mars 3, 2008

LOUIS XVIII (1755-1824) – ROI DE FRANCE (1814-1824)

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Louis XVIII (Louis Stanislas Xavier de Bourbon), Roi de France (1814 - 1824)

S’ils sont sages, les Bourbons ne changeront que les draps de mon lit ; ils se serviront des hommes que j’ai formé. Ceux qui les entourent ne sont que des passions et des haines habillées.

(Napoléon Bonaparte)

LOUIS XVIII (Louis-Stanislas-Xavier), né à Versailles le 16 novembre 1755, mort le 26 septembre 1824. Il était petit-fils de Louis XV et frère puîné de Louis XVI, comme, le comte d’Artois (Charles X). Il porta d’abord le titre de comte de Provence, et fut marié en 1771 à Marie-Joséphine-Louise de Savoie. A l’avènement de Louis XVI, il prit, suivant les usages de la monarchie, le titre de Monsieur, dévolu au frère aîné du roi. D’un esprit médiocre et étroit, comme ses frères, il avait cependant l’intelligence moins épaisse et profita mieux qu’eux de l’instruction, d’ailleurs assez bornée, qui leur fut donnée sous la direction de La Vauguyon. Ce fut le lettré de la famille ; toute sa vie il afficha des prétentions littéraires plus ou moins justifiées. Il avait du moins le goût des lettres et il aimait à s’entourer de ceux qui les cultivent. Mais il était aussi fort pédant. A son arrivée en France, Marie-Antoinette fut frappée de ce caractère, et sa correspondance en contient plusieurs témoignages. Le portrait qu’elle donne du comte de Provence est celui d’une sorte de régent de collège, se tenant dans sa cravate et reprenant tout le monde avec un ton de dédaigneuse supériorité. « Je n’ose parler devant lui, dit-elle, depuis que je l’ai entendu, à un cercle, reprendre, pour une petite faute de langue, la pauvre Clotilde (sa soeur), qui ne savait où se cacher. » II y avait entre lui et la dauphine une antipathie qui ne fit que s’accroître avec le temps. Devenu le second personnage du royaume à l’avènement de Louis XVI, il manifesta des prétentions à se mêler des affaires de l’Etat, qui le mirent plus d’une fois en désaccord avec la reine. Il réunissait chez lui une société choisie de littérateurs et de publicistes, et se faisait le centre d’un petit groupe de frondeurs et d’opposants, parmi lesquels on peut citer Ducis, qui était secrétaire de ses commandements, Target, Arnault, Bulhières, Doyen, le marquis de Bièvre, l’abbé de Lattaignant, Laporte du Theil, etc.. Lors de la première Assemblée des notables (1787), il eut la présidence de l’un des sept bureaux et contribua à la chute de Calonne. Dans la deuxième, qui eut lieu l’année suivante, il se prononça avec son bureau pour la double représentation du tiers aux états généraux et refusa de signer la protestation des princes contre la convocation de ces états qui allaient être la Constituante. Cette conduite le rendit fort populaire. On ne peut pas dire cependant qu’il eût le moindre attachement sérieux pour les principes de la Révolution ; seulement, avec le bon sens pratique qui est quelquefois le partage des intelligences moyennes, il sentait bien que l’ère de la monarchie absolue était close. En outre, comme tous les cadets de maison princiers et les collatéraux, il songeait aux éventualités de l’avenir et n’était pas fâché de se ménager un point d’appui sur une ombre de popularité. Après la grande journée du 14 juillet, il ne suivit point les princes dans l’émigration et resta auprès de la famille royale, prodiguant facilement des conseils qui n’étaient pas toujours bien accueillis. Cependant, après les journées d’octobre, Louis XVI le nomma secrètement lieutenant général du royaume, pour le cas où lui-même se trouverait empêché. Jusqu’à quel point le comte de Provence trempa-t-il dans la conspiration de Favras et quel était le but réel de ce complot ? C’est un problème qu’il serait tissez difficile de résoudre en l’absence de documents positifs. Il est certain que Favras était un de ses hommes, et il est fort probable qu’il agissait pour lui. Le plan était, dit-on, de surprendre l’Hôtel de ville, de tuer La Fayette et Bailly, de dompter la Révolution et de faire donner la régence à Monsieur. L’arrestation de Favras, les bruits qui coururent, l’éclat de cette affaire effrayèrent fort le comte de Provence, qui fit la démarche singulière d’aller se justifier devant le conseil de la Commune de Paris ; renier Favras, et faire une parade hypocrite de ses sentiments populaires et de son amour de la liberté. Flattés de cette manœuvre habile du premier prince du sang, les magistrats municipaux, qui d’ailleurs n’avaient pas qualité pour recevoir un tel acte, accueillirent cette justification avec des acclamations enthousiastes. Monsieur se trouvait ainsi amnistié par la grande autorité populaire, la municipalité de Paris. Devant l’histoire, il n’a jamais été bien justifié. Favras marcha au supplice sans trahir son secret. Ses papiers, recueillis par le lieutenant civil, furent, suivant La Fayette, remis plus tard par la fille de ce magistrat à Louis XVIII, qui s’empressa de les brûler. Lors du départ de Mesdames pour l’émigration (février 1791), le comte de Provence, interrogé par une députation populaire sur les projets de départ qu’on lui supposait, jura habilement qu’il ne se séparerait jamais du roi ; réponse pharisaïque, comme le prouva l’événement. Dans la nuit du 20 au 21 juin de la même année, il quitta le palais du Luxembourg, sa résidence en même temps que la famille royale sortait secrètement des Tuileries. Plus heureux que les membres de sa famille qui furent arrêtés à Varennes, Monsieur, qui avait suivi une autre route, atteignit Bruxelles au moyen d’un vieux passeport anglais, qu’il avait gratté et falsifié de sa propre main. Il a donné lui-même le récit de sa fuite dans un écrit qui eut plusieurs éditions en 1823 : Relation d’un voyage de Bruxelles à Coblentz. Dans l’émigration, il joua le même rôle que le comte d’Artois et ne fut occupé, pendant plus de vingt-deux ans, que d’intrigues et de complots contre la France. Etabli d’abord dans un château près de Coblentz, il reçut de Louis XVI de pleins pouvoirs pour agir comme lieutenant général du royaume, fut un des instigateurs de la déclaration de Pilnitz, refusa d’obéir aux décrets sur les émigrés et de rentrer en France, et fut déclaré par l’Assemblée nationale déchu de ses droits à la régence. Au commencement de la guerre, qu’il avait contribué à allumer par ses sollicitations auprès des princes étrangers, il prit avec le comte d’Artois quelque part aux opérations de l’armée de Condé, eu même temps qu’il expédiait dans diverses parties de la France des agents royalistes pour fomenter la guerre civile. Apres la révolution du 10 août, les princes entrèrent en France derrière les armées étrangères ; mais, bien qu’ils commandassent un corps d’émigrés et de mercenaires, ils ne jouèrent qu’un rôle insignifiant pendant cette campagne et durent, après Valmy, battre en retraite avec les Prussiens, fort indignés qu’on n’eût pas écrasé du premier coup la France et la Révolution. Bientôt ils furent obligés de licencier leur petite armée. Retiré en Westphalie, il prit le titre de régent après le supplice