lourdes, la mollesse de sa physionomie, sa brusque timidité, tout cela révélait son règne et permettait de lire dans sa destinée. On eût dit qu’afin de mieux encourager les futurs élus de la place publique à porter la main sur lui, Dieu l’avait d’avance dépouillé de tout prestige. En lui transmettant leur autorite, ses aïeux ne lui avaient rien laissé pour la défendre ; rien, pas même la domination du regard, pas même l’attitude et le geste du commandement. Dans lui, la dignité contenue de Louis XIV se trouva changée en embarras, et la grâce de Louis XV en bonhomie. Ou allait avec insulte frapper sa famille dans sa personne ; et le type de cette famille, il le reproduisait assez dégénéré pour que le peuple désapprît le respect. Roi, il représentait l’affaiblissement de son principe ; homme, il représentait le dépérissement de sa race… Louis XVI était instruit ; il possédait, en géographie et en histoire, des connaissances peu communes ; il avait un fond de bonté qui résista aux mauvais conseils du rang suprême… Mais quand les rois prennent leur point d’appui autre part que dans la bassesse humaine, il leur est si difffcile de se maintenir que Louis XVI eut contre lui ses qualités mêmes. Sa faiblesse l’exposait au mépris du peuple ; ce qui lui attira le mépris des grands, ce fut l’honnêteté de ses mœurs. Séparé du peuple par ses fautes, et de la noblesse par ses vertus, il resta seul : étranger à la nation sur le trône, étranger à la cour dans un palais, et comme égaré au sommet de l’Etat… » (Louis Blanc.) « …. Louis XVI n’eut rien de la France, ne la soupçonna même pas. De race, et par sa mère, il était un pur Allemand, de la molle Saxe des Auguste, obèse et alourdie de sang, charnelle et souvent colérique. Mais, à la différence des Auguste, sou honnêteté naturelle, sa dévotion, le rendirent régulier dans ses mœurs, dans sa vie domestique. En pleine cour, il était solitaire, ne vivait qu’à la chasse, dans les bois de Versailles, à Compiègne ou à Rambouillet. C’est uniquement pour la chasse, pour conserver ses habitudes, qu’il tint les états généraux à Versailles. S’il n’eût vécu ainsi, il serait devenu énorme, comme les Auguste, un monstre de graisse, comme son père le dauphin, qui dit lui-même, à dix-sept ans, « ne pouvoir traîner la masse de son corps. » Mais ce violent exercice est comme une sorte d’ivresse. Il lui fit une vie de taureau ou de sanglier. Les jours entiers aux bois, par tous les temps ; le soir, un gros repas où il tombait de sommeil, non d’ivresse, quoi qu’on ait dit. Il n’était nullement crapuleux comme Louis XV. Mais c’était un barbare, un homme tout de chair et de sang… Sous ses formes un peu rudes, le fond chez lui était la sensibilité aveugle, il est vrai, et sanguine, qui lui échappait par accès. Morne, muet, dur d’apparence, il n’en avait pas moins quelquefois des torrents de larmes. Quand, coup sur coup, son père, sa mère moururent, il eut ce cri : « Qui m’aimera ?… » (Michelet.) Ses deux frères aînés étant morts en bas âge, le duc de Berry resta, après la mort du dauphin son père (1765), l’héritier présomptif de la couronne. Il avait, comme on le sait, deux autres frères, les comtes de Provence et d’Artois (depuis Louis XVIII et Charles X). Il n’avait pas seize ans révolus quand ou le maria avec Marie-Antoinette (16 mai 1770). La jeune, fille de Marie-Thérèse n’avait elle-même que quatorze ans. Il y eut à l’occasion de ce mariage des fêtes publiques d’une grande magnificence, qui se terminèrent de la manière la plus tragique, par l’étouffernent de plusieurs centaines de personnes, à la suite du feu d’artifice, dans l’encombrement d’une foule immense à laquelle on n’avait pas préparé des débouchés suffisants. Cet événement funeste eut lieu sur cette même place Louis XV où devait se dresser, vingt-trois ans plus tard, l’échafaud de Louis XVI ! Autre coïncidence plus singulière. Dès sa première jeunesse, ce prince se préoccupait déjà du sort de Charles Ier, dont le nom et la destinée semblaient exercer sur son esprit une fascination lointaine. Il traduisit même de l’anglais l’histoire de ce prince, histoire lugubre dont il devait tant de fois méditer les péripéties au milieu des tempêtes de la Révolution et dans ses insomnies de la tour du Temple. On sait que le mariage du dauphin de France avait été négocié par Choiseul, dans l’intérêt de l’alliance autrichienne. Les époux d’ailleurs enfants tous les deux ne s’aimaient point. Le dauphin, circonvenu par ses tantes et La Vauguyon, ne voyait dans sa jeune compagne qu’un instrument docile de Marie-Thérèse, au moyen duquel l’ambitieuse impératrice espérait peser sur la France. Les lettres de la mère et de la fille, ont prouvé que cette prévention était fondée. Plus tard, Marie-Antoinette prit un grand ascendant sur son époux, mais sans détruire entièrement ses défiances ; on l’a vu par diverses pièces trouvée dans l’armoire de fer. Ainsi, la rudesse de manières et les dispositions chagrines du dauphin ne purent encore être adoucies par les affections de famille, si puissantes sur les natures simples. Il fut longtemps avant de connaître les satisfactions de la vie privée. Tout entier à quelques études solitaires, et surtout à ses éternelles chasses, il revenait harassé au château, soupait trop abondamment, se fatiguait d’indigestions, se couchait de bonne heure, et souvent même s’endormait pesamment à table, pendant que Marie-Antoinette, nature légère et folle, cherchait à secouer son ennui au milieu des amusements les plus frivoles. Une circonstance assez étrange contribuait encore à rendre les deux époux comme étrangers l’un à l’autre, c’est que le mariage fut longtemps avant d’être consommé. Ici, nous touchons à un sujet assez délicat ; cependant, nous ne pouvons nous dispenser de l’aborder, ou au moins de l’effleurer le plus sobrement qu’il nous sera possible. Pendant les premières années du mariage, on s’étonnait fort à la cour et dans le public de la stérilité de cette union. On paraît avoir été longtemps avant d’en soupçonner la cause ; sans cela, quelle pluie de chansons et d’epigrammes la verve gauloise, si peu respectueuse, surtout à cette époque, n’eût-elle pas prodiguée ! Plus tard, cependant, il circula des bruits étranges, et l’on parla tout bas d’une infirmité secrète dont le roi était atteint, d’un vice de conformation qui empêchait la consommation du mariage. Quelques-uns allaient même jusqu’à affirmer l’impuissance complète (comme on la soupçonnait chez le comte de Provence). Ce qui est certain, c’est qu’après sept ans de mariage Marie -Antoinette n’avait pas encore le droit de concevoir l’espérance d’être mère. On savait déjà ce triste détail par Mme Campan ; on le connaît mieuux aujourd’hui par la correspondance de la reine avec sa mère. La pauvre princesse revient constamment sur cet objet, qui fait à toutes deux leur constante et vive sollicitude. Certes, la chose serait d’un haut comique et toucherait même à la farce, si l’intérêt dynastique et politique n’était ici en jeu. Enfin, le futur empereur Joseph II vint taire un voyage à Paris en 1777, et il parait que l’intervention et les conseils de ce prince contribuèrent à amener un changement notable dans cette singularité matrimoniale. On voit que la comédie se continue jusqu’au bout. A ce propos, Marie-Antoinette écrit à sa mère : « On croit la comtesse d’Artois encore grosse ; c’est un coup d’œil assez désagréable pour moi, après plus de sept ans de mariage. Il y aurait pourtant de l’injustice à en avoir de l’humeur. Je ne suis pas sans espérance ; mon frère (Joseph) pourra dire à ma chère maman ce qui en est. Le roi a causé avec lui sur ce chapitre avec sincérité et confiance… » Sans entrer dans plus de détails sur ce sujet scabreux, disons que l’événement paraît avoir eu lieu vers le mois d’août de la même année. C’est ce qui ressort des documents que nous avons cités. Ajoutons, comme épilogue à ce curieux fait conjugal, que Louis XVI, déjà gauche et timide, était en outre empêche par un obstacle dont il-fut délîvré par une petite opération chirurgicale analogue à celle qu’on fait subir à certains enfants mal conformés pour leur délier la langue. (On ne se choquera pas si nous donnons le mot médical : le roi était bridé.) Le procès-verbal original de l’opération existe. Le 10 mai 1774, la mort de son aïeul investit Louis XVI de la royauté, dont il redoutait sincèrement le poids et l’éclat. Malgré son ignorance des affaires, il débuta assez heureusement. Instruit, par l’examen des papiers secrets de Louis XV, des manœuvres de l’Autriche, il refusa à la reine le rappel de Choiseul, écarta d’Aiguillon, Maupeou et l’abbé Terray, appela au conseil Maurepas, choix peu heureux, qui lui fut inspiré par sa tante, Mme Adélaïde, puis Saint-Germain, Turgot et Malesherbes. Il remit à ses sujets le droit de joyeux avènement, qui coûtait 40 millions aux contribuables, mais dont la moitié était dévorée par la ferme. On remarqua au reste que l’ordonnance, tout en s’abstenant de l’appliquer, consacrait ce prétendu droit, exaction féodale non reconnue par les parlements. L’homme tout-puissant du nouveau gouvernement fut Maurepas, vieil homme de cour sceptique et léger ; mais la haute capacité fut Turgot, déjà célèbre par son intendance du Limousin. Ce n’est pas ici que nous pouvons entrer dans le détail des réformes tentées par ce grand citoyen. Bornons nous à rappeler qu’après avoir converti le jeune roi à ses plans il fit rendre l’ordonnance établissant la pleine liberté du commerce des grains à l’intérieur, et supprimant tout achat et emmagasinement au compte de l’Etat, ce qui coupait court aux opérations des accapareurs qui avaient fait le fameux pacte de famine; ce qui, en outre, devait avoir pour effet d’encourager la culture, d’augmenter les produits, par la certitude donnée au cultivateur de vendre sur tous les points du royaume. Il provoqua en outre, par des primes, l’importation des blés étrangers, frappa la haute finance en supprimant le banquier du roi, en cassant les baux usuraires signés par Terray, en refusant les pots-de-vin des fermiers, en supprimant les croupes que ces traitants distribuaient aux plus grands personnages pour se créer des appuis et s’assurer l’impunité de leurs vols et de leurs exactions, enfin par une série de mesures qui lui firent naturellement un grand nombre d’ennemis parmi ceux qui s’engraissaient des abus. Le roi avait rétabli les anciens parlements malgré Turgot ; ces corps ne manquèrent point de se prononcer contre les réformes et en faveur des privilèges dont la réforme était urgente. Le grand ministre n’en poursuivit pas moins son œuvre, cherchant, comme contrôleur des finances, à introduire partout l’économie, la répartition plus équitable des charges publiques, améliorant les lois fiscales, accomplissant d’utiles réformes dans les tailles, les impôts, les octrois, étendant son influence, sur des matières étrangères aux finances, créant des chaires, une école de clinique, l’Académie de médecine, le mont-de-pièté, une caisse d’escompte, remplaçant la corvée par un impôt, dont les classés privilégiées n’étaient point exemptes, délivrant l’industrie du régime des maîtrises, etc. C’était la Révolution qui commençait. Malesherbes, de son côté, secondait son ami et faisait des efforts pour réformer le système des lettres de cachet, établir la liberté de conscience, abolir la torture, etc. On a fait honneur à Louis XVI de tous ces progrès ou tentatives de réformes. En réalité, il y donna d’abord son adhésion, mais il n’eut pas même le courage de soutenir les hommes qui cherchaient à les accomplir contre la meute qui les poursuivait. Naturellement, d’ailleurs, comme dévot et comme roi, il était antinovateur, antiphilosophe, attache aux traditions du passé, aux iniquités de la vieille monarchie ; en un mot, s’il consentait à l’adoucissement des abus, il n’en voulait pas la destruction. D’ailleurs, c’était l’indécision même, et chez lui les variations de la faiblesse et de l’irrésolution ressemblaient souvent aux combinaisons de la fausseté. « II n’y a, disait-il, que moi et M. Turgot qui aimions le peuple. » Et peu de temps après (mai 1776), il le congédiait avec la dureté la plus brulale. Le roi était « si bon » comme disait la cour, qu’il n’avait rien à refuser aux privilégiés. Sa « bonté » en certains cas, était la plaie publique ; il ne savait rien refuser à son entourage, ni les pensions énormes qui dévorent la substance du peuple, ni le rétablissement de la corvée et de la torture (qui ne tomba définitivement qu’en 1788), ni le maintien de toutes les iniquités qui étaient l’essence même de l’ancien régime. Tout cela lui était respectable comme choses anciennes, traditionnelles, monarchiques par excellence. Turgot arrache au roi la promesse de ne plus signer des acquits au comptant ; mais l’excellent cœur du monarque ne lui permet pas de refuser à quelque favori de la reine ou à tout autre courtisan des bons qui vont parfois jusqu’à un demi-million. Malesherbes veut supprimer les lettres de cachet ; mais comment résister aux prières des familles nobles qui veulent se débarrasser de quelqu’un de leurs membres ? Le roi. cède : il est si bon ! Les prisons se remplissent de nouveau (1777). De même, quand les parlements, malgré leur intolérance janséniste, proposèrent de donner l’état civil aux protestants, Louis XVI refusa pour ne pas affliger le clergé. On pourrait multiplier ces exemples, mais à quoi bon ? N’est-il pas assez connu qu’il en va toujours ainsi dans les gouvernements de la faveur et du bon plaisir ? Louis se croyait très bon, dit encore M. Michelet ; mais c’était la bonté de son père le dauphin, de son aïeul le duc de Bourgogne. Son évangile était les papiers de son père et ceux du dévot Télémaque. Il sortait peu de là. Il voulait être juste, mais pour les injustes. Quand on lui fit supprimer le servage sur ses domaines, il n’osa y toucher sur les domaines des seigneurs, respectant la propriété (propriété de chair humaine). Sur un plan de Turgot, qui ne tient ; compte des ordres et privilèges, il écrit ce mot étonnant : « Mais qu’ont donc fait les grands, les états de province, les parlements, pour mériter leur déchéance ? » Tellement il était ignorant, ou aveugle plutôt, incapable d’apprendre. Là, était la difficulté, plus qu’en aucune intrigue. Le réel adversaire du progrès, de l’idée nouvelle, c’était le bon cœur de cet homme qui, tout en admettant certaines nouveautés, n’en couvait pas moins le passé d’une tendresse religieuse, respectait tous les droits acquis, et n’y portait atteinte qu’avec regret, remords. L’ennemi véritable, c’était surtout le roi. Il était l’antiquité même. » Malesherbes, abreuvé de dégoûts, était sorti du ministère quelques jours avant Turgot, et le roi lui avait dit en le quittant un mot qui peint assez bien les embarras que lui causait l’indécision de son caractère : « Vous êtes plus heureux que moi, vous pouvez vous en aller. » Ce prince, absolument médiocre de caractère et d’esprit, fut donc, comme nous l’avons dit, étranger aux grands essais de réforme de ces deux illustres citoyens. Il ne le fut pas moins aux idées mêmes de son temps, à cet admirable mouvement intellectuel qui, depuis 1750, par l’Encyclopédie, par Voltaire, Diderot, les économistes, puis par Rousseau, Mably, Montesquieu, etc., emportait la nation et passionnait jusqu’aux femmes. Non-seulement il n’en fut pas touché, chose rare en ce grand siècle, mais instinctivement, par infirmité de nature aussi bien que par les vices de son éducation jésuitique, il était hostile à ces idées, et il les repoussait pour ainsi dire sans les connaître. Après le départ de Turgot, les finances, dirigées par de Clugny, tombèrent dans une véritable anarchie ; le crédit public s’aifaissa, et l’on en fut réduit à chercher des ressources honteuses dans l’établissement de la loterie. Les corvées et les jurandes furent rétablies ; tout l’ancien système reprit faveur. Cependant on jugea bientôt nécessaire d’appeler Necker, financier capable, enfoncé dans des systèmes contestables, mais honnête et désintéressé. Il remit un peu d’ordre dans le chaos des finances et accomplit quelques réformes, dont on trouvera le résumé dans l’article consacré à sa biographie. Toutes les préoccupations s’effacèrent bientôt devant l’agitation passionnée que souleva le grand événement de la révolution d’Amérique. Toute la France fut entraînée, non-seulement, comme on l’a dit, par sa haine contre l’Angleterre, mais par enthousiasme pour les idées nouvelles et pour la liberté. On vit se manifester d’une manière éclatante l’esprit chevaleresque de la nation, ce dévouement pour les peuples opprimés, qu’elle a consacré dans ses lois et dans les faits pendant la Révolution, et qui lui conquit un ascendant irrésistible dans le monde, jusqu’au moment où les violences militaires de l’Empire vinrent changer en haine cet amour des peuples. La Fayette et une foule d’autres jeunes nobles traversèrent les mers pour aller mettre leur épée au service de la liberté. Beaumarchais, d’un cœur admirable, se jette dans le mouvement, aventure des sommes considérables pour envoyer des secours et de fusils aux insurgents, comme on disait alors, éblouit, entraîne les hommes les plus flottants, comme Louis XVI et le ministre Vergennes, obtient un million, et enfin, à force d’obsessions, décide ou contribue largement à décider notre gouvernement à s’allier ouvertement aux Américains (février 1778). Le prudent Necker lui-même fut emporté. L’hésitation était permise, car nos finances étaient dans l’état le plus désastreux. Mais la nation n’hésita pas ; les hommes d’Etat furent poussés, entraînés par le sentiment public. A ce moment, Voltaire et Rousseau mouraient. Mais leurs disciples allaient bientôt faire passer leurs idées dans le domaine des faits. Cette guerre en faveur de l’indépendance américaine fut très glorieuse pour la France ; mais elle nous ruina, nous endetta de plus d’un milliard. Elle se termina par le traité de Versailles (1783), qui consacra l’indépendance des Etats-Unis et nous lit recouvrer Saint-Pierre, Miquelon et Sainte-Lucie, Pondichéry et Chandernagor, daenleva à l’Angleterre Minorque et la Floride, rendues à l’Espagne, etc. Nos officiers et nos soldats revinrent d’Amérique enthousiasmés pour la liberté, qu’ils avaient vue dans les faits, bien plus puissants que les livres et les théories. La guerre avait été une sorte de dérivatif extérieur aux sentiments de la France ; mais ces sentiments n’en éclateront bientôt qu’avec plus de puissance et d’énergie. Entravé dans ses réformes, comme l’avait été Turgot, Necker avait été renversé en par les manœuvres de Vergennes et de Maurepas, ligués avec la cour et tous les privilégiés. Il venait de publier son célèbre Compte rendu, première révélation publique (encore incomplète) du mystère des finances, le saint des saints de la vieille monarchie. Ses successeurs incapables, Joly d’Ormesson creusèrent encore le gouffre qu’il avait essayé de combler malgré les énormes dépenses de la guerre. Le déficit ne cessa plus de s’accroître, autant à cause de la mauvaise direction des finances que par les largesses insensées faites aux princes, aux courtisans, par les prodigalités de la reine, ses dons énormes à ses créatures et à ses favorites (Lamballe, Polignac), etc. Incapable d’apprécier les hommes, trop faible d’ailleurs et trop indécis pour soutenir ceux qui lui eussent été le plus utiles, le roi allait de l’un à l’autre, et tombait enfin sur Calonne, ce Figaro qui allait mener si gaiement le convoi de la monarchie dans cette crise permanente des finances, le ministre de ce département se trouvait être le plus important personnage de l’Etat. Le système de Calonne était ingénieux ; il consistait à dépenser le plus possible, à gorger les grands pour s’en faire des appuis. Des 100 millions qu’il emprunta tout d’abord, il n’en arriva pas 25 au roi ; d’Artois, Condé et autres sangsues absorbèrent le reste. Tout va aller à la dérive. « Où est le roi ? Que devient-il ? Il était travailleur, sérieux, sous Turgot. A voir aujourd’hui sa torpeur, on le croirait hydrocéphale. La table, la vie conjugale, l’invincible progrès de l’obésité paternelle, semblent paralyser sa grosse tète d’embryon. On lui fait en un an signer en acquits au comptant 136 millions ! Pour qui ? Je ne le sais. Il ne le sait lui-même. » (Michelet.) Au milieu de cette débâcle de l’ancien régime, la nation conservait sa vitalité ; une société nouvelle se formait. Beaumarchais lançait son terrible Figaro, les sciences reprenaient un nouvel éclat avec les Lagrange, les Bailly, les Lalande, les Lavoisier ; l’audace de conception et d’entreprise suscitait la navigation aérienne, inspiration aventureuse des Montgolfier ; une génération nouvelle avait grandi, qui croyait aux miracles de la science et de la raison, à l’éclosion d’un monde nouveau. La Révolution était pour ainsi dire dans l’air. Tous les grands acteurs qui devaient y figurer étaient déjà debout et frémissants. Un événement fameux, une tragi-comédie de cour vint activer encore la désaifection pour la famille royale et pour les gens de cour. Nous voulons parler de l’affaire du Collier. Cependant, après avoir épuisé la ressource des emprunts, ne sachant plus que faire et se trouvant en face d’un déficit toujours croissant, Calonne, à bout d’expédients, proposa au roi l’idée (que Mirabeau lui avait suggérée) d’une Assemblée des notables, qui eut lieu à Versailles en février 1787. Naturellement cette assemblée de quelques privilégiés ne produisit absolument rien ; elle repoussa les « réformes » proposées par le charlatan Calonne, qui tomba du ministère. Il eut pour successeur Loménie de Brienne, poussé par la reine, qui tira des notables quelques réformes et quelques contributions, et qui fit exiler le parlement pour refus d’enregistrer le nouvel impôt du timbre. Avant de se séparer, le grand corps judiciaire lance un mot gros d’orages : il réclame la convocation des états généraux. Il paraît certain que dans cette déroute gouvernementale la banqueroute fut proposée, discutée, surtout dans le cercle de la reine, pendant que l’agitation causée par l’exil du parlement, par l’idée des états généraux, qui faisait son chemin dans les esprits, par l’état désastreux des affaires publiques, suscitait des troubles fort graves en Bretagne, et surtout en Dauphiné, où la célèbre assemblée de Vizille fut comme le prélude de la Révolution. Au milieu de toutes ces complications, Brienne tombe ; on rappelle Necker (août 1788). En même temps, on se résignait à la convocation des états généraux pour le 1er mai de l’année suivante. Une nouvelle Assemblée des notables montre une fois de plus l’invincible obstination des privilégiés, leur résistance à tout progrès. Malgré tout, la force de l’opinion était telle qu’elle imposa au roi même et à la reine (avec l’appui de Necker) le doublement des députés du tiers aux états généraux. L’ouverture de cette mémorable Assemblée eut lieu à Versailles le 5 mai 1789. On peut marquer à cette date la fin de l’ancien régime. Une ère nouvelle s’ouvrait pour la France et pour le monde. A demi converti parfois par les partisans les plus modérés des idées nouvelles, mais tiraillé en sens contraires, dominé par ses propres préventions et par l’influence de la reine, qui était le centre de la faction la plus rétrograde, il ne faisait une concession que pour la regretter aussitôt et tâcher de la reprendre par de petites manœuvres, qui passaient facilement pour des trahisons et des parjures. A peine les états s’étaient-ils assemblés que, devinant les vues du tiers état, il se repentit de lui avoir accordé une représentation double de celle des deux autres ordres. Il s’opposa au vote par tête et en commun, employa l’intimidation ; mais le tiers, fort de l’appui du peuple, se déclara Assemblée nationale dans la fameuse séance du Jeu de paume (20 juin). Le roi céda bientôt, avec l’arrière-pensée de reprendre l’avantage ; tel est le rôle qu’il joua constamment jusqu’au dénouement fatal ; telle est la perpétuelle contradiction dans laquelle il s’agita, se dégradant dans les plus pitoyables duplicités sans pouvoir conjurer sa perte ni celle de la monarchie. Effrayé de la marche des événements et poussé par la faction, il renvoie Necker, le ministre populaire, et concentre des troupes dans Paris, comme s’il méditait quelque coup d’Etat. A ces mesures, qui annonçaient des projets sinistres, le peuple répondit par la prise de la Bastille (14 juillet 1789). Nouvelles concessions du roi ; mais à quelque temps de là, lorsqu’il croit la tourmente calmée, nouvelles agressions de sa part ou tolérées par lui. Les gardes du corps, dans un repas resté fameux, se répandent en manifestations bruyantes en faveur de la cour et en imprécations contre le nouveau régime ; les Parisiens se portent sur Versailles (5 et octobre) et ramènent Louis XVI avec eux pour le garder à vue dans la capitale. A chaque péripétie de cette lutte, le monarque perdait une partie de son crédit et de sa puissance, qui passait à l’Assemblée et aux autorités populaires. En réalité, il ne régnait plus, il assistait effaré aux événements, jouet des circonstances et des hommes, cherchant à de rares intervalles à s’accommoder aux institutions dont la formation successive était pour lui un sujet d’étonnement et de scandale, mais le plus souvent réagissant contre la destinée et méditant des restaurations impossibles par des appels secrets aux armes de l’étranger. C’est dans ces vues coupables qu’il écrivit au roi de Prusse le 3 décembre 1790, et que, jusqu’à la fin de son règne, il prêta la main aux complots de la reine et des émigrés, tout en les désavouant officiellement. Nous le répétons, les péripéties de ce grand drame appartiennent à l’histoire de la Révolution bien plus qu’à la biographie du roi. En juin 1791, après diverses combinaisons avortées, il s’enfuit secrètement des Tuileries avec sa famille, dans l’intention de gagner la frontière de l’est, de se mettre sous la protection de Bouillé et de commencer, avec l’appui de l’étranger, une lutte pour recouvrer son autorité. D’Artois, qu’il désavouait en apparence, s’était, au nom du roi, concerté avec l’empereur, dans l’entrevue de Mantoue, pour combiner l’envahissement de la France par quatre points à la fois : première ébauche de coalition qui échoua. Arrêté dans sa fuite, à Varennes, et ramené à Paris, Louis XVI se réconcilie avec l’Assemblée (mais non avec l’opinion), en prêtant serment à la Constitution, trop heureux de conserver sa couronne à ce prix. Va-t-il au moins l’exécuter loyalement, cette Constitution ? Non ; il y apportera toutes sortes d’entraves ; il laissera machiner secrètement par la reine l’invasion de la France par les armées ennemies ; il soudoiera des pamphlétaires et des hommes prêts à prendre les armes contre la Révolution ; il corrompra des députés : toute cette œuvre sourde fut révélée plus tard par l’ouverture de l’armoire de fer et par des pièces authentiques découvertes depuis. Pendant que, publiquement et conformément aux décrets, il commandait à ses frères émigrés de rentrer en France, secrètement il entretenait une correspondance avec eux pour se plaindre de la « captivité » qu’il subissait, et pour s’associer, quant au fond, à leurs intrigues et à leurs projets ; il envoyait Breteuil et Mallet-Dupan en Allemagne pour presser l’intervention ; il commettait enfin, de concert avec la reine, une série de trahisons qui ne sont plus contestées et dont les preuves existent partout. Malgré sa soumission apparente, il était donc très visiblement le chef de la réaction, le complice des émigrés et de la coalition des rois, le grand obstacle à l’établissement de l’ordre nouveau. Son refus de sanctionner les décrets de l’Assemblée législative contre les émigrés et les prêtres rebelles, le renvoi du ministère patriote qu’on lui avait, imposé (Roland, Servan, etc.), provoquèrent le mouvement du 20 juin 1792 ; enfin sa complicité évidente avec les étrangers qui marchaient sur la France détermina la révolution du 10 août, qui mit fin à la monarchie. Suspendu par décret, Louis XVI fut enfermé avec sa famille à la tour du Temple, mis en jugement par la Convention nationale (décembre 1792-janvier 1793) et condamné à la peine de mort le 20 janvier.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Louis XVI sur wikipedia

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mars 8, 2008

GEORGES IV (1762-1830), ROI D’ANGLETERRE (1820-1830)

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Georges IV (1762-1830), roi d’Angleterre

Altesse Royale,

En butte aux factions qui divisent mon pays et, à l’inimitié des plus grandes puissances de l’Europe, j’ai consommé ma carrière politique. Je viens, comme Thémistocle, m’asseoir sur le foyer du peuple britannique; je me mets sous la protection de ses lois, que je réclame de Votre Altesse Royale, comme celle du plus puissant, du plus constant, du plus généreux de mes ennemis.

