février 25, 2008

MARECHAL SERURIER (1742-1819)

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Maréchal Jean-Matthieu-Philibert Sérurier (1742-1819)

Sérurier avait conservé toutes les formes et la rigidité d’un major. Il était fort sévère sur la discipline et passait pour un aristocrate… Il était brave, intrépide de sa personne, mais pas heureux. Il avait moins d’allant que les précédents [généraux Masséna et Augereau], mais il les dépassait par la moralité de son caractère et la sagesse de ses opinions politiques.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal SERURIER (Jean-Matthieu-Philibert, comte), maréchal de France, né à Laon le 8 septembre 1742, mort à Paris le 21 décembre 1819. Sop père, qui était attaché comme officier à la maison du roi, lui fit donner, lorsqu’il n’avait que treize ans, un brevet de lieutenant. Pendant la campagne de Hanovre, en 1760, Sérurier eut la mâchoire fracassée. Il fit ensuite les campagnes de Pologne en 1762, de Corsa en 1768 et ne reçut le grade de major qu’en 1789. A partir de ce moment, son avancement fut rapide. Promu colonel en 1792, il fut envoyé à l’armée du Var ; mais à la suite d’une dénonciation on le raya des cadres. Au lieu d’émigrer, Sérurier demanda à servir comme soldat et peu après il était réintégré à la tête de son régiment. Sa brillante conduite à l’affaire d’Utello février 1793) lui valut le grade de général de brigade. Promu général de division en 1795, il contribua, le 23 novembre de la même année, à la défaite des Autrichiens à Loano, se distingua successivement en 1796 à Batifolo, Nocetto, Saint-Michel, prit une part des plus actives au succès des batailles de Mondovi et de Castiglione, continua le siège de Mantoue, qui capitula en février et, après avoir assisté à la bataille du Tagliamento, il s’empara de Gorizia. Ce fut lui que, après la signature des préliminaires de paix de Léoben, Bonaparte envoya à Paris pour porter au Directoire vingt-deux drapeaux pris à l’ennemi. A son retour en Italie, Sérurier reçut le gouvernement de Venise. En 1798, il exerça un commandement sous les ordres de Joubert, puis passa à l’armée, de Schérer et donna de nouvelles preuves de courage pendant la campagne, qui fut désastreuse pour nos armes. Schérer venait d’être remplacé par Moreau lorsque les Russes, sous les ordres de Souvarov attaquèrent l’armée. Sérurier, cerné par 17.000 hommes dans la village de Verderio (27 avril 1799), combattit toute la journée, épuisa complètement ses munitions et se vit contraint de capituler le lendemain. Remis en liberté sur parole peu de temps après, il revint à Paris, aida activement Bonaparte à perpétrer le coup d’Etat du 18 brumaire et fut nommé sénateur le 24 décembre suivant. Gouverneur des Invalides et maréchal de France en 1804, grand-cordon de la Légion d’honneur en 1805, comte en 1808, commandant de la garde nationale parisienne en 1809, il ne fit aucune campagne sous l’Empire. Lors de l’arrivée des armées alliées à Paris en 1814, il fit brûler dans la cour des Invalides, le 30 mars, 1.417 drapeaux et étendards pris sur l’ennemi, adhéra à la déchéance de Napoléon. Lorsque l’Empereur revint de l’Île d’Elbe, le maréchal Sérurier lui présenta une adresse de dévouement qu’il signa avec les invalides. Destitué au début de la seconde Restauration, il vécut jusqu’à sa mort dans la retraite. Son désintéressement lui avait valu en 1798 le singulier surnom de Vierge d’Italie. Sa statue en bronzé a été érigée à Laon en 1864.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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février 23, 2008

MARECHAL MURAT (1767-1815)

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Joachim Murat (1767-1815), roi de Naples

Le voilà le Bernadotte du Midi.

Murat et Ney étaient les hommes les plus braves que j’aie jamais vus. Cependant Murat avait un caractère plus noble que Ney. Murat était généreux et franc ; Ney tenait de la canaille. Mais, chose étrange, quoique Murat m’aimât, il m’a fait plus de mal que qui que ce soit au monde…

Sa mort a été un assassinat car il était bien roi, ayant été reconnu par toutes les puissances

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal MURAT (Joachim), maréchal de France, roi de Naples, né à La Bastide-Fortunière (Lot) le 25 mars 1767, fusillé au Pizzo le 13 octobre 1815. Destiné à l’état ecclésiastique par son père, qui était aubergiste, il fit ses humanités à Cahors et étudia le droit canon à Toulouse ; mais il renonça bientôt à suivre la carrière du sacerdoce et s’engagea dans un régiment de cavalerie. Un acte d’insubordination le fit renvoyer. Toutefois, il entra quelque temps après dans la garde constitutionnelle de Louis XVI, passa, après la suppression de cette garde, dans le 21e régiment de chasseurs à cheval et devint sous-lieutenant (1791). Exalté révolutionnaire , Murat demanda à changer son nom en celui de Marat, après l’assassinat de l’ami du peuple, ce qui lui valut d’être mis en disponibilité après le 9 thermidor, comme terroriste, pendant qu’il servait à l’ armée des Pyrénées occidentales. Murat était alors chef de brigade. Il revint à Paris et, le 13 vendémiaire an IV, il fut du nombre des républicains qui se levèrent spontanément pour la défense de la Convention. On le réintégra dans son grade. Bonaparte, qui avait pu l’apprécier dans cette journée, le prit pour aide de camp dans la campagne d’Italie (1796), pendant laquelle il récompensa sa brillante valeur à Dego, Ceva, Mondovi en le nommant général de brigade, et l’envoya porter au Directoire les drapeaux pris sur l’ennemi. De retour en Italie, Murat donna de nouvelles preuves de sa bouillante intrépidité à Mantoue, Rovereto, Saint-Georges, ou il fut blessé, et contribua à forcer l’Autriche à demander la paix par l’audacieuse manœuvre qu’il fit exécuter à sa cavalerie le 13 mars 1797. Appelé l’année suivante à faire partie de l’expédition d’Egypte, Murat fit des prodiges à la prise d’Alexandrie. A la bataille des Pyramides (23 juillet 1798), il gagna le grade de général de division ; au siège de Saint-Jean d’Acre, il monta le premier à l’assaut. A Aboukir, il se mesura corps à corps avec Mustapha-Pacha, qu’il fit lui-même prisonnier, et il eut la plus grande part au succès de cette bataille. De retour à Paris avec Bonaparte, qui l’avait fait le confident de ses ambitieux projets, Murat, oubliant ses opinions républicaines, devint l’instrument docile du despote. C’est lui qui, au 18 brumaire, à la tête de grenadiers, violant la représentation nationale, dispersa le conseil des Cinq-Cents et prononça sa dissolution. Pour prix de ce service, le premier consul lui donna le cominandement de la garde consulaire et la main de sa sœur Caroline (20 janvier 1800). Peu après, Murat suivit Bonaparte en Italie. Mis à la tête de toute la cavalerie de l’armée, il entra dans Milan le 2 juin, contribua puissamment à la victoire de Marengo, puis fut chargé en 1801 de l’expulsion des Napolitains des Etats de l’Eglise, du gouvernement de la république Cisalpine et de la prise de possession de l’île d’Elbe. De retour à Paris, il fut nommé député du Lot au Corps législatif, et Bonaparte l’accabla d’honneurs, le créant successivement gouverneur de Paris (1803), maréchal de l’Empire (1804), prince, grand amiral (1805), et lui conférant, après la bataille d’Austerlitz, dont il avait décidé le succès, le titre de grand-duc de Clèves et de Berg, avec la souveraineté de ces Etats (20 fév. 1806). Murat administra sa principauté avec un grand esprit de modération, s’attacha à ne pas pressurer ses sujets, à ne point les indisposer contre lui par des réformes administratives trop brusques, et s’attira à ce sujet de vifs reproches de Napoléon, qu’irritait la moindre apparence de liberté dans le gouvernetnent des peuples. Bien qu’habitué à subir l’ascendant de son irritable beau-frère, Murat, dit-on, refusa de mettre à exécution ses instructions tyranniques, et lui offrit un jour de se démettre de son pouvoir souverain. Tout en jouant le rôle d un petit monarque, Murat n’en était pas moins resté le lieutenant de Bonaparte. Lors de la coalition de 1806, il reprit le commandement de la cavalerie de la grande armée, et montra dans toutes les rencontres une incomparable impétuosité. Après avoir chargé les Prussiens à léna, il fit capituler Erfurt, puis Lubeck où commandait Blücher, marcha contre les Russes ; entra à Varsovie le 28 novembre. En 1807, il figura avec le même éclat aux batailles d’Eylau et de Friedland et assista, le 21 iuin, à l’entrevue qu’eurent sur le Niémen le czar Alexandre et Napoléon. Murat allait, la paix conclue, retourner dans son grand-duché, lorsqu’il fut mis à la tête de l’expédition d’Espagne en 1808. Après une course rapide, les portes de Madrid lui furent ouvertes (25 mars). Peu après, il comprima dans le sang une insurrection formidable. Charles IV l’investit de l’autorité royale et il se croyait déjà en possession de ce trône, lorsque Napoléon le donna à son frère Joseph (6 juin). Murat, de retour à Paris, manifesta son mécontentement, et pour le calmer son beau-frère lui donna le trône de Naples (15 juillet 1808). Le nouveau monarque, proclamé le 1er août sous le nom de Joachim Napoléon, commença, en arrivant dans son royaume, par enlever aux Anglais l’île de Capri, opéra de louables réformes dans l’administration, fit cesser les arrestations arbitraires, réorganisa l’armée et la marine, encouragea les sciences et les lettres et acquit une assez grande popularité. Son goût puéril pour la représentation, sa tenue de roi d’opéra-comique empanaché, loin de sembler ridicules, parurent au contraire plaire au peuple napolitain, avide de spectacles. Poussé par sa femme, qui avait pris sur son faible esprit un grand empire, Joachim voulut prendre son rôle de roi au sérieux et secouer la fatigante tutelle de Napoléon. N’ayant point été secondé par les troupes françaises lorsqu’il tenta, en 1809, d’enlever aux Anglais la Sicile, il en éprouva un vif mécontentement, dont il fit part à Napoléon, qui accueillit ses plaintes avec sa hauteur habituelle ; son irritation s’en accrut. Joachim demanda alors, mais sans succès, le rappel des troupes françaises, et décréta que tous les étrangers, y compris les Français, qui occupaient des emplois dans son royaume devaient, pour les conserver, se faire naturaliser Napolitains. Mais Napoléon annula ces dispositions par un autre décret, signé aux Tuileries en 1811, et dans lequel il déclarait que, « le royaume de Naples faisant partie du grand empire, les citoyens français sont de droit citoyens des Deux-Siciles. » Cette mesure causa à Murat un tel dépit, qu’il en tomba malade et, pour s’en venger, il differa de célébrer la naissance du roi de Rome et affecta de ne plus porter le ruban de la Légion d’honneur (1811). La guerre de Russie apaisa momentanément cette querelle de famille. Le roi de Naples dut, sur l’ordre de son beau frère, prendre encore une fois le commandement de la cavalerie de la grande armée. Il donna de nouvelles preuves de sa brillante valeur dans les champs d’Ostrowno, de Smolensk, et surtout de la Moskowa, où il enleva la grande redoute russe et décida la victoire (7 septembre 1812). Toutefois, il fut battu par Koutousov à Winkowa. Napoléon lui ayant confié le commandement des débris de l’armée pendant la retraite (5 décembre), Murat, découragé, le remit, à Wilna, entre les mains du prince Eugène et disparut furtivement (16 janvier 1813), abandonnant l’armée pour retourner à Naples, et, dès cette époque, pour conserver son trône, il entama de secrètes négociations avec l’Autriche et l’Angleterre. Toutefois, en 1813, il rejoignit Napoléon, prit part aux batailles de Dresde, de Vachau et de Leipzig, puis disparut encore, sous le prétexte de lever des troupes en Italie. Les désastres de la campagne fixèrent ses incertitudes. D’après les conseils de sa femme et de Fouché, il abandonna l’homme dont il voyait crouler la fortune. Par des traités des 6 et 11 janvier 1814 avec l’Angleterre et l’Autriche, il s’engage à fournir 30.000 hommes de troupes aux alliés, qui, en échange, lui garantissent sa couronne et lui promettent un accroissement de territoire. A la tète de son armée, il s’empara de Bologne, d’où il publia, le 30 juin 1814, une proclamation dans laquelle il disait, en s’adressant aux soldats : « L’empereur ne veut que la guerre. Je trahirais les intérêts de mon ancienne patrie, ceux de mes Etats et les vôtres si je ne séparais sur-le-champ mes armes des siennes pour les joindre à celles des puissances alliées, dont les intentions magnanimes sont de rétablir la dignité des trônes et l’indépedance des nations. » Cette défection fut un coup cruel pour Bonaparte, qui, d’après le Mémorial de Sainte-Hélène, l’a jugée en ces termes : « II est impossible de concevoir plus de turpitudes que n’en contenait la proclamation de Murat en se séparant du vice-roi. Il y est dit que le temps est venu de choisir entre deux bannières : celle du crime et celle de la vertu. C’était ma bannière qu’il appelait celle du crime. Et c’est Murat, mon ouvrage, le mari de ma sœur, celui qui me doit tout, qui n’eût rien été sans moi, qui n’est connu que par moi, qui écrivit cela ! Il est difficile de se séparer du malheur avec plus de brutalité, et de courir avec plus d’impudeur au-devant d’une nouvelle fortune. » Au mois de février 1814, Murat marcha contre le vice-roi d’Italie, qu’il força à se replier sur l’Adige, mais l’attaqua mollement. Peu après, le 2 avril, Napoléon était renversé et remplacé par Louis XVIII. Le roi de Naples trouva dans ce dernier, un adversaire déclaré. Il fut mis en discussion dans le congrès de Vienne et sentit la couronne glisser de sa tête. Il songea alors à son beau-frère, relégué à l’île d’Elbe, lui envoya des émissaires et l’assura d’une coopération efficace s’il voulait tenter de reconquérir son trône. Ayant appris, le 5 mars 1815, le débarquement de Napoléon en France, puis le succès, de son entreprise, il déclara qu’il regardait la cause de son beau-frère comme la sienne et que bientôt il le lui prouverait. En effet, il quitta Naples le 16 mars à la tête de son armée, après avoir diminué les impôts et promis une constitution représentative, et il s’avança en Italie en appelant les populations aux armes et à la liberté. Les Autrichiens se replièrent devant lui jusqu’au Pô ; mais là il fut repoussé et forcé de rétrograder à son tour. Bientôt une grande parde de son armée l’abandonna. Poursuivi par les troupes austro-anglaises, il essuya, le 2 mai, une complète défaite à Tolentino, après une bataille de deux jours. Rentré à Naples le 18, avec quelques hommes seulement, il promulgua la constitution annoncée ; mais il était trop tard. Dès le lendemain il dut quitter sa capitale, qui. fut occupée par les Autrichiens au nom de Ferdinand IV. Murat gagna Gaëte, débarqua à Cannes avec sa famille le 25 mai et envoya un courrier à Napoléon pour lui annoncer son arrivée et se mettre à ses ordres. Mais celui-ci ne répondit point à son beau-frère et même lui fit interdire l’accès de Paris par Fouché. Il devait regretter plus tard cette détermination, lorsqu’il disait à Sainte-Hélène, en parlant de Waterloo : « Murat nous eût valu peut-être la victoire ; car que nous fallait-il dans certains moments de la journée ? enfoncer trois ou quatre carrés anglais. Or, Murat était admirable pour une pareille besogne. Il était précisément l’homme de la chose ; jamais, à la tête d’une cavalerie, on ne vit quelqu’un de plus déterminé, de plus brave, de plus brillant. » Murat se disposait à aller habiter près de Lyon, lorsque arriva la nouvelle de la défaite de Waterloo. La sanglante réaction royaliste qui éclata alors dans le Midi le força à chercher une retraite obscure dans le Var. Là, il reçut de nombreuses visites d’officiers français et d’intrigants, qui, flattant son esprit aventureux, le poussaient à retourner à Naples, en lui montrant le peuple prêt à, se soulever en sa faveur ! Murat se laissait aller à cette illusion. « Je n’ai pas besoin, disait-il à un de ses officiers qui s’efforçait de le détourner de ce rêve d’une seconde restauration désormais impossible, je n’ai pas besoin d’un bataillon de vieux soldats pour rallier les populations à mon drapeau ; mon nom seul suffit : je partirai seul, si mes amis ne veulent pas me suivre. » Toutefois, il finit par céder aux conseils d’amis plus clairvoyants, sollicita de l’empereur d’Autriche, par l’entremise du duc d’Otrante, l’autorisation de se rendre dans ses Etats avec sa famille et reçut une réponse favorable. Sur ces entrefaites, il fut averti par les autorités de Marseille qu’une troupe de bandits royalistes devait l’enlever ou le tuer dans la nuit du 17 au 18 juillet. Murat alla se réfugier à Toulon, où il passa quelques jours, puis se cacha près de cette ville. Il allait chercher une retraite auprès d’un de ses amis, dans les environs de Roanne, en attendant la conclusion de ses derniers arrangements avec le cabinet de Vienne, lorsqu’il apprit qu’un bâtiment de commerce allait faire voile pour le Havre. Le capitaine de ce navire consentit à le recevoir à son bord le matin, à la sortie du port. Mais Murat, empêché par la violence des flots, ne put parvenir jusqu’à ce bâtiment, qui s’éloigna. En ce moment, sa tête venait d’être mise à prix. Il dut chercher un asile dans la montagne, chez une pauvre bûcheronne. Au bout de huit jours, ses amis parvinrent à lui procurer une barque pour se rendre en Corse. Pendant la traversée, une tempête s’éleva, et l’ancien roi de Naples allait être englouti lorsqu’il fut recueilli par le paquebot de Toulon à Bastia. Arrivé dans cette ville, il ne s’y trouva point en sûreté et se rendit à Vescovato, où il put, après tant d’agitations, goûter quelques moments de repos chez le général Franceschetti. Les intrigues qui l’avaient assiégé en Provence le poursuivirent en Corse, dit Germain Sarrut, à qui nous emprunterons le dernier et dramatique épisode de la vie de Murat ; des émissaires de France et d’Italie renouvelèrent leurs suggestions perfides ; à les en croire, Naples et les principales villes du royaume attendaient et pressaient de leurs vœux le retour de Joachim. Malheureusement pour lui, les plus sages, les plus prudents de ses amis n’étaient pas à Vescovato. Leur voix ne put combattre ni balancer l’influence des mauvais conseils ; il se décida aussitôt à tenter une entreprise dont trop de gens lui garantissaient le facile succès. Il lui fut aisé de trouver, de recruter en Corse un certain nombre de soldats, et il nolisa six barques, sur lesquelles il fit transporter secrètement des armes et des munitions ; pour se procurer les fonds nécessaires à ce coup de main, il mit ses diamants en gage. Tous les préparatifs étaient terminés, lorsque le comte Macirone vint le trouver ; il lui apportait de Paris les passeports en vertu desquels il était autorisé à se rendre et à vivre dans les Etats autrichiens. Après avoir lu les conditions qui lui étaient faites, Murat s’écria : « II est troptard ! le sort en est jeté ; dans un mois, je serai à Naples. » Et il mit à la voile dans la nuit du 28 septembre 1815. II avait confié le commandement de sa petite escadrille à un ancien capitaine de frégate, qui devait à la faveur de Murat ce grade dans la marine napolitaine ; il se nommait Barbara, et bien que quelques avis fussent parvenus à Joachim sur le compte de cet homme, dont on l’engageait à se défier, il croyait à son dévouement et à son courage. Contrariés par les vents, les bâtiments dont se composait l’escadrille furent dispersés, le 5 octobre, par une tempête, et quand, dans la matinée du 6, on fut en vue des côtes des Calabres, les signaux ne purent rallier qu’une seule barque qui contenait 40 soldats. Un officier qui avait été envoyé pour répondre aux questions de la douane avait été retenu prisonnier : les douaniers menaçaient de faire feu si les barques ne s’éloignaient pas. Murat sembla reconnaître la nécessité d’une prompte retraite. Mais Barbara, qui avait reçu le prix de sa trahison, insista pour qu’on abordât au Pizzo, et Murat lui donna enfin l’ordre qu’il désirait. Quand la barque fut arrivée devant le port, les principaux officiers de Murat, qui n’avaient pas été consultés sur son nouveau projet, le supplièrent d’y renoncer ; ils voyaient bien que le roi courait à la mort. Il fut inflexible et donna le signal du débarquement. Avant de quitter sa barque, il prescrivit à Barbara de se tenir prêt a le recevoir avec sa suite dans le cas où ils seraient forcés de se rembarquer, 30 hommes environ, officiers, soldats et domestiques, l’accompagnèrent. Quelques cris de « vive Joachim ! » l’accueillirent lorsqu’il fut descendu sur le rivage ; 10 ou 12 canonniers gardes-côtes le suivirent ; mais à peine sa petite troupe avait-elle pris la route de Monteleone que des paysans, réunis, et commandés par un officier de gendarmerie nommé Cappellani, firent feu sur elle. Des rassemblements se formaient sur d’autres points. La résistance était impossible, et il fallut retourner sur ses pas. Mais lorsque Murat et ses compagnons furent revenus au rivage pour se rembarquer à la hâte, le bâtiment qui devait le recevoir et le capitaine Barbara qui devait les attendre avaient disparu, il ne restait au prince et à sa troupe aucun moyen de retraite. La populace du Pizzo s’était réunie aux paysans et aux gendarmes. Une décharge de fusils tua un des compagnons de Murat et en blessa sept autres. Fait prisonnier avec le reste de sa troupe, il fut conduit au fort ; il eut à subir les lâches insultes de Cappellani, qui le fouilla, lui enleva ses papiers et vingt-deux diamants. Le commandant supérieur de la province, le général Nunziante, arriva de Monteleone dans la nuit du s au 9, et son premier soin fut de faire transférer l’illustre prisonnier dans une chambre particulière. Le quatrième jour de sa détention, il fut prévenu par le général Nunziante que le gouvernement avait transmis, par le télégraphe, l’ordre de le retenir prisonnier, malgré ses réclamations pour être transporté sur un bâtiment portant le pavillon de la Grande-Bretagne. Dans la nuit du 13, ce général reçut l’ordre de former une commission militaire pour juger l’ex-roi de Naples : la veille, on avait éloigné de lui les généraux Franceschetti et Natale, qui étaient enfermés dans la même chambre. La commission militaire se composait d’officiers qui, pour la plupart, avaient reçu de Murat leurs grades et leurs décorations. Il était condamné d’avance ; son arrêt, prononcé dans la matinée du 13, lui fut annoncé à trois heures. Il était résigné à son sort ; il ne sollicita pas la faveur d’un recours auprès du monarque qui régnait à Naples ; il ne se plaignit pas ; à peine put-il obtenir la permission d’écrire à sa femme. Murat descendit alors dans une des cours intérieures du fort, où se trouvaient réunis 20 gendarmes ; en passant devant le front de ce détachement, il lui adressa un salut militaire. L’officier chargé de faire exécuter la sentence voulut lui mettre un bandeau sur les yeux ; il le refusa ainsi que la chaise qu’on lui offrit : « J’ai trop souvent bravé la mort pour la craindre » dit-il, d’un ton ferme, mais sans jactance. Puis il prononça, en faveur de ses compagnons, quelques paroles qui furent interrompues par le signal de mort ; il tomba, et quand on le releva pour l’aller ensevelir dans une fosse préparée au cimetière du Pizzo, il pressait encore sur son cœur le portrait de sa femme. « Sorti des montagnes des Pyrénées comme un soldat qui cherche aventure, dit Lamartine, signalé à l’armée par sa bravoure, offert au premier consul par le hasard, devenu cher et utile par le zèle et par l’amitié, élevé à la main de la sœur de Bonaparte par sa beauté et par son amour, porté aux grands commandements par la faveur, au trône par l’intérêt de famille, à l’infidélité par l’ambition de sa femme et par la faiblesse du père pour ses enfants, précipité par le contre-coup de la chute de l’Empire, disgracié à la fois par Napoléon et par ses ennemis, incapable de l’obscurité et de la médiocrité après tant d’éclat et tant de fortune, se jetant de désespoir dans l’impossible et ne trouvant que la mort, mais tombant, jeune encore, avec toute sa renommée, emportant, sinon l’estime entière, au moins tout l’intérêt et toute la compassion des contemporains, laissant à la postérité un de ces noms qui éblouissent les âges, où l’on trouvera des ombres sans doute, mais pas de crimes : tel fut Murat ! Deux patries le revendiqueront : la France qu’il servit, l’Italie qu’il gouverna. Mais il appartient,  avant tout, au monde de l’imagination et  de la poésie ; homme de la fable par ses aventures, homme de la chevalerie par son caractère, homme de l’histoire par son époque. Il mérita, plus que tout autre, l’épitaphe rarement méritée par ceux qui servent ou qui gouvernent les cours : homme de cœur, dans toute la grandeur et toute la sensibilité du mot. Aussi l’histoire, qui aura de l’enthousiasme et des reproches, aura surtout des larmes pour lui. » Murat aimait le luxe, l’apparat, les richesses du costume, la pompe des cérémonies. « Au moment d’une bataille, dit Béguin, il se revêtait de son plus brillant uniforme, il implantait dans son panache une aigrette étincelante de diamants, et il aimait à parader devant les troupes. Guerrier, il n’eut pas, comme Hoche, Desaix, Kléber et Lannes, ce génie stratégique qui prépare un plan de campagne ainsi qu’on crée le plan d’un grand poème ; mais nul mieux que lui ne sut saisir à propos d’un mouvement, distribuer, réunir, mouvoir des masses de cavalerie, tenter d’incroyables hardiesses et forcer la fortune. Roi, il gouverna sagement, libéralement et se fit aimer. Arrivé sur le trône avec 12 millions de fortune personnelle, qu’il dépensa dans l’intérêt du royaume de Naples, il en descendit ruiné, presque sans aucunes ressources. » De son mariage avec Caroline Bonaparte, il avait eu deux fils et deux filles : Napoléon-Achille Murat, né en 1801, mort aux Etats-Unis en 1847 ; Napoléon-Lucien-Charles, né à Milan en 1803 ; Laetitia-Joséphine, née en 1802 et qui a épousé le comte Pepoli de Bologne ; enfin Louise-Julie-Caroline, née en 1805 et femme du comte Rasponi de Ravenne.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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février 22, 2008

MARECHAL LEFEBVRE (1755-1820)

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François-Joseph Lefebvre, capitaine du 13e batillon d’infanterie légère en 1792 (1755-1820)