de Louis XVI, et proclama devant quelques émigrés le dauphin roi de France, sous le nom de Louis XVII. Il prit d’ailleurs au sérieux sa qualité de régent in partibus, expédia des lettres patentes, des croix de Saint-Louis, nomma le comte d’Artois lieutenant général du royaume, eut un conseil, un ministère, une maison, des gardes, etc. Enfin, après la mort du jeune prince, il s’affubla de la qualité de roi de France et de Navarre, par la grâce de Dieu. A dater de ce moment, il régna sur nous avec le plus grand sang-froid, sans que la France s’en doutât ; il eut de plus en plus des capitaines des gardes, des premiers gentilshommes de la chambre, une maison civile et militaire, etc. Ces manies étaient assurément fort innocentes, mais elles n’indiquaient pas une grande force de tête ni une intelligence bien nette des hommes, des choses et du temps. On sait aussi que, fidèle à son système, il prétendait en 1814 dater son règne du jour de la mort de Louis XVII. Il est bon de rappeler que, comme tous les émigrés de marque, il était soudoyé par les puissances étrangères et qu’il vécut des subsides de l’Angleterre, de la Russie et autres. Il était à Vérone lors de la campagne de Bonaparte en Italie et dut s’éloigner sur l’invitation du sénat de Venise. Il se retira à Blankenbourg, dans le duché de Brunswick, puis à Mittau (Courlande), enfin à Varsovie, successivement délogé de tous ses asiles par lus victoires de la grande République. Avec l’or de l’étranger, il entretenait en France des agences royalistes, des officines de complots, forma divers projets pour venir se mettre à la tète de ses partisans, soit dans Toulon révolté, soit en Vendée, mais en définitive se borna toujours à combattre de loin et par correspondance. En 1803, le premier consul lui fit proposer de renoncer pour lui et sa famille à la couronne de France, en échange d’une riche compensation pécuniaire et d’indemnités territoriales en Italie. A cette ouverture singulière, le prince répondit avec assez de dignité qu’il ne transigerait jamais sur ses droits, et que le premier consul les établirait lui-même par sa démarche, s’ils pouvaient être litigieux. D’ailleurs, il témoignait quelque intérêt à Bonaparte, lui savait gré de plusieurs actes d’administration, car il était disposé à tenir compte du bien qu’on ferait à son peuple, etc. Bonaparte se le tint pour dit. Lors de la proclamation de l’Empire, le prétendant, fidèle à son rôle, protesta solennellement contre cette usurpation de ses droits ; il renvoya même sa décoration de la Toison d’or au roi d’Espagne, qui, bon gré mal gré, avait reconnu Napoléon, et renonça en outre à la pension qu’il recevait de cette puissance. Ses espérances de restauration ne paraissaient pas alors près de se réaliser. La Vendée était pacifiée ; ses négociations avec Pichegru avaient été définitivement éventées par l’arrestation de celui-ci ; ses tentatives de corruption sur les hommes publics n’avaient, en fin de compte, produit aucun résultat ; toutes les conspirations nouées sous le Directoire avaient échoué ; enfin l’avènement de Bonaparte, son affermissement comme empereur ne paraissaient guère de nature à avancer les affaires de la maison de Bourbon. En 1807, après la paix de Tilsit, Louis transporta sa royauté nomade en Angleterre, le continent européen étant presque entièrement asservi à l’influence de Napoléon. Il éleva d’abord quelque prétention d’être reconnu par les Anglais comme roi de France ; mais les nécessités de la politique ne le permirent pas ; officiellement, il ne fut que le comte de Lille, nom sous lequel il avait d’abord voyagé après avoir quitté la France. Il continua d’ailleurs d’être roi dans ses appartements et pour sa domesticité. Jusqu’en 1814, il résida d’abord à Gosfield, jusqu’à la mort de la princesse sa femme, puis au château de Hartwell, à 16 lieues de Londres, entretenu par la Russie et l’Angleterre d’une pension de 600.000 francs, et attendant mélancoliquement que les fautes de Napoléon lui ouvrissent les portes de la France. La campagne de Russie était de nature à ranimer ses espérances. Il en prit habilement occasion pour recommander à la bienveillance de l’empereur Alexandre les Français faits prisonniers à la suite de nos désastres, et qu’il appelait paternellement ses-sujets. Les malheurs de 1813 et de 1814 lui permirent de renouer ses trames en France ; ses agents s’abouchèrent avec les hauts fonctionnaires, en leur promettant, par un engagement écrit, la conservation de leurs places et traitements, moyen assuré de mettre leur conscience en paix. En janvier 1814, le duc d’Angoulême, le duc de Berry et le comte d’Artois partirent secrètement pour agir dans différentes parties de la France au moment de l’entrée des armées étrangères. On sait comment s’accomplit la Restauration. Les royalistes purs n’y jouèrent qu’un rôle effacé. Deux cent mille baïonnettes étrangères, la défection des grands dignitaires de l’Empire, l’épuisement de la nation, son immense besoin de paix et de repos, les basses sollicitations des royalistes auprès des souverains coalisés, qui d’abord n’avaient accueilli que froidement l’idée du retour des Bourbons, enfin le patronage de l’empereur de Russie, gagné par Vitrolles et plus encore par Talleyrand, firent beaucoup plus pour cette révolution que les souvenirs effacés d’une famille inconnue de la génération nouvelle, et qui depuis tant d’années était en guerre ouverte contre le pays, en confondant ses intrigues avec les hostilités de l’ennemi. Après l’entrée des alliés à Paris, le Sénat proclama la déchéance de Napoléon (3 avril), et quelques jours après appela Louis XVIII au trône, en lui offrant une espèce de constitution ou il avait eu soin de mettre au premier rang la conservation de son existence politique et des traitements et dotations de ses membres. Monsieur, comte d’Artois, comme lieutenant général, se hâta de témoigner la reconnaissance de sa maison aux puissances coalisées en signant, le 23, ce traité que Marmont lui-même a qualifié de monstrueux, et par lequel il cédait d’un trait de plume, sans aucune compensation, cinquante-quatre places garnies de dix mille pieces de canon que nous possédions encore en Italie, en Belgique, en Allemagne, etc. Cette largesse d’enfant de famille était un acompte sur les dettes de l’émigration. D’ailleurs, Paris vaut bien une messe. Le lendemain, Louis débarquait à Calais, et le 2 mai il promulguait, à Saint-Ouen, une Déclaration dans laquelle il promettait un régime constitutionnel. Il voulait bien faire quelque concession à l’esprit du temps, mais non pas accepter la constitution que le Sénat avait bâclée ; pour le principe de légitimité et de droit, il refusait à ses sujets le droit de lui imposer des garanties, qu’il ne consentait à leur accorder qu’à titre de don gracieux. C’est sous l’empire de cette idée, de cette fiction monarchique, que le 4 juin, de sa pleine puissance et autorité royale, il octroya la charte, qu’il data de la dix-neuvième année de son règne. Le lendemain de son entrée aux Tuileries, il se trouva en présence de difficultés qui le débordaient : cette espèce de constitution à faire