février 28, 2008

MARECHAL MARMONT (1774-1852)

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Maréchal Auguste-Frédéric-Louis Viesse de Marmont (1774-1852), alors Lieutenant d’état-major d’artillerie (1792)

La vanité avait perdu Marmont ; la postérité flétrira justement sa vie ; pourtant son coeur vaudra mieux que sa mémoire.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal MARMONT (Auguste-Frédéric-Louis VIESSE DE), duc de raguse, maréchal de France et membre de l’Institut, né à Châtillon-sur-Seine en 1774, mort à Venise en 1852. Son père, capitaine au régiment de Hainaut, le destinait à la magistrature; mais le jeune Marmont céda à la vocation irrésistible qui le poussait vers la  carrière des armes, et, à dix-sept ans, il fut reçu élève sous-lieutenant à l’école d’artillerie de Châlons, où il se distingua par ses goûts et ses aptitudes pour les sciences exactes, qualités qui devaient le rendre un des meilleurs généraux d’artillerie de son temps. Il débuta comme lieutenant au siège de Toulon et se fit remarquer de Bonaparte, dont le coup d’œil pénétrant eut bientôt discerné le rare mérite du jeune officier, et qui se l’attacha dès cette époque. En 1795, Marmont servit comme capitaine à l’ armée du Rhin, où il commanda l’artillerie de l’avant-garde de Desaix, et, l’année suivante, il suivit Bonaparte à l’armée d’Italie comme aide de camp du nouveau général en chef. Il prit une part brillante à cette immortelle campagne, dont il revint avec le grade de chef de brigade, ayant à peine vingt-trois ans. Il accompagna ensuite Bonaparte dans l’expédition d’Egypte, se distingua a la prise de Malte, où il enleva le drapeau de l’ordre ; au siège d’Alexandrie, dont il enfonça une des portes à coups de hache ; à la bataille des Pyramides, au succès de laquelle il contribua avec le général Rampon, par la destruction d’un corps de mameluks. Chargé ensuite de la défense d’Alexandrie contre les attaques combinées des flottes anglaise, russe et turque, il résista victorieusement à un effroyable bombardement, malgré les horreurs de la peste et de la famine, auxquelles la ville était en proie. De retour en France avec son général en chef, il prit une part active au 18 brumaire, et reçut ensuite le commandement de l’artillerie destinée à la nouvelle campagne d’Italie. Le premier consul le chargea d’organiser le passage du mont Saint-Bernard, et il sut vaincre tous les obstacles qu’il devait rencontrer dans une entreprise aussi difficile. A Marengo, l’artillerie de Marmont jeta le désordre dans les rangs autrichiens, et Kellermann en profita habilement pour charger et couper l’armée ennemie, jusqu’à ce moment victorieuse. Nommé général de division d’artillerie, puis premier inspecteur général de cette arme, il y apporta de grands perfectionnements et commanda quelque temps après l’armée française en Hollande. Le 14 juin 1804, il fut fait grand officier de la Légion d’honneur, et grand-aigle le 2 février 1805, puis colonel général des chasseurs à cheval. Lorsque la guerre éclata de nouveau entre la France et l’Autriche, vers la fin de l’année 1805, Marmont prit une grande part au blocus et à la reddition d’Ulm. L’année suivante, il reçut le commandement supérieur de l’armée de Dalmatie, avec le titre de gouverneur général des provinces illyriennes, dégagea Raguse, assiégée par les Russes, et vainquit ces derniers en plusieurs circonstances. Dans ce nouveau poste, il révéla tous les talents d’un grand administrateur, introduisit une foule d’améliorations dans son gouvernement, et ouvrit à travers les marais et les montagnes une route de 300 kilomètres, qui inaugura une ère nouvelle pour le pays. Cette activité infatigable faisait dire de lui par les Dalmates : « Les Autrichiens pendant huit ans ont discuté des plans de route sans les exécuter ; Marmont est monté à cheval, et, quand il en est descendu, elle était terminée. » Lorsque l’empereur d’Autriche visita la Dalmatie, en 1818, à la vue des travaux accomplis par le général français, il dit en riant au prince de Metternich : « II est bien fâcheux que le maréchal Marmont ne soit pas resté en Dalmatie deux ou trois ans de plus. » Vers la fin de 1807, Marmout fut créé duc de Raguse, puis, lorsque commença la campagne d’Autriche de 1809, il