(Napoléon Bonaparte)

GEORGE IV, roi d’Angleterre, fils aîné de George III, né en 1762, mort le 26 juin 1830. Il fut élevé avec une sévérité extrême, mais s’en dédommagea à sa majorité par la vie la plus extravagante et la plus licencieuse. Parmi les plus connues de ses maîtresses, on cite la belle mistress Robinson et la veuve de Fitz-Herbert. Il contracta des dettes énormes, et son père, George III, ayant refusé de les payer, il se lança dans l’opposition. Fox obtint du Parlement une somme de 161.000 livres sterling pour le tirer d’embarras ; mais il fallut revenir deux fois encore à ce procédé, et pour des sommes bien autrement considérables. Déjà marié secrètement avec mistress Pitz-Horbert, le prince consentit, pour éteindre de nouvelles ‘detteSj à épouser sa cousine, Caroline de Brunswick (1795) ; mais, dès l’année suivante, il se séparait d’elle avec éclat, et l’on sait par quels scandaleux procès ces débats matrimoniaux, renouvelés en 1806, se dénouèrent en 1820. En 1787, ses amis de l’opposition avaient échoué dans leur tentative pour lui faire décerner la régence ; ils y réussirent en 1811, son père étant tombé dans une complète démence ; mais les whigs furent trompés dans leur attente : le régent conserva le ministère tory, et il n’y eut rien de changé ni dans la politique hostile contre la France ni dans la marché rétrograde du pouvoir. Si les nécessités d’une longue guerre avaient pu autoriser le gouvernement à violer les lois, à ajourner les réformes, il ne pouvait plus en être ainsi après la paix de 1815. Il y eut dans Londres, en 1817, des émeutes menaçantes ; la voiture du régent fut percée d’une balle. On réprima les troubles avec une impitoyable cruauté. George monta sur le trône le 28 janvier 1820, et ce n’est qu’en 1822, après le suicide de lord Castlereagh, qu’il céda aux vœux de la nation en prenant un ministère libéral. L’émancipation de l’Irlande fut enfin accomplie sous l’administration de Wellington et de Robert Peel (1829) ; mais, depuis 1822, George IV ne prenait plus part aux affaires : retiré dans son palais, il ne s’occupait que des embellissements de ses châteaux, Il n’a eu qu’une fille, Charlotte, première femme de Léopold , roi des Belges, morte en 1817.

Lien : George IV d’Angleterre sur wikipedia

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MARIE-LOUISE DE BOURBON-PARME (1751-1819), REINE D’ESPAGNE (1788-1808)

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Marie-Louise de Bourbon-Parme (1751-1819), reine d’Espagne

La reine a son coeur et son histoire sur sa physionomie, c’est vous en dire assez. Cela passe tout ce qu’il est permis de s’imaginer.

(Napoléon Bonaparte)

MARIE-LOUISE DE BOURBON-PARME, reine d’Espagne, fille du duc de Parme, épouse de Charles IV, née en 1754, morte en 1819. Mariée à treize ans au prince des Asturies et conduite à la cour de son beau-père Charles III, elle y fut l’objet d’une surveillance sévère, justifiée par la légèreté de sa conduite et l’entraînement de son caractère, et prit peu à peu un tel empire sur l’esprit de son faible époux, que celui-ci, devenu roi sous le nom de Charles IV (1788), lui abandonna la direction des affaires. Marie-Louise en profita pour épuiser le trésor par ses prodigalités, destitua des ministres qui lui avaient refusé des sommes qu’elle exigeait, et livra le royaume à son favori Godoy, qu’elle tira des rangs les plus infimes de l’armée pour l’élever aux plus hauts emplois. Les turpitudes de ces deux personnages furent les prétextes dont Napoléon colora son invasion en Espagne (1808). A cette époque, Marie-Louise se rendit à Bayonne avec son mari et Godoy, dont elle avait obtenu la mise en liberté, n’hésita point à se porter devant l’Empereur l’accusatrice de son fils Ferdinand, et alla jusqu’à s’accuser d’un adultère pour détruire des droits que, disait-elle en présence de Charles IV lui-même, il ne pouvait tenir que d’elle seule. Exilée à Compiègne avec son mari, elle habita successivement ensuite Marseille, Nice et Rome, où elle mourut.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Marie-Louise de Bourbon-Parme sur wikipedia

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CHARLES IV (1748-1819), ROI D’ESPAGNE (1788-1808)

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Charles IV (1748-1819), roi d’Espagne

 

Le roi Charles est un brave homme. Je ne sais si c’est sa position ou les circonstances, il a l’air d’un patriarche franc et bon.

(Napoléon Bonaparte)

CHARLES IV, roi d’Espagne, fils et successeur de Charles III d’Espagne, né à Naples en 1748, mort à Rome en 1819. Il monta sur le trône en 1788. Jeune encore, il avait épousé sa cousine Marie-Louise de Parme, qui, dans la suite, prit sur son faible esprit un ascendant absolu, et causa en partie les malheurs de son règne. Il n’avait aucune des qualités gouvernementales de son père, et laissa péricliter l’œuvre de régénération commencée avant lui. Monarque indolent et apathique, époux aveugle et lâchement complaisant, il accorda toute sa confiance au trop fameux Godoy, favori de sa femme, qui, dominé lui-même par la reine, fit renvoyer un des ministres, les plus capables du règne précédent, Florida-Blanca, et contribua aux mesures les plus funestes de ce règne déplorable. Lorsque la Convention mit Louis XVI en jugement, le gouvernement de Charles IV intervint maladroitement pour sauver à prix d’or le monarque français, essaya sans plus de succès d’intimider ceux qu’il n’avait pu corrompre, et commença contre la République une guerre qu’il se trouva heureux de terminer en 1795 par le traité de Bale et par l’abandon de la partie espagnole de Saint-Domingue. La France lui imposa en même temps une alliance offensive et défensive qui l’obligea plus tard à faire la guerre au Portugal et à l’Angleterre. La perte de l’île de la Trinité, la rétrocession de la Louisiane à Napoléon, le pillage en mer de ses galions par les Anglais, la destruction de sa marine à Trafalgar sont les seuls fruits que recueillit l’Espagne, devenue en quelque sorte la vassale de l’Empereur, qui lui imposait des tributs d’hommes et d’argent et inspirait les actes les plus importants de sa politique. Abusé par un traité secret avec Napoléon, qui lui promettait une partie du Portugal, Charles IV laissa sans méfiance occuper une partie de l’Espagne parles troupes françaises, en même temps qu’entraîné par un complot de son fils Ferdinand et par une émeute à Aranjuez, il abdiquait, puis protestait presque aussitôt contre un acte qu’il prétendait lui avoir été arraché par la violence. Murat occupait Madrid ; Charles et Ferdinand, réduits à prendre pour arbitre de leurs différends et de leurs prétentions le souverain qui se préparait à les dépouiller, s’épuisaient en démarches, en intrigues et eh sollicitations, et se laissèrent enfin attirer à Bayonne (1808), où l’Empereur imposa à l’infant la renonciation à la couronne en faveur de son père, qui lui-même, par un acte inqualifiable, avait, dès la veille, abandonné tous ses droits à Napoléon, lequel adjugea le trône d’Espagne à son frère Joseph. Charles IV reçut pour résidence le château de Compiègne avec une pension considérable. Il vécut ensuite à Marseille, puis à Rome, conservant jusqu’à la fin de sa vie une confiance inaltérable dans l’épouse qui avait causé tous ses malheurs et dans l’homme qui l’avait entraîné dans l’abîme.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Charles IV d’Espagne sur wikipedia

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mars 7, 2008

FERDINAND VII (1784-1833), ROI D’ESPAGNE (1813-1833)

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Ferdinand VII d’Espagne (1784-1833)

Le prince des Asturies est très bête, très méchant, très ennemi de la France ; avec mon habitude de manier les hommes, son expérience de vingt-quatre ans n’a pu m’en imposer.

(Napoléon Bonaparte)

FERDINAND VII, roi d’Espagne, fils de Charles IV et de Marie-Louise de Parme, né le 14 octobre 1784, mort le 29 septembre 1833. Il fut proclamé prince des Asturies en 1789, eut pour gouverneur le duc de San-Carlos, et pour précepteur le chanoine Escoïquiz. Dominé par ce prêtre intrigant, impatient d’occuper un trône auquel l’appelait sa naissance, il conçut une haine fort vive contre Godoy, qui régnait alors sur l’Espagne sous le nom du faible Charles IV. Renverser ce favori, c’était, pour Ferdinand, écarter le seul obstacle sérieux qui put l’empêcher de saisir la couronne au moyen d’une abdication du vieux roi. Ses vues ambitieuses se montrèrent si bien qu’on dut le tenir soigneusement éloigné des affaires, en épiant ses démarches, ce qui augmenta encore son irritation. Marié, en 1802, à Marie-Antoinette-Thérèse de Naples, à la mort de cette princesse, en 1806, il insinua qu’elle avait été empoisonnée par Godoy. Plus tard, il refusa d’épouser sa cousine dona Alaria-Luisa de Bourbon, parce qu’elle était la belle-sœur du ministre. Eu même temps, il demandait à Napoléon une fille de Lucien Bonaparte, espérant, par cette alliance, intéresser l’empereur à son élevation. Quelque secrète que fût cette démarche, on la découvrit. Une perquisition faite dans ses papiers en fournit la preuve ; on y trouva, outre les minutes de ses lettres, celles de deux mémoires adressés à Napoléon sur les intrigues de sa mère avec Godoy. Ou l’arrête, on instruit son procès ; il dénonce lâchement les amis qui l’ont aidé, et on le fait sortir de prison pendant qu’on les envoie en exil. Loin de lui nuire, ce scandale le servit, en jetant de l’odieux, sur le principal ministre, qui l’avait produit au grand jour. A quelque temps de la (1808), Godoy est horriblement maltraité dans une émeute, Charles IV abdique : enfin voilà Ferdinand roi ; mais Madrid est occupée par Murat, et l’Empereur désire voir le nouveau souverain avant de le reconnaître. Il vient au devant de lui jusqu’à Bayonne, en l’invitant à l’y joindre. Ferdinand eut l’imprudence de s’y rendre, malgré les avis de ses conseillers les plus clairvoyants. A peine est-il arrivé qu’il reconnaît le piège. On le force de rendre la couronne à son père, qui en fait ensuite présent à Napoléon, pour la placer sur la tête de Joseph Bonaparte. Après que Ferdinand eut signé sa renonciation absolue au trône d’Espagne (6 mai 1808), on le transporta dans le château de Valençay (Indre), où il vécut cinq années, d’une manière peu propre il faut le dire, à honorer son infortune ; sans qu’on le lui demandât, il faisait répandre parmi ces vaillants Espagnols qui défendaient sa cause, des proclamations où il les engageait à reconnaître la nouvelle dynastie ; de plus, il félicitait Joseph sur son avènement, et il ne manquait jamais d’illuminer, de tirer des feux d’artifice à chaque victoire de l’Empereur, même pour celles qu’il remportait eu Espagne. Etait-ce stupidité, était-ce dissimulation ? L’une et l’autre peut-être. Nos revers lui rendent sa liberté et son royaume. Il signe un traité avec la France, le 11 décembre 1813 ; le 3 mars suivant, il se met en route. L’enthousiasme de tout un peuple le salue à son arrivée sur le seuil de la patrie. Il fait d’abord les promesses les plus libérales ; mais, dès ses premiers pas sur le sol espagnol, l’empire de Napoléon s’écroule. Alors tout change : il refuse d’accepter la constitution de 1812, dissout les cortès, proscrit en masse tous les libéraux, rétablit l’inquisition et les jésuites, encombre les prisons de suspects, dresse l’échafaud sur toutes les places publiques. Une terreur sans exemple glace le pays de stupeur. Les plus généreux citoyens sont envoyés à la mort par des tribunaux de sang, gémissent dans les bagnes ou traînent une vie misérable sur la terre d’exil. La nation, appauvrie, dépeuplée déjà par tant de luttes, semble ne plus devoir se relever de ce dernier coup. Ajoutez à ce tableau navrant la perte pour l’Espagne de toutes ses colonies. Ferdinand fait de vains efforts pour en conserver des lambeaux. C’est du sein de la dernière armée qu’il envoie en Amérique que s’élève le cri d’indépendance de la mère patrie. Dans l’île de Léon, le 5 janvier 1820, Riego proclame la constitution de 1812. Toute l’Espagne se lève, les cortès s’assemblent, les institutions libérales sont rétablies. Ferdinand cède à l’orage ; il jure, la main sur l’Evangile ; il règne en roi constitutionnel, mais travaille sourdement à la ruine du nouvel ordre de choses. Rétabli dans son pouvoir absolu par une année française il remit tout sur l’ancien pied, et recommença le cours de ses saturnales sanglantes : tout ce qui put échapper à l’échafaud et à la prison reprit le chemin de l’exil ; un silence de mort s’étendit de nouveau sur ce malheureux pays, interrompu quelquefois par des protestations héroïques, toujours étouffées dans les supplices ; en 1826, la. ville de Valence put jouir de l’horrible spectacle d’un auto-da-fé. Ferdinand, resté sans postérité après trois mariages, épousa, en 1829, Marie-Christine de Naples, dont il eut Isabelle, que son peuple a chassée, elle aussi, en 1868. De son autorité privée, il abolit, en 1830, en faveur de sa fille, la loi fondamentale de l’Etat, qui excluait les femmes du trône. Trois ans après il mourut, laissant la réputation du prince le plus dissimulé et le plus sanguinaire qui ait régné au XIXe siècle.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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FREDERIC GUILLAUME III (1770-1840), ROI DE PRUSSE (1797-1840)

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Frédéric-Guillaume III de Prusse (1770-1840)

Le plus grand sot de la terre, sans talent, sans instruction, incapable de soutenir une conversation de cinq minutes. Il a l’air d’un vrai don Quichotte.

Pas un tailleur n’en savait plus long que Frédéric-Guillaume sur ce qu’il fallait de drap pour faire un habit. Si l’armée française avait été commandée par un tailleur, le roi de Prusse aurait certainement gagné la bataille à cause de son savoir supérieur en cette matière.

(Napoléon Bonaparte)

FRÉDÉRIC-GUILLAUME III, roi de Prusse, fils aîné et successeur de Frédéric Guillaume II de Prusse, né le 3 août 1770 mort le 7 juin 1840. Il reçut sa première éducation sous la direction de sa mère. la princesse Louise de Hesse-Darmstadt, et de son grand-oncle, Frédéric II, puis eut pour gouverneur le comte Charles de-Brühl, qui l’initia à la politique en même temps qu’à l’art militaire. Pendant la guerre contre la France, en 1792, il se rendit avec son père à l’armée du Rhin et s’y fit remarquer par son courage. L’année suivante, il épousa la princesse Louise de Mecklembourg-Strelitz, pour laquelle il ressentait une vive affection. Dès son avènement au trône, en 1797, il s’attacha à réparer les fautes du dernier règne : la tolérance religieuse fut rétablie, la censure modifiée dans le sens libéral, les finances restaurées. Il s’entoura de bons conseillers et plaça à la tête de l’administration un homme d’une probité et d’une capacité reconnues. Le nouveau roi ne se laissa point distraire dans ce travail de réorganisation, restant sourd aux excitations et aux menaces des puissances coalisées contre nous. Ce prince était pacifique ; il respecta la République française et le traité de paix de Bale, que son père avait conclu avec elle. Son intention était de vivre en paix avec la France aussi bien qu’avec toutes les autres puissances, et de consacrer toutes ses forces à l’amélioration du pays. Le traité de Lunéville (1801) enleva à la Prusse ses possessions de la rive gauche du Rhin ; mais Cette puissance reçut en compensation, en un accroissement de territoire d’environ 180 milles carrés géographiques, ayant une population de plus de 400.000 habitants. A peu près vers cette époque, elle fit avec la Bavière des échanges de territoires qui l’arrondirent et l’agrandirent de telle sorte, qu’elle compta alors 10 millions d’habitants. En 1805, la roi de Prusse finit par entrer dans la troisième coalition, entraîné par Alexandre, venu lui-même à Berlin, et irrité de la violation du territoire d’Anspach, traversé par nos troupes marchant sur Vienne. Déjà il était engagé, lorsque le coup de foudre d’Austerlitz vint le rappeler à la prudence. Il se hâta de faire sa paix avec Napoléon, moyennant quelques concessions de territoire, en échange desquelles il obtint le Hanovre (15 décembre 1805). Bientôt, l’établissement de la confédération du Rhin troubla la bonne harmonie. Frédéric-Guillaume prétendait réunir sous son protectorat les Etats de l’Allemagne du Nord, comme Napoléon avait fait de ceux du Midi. On ne put s’entendre, et les hostilités commencèrent le 9 octobre 1806. Le 14, Napoléon, vainqueur à léna, entrait à Berlin, et bientôt le roi, dépouillé de ses Etats, se trouvait confiné à Memel. Grâce à l’empereur de Russie, il rentra, par le traité de Tilsit (1807), en possession d’une partie de son royaume ; mais, avant de passer des écrits au fait, il eut à subir du vainqueur les plus humiliantes épreuves. Napoléon lui imposait d’énormes contributions de guerre, 100 millions, qui devaient être payées avant l’évacuation des troupes françaises. L’épuisement de toutes ses provinces mettait le roi dans l’impossibilité de payer une somme si lourde. Il suppliait l’empereur de lui accorder des réductions et de retirer son armée. Dans une lettre, inédite, qu’il lui adressait de Memel, le 3 août 1807, et dont nous avons l’original sous les yeux, il lui dit : « Quelles sont vos vues sur la Prusse ? Votre Majesté en a-t-elle décidé l’anéantissement politique ? Expliquons-nous, sire : le langage de la conscience et de la franchise est celui qu’il convient d’adresser au plus grand homme de notre siècle. Prononcez le rôle que vous voulez m’assigner parmi les puissances de l’Europe… » Frédéric-Guillaume ne rentra dans sa capitale qu’au mois de décembre 1809. Loin de se laisser abattre par le malheur, il s’occupa sans relâche des réformes réclamées par le pays, de la reconstitution de l’armée. Deux hommes d’une haute capacité, Stein et Hardenberg, travaillèrent alors avec le roi à la régénération de la Prusse par l’établissement d’institutions libérales et par une réorganisation radicale de l’administration. Les principaux points de cette réforme furent l’égalité, devant la loi, de la noblesse et de la bourgeoisie ; la liberté du travail, de l’industrie et du commerce ; l’abolition de la corvée des paysans (loi du 9 octobre 1807) ; l’indépendance des communes en ce qui concerne la gestion de leurs affaires municipales et la représentation des villes par des conseillers municipaux (19 novembre 1808). L’instruction publique devint obligatoire et gratuite pour les pauvres (30 octobre 1810). L’université de Berlin fut fondée en 1809, et, en même temps, celle de Francfort-sur-l’Oder fut transférée à Breslau. Pour améliorer les finances de l’Etat, le roi décréta, le 6 novembre 1809, la vente des propriétés appartenant au domaine public, et déclara les biens ecclésiastiques situés dans son royaume propriétés de l’Etat. Tous les biens possédés par les ordres religieux et par le clergé furent alors sécularisés et vendus en même temps que les autres biens de l’Etat. Par ces diverses mesures, le roi de Prusse parvint a cicatriser les plaies que la guerre avait faites à ses Etats et à y ramener le bien-être. Forcé de plier devant les volontés encore toutes-puissantes de Napoléon, Frédéric-Guillaume conclut à Paris, le 24 février un traité d’alliance défensive et offensive. Cette même année, la guerre ayant éclaté entre la France et la Russie, le roi de Prusse envoya à Napoléon un corps d’armée de 30.000 hommes, sous le commandement du général York. Lors de la funeste retraite de Russie, le général York sauva ses troupes en concluant, avec le général russe Diébitsch, une convention qui lui laissait le passage libre pour retourner eu Prusse, et son corps-d’armée, déclaré neutre, se sépara de l’armée française. Les désastres de 1812 semblaient indiquer que Napoléon avait enfin lassé la fortune. Le roi de Prusse se réunit contre lui aux grandes puissances, avec d’autant plus d’empressement qu’il avait été plus profondément humilié. Il conclut contre la France une alliance avec l’empereur de Russie, à Kalisch, le 23 février 1813, et, le 27 mars de la même année, envoya à Napoléon une déclaration de guerre. Les proclamations qu’il adressa à son peuple, les 3 et 9 février et le 17 mars 1813, étaient autant d’appels aux armes, qui furent accueillis avec enthousiasme, car il s’adressait à la nation au nom de la liberté et de l’indépendance de la patrie. Deux corps d’armée prussiens, commandés par Blücher et York, se réunirent à l’armée russe sous les ordres de Wittgenstein, et marchèrent en avant en entrant en Saxe. Le roi lui-même fit la campagne de 1813 et de 1814, et contribua à l’échec que Napoléon éprouva à Leipzig. Il se rendit ensuite à Paris, qu’il quitta avec l’empereur Alexandre de Russie pour se rendre à Londres. De là, il retourna à Berlin, où il fut reçu en triomphe par le peuple prussien (le 6 août I814). De Berlin, il se rendit à Vienne pour assister au congrès, dans lequel il défendit les intérêts prussiens, se fit restituer les Etats que Napoléon lui avait enlevés, et obtint, en outre, un agrandissement de territoire. Lorsqu’au mois de mars 1815 Napoléon revint de l’ île d’Elbe, Frédéric-Guillaume conclut une nouvelle alliance avec l’Autriche, la Russie et l’Angleterre, et l’on sait quelle part décisive les Prussiens de Blücher prirent à la bataille de Waterloo. De retour en Prusse, le roi fit célébrer le jubilé de l’avènement de la maison de Hohenzollern, qui depuis quatre cents ans gouvernait la Prusse. La paix rétablie, Frédéric-Guillaume continua à s’occuper d’accroître la prospérité de ses Etats ; mais il refusa d’accorder à la nation la constitution et le système représentatif, qu’il avait solennellement promis d’octroyer, le 22 mai 1815, après le retour de Napoléon Ier en France. Il régla les difficultés qui s’étaient élevées entre les Eglises protestantes et l’Eglise catholique, rétablit, en 1823, les états provinciaux, qui ne prouvaient apporter que de très légères modifications au pouvoir absolu, et augmenta considérablement l’ascendant de la Prusse en Allemagne, en fondant l’association douanière qui devait préparer l’unité politique de l’Allemagne. Lorsque la Révolution de Juillet éclata en France, suivie bientôt après de l’insurrection polonaise, Frédéric-Guillaume contribua, par sos efforts, à maintenir la paix de l’Europe, qui semblait de nouveau menacée. Il s’empressa de reconnaître Louis-Philippe, et ne voulut pas prendre part
à la compression de la Pologne. On a reproché à ce prince, qui n’était dénué ni d’intelligence ni de courage personnel, de s’être trop laissé gouverner par sa femme, la belle Louise de Mecklembourg, qu’il perdit en 1810. En 1821, il contracta un mariage morganatique avec la comtesse de Harrac, qui devint alors duchesse de Liegnitz.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Frédéric-Guillaume III de Prusse sur wikipedia

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mars 6, 2008

ALEXANDRE Ier (1777-1825), TSAR DE RUSSIE (1801-1825)

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Alexandre Ier, Tsar de Russie (1777-1825)

L’Empereur Alexandre, avec ses manières doucereuses et l’apparence de la modération, aura fait davantage dans l’intérêt de la Russie que l’ambitieuse Catherine, que les Russes prônaient tant.

C’est un grec du Bas-Empire, fin, faux, et adroit.