pour une nation qu’il ne connaissait pas plus qu’il n’en était connu ; des faits accomplis qu’il, fallait bien accepter, quoiqu’ils fussent en contradiction avec le principe en vertu duquel il reprenait possession du trône ; des prétentions contradictoires à satisfaire ; deux Frances à unir et qui s’excluaient mutuellement sans pouvoir s’absorber : celle de la Révolution, vivante encore sous son vernis d’impérialisme, celle de l’émigration, qui avait à venger vingt-cinq années d’humiliation ; des embarras matériels de toute nature ; une armée décimée et d’ailleurs sourdement hostile ; d’invasion sur les bras, appui devenu fardeau et dont les troupes dévoraient le pays ; et dans son palais même, autour de lui, deux cours, deux, noblesses, qui se mesuraient des yeux et se disputaient déjà l’influence et les hautes charges : l’une au nom de sa prétendue fidélité pendant les jours d’épreuve, l’autre au nom de la prétendue sincérité de son adhésion. Une telle situation eût exigé le génie d’un grand politique. Or Louis XVIII, dont les flatteries de cour avaient fait un profond homme d’Etat, était bien loin d’être un aigle. Cet épicurien, déjà presque impotent, était même un homme fort médiocre, ses amis et ses serviteurs ont pris soin de nous, édifier à cet égard. (V. notamment Chateaubriand, Congrès de Vérone, Mémoires, etc., et Marmont, Mémoires). Il avait beaucoup de mémoire, une provision insuffisante de littérature, ce qu’il en faut pour les citations, de la malice plutôt que de l’esprit, des mots piquants et prémédités, comme il en vient aux gens disgraciés de la nature, et la manie des phrases à effet. Ajoutez peu d’énergie, peu d’application au travail, un dédain d’ancien régime pour les affaires. S’il aimait à figurer en roi (il jouait ce rôle imposant depuis tant d’années), il comprenait la royauté comme un « principe » et comme une chose d’apparat, non comme une action ; cela lui paraissait plus noble et plus « roi de France. » En outre, tout mouvement lui était pénible. Tout entier à ses citations latines, aux solennités majestueuses de sa table et à la recomposition de sa maison, il ne prenait part aux affaires que pour signer ce que ses ministres lui présentaient, et amusait ses loisirs par la composition de petits vers et d’articles pour les journaux (que polissait et signait M. de Jouy), et dans lesquels Sa Majesté livrait au ridicule les légions de royalistes non pourvus qui l’ennuyaient de leurs pétitions. Chateaubriand raconte qu’au moment où cent mille Français envahissaient l’Espagne, étant venu avec les autres ministres apporter au roi une dépêche importante, ils le trouvèrent noyé dans ses petites paperasses ; il se mit à leur déclamer la cantate de Circé, puis les couplets grivois du Sabot perdu. Ils n’en purent tirer autre chose, malgré la gravité des circonstances, et, remettant respectueusement leur dépêche, ils se retirèrent en laissant, comme le dit Chateaubriand, à « la frontière du Rhin sous la protection de Babet. » Remarquez que les autres membres de cette famille étaient encore au-dessous de son chef, par l’intelligence comme par le caractère, et que le roi avait pour le guider des hommes d’Etat de la force de MM. de Blacas, le favori du maître, type de l’émigré fidèle, et le plus inepte des ministres qui aient jamais contresigné une ordonnance ; Beugnot, homme d’esprit sans convictions, plus propre à chercher des mots qu’à trouver des idées ; Vitrolles, l’homme du comte d’Artois, la mouche du coche royal ; le général Dupont, entamé, sinon flétri par l’affaire de Baylen, et parfaitement choisi pour dépopulariser un gouvernement ; de Montesquieu, charmant impertinent de salon, petit-collet de l’ancien régime, tranchant du métaphysicien politique ; Malouet, dont on ne dit rien ; Talleyrand, dont on aurait trop à dire, impudent Mascarille caché dans la peau d’un homme d’Etat, résumant en lui la corruption de tous les régimes, et qui se parait de son immoralité avec la grâce dédaigneuse d’une courtisane ; Dambray, parlementaire de l’autre siècle, et qui ignorait absolument les choses nouvelles qui s’étaient passées depuis 1789, etc., etc. D’un autre côté, le pouvoir était assailli par les prétentions de ces émigrés qui n’avaient rien oublié ni rien appris, de nobles qui rêvaient follement le rétablissement de leurs privilèges, et de membres du clergé réclamant avec âpreté leurs prérogatives et leurs biens, et prescrivant l’observation des dimanches et fêtes. Le premier acte du gouvernement fut de signer le traité de Paris (30 mai), qui réduisait la France aux limites de 1792. Louis XVIII rétablit l’étiquette et le train de l’ancienne cour, toutes les fonctions gothiques de l’ancien régime, jusqu’à des chevau-légers, des mousquetaires, etc. ; établit la censure pour les écrits de moins de vingt feuilles et rendit aux émigrés les biens nationaux qui n’avaient pas été vendus. Ces mesures de réaction, d’autres encore, les humiliations infligées à l’armée, les menaces contre les acquéreurs de biens nationaux et tous les hommes qui avaient trempé dans la Révolution, l’origine même de ce gouvernement, qui devait son triomphe aux malheurs de la patrie et aux armes de l’étranger, tout concourait à rendre les Bourbons de plus en plus impopulaires. Napoléon, qui épiait les mouvements de l’opinion, crut le moment favorable, quitta secrètement l’île d’Elbe et vint débarquer avec une poignée d’hommes sur la côte de Provence le 1er mars 1815. Pendant qu’il poursuivait sa marche victorieuse sur Paris, les ministres et les serviteurs de la monarchie, comme les moines de Byzance, usaient les dernières minutes qui leur restaient en disputes stériles, sans s’arrêter, à aucun plan sérieux. On finit par proposer, comme résolution suprême, de fortifier les Tuileries et de s’y défendre contre l’usurpateur. Louis XVIII n’accueillit pas très chaleureusement cette idée de mourir sur sa chaise curule, et il ferma la discussion en filant lestement vers la frontière, muni des diamants de la couronne et d’une douzaine de millions (20 mars), pendant que ses fonctionnaires et ses corps constitués retournaient jouer devant Napoléon la mascarade accoutumée et lui porter l’assurance d’une fidélité devenue disponible. Pendant la période des Cent-Jours, il séjourna à Gand, attendant l’issue des événements. Après Waterloo, il rentra encore une fois derrière les étrangers. Cette deuxième restauration fut marquée par des réactions et par des vengeances contre ceux qui avaient fait défection pendant les Cent-Jours. Et d’abord les alliés exigèrent et obtinrent de nouveaux amoindrissements de la France (la Savoie, Marienbourg, Philippeville, Charlemont, Sarrebruck et Landau), ainsi qu’une contribution de guerre de 700 millions, le licenciement de l’armée de la Loire et l’obligation pour la France d’entretenir pendant cinq ans cent cinquante mille hommes des troupes coalisées, campés sur son territoire. Les proscriptions furent organisées avec l’aide de Fouché, qui avait été nommé l’un des ministres, Ney, Labédoyère, Mouton-Duvernet, les frères Faucher, etc., furent condamnés à mort. La Terreur blanche désola le Midi : Brune, Ramel, Lagarde et autres généraux ou patriotes furent massacrés par les verdets, sans que jamais leurs assassins, les Trestaillou, les Truphémy,et autres misérables, aient été punis. Bientôt se réunit la fameuse chambre introuvable (octobre 1815), composée des ultras les plus exaltés, et qui vota coup sur coup la suspension de la liberté individuelle, l’établissement des cours prévôtales et autres mesures odieuses, telles que la fameuse loi d’amnistie, qui n’était en réalité qu’une loi de proscription, et qui servit notamment à prononcer le bannissement des conventionnels qui avaient voté la mort du roi. En ce qui concerne Louis XVIII, il faut lui rendre cette justice, qu’il était plus modéré, d’un royalisme moins exagéré que ses partisans. Aussi la frénésie de ceux-ci faisait-elle dire assez plaisamment qu’ils étaient plus royalistes que le roi. Fatigué des violences de la faction, et de concert avec le ministre Decazes, le monarque prononça la dissolution de la chambre (5 septembre 1816). Les élections donnèrent une assemblée moins réactionnaire, qui, se renouvelant annuellement par cinquième, en vertu d’une nouvelle loi électorale, compta bientôt, dans son sein La Fayette, Benjamin Constant, Manuel et une vingtaine d’autres membres de la gauche. Mais cependant la faction des ultras, qui avait le comte d’Artois pour chef, luttait encore, même contre le roi, et menaçait à chaque instant de l’emporter. Le, ministère Decazes, semi-modéré, était l’obstacle. L’assassinat du duc de Berry (1820) fut le prétexte pour le renverser et pour rentrer dans la réaction (modification de la loi électorale, nouvelle suspension de la liberté individuelle, etc.). Fatigué de tant de luttes, et d’ailleurs continuellement souffrant, le roi devint de plus en plus étranger au gouvernement. Bientôt, au ministère du duc de Richelieu succéda le cabinet Villèle, appuyé sur la droite. Pendant le cours de ces événements, un grand nombre de complots et de tentatives insurrectionnelles avaient été étouffés dans le sang, mais en témoignant de l’impopularité de la, Restauration. Signalons l’affaire des frères Lallemand et de Lefèvre-Desnouettes (1814) ; la conspiration de Didier, à Grenoble (1810) ; celle dite des patriotes, à Paris, dans la même année ;  le complot de Lyon (1817) ; celui de 1820, à Paris ; les affaires de Colmar et de Belfort des sergents de La Rochelle, de Saumur, etc., etc. La plupart de ces conspirations étaient l’œuvre du carbonarisme et n’eurent d’ailleurs d’autre résultat que de coûter beaucoup de sang au parti patriote et libéral. Cependant, elles remuaient profondément l’opinion, qui se prononçait de plus en plus ouvertement contre le gouvernement des Bourbons. La guerre d’Espagne, en faveur de l’absolutisme, fut le dernier événement important du règne, guerre impopulaire autant que inique, mais dont le succès imposa pour un moment silence à l’opposition. L’expulsion de Manuel de la Chambre, de nouvelles élections défavorables à la gauche, une indemnité de milliard accordée aux émigrés, enfin lu prise de possession du pays par la Congrégation, c’est-à-dire par les jésuites, marquèrent les derniers moments de Louis XVIII. Ce monarque était devenu d’une obésité extraordinaire, à ce point qu’il ne pouvait plus marcher ; il avait d’ailleurs des plaies très douloureuses aux jambes, et, au moment de sa mort, la chair de ses pieds tombait en lambeaux. Une femme spirituelle, la comtesse Zoé du Cayla, le consolait au milieu de ses souffrances et de, son inactivité. Elle était favorite en titre, autant du moins qu’il était possible de l’être. M. Guizot apprécie ainsi Louis XVIII, en le comparant à son frère : « Louis XVIII était un modéré de l’ancien régime et un libre penseur du xvnie siècle ; Charles X était un émigré fidèle et un dévot soumis. La sagesse de Louis XVIII était à la fois pleine d’égoïsme et de scepticisme, mais sérieuse et vraie. Quand Charles X se conduisait en roi sage, c’était par probité, par bienveillance imprévoyante, par entraînement du moment, par désir de plaire, non par conviction et par goût. A travers tous les cabinets de son règne, l’abbé de Montesquieu, M. de Talleyrand, le duc de Richelieu, M. Decazes, M. de Villèle, le gouvernement de Louis XVIII fut un gouvernement conséquent et toujours semblable à lui-même. » Lamartine a porté sur ce prince le jugement suivant : « Louis XVIII, dans les antécédents de son règne, dans son nom de Bourbon dans son malheur de succéder à Napoléon, qui avait à la fois tant agrandi et tant rapetissé la France ; dans l’invasion qui lui faisait brèche pour rentrer dans son pays, dans l’occupation étrangère qui foulait le sol de la France sous son règne, dans son parti naturel, dans une partie de sa famille surtout, avait des occasions et presque des nécessités de fautes qu’il serait injuste de lui imputer à lui-même… Comme souverain, il eut beaucoup de ressemblance avec Henri IV, qu’il se complaisait tant à citer parmi les ancêtres de sa conronne. La nature, le temps et les circonstances lui déniaient la gloire des armes. Mais il n’eut ni l’héroïsme, ni l’éclat, ni la poésie de Henri IV ; il n’eut aussi ni la légèreté de cœur, ni les apostasies de foi, ni les ingratitudes de parti de son aïeul. Conquérir les esprits rebelles et pacifier les opinions divisées d’un peuple, après la Révolution française, après les conquêtes de l’Empire et les revers de l’invasion, était peut-être aussi difficile pour Louis XVIII que de conquérir et de subjuguer le sol après la Ligue pour le roi de Navarre. Vaincre avec un parti et régner pour un autre fut la destinée de tous les deux. Mais Louis XVIII ne trompa pas le sien et ne l’asservit pas, comme Henri IV, au parti contraire. Il s’appliqua seulement à le modérer pour le nationaliser avec lui. L’un de ces princes fut soldat, l’autre législateur de son royaume ; les guerriers sont des conquérants de territoires, les législateurs sont des conquérants de siècles : Henri IV ne fendait qu’une dynastie, Louis XVIII fondait des libertés. C’est là son titre, la France le lui maintiendra ; et si elle ne le place pas au rang de ses plus grands hommes, elle le placera au rang des plus habiles et des plus sages de ses rois. » Ce prince, comme nous l’avons dit, était lettré ; il se plaisait à faire des citations d’Horace, son auteur favori, et d’autres classiques latins. On lui attribuait aussi beaucoup de mots, entre autres celui-ci : « L’exactitude est la politesse des rois. » Terminons cet article par l’anecdote suivante, que Volney se plaisait à raconter à ses amis. Ayant demandé un jour une audience à Louis XVIII, le roi lui fit dire qu’il était occupé, qu’il le priait d’attendre un peu. « On me fit faire antichambre une heure de temps, disait Volney. Enfin on m’introduisit. Savez-vous quelle était l’occupation du monarque ? Je le trouvai en manches de chemise, en faction derrière la porte de sa chambre à coucher, armé d’un manche à balai. Il me dit que depuis une heure il attendait là pour éreinter le chat de Mme de ….. (j’ai oublié le nom….. de Mme de Maupas, je crois), qui se permettait de venir chaque nuit manger son encas de nuit. »