reçut l’ordre de réunir son corps d’armée et d’opérer sa jonction avec les troupes d’ Eugène de Beauharnais, opération qu’il exécuta heureusement après avoir battu les Autrichiens en diverses rencontres. Toutefois, il ne prit aucune part à la bataille de Wagram ; il se tint à Znaïm. malgré les instructions contraires qu’il avait reçues de Napoléon, et se vit sur le point d’être écrasé par les débris de l’armée autrichienne. Il n en fut pas moins alors nommé maréchal de France. Marmont reprit ensuite ses fonctions en Dalmatie, et cela jusqu’en 1811, époque à laquelle il fut appelé à remplacer Masséna dans le commandement de l’armée du Portugal, qui venait de rentrer en Espagne. Il eut alors la tâche difficile de surveiller et de combattre Wellington. Ses premiers succès lui inspirèrent une confiance fatale, et, le 22 juillet 1812, il perdit contre le général anglais la bataille des Arapiles, dans laquelle lui-même eut le bras droit fracassé par un boulet dès le commencement de l’action, ce qui contribua sans doute à notre défaite. Dans la campagne de 1813 en Allemagne, Marmont eut le commandement du sixième corps de la grande armée et prit une grande part aux batailles de Lutzen, de Bautzen, de Dresde et de Leipzig. Dans la campagne de 1814, qui avait lieu chez nous cette fois, le duc de Raguse se signala par des prodiges d’activité et d’audace sous les murs de Paris surtout, où il lutta contre les Russes avec une indomptable énergie ; il défendit en désespéré les hauteurs de Belleville ; mais la supériorité du nombre était trop écrasante pour qu’on pût conserver le moindre espoir, et les maréchaux Marmont et Mortier durent se résigner à la douloureuse nécessité de traiter avec l’ennemi ; toutefois Mortier se refusa à signer la capitulation. Quant à Marmont, il se retira sur Essonne avec son corps d’armée, qui se montait à environ 20.000 hommes. Nous voici arrivés à une phase bien contestée encore de la vie du maréchal Marmont, phase qui a attiré sur son nom plus de célébrité que tous ses succès militaire s; nous voulons dire sa trahison présumée. Nous résumerons ici la question telle qu’elle a été étudiée et élucidée par M. Thiers, qui nous semble avoir jugé l’homme et les circonstances avec une grande impartialité ; mais disons tout de suite, pour expliquer dans quelle terrible situation d’esprit a dû se trouver Marmont, disons qu’il avait entendu à Paris la formidable explosion de haines qui venait d’éclater contre l’Empire et contre l’auteur de tous les malheurs de la France, disons qu’il avait été enveloppé par les intrigues, non-seulement des royalistes, mais encore de ceux qui, à l’exemple de Talleyrand, se retournaient contre l’Empire après l’avoir servi, et qui répétaient sur tous les tons au maréchal qu’une plus longue fidélité à un seul homme serait l’immolation de tous les intérêts de la patrie. Le 4 avril 1814, Napoléon rédigeait lui-même et signait le fameux acte suivant : « Les puissances alliées ayant proclamé que l’empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l’empereur Napoléon, fidèle à son serment, déclare qu’il est prêt à descendre du trône, à quitter la France et même la vie, pour le bien de la patrie, inséparable des droits de son fils, de ceux de la régence de l’Impératrice et des lois de l’Empire. Fait en notre palais de Fontainebleau, le 4 avril 1814. » On voit que, dans cet acte, Napoléon réservait les droits de sa femme et de son fils ; deux jours après, 6 avril, il signait cette autre formule : « Les puissances alliées ayant proclamé que l’empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l’empereur. Napoléon, fidèle à ses serments, déclare qu’il renonce pour lui et ses héritiers aux trônes, de France et d’Italie, parce qu’il n’est aucun sacrifice personnel, même celui de la vie, qu’il ne soit prêt à faire à l’intérêt de la France. » Ici, l’abdication est absolue ; quel événement avait donc apporté cet immense changement dans la rédaction ? C’est maintenant que se dévoile le rôle joué par Marmont dans ces tristes journées. Tandis que les maréchaux, réunis autour de Napoléon à Fontainebleau, s’efforçaient de lui arracher son abdication personnelle, scène qui est restée célèbre, mais dont on a exagéré la violence, le gouvernement provisoire établi