juillet 20, 2008

MAXIMILIEN DE ROBESPIERRE (1758-1794) – LA TERREUR MONTAGNARDE (3)

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Il n’avait ni talent, ni force, ni système. Il fut néanmoins le vrai bouc-émissaire de la Révolution, immolé dès qu’il avait voulu entreprendre de l’arrêter dans sa course , destinée commune, du reste, à tous ceux qui, jusqu’à moi, avaient osé l’essayer. Les terroristes et leur doctrine ont survécu à Robespierre ; et si leurs excès ne se sont pas continués, c’est qu’il leur a fallu plier devant l’opinion publique. Ils ont tout jeté sur Robespierre ; mais celui-ci leur répondait avant de périr, qu’il était étranger aux dernières exécutions ; que, depuis six semaines, il n’avait pas paru aux comités.

(Napoléon Bonaparte)

Une chose qui honore Robespierre, c’est sa lutte contre certains représentants qui, dans leurs missions, avaient abusé de leurs pouvoirs, comme Carrier, Tallien, Fouché, Fréron ; mais le malheur de son imagination soupçonneuse et de ses défiances, c’est que sa monomanie d’épuration le poussa jusqu’à attaquer une foule de commissaires conventionnels qui étaient purs et dévoués ; ce qui augmenta le nombre de ses ennemis et le fit accuser d’aspirer à une espèce de dictature judiciaire, de position de grand censeur, lui qui n’avait jamais quitté son siège et ne s’était pas trouvé en présence des difficultés. Lindet, Merlin de Thionville, Philippeaux, Dubois de Crancé, Baudot, Lacoste et tant d’autres qui s’étaient trouvés dans des situations terribles, ne lui pardonnèrent pas ses attaques. Tué par Robespierre, Cloots avait été exclu de la Convention, comme étranger, puis arrêté bientôt, au commencement de mars (1794) ; le puissant parti des hébertistes, appuyé sur la Commune et l’armée révolutionnaire, poussé à bout par les persécutions robespierristes, s’était cru capable de composer un gouvernement et avait imprudemment annoncé aux Cordeliers une insurrection. A. la suite d’un rapport foudroyant de Saint-Just, le bras droit de Robespierre, leurs chefs les plus énergiques furent arrêtés ventôse, (14 mars), puis bientôt jetés à la guillotine, avec l’infortuné Cloots et autres victimes. Un peu plus tard, ce fut le tour de Chaumette et des autres promoteurs du mouvement anticatholique. Le déisme et Rousseau étaient bien vengés ! La Commune fut largement épurée, peuplée de robespierristes fervents. A la place du procureur Chaumette, magistrat élu, on mit, comme agent national, nommé par le comité de Salut public, Payan, un homme capable, mais fanatique de Robespierre. Un autre dévoué, Fleuriot-Lescot, fut nommé maire à la place de Pache. L’administration de Paris se trouvait ainsi robespierrisée. On entrait, pour ainsi dire, dans la royauté. Quelques jours plus tard, le 27 mars, l’armée révolutionnaire fut dissoute (son chef, Ronsin, avait été guillotiné avec les hébertistes). Mais ce n’était pas assez de tant de tragédies ! La Révolution, suivant le mot si connu de Vergniaud, devait successivement dévorer tous ses enfants. L’heure de la faction des indulgents était arrivée. Chargé précédemment de préparer un rapport sur la « faction » Fabre d’Eglantine, Robespierre n’y avait pas compris Danton. Il est probable qu’il voulait conserver encore quelque temps ce parti comme contre-poids. Cela était, du moins, dans les habitudes ou dans les fluctuations de sa politique, si tant est qu’il eût une politique bien dessinée. Billaud-Varennes ayant proposé dans le comité l’arrestation de Danton, Robespierre se récria d’abord, effrayé peut-être d’un tel coup, qui allait être son brumaire à lui, lui donner toute la puissance ; mais bientôt il se laissa convaincre. Les historiens qui ont fait de lui le seul homme nécessaire de la Révolution, la pierre angulaire, voudraient dégager ici sa responsabilité en constatant que ce ne fut pas lui qui prit l’initiative de ce nouveau sacrifice humain. Sans entrer dans des discussions qui nous mèneraient beaucoup trop loin, remarquons que cette extermination des indulgents, venant après regorgement des exagérés (que les premiers avaient servi à abattre), était horriblement conforme à la fameuse thèse incessamment ressassée par Maximilien, que le modérantisme et l’exagération étaient également funestes, également contre-révolutionnaires ; et enfin, pour s’en tenir aux choses hors de doute, que s’il est conjectural qu’il ressentit une grande douleur en livrant Danton, Desmoulins, ses amis de vingt ans, il est, au contraire, bien positif qu’il les poursuivit, dès lors, avec la haine la plus implacable. Comment concilier cela, comment expliquer ce passage subit de l’amitié à une fureur que rien ne justifiait, car les fameuses conspirations au nom desquelles les révolutionnaires s’exterminaient sont depuis longtemps reléguées parmi les chimères ? Quoi qu’il en soit, par délibération des comités, Danton, Camille Desmoulins, Lacroix et Philippeaux furent arrêtés le 11 germinal an II (31 mars 1794). Le même jour, à l’ouverture de la Convention, il y eut comme un frémissement ; Legendre, ému, demanda qu’au moins les illustres accusés fussent entendus à la barre. Mais Robespierre s’élance à la tribune, menaçant et haineux : « … Il s’agit de savoir si quelques hommes aujourd’hui doivent l’emporter sur la patrie…, si l’intérêt de quelques hypocrites ambitieux doit l’emporter sur l’intérêt du peuple français… N’avons-nous donc fait tant de sacrifices héroïques que pour retourner sous le joug de quelques intrigants qui prétendraient dominer ?… En quoi Danton mérite-t-il un privilège (celui d’être entendu) ?… Quiconque tremble est coupable… Les complices seuls peuvent plaider la cause des coupables… Nous verrons si la Convention saura briser une idole pourrie, ou si, dans sa chute, elle écrasera la Convention !… On voit si c’est là le langage d’un homme qui se résigne à un sacrifice douloureux, ou si ce n’est pas plutôt le réquisitoire furieux d’un implacable ennemi. La Convention terrifiée baissa la tète. Beaucoup de montagnards étaient d’ailleurs en mission, et la droite et la Plaine, outre leur lâcheté, ne pouvaient voir qu’avec une joie barbare les révolutionnaires se dévorer les uns les autres. Saint-Just lut ensuite son rapport meurtrier et calomnieux, dont l’original existe, surchargé de notes venimeuses de la main de Robespierre. L’Assemblée vota le projet de décret qui renvoyait devant le tribunal révolutionnaire Danton, Desmoulins, etc., perfidement accolés à des hommes accusés de faux, Chabot, Fabre d’Eglantine et autres. La procédure fut inique. Les accusés se défendant vigoureusement, Saint-Just arracha encore un décret qui les mettait « hors des débats. » Le tribunal, peuplé de robespierristes, les jeta à l’échafaud (16 germinal an II, 5 avril 1794). On a posé cent fois la question, assez vaine aujourd’hui, de savoir si Robespierre visait à la dictature. Ce qu’il y a de certain, c’est que son parti l’y poussait fatalement, et qu’après tant d’épurations elle devenait son seul asile, sa nécessité. Il n’y eut, au reste, aucun projet à cet égard ou, du moins, on n’a rien connu que quelques mots de Saint-Just, dont l’authenticité même n’est pas parfaitement établie. « J’entraîne Robespierre ! » avait dit Danton à ses derniers moments. Nulle parole ne s’est trouvée plus vraie. Le premier châtiment du vainqueur des hommes de 1793 fut un redoublement de sa maladie noire, défiances, soupçons, terreurs secrètes, toutes les misères. La lâcheté même de ceux qui avaient abandonné leurs amis, les Legendre, les Fréron, les Tallien et autres, ne lui donnait aucune sécurité ; il flairait la haine sous leur bassesse, en quoi il ne se trompait pas, et la pire de toutes les haines, la plus implacable, celle qui est doublée de la peur. Il était, d’ailleurs, dans la logique des choses qu’il fût frappé par les débris de tous les partis que lui ou ses amis avaient écrasés. Le dénouement va bientôt se précipiter. Deux jours après le supplice des dantonistes, le doucereux Couthon vint annoncer un projet de fête à l’Eternel. Comme préliminaires, on livra à la guillotine des prisonniers comme Chaumette , l’ex-évèque Gobel, coupables d’avoir voulu effacer toute idée de la divinité (ne se croirait-on pas au moyen âge ?), puis la charmante femme de Desmoulins, la femme d’Hébert, etc. Cette affaire de restauration religieuse fut menée avec prudence et habileté, en trois actes : d’abord, l’annonce de Couthon ; puis, un mois plus tard (18 floréal, 7 mai), un long discours de Robespierre sur les idées religieuses et morales, discours travaillé, poli, vraiment éloquent, suivi d’un décret que la Convention s’empressa de voter et dont le premier article est ainsi conçu : « Le peuple français reconnaît l’existence de l’Etre suprême et l’immortalité de l’âme. » En outre, nouvelle continuation de la liberté des cultes, ce qui, implicitement et en fait, rendait les églises aux catholiques. Enfin, un mois plus tard encore (20 prairial, 8 juin), l’acte décisif, la fête à l’Etre suprême. Robespierre fut le pontife de cette cérémonie, traînant la Convention, qu’il présidait à ce moment, des Tuileries au Champ-de-Mars, prononçant des discours pompeux, mettant solennellement le feu à un mannequin représentant le monstre de l’athéisme, s’épanouissant enfin dans sa gloire et dans sa rhétorique. Beaucoup de représentants étaient sombres et irrités, non seulement à cause du rôle singulier qu’on leur faisait jouer, mais encore parce qu’ils pensaient que Maximilien voulait ainsi s’assurer l’appui du parti religieux. Il entendit derrière lui plus d’une injure et plus d’une imprécation, des mots jetés en l’air comme Tarquin, roche Tarpéienne, tyran, Brutus, etc. Dans la foule, un sans-culotte dit ce mot : « Le b…. ! il n’est pas content d’être maître ! il lui faut encore être dieu ! » Le soir, il rentra chez les Duplay, pâle et dévoré des plus noirs pressentiments. On croyait qu’il allait proposer une amnistie ou tout au moins une atténuation au régime de la Terreur. Cela l’eût fait roi, en quelque sorte ; il serait apparu comme le grand pacificateur, l’éternel sauveur des sociétés. Mais, déception effrayante, deux jours après avoir rendu cet hommage à l’Etre suprême, il fit présenter par Coutlion l’affreuse loi du 22 prairial, son œuvre personnelle, et qui fut présentée à l’insu du comité ou tout au moins de la majorité du comité, et comme en son nom. Cette loi, sous prétexte d’améliorer le tribunal révolutionnaire, supprimait les défenseurs, l’interrogatoire préalable, les dépositions écrites et les témoins. En outre, elle comprenait dans les « ennemis du peuple » ceux qui parlent mal des patriotes, ceux qui dépravent les mœurs, etc. C’était l’inquisition pure. Enfin, elle permettait aux comités (implicitement) d’envoyer les représentants au tribunal, même sans un vote de l’Assemblée. Et il y a des historiens qui prétendent que Robespierre voulait enrayer la Terreur. Il y eut un orage à la Convention ; mais Maximilien parla, la loi fut votée. En quarante-cinq jours, elle fit à Paris 1285 victimes. L’effroi était tel dans la Convention, que plus de soixante députés n’osaient plus coucher dans leur lit. Sans prendre à la lettre ce qu’on a dit des proscriptions que Robespierre voulait exercer dans l’Assemblée, il est bien certain qu’il avait résolu de frapper quelques représentants qui s’étaient rendus odieux dans leurs missions, les Carrier, les Fouché, les Tallien, etc. Mais qui pouvait assurer qu’il ne comprendrait pas ses ennemis personnels dans cette hécatombe prévue ? Où s’arrêterait-il ? La terrible ivresse du glaive ne se dissipe pas comme celle du vin. Le lendemain du vote de cette loi, il avait cessé de paraître au comité, par suite de dissensions dont le retentissement se produisait déjà au dehors, et peut-être aussi pour laisser toute responsabilité a ses collègues. Mais sa loi gouvernait pour lui. En outre, il était bien maître de toutes les forces vives de la République ; il dominait la Convention ; il tenait la Commune, les Jacobins, la force armée par Hanriot, etc. Un premier coup lui fut porté par la divulgation de la ridicule affaire de Catherine Théot, vieille insensée qui tenait chez elle des réunions de mystiques où le nom de Robespierre était adoré comme celui d’un messie. Pour le frapper, au moins par le ridicule, ses ennemis du comité firent arrêter toute la secte, feignirent de croire à un complot, firent présenter un l’apport par Vadier, etc. Irrité de l’éclat, le messie fit une chose audacieuse ; il ordonna à Fouquier-Tinville de ne pas juger, prit les pièces et les garda. Dans cette dernière période, tout se réunissait pour ajouter à l’horreur de la situation, l’accélération des jugements, les exécutions par fournées, la terreur partout ; on sentait approcher quelque sinistre dénouement ; tous les partis s’accusaient mutuellement de conspiration. Dans le fait, les Fouché, Rovère, Bourdon (de l’Oise), Guffroy, Tallien, Thuriot, Lecointre, etc., se sentant menacés, préparaient leurs mines pour faire sauter le tyran. Et, d’autre part, Robespierre était poussé, pressé d’agir par son parti, qui n’était plus couvert que par lui et qui ne voyait de salut que dans des mesures vigoureuses, bien certainement dans un coup d’Etat. Robespierre fit un discours ! Chose remarquable, il lui fallait toujours au moins une apparence de légalité. Disposant de tant de forces, il comptait encore une fois l’emporter par la parole, imposer un vote. Le 8 thermidor, il vint lire à la Convention son fameux discours, très travaillé, très étudié, où des appels à la conciliation étaient mêlés à d’aigres accusations et à des menaces, et comme toujours à sa propre apologie. Evidemment, il voulait rallier la droite et le centre, qui flottaient encore irrésolus. Mais ses ennemis travaillaient sous terre, s’agitaient avec fureur, raccolaient de tous les côtés. Le soir, aux Jacobins, au comité de Salut public, scènes violentes qui n’annonçaient que trop le drame du lendemain. On connaît, par mille récits, cette journée grandiose et tragique, qui ne fut qu’un combat. Dès l’ouverture de la séance, Saint-Just monte à la tribune pour lire un discours qu’il avait préparé la nuit ; mais à peine en avait-il prononcé quelques lignes, que Tallien lui coupe la parole, demande que le voile soit déchiré. Billaud reprend : « L’Assemblée, dit-il, est entre deux égorgements, elle périra si elle est faible ! » Puis, il accuse Robespierre avec violence. Tallien, en impudent comédien, montre un poignard, jure qu’il s’en percera si le nouveau Cromwell triomphe. Le duel était entamé ; il n’y avait plus maintenant de solution que l’extermination de l’un des partis. Robespierre paraît à la tribune, mais la masse des conjurés l’écrase des cris A bas le tyran ! et, toujours ainsi chaque fois qu’il voulait ouvrir la bouche. Probablement il n’avait pas prévu un si grand soulèvement de la part d’hommes qui deux jours auparavant semblaient encore à ses pieds. Il était atterré, mais luttait néanmoins avec un courage inutile. Attaqué par des gens dont beaucoup étaient méprisables, il l’était aussi par des républicains sincères et, de plus, abandonné par le groupe des plus purs montagnards, les Romme, les Ruhl, les Soubrany, etc., qui ne se joignirent pas à la meute, mais qui ne voyaient au bout de la victoire que la dictature et qui restèrent immobiles. Epuisé, le malheureux se tourna vers la Plaine : « C’est à vous, hommes purs, que je m’adresse, et non pas aux brigands ! » II était loin du jour où il les appelait les serpents du Marais. Mais la Plaine aussi était soulevée contre lui. Hors de lui, il cria à Collot d’Herbois, qui présidait : « Pour la dernière fois, président d’assassins, je te demande la parole ! » Garnier de l’Aube cria : « Le sang de Danton l’étouffé ! » Et toujours les mêmes clameurs terribles : « A bas le tyran ! » Une voix cria enfin : « L’accusation ! » Toute l’Assemblée se lève. Saint-Just, Couthon, Robespierre jeune, Lebas sont également décrétés. On entraîne les prisonniers à la prison du Luxembourg. On connaît assez tous les détails de cette tragédie. Enlevé par la Commune, qui se mit en insurrection, conduit à l’Hôtel de ville, Robespierre, cependant, toujours formaliste et peu propre à l’action, refusa de signer l’appel aux armes ; mais son parti agissait sans lui. En apprenant la rébellion, la Convention mit hors la loi tous les accusés et les membres de la Commune. Hanriot, commandant de la force année, et q’ui s’était joint aux robespierristes, fut arrêté, puis s’échappa, mais s’épuisait à rassembler des forces ; la majorité des sections se prononçait pour la Convention. L’Hôtel de ville fut attaqué dans la nuit. Robespierre alors, se voyant perdu, se tira, dit-on, un coup de pistolet qui lui fracassa la mâchoire. Selon une autre version, un jeune gendarme du nom de Merda, qui accompagnait le détachement conduit par le représentant Léonard Bourdon, pénétra dans le palais et brisa la mâchoire de Robespierre d’un coup de pistolet. La version du suicide est affirmée dans les mémoires de Barras. Commandant la force envoyée contre l’Hôtel de ville, il nie la relation posthume du gendarme Merda, qu’il traite de fable et dont il montre les invraisemblances. Selon lui, Robespierre s’était tiré le coup de pistolet au moment où Merlin de Thionville pénétrait le sabre à la main dans la salle des délibérations. Les médecins, dans leur rapport, auraient reconnu par la direction même du coup de pistolet qu’il avait dû se le tirer lui-même. On comprendra notre réserve à propos de ce problème si difficile à résoudre ; mais nous devions rapporter ce témoignage. Quoi qu’il en soit, Robespierre vaincu, pansé à la hâte, fut conduit le lendemain à l’échafaud avec vingt et un de ses amis, le 10 thermidor an II (28 juillet 1794). Le 29, autres exécutions de quatre-vingt-deux victimes, la presque totalité du conseil de la Commune. Une période nouvelle allait bientôt commencer et la plus triste de l’histoire révolutionnaire, la « réaction thermidorienne. »