(Napoléon Bonaparte)

ALEXANDRE Ier, Paulowitch, empereur de Russie, fils de Paul Ier, né à St-Pétersbourg, en 1777, mort en 1825, à Taganrok. Il monta sur le trône en 1801, après le meurtre de son père, auquel on le soupçonna, sans preuves, de n’être pas resté étranger. Phénomène remarquable, et qui montre bien la puissance d’expansion des principes émis par la Révolution française, il fut, dans l’empire le plus absolu de la terre, le représentant des idées libérales, et entraîna son pays dans la voie des réformes et du progrès. Ses premiers actes furent une réparation des cruautés du règne précédent. Il ouvrit les cachots, rappela les bannis, abolit la censure, les tribunaux secrets, la confiscation, la torture, les ventes publiques de serfs ; diminua les impots, adoucit la législation criminelle, fonda des universités, des écoles et des hospices, réforma le code criminel, protégea la liberté commerciale et industrielle, et s’appliqua à faire fleurir dans ses vastes Etats les lettres, les sciences et les arts, dont les bienfaits étaient jusqu’alors restés presque inconnus à la Russie. A son avènement au trône, il maintint d’abord la paix qu’il trouva établie avec la France ; mais en 1805, inquiet des envahissements de Napoléon en Allemagne, il entra dans la troisième coalition, formée par l’Angleterre, l’Autriche et la Suède. La bataille d’Austerlitz força l’Autriche à signer la paix de Presbourg ; la journée d’Iéna renversa l’édifice que le grand Frédéric avait mis toute sa vie à élever, et les défaites successives qu’Alexandre essuya en 1807, à Eylau et à Friedland, amenèrent la fameuse entrevue qui eut lieu sur le Niémen entre lui et Napoléon, et où les deux souverains se jurèrent une éternelle amitié. Quelques jours après fut signé le traité de Tilsit, par lequel l’empereur de Russie reconnut toutes les conquêtes de son ennemi, et adhéra au système du blocus continental (8 et 9 juillet 1807). Le roi de Suède, son ancien allié, ayant refusé de fermer ses ports aux vaisseaux anglais, il lui fit la guerre, et lui enleva la Finlande en même temps qu’il se rendait maître de plusieurs provinces de la Perse et de la Turquie. L’entrevue d’Erfurt vint encore resserrer son alliance avec Napoléon, pour lequel il ressentait d’ailleurs la plus vive admiration. Cependant quelques modifications au système continental, qui lui étaient imposées par les besoins de ses peuples, et l’occupation du duché d’Oldenbourg par les troupes françaises, amenèrent une rupture entre les deux souverains, et la guerre ne tarda pas à sortir de cette situation. On connaît les résultats de cette funeste campagne de 1812 entreprise par Napoléon. Pendant que les débris de l’armée française se retiraient en Allemagne, Alexandre lança de Varsovie un manifeste par lequel il appelait l’Europe aux armes (1813), et forma une nouvelle coalition dans laquelle entrèrent l’Angleterre, la Prusse, la Suède et l’Autriche. Les alliés essuyèrent d’abord plusieurs défaites à Lutzen, à Bautzen et à Dresde, mais la bataille de Leipzig leur ouvrit les portes de la France, et ils arrivèrent jusqu’à Paris (1814), malgré les prodiges de génie que fit Napoléon dans cette campagne immortelle. Alexandre, qui jouait le principal rôle dans ces événements, contribua à replacer la famille des Bourbons sur le trône, et se conduisit avec une modération et une bienveillance qui lui concilierent l’estime des classes élevées, moins sensibles aux humiliations de l’invasion étrangère que charmées de l’affabilité de l’autocrate vainqueur. Après avoir signé le traité qui assurait la paix générale et garantissait à la France l’intégrité de son territoire primitif, il se rendit en novembre 1814 au congrès de Vienne, où il fit confirmer l’usurpation de la Pologne, qu’il avait consommée l’année précédente. Après le retour de Napoléon de l’île d’Elbe et la bataille de Waterloo, Alexandre revint à Paris avec les troupes alliées (1815), et participa cette fois aux mesures rigoureuses prises contre la France ; néanmoins il s’opposa a son démembrement et sauva plusieurs monuments qu’on voulait détruire. Avant de quitter Paris, il signa avec les souverains de Prusse et d’Autriche le traité de la Sainte-Alliance, qui, sous l’apparence d’une ligue pour le triomphe du christianisme, n’était en réalité qu’une coalition des rois contre les principes libéraux, coalition au nom de laquelle il fut entraîné plus tard à comprimer la liberté en Europe. De retour en Russie, Alexandre s’occupa de l’administration de ses vastes Etats, octroya à la Pologne une constitution qui ne fut jamais appliquée, travailla à réparer les maux de la guerre, établit des colonies militaires dans les parties les moins habitées de son empire, expulsa les jésuites, que son aïeule Catherine avait attirés en Russie, et adoucit le sort des serfs. Dans les dernières années de sa vie, il demeura fidèle à l’esprit qui avait dicté le traité de la Sainte-Alliance, et se montra constamment l’adversaire des idées libérales qu’il avait professées au début de sa carrière. Au reste, il ne s’appartenait plus à cette époque. Depuis la deuxième invasion, il était tombé sous l’empire de la mystique Mme de Krudener qui l’avait entraîné dans un quiétisme religieux énervant, et dont l’influence funeste survécut même à la perte de son crédit. Il mourut d’une fièvre endémique pendant un voyage dans les provinces méridionales de son empire. Ses derniers moments furent troublés par la découverte d’une vaste conspiration entreprise par la jeunesse russe des hautes classes, sous l’influence d’idées qu’elle avait rapportées de la France. Alexandre fut un prince éclairé et doué de qualités incontestables ; il acquit des droits à la reconnaissance de la France par sa modération et le frein qu’il imposa à la vengeance que les alliés voulaient tirer de vingt ans de revers et d’humiliations, mais la loyauté fut loin de présider à tous les actes de sa vie ; il ne se montra que trop souvent fidèle à cette politique cauteleuse qui est de tradition chez les souverains moscovites, et justifia ainsi l’épithète de Grec du Bas-Empire que Napoléon lui donna dans ses amères récriminations. Il ne laissait point d’enfant, et son frère Nicolas lui succéda.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Alexandre Ier de Russie sur wikipedia

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mars 5, 2008

FRANCOIS Ier (1768-1835), EMPEREUR D’AUTRICHE

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François Ier d’Autriche (1768-1835), Empereur d’Allemagne (1792-1805) puis d’Autriche (1805-1835)

Ce squelette de François II, que le mérite de ses ancêtres a placé sur le trône.

Je croyais l’empereur François un bon homme ; je me suis trompé !  C’est un imbécile, un paresseux sans cervelle et sans coeur. Il est dépourvu de tout talent. Il ignore l’affection, la sensibilité et la gratitude. En fait, les bonnes qualités lui font complètement défaut.

(Napoléon Bonaparte)

FRANÇOIS II (Joseph-Charles), empereur  d’Allemagne, puis FRANÇOIS 1er, empereur d’Autriche, né en 1768, mort en 1835. Il succéda, en 1792, à Léopold II, son père. C’était un prince d’une nullité à peu près complète. Il ne régna que de nom, sous la tutelle de Metternich. A son début, il entra en lutte avec la Révolution française, et, jusqu’en 1809 cette lutte ne fut pour lui qu’une série de désastres. En 1797, le traité de Campo-Formio lui enlève la Lombardie ; mais, par une condescendance coupable du Directoire, François reçoit Venise en dédommagement. La perte de la bataille de Marengo lui coûte plusieurs provinces (14 juin 1800). Défait à Austerlitz, il cède la Vénétie (1805). L’établissement de la Confédération du Rhin l’oblige à abdiquer le titre d’empereur d’Allemagne pour prendre celui d’empereur d’Autriche (1806) ; une nouvelle levée de boucliers, qu’il fait en 1809,lui coûte la Gallicie et les provinces illyriennes. Enfin, pour comble d’humiliation, il se voit obligé de donner sa fille aînée, Marie-Louise, à son heureux vainqueur (1810). L’alliance qu’il a contractée, il se hâte de la rompre dès que Napoléon est abandonné par la fortune (1813). Les succès de la coalition le remettent en possession de tous les Etats qu’il a perdus depuis vingt ans. François Ier se montra dur dans la répression des tentatives insurrectionnelles de la Lombardie eu 1821 : les tortures du Spielberg pèseront éternellement sur sa mémoire.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : François Ier d’Autriche sur wikipedia

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mars 3, 2008

LOUIS XVIII (1755-1824) – ROI DE FRANCE (1814-1824)

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Louis XVIII (Louis Stanislas Xavier de Bourbon), Roi de France (1814 - 1824)

S’ils sont sages, les Bourbons ne changeront que les draps de mon lit ; ils se serviront des hommes que j’ai formé. Ceux qui les entourent ne sont que des passions et des haines habillées.

(Napoléon Bonaparte)

LOUIS XVIII (Louis-Stanislas-Xavier), né à Versailles le 16 novembre 1755, mort le 26 septembre 1824. Il était petit-fils de Louis XV et frère puîné de Louis XVI, comme, le comte d’Artois (Charles X). Il porta d’abord le titre de comte de Provence, et fut marié en 1771 à Marie-Joséphine-Louise de Savoie. A l’avènement de Louis XVI, il prit, suivant les usages de la monarchie, le titre de Monsieur, dévolu au frère aîné du roi. D’un esprit médiocre et étroit, comme ses frères, il avait cependant l’intelligence moins épaisse et profita mieux qu’eux de l’instruction, d’ailleurs assez bornée, qui leur fut donnée sous la direction de La Vauguyon. Ce fut le lettré de la famille ; toute sa vie il afficha des prétentions littéraires plus ou moins justifiées. Il avait du moins le goût des lettres et il aimait à s’entourer de ceux qui les cultivent. Mais il était aussi fort pédant. A son arrivée en France, Marie-Antoinette fut frappée de ce caractère, et sa correspondance en contient plusieurs témoignages. Le portrait qu’elle donne du comte de Provence est celui d’une sorte de régent de collège, se tenant dans sa cravate et reprenant tout le monde avec un ton de dédaigneuse supériorité. « Je n’ose parler devant lui, dit-elle, depuis que je l’ai entendu, à un cercle, reprendre, pour une petite faute de langue, la pauvre Clotilde (sa soeur), qui ne savait où se cacher. » II y avait entre lui et la dauphine une antipathie qui ne fit que s’accroître avec le temps. Devenu le second personnage du royaume à l’avènement de Louis XVI, il manifesta des prétentions à se mêler des affaires de l’Etat, qui le mirent plus d’une fois en désaccord avec la reine. Il réunissait chez lui une société choisie de littérateurs et de publicistes, et se faisait le centre d’un petit groupe de frondeurs et d’opposants, parmi lesquels on peut citer Ducis, qui était secrétaire de ses commandements, Target, Arnault, Bulhières, Doyen, le marquis de Bièvre, l’abbé de Lattaignant, Laporte du Theil, etc.. Lors de la première Assemblée des notables (1787), il eut la présidence de l’un des sept bureaux et contribua à la chute de Calonne. Dans la deuxième, qui eut lieu l’année suivante, il se prononça avec son bureau pour la double représentation du tiers aux états généraux et refusa de signer la protestation des princes contre la convocation de ces états qui allaient être la Constituante. Cette conduite le rendit fort populaire. On ne peut pas dire cependant qu’il eût le moindre attachement sérieux pour les principes de la Révolution ; seulement, avec le bon sens pratique qui est quelquefois le partage des intelligences moyennes, il sentait bien que l’ère de la monarchie absolue était close. En outre, comme tous les cadets de maison princiers et les collatéraux, il songeait aux éventualités de l’avenir et n’était pas fâché de se ménager un point d’appui sur une ombre de popularité. Après la grande journée du 14 juillet, il ne suivit point les princes dans l’émigration et resta auprès de la famille royale, prodiguant facilement des conseils qui n’étaient pas toujours bien accueillis. Cependant, après les journées d’octobre, Louis XVI le nomma secrètement lieutenant général du royaume, pour le cas où lui-même se trouverait empêché. Jusqu’à quel point le comte de Provence trempa-t-il dans la conspiration de Favras et quel était le but réel de ce complot ? C’est un problème qu’il serait tissez difficile de résoudre en l’absence de documents positifs. Il est certain que Favras était un de ses hommes, et il est fort probable qu’il agissait pour lui. Le plan était, dit-on, de surprendre l’Hôtel de ville, de tuer La Fayette et Bailly, de dompter la Révolution et de faire donner la régence à Monsieur. L’arrestation de Favras, les bruits qui coururent, l’éclat de cette affaire effrayèrent fort le comte de Provence, qui fit la démarche singulière d’aller se justifier devant le conseil de la Commune de Paris ; renier Favras, et faire une parade hypocrite de ses sentiments populaires et de son amour de la liberté. Flattés de cette manœuvre habile du premier prince du sang, les magistrats municipaux, qui d’ailleurs n’avaient pas qualité pour recevoir un tel acte, accueillirent cette justification avec des acclamations enthousiastes. Monsieur se trouvait ainsi amnistié par la grande autorité populaire, la municipalité de Paris. Devant l’histoire, il n’a jamais été bien justifié. Favras marcha au supplice sans trahir son secret. Ses papiers, recueillis par le lieutenant civil, furent, suivant La Fayette, remis plus tard par la fille de ce magistrat à Louis XVIII, qui s’empressa de les brûler. Lors du départ de Mesdames pour l’émigration (février 1791), le comte de Provence, interrogé par une députation populaire sur les projets de départ qu’on lui supposait, jura habilement qu’il ne se séparerait jamais du roi ; réponse pharisaïque, comme le prouva l’événement. Dans la nuit du 20 au 21 juin de la même année, il quitta le palais du Luxembourg, sa résidence en même temps que la famille royale sortait secrètement des Tuileries. Plus heureux que les membres de sa famille qui furent arrêtés à Varennes, Monsieur, qui avait suivi une autre route, atteignit Bruxelles au moyen d’un vieux passeport anglais, qu’il avait gratté et falsifié de sa propre main. Il a donné lui-même le récit de sa fuite dans un écrit qui eut plusieurs éditions en 1823 : Relation d’un voyage de Bruxelles à Coblentz. Dans l’émigration, il joua le même rôle que le comte d’Artois et ne fut occupé, pendant plus de vingt-deux ans, que d’intrigues et de complots contre la France. Etabli d’abord dans un château près de Coblentz, il reçut de Louis XVI de pleins pouvoirs pour agir comme lieutenant général du royaume, fut un des instigateurs de la déclaration de Pilnitz, refusa d’obéir aux décrets sur les émigrés et de rentrer en France, et fut déclaré par l’Assemblée nationale déchu de ses droits à la régence. Au commencement de la guerre, qu’il avait contribué à allumer par ses sollicitations auprès des princes étrangers, il prit avec le comte d’Artois quelque part aux opérations de l’armée de Condé, eu même temps qu’il expédiait dans diverses parties de la France des agents royalistes pour fomenter la guerre civile. Apres la révolution du 10 août, les princes entrèrent en France derrière les armées étrangères ; mais, bien qu’ils commandassent un corps d’émigrés et de mercenaires, ils ne jouèrent qu’un rôle insignifiant pendant cette campagne et durent, après Valmy, battre en retraite avec les Prussiens, fort indignés qu’on n’eût pas écrasé du premier coup la France et la Révolution. Bientôt ils furent obligés de licencier leur petite armée. Retiré en Westphalie, il prit le titre de régent après le supplice de Louis XVI, et proclama devant quelques émigrés le dauphin roi de France, sous le nom de Louis XVII. Il prit d’ailleurs au sérieux sa qualité de régent in partibus, expédia des lettres patentes, des croix de Saint-Louis, nomma le comte d’Artois lieutenant général du royaume, eut un conseil, un ministère, une maison, des gardes, etc. Enfin, après la mort du jeune prince, il s’affubla de la qualité de roi de France et de Navarre, par la grâce de Dieu. A dater de ce moment, il régna sur nous avec le plus grand sang-froid, sans que la France s’en doutât ; il eut de plus en plus des capitaines des gardes, des premiers gentilshommes de la chambre, une maison civile et militaire, etc. Ces manies étaient assurément fort innocentes, mais elles n’indiquaient pas une grande force de tête ni une intelligence bien nette des hommes, des choses et du temps. On sait aussi que, fidèle à son système, il prétendait en 1814 dater son règne du jour de la mort de Louis XVII. Il est bon de rappeler que, comme tous les émigrés de marque, il était soudoyé par les puissances étrangères et qu’il vécut des subsides de l’Angleterre, de la Russie et autres. Il était à Vérone lors de la campagne de Bonaparte en Italie et dut s’éloigner sur l’invitation du sénat de Venise. Il se retira à Blankenbourg, dans le duché de Brunswick, puis à Mittau (Courlande), enfin à Varsovie, successivement délogé de tous ses asiles par lus victoires de la grande République. Avec l’or de l’étranger, il entretenait en France des agences royalistes, des officines de complots, forma divers projets pour venir se mettre à la tète de ses partisans, soit dans Toulon révolté, soit en Vendée, mais en définitive se borna toujours à combattre de loin et par correspondance. En 1803, le premier consul lui fit proposer de renoncer pour lui et sa famille à la couronne de France, en échange d’une riche compensation pécuniaire et d’indemnités territoriales en Italie. A cette ouverture singulière, le prince répondit avec assez de dignité qu’il ne transigerait jamais sur ses droits, et que le premier consul les établirait lui-même par sa démarche, s’ils pouvaient être litigieux. D’ailleurs, il témoignait quelque intérêt à Bonaparte, lui savait gré de plusieurs actes d’administration, car il était disposé à tenir compte du bien qu’on ferait à son peuple, etc. Bonaparte se le tint pour dit. Lors de la proclamation de l’Empire, le prétendant, fidèle à son rôle, protesta solennellement contre cette usurpation de ses droits ; il renvoya même sa décoration de la Toison d’or au roi d’Espagne, qui, bon gré mal gré, avait reconnu Napoléon, et renonça en outre à la pension qu’il recevait de cette puissance. Ses espérances de restauration ne paraissaient pas alors près de se réaliser. La Vendée était pacifiée ; ses négociations avec Pichegru avaient été définitivement éventées par l’arrestation de celui-ci ; ses tentatives de corruption sur les hommes publics n’avaient, en fin de compte, produit aucun résultat ; toutes les conspirations nouées sous le Directoire avaient échoué ; enfin l’avènement de Bonaparte, son affermissement comme empereur ne paraissaient guère de nature à avancer les affaires de la maison de Bourbon. En 1807, après la paix de Tilsit, Louis transporta sa royauté nomade en Angleterre, le continent européen étant presque entièrement asservi à l’influence de Napoléon. Il éleva d’abord quelque prétention d’être reconnu par les Anglais comme roi de France ; mais les nécessités de la politique ne le permirent pas ; officiellement, il ne fut que le comte de Lille, nom sous lequel il avait d’abord voyagé après avoir quitté la France. Il continua d’ailleurs d’être roi dans ses appartements et pour sa domesticité. Jusqu’en 1814, il résida d’abord à Gosfield, jusqu’à la mort de la princesse sa femme, puis au château de Hartwell, à 16 lieues de Londres, entretenu par la Russie et l’Angleterre d’une pension de 600.000 francs, et attendant mélancoliquement que les fautes de Napoléon lui ouvrissent les portes de la France. La campagne de Russie était de nature à ranimer ses espérances. Il en prit habilement occasion pour recommander à la bienveillance de l’empereur Alexandre les Français faits prisonniers à la suite de nos désastres, et qu’il appelait paternellement ses-sujets. Les malheurs de 1813 et de 1814 lui permirent de renouer ses trames en France ; ses agents s’abouchèrent avec les hauts fonctionnaires, en leur promettant, par un engagement écrit, la conservation de leurs places et traitements, moyen assuré de mettre leur conscience en paix. En janvier 1814, le duc d’Angoulême, le duc de Berry et le comte d’Artois partirent secrètement pour agir dans différentes parties de la France au moment de l’entrée des armées étrangères. On sait comment s’accomplit la Restauration. Les royalistes purs n’y jouèrent qu’un rôle effacé. Deux cent mille baïonnettes étrangères, la défection des grands dignitaires de l’Empire, l’épuisement de la nation, son immense besoin de paix et de repos, les basses sollicitations des royalistes auprès des souverains coalisés, qui d’abord n’avaient accueilli que froidement l’idée du retour des Bourbons, enfin le patronage de l’empereur de Russie, gagné par Vitrolles et plus encore par Talleyrand, firent beaucoup plus pour cette révolution que les souvenirs effacés d’une famille inconnue de la génération nouvelle, et qui depuis tant d’années était en guerre ouverte contre le pays, en confondant ses intrigues avec les hostilités de l’ennemi. Après l’entrée des alliés à Paris, le Sénat proclama la déchéance de Napoléon (3 avril), et quelques jours après appela Louis XVIII au trône, en lui offrant une espèce de constitution ou il avait eu soin de mettre au premier rang la conservation de son existence politique et des traitements et dotations de ses membres. Monsieur, comte d’Artois, comme lieutenant général, se hâta de témoigner la reconnaissance de sa maison aux puissances coalisées en signant, le 23, ce traité que Marmont lui-même a qualifié de monstrueux, et par lequel il cédait d’un trait de plume, sans aucune compensation, cinquante-quatre places garnies de dix mille pieces de canon que nous possédions encore en Italie, en Belgique, en Allemagne, etc. Cette largesse d’enfant de famille était un acompte sur les dettes de l’émigration. D’ailleurs, Paris vaut bien une messe. Le lendemain, Louis débarquait à Calais, et le 2 mai il promulguait, à Saint-Ouen, une Déclaration dans laquelle il promettait un régime constitutionnel. Il voulait bien faire quelque concession à l’esprit du temps, mais non pas accepter la constitution que le Sénat avait bâclée ; pour le principe de légitimité et de droit, il refusait à ses sujets le droit de lui imposer des garanties, qu’il ne consentait à leur accorder qu’à titre de don gracieux. C’est sous l’empire de cette idée, de cette fiction monarchique, que le 4 juin, de sa pleine puissance et autorité royale, il octroya la charte, qu’il data de la dix-neuvième année de son règne. Le lendemain de son entrée aux Tuileries, il se trouva en présence de difficultés qui le débordaient : cette espèce de constitution à faire pour une nation qu’il ne connaissait pas plus qu’il n’en était connu ; des faits accomplis qu’il, fallait bien accepter, quoiqu’ils fussent en contradiction avec le principe en vertu duquel il reprenait possession du trône ; des prétentions contradictoires à satisfaire ; deux Frances à unir et qui s’excluaient mutuellement sans pouvoir s’absorber : celle de la Révolution, vivante encore sous son vernis d’impérialisme, celle de l’émigration, qui avait à venger vingt-cinq années d’humiliation ; des embarras matériels de toute nature ; une armée décimée et d’ailleurs sourdement hostile ; d’invasion sur les bras, appui devenu fardeau et dont les troupes dévoraient le pays ; et dans son palais même, autour de lui, deux cours, deux, noblesses, qui se mesuraient des yeux et se disputaient déjà l’influence et les hautes charges : l’une au nom de sa prétendue fidélité pendant les jours d’épreuve, l’autre au nom de la prétendue sincérité de son adhésion. Une telle situation eût exigé le génie d’un grand politique. Or Louis XVIII, dont les flatteries de cour avaient fait un profond homme d’Etat, était bien loin d’être un aigle. Cet épicurien, déjà presque impotent, était même un homme fort médiocre, ses amis et ses serviteurs ont pris soin de nous, édifier à cet égard. (V. notamment Chateaubriand, Congrès de Vérone, Mémoires, etc., et Marmont, Mémoires). Il avait beaucoup de mémoire, une provision insuffisante de littérature, ce qu’il en faut pour les citations, de la malice plutôt que de l’esprit, des mots piquants et prémédités, comme il en vient aux gens disgraciés de la nature, et la manie des phrases à effet. Ajoutez peu d’énergie, peu d’application au travail, un dédain d’ancien régime pour les affaires. S’il aimait à figurer en roi (il jouait ce rôle imposant depuis tant d’années), il comprenait la royauté comme un « principe » et comme une chose d’apparat, non comme une action ; cela lui paraissait plus noble et plus « roi de France. » En outre, tout mouvement lui était pénible. Tout entier à ses citations latines, aux solennités majestueuses de sa table et à la recomposition de sa maison, il ne prenait part aux affaires que pour signer ce que ses ministres lui présentaient, et amusait ses loisirs par la composition de petits vers et d’articles pour les journaux (que polissait et signait M. de Jouy), et dans lesquels Sa Majesté livrait au ridicule les légions de royalistes non pourvus qui l’ennuyaient de leurs pétitions. Chateaubriand raconte qu’au moment où cent mille Français envahissaient l’Espagne, étant venu avec les autres ministres apporter au roi une dépêche importante, ils le trouvèrent noyé dans ses petites paperasses ; il se mit à leur déclamer la cantate de Circé, puis les couplets grivois du Sabot perdu. Ils n’en purent tirer autre chose, malgré la gravité des circonstances, et, remettant respectueusement leur dépêche, ils se retirèrent en laissant, comme le dit Chateaubriand, à « la frontière du Rhin sous la protection de Babet. » Remarquez que les autres membres de cette famille étaient encore au-dessous de son chef, par l’intelligence comme par le caractère, et que le roi avait pour le guider des hommes d’Etat de la force de MM. de Blacas, le favori du maître, type de l’émigré fidèle, et le plus inepte des ministres qui aient jamais contresigné une ordonnance ; Beugnot, homme d’esprit sans convictions, plus propre à chercher des mots qu’à trouver des idées ; Vitrolles, l’homme du comte d’Artois, la mouche du coche royal ; le général Dupont, entamé, sinon flétri par l’affaire de Baylen, et parfaitement choisi pour dépopulariser un gouvernement ; de Montesquieu, charmant impertinent de salon, petit-collet de l’ancien régime, tranchant du métaphysicien politique ; Malouet, dont on ne dit rien ; Talleyrand, dont on aurait trop à dire, impudent Mascarille caché dans la peau d’un homme d’Etat, résumant en lui la corruption de tous les régimes, et qui se parait de son immoralité avec la grâce dédaigneuse d’une courtisane ; Dambray, parlementaire de l’autre siècle, et qui ignorait absolument les choses nouvelles qui s’étaient passées depuis 1789, etc., etc. D’un autre côté, le pouvoir était assailli par les prétentions de ces émigrés qui n’avaient rien oublié ni rien appris, de nobles qui rêvaient follement le rétablissement de leurs privilèges, et de membres du clergé réclamant avec âpreté leurs prérogatives et leurs biens, et prescrivant l’observation des dimanches et fêtes. Le premier acte du gouvernement fut de signer le traité de Paris (30 mai), qui réduisait la France aux limites de 1792. Louis XVIII rétablit l’étiquette et le train de l’ancienne cour, toutes les fonctions gothiques de l’ancien régime, jusqu’à des chevau-légers, des mousquetaires, etc. ; établit la censure pour les écrits de moins de vingt feuilles et rendit aux émigrés les biens nationaux qui n’avaient pas été vendus. Ces mesures de réaction, d’autres encore, les humiliations infligées à l’armée, les menaces contre les acquéreurs de biens nationaux et tous les hommes qui avaient trempé dans la Révolution, l’origine même de ce gouvernement, qui devait son triomphe aux malheurs de la patrie et aux armes de l’étranger, tout concourait à rendre les Bourbons de plus en plus impopulaires. Napoléon, qui épiait les mouvements de l’opinion, crut le moment favorable, quitta secrètement l’île d’Elbe et vint débarquer avec une poignée d’hommes sur la côte de Provence le 1er mars 1815. Pendant qu’il poursuivait sa marche victorieuse sur Paris, les ministres et les serviteurs de la monarchie, comme les moines de Byzance, usaient les dernières minutes qui leur restaient en disputes stériles, sans s’arrêter, à aucun plan sérieux. On finit par proposer, comme résolution suprême, de fortifier les Tuileries et de s’y défendre contre l’usurpateur. Louis XVIII n’accueillit pas très chaleureusement cette idée de mourir sur sa chaise curule, et il ferma la discussion en filant lestement vers la frontière, muni des diamants de la couronne et d’une douzaine de millions (20 mars), pendant que ses fonctionnaires et ses corps constitués retournaient jouer devant Napoléon la mascarade accoutumée et lui porter l’assurance d’une fidélité devenue disponible. Pendant la période des Cent-Jours, il séjourna à Gand, attendant l’issue des événements. Après Waterloo, il rentra encore une fois derrière les étrangers. Cette deuxième restauration fut marquée par des réactions et par des vengeances contre ceux qui avaient fait défection pendant les Cent-Jours. Et d’abord les alliés exigèrent et obtinrent de nouveaux amoindrissements de la France (la Savoie, Marienbourg, Philippeville, Charlemont, Sarrebruck et Landau), ainsi qu’une contribution de guerre de 700 millions, le licenciement de l’armée de la Loire et l’obligation pour la France d’entretenir pendant cinq ans cent cinquante mille hommes des troupes coalisées, campés sur son territoire. Les proscriptions furent organisées avec l’aide de Fouché, qui avait été nommé l’un des ministres, Ney, Labédoyère, Mouton-Duvernet, les frères Faucher, etc., furent condamnés à mort. La Terreur blanche désola le Midi : Brune, Ramel, Lagarde et autres généraux ou patriotes furent massacrés par les verdets, sans que jamais leurs assassins, les Trestaillou, les Truphémy,et autres misérables, aient été punis. Bientôt se réunit la fameuse chambre introuvable (octobre 1815), composée des ultras les plus exaltés, et qui vota coup sur coup la suspension de la liberté individuelle, l’établissement des cours prévôtales et autres mesures odieuses, telles que la fameuse loi d’amnistie, qui n’était en réalité qu’une loi de proscription, et qui servit notamment à prononcer le bannissement des conventionnels qui avaient voté la mort du roi. En ce qui concerne Louis XVIII, il faut lui rendre cette justice, qu’il était plus modéré, d’un royalisme moins exagéré que ses partisans. Aussi la frénésie de ceux-ci faisait-elle dire assez plaisamment qu’ils étaient plus royalistes que le roi. Fatigué des violences de la faction, et de concert avec le ministre Decazes, le monarque prononça la dissolution de la chambre (5 septembre 1816). Les élections donnèrent une assemblée moins réactionnaire, qui, se renouvelant annuellement par cinquième, en vertu d’une nouvelle loi électorale, compta bientôt, dans son sein La Fayette, Benjamin Constant, Manuel et une vingtaine d’autres membres de la gauche. Mais cependant la faction des ultras, qui avait le comte d’Artois pour chef, luttait encore, même contre le roi, et menaçait à chaque instant de l’emporter. Le, ministère Decazes, semi-modéré, était l’obstacle. L’assassinat du duc de Berry (1820) fut le prétexte pour le renverser et pour rentrer dans la réaction (modification de la loi électorale, nouvelle suspension de la liberté individuelle, etc.). Fatigué de tant de luttes, et d’ailleurs continuellement souffrant, le roi devint de plus en plus étranger au gouvernement. Bientôt, au ministère du duc de Richelieu succéda le cabinet Villèle, appuyé sur la droite. Pendant le cours de ces événements, un grand nombre de complots et de tentatives insurrectionnelles avaient été étouffés dans le sang, mais en témoignant de l’impopularité de la, Restauration. Signalons l’affaire des frères Lallemand et de Lefèvre-Desnouettes (1814) ; la conspiration de Didier, à Grenoble (1810) ; celle dite des patriotes, à Paris, dans la même année ;  le complot de Lyon (1817) ; celui de 1820, à Paris ; les affaires de Colmar et de Belfort des sergents de La Rochelle, de Saumur, etc., etc. La plupart de ces conspirations étaient l’œuvre du carbonarisme et n’eurent d’ailleurs d’autre résultat que de coûter beaucoup de sang au parti patriote et libéral. Cependant, elles remuaient profondément l’opinion, qui se prononçait de plus en plus ouvertement contre le gouvernement des Bourbons. La guerre d’Espagne, en faveur de l’absolutisme, fut le dernier événement important du règne, guerre impopulaire autant que inique, mais dont le succès imposa pour un moment silence à l’opposition. L’expulsion de Manuel de la Chambre, de nouvelles élections défavorables à la gauche, une indemnité de milliard accordée aux émigrés, enfin lu prise de possession du pays par la Congrégation, c’est-à-dire par les jésuites, marquèrent les derniers moments de Louis XVIII. Ce monarque était devenu d’une obésité extraordinaire, à ce point qu’il ne pouvait plus marcher ; il avait d’ailleurs des plaies très douloureuses aux jambes, et, au moment de sa mort, la chair de ses pieds tombait en lambeaux. Une femme spirituelle, la comtesse Zoé du Cayla, le consolait au milieu de ses souffrances et de, son inactivité. Elle était favorite en titre, autant du moins qu’il était possible de l’être. M. Guizot apprécie ainsi Louis XVIII, en le comparant à son frère : « Louis XVIII était un modéré de l’ancien régime et un libre penseur du xvnie siècle ; Charles X était un émigré fidèle et un dévot soumis. La sagesse de Louis XVIII était à la fois pleine d’égoïsme et de scepticisme, mais sérieuse et vraie. Quand Charles X se conduisait en roi sage, c’était par probité, par bienveillance imprévoyante, par entraînement du moment, par désir de plaire, non par conviction et par goût. A travers tous les cabinets de son règne, l’abbé de Montesquieu, M. de Talleyrand, le duc de Richelieu, M. Decazes, M. de Villèle, le gouvernement de Louis XVIII fut un gouvernement conséquent et toujours semblable à lui-même. » Lamartine a porté sur ce prince le jugement suivant : « Louis XVIII, dans les antécédents de son règne, dans son nom de Bourbon dans son malheur de succéder à Napoléon, qui avait à la fois tant agrandi et tant rapetissé la France ; dans l’invasion qui lui faisait brèche pour rentrer dans son pays, dans l’occupation étrangère qui foulait le sol de la France sous son règne, dans son parti naturel, dans une partie de sa famille surtout, avait des occasions et presque des nécessités de fautes qu’il serait injuste de lui imputer à lui-même… Comme souverain, il eut beaucoup de ressemblance avec Henri IV, qu’il se complaisait tant à citer parmi les ancêtres de sa conronne. La nature, le temps et les circonstances lui déniaient la gloire des armes. Mais il n’eut ni l’héroïsme, ni l’éclat, ni la poésie de Henri IV ; il n’eut aussi ni la légèreté de cœur, ni les apostasies de foi, ni les ingratitudes de parti de son aïeul. Conquérir les esprits rebelles et pacifier les opinions divisées d’un peuple, après la Révolution française, après les conquêtes de l’Empire et les revers de l’invasion, était peut-être aussi difficile pour Louis XVIII que de conquérir et de subjuguer le sol après la Ligue pour le roi de Navarre. Vaincre avec un parti et régner pour un autre fut la destinée de tous les deux. Mais Louis XVIII ne trompa pas le sien et ne l’asservit pas, comme Henri IV, au parti contraire. Il s’appliqua seulement à le modérer pour le nationaliser avec lui. L’un de ces princes fut soldat, l’autre législateur de son royaume ; les guerriers sont des conquérants de territoires, les législateurs sont des conquérants de siècles : Henri IV ne fendait qu’une dynastie, Louis XVIII fondait des libertés. C’est là son titre, la France le lui maintiendra ; et si elle ne le place pas au rang de ses plus grands hommes, elle le placera au rang des plus habiles et des plus sages de ses rois. » Ce prince, comme nous l’avons dit, était lettré ; il se plaisait à faire des citations d’Horace, son auteur favori, et d’autres classiques latins. On lui attribuait aussi beaucoup de mots, entre autres celui-ci : « L’exactitude est la politesse des rois. » Terminons cet article par l’anecdote suivante, que Volney se plaisait à raconter à ses amis. Ayant demandé un jour une audience à Louis XVIII, le roi lui fit dire qu’il était occupé, qu’il le priait d’attendre un peu. « On me fit faire antichambre une heure de temps, disait Volney. Enfin on m’introduisit. Savez-vous quelle était l’occupation du monarque ? Je le trouvai en manches de chemise, en faction derrière la porte de sa chambre à coucher, armé d’un manche à balai. Il me dit que depuis une heure il attendait là pour éreinter le chat de Mme de ….. (j’ai oublié le nom….. de Mme de Maupas, je crois), qui se permettait de venir chaque nuit manger son encas de nuit. »