à Paris sous les auspices des souverains alliés faisait tous ses efforts pour détacher Marmont de Napoléon. Etabli à Essonnes avec 20.000 hommes, dans une forte position, il permettait à l’Empereur, en réunissant les autres débris de ses troupes, de tenter un effort désespéré sur les ennemis, de leur livrer même dans Paris une bataille qui pouvait devenir désastreuse pour eux. Marmont fut donc circonvenu par les agents du gouvernement provisoire ; on parla à son ambition, à sa vanité, à son patriotisme même, en lui dévoilant le tableau des calamités que l’opiniâtreté de Napoléon pouvait déchaîner sur la capitale et sur la France, tristes éventualités qui n’étaient certes pas
invraisemblables. Ces considérations frappérent son esprit, et, après de longues et cruelles indécisions, il consentit à entrer en pourparlers avec le prince de Schwarzenberg, commandant de l’armée autrichienne, et tous deux convinrent des conditions suivantes : Marmont devait, avec son corps d’armée, quitter l’Essonne le lendemain, gagner la route de la Normandie, où il se mettrait à la disposition du gouvernement provisoire, et comme il ne se dissimulait pas les conséquences d’un acte pareil, car non-seulement il enlevait à Napoléon près du tiers de son armée, mais la position si importante de l’Essonne, il avait stipulé que, si par suite de cet événement, Napoléon tombait dans les mains des monarques alliés, on respecterait sa vie, sa liberté, sa grandeur passée, et on lui procurerait une retraite à la fois sûre et convenable. Cette seule précaution, dictée par un repentir honorable, condamnait l’acte de Marmont, en révélant toute la gravité que lui-même y attachait. » Cet arrangement devait rester secret jusqu’à son exécution ; Marmont en instruisit seulement ses généraux divisionnaires, auxquels il apprit l’abdication conditionnelle de Napoléon, et il les trouva tout disposés à marcher dans la voie qu’il venait d’ouvrir. Marmont dut alors se rendre à Paris avec les autres maréchaux pour y plaider la cause de Napoléon auprès des souverains alliés. Sur ces entrefaites, le général Souham, qui commandait à la place de Marmont, reçut l’ordre de se rendre à Fontainebleau ; il crut alors, avec les autres généraux, Compans, Bordesoulle, Meynadier, que Napoléon était instruit de tout ; et ils résolurent de précipiter le mouvement convenu, même en l’absence de Marmont. Ils prévinrent donc le prince de Schwarzenberg de leur dessein, et, le 5 avril, vers 4 heures du matin, le 6e corps franchit l’Essonne. Officiers et soldats ignoraient le secret de cette marche ; ils ne commencèrent à concevoir des soupçons qu’en voyant les ennemis border paisiblement les routes et les laisser passer sans faire feu. Les
murmures commencèrent à éclater alors, et tout présageait un soulèvement en arrivant à Versailles. Une seule division ne suivit point le mouvement, celle du général Lucotte, à qui l’ordre parut suspect, et qui refusa de l’exécuter ; mais la ligne de l’Essonne n’en fut pas moins perdue pour Napoléon, qui dut voir dans cette défection là ruine de ses dernières espérances. La nouvelle de ce grave événement produisit dans l’esprit des souverains alliés un effet décisif ; jusqu’alors ils avaient eu des ménagements pour Napoléon, qui était encore redoutable pour eux ; mais sa terrible épée venait de lui être arrachée des mains, et Alexandre annonça aux négociateurs, Caulaincourt, Ney et Macdonald, que les souverains ne pouvaient plus se contenter d’une abdication conditionnelle, qu’il leur fallait l’abdication absolue de Napoléon pour lui et sa famille. Telle est l’explication de la différence qui existe entre les deux formules que nous avons données plus haut. Marmont ayait été consterné en apprenant ce qui venait de se passer : « Je suis perdu, s’écria-t-il, déshonoré à jamais ! » Mais il se borna à des exclamations et ne tenta aucun effort pour réparer le mal, ou du moins pour diminuer la part de responsabilité qui allait peser sur lui. Tout à coup ou apprit que le corps, instruit enfin du véritable rôle qu’on venait de lui faire jouer, était en pleine révolte à Versailles contre ses généraux ; ce fut encore Marmont qu’on chargea d’user de son influence sur l’esprit de ses soldats pour les ramener à l’obéissance, et il y