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Liens : Maximilien de Robespierre (1758-1794) – L’Incorruptible d’Arras & Maximilien de Robespierre sur wikipedia

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MAXIMILIEN DE ROBESPIERRE (1758-1794) – LE COMITE DE SALUT PUBLIC (2)

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Ni Robespierre, ni Danton, ni Marat n’avaient d’égaux quand « liberté, égalité ou la mort » se lisaient en lettres de sang sur toutes les bannières françaises ; ils étaient les premiers d’une aristocratie terrible, dont la livrée était teinte journellement par la hache du bourreau.

(Napoléon Bonaparte)

Elu précédemment accusateur public près le tribunal criminel du département de Paris, il avait pris part aux travaux préliminaires de cette magistrature nouvelle ; mais, au moment où elle allait entrer complètement en exercice, en avril 1792, il se démit de ces fonctions lucratives pour réserver tout son temps aux affaires publiques. Il avait d’ailleurs l’intention de fonder un journal, dont il commença en effet la publication en mai, sous le-titre du Défenseur de la constitution. Il était un peu tard pour défendre la constitution de 1791 ; mais, bien qu’il ne conservât sans doute que peu de foi dans l’institution monarchique, Robespierre, on le sait, n’aimait guère à se placer hors de la légalité. D’ailleurs, sa prudence et sa réserve ne l’empêchèrent point d’exposer des idées et des principes très élèves dans son journal (qui lui servit aussi dans sa guerre contre les girondins). Mais jusqu’au dernier moment, il s’attacha à se maintenir dans les limites légales. A la veille du 20 juin, il se montra, aux Jacobins, opposé au mouvement : « Rallions-nous autour de la constitution, disait-il ; je prends acte de ce que je me suis opposé à toutes les mesures contraires à la constitution. » A ce moment où la France était exposée aux plus grands périls, à cause de l’usage même que le roi faisait de la constitution, l’invoquer, la prendre pour arche de salut, n’était pas la marque d’une grande hardiesse polilique. C’est sans doute pour caractériser cette timidité d’esprit ou du moins ce manque d’audace pratique, que Danton disait plus tard en sa langue grassement familière : « Ce b…..-là n’est pas capable seulement de cuire un œuf ! » Robespierre ne joua non plus aucun rôle actif dans la grande journée du 10 août, qui sauva la France et la Révolution. Toutefois, avant cet événement, il s’était prononcé pour la déchéance du roi et pour la convocation d’une Convention nationale. Le 11, il fut adjoint par sa section (place Vendôme) aux commissaires qui composèrent ce qu’on a nommé la commune du 10 août. Il y siégea assidûment jusqu’au 20, jour où il fut nommé président de l’assemblée primaire de sa section. Elu membre du tribunal extraordinaire du 17 août, il refusa d’accepter ces fonctions. Quelques écrivains royalistes l’ont accusé d’avoir trempé plus ou moins directement dans les massacres de septembre. Mais il est tellement avéré qu’il fut absolument étranger à ces terribles exécutions, qu’une réfutation de cette inepte calomnie est inutile. Elu député de Paris à la Convention nationale, il fut également nommé par l’assemblée électorale du Pas-de-Calais. Par la constitution de son bureau, la grande Assemblée montra tout de suite qu’elle inclinait alors du côté des girondins. Le premier bureau fut, en effet, composé exclusivement de membres de ce parti. Le schisme politique qui séparait les républicains éclata violemment dès les premières séances. Des divers côtés volaient déjà les appellations meurtrières, également injustes et qui attestaient la profonde inimitié des partis. Presque aussitôt, les girondins accusèrent Robespierre d’aspirer à la dictature et de vouloir former avec Danton et Marat, une espèce de triumvirat. De plus, avec une violence plus qu’injuste, ils rejetaient sur les montagnards la responsabilité des massacres de septembre. Robespierre, non moins que Marat, fut l’objet de leurs attaques incessantes. Lasource, Rebecqui, Barbaroux, ressassèrent tour à tour cette vague et meurtrière accusation de projet de dictature ; Robespierre y répondit d’abord avec dignité et une modération relative, soit à la tribune de la Convention, soit dans ses Lettre à ses commettants, dont il commença la publication à cette époque pour remplacer son Défenseur de la constitution. Mais en même temps, il combattait vigoureusement ses ennemis, défendait contre eux Paris et la commune, s’opposait au projet de garde départementale présenté par Buzot, et contribuait à l’exclusion de Brissot de la société des Jacobins (il est du moins permis de le conjecturer). La guerre continua de part et d’autre avec le plus déplorable acharnement. Le 29 octobre 1792, après des attaques plus ou moins directes de Roland, de Guadet, de Lanjuinais, un enfant perdu de la coterie girondine, Louvet, l’auteur de Faublas, lancé par les Roland, vint lire à la tribune un acte d’accusation contre Robespierre, tissu de vagues dénonciations qui concluait à la nomination d’un comité d’examen de la conduite de Maximilien et à la mise en accusation immédiate de Marat. Le choix d’un tel accusateur, célèbre comme écrivain graveleux, était en lui-même assez malheureux. Suivant toutes les probabilités, il appartenait à Mme Roland, et les principaux girondins y furent étrangers. Robespierre, très habilement et pour laisser à l’opinion le temps de se prononcer, demanda quelques jours pour préparer sa défense. Il écrasa facilement son mince adversaire et, sur la proposition de Barère, la Convention écarta l’accusation par l’ordre du jour. La Gironde resta compromise de ces attaques inconsidérées et de cet échec. Elle n’en devint malheureusement que plus implacable, comme il arrive dans les luttes de parti. On sait que la Convention se consuma dans ces discordes intestines, qui bientôt divisèrent toute la France et qui finirent par entraîner la décadence et la ruine de la République. Lorsque la question du parti qu’il y avait à prendre à l’égard du roi fut posée devant l’Assemblée et devant le pays (3 décembre 1792), Robespierre développa son opinion avec une précision qu’il n’avait pas toujours. Il se prononça pour le jugement par la Convention et pour la mort. Il dit en substance : « Vous n’êtes point des juges, mais des hommes d’Etat; c’est moins une sentence que vous ayez à prononcer qu’une mesure de salut public à prendre. » II avait sur ce sujet l’opinion de la Montagne entière et de la plus grande partie de la France, à savoir que Louis XVI devait être puni pour ses trahisons, pour ses appels à l’étranger, pour ses manœuvres contre-révolutionnaires ; ses violations de la constitution et des lois ; puni pour le sang versé au Champ-de-Mars et au 10 août, pour les périls qu’il avait attirés sur la patrie ; qu’on devait enfin jeter sa tête aux rois de l’Europe comme une réponse à leurs attaques et à leurs hostilités. Il demandait d’ailleurs, comme il l’avait fait à la Constituante, l’abolition de la peine de mort pour lès délits ordinaires, mais il faisait exception pour ces grands crimes publics qui attirent sur une nation le fléau de la guerre étrangère et de la guerre civile ; en un mot, il invoquait la raison d’Etat. « Louis doit mourir, disait-il, parce qu’il faut que la patrie vive. Chez un peuple paisible, libre et respecté au dedans comme au dehors, on pourrait écouter les conseils qu’on vous donne d’être généreux. Mais un peuple à qui l’on dispute encore sa liberté, après tant de sacrifices et de combats, un peuple chez qui les lois ne sont encore inexorables que pour les malheureux, un peuple chez qui les crimes de la tyrannie sont des sujets de dispute, doit désirer qu’on le venge… » Dans le procès, il combattit vigoureusement l’appel au peuple, expédient imaginé par les girondins et qui pouvait allumer la guerre civile, et il vota pour la peine de mort, sans appel ni sursis. Il motiva son vote de la manière suivante : « … Je ne sais pas outrager la raison et la justice en regardant la vie d’un despote comme d’un plus grand prix, que celle des simples citoyens, et en me mettant l’esprit à la torture pour soustraire le plus grand des coupables à la peine que la loi prononce contre des délits beaucoup moins graves et qu’elle a déjà infligée à ses complices. Je suis inflexible pour les oppresseurs, parce que je suis compatissant pour les opprimés ; je ne connais point l’humanité qui égorge les peuples et qui pardonne aux despotes. Le sentiment qui m’a porté à demander, mais en vain, à l’Assemblée constituante l’abolition de la peine de mort est le même qui me force aujourd’hui à demander qu’elle soit appliquée au tyran de ma patrie et à la royauté elle-même dans sa personne. Je ne sais point prédire ou imaginer des tyrans futurs ou inconnus pour me dispenser de frapper celui que j’ai déclaré convaincu, avec la presque unanimité de cette assemblée….. Je vote pour la mort. » Ce fut lui qui fut chargé par la société des Jacobins de prononcer l’oraison funèbre du représentant Michel Le Peltier, assassiné par le garde du corps Pâris. A cette époque son autorité morale, qui grandissait de jour en jour à la Convention, était déjà prépondérante au puissant club de la rue Saint-
Honoré, qui donnait le mot d’ordre à plus de sociétés affiliées dans les départements ; immense corporation qui peuplait des siens les administrations, les municipalités, etc., disposait en beaucoup d’endroits des fonctions, avait une force incomparable. On conçoit quelle puissance réelle avait le chef d’une telle armée ; et Robespierre en devint non-seulement le chef, mais, pour ainsi dire, le prophète et le Dieu. Il appuya toutes les mesures répressives contre les émigrés et les prêtres rebelles, présenta quelques observations au projet d’établissement du tribunal révolutionnaire, mais n’eut d’ailleurs, quoi qu’on en ait dit, qu’une part indirecte à la création de cette redoutable juridiction. Il n’est pas douteux toutefois qu’il n’y ait donné son approbation, et ses critiques ne portaient que sur des points de détail. Au, reste, à cette époque, le sentiment des périls publics, les attaques journalières dont il était l’objet, les luttes qu’il avait soutenues avaient assombri son caractère, naturellement orgueilleux et concentré. M. Louis Blanc lui-même en convient : « A partir de ce moment, dit-il, l’humeur de Robespierre subit par degrés une altération que chacun remarqua et qui ne tarda pas à paraître sur son visage. Le tic nerveux auquel il était sujet se prononça de plus en plus ; son sourire devint un effort ; ses préoccupations intérieures se révélèrent chaque jour davantage dans l’inquiétude croissante de son regard, et à la douceur naturelle de sa physionomie s’associa insensiblement cette amertume qui, vers la fin, lui imprima quelque chose de sinistre. Et, en effet, son esprit, déjà ouvert aux noires visions, s’enfonça peu à peu dans la région des fantômes. Il crut apercevoir partout des conspirateurs et des traîtres. Doublement égaré par l’admiration excessive de ses séides et l’excessive animosité de ses ennemis, il en vint à s’identifier au peuple, à force d’orgueil, après s’être identifié au peuple à force de conviction ; et une fois sur cette pente dangereuse, devenu aussi implacable envers ses ennemis qu’il s’était montré implacable envers lui-même, il les poursuivit avec une haine d’autant plus terrible qu’il la jugea désintéressée, s’imaginant que c’était la patrie, la République, le peuple, qu’ils avaient voulu tuer dans sa personne, et ne s’apercevant pas jusqu’à quel point il devenait injuste à son tour. » Sous ces formes oratoires et à travers le fracas de ces antithèses, il y a un aveu d’autant plus intéressant à enregistrer, qu’il émane d’un admirateur enthousiaste de Robespierre. La trahison de Dumouriez fut une nouvelle occasion pour les partis d’échanger de mutuelles accusations. Précédemment, d’ailleurs, Maximilien avait à plusieurs reprises attaqué ce général, et cette fois ses soupçons étaient fondés, ses prévisions étaient justes. Où il s’égarait, bien évidemment, c’est quand il représentait les girondins comme ses complices. Ce qu’il y a seulement de très probable, c’est que ceux-ci comptaient sur l’épée du général pour les aider à réduire les sections parisiennes et la Montagne. Mais de part et d’autre on apportait les mêmes préventions aveugles les uns contre les autres. Lors des débats sur le projet de constitution (avril 1793), Robespierre y prit une part active. Il présenta aux Jacobins un projet de Déclaration des droits de l’homme, que la société adopta comme sien et qui est une œuvre fort remarquable. Il en donna également lecture à la Convention et recueillit de chaleureux applaudissements. Plusieurs autres discours qu’il prononça sur le même sujet, et qui étaient en désaccord sur des points importants avec le projet ébauché de la commission (girondine), furent accueillis avec la même faveur. Mais bientôt l’œuvre pacifique de la constitution fut interrompue par de nouvelles discordes. On sait comment se termina cette crise funeste : par le soulèvement de Paris et la chute des girondins qui, si souvent eux-mêmes, avaient réclamé avec acharnement la proscription de leurs adversaires. Robespierre n’eut point de part directe à cette insurrection des 31 mai-2 juin 1793 ; mais il est hors de doute qu’il avait contribué à la préparer par ses discours et qu’il en approuva les résultats. Il appuya vigoureusement de sa parole les mesures proposées le 31 mai à la Convention par les autorités constituées de Paris, au nom des sections ; tout son rôle se borna là. Il ne figura dans aucun conciliabule, ni à l’Evêché, ni à la Commune, dans aucune des réunions où fut préparé l’événement. S’il a donné son assentiment à la mutilation de l’Assemblée, il ne faut pas oublier que toute la Montagne et Paris entier en ont fait autant, entraînés par une nécessité terrible, et que cette funeste scission avait été rendue inévitable par les continuelles agressions de la Gironde, qui eussent perdu la République et qui rendaient tout gouvernement impossible. Couthon et Saint-Just, qui faisaient partie du comité de constitution, firent passer quelques-unes des idées de Robespierre dans la constitution de 1793. Lui-même, dans le cours de la discussion, fit adopter plusieurs modifications importantes ; mais le nouveau pacte social fut loin d’être son œuvre personnelle, comme quelques-uns l’ont répété. Son autorité dans la Convention n’en était pas moins fort considérable, et la disparition des principaux girondins, n’avait fait que l’augmenter. Beaucoup même le suivaient, l’appuyaient sans l’aimer. Sa roideur, sa sécheresse éloignaient de lui ; mais son austérité, son intolérance puritaine, l’incontestable sincérité de ses convictions imposaient la déférence, sinon l’enthousiasme et la chaude sympathie que Danton faisait naître autour de lui. En outre, sa position de chef réel des sociétés jacobines le rendait très fort. On commençait à le craindre ; les ambitieux, les prudents et les habiles se serraient autour de lui ; sans autre titre que celui de député, il devenait peu à peu le dictateur de l’opinion. Le 26 juillet (1793), il fut appelé au comité de Salut public, un an presque jour pour jour avant sa proscription. Que d’événements dans cette année, au milieu des crises les plus violentes et les plus périlleuses où jamais nation ait été plongée ! A ce moment, le comité n’était pas encore passé à l’état de gouvernement; le pouvoir exécutif était encore entre les mains des ministres. Le 