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Louis XVIII sur Wikipedia

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janvier 17, 2008

SIR HUDSON LOWE (1769-1844), GOUVERNEUR DE SAINTE-HELENE

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Sir Hudson Lowe (1769-1844), gouverneur de l’ïle de Sainte-Hélène

J’ai vu des tartares, des cosaques, des kalmouks, mais je n’ai jamais vu une figure aussi sinistre et aussi repoussante.

Si un tel homme reste un instant seul près d’une tasse de café, c’est à ne pas la boire ! Il a le crime gravé sur le visage.

(Napoléon Bonaparte)

Lowe (Hudson). Lieutenant général anglais, gouverneur de Sainte-Hélène, né à Galway (Irlande) le 28 juillet 1769, mort à Londres, le 10 janvier 1844. Son, père était chirurgien-major du 50e régiment de ligne. En 1787, à dix-huit ans, Hudson Lowe obtint une commission d’enseigne dans ce régiment. Lowe prit part en Italie, en Egypte, en Allemagne et partout aux guerres que son pays a soutenues contre nous. En 1793, Lowe, alors lieutenant, fut envoyé en Corse avec son régiment, pour aller tenir garnison à Ajaccio. Il suivit peu après son régiment à Porto-Ferrajo, dans l’île d’Elbe. En 1795, il fut promu au grade de capitaine. De l’île d’Elbe, le 5oe se rendit à Lisbonne, et resta près de deux ans en garnison au Portugal, au fort Saint-Julien. De là, il se rendit à Minorque, où commandait alors le général Fox. Un grand nombre d’émigrés corses étaient arrivés dans cette île, où ils furent organisés en un petit corps qu’Hudson Lowe fut chargé d’instruire et qu’il conduisit ensuite en Egypte avec le grade de major. Hudson Lowe resta presque constamment à la tête du Royal-Corse, qu il avait puissamment organisé, et qui, plus d’une fois, sous son commandement, donna des preuves d’une grande valeur. Mais attaqué avec ses Corses, dans l’île de Capri, par les Français sous les ordres du général Lamarque, il fut forcé de capituler (1808). Il fut plus heureux dans les îles Ioniennes, où il devint chef du gouvernement provisoire, et s’empara de l’île Sainte-Maure, détenue par les Français. En 1815, on lui confia le commandement des troupes anglaises qui étaient réunies à Gènes. Ces troupes devaient agir dans le midi de la France de concert avec l’armée austro-sarde et l’escadre de l’amiral lord Exmouth ; et c’est à Marseille que Lowe apprit la victoire de Waterloo, la chute profonde de Napoléon, puis, plus tard (août 1816), sa propre nomination aux fonctions de gouverneur de Sainte-Hélène, qui devait servir de lieu d’exil au vaincu. Avant son départ de Marseille, la municipalité de cette ville lui offrit une urne d’argent, en considération de sa nomination à un poste d’honneur qui devait assurer, disait la délibération, le repos de l’Europe par le vigilant maintien en captivité de celui qui l’avait si souvent troublé. Les écrivains bonapartistes ont créé, sur les rapports d’Hudson Lowe et de Napoléon, une véritable légende, qui a fait du gouverneur de Sainte-Hélène un atroce geôlier et de son prisonnier une sorte de martyr. Nous-même, lorsque nous avons eu dans ce dictionnaire l’occasion de parler des dernières années de Napoléon, nous nous sommes laissé quelquefois entraîner par le courant d’une opinion qui nous séduisait par son apparence de patriotisme ; mais de nouveaux documents que nous avons pu étudier nous ont détrompé. La vérité est que les exigences tyranniques du vaincu rendirent presque impossible au malheureux gouverneur la conciliation des devoirs d’humanité avec les obligations de sa charge et les instructions qu’il avait reçues. La petite colonie de Longwood était en conspiration permanente pour préparer l’évasion du prisonnier ; toutes les mesures prises par Lowe pour empêcher ce malheur public étaient naturellement taxées d’atroce tyrannie. Le dissentiment éclata d’ailleurs pour une cause des plus futiles, et qui montre bien jusqu’où l’ex-empereur poussait sa susceptibilité orgueilleuse. Le gouvernement anglais avait ordonné dé ne l’appeler que le général Bonaparte ; il considéra cela comme une insulte.  « II s’obstina, dit Lamartine, avec une affectation que ses flatteurs trouvent héroïque, que l’histoire jugera puérile, parce qu’elle est un contre-sens à sa fortune, à exiger les titres d’Empereur et de Majesté, que l’Angleterre, qui n’avait jamais reconnu l’usurpateur, ne devait pas lui attribuer. Il en appela à la terre et au ciel de cette offense de l’étiquette. Il dicta des notes sur cette vétille, comme il en aurait dicté sur la conquête ou sur la perte de l’Europe. » Pendant toute la durée de sa captivité à Sainte-Hélène, cette persistance à lui refuser ce titre fut un sujet perpétuel d’irritation et de discussion ; et, comme il le dit lui-même, la moitié des dégoûts qu’il éprouva lui vint de cette source. Au fond, une pensée hypocrite inspirait toutes ces récriminations : Napoléon espérait encore s’attirer en Europe une sympathie assez puissante pour l’arracher à cette prison trop étroite. « Sir Hudson Lowe, dit encore Lamartine, sir Hudson Lowe, que les séides de Napoléon et Napoléon lui-même poursuivaient d’inculpations gratuites et passionnées, telles que les hallucinations de la captivité peuvent en inspirer, traité par eux de sbire et d’assassin, n’avait ni crime dans la pensée contre son captif, ni offense dans le cœur contre l’infortune. Seulement, écrasé sous le poids de la responsabilité qui pesait sur lui dans le cas où il laisserait s’évader l’agitateur que l’Europe lui avait donné en garde, étroit d’idées, ombrageux de formes, maladroit de moyens, odieux par ses fonctions à ses hôtes, il fatigua Napoléon de restrictions, de surveillances, de consignes. Il donna trop au devoir du gouverneur de l’Ile et du gardien d’un otage européen l’apparence et la rudesse d’un geôlier. Toutefois, on put lui reprocher des inconvenances, non des sévices. En lisant attentivement les correspondances et les notes échangées à tout prétexte entre les familiers de Napoléon et Hudson Lowe, on est confondu des outrages, des provocations, des invectives, dont le captif et ses amis insultent à tout proposée gouverneur. Napoléon, dans ce moment, cherchait à émouvoir, par des cris de douleur, la pitié du Parlement anglais et à fournir un grief aux orateurs de l’opposition contre le ministère, afin d’obtenir son rapprochement de l’Europe. Le départ de provoquer des outrages par des outrages et de présenter ensuite ces outrages comme des crimes à l’indignation du continent, et de faire de sir Hudson Lowe le Pilate de ce calvaire napoléonien a transpiré dans toutes ses notes. » Lamartine a dit là le vrai mot : le grand comédien jouait la comédie à Sainte-Hélène comme partout ; son fidèle Las Cases en a laissé échapper l’aveu. « L’Empereur convenait, dit Las Cases, dans le Mémorial, avoir fort maltraité et souvent sir Hudson Lowe, et il lui rendit la justice d’avouer qu’il ne lui avait jamais précisément manqué. » II a dit ailleurs, découvrant, mieux encore l’objet de ces scènes de comédie : « II ne nous restait que des armes morales pour en faire l’usage le plus avantageux, il fallait réduire en système notre attitude, nos paroles, nos sentiments, nos privations même, afin qu’une nombreuse population en Europe prît intérêt à nous. « Montholon, ami d’un officier anglais qui faillit être désigné pour résider à Longwood auprès de Napoléon, lui dit dans un moment d’expansion : « Mon cher ami, vous l’avez échappé belle car, si vous fussiez venu ici comme officier d’ordonnance, nous vous aurions certainement perdu de réputation. Que voulez-vous ? cela fait partie de notre système. « Moutholon disait au même officier dans une autre occasion : « Mon cher ami, un ange du ciel n’aurait pu nous plaire. » Or Hudson Lowe n’était pas un ange : c’était simplement un soldat rigide pour la discipline, parfaitement convaincu de la gravité des fonctions qu’on lui avait confiées et aussi incapable d’une offense gratuite envers son prisonnier que d’une négligence dans le service important que lui imposaient ses fonctions. L’Europe ne voulait pas un second retour de l’île d’Elbe, ni Hudson Lowe non plus ; voilà son véritable crime.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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ARTHUR WELLESLEY (1769-1852), DUC DE WELLINGTON

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Arthur Wellesley (1769-1852), duc de Wellington

Si je juge les actions de Wellington d’après les dépêches, et surtout d’après sa conduite envers Ney, son procès et son exécution, je dois dire que c’est un homme de peu d’esprit, sans générosité ni grandeur d’âme. Wellington est un homme ordinaire. Il a été prudent et heureux, mais ce n’est pas un grand génie.

(Napoléon Bonaparte)