réussit en les flattant, puis en leur démontrant l’impossibilité de résister à l’ennemi, en leur promettant même de revenir se mettre à leur tête dès que l’armée serait reconstituée. « Ainsi s’accomplit cette opération, qu’on a appelée la trahison du maréchal Marmont. Si l’acte de ce maréchal avait consisté à préférer les Bourbons à Napoléon, la paix à la guerre, l’espérance de la liberté au despotisme, rien n’eût été plus simple, plus légitime, plus avouable ; mais, même en ne tenant aucun compte des devoirs de la reconnaissance, on ne peut oublier que Marmont était revêtu de la confiance personnelle de Napoléon, qu’il était sous les armes et qu’il occupait sur l’Essonne une position capitale ; or, quitter en ce moment cette position avec tout son corps d’armée, par suite d’une convention secrète avec le prince de Schwarzenberg, ce n’était pas opter comme uu citoyen libre de ses volontés entre un gouvernement et un autre, c’était tenir la conduite du soldat qui déserte à l’ennemi ! Cet acte malheureux, Marmont a prétendu depuis n’en avoir qu’une part, et il est vrai qu’après en avoir voulu et accompli lui-même le commencencement, il s’arrêta au milieu, effrayé de ce qu’il avait fait ! Ses généraux divisionnaires, égarés par une fausse terreur, reprirent l’acte interrompu et l’achevèrent pour leur compte, mais Marmont, en venant s’en approprier la un par sa conduite à Versailles, consentit à l’assumer tout entier sur sa tète, et à en porter le fardeau aux yeux de la postérité ! » (Histoire du Consulat et de l’Empire.) Oui, le jugement est juste dans sa sévérité ; en regard des principes inflexibles de la morale, il n’est pas de compromis possible avec les circonstances mêmes et avec  sa conscience. Cette réserve faite en l’honneur d’un sentiment que rien ne devrait étouffer, et dont l’histoire doit maintenir le haut et sacré caractère, qui pourrait s’armer contre l’infortuné Marmont d’un rigorisme impitoyable ? Est-ce la France, qu’il croyait arrêter sur le bord du l’abîme où allait la précipiter un insensé ? Est-ce cet insensé lui-même, Napoléon enfin ? De quel droit se serait-il plaint que Marmont, pour sauver la France, oùt trahi le serment qu’il lui avait, prêté, lui qui, pour la noyer dans un déluge de calamités, avait effrontément foulé aux pieds tous les siens ? Résumons-nous : Marmont fut coupable ; mais si jamais coupable eut des
titres au bénéfice des circonstances atténuantes, ce fut le commandant du 6° corps. Marmont ne joua aucun rôle politique dans les événements qui suivirent et n’exerça qu’une très médiocre influence, bien que Louis XVIII l’eût nommé commandant d’une compagnie de ses gardes du corps, pair de de France et chevalier de Saint-Louis. La réprobation publique s’était attachée à sou nom et elle n’a pas encore cessé dans tous les esprits, dans les préjugés populaires du moins. Comme le dit M. Rapetti, « il eut des faveurs, mais pas d’importance. Les royalistes purs eussent rougi de devoir de la reconnaissance à une trahison, et ils se montraient ingrats, les royalistes les moins purs se montraient naturellement les plus ingrats. Les hommes de l’Empire les plus reconciliés avec le nouvel ordre de choses tenaient à éloigner toute comparaison entre une trahison et leur ralliement, et ils affichaient leur soin à se préserver du voisinage de M. de Raguse. Quant à l’opinion populaire, elle demeurait implacable. Dans les rues, on avait fait un mot du nom de Raguse : on disait raguser pour tromper. Marmont, qui avait rêvé un grand rôle politique, se trouva réduit à l’isolement et à l’impuissance. » Pendant les Cent-Jours, Marmont suivit Louis XVIII à Gand, et, après Waterloo, le roi le combla de nouveaux honneurs. En 1816, l’Académie des sciences le choisit pour un de ses premiers membres libres. En pendant les journées de Juillet, Marmont fut chargé du commandement de l’armée de Paris, et, en cette qualité, dut défendre les fatales ordonnances. Ce rôle allait achever de le rendre impopulaire. Au plus fort de la lutte, un vieux royaliste lui dit : « Maréchal, voulez-vous sauver le roi, le peuple de Paris et votre nom ?