août 30, 2007

NAPOLEON ET LES ADIEUX DE MALMAISON

Posted in Empire, Napoléon tagged , , , , , , , , , à 7:48 par napoleonbonaparte

Façade du Château de La Malmaison

Je crois que la nature m’avait calculé pour les grands revers ; ils m’ont trouvé une âme de marbre, la foudre n’a pas mordu dessus, elle a dû glisser.

(Napoléon Bonaparte)

    Vaincu à Waterloo, Napoléon arrive directement à l’Elysée au matin du mercredi 21 juin 1815 et se résout à abdiquer pour la seconde fois en faveur de son fils Napoléon II, le lendemain 22 au début de l’après-midi. Mais il ne peut rester ainsi indéfiniment à Paris ; les ministres souhaitent le voir s’éloigner de la capitale, sa présence déclenchant l’enthousiasme et des acclamations continuelles de la part de la population parisienne. Après avoir longuement hésité, l’Empereur prend le parti de se rendre à Malmaison afin d’y attendre la réponse à la demande des passeports faite pour aller aux Etats-Unis d’Amérique où il avait décidé de se retirer définitivement.
    Pensant que Malmaison appartenait à Hortense, alors que dans le partage des biens de l’impératrice Joséphine, le domaine était tombé dans le lot de son frère, le prince Eugène, Napoléon lui demande une hospitalité que l’ancienne reine de Hollande s’empresse de lui accorder, en dépit des risques qu’il y avait pour elle à s’identifier au sort de l’empereur déchu. Courageusement, elle fait cacher ses deux fils chez sa marchande de bas, pensant qu’ils seraient plus à l’abri chez une personne de condition modeste, et accourt à Malmaison afin d’y recevoir celui qu’elle avait toujours considéré comme son père. Elle lui affecte toute l’aile sud du château comprenant au rez-de-chaussée la salle à manger, la salle du conseil et la bibliothèque et à l’étage, l’appartement qu’il occupait avant le divorce, tandis qu’elle se réserve l’aile nord, habitant son propre appartement au premier et faisant du salon de musique sa salle à manger.
    Tout est prêt lorsque l’Empereur arrive le dimanche 25 vers une heure et demi de l’après-midi dans la cour du château, une heure après avoir quitté l’Elysée. Trois cents grenadiers et chasseurs, renforcés par quarante dragons de la garde assurent sa sécurité et son service d’honneur ; ils sont commandés par le général Beker qui avait été affecté à cette mission par le Gouvernement provisoire, plus pour surveiller sa personne que pour veiller au respect qui lui est dû ; les consignes venaient de Fouché qui avait signifié à Davout, alors ministre de la Guerre, qu’au cas où Napoléon ne se décide pas à partir pour se rendre à l’île d’Aix, « vous devez le faire surveiller à Malmaison, de manière à ce qu’il ne puisse s’en évader. En conséquence, vous mettrez à la disposition du général Beker la gendarmerie et les troupes nécessaires pour garder les avenues qui aboutissent de toutes parts à Malmaison ». Quand Beker se trouva en face de l’Empereur, il ne put s’empêcher de pleurer et Napoléon lui dit : « Rassurez-vous, général, je suis bien aise de vous voir près de moi ; si l’on m’avait laissé le choix d’un officier, je vous aurais désigné de préférence, puisque je connais depuis longtemps votre loyauté ». Beker fit en effet tout son possible pour remplir sa mission de la manière qui fut la moins désagréable pour l’Empereur.
    A peine arrivé à Malmaison, Napoléon s’étonne d’y rencontrer si peu de monde, confiant à Gourgaud : « Eh bien, je ne vois pas un de mes aides de camp ! » ; c’est que bien des gens que l’on voit dans la prospérité vous abandonnent dans l’adversité, lui répond celui-ci. Il faut attendre le soir pour que le service s’organise un tant soit peu, Bertrand, Savary, Montholon, Gourgaud et Lallemand faisant office d’aides de camp, tandis que Résigny et Planat tiennent le rôle des officiers d’ordonnance, Montaran celui de l’écuyer, Las Cases celui de chambellan et Sainte-Catherine d’Audiffredi, jeune parent martiniquais de Joséphine, celui de page. Seuls les services de la bouche et de la chambre ont suivi l’Empereur déchu et sont les mêmes qu’à Paris. Deux autres généraux, Piré et Chartrand, étaient bien venus aussi à Malmaison, mais c’était uniquement pour demander de l’argent à l’Empereur, arguant qu’il leur fallait des moyens pour fuir, que l’échafaud attendait ceux qui, les premiers, s’étaient dévoués à sa cause et ils menaçaient de se brûler la cervelle s’il refusait ! Au regard de leur fidélité et devant leur obstination, il finit par accéder à leur demande, mais ceux-ci revinrent mécontents de Paris, ayant trouvant insuffisante la somme de 10 000 francs qui leur avaient été allouée! Ce même soir, l’Empereur reçoit trois de ses frères, les princes Joseph, Lucien et Jérôme, le quatrième, Louis, s’étant retiré en Italie ; ils sont rejoints par Maret duc de Bassano et par le comte de Lavalette. Enfin à onze heures du soir, l’Empereur regagne son appartement du premier étage où il se couche, tous les hommes présents ayant décidé de veiller en cas de tentative d’enlèvement de Napoléon par les royalistes.