Au siège de Dantzig, il ne m’écrivait que des sottises ; mais, lorsque les Russes débarquèrent, il se trouva dans son élément et ses rapports devinrent ceux d’un homme qui voit bien.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal LEFEBVRE (François-Joseph), duc de Dantzig, maréchal de France, né à Ruffach, département du Haut-Rhin, le 25 octobre 1755, mort à Paris le 14 septembre 1820. Fils d’un meunier qui avait servi quelque temps comme hussard, il perdit son père à l’âge de huit ans. L’enfant passa entre les mains d’un ecclésiastique, son oncle, qui le garda près de lui et chercha à le pousser vers l’Eglise ; mais Lefebvre avait du sang de soldat dans les veines, et, quand il ent atteint sa dix-huitième année, il s’enrôla dans les gardes-françaises. Il lui fallut quinze ans pour arriver au grade de sergent, qu’il venait d’obtenir quand éclata la Révolution. Incorporé dans le bataillon des Filles-Saint-Thomas, il fut chargé de son instruction militaire. Nommé capitaine au 13e régiment d’infanterie légère, puis promu, le 2 décembre 1793, au grade de général de brigade à l’armée de la Moselle, sous les ordres de Hoche, dont il avait été l’instructeur aux gardes-françaises, Lefebvre passa général de division le 10 janvier 1794. A partir de ce moment, il commanda presque continuellement les avant-gardes aux armées des Vosges, de la Moselle, de Rhin-et-Moselle, de Sambre-et-Meuse et du Danube. A Fleurus, il ramène en avant les deux ailes de l’armée française qui battaient en retraite et enfonce les Autrichiens. Après la bataille d’Aldenhoven, les habitants de Lennich, incendiée par l’ennemi en retraite, viennent implorer la générosité du vainqueur. Lefebvre les présente à ses soldats, qui partagent leur pain avec ces malheureux. A Altenkirchen (1796), il enlève aux Autrichiens 4 drapeaux, 12 canons et fait 3.000 prisonniers. En 1798, il prit, après la mort de Hoche, le commandement provisoire de l’armée de Sambre-et-Meuse, puis, l’année suivante, passa à l’armée du Danube que commandait Jourdan. A Stockach, avec 8.000 hommes, il arrête 36.000 Autrichiens, et, grièvement blessé au bras, revient a Paris, où le Directoire lui fait hommage d’une armure d’honneur. Le 11 mai le conseil des Cinq-Cents le désigne comme l’un des candidats au Directoire, à la place de Treilhard, membre sortant ; mais le conseil des Anciens se montre hostile à son élection. Comme compensation, on le nomma commandant de la dix-septième division militaire, avec Paris pour quartier général. Mêlé aux conspirateurs de brumaire, Lefebvre, à la tête de vingt-cinq grenadiers, décida, dans la journée du 18, par son intervention, le sort de ce criminel attentat contre la représentation nationale. Sans sa condamnable complicité, l’Empire était étouffé dans son germe ; aussi, en 1800, après la pacification des départements de l’Eure, de la Manche, du Calvados et de l’Orne, fut-il admis au Sénat sur la proposition du premier consul. Compris, en 1804, dans la première promotion des maréchaux de l’Empire, et nommé successivement chef de la cinquième cohorte, grand officier et grand-aigle de la Légion honneur, puis chargé du commandement des gardes nationales de la Roër, du Rhin-et-Moselle et du Mont-Tonnerre, Lefebvre prit, en 1806, dans la grande armée, le commandement d’une division dirigée contre les Prussiens, et commanda, à léna, la garde impériale à pied. Après la bataille d’Eylau il reçut l’ordre d’assiéger Dantzig, défendu par. 18.000 Prussiens, 3.000 Russes et une nombreuse milice bourgeoise. Le siège dura cinquante et un jours, et, pendant tout ce temps, le général français disait à ses artilleurs : « Je n’entends rien à votre affaire, mais fichez-moi un trou, et je passerai. » La brèche faite, il se jeta dans la place et l’emporta de vive force ; mais il rendit à la garnison prisonnière et à son chef, le maréchal Kalkreuth, les honneurs de la guerre. Ce fait d’armes valut au vainqueur le titre de duc de Dantzig. En 1808, Lefebvre prend le commandement du 4e corps de l’armée d’Espagne, gagne les bataillas de Durango et d’Espinola ; puis, appelé en Allemagne en il se met à la tête de l’armée bavaroise et va soumettre le Tyrol. En 1812, il commande en chef la garde impériale, et, pendant la désastreuse retraite de Russie, marche constamment à sa tête. En 1814, il se battit à Montmirail, à Arcis-sur-Aube et à Champaubert ; quand il arriva à Paris, les alliés l’occupaient depuis quelques jours. Il se laissa faire pair de France par la Restauration, puis, pendant les Cent-Jours, il siégea à la Chambre impériale des pairs. A sa seconde rentrée, Louis XVIII le destitua ; mais, en une ordonnance le rappela dans le corps privilégié. Au bout d’un an, une hydropisie de poitrine enlevait le duc de Dantzig, qui fut, suivant son désir, inhumé au Père-Lachaise, auprès de Masséna. Brusque, mais cordial, et dénué de toute instruction, Lefebvre avait souvent été l’objet des moqueries de la cour impériale ; l’aristocratie de la Restauration s’apprêtait à renchérir sur celle-ci. D’un mot, le soldat mit un terme au bavardage des sots. Un fat faisait devant lui, avec importance, le dénombrement de ses ancêtres. « Eh ! ne soyez pas si fier, répliqua le,maréchal, moi, je suis un ancêtre. » Alors qu’il n’était encore que sergent aux gardes-françaises, il avait épousé la blanchisseuse de la compagnie, rude femme du peuple qui conserva dans la prospérité ses allures simples et sans façon, La femme du préfet de Seine-et-Marne visitait souvent la maréchale Lefebvre, au château de Combault. Un jour, la maréchale ouvrit une armoire dans laquelle on voyait, rangés par ordre chronologique, les différents costumes qu’elle et son mari avaient portés depuis leur mariage, « Voici, dit-elle, une galerie d’habits de conditions bien diverses. Nous avons été curieux de conserver tout cela : il n’y a pas de mal à revoir ces sortes de choses-là, de temps en temps, comme nous le faisons ; c’est le moyen de ne pas les oublier. » Elle avait donné à son mari quatorze enfants, dont douze fils. Pas un ne survécut ; les deux derniers moururent à l’armée.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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février 20, 2008

MARECHAL KELLERMANN (1735-1820)

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Maréchal François-Christophe Kellermann (1735-1820) duc de Valmy

Kellermann était un brave soldat, extrêmement actif, avait beaucoup de bonnes qualités, mais il était tout à fait privé des moyens nécessaires pour la direction en chef d’une armée. Il ne fit dans la conduite de cette guerre d’Italie que des fautes.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal KELLERMANN (François-Christophe), duc de Valmy, maréchal de France, né à Strasbourg en 1735, mort en 1820. Il s’enrôla en et fit la guerre de Sept ans. Envoyé en Pologne, en 1771, avec le petit corps chargé de seconder la confédération de Bar, il se distingua au combat de Cracovie et fut nommé, après son retour en France, lieutenant-colonel, colonel en 1784 et maréchal de camp en Lorsque la Révolution éclata, Kellermann adhéra avec chaleur aux idées nouvelles. Il reçut, en 1791, le commandement des troupes de l’Alsace, parvint à déjouer les intrigues de l’émigration sur cette frontière, empocha les Autrichiens d’envahir l’Alsace et la Lorraine, et fut nommé général en chef de l’armée du Centre le 23 août 1792. Ayant reçu l’ordre de rejoindre Dumouriez pour repousser les Prussiens de la Champagne, il opéra sa jonction le 19 septembre, et dut, dès le lendemain, livrer bataille aux alliés sur les hauteurs de Valmy. Agitant son chapeau au bout de son sabre, au cri de : Vive la nation ! il entraîna, dans un élan d’enthousiasme, les jeunes troupes républicaines, qui enfoncèrent ; les lignes ennemies et décidèrent la victoire. Cette victoire éclatante, dont le nom glorieux devait être ajouté plus tard à celui de Kellermann, produisit un énorme effet moral sur la nation et contraignit les étrangers, frappés de stupeur, à évacuer notre sol. Peu après, Kellermann reçut le commandement de l’armée de la Moselle. Accusé par Custine de ne l’avoir pas secondé dans ses opérations sur le Rhin, il n’eut pas de peine à se justifier devant la Convention (14 novembre). Il venait d’être nommé général en chef de l’armée des Alpes, lorsque, à la suite d’une nouvelle dénonciation de Custine il dut se rendre à Paris. Il donna les explications les plus satisfaisantes et reçut, en mai 1793, le commandement des armées des Alpes et d’Italie. Chargé, peu après, de réduire la ville de Lyon, insurgée contre la Convention, il montra une certaine répugnance à faire le siège de cette ville, laissa le commandement des troupes assiégeantes au général Dumuy et alla repousser les Piémontais, qui venaient de pénétrer en France par la vallée de Sallanches pour secourir les Lyonnais. Reprenant aussitôt l’offensive, il les battit à diverses reprises, les força à évacuer la Tarentaise et la Maurienne et apprit, sur ces entrefaites, que Lyon venait de capituler. L’attitude hésitante qu’il avait prise vis-à-vis des insurgés royalistes de Lyon avait vivement indisposé les commissaires de la Convention. Sur leur rapport, Kellermann fut destitué, arrêté le 18 octobre et détenu treize mois à la Conciergerie. Mis en liberté après le 9 thermidor, il reprit le commandement de ses deux armées et soutint, pendant toute la campagne de 1795, avec 47.000 soldats, les attaques multipliées de l’armée autrichienne, forte de 150.000 hommes. Obligé de se replier devant des forces si supérieures, il livra quarante combats dans lesquels il remporta presque toujours l’avantage et empêcha l’ennemi d’envahir la Provence. Bonaparte ayant été mis, en 1796, à la tête de l’armée d’Italie, Kellermann n’eut plus que la seule armée des Alpes sous ses ordres, et fut réduit à une nullité presque absolue pendant la campagne d’Italie. L’ambitieux Bonaparte était parvenu à le faire mettre à l’écart des opérations militaires, en écrivant au Directoire : « Réunir Kellermann et moi en Italie, c’est vouloir tout perdre. Le général Kellermann a plus d’expérience et fera mieux la guerre que moi ; mais tous deux ensemble, nous la ferons mal. Je ne puis pas servir volontiers avec un homme qui se croit le premier général de l’Europe. » Lorsque l’armée des Alpes fut réunie à celle de Bonaparte, Kellermann revint à Paris et devint inspecteur général de la cavalerie de l’armée d’Angleterre, puis de l’armée de Hollande. Après le coup d’Etat du 18 brumaire, Bonaparte le nomma membre du sénat, puis grand cordon de la Légion d’honneur (1802), maréchal de l’empire (1804), et enfin duc de Valmy. Pendant tout l’Empire, il ne remplit pas de commandement actif sur le champ de bataille. Il fut mis à la tête des armées de réserve du Rhin, d’Espagne et commanda les camps d’observation de l’Elbe et de la Meuse. Napoléon lui donna, non seulement la riche sénatorerie de Colmar, mais encore le domaine de Johannisberg, appartenant au prince de Mettermch. Séduit par ces dons, le vainqueur de Valmy, le chaud républicain de 1792 passa à l’état de plat adulateur du despote et demanda, en 1806, l’érection d’un monument en son honneur ; mais, en 1814, il s’empressa de voter la déchéance de Napoléon et de faire acte d’adhésion à Louis XVIII, qui le nomma commissaire extraordinaire dans la 3e division militaire, grand-croix de l’ordre de Saint-Louis et pair de France. Pendant les Cent-Jours, le duc de Valmy se tint à l’écart et reprit, après la seconde Restauration, sa place à la Chambre haute, où il vota avec les libéraux.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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février 17, 2008

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – LE CONSULAT

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Les trois consuls, Bonaparte, Cambacérès, et Lebrun, reçoivent le serment des présidents de section le 25 décembre 1799 lors de l’installation du Conseil d’Etat au Palais du Petit-Luxembourg

Citoyens, la Révolution est fixée aux principes qui l’ont commencée, elle est finie ! Il faut en commencer l’histoire et voir ce qu’il y a de réel et de possible dans l’application des principes et non ce qu’il y a de spéculatif et d’hypothétique.

(Napoléon Bonaparte)

On sait que les vainqueurs de Saint-Cloud avaient fait rendre par un conciliabule de quelques députés complices ou gagnés, une loi qui instituait trois consuls provisoires chargés de réorganiser la République et de préparer une constitution. Le 20 brumaire, à cinq heures du matin, ces magistrats improvisés, Bonaparte, Sieyès et Roger Ducos, quittèrent Saint-Cloud et vinrent s’installer au palais du Luxembourg, qui avait été la résidence officielle du Directoire. Dès leur première séance, le général prit plutôt qu’il ne reçut la présidence, et se dessina comme le maître réel de la situation, non sans un amer dépit de Sieyès, qui se croyait destiné au rôle prépondérant et se regardait comme l’héritier naturel du gouvernement renversé. Toutefois, sa réputation de métaphysicien politique le désignait évidemment comme le législateur du coup d’Etat. Ce fut lui, en effet, qui fut chargé d’élaborer la nouvelle constitution. La commission consulaire, qui craignait quelque tentative de résistance du parti républicain, organisa rapidement son gouvernement, et, pour s’attacher les classes riches et les débris des factions royalistes, abolit l’emprunt forcé et la loi des otages, qui plaçait sous la surveillance de la police les anciens nobles et les parents d’émigrés. Elle s’occupa ensuite de remédier à la pénurie du trésor, et comme aucune loi ne pouvait gêner son action dictatoriale, elle échappa facilement aux difficultés dans lesquelles s’était débattu le Directoire. L’emprunt forcé fut remplacé par une subvention de guerre, consistant en une addition de 25 centimes au principal des contributions foncière, mobilière et personnelle ; on obtint en outre des banquiers un prêt de millions en numéraire, pour faire face aux dépenses courantes ; enfin, on revint hardiment, en matière de contributions, à certaines pratiques de l’ancien régime ; on adopta un ensemble de mesures financières qui ramenèrent un peu d’argent dans les caisses de l’Etat. Parmi les premiers actes des consuls provisoires, il faut encore rappeler l’élargissement des prêtres réfractaires, des concessions au clergé, la fermeture de la plupart des sociétés politiques, la déportation prononcée contre les principaux chefs du parti républicain, parmi lesquels le général Jourdan ; la suppression de la liberté de la presse, etc. On revint d’ailleurs, quand la victoire fut assurée, sur les mesures de rigueur prises contre les républicains, et la déportation fut changée en surveillance. En même temps Bonaparte, par l’entremise du général Hédouville, ouvrait avec les chefs royalistes des négociations qui aboutirent à une suspension d’armes dans l’Ouest, et distribuait à ses aides de camp des missions particulières auprès de certaines cours de l’Europe, comme un prince qui notifie son avènement. C’est ainsi qu’il envoya Duroc à Berlin, pour caresser le jeune souverain de la Prusse, et lui représenter que la dernière révolution était un retour à l’ordre et aux « saines traditions. » D’ailleurs, tous les actes du nouveau gouvernement portaient un caractère manifeste de réaction antirépublicaine : les émigrés rentraient en foule ; les patriotes étaient partout persécutés ou tout au moins comprimés ; tous les emplois étaient envahis par cette espèce d’ambitieux sans caractère et sans convictions, mais non pas sans talent, qui pendant un demi-siècle ont tour à tour servi et trahi tous les pouvoirs. Cependant, après les plus laborieux et les plus pénibles efforts, le nébuleux Sieyès avait enfanté son fameux projet de constitution, qui fut profondément modifié, suivant les convenances de Bonaparte. Le général se montra particulièrement intraitable sur cette conception singulière du grand électeur, espèce de roi fainéant qu’il nommait, dans son langage soldatesque, un cochon à l’engrais, et dont il ne voulait à aucun prix accepter le rôle inactif et fastueux. Ce qu’il voulait impérieusement, c’était la réalité du pouvoir suprême, sous quelque nom que ce fût ; de plus, il n’entendait en aucune manière être absorbé par le Sénat, comme le pouvait être en certains cas le grand électeur. Après de longues discussions, cette haute comédie politique se termina suivant ses désirs, ou plutôt sa volonté. Il fut arrêté que le pouvoir exécutif se composerait d’un premier consul, véritable roi qui concentrait à peu près tout le pouvoir entre ses mains et dont l’autorité pouvait même devenir perpétuelle, car il était nommé pour dix ans et de plus indéfiniment rééligible. Pour dissimuler un peu sa toute-puissance, on l’avait flanqué de deux autres consuls, nommés l’un et l’autre pour cinq ans, véritables satellites du premier, modestes assesseurs qui n’avaient que voix consultative, et qui, en réalité, n’étaient rien que de simples machines à représentation. La liste civile du premier consul fut fixée à 500.000 francs, et celle de chacun des deux autres à 150.000 francs. Le palais des Tuileries leur était assigné pour résidence, et il leur, était accordé une garde consulaire. On voit que, malgré les vaines dénégations du parti dominant, c’était là une véritable restauration monarchique. Naturellement, Bonaparte fut nommé d’office premier consul, avec Cambacérès et Lebrun pour deuxième et troisième consuls. Ces derniers, réunis aux deux consuls provisoires, nommèrent la majorité absolue du Sénat, qui se compléta lui-même, et dressa ensuite la liste des membres qui devaient composer le Corps législatif et le tribunat. En même temps, le pouvoir exécutif entrait en fonctions, choisissait ses agents et distribuait à ses créatures toutes les places créées par la constitution nouvelle, et dont la plupart étaient assez richement dotées. Après s’être ainsi constitué lui-même, le gouvernement soumit la constitution à l’acceptation du peuple français, au moyen de registres ouverts au secrétariat des administrations, au greffe des tribunaux, etc. Le résultat, connu et proclamé plus de trois mois après le coup d’Etat, donna 3.011.007 suffrages eu faveur du pacte nouveau, et 1.562 contre. Cette constitution était d’ailleurs en vigueur depuis deux mois. Bonaparte déploya dès la première heure la même activité que dans ses opérations militaires. Il apporta dans le gouvernement de la République cette vigueur et cet esprit d’organisation qu’il avait appris à l’école de la Révolution. Il communiqua à tous les rouages du gouvernement une impulsion qu’il serait puéril de contester ; mais, en même temps, il se substitua entièrement à la République , il absorba toutes les libertés et profita de l’engouement dont il était l’objet pour faire rétrograder la Révolution, et ramener progressivement la France au régime avilissant du pouvoir absolu. Nous le savons, des systèmes qui ont eu leur minute de vogue ont fait de Napoléon le continuateur armé de la Révolution, le dictateur de la démocratie ; mais il n’est que trop évident qu’il n’a laissé subsister de cette Révolution que ce qu’il n’a pu détruire, que ce qu’il avait un intérêt immédiat à conserver. Bonaparte eut cette bonne fortune de trouver sous sa main un personnel de premier ordre, et il n’eut que l’embarras du choix pour organiser son gouvernement. «La Révolution française, dit M. Thiers, avait été prodigieusement féconde en hommes, dans tous les genres, et, si l’on voulait surtout ne plus tenir compte des exclusions prononcées par les partis les uns à l’égard des autres, on avait le moyen de composer le personnel de gouvernement le plus varié, le plus capable, ajoutons le plus glorieux. » Il suffïra de citer au hasard les noms suivants : Volney, de Tracy, Monge, Carnot, Ginguené, Ducis, Benjamin Constant, Gaudin, Sieyès, Roger Ducos, Cambacérès, Talleyrand, Rœderer, Lebrun, Champagny, Lacuée, Brune, Marmont, Ganteaume, Defermon, Boulay de la Meurthe, Berlier, Réal, Chaptal, Berthollet, Laplace, Regnault de Saint-Jean d’Angely, Fourcroy, Cabanis, Fouché, Grégoire, Kellermann, Garat, Lacépède, Lagrange, Thibaudeau, Darcet, François de Neufchâteau, Daubenton, Bougainville, Perregaux, Latour d’Auvergne, M.-J. Chénier, Andrieux, Arnault, Chauvelin, Stanislas de Girardin, Daunou, Riouffe, Laromiguière, J.-B. Say, Boissy d’Anglas, Pastoret, Portalis, Quatremère de Quincy, Villaret-Joyeuse, Barbé-Marbois, Jean-Bon-Saint-André, Barère, Moreau, Berthier, Lannes, Dubois-Crancé, Duroc, Masséna, Augereau, Maret, Reinhart… Sans doute, il y avait parmi ces hommes des ambitieux sans scrupule, des lutteurs fatigués, quelques royalistes avoués, et beaucoup d’autres dont le caractère était énervé ; mais, en tout état de cause, c’étaient là des capacités de premier ordre, dont le maître de la France, merveilleusement servi par les circonstances, allait tirer, d’inappréciables services. Comme Louis XIV, sa gloire allait absorber celle de tous les hommes supérieurs de son temps. Il célébra son avènement légal par diverses mesures propres à lui rallier le parti du passé, les vaincus de la Révolution. Les lois qui excluaient des fonctions publiques les parents d’émigrés et les ex-nobles furent abrogées ; les proscrits du 18 fructidor rappelés ; ou rendit au culte un grand nombre d’édifices religieux, et on substitua au serment à la constitution civile du clergé une simple promesse d’obéissance à la constitution de l’Etat ; enfin, les listes des émigrés furent closes, les radiations rendues plus faciles, et les fêtes républicaines supprimées, à l’exception de celles du 14 juillet et du 10 août. Une suspension d’armes avait été signée avec les insurgés de l’Ouest, et des négociations entamées pour amener une pacification complète. Bonaparte fit les plus louables efforts pour arriver à ce grand résultat, en même temps qu’il faisait porter des propositions pacifiques à l’Angleterre, à l’Autriche et à la Russie. Mais cette première tentative ne servit qu’à mettre en lumière les difficultés que les prétentions mutuelles apportaient à la paix. D’un autre côté, le premier consul éprouvait à l’intérieur quelques embarras ; parmi ceux-là même qui s’étaient sincèrement ralliés à lui, il y en avait qui n’avaient pas perdu toute indépendance républicaine, et il se produisit, notamment dans le tribunat, des velléités d’opposition qui choquèrent fort le maître et augmentèrent son aversion pour les assemblées délibérantes. C’est sous l’empire de ce sentiment qu’il fit supprimer par une loi les municipalités cantonales, et qu’il confia l’administration des départements à des préfets, sous-préfets et maires, nommés par lui (janv. 1800). C’était un nouveau progrès et des plus importants dans le sens de la centralisation gouvernementale. Quant à l’organisation judiciaire, elle fut modifiée d’après les plans de Cambacérès. D’autres travaux d’administration furent encore accomplis, parmi lesquels il faut mentionner la création de la Banque de France. Cependant, les propositions de paix avaient été repoussées par l’Angleterre et par l’Autriche, ou du moins ces puissances y mettaient de telles conditions que l’honneur et les intérêts de la France ne permettaient pas d’accepter. Le premier consul, qui avait conduit ses négociations avec beaucoup d’intelligence et de sagesse, dut se préparer à faire de nouveau face à la coalition. Mais, avant d’entrer en campagne, il sentit la nécessité d’en finir avec la Vendée, de transformer la suspension d’armes en paix définitive ; il redoubla d’efforts, dirigea des forces vers l’Ouest, et par des concessions habiles, par un mélange de fermeté et d’esprit conciliateur, par des démarches auprès des chefs royalistes, il parvint à pacifier successivement les deux rives de la Loire, la Bretagne et la Normandie. A la fin de février 1800, les départements de l’Ouest étaient entièrement pacifiés. Ce beau résultat fut dû surtout à la vigueur et à la prudence du général Hédouville, qui seconda avec une intelligence admirable la sagesse du premier consul. Avant d’ouvrir la campagne de cette année, Bonaparte se hâta de clore la session du Corps législatif, puis d’aller s’installer en grande pompe aux Tuileries, d’où il avait fait enlever les emblèmes républicains, qu’il nommait maintenant des cochonneries ; enfin, de supprimer les journaux, à l’exception de treize,qui furent dûment avertis qu’à la moindre velléité d’indépendance ils seraient immédiatement supprimés. C’est à ce moment (mars 1800) que fut proclamé le vote, de la France sur la constitution, vaine et tardive formalité qui d’ailleurs n’eût rien changé au cours invincible des événements. Le lendemain du jour où il s’était installé dans le palais des rois, où palpitait encore le souvenir de la Convention et des grands comités, l’heureux Corse dit avec un sentiment d’orgueil à son secrétaire Bourrienne : « Eh bien ! nous voilà donc aux Tuileries !… Maintenant, il faut y rester. » Ce trait est caractéristique, et il peint bien l’homme étrange qui, dans cet âge des grandes passions humanitaires, au milieu du combat des idées, n’eut jamais d’autre culte que lui-même, d’autre préoccupation que l’agrandissement de sa personnalité. Bientôt, cependant, il fallut se préparer à continuer la guerre contre la coalition européenne. Les derniers moments du Directoire avaient été marqués par des succès, et notamment par la mémorable victoire de Zurich. Mais l’Angleterre et l’Autriche, entraînant une partie des Etats de l’Allemagne, rentraient de nouveau en ligne et se disposaient à nous porter les plus terribles coups.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Suite -> Le Premier Consul

Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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février 16, 2008

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – 18 ET 19 BRUMAIRE A SAINT-CLOUD

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Napoléon Bonaparte lors du coup d’Etat du 18 brumaire (9 novembre 1799)

Dans les révolutions, il y a deux sortes de gens : ceux qui les font et ceux qui en profitent.