… Arrêtez les ministres, tous les signataires tous les conseillers des ordonnances ; faites-les transporter, à Vincennes, liés, garrottés comme des criminels, comme les seuls coupables. Le peuple satisfait, apaisé par vous, posera les armes ; le roi, qui ne se trouvera plus en présence d’une révolte, pourra faire des concessions. Vous, vous serez exilé ; mais on pardonne aisément à qui nous tire d’un mauvais pas. Vous nous reviendrez bientôt et vous serez le sauveur, le pacificateur, l’homme de la royauté, de la liberté. » Ce conseil était sage ; malheureusement Marmont ne voulut pas le suivre ; il se sentait écrasé par le Souvenir de 1814 ; et, en effet, pour prendre de ces résolutions audacieuses, décisives, il faut avoir derrière soi un passsé irréprochable. On connaît l’issue de la lutte : Marmont essaya en vain de résister au lion déchaîné, malgré l’habileté de ses dispositions. Une députation composée de Laffitte, des généraux Gérard et Lobau, etc., se rendit auprès de Marmont pour le prier d’arrêter l’effusion du sang ; le maréchal écrivit alors à Charles X, qui se montra inflexible, et, le lendemain, 29 juillet, le drapeau tricolore flottait sur le dôme des Tuileries, C’est alors qu’eut lieu à Saint-Cloud cette scène scandaleuse, dans laquelle le duc d’Angoulême, fou de colère, voulut arracher l’épée du maréchal, qu’il accusait de tous les malheurs de sa famille, et auquel il adressa ces mots aussi injustes que cruels : « Est-ce que vous voulez faire avec nous comme avec l’autre ? » Marmont dut se rappeler amèrement que la reconnaissance n’a jamais été une vertu royale : le dauphin lui jetait à la face comme une insulte l’acte qui avait contribué à mettre les Bourbons sur le trône. Charles X, plus équitable, essaya de verser un peu de baume sur ce cœur ulcéré, mais le coup n’en était pas moins porté. A partir de cette époque, Marmont resta étranger aux affaires politiques; à quel titre eût-il pu y prendre part ? Exilé volontaire, il erra pendant le reste de sa vie sur la terre étrangère, tantôt en Autriche, tantôt en Turquie, en Syrie, eu Palestine, etc., et enfin dans les Etats de Venise. Ou lui doit plusieurs ouvrages remarquables : Voyage en Hongrie, en Transylvanie, dans la Russie méridionale, en Crimée et sur les bords de la mer à Azoff, à Constantinople, etc. (Paris, 1837, vol. in-8°) ; Esprit des institutions militaires (1845, in-8°; 2e édit. l’année suivante) ; un Xénophon, un César, quelques autres opuscules et enfin ses Mémoires, qui ont eu un si grand retentissement. «  Marmomt, dit encore M. Rapetti, triomphait dans ces relations qu’on nomme la vie du monde. Il avait une physionomie noble, animée, spirituelle. Il était instruit et fourni d’auecdotes sur tous les sujets. Il racontait avec charme, il étonnait, il captivait. Sa supériorité très apparente inspirait le respect, avait cette prodigalité qui semble de la libéralité à ceux qui reçoivent, et ce désir constant de faire montre de son pouvoir, que les solliciteurs prennent aisément pour de l’obligeance, lil était bon sans discernement, et les intrigants le vantaient. Certes, il blessait par sa hauteur ; niais ceux mêmes qu’il offensait ainsi, il savait se les concilier par l’ascendant d’un caractère dont l’extrême fierté relevait encore plus qu’elle ne les déparait les qualités aimables ou brillantes. Napoléon l’avait appelé Marmont 1er. »

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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septembre 29, 2007

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL MARMONT (1774-1852), DUC DE RAGUSE

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Maréchal Auguste-Frédéric Viesse de Marmont (1774-1852), duc de Raguse

Il était le plus médiocre des généraux ; je l’ai soutenu, défendu contre tous parce que je lui croyais de l’honneur. Elevé dans mon camp, nourri dans ma maison, marié par moi, comblé de faveurs, de richesses, devenu un des hommes les plus marquants de la France, au moins un des plus élevés en dignité, son ambition lui a fait rêver qu’il pouvait s’élever encore ; il a oublié sous quel drapeau il a obtenu tous ses grades, sous quel toit il a passé sa jeunesse ; il a oublié qu’il doit tous ses honneurs au prestige de cette cocarde nationale qu’il foule aux pieds pour se parer du signe des traîtres qu’il a combattu pendant vingt-cinq ans !… Voilà le sort des souverains : ils font des ingrats !