    Les trois jours qui suivirent furent des journées très actives et bien remplies, tant on craignait que l’on attentât à la vie de l’Empereur. Le lundi 26, à onze heures du matin, se promenant seul dans les jardins, il fait chercher Hortense avant de recevoir les fidèles venus de Paris. C’est l’instant de la rêverie et du souvenir ; ces lieux lui rappellent tant de jours heureux qu’il ne peut s’empêcher de se confier à sa fille adoptive : « Cette pauvre Joséphine ! Je ne puis m’accoutumer à habiter ce lieu sans elle ! Il me semble toujours la voir sortir d’une allée et cueillir ces plantes qu’elle aimait tant ! Pauvre Joséphine ! ». Arrivent alors ses frères qu’accompagne leur mère, Letizia, qui semble fort abattue. Tout le monde se retrouve au salon où les attendent les fidèles qui l’accompagneront jusqu’à la fin, La Bédoyère, Flahaut, Savary accompagné de sa femme qui évoque l’éventualité d’un complot royaliste dont le but est d’assassiner l’Empereur. Le soir, on retrouve au salon Maret accompagné de plusieurs dames dont la belle comtesse Duchâtel qui retint, dit-on, un instant l’attention du maître, la charmante Mme Regnault de Saint-Jean d’Angély venue dire que l’on conspirait contre l’Empereur et que Fouché était à la tête du complot, la comtesse Walewska accourue à l’appel du malheur comme elle l’avait déjà fait l’année précédente à l’île d’Elbe et l’épouse de Caulaincourt, devenue enfin duchesse de Vicence au moment de la première Restauration, Napoléon n’ayant jamais autorisé le mariage de son ministre des relations extérieures avec une femme divorcée. Est-ce ce jour-là ou un autre qu’il voit pour la première fois le jeune Léon, cet enfant d’ Eléonore Denuelle de la Plaigne, dont il avait longtemps douté être le père ; sa ressemblance avec le roi de Rome, que confirme Hortense, le convainc de sa paternité et le décide à assurer son avenir. Désirant mettre également de l’ordre dans ses affaires, et avant de quitter la France, il fait venir son notaire Me Noël accompagné du baron Peyrusse, Trésorier général de la Couronne pendant les Cent-Jours, qu’il fait son « mandataire général et spécial » afin de vendre une inscription au Grand Livre lui appartenant. Il semble que ce soit ce même soir qu’il convoque dans sa bibliothèque, pour huit heures et demi, le banquier Jacques Laffitte ; il s’agit de lui confier les débris de sa fortune. Napoléon s’approche de son secrétaire, en retire un gros paquet de billets de banque et lui dit : « Tenez, voici huit cent mille francs, je vous enverrai cette nuit dans un fourgon trois millions en or. M. de Lavalette et le prince Eugène vous remettront douze cents mille francs ; je fais remettre de plus dans votre calèche mon médailler, c’est tout ce qui me reste. Vous me garderez ça ». Puis, pendant les deux heures que dure l’entretien, la conversation roule sur son éventuel départ pour les Etats-Unis, sur le commerce de ce pays, sur les moeurs de ses habitants et leur manière de vivre, concluant : « Au total, c’est un pays assez ennuyeux à habiter ». A onze heures, Laffitte, craignant d’abuser des moments de l’Empereur, met fin à la conversation et sort de cet entretien les yeux mouillés de larmes. Comme pour la nuit précédente, les hommes décident de veiller, inquiets d’une éventuelle attaque.
    Le lendemain matin mardi 27, à l’aube, Las Cases arrive accompagné de Decrès, le ministre de la Marine, auquel il était très lié ; les deux hommes se tutoyaient, tous deux ayant été officiers de marine avant la Révolution. Decrès vient apporter le texte d’un arrêté daté de la veille et signé par Fouché par lequel le gouvernement provisoire donne bien l’ordre pour que deux frégates du port de Rochefort soient armées afin transporter Napoléon aux Etats-Unis, mais il est stipulé qu’elles ne pourront quitter la rade avant l’arrivée des sauf-conduits demandés à l’Angleterre. Prenant à juste titre cette restriction pour un piège et se méfiant d’une probable duplicité de Fouché, Napoléon décide de renoncer à son voyage par crainte que les passeports annoncés ne parviennent à Rochefort ; il est fermement déterminé à les attendre à Malmaison.