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Louis XVIII sur Wikipedia

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janvier 15, 2008

LA FAMILLE DE NAPOLEON – NAPOLEON II (1811-1832), ROI DE ROME ET EMPEREUR DES FRANCAIS

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Napoléon II (1811-1832), roi de Rome, Empereur des Français (1815)

Je l’envie ! La gloire l’attend, alors que j’ai dû courir après elle. Pour saisir le monde il n’aura qu’à tendre les bras. J’aurais été Philippe, il sera Alexandre.

(Napoléon Bonaparte)

Napoléon II (François-Charles-Joseph-Napoléon Bonaparte, roi de Rome, duc De Reichstadt), né aux Tuileries le 20 mars 1811, mort à Schonbrunn (Autriche) le 22 juillet 1832. Comme pour Louis XVII, la légende d’abord, puis les faits ont consacré ce nom de Napoléon II, qu’il n’a jamais légalement porté. La destinée de ce jeune homme, qui fut salué roi de Rome en naissant, à qui Napoléon comptait bien laisser son vaste empire et qui mourut simple prince autrichien, a quelque chose d’étrange et de mystérieux qui a fasciné les poètes ; mais l’historien pourrait presque la laisser de côté, tant elle a peu d’importance. Sa naissance fut saluée avec un enthousiasme dont les écrivains contemporains et même ceux de la génération suivante se sont plu à se faire l’écho ; ils nous montrent toute la capitale comme en suspens et retenant son haleine, tandis que le canon des Invalides annonçait la délivrance de l’impératrice Marie-Louise, un peuple immense autour des Tuileries, comptant les coups de canon et laissant enfin échapper une joie qui tenait du délire lorsque le vingt-deuxième annonça qu’un enfant mâle était l’héritier de César. L’accouchement de Marie-Louise avait été laborieux ; on fut obligé d’employer le forceps, et la vie de l’enfant fut un moment menacée. Aussitôt qu’il’ eut jeté un cri, il fut créé roi de Rome, grand-aigle de la Légion d’honneur, grand-croix de la Couronne de fer et il reçut la Toison d’or. Casimir Delavigne et Michaud sentirent l’inspiration des cendre sur leur front et composèrent chacun un dithyrambe. La ville de Paris offrit, pour berceau du jeune prince, ce magnifique vaisseau de vermeil, emblème de Lutèce, que l’on a vu longtemps au musée des Souverains ; puis, après tant de marques d’enthousiasme, réel ou simulé, le silence se fit autour du roi de Rome ; On sut seulement que Napoléon lui avait donné pour gouvernante Madame de Montesquiou, afin de suivre les royales traditions, et les feuilles officielles racontèrent, suivant l’habitude, quelques traits enfantins de l’altesse au maillot. Le 6 septembre 1812, sur les bords de la Moskova, la veille de la terrible bataille de ce nom, Napoléon, qui était justement en train de perdre, par ses gigantesques folies, son trône et celui de son fils, reçut de Paris, des mains de M. de Beausset, préfet du palais, le portrait du roi de Rome, peint par Gérard. Le grand artiste l’avait représenté à demi couché dans son berceau, jouant, en guise de hochets, avec le sceptre et le globe du monde. L’empereur s’interrompit au milieu de ses dispositions pour la bataille du lendemain et montra, tout joyeux, ce portrait à son état-major ; il le fit saluer par sa garde. Il ne revit son fils que deux fois, à son retour de la Bérézina et après Leipzig ; il le présenta alors aux officiers de la garde nationale parisienne, réunis aux Tuileries pour le premier jour de l’an 1814, et le confia à leur patriotisme, dans une de ces scènes théâtrales qu’il affectionnait. La frontière était alors envahie de toutes parts. Paris allait être menacé, et Napoléon, revenant peu de temps après sur ses dispositions premières, prescrivit à son frère Joseph de faire retirer l’impératrice et le roi de Rome au sud de la Loire. Marie-Louise et son fils, accompagnés du roi Jérôme et d’une fiable escorte de cavaliers, arrivaient à Blois en même temps que les alliés entraient à Paris (30 mars 1814) ; quelque temps après, ils étaient à Orléans, où, ils logèrent à l’évêché. Là, il se passa un fait odieux que les historiens bonapartistes ont laissé de côté. Le roi Jérôme, qui savait qu’un des fourgons renfermait des diamants pour une somme énorme et quatre millions en or, résolut de laisser là l’impératrice et de sauver la caisse. Au milieu de la nuit, il essaya d’enlever le fourgon laissé à la garde d’une seule sentinelle, sur le parvis de la cathédrale, et comme la sentinelle, qui ne connaissait que sa consigne, menaça d’appeler aux armes, Jérôme lui cassa la tête d’un coup de pistolet ; le poste accourut au bruit et l’on arrêta le voleur. C’était une affaire manquée. Tel était pourtant le trouble qui régnait alors qu’on le relâcha, malgré le flagrant délit, et qu’il continua le voyage jusqu’à la frontière. Cet épisode scabreux de l’histoire des Bonaparte est raconté par Vaulabelle Histoire des deux restaurations, et les pièces justificatives existent aux archives d’Orléans. On sait que Maubreuil a aussi prétendu avoir été chargé par divers personnages, entre autres par Talleyrand, d’assassiner le roi de Rome pendant ce voyage, s’il en trouvait l’occasion, ou tout au moins d’enlever le fameux fourgon aux diamants, but, comme on le voit, de Bien des convoitises. Ce ne fut donc pas sans danger que l’impératrice et son fils réussirent à gagner le Rhin, qu’ils franchirent près de Huningue à la fin d’avril. Dans l’acte d’abdication de Fontainebleau, Napoléon avait réservé les droits du roi de Rome, proclamé empereur sous le nom de Napoléon II, avec Marie-Louise comme régente. Cette clause fut considérée comme non avenue par les alliés, maîtres de la France et décidés à rétablir les Bourbons. Ce fut également en vain qu’à son départ pour l’île d’Elbe, il demanda que sa femme et son fils pussent l’accompagner ; les alliés décidèrent que le jeune prince serait confié à son grand-père, l’empereur d’Autriche, et qu’il porterait, dès lors, le titre de duc de Reichstadt, Durant les Cent-Jours, Napoléon renouvela réclamation ; il ne lui fut même pas fait de réponse, et l’issue de la bataille de Waterloo coupa court aux négociations. Quelques membres de la Chambre proclamèrent une seconde fois Napoléon II, en vertu de la seconde abdication ; les manœuvres du duc d’Otrante empêchèrent toute action efficace jusqu’à ce que les alliés fussent dans Paris, et alors on trouva qu’il était trop tard. Pendant ce temps, le jeune prince, entouré d’une garde soupçonneuse et objet de précautions infinies, était retenu à Vienne et confié à un gouverneur qui prit le nom de grand