(Napoléon Bonaparte)

Marmont (Auguste-Frédéric-Louis Viesse de, duc de Raguse), officier général et législateur, né à Châtillon-sur-Seine (Côte d’Or), le 20 juillet 1774, de « Nicolas-Edme Viesse de Marmont, écuyer seigneur de Sainte-Colombe, capitaine au régiment de Hainault-infanterie, et de Clotilde-Hélène-Victoire Chappron », mort à Venise (Italie), le 2 mars 1852 ; fut reçu en janvier 1792, sous-lieutenant élève à l’Ecole d’artillerie de Châlons. Envoyé à l’armée des Alpes, il prit part au siège de Toulon, en qualité de lieutenant d’artillerie, devint aide de camp de Bonaparte après le 13 vendemiaire, d’abord à l’armée de l’intérieur, puis à l’armée d’Italie : se battit à Lodi, à Castiglione, à Saint-Georges, et devant Mantoue ; revint à Paris charger de porter au Directoire 22 drapeaux pris à l’ennemi, et fut nommé chef de brigade ; alla en Egypte, et s’empara, à Malte, du drapeau de l’ordre ; fut nommé général d’artillerie le 28 messidor an VI, et assista à la prise d’Alexandrie et à la bataille des Pyramides. Il revint en France en même temps que Bonaparte ; devint, après le 18 brumaire, conseiller d’Etat, et fut promu général de division après Marengo. A la reprise des hostilités, il fut mis sous les ordres de Brune, en qualité de commandant de l’artillerie, assista au passage du Mincio, de l’Adige et de la Brenta. Grand Officier de la Légion d’honneur le 9 vendemiaire an XII et colonel général des chasseurs à cheval, il reçut l’ordre, au moment de la rupture de la paix d’Amiens, de rejoindre la grande armée, sur la Mein, avec 21.000 hommes du 2e corps. Au moment du traité de Presbourg, il fut appelé au commandement supérieur de la Dalmatie, et, en septembre 1806, fit sommer l’amiral russe Symavine d’abandonner le siège de Raguse, mais ne recevant aucune réponse satisfaisante, il marcha, avec quleques bataillons seulement, contre l’ennemi, le battit à Castelnuovo, le 30 octobre, et le força à se rembarquer. le 29 juin 1808, il fut créé duc de Raguse, avec des dotations considérables en Illyrie. Il y vivait sur un pied royal, et ne sut pas se concilier les sympathies des habitants. Il était hautain, trop infatué de lui-même, et Napoléon l’a peint d’un mot en l’appelant : Marmont premier. En 1809, il participa à la prise de Gratz, et, le 9 juillet de la même année, après Wagram, il rencontra une arrière-garde ennemie qui voulut s’opposer à son passage ; il la battit et continua sa marche. Le 12 juillet 1809, il fut élevé au maréchalat. A la paix de Vienne, il devint gouverneur général de l’Illyrie, où, après une rapide et heureuse expédition contre les Croates, il mena une vie de faste et de plaisir. Il s’en excusa du reste en disant : « J’ai toujours eu une manière de magnificence. » Le 7 mai 1811, Napoléon lui confia le comamndement de l’armée du Portugal en remplacement de Masséna. Le 18 juin, Marmont était sur la Guadanice, à proximité de Soult qu’il devait rallier. Le 14 septembre, il força l’armée anglo-portugaise à lui abandonner le siège de Ciudad-Rodrigo et peu après de Badajoz ; puis ayant attaqué Wellington aux Arapiles, près de Salamanque, le 22 juillet, il fut blessé au bras dès le début de l’action et ne put conserver la direction du combat ; son armée fut battue et dut se replier sur l’Ebre. En 1813, il fut nommé commandant du 6e corps et se distingua à Lutzen, à Bautzen, à Wurstzschen. A Leipzig, dans la journée du 16 octobre, il tint tête, avec 20.000 hommes seulement, aux 60.000 hommes de l’armée de