(Napoléon Bonaparte)

Comme dans toutes les hautes comédies d’usurpation dont l’histoire nous offre le tableau, il s agissait toujours, dans ces projets d’envahissement de la puissance publique, de sauver la patrie. C’était par dévouement patriotique que les conjurés allaient se précipiter dans le gouffre du pouvoir absolu. On sait quels Curtius c’étaient que les Talleyrand, les Sieyès et les politiques de leur école, et combien la grandeur du pays et le bonheur public tenaient de place dans leurs préoccupations ! Un article de la Constitution de l’an III investissait le conseil des Anciens du droit de décréter, en cas de péril public, la translation du Corps législatif hors Paris. Cet article, né des vieilles rancunes girondines contre la capitale, allait servir de pivot à la conspiration. Il fut convenu que Sieyès , qui disposait de la majorité des Anciens, ferait présenter un décret de translation des conseils à Saint-Cloud, sous le prétexte d’un complot jacobin sur le point d’éclater. A cette mesure, on en ferait ajouter une autre que la Constitution n’autorisait pas, la nomination de Bonaparte au commandement des troupes de la division de Paris, de la garde nationale et de la garde du Corps législatif. Une fois les conseils réunis à Saint-Cloud, isolés et privés de tout moyen d’action, Sieyès et Roger Ducos devaient envoyer leur démission de Directeurs ; on espérait arracher celle de Barras et des deux autres ; et, dans tous les cas, le gouvernement se trouvant désorganisé, on comptait imposer aux conseils la nomination du consulat tel qu’il avait été projeté. Une chose curieuse, c’est que les proclamations, par suite du retard de l’exécution, étaient prêtes plusieurs jours à l’avance. Regnault et Arnault avaient confié ce travail à un imprimeur de la rue Christine, nommé Delmonville. Le soir du 15, sachant déjà que l’affaire était remise, ils étaient allés tranquillement signer le bon à tirer, et ils laissèrent entre les mains du prote ces pièces accusatrices, dont la découverte pouvait tout faire échouer. Ils étaient niaisement convaincus que cet homme n’y comprendrait rien (un typographe ! ) On conviendra qu’en une circonstance aussi grave, une telle conduite touchait à l’ineptie. Ce prote obscur et discret, qui eut, pendant toute une nuit, entre ses mains la destinée de la France et celle de Napoléon, se nommait Bouzu. Dans la nuit du 17 au 18, les décrets furent préparés sous la direction de Cornet, membre du conseil des Anciens, et, vers 6 heures du matin, les lettres de convocation expédiées par des sous-officiers. On convoqua les Anciens pour 7 heures, et les Cinq-Cents pour 11 heures, en ayant soin d’oublier les membres dont on redoutait l’hostilité. De son côté, Bonaparte, agissant comme s’il eût été déjà revêtu du commandement, avait donné rendez-vous chez lui, pour 6 heures du matin, à tous les généraux et officiers sur lesquels il comptait. Le plus piquant, c’est que Lefebvre, qui commandait la division de Paris, avait été également appelé. Il était tout dévoué au Directoire ; mais Bonaparte l’enleva d’un mot : « Vous , l’un des soutiens de la République, la laisserez-vous périr entre les mains des avocats ? Tenez, voilà mon sabre des Pyramides, je vous le donne… » Le brave Alsacien s’écria, tout attendri : « Eh bien ! jetons les avocats à la rivière ! » Sous le nom d’avocats, c’était en réalité toute la France civile qu’on entendait écarter, pour inaugurer le règne d’une classe, celle des militaires. Comme on le voit, dans la bouche de Bonaparte, le mot avocat avait fait fortune. On sait que cet homme extraordinaire excellait dans l’emploi de ces dénominations à l’emporte-pièce. « C’est un idéologue » dira-t-il plus tard de quelque penseur que la fumée de la gloire n’aura point enivré, et voilà un homme voué au ridicule. Il savait excellemment que c’est avec des mots que l’on conduit les hommes, et il usait de cette arme puissante qu’il trouvait toujours à point dans son arsenal. Cependant les Anciens accourent aux Tuileries ; la séance s’ouvre : Cornet, personnage un peu grotesque, mais fort zélé, s empare de la tribune et déclame à froid contre les jacobins, dans un langage et avec des figures qui eussent été du plus haut comique en toute autre circonstance. Suivant lui, un affreux complot est sur le point d’éclater ; les poignards sont levés, et la représentation nationale est perdue si le décret de translation n’est pas prononcé : « La République, ajoute-t-il, aura cessé d’exister et son squelette sera entre les mains de vautours qui s en disputeront les membres décharnés. » (Moniteur.) Après avoir débité cette pièce d’éloquence, il cède la place à Régnier, qui présente les décrets tout rédigés. La majorité était assurée à l’avance, et, grâce à la manière savante dont les convocations avaient été faites, toutes les mesures furent votées presque sans débat. Bonaparte, suivi d’un brillant cortège de généraux et d’officiers, vint au sein du conseil prêter le serment prescrit : « Représentants, dit-il, la République périssait, votre décret vient de la sauver… » Toutefois il évita adroitement de jurer la constitution. Garat voulut en faire l’observation, mais le président lui refusa la parole, sous le prétexte que le décret de translation étant prononcé, il ne pouvait plus y avoir de discussion qu’à Saint-Cloud. Cette réponse fut également faite par le président Lucien aux membres des Cinq-Cents, qui se réunirent à 11 heures sous l’empire d’une vive émotion. Au nom de la constitution, qu’on se préparait à détruire, on ferma la bouche aux représentants, et tout débat dut être ajourné au lendemain. Paris était comme en état de siège ; les troupes prenaient position de tous les côtés, suivant les ordres donnés avant même que les décrets fussent rendus. Lannes gardait les
Tuileries, Marmont l’Ecole militaire, Murat fut envoyé à Saint-Cloud , Macdonald à Versailles, et Moreau accepta le poste peu honorable de geôlier du Directoire, qu’il investit, au Luxembourg, sous le prétexte de pourvoir à sa sûreté, et dont il intercepta absolument toute communication avec le dehors. Pendant que ces événements décisifs s’accomplissaient, l’un des principaux Directeurs, Barras, prenait tranquillement un bain. Gohier et Moulin, qui commençaient à ouvrir les yeux, accoururent auprès de lui ; il leur promit de les rejoindre dans la salle des séances du Directoire ; mais peu de minutes après, il cédait misérablement aux obsessions de Talleyrand et de Bruix, et signait sa démission, qui avait été rédigée à l’avance par Rœderer. Presque aussitôt il partit pour sa terre de Grosbois, escorté par un détachement de dragons. Le Directoire était dissous de fait : Gohier et Moulin, restés seuls, ne pouvaient même plus légalement délibérer. Ils s’honorèrent, du moins, par la fermeté de leur attitude : ni les caresses ni les menaces ne purent leur arracher leur démission. Ils restèrent consignés au Luxembourg, sous la garde de Moreau, brisés, vaincus, joués par les grands politiques, mais inébranlables dans leur honnêteté républicaine. Bonaparte, après avoir passé une revue rapide des troupes, qui l’avaient acclamé, était remonté aux Tuileries, dans la salle ou siégeait la commission des inspecteurs, délégation permanente du pouvoir législatif, qui était entièrement gagnée. Il dictait des ordres, agissait en maître, prenait toutes ses dispositions. Le succès de sa tentative paraissant assuré, le nombre de ses adhérents grossissait de minute en minute. Fouché, toujours dévoué pour les plus forts, commençait à faire du zèle. Il avait bruyamment fait fermer les barrières et empêché le départ des courriers, vieille pratique révolutionnaire, que d’ailleurs Bonaparte jugea inutile. En outre, il suspendit les douze municipalités de Paris, dont on craignait l’esprit républicain et qui pouvaient en effet servir de centres aux patriotes de différentes sections. Enfin il avait couvert les murs de Paris de proclamations, où il recommandait aux citoyens l’ordre et la tranquillité en assurant qu’on travaillait, dans le moment même, à sauver la République, à la préserver des complots de ses ennemis. Ces mesures ne pouvaient qu’affermir l’autorité de Bonaparte, qui paraissait assez généralement reconnue, bien que le décret qui l’en avait investi fût inconstitutionnel, car le conseil des Anciens n’avait pas le droit de nommer un chef de la force armée. Lui-même, avec son étonnante infatuation césarienne, parlait déjà et agissait en roi du moyen âge. Un peu ayant la démission de Barras, le secrétaire de celui-ci, Bottot, était venu à la commission des inspecteurs pour observer ce qui se passait. Bonaparte, l’apercevant dans la salle, saisit l’occasion pour déclamer une tirade d’apparat, certainement préméditée et destinée au Directoire. Voici cette sortie célèbre où le Moi impérial s’étale déjà avec si peu de gêne : « Qu’avez-vous fait de cette France que j’avais laissée si brillante ? j’avais laissé la paix, j’ai retrouvé là guerre ; j’avais laissé des victoires , j’ai retrouvé des revers ; j’avais i laissé les millions de l’Italie, j’ai retrouvé des lois spoliatrices et la misère !… Un tel état de choses ne peut durer ; avant trois ans il nous mènerait au despotisme. » Tout le monde connaît la paraphrase éloquente – mais où il y a encore plus de passion que d’éloquence – que Chateaubriand fit de cette célèbre apostrophe dans son pamphlet politique De Buonaparte et des Bourbons. On reste confondu en présence de cet orgueil olympien. Ne dirait-on point que les grandeurs de la République sont exclusivement son ouvrage, que personne avant lui, que personne avec lui n’y a contribué ? Certes, il avait joué nu rôle militaire brillant ; mais Hoche, mais Moreau, mais Bernadotte, mais Jourdan, mais Kellermann, mais cent autres capitaines illustres qui ont sauvé la patrie et soutenu la grande lutte contre les rois, de quel droit leur gloire est-elle ainsi confisquée ? et le comité de Salut public, et la Convention, et tous les grands citoyens de l’époque héroïque, quelle part leur laisse-t-on ? En 1815, quand le sang de plusieurs milliers d’hommes aura été versé, que restera-t-il de cette France que la Convention avait laissée si puissante et si forte ? Lui-même n’avait-il eu aucune part dans les fautes qu’il reprochait au Directoire ? et n’était-ce point lui, notamment, qui avait pris l’initiative de la création de ces républiques éphémères, première cause de nos revers ? Qui donc aussi avait déterminé l’éloignement de la plus belle de nos armées pour cette folle et aventureuse expédition d’Egypte, qui coûta si cher à la France et qui fut son œuvre personnelle ? Mais, les récriminations eussent été trop faciles. On pouvait ajouter encore qu’au moment même où parlait, la République, après un moment de défaillance, était de nouveau partout victorieuse, et sans qu’il y fût pour rien. Quoi qu’il en soit, le pauvre Bottot était stupéfait de recevoir à bout portant ces phrases théâtrales qui n’avaient pas été arrondies pour un aussi mince personnage, et qu’on se hâta d’expédier à tous les journaux. La journée du 18 brumaire se termina sans que la conspiration eût rencontré une opposition sérieuse. Les patriotes s’agitèrent bien, il est vrai, dans quelques conciliabules, mais sans parvenir à organiser un centre de résistance efficace. Décimés, écrasés tant de fois, et récemment encore par Sieyès, les républicains n’étaient plus, d’ailleurs, en état de lutter contre le parti militaire. En outre, le peuple paraissait convaincu que la dictature de Bonaparte serait un événement heureux pour la République. Le lendemain 19, Saint-Cloud était encombré de troupes. Rien n’était prêt pour l’installation du Corps législatif ; il en résulta des retards qui faillirent compromettre la conjuration. Les députés se promenaient par groupes dans le parc, et s entretenaient avec la plus vive animation. Les Cinq-Cents reprochaient aux Anciens de livrer la République à une dictature militaire, et ils parvinrent à en ébranler quelques-uns. Les conspirateurs n’étaient pas sans appréhension : Sieyès et d’autres personnages avaient des voitures qui les attendaient à la grille, en prévision d’un échec. Enfin les conseils entrèrent en séance vers deux heures. Les Anciens siégeaient dans une des salles du palais, les Cinq-Cents dans l’Orangerie ; Bonaparte, avec le monde d’officiers qui l’accompagnaient, occupait un des appartements. Il attendait, non sans trouble intérieur, les délibérations qui devaient mettre la République à ses pieds. Dans la nuit, des Anciens qui hésitaient encore à violer la loi lui avaient offert une place dans le Directoire renouvelé ; les Cinq-Cents eussent adhéré à cette combinaison ; une dispense d’âge eût été accordée ; mais il refusa avec opiniâtreté. Ce qu’il voulait, c’était l’omnipotence avec une constitution faite par lui et pour lui ; il n’acceptait pas d’autre rôle que celui de sauveur. On sait ce que cela signifie. Aux Cinq-Cents, un des affidés , Gandin, ouvrit la séance par le bavardage habituel sur le prétendu danger de la République ; il félicita les Anciens sur la mesure de la translation, et finit par proposer la nomination d’une commission pour préparer des mesures de salut public. On espérait ainsi abréger les discussions. De plus, on avait tout naturellement un rapport tout préparé, dans le sens de la conjuration, avec proposition du consulat, ajournement du Corps législatif, etc. Mais à peine Gaudin a-t-il fini de parler qu’une tempête éclate dans l’assemblée, à bon droit déliante et irritée, et qui se lève en masse aux cris de : « A bas la dictature ! vive la constitution ! – La constitution ou la mort ! s’écrie Delbrel… Les baïonnettes ne nous effrayent point, nous sommes libres ici ! » Après une longue agitation, Grandmaison propose de prêter individuellement le serment à la constitution. L’appel nominal commence, et Lucien Bonaparte lui même, qui présidait, est contraint de venir prononcer son serment à la tribune. L’immense majorité des Cinq-Cents était sincèrement et énergiquement dévouée à la République, et peut-être l’eût-elle sauvée si elle eût agi avec promptitudc et décision. Elle avait sous la main Jourdan, Bernadotte, Augereau et d’autres patriotes influents qui n’attendaient qu’un signal et qu’un décret ; mais les longueurs de l’appel nominal tirent perdre un temps précieux. Cette foi naïve dans la sainteté de la parole humaine et dans la puissance de la loi était encore une tradition de la grande époque révolutionnaire ; mais elle était tout à fait hors de saison dans les temps nouveaux, où le culte de la force pure, la loi punique et le parjure officiel commençaient à passer dans les mœurs publiques. Quoi qu’il en soit, les meneurs du complot furent un instant déconcertés. Les Anciens étaient ébranlés, et beaucoup ne paraissaient pas éloignés de faire volte-face. Les membres qui, la veille, n’avaient pas été convoqués, demandaient hautement des explications sur les prétendus dangers qui avaient motivé le décret de translation. Le fameux complot jacobin avait si peu de réalité que ceux qui en avaient affirmé l’existence demeuraient honteusement confondus et bouche close quand on les sommait d’articuler des faits. La situation devenait très grave. Bonaparte était ému, inquiet et irrité. Lui qui, depuis la veille, s’accoutumait à dire à tout propos : « Je veux…» il s’étonnait, comme d’une désobéissance, des obstacles qu’il rencontrait. Après une conférence rapide avec Sieyès, il résolut de brusquer les choses et de se présenter devant les conseils à la tête de son état-major. Ici il rentrait dans son vrai rôle. Il fit mettre un régiment en bataille dans la cour, annonça à ses officiers qu’il allait en finir, et, suivi de son état-major, alla se présenter à la barre des Anciens. Une fois en présence de l’assemblée, dans cette enceinte où, malgré l’anarchie du moment, rayonnaient encore le prestige de la représentation nationale et la majesté des lois, il fut visiblement intimidé, et son émotion se trahit par l’incohérence de son discours (quelle Moniteur a eu soin de remanier et d’arranger). Après avoir assuré que la République était sur un volcan, il passa brusquement aux calomnies dont on l’abreuvait. On parlait d’un nouveau César, d’un nouveau Cromwell, on osait lui attribuer le projet d’établir un gouvernement militaire ; mais s’il avait ambitionné un tel rôle, il lui eût été facile de le prendre au retour d’Italie ; il n’en a pas voulu alors, il ne le veut pas plus aujourd’hui. Puis, reprenant le thème des dangers de la patrie, il annonça la prise de plusieurs places par les chouans, et adjura les représentants de sauver la liberté et l’égalité. Linglet lui dit : « Et la Constitution ? » Un instant déconcerté, il réplique avec aigreur en découvrant ses vrais sentiments : « La Constitution ! vous n’en avez plus ! vous l’avez violée au 18 fructidor, vous l’avez violée au 22 floréal, vous l’avez violée au 30 prairial. » Et il concluait à la nécessité d’un nouveau pacte et de nouvelles garanties – c’est-à-dire à la concentration du pouvoir entre ses mains. On lui demande de s’expliquer sur les dangers qu’il signalait. Visiblement embarrassé, il se répandit en accusations vagues contre les factions, mais sans préciser un seul fait, recommença à se plaindre de l’insuffisance de la Constitution pour sauver la patrie, attaqua le conseil des Cinq-Cents avec violence, et termina par ces menaces peu déguisées : « Si quelque orateur, payé par l’étranger, parlait de me mettre hors la loi, qu’il prenne garde de porter cet arrêt contre lui-même !… J’en appellerais à vous, mes braves compagnons d’armes, à vous, grenadiers dont j’aperçois les bonnets, à vous, braves soldats dont j’aperçois les baïonnettes ! Souvenez-vous que je marche accompagné du Dieu de la fortune et du Dieu de la guerre ! » Ce langage emphatique et presque inconvenant dans une pareille enceinte, produisit une fâcheuse impression. La majorité de l’assemblée était disposée à accorder au général ce pouvoir qu’il recherchait si avidement ; mais elle eût désiré qu’on lui fournît au moins un prétexte pour créer une dictature, qu’on lui donnât quelques motifs spécieux propres à faire illusion. Elle ne prit aucune détermination et attendit, circonstance qui annonce au moins de l’indécision. En quittant la barre des Anciens, Bonaparte s’était rendu aux Cinq-Cents. Dans cette assemblée, la discussion, après la prestation du serment, avait été reprise avec animation sur la question du prétendu grand complot qui avait servi de prétexte à la translation des conseils à Saint-Cloud. On décréta l’envoi d’un message aux Anciens, pour leur demander les motifs de cette convocation extraordinaire, qui semblait annoncer un grand péril public. Tout à coup, au milieu des délibérations, la porte s’ouvre, et Bonaparte, entouré de grenadiers, paraît sur le seuil. A la vue des armes, les représentants bondissent, l’indignation soulève l’assemblée entière ; de toutes parts éclatent les cris : « Quoil des sabres ici ! à bas le dictateur ! à bas le tyran ! hors la loi ! vive la Constitution ! vive la République! – Que faites-vous, téméraire ? s’écrie Bigonnet, vous violez le sanctuaire des. lois ! » Et Destrem : « Est-ce donc pour cela que tu as vaincu ? » Et d’autres encore : « Tous tes lauriers sont flétris ! Ta gloire s’est changée en infamie ! » Pâle et violemment agité, Bonaparte s’efforce cependant de gagner la barre, placée au milieu de la salle ; mais les députés l’entourent en lui reprochant sa trahison ; quelques-uns même le saisissent au collet en lui ordonnant de sortir. C’est alors que ses grenadiers, restés sur le seuil, s’élancent et l’emportent à demi évanoui. La tempête continue dans l’assemblée, et les motions se multiplient au milieu d’une agitation inexprimable. On propose tour à tour de mettre les troupes en réquisition, sous le commandement de Bernadotte, de se déclarer en permanence, de se rendre sur-le-champ à Paris. Lucien manœuvre habilement pour gagner du temps ; il essaye de défendre son frère, de rappeler ses services ; il supplie, il lutte, mais en vain : sa voix est couverte par le formidable hors la loi ! qui avait perdu Robespierre lui-même. Prononcé contre Bonaparte, il pouvait faire hésiter les troupes, parmi lesquelles se trouvait la garde même du corps législatif. Lucien était dans une situation vraiment tragique : sommé de mettre aux voix la mise hors la loi de son propre frère, il déploya dans sa résistance, autant de courage que d’habileté, et finit par déposer ses insignes de président pour descendre à la barre. Le terrible cri retentissait au dehors. Bonaparte envoie un groupe de grenadiers pour dégager son frère, qui monte aussitôt à cheval dans la cour et devient à ce moment le maître du mouvement et le sauveur de la conspiration. Connu des soldats comme président de l’Assemblée, il couvrit le coup d’Etat d’un semblant de légalité. Il harangue les troupes, leur représente le conseil des Cinq-Cents comme opprimé par des « représentants à stylet, par des brigands soldés par l’Angleterre, par une minorité d’assassins. » En conséquence, il requiert la force publique pour délivrer l’assemblée. L’instant était décisif et il n’y avait pas une minute à perdre. L’ordre est donné de dissoudre l’assemblée par la force ; Murat et Leclerc entraînent les soldats ; les protestations des représentants sont étouffées par le roulement des tambours ; un cri suprême de « Vive la République ! » retentit, appel désespéré de la liberté mourante ; quelques instants après, la violence était consommée, la salle n’était plus occupée que par des grenadiers. Quatre années auparavant, au milieu des vagues de l’Océan, le même cri d’agonie avait retenti, dans une circonstance, nous ne pouvons pas dire plus solennelle, mais plus terrible, encore. Plutôt que de se rendre aux Anglais, les héroïques marins du Vengeur s’abîmaient dans les flots aux cris sublimes de : Vive la liberté ! Vive la France ! Vive la République ! C’étaient deux naufrages ; mais combien l’un avait été plus glorieux que l’autre ! Nous ne voulons pas suspecter le républicanisme de l’honorable Assemblée ; ce serait une injustice ; mais le pouls de la nation tout entière s’était ralenti, les artères battaient moins vivement. Ce n’était plus l’époque des grands mouvements, des sublimes colères, des terribles exécutions. L’éloquence, ce levier d’Archimède auquel rien ne résiste, faisait défaut. Il aurait fallu là une de ces paroles de feu qui électrisent même les esprits timides, un de ces gestes qui excitent ou calment à leur gré les orages. O Danton ! ô géant de la Révolution, tu manquais au milieu de ce Cap des Tempêtes ! On a dit que les représentants s’étaient précipités par les fenêtres, comme affolés par la terreur ; il fallait bien rendre les vaincus ridicules après les avoir outragés ! Mais, outre que les documents officiels ne font pas mention de ce triste épisode, il résulte de l’ensemble de témoignages sérieux que les grenadiers (qui étaient de la garde du Corps législatif) s avancèrent avec lenteur, sans se livrer à aucune violence, et même avec un certain respect. Ces soldats de la République, malgré leur engouement, pour Bonaparte, ne s’étaient pas instantanément transformés en prétoriens. Ce fut pas à pas, et pour ainsi dire homme à homme, que les députés furent refoulés, poussés hors de l’Orangerie par la porte et par les couloirs. Les vainqueurs se sont calomniés eux-mêmes, quand ils ont imaginé cette circonstance. On a dit aussi, on a répété que des poignards avaient été levés sur Bonaparte dans la salle de l’Orangerie, et c’est au moyen de cette fable que Lucien excita l’indignation des soldats. Bonaparte lui-même, dans sa proclamation du 20 brumaire, où il racontait a sa manière les événements, assure que vingt assassins se précipitèrent sur lui en cherchant sa poitrine. Mais il est certain que c’est là un fantôme de l’émotion ou une erreur officielle. Si vingt assassins s’étaient précipités sur lui, qui donc à ce moment les eût empêchés de frapper ?… Rien n’eût été plus facile dans une semblable mêlée. Ce qu’il y a de sûr, c’est que le procès-verbal de cette séance, rédigé par les vainqueurs, ne dit pas un mot de cette tentative d’assassinat. Il n’en est pas question davantage dans le compte rendu très circonstancié du Moniteur du 20 brumaire. On ne le mentionna en quelque sorte qu’en post-scriptum. Ce ne fut que le lendemain qu’on imagina de raconter que le grenadier Thomas Thomé avait eu la manche de son habit déchirée par un coup de poignard destiné au général, et le Moniteur du 23 rapportait que Thomé avait déjeuné avec Bonaparte, et que la citoyenne Bonaparte avait embrassé le brave grenadier et lui avait mis au doigt un diamant de la valeur de 2.000 écus. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que, même parmi ceux des adhérents du coup d’Etat qui ont admis le fait comme vrai, pas un seul ne dit l’avoir vu de ses yeux. D’un autre côté, tous les autres témoins oculaires ou historiens du temps, depuis le sénateur Thibaudeau jusqu’à Dupont de l’Eure, l’ont nié énergiquement. « Je n’ai point vu de poignards levés sur lui » dit le prince Eugène lui-même dans ses Mémoires. Lombard (de Langres), témoin oculaire et qui a publié une notice sur le 18 brumaire, discute cette question dans ses Mémoires, et affirme que ce fut là une fable imaginée pour appeler l’intérêt sur Bonaparte et rendre les vaincus odieux. Enfin il ajoute : « Dans cette bagarre, un poignard a-t-il été dirigé contre lui ? Cela est possible ; mais je dis non, et je dis non parce que mes yeux ne l’ont pas quitté ; parce qu’après cette journée, ayant demandé, non à ses ennemis, mais à plusieurs députés des Cinq-Cents qui étaient entièrement de son bord, s’il était vrai qu’on eût tenté de le frapper, tous m’ont répondu qu’il n’en était rien. » Lombard produit en outre le témoignage conforme de M. Sibuel, son collègue à la cour de cassation, également témoin oculaire. On avait accusé de ce coup de poignard légendaire le député Arena, mais il ne s’est jamais trouvé un témoin pour affirmer cette accusation, et il paraît qu’Arena se trouvait précisément, au moment de cette scène, à une extrémité opposée de la salle. Le député Savary, dans la brochure Mon examen de conscience sur le 18 brumaire, a prouvé que le grenadier Thomé n’avait point été frappé par un coup de poignard, mais qu’il avait eu simplement sa manche déchirée par un clou ou une ferrure en passant près d’une porte. Quoi qu’il en soit, l’heureux grenadier se laissa donner un brevet d’offlcier et une pension de 600 francs. Cette pension ayant été supprimée par la Restauration, il réclama par une pétition adressée à la Chambre en 1818. Dupont de l’Eure fit passer à l’ordre du jour, en affirmant, lui, témoin de la journée de Saint-Cloud que le coup de poignard était une pure invention. L’éternel grenadier ne se tint pas pour battu, et plaida, dans une lettre adressée aux journaux, la réalité de ce bienheureux coup de stylet dont il avait si longtemps vécu, et que sans doute il avait fini par prendre lui-même au sérieux. Cette lettre existe encore dans une collection d’autographes, et elle est signée Pomiès ; ainsi le nom réel de ce célèbre personnage serait Thomas Pomiès, Ou Pomiès Thomas ; car il n’importe guère Que Thomas soit devant ou Thomas soit derrière. On trouvera encore la réfutation de la prétendue tentative d’assassinat de Saint-Cloud dans une curieuse brochure émanée probablement des papiers de Roederer, et qui parut sous ce titre : La petite maison de la rue Chantereine (Paulin, 1840). Cependant, après l’évacution de la salle de l’Orangerie, plusieurs députés, des Cinq-Cents coururent aux Anciens dénoncer l’outrage fait à la représentation nationale. L’impression fut extrêmement pénible ; les Anciens se montrèrent affligés d’un pareil attentat ; mais Lucien accourut à leur barre, leur expliqua que tout s’était fait dans l’intérêt de la République, et n’eut pas trop de peine à obtenir leur coucours pour réorganiser le gouvernement. Le soir, à neuf heures, à force de courir de tous les côtés, on parvint à réunir une trentaine de membres des Cinq-Cents (c’est le chiffre indiqué par Cornet lui-même, un des coopérateurs du coup d’Etat) ; on les constitua en assemblée, on les déclara et ils se déclarèrent eux-mêmes la partie saine, la majorité du conseil, tandis que les quatre cent soixante-dix autres membres n’étaient que la minorité, les factieux. Ce conciliabule décréta que Bonaparte et ses lieutenants avaient bien mérité de la patrie. Puis Boulay de la Meurthe vint présenter tous les projets concertés : l’institution d’un consulat provisoire composé de Bonaparte, Sieyès et Roger Ducos ; l’ajournement du Corps législatif au 1er ventôse suivant, la nomination de deux commissions législatives chargées d’aider les consuls dans leur travail de réorganisation ; enfin l’exclusion de cinquante-sept représentants, mesure à laquelle une liste de proscription vint peu de jours après donner son complément. Les consuls et les commissions étaient en outre chargés de rédiger une constitution nouvelle. A une heure du matin, tout était voté, sans vaines discussions. Les décrets sont aussitôt portés aux Anciens, qui se hâtent de les ratifier. Bonaparte et les deux autres consuls viennent prêter serment à la légalité, à la liberté, au système représentatif ; et enfin Lucien, avec un étonnant sang-froid, prend la parole pour féciliter cette Assemblée nationale de son œuvre nocturne : «Représentants du peuple, la liberté française est née dans le Jeu de paume de Versailles. Depuis l’immortelle scène du Jeu de paume, elle s’est traînée jusqu’à vous, en proie tour à tour à l’inconséquence, à la faiblesse, aux maladies convulsives. de l’enfance. Elle vient aujourd’hui de prendre la robe virile ! A peine venez-vous de l’asseoir sur la confiance et l’amour des Français, et déjà le sourire de la paix et de l’abondance brille-sur ses lèvres ! Représentants du peuple, entendez le cri sublime de la postérité : « Si la liberté naquit dans le Jeu de paume de Versailles, elle fut consolidée dans l’Orangerie de Saint-Cloud. » L’histoire, croyons-nous, ne présente pas un second exemple d’une mystification de cette force. Les trente et les Anciens avalèrent en silence la harangue de l’ex-président et s’évanouirent ensuite dans les ombres de la nuit. On les retrouvera dans la domesticité consulaire et impériale, parmi ces générations de dignitaires vraiment inamovibles qui sont restés pendant un demi-siècle debout sur les ruines de tous les gouvernements qu’ils avaient exploités et trahis, plus impassibles que l’homme d’Horace, éternels , inévitables, indestructibles, et faisant en quelque sorte partie du mobilier de tous les pouvoirs.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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février 14, 2008

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – L’HOMME PROVIDENTIEL

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Bonaparte, général de la république française

 

Gouverner par un parti, c’est se mettre tôt ou tard dans sa dépendance ; on ne m’y prendra pas ! Je suis national.