maître, le comte de Dietrischtein, spécialement chargé d’empêcher qu’il n’eût la moindre communication avec le dehors, surtout avec des Français. Cet enfant inquiétait l’Europe ; et, en effet, l’alliance des républicains et des bonapartistes, devenus alliés en face des Bourbons, la force encore redoutable des débris de l’armée réunie derrière la Loire offraient des points d’appui sérieux à ceux qui auraient voulu prolonger l’Empire. De plus, il est certain que, aux mains de l’Autriche et de ses alliés, Napoléon II était un épouvantail qui leur servait à tenir en respect les Bourbons, à exiger d’eux une plus dure rançon de la France ; à la moindre velléité de résistance, ils menaçaient de le reconnaître. Après la conclusion des traités, les alliés ne songèrent plus qu’à se garantir eux-mêmes et à empêcher à tout prix que le fils suivît jamais les traces de son père. Par une première convention, le duché de Parme avait été donné en souveraineté à Marie-Louise, avec réversibilité au duc de Reichstadt (11 juin 1817) ; la clause de réversibilité fut annulée quelques années après, sur la demande des Bourbons, qui voyaient avec terreur qu’un jour, une fois souverain, il pourrait vouloir compter avec eux. Afin de mater ce qu’il pouvait avoir d’intelligence, on négligea son éducation au point qu’à seize ans il ne savait rien de l’histoire de France. Retenu comme prisonnier dans les palais impériaux, principalement à Schonbrunn, objet d’une surveillance qui ne se relâchait pas un instant, il ne vit jamais que des personnes étrangères à son entourage domestique ; dom Manuel de Portugal, qui était de séjour à Vienne et grand ami du comte de Metternich, et, dans ses dernières années, Marmont, duc de Raguse, chassé de France par la Révolution de 1830, Aucun écrit ne lui parvenait sans avoir été scrupuleusement examiné par ses gardiens ; jamais, surtout, on ne permit qu’il reçût des nouvelles de son père, qui, de son côté, était laissé à son égard dans la plus complète ignorance. Quand il eut quinze ou seize ans, on lui fit apprendre l’histoire, réduite à une simple chronologie, et quelques théorèmes de géométrie. On prétend que, surpris de tant de précautions, il se serait écrié un jour : « Mais que veulent-ils donc faire de moi ? Pensent-ils que j’aie la tête de mon père? » Rarement on put le voir en public ; c’était un beau jeune homme, d’une taille élevée, aux cheveux blonds et aux yeux bleus, très bon écuyer et se plaisant à monter à cheval. L’empereur François le créa colonel d’un régiment, puis gouverneur de Gratz, en Styrie, une ville qu’il ne connaissait même pas. Depuis la mort de Napoléon, le parti libéral en France tournait volontiers les yeux vers lui ; il ne paraît pourtant pas qu’aucune tentative sérieuse ait été faite pour le délivrer. Son nom servait de signe de ralliement à l’opposition. Béranger en fit le thème d’une de ses chansons, les deux cousins, où il supposait une épître adressée par le duc de Reichstadt au duc de Bordeaux. Barthélémy fit le voyage de Vienne pour lui remettre un exemplaire de son poème, Napoléon en Egypte, et ne put parvenir à le voir ; il composa à ce sujet, sous le titre du Fils de l’homme (1829), une si éloquente apologie de Napoléon II, qu’il se vit condamner à trois mois de prison pour écrit séditieux. On trouve dans les notes de ce poème quelques détails assez curieux sur le jeune prince, entre autres cette réponse que fit le comte de Dietrichstein à sa demande d’audience : « Ne savez-vous pas que la politique de l’Autriche et celle de la France s’opposent à ce qu’aucun étranger et surtout un Français soit présenté au prince ?… Est-il bien vrai que vous soyez venu à Vienne pour le voir ? On se fait en France des idées bien fausses et bien ridicules sur ce qui se passe ici. Le prince n’est pas prisonnier, mais il se trouve dans une position toute particulière. Soyez bien persuadé qu’il ne voit, ne lit et n’entend que ce que nous voulons. S’il recevait une lettre, un livre qui eût trompé notre surveillance, il ne le lirait pas sans que nous lui eussions dit qu’il peut le faire sans danger. Son premier soin serait de nous le remettre. » Tenu dans cet état de sujétion, le fils de Napoléon ne tarda pas à s’étioler ; sa tristesse et sa pâleur maladive frappaient les quelques personnes qui purent l’apercevoir et firent même conjecturer qu’on le soumettait à un régime particulier, renouvelé des empoisonnements lents du moyen âge. Barthélémy, qui put apercevoir le jeune prince au théâtre, s’est fait l’écho de ce bruit : A la cour de Pyrrhus j’ai vu le fils d’Hector ! ». Quel germe destructeur, sous l’écorce agissant, A sitôt défloré ce fruit adolescent ? Ce qui est certain, c’est que, accablé à vingt ans de la plus grande lassitude ; indifférent à tout et même à la vie, il s’écriait sans cesse : Qu’on me laisse mourir en paix. « Au lendemain de la Révolution de 1830, une fraction du parti libéral, qui avait fait son idole du fils de Napoléon, songea à l’appeler au trône ; Talleyrand, ce ténébreux artisan de toutes les trames de 1814 et de 1815, se chargea même de faire agréer cette proposition à l’Autriche ; mais il fut accueilli si froidement qu’il repartit de Vienne le soir même de son arrivée. Les bonapartistes s’agitèrent plus secrètement ; la comtesse Camerata, fille de la princesse Bacciochi, fit remettre au duc de Reichstadt deux lettres dans lesquelles elle lui rappelait la mort de son père à Sainte-Hélène et l’exhortait à le venger. Il refusa dans des termes qui prouvent que sa réponse lui fut dictée. En 1831, lorsqu’il fut question de donner un roi à la Belgique, quelques enthousiastes mirent encore en avant le nom du duc de Reichstadt. Ce fut alors à Louis-Philippe d’avoir peur : « Nous ne souffrirons jamais, s’écria Casimir Périer, qu’un membre de la famille Bonaparte règne aux portes de la France, ni que Bruxelles soit un foyer de révolutions. » II est bien probable que le prince ne sut jamais l’honneur qu’on avait voulu lui faire ; l’année suivante, il délivra d’inquiétude tous les souverains en mourant, suivant les uns, du cancer d’estomac héréditaire dans sa famille, et, suivant d’autres, de phthisie. Il avait’un peu plus de vingt et un ans. On lui fit des funérailles magnifiques et son corps fut inhumé dans la cathédrale de Vienne. Sa mort a inspiré à Victor Hugo une de ses plus belles odes, Napoléon II, dans le recueil intitulé Feuilles d’autonme.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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octobre 31, 2007