Silésie. Pendant la campagne de France, Marmont se battit à Brienne, à la Rothière, à Champaubert et à Vauchamps. Le 29 mars 1814, les alliés arrivant à Paris par la rive gauche de la Marne, occupèrent les hauteurs des Buttes-Chaumont et de Belleville, de la Villette et de Saint-Ouen. Moncey commandait la garde nationale, c’est à dire 20.000 hommes en tout, qui allaient avoir à lutter contre 180.000 alliés. La bataille commença le 30 mars, à quatre heures du matin. Marmont repoussa d’abord Barclay de Tolly au plateau de Romainville, sur Pantin et Noisy ; l’ennemi était momentanément vaincu. Mais Marmont avait déjà prévenu le roi Joseph qu' »il était impossible de prolonger la résistance au delà de quelques heures et qu’on devait préserver Paris des malheurs irréparables d’une occupation de vive force ». Le roi Joseph lui envoya alors l’autorisation de conclure la capitulation qui fut signée à quatre heures du soir, chez un marchand de vin, à l’enseigne du Petit Jardinet, dans le faubourg de la Villette. Aussitôt, les soldats crièrent à la trahison ; les dragons d’Ordener, brandissant leur sabre, demandaient à se battre encore. Dejean pleurait devant les officiers russes, et disait en face de Marmont : »Capituler, c’est trahir. » Lavalette survenait à son tour, annonçant l’arrivée de l’ Empereur, suppliant qu’on attendit quelques heures encore ; les soldats ne voulaient pas partir. Marmont fut inflexible, et rédigea une convention qui fut signée en son nom par les colonels Denys et Fabvier, ses aides de camp. Puis il envoya un aide de camp à l’Empereur, pour le prévenir de la capitulation et lui annoncer « que les étrangers étaient reçus avec enthousiasme à Paris » et que s’il voulait rentrer de vive force dans la capitale, il devrait s’attendre à la voir toute entière s’armer contre lui ». Le lendemain, il fut reçu par Napoléon, et son petit corps d’armée eut pour mission d’occuper Essone, position d’avant-garde. En confiant ce post e au duc de Raguse, Napoléon dit, non sans une pointe d’ironie : « Essone, c’est là que viendront s’adresser toutes les intrigues, toutes les trahisons ; aussi y ai-je placé Marmont, mon enfant élevé sous ma tente. » En effet, la capitulation de Paris, exigée par Marmont, fut bien une défection, car quelques jours après il fit partir son corps d’amée pour la Normandie, malgré les objections de ses officiers et malgré les simples soldats eux-mêmes qui se munitèrent en passant devant l’ennemi. A la nouvelle de ce départ, Napoléon resta attérré : « Marmont m’a porté le dernier coup » dit-il. Le lendemain, dans la proclamation qu’il adressa à ses troupes, il dit : « L’Empereur remercie l’armée pour l’attachement qu’elle lui témoigne… Le soldat suit la fortune et l’infortune de son général ; son honneur est sa réputation… Le duc de Raguse n’a point inspiré ce sentiment à ses compagnons d’armes ; il a passé aux alliés. L’Empereur ne peut accepter la condition sous laquelle il a fait cette démarche ; il ne peut accepter la vie et la liberté de la main d’un sujet. » Louis XVIII nomma Marmont commandant de la 6e compagnie des gardes du corps, créée exprès pour lui, puis chevalier de Saint-Louis et pair de France le 4 juin 1814, et lorsque le roi partit pour Gand, Marmont reçut 450.000 frs de l’intendant de la maison royale, le duc de Blacas, et suivit le roi en qualité de commandant de la maison militaire. De retour de l’ïle d’Elbe, Napoléon adressa une proclamation dans laquelle il dit : « Soldats, nous n’avons pas été