1er août, Danton proposa d’ériger le comité en gouvernement provisoire ; mais Robespierre demanda et fit voter l’ajournement de cette proposition, se fondant sur la nécessité de ne pas paraliser la puissance executive en en modifiant trop brusquement l’organisation. On sait quelles étaient alors les formidables difficultés que la République avait à vaincre : l’insurrection fédéraliste, la rébellion vendéenne, la révolte de Lyon, la défection de Toulon, la crise des subsistances, des trahisons et des complots sans cesse renaissants, l’Europe entière à combattre, etc. Jamais une nation n’avait été si près de sa, ruine. Dans une situation aussi désespérée, il y avait quelque courage à accepter le fardeau du pouvoir, et il ne pouvait être exercé qu’avec la plus indomptable énergie. Robespierre eut part à toutes les mesures de salut public, à l’établissement du gouvernement révolutionnaire, à tous les actes de la Terreur. Quoi qu’on en ait dit, il n’a pas plus contribué que ses collègues, à ériger ce régime, que nous n’avons pas à juger ici, en système de gouvernement; et même, dans les premiers temps, il fit quelques efforts pour maintenir un certain équilibre, pour contenir les révolutionnaires ardents, les enragés, comme on disait alors, en même temps que les royalistes et les modérés, pour introniser enfin cette politique de bascule qui a été le programme de tant d’hommes d’Etat dont elle n’a pas empêché la chute. Il n’a donc pas établi la Terreur, comme le veut la légende ; mais il est non moins incontestable qu’il ne tarda pas à s’en servir contre ses ennemis, qui lui semblaient autant d’ennemis publics. Ces ennemis, dantonistes, hébertistes et autres, il ne les attaquait encore que par de vagues et meurtrières accusations, soit aux Jacobins, soit à la tribune de la Convention ! Avec son ascendant, cela suffisait déjà pour les mener fort loin. Etre désapprouvé, accusé par le pur, l’incorruptible Maximilien, c’était une espèce d’excommunication ; bientôt même ce sera comme une condamnation anticipée. Toutefois, dans la séance de la Convention du 3 octobre, il s’opposa à la mise en accusation des 73 représentants incarcérés pour avoir signé la protestation contre le 31 mai. Des historiens royalistes, comme M. de Barante, ont, il est vrai, prétendu que cette conduite lui était inspirée par la prévision qu’il aurait un jour besoin des votes de la Plaine, de l’appui du parti modéré ; mais tout indique qu’il a plutôt obéi à uu sentiment d’humanité et de modération. Au comité de Salut public, Robespierre formait, avec Couthon et Saint-Just, une sorte de triumvirat d’amitié, dans lequel on finit par soupçonner un triumvirat d’ambition. On les nommait, avec plus ou moins d’exactitude, les « gens de la haute main. » Les autres membres, Carnot, Lindet, Prieur, étaient les travailleurs, tout absorbés dans les immenses labeurs de la guerre, des subsistances, transports, administration, correspondance, etc. Maximilien, tout en prenant part aux travaux ou du moins aux délibérations de ses collègues, était surtout chargé des questions d’ensemble, des rapports avec les corps administratifs et les autorités constituées, de certains exposés législatifs, enfin des hautes questions politiques et sociales soumises à la Convention. Plus tard, un bureau de police générale ayant été créé au Comité pour surveiller les fonctionnaires et examiner les dénonciations qui abondaient chaque jour, la direction de ce bureau avait été confiée à Saint-Just, qui, souvent en mission, était remplacé par Robespierre. Toutes ces attributions donnaient à celui-ci une grande puissance, non pas dictatoriale, comme on l’a dit, mais bien souvent prépondérante, cela est incontestable. Ce qu’il y a de certain, c’est que ses collègues finirent par surnommer entre eux ses deux disciples et lui les triumvirs. Au comité de Sûreté, il avait deux hommes influents entièrement à lui, le peintre David et Lebas. Toutes les administrations, d’ailleurs, étaient peuplées de ses créatures ou d’hommes placés par ses amis. Cette influence qui s’étendait dans tous les sens, cette autorité qu’il avait partout n’était, dit-on, que l’ascendant de la vertu. Cela est possible, nous ne discutons pas, bien que les chefs de parti soient ordinairement entourés de plus d’ambitieux que de dévoués ; mais, en tout état de cause, il n’en est pas moins vrai qu’il devenait de plus en plus un gouvernement, un chef d’Etat, ce que ses ennemis ont nommé un « tyran » dans la langue énergique de l’époque. Ajoutons que les commissaires du comité de Salut public envoyés aux armées et dans les départements, et spécialement les hommes de Robespierre, semblaient avoir et exerçaient en effet une autorité plus haute que les simples représentants en mission, qui s’en plaignirent plus d’une fois. Il suffit de rappeler les missions de Robespierre jeune, de Couthon, de Saint-Just et Lebas, de Jullien de Paris, etc., qui d’ailleurs montrèrent une certaine modération, peut-être calculée. En novembre 1793, le mouvement qui se produisit dans presque toute la France contre le culte catholique, et qui non-seulement répondait à la Vendée, à la guerre des prêtres contre la République, mais encore qui était la Révolution même, la pensée philosophique du XVIIIe siècle, la révolte contre la tutelle sacerdotale et l’Église du moyen âge, ce mouvement fournit à Robespierre l’occasion de frapper ceux qu’il nommait les ultrarévolutionnaires, les exagérés. Les communes, des municipalités avaient pris l’initiative. Paris reprit l’œuvre et donna la grande impulsion. Cloots, Chaumette, les sections, la Commune s’y mirent avec une passion extraordinaire. L’évêque de Paris, Gobel, vint à la tête de son clergé, à la barre de la Convention, abdiquer ses fonctions épiscopales et sa qualité de prêtre ; les églises furent transformées en temples de la Raison ; partout les prêtres abjuraient par milliers ; les municipalités envoyaient les vases sacrés à l’Assemblée pour être convertis en monnaie ; des fêtes à la Raison étaient célébrées dans toute la France ; on renversait les images, on brisait les vieux fétiches, on punissait la Vendée sur les statues des saints ; partout le peuple rejetait violemment le joug des vieilles croyances, sortait de l’Eglise de servitude, accomplissait le vœu des philosophes. Les représentants en mission dans les départements s’associaient partout à ce mouvement, que la Convention vit d’un œil favorable et qu’elle encouragea par ses applaudissements presque unanimes. Nombre de ses membres, évèques constitutionnels, ministres protestants, simples prêtres se démirent avec enthousiasme de leurs fonctions sacerdotales. Le prudentissime abbé Sieyès lui-même crut nécessaire de renier la foi que personne ne lui supposait. Enfin, l’Assemblée se rendit en corps à Notre-Dame (10 novembre) pour assister à la fête de la Raison, et le 16, sur la proposition de Cambon, elle décida que les églises, devenant la propriété des communes, serviraient spécialement d’asile aux indigents. Eh bien ! et c’est ici qu’éclaté la puissance réelle de Robespierre, contre l’immense majorité de la Convention, contre la presque totalité des révolutionnaires, contre une grande partie du peuple, il entreprit de faire avorter ce mouvement, qui paraissait irrésistible, et il n’eut qu’un mot à dire pour obtenir ce résultat. Outre qu’il détestait tous ceux, qui y avaient pris part, les uns parce qu’ils le dépassaient, les autres parce qu’ils échappaient a son influence ou qu’ils l’avaient combattu, ou par d’autres raisons toutes personnelles, il avait encore d’autres motifs puisés dans ses convictions philosophiques. Disciple exclusif de Rousseau, il avait comme hérité de ses haines, de ses misanthropies, de ses amertumes, en même temps que de ses idées. La profession de foi du vicaire savoyard, le déisme de l’Emile étaient pour lui des articles de foi ; ceux qui ne les acceptaient pas aveuglément étaient des matérialistes abjects, sectaires du philosophisme, athées, contempteurs de la vertu, enfin corrupteurs du peuple, factieux. Son imagination était tellement montée sous ce rapport, il ressentait tellement lui-même les haines personnelles de Jean-Jacques, qu’il avait fait enlever de la salle des Jacobins la buste d’ Helvétius. Rousseau était à lui seul la doctrine, la politique, la morale; il était l’Eglise, il était l’unique et suffisait à la Révolution ; ses théories devenaient une religion d’Etat. Et voyez comme ses adversaires furent frappés en la personne de leurs disciples : Camille Demoulins expie pour Voltaire, Chaumette pour Diderot, Danton pour Helvétius, Cloots pour d’Holbach ! Ajoutons que Robespierre, comme nous l’avons déjà dit, voulait à tout prix, soit par tendance naturelle, soit par tactique instinctive, ménager ce qui restait de l’ancien culte et de l’ancien clergé. Cela était plus près de ses idées que le rationalisme pur, et il était bien assuré d’y trouver un appui pour l’établissement de son déisme. Enfin il était choqué, lui, révolutionnaire classique, officiel, pour ainsi dire académique, des saturnales de ces révolutionnaires nouveaux, qui portaient sans trembler une main hardie sur les vieux autels et renversaient les idoles de pierre et de bois. Il se scandalisa, s’épouvanta de ce que les réformés du XVIe siècle avaient vu sans se troubler et même avec joie ; et dès lors, il employa toute sa puissance révolutionnaire contre ce développement logique de la Révolution et contre les efforts du peuple pour sortir de la vieille Eglise. Il eut ainsi la triste gloire de sauver ce qui était l’essence même de la contre-révolution et d’être lui-même le précurseur du concordat. Toute sa tactique fut de représenter ce mouvement comme une atteinte à la liberté des cultes, comme étant de nature à créer des embarras à la République. De là à en considérer les auteurs comme des ennemis publics, des conspirateurs et des traîtres, il n’y avait qu’un pas. Il le franchit sans embarras dans l’entraînement de sa passion. Sa colère se manifesta d’abord par quelques paroles pleines d’aigreur à Anacharsis Cloots. Peu de jours après, il hasarda quelques vagues allusions dans un grand rapport sur la situation de la République, présenté au nom du comité de Salut public. Puis, dans un discours aux Jacobins, le 1er frimaire an II (21 novembre 1793), il se découvrit tout à fait, s’éleva contre les persécutions dont le culte et ses ministres étaient l’objet (pas un prêtre n’avait été touché), invoqua la liberté des cultes, déclara que celui qui voulait empêcher de dire la messe était plus fanatique que celui qui la disait, enfin à travers toutes sortes de généralités oratoires le plus souvent à côté de la question, il ne manqua pas de représenter, par des allusions transparentes, les promoteurs du mouvement comme de faux patriotes et des agents de contre-révolution. Son pharisaïsme éclatait ça et là par des phrases significatives : « L’athéisme est aristocratique… Le peuple, les malheureux m’applaudissent ; si je trouvais des censeurs, ce serait parmi les riches et parmi les coupables… » Enfin, il conclût en proposant à la société de passer tous ses membres à un scrutin épuratoire et de chasser tous les « agents de l’étranger » qui se seraient introduits dans son sein. Les jacobins applaudirent et votèrent ce que voulait le maître. Cependant, ils étaient si peu préparés à cette inarche rétrograde, qu’ils venaient précisément de porter à la présidence Anacharsis Cloots. Cette espèce de manifeste de Maximilien eut un effet considérable, jusqu’à’ entraîner Danton, athée notoire, mais qui déjà fléchissait et qui d’ailleurs avait été mordu par Hébert. D’un grand sérieux, il s’éleva à la Convention contre les « mascarades antireligieuses » ( que présidaient cependant une foule de représentants en mission) ; puis, flattant la manie de Robespierre, demanda des fêtes publiques dans lesquelles on offrirait de l’encens à l’Etre suprême, au Maître de la nature ; « car, dit-il, nous n’ayons pas voulu anéantir la superstition pour établir le règne de l’athéisme. » La « mascarade » était précisément que lui, Danton, prononçât de telles paroles, auxquelles évidemment il ne croyait pas. Un peu plus tard, Camille Desmoulins sera pris, lui aussi, du même zèle conservateur, et tout en se moquant du catholicisme, percera de ses flèches aiguës ceux, qui veulent le supprimer. Ces complaisances des dantonistes, qui, d’ailleurs, avaient des griefs particuliers contre ceux qu’on nommait les ultras, ces complaisances un peu trop serviles ne les sauvèrent pas, comme on sait, de l’échafaud. Cependant, Robespierre poursuivait avec son opiniâtreté habituelle sa guerre contre les exagérés, au comité, aux Jacobins, dans la Convention, jusque dans ses discours et rapports essentiellement politiques, il continua à déclamer contre les extravagances du pldlosophisme, à représenter follement les nouveaux réformateurs comme les agents soldés de l’étranger. Dans les départements, les représentants en mission continuaient à patronner la déprètrisation; mais à Paris, sous l’œil de l’incorruptible, le mouvement s’arrêta ; Hébert et Chaumette eux-mêmes baissèrent la tête. L’étonnant pouvoir de cet homme, qui n’est pas sans analogie avec celui de Calvin à Genève, n’avait jamais mieux éclaté ; il avait intimidé jusqu’à Danton ! Nous avons dit plus haut que Maximilien avait proposé un scrutin épuratoire aux Jacobins, li fut nommé lui-même membre de la commission d’épuration avec quelques autres sociétaires peu influents. Il défendit Danton, Desmoulins, dont il avait besoin à cette heure, et même Barère, dont la souplesse était utile ; mais il attaqua avec une extrême violence et avec une mauvaise foi insigne Cloots et le fit épurer, c’est-à-dire rejeter de la redoutable société. Cette espèce d’excommunication était un premier pas vers l’échafaud. Cloots avait été l’un des promoteurs du mouvement contre le-culte. Quelques jours plus tard, Robespierre l’attaqua non moins violemment à la Convention. C’était décidément le vouer à la mort. Dans sa marche difficile entre le modérantisme et l’exagération, Robespierre oscilla souvent, suivant les besoins de sa politique, déroutant ainsi ses disciples fidèles, et même il s’allia un moment, plus ou moins directement, avec les hëbertistes, qu’il allait frapper. La publication du Vieux cordelier, où Desmoulins attaquait si visiblement le gouvernement révolutionnaire et demandait un comité de clémence, le rejeta à gauche.il réclama, lui, un comité de justice, ce qui d’ailleurs, dans la situation, était plus politique. Il défendit dédaigneusement la personne de Camille, aux Jacobins, mais en demandant que ses numéros fussent brûlés. Le lendemain (8 janvier) il attaqua violemment Fabre d’Eglantine, un dantoniste, qui fut arrêté quelques jours après. Puis, comme pour se défendre de partialité contre les indulgents, il prêta les mains (cela n’est pas douteux) à l’arrestation de Roux, Varlet et Leclerc, tribuns de quartier, de ceux qu’on nommait les enragés, en même temps qu’il couvrait de sa protection Vincent et Ronsin, deux hébertistes ; et tout cela en quelques jours, sans qu’on pût bien discerner la ligne précise qu’il suivait. Peut-être avait-il quelque velléité de concilier, de rapprocher les partis qui divisaient la République ; mais le plus probable, c’est qu’il flottait d’une heure à l’autre au gré de ses incertitudes et de ses passions.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Liens : Maximilien de Robespierre (1758-1794) – La Terreur MontagnardeMaximilien de Robespierre sur wikipedia