Wellington (Arthur Wellesley, duc de). Général et homme politique anglais, né à Dublin le 30 avril 1769, mort à Walmer-Castle, dans le comté de Kent, le 14 septembre 1852. Il était le fils du comte de Mornington. Il commença ses études au collège d’Eton, les continua à Brighton avec un précepteur et vint ensuite en France, où il entra comme élève étranger à l’Ecole militaire d’Angers. De retour en Angleterre, il obtint en 1787 le grade d’enseigne au 73e régiment et parvint en moins de six ans au grade de lieutenant-colonel. Il fut nommé, en 1790, membre du Parlement d’Irlande, où il se fit peu remarquer. En 1794, il se distingua dans la campagne de Belgique, au combat de Bontel, où il eut la mission difficile de couvrir la retraite des troupes anglaises qu’il sauva d’un désastre. L’année suivante, il partit pour les Antilles ; mais son vaisseau, repoussé par des vents contraires, dut revenir en Angleterre. Nommé colonel au mois de mai 1796, il alla rejoindre dans le cours de la même année son régiment au Cap de Bonne-Espérance et fut envoyé à sa tête à Calcutta, où il arriva, en février 1797. Il fut désigné presque aussitôt pour une expédition contre Manille, mais l’expédition fut arrêtée à son début. A ce moment, son frère, Richard Wellesley, était nommé gouverneur général des Indes en mai 1798 ; grâce à sa diligence et à son habile organisation, l’armée destinée à combattre Tippo-Saëb en 1799 se trouva équipée, approvisionnée et prête à entrer en campagne en temps opportun. Durant cette célèbre expédition, le général en chef Harris donna à Wellington le commandement du corps d’armée destiné à envahir le Nizam. A la bataille île Mallavelly, le 27 mars de la même année, il commandait l’aile gauche, dont l’admirable élan décida le succès de la journée. Il subit peu après un échec au siège de Seringapatam ; mais, le 6 avril, il prit sa revanche en refoulant l’ennemi et en l’obligeant à se renfermer dans la place. Durant le siège, il dirigea le travail des tranchées, et après la prise de la place, en juin 1799, il en fut nommé gouverneur. L’année suivante, il réprima avec autant d’habileté que de vigueur l’immense, insurrection fomentée par le Mahratte Dhoundiah, qu’il défit et tua à Conahgull le 10 septembre, après une lutte de deux mois. En 1802, nommé major général et envoyé contre les Mahrattes, il débuta dans cette mémorable campagne en délivrant la ville de Pounah, capitale de Badge-Rao, des attaques du chef mahratte et y réinstalla Badhge-Rao. Remontant ensuite vers le nord, il prit Ahmednuggur le 12 août de la même année, après un combat opiniâtre. Le 23 septembre, à la tête de 8.000 soldals, il subit à Assaye le choc d’environ 50.000 Muhrattes, et, bien qu’ébranlé par cette rencontre inattendue, il les battit complètement. « Cette bataille, dit M. Ernouf, l’une des plus étonnantes de ce siècle, qui en a vu tant, de mémorables, n’est pas assez connue en France. Pour en apprécier le mérite, il faut se rendre compte que les Mahrattes étaient les plus braves combattants de l’Inde ; que 10.000 d’entre eux, c’est-à-dire un nombre égal à la totalité des forces de l’adversaire, étaient armés et disciplinés a l’européenne, enfin que leur artillerie était servie par des officiers français. En présence d’un ennemi si supérieur, la victoire, le salut n’étaient que dans un excès d’audace, et Wellesley, si circonspect depuis dans les grandes guerres du continent européen, attaqua cette fois avec une vigueur, un élan dont on trouve peu d’exemples dans les fastes militaires. La bataille d’Assaye fut longtemps et vivement disputée ; la victoire, déjà conquise, faillit être arrachée aux Anglais par le stratagème des artilleurs franco-mahrattes, qui se couchèrent sous leurs canons ou firent les morts au passage des cipayes et les prirent ensuite à revers dans le désordre de la poursuite. Sous ce feu imprévu et terrible, cette poignée de vainqueurs flottait déjà plus près de la destruction que de la victoire, parmi les masses ennemies qui commençaient à se rallier, quand Wellesley ressaisit l’avantage en se mettant à la tète de deux régiments d’élite, dont la charge accablante éteignit pour tout de bon cette fois l’artillerie ennemie. » La bataille d’Argoum, gagnée par Wellington le 29 novembre 1803, sur environ 40.000 combattants ennemis, et la prise du fort de Gawilghur terminèrent cette brillante campagne. Le 10 mars 1805, Wellington repartit pour l’Europe après avoir reçu de nombreux présents, entre autres un service en vaisselle plate estimé 2.00 livres sterling et une épee d’honneur enrichie de diamants. A son arrivée en Angleterre, il fut admirablement accueilli. Il reçut publiquement les félicitations du Parlement et l’ordre du Bain. La guerre venait de recommencer contre la France. Au mois de novembre de la même année, il partit pour le Hanovre, où la récente victoire d’Austerlitz nécessitait une plus grande concentration de forces. L’année suivante, envoyé au Parlement par le bourg de Rye, il prononça un discours en faveur de l’administration de son frère. En 1807, il fut envoyé en Irlande en qualité de secrétaire du duc de Richmond, lord-lieutenant d’Irlande. Il commanda ensuite une division d’infanterie sous les ordres de lord Cathcart, lors de l’expédition danoise. Il remporta une victoire à Kiœge le 29 août 1807, et l’on doit reconnaître qu’il agit dans cette campagne avec humanité. Le 25 avril 1808, Wellington fut nommé lieutenant général au moment où commençait la guerre d’Espagne. Envoyé d’abord contre Junot, en Portugal, à la tête d’un corps d’auxiliaires anglais, il débarqua à Mondego, d’où il alla se mettre à la disposition du général Dalrymple, sous les ordres duquel il était placé. Il remporta, le 17 août 1803, un premier avantage sur les troupes françaises, commandées par le général Delaborde, à Roliça, et massa ensuite son corps d’armée à Vimiero, où il fut rejoint par le contingent que lui amenait le général Anstruther. Il étuit sur le point d’attaquer Junot Torres-Vedras, mais il reçut l’ordre de se tenir sur la défensive, et ce fut lui, au contraire, qui eut à subir l’attaque de Vimiero par les troupes de Junot. Ce dernier, qui croyait avoir facilement raison des Anglais, bien que ceux-ci fussent supérieurs en nombre et qu’ils occupassent une position très forte, les attaqua, le 21 août, avec beaucoup de vivacité. Malheureusement, il’ avait divisé ses troupes en deux corps qui, malgré leur admirable élan, furent repoussés, et battus en détail. On prétend que cet avantage, qui donna à Wellington une idée exacte de la force de résistance des troupes anglaises, eut une grande influence sur ses idées touchant l’art de la guerre, et que, sauf de très rares exceptions, il résolut d’attendre qu’on lui offrît le combat au lieu de l’aller chercher lui-même. Cependant, par suite des ordres supérieurs qu’il avait reçus, il ne put profiter de ce succès pour couper à Junot la route de Lisbonne, et ce dernier, sentant par là sa position améliorée, négocia avec le général Dalrymple la convention de Cintra pour l’évacuation du Portugal. L’opinion publique s’émut fortement eu Angleterre de cette espèce de capitulation, que l’on trouvait outrageante pour l’honneur national. Une enquête fut même ouverte sur la conduite des deux généraux, mais « Wellington prouva qu’il n’avait fait qu’obéir aux ordres de son supérieur, tout en prenant le parti de Dalrymple, qu’il défendit avec habileté. Il gagna sa cause devant la Parlement comme devant le public et reprit ses fonctions de secrétaire d’Irlande, ainsi que son siège à la Chambre des communes. Il allait cependant retourner dans la péninsule. Après la catastrophe de sir John Moore, il reçut le commandement en chef de l’expédition et partit immédiatement pour se rendre à son poste. Dès le début et contre l’avis général, il se décida de prendre le Portugal pour base de ses opérations militaires, et la suite montra que seul il avait vu juste. Le 22 avril 1809 lorsqu’il débarqua au Portugal, la position des Espagnols soulevés et des Anglais devenait chaque jour plus mauvaise. Wellington se décida à opérer d’abord contre Soult, qui venait de s’emparer d’Oporto, et le força d’abandonner la ville et de se réfugier dans les défilés des sierras. Momentanément débarrassé de ce redoutable adversaire, il se dirigea sur le corps d’armée commandé par Victor et franchit, en suivant le Tage, la frontière d’Espagne. Cette campagne, qui se termina par la bataille des 27 et 28 juillet et fut suivie d’une admirable retraite, est connue sous le nom de campagne de Talavera ; elle valut au jeune général les titres de baron de Douro et vicomte Wellington de Talavera, ainsi qu’une pension de 2.000 livres sterling. Retiré au Portugal, Wellington s’y fortifia avec activité en se retranchant dans les lignes de Torres-Vedras. « Toutes les ressources de l’art, dit Brialmont, avaient été mises à contribution pour rendre ce vaste camp retranché digne du rôle qu’il devait jouer : des redoutes occupaient les terrains abrupts ; les pentes des hauteurs étaient taillées verticalement ; des lignes redoublées d’abatis obstruaient les vallées ; des retranchements continus défendaient les cours d’eau ; une nombreuse artillerie commandait les différentes approches ; les routes favorables à l’ennemi avaient été détruites, les autres, élargies ; les ponts minés ; il n’existe pas d’exemple d’une position si habilement et si fortement retranchée. » « Enfin, dit M. Ernouf, ces lignes étaient défendues par 70.000 hommes de troupes régulières, sans compter les milices. En présence de ces indications, on a peine d’abord à comprendre la longue et excessive circonspection du vainqueur d’Assaye devant un assiégeant beaucoup moins fort que lui : mais cet étonnement cesse quand on examine sa situation. De l’aveu de ses panégyristes, Wellington avait commencé par ruiner le Portugal pour le sauver, et ce royaume portait encore, après plus d’un demi siècle écoulé, les stigmates de ce rude sauvetage. Il avait à lutter, dans Lisbonne même, contre les préjugés et les rancunes d’un puissant parti clérical, puis contre les fausses mesures de la junte espagnole et contre le découragement visible du gouvernement anglais lui-même, qui, pendant un certain temps, n’attendit que le prétexte du moindre échec pour rappeler l’armée. «Wellington, cependant, se raidissait contre les difficultés de toute nature ; il eut deux engagements, les 12 et 15 mars 1811, avec l’arrière-garde de l’année française, commandée par Ney, contre lequel il ne put obtenir d’avantage décisif. Il reconduisit cependant, la talonnant sans cesse, l’armée française jusqu’en Espagne, où il mit le siège devant la forteresse d’Almeida, depuis un an au pouvoir de Masséna. Celui-ci reprit immédiatement l’offensive. Une bataille dont l’issue resta douteuse fut le premier effet de cette nouvelle position. Cependant, au moment de pénétrer eu Espagne, Wellington, désirant couvrir une retraite possible vers le Portugal, résolut de s’emparer à son tour de Badajoz et de Ciudad-Rodrigo. Deux fois, en mai 1811, il tenta de s’emparer de la première, de ces places, et il fut repoussé, ainsi que de Ciudad-Rodrigo, où l’arrivée du duc de Raguse l’obligea de repasser la Coa, après une retraite honorable, bien que précipitée. Mais au commencement de la campagne suivante, il prit sa revanche en s’emparant, du 6 au 14 janvier, des deux places qu’il convoitait. Ce double succès changea tout à fait la position de Wellington, qui résolut à la fois d’inquiéter le nord, le centre et le midi de l’Espagne, mais en réalité pour se porter avec presque toutes ses forces sur la Castille. Il prit Salamanque le 17 juin et obligea le duc de Raguse à rétrograder vers le Douro. Alors commença, entre les deux généraux, une série d’opérations, de marches et de contre-marches qui aboutit à la bataille des Arapiles, pendant laquelle Marmont fut blessé et dut battre en retraite. Ce nouveau succès valut à Wellington le titre de marquis et un don national de 100.000 livres sterling. Il avait réussi à faire rétrograder l’armée du Centre, venue trop tard au secours de Raguse. Mais les armées du Nord et de l’Andalousie, ayant rallié celle du Centre, menacèrent à leur tour Wellington, qui dut opérer sa retraite par l’Estramadure, et parvint, après avoir rallié le corps de Hill, à rallier ses forces auprès de la Tormès, d’où, menacé par Soult, il réussit, à la faveur des brouillards, à gagner le Portugal. L’année suivante, il résolut de se rapprocher de la frontière de France, pour intercepter les communications avec l’armée française, et commença, au mois de mai, cette fameuse marche de Vittoria qui l’a fait considérer par les hommes de guerre comme un des premiers tacticiens de son temps. Le 21 du mois suivant, il attaquait et rompait les lignes françaises dans le bassin de Vittoria et, par cet avantage, mettait fin à notre domination en Espagne. Cependant, Soult s’était décidé à reprendre l’offensive ; mais Wellington, malgré des avantages partiels et la prise de Saint-Sébastien, se refusait à envahir le territoire français et restait sur la défensive. Il changea de tactique lorsque l’Europe se fut définitivement coalisée contre la France ; les 7 et 8 octobre, il attaqua Soult sur la Bidassoa et l’obligea à se replier sur la Nivelle et à s’y retrancher. Puis, sans lui laisser un instant de trêve, il parvint à enfoncer nos lignes et pénétra sur notre territoire le 10 novembre 1813. Il avait pourtant contre lui en ce moment le parti libéral espagnol, plus favorable encore, aux Français qu’aux Anglais ; mais il se déclara ouvertement pour le parti réactionnaire et contre la constitution promulguée en 1812. Un mois après, par une tactique habile, il fit des avances au parti libéral et, après avoir exposé ses plans au cabinet anglais, soumit à la ratification du conseil de régence le traité de Valençay. Il recommença alors ses opérations contre Soult et, malgré le manque d’argent et de matériel, livra la bataille d’Orthez, qu’il gagna le 27 février 1814. Il mit ensuite le siège devant Bayonne et envoya 12.000 hommes, commandés par Beresford, pour investir Bordeaux. Soult, qui ignorait la prise de cette ville, rétrograda vers Toulouse lorsqu’il l’eut apprise et fut suivi par « Wellington. « Y eut-il vraiment un vainqueur dans la célèbre bataille de Toulouse ? demande M. Ernouf. Cette question, si souvent controversée, ne sera peut-être jamais résolue. Soult avait perdu la position capitale du mont Rancié ; à la suite de la bataille du 10 avril, il évacua Toulouse dans la soirée du 11, et Wellington y entra le lendemain. Il paraît démontré aujourd’hui qu’il n’aurait pas occupé Toulouse si, dans ce moment suprême, Suchet avait répondu à l’appel de Soult. On a fait à Wellington un reproche tout à fait injuste, celui d’avoir combattu sachant déjà l’abdication de Napoléon. Le jour de la bataille, il ignorait même encore l’entrée des alliés dans Paris, Pendant cette longue et terrible guerre, Wellington fit sans doute des fautes ; bien des circonstances qu’il n’avait pu prévoir concoururent à son succès, mais ses fautes mêmes lui profitèrent, et il fit preuve d’une fermeté de caractère et d’une perspicacité remarquables. » La guerre finie, Wellington fut envoyé à Paris par lord Castlereagh ; de là il se rendit, à Toulouse, puis à Madrid, d’où il revint à Londres, où il reçut les titres de marquis de Douro et de duc de Wellington. Enfin, le janvier 1815, il partit pour le congrès de Vienne, où il allait remplacer Castlereagh. Après le retour de l’île d’Elbe, il devint un des agents les plus actifs de la coalition qui le mena à remporter la bataille de Waterloo. En 1818, il se prononça au congrès d’Aix-la-Chapelle pour l’évacuation de la France par les années alliées, et, en 1822, il blâma, comme plénipotentiaire au congrès de Vienne, l’intervention de la France en Espagne. Sa carrière désormais terminée, Wellington se consacra à la politique, où il se plaça parmi les tories. Lors de la mort de Canning, il accepta la présidence d’un cabinet provisoire, dont le véritable inspirateur était Robert Peel. Il s’opposa d’abord au bill de réforme de 1832 et fut obligé cependant d’y accéder, mais de mauvaise grâce, ce qui, momentanément, diminua sa popularité. Le 29 avril 1834, il fut élu à l’unanimité chancelier de l’université d’Oxford. Lors du premier ministère de Peel, Wellington accepta le ministère des relations extérieures, de 1834 à 1835. Lors du second ministère de cet homme d’Etat, formé en août 1841, il en fit partie comme ministre sans portefeuille et fut nommé, l’année suivante, commandant en chef de l’armée anglaise, en remplacement de Hill. Le 28 mai 1846, il fit supprimer la loi sur les céréales, et, le 30 septembre de la même année, il se vit élever dans Green Park une statue équestre. Dans ses derniers jours, Wellington était devenu de la part de la famille royale et du peuple anglais l’objet d’un fétichisme véritable. On ne voyait plus en lui l’homme de guerre habile et plein de fermeté, mais le vainqueur des vainqueurs, le plus grand des capitaines, presque le dieu de la guerre. Il mourut, ou plutôt s’éteignit sans souffrance, le 14 septembre 1852.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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PASCAL PAOLI (1725-1807) – PERE DE LA PATRIE CORSE

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Pascal Paoli (1725-1807), père de la Patrie corse 

C’eût été une grande jouissance pour moi, un vrai trophée, mais, entraîné par les grandes affaires, j’avais rarement le temps de me livrer à mes sentiments personnels.

[évoquant le rappel de Paoli en France après 1799]

(Napoléon Bonaparte)

Paoli (Pascal). Général et législateur corse, né à la Stretta-de-Morosoglia, canton de Rostino, le 26 avril 1725, mort près de Londres le 5 février 1807. Emmené fort jeune à Naples par son père, exilé, il entra à l’école militaire de cette ville et, après de brillantes études, obtint un brevet d’enseigne de cavalerie dans le régiment corse, dont son père était colonel. Celui-ci, les yeux constamment fixés sur sa patrie, attendait avec impatience le jour où son fils aîné, Clément, qu’il avait laissé en Corse, le rappellerait. Les années s’écoulèrent dans cette attente, et lorsque, en 1755, les patriotes corses voulurent élire un général pour remplacer le valeureux Gaffori, traîtreusement assassiné le 2 octobre 1753, Hyacinthe, trop vieux pour une si rude tâche, dut laisser partir Pascal, à qui le chanoine Orticon vint porter la décision des chefs ds l’île Pascal Paoli débarqua le 29 avril 1755 et se rendit à Rostino, sou pays natal. C’est là que les membres du conseil suprême vinrent le trouver, et, le 25 juillet de la même année, la consulte, qui s’assembla au couvent de San-Antonio della Casabianca, l’élut général. Paoli arrivait en Corse précédé d’une grande réputation de courage et de talents ; peut-être aussi, aux yeux de quelques membres de la consulte, son premier mérite était d’avoir vécu loin de la Corse et de ne s’être prononcé pour aucun des partis qui divisaient l’île. Le premier soin de Paoli fut de définir ses pouvoirs et ceux du peuple ; il facilitait par là son action et pouvait sans entrave intérieure se consacrer tout entier à sa grande œuvre de libération. Il trouva tout d’abord une vive résistance chez Emmanuel Matra, à qui son influence et sa fortune avaient un moment fait espérer, sinon d’être nommé général en chef, du moins d’être adjoint à Paoli. Mais, éclairé par le passé, le conseil suprême ne voulait qu’un chef. Matra, repoussé, contrecarra les propositions du général, et, mettant à profit le premier prétexte venu, un châtiment trop rigoureux infligé à un de ses clients, il entra en révolte ouverte. Un moment enfermé dans le couvent de Bozzio, Paoli allait succomber, quand Cervoni vint le délivrer. Il ne fut pas plus heureux dans ses premières luttes contre les Génois et vint échouer devant Furiani. La guerre qui s’alluma en 1756 entre l’Angleterre et la France, au sujet des limites de l’Acadie et du Canada, ramena les Français en Corse. Craignant que l’Angleterre ne s’emparât des ports de l’île, Louis XV envoya des troupes pour les garder. M. de Castries, leur premier chef, vécut en bonne intelligence avec les Corses ; mais les hauteurs de M. de Vaux, son successeur, amenèrent des rixes que la prudence de Paoli sut heureusement arrêter. En 1757, Paoli échoua devant San-Pelegrino, au pouvoir des Génois, et, l’année suivante, son frère Clément ne fut pas plus heureux devant Bastia. Toutefois, Furiani, qui commandait Bastia, ayant été pris, Paoli le fit aussitôt fortifier, ainsi que Nonza. A cette nouvelle, le sénat génois envoya en Corse l’ex doge Grimaldi avec 6.000 hommes de troupes et de l’artillerie. Furiani fut aussitôt attaqué, mais si valeureusement défendu, que les Génois durent lever le siège et se retirer à Bastia. L’échec de Clément à l’attaque de Saint-Florent fit sentir à Paoli la nécessité d’avoir une marine. Il acheta quelques petits vaisseaux armés de canons et proposa des lettres de marque à tous capitaines nationaux ou étrangers qui voudraient armer en course contre les Génois. Il fallait des subsides pour cette nouvelle création : Paoli pensa au clergé. Les évêques de la Corse, nommés par Gènes, ne résidaient jamais dans leur diocèse ; Paoli voulut les forcer à y rentrer ; les évêques refusèrent. Paoli demanda alors à Clément XII d’envoyer en Corse un visiteur apostolique pour terminer le différend, et le pape choisit pour cette mission de Angelis, évèque de Segni. Les Génois se plaignirent hautement de cette immixtion du chef de l’Eglise dans les affaires de l’île ; ils y voyaient, et avec raison, une reconnaissance tacite de l’existence politique de ce qu’ils appelaient des rebelles. En ce moment, des presses installées dans l’île par les soins du général firent paraître de nombreux manifestes contre les Génois. Ceux-ci ayant décrété de prise de corps le visiteur apostolique, le décret fut brûlé solennellement de la main du bourreau, et ne pouvant autrement soutenir ses prétentions, la république génoise dut laisser de Angelis continuer sa mission, dont il s acquitta avec zèle. Paoli profita de l’enthousiasme du clergé national, surexcité en ces circonstances, pour faire décider sans trop de murmures que le produit des dîmes viendrait grossir les finances du gouvernement national. Gènes voulut alors essayer de ressaisir son empire par des négociations. Une junte se rendit en Corse, portant, avec un décret d’amnistie donné le 9 mai 1761 par le sénat, les plus brillantes promesses. Paoli répondit en réunissant aussitôt à Vescovato-in-Casinca, le 24 mai, une consulte qui vota un manifeste dans lequel elle déclarait n’accepter la paix qu’en échange de la reconnaissance, par Gênes, de la liberté de la Corse, offrant, d’ailleurs, des dédommagements pécuniaires. La consulte décréta ensuite l’établissement d’une monnaie nationale et porta sentence de mort contre le marquis de Grimaldi et ses partisans. Le vote était un peu forcé par l’appareil guerrier dont avait été entourée la salle ; mais Paoli avait voulu par là empêcher Gênes de tenter d’agir sur les membres de la consulte et il y réussit pleinement. Après la consulte, Paoli alla mettre le siège devant Maccinajo, petit port dont l’occupation était indispensable à sa nouvelle marine et commandait les communications entre Gênes et Bastia. Il perdit huit mois devant cette place et dut eu lever le siège pour faire face à Antoine et François Matra, frère et cousin d’Emmanuel, soutenus par les Génois, II les battit complètement et du même coup anéantit les espérances de Gènes. Il y eut alors un intervalle de repos, pendant lequel Paoli put à son aise continuer son œuvre d’organisation. Le 25 novembre Paoli fit décréter l’établissement d’une université ; c’était là un grand pas vers la régénération de l’île et l’affirmation de son existence comme Etat libre. Les soins qu’il donna à l’agriculture et au commerce vinrent réparer les maux sans nombre de l’anarchie. Calenzana avait secoué le joug de Gênes, mais sans reconnaître le gouvernement national, Paoli s’en empare ; mais son frère Clément échoue devant Bastia et Barbaggio, son neveu, devant Saint-Florent. Les Génois eurent alors recours a la France ; celle-ci devait à la république des sommes prêtées lors de la guerre de Sept ans, et il fut convenu que, pour s’acquitter, elle garderait pendant quatre ans les places fortes que Gênes possédait encore en Corse. Paoli comprit-il aussitôt les complications que devait amener ce traité ? Il est permis de le supposer d’après le résultat de la consulte qu’il convoqua en octobre. Il régla dans cette assemblée les rapporta qui devaient exister entre les Corse et les garnisons françaises. Défense était faite aux officiers français de pénétrer dans l’intérieur de l’île sans un sauf-conduit de Paoli, qui lui-même serait tenu de rendre compte à l’assemblée des motifs qui pourraient dicter ses faveurs. Il adressa en même temps au roi de France une supplique où il lui exposait tout ce que cette nouvelle mesure portait de préjudice aux Corses, qui se voyaient sur le point de se débarrasser à jamais de leurs ennemis. Ici vient se placer la dernière révolte que Paoli vit se lever contre son pouvoir, celle d’Abbatucci, contre lequel il marcha; mais Abbatucci vint lui-même se livrer sans conbat, et le général lui pardonna. Sous M. de Marbeuf, le premier chef des troupes françaises en Corse, la meilleure intelligence régna entre les Corses et les Français, les premiers se tenant sur la défensive, les seconds, qui ne connaissaient pas encore les projets du ministre de Choiseul, ne faisant aucune tentative d’occupation. Paoli put mettre le siège devant Bonifacio, dont il ne réussit pas à s’emparer ; il fut plus heureux à Maccinajo, qui tomba entre ses mains. De ce petit port, que les Français n’avaient pas voulu occuper, partit aussitôt un corps de troupes corses qui s’emparèrent de l’île de Capraya, en présence de deux vaisseaux génois ; c’était intercepter les communications de Bastia avec Gênes. N’ayant pas reçu une réponse satisfaisante à sa supplique, Paoli envoya, en 1766, à la cour de France, un projet de conciliation avec Gènes, basé sur la décision de la consulte de 1761. La réponse qu’il reçut était des plus évasives ; mais Paoli comprit que ces réticences cachaient un danger pour la Corse, et, en 1767, il convoqua une consulte à laquelle il fit part de la réponse du gouvernement français et des projets de défense qu’il croyait prudent de mettre à exécution en vue de complications ultérieures. Un moment l’espoir lui revint : Gènes avait donné dans ses villes de Corse un asile aux jésuites ; le cabinet de Versailles s’en plaignit hautement et envoya l’ordre aux troupes françaises d’évacuer l’île. La république plia, les jésuites durent quitter la Corse, et Paoli, qui, dès le premier mouvement de retraite, s’était emparé d’Algajola avant que les Génois y eussent remplacé la garnison française, dut abandonner cette place. En 1768, les craintes de Paoli s’étaient réalisées ; le bruit courut que Gênes, désespérant de maintenir sa conquête, l’avait cédée à la France. Paoli avait été joué par Choiseul, et la France, ayant à cœur ses honteux revers de la guerre de Sept ans, voulait se relever par une conquête, quelque peu honorable et difficile qu’elle fût. Les quatre années pendant lesquelles les troupes françaises devaient occuper, des places fortes au nom des Génois expiraient le 4 août. Dès le 25 juillet, M. de Marbeuf commença les hostilités en intimant au général corse de laisser libres les communications entre Bastia et Saint-Florent, et l’attaqua sans attendre sa réponse. Paoli ordonna alors une levée en masse et Marbeuf, vaincu, fut remplacé peu après par M. de Chauvelin, qui publia, le 28 avril 1769, l’édit de cession et l’ordonnance du roi qui enjoignait aux Corses de le reconnaître comme seul souverain. Cet écrit provoqua un cri d’indignation dans toute l’île, et tous les Corses en état de porter les armes se rangèrent sous les drapeaux de Paoli. Nous ne ferons point ici le récit de cette campagne, qui, commencée à Barbaggio, vint se terminer à la sanglante affaire de Ponte-Novo, le tombeau de l’indépendance corse. Vaincu par le comte de Vaux, qui commandait 22,000 hommes aguerris, Paoli dut quitter la Corse et s’embarqua à Porto-Vecchio, avec son frère et quelques fidèles, sur deux navires anglais qui le conduisirent à Livourne. Il trouva sur la route, de l’exil de nobles sympathies. Joseph II et le grand-duc de Toscane Léopold, qui avait pris sa constitution pour modèle, lui firent le plus brillant accueil. Allieri, à Florence, lui dédia sa tragédie de Timoleone. En France, des voix courageuses s’élevèrent contre ce que l’on appelait l’infamie du ministre. Rousseau et Voltaire avaient exalté à l’envi le général corse, et Frédéric de Prusse lui avait envoyé une épée dont la lame portait ces mots : Pugna pro patria. Paoli, réfugié en Angleterre, y attendit vingt ans qu’un changement lui permît de rentrer dans son pays. La Révolution française, qui affranchit la Corse en même temps que le continent, l’associa aux libertés conquises et lui donna l’égalité départementale, vint rouvrir à l’exilé les portes de sa patrie. Paoli se rendit alors à Paris, où il fut reçu avec distinction par le ministère. Admis le 22 avril 1790 devant l’Assemblée nationale, il prêta avec émotion le serment civique à la France et prononça un discours dans lequel, sans répudier ses antécédents, il faisait sentir que sa conduite actuelle était la plus éclatante justification de son passé. Ce n’était, pas lui qui avait changé, disait-il, c’était la France, mieux représentée et plus juste, qui changeait de sentiments et de politique. Paoli se vit acclamé, embrassé, exalté par le grand peuple de Paris et admis d’acclamation aux Jacobins. Le général La Fayette, qui s’était constitué son hôte et son guide, le présenta à Louis XVI et le fit nommer lieutenant général. Paoli partit alors pour la Corse. A Marseille, il trouva une députation envoyée de l’île à sa rencontre. Enfin, le 17 juillet, Paoli débarqua à Bastia, au milieu des acclamations de toute la ville, et son voyage a travers la Corse fut une véritable marche triomphale. Elu commandant général des gardes nationales de l’Ile et président de l’administration départementale, Paoli refusa le double honneur que lui voulaient accorder les états corses, une statue et une pension annuelle de 50.000 francs. « Qui vous assure, dit-il, que les dernières périodes de ma vie n’exciteront pas en vous des sentiments bien différents de ceux que vous me témoignez aujourd’hui ! » Ces paroles ne devaient que trop se réaliser. Malgré le langage qu’il avait tenu devant l’Assemblée nationale, Paoli était toujours au fond très attaché à l’idée de l’indépendance corse, parce qu’il était resté très ambitieux. Pendant la période la plus éclatante de sa carrière, il avait été une sorte de dynaste national et il aspirait à reprendre ce rôle. « Tout-puissant dans son île par les diverses fonctions électives ou autres qu’il remplissait, dit M. L. Combes, il parut d’abord sincèrement attaché au régime nouveau qui l’avait comblé. Mais il est probable qu’il dissimulait, qu’il attendait son heure et qu’il n’avait pas abdiqué ses prétentions à la souveraineté sous un titre ou sous un autre. Peu à peu il se détacha des démocrates corses qui l’avaient accueilli avec un enthousiasma un peu trop naïf et il se fit le centre du parti soi-disant patriote et national, par rapport à la Corse, c’est-à-dire en réalité contre-révolutionnaire et qui se composait des aristocrates, des prêtres et des sauvages de la montagne et des maquis. L’égalité républicaine ne pouvait convenir à qui rêvait la domination. » En 1792, Paoli ouvrit des négociations avec l’Angleterre et se livra à des intrigues qui excitèrent les plus justes défiances. L’insuccès de l’expédition tentée contre la Sardaigne, insuccès qu’on attribua aux ordres donnés par Paoli au général Cesari, vint grossir l’orage. Les Provençaux de l’expédition, de retour en France, le dénoncèrent au club de Toulon. Lucien Bonaparte en fit de même au club de Marseille ; enfin, Arena l’accusa hautement devant le comité de Salut public. La Convention s’émut de toutes ces protestations. Le 2 avril 1793, elle décréta que Paoli serait appelé à sa barre pour se justifier, et envoya en même temps trois commissaires, Salicetti, Lacombe-Saint-Michel et Delcher en Corse, pour examiner la conduite du général. En apprenant l’arrivée des commissaires, Paoli se mit en révolte ouverte. Les supplications de son ami Salicetli ne purent le retenir. Il convoqua à Corte une consulte composée de ses partisans et se fit nommer généralissime. La Convention, sur le rapport de ses commissaires, déclara alors Paoli traître a la patrie, le mit hors la loi et chargea de l’exécution de ce décret les trois commissaires de la Corse. Paoli adressa aussitôt un appel aux amis de l’indépendance corse ; mais son attente fut trompée. L’influence française avait pénétré trop profondément dans la population pour que son appel fût entendu. Paoli se jeta complètement alors dans les bras de l’Angleterre. Il mit le siège simultanément devant Bastia, Calvi et Saint-Florent, en attendant la flotte de l’amiral Hood, qui bloquait Toulon. Hood envoya en Corse le lieutenant-colonel Moore et le major Kischler pour combiner l’attaque avec Paoli, tandis que Nelson croisait sur les côtes et empèchait l’arrivée des secours de France. En 1794, cinq régiments anglais, commandés par Dundas, débarquent à Saint-Florent et l’assiègent. Après une vive résistance, la garnison se replie sur Calvi ; Bastia, assiégée par l’amiral Hood, se défend jusqu’à la dernière heure et obtient en se rendant les honneurs de la guerre ; Calvi, après une résistance héroïque, succombe et obtient aussi une capitulation honorable. Maître de ces trois places, Paoli réunit une consulte à Corte et là rédige un projet de constitution que sir Gilbert Elliot, à titre de ministre plénipotentiaire, accepte au nom de George III d’Angleterre. C’était un calque fidèle de la constitution donnée à la France par l’Assemblée nationale. Quatre députés furent envoyés au roi d’Angleterre pour lui porter, avec la couronne de la Corse, le décret qui reconnaissait son autorité. Pour prix, de sa trahison envers la France, Paoli comptait sur la vice-royauté de la Corse ; mais il se vit tromper dans ses espérances. On lui préféra sir Gilbert Elliot, et il ne put pas même obtenir la présidence du parlement qu’on établit à Bastia. Déçu, joué, écarté brutalement de la scène, regardé comme dangereux en Corse par les Anglais, il dut, sur une lettre du roi George III, quitter l’île et se rendre à Londres. Comme il espérait pouvoir reprendre le pouvoir sous la tutelle anglaise, Paoli, en quittant la Corse, publia un manifeste dans lequel il exhorta ses compatriotes à rester fidèles au roi d’Angleterre (octobre 1795). A Londres, le gouvernement anglais lui fit une pension de 2.000 livres sterling, puis l’oublia complètement. Le général se lia alors avec Sheridan et le parti qui travaillait à renverser le ministre Pitt. Les succès de Bonaparte, son avènement au consulat lui causèrent une grande joie et il illumina son hôtel en apprenant le coup d’Etat du 18 brumaire, qui plaçait la France sous le joug de son compatriote. Paoli s’éteignit obscurément en 1807. Comme il n’avait point d’enfants, il laissa ce qu’il possédait à la Corse, pour être employé en institutions utiles.