vaincus. Deux hommes sortis de nos rangs, Marmont, Augereau, ont trahi nos lauriers, leur pays, leur prince, leur bienfaiteur. » Et, dans le décret d’amnistie signé à Lyon, le 12 mars, Marmont en fut excepté. Sous la Restauration, il devint ministre d’Etat (4 novembre 1817). En 1830, au moment de la publication des Ordonnances, le 25 juillet, Marmont était major général de la garde royale et gouverneur de la première division militaire (Paris). Le 26, il fut averti par Polignac de prendre les mesures nécessaires à leur exécution. Le 27, il reçut ses lettres de services du roi et se rendit à l’état-major, place du Carroussel. Cependant les députés réunis chez Audry de Puyraveau, déléguèrent auprès de Marmont, aux Tuileries, Casimir Périer, Laffitte, Mauguin, Lobau, et Girard. Arago était déjà chez Marmont et lui représentait Paris à feu et à sang et la terrible responsabilité qu’il encourrait. « Faut-il tout vous dire, s’écria Arago, j’ai recueilli dans la foule, sur mon passage, des paroles sinistres : « On mitraille le peuple, c’est Marmont qui paie ses dettes ! » Marmont eut un frémissement de honte et se tut, puis on vint lui annoncer la députation venant de chez Audry de Puiraveau. Sur l’ordre express de Polignac, Marmont était mis en demeure de les faire arrêter, mais il hésita, devant les progrès de l’insurrection, à exécuter cet ordre. Laffitte lui parla au nom du peuple, le somma au nom de l’honneur de faire cesser le carnage : « L’honneur militaire est l’obéissance » répliqua le traître de 1814. « Et l’honneur civil, répondit Laffitte, ne vous ordonne-t-il pas re respecter le sang des citoyens ? » mais Marmont ne voulut rien entendre. Le lendemain 29, le Louvre et les Tuileries furent attaqués, et Marmont se vit contraint de battre en retraite par le jardin des Tuileries, les Champs Elysées et le bois de Boulogne. A la barrière, le Dauphin vint se mettre à la tête des troupes. Ayant obtenu de Charles X une gratification de deux mois de solde pour le soldats qu’il dirigeait, il l’annonça dans un ordre du jour et ordonna aux officiers payeurs de se présenter chez l’intendant de la liste civile. L’intendant, qui n’avait pas d’argent, vint se plaindre d’un ordre du jour qui le mettait dans l’embarras. Déjà irrité contre Marmont, le Dauphin s’indigna qu’on ne l’eût pas consulté ; il fit mander le maréchal : « Vous oubliez, lui dit-il, que je commande ! Vous méconnaissez donc l’ordonnance qui m’a nommé généralissime ? – Non, monseigneur, j’ai pris les ordres du roi. – Ah ! vous me bravez. Pour vous prouvez que je commande, je vous envoie aux arrêts. » Surpris et irrité, Marmont haussa les épaules. Le Dauphin ajouta : « Est-ce que vous voulez faire avec nous comme avec l’autre ? » C’est alors que Marmont s’accusant lui-même, répondit : « Prince, sans les traîtres, vous n’auriez jamais régné. » Il suvit ensuite à Rambouillet, puis en Angleterre, Charles X, et ne rentra jamais en France. Le traitre de 1814 s’était fait justice lui-même. Il laissa, en mourant, ses mémoires, de 1792 à 1832, qui furent publiés, en 1856, chez Perrotin, et voici comment M. Cuvillier-Fleury les apprécia : « Les Mémoires du duc de Raguse ne sont pas seulement le monument de l’orgueil, c’en est le triomphe ; et je ne sais rien de plus déconcertant pour la sagesse humaine, de plus décourageant pour la modestie, de plus corrupteur qu’un pareil livre. »

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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