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MAXIMILIEN DE ROBESPIERRE (1758-1794) – L’INCORRUPTIBLE D’ARRAS (1)

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C’était un fanatique, un monstre ; mais il était incorruptible et incapable de voter ou causer la mort de qui que ce fût par inimitié personnelle ou par désir de s’enrichir. C’était un enthousiaste, il croyait agir selon la justice, et il ne laissa pas un sou après sa mort.

(Napoléon Bonaparte)

ROBESPIERRE (Maximilien-Marie-Isidore DE), né à Arras le 6 mai 1758, décapité le 9 thermidor an II (28 juillet 1794). Dans la préface de la nouvelle édition de son Histoire de la Révolution, M. Michelet, qui, on le sait, n’est pas fort tendre pour le célèbre conventionnel et qui lui donne le même nom que les thermidoriens, le Tyran, dit de lui : « Son histoire est prodigieuse bien plus que celle de Bonaparte. On voit bien moins les fils et les rouages, les forces préparées. Ce qu’on voit, c’est un homme, un petit avocat, avant tout homme de lettres (et il le fut jusqu’à la mort). C’est un homme honnête et austère, mais de piètre figure, d’un talent incolore, qui se trouve un matin soulevé, emporté par je ne sais quelle trombe. Rien de tel dans les Mille et une nuits. En un moment il va bien plus haut que le trône. Il est mis sur l’autel. Etonnante légende ! » Le problème de cette vie, c’est, en effet, cette puissance énorme, cette autorité presque théocratique acquise avec des moyens relativement médiocres, ou du moins qui n’étaient pas en rapport avec le résultat obtenu. Nous n’avons pas la prétention de résoudre de telles questions dans une simple notice biographique, pas plus que la présomption de les trancher dogmatiquement. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de serrer de près les faits, d’en étudier l’enchaînement et la portée autant que nous le permet notre cadre, et d’apporter dans cette étude, sinon la sèche impartialité de l’analyste, au moins l’indépendance d’esprit et la bonne foi. Le lecteur voudra bien nous pardonner nos erreurs d’appréciation, en faveur de notre intention sincère de ne point tomber volontairement dans le système et le parti pris. D’après une tradition assez répandue, la famille de Robespierre serait d’origine irlandaise, et elle se serait établie en Artois dans le XVIe siècle. Il en est même qui donnent à son nom une origine tout anglaise (Robert’s Peter, Pierre, fils de Robert). Toujours est-il que, dès le commencement du XVIIe siècle, on voit des Robespierre établis comme notaires à Carvin, entre Lille et Arras. Ils exercèrent le notariat de père en fils. Au XVIIIe siècle, une branche vint se fixer à Arras. C’est de cette branche que sortit Maximilien. Bien que la famille ait eu autrefois des armoiries, elle n’était pas d’origine nobiliaire ; mais elle avait acquis, par les fonctions remplies, le rang de petite noblesse de robe. Le père et le grand-père de Maximilien signaient le plus souvent Derobespierre. On sait d’ailleurs que la particule, même séparée, n’impliquait pas nécessairement la noblesse. Mais ces détails ont peu d’importance. Le père de celui qui devait rendre ce nom si célèbre, Maximilien-Barthélemy-François Derobespierre, avocat au conseil d’Artois, avait épousé Jacqueline-Marguerite Carrault, fille d’un brasseur d’Arras, qui lui donna quatre enfants et mourut au moment où l’aîné, Maximilien, n’avait encore que sept ans. Désespéré, le père cessa de plaider, abandonna les affaires, voyagea en Angleterre et en Allemagne et mourut, à ce qu’on croit, à Munich. Cette famille d’orphelins fut recueillie par de grands parents. L’aîné fut placé au collège d’Arras. Cet enfant, destiné à une célébrité si orageuse et qui débutait dans la vie parla tristesse, était un écolier doux, timide, appliqué, et dont la passion favorite était d’élever des oiseaux. L’abbé de Saint-Waast lui fit donner une des bourses dont il disposait au collège Louis-le-Grand, à Paris (1770). Pendant les longues années de ses études, il se montra ce qu’on appelle un élève modèle, et son nom retentissait chaque année dans les concours universitaires. Orphelin, boursier, tenu pour ainsi dire de réussir pour contenter ses protecteurs, il fit de bonne heure l’apprentissage du labeur soutenu, de l’effort patient, de la persévérance obstinée dans le travail. Au sortir du collège (où il avait eu pour condisciples Camille Desmoulins et Fréron), il fit son droit, toujours sous le patronage et aux frais de Louis-le-Grand (c’était sa prérogative de boursier), qui lui accorda en outre, à la fin de ses études, une gratification de 600 livres pour « ses talents éminents, sa bonne conduite pendant douze années et ses succès. » II travailla ensuite quelque temps dans une étude de procureur (où il eut Brissot pour maître clerc) et alla en exercer à Arras la profession d’avocat. Nourri des philosophes, surtout de Mably, et plus encore de Rousseau, qu’il avait visité à Ermenonville, dans une de ses courses d’étudiant, et dont il resta toujours le disciple, il semblait plus fait pour les généralités et les abstractions que pour les subtilités de la chicane. Cependant il réussit dans sa profession et conquit rapidement une place honorable au barreau d’Arras. Ses devoirs professionnels, dans cette vie monotone de la province, lui laissaient encore le loisir de s’occuper de littérature. Il se fit admettre dans une société à la fois poétique et pastorale, qui se réunissait sous des berceaux de rosés, qui avait pris la rosé pour emblème, et qu on nommait pour cela les Rosati. Il s’y rencontra avec Carnot, alors en garnison à Arras, et rima comme lui de petits vers galants et bachiques, dans le goût du temps. Il concourut aussi pour l’éloge de Gresset, proposé par l’Académie d’Amiens (1785), puis pour un sujet plus grave, la réversibilité du crime, la flétrissure des parents du criminel ; envoya des vers aux Jeux floraux de Toulouse, etc. Tout cela est faiblement écrit et d’une sentimentalité fade. On en a souvent reproduit des fragments ; ces citations n’auraient que peu d’intérêt pour le lecteur, et nous nous bornerons au madrigal suivant, adressé à une darne d’Arras : Crois-moi, jeune et belle Ophélie, Quoi qu’en dise le monde et malgré ton miroir, Contente d’être belle et de n’en rien savoir, Garde toujours ta modestie. Sur le pouvoir de tes appas Demeure toujours alarmée ; Tu n’en seras que mieux aimée Si tu crains de ne l’être pas. Cependant, à côté de ces fadaises qui étaient la monnaie courante de la littérature d’alors, on doit signaler, dans quelques-uns des plaidoyers et mémoires académiques de Robespierre, des idées élevées, philosophiques, inspirées de Montesquieu, de Rousseau et de tous les penseurs du siècle. Il avait été reçu de l’Académie d’Arras, dont il fut nommé directeur en 1789, et aux travaux de laquelle il prenait une part fort active. Il était donc à cette époque un des hommes les plus connus et les plus considérés de sa province. Lors de la convocation des états généraux, il publia une Adresse à la nation artésienne relative à la nécessité de réformer les états d’Artois. Cette publication, suivie de quelques autres, augmenta sa notoriété et le désigna aux suffrages de ses concitoyens. Nommé l’un des commissaires pour la rédaction des cahiers, il fut ensuite élu député du tiers aux états généraux. Il avait alors trente et un ans. Dans les débats pour la réunion des ordres, il prit plusieurs fois la parole ; une fois, notamment, de la manière la plus heureuse : L’archevêque d’Aix, pour détourner l’attention de la grande question du vote en commun, était venu inviter insidieusement le tiers à s’occuper de la misère du peuple des campagnes. Robespierre répondit que, si le clergé songeait sincèrement à soulager les maux du peuple, il n’avait qu’à se réunir aux députés des communes pour se concerter sur les mesures à prendre. « Allez dire à vos collègues, ajouta-t-il, qu’ils ne retardent pas plus longtemps nos délibérations par des délais affectés. Ministres de la religion, qu’ils imitent leur maître et renoncent à un étalage de luxe blessant pour l’indigence. Renvoyez vos laquais orgueilleux, vendez vos équipages superbes, vos meubles somptueux et convertissez ce superflu en aliments pour les pauvres » La justesse et l’à-propos de cette réplique lui méritèrent l’approbation et l’attention de l’Assemblée. Cependant, dans cette première période il ne joua qu’un rôle effacé, il avouait même qu’il n’abordait la tribune qu’en tremblant. En outre, sa timidité, sa roideur, sa physionomie peu expressive ne prévenaient pas eu sa faveur, n’attiraient pas l’attention. Les journaux, la plupart du temps, ne rapportaient pas ses paroles ou estropiaient son nom : on l’appelait Robert-Pierre, Raberspierre, etc. Même les secrétaires de l’Assemblée lui infligeaient cette erreur humiliante. Après la prise de la Bastille, il fut du nombre des députés qui réclamèrent l’organisation immédiate de la garde nationale, prit souvent la parole pendant la discussion de la Déclaration des droits, en faveur de la liberté individuelle, de la liberté de la presse, de la liberté religieuse ; soutint énergiquement contre la commission que c’était à la nation à établir l’impôt, non à le consentir ; se prononça contre le veto royal, parla ou vota enfin dans toutes les questions comme ses collègues de l’extrême gauche et se montra même souvent plus radical que la plupart d’entre eux. Seul ou appuyé, il suivait sa voie, toujours dans la même direction. Au lieu de la marche tortueuse de Mirabeau, il représentait la ligne droite, inflexible ; beaucoup le tenaient pour un utopiste, et il l’était en effet sur plusieurs questions ; en croyant suivre inflexiblement la ligne des principes, il lui arrivait facilement de s’égarer dans les systèmes, dans les vagues généralités philosophiques ou morales. Cela tenait à son éducation, et plus encore à la nature de son esprit, trop enclin au dogmatisme, tranchons le mot, au pédantisme sentencieux. On a trop répété que l’Assemblée riait de lui, de ses discours et de ses théories. Ce qui est vrai, c’est que sa parole excitait souvent les murmures de la droite et qu’il n’était pas toujours soutenu suffisamment par la gauche. Il arriva même, en effet, qu’il provoqua l’hilarité. Une fois, entre autres, qu’il s’obstinait à parler inutilement sur une question tranchée et d’ailleurs sans importance, l’Assemblée, obsédée, refusa de l’écouter ; il eut beau s’obstiner, il ne put prononcer que quelques mots de protestation. Maury, l’insolent spadassin de parole, saisit l’occasion pour provoquer la bonne humeur de l’Assemblée en demandant l’impression du « discours de M. de Robespierre. » Sans doute, en présence de tant d’orateurs éminents, il paraissait pâle ; on ne voyait guère en lui qu’un avocat de province, capable et laborieux, mais de peu de souffle et de solidité. Les Actes des apôtres, journal royaliste, l’appelaient la Chandelle d’Arras et se moquaient de lui avec autant d’esprit que de mauvaise foi. Mais beaucoup de ceux qui le combattaient étaient frappés de sa passion sincère et de sa rigidité. On sentait là quelqu’un. Mirabeau, dans tout l’éclat de sa puissance, était loin de le dédaigner ; il disait de lui : « Il ira loin, car il croit tout ce qu’il dit. » II eût pu ajouter qu’il croyait en lui-même, en ses idées, en son génie. Cette imperturbable confiance, cette religion qu’il avait pour sa personne, pour ses théories, nous dirions presque pour son infaillibilité, contribuait à lui donner la dignité du caractère et de la conduite, mais aussi à surexciter son orgueil naturel. Quoi qu’il en soit, son rôle dans la Constituante ne fut pas sans éclat. Parfaitement monarchiste alors, il n’en concourut pas moins à l’énervation de la monarchie, à la destruction de l’ancien régime et de la barbarie, au triomphe de la cause révolutionnaire et de la civilisation. Au 5 octobre, il prit deux fois la parole pour appuyer Maillard, l’orateur des femmes, parla avec énergie contre la loi martiale, contre le marc d’argent, contre la distinction des citoyens actifs et passifs, réclama le suffrage universel, l’élection des juges par le peuple (pour remplacer les parlements), l’admission des juifs et des comédiens aux droits civils et civiques et commença, à la fin de 1789, à jeter aux Jacobins les fondements de cette influence qui devint plus tard exclusive et souveraine. Sa popularité grandissait, pendant que celle des premiers acteurs de la Révolution pâlissait visiblement. On voyait en lui un homme austère, uniquement attaché aux principes, et déjà Marat l’avait surnommé l’Incorruptible. A cette époque, il rompit avec les tribuns équivoques, les Lameth et autres : « Libre des hommes d’expédient, dit M. Michelet, il se fit l’homme des principes. Son rôle fut dès lors simple et fort. Il devint le grand obstacle de ceux qu’il avait quittés. Hommes d’affaires et de parti, à chaque transaction qu’ils essayaient entre les principes et les intérêts, entre le droit et les circonstances, ils rencontrèrent une borne que leur posait Robespierre, le droit abstrait, absolu. Contre leurs solutions bâtardes, anglo-françaises, soi-disant constitutionnelles, il présentait des théories, non-spécialement françaises, mais générales, universelles, d’après le Contrat social, l’idéal législatif