(Extrait du dictionnaire du XIXème siècle de Pierre Larousse)

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décembre 22, 2007

ABBE GREGOIRE (1750-1831), COMTE D’EMPIRE

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Abbé Grégoire (1750-1831)

Grégoire, si acharné contre le clergé, qu’il voulait ramener à sa simplicité première, eût pu être pris pour un héros d’irreligion ; et Grégoire, quand les Révolutionnaires reniaient Dieu et abolissaient la prêtrise, faillit se faire massacrer en montant à la tribune pour y proclamer hautement ses sentiments religieux, et protester qu’il mourrait prêtre. Quand on détruisait les autels dans les églises, Grégoire en élevait un dans sa chambre, et y disait la messe chaque jour.

(Napoléon Bonaparte)

Grégoire (Baptiste-Henri, comte). Curé, législateur, et évêque constitutionnel, né à Vého (Meurthe), le 4 décembre 1750, de « Bastien Grégoire, tailleur d’habits, et de Marguerite Thiébault », mort à Paris le 26 mai 1831 ; après de très sérieuses études théologiques publia, en 1772, un Eloge de la poésie, couronné par l’académie de Nancy et fut nommé curé d’Embermesnil. Il fonda dans son presbytère une bibliothèque publique dans laquelle on pouvait puiser pour se perfectionner dans les arts et l’industrie. Elu, le 27 mars 1789, député du clergé aux Etats généraux par le bailliage de Nancy, il fut l’un des premiers à se joindre au tiers état, prêta le serment du Jeu de Paume, et, lors de de la séance royale du 23 juin 1789 fut du nombre des quelques députés qui, sous la présidence de Palasne de Champeaux, décidèrent de résister aux ordres de la cour, et formèrent le premier noyau du « Club breton« . Dans la nuit du 4 août, il fut un des plus ardents à voter l’abolition des privilèges et réclama suppréssion des annales, combattit le véto absolu du roi, se prononça pour la Constitution civile du clergé, puis prêta le serment civique. Lorsqu’il apprit l’arrestation du roi à Varennes, Grégoire demanda la mise en jugement immédiat, combattit ensuite le cens électoral « qui concentrait la représentation entre quelques citoyens riches et grands propriétaires ». Deux fois élu évêque constitutionnel dans la Sarthe et dans le Loir-et-Cher (1790), il opta pour Blois, et fut nommé, le 6 septembre 1791, l’un des administrateur du Loir-et-Cher, et le 3 septembre 1792, élu, par ce dernier département, membre de la Convention. Président de la députation chargée d’annoncer à l’Assemblée législative que la Convention était constituée, il appuya, le même jour, l’abolition de la royauté : « L’histoire des roi, dit-il, est le martyrologe des nations. » Le 8 octobre 1792, il écrivait une lettre particulière à un chef de bataillon, et on y lisait ce passage : « Tâchez de nous envoyer un jour, en don patriotique, quelque tête d’un Condé, d’un Artois, d’un Brunswick« , et devint président de la Convention. Lors du procès du roi, il était absent, il était alors commissaire de la Convention chargé d’organiser le nouveau département du Mont-Blanc et ne put prendre part au jugement, passa ensuite dans les Alpes-Maritimes pour organiser également le département. De retour à la Convention, il fut nommé membre du comité de l’instruction publique dont il devint le membre le plus actif. Lorsque l’évêque de Paris, Gobel, vint abjurer sa foi à la tribune de la Convention, Grégoire refusa absolument de le suivre : « Catholique par conviction et par sentiment, dit-il, prêtre par choix, j’ai été délégué par le peuple pour être évêque ; ce n’est ni de lui ni de vous que je tiens ma mission. On m’a tourmenté pour accepter le fardot de l’épiscopat, on me tourmente aujourd’hui pour me forcer à une abdication qu’on ne m’arrachera jamais ; j’invoque la liberté des cultes » ; devint ensuite membre de l’Institut (19 frimaire an IV). Elu, le 23 vendemiaire an IV, député au Conseil des Cinq-Cents, il y siégea jusqu’en germinal an VI, accepta le Coup d’Etat du 18 brumaire et entra au corps législatif le 4 nivôse an VIII, comme député du Loir-et-Cher ; le bruit ayant couru qu’il allait être créé cardinal, Grégoire répondit le 30 fructidor dans une lettre envoyée au député Bordes : « Croyez que cet ornement prétendu (le chapeau rouge) n’est pas réservé pour les têtes qui sont simultanément religieuses et républicaines. » Il entra au Sénat conservateur le 4 nivôse an X, fit partie de la minorité, protesta contre les tribunaux d’exception, vota avec deux autres sénateurs seulement contre l’établissement de l’Empire, parla seul contre le rétablissement des titres nobiliaires, se prononça contre le divorce de Napoléon et n’assista pas au mariage de Marie-Louise. Il avait été fait membre de la Légion d’honneur le 9 vendemiaire an XII, puis commandeur le 25 prairial suivant, il fut créé comte de l’Empire le 2 juillet 1808, son opposition ne se démentit pa un seul instant, et, en 1814, il rédigea d’avance un projet de déchéance des plus énergiques contre l’Empereur ; il fut tenu à l’écart par la première Restauration, ne reparut pas pendant les Cent-Jours, et fut exclu de l’Institut sous la seconde Restauration. En 1819, il fut élu, par le collège électoral de l’Isère, député de l’opposition ; cette élection déchaîna les passions contre-révolutionnaires, et les royalistes se vantèrent publiquement de l’exclure de la Chambre comme indigne. L’opposition presque incolore de cette époque n’osa pas le défendre ouvertement sous prétexte que Grégoire était resté républicain, elle l’engagea à donner spontanément sa démission ; il s’y refusa, et le 6 décembre la Chambre prononça l’annulation de son élection, mais sans la motiver. Ces royalistes, vis-à-vis de lui, ne désarmèrent pas, il se livrèrent contre lui à des attaques furibondes. Grégoire se défendit, écrivit au journal la Quotidienne, le 4 octobre 1820, et protesta contre l’épithète de régicide : « Le devoir de souffrir chétiennement n’ôte pas le droit de repousser la calomnie. J’étais absent aux quatre appels nominaux du procès de Louis XVI ; dans mon discours à la Convention, j’avais demandé la suppression de la peine de mort et que Louis XVI en profitât en tout premier. » La censure ayant mutilé sa lettre, il demanda justice, le 8 octobre, au ministre duc de Richelieu. « Mon âme inflexible se raidira toujours contre la calomnie, l’iniquité ; je suis comme le granit, on peut me briser, mais on ne me plie pas », puis il renonça à son titre de commandeur de la Légion d’honneur. Aux élections de 1824, le gouvernement ne voulut pas l’inscrire sur les listes électorales, malgré ses réclamations. Il se retira, dès lors, dans sa retraite d’Auteuil et resta en correspondance avec la plupart des savants de l’Europe. Le gouvernement de Juillet lui-même ne fit rien pour réparer les injustices du règne précédent. A son lit de mourant, Grégoire réclama les secours de la religion, l’archevêque de Paris exigea au préalable qu’il rétractât son serment à la Constitution civile du clergé. Grégoire se montra inflexible et refusa, mais l’abbé Guillon lui administra  quand même les sacrements. Après sa mort, l’Eglise lui refusa la sépulture ; l’administration d’alors fit porter son corps à l’Abbaye-au-Bois, où la messe fut célébrée par un prêtre étranger. Après la cérémonie, un certain nombre de jeunes gens dételèrent les chevaux du char funèbre, et trainèrent le cercueil à bras au cimetiere Montparnasse.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Abbé Grégoire sur Wikipedia

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LOUIS-MARIE DE LA REVELLIERE-LEPEAUX (1753-1824)

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Louis-Marie de La Révellière-Lépeaux (1753-1824), directeur

 

Il était de la très petite bourgeoisie ; petit, bossu, de l’extérieur le plus désagréable qu’on puisse imaginer, c’était un véritable Esope. Il n’avait ni l’habitude des affaires ni la connaissance des hommes. Du reste il était patriote, chaud et sincère, honnête homme, citoyen probe et instruit ; il entra pauvre au Directoire et en sortit pauvre. La nature ne lui avait accordé que les qualités d’un magistrat subalterne.

(Napoléon Bonaparte)

La Révellière-Lépeaux (Louis-Marie de). Avocat, législateur, et membre du Directoire, né à Montaigu (Vendée), le 24 août 1753, de « noble homme Jean-Baptiste de La Réveillière, bourgeois de la ville d’Angers, licencié ès lois, conseiller du roi, lieutenant juge au siège royal des traites de Montaigu, et de demoiselle Marie-Anne Maillochau », mort à Paris le 27 mars 1824 ; fut reçu avocat au parlement de Paris en 1775. Elu, le 20 mars 1789, député du Tiers aux Etats généraux par la sénéchaussée d’Anjou, il devint membre du comité de Constitution (6 juillet 1789), se prononça en faveur du drapeau tricolore (21 octobre), vota pour la non-réélection des députés à la Législative suivante, et fut élu, le 22 septembre, haut juré de Maine-et-Loire et l’un des administrateurs de son département. Le 5 septembre 1792, il fut élu par le Maine-et-Loire, membre de la Convention, et, dans le procès du roi, vota « pour la mort et contre le sursis ». Le 11 mars 1793, il combattit la motion de Danton, tendant à ce que la Convention choisit le ministère en son sein ; fut élu secrétaire le 30 mars et appuya le 3 avril la mise en accusation de Marat. Au 31 mai il prit la défense des Girondins, mais devant l’animosité et les violentes protestations de la Montagne contre son attitude quelque peu provocatrice, il sortit de la chambre, fut de ce chef, décrété d’arrestation et mis hors la loi. La Révellière eut la précaution de se réfugier à l’ermitage de Sainte-Radegonde, dans la forêt de Montmorency, et y resta caché un an, revint à Paris après le 9 thermidor et repris son siège à la Convention (18 frimaire an III), fit décréter, le 12 floréal, que les prêtres déportés, non sortis du territoire seraient traités comme des émigrés, devint président de la Convention le 1er thermidor, et fut membre du Comité de Salut public (15 fructidor). Le 20 vendemiaire an IV, il fut élu, par trente et un départements, député au Conseil des Anciens et opta pour le Maine-et-Loire, puis le 10 brumaire an IV, il fut élu membre du Directoire exécutif et le 15 thermidor en devint le président. Après les victoires de Lonato et de Castiglione, il envoya, le 1er fructidor, une lettre de félicitations à la citoyenne Bonaparte : « Permettez-moi, citoyenne, disait-il en terminant, de saisir cette occasion de vous dire que le général Bonaparte peut me compter au nombre de ses francs admirateurs, et que je fais les voeux les plus sincères pour que celle à laquelle il a lié son sort soit comblée d’autant de bonheur que lui-même est comblé de gloire. » Lors des élections de l’an V, qui amenèrent dans les conseils une majorité royaliste, La Révellière-Lépeaux fut un des instigateurs du coup d’Etat du 18 fructidor, devint ensuite membre de l’Institut (classe sciences morales et politiques), et seconda les efforts de Haüy pour établir une religion simple, destinée à la fois à remplacer l’ancien culte et à réveiller des idées religieuses dans le peuple ; c’est ce système préconisé par lui qui fut appelé du nom de Théophilanthropie, il n’en fut ni le père, ni même l’apôtre, il se contenta de l’approuver, mais n’assista pas aux réunions de la secte. Le 30 prairial an VII, il donna sa démission de membre du Directoire; depuis qu’il en était membre, il s’était attiré un grand nombre d’ennemis, entre autres Carnot qui l’appelait « puant et difforme, bilieux et naïf » ; il refusa de prêter serment à l’Empereur comme membre de l’Institut, malgré l’injonction formelle que lui avait été adressée, partit avec sa famille dans sa propriété, et envoya sa démission d’académicien. Il revint à Paris en 1809, et Fouché lui ayant fait offrir une pension, sous la seule condition qu’il la demanderait lui-même à l’Empereur, La Révellière-Lépeaux refusa net, et, pendant les Cent-Jours, n’ayant rempli aucune fonction publique, il ne fut pas contraint, comme ses anciens collègues régicides, de quitter la France lors de la seconde Restauration. Il a laissé des Mémoires de sa vie politique.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire su Dr Robinet)

Lien : Louis-Marie La Révellière-Lépeaux sur Wikipedia

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décembre 21, 2007

CHARLES-ANDRE POZZO DI BORGO (1764-1842)

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Comte Charles André-Pozzo di Borgo (1764-1842)

C’est Pozzo di Borgo, croit-on, qui a conseillé à l’Empereur Alexandre de marcher sur Paris ; il a, par ce seul fait, décidé des destinées de la France, de celle de la civilisation européenne, de la face et du sort du monde.

(Napoléon Bonaparte)

Pozzo di Borgo (Charles-André, comte). Né à Alata (Corse) le 8 mars 1764, mort à Paris le 15 février 1842 ; d’une famille noble, mais pauvre, il se trouva en opposition avec les familles Paoli et Bonaparte. A la demande de Saliceti et de Mirabeau (30 novembre 1789) pour que le territoire de la Corse fût régi par les lois en usage sur le territoire français, il fut chargé d’en remercier l’Assemblée législative, où il se montra partisan de Louis XVI. En 1793, il rentra dans son île natale où il ne se montra pas favorable au gouvernement républicain. Après la rupture avec la France de la Terreur, Paoli et Pozzo di Borgo n’eurent d’autre alternative que d’en appeler au soutien des Anglais. La Corse tomba alors sous le joug de ces derniers jusqu’en 1796 date à laquelle Napoléon Bonaparte orchestra depuis l’Italie la reconquête de l’île et mit fin à ce curieux royaume anglo-corse. Pozzo di Borgo dut alors s’enfuir en Angleterre et les circonstances de sa vie politique l’obligèrent de quitter ce premier asile et de se réfugier à Vienne en 1798 ; quelque temps après il se mit au service de la Russie, son caractère facile et souple s’accomoda des finesses de la diplomatie, il chercha à entraîner l’empereur Alexandre dans une ligue dont le but était d’assurer l’indépendance de la Suisse, la restitution des états de terre ferme du roi de Sardaigne, enfin pour le prince d’Orange la constitution d’un royaume composé de la Belgique et de la Hollande. Ces différentes puissances adhèrèrent au programme développé par Pozzo di Borgo ; l’Autriche surtout attendait avec anxiété le résultat de ses négociations, mais la journée d’Austerlitz déjoua ses combinaisons. Après l’entrevue de Tilsit, il fut, en Autriche, traqué par la police de Napoléon, qui réclamait son extradition ; c’est alors qu’il dut fuir provisoirement à Malte et de là, quelques temps après, il passa en Angleterre ; Cette puissance ainsi que la Russie l’engageaient chacune de son côté à les seconder dans leurs vues personnelles ; elles le poussaient à gagner l’intimité de Moreau, Murat, Eugène de Beauharnais et Bernadotte même qu’il suivit sur les champs de bataille de Dresde et de Leipzig. Au congrès de Francfort-sur-le-Mein, l’empereur de Russie fit jouer à Pozzo di Borgo le premier rôle en lui faisant rédiger la fameuse déclaration à laquelle Napoléon ne voulut pas souscrire. Son ennemi renversé du pouvoir, il eut le triste honneur d’être chargé par les alliés souverain d’aller complimenter Louis XVIII en Angleterre, que le Sénat venait d’appeler au trône. Pendant les Cent-Jours, il resta prudemment à Gand, et en 1815, il eut encore le talent d’être mêlé aux combinaisons louches des alliés ; il en fut de même en 1818 au congrès d’Aix-la-Chapelle. Très bien en cour avec Louis XVIII il eut un peu moins de succès avec Charles X, mais sut se faire bien voir par le gouvernement de Juillet. Ambassadeur de Russie en France, il échangea ce poste pour celui de Londres où il resta jusqu’à sa mise en retraite en 1839.

(Extrait corrigé du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Liens : Charles-André Pozzo di Borgo sur Wikipedia, Napoléon et Pozzo di Borgo

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décembre 18, 2007

LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL DUPONT DE L’ETANG (1765-1840), COMTE D’EMPIRE

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Général Dupont de l’Etang (1765-1840), Comte de l’Empire

Dupont a flétri nos drapeaux. Quelle ineptie, quelle bassesse ! Il a signé une capitulation où il a compromis les intérêts de son armée en ne la faisant pas garantir par les agents anglais qui étaient au camp de l’ennemi.

(Napoléon Bonaparte)

Dupont de l’Etang (Pierre, comte). Officier général et législateur, né à Chabanais (Charente), le 4 juillet 1765, de « Pierre-Isaac Dupont, propriétaire, et de dame Françoise-Claire Benoist », mort à Paris le 7 mars 1840 ; entra dans l’armée comme sous-lieutenant d’artillerie dans la légion Maillebois au service de la Hollande. Rappelé en France en 1791, il servit comme capitaine et devint l’aide de camp du général Théobald Dillon à l’armée du Nord, se distingua à Valmy, fut promu général de brigade, après avoir fait mettre bas les armes à un régiment de grenadiers autrichiens. Sous le Directoire, Carnot l’appela aux fonctions de directeur au dépôt de la guerre, il prêta un concours actif au coup d’Etat du 18 brumaire (il venait de passer général de division) et fut nommé chef d’état-major de l’armée de réserve, puis contribua à la victoire de Marengo, établit un gouvernement provisoire en Toscane, et, avec 15.000 hommes, culbuta 45.000 Autrichiens au passage du Mincio, fut fait membre de la Légion d’honneur le 19 frimaire an XII et grand officier le 25 prairial, partit pour l’armée d’Allemagne en 1805, fut vainqueur de Mélas à Ulm et lui fit 20.000 prisonniers, puis contribua à la victoire de Friedland. Le 4 juillet 1808, il fut créé comte de l’Empire. Ces brillants succès lui valurent d’être appelé au commandement d’une division de l’armée d’Espagne. Il prit successivement Carpio, Monters, Alcolea et s’avança jusqu’à Cordoue, puis les revers arrivèrent après les victoires. Le 18 juillet, il se trouva acculé à de très grandes difficultés, et se vit contraint de demander au général Castanos un armistice, qui aboutit quelques jours après à un désastre. Le 23 juillet, Dupont capitula à Baylen ; dans cette ville 17.000 Français mettaient bas les armes mais devaient être reconduits en France par mer, avec armes, drapeaux et bagages. A la nouvelle de cette humiliante capitulation de Bailen, l’Empereur entra dans une colère épouvantable, donna de suite l’ordre d’arrêter Dupont de l’Etang et de l’enfermer au fort de Joux et le fit traduire, sous l’accusation de haute trahison, en février 1812, devant un commission militaire. Dupont de l’Etang fut destitué de ses grades militaires, ses décorations lui furent retirées et son nom fut rayé des cadres de la Légion d’honneur, le port de l’habit militaire lui fut interdit, défense lui faite de prendre le titre de comte ; ses dotations furent mises sous séquestre, et enfin il fut transféré dans une prison d’Etat pour y être détenu jusqu’à nouvel ordre. Il ne fut remis en liberté qu’à la chute de l’Empire. Le gouvernement provisoire de 1814 le nomma commissaire au département de la guerre, et Louis XVIII le confirma dans ce grade le 3 avril. Le 7 novembre, le roi ordonna que le dossier de sa condamnation fut révisé, mais son passage au ministère de la guerre ne fut pas heureux ; il se livra à une véritable hécatombe de destitutions, au gaspillage de la Légion d’honneur, à de nombreuses nominations de complaisance dans l’armée, ce qui donna lieu à de nombreuses protestations. Louis XVIII se vit obligé de lui retirer le ministère de la guerre. En échange, on lui confia le gouvernement de la 22e division militaire et la croix de commandeur de Saint-Louis, il fut destitué pendant les Cent-Jours, puis réintégré au retour de Gand. Le 22 août 1815, il fut élu député par le collège de la Charente, et ce mandat fut continuellement renouvelé jusqu’aux éléctions de 1827. Il fut admis à faire valoir ses droits à la retraite le 13 août 1832. On a de lui : Opinions sur le nouveau mode de recrutement ; Lettre sur la campagne d’Autriche ; lart de la guerre, etc.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Général Dupont de l’Etang sur Wikipedia

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décembre 16, 2007

LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL BOURMONT (1773-1846)

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Général Louis-Victor-Auguste de Ghaisne de Bourmont (1773-1846)

Bourmont s’est conduit bassement… Il était connu pour être un des Vendéens les plus faux et les plus hypocrites : je n’aurais jamais dû l’employer.

Bourmont est une de mes erreurs.

(Napoléon Bonaparte)

Bourmont (Louis-Victor-Auguste de Ghaisne, vicomte de). Maréchal de France et législateur, né au château de Bourmont (Maine-et-Loire), le 2 septembre 1773, de « Louis-Marie-Eugène de Ghaisne, comte de Ghaisne et de Bourmont, seigneur de Reigni la Cornouaille, etc., capitaine de cavalerie, et de Joséphine-Sophie de Coutances », mort au château de Bourmont le 27 octobre 1846 ; était enseigne dans les gardes françaises au moment de la Révolution, émigra en 1790 et devint aide de camp du prince de Condé, passa en Vendée où il fut nommé major général de l’armée royaliste, commandée par M. de Scépeaux. En l’an VII, le comte d’Artois le nomma maréchal de camp et l’investit du commandement des provinces du Maine et du Perche ; se mit à la tête des chouans et battit les républicains à Saumur, s’empara du Mans ; mais, après la capitualtion de M. de la Prévalais et la soumission du comte de Châtillon, Bourmont adhéra au traité de paix conclu par ces deux chefs avec les républicains. Il vint alors s’installer à Paris et voulut se rendre agréable à Bonaparte, alors Premier Consul. L’explosion de la machine infernale, le 3 nivôse an IX, changea les intentions que l’on pouvait avoir pour lui, car il fut soupçonné de complicité, et, sur l’ordre de Fouché, arrêté et mis au secret au Temple, transféré à la citadelle de Besançon, d’où Bourmont réussit à s’évader en 1805, pour se réfugier au Portugal. Après la prise de Lisbonne par Junot, il rentra en France, parvint à capter la confiance de l’Empereur et fut nommé par ce dernier colonel, adjudant-commandant de l’armée de Naples, fit ensuite la campagne de Russie, prit part à la bataille de Dresde, fut promu, en octobre 1813, général de brigade, se signala en février 1814 à la défense de Nogent et y gagna le grade de général de division. Aussitôt les Bourbons maîtres du pouvoir, Bourmont se donna à eux ; puis, au retour de l’île d’Elbe, parvint à retrouver du crédit auprès de l’Empereur, qui le mit à la tête d’une division de l’armée du Nord. A la veille de la bataille de Waterloo, dans la nuit du 14 au 15 juin 1815, l’armée française avait fait son entrée à Charleroi, qunad tout à coup de Bourmont abandonna ses troupes et passa à l’ennemi ; peu après, figurant comme témoin dans le procès du maréchal Ney et du général Bonnaire, il contribua, par ses dépositions, à les faire condamner. Sous la Restauration il eut un commandement supérieur dans l’expédition d’Espagne et fut créé pair de France le 9 octobre 1823. Le 8 août 1829, il entra dans le ministère Polignac comme ministre de la guerre ; cette nomination fut tellement scandaleuse et accueillie en général avec une telle stupeur que le gouvernement se décida à nommer M. de Bourmont général en chef de l’expédition qui partait pour Alger, et le 5 juillet 1830, cette dernière ville ayant capitulé, Bourmont fut nommé maréchal de France. Quand il apprit la Révolution et la chute de Charles X, il s’empressa d’aller rejoindre à Londre le roi détrôné. Il ne rentra en France qu’en vertu de l’amnistie de 1840.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Général Bourmont sur Wikipedia

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décembre 5, 2007

GENERAL CLAUDE-FRANCOIS DE MALET (1754-1812)

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Géneral Claude-François de Malet (1754-1812)

Cette extravagance ne fut au fond qu’une véritable mystification : c’est un prisonnier d’Etat, homme obscur, qui s’échappe pour emprisonner à son tour le préfet, le ministre même de la police, ces gardiens de cachots, ces flaireurs de conspirations, lesquels se laissent moutonnement garrotter. C’est un préfet de Paris, le répondant né de son département, très dévoué par ailleurs, mais qui se prête sans la moindre opposition aux arrangements de réunion d’un nouveau gouvernement qui n’existe pas. Ce sont des ministres nommés par les conspirateurs, occupés de bonne foi à ordonner leur constume et faisant leur tournée de visites, quand ceux qui les avaient nommés étaient déjà rentrés dans les cachots. C’est enfin une capitale apprenant au réveil l’espèce de débauche politique de la nuit, sans en avoir éprouvé le moindre inconvénient. Une telle extravagance ne pouvait avoir aucun résultat. La chose eut-elle en tout réussi, elle serait tombée d’elle-même quelques heures après ; et les conspirateurs victorieux n’eussent eu d’autre embarras que de trouver à se cacher au sein du succès.