LAZARE CARNOT (1753-1823), COMTE D’EMPIRE

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Lazare Carnot (1753-1823), comte d’Empire

Carnot était travailleur, sincère dans tout, sans intrigues, mais facile à tromper. Il montra toujours un grand courage moral. Il a été fidèle, probe, et toujours vrai.

(Napoléon Bonaparte)

Carnot (Lazare-Nicolas-Marguerite, comte), officier général, législateur et membre du Directoire, né à Nolay (côte d’Or), le 13 mai 1753, de « Claude Carnot, avocat et notaire, et de Marguerite Pothier », mort à Magdebourg (Prusse), le 2 août 1823 ; fut admis le 1er janvier 1771, à l’école du génie de Mézières, et en sortit le 1er janvier 1774, lieutenant en premier, fut promu le 14 décembre 1783 capitaine à l’ancienneté, et admis le 10 mars 1787 membre de l’Académie d’Arras. En 1791, il fut nommé président de la société des Amis de la Constitution et le 31 août de la même année élu député du Pas-de-Calais à la Législative, eut un début assez pénible, et fut soupçonné de trahison pour avoir proposé la démolition de la citadelle d’Arras ; d’abord incompris, il dut s’expliquer :  » une citadelle est une monstruosité dans un pays libre, un repaire de tyrannie contre lequel doivent s’élever l’indignation des peuples et la colère des bons citoyens. Je demande la destruction de toutes les bastilles du royaume ; voilà les vérités que vous n’avez pas voulu entendre. Eh ! Comment aurai-je été appuyé ? Je suis militaire, je parle peu, et je ne veux être d’aucun parti. » Reconnaissant leur erreur, les membres de la Législative revinrent à carnot et le nommèrent successivement au comité diplomatique, au comité d’instruction publique, et au comité militaire. Le 31 juillet 1792, nommé commissaire avec Gasparin et Lacombe Saint-Michel pour l’organisation du camp de Chalôns ; il montra une très grande activité et il était chargé de former une nouvelle armée quand le 6 septembre 1792, il fut réélu, par le Pas-de-Calais, membre de la Convention ; il fut envoyé en mission sur la frontière d’Espagne pour y organiser la défense. De retour à la Convention, il vota « la mort » dans le procès du roi, fut un des cinq membres envoyés en mission près de Dumouriez pour y instruire sa conduite et eut la chance de ne pas être arrêté avec ses collègues, n’étant pas avec eux à ce moment. Il put écrire alors à la Convention le 6 avril : « Dumouriez est presque abandonné et sera bientôt seul… » la situation de notre frontière devient plus rassurante. Il put ajouter : « Ainsi, cette nouvelle trame n’aura servi, nous l’espérons, qu’à l’humiliation des traîtres et la République en aura tiré le plus grand de tous les avantages, si cet évènement peut enfin guérir les Français de leur idolâtrie pour les individus et le besoin de pouvoir admirer sans cesse. » Et grace aux dispositions de Carnot, les revers que nos armées avaient éprouvés au commencement de la campagne de 1793, se changèrent en victoires. Un conseil présidé par Carnot, arrêta les dispositions de la bataille de Wattignies, qui fut gagnée le 16 octobre 1793. Le 10 juillet de la même année, il fut nommé membre du Comité de Salut public et chargé spécialement du bureau de la guerre ; très laborieux il y travaillait seize heures par jour, et du fond de son cabinet, mettait en mouvement les quatorze armées de la République. Ses travaux d’organisation militaire ne l’empèchaient pas du reste de s’occuper en même temps des questions purement politiques, il devint en l’an II, président de la Convention. On lui doit, en grande partie, la réunion de la Belgique à la France. Il eut un moment des dissentiments avec son collègue du Comité de Salut public Robespierre et ne voulut jamais faire partie du club des Jacobins. Cependant la réaction thermidorienne voulut envelopper Carnot dans la chute de Robespierre, mais celui-ci objecta : « Un seul fait répondra, ce me semble, pour les prévenus : c’est que la France était aux abois lorsqu’ils sont entrés au Comité de Salut public et qu’elle était sauvée lorsqu’ils en sont sortis. » Carnot s’associa ensuite à la création de l’Ecole polytechnique, à la réorganisation de l’Ecole de Metz, à l’établissement du Conservatoire des arts et métiers et du Bureau des longitudes, du système uniforme des poids et mesures ; entra à l’Institut qu’il avait contribué à fonder en l’an III. Le 23 vendemiaire an IV il entra au Conseil des Anciens et fut nommé membre du Directoire exécutif. Les élections de l’an V ayant amené une majorité royaliste dans les deux conseils, trois des directeurs opinèrent pour un coup d’Etat. Carnot s’y étant opposé avec son collègue Barthélemy fut compris dans un arrêt de proscription après le 18 fructidor, il réussit à s’échapper et gagna la Suisse. Il fut déclaré déchu de ses fonctions de Directeur, de son siège de député et de celui de l’Institut. Après le 18 brumaire Bonaparte le nomma ministre de la guerre : il réorganisa l’administration militaire, fit transférer aux Invalides les cendres de Turenne, créa la Tour d’Auvergne premier grenadier de la République. Bonaparte ne tarda pas à prendre ombrage de Carnot et celui-ci donna sa démission de ministre le 13 vendemiaire an IX. Le Sénat l’ayant élut membre du Tribunat il fut, dans cette Assemblée, un des rares opposants à Bonaparte ; il combattit l’institution de la Légion d’honneur et le Consulat à vie ; et sur ce dernier point, quand on vint au vote Carnot écrivit sur le registre : « Dussé-je signer ma proscription, rien en saurait me forcer à déguiser mes sentiments. Non. CARNOT. » Et quand on vint au vote pour proclamer Bonaparte empereur, Carnot prononça les paroles suivantes :  » Quelques services qu’un citoyen ait pu rendre à sa patrie, il est des bornes que l »honneur autant que la raison imposent à la reconnaissance nationale. Si ce citoyen a restauré la liberté publique, sera-ce une récompense à lui offrir que le sacrifice de cette même liberté ? Le dépot de la liberté a été confié à Bonaparte ; il avait juré de la défendre. En tenant cette promesse, il eut rempli l’attente de la nation, il se fut couvert d’une gloire incomparable. Je vote contre la proposition. » Après la suppression du Tribunat, Carnot se retira à l’écart. La chute de 1814 vint le surprendre dans son domaine de Presles. Ayant appris la bataille de Bar-le-Duc, le 24 janvier, il écrivit à Bonaparte et lui offrit ses services. C’est alors qu’il fut chargé de la défense d’Anvers et sauta de grade en grade à celui de général de division, fit beaucoup de mal à l’ennemi dans sa défense et détruisit en grande partie leurs travaux. Après l’abdication de l’Empereur, Carnot adhéra aux actes du gouvernement provisoire et fut nommé inspecteur général du génie. Pendant les Cent-Jours, croyant à la sincérité de Napoléon, espérant voir les libertés rétablies en France il accepta le poste de ministre de l’intérieur et la dignité de pair de France, puis se laissa créer comte de l’Empire. Après avoir combattu le projet d’une seconde abdication, il proposa, le 20 juin 1815, dé déclarer la patrie en danger et d’appeler aux armes les gardes nationales de France. il fut nommé pour quelques jours, membre de la Commission provisoire, pour l’exercice du pouvoir exécutif. Au retour définitif des Bourbons, il dut s’expatrier en vertu de la loi sur les régicides, et alla se fixer à Magdebourg où il mourut en 1823.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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octobre 8, 2007