de Rousseau et de Mably. Ils intriguaient, s’agitaient, et lui restait immuable. Ils se mêlaient à tout, pratiquaient, négociaient, se compromettaient de toute manière ; lui, il professait seulement. Ils semblaient des procureurs, lui un philosophe, un prêtre du droit… Témoin fidèle des principes et toujours protestant pour eux, il s’expliqua rarement sur l’application, ne s’aventura guère sur le terrain scabreux des voies et moyens. Il dit ce qu’on devait faire, rarement, très-rarement comment on pouvait le faire. C’est là pourtant que le politique engage le plus sa responsabilité, là que les événements viennent souvent le démentir et le convaincre d’erreur. » Depuis l’installation de l’Assemblée à Paris, Robespierre vivait dans un petit logement, rue de Saintonge, qu’il habita d’octobre 1789 jusqu’en juillet 1791. Sa vie était fort modeste ; il allait à pied, dépensait trente sous pour ses repas, et sur ses honoraires de député (18 livres par jour) il prélevait un tiers pour sa sœur Charlotte, qui habitait encore Arras, et une autre part pour une personne qui lui était chère. Il n’avait pas de besoins, vivant tout entier de passions intellectuelles, et sa plus grande dépense était pour sa toilette ; car ce révolutionnaire, ce philosophe et ce Spartiate était extrêmement soigné, élégant même dans son costume. En pleine Terreur, il avait conservé l’usage de la poudre ; il monta poudré à la guillotine. Jamais il ne mit le bonnet rouge. Extérieurement, il était resté un homme de l’ancien régime, glacé, académique et d’une morgue un peu sèche. Il n’avait aucun des dehors de l’homme populaire et du tribun. Dans le cours de l’année 1790, Robespierre prononça près de quatre-vingts discours à l’Assemblée, sans parler de ses prédications aux Jacobins, où il était extrêmement assidu, parlant, discutant laborieusement, toujours et sur toute question. C’est dans cette assiduité, cette persévérance, cette conscience au travail et cette persistance de volonté, non moins que dans sa probité politique et l’austérité de son caractère, qu’il faut rechercher les causes de l’autorité morale qu’il sut conquérir. Outre les Jacobins, cette grande force révolutionnaire, il ne dédaigna pas de prendre (indirectement) pour point d’appui le clergé. Elevé lui-même par le clergé, disciple de Rousseau et spiritualité sentimental, moraliste et censeur assez intolérant, il avait le tempérament prêtre, suivant l’expression très juste d’un historien. Tout en déclamant d’une manière générale contre la « superstition » il rendit plus d’un service aux prêtres, et sous ce rapport il n’était pas fils du XVIIIe siècle. En mai 1790, il fit la proposition d’autoriser leur mariage et reçut, à ce sujet, de milliers d’ecclésiastiques des lettres de remerciment, des poèmes en toutes les langues, même en hébreu. Il les défendit (au nom de la liberté) contre les girondins, les dantonistes, les hébertistes, enfin contre tous les grands partis révolutionnaires. Il réclama des pensions pour les vieux prêtres (16 juin 1790), plaida pour certains ordres religieux que l’Assemblée avait rangés parmi les ordres mendiants (16 septembre), s’opposa aux mesures de sévérité proposées contre les prêtres qui prêchaient la guerre civile (19 mars 1791), parla et écrivit plus tard (décembre 1792) contre la suppression des traitements ecclésiastiques ; enfin, comme nous le verrons plus bas, eu poussant à l’échafaud ceux qui avaient commencé la grande opération de l’élimination du catholicisme, il fut vraiment l’un des restaurateurs de la religion, l’un des précurseurs du concordat. Sur les autres questions, d’ailleurs, il demeurait fidèle aux principes de la Révolution. Il réclama le jury en toutes matières, revint en toute occasion sur l’accession de tous les citoyens aux droits civiques, sans condition de cens ; se prononça contre le projet (soutenu par Mirabeau) d’attribuer au roi le droit de paix et de guerre, fut nommé l’un des secrétaires de l’Assemblée (juin 1790), combattit encore Mirabeau en diverses circonstances, défendit Camille Desmoulins contre Malouet, qui demandait des poursuites contre le hardi journaliste ; appuya vigoureusement la demande de suppression des parlements et fut nommé, par les électeurs de Versailles, président du tribunal du district. Cette nomination inattendue montre bien quelle était déjà sa notoriété. Il avait, paraît-il, l’intention d’aller occuper ce siège à la fin de la session ; mais les événements de la Révolution l’obligèrent à rester perpétuellement sur la scène et ne lui permirent pas de remplir ces paisibles fonctions. Peu de temps auparavant, un homme, qui devait être son disciple le plus ardent, se donna à lui spontanément en lui écrivant une lettre restée célèbre : « Vous qui soutenez la patrie chancelante contre le torrent du despotisme et de l’intrigue, vous que je ne connais, comme Dieu, que par des merveilles, je m’adresse à vous….. Je ne vous connais pas, niais vous êtes un grand homme. Vous n’êtes pas seulement le député d’une province, vous êtes celui de l’humanité et de la République. » Ce correspondant enthousiaste était un jeune homme du nom de Saint-Just, qui va bientôt apparaître sur la scène de la Révolution. Après la mort de Mirabeau, l’influence de Robespierre ne fit qu’augmenter et parvint même à contre-balancer dans l’Assemblée celle des Lameth, Barnave, Duport, etc. Il se fit écouter en parlant pour l’égalité en matière de successions et en s’élevant contre la précipitation mise par le comité de constitution à soumettre aux délibérations le projet d’organisation ministérielle. Quelques jours plus tard, le 7 avril 1791, il fit décréter qu’aucun membre de l’Assemblée ne pourrait être porté au ministère pendant les quatre années qui suivraient la session, ni recevoir aucun don, pension, place, traitement ou commission du pouvoir exécutif pendant le même délai. La mois suivant, il soutint sa lutte mémorable contre Barnave et autres en faveur des hommes de couleur et des esclaves. Il s’éleva, dans ces longs débats, à une grande hauteur. Toutefois, il n’a pas dit en propres termes : « Périssent les colonies plutôt qu’un principe ! mais simplement : Périssent les colonies, s’il doit vous en coûter votre honneur, votre gloire, votre liberté ! Périssent les colonies, si les colons veulent par les menaces nous forcer à décréter ce qui convient le plus à leurs intérêts, etc. » De son côté, Duport dit, au cours de la même discussion : « II vaudrait mieux, sacrifier les colonies qu’un principe. » (Moniteur du 15 mai.) La fameuse phrase s’est donc formée après coup de ces deux mouvements oratoires. La cause des gens de couleur, plaidée avec tant d’âme par Robespierre, Rewbell et autres, triompha. L’Assemblée leur reconnut les droits de citoyen. La question de l’esclavage fut ajournée. Le lendemain, il proposa et fit adopter la motion hardie, inattendue, que les membres de l’Assemblée constituante ne pourraient être réélus à la première législature. On a cherché bien des motifs à cette proposition. Le principal nous paraît être une réminiscence des légendes sur les législateurs antiques qui, leur œuvre accomplie, s’éloignaient, rentraient dans la foule des citoyens, se dérobaient à la reconnaissance publique, etc. Pour cet homme, si parfaitement classique, ce dut être la raison capitale. A la fin de ce mois de mai, il se joignit à Duport pour demander l’abolition de la peine de mort ; mais ses paroles, d’une éloquence émue, ne purent néanmoins convaincre l’Assemblée. La fuite du roi, s’il faut en croire Mme Roland et certains mémoires, causa à Robespierre un trouble profond ; il craignait une Saint-Barthélémy de patriotes » et son esprit soupçonneux ne rêvait qu’embûches et complots. A ceux qui parlaient de République, il demandait avec un ricanement d’inquiétude ce que c’était que la République. Mais peut-être ces rapports sont-ils exagérés. Ce qu’il y a de certain, c’est que le soir du 2l juin, aux Jacobins, il prononça un discours éloquent, mais qui attestait le trouble de son âme et qui était plein de fantômes, de dénonciations vagues, de visions lugubres ; au lieu de proposer des mesures efficaces, d’agir en homme, et en homme d’Etat, comme Danton, il accuse, il dénonce, il s’enivre de méfiance et d’effroi ; puis il s’attendrit sur lui-même, il met sa personne en scène, il parle des « mille poignards » dont il est entouré, suivant une habitude qui devint chez lui une manie. « Nous mourrons tous avant toi ! » s’écrie Camille Desmoulins. Cet élan de sensibilité naïve entraîne l’auditoire, qui s’emporte en manifestations touchantes et passionnées. Dans cette société des Jacobins, le député d’Arrass commençait à passer à l’état de fétiche. Pendant toute cette crise, Robespierre na montra qu’incertitude et irrésolution ; il déclara même, le 13 juillet, aux Jacobins, qu’il n’était ni monarchiste ni républicain. Qu’était-il donc alors ? Ami de la constitution ? Mais la constitution était monarchique. La vérité est qu’il ne savait trop quel parti prendre et que toutes les solutions lui paraissaient alors également périlleuses. Il était dans cette donnée, que la monarchie peut donner la liberté tout aussi bien que la République, et quelquefois mieux. Bref, malgré ses théories, relativement assez avancées, il hésitait visiblement à se lancer sur la grande mer de la Révolution. Dans toutes les crises, d’ailleurs, il montra la même réserve, les mêmes irrésolutions poignantes. Il était homme de parole et de doctrine, et non pas homme d’action. Toutefois, à la tribune, il reprenait pied, se retrouvait lui-même, et il proposa à l’Assemblée de consulter la nation pour statuer sur le sort du roi. Lors du massacre du Champ-de-Mars, bien qu’il se fût opposé à la pétition pour la déchéance du roi, il put craindre pour sa sûreté. Du moins, le soir de cette journée funeste, les patriotes étant poursuivis de tous côtés, ses amis craignirent pour une vie si précieuse. Un honnête et enthousiaste jacobin, le maître menuisier Duplay, l’emmena chez lui, dans sa maison de la rue Saint-Honoré. Le lendemain, cette famille refusa de le laisser partir. Malgré sa réserve naturelle, il fut vaincu par les instances les plus affectueuses et il consentit (sous la réserve de payer pension) à élire domicile dans cette maison, sentant peut-être que sa popularité ne pouvait que gagner à cette intimité avec une famille d’artisans. C’était comme une réminiscence de l’Emile. Duplay, d’ailleurs, était riche, propriétaire, et son intérieur était confortablement bourgeois. Pendant la petite terreur qui suivit le malheureux événement du Champ-de-Mars, Robespierre rédigea et fit voter par les Jacobins une adresse à l’Assemblée nationale, pièce assez habile, mais peut-être un peu trop louangeuse, et qui n’avait évidemment pour but que de préserver la grande société des persécutions. Dans les derniers jours de la Constituante, il lutta avec plus de courage que de succès pour faire révoquer le décret du marc d’argent et autres lois impopulaires. On sait que ce fut sur sa proposition que l’Assemblée avait décrété qu’aucun de ses membres ne ferait partie de la législature suivante. Il rentra donc dans la vie privée, comme ses collègues de la Constituante : Peu de temps après, il fit un voyage dans sa ville natale, où il fut l’objet d’ovations multipliées. Il se reposa environ six semaines dans une campagne des environs d’Arras ; ce furent Jes derniers instants de calme de son orageuse existence. De retour à Paris, le 28 novembre 1791, il consacra dès lors toute son activité aux discussions des Jacobins. L’un des grands débats de cette époque fut la question de la guerre. Les girondins, et avec eux une grande partie de la nation, voulaient qu’on la déclarât à l’empereur pour ses actes d’hostilité non dissimulée et pour l’appui qu’il donnait aux rassemblements armés d’émigrés qui se formaient insolemment sur nos frontières. Robespierre, après un moment d’hésitation, se déclara énergiquement contre la guerre. Il sentait bien qu’elle était inévitable, et que même elle était en quelque sorte commencée, en ce sens que la coalition contre la France, nouvelle se nouait ouvertement ; mais il ne voulait pas qu’on devançât l’heure et qu’on se précipitât dans les aventures. Il redoutait les trahisons du pouvoir exécutif, non moins que le développement de l’esprit militaire, toujours funeste à la liberté. Théoriquement, il n’avait pas tort dans ses prévisions ; mais les circonstances étaient impérieuses et, dans l’état des choses, il était peut-être plus périlleux d’attendre que tous les préparatifs de l’ennemi fussent terminés, plus sage de se confier à la prudence de l’audace. Cette polémique soutenue contre les girondins, et particulièrement contre Brissot, envenima des haines mutuelles qui n’étaient encore qu’à l’état latent, et fut comme le prélude des combats meurtriers qui suivirent et qui eurent leur dénouement tragique en 1793. Combattu par Brissot, par Louvet, par Guadet et par la presse girondine, Robespierre, de son côté, traita fort cruellement ses adversaires, que son esprit soupçonneux lui représentait comme des ennemis de la Révolution.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Liens : Maximilien Robespierre (1758-1794) – Le Comité de Salut PublicMaximilien de Robespierre sur wikipedia