(Napoléon Bonaparte)

A son retour d’Egypte, Bonaparte avait été reçu avec un enthousiasme presque universel. Quoique la fortune de la République eût été relevée par la succession de victoires qui se terminent à la bataille de Zurich, et par les brillants succès de Brune en Hollande, l’impression des revers précédents n’était pas effacée, et le jeune général fut accueilli comme si la France eût été sur le bord de l’abîme et que lui seul put la sauver. D’autres réputations militaires pouvaient balancer la sienne ; mais l’opinion publique a ses favoris, comme les rois. La campagne d’Italie avait couronné le nom de Bonaparte d’une auréole impérissable ; l’aventureuse expédition d’Egypte, sur le résultat de laquelle on pouvait encore conserver quelques illusions, venait d’ajouter à cette gloire le prestige du gigantesque et de l’inconnu. Dans l’état de déconsidération relative où étaient tombés le Directoire et tous les pouvoirs publics, l’établissement d’un régime militaire semblait d’ailleurs une nécessité de situation, une conséquence presque inévitable de l’état de guerre prolongé, aussi bien que le terme définitif d’une longue réaction. Le peuple, fatigué de suivre la République dans les fluctuations de sa décadence, s’était désintéressé des affaires publiques, livrées depuis plusieurs années aux intrigants et aux médiocrités. Les cœurs magnanimes, les grands acteurs de la Révolution avaient été dévorés pur les événements ; en dehors d’un petit groupe d’hommes austères, sans grande autorité, il ne restait guère que des ambitieux sans scrupule et les réputations militaires.
C’était ici qu’allait le flot. La foule cherchait un homme : merveilleuse disposition pour accepter un maître. Bonaparte arrivait avec l’idée bien arrêtée de s’emparer du pouvoir : l’enthousiasme dont il était l’objet lui frayait la voie ; en outre, un parti l’attendait, et même l’avait appelé. Les Sieyès, les Talleyrand, les Rœderer, les Cambacérès, les Regnault de Saint-Jean-d’Angely, etc., avaient dès longtemps formé une conspiration pour détruire la constitution de l’an III, et faire faire à la République une nouvelle évolution vers la monarchie. Dans une autobiographie de Talleyrand, nous trouvons à ce sujet quelques révélations curieuses. Ce parti, sentant la nécessité de s’appuyer sur un chef militaire, qui ralliât l’armée, avait d’abord songé à Moreau, qui ne montra qu’incertitudes ; puis à Joubert, qui, peu après, fut tué à la bataille de Novi ; enfin à Bonaparte. Mais laissons parler ici le document en question. C’est par des maisons de commerce que M. de Talleyrand fit parvenir les premières dépêches qui informaient le général de la situation où se trouvait la France et de la gloire qui lui était réservée d’y porter remède ; mais, comme on n’était pas sur qu’il eût reçu ces lettres, et que les désordres de l’intérieur et les désastres de l’armée d’Italie ne laissaient plus aucune espérance de salut, un bâtiment neutre fut frété pour lui porter, avec le plan d’exécution qui avait été arrêté, l’invitation de presser son arrivée et de ramener les principaux officiers de son armée. Ce bâtiment partit à l’insu du Directoire, aborda en Egypte le 10 août, et Bonaparte était en France avant que le gouvernement eût même soupçonné son départ. » Arrivé à Paris le 24 vendémiaire (16 octobre), il se rendit deux heures plus tard chez le président du Directoire, Gohier, honnête homme facile à tromper. « Président, lui dit-il (pour expliquer son retour sans autorisation), les nouvelles qui nous sont parvenues en Egypte étaient tellement alarmantes que je n’ai pas balancé à quitter mon armée pour venir partager vos périls. – Ils étaient grands, général, répondit Gohier, mais nous en sommes glorieusement sortis. Vous arrivez à propos pour célébrer avec nous les triomphes de vos compagnons d’armes. » Reçu le lendemain en audience solennelle par le Directoire, Bonaparte renouvela ses protestations, et il ajouta, en mettant la main sur la garde de son épée, « qu’il ne la tirerait jamais que pour la défense de la République et de son gouvernement. » (Mémoires de Gohier). Ce retour inattendu n’était point sans faire naître des sentiments de défiance et d’inquiétude chez beaucoup d’hommes appartenant au gouvernement et à l’opinion républicaine. Mais, loin de partager ces craintes, la masse du public, à Paris , s’associait à l’élan de la France presque entière. On se tromperait d’ailleurs étrangement si l’on s’imaginait qu’en offrant pour ainsi dire la dictature à Bonaparte, le pays cédait à un entraînement monarchique ; c’était là, sans doute, l’arrière-pensée d’un petit nombre ; mais la plupart ne songeaient qu’à l’affermissement de la Répuplique sous une administration vigilante et ferme. L’armée avait une grande popularité révolutionnaire et patriotique ; on la regardait comme le plus ferme rempart contre le retour de l’ancien régime, et les lettrés seuls pensaient alors à César. Les partis même, plus clairvoyants d’ordinaire que les foules, espéraient trouver en Bonaparte l’homme qui leur manquait. Mais lui, qui voulait se servir de tous les partis, non les servir, gardait une réserve étudiée, recherchait, accueillait tout le monde, et ne se livrait à personne. Habile à caresser la démocratie, au moment où il se préparait à l’absorber dans sa dictature, il affectait des allures modestes, une vie retirée, se dérobait aux regards et aux applaudissements du public, n’assistait aux spectacles que dans une loge grillée, et portait le plus habituellement le simple habit de membre de l’Institut, comme pour rendre hommage à la prééminence de l’ordre civil et démentir ainsi les projets qu’on lui prêtait. Malgré cette simplicité toute d’apparat, il avait déjà une véritable cour, et son petit hôtel de la rue de la Victoire était encombré de visiteurs. On y voyait un flot d’hommes qui avaient serpenté à travers tous les événements, serviteurs de tous les succès, n’ayant d’autre préoccupation que leur propre fortune, et qui, naturellement, étaient venus se ranger autour de l’homme à qui l’avenir semblait appartenir. Ce groupe était dirigé par Talleyrand, impudent Mascarille caché dans la peau d’un homme d’Etat, et qui parvint à résumer en lui la corruption de tous les régimes. On y remarquait aussi Regnault de Saint-Jean-d’Angely, Rœderer, Réal, hommes d’esprit sans convictions, depuis longtemps avides d’échanger l’humble écharpe de la démocratie contre les livrées et les broderies d’un gouvernement régulier ; Cambacérès, qui avait ce faible des légistes pour la toute-puissance ; Cabanis, Volney, qui devaient se repentir un jour d’une coopération dont ils ne prévoyaient pas les suites ; Arnault, le poète tragique, qui déjà faisait en quelque sorte partie de la domesticité du « général » l’ amiral Bruix, ex-ministre de la marine, esprit délié, qui était avec Talleyrand un des conseillers de Bonaparte ; les Directeurs Gohier, Roger Ducos et Moulin, le premier abusé, le second complice, le dernier incapable et borné ; des familiers de Barras, des amis de Sieyès ; enfin un certain nombre de républicains sincères, qui venaient là en observateurs inquiets ou soupçonneux. Les chefs militaires, qui, dans cet état de guerre continuel, tendaient visiblement à se constituer en une nouvelle aristocratie, formaient tout naturellement cortège au plus éminent d’entre eux, à celui qui semblait destiné à leur assurer la suprématie. Cependant trois généraux illustres, Jourdan, Bernadotte et Augereau, conservaient une attitude presque hostile et rassuraient ainsi le parti républicain, qui les comptait parmi ses chefs les plus capables et les plus influents, car les militaires avaient partout pris le devant de la scène : c’était là, pour employer une expression dont on a un peu abusé, un des signes du temps. Moreau aurait été pour Bonaparte un redoutable compétiteur, s’il eût eu une ambition plus active et moins d’incertitude dans le caractère. Ces deux grands capitaines ne s’étaient jamais vus. Ils se rencontrèrent pour la première fois chez le président du Directoire. Bonaparte alla au-devant de celui que l’opinion publique lui avait un instant donné comme rival, et le séduisit tout d’abord à force de caresses et de déférence. Quelques jours après, il alla le visiter, lui fit présent d’un sabre magnifique rapporté d’Orient, et finit par le gagner tout à fait et l’entraîner à sa suite. Mais une chose caractéristique, c’est que Moreau, tout en promettant son concours à Bonaparte, refusa d’écouter l’exposition de ses plans. Ainsi le nouveau César voyait se grouper autour de lui tous les éléments dont il pouvait avoir besoin pour l’exécution de ses projets, et il n’avait plus dès lors qu’à se préparer à agir. Mais avant de s’engager dans la tentative hasardeuse d’une attaque de vive force contre les institutions publiques, il essaya de s’introduire dans le gouvernement par les voies légales. Il eut un moment l’idée de remplacer dans le Directoire Sieyès, pour lequel il nourrissait une aversion prononcée, que celui-ci lui rendait bien, car il avait, comme lui, l’ambition de jouer le premier rôle dans la République. Il s’ouvrit nettement à Gohier et à Moulin : Sieyès eût été renversé par une intrigue quelconque, et le général nommé à sa place. Mais comme il n’avait pas les quarante ans requis par la Constitution, il ne put, malgré ses insistances, obtenir l’adhésion des deux Directeurs auxquels il avait fait sa confidence significative. Il a plus tard affirmé, et des historiens complaisants ont affirmé après lui, qu’il avait repoussé les avances de tous les partis ; mais c’est là de l’histoire officielle. Une entreprise comme la sienne ne pouvait réussir avec un désintéressement à la Cincinnatus,car les partis formaient encore des masses compactes et étaient maîtres de positions importantes. C’est ainsi qu’après sa tentative avortée pour préparer son élection au Directoire, il s’adressa aux groupes qui représentaient la tradition jacobine ; mais ce fut en vain que son frère Joseph essaya d’entraîner un de leurs chefs, Bernadotte, qui cependant était son beau-frère et son ami. Bonaparte essaya encore d’autres combinaisons, par exemple une tentative de rapprochement avec Barras ; mais partout il se heurtait à des méfiances bien naturelles ou à des ambitions aussi exclusives, quoique moins justifiées, que la sienne. Enfin, après divers tâtonnements, il se décida à une démarche décisive : l’alliance avec Sieyès, membre du Directoire depuis quelques mois. De ce côté, il trouvait des avantages que son esprit pratique devait apprécier, et, entre autres, une conspiration organisée, montée de longue date et disposant d’un personnel nombreux et de moyens d’action importants. Sieyès, avec son orgueil intraitable, sa réputation monstrueusement surfaite, son ambition cupide, aspirait à la première place, et il était, bien moins que sa propre faction, disposé à une telle alliance, d’autant plus que, quelques jours avant de rechercher son concours, Bonaparte l’avait mortellement blessé par un accueil méprisant. Des amis communs, Talleyrand, Rœderer, Cabanis, Joseph Bonaparte, à force d’insistances, finirent par le décider à un rapprochement. Tout en cédant, il avait d’ailleurs un pressentiment très net qu’au lendemain du succès il serait annulé par Bonaparte, réduit à une véritable sujétion ; mais, dans le réseau d’intrigues bysantines dont la République était enveloppée, il devenait urgent d’agir rapidement, si on ne voulait être prévenu. C’est ce que comprenait bien le général, qui poussait ses préparatifs avec une grande activité. Désormais assuré du concours de deux Directeurs ; Sieyès et Roger Ducos, il avait pied au centre au gouvernement. Barras, usé, méprisé comme chef des pourris, avait cessé d’être redoutable ; Gohier et Moulin, les seuls membres du Directoire qui fussent attachés sincèrement à la constitution, étaient aveuglés par la confiance. Le ministre Fouché, avec son flair subtil d’homme de police, avait tout deviné dès la première heure ; mais il se gardait bien de traverser une entreprise qui paraissait appelée à un infaillible succès, et il accablait le général de protestations de dévouement, se réservant, sans aucun doute, de le trahir si la fortune l’abandonnait. Lemercier, président du conseil des Anciens, et qui était dans la confidence, manœuvrait habilement pour entraîner la majorité de ce corps. Aux Cinq-Cents, on avait quelques intelligences par Lucien, qui présidait cette assemblée ; mais il était facile de prévoir que c’était de là que viendrait l’opposition. Les bases d’opération arrêtées, on distribua les rôles. Rœderer fut chargé de travailler l’opinion par de petits écrits ; Regnault de rédiger les proclamations, avec l’aide d’Arnault, qui composa même une chanson pour agiter le peuple des rues. « Une chanson pour un dénouement de tragédie avait-il dit, c’est trop piquant pour que j’y manque. » D’un autre cote, les généraux qui étaient du complot avaient la mission de rallier homme par homme tous les officiers présents à Paris. Murat, Lannes, Marmont, Macdonald, etc. travaillaient en ce sens. Réal, qui était commissaire du Directoire près l’administration centrale de Paris, devait entraîner ou dominer les municipalités de la capitale. On ajoute aussi que Bonaparte avait obtenu des fournisseurs (qui étaient l’aristocratie financière du temps) une somme de deux millions pour faire face, aux dépenses courantes du complot. Tant de démarches, de conciliabules et de négociations n’avaient pas été sans éveiller l’attention ; aussi tout Paris était-il dans l’attente de grands événements. Mais, comme il arrive souvent en de semblables circonstances, les plus intéressés ne voyaient ni n’entendaient rien. Gohier et Moulin étaient dans la plus complète sécurité, d’autant plus que le ministre de la police affectait une incrédulité railleuse et ne faisait que rire de la prétendue conspiration. De son côté, Bonaparte ne négligeait rien pour endormir les deux seuls Directeurs qui pussent devenir un embarras pour lui. Il accablait Gohier de caresses, lui faisait écrire par Joséphine les plus aimables billets, et s’invitait, de lui-même, amicalement à dîner chez lui. Il s’y était engagé ainsi pour le jour même où devait être frappé le grand coup. (Mémoires de Gohier) Il faut convenir que l’honnête président du Directoire joua dans toute cette affaire exactement le rôle de ces Gérontes de comédie qui sont bernés par tous les personnages de la pièce. Le 15 brumaire, il présidait imperturbablement un banquet donné au général par le conseil des Anciens dans l’ex-église Saint-Sulpice (alors temple de la Victoire). Lui seul était calme et rayonnant. Tous les convives, sous l’empire des plus graves préoccupations, étaient silencieux et embarrassés. Cet étrange repas réunissait à la même table un certain nombre des vainqueurs et des vaincus du lendemain. L’exécution, plusieurs fois remise, avait été enfin fixée auje. Le soir du banquet, Arnault, envoyé par les principaux acteurs, se présenta chez Bonaparte pour convenir des derniers arrangements. « La chose est remise au 18, lui dit tranquillement le général.-Au 18! y songez-vous ? l’affaire est éventée. Ne voyez-vous pas que tout le monde en parle ? – Tout le monde en parle et personne n’y croit. D’ailleurs, il y a nécessité. Ces imbéciles du conseil des Anciens n’ont-ils pas des scrupules ! ils m’ont demandé vingt-quatre heures pour faire leurs réflexions. » ( Arnault, Souvenirs d’un sexagénaire) C’est ainsi que Bonaparte parlait familièrement de ses auxiliaires et des « conservateurs de la Constitution. » La restauration de l’autorité commençait. Dans quelques jours, d’ailleurs, ces imbéciles qui avaient encore quelques scrupules seront à plat ventre devant le maître nouveau, qui, pendant quinze ans, pourra les mener si bas dans la servitude, que lui-même en éprouvera la nausée du dégoût. Après de nouvelles conférences avec Sieyès et les chefs du parti, la date du 18 avait été, en effet, définitivement arrêtée. Le plan de la conjuration était tel à peu près qu’il s’exécuta : suspension du Corps législatif ; suppression du Directoire et nomination de trois consuls investis de la dictature pour réorganiser la République, et doter la France d’une nouvelle constitution. Cette constitution, bâclée par Sieyès, était le moindre des soucis de Bonaparte, qui savait bien qu’après la victoire il serait le seul pouvoir actif et la seule loi vivante. Il n’était que trop évident, en effet, que, dans l’état des choses, le gouvernement de la France allait devenir une seigneurie à la manière des républiques italiennes du moyen âge.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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février 11, 2008

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – LA CAMPAGNE D’EGYPTE (1798-1799)

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Le général Napoléon Bonaparte au Caire lors de la capagne d’Egypte (1798-1799)

L’Europe est une taupinière. Il n’y a jamais eu de grands empires et de grandes révolutions qu’en Orient où vivent six cent millions d’hommes.

(Napoléon Bonaparte)

L’année 1798 venait de s’ouvrir ; son titre militaire en ce moment était celui de général en chef de l’armée d’Angleterre. Ne sachant encore s’il devrait réellement agir en cette qualité pour remplir un des devoirs de sa nouvelle charge, il parcourut les côtes de l’Océan depuis le Havre jusqu’en Hollande ; mais il les parcourut l’esprit préoccupé de l’Orient ; sa voiture était remplie de livres de voyages et de mémoires sur l’Egypte. Son imagination errait au delà de la Méditerranée, sur la terre des Pharaons ; c’est par là qu’il voulait toucher l’Angleterre. Ah ! Jacques Bonhomme ; ah ! mon ami, dans cette circonstance tu as été sur le point de voir enfin satisfaire tes aspirations quatre fois séculaires, et d’assister à la vengeance que l’on te doit du martyre de ta fille Jeanne, cette glorieuse personnification du paysan français, dans le cœur de laquelle se concentrait toute l’indignation nationale ; de ce Spartacus lorrain qui répondait comme le « jeune soldat » des Paroles d’un croyant aux femmes qui s’apitoyaient sur sa blessure : Ce n’est pas du sang qui coule par cette plaie, c’eût de la gloire (réponse historique). Mais, encore une fois, tu as été déçu. Continue donc d’espérer, Jacques Bonhomme… et que cet espoir ne tombe pas en quenouille, comme celui de la « belle Philis. » Ce projet grandiose et singulier tout ensemble le possédait tout entier. Mais que l’entreprise contre l’Angleterre dût ou non avoir lieu, et il était disposé atout faire pour qu’elle demeurât en ce moment inexécutée, il était bien aise qu’on le crût, voué à ce dessein avec sa résolution ordinaire. Cela servait à donner le change au gouvernement anglais, à masquer les préparatifs et tout ce qu’il fallait d’éléments combinés pour l’entreprise. De retour à Paris, il plaida la cause de ce projet, qu’il promit de rendre glorieux pour la France ; mais le général de l’armée d’Angleterre eut beaucoup à faire pour que ce titre fût changé en celui de général de l’armée d’Orient. M. de Talleyrand et Volney aidant, l’expédition fut décidée, et l’on ne travailla plus qu’à en presser les préparatifs non pas en secret, mais toujours comme s’ils n’avaient lieu que pour la descente qu’on avait annoncé devoir faire directement sur les côtes d’Angleterre. Celle-ci servait de prétexte aux préparatifs de l’autre et en masquait l’objet. On a très injustement accusé le Directoire d’avoir voulu se débarrasser de Bonaparte en l’envoyant en Egypte ; le Directoire était, au contraire, opposé à ce projet ; il en craignait les conséquences ; il en voyait clairement le but ; mais l’éloignement d’une partie de l’armée et de son meilleur général ne lui paraissait pas d’une excellente politique dans l’état où était l’Europe. La Révellière-Lepeaux était un des plus obstinés à le combattre ; il disait qu’on allait exposer 30 ou 40.000 des meilleurs soldats de la France, les commettre au hasard d’une bataille navale, se priver du meilleur général, de celui que l’Autriche redoutait le plus, dans un moment où le continent n’était rien moins que pacifié, et où la création des républiques nouvelles avait excité de violents ressentiments ; que, de plus, on allait peut-être exciter la Porte à prendre les armes en envahissant une de ses provinces. Toutes ces prévisions étaient assez naturelles, et plusieurs ont été depuis justifiées par l’événement ; mais Bonaparte avait réponse à tout. Selon lui, rien n’était plus facile que d’échapper aux Anglais, en les laissant dans l’ignorance du projet, ce qu’on avait heureusement fait jusque-là, et en précipitant l’exécution. Ce n’était pas 30 ou 40.000 hommes de moins qui affaibliraient la France, à qui il resterait 3 ou 400.000 soldats sous les armes. Il serait d’ailleurs très peu de temps absent. Selon lui encore, la Porte ne verrait pas de mauvais œil qu’on arrachât l’Egypte aux mameluks, qui la gouvernaient en maîtres, et où ses ordres n’étaient plus obéis. Elle verrait avec plaisir, au contraire, la punition par la France de ces rebelles usurpateurs de l’Egypte ; on s’entendrait facilement, avec elle à cet égard. Quant au continent, il n’oserait bouger. Aucune objection ne l’arrêtait. Avec son éloquence passionnée, et, disons-le, sa science, quoique récemment acquise, il les levait toutes, les emportait, pour ainsi dire, à la pointe de sa parole ailée et acérée, avec une vivacité irrésistible. Son style était clair et poli comme l’épée. Il faisait le plus brillant tableau des résultats glorieux de l’expédition, de l’effet d’étonnement et d’admiration qu’elle produirait en Europe. En passant, il enlèverait Malte aux chevaliers, et il en assurerait la possession à la France. Tout serait gloire et profit pour la République. Ses arguments semblaient irrésistibles. Les discussions au Directoire étaient très vives entre le fougueux général et les sages Directeurs, qui, d’ailleurs, il faut bien le dire, ne se trompaient pas de tout point ; lui n’obéissait qu’à son imagination, qui ne le trompait pas non plus de tout point. Une fois, dans une de ces discussions, Bonaparte, emporté par un. de ces mouvements d’impatience déjà presque impériale, prononça le mot de démission. Il avait déjà eu cet art ou ce tort, comme nous l’avons vu, de parler de démission ayant le traité de Campo-Formio. « Je suis loin de vouloir qu’on vous la donne, s’écria La Révellière avec fermeté ; mais, si vous l’offrez, je suis d’avis qu’on l’accepte cette fois. » Bonaparte se le tint pour dit et ne parla plus de démission. Cette scène a été souvent mal racontée. On a tour à tour attribué faussement ce mot à Rewbell et à Barras, et dans une tout autre occasion ; il est maintenant acquis à l’histoire que c’est à propos de l’expédition d’Egypte et avec La Révellière que la scène a eu lieu. L’expédition, malgré tout, fut décidée, et aucune trace de rancune ne subsista de la scène en question entre le général et le Directeur patriote. La Réveillière se rendit aux raisons de Bonaparte, à la séduction de sa parole ; il ne vit plus, comme les autres, que la grandeur de l’entreprise, les avantages commerciaux qu’on en pourrait tirer, l’effet politique de cette nouvelle gloire inattendue de la République ; car, comme les autres aussi, il avait foi dans le génie de Bonaparte, et l’on ne songea dès lors qu’aux préparatifs de l’expédition. Son plan une fois accepté, Bonaparte, avec l’extraordinaire activité qu’il apportait à l’exécution de tous ses projets, se mit à l’œuvre et disposa toutes choses. Il fallait cacher le but de l’armement maritime, qui ne pouvait se faire en secret à Toulon ; mais, quel qu’en fût le retentissement en Europe, le prétexte en était tout trouvé. Bonaparte ne parlait que de l’Angleterre. N’était-il pas le général de l’armée d Angleterre ? C’était contre l’Angleterre qu’on armait à Toulon ; c’était l’Angleterre seule qu’on avait en vue. Néanmoins, il y avait à cela un danger ; c’était de trop appeler l’attention de l’Angleterre sur la Méditerranée. Nelson fut chargé de surveiller ces parages, mais Bonaparte comptait sur sa fortune ; il échapperait à la flotte anglaise, il saurait tromper sa vigilance et débarquerait triomphalement en Egypte. Tout fut prêt pour l’embarquement au mois de floréal an VI. Le général, ostensiblement de l’armée d’Angleterre, mais qui l’était en secret et en réalité de l’armée d’Orient, arriva à Toulon le 20 floréal de cette année (9 mai 1798). Les troupes rassemblées d’après ses ordres, et les généraux qui les commandaient, avaient été choisis par lui ; c’étaient ses anciens soldats et compagnons de l’armée d’Italie, un peu las de la guerre, mais tous ayant confiance, et une confiance absolue dans leur général, qui les avait toujours conduits à la victoire. Sa présence anima toute cette armée, prête à s’embarquer et à courir vers une destination inconnue, de cet enthousiasme qu’elle éprouvait toujours à sa vue. Il fallait continuer à donner le change à l’opinion et cependant ne point trop mentir : il harangua l’armée sur-le-champ avec son adresse ordinaire. On sait à quel point il excellait en ces sortes d’allocutions militaires. Voici sa proclamation : « Soldats ! Vous êtes une des ailes de l’armée d’Angleterre. Vous avez fait la guerre de montagnes, de plaines, de sièges ; il nous reste à faire la guerre maritime. Les légions romaines, que vous avez quelquefois imitées, mais pas encore égalées, combattaient Carthage tour à tour sur cette mer et aux plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais, parce que constamment elles furent braves, patientes à supporter la fatigue, disciplinées et unies entre elles. Soldats, l’Europe a les yeux sur nous ! Vous avez de grandes destinées à remplir, des batailles à livrer, des dangers, des fatigues à vaincre ; vous ferez plus que vous n’avez fait pour la prospérité de la patrie, le bonheur des hommes, et votre propre gloire. Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers, soyez unis ; souvenez-vous que le jour d’une bataille vous avez besoin les uns des autres. Soldats, matelots, vous avez été jusqu’ici négligés ; aujourd’hui la plus grande sollicitude de la République est pour vous : vous serez dignes de l’armée dont vous faites partie. Le génie de la liberté qui a rendu, dès sa naissance, la République l’arbitre de l’Europe, veut qu’elle le soit des mers et des nations les plus lointaines. » Tout était admirablement calculé dans cette proclamation, qui est un chef-d’œuvre, pour tout faire pressentir sans divulguer le secret auquel tenait le succès d’une grande entreprise à la fois militaire et politique. On mit à la voile le 30 floréal (19 mai) au bruit du canon, aux acclamations de toute l’armée ; l’escadre de l’amiral Brueys se composait de treize vaisseaux de ligne, dont un de cent vingt canons ; c’était le vaisseau l’Orient, qui portait Bonaparte. L’amiral et les savants dont il avait eu soin de se faire accompagner étaient embarqués avec lui sur ce vaisseau, et l’on vogua dans la direction ordonnée, encore mystérieuse pour presque tout le monde, mais que l’on ne tarda pas a connaître. Nous ne raconterons pas ici le menu de cette campagne d’Egypte, où nos armes, avec des vicissitudes diverses, furent victorieuses comme partout. Nous ne voulons ici l’envisager que dans ses rapports généraux avec le caractère et la fortune de Bonaparte, dans la période de sa vie où il ne fut que général de la Republique française. Nous nous bornerons donc à dire que, débarqué à Alexandrie, le 13 messidor (1er juillet), il conquit en quelques jours l’Egypte, passa en Syrie, pour y combattre les troupes de la Porte qui, suivant les justes appréciations de La Révellière, nous avait déclaré la guerre, et qu’après être demeuré rempli plus d’une année de ces diverses occupations, il résolut tout à coup de revenir en France sur les informations qu’il en reçut, et s’embarqua sur le Muiron, le 5 fructidor an VII (22 août échappa à la flotte anglaise, et arriva à Paris, le 24 vendemiaire (16 octobre). Les particularités de sa vie, on a pu en juger, sont surtout ce qui nous a préoccupé, où nous nous sommes principalement efforcé de rectifier certaines erreurs trop généralement admises par les historiens de Napoléon. C’est ainsi qu’on a dit qu’il avait déserté l’Egypte. Rien de plus faux, comme le prouve la pièce suivante, qu’on peut à juste titre considérer comme son rappel d’Egypte par le Directoire même, pièce très importante, et qui semble avoir été inconnue à la plupart des historiens : « Paris, le 7 prairial an VII (26 mai 1799). Au général Buonaparte, commandant en chef l’armée d’Orient. Les efforts extraordinaires, citoyen général, que l’Autriche, et la Russie viennent de déployer, la tournure sérieuse, et presque alarmante que la guerre a prise, exigent que la République concentre ses forces. Le Directoire vient en conséquence d’ordonner à l’amiral Bruix d’employer tous les moyens en son pouvoir pour se rendre maître de la Méditerranée et pour se porter en Egypte, à l’effet d’en ramener l’année que vous commandez. Il est chargé de se concerter avec vous sur les moyens à prendre pour l’embarquement et le transport. Vous jugerez, citoyen général, si vous pouvez avec sécurité laisser en Egypte une partie de vos forces, et le Directoire vous autorise à en confier le commandement à qui vous jugerez convenable. Le Directoire vous verrait avec plaisir à la tête des armées républicaines que vous avez jusqu’à présent si glorieusement commandées. TREILHARD, LA RÉVELLIÈRE-LEPEAUX, BARRAS. » Nous voilà presque arrivés au 18 brumaire, et le général républicain Bonaparte, celui qui fait l’objet de cette biographie, touche à sa dernière heure. Nous ne consignerons plus ici que quelques particularités du voyage de Bonaparte depuis son débarquement à Fréjus, le 17 vendémiaire an VIII (9 octobre 1799) jusqu’à son arrivée à Paris, le 24 du même mois (16 octobre). Il passa a Valence, dans l’après-midi du 20 vendémiaire (12 octobre), et y reçut, dans sa voiture, la visite de plusieurs personnes qu’il avait connues lorsqu’il y était en garnison avec le grade de lieutenant d’artillerie. Son ancienne hôtesse, Mlle Bou voulut le voir ; M. Bérenger, de la Drôme, qui a été depuis membre de la Cour de cassation et de la Chambre des députés, se souvenait de cette entrevue. Mlle Bou, s’appuyant sur l’épaule de M. Bérenger, s’élança frémissante sur le marche-pied de la voiture et toucha en pleurant la main du général Bonaparte, qu’elle ne devait plus revoir. Bonaparte l’embrassa sur l’une et l’autre joue. La brave fille, émue au delà de toute expression, aurait pu entonner le cantique du saint vieillard des Ecritures. L’ancien officier d’artillerie, profondément remué par ce souvenir de sa jeunesse, poursuivit sa route vers Paris. C’était, dans la vieille Mlle Bou, les derniers adieux qu’il faisait à son meilleur passé au moment où l’ambition et la fortune allaient s’emparer de lui tout entier, l’élever au Consulat, puis à l’Empire, et le précipiter, jeune encore, du haut de sa gloire sur le rocher de Sainte-Hélène, sur ce Calvaire, pour achever par un dernier mot la figure que nous n’ayons fait qu’ébaucher plus haut. Ici nous entrons dans une nouvelle phase, et Bonaparte est bien près d’avoir fini son rôle. C’eût été trop beau : il fallait – c’est une des lois de l’harmonie – que quelques ombres vinssent se mêler au tableau. Toutefois soyons prudent, et que ces ombres ne semblent pas trop heurtées dans la partie du cadre qui nous reste encore à remplir ; car, on le sait, le Grand Dictionnaire compte Jacques Bonhomme au nombre de ses collabora-teurs; et, en fait d’opinion politique, Jacques est rond et cassant comme une pomme. Il dit : C’est mon opinion, « et si on lui répond que la raison pense autrement que lui, il réplique carrément : « Tant pis pour elle. » Or Jacques Bonhomme, on le sait aussi, connaît très peu Bonaparte, et s’inquiète encore moins de savoir s’il était ou non républicain. Napoléon ! voilà son homme, son héros, son idole. Presque tous les peuples ont eu de ces engouements qui touchent à la superstition. Il y a encore aujourd’hui des Portugais qui croient difficilement à la mort du roi Sébastien, et qui n’éprouveraient qu’une médiocre surprise s’ils le voyaient revenir de son expédition d’Afrique ; toute l’Allemagne a cru longtemps que Barberousse sortirait un jour de la caverne où le prince des enchanteurs le tient endormi, la tête posée sur une table de marbre noir. Au moyen âge, les Bouguignons croyaient fermement au retour prochain de Charles le Téméraire, et Michelet rapporte que, cinquante ans après la bataille de Nancy, un paysan dijonnais vendait une vache le double de son prix, payable le jour où le grand duc Charles ferait son apparition. Le même espoir vit, la même petite bougie brûle encore dans le cœur de Jacques Bonhomme, et le nom de Bonaparte n’a rien a voir dans cette adoration. C’est à Napoléon seul que Jacques donne le petit chapeau, la redingote grise, et cette lunette qui faisait toujours voir les objets juste à l’endroit où ils étaient, et à travers laquelle resplendissait invariablement le mot victoire. Ainsi, dans les idées de Jacques Bonhomme, Bonaparte est tout au plus à Napoléon comme un de ces parents éloignés dont on n’hérite que sous bénéfice d’inventaire. Ce culte est de sa nature asssurément respectable, et nous en donnerons la raison historique plus loin.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Suite -> L’homme providentiel

Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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février 10, 2008

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – LE VAINQUEUR DE L’ITALIE

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Napoléon Bonaparte, général en chef de l’Armée d’Italie (1796-97)

Sans armée, sans force et sans discipline, il n’est ni indépendance ni liberté civile.

(Napoléon Bonaparte)

L’ambition que lui avaient fait concevoir les grands succès de cette miraculeuse campagne d’Italie perçait dès lors aux yeux des clairvoyants, et n’échappa point à ceux qui, par instinct ou par expérience, se connaissaient en hommes. De ce nombre était l’ordonnateur en chef de l’armée d’Italie, Sucy (Simon Antoine François de Sucy de Clisson, né à Valence en 1764), que Bonaparte avait connu eu 1788. Plus âgé de cinq ans que Bonaparte, homme aimable et instruit, M. de Sucy, qui s’était lié dès ce temps avec le jeune Corse, l’avait présenté à M. de Josselin, lieutenant-colonel du régiment d’infanterie d’Artois, lequel avait épousé à Valence Mlle de Tardivon. Lors du premier séjour de Bonaparte dans cette ville, Sucy lui avait fait souvent les honneurs de la maison de son beau-frère, l’abbé de Saint-Ruf, qui était Tardivon et frère de Mme de Josselin, et lui avait prêté plusieurs fois des livres. Pressé par M. de Josselin, alors retiré à Valence, de lui dire son opinion sur le général Bonaparte, mais surtout sur l’homme, après cette étonnante campagne d’Italie qui l’avait révélé au monde avec tant d’éclat, Sucy écrivait à M. de Josselin, sous la date du 17 thermidor an V (4 août 1797), une lettre présentement possédée par les petits-fils de celui à qui elle était adressée, et dont voici un très remarquable fragment ; on y sent combien Sucy avait pénétré l’homme dans le jeune et brillant général : « Mon respectable mentor et ami, Ce ne peut être le lieu de traiter le chapitre de l’homme ; d’ailleurs, il faudrait beaucoup trop de détails. Je pourrais avoir une opinion sur lui ; peut-être détruirait-elle une partie de celle que vous avez conçue. Au reste, nous tomberons d’accord si vous ne l’envisagez que comme ayant fait de grandes choses. Je puis même ajouter que je ne lui connais pas de point d’arrêt autre que le trône ou l’échafaud. D’après cela, vous ne devez pas le considérer comme au bout de sa carrière… » On peut dire que cette prédiction devait se réaliser au delà de sa forme alternative, puisque celui qui en était l’objet est arrivé successivement aux deux termes de l’hypothèse : le couronnement et le martyre… Et cela était écrit en pleine République, et du plus grand général de la République. C’était, on en conviendra, voir les choses de loin. Avant de passer à la campagne d’Egypte, que nous ne raconterons pas dans ses détails, disons que c’est en Italie même que Bonaparte en conçut et en proposa le projet au ministre des relations extérieures du Directoire, Charles Delacroix (père de notre grand peintre). Il est trè curieux de le voir préoccupé d’un projet de conquête de Malte et de l’Egypte dès le mois de septembre 1797. Les pièces officielles sont à cet égard très explicites. Ainsi nous le voyons écrire de Passeriano, 25 fructidor an V (13 septembre 1797), une lettre très politique, portant en tête : Le général Buonaparte au ministre des relations extérieures, où on lit ce qui suit : « Pourquoi ne nous emparerions-nous pas de l’île de Malte ? L’amiral Brueys pourrait très bien mouiller là et s’en emparer ; 400 chevaliers et au plus un régiment de 500 hommes sont la seule garde qu’ait la ville de La Valette. Les habitants, qui montent à plus de 100.000, sont très portés pour nous et fort dégoûtés de leurs chevaliers, qui ne peuvent plus vivre et meurent de faim ; je leur ai fait exprès confisquer tous leurs biens en Italie. Avec l’île de Saint-Pierre que nous a cédée le roi de Sardaigne, Malte et Corfou, nous serions maîtres de la Méditerranée. S’il arrivait qu’à notre paix avec l’Angleterre nous fussions obligés de rendre le cap de Bonne-Espérance, il faudrait alors nous emparer de l’Egypte. Ce pays n’a jamais appartenu à une nation européenne, ‘les Vénitiens seuls y ont eu une prépondérance précaire. On pourrait partir d’ici avec 25.000 hommes, escortés par huit ou dix bâtiments de ligne ou frégates vénitiennes, et s’en emparer. L’Egypte n’appartient pas au Grand Seigneur. Je désirerais, citoyen ministre, que vous prissiez à Paris quelques renseignements et me fissiez connaître quelle réaction aurait sur la Porte notre expédition d’Egypte. Avec des armées comme les nôtres, pour qui toutes les religions sont égales, mahométane, cophte, arabe, etc., tout cela nous est indifférent : nous respecterons les unes comme les autres. BUONAPARTE. » On voit là le politique autant que le guerrier, l’homme de cabinet autant que l’homme d’action. Il faut bien remarquer la date de cette lettre de Bonaparte (13 septembre 1797). Ainsi, c’est en Italie que, de lui-même et spontanément, il avait conçu l’idée d’une expédition en Egypte. Il eu avait pesé dans son esprit les avantages pour la France, et il les faisait toucher du doigt à un ministre des relations extérieures, d’ailleurs très capable de les comprendre et de les apprécier. Déjà pourtant Charles Delacroix avait songé à Malte, non pas précisément pour s’en emparer, mais pour y établir une, influence plus favorable à la République française, celle de l’Espagne , avec laquelle nous étions alors en paix. Il n’avait pas cependant de ces conceptions hardies, qui n’appartiennent qu’au génie, et il avait besoin qu’on lui suggérât ce qu’il avait à faire. Charles-Maurice Talleyrand avait succédé à Charles Delacroix au ministère des relations extérieures, et on a de ce ministre, aux archives des affaires étrangères, la réponse suivante à la lettre de Bonaparte, réponse qui montre bien que l’expédition d’Egypte fut moins improvisée qu’on a bien voulu le dire : « Paris, le 2 vendémiaire an VI (23 septembre 1797). Le ministre des relations extérieures au général en chef Buonaparte. Le Directoire approuve vos idées sur Malte. Depuis que cet ordre s’est donné un grand-maître autrichien, M. de Hompesch, le Directoire s’est confirmé dans le soupçon, déjà fondé sur d’autres renseignements, que l’Autriche visait à s’emparer de cette île ; elle cherche à se faire puissance maritime dans la Méditerranée. C’est pour cela qu’elle a demandé de préférence, dans le traité de Léoben, la partie de l’Italie qui avoisine la mer ; qu’elle s’est hâtée de s’emparer de la Dalmatie ; qu’elle a trahi son avidité en prenant Raguse, dont il n’avait pas été parlé ; outre cela, comme elle dispose du gouvernement napolitain, Malte aurait pour elle un double avantage et servirait à attirer à elle toutes les productions de la Sicile. Ce n’est pas seulement dans des vues de commerce qu elle a voulu émigrer du centre de l’Italie vers les côtes de cette presqu’île, mais encore dans des vues de conquêtes, plus éloignées à la vérité ; elle se ménage les moyens d’attaquer par terre les provinces turques, auxquelles elle confine par l’Albanie et la Bosnie, tandis que, de concert avec la Russie, elle aurait pris cres mêmes provinces par le revers en entrant dans l’Archipel avec une flotte russe. Il est de notre intérêt de prévenir tout accroissement maritime de l’Autriche, et le Directoire désire que vous preniez les mesures nécessaires pour empêcher que Malte ne tombe entre ses mains. Quant à l’Egypte, vos idées à cet égard sont grandes, et l’utilité doit en être sentie. Je vous écrirai sur ce sujet au large. Aujourd’hui, je me borne à vous dire que si l’on en faisait la conquête, ce devrait être pour déjouer les intrigues russes et anglaises qui se renouvellent si souvent dans ce malheureux pays. Un si grand service rendu aux Turcs les engagerait aisément à nous y laisser toute la prépondérance et les avantages commerciaux dont nous avons besoin. L’Egypte, comme colonie, remplacerait bientôt les produits des Antilles, et, comme chemin, nous donnerait le commerce de l’Inde ; car tout, en matière de commerce, réside dans le temps, et le temps nous donnerait cinq voyages contre trois par la route ordinaire. » Ch.-M. TALLEYRAND. » Certes, c’est là une belle lettre, pleine de vues profondes, et qui dut plaire au grand esprit à qui elle était adressée, et l’on peut dire que, dès lors, l’expédition d’Egypte fut arrêtée en principe. Nous passons a une espèce de brouillerie qui survint sur ces entrefaites entre le Directoire et le général en chef de l’armée d’Italie. Pour se défendre, le Directoire avait été obligé de frapper ses ennemis du grand coup qui a nom dans l’histoire 18 Fructidor. Bonaparte et l’armée d’Italie avaient applaudi au 18 fructidor par de chaleureuses adresses au Directoire. Néanmoins, la paix étant faite avec l’Autriche, le vainqueur voulait rentrer à Paris, sans doute pour préparer la grande expédition en Orient qu’il avait en tête, quand l’incartade d’un jeune officier arrivé de Paris lui causa un mécontentement si grand, réel ou feint, qu’il crut devoir demander sa démission à Paris. Certes, les lettres qu’il écrivit à cette occasion ne manquent pas d’intérêt ; mais on y voit une insistance qui semble plus d’un ambitieux que d’un homme vraiment découragé. « Ma santé est entièrement délabrée, dit-il dans une de ses lettres du 1er octobre et la santé est indispensable et ne peut être suppléée par rien à la guerre. Le gouvernement aura sans doute, en conséquence de la demande que je lui ai faite il y a huit jours, nommé une commission de publicistes pour organiser l’Italie libre. De nouveaux plénipotentiaires pour continuer les négociations ou les renouer, si la guerre avait lieu au moment où les événements seraient les plus propices. Enfin, un général qui ait sa confiance pour commander l’armée, car je ne connais personne qui puisse me remplacer dans l’ensemble de ces trois missions, toutes trois également intéressantes, etc. » II finissait sa lettre par ces mots : « Je ne puis monter à cheval, j’ai besoin de deux ans de repos. » De quoi donc avait-il à se plaindre au moment où l’on, venait d’approuver ses idées sur l’Egypte? Le 18 fructidor avait reçu son approbation et celle de son armée d’Italie. Il traitait de la paix avec l’Autriche, et il avait commencé les négociations qui devaient aboutir au traité de Campo-Formio. Pourquoi ce mécontentement ? Peut-être en découvrira-t-on la cause dans la lettre suivante, adressée directement, dès le 25 septembre, de Passeriano, au Directoire exécutif : « Passeriano, le 4 vendémiaire an VI. Un officier est arrivé avant-hier de Paris à l’armée d’Italie ; il a répandu dans l’armée qu’il partit de Paris le 25, qu’on y était inquiet de la manière dont j’aurais pris les événements du 18 ; il était porteur d’une espèce de circulaire du général Augereau à tous les généraux de division de l’armée. II avait une lettre du ministre de la guerre à l’ordonnateur en chef, qui l’autorisait à prendre tout l’argent dont il aurait besoin pour sa route ; vous en trouverez la copie ci-jointe. Il est constant, d’après tous ces faits, que le gouvernement eu agit envers moi à peu près comme envers Pichegru après vendémiaire. Je vous prie, citoyens directeurs, de me remplacer et de m’accorder ma démission. Aucune puissance sur la terre ne sera capable de me faire continuer de servir après cette marque horrible de l’ingratitude du gouvernement, à laquelle j’étais bien loin de m’attendre. Ma santé, considérablement affectée, demande impérieusement du repos et de la tranquillité. La situation de mon âme a aussi besoin de se retremper dans la masse des citoyens. Depuis trop longtemps un grand pouvoir est confié dans mes mains. Je m’en suis servi dans toutes les circonstances pour le bien de la patrie : tant pis pour ceux qui ne croient point à la vertu et pourraient avoir suspecté la mienne. Ma récompense est dans ma conscience et dans l’opinion de la postérité. Je puis, aujourd’hui que la patrie est tranquille et à l’abri des dangers qui l’ont menacée, quitter sans inconvénient le poste où je suis placé. Croyez que, s’il y avait un moment de péril, je serais au premier rang pour défendre la liberté et la constitution de l’an III. BUONAPARTE. » A la réception de cette lettre, le Directoire s’assembla sans perdre une minute, pour délibérer sur la demande qui en était l’objet, et c’est La-Révellière-Lepeaux qui fut chargé de répondre au nom du Directoire exécutif. Cetteréponse, datée du 12 vendémiaire an VI (3 octobre 1797), très elle et très eu connue, fait utant d’honneur à celui qui l’a écrite qu’à celui à qui elle était adressée. C’est une des pièces les plus précieuses et les plus honorables de nos archives révolutionnaires : on y sent à chaque, ligne le souffle républicain ; c’est le langage du patriotisme s’adressant à une jeune ambition qui se révèle déjà dans dos plaintes qu’il est impossible de croire sincères : « Paris, 12 vendémiaire an VI (3 octobre 1797). Au général Buonaparte, Votre lettre du 4 de ce mois, citoyen général, étonne et afflige le Directoire exécutif, qui se rassemble extraordinairement pour vous répondre à l’instant-même de l’arrivée de votre courrier. Comment est-il possible que vous ayez accusé d’ingratitude et d’injustice envers vous le gouvernement, qui n’a cessé de vous marquer la plus entière comme la plus juste coniance ? Vous devez être désabusé dès à présent sur les ombrages qui ont occasionné votre lettre, car depuis qu’elle est écrite vous avez dû entendre le citoyen Bottot. Vous aurez reçu différentes dépèches, tant du ministre des relations extérieures que du Directoire exécutif, et principalement celle du 8 de ce mois, dans laquelle le gouvernement vous met dans la confidence de sa pensée et vous associe en quelquesorte à ses délibérations. Vous aurez vu même le général Bernadotte, qui vous aura transmis ce dont les membres du Directoire l’ont expressément chargé pour vous. Voilà des faits, citoyen général. Le Directoire exécutif a lieu de croire que vous aurez apprécié, d’après eux, les procédés du gouvernement à votre égard avant que votre courrier ne puisse vous être renvoyé. Quant aux motifs des inquiétudes que vous avez conçues, les propos d’un jeune homme, propos que peut-être on lui a prêtés, pouvaient-ils l’emporter à vos yeux survies communications constantes et directes du gouvernement ? Quant à la lettre du général Augereau, comme des représentants royalistes avaient écrit dans leur sens à des généraux de l’armée d’Italie, et que cela était connu à Paris, ce général a cru apparemment devoir y opposer le contre-poison. Cela ne pouvait être susceptible d’aucune interprétation contre vous. La lettre mystérieuse du ministre de la guerre ne demandait sans doute que des fonds pour des frais de route. Cette demande d’argent paraît mal conçue ; mais, quelle qu’en soit la mauvaise rédaction, ces traits ne pouvaient vous atteindre, et vous n’avez jamais dû en conclure que le gouvernement vous traitât comme Pichegru. Il est vraiment inconcevable que vous fassiez au gouvernement et à vous-même l’injure de ce parallèle. Citoyen général, craignez que les conspirateurs royalistes, au moment où peut-être ils empoisonnaient Hoche, n’aient essayé de jeter dans votre âme des dégoûts et des défiances capables de priver votre patrie des efforts de votre génie. Jamais elle n’en eut tant besoin. Vous parlez de repos, de santé, de démission ? Le repos de la République vous défend de penser au vôtre. Si la France n’est pas triomphante, si elle est réduite à faire une paix honteuse, si le fruit de vos victoires est perdu, alors, citoyen général, nous ne serons pas seulement malades, nous serons morts. Non, le Directoire exécutif ne reçoit pas votre démission. Non, vous n’avez pas besoin avec lui de vous réfugier dans votre conscience et de recourir au témoignage tardif de la postérité. Le Directoire exécutif croit à la vertu du général Buonaparte, il s’y confie. Il vous l’a prouvé le 13 vendémiaire, et ce n’était pas la première fois. Au surplus, vous dites que, s’il y a du péril, vous serez au premier rang pour défendre la liberté et la Constitution : le Directoire exécutif vous somme de tenir votre parole. Il vous dénonce le péril que courent encore la liberté et la Constitution, si de misérables et de petites intrigues empêchent la République de s’élever à ses destinées, s’il faut renoncer aux résultats de la conquête de l’Italie, si la grande nation est obligée de rétrograder. Concevez donc la véritable idée de l’énergie et du courage unanime que le 18 fructidor a donnés aux deux pouvoirs suprêmes de la France. Au 18 fructidor, la France a repris sa place dans l’Europe ; elle a besoin de vous pour l’y maintenir. S’il pouvait vous rester du doute….. Mais non, citoyen général, vous ne devez plus en avoir au moment où cette dépêche pourra vous parvenir, et désormais vous compterez sur le Directoire exécutif comme il compte sur vous. LA-RÉVELLIÈRE-LEPEAUX. » Cette lettre, et, à ce qu’on assure, une autre de Talleyrand, qui l’avait deviné, dissipèrent comme instantanément sa mauvaise humeur et lui rendirent la santé. Il ne parut à personne qu’il eût été malade, et il ne l’avait été, en effet, que de mécontentement, que d’une fièvre d’ambition rentrée. Il lit en même temps sa paix avec le Directoire et avec l’Autriche, et l’on voit ce « malade » qui avait écrit quelques jours auparavant : « Je ne suis plus en état de commander, » agir comme auparavant. Ses relations avec le Directoire devinrent même plus intimes. Il ne négligea pas non plus le ministre des relations extérieures, auquel il mandait de Passeriano, le 27 vendémiaire an VI (18 octobre 1797) : « Le général Buonaparte prévient le ministre des relations extérieures que la paix avec l’empereur a été signée la veille après minuit. » De son côté, le Directoire, entrant de plus en plus dans ses vues, lui mande, par l’orfane de son président La Réveillère, en date du 30 vendémiaire (21 octobre) : Quant à l’île de Malte, vous avez déjà reçu les ordres de prendre toutes les mesures que vous croiriez nécessaires pour qu’elle n’appartînt à qui que ce fût qu’à la France. Vous avez dit au citoyen Bottot que cette possession était à vendre. Le Directoire exécutif attache un véritable prix à son acquisition et vous recommande de ne pas la laisser échapper. Le président du Directoire exécutif, LA. RÉVEILLÈRE-LEPEAUX. » De Milan, 22 brumaire an VI (12 novembre Bonaparte mande au Directoire, sur cet article : « J’ai envoyé à Malte le citoyen Poussielgue sous prétexte d’inspecter toutes les échelles du Levant, mais, à la vérité, pour mettre la dernière main au projet que nous avons sur cette île. Le général en chef, BUONAPARTE. » Le 17 novembre 1797, enfin, tant le gouvernement comprenait les brillants services du général, même hors des champs de bataille, il reçut à Milan la dépêche du Directoire qui le nommait l’un des plénipotentiaires, ou, plus exactement, président de la légation française au congrès de Rastadt : plus de traces de mauvaise santé. Bonaparte partit incontinent de Milan pour Rastadt, coucha le même jour à Turin chez le ministre de France, Ginguené traversa la Suisse par Genève, Lausanne, Fribourg, Avanches, Berne et Bâle, et arriva à Rastadt le 27 novembre. Le Moniteur du 6 décembre 1797 rapporte que, dans ce voyage, la voiture s’étant brisée près d’Avanches, Bonaparte eut la curiosité de visiter l’ossuaire de Moràt, qui n’est qu’à deux lieues de cette ville. Un officier suisse, qui avait servi en France, offrit au général de l’accompagner, et, tout en lui donnant plusieurs détails militaires sur la bataille de Morat, lui montra par quel chemin les Suisses, descendus des montagnes voisines le 23 juin 1470, avaient, à la faveur d’un bois, tourné l’armée boui’guignoune commandée par son duc Charles le Téméraire, l’avaient mise en déroute et lui avaient tué 18,000 hommes, dont les ossements avaient été érigés par les Suisses en trophée pyramidal dans la chapelle de Morat. « Quelle était la force de l’armée des Bourguignons ? demanda Bonaparte. – 60.000 hommes à peu prés, répondit l’officier. – 60.000 hommes ! s’écria le général ; ils auraient dû couvrir ces montagnes… Aujourd’hui, un général français ne ferait pas cette faute. – C’est possible, général, répondit galamment l’officier suisse, mais alors les Bourguignons n’étaient pas Français. » Les Bourguignons ne sauraient souscrire à cette distinction et accepter cet arrêt. On sait que ce sont les ancêtres des Bourguignons qui suivirent Brennus à Rome, et que l’armée de Sambre-et-Meuse était en grande partie composée de conscrits bourguignons. Il s’en est peu fallu que ce qui s’appelle aujourd’hui la France ne s’appelât la Bourgogne. Il est bon que les Francs, partis en même temps que les Bourguignons des bords du lac Flévo, ne l’oublient pas. Le lecteur voudra bien pardonner cette boutade à… un Bourguignon. Telle était en Suisse l’admiration de toutes les classes pour le vainqueur de l’Italie, que Bonaparte, arrivant de nuit à Berne, fut reçu au milieu d’une double file d’équipages brillamment éclairés, et aux cris de : vive Bonaparte ! Vive le pacificateur ! A Soleure, le capitaine d’artillerie Zeltner fit tirer le canon en son honneur, malgré la défense qu’il en avait reçue de son gouvernement. Tout cela était extraordinaire, mais on sait que pour cet homme singulier rien ne devait se passer dans l’ordre commun et vulgaire des choses. Arrivé à Rastadt le 27 novembre, et à peine y était-il installé, qu’il recevait du Directoire l’ordre de se rendre à Paris ; il y descendait le 5 décembre, à cinq heures du soir, dans la maison de la rue chantereine, qu’habitait sa femme, et qu’il devait acheter quelques mois après de Mme Talma. Le Moniteur s’empressa d’annoncer son arrivée, et le Directoire lui fit une sorte de réception triomphale, bientôt suivie de fêtes brillantes, que lui donnèrent individuellement les directeurs, les membres des conseils et les ministres. On ne voit pas sans plaisir dans le Moniteur du 9 décembre que le Directoire, dès le 8, demanda la mise en liberté du capitaine suisse Zeltner, emprisonné par ordre de son gouvernement pour avoir rendu les honneurs militaires au général Bonaparte lors de son passage à Soleure. Le Directoire, en paix avec toutes les grandes puissances, à l’exception de l’Angleterre, avait, le jour même de la signature du traité de Campo-Formio, annoncé la formation d’une armée dite d’Angleterre, et en avait destiné le commandement en chef au général Bonaparte. Il s’agissait d’organiser l’armée d’Angleterre, et c’est dans ce but que le vainqueur de l’Italie était appelé à Paris. Il paraît que le Directoire nourrissait en ce moment le projet très sérieux d’une descente en Angleterre. On avait fait tant de grandes et merveilleuses choses dans ces derniers temps, que personne ne s’effrayait des difficultés de l’entreprise. On s’était accoutumé à tout attendre du vainqueur de l’Italie, à tout croire possible de sa part. Bonaparte se faisait une haute idée du patriotisme anglais ; il avait calculé les diverses chances favorables ou contraires d’un débarquement sur les côtes d’Angleterre et d’une marche sur Londres, et, après tout, il croyait qu’on pouvait sans imprudence tenter de ce côté la fortune des armes , mais il avait un autre dessein en tète : ce’ n’est pas chez elle qu’il voulait frapper l’Angleterre, c’était, ailleurs ; c’était dans la Méditerranée ; c’était en lui enlevant ses stations , ses points de repère maritimes, qu’il voulait l’aftaiblir et la contraindre à la paix. Et, à propos de ce projet : frapper l’Angleterre chez elle, sans traverser le détroit, il nous souvient d’un mot qui vaut la peine d’être cité : Un paysan bourguignon, ayant lu dans les journaux de l’époque que Bonaparte avait l’intention d’atteindre l’Angleterre en passant par l’Egypte, s’était imaginé que le héros de la campagne d’Italie, d’une force colossale en géographie, avait découvert que la Grande-Bretagne n’était pas une île, et qu’en passant par la terre des Pharaons, on arrivait à un isthme inconnu qui conduisait tout droit à la Tour de Londres. Cette hérésie géographique était très répandue au fond de nos provinces en 1812, lors de la guerre de Russie, où les feuilles publiques répétaient chaque jour que la guerre faite à l’empereur Alexandre était surtout dirigée contre l’Angleterre. Plusieurs des clauses du traité de Campo-Formio avaient été conçues en prévision d’une expédition en Egypte. C’est ainsi que, dans le partage des États vénitiens, Bonaparte avait eu soin de conserver a la République française les îles de la Grèce, Corfou et tout ce que Venise avait possédé dans la mer d’Ionie, et nous avons vu que, depuis plusieurs mois, alors qu’il était en Italie, il avait jeté un regard de convoitise sur Malte et sur l’Egypte. Cette idée de conquérir l’Egypte, de former là un établissement français qui nous donnât la clef du commerce de l’Inde en nous assurant celui du Levant, dont nous serions en quelque sorte les maîtres à l’exclusion de l’Angleterre, avait envahi son imagination, et, des qu’une fois une passion de ce genre était entrée dans son esprit, il était tout à elle. Toutefois, il ne parla de ses idées qu’aux membres du Directoire exécutif ; il en conféra surtout avec le ministre des relations extérieures, Talleyrand, très capable d’apprécier ses plans ; et, avec cette ardeur qu’il apportait à toutj ne rêvant que l’Egypte, il se mit à l’étudier en quelque sorte en tous sens.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Suite -> La campagne d’Egypte

Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – LA PREMIERE CAMPAGNE D’ITALIE (1796-1797)

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Napoléon Bonaparte, général en chef de l’Armée d’Italie (1796-1797)

 

Soldats, dénués de tout, vous avez suppléé à tout ; vous avez gagné des batailles sans canons, passés des rivières sans ponts, fait des marches forcées sans souliers, bivouaqué sans eau-de-vie et souvent sans pain. Mais soldats, vous n’avez rien fait puisqu’il vous reste encore à faire. Les plus grands obstacles sont franchis san doute, mais vous avez encore des combats à livrer, des villes à prendre, des rivières à passer. En est-il d’entre-bous donc le courage s’amollisse ?

(Napoléon Bonaparte)

En partant pour cette immortelle campagne d’Italie, il emportait avec lui. 48.000 francs en or, et 100.000 francs en traites, qui furent en partie protestées. C’est avec ce faible véhicule, qui mit pourtant le Trésor à sec, que le général en chef de cette armée, manquant de tout depuis longtemps, sut la conduire au pas de charge dans les plaines fertiles de l’Italie. L’armée, stationnaire dans les Alpes-Maritimes et dans la partie de la rivière de Gênes que nous occupions était ainsi distribuée vers le 10 mars (4 ventôse an IV) : Avant-garde, commandée par lé général divisionnaire Masséna, ayant sous ses ordres les généraux La Harpe et Meynier ; les adjudants de brigade Pijon, Saint-Hilaire, Cervoni, Ménard, Dammartin et Joubert ; les adjudants généraux Dalons, Chabran, Giacomoni, Boyer, Monnier et Lorcet. Les généraux La Harpe et Meynier commandaient la première et la deuxième division de cette avant-garde à Savone et au bourg dé Finale. Corps de bataille : première division commandée par le général divisionnaire Augereau, ayant sous ses ordres les généraux de brigade Banel, Victor et Rusca ; les adjudants Verdier et Quesnin, au quartier général de Nice. Deuxième division, commandée par le général divisionnaire Sérurier, ayant sous ses ordres les généraux de brigade Pelletier, La Salcette, Fiorella et Bizannet ; les adjudants généraux Couthaud et Vinose, à Ormea. Troisième division, commandée par le général divisionnaire Macquart, ayant sous ses ordres le général de brigade Dallemagne, l’adjudant général Escale et le chef de brigade Nicolas. Quatrième division, commandée par le général divisionnaire Garnier, ayant sous ses ordres les généraux de brigade Verne, Charton, Davin et Servier ; l’adjudant général Rambaud. Le total effectif de toutes ces divisions, avant-garde et corps de bataille, était de 43.443 hommes. C’est avec 48.000 francs en or et 43.443 hommes, à peu près autant de francs que d’hommes, que le général en chef Bonaparte allait conquérir l’Italie, la ravir à l’aigle à deux têtes, à l’aigle autrichienne, Aquila grifagna Che per più divorar due becchi porta, suivant l’expression du poète Alamanni. C’est le général en chef Bonaparte qui, de son souffle, va ranimer cette armée, languissante malgré son courage et ses vertus républicaines ; c’est lui qui va imprimer à tous ces corps la vie et le mouvement, et qui, en quelques jours, à travers les champs glorieux de Montenotte, de Millesimo et de Mondovi, et l’héroïque passage du pont de Lodi, les portera de Nice à Milan (15 mai 1796). Ainsi, un mois et demi avait suffi à ce jeune général de vingt-six ans et neuf mois pour culbuter le vieux Beaulieu, l’un des généraux les plus aguerris de l’Autriche. Les ennemis nous appelaient par dérision les héros en guenilles, et ils avaient doublement raison : nous étions l’un et l’autre. Et la preuve, c’est que nous entrions à Milan le 15 mai triomphants, mais très positivement en guenilles. Il n’y a rien d’exagéré dans ce qu’a dit de ces héroïques soldats notre grand chansonnier national : Pieds nus, sans pain, sourds aux lâches alarmes, Tous à la gloire allaient du même pas. Un témoin oculaire, car il était dans un rang obscur de l’expédition, commis aux vivres, Henri Beyle (Stendhal), dans son beau roman de la Chartreuse de Parme, décrit ainsi notre entrée dans la vieille capitale de la Lombardie, depuis trop longtemps autrichienne : « Le 15 mai 1796 le général Bonaparte fit son entrée à Milan à la tête, de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur. Les miracles de hardiesse et de génie dont l’Italie fut témoin en quelques mois réveillèrent un peuple endormi ; huit jours encore avant l’arrivée des Français, les Milanais ne voyaient en eux qu’un ramassis de brigands, habitués à fuir toujours devant les troupes de Sa Majesté Impériale et Royale : c’était du moins ce que leur répétait trois fois la semaine un petit journal grand comme la main, imprimé sur du papier sale. » Mais le jeune général victorieux ne s’arrêta pas là ; ce n’est pas là, en effet, qu’il voulait signer la paix avec cette Autriche, éternel ennemi du développement de la liberté et de la civilisation européenne. Poussant sa vaillante armée en avant, il battait encore les meilleurs généraux de l’Autriche, Wurmser à Castiglione (août) et à Bassano (septembre), Alvinzi à Arcole (15-18 novembre), et à Rivoli (14 janvier 1797) ; il conquérait l’Istrie, la Carniole et la Carinthie (30 mars) ; il renversait la vieille et aristocratique république de Venise. Marchant droit sur Vienne, il ne s’arrêtait à Léoben (18 avril) que pour signer les bases du traité de paix de Campo-Formio (17 octobre), constatant la supériorité de la France sur ses ennemis ; et il fondait en Italie deux républiques provisoires (la Cisalpine et la Transpadane). Ah ! cette campagne d’Italie est vraiment merveilleuse, sans comparaison possible avec les plus belles que présentent les annales militaires chez tous les peuples, et la première que devront lire et méditer les Alexandres et les Césars futurs, si, pour le malheur des nations, l’avenir tient encore en réserve dans son sein le germe de quelque illustre conquérant. Tout s’y accomplit de point en point comme le jeune héros l’avait prévu, ou, pour dire plus justement, comme il l’avait calculé. C’est une campagne que l’on pourrait appeler mathématique, quelles que soient la nouveauté et l’étrangeté de cette expression. Aujourd’hui, quand il s’agit de construire un de ces ponts en fer comme ceux qui traversent nos fleuves, le mécanicien ne se livre à aucun travail et à aucune étude sur le terrain. Retiré au fond de son atelier, il trace ses plans, prend ses mesures, fait fabriquer, et, quand tout est prêt : tympans, barres, montants, traverses, armatures, crampons, boulons, clavettes, broches, viroles, etc., il ne reste plus qu’une opération toute mécanique, toute machinale de montage ; chaque partie vient prendre la place qui lui a été assignée ; tout cela se monte et se démonte comme les fractions d’un squelette auquel ne manque aucune des innombrables articulations. C’était la méthode inventée par Bonaparte. «, Melas est là ; je l’attirerai ici, et je le battrai là. » Et la victoire arrivait, se déduisait mathématiquiment comme l’inconnue d’une équation algébrique. Et, ce qu’il y a de plus merveilleux encore, c’est que l’homme, c’est que l’artiste n’est nullement absorbe par le conquérant. En effet, voici l’homme sous une nouvelle face, et c’est avec une intention marquée que nous soulignons ce mot ; car nous le prenons dans toute la plénitude de son acception, dans l’acception que lui donnera plus tard Napoléon lui-même quand il dira au génie olympien de l’Allemagne : « Monsieur Gœthe, vous êtes un homme. » Nous avons vu le guerrier, voyons l’artiste. Le conquérant avait sans cesse les yeux tournés vers Paris : c’était l’Athènes de ce nouvel Alexandre ; mais si le général regardait les Tuileries, l’artiste regardait le Louvre. Voici un état officiel des objets de science et d’art enlevés par ses ordres pour être transportés à Paris : A MILAN. – Bibliothèque Ambrosienne. Le carton de l’école d’Athènes, par Raphaël. Un tableau de Luisini, représentant une Vierge. Idem, de Rubens, une Vierge et des fleurs. Idem, du Giorgion, représentant un concert. Idem, de Lucas d’Olande, représentant une Vierge. Idem, une tête de femme, de Léonard de Vinci. Un soldat et un vieillard, du Calabrese. Un vase étrusque , représentant diverses figures avec ornements. Un manuscrit sur papyrus d’Egypte, ayant environ onze cents ans, sur les Antiquités de Josèphe, par Ruffin. Un Virgile manuscrit, ayant appartenu à Pétrarque, avec des notes de sa main. Un manuscrit très curieux sur l’histoire des papes. Un tableau peint par le Titien, représentant un Couronnement d’épines. Idem, un Saint Paul, de Gondenzo Ferrari. Alla Vittoria. – Un tableau de Salvator Rosa, représentant une Assomption. A l’Académie de Parme. – La Vierge de saint Jérôme, par le Corrége. Un tableau de Schidone. Une Adoration, par Majolla Aux Capucins. – Un chien, du Guerchin. Une Vierge et plusieurs saints, par Ann. Carrache. Saint-Paul. – Jésus-Christ, Saint Paul, Sainte Catherine, par Raphaël. La Stenata.- Le Mariage de la Vierge, par Procaccini. San-Gio, – Une Descente de croix, par le Corrége, Capucins. – Un Guerchin, représentant la Vierge et saint François. Saint-Sépulcre. – La Madonna délia Scodelia, du Corrége. Saint-Roch. – Un tableau de l’Espagnolet, représentant divers saints. Idem, de Paul Véronèse, représentant saint Koch. San-Quintino. – Un tableau de Fraimingo, représentant un baptême. Une Assomption, par l’Espagnolet. Un tableau de Lanfranc, Saint Benoît. Saint-André. – Un tableau de l’Espagnolet. Saint-Michel. – Un tableau d’un élève du Corrége, représentant une Vierge. Saint-Paul. – Une Vierge d’Augustin Carrache, Au Dôme de Plaisance. – Deux tableaux de Louis Carrache. Une note, datée de Paris, dit : «Les tableaux venant d’Italie sont arrivés à Paris sur six chariots, sans avoir éprouvé d’accident. Ils n’ont été pris ni par les barbets ni brisés sur les rochers des Alpes. » Le Directoire en fit la distribution au Jardin des plantes, à l’Ecole polytechnique, à l’Institut et à la Bibliothèque nationale. Dans le lot de l’Institut, il y avait les douze manuscrits de Léonard de Vinci sur les sciences. Dans le lot de la Bibliothèque, le Virgile manuscrit ayant appartenu à Pétrarque, avec des notes de la main de l’illustre poète sur Virgile ; le manuscrit de Galilée sur les fortifications ; le carton des ouvrages de Léonard de Vinci. Le 7 floréal, l’armée d’Italie étant à Cherasco, et, après la prise fameuse de Tortone, Bonaparte avait mandé au Directoire : « Il me serait utile d’avoir trois ou quatre artistes connus pour recueillir les monuments des beaux-arts. » Au commencement de prairial, comme il venait de conquérir Milan et qu’il rêvait de rétablir le Capitole, il signait avec le duc de Modène un armistice où se lit cet article : « Le duc de Modène sera tenu de livrer vingt tableaux à prendre dans sa galerie ou dans ses Etats, au choix des citoyens qui seront commis à cet effet. » Le 15 prairial, on le retrouve à Vérone, d’où il écrit cette lettre aux Directeurs : « J’arrive dans cette ville, citoyens Directeurs, pour en partir demain matin ; elle est très grande et très-belle… Je n’ai pas caché aux habitants que si le prétendu roi de France n’eût évacué leur ville avant mon passage du Pô, j’aurais mis le feu à une ville assez audacieuse pour se croire la capitale de l’empire français… Je viens de voir l’amphithéâtre ; ce reste du peuple romain est digne de lui. Je n’ai pu m’empêcher de me trouver humilié de la mesquinerie de notre Champ-de-Mars : ici, cent mille spectateurs sont assis, et entendraient facilement l’orateur qui leur parlerait. » En messidor, il est à Bologne. « Les vingt tableaux que doit nous fournir Parme, écrït-il au Directoire, sont partis ; le célèbre tableau de Saint Jérôme est tellement estimé dans ce pays qu’on offrait un million pour le racheter. » Le Directoire a envoyé les artistes et les savants demandés, et le jeune conquérant écrit au Directoire : « Le citoyen Barthélémy s’occupe, dans ce moment-ci, à choisir les tableaux de Bologne. Il compte en prendre une cinquantaine, parmi lesquels se trouve la Sainte Cécile, qu’on dit être le chef-d’œuvre de Michel-Ange. Monge, Berthollet et Thouin sont à Pavie, où ils s’occupent à enrichir notre Jardin des plantes et notre cabinet d’histoire naturelle. J’imagine qu’ils n’oublieront pas une collection complète de serpents qui m’a paru bien mériter la peine de faire le voyage. » Enfin il écrivit de Milan cette superbe épître à l’astronome Oriani : « Les sciences qui honorent l’esprit humain, les arts qui embellissent la vie et transmettent les grandes actions à la postérité, doivent être spécialement honorés dans les gouvernements libres. Tous les hommes de génie, tous ceux qui ont obtenu un rang distingué dans la république des lettres, quel que soit le pays qui les ait vus naître, sont Français. Les savants, à Milan, n’y jouissalent pas de la considération qu’ils devaient avoir. J’invite les savants à se réunir et à me proposer leurs vues sur les moyens qu’il y aurait a prendre, ou les besoins qu’ils auraient pour donner aux sciences et aux beaux-arts une nouvelle vie et une nouvelle existence. Tous ceux qui voudront aller en France y seront accueillis avec distinction. Le peuple français ajoute plus de prix à l’acquisition d’un savant mathématicien, d’un peintre de réputation, d’un homme distingué, que de la ville la plus riche et la plus abondante. » Ainsi cet homme singulier voulait avoir pour lui les artistes en même temps que les victoires, et Raphaël, Léonard de Vinci, Corrége et Michel-Ange étaient placés sur le même rang que Montenotte, Millesimo, Arcole et Castiglione. Il n’entre pas dans notre plan de raconter cette campagne d’Italie, glorieuse entre toutes, qui vient d’amener cette digression. Notre plan n’est, dans cette partie de l’histoire du grand capitaine, du premier génie militaire des siècles passés, et peut-être aussi des siècles futurs, que d’exposer ce qui sert à le caractériser comme citoyen et soldat d’un grand peuple jusqu’au 18 brumaire ; Quand, simple citoyen, soldat d’un peuple libre, Aux bords de l’Eridan, de l’Adige et du Tibre, Foudroyant tour à. tour quelque tyran pervers, Des nations en pleurs sa main brisait les fers ; Ou quand son noble exil aux sables de Syrie, Des palmes du Liban couronnait sa patrie… Marie-Joseph CHÉNIER. Il nous suffira de dire que toute la suite de l’histoire ne nous offre aucun homme qui, à vingt-sept ans et venu d’où nous l’avons vu partir, ait atteint à cet âge un aussi haut degré de gloire, et fait sentir la foudroyante activité qu’il déploya dans cette campagne, où il se montra surtout républicain. Il était sincère alors, il croyait la République immortelle dans ces premiers jours d’enthousiasme et de gloire. Il disait fièrement et officiellement à ceux qui parlaient de reconnaître la République française : « La République française est comme le soleil : aveugle qui ne la voit pas ! » Les mêmes sentiments l’animaient aussi en particulier. A Milan, en mai 1796, il disait à un de ses amis : « La République, c’est la flèche d’Evandre qui ne retombe pas-, et se change en étoile brillante. » Illusion sublime des premiers jours ! moment unique où la République était comparée par Bonaparte à la flèche d’Evandre ! le besoin seul de refouler le royalisme vous a éteints dans son cœur, nobles sentiments qui promettiez de donner à la France un Washington au lieu d’un César ! En effet, quand il vit, moins de deux ans après, la contre-révolution prendre des ailes à l’intérieur, il sentit qu’on ne l’abattrait point en se bornant à n’user envers elle que des armes constitutionnelles, des armes de la liberté. Au dehors, l’histoire nous montre le Directoire suivant la grande politique de la Convention, portant la liberté aux vaincus, et entreprenant d’affranchir l’Europe du pouvoir absolu et de la féodalité, justement persuadé que la France ne pouvait être une république heureuse et paisible qu’entourée de républiques heureuses et paisibles. Cependant, à l’intérieur, le désordre, entretenu par les royalistes au nom de la liberté, entravait la marche du gouvernement et empêchait la France d’être aussi heureuse qu’elle était glorieuse et puissante. Les républicains auteurs de la Constitution de l’an III, craignant les abus du pouvoir exécutif, l’avaient restreint avec une méfiance excessive. Il était faible, pauvre, dépouillé de tout appareil d’ostentation, au lieu d’étaler cette magnificence royale que les Français ont la bonhomie d’admirer, tout en la payant ; il vivait de rien et gouvernait avec peu de chose. Quelques légers impôts subvenaient aux frais de nombreuses armées. Les étrangers et les royalistes dépensaient en France plus d’argent pour corrompre et diviser, que le pouvoir n’en avait à sa disposition pour le maintien de l’ordre de choses établi. La liberté de la presse était plus entière qu’elle ne l’a jamais été. Les pouvoirs étaient publiquement insultés ; les lois républicaines qu’on parvenait à faire voter naissaient flétries d’avance par les royalistes et les journaux ; les feuilles appartenant aux partis extrêmes déclamaient à leur aise contre le Directoire ; le blâme et le ridicule étaient déversés à pleines mains sur ses actes et sur ses membres. En France, on aime le pouvoir qui éblouit et dont l’allure est altière ; on trouvait la République trop bourgeoise. Le parti royaliste, parfaitement organisé par les nombreux agents des Bourbons, conspirait à Clichy, et cherchait un Monk parmi nos généraux ; les chouans infestaient les grandes routes ; de leur côté, les anarchistes faisaient au camp de Grenelle une tentative babouviste contre le Directoire. Comment résister à ces conspirations sans des mesures violentes ? Le renouvellement amena dans les conseils une majorité de royalistes se disant constitutionnels on Eurs, qui cacha peu son intention de renverser Directoire. Deux des directeurs eux-mêmes paraissaient disposés à ne pas retenir le pouvoir, et Carnot, malheureusement, était de ceux qui croyaient devoir abandonner la partie. Les trois autres avaient à choisir, ou de violer la constitution pour la sauver, ou de la laisser tomber. Ils prirent le premier parti. Soutenus par l’armée d’Augereau et par celle de Hoche, ils firent occuper militairement le Corps législatif : cinquante et un représentants, les deux directeurs et plusieurs journalistes furent condamnés à la déportation. C’est ce que, dans l’histoire, on a appelé le 18 fructidor. Si cette mesure avait besoin d’une justification, le nom de Hoche, le nom le plus pur de notre grande Révolution, la fournirait à lui seul. Ce n’est pas ici le lieu de juger cet épisode de notre histoire révolutionnaire ; il est facile, quand on n’examine pas les choses de près, de n’avoir que du blâme pour ces sortes de coups d’Etat; nous croyons seulement que celui-cî ne fut pas sans influence sur Bonaparte.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – LE MARIAGE DE NAPOLEON ET JOSEPHINE

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Le Général Bonaparte et son épouse Joséphine en 1796

La circonstance de mon mariage avec Madame de Beauharnais m’a mis en point de contact avec tout un parti qui était nécessaire à mon système de fusion, un des principes les plus grands de mon administration. Sans ma femme, je n’aurais jamais pu avoir avec ce parti aucun rapport naturel.