(Napoléon Bonaparte)

Malet (Charles-François de). Officier général et conspirateur célèbre ; né à Dôle (Jura), le 23 juin 1754, de « Jean de Malette (sic), chevalier de l’ ordre militaire de Saint-Louis, capitaine au régiment de Beauvillers, et de dame Gabrielle Febvre, son épouse », fusillé à Paris le 29 octobre 1812 ; entra dans la carrière militaire à l’âge de seize ans, comme mousquetaire ; salua la Révolution avec enthousiasme, et devint, en 1790, commandant de la garde nationale du Jura ; puis fut délégué pour assister à la fédération du champ de Mars, le 14 juillet ; partit en 1792 à la tête d’un bataillon de volontaires, devint adjudant général en mai 1793 et se fit remarquer par sa bravoure aux armées du Rhin et d’Italie. Le 27 thermidor an VII, il fut promu général de brigade, servit en Italie sous Championnet, puis, sous Masséna, devint gouverneur de Pavie, et de Rome, eut quelques démélés avec le pape et fut remplacé par Miollis. Républicain sincère, il se montra indigné du coup d’Etat du 18 brumaire, ne le cacha pas et tomba en disgrâce. A quelque temps de là, il fut envoyé à Bordeaux avec le titre de commandant du département : il avait voté contre le Consulat à vie. Nommé commandant de la Légion d’honneur, il se contenta d’accuser réception par cette lettre sèche et froide à Lacépède, alors grand chancelier de l’ordre : « Citoyen, j’ai reçu la lettre par laquelle vous m’annoncez la marque de confiance que m’a donné le grand conseil de la Légion d’honneur. C’est un encouragement à me rendre de plus en en plus digne d’une association fondée sur l’amour de la patrie et de la liberté. » Souvent signalé par sa haine de la « tyrannie impériale », il avait été destitué et rayé des contrôle de l’armée en 1807. Ses projets furent alors arrêtés : étant devenu libre. Il chercha des collaborateurs. Il eut d’abord l’ancien conventionnel Florent Guiot, le philosophe Jacquemont, les généraux Guillaume et Guillet, le grammairien Lemare, l’ancien montagnard Ricord, le professeur Bazin, le médecin Gindre, etc. De 1808 à1812, il fit tout un plan ; toutes les pièces et proclamations, -la conspiration devait éclater dans la nuit du 30 mai-, étaient imprimées, mais, au dernier moment, il fut dénoncé par un général Lemoine. Ayant appris que sa femme avait été arrêtée en ses lieu et place, Malet vint se constituer lui-même prisonnier. Les preuves matérielles de la conspiration manquant, et le corps de délit n’existant pas, sauf quelques aveux insignifiants des généraux Guillaume et Guillet, Malet avait dû prendre cette résolution, mais il ne resta pas inactif ; de sa prison, il renoua tous les fils de la conspiration, et d’après les nouveaux concours qu’il espérait obtenir, elle devait éclater le 23 octobre 1812. Des évènements favorables semblèrent le favoriser ; Napoléon venait de partir pour la Russie, et Malet avait obtenu d’être transféré dans la maison de santé du docteur Dubuisson, située près la barrière du Trône. Il avait formé son gouvernement provisoire et l’avait composé du général Moreau, comme président, Carnot, vice-président, le maréchal Augereau, Bigonnet, ex-législateur ; Frochot, préfet de la Seine, Florent Guiot, ex-conventionnel, Destutt de Tracy, sénateur ; Jacquemont, ex-tribun, Mathieu de Montmorency, le général malet, de Noailles, le vice-amiral Truguet, Voney, Garat, Lambrecht, sénateurs. Il s’évada de la maison de santé, le 22 octobre 1812, à onze heures du soir, avec l’abbée Lafon, qui, du reste, ne coopéra pas directement. Revêtu de l’uniforme d’officier général à cheval et suvi d’un aide de camp improvisé, le caporal Rateau, et d’un faux commissaire de police, un affilié, nommé Bontreux, il se présenta dans la nuit à la caserne Popincourt, fit réveiller le colonel nommé Soulier, lui annonça la mort de Napoléon, et lui dit que le Sénat assemblé venait de déclarer sa famille déchue, et de nommer un gouvernement provisoire, lequel l’a investi, lui Malet, du commandement de Paris. Le colonel, entièrement persuadé par cette déclaration, met de suite son régiment à la disposition du général, qui enlève de même manière la 10e cohorte de la garde nationale active, envoie des détachements s’emparer du Trésor, de la Banque, de la poste aux lettres, de l’Hôtel de Ville. Lui-même se rend à la Force et délivre les généraux Guidal et Lahorie, enfermés depuis plusieurs années, comme républicains ; nomme Guidal ministre de la police et Lahorie préfet de police avec ordre de s’assure de Savary et de Pasquier, les deux titulaires de ces fonctions ; de là, il se porte à l’état-major, place Vendôme, chez Hulin, commandant de la première division militaire et lui annonce le nouvel ordre des choses, par suite duquel il vient le remplacer. Hulin, montrant quelque méfiance et faisant des difficultés, Malet, pour qui les moments étaient précieux, lui cassa la machoire d’un coup de pistolet. Ce coup d’audace sans précédent était sur le point de réussir et était pour ainsi dire consommé, lorsque les adjudants de place Laborde et Doucet accourent et se précipitent sur Malet, le térassent et l’emmènent en prison. Traduit devant une commission militaire, il fut aussitôt condamné à mort.

Le président Dejean lui ayant demandé quels étaient ses complices, Malet répondit : La france entière, et vous-même si j’avais réussi. Conduit à la plaine de grenelle, il reçut la mort avec un sang-froid héroïque. Il commanda lui-même le feu avec une voix retentissante. Tous ses compagnons étaient tombés comme foudroyés ; lui seul était resté debout tout sanglant. Il fallut une seconde décharge encore insuffisante, et l’achever à coups de baïonnettes !

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Général Malet sur Wikipedia

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novembre 2, 2007

PAUL BARRAS (1755-1829)

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Vicomte Paul Barras (1757-1829)

Barras était d’une haute stature, il parla quelquefois dans les moments d’orage et sa voix couvrait alors la salle. Ses facultés morales ne lui permettaient pas d’aller au-delà de quelques phrases. La passion avec laquelle il parlait l’aurait fait prendre pour un homme de résolution, mais il ne l’était point : il n’avait aucune opinion faite sur aucune partie de l’administration publique.

(Napoléon Bonaparte)

Barras (Paul-François-Jean-Nicolas, vicomte de), capitaine, législateur, et membre du Directoire, né à Fox-Amphoux (Var) le 30 juin 1755, de « François de Barras et d’Elisabeth Pourcely », mort à Chaillot (Seine) le 29 janvier 1829 ; entra dans l’armée comme sous-lieutenant au régiment de Languedoc, et partit en 1775 pour l’Ile de  France. Capitaine au régiment de Pondichéry, il  échappa à la capitulation de cette ville et, mécontent de la conduite des affaires dans les colonies, se décida à venir prendre sa résidence à Paris où il dissipa en peu de temps tout son patrimoine. Il se trouvait dans une triste position quand la Révolution éclata ; il l’accepta avec enthousiasme, prit part à la prise de la Bastille, voulut encore défendre le roi et la reine, lorsque le peuple envahit le palais des Tuileries, mais les abandonna quand il s’aperçut qu’ils étaient complètement perdus. Il s’affilia aux Jacobins et les poussa aux événements du 10 août ; il était administrateur du Var depuis le 31 août 1791, quand il devint haut juré à Orléans, puis commissaire à l’armée d’Italie et administrateur du comté de Nice. Le 7 septembre 1792, il fut élu par le Var membre de la Convention. Il siégea d’abord à la Montagne, vota la mort du roi et le 31 mai se prononça contre les Girondins. Nouvellement en mission à l’armée d’Italie, il se rendit à Toulon et Dugommier lui confia le commandement de l’aile gauche assiégeante. Revenu à Paris, il fut de ceux qui préparèrent le 9 thermidor ; chargé de défendre la Convention contre Henriot, qui commandait la garde nationale, il agit en conséquence, et lorsqu’il eut réuni assez de troupes, prit l’offensive, s’empara de l’Hôtel de Ville et put se saisir de Robespierre et de ses patisans. Après cette journée, Barras oublia qu’il avait siégé à la Montagne, se rapprocha des modérés, fut nommé secrétaire,  puis président de la Convention, et ensuite membre du Comité de sureté générale. Pour donner le change, il sut ou voulut contenter un peu tout le monde, en attaquant d’une part les émigrés et en faisant proclamer jour de fête publique l’anniversaire de la mort de Louis XVI ; et, d’autre part, en poursuivant les derniers montagnards (1er prairial) et en mitraillant les sections révoltées de Paris (13 vendemiaire). Il fut alors nommé général en chef par la Convention en s’adjoignant Bonaparte qu’il avait connu à Toulon.  En brumaire an IV, élu par le conseil des Anciens membre du Directoire exécutif, il alla habiter le palais du Luxembourg avec 150.000 francs d’appointements, devint alors le véritable chef du pouvoir exécutif, et put donner libre carrière à ses appétits de luxe et de jouissances :  » La cour de Barras, dit le Dictionnaire des Parlementaires, donna le ton à la jeunesse dorée » dont Mme Tallien fut la reine. Bonaparte y rencontra la veuve du général de Beauharnais ; Barras la lui fit épouser, et lui fit donner le commandement en chef de l’armée d’Italie. Les élections de l’an V ayant été favorables en majorité aux royalistes, les deux conseils conspirèrent contre les institutions existantes, Barras très résolu encore, décida la résistance, et le 18 fructidor, aidé par Augereau, surprit les Tuileries, fit arrêter Pichegru et Barthélemy, son collègue,  ainsi que tous les députés réactionnaires aux cris de : A bas les aristocrates ! mais très perplexe sur l’avenir du Directoire, qui était de plus en plus discrédité, il fit rompre les conférences ouvertes avec l’Angleterre au sujet de la paix, écrivit en secret à Pitt, assure-t-on , offrant d’accepter les conditions proposées en échange de 50 millions pour ses amis et pour lui, mais cette combinaison échoua ; et après le 3 prairial, qui fut une revanche contre le Directoire, Barras demanda à entrer en relation avec Louis XVIII ; il devait recevoir 12 millions. Le Dictionnaire des Parlementaires nous apprend encore que l’agent royal, le chevalier Tropez de Guérin, écrivit à Louis XVIII, : « Ce n’est pas une misérable conspiration qui se trame par des particuliers sans moyens, sans alentours ; c’est le chef du gouvernement, c’est l’homme presque assis à votre place qui vous l’offre. » Les négociations traînèrent en longueur du coté des royalistes, ce qui permit à Bonaparte de revenir en toute hâte d’Egypte, et de faire le 18 brumaire. Entre temps, Barras avait été élu député du Var au conseil des Cinq-Cents (germinal an VI). Le coup d’Etat de brumaire l’annihila complètement, sa carrière politique fut brisée ; il donna sa démission de député et se retira à Grosbois. Bonaparte lui fit offrir l’ambassade de Dresde, celle des Etats-Unis et le commandement de l’armée de Saint-Domingue, mais il refusa d’une façon catégorique toutes ces places, ce qui irrita profondément le Premier Consul. Barras prit alors la détermination de se retirer à Bruxelles, et comme cette retraite lui pesait, il demanda à plusieurs reprises de faire cesser cet état de choses. Il obtint enfin, en 1805, d’aller habiter à Marseille pour raison de santé. Il revint à Paris au retour des Bourbons, et on le laissa vivre tanquillement dans sa maison de Chaillot. Il fut le seul régicide excepté de la loi du 12 janvier 1816.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Paul Barras sur Wikipedia

octobre 10, 2007

LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL MOREAU (1763-1813)

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Général Jean-Victor Moreau (1763-1813)

Il était supérieur pour commander une forte division ou un de mes corps d’armées, mais pour bien commander en chef il faut être un autre homme que lui.

(Napoléon Bonaparte)

Moreau (Jean-Victor), officier général né à Morlaix (Finistère) le 11 août 1763, mort le 2 septembre 1813 ; son père était avocat dans cette ville et sa famille fort estimée. Destiné au barreau, il fit de fortes études générales et spéciales et montra dès sa première jeunesse les grandes qualités qu’il déploya dans le reste de sa carrière. En 1790, il fut choisi et nommé commandant du bataillon de volontaires qui s’était formé dans le département du Morbihan, et se rendit avec ce corps, à l’ armée du Nord. Il s’adonna aussitôt à la théorie et à la pratique de l’art de la guerre ; c’est ainsi qu’il devint un des meilleurs tacticiens de l’Europe. Il donna, avec son bataillon, une adhésion entière au 10 août, et, un mois après, en septembre 1792, à la République. Il fut ébranlé dans ses dispositions politiques par la chute des Girondins, par le triomphe des Montagnards, et il montra de l’hésitation pour la Constitution de 1793. Mais la réputation de son bataillon avait attiré sur lui l’attention du général en chef, Pichegru, qui résolut de se l’attacher ; telle fut l’origine de leur liaison. Moreau fut nommé général de brigade à la fin de 1793, et général de division le 14 avril 1794. Il commença aussitôt en Belgique, une campagne brillante qui aboutit, dans l’hiver de 1795, à la conquête de la Hollande et de tous les Pays-Bas. A la retraite de Pichegru, Moreau fut nommé général en chef de l’ armée du Rhin-et-Moselle, et fit la célèbre campagne de 1796, qui affranchit le Rhin et nous ouvrit le coeur de l’Allemagne. Il y avait pénétré à plus de deux cents lieues ; mais apprenant que les les armées du Nord et de Sambre-et-Meuse, qui devaient converger vers lui, étaient battues et rétrogadaient, il opéra une merveilleuse retraite, ne se laissant pas entamer et faisant subir des pertes considérables à l’ennemi. Il eut à lutter, dans cete guerre acharnée, avec le prince Charles, commandant toutes les forces germaniques ; il y fut secondé par Desaix, Férino, Jourdan, Hoche, etc. Mais ces hauts succès militaires, arrêtés tout au moins par les préliminaires de paix que le général Bonaparte avait assez irrégulièrement ouverts à Léoben, le 27 avril 1797, ne permirent point à Moreau d’en obtenir le résultat. C’est vers ce temps que l’interception d’une correspondance de Pichegru lui apprit la trahison de ce général, sur lequel il avait déjà des soupçons ; il l’a communiqua, tardivement a-t-on dit, au Directoire (fructidor an V, septembre 1797). Il tomba en disgrâce et demanda sa retraite. Elle ne fut pas de longue durée. La France était toujours menacée par la coalition ; on avait besoin d’hommes de valeur pour tenir tête à tant d’ennemis. Moreau et Kléber furent rappelés : le premier alla reprendre en Italie la place de Schérer, qui se trouvait dans une position désespérée. Il resta dans cette situation subordonnée jusqu’à l’arrivée de Joubert, mais après la mort de ce général, à la suite de la douloureuse bataille de Novi, il reprit le commandant en chef jusqu’au jour où il reçut le commandement de l’armée du Rhin. Ce fut à ce moment qu’il fit la connaisance de Bonaparte, qui en fit son allié. Moreau l’aida à exécuter le 18 brumaire. Le 25 avril 1800, il était à la tête de son armée, battant chaque jour les Autrichiens, jusqu’à la journée de Hohenlinden ; cette victoire célèbre lui donnait la clef de leur capitale, juste au moment où la paix était conclue, en 1801. Moreau avait goûté les enivrements de la victoire, sans en avoir aucun des résultats ; il revint à Paris, et eut le malheur d’épouser une femme ambitieuse qui domina son caractère et accrut l’amertume de ses griefs. La déférence qu’il avait pour Bonaparte fit bientôt place au plus profond éloignement : il refusa la décoration de la Légion d’honneur, et sa maison fut bientôt désignée sous le nom de « Club Moreau ». On y flagellait la « Cour Bonaparte ». Le futur Empereur affecta de prendre patience, mais son rival, bientôt accusé de complicité avec Pichegru et les partisans de Louis XVIII, fu poursuivi et condamné à deux ans de détention ! En 1804, il obtient sa grâce et passa en Espagne ; en 1805, il arrivait aux Etats-Unis. Il y vécut paisiblement jusqu’en 1813 ; mais à ce moment l’Empereur de Russie, Alexandre, lui fit de brillantes propositions, ayant pour but de renverser Napoléon ; il se rendit immédiatement à Prague, et, en présence des souverains alliés, avec le futur roi de Suède, Bernadotte, son ancien compagnon d’armes, il élabora le plan des campagne de 1813 et 1814. Il fut bléssé mortellement lors de l’exécution de ce plan, le 27 août 1813, par un boulet français, à la bataille de Dresde, aux côtés de l’empereur de Russie ; il ne succomba que le 2 septembre. Sa femme, qui fut la cause de la malheureuse détermination qui lui coûta la vie et l’honneur, reçut une dotation de la Russie, Lousi XVIII en fit autant, en y ajoutant le titre honorifique de « Maréchale ».

(Extrait du dictionnaire sur  la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Général Moreau sur Wikipedia

octobre 9, 2007

GENERAL JEAN-CHARLES PICHEGRU (1761-1804)

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Général Jean-Charles Pichegru (1761-1804)

Avant de commettre une faute, il a honnêtement servi son pays. Je n’ai pas besoin de son sang.

(Napoléon Bonaparte)

Pichegru (Jean-Charles), général, député du Jura au Conseil des Cinq-Cents, élu le 23 germinal an V ; né à Arbois (Jura), le 16 février 1761, mort à Paris, le 5 avril 1804, ; fils de « Pierre Pichegru et de Françoise Roumain, cultivateurs » ; fit ses études chez les Minimes d’Artois, où il montra de grandes dispositions pour les mathématiques ; à l’âge de 18 ans, il fut envoyé par sa congrégation au collège de Brienne, comme maître répétiteur de quartier. Quoique destiné à rester dans les ordres, suivant les conseils de son ancien maître le Père Patrault, il jeta le froc, et, en 1783, s’engagea dans le 1er régiment d’artillerie à pied ; il franchit rapidement tous les grades jusqu’à celui d’adjudant, et allait être nommé officier lorsque la Révolution éclata ; enthousiasmé du nouvel ordre des choses, il en adopta les principes, présida le club démocratique de Besançon ; puis, à la tête d’un bataillon de volontaires du Gard qui l’avait choisi pour commandant, il alla rejoindre l’armée du Rhin. En 1792, employé à l’état-major de cette armée, il arriva promptement au grade de général de brigade, à celui de général de division le 4 octobre 1793 ; peu de temps après il était nommé général en chef de son corps d’armée. Par sa tactique et son habileté, il fut désigné, le 7 février 1794, au commandement de l’ armée du Nord, qui s’empara promptement de Cassel, Courtrai, Menin, Hooglède, Bruges, Gand, Anvers, Bois-le-Duc, Venloo, Nimègues ; le 27 décembre, il alla prendre l’île de Bommel ; le 19 janvier 1795 il entrait victorieusement dans Amsterdam, et bientôt ses troupes occupaient la Zélande, le Brabant et La Haye. Envoyé à l’Armée du Rhin, il eut l’indignité d’écouter les propositions des agents du prince de Condé, qui lui firent de promesses pompeuses, qui le grisèrent d’ambition : il commençait à laisser les Autrichiens remporter quelques succès sur nos armes, lorsque le Directoire soupçonnant sa conduite, le remplaça par Moreau en 1796. L’année suivante, élu au conseil des Cinq-Cents, il en devient président en même temps que l’âme du parti contre-révolutionnaire. Au 18 fructidor il fut déporté avec ses partisans à Sinnamary, dont ils ‘évada. Il se rendit à Londres et en Allemagne où il conspirait la chute de la république. A la demande du Premier Consul, il fut expulsé de Prusse, revint à Londres, se lia avec Georges Cadoudal et devint le chef d’une conspiration ayant pour but l’assassinat du Premier Consul ; en 1804, il arriva secrètement à Paris avec Georges ; dénoncé par un ami, il fut arrêté, conduit à la prison du Temple, et au moment où le procès devait avoir lieu devant la cour, on le trouva étranglé dans sa chambre. On accusa Bonaparte de ce crime, il s’en défendit : la justice n’aurait pu prononcer que sa mort. Le gouvernement de la Restauration lui éleva une statue à Besançon, que le peuple brisa en morceaux à la Révolution de 1830.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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GEORGES CADOUDAL (1771-1804)

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Georges Cadoudal (1771-1804) 

« Nous avons fait plus que ce que nous voulions ; nous voulions faire un roi, nous avons fait un Empereur. »

(Suite à la proclamation de l’Empire le 18 mai 1804)

Cadoudal (Georges), chef de chouans, né à Kerléano (Morbihan), le 1er janvier 1771, de « Louis Cadoudal, cultivateur, et de Marie-Jeanne Le Bayon », mort à Paris le 25 juin 1804 ; prit dès le début de la Révolution une part active dans l’insurrection vendéenne. Nommé capitaine de cavalerie dans le corps de Stofflet, il continua de conspirer, fut enfermé à Brest et parvint à s’en échapper, puis rentra dans les rangs des insurgés de la chouannerie, prit part à l’échauffourée de Quiberon, devint le chef avéré des chouans, fut battu à la bataille de Pont-de-Loch, se décida à traiter de la paix, eut une entrevue avec Brune et signa la convention pour les trois départements du Morbihan, des Côtes-du-Nord et du Finistère. Il fut le promoteur de la machine infernale, entra dans une nouvelle conspiration avec le comte d’Artois et le général Pichegru et débarqua, le 3 fructidor an XI, sur la falaise de Béville, se tint caché pendant sept mois, fut découvert au Luxembourg par plusieurs agents. Cadoudal en tua un, d’un coup de pistolet, et la foule vint au secours des agents ; il put être pris et garrotté, fut conduit à la préfecture de police où on le transféra au Temple. Dans son procès il eut le courage d’affirmer qu’il était venu en France pour y changer la forme du gouvernement. Il fut condamné à mort et exécuté.

(Dictionnaire sur la Révolution et l’Empire su Dr Robinet)

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LOUIS-ANTOINE-HENRI DE BOURBON (1772-1804), DUC D’ENGHIEN

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Louis-Antoine-Henri de Bourbon (1772-1804), duc d’Enghien

Assurément, si j’eusse été instruit à temps de certaines particularités concernant les opinions et le naturel du duc d’Enghien, et surtout si j’avais vu la lettre qu’il m’écrivit et que Talleyrand me remit que quand il n’était plus, bien certainement j’eusse pardonné.

(Napoléon Bonaparte)

Enghien (Louis-Antoine-Henri de Bourbon, duc d’), prince français de la branche de Condé, né à Chantilly (Oise), le 2 août 1772, de « Henry-Louis-joseph de Bourbon et Louise-marie-Thérèse-Mathilde d’Orléans », fusillé à Vincennes, le 21 mars 1804 ; partit de France avec ses parents en 1789, en émigration et prit, en 1792, les armes contre la République française. Il se retira en l’an IX au château d’Ettenheim situé dans le grand-duché de Bade et, le 24 ventôse an XII (15 mars 1804), par ordre personnel de Bonaparte, le duc d’Enghien fut arrêté dans son lit, à 5 heures du matin, par le général Ordener, accompagné d’une escorte de 300 hommes du 26e dragons, puis transféré à Strasbourg où l’on l’enferma pendant deux jours dans la citadelle et, le 18, parti de nuit, en poste, pour le château de Vincennes où il arriva le 20, à 9 heures du soir. Une commission militaire, composée d’un général de brigade président, de six colonels, d’un capitaine rapporteur et d’un capitaine greffier, se transporta à Vincennes. Cette commission était chargée de juger le duc d’Enghien prévenu « d’avoir porté les armes contre la République ; d’avoir été et être encore à la solde de l’Angleterre ; de faire partie des complots tramés par cette dernière puissance contre la sûreté intérieure et extérieure de la République. Il fut condamné à être fusillé. Ayant manifesté l’intention, avant l’exécution du jugement, d’avoir une entrevue avec Bonaparte : « Je demande, dit-il, une audience au Premier Consul ; mon nom, mon rang, ma façon de penser et l’hourreur de ma situation me font espérer qu’il ne se refusera pas à ma demande. cette entrevue ne lui fut pas accordée ; il fut averti par le président de la commission militaire que son jugement était sans appel. Vers les 4 heures du matin, il fut fusillé dans les fossés de Vincennes.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Duc d’Enghien sur Wikipedia

octobre 8, 2007

FRANCOIS-AUGUSTE-RENE DE CHATEAUBRIAND (1768-1848)

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François-Auguste-René de Chateaubriand (1768-1848) ” Un homme méditant sur les ruine”

Tout ce qui est grand et national doit convenir au génie de Chateaubriand. Je n’ai point de reproches à lui faire. Il m’a resisté dans ma puissance.