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décembre 22, 2007

ABBE GREGOIRE (1750-1831), COMTE D’EMPIRE

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Abbé Grégoire (1750-1831)

Grégoire, si acharné contre le clergé, qu’il voulait ramener à sa simplicité première, eût pu être pris pour un héros d’irreligion ; et Grégoire, quand les Révolutionnaires reniaient Dieu et abolissaient la prêtrise, faillit se faire massacrer en montant à la tribune pour y proclamer hautement ses sentiments religieux, et protester qu’il mourrait prêtre. Quand on détruisait les autels dans les églises, Grégoire en élevait un dans sa chambre, et y disait la messe chaque jour.

(Napoléon Bonaparte)

Grégoire (Baptiste-Henri, comte). Curé, législateur, et évêque constitutionnel, né à Vého (Meurthe), le 4 décembre 1750, de « Bastien Grégoire, tailleur d’habits, et de Marguerite Thiébault », mort à Paris le 26 mai 1831 ; après de très sérieuses études théologiques publia, en 1772, un Eloge de la poésie, couronné par l’académie de Nancy et fut nommé curé d’Embermesnil. Il fonda dans son presbytère une bibliothèque publique dans laquelle on pouvait puiser pour se perfectionner dans les arts et l’industrie. Elu, le 27 mars 1789, député du clergé aux Etats généraux par le bailliage de Nancy, il fut l’un des premiers à se joindre au tiers état, prêta le serment du Jeu de Paume, et, lors de de la séance royale du 23 juin 1789 fut du nombre des quelques députés qui, sous la présidence de Palasne de Champeaux, décidèrent de résister aux ordres de la cour, et formèrent le premier noyau du « Club breton« . Dans la nuit du 4 août, il fut un des plus ardents à voter l’abolition des privilèges et réclama suppréssion des annales, combattit le véto absolu du roi, se prononça pour la Constitution civile du clergé, puis prêta le serment civique. Lorsqu’il apprit l’arrestation du roi à Varennes, Grégoire demanda la mise en jugement immédiat, combattit ensuite le cens électoral « qui concentrait la représentation entre quelques citoyens riches et grands propriétaires ». Deux fois élu évêque constitutionnel dans la Sarthe et dans le Loir-et-Cher (1790), il opta pour Blois, et fut nommé, le 6 septembre 1791, l’un des administrateur du Loir-et-Cher, et le 3 septembre 1792, élu, par ce dernier département, membre de la Convention. Président de la députation chargée d’annoncer à l’Assemblée législative que la Convention était constituée, il appuya, le même jour, l’abolition de la royauté : « L’histoire des roi, dit-il, est le martyrologe des nations. » Le 8 octobre 1792, il écrivait une lettre particulière à un chef de bataillon, et on y lisait ce passage : « Tâchez de nous envoyer un jour, en don patriotique, quelque tête d’un Condé, d’un Artois, d’un Brunswick« , et devint président de la Convention. Lors du procès du roi, il était absent, il était alors commissaire de la Convention chargé d’organiser le nouveau département du Mont-Blanc et ne put prendre part au jugement, passa ensuite dans les Alpes-Maritimes pour organiser également le département. De retour à la Convention, il fut nommé membre du comité de l’instruction publique dont il devint le membre le plus actif. Lorsque l’évêque de Paris, Gobel, vint abjurer sa foi à la tribune de la Convention, Grégoire refusa absolument de le suivre : « Catholique par conviction et par sentiment, dit-il, prêtre par choix, j’ai été délégué par le peuple pour être évêque ; ce n’est ni de lui ni de vous que je tiens ma mission. On m’a tourmenté pour accepter le fardot de l’épiscopat, on me tourmente aujourd’hui pour me forcer à une abdication qu’on ne m’arrachera jamais ; j’invoque la liberté des cultes » ; devint ensuite membre de l’Institut (19 frimaire an IV). Elu, le 23 vendemiaire an IV, député au Conseil des Cinq-Cents, il y siégea jusqu’en germinal an VI, accepta le Coup d’Etat du 18 brumaire et entra au corps législatif le 4 nivôse an VIII, comme député du Loir-et-Cher ; le bruit ayant couru qu’il allait être créé cardinal, Grégoire répondit le 30 fructidor dans une lettre envoyée au député Bordes : « Croyez que cet ornement prétendu (le chapeau rouge) n’est pas réservé pour les têtes qui sont simultanément religieuses et républicaines. » Il entra au Sénat conservateur le 4 nivôse an X, fit partie de la minorité, protesta contre les tribunaux d’exception, vota avec deux autres sénateurs seulement contre l’établissement de l’Empire, parla seul contre le rétablissement des titres nobiliaires, se prononça contre le divorce de Napoléon et n’assista pas au mariage de Marie-Louise. Il avait été fait membre de la Légion d’honneur le 9 vendemiaire an XII, puis commandeur le 25 prairial suivant, il fut créé comte de l’Empire le 2 juillet 1808, son opposition ne se démentit pa un seul instant, et, en 1814, il rédigea d’avance un projet de déchéance des plus énergiques contre l’Empereur ; il fut tenu à l’écart par la première Restauration, ne reparut pas pendant les Cent-Jours, et fut exclu de l’Institut sous la seconde Restauration. En 1819, il fut élu, par le collège électoral de l’Isère, député de l’opposition ; cette élection déchaîna les passions contre-révolutionnaires, et les royalistes se vantèrent publiquement de l’exclure de la Chambre comme indigne. L’opposition presque incolore de cette époque n’osa pas le défendre ouvertement sous prétexte que Grégoire était resté républicain, elle l’engagea à donner spontanément sa démission ; il s’y refusa, et le 6 décembre la Chambre prononça l’annulation de son élection, mais sans la motiver. Ces royalistes, vis-à-vis de lui, ne désarmèrent pas, il se livrèrent contre lui à des attaques furibondes. Grégoire se défendit, écrivit au journal la Quotidienne, le 4 octobre 1820, et protesta contre l’épithète de régicide : « Le devoir de souffrir chétiennement n’ôte pas le droit de repousser la calomnie. J’étais absent aux quatre appels nominaux du procès de Louis XVI ; dans mon discours à la Convention, j’avais demandé la suppression de la peine de mort et que Louis XVI en profitât en tout premier. » La censure ayant mutilé sa lettre, il demanda justice, le 8 octobre, au ministre duc de Richelieu. « Mon âme inflexible se raidira toujours contre la calomnie, l’iniquité ; je suis comme le granit, on peut me briser, mais on ne me plie pas », puis il renonça à son titre de commandeur de la Légion d’honneur. Aux élections de 1824, le gouvernement ne voulut pas l’inscrire sur les listes électorales, malgré ses réclamations. Il se retira, dès lors, dans sa retraite d’Auteuil et resta en correspondance avec la plupart des savants de l’Europe. Le gouvernement de Juillet lui-même ne fit rien pour réparer les injustices du règne précédent. A son lit de mourant, Grégoire réclama les secours de la religion, l’archevêque de Paris exigea au préalable qu’il rétractât son serment à la Constitution civile du clergé. Grégoire se montra inflexible et refusa, mais l’abbé Guillon lui administra  quand même les sacrements. Après sa mort, l’Eglise lui refusa la sépulture ; l’administration d’alors fit porter son corps à l’Abbaye-au-Bois, où la messe fut célébrée par un prêtre étranger. Après la cérémonie, un certain nombre de jeunes gens dételèrent les chevaux du char funèbre, et trainèrent le cercueil à bras au cimetiere Montparnasse.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Abbé Grégoire sur Wikipedia

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LOUIS-MARIE DE LA REVELLIERE-LEPEAUX (1753-1824)

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Louis-Marie de La Révellière-Lépeaux (1753-1824), directeur

 

Il était de la très petite bourgeoisie ; petit, bossu, de l’extérieur le plus désagréable qu’on puisse imaginer, c’était un véritable Esope. Il n’avait ni l’habitude des affaires ni la connaissance des hommes. Du reste il était patriote, chaud et sincère, honnête homme, citoyen probe et instruit ; il entra pauvre au Directoire et en sortit pauvre. La nature ne lui avait accordé que les qualités d’un magistrat subalterne.