(Napoléon Bonaparte)

Mme de Beauharnais, à la veille de devenir Mme Bonaparte, était, on on conviendra, dans une bien singulière et bien fâcheuse situation d’esprit… Que d’hésitation ! que de considérations de toute nature ! Le mariage cependant ne tarda pas à être tout à fait arrêté, et, avant le 23 février 1796, jour de la nomination du général au commandement en chef de l’armée d’Italie, les publications légales en furent faites à la mairie du IIe arrondissement de Paris. En effet, nous voyons dans l’acte de mariage, du 9 mars, que Bonaparte n’est qualifié que de général en chef de l’armée de l’intérieur, parce qu’il ne pouvait prendre que le titre qu’il avait au moment où devaient commencer les publications légales pour rendre possible l’acte de mariage du 9 mars. C’est un document curieux, que nous avons voulu lire de nos propres yeux et collationner de notre propre main. Extrait du registre des actes de mariage de ventôse an IV, IIe arrondissement. Du 19 ventôse an IV de la République. (Mercredi, 9 mars 1796). « Acte de mariage de Napolione Buonaparte ; général en chef de l’armée de l’intérieur, âge de vingt-huit ans, né à Ajaccio, département de la Corse, domicilié à Paris, rue d’Antin, n° (le numéro est en blanc), flls de Charles Buonaparte, rentier, et de Laetitia Ramolino, Et de Marie-Joséphine-Rose de Tascher, âgée de vingt-huit ans, née à l’Ile Martinique, dans les îles du « Vent, domiciliée à Paris, rue Chantereine, n° (le chiffre est en blanc), fille de Joseph-Gaspard de Tascher, capitaine de dragons, et de Rosé-Claire Des Vergers Desanois, son épouse. Moi, Charles-François Leclerq, officier public de l’état civil du deuxième arrondissement du canton de Paris, après avoir fait lecture en présence des parties et témoins : 1» de l’acte de naissance de Nupolione Buonaparte, qui constate qu’il est né le, cinq février mil sept cent soixante-huit du légitime mariage de Charles Buonaparte et de Ltetitia Ramolino ; l’acte de naissance de Mnrie-Joséphine-Rose De Tascher, qui constate qu’elle est née le vingt-trois juin mil sept cent soixante-sept du légitime mariage de Joseph Gaspard de Tascher et de Rosé-Claire Des Vergers Desanois ; vu l’extrait de décès d’Alexandre -François -Marie Beauharnais , qui constate qu’il est décédé le cinq thermidor an deux, marié à Marie-Joséphine-Rose de Tascher ; vu l’extrait des publications dudit mariage dûment affiché le temps prescrit par la loi, sans opposition ; et après aussi que Napolione Buonaparte et Marie-Joséphine-Rose de Tascher ont eu déclaré à, haute yohc. se prendre mutuellement pour époux, j’ai prononcé à haute voix que Napolione Buonaparte et Marie-Joséphine-Rose de Tascher sont unis en mariage. Et ce en présence des témoins majeurs ci-après nommés ; savoir : Paul Barras, membre du Directoire exécutif, domicilié au palais du Luxembourg ; Jean Lemarois, aide de camp capitaine, domicilié rue des Capucines ; JeanLambert Tallien, membre du Corps législatif, domicilié à Chaillot ; Etienne-Jacques-Jôrôme Calmelet, homme de loi, domicilié rue de la place Vendôme, 207 ; -qui tous ont signé avec les parties et moi après lecture faite. Signé au registre : Napolione BUONAPARTE ; M. J. R. TASCHER ; Paul BARBAS ; TALLIEN ; J. LEMAROIS le jeune ; E. CALMELET, et LECLERQ, maire. » On remarque dans cet acte plus d’une irrégularité. On y dit le marié âgé de vingt-huit ans et né le 5 février 1768. Or Bonaparte était né réellement le 15 août 1769. Son extrait de baptême, la note du chevalier de Keralio, délivrée en 1783 à Brienne, et son bulletin de sortie de ce collège en 1784, en font foi de la manière la plus authentique. Comment expliquer cette première anomalie ? par une seconde fausse énonciation, comme on va le voir. Bonaparte, sans doute pour faire sa cour à Joséphine, en d’autres termes, pour l’approcher son âge de celui de sa future, qui voulait le dissimuler à tout prix, au risque de rendre son mariage nul, dut gagner le maire Leclercq pour se vieillir d’un an, car il ne pouvait guère le tromper, et l’un et l’autre eurent la galanterie, l’un de produire et l’autre d’accepter, malgré la différence des prénoms, l’acte de naissance de Giuseppe Buonaparte, né effectivement le 5 février 1768, au lieu de celui de Napolione Buonaparte, né le 15 août 1769. Le motif de la seconde anomalie, qui, comme nous l’avons dit, explique la première, c’est l’invincible répugnance de Joséphine à avouer son âge véritable, cause, pour elle, d’un chagrin secret et profond qui ne la quitta jamais, même dans sa plus haute fortune. Mme de Beauharnais s’y donne donc, comme son futur, l’âge de vingt-huit ans, et, comme elle était née le 23 juin 1763, le complaisant officier de l’état civil eut encore la galanterie de prendre pour un 7 le 3, probablement mal fait, de 1763, ce qui, d’un coup, était cinq ans à l’âge de Mme de Beauharnais, qui se sentait cruellement mortifiée d’avoir trente-trois ans au lieu de vingt-huit, malgré l’amour passionné dont elle était l’objet. Bonaparte, à qui elle avait tout avoué, et à qui elle avait, quand il la pressait d’accepter sa main, loyalement opposé ces terribles six ans qu’elle avait de plus que lui, et qui lui semblaient un insurmontable obstacle à leur mariage, ne fut donc pas trompé par elle ; mais, trop complaisamment peut-être, il la satisfit sur ce point en se prêtant à la supercherie qui égalait à peu près leur âge afin d’arranger les choses au mieux pour l’amour-propre de la femme qu’il aimait. Napoléon disait à ce sujet a Sainte-Hélène : « La pauvre Joséphine s’exposait pourtant par là à de grands inconvénients : ce pouvait être réellement un cas de nullité de mariage. » Et, en effet, tout avait été arrangé un peu à la diable, et, à ce qu’il semble, exprès, par l’officier de l’état civil, qui eut la complaisance de relater les diverses dispositions au mieux pour l’amour-propre de Mme Bonaparte dans cet acte de mariage, où il louvoya de manière à ne pas donner à Joséphine la qualité de veuve de Beauharnais. Quoi qu’il en soit, cette allusion du prisonnier de Sainte-Hélène à la possibilité d’un divorce légal nous a fait sourire, comme si la volonté du maître avait eu besoin de s’appuyer sur une raison légale, comme s’il était d’obligation pour le loup de consulter son avocat Bertrand afin de savoir s’il a ou non le droit de croquer, l’agneau. Il n’y eut pas de mariage religieux. Cette cérémonie n’eut lieu que plus tard, et trois jours seulement avant le sacre, sur la demande formelle du pape, à minuit, dans la chapelle des Tuileries, en présence d’un très petit nombre de témoins, parmi lesquels figuraient le prince Eugène et le général Duroc, grand maréchal du palais. On remarque dans cet acte une autre irrégularité, l’absence de la forme française du prénom de l’époux, cette forme qui devait retentir si glorieusement dans toute la suite des siècles. Une particularité remarquable, c’est que Bonaparte n’a jamais joint son prénom à la signature de son nom patronymique, jusqu’à ce que ce nom fût devenu celui d’une dynastie impériale. Dans l’acte civil en question, où il était nécessaire qu’un prénom accompagnât le nom de l’époux, ce prénom figure, tant en tète de l’acte que dans le seing requis de la fin, sous la forme qu’on a vue plus haut, Napolione. Dans un acte postérieur de deux ans, acte qui se trouve aux archives de l’enregistrement de Paris (vol. XXXIII, fol. 50, cases 5 et 6), et qui constate l’acquisition, au retour de la campagne d’Italie, de la maison de la rue Chantereine, qu’habitait Joséphine avec sa tante Fanny de Beauharnais, lors du mariage, le prénom du général est encore plus mal orthographié ; on le voit figurer sous cette forme étrange : Napoline. Quoique nous anticipions ici sur le cours des événements, il nous semble qu’il sera curieux de donner, à cette place, l’extrait suivant, copié mot à mot, de cet acte important : Du 2 germinal an VI (3l mars 1798), enregistré, vente par Louise-Julie Carreau, femme séparée de François-Joseph Talma, demeurant, savoir : ledit Talma, rue de la Loi; et elle, rue de Matignon, n° 2; A Napoline Buonaparte, président de la légation française au congrès de Rastadt, demeurant rue de la Victoire, n° 6 ; D’une maison, susdite rue de la Victoire, ci-devant Chantereine, même numéro, appartenant à ladite citoyenne Talma comme l’ayant acquise par contrat devant Rouen, notaire, le 6 décembre 1781, moyennant cinquante-deux mille quatre cents francs. Passé devant Raguideau, notaire à.Paris, le 6 germinal an VI. Reçu deux mille quatre-vingt-seize francs. ……… 2.096 francs. » Ainsi, ce grand nom de Napoléon, qui était pour ainsi dire bégayé sous la forme de Napolione, en mars 1796, dans l’acte de mariage de Bonaparte, s’éloigne plus encore du nom originaire italien dans l’acte de vente ci-dessus (mars 1798), sous la forme de Napoline. Nous ignorons vraiment si le lecteur nous saura gré d’insister sur ces particularités, en apparence insignifiantes, des origines napoléoniennes ; si cette hypothèse est vraie, nous avouons ingénument que nous ne partageons pas cette manière de voir : rien ne doit paraître indifférent dans la vie des grands hommes. Revenons au point où nous en étions ; aussi bien, le nom du notaire Raguideau nous y ramène naturellement. Le mariage du général Bonaparte avec la citoyenne Beauharnais était devenu, au commencement du mois de mars 1796, en quelque sorte urgent. Trois ou quatre jours avant l’acte civil, le général avait écrit à sa future la brûlante lettre qui suit : « Je me réveille plein de toi. Ton portrait et l’enivrante soirée d’hier n’ont point laissé de repos à mes sens. Douce et incomparable Joséphine, quel effet bizarre faites-vous sur mon cœur ! Vous fâchez-vous ; vous vois-je triste, êtes-vous inquiète ;… mon âme est brisée de douleur et il n’est point de repos pour votre ami… Mais en est-il donc davantange pour moi, lorsque, vous livrant au sentiment profond qui nie maîtrise, je puise sur vos lèvres, sur votre cœur, une flamme qui me brûle ? Ah ! c’est cette nuit que je nie suis bien aperçu que votre portrait n’est pas vous. Tu pars à midi, je te verrai dans trois heures. En attendant, mio dolce amor, reçois un millier de baisers, mais ne m’en donne pas, car ils brûlent mon sang. Signé :….. » Le mariage était en ce moment, on le voit par cette lettre, plus qu’arrêté. Les deux futurs l’avaient annoncé à tout le monde, et le général Bonaparte conduisait assez souvent à pied sa fiancée par la ville, soit en visite chez leurs amis communs, soit même chez les marchands pour diverses emplettes jugées nécessaires par la future épouse. On raconte que, presque à la veille de la cérémonie, Mme de Beauharnais pria le général de la conduire chez le citoyen Raguideau, vieux notaire demeurant rue Honoré, près de la place Vendôme, que la belle veuve honorait de toute sa confiance, et consultait, dit-on, non-seulement sur ses affaires d’intérêt, mais encore sur ses affaires de cœur. Elle voulait, sans doute, par déférence, annoncer en particulier son mariage au vieux Raguideau, plutôt que de le consulter. Arrivée chez le notaire, à la porte de l’étude où travaillaient les clercs, elle se détacha du bras de Bonaparte, qu’elle pria de l’attendre là, et entra dans le cabinet où se tenait seul le notaire, laissant par mégarde la porte entre-bâillée, si bien que le général, placé près de cette porte, entendit et retint presque mot pour mot toute la conversation suivante : « Monsieur Raguideau, dit Mme de Beauharnais, je viens vous faire part de mon prochain mariage. Vous, madame ! et avec qui ? J’épouse dans quelques jours le général Buonaparte. Comment ! veuve d’un militaire, vous allez en épouser un autre ? Le général Buonaparte, dites-vous ? Ah ! oui, je me le rappelle, le commandant de l’armée de l’intérieur, l’ex-chef de bataillon qui donna à Toulon une leçon d’artillerie au général Carteaux. Lui-même, monsieur Raguideau. Mais c’est un homme sans fortune, madame. Et votre mariage est irrévocablement arrêté ? Sans doute, monsieur. Tant pis pour vous, madame. Pourquoi donc, s’il vous plaît, monsieur Raguideau ? Pourquoi ? parce que mieux vaut rester veuve que d’épouser un petit général sans avenir et sans nom. Votre Buonaparte sera-t-il jamais un Moreau ou un Pichegru ? Sera-t-il jamais l’égal de nos grands généraux de la République ? J’ai le droit d’en douter… Du reste, croyez-moi, madame, la carrière des armes ne vaut rien maintenant, et je préférerais, moi, à tous les grades militaires possibles, une place de fournisseur à l’armée. Chacun son goût, monsieur, répondit sèchement Mme de Beauharnais, blessée sans doute de l’irrévérence avec laquelle le notaire avait parlé de l’homme qu’elle aimait ; chacun son goût. Vous voyez, vous, dans le mariage, une affaire d’argent… Et vous, madame, dit en l’interrompant l’obstiné Raguideau, vous y voyez une affaire de cœur et d’inclination, voilà ce que vous, voulez dire, n’est-ce pas ? Eh bien ! vous avez tort. Les épaulettes d’or du général Buonaparte vous ont trop éblouie, songez-y bien, et n’allez pas vous préparer un repentir inévitable en épousant, je le répète, un homme sans fortune, un homme qui n’a que la cape et l’épée. » Napoléon (car il ne se plut à raconter cela que quand il fut Napoléon et pour le contraste) au moment où les mots de cape et d’epée frappèrent son oreille, se leva vivement, bouillonnant d’impatience et de colère ; ses yeux étincelaient. Il fit un pas vers la porte, mais la crainte du ridicule le retint, et il se rassit sur sa chaise, un peu honteux de ce mouvement irréfléchi. En ce moment Mme de Beauharnais sortit, d’un air boudeur, du cabinet du notaire, qui l’accompagna jusqu’à la porte de l’étude, assez embarrassé à la vue du général, qu’il salua, pensant bien que c’était là le futur mari dont il venait d’être question, et Bonaparte, donnant le bras à Joséphine, pour la reconduire chez elle, ne répondit à Raguideau que par un froid salut. Pendant le trajet, le général garda le silence sur ce qu’il venait d’entendre, et, jusqu’au jour du sacre, ni Raguideau ni Mme Bonaparte ne se doutèrent que leur conversation avait eu pour auditeur celui-là même qui en était l’objet, tant, malgré sa fougue, il savait se contenir. Raguideau, après tout, était un homme sûr en affaires, et, chose singulière, ni le général, ni le consul, ni l’Empereur n’eurent jamais d’autre notaire ; nous pouvons même ajouter que plus tard l’Empereur, nous ne nous rappelons pas en quelle circonstance, ayant occasion de parler de cette petite mésaventure, n’hésita pas à reconnaître que le notaire, dans cette conjoncture, s’était conduit en honnête homme et en homme de bon conseil. C’était là le sentiment de l’Empereur ; mais l’amoureux vexé voulut tirer une petite vengeance de cette conversation où il avait été si fort maltraité par Raguideau, et quand, après les campagnes d’Italie et les victoires d’Egypte, Bonaparte de consul fut devenu Empereur, il lui parut que le jour même de son couronnement serait le plus propre à la vengeance qu’il méditait. Il aimait assez à faire de ces sortes d’espiègleries impériales. Ce jour-là donc, il envoya chercher le notaire Raguideau, devenu très respectueux pour le petit général, dont il faisait si peu de cas quand il n’avait que la cape et l’épée, maintenant qu’il portait le sceptre et la couronne. Raguideau, surpris, se perdit en conjectures sur cette brusque convocation, dont il était loin de deviner le motif, car il était trop sensé pour croire que le nouvel Empereur voulût lui faire dresser un acte notarié de son couronnement. Il s’empressa néanmoins de se rendre aux Tuileries, aux ordres du maître. Arrivé là, le chambellan de service lui fit traverser les vastes pièces du palais toutes resplendissantes de dorures et toutes pleines de maréchaux, de ministres et de grands officiers de l’Empire, et l’introduisit dans la salle où Napoléon l’attendait en causant avec Joséphine. « Ah ! c’est vous, Raguideau, lui dit l’Empereur en souriant ; je suis bien aise de vous voir. » Et, sans autre préambule : « Vous rappelez-vous le jour où j’accompagnai chez vous, en 1796, Mme de Beauharnais, aujourd’hui impératrice des Français ? Et il appuya sur ces derniers mots. Vous rappelez-vous l’éloge que vous fîtes de la carrière militaire et le panégyrique personnel dont je fus moi-même l’objet ? Eh bien, qu’en dites-vous, Raguideau ? Avez-vous été bon prophète ? Vous annonciez que je n’aurais jamais que la cape et l’épée. » Et, en prononçant ces deux mots, qu’il accentuait d’une manière singulière, il montrait du doigt le manteau impérial semé d’abeilles d’or et le sceptre de Charlemagne, tout prêts pour la cérémonie, et il ajoutait : Vous aviez raison, monsieur Raguideau ; voici la cape et voilà l’épée. Comme vous le voyez, monsieur Raguideau, j’ai marché, cependant… Je ne vous parle pas de ma fortune… Après huit ans de mariage, j’apporte une couronne en dot à ma femme… » Et en disant ces mots, il pressait la main de Joséphine, muette d’étonnement à cette scène inattendue. Stupéfait de cette apostrophe, Raguideau, de son côté, balbutia quelques paroles sans suite : « Sire… je ne pouvais… Quoi ! Sire… vous avez… entendu…! Tout, Raguideau, et je vous dois une punition sévère trop longtemps différée ; car, enfin, si ma bonne Joséphine eût suivi vos conseils, ils lui eussent couté, à elle ; un trône, et à moi la meilleure des femmes. Vous êtes bien coupable, Raguideau ! » A ces mots de coupable et de punition, Raguideau ; déconcerté, commença réellement à concevoir quelques craintes, et il ne savait où Napoléon voulait en venir, quand celui-ci, après s’être, un moment amusé de son embarras et de son trouble, mêlé d’une vague terreur, lui dit avec bonté : « Allons, rassurez-vous, Raguideau, ma punition sera paternelle. Je vous condamne à aller aujourd’hui à Notre-Dame assister à la cérémonie de mon couronnement… Et que je vous y voie, entendez-vous, monsieur ? Trouvez-vous dans l’église, sur le passage de mon cortège. » Le prophète Raguideau, comme Napoléon aimait à appeler son notaire, n’eut garde de désobéir, et l’Empereur se donna le malin plaisir de le voir dans la foule à Notre-Dame. A la vue de cette pompe en l’honneur du petit général qu’il avait vu huit ans auparavant ans son étude, accompagnant comme un simple mortel la citoyenne Beauharnais, devenue par lui impératrice des Français, le pauvre Raguideau n’en pouvait croire ses yeux. En quittant la métropole, Napoléon aperçut Raguideau dans la foule et lui sourit avec bonté. Le pauvre tabellion lui fit une salutation si profonde, qu’on eût dit que son front allait toucher la terre. Le grand Empereur se plaisait à ces petites malices, comme aussi à tirer quelquefois les oreilles à ses grands officiers, et même à certains de ses maréchaux. Mais nous voilà encore une fois bien loin du général en chef de l’armée d’Italie, tant il est difficile de séparer Napoléon de Bonaparte, ces deux hommes cependant si différents. Toutefois, avant de le voir s’élever à cette haute fortune par ses victoires, il nous faut le reprendre où nous l’avons laissé, ex-commandant en chef de l’armée de l’intérieur, nommé, par arrêté du Directoire exécutif en date du 4 ventôse an IV (23 février 1796), général en chef de l’armée d’Italie. On. a vu que, quoique investi de ce grade à cette date, il ne prit, dans son acte de mariage du 9 mars que le titre de commandant en chef de l’armée de l’intérieur ; peut-être voulait-on cacher sa nomination jusqu’à son départ de Paris. Quoi qu’il en soit, ce départ était arrêté ayant le 9 mars 1796. En sortant de la municipalité, le général alla habiter la maison qu’occupait Joséphine rue Chantereine ; mais les quartiers de sa lune de miel ne durèrent que quarante-huit heures ; les circonstances politiques commandaient impérieusement son départ, et les deux jours de douceurs conjugales furent presque entièrement absorbés par les devoirs de chef d’armée. Il passa la plus grande partie de son temps à mettre en règle ses affaires, à visiter les archives de la guerre pour y prendre tous les documents dont il avait besoin, et ne resta au nid de la rue Chantereine que le temps strictement nécessaire pour prouver à sa palombe que son veuvage avait cessé ; encore, aussitôt rentre, se mettait-il à travailler sur les meilleures cartes des Alpes et du prochain théâtre où il devait porter la guerre, à dresser les cadres de son armée, à étudier les positions et les forces de l’ennemi, à méditer et à préparer son plan de campagne. « Joséphine, dit un historien, venait l’interrompre ; il lui donnait un baiser et la renvoyait. Revenait-elle à la charge, il redoublait la dose en murmurant un peu. Enfin, se fâchant tout à fait, il prenait le parti de se barricader, et quand elle se plaignait : « Patience, ma bonne amie, lui disait-il, nous aurons le temps de faire l’amour après la victoire. » Ces deux jours durent être pour lui deux jours d’une extraordinaire activité et d’une fiévreuse agitation de cœur et d’esprit. Il aimait sa femme et la gloire, mais si l’une était sa compagne depuis deux jours, l’autre était sa maîtresse depuis dix ans, une maîtresse absolue, à laquelle il fallait obéir. Le 11 mars 1796, il partit donc en poste de Paris, avec son aide de camp Junot et l’ordonnateur en chef Chauvet, pour Nice, quartier général de l’armée d’Italie. Il passa par Troyes, Châtillon-sur-Seine, et, le troisième jour mars), il écrivait à Joséphine, dont son âme était pleine, cette lettre passionnée, datée du relais de Chanceaux : « Je t’ai écrit de Châtillon et je t’ai envoyé ma procuration pour que tu touches différentes sommes qui me reviennent… Chaque instant m’éloigne de toi, adorable amie, et à chaque instant je trouve moins de force pour supporter dêtre éloigné de toi. Tu es l’objet perpétuel de ma pensée ; mon imagination s’épuise à chercher ce que tu fais. Si je te vois triste, mon cœur se déchire et ma douleur s’accroît ; si tu es gaie, folâtre avec tes amis, je te reproche d’avoir bientôt oublié la douloureuse séparation de trois jours ; tu es alors légère, et dès lors tu n’es affectée par aucun sentiment profond. Comme tu vois, je ne suis pas facile à contenter ; mais, ma bonne amie, c’est bien autre chose si je crains que ta santé soit altérée ou que tu aies des raisons d’être chagrine, que je ne puis deviner ; alors, je regrette la vitesse avec laquelle on m’éloigne de mon cœur. Je sens vraiment que ta bonté naturelle n’existe plus pour moi, et que ce n’est que tout assuré qu’il ne t’arrive rien de fâcheux que je puis être content. Si l’on me fait la question si j’ai bien dormi, je sens qu’avant de répondre j’aurais besoin de recevoir un courrier qui m’assurât que tu as bien reposé. Les maladies, la fureur des hommes ne m’affectent que par l’idée, qu’ils peuvent te frapper, ma bonne amie. Que mon génie, qui m’a toujours garanti au milieu des plus grands dangers, t’environne, te couvre, et je me livre découvert. Ah ! ne sois pas gaie, mais un peu mélancolique, et surtout que ton âme soit exempte de chagrin, comme ton corps de maladie : tu sais ce que dit là-dessus notre bon Ossian. Ecris-moi, ma tendre amie, et bien longuement, et reçois les mille et un baisers de l’amour le plus tendre et le plus vrai. » On voit comme tous les sentiments touchaient aux extrêmes chez cet homme singulier : son amour était aussi fougueux que son génie militaire.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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février 9, 2008

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – MADAME DE BEAUHARNAIS

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Le général Bonaparte rendant à Eugène de Beauharnais l’épée de son père (1795)

La génération future ne doit point souffrir des haines et des petites passions de la génération présente.

(Napoléon Bonaparte)