    C’est le lendemain, mercredi 28, que Flahaut va signifier à la commission du Gouvernement cette décision de l’Empereur, ce qui ne laisse pas d’effrayer Fouché dont le but est un départ immédiat de Malmaison. La fermeture des barrières de Paris et la barricade élevée au pont de Neuilly rendent d’ailleurs les communications beaucoup plus incertaines avec Malmaison ; malgré ces difficultés d’accès, les fidèles se pressent encore aux portes du petit château. En plus de ceux que leur service appelle auprès de l’Empereur, on voit arriver Méneval, Talma, puis Corvisart qui remet à Napoléon un petit flacon renfermant un poison violent que Marchand a pour mission d’attacher aux vêtements de son maître. Devant l’avance des Prussiens qui approchent de Gonesse, le ministre de la Guerre, Davout, donne l’ordre de faire sauter les ponts de Chatou et de Bezons afin de garantir Malmaison d’un coup de main. Le soir, avant de se coucher, l’Empereur fait venir l’ancien valet de chambre de Joséphine, Pierre-Joseph Frère, et il se remémore les jours heureux de Malmaison : « C’est très beau Malmaison, c’est un beau lieu ; Joséphine a bien dépensé de l’argent et il n’y a pas de maison ; j’ai bien crié contre elle dans le temps…. tout lui plaisait ; j’ai rencontré en Italie des caisses encore pour elle, des bêtises, des pierres, des drogues, il y en avait pour trois cents mille francs. Malmaison coûte fort cher d’entretien. Je parie que cela va à cinquante mille francs ». A Paris pendant ce temps, et face à l’urgence, à neuf heures du soir, Fouché amène la commission du Gouvernement à abandonner la clause restrictive de l’arrivée des sauf-conduits ; les frégates sont donc mises à la disposition de l’Empereur et plus rien ne fait désormais obstacle à son départ.
    C’est le jeudi 29, entre trois et quatre heures du matin, que Decrès, accompagné de Boulay de la Meurthe qui avait été appelé à la Justice par la Commission, arrivent à Malmaison pour signifier cette décision à Napoléon. Sans faire aucune objection, il leur promet de se mettre en route le jour même. En effet, dès neuf heures du matin, il fait venir son frère Joseph, Flahaut, Lavalette et Maret pour leur annoncer son départ imminent. Mais devant les cris répétés de « Vive l’Empereur » scandé par les troupes passant à proximité, Napoléon fait appeler le général Beker et lui demande de se rendre immédiatement à Paris auprès de la Commission afin de prendre le commandement de l’armée, non plus comme empereur, mais comme simple général, afin de battre les Prussiens, puis de se retirer définitivement de la scène politique. Subjugué par les paroles de l’Empereur, Beker arrive aux Tuileries à midi, mais Fouché, irrité et prenant la décision seul, sans un geste de ses collègues restés sombres et taciturnes, exige un départ immédiat pour Rochefort en prétextant que les Prussiens marchent sur Versailles. Le retour de Beker à Malmaison vers deux heures de l’après-midi annonce la fin. Napoléon s’achemine alors vers la chambre de l’Impératrice, seul afin de s’y recueillir et en sort les yeux gonflés de larmes avant de faire ses adieux à ses proches dans la bibliothèque ; c’est d’abord Hortense qui lui remet son beau collier de diamants d’une valeur de 200 000 francs, pensant qu’il lui serait utile dans l’adversité, puis Mmes de Vicence, Caffarelli et Walewska ; il reçoit ensuite ses proches, le roi Joseph et sa mère, ignorant qu’ils se voient pour la dernière fois. A 17 h 30, en habits bourgeois, Napoléon monte dans une calèche jaune attelée de quatre chevaux, accompagné du général Beker, de Bertrand et de Savary, puis par une porte située au fond du parc, il rejoint la grande route de Paris à Rochefort. Malmaison avait vu, ce jour-là, se dérouler sa dernière grande page d’histoire.

2 commentaires »

  1. Duc said,

    Bonjour,

    Qui saurait si des Pozzo di Borgo se seraient installés à la Martinique (Etienne Antoine Pozzo)

    Merci par avance.

    • pareti said,

      Je cherche aussi un ascendant Pozzo di Borgo (apparement un frère du Duc Charles-André, qui aurait fuit la révolution), qui aurait eu une fille avec une Caraibe. Cette fille prénommée Guillaumine aurait eu 3 fils avec un De Poujade. De votre coté avez-vous quelque information sur le sujet?
      merci de me répondre.


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