(Napoléon Bonaparte)

La Révellière-Lépeaux (Louis-Marie de). Avocat, législateur, et membre du Directoire, né à Montaigu (Vendée), le 24 août 1753, de « noble homme Jean-Baptiste de La Réveillière, bourgeois de la ville d’Angers, licencié ès lois, conseiller du roi, lieutenant juge au siège royal des traites de Montaigu, et de demoiselle Marie-Anne Maillochau », mort à Paris le 27 mars 1824 ; fut reçu avocat au parlement de Paris en 1775. Elu, le 20 mars 1789, député du Tiers aux Etats généraux par la sénéchaussée d’Anjou, il devint membre du comité de Constitution (6 juillet 1789), se prononça en faveur du drapeau tricolore (21 octobre), vota pour la non-réélection des députés à la Législative suivante, et fut élu, le 22 septembre, haut juré de Maine-et-Loire et l’un des administrateurs de son département. Le 5 septembre 1792, il fut élu par le Maine-et-Loire, membre de la Convention, et, dans le procès du roi, vota « pour la mort et contre le sursis ». Le 11 mars 1793, il combattit la motion de Danton, tendant à ce que la Convention choisit le ministère en son sein ; fut élu secrétaire le 30 mars et appuya le 3 avril la mise en accusation de Marat. Au 31 mai il prit la défense des Girondins, mais devant l’animosité et les violentes protestations de la Montagne contre son attitude quelque peu provocatrice, il sortit de la chambre, fut de ce chef, décrété d’arrestation et mis hors la loi. La Révellière eut la précaution de se réfugier à l’ermitage de Sainte-Radegonde, dans la forêt de Montmorency, et y resta caché un an, revint à Paris après le 9 thermidor et repris son siège à la Convention (18 frimaire an III), fit décréter, le 12 floréal, que les prêtres déportés, non sortis du territoire seraient traités comme des émigrés, devint président de la Convention le 1er thermidor, et fut membre du Comité de Salut public (15 fructidor). Le 20 vendemiaire an IV, il fut élu, par trente et un départements, député au Conseil des Anciens et opta pour le Maine-et-Loire, puis le 10 brumaire an IV, il fut élu membre du Directoire exécutif et le 15 thermidor en devint le président. Après les victoires de Lonato et de Castiglione, il envoya, le 1er fructidor, une lettre de félicitations à la citoyenne Bonaparte : « Permettez-moi, citoyenne, disait-il en terminant, de saisir cette occasion de vous dire que le général Bonaparte peut me compter au nombre de ses francs admirateurs, et que je fais les voeux les plus sincères pour que celle à laquelle il a lié son sort soit comblée d’autant de bonheur que lui-même est comblé de gloire. » Lors des élections de l’an V, qui amenèrent dans les conseils une majorité royaliste, La Révellière-Lépeaux fut un des instigateurs du coup d’Etat du 18 fructidor, devint ensuite membre de l’Institut (classe sciences morales et politiques), et seconda les efforts de Haüy pour établir une religion simple, destinée à la fois à remplacer l’ancien culte et à réveiller des idées religieuses dans le peuple ; c’est ce système préconisé par lui qui fut appelé du nom de Théophilanthropie, il n’en fut ni le père, ni même l’apôtre, il se contenta de l’approuver, mais n’assista pas aux réunions de la secte. Le 30 prairial an VII, il donna sa démission de membre du Directoire; depuis qu’il en était membre, il s’était attiré un grand nombre d’ennemis, entre autres Carnot qui l’appelait « puant et difforme, bilieux et naïf » ; il refusa de prêter serment à l’Empereur comme membre de l’Institut, malgré l’injonction formelle que lui avait été adressée, partit avec sa famille dans sa propriété, et envoya sa démission d’académicien. Il revint à Paris en 1809, et Fouché lui ayant fait offrir une pension, sous la seule condition qu’il la demanderait lui-même à l’Empereur, La Révellière-Lépeaux refusa net, et, pendant les Cent-Jours, n’ayant rempli aucune fonction publique, il ne fut pas contraint, comme ses anciens collègues régicides, de quitter la France lors de la seconde Restauration. Il a laissé des Mémoires de sa vie politique.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire su Dr Robinet)

Lien : Louis-Marie La Révellière-Lépeaux sur Wikipedia

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décembre 21, 2007

ROGER DUCOS (1747-1816)

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Roger Ducos (1747-1816), Directeur, puis Consul provisoire

Ce nain de Ducos, ce cul-de-jatte de Ducos, un homme borné et facile.

(Napoléon Bonaparte)

Ducos (Pierre-Roger, comte). Avocat, législateur, directeur et consul provisoire, né à Montfort (Landes), le 27 juillet 1747, de « maître Philibert Ducos, notaire royal et procureur au sénéchal et présidial de cette ville, et de demoiselle Jeanne-Marie Leclercq », mort à Ulm (Autriche) le 4 mars 1816 ; était avocat à Dax, quand il devint, sous la Révolution, président du tribunal criminel des Landes. Le 5 septembre 1792, il fut élu, par ce département, membre de la Convention et prit place à la Plaine ; dans le procès du roi, il vota pour « la mort », fut ensuite envoyé en mission en Belgique, et de retour, se prononça contre les Girondins, fut élu, en l’an II, président du club des Jacobins et secrétaire de la Convention le 2 frimaire de la même année. Le 23 vendemiaire an IV, il entra au Conseil des Anciens et devint président le 2 vendemiaire an V. Son mandat terminé, il reprit ses fonctions de président du tribunal criminel des Landes, puis devint, le 30 prairial an VII, membre du Directoire exécutif, en remplacement de Merlin de Douai, où il aida puissamment en cette qualité, à la réussite du coup d’Etat de brumaire et devint le collègue de Sieyès et de Bonaparte comme troisième consul provisoire. Le 22 frimaire suivant, il fut nommé membre du Sénat conservateur, fait membre de la Légion d’honneur le 9 vendemiaire an XII, et grand officier le 25 prairial suivant, puis créé comte de l’Empire le 28 mai 1808. L 2 juin 1815 il fut nommé pair des Cent-Jours. En 1816, il dut quitter le territoire français comme régicide, alla à Stuttgard et se rendait en Autriche pour y fixer sa résidence, quand sa voiture versa près d’Ulm, la roue lui ayant passé sur le corps, il mourut quelques instants après.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Roger Ducos sur Wikipedia

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novembre 29, 2007

PIERRE-LOUIS ROEDERER (1754-1835), COMTE D’EMPIRE

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Pierre-Louis Roederer (1754-1835), comte d’Empire

Plus on l’approche, plus on le respecte. On le trouve plus grand que soi quand il parle, quand il pense, quand il agit.

(Napoléon Bonaparte)

Roederer (Pierre-Louis, comte). Député pour le bailliage de Metz à la Constituante de 1789, membre du Sénat conservateur, pair des Cent-Jours et pair de France, né à Metz (Moselle) le 15 février 1754, mort à Paris le 17 décembre 1835 ; fils de « M. Pierre-Louis Roederer, avocat à la cour, conseiller du roi, substitut de M. le procureur général et de dame Marguerite Gravelotte » ; le 23 février 1780, conseiller du roy au parlement de Metz, ensuite conseiller au parlement de cette ville, membre de la Légion d’honneur le 9 vendemiaire an XII, commandeur de l’ordre le 25 prairial. A l’Assemblée nationale, il demanda, avec éloquence, la réforme de l’ordre judiciaire et l’institution du jury, la suppréssion des corporations et des jurandes, des distinctions et des titres nobiliaires, la liberté de la presse et l’égalité des droits politiques pour tous les citoyens. Membre du comité de constitution et des finances, il prit à l’élaboration des lois sur le timbre, les patentes la contribution foncière et mobilière, l’émission des assignats et la vente des biens du clergé. En novembre 1790, après la session, Roederer fut élu procureur général syndic de la commune de Paris, avec l’appui des Jacobins. Le 20 juin 1792, sa popularité fut compromise par le blâme qu’il infligea à cette journée, en cherchant à empècher l’envahissement du château : au 10 août, son assistance près de la cour, qu’il décida à se retirer au sein de l’Assemblée, fut condamnée par la Commune, qui décida de le faire arrêter. L’Assemblée s’y opposa. Mais il dut rentrer dans la vie privée et se consacra à la collaboration au Journal de Paris. Il disparut à la chute des Girondins, et ne rentra sur la scène politique qu’après le 9 thermidor. Il fut alors nommé professeur à l’école centrale et membre de l’Institut, mais n’échappa au 18 fructidor que grâce à la protection de Talleyrand. Il acclama le 18 brumaire, et devint conseiller d’Etat le 4 nivôse an VIII, plénipotentiaire en Suisse et en Hollande, puis membre du Sénat conservateur (an X), comte de l’Empire en 1808, prefet de l’Aube en 1814, puis écarté par la première Restauration. Malgré ses solicitations, les Cent-Jours le firent pair de France ; mais au retour de Gand, il fut privé de tous ses titres et fonctions. Louis-Philippe le rappela à la chambre des pairs en 1832.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Pierre-Louis Roederer sur Wikipedia

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novembre 2, 2007

EMMANUEL-JOSEPH SIEYES (1748-1836), COMTE D’EMPIRE

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Emmanuel-Josep Sieyès (1748-1836), comte d’Empire

Sieyès était l’homme du monde le moins propre au gouvernement mais essentiel à consulter, car quelquefois il avait des aperçus lumineux et d’une grande importance.

(Napoléon Bonaparte)

Sieyès (Emmanuel-Joseph), né à Fréjus (Var) le 3 mai 1748 de « Honoré Sieyès, bourgeois, et de damoiselle dame Anglès. » Chanoine en Bretagne (1775) ; vicaire général et chancelier de l’église de Chartres (1784) ; au mois de janvier 1789, il se signala à l’attention publique par des brochures politiques restées célèbres, dont celle : Qu’est-ce que le Tiers Etat ? Elu, au mois de mai suivant, député du tiers état de Paris aux Etats généraux, c’est lui qui éclaira la marche de l’Assemblée nationale dès son début, et qui rédigea la formule du Serment du Jeu de Paume. Président de cett assemblée le 10 juin 1790, membre du directoire du département de Paris en février 1791, l’abbé Sieyès refuse la candidature d’évêque métropolitain de Paris. Il fut une des forces, un des inspirateurs et des guides de l’ Assemblée constituante. Nommé membre de la Convention nationale le 8 septembre 1792, pour le département de l’Orne, de la Gironde et de la Sarthe, il opta pour le dernier. Il vota pour la mort sans surcis et appel dans le procès du roi, et abjura la prètrise en brumaire de l’an II. D’ailleurs, il siégea à La Plaine dans la nouvelle Assemblée et y eut un rôle infiniment moins considérable que dans la première : ayant concentré ici toute son action sur le point de se ménager et de se conserver ! Son action fut franchement rétrograde dans la dernière période de la grande Assemblée. Elu, le 23 vendemaire an IV au Conseil des Cinq-Cents par 19 départements, il opta encore pour celui de la Sarthe, refusa de faire partie du Directoire exécutif et du Ministère des affaires étrangères. Réélu, le 23 germinal an VII à la même Assemblée, par le département d’Indre-et-Loire, il se rapprocha du Directoire et soutint le 18 fructidor. En juillet 1798, il fut nommé ministre plénipotentiaire à Berlin. A son retour, devant l’avilissement du pouvoir, l’anarchie croissante, il sentit, comme tant d’autres, la nécessité d’une dictature militaire, et songea à Joubert, qui lui fut enlevé par le désastre de Novi. Il sortit alors du Directoire et prépara avec Bonaparte le coup du 18 brumaire. Mais devant l’ambition de celui-ci, i sortit du Consulat. Bonaparte le récompensa par de l’argent et des honneurs, lui donna la terre de Crosne et le fit comte de l’Empire, grand officier et grand-croix de la Légion d’honneur. Il n’en vota pas moins la déchéance de Napoéon en 1814, lequel el fit encore pair des Cent-Jours. Après la seconde Restauration, Sieyès s’exila à Bruxelles et ne rentra en France qu’après la Révolution de 1830. Il mourut à Paris à l’âge de 88 ans, le 20 juin 1836.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Emmanuel-Joseph Sieyès sur Wikipedia

PAUL BARRAS (1755-1829)

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Vicomte Paul Barras (1757-1829)

Barras était d’une haute stature, il parla quelquefois dans les moments d’orage et sa voix couvrait alors la salle. Ses facultés morales ne lui permettaient pas d’aller au-delà de quelques phrases. La passion avec laquelle il parlait l’aurait fait prendre pour un homme de résolution, mais il ne l’était point : il n’avait aucune opinion faite sur aucune partie de l’administration publique.

(Napoléon Bonaparte)

Barras (Paul-François-Jean-Nicolas, vicomte de), capitaine, législateur, et membre du Directoire, né à Fox-Amphoux (Var) le 30 juin 1755, de « François de Barras et d’Elisabeth Pourcely », mort à Chaillot (Seine) le 29 janvier 1829 ; entra dans l’armée comme sous-lieutenant au régiment de Languedoc, et partit en 1775 pour l’Ile de  France. Capitaine au régiment de Pondichéry, il  échappa à la capitulation de cette ville et, mécontent de la conduite des affaires dans les colonies, se décida à venir prendre sa résidence à Paris où il dissipa en peu de temps tout son patrimoine. Il se trouvait dans une triste position quand la Révolution éclata ; il l’accepta avec enthousiasme, prit part à la prise de la Bastille, voulut encore défendre le roi et la reine, lorsque le peuple envahit le palais des Tuileries, mais les abandonna quand il s’aperçut qu’ils étaient complètement perdus. Il s’affilia aux Jacobins et les poussa aux événements du 10 août ; il était administrateur du Var depuis le 31 août 1791, quand il devint haut juré à Orléans, puis commissaire à l’armée d’Italie et administrateur du comté de Nice. Le 7 septembre 1792, il fut élu par le Var membre de la Convention. Il siégea d’abord à la Montagne, vota la mort du roi et le 31 mai se prononça contre les Girondins. Nouvellement en mission à l’armée d’Italie, il se rendit à Toulon et Dugommier lui confia le commandement de l’aile gauche assiégeante. Revenu à Paris, il fut de ceux qui préparèrent le 9 thermidor ; chargé de défendre la Convention contre Henriot, qui commandait la garde nationale, il agit en conséquence, et lorsqu’il eut réuni assez de troupes, prit l’offensive, s’empara de l’Hôtel de Ville et put se saisir de Robespierre et de ses patisans. Après cette journée, Barras oublia qu’il avait siégé à la Montagne, se rapprocha des modérés, fut nommé secrétaire,  puis président de la Convention, et ensuite membre du Comité de sureté générale. Pour donner le change, il sut ou voulut contenter un peu tout le monde, en attaquant d’une part les émigrés et en faisant proclamer jour de fête publique l’anniversaire de la mort de Louis XVI ; et, d’autre part, en poursuivant les derniers montagnards (1er prairial) et en mitraillant les sections révoltées de Paris (13 vendemiaire). Il fut alors nommé général en chef par la Convention en s’adjoignant Bonaparte qu’il avait connu à Toulon.  En brumaire an IV, élu par le conseil des Anciens membre du Directoire exécutif, il alla habiter le palais du Luxembourg avec 150.000 francs d’appointements, devint alors le véritable chef du pouvoir exécutif, et put donner libre carrière à ses appétits de luxe et de jouissances :  » La cour de Barras, dit le Dictionnaire des Parlementaires, donna le ton à la jeunesse dorée » dont Mme Tallien fut la reine. Bonaparte y rencontra la veuve du général de Beauharnais ; Barras la lui fit épouser, et lui fit donner le commandement en chef de l’armée d’Italie. Les élections de l’an V ayant été favorables en majorité aux royalistes, les deux conseils conspirèrent contre les institutions existantes, Barras très résolu encore, décida la résistance, et le 18 fructidor, aidé par Augereau, surprit les Tuileries, fit arrêter Pichegru et Barthélemy, son collègue,  ainsi que tous les députés réactionnaires aux cris de : A bas les aristocrates ! mais très perplexe sur l’avenir du Directoire, qui était de plus en plus discrédité, il fit rompre les conférences ouvertes avec l’Angleterre au sujet de la paix, écrivit en secret à Pitt, assure-t-on , offrant d’accepter les conditions proposées en échange de 50 millions pour ses amis et pour lui, mais cette combinaison échoua ; et après le 3 prairial, qui fut une revanche contre le Directoire, Barras demanda à entrer en relation avec Louis XVIII ; il devait recevoir 12 millions. Le Dictionnaire des Parlementaires nous apprend encore que l’agent royal, le chevalier Tropez de Guérin, écrivit à Louis XVIII, : « Ce n’est pas une misérable conspiration qui se trame par des particuliers sans moyens, sans alentours ; c’est le chef du gouvernement, c’est l’homme presque assis à votre place qui vous l’offre. » Les négociations traînèrent en longueur du coté des royalistes, ce qui permit à Bonaparte de revenir en toute hâte d’Egypte, et de faire le 18 brumaire. Entre temps, Barras avait été élu député du Var au conseil des Cinq-Cents (germinal an VI). Le coup d’Etat de brumaire l’annihila complètement, sa carrière politique fut brisée ; il donna sa démission de député et se retira à Grosbois. Bonaparte lui fit offrir l’ambassade de Dresde, celle des Etats-Unis et le commandement de l’armée de Saint-Domingue, mais il refusa d’une façon catégorique toutes ces places, ce qui irrita profondément le Premier Consul. Barras prit alors la détermination de se retirer à Bruxelles, et comme cette retraite lui pesait, il demanda à plusieurs reprises de faire cesser cet état de choses. Il obtint enfin, en 1805, d’aller habiter à Marseille pour raison de santé. Il revint à Paris au retour des Bourbons, et on le laissa vivre tanquillement dans sa maison de Chaillot. Il fut le seul régicide excepté de la loi du 12 janvier 1816.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Paul Barras sur Wikipedia