(Napoléon Bonaparte)

Chateaubriand (François-Auguste-René de), publiciste, législateur, ambassadeur et ministre, né à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), le 4 septembre 1768, d’ « Auguste de Chateaubriand, seigneur de Combourg, et de Jeanne-Suzanne Bédée », mort à Paris le 4 juillet 1848 ; servit un instant dans l’armée comme sous-lieutenant au régiment de Navarre (1786), partit en Amérique en 1790, pour faire un voyage d’exploration et revint en France en janvier 1792, puis émigra le 15 juillet de la même année, s’engagea dans le groupe des émigrés chargé d’assièger Thionville, y fut grièvement blessé et gagna Jersey, puis Londres (1793) où il vécut très pauvrement, publia dans cette ville, en l’an V, son Essai sur les révolutions, et commença son fameux ouvrage : Le Génie du Christianisme. En l’an VIII, il revint à Paris avec un passeport suisse sous le faux nom de Lassaigne et l’année suivante, fut nommé par Bonaparte, premier secrétaire d’ambassade à Rome, et en novembre, ministre de France dans le Valais, puis envoya sa démission le 30 ventôse an XII, le soir même de l’assassinat du duc d’Enghien. Voulant visiter la Terre sainte, il s’embarqua en 1806 à Trieste et parcourut la Grèce, l’Asie Mineure, la côte d’Afrique et l’Espagne. L’Empereur qui ne lui pardonnait pas sa démission de l’an XII, le fit porter sur la liste des émigrés. En 1809 il publia Les Martyrs et en 1811 l’Itinéraire de Paris à Jérusalem. Au retour des Bourbons il publia : De Buonaparte et des Bourbons, pamphlet qui fit dire à Louis XVIII qu’il valut aux Bourbons une armée. Quand Napoléon revint de l’île d’Elbe, Chateaubriand accompagne Louis XVIII à Gand avec le titre de ministre d’Etat. Le 17 août 1815, il fut nommé pair de France, vota la mort du maréchal Ney, fit une opposition très anodine au ministère royaliste. Lors de la constitution du cabinet Villèle, il fut envoyé à Berlin d’abord, puis à Londre et, le 28 novembre 1822, il fut nommé ministre des affaires étrangères, poste qu’il ne conserva que très peu de temps par suite de l’espèce de condescendance qu’il montra vis-à-vis de l’opposition. Louis XVIII le prit en haine et il lui fallut céder ; il donna sa démission. Il entra alors au Journal des Débats et engagea une lutte implacable contre le ministère Villèle, qu’il parvint à renverser au bout de trois ans. Le nouveau ministère Martignac, le jugeant très dangereux, l’envoya comme ambassadeur à Rome, mais l’avènement au pouvoir de Polignac lui fit donner sa démission. Il s’était retiré à Dieppe, et, quand parurent les Ordonnances, il vint aussitôt à Paris et, au moment où il franchissait les barricades pour aller à la Chambre des pairs, il fut reconnu et porté en triomphe par les vainqueurs de Juillet aux cris de : Vive le défenseur de la liberté de la presse. Quelques jours plus tard, au sein de la Chambre des pairs, Chateaubriand fit un discours en faveur du duc de Bordeaux, et quitta la Chambre en refusant de préter serment à Louis-Philippe. Il ne cessa de combattre avec opiniâtreté ce qu’il appelait « Le pot-au-feu d’une monarchie domestique ». Dans son ouvrage : De la Restauration et de la Monarchie élective » il se déclarait « Bourbonien par honneur, royaliste par raison et par conviction, républicain par goût et par caractère ». Il fut en 1832, emprisonné pour avoir écrit à la duchesse de Berry : « Madame, votre fils est mon roi ». Défendu par Berryer, il fut acquitté. Ce fut sa fin politique : il ne se livra plus ensuite qu’à la littérature et publia succéssivement : Mémoires d’outre-tombe ; un Essai sur la littérature anglaise ; une traduction du Paradis perdu de Milton. On lui a élevé dans son pays natal, à Saint-Malo, une statue en 1864.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : François-René de Chateaubriand du Wikipedia

BENJAMIN-HENRI CONSTANT DE LA REBECQUE (1767-1830)

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Benjamin Constant de la Rebecque (1767-1830)

 

 

Comme homme d’esprit, écrivain, il fallait qu’il écrive, qu’il accuse. Il était l’amant de Madame de Staël qui eût aimé me culbuter. Il avait été fort partisan du 18 Fructidor et du 18 Brumaire. Constant avait toujours été désireux de se rapprocher de moi sous l’Empire.

(Napoléon Bonaparte)

Constant (Benjamin-Henri), publiciste, législateur, et conseiller d’Etat, né à Lausanne (Suisse), le 25 octobre 1767, de « M. Juste Constant, citoyen de Lausanne, et de dame Henrielle de Chaudieu » ; mort à Paris le 8 décembre 1830, vint se fixer à Paris, entra en relation avec le parti républicain, et fit l’apologie du Directoire dans une brochure Sur la force du gouvernement actuel de la France, écrivit à Barras pour le féliciter d’avoir sauvé la république le 18 fructidor, publia un nouvel écrit : Des réactions politique et Des effets de la Terreur, devint ensuite l’orateur du Cercle constitutionnel de la rue de Lille, opposé au club de Clichy, puis fut nommé, en nivôse an VIII, membre du Tribunat ; fut un des plus ardents de l’oppostion indépendante, parla en faveur du jury. Son indépendance le fit éliminer de cette Assemblée en l’an X. Par ordre de Bonaparte, il fut banni de France et se retira d’abord en Allemagne, résida principalement à Weimar où il se lia avec Schiller et Goethe. A quelques temps de là, il lui fut permis de rentrer en France, mais il préfera, après un court séjour, se fixer à Coppet, chez Mme de Staël, entra en relation avec Bernadotte, roi de Suède, et fut décoré par lui de l’Etoile polaire. Après le retour des Bourbons en 1814, il rentra en France. Quand l’Empereur revint de l’île d’Elbe, Benjamin Constant fut pris de colère et traita Bonaparte « d’Atilla, de Gengis Kan, plus terrible, plus odieux encore » ; mais singulier retour des choses d’ici-bas, parti pour Nantes avec le dessein de gagner les Etats-Unis, il réfléchit, et, au bout de huit jours, revint à Paris, et le surlendemain de son arrivée (14 avril 1815), l’Empereur le fit appeler près de lui pour lui demander un projet de Constitution. Il sortit de cette entrevue absolument gagné à la cause impériale et fut nommé, le 20 avril, conseiller d’Etat ; ce fut lui qui rédigea entre autres, l’article 26 de l’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire. Après Waterloo, Benjamin Constant se rendit en Angleterre, et ne revint en France qu’en 1816, lança contre les ultra-royalistes son livre : Des moyens de rallier les partis en France, collabora au Mercure, et fut un des principaux fondateurs de la Minerve. Le 25 mars 1819, élu député de l’opposition par le collège de la Sarthe, il parla en faveur de la liberté de la presse et contre les lois d’exception, fut réélu en 1824, dans le IVe arrondissement de Paris, et en 1827, à Paris et Strasbourg ; continua à siéger dans l’opposition, prit la parole contre les lois de tendance, de sacrilège, de droit d’ainesse, de justice et d’amour, et dans tous les débats importants. Il fut des 221 et obtint sa réélection le 23 juin 1830. Après les journées de juillet, il accepta de Louis-Philippe un don de 300.000 francs, fut appelé à la présidence du Conseil d’Etat, et mourut peu de temps après.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Benjamin Constant sur Wikipedia

septembre 22, 2007

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL BERNADOTTE (1763-1844), PRINCE DE PONTE-CORVO

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Maréchal Jean-Baptiste Bernadotte (1763-1844), prince de Pontecorvo

C’est lui qui a donné à nos ennemis la clef de notre politique, la tactique de nos armées ; c’est lui qui a montré le chemin du sol sacré. Vraiment dirait-il pour excuse qu’en acceptant le trône de Suède, il n’a plus dû n’être que suédois, excuse banale, bonne tout au plus pour la multitude et le vulgaire des ambitieux. Pour prendre femme on ne renonce point à sa mère, encore moins est-on tenu de lui percer le sein et de lui déchirer les entrailles.

(Napoléon Bonaparte)

Bernadotte (Jean-Baptiste-Jules), officier général, ambassadeur, ministre et roi, né à Pau (Basses-Pyrénées), le 26 janvier 1764, de « sieur Henry Bernadotte, procureur au sénéchal de Pau, et de la demoiselle Jeanne de Saint-Jean », mort à Stockholm (Suède) le 8 mars 1844 ; entra dans l’armée en 1780, comme simple soldat ; au moment de la Révolution, nous le trouvons sergent-major, monta de grade en grade rapidement, fut nommé colonel le 15 germinal an II et général de brigade le 11 messidor. Il prit part à la bataille de Fleurus, fut promu général de division le 1er brumaire an III, fit les campagnes du Rhin, se distingua à Mayence, à Neuhoff et à la prise d’Altorf. Il fit partie ensuite de l’armée d’Italie mais ses nombreux succès portèrent ombrage à Bonaparte, qui l’éloigna. Peu après un arrêté du Directoire le nomma ambassadeur à Vienne. Après le congrès de Rastadt, il accepta le commandement du corps d’observation du Bas-Rhin, fit bombarder Philipsbourg et prit la ville de Manheim. Le 15 messidor an VII, il fut nommé ministre de la guerre et y déploya une grande activité ; mais la majorité du Directoire n’aimait point Bernadotte, on le trouvait trop républicain, et son opposition à Bonaparte ne leur plaisait pas davantage. Il passe alors pour le général des néo-jacobins. Malgré cela, Bonaparte lui confie l’armée de l’Ouest après le 18 brumaire. Suite à la conspiration des « libelles », préparée par son chef d’état major le général Simon, il perd son commandement. Mais en raison de son mariage avec Désirée Clary (l’ancienne fiancée de Bonaparte), qui en fait le beau-frère de Joseph Bonaparte (marié à Julie Clary), il est toujours ménagé par le Premier Consul. Il est ainsi de la première promotion des maréchaux en 1804, créé prince de Ponte-Corvo en 1806. Sur le théâtre militaire, il ne se montre pourtant guère brillant, que cela soit à Austerlitz, Auerstaedt, Eylau, ou Wagram. Après sa piètre prestation lors de la campagne de 1809, Napoléon furieux, se décide à l’écarter. Il est alors mis à la tête duc corps d’observation placé au nord de l’Allemagne, établissant son quartier général à Hambourg. Le trône de Suède étant devenu vacant, la Diète l’offrit à Bernadotte ; cette nouvelle lui arriva à Paris en août 1810 et l’Empereur lui laissa toute latitude pour l’accepter ; celui-ci parti immédiatement, emportant avec lui 2 millions de francs et arriva à Elseneur le 19 octobre 1810, abjura le cathocisme, se présenta devant la Diète, préta serment comme prince royal de Suède et fut proclamé héritier du trône, sous le nom de Charles-Jean. Mais bientôt éclatèrent entre la France et la Suède des difficultés qui devaient appeler fatalement la guerre entre les deux nations. Le blocus continental fut cause de l’antagonisme entre l’Empereur et Bernadotte. Les puissances coalisées contre la France profitèrent de ce conflit et proposèrent à Bernadotte de faire rentrer la Suède dans la coalition. Après la bataille de Lutzen et l’armistice qui suivit cette bataille, Bernadotte, à la tête de 30.000 suédois, rejoignit l’armée alliée sous les murs de Berlin et, dans un combat, repoussa à Interbock le corps d’armée du maréchal Ney, et, en grande partie, ce fut encore à Bernadotte que l’on du d’être battu à Lepizig ; aussi le roi de Prusse l’embrassa-t-il sur la place de Leipzig en l’appelant son libérateur. Bernadotte accompagna les alliés à Paris, mais déçu dans ses projets personnels, il ne se mêla pas des affaires de la France pendant les Cent-Jours. Il fut définitivement proclamé roi de Suède, sous le nom de Charles-Jean XIV, le 5 février 1818. Il mourut d’une attaque d’apoplexie.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Maréchal Jean-Baptiste BernadotteMaréchal Bernadotte sur Wikipedia

septembre 18, 2007

NAPOLEON ET POZZO-DI-BORGO

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NapoléonPozzo

Au cours de sa prodigieuse carrière, Napoléon rencontra devant lui un ennemi implacable, un compatriote, le diplomate Charles-André Pozzo-di-Borgo ; l’inimitié de ces deux corses a peut-être modifié le cours de l’Histoire.

Charles-André Pozzo-di-Borgo est né à Alata, petit village à 10 kilomètres d’Ajaccio, le 8 mars 1764 ; après de brillantes études à l’université de Pise, il se fit inscrire comme avocat à Ajaccio ; Joseph Bonaparte, qui avait pris; à la mort de son père, la direction des affaires de la famille, se lia d’amitié, en 1786, avec ce jeune avocat « fort habile dans sa profession » qui lui prêta souvent son appui dans ses intérêts de famille ». Napoléon Bonaparte, lieutenant en second au régiment de la Fère, arriva à Ajaccio le 15 septembre 1786, et ne quitta la Corse, pour aller rejoindre son régiment à Auxonne, que le 1er juin 1788 ; au cours d’un séjour de près de deux ans à Ajaccio, il eut des relation suivies avec Pozzo-di-Borgo. « Nous avons lu ensemble, dit Pozzo, Montesquieu et d’autres livres de politique et de legislation. Il saisissait toutes le grandes idées avec une impatience incroyable… »

Après la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, un mouvement révolutionnaire éclate en France, gagne la Corse. Le lieutenant d’artillerie Bonaparte, rentré à Ajaccio à la fin de septembre 1789, et Charles André Pozzo-di-Borgo, se montrent des enthousiastes des idées nouvelles, se signalent à l’attention publique. « Napoléon et moi, disait Pozzo, nous causions de ce qui était et de ce qui pouvait arriver. Nos têtes se montaient ; je puis dire que la sienne avait, à cet égard, la supériorité ».

Mais Paoli vient de rentrer en Corse, en juillet 1790, après 20 ans d’exil ; il est frappé par la parole éloquente, l’intelligence déliée de Pozzo ; il le fait désigner comme député extraordinaire, le 23 septembre 1790, pour présenter à l’Assemblée Nationale, avec Antoine Gentili, les adresses votées au Congrès d’Orezza, puis le 13 septembre 1791, il le fait élire député à la Législative.

Le lieutenant Bonaparte prit-il ombrage de ce que Pozzo avait été nommé député à la Législative plutôt que son frère Joseph ? C’est fort probable. Mais un dissentiment sérieux allait bientôt se produire entre les Pozzo et les Bonaparte. Le 1er avril 1792, le lieutenant Bonaparte se faisait élire lieutenant-colonel des gardes nationales de la Corse, en ayant recours à un coup de force, contre Mathieu Pozzo-di-Borgo, le frère du député à la Législative. Dans ses notes de 1838, Pozzo paraît n’avoir gardé aucune amertune de cet incident. « Je reçus à Paris, dit-il, des protestations et des actes qui pouvaient faire annuler l’élection à cause des irrégularités qui l’avaient accompagnée. Loin d’y avoir égard, je donnai tort aux miens d’avoir voulu opposer le moindre obstacle à Napoléon et je les priai de se réconcilier ».

En tout cas, la cordialité et la confiance avaient disparu. Bonaparte s’était rendu à Paris, le 28 mai, pour obtenir sa réintégration dans l’artillerie, il rencontra Pozzo à l’Hôtel des Patriotes hollandais, et ils eurent, tous deux, « l’air contraint, cependant ami » ; Pozzo promit, par la suite, de faire une démarche en sa faveur, mais n’en fit rien. Néanmoins, le 19 juillet, Bonaparte était nommé capitaine au 4° d’artillerie.

Le dissentiment entre Pozzo et Bonaparte n’allait pas tarder à prendre une tournure violente. Le champ d’action qu’offrait la Corse était trop étroit pour ces jeunes ambitieux.

Joseph Bonaparte avait posé sa candidature, le 22 septembre 1792, au quatrième siège de député à la Convention, et il s’était heurté, entre autres, à l’hostilité sourde de Pozzo ; or, Paoli était nommé par décret du 11 septembre, commandant des forces militaires de la Corse, avec le concours, disait-on, de Pozzo, qui était en excellents termes avec Servan, ministre de la guerre ; ce garçon actif, ambitieux, séduisant, avait réussi à s’imposer à l’esprit de Paoli, un vieillard de soixante-huit ans, fatigué et malade, qui le faisait élire, fin décembre 1792, procureur général syndic, c’est à dire chef réel de l’Administration en Corse, malgré l’opposition violente que lui avaient faite les Bonaparte ; ceux-ci avaient de réels motifs de ressentiment contre Paoli qui les tenait en suspicion, avait refusé d’agréer Lucien comme secrétaire, n’avait pas consenti à réserver une place à Joseph dans la nouvelle administration ; les Bonaparte attribuaient l’attitude de Paoli à leur égard aux menées de Pozzo-di-Borgo qui disposait d’un pouvoir sans limites. Il en convint lui-même dans ses Notes : Le général Paoli était l’objet de la vénération publique et la force du parti, mais j’en étais l’action. « Egli capo, io mano ».

Les Bonaparte n’étaient pas gens à se laisser barrer la route sans réagir ; ils liaient partie avec les jacobins, les Arena, les Saliceti, les pires ennemis de Paoli, qui débitaient des infamies sur son loyalisme ; en attaquant Paoli, ils visaient à ruiner le crédit de Pozzo ; or, par décret du 2 avril 1793, Paoli et Pozzo-di-Borgo étaient mis en accusation et traduits à la barre de la Convention ; le Directoire du département interceptait une lettre de Lucien Bonaparte, dans laquelle il se vantait d’avoir provoqué le décret du 2 avril, et où il avouait, avec cynisme : « Paoli et pozzo décrétés d’accusation et notre fortune est faite. » Pozzo faisait imprimer cette lettre, la rendait publique ; il était à ce moment animé d’une haine violente contre les Bonaparte ; il déployait une activité fébrile pour déjouer les manoeuvres des ennemis de Paoli ; sous son inspiration, celui-ci convoquait une Assemblée des Communes, à Corté, le 26 mai 1793, et la Corse se mettait en révolte contre la Convention ; à la séance du 29 mai, Pozzo faisait voter, entre autres, une flétrissure contre « les Bonaparte, nés dans la fange du despotisme, élevés sous les yeux et au frais d’un pacha luxurieux (Marbeuf) qui commandait dans cette île… qui s’étaient faits de vils agents de la faction tyrannique qui avait conjuré de réduire la Corse à l’esclavage… » ; Pozzo en bon Corse assoiffé de vengeance, ne s’en tenait pas à des blâmes platoniques infligés dans un Congrès ; il expédiait des détachements armés en divers points de la Corse pour châtier les ennemis de Paoli ; une troupe armée fut envoyée à Ajaccio pour s’emparer des Bonaparte ; Letizia Bonaparte, prevenue à temps, réussit à quitter la ville nuitamment avec ses enfants, et, après avoir érré dans le maquis, elle put prendre passage sur une des frégates françaises qui étaient venues mettre le siège davant Ajaccio ; tandis que les Bonaparte quittaient la Corse pour se soustraire aux fureurs des Paolistes, tous leurs biens étaient dévastés ou brûlés.

Pozzo, engagé dans une politique contre la France, était entraîné à placer la Corse sous la souveraineté de l’Angleterre (juin 1794) ; il en fut récompensé par la nomination de Président du Conseil d ‘Etat du gouvernement anglo-corse.

Bonaparte, de son côté, devenait, en moins de trois ans, après son départ de Corse, le glorieux général en chef de l’armée d’Italie ; son premier soin fut de délivrer la Corse de l’occupation anglaise (octobre 1796) « il ordonnait au général Gentilli (17 octobre1796) de faire arrêter et juger par une commission militaire les quatre députés qui avaient porté la couronne au roi d’Angleterre, les membres du Gouvernement et les meneurs de cette infâme trahison, entre autres les citoyens Pozzo-di-Borgo, etc… » Mais Pozzo avait réussi à quitter la Corse pour l’Angleterre, le 20 octobre 1796.

L’antagonisme de ces deux Corses allait se déployer désormais sur un théâtre plus vaste.

Tandis que Bonaparte atteignait l’apogée de la puissance, devenait Empereur de Français, maître de l’Europe, le proscrit Pozzo, sans famille, sans fortune, sans patrie, ne cessait pas un instant de le poursuivre de sa haine. Il écrit mémoires sur mémoires, se met au service de la Russie, se rend à Londres, à Vienne, Saint-Pétersbourg, aux Dardanelles, suggérant, provoquant contre « son ennemi personnel Bonaparte » les coalitions les plus fatales « quittant alternativement les cours qui se rapprochaient de la France pour se rendre auprès de celles qui s’en éloignaient, revenant auprès des premières quand elles rompaient avec nous et toujours soufflant l’ardeur dont il était animé (1) ». Les victoires les plus éclatantes de Napoléon, Ulm, Austerlitz, Iéna, Wagram et les traités de paix qui s’en suivent ne découragent pas Pozzo, n’entament pas son énergie.

C’est Pozzo qui décide Bernadotte à prendre parti contre Napoléon ; c’est lui qui pousse les alliés à marcher sur Paris, qui fait reléguer Napoléon à l‘île d’Elbe, et, plus tard, à Sainte-Hélène.

Ce n’est pas moi, sans doute, dit-il à Talleyrand, après Waterloo, qui ait tué politiquement Bonaparte ; mais c’est moi qui lui ait jeté la dernière pelletée de terre. »

Au cours de ces quatorze années de lutte, Napoléon s’efforça, mais en vain, d’atteindre son redoutable ennemi ; il demanda même, après le traité de Vienne, son extradition, sans pouvoir l’obtenir.

« C’est Pozzo-di-Borgo, croit-on, dit Napoléon à Sainte-Hélène, qui a conseillé à l’Empereur Alexandre de marcher sur Paris ; il a, par ce seul fait, décidé des destinées de la France, de celle de la civilisation européenne, de la face et du sort du monde. »

On s’est souvent demandé d’où venait la haine atroce de Pozzo contre Napoléon. Dans une curieuse conversation que Pozzo a eue avec Alfred de Vigny, le 10 juillet 1830, il ne cesse de se représenter « l’antagonisme de Bonaparte » et il trouve moyen de lui dire « que la source de sa haine contre Bonaparte avait été la dénonciation de Lucien en 1793, qu’il avait lutté toute sa vie et avait fini par lui porter le dernier coup ; que, lorsque Alexandre l’avait abandonné, il avait demandé un firman au Grand Seigneur pour traverser ses terres et se retirer. Vienne, après le mariage de Bonaparte, ne le livra pas, mais l’abandonna. Ce fut alors qu’il se retira en Angleterre ; de là, il écrvit à l’Empereur Alexandre : « Je ne suis plus votre sujet, mais serai toujours votre serviteur. Vous ferez la guerre à Bonaparte, et je vous servirai alors. Bonaparte est perdu s’il vise à l’infini ».

Pozzo a toujours eu la préoccupation de faire bonne figure devant la postérité ; il se pourrait qu’il n’ait pas avoué la raison secrète de sa haine contre Napoléon. Il est probable que Lucien Bonaparte a été la cause déterminante du décret du 2 avril 1793, qui traduisait Pozzo à la barre de la Convention. Mais la dénonciation de Lucien, dont il avait, d’ailleurs, tiré vengeance, a plutôt favorisé son ambition. Elle l’a amené à exercer pendant deux ans, sous le titre de Président du Conseil d’Etat du Gouvernement anglo-corse, les fonctions offcielles deVice-Roi de la Corse. Il était mieux fonder à donner comme motif de sa haine l’expédition du général Bonaparte en Corse en 1796, qui l’avait précipité du pouvoir, et l’avait obligé à mener une vie errante de proscrit.

Les événements de 1793, au contraire, autorisaient Napoléon à garder une haine sourde contre Pozzo. Il ne pouvait pas oublier que, dans la journée du 29 mai 1793, en présence de délégués de toutes les communes de la Corse, Pozzo avait jeté l’opprobre sur sa famille, et oser porter atteinte à l’honneur de sa mère.

La haine de Pozzo contre napoléon ne nous paraît donc pas se rattacher aux incidents de 1793. Thiers l’attribue à l’envie.

Pozzo avait connu Bonaparte à Ajaccio petit lieutenant d’artillerie ; il lui avait apparu comme un jeune ambitieux effréné, à l’esprit fiévreux, prompt à toutes les audaces pour réussir ; il avait fréquenté la famille Bonaparte et n’ignorait pas qu’elle se débattait péniblement au milieu des difficultés de la vie ; Bonaparte était plus jeune que lui de cinq ans ; il l’avait nettement dominé dans toutes les circonstances où ils s’étaient trouvé en compétition, et il a dû s’imaginer qu’il lui était supérieur en finesse, en sens politique. Il est vraisemblable que lorsque Bonaparte devenait, en très peu d’années, général en chef glorieux, Premier Consul, Empereur, il a dû être stupéfait, attribuer son élévation à un concours de circonstances inouïes, et ne cesser de voir en lui le petit politicien d’Ajaccio, et fils de Letizia, au cerveau tumultueux dont la fortune invraisemblable ne pouvait durer.

Cette hypothèse se trouve corroborée par une observationde Miot sur la mentalité des contemporains de Napoléon. Miot, se trouvait à Ajaccio au moment où Napoléon fut nommé Consul à vie, et il a constaté les « dispositions envieuses de la population » qui, à cette nouvelle, ne se livra « à aucune démonstration de joie ou de sympathie. En général, il y eut plus d’étonnement que d’enthousiasme. On ne savait comment concilier cette fortune surprenante avec les souvenirs trop récents de la famille Bonaparte, que tous les habitants d’Ajaccio avaient connue dans un état si éloigné de sa grandeur actuelle.

(1) Thiers – Histoire du Consulat et de l’Empire, XVII, 105

(Extrait du Souvenir de Napoléon à Ajaccio de Jean-Baptiste Marcaggi)