BENJAMIN-HENRI CONSTANT DE LA REBECQUE (1767-1830)

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Benjamin Constant de la Rebecque (1767-1830)

 

 

Comme homme d’esprit, écrivain, il fallait qu’il écrive, qu’il accuse. Il était l’amant de Madame de Staël qui eût aimé me culbuter. Il avait été fort partisan du 18 Fructidor et du 18 Brumaire. Constant avait toujours été désireux de se rapprocher de moi sous l’Empire.

(Napoléon Bonaparte)

Constant (Benjamin-Henri), publiciste, législateur, et conseiller d’Etat, né à Lausanne (Suisse), le 25 octobre 1767, de « M. Juste Constant, citoyen de Lausanne, et de dame Henrielle de Chaudieu » ; mort à Paris le 8 décembre 1830, vint se fixer à Paris, entra en relation avec le parti républicain, et fit l’apologie du Directoire dans une brochure Sur la force du gouvernement actuel de la France, écrivit à Barras pour le féliciter d’avoir sauvé la république le 18 fructidor, publia un nouvel écrit : Des réactions politique et Des effets de la Terreur, devint ensuite l’orateur du Cercle constitutionnel de la rue de Lille, opposé au club de Clichy, puis fut nommé, en nivôse an VIII, membre du Tribunat ; fut un des plus ardents de l’oppostion indépendante, parla en faveur du jury. Son indépendance le fit éliminer de cette Assemblée en l’an X. Par ordre de Bonaparte, il fut banni de France et se retira d’abord en Allemagne, résida principalement à Weimar où il se lia avec Schiller et Goethe. A quelques temps de là, il lui fut permis de rentrer en France, mais il préfera, après un court séjour, se fixer à Coppet, chez Mme de Staël, entra en relation avec Bernadotte, roi de Suède, et fut décoré par lui de l’Etoile polaire. Après le retour des Bourbons en 1814, il rentra en France. Quand l’Empereur revint de l’île d’Elbe, Benjamin Constant fut pris de colère et traita Bonaparte « d’Atilla, de Gengis Kan, plus terrible, plus odieux encore » ; mais singulier retour des choses d’ici-bas, parti pour Nantes avec le dessein de gagner les Etats-Unis, il réfléchit, et, au bout de huit jours, revint à Paris, et le surlendemain de son arrivée (14 avril 1815), l’Empereur le fit appeler près de lui pour lui demander un projet de Constitution. Il sortit de cette entrevue absolument gagné à la cause impériale et fut nommé, le 20 avril, conseiller d’Etat ; ce fut lui qui rédigea entre autres, l’article 26 de l’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire. Après Waterloo, Benjamin Constant se rendit en Angleterre, et ne revint en France qu’en 1816, lança contre les ultra-royalistes son livre : Des moyens de rallier les partis en France, collabora au Mercure, et fut un des principaux fondateurs de la Minerve. Le 25 mars 1819, élu député de l’opposition par le collège de la Sarthe, il parla en faveur de la liberté de la presse et contre les lois d’exception, fut réélu en 1824, dans le IVe arrondissement de Paris, et en 1827, à Paris et Strasbourg ; continua à siéger dans l’opposition, prit la parole contre les lois de tendance, de sacrilège, de droit d’ainesse, de justice et d’amour, et dans tous les débats importants. Il fut des 221 et obtint sa réélection le 23 juin 1830. Après les journées de juillet, il accepta de Louis-Philippe un don de 300.000 francs, fut appelé à la présidence du Conseil d’Etat, et mourut peu de temps après.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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