octobre 31, 2007

LAZARE CARNOT (1753-1823), COMTE D’EMPIRE

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Lazare Carnot (1753-1823), comte d’Empire

Carnot était travailleur, sincère dans tout, sans intrigues, mais facile à tromper. Il montra toujours un grand courage moral. Il a été fidèle, probe, et toujours vrai.

(Napoléon Bonaparte)

Carnot (Lazare-Nicolas-Marguerite, comte), officier général, législateur et membre du Directoire, né à Nolay (côte d’Or), le 13 mai 1753, de « Claude Carnot, avocat et notaire, et de Marguerite Pothier », mort à Magdebourg (Prusse), le 2 août 1823 ; fut admis le 1er janvier 1771, à l’école du génie de Mézières, et en sortit le 1er janvier 1774, lieutenant en premier, fut promu le 14 décembre 1783 capitaine à l’ancienneté, et admis le 10 mars 1787 membre de l’Académie d’Arras. En 1791, il fut nommé président de la société des Amis de la Constitution et le 31 août de la même année élu député du Pas-de-Calais à la Législative, eut un début assez pénible, et fut soupçonné de trahison pour avoir proposé la démolition de la citadelle d’Arras ; d’abord incompris, il dut s’expliquer :  » une citadelle est une monstruosité dans un pays libre, un repaire de tyrannie contre lequel doivent s’élever l’indignation des peuples et la colère des bons citoyens. Je demande la destruction de toutes les bastilles du royaume ; voilà les vérités que vous n’avez pas voulu entendre. Eh ! Comment aurai-je été appuyé ? Je suis militaire, je parle peu, et je ne veux être d’aucun parti. » Reconnaissant leur erreur, les membres de la Législative revinrent à carnot et le nommèrent successivement au comité diplomatique, au comité d’instruction publique, et au comité militaire. Le 31 juillet 1792, nommé commissaire avec Gasparin et Lacombe Saint-Michel pour l’organisation du camp de Chalôns ; il montra une très grande activité et il était chargé de former une nouvelle armée quand le 6 septembre 1792, il fut réélu, par le Pas-de-Calais, membre de la Convention ; il fut envoyé en mission sur la frontière d’Espagne pour y organiser la défense. De retour à la Convention, il vota « la mort » dans le procès du roi, fut un des cinq membres envoyés en mission près de Dumouriez pour y instruire sa conduite et eut la chance de ne pas être arrêté avec ses collègues, n’étant pas avec eux à ce moment. Il put écrire alors à la Convention le 6 avril : « Dumouriez est presque abandonné et sera bientôt seul… » la situation de notre frontière devient plus rassurante. Il put ajouter : « Ainsi, cette nouvelle trame n’aura servi, nous l’espérons, qu’à l’humiliation des traîtres et la République en aura tiré le plus grand de tous les avantages, si cet évènement peut enfin guérir les Français de leur idolâtrie pour les individus et le besoin de pouvoir admirer sans cesse. » Et grace aux dispositions de Carnot, les revers que nos armées avaient éprouvés au commencement de la campagne de 1793, se changèrent en victoires. Un conseil présidé par Carnot, arrêta les dispositions de la bataille de Wattignies, qui fut gagnée le 16 octobre 1793. Le 10 juillet de la même année, il fut nommé membre du Comité de Salut public et chargé spécialement du bureau de la guerre ; très laborieux il y travaillait seize heures par jour, et du fond de son cabinet, mettait en mouvement les quatorze armées de la République. Ses travaux d’organisation militaire ne l’empèchaient pas du reste de s’occuper en même temps des questions purement politiques, il devint en l’an II, président de la Convention. On lui doit, en grande partie, la réunion de la Belgique à la France. Il eut un moment des dissentiments avec son collègue du Comité de Salut public Robespierre et ne voulut jamais faire partie du club des Jacobins. Cependant la réaction thermidorienne voulut envelopper Carnot dans la chute de Robespierre, mais celui-ci objecta : « Un seul fait répondra, ce me semble, pour les prévenus : c’est que la France était aux abois lorsqu’ils sont entrés au Comité de Salut public et qu’elle était sauvée lorsqu’ils en sont sortis. » Carnot s’associa ensuite à la création de l’Ecole polytechnique, à la réorganisation de l’Ecole de Metz, à l’établissement du Conservatoire des arts et métiers et du Bureau des longitudes, du système uniforme des poids et mesures ; entra à l’Institut qu’il avait contribué à fonder en l’an III. Le 23 vendemiaire an IV il entra au Conseil des Anciens et fut nommé membre du Directoire exécutif. Les élections de l’an V ayant amené une majorité royaliste dans les deux conseils, trois des directeurs opinèrent pour un coup d’Etat. Carnot s’y étant opposé avec son collègue Barthélemy fut compris dans un arrêt de proscription après le 18 fructidor, il réussit à s’échapper et gagna la Suisse. Il fut déclaré déchu de ses fonctions de Directeur, de son siège de député et de celui de l’Institut. Après le 18 brumaire Bonaparte le nomma ministre de la guerre : il réorganisa l’administration militaire, fit transférer aux Invalides les cendres de Turenne, créa la Tour d’Auvergne premier grenadier de la République. Bonaparte ne tarda pas à prendre ombrage de Carnot et celui-ci donna sa démission de ministre le 13 vendemiaire an IX. Le Sénat l’ayant élut membre du Tribunat il fut, dans cette Assemblée, un des rares opposants à Bonaparte ; il combattit l’institution de la Légion d’honneur et le Consulat à vie ; et sur ce dernier point, quand on vint au vote Carnot écrivit sur le registre : « Dussé-je signer ma proscription, rien en saurait me forcer à déguiser mes sentiments. Non. CARNOT. » Et quand on vint au vote pour proclamer Bonaparte empereur, Carnot prononça les paroles suivantes :  » Quelques services qu’un citoyen ait pu rendre à sa patrie, il est des bornes que l »honneur autant que la raison imposent à la reconnaissance nationale. Si ce citoyen a restauré la liberté publique, sera-ce une récompense à lui offrir que le sacrifice de cette même liberté ? Le dépot de la liberté a été confié à Bonaparte ; il avait juré de la défendre. En tenant cette promesse, il eut rempli l’attente de la nation, il se fut couvert d’une gloire incomparable. Je vote contre la proposition. » Après la suppression du Tribunat, Carnot se retira à l’écart. La chute de 1814 vint le surprendre dans son domaine de Presles. Ayant appris la bataille de Bar-le-Duc, le 24 janvier, il écrivit à Bonaparte et lui offrit ses services. C’est alors qu’il fut chargé de la défense d’Anvers et sauta de grade en grade à celui de général de division, fit beaucoup de mal à l’ennemi dans sa défense et détruisit en grande partie leurs travaux. Après l’abdication de l’Empereur, Carnot adhéra aux actes du gouvernement provisoire et fut nommé inspecteur général du génie. Pendant les Cent-Jours, croyant à la sincérité de Napoléon, espérant voir les libertés rétablies en France il accepta le poste de ministre de l’intérieur et la dignité de pair de France, puis se laissa créer comte de l’Empire. Après avoir combattu le projet d’une seconde abdication, il proposa, le 20 juin 1815, dé déclarer la patrie en danger et d’appeler aux armes les gardes nationales de France. il fut nommé pour quelques jours, membre de la Commission provisoire, pour l’exercice du pouvoir exécutif. Au retour définitif des Bourbons, il dut s’expatrier en vertu de la loi sur les régicides, et alla se fixer à Magdebourg où il mourut en 1823.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Lazare Carnot sur Wikipedia

octobre 3, 2007

BERNARD-HUGUES MARET (1763-1839), DUC DE BASSANO

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Hugues-Bernard Maret (1763-1839), duc de Bassano

Bassano et Caulaincourt, deux hommes de coeur et de droiture.

(Napoléon Bonaparte)

Maret (Bernard-Hugues, duc de Bassano), avocat , ambassadeur, secrétaire général des Consuls, ministre et législateur, né à Dijon (Côte d’Or) le 22 juillet 1763, de « Hugues Maret, docteur médecin, et de Jeanne Malechard », mort à Paris, le 13 mai 1839 ; était avocat quand il vint à Paris, s’intéressa au mouvement révolutionnaire et assista assidûment aux séances de la Constituante et en publia un récit fidèle sous le nom de Bulletin de l’Assemblée. Panckoucke, à peu de temps de là, lui proposa d’effectuer ce travail dans les colonnes du Moniteur ; ce qui fut l’origine du Journal Officiel. Dans son bureau de rédaction, il fit la connaissance de Bonaparte, logé, comme lui, à l’hôtel de l’Union, entra dans la Société des Amis de la Constitution ou des Jacobins, mais en sortit après l’affaire du Champs-de-Mars, puis contribua à la création du club des Feuillants. Lorsque Lebrun devint ministres des Relations extérieures, Maret entra dans ses bureaux avec une place de directeur et disparut à la chute des Girondins, mais devint, en juillet 1793, ambassadeur à Naples. Il se rendit à son poste accompagné de Sémonville qui lui, allait à Constantinople, quand ils furent tous les deux arrêtés en Piémont par les Autrichiens. Conduits à Mantoue, puis à Brunn, où ils subirent trente mois de captivité, ils ne furent remis en liberté qu’en échange de la fille de Louis XVI. Maret revit Bonaparte à son retour d’Egypte et ils renouèrent leurs anciennes relations. Il devint après le 18 brumaire, secrétaire général des Consuls, et, jusqu’en l’an X, il partagea avec Bourrienne les fonctions de ce poste de confiance, mais après la disgrâce de son collègue, il cumula les fonctions de secétaire d’Etat et de chef de cabinet, fut fait membre de la Légion d’honneur le 9 vendemiaire an XII et grand officier le 25 prairial suivant, puis grand aigle le 2 février 1805. Il accompagna l’Empereur en Allemagne et en Pologne et prit part à la rédaction du traité de Presbourg, et aux conférences de Tilsitt, d’Erfurt et de Bayonne. Le 3 mai 1809, il fut créé comte de l’Empire, et duc de Bassano le 15 août de la même année. Nommé le 17 avril 1811, ministre des Affaires étrangères, au moment de la rupture avec la Russie, il fut chargé de négocier avec la Prusse et l’Autriche un traité d’alliance offensive et défensive, suivit la retraite depuis Moscou et rédigea, en 1813, les ordonnances qui réglaient l’organisation de la garde nationale et la levée de 350.000 hommes. Il se démit le 19 novembre 1813 de son portefeuille des Affaires étrangères mais resta le confident de l’Empereur, qu’il accompagna pendant la Campagne de 1814, et qu’il ne quitta qu’à Fontainebleau. Il reprit, pendant les Cent-Jours, ses fonctions de ministre d’Etat, et fut nommé pair de France le 2 juin 1815. Au retour de Gand, Maret fut compris dans l’ordonannce du 24 juillet, et se retira à Lintz, puis à Gratz. A cette même époque, il fut exclu de l’Académie française, dont il faisait partie depuis l’an XI. Il ne revint à Paris qu’en 1820, et on le vit reparâitre à la vie politique qu’après la Révolution de 1830. Louis-Philippe le nomma pair de France le 19 novembre 1831 ; il devint, en novembre 1834, ministre président du Conseil, mais il fut à peine installé qu’une nuée de créanciers vint pratiquer des saisies-arrêts sur son traitement ; ce qui abrégea la durée de son ministère, qui ne vécut que trois jours. Il se retira alors, ne se mêlant plus de politique active.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Bernard-Hugues Maret sur Wikipedia