C’est peu après le 13 vendemiaire que le jeune général eut occasion de connaître une femme qui a eu une grande influence sur la destinée de cet homme extraordinaire, Mme veuve de Beauharnais. Voici comment il la connut : Ou venait d’exécuter le désarmement général des sections. Les perquisitions avaient été opérées avec tant de rigueur dans les maisons qu’aucune arme n’y était restée. Un matin on introduisit chez le général Bonaparte un enfant de quinze ans, qui venait réclamer l’épée de son père, général de la République, mort sur l’échafaud le 23 juillet 1794. Cet enfant était Eugène de Beauharnais. Sa naïveté pieuse, son enthousiasme, sa simplicité, touchèrent le général ; il fit rechercher et lui rendit l’arme de son père. A cette vue, l’enfant se mit à pleurer. Bonaparte lui parla avec douceur, et le fils pieux s’en retourna pénétré de la bienveillance qu’on lui avait témoignée ; si bien que Mme veuve de Beauharnais se crut obligée de venir le lendemain lui faire une visite de remerciement. Bonaparte fut frappé de la distinction, de l’élégance des manières de la mère de cet enfant, qu’il avait vu la veille pleurant. Elle avait, à ce que tous ceux qui l’ont connue s’accordent à dire, une physionomie expressive, attrayante, pleine de douceur, et qui était son principal charme. Toujours est-il qu’elle fit une grande impression sur le jeune général, et que cette impression ne resta pas sans conséquences. Nous allons donner ici le portrait de cette femme, dont le nom est resté si profondément gravé dans la mémoire du peuple. Elle était d’une figure angélique, pleine de bonté ; d’une taille moyenne, mais modelée avec une rare perfection, elle montrait dans tous ses mouvements une souplesse, une légèreté incroyables ; sa démarche respirait la majesté ; sa physionomie était expressive, sa douceur charmante. Les yeux, bleu foncé, à demi fermés par de longues paupières légèrement arquées, entourés des plus beaux cils du monde, reflétaient son âme tout entière. Quoique son aspect fût imposant, il semblait que la sévérité lui fût impossible. Elle avait des cheveux longs, blonds, soyeux, le teint châtain clair, la peau éblouissante de finesse et de fraîcheur, un son de voix si ravissant qu’on éprouvait du plaisir à l’entendre ; quand on l’écoutait et qu’on la voyait parler, il fallait faire un effort pour cesser de la regarder. D’une beauté peut-être moins achevée que Mmes Tallien et Récamier, ses amies, elle offrait dans tout l’ensemble plus de charme et plus de séduction. Le lendemain, Bonaparte se présenta à son tour chez Mme de Beauharnais. Une heure après, il ne voyait qu’elle, il l’aimait avec cette ardeur qu’il mettait à tout. Il passa, dès ce moment, toutes ses soirées chez elle, quand elle recevait à Paris, ou à Chaillot, chez Barras, qui, comme on l’a dit, « faisant en grand seigneur les honneurs de la République » recevait la plus brillante compagnie de tout Paris. La figure expressive, et qu’on n’oubliait plus quand on l’avait vue une seule fois, du jeune et frêle général Bonaparte, ce je ne sais quoi de grave, de grand et d’imposant qui était le caractère particulier de sa physionomie d’alors, tout cela frappa, disons le mot, bouleversa Joséphine. Elle ne put dissimuler l’impression que cet homme, singulier, comme elle l’appelle elle-même dans une très intéressante lettre qu’on lira plus loin, avait faite sur elle. Elle en eut le cœur troublé. La bienveillance avec laquelle il avait accueilli le jeune Eugène ; la vivacité de sa conversation, la forme même de ce visage républicain, ferme, sévère, simple et noble tout ensemble ; d’une beauté si particulière qu’aucun artiste n’eût su le modeler sur l’antique mieux que ne l’avait fait la nature ; le feu, l’esprit qu’il apportait dans la conversation, tout cela occupait Mme de Beauharnais, la remplissait d’une admiration et d’un sentiment vague et mal défini qu’elle n’eût jamais nommé d’elle-même de son vrai nom, si Bonaparte ne l’y eût aidée et en quelque sorte entraînée. C’était bien certainement de l’amour, mais un amour peureux, timide, craintif. Mme de Beauharnais se dissimulait ou voulait étouffer ce sentiment ; elle se trouvait trop peu jeune pour ce jeune homme. Mais ce jeune homme l’avait trop frappée pour qu’elle pût l’oublier. Dès le premier jour où elle l’eut vu, elle en parla avec une telle chaleur, une si grande vivacité d’expressions, que le trouble de cœur que Bonaparte avait produit en elle se montra dans ses discours ; il ne put échapper aux yeux clairvoyants de Mme Tallien, qui l’en plaisantait gaiement ; l’idée d’un mariage vint d’elle-même : on en parla d’abord de part et d’autre en se jouant ; puis l’idée mûrit et se réalisa. Barras n’avait pas été des derniers à lire dans les yeux de son protégé le secret de cet amour ; mais après que Bonaparte lui-même ; qui d’abord l’avait tenu sévèrement renfermé dans son cœur, l’en eut laissé échapper. L’idée de ce mariage ne paraît avoir pris de la consistance que dans les derniers mois de 1795 lorsque déjà Barras songeait à faire donner à Bonaparte le commandement en chef de l’armée d’Italie. Bonaparte, commandant en second l’armée de l’intérieur, avait son quartier général rue Neuve-des-Capucines, dans l’hôtel, aujourd’hui démoli. C’est là qu’affluèrent ses anciens amis, et qu’il recevait ses connaissances, mais le matin seulement. Déjà il avait une sorte de cour. Le reste du jour était consacré à expédier les affaires et à pourvoir avec vigilance à la sûreté de Paris, qu’il parcourait souvent avec son état-major ; car tout n’était pas fait : les factions s’agitaient encore, et les ennemis de la République espéraient vaguement que le passage du gouvernement dictatorial et révolutionnaire de la Convention au gouvernement constitutionnel de la République ne s’opérerait pas tranquillement. Bonaparte, dans ces moments difficiles, s’acquitta de ses devoirs avec zèle, et quand, le 4 brumaire an IV (26 octobre 1795), Barras, qui aspirait à être nommé l’un des cinq membres du Directoire exécutif, eut donné à plusieurs reprises sa démission de commandant en chef de l’armée de l’intérieur, que la Convention nationale n’accepta qu’avec peine, à raison des services qu’il avait rendus, un arrêté du comité de Salut public, daté du même jour, nomma le citoyen Bonaparte aux fonctions de général en chef de l’année de l’intérieur, en remplacement du citoyen Barras, dont la démission était enfin acceptée. La correspondance de ces premiers jours a un caractère remarquable. Les billets que s’écrivirent en ce temps le général et Mme de Beauharnais ne portent malheureusement ni date de mois ni date d’année, et il faut un certain effort d’induction pour leur en assigner une approximative. Nous ne parlons que du mois et du jour ; car il n’a nul doute sur l’année : ils sont tous de la fin de 1795, Il avait été évidemment question entre Mme de Beauharnais et Barras d’un grand poste pour le général Bonaparte, plus spécialement du commandement en chef de l’armée d’Italie, où le Directoire avait l’intention de frapper un grand coup contre l’Autriche. Ce ne peut donc être qu’au mois de décembre 1795 ou au mois de janvier 1796 que Joséphine adressa à Bonaparte le billet suivant, daté probablement du 6 brumaire an IV : « Vous ne venez plus voir une amie qui vous aime ; vous l’avez tout à fait délaissée ; vous avez bien tort, car elle vous est tendrement attachée. Venez , demain septidi, déjeuner avec moi ; j’ai besoin de vous voir et de causer avec vous sur vos intérêts. Bonsoir, mon ami, je vous embrasse. Ve BEAUHARNAIS. » En acceptant son invitation, Bonaparte lui envoya, le soir même, le billet suivant : « Je ne conçois pas ce qui a pu donner lieu à votre lettre. Je vous prie de me faire le plaisir de croire que personne ne désire autant votre amitié que moi et n’est plus prêt que moi à faire quelque chose qui puisse le prouver. Si mes occupations me l’avaient permis, je serais venu moi-même porter ma lettre. BUONAPARTE: » Ce billet, griffonné comme à l’ordinaire par Bonaparte, portait pour date 28 ; vendredi. Dans sa précipitation, il l’avait daté en vieux style, et non 28 vendem…. ; c’est-à-dire vendémiaire , comme on serait porté d’abord à lire, mais 28 vendre… Or le 28 octobre 1795, qui était un vendredi, correspond précisément à « ce 6 brumaire » que nous avons assigné pour date au billet de Mme Ve Beauharnais. Cependant, le Directoire n’était pas encore nommé, et la Convention procéda au choix des cinq citoyens pris dans son sein qui devaient le composer. Ces cinq hommes étaient assurément de sincères républicains ; mais Bonaparte et les tètes politiques du temps n’augurèrent pas favorablement du personnel du Directoire. La Révellière était un honnête homme, mais il avait peu de portée dans les idées. Barras, malgré les services réels qu’il avait rendus constamment à la cause républicaine, avait les mœurs d’un grand seigneur de l’ancien régime; Rewbell et Letourneur n’avaient montré à la Convention qu’un zèle peu éclairé. Carnot seul avait déployé une grande capacité dans les affaires de la guerre et dans l’organisation des quatorze armées de la République aux époques les plus difficiles ; il avait été, comme on l’a dit, l’organisateur de la victoire ; savant de premier ordre, citoyen intègre, il était investi de la confiance générale à cause de sa probité et de ses mœurs austères ; mais ce n’était point une tête politique. Bonaparte ne fut pas le seul à craindre que le pouvoir qui leur était confié ne manquât entre leurs mains de l’homogénéité de vues et de l’ascendant moral nécessaires en présence des factions mal éteintes et de l’esprit de sourde contre- révolution soigneusement entretenu par les royalistes du dedans et du dehors mais c’était, après tout, un pouvoir de la part duquel la République n’avait pas à craindre de trahison. Aussi Bonaparte résolut-il de le servir de toutes ses facultés. Barras , son ami politique, son protecteur, pour appeler franchement les choses par leur nom, était donc membre du Directoire, et Bonaparte commandant on chef de l’armée de l’intérieur. Toujours préoccupé de l’Italie, il en parlait sans cesse ; là se déployait pour lui le champ de bataille où la République française devait se faire reconnaître du monde, et frapper son premier ennemi. l’Autriche. Le 29 nivôse an IV (10 janvier 1796), il rédigea et signa un projet d’attaque comme il savait les faire, intitulé : Note sur l’armée d’Italie. C’était le troisième travail consacré par lui à cette Italie, vers laquelle tendaient toutes ses aspirations, qu’il avait pour ainsi dire toujours en tête. Il adressa ce projet au général Aubert du Bayet, qui avait été nommé ministre de la guerre le 5 novembre 1795, et qui en garda le portefeuille jusqu’au moment où il passa à l’ambassade de Constantinople, à laquelle il fut envoyé en vue, précisément, d’après les plans de Bonaparte, de favoriser ainsi indirectement la campagne d’Italie alors décidée. C’était un homme d’esprit et un loyal officier, qui apprécia ce projet et le recommanda au Directoire. Aussi le lui rappela-t-il avec orgueil dans une lettre de Constantinople, du 14 thermidor an V (1er août 1797) : « Il doit sans doute m’être permis de me glorifier de vos exploits, d’abord comme citoyen français , ensuite comme ministre qui sut vous apprécier, lontemps avant votre gloire, auprès du Directoire exécutif. » On sait que le général Aubert du Bayet trouva, comme on l’avait prévu, le Grand Seigneur très sympathique à la France et très hostile au cabinet de Vienne. Dans l’audience qu’il en obtint, et où il lui présenta une compagnie d’artillerie, alors dénommée volante, le général Aubert du Bayet lui ayant notifié l’avènement du Directoire exécutif : Au moins celui-là n’épousera pas une archiduchesse d’Autriche » s’écria spirituellement le sultan Sélim III, qui avait attribué tous les désastres de Louis XVI à son mariage avec Marie-Antoinette. C’est le 23 février 1796 (4 ventôse an IV), que le général Bonaparte, commandant en chef de l’armée de l’intérieur, fut nommé au commandement en chef de l’armée d’Italie en remplacement du général Schérer. Cette nomination était certainement due, en grande partie du moins, à Barras. Elle entrait ans ses plans politiques, et aussi dans ses plans particuliers, disons-le sans commentaire. Il considérait Bonaparte comme sa créature depuis le 13 vendémiaire ; il avait reconnu sa grande capacité militaire, et il avait confiance dans le succès des entreprises du jeune général. Il comptait se faire un glorieux appui de ses victoires futures pour sa propre gloire, ou au moins pour le maintien de son crédit dans la République. En ce sens, on peut dire que Bonaparte fut son œuvre. Mais tout concourait à lui rendre cette œuvre facile, et, par-dessus tout, le mérite transcendant de l’homme qu’il protégeait. On peut faire honneur à Barras cependant d’avoir su deviner, par ce qu’il avait fait, ce qu’il pourrait faire, et dans le jeune officier général du 13 vendémiaire le général en chef de l’année d’Italie. Toutefois, il n’était pas le seul qui eût démêlé en Bonaparte un homme extraordinaire et le futur conquérant de l’Italie : Carnot avait été pour quelque chose dans sa nomination. Quand le Directoire délibéra pour trouver un successeur à Schérer, qui avait laissé languir l’armée d’Italie dans les Alpes, plusieurs généraux furent proposés : Bonaparte, Bernadotte et Championnet furent seuls mis en balance. Barras, Carnot et La Révellière se prononcèrent sur-le-champ pour Bonaparte ; Letourneur, qui penchait pour Bernadotte, et Rewbell pour Championnet, ne soutinrent leur candidat que faiblement, et se joignirent à leurs collègues après une courte discussion. Ce ne fut même point Barras qui, le premier, proposa Bonaparte pour ce commandement si important, bien qu’il désirât vivement l’en voir investir ; ce fut Carnot. Barras n’ignorait pas l’estime de celui-ci pour les rares qualités militaires de Bonaparte ; il lui laissa le soin de les faire valoir. Lorsque le 18 fructidor eut englobé injustement Carnot parmi les victimes innocentes de cette journée, d’ailleurs nécessaire au salut de la République, Carnot, attribuant sa disgrâce imméritée à la rivalité de Barras, déclara nettement dans sa réponse au rapport de Bailleul, qui l’incriminait, la part qu’il avait prise à la nomination de Bonaparte. « II n’est point vrai, dit-il, dans cet écrit, que ce soit Barras qui ait proposé Bonaparte pour le commandement de l’armée d’Italie ; c’est moi-même. Mais sur cela on a laissé filer le temps pour savoir comment il réussirait ; et ce n’est que parmi ses intimes que Barras se vanta d’avoir été l’auteur de sa proposition au Directoire. Si Bonaparte eût échoué, c’est moi qui étais le coupable : j’avais proposé un jeune homme sans expérience, un intrigant ; j’avais évidemment trahi la patrie ; les autres ne se mêlant point de la guerre, c’était sur moi que devait tomber toute la responsabilité. Bonaparte est triomphant : alors c’est Barras qui l’a fait nommer, c’est à lui qu’on en a l’obligation ; il est son protecteur, son défenseur contre mes attaques ; moi, je suis jaloux de Bonaparte ; je le traverse dans tous ses desseins, je le persécute, je le dénigre, je lui refuse tout secours, je veux évidemment le perdre. Telles sont les ordures dont on remplit dans le temps les journaux vendus à Barras. » Voilà, certes, de curieuses révélations, et elles expliquent cette sorte de respectueuse estime que Napoléon professa toujours pour Carnot, en dépit de l’antipathie que lui inspirait d’ailleurs la sévérité de ses principes, à lui, dont le républicanisme avait fait si complètement naufrage dans la tempête du 18 brumaire. C’est ainsi que Napoléon, qui regrettait qu’une si haute individualité échappât à son action, lui disait un jour : « Monsieur Carnot, tout ce que vous voudrez, quand vous voudrez et comme vous voudrez. » L’honnête et inflexible républicain s’était retiré sous sa tente, et il y resta pendant toute l’épopée impériale. Mais l’admiration, on peut dire l’affection qu’il avait conçue pour le héros de vendémiaire, était encore si vivace en 1814, à l’heure des revers, qu’il n’hésita pas à offrir au vaincu de l’Europe coalisée son bras sexagénaire. Sorti du Directoire par une crise, dans laquelle il eut Barras pour adversaire, Carnot met dans ses récriminations contre Barras beaucoup d’amertume ; mais là n’est pas pour nous l’intérêt du passage que nous venons de rapporter ; il réside en ceci que Carnot fut pour beaucoup dans cette nomination, dont résulta la rapide et magnifique campagne d’Italie, et c’est, comme on le voit par le passage que nous venons de citer, un honneur dont lui-même, à juste titre, ne voulait pas qu’on le dépouillât. La nomination de Bonaparte à ce commandement est du 4 ventôse an IV (23 février 1796) mais, avant qu’elle fût annoncée officiellement, le général, amoureux de Joséphine, avait demandé sa main et l’accablait des plus vives instances pour qu’elle ne s’arrêtât à aucune des considérations qui paraissaient la faire hésiter. Quant à lui, il ne faisait aucun mystère ni de sa passion ni de son désir de se marier avec Mme veuve Beauhurnais ; il en parlait fréquemment à Barras. Un jour que celui-ci tenait entre ses mains le projet de campagne intitulé : Note sur l’armée d’Italie, le directeur dit au général : « Voilà le présage de nombreuses victoires et d’une belle conquête. – Pour moi, répondit Bonaparte, il ne m’en faut qu’une : celle du cœur de la citoyenne Beauharnais. – Vous l’avez faite, général, je le sais, » reprit Barras. Dès ce moment, il fut plus question que jamais du mariage de Bonaparte avec Joséphine, et de traduire en un acte officiel ce qui jusque-là n’avait été que dans les vœux de l’un et de l’autre. On a de ce temps une longue et singulière lettre de Joséphine, sans date, mais probablement de janvier 1796, adressée à une de ses amies, dont on ignore le nom, parce que cette lettre, ayant évidemment été envoyée à la destinataire sous enveloppe, celle-ci s’est perdue. L’autographe seul a échappé ; en voici la copie textuelle. Cette lettre accuse bien des faiblesses et des incertitudes de cœur et d’esprit dans cette douce et excellente femme, qui devait devenir impératrice des Français. L’accent en est triste et touchant, et l’on y sent, au fond, je ne sais quoi de douloureux : Sunt lacrymœ rerum. La préoccupation de l’âge semble surtout la tenir en suspens : « On veut que je me remarie, ma chère amie. Tous mes amis me le conseillent, ma tante me l’ordonne presque, et mes enfant m’en prient. Pourquoi n’êtes-vous pas là pour me donner vos avis dans cette importante circonstance, pour me persuader que je ne puis refuser cette union, qui doit faire cesser la gêne de ma position actuelle? Votre amitié, dont j’ai déjà eu tant à me louer, vous rendrait clairvoyante pour mes intérêts, et je me déciderais sans balancer dès que vous auriez parlé. Vous avez vu chez moi le général Buonaparte. Eh bien, c’est lui qui veut servir de père aux orphelins d’Alexandre de Beauharnais, d’époux à sa veuve ! L’aimez-vous ? allez-vous me demander. Mais… non. – Vous avez donc pour lui de l’éloignement ? – Non ; mais je me trouve dans un état de tiédeur qui me déplaît, et que les dévots trouvent plus fâcheux que tout en fait de religion. L’amour étant une espèce de culte, il faudrait aussi, avec lui, se trouver toute différente de ce que je suis ; et voilà pourquoi je voudrais vos conseils, qui fixeraient les irrésolutions de mon caractère faible. Prendre un parti a toujours paru fatiguant à ma créole nonchalance, qui trouve infiniment plus commode de suivre la volonté des autres. J’admire le courage du général, l’étendue de ses connaissances en toutes choses, dont il parle également bien, la vivacité de son esprit, qui lui fait comprendre la pensée des autres presque avant qu’elle ait été exprimée ; mais je suis enrayée, je l’avoue, de l’empire qu’il semble vouloir exercer sur tout ce qui l’entoure. Son regard scrutateur a quelque chose de singulier qui ne s’explique pas, mais qui impose même à nos directeurs : jugez s’il doit intimider une femme ! Enfin, ce qui devrait me plaire, la force d’une passion dont il parle avec une énergie qui ne me permet pas de douter de sa sincérité, c’est précisément ce qui arrête le consentement que je suis souvent prête à donner. Ayant passé la première jeunesse, puis-je espérer de conserver longtemps cette tendresse violente, qui, chez le général, ressemble à un accès de délire ? Si, lorsque nous serons unis, il cessait de m’aimer, ne me reprochera-t-il pas ce qu’il aura fait pour moi ? ne regrettera-t-il pas un mariage plus brillant qu’il aurait pu contracter ? Que répondrai-je alors ? que ferai-je ? je pleurerai. – La belle ressource ! vous écriez-vous. – Mon Dieu, je sais que cela ne sert à rien ; mais, dans tous les temps, c’est la seule ressource que j’aie trouvée lorsque l’on blessait mon pauvre cœur, – si aisé à froisser. Ecrivez-moi promptement, et ne craignez pas de me gronder si vous trouvez que j’aie tort. Vous savez que, venant de vous, tout est bien reçu. Barras assure que, si j’épouse le général, il lui fera obtenir le commandement en chef de l’armée d’Italie. Hier Buonaparte, en me parlant de cette faveur qui fait déjà murmurer ses frères d’armes, quoiqu’elle ne soit pas encore accordée : Croient-ils, me disait-il, que j’aie besoin de protection pour parvenir ? Ils seront tous trop heureux, un jour, que je veuille bien leur accorder la mienne. Mon épée est à mon côté, et, avec elle, j’irai loin. Que dites-vous de cette certitude de réussir ? N’est-elle pas une preuve d’une confiance provenant d’un amour-propre excessif ? Un général de brigade protéger les chefs du gouvernement ! Je ne sais, mais quelquefois cette assurance ridicule me gagne au point de me faire croire possible tout ce que cet homme singulier me mettrait dans la tête de faire ; et, avec son imagination, qui peut calculer ce qu’il entreprendrait ? Nous vous regrettons tous ici, et nous ne nous consolons de votre absence prolongée qu’en parlant de vous à tout instant, et en cherchant à vous suivre pas à pas dans le beau pays que vous parcourez. Si j’étais sûre de vous trouver en Italie, je me marierais demain, à condition de suivre le général ; mais nous nous croiserions peut-être en route. Aussi je trouve plus prudent d’attendre votre réponse avant de me déterminer. Hâtez-la, et votre retour encore davantage. Madame Tallien me charge de vous dire qu’elle vous aime tendrement. Elle est toujours belle et bonne, n’employant son immense crédit qu’à obtenir des grâces pour les malheureux qui s’adressent à elle, et ajoutant à ce qu’elle accorde un air de satisfaction qui lui donne l’air d’être l’obligée. Son amitié pour moi est ingénieuse et tendre ; je vous assure que celle que j’éprouve pour elle ressemble à ce que j’ai pour vous : c’est vous donner l’idée de l’affection que je lui porte. Hortense devient de plus en plus aimable ; sa charmante taille se développe, et, si je voulais, j’aurais une belle occasion de faire de fâcheuses réflexions sur ce maudit temps qui n’embellit les uns qu’aux dépens des autres ! Heureusement, j’ai bien autre chose en tête vraiment, et je glisse sur les idées noires pour ne m’occuper que d’un avenir qui promet d’être heureux, puisque nous serons bientôt réunies pour ne plus nous quitter. Sans ce mariage qui me tracasse, je serais fort gaie, en dépit de tout ; mais tant qu’il sera à faire, je me tourmenterai. Je ine suis fait l’habitude de souffrir, et si j’étais destinée à de nouveaux, chagrins, je crois que je les supporterais, pourvu que mes enfants, ma tante et vous me restassiez. Nous sommes convenues de supprimer les fins de lettres : adieu donc, mon amie. » Ce n’est pas souvent que l’histoire est assez heureuse pour mettre la main sur des pièces aussi curieuses, aussi intéressantes ; cette lettre nous fait prendre Bonaparte sur le vif, et aucun historien n’a jamais exprimé d’une façon plus saisissante et plus originale l’influence que cet homme extraordinaire exerçait sur tous ceux qui vivaient autour de lui, sur ses supérieurs comme sur ses égaux et’ ses inférieurs. Pauvre femme, qui trouvait ridicule l’ambition qu’il manifestait de vouloir protéger ses camarades ; si elle avait pu soulever un simple coin du voile qui recouvrait l’avenir, si elle avait pressenti ce que le génie et la fortune réservaient au petit général Bonaparte !…

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Suite -> Le mariage de Napoléon et Joséphine

Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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janvier 15, 2008

CLAUDE AMBROISE REGNIER (1736-1814), DUC DE MASSA

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Claude Ambroise Régnier (1736-1814), Duc de Massa

Je suis mon ministre. C’est moi qui mène mes affaires. Je suis donc assez fort pour tirer un bon parti des hommes médiocres. De la probité, de la discrétion et de l’activité, voilà tout ce que je demande.

(Napoléon Bonaparte)

Régnier (Claude-Ambroise, duc de Massa). Homme d’Etat français, né à Blamont (Lorraine) le 6 avril 1736, mort à Paris le 24 juin 1814, était avocat à Nancy lorsqu’il fut élu, en 1789, député aux états généraux. Régnier ne s’occupa guère, à l’Assemblée constituante, que de questions judiciaires. Il y fit rejeter l’application du jury en matière civile, l’ambulance des juges d’appel, et se prononça pour qu’on donnât des indemnités pécuniaires aux personnes qui, arrêtées et détenues préventivement, seraient acquittées par le jugement. Cette proposition ne fut point adoptée. A l’occasion de l’insurrection du peuple et de la garnison de Nancy, Régnier défendit la municipalité contre les attaques dont elle était l’objet et approuva la conduite du marquis de Bouille. Au mois de juin 1791, il fut envoyé en mission dans les départements des Vosges et du Rhin pour calmer l’esprit public et la fermentation qu’avait fait naître la fuite de Louis XVI. Lorsque l’Assemblée constituante se sépara, Régnier, qui avait voté à peu près constamment avec le parti modéré, rentra dans la vie privée et disparut complètement de la scène politique pendant la période des grands orages révolutionnaires. Lors de la mise en vigueur de la constitution de l’an III, il fut élu député au Conseil des Anciens par le département de la Meurthe et se montra alors désireux de voir maintenues les institutions républicaines ; il se prononça contre le retour et le rappel des prêtres déportés ou exilés, soutint la loi du 3 brumaire, devint secrétaire, puis président du conseil (1796) et resta complètement étranger aux événements du 18 fructidor. Réélu au conseil des Anciens en 1799, il appuya la proposition faite par Courtois de faire fermer le club du Manège ; puis, au retour de Bonaparte de l’Egypte, il se jeta dans le parti qui conspirait la chute du Directoire et voulait donner le pouvoir au général corse. Le 17 brumaire, il prit part à une réunion tenue chez Lemercier, président du conseil des Anciens, pour préparer les mesures nécessaires à la réussite du coup d’Etat projeté, et présenta au conseil, le 18 brumaire au matin, un projet de décret qui transférait les deux Chambres législatives à Saint-Cloud. Après le Coup d’Etat qui jetait la France dans le despotisme de l’ambitieux Bonaparte, Régnier fut nommé président de la commission intermédiaire chargée de préparer une nouvelle constitution ; il entra au conseil d’Etat, fit rétablir la marque pour crime de faux, devint, en 1802, grand juge (ministre de la justice), ayant dans ses attributions la police, et mérita, par le zèle avec lequel il dirigea les poursuites contre Cadoudal, Pichegru et autres, d’être créé grand officier de la Légion d’honneur en 1804. Toutefois, en 1804, Napoléon, tout en lui laissant le ministère de la justice, lui enleva le ministère de la police, qui fut donné à Fouché. L’année suivante, il reçut le grand cordon de la Légion d’honneur et, le 15 août 1809, le titre de duc de Massa. Le 19 novembre 1813, son maître lui retira le portefeuille de la justice pour lui confier la présidence du Corps législatif, avec le titre de ministre d’Etat. Régnier se trouva alors en face de cette commission extraordinaire qui, en sonnant, pour ainsi dire, le réveil de la liberté, porta un si grand trouble dans l’esprit du chef de l’Etat, habitué dès longtemps à la plus servile soumission. Lorsque, le 28 décembre 1813, le rapporteur de cette commission eut commencé la lecture de son énergique rapport, le duc de Massa, effrayé du mâle langage de l’orateur, l’interrompit en s’écriant : « Ce que vous dites là, est inconstitutionnel. – Il n’y a d’inconstitutionnel ici que votre présence, » lui répliqua le rapporteur, faisant allusion à ce que Régnier n’était point membre du corps politique qu’il présidait. Régnier occupait encore le fauteuil de la présidence lorsque Bonaparte abdiqua en I814. Il écrivit alors (8 avril) au gouvernement provisoire pour lui demander des instructions, mais ne reçut aucune réponse. Privé tout à coup de toutes ses dignités, cet homme d’Etat, qui, depuis 1799, n’avait cessé d’être un courtisan, éprouva le plus vif chagrin de l’effondrement de sa fortune et succomba deux mois plus tard.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Claude Ambroise Régnier sur Wikipedia

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décembre 22, 2007

ABBE GREGOIRE (1750-1831), COMTE D’EMPIRE

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Abbé Grégoire (1750-1831)

Grégoire, si acharné contre le clergé, qu’il voulait ramener à sa simplicité première, eût pu être pris pour un héros d’irreligion ; et Grégoire, quand les Révolutionnaires reniaient Dieu et abolissaient la prêtrise, faillit se faire massacrer en montant à la tribune pour y proclamer hautement ses sentiments religieux, et protester qu’il mourrait prêtre. Quand on détruisait les autels dans les églises, Grégoire en élevait un dans sa chambre, et y disait la messe chaque jour.

(Napoléon Bonaparte)

Grégoire (Baptiste-Henri, comte). Curé, législateur, et évêque constitutionnel, né à Vého (Meurthe), le 4 décembre 1750, de « Bastien Grégoire, tailleur d’habits, et de Marguerite Thiébault », mort à Paris le 26 mai 1831 ; après de très sérieuses études théologiques publia, en 1772, un Eloge de la poésie, couronné par l’académie de Nancy et fut nommé curé d’Embermesnil. Il fonda dans son presbytère une bibliothèque publique dans laquelle on pouvait puiser pour se perfectionner dans les arts et l’industrie. Elu, le 27 mars 1789, député du clergé aux Etats généraux par le bailliage de Nancy, il fut l’un des premiers à se joindre au tiers état, prêta le serment du Jeu de Paume, et, lors de de la séance royale du 23 juin 1789 fut du nombre des quelques députés qui, sous la présidence de Palasne de Champeaux, décidèrent de résister aux ordres de la cour, et formèrent le premier noyau du « Club breton« . Dans la nuit du 4 août, il fut un des plus ardents à voter l’abolition des privilèges et réclama suppréssion des annales, combattit le véto absolu du roi, se prononça pour la Constitution civile du clergé, puis prêta le serment civique. Lorsqu’il apprit l’arrestation du roi à Varennes, Grégoire demanda la mise en jugement immédiat, combattit ensuite le cens électoral « qui concentrait la représentation entre quelques citoyens riches et grands propriétaires ». Deux fois élu évêque constitutionnel dans la Sarthe et dans le Loir-et-Cher (1790), il opta pour Blois, et fut nommé, le 6 septembre 1791, l’un des administrateur du Loir-et-Cher, et le 3 septembre 1792, élu, par ce dernier département, membre de la Convention. Président de la députation chargée d’annoncer à l’Assemblée législative que la Convention était constituée, il appuya, le même jour, l’abolition de la royauté : « L’histoire des roi, dit-il, est le martyrologe des nations. » Le 8 octobre 1792, il écrivait une lettre particulière à un chef de bataillon, et on y lisait ce passage : « Tâchez de nous envoyer un jour, en don patriotique, quelque tête d’un Condé, d’un Artois, d’un Brunswick« , et devint président de la Convention. Lors du procès du roi, il était absent, il était alors commissaire de la Convention chargé d’organiser le nouveau département du Mont-Blanc et ne put prendre part au jugement, passa ensuite dans les Alpes-Maritimes pour organiser également le département. De retour à la Convention, il fut nommé membre du comité de l’instruction publique dont il devint le membre le plus actif. Lorsque l’évêque de Paris, Gobel, vint abjurer sa foi à la tribune de la Convention, Grégoire refusa absolument de le suivre : « Catholique par conviction et par sentiment, dit-il, prêtre par choix, j’ai été délégué par le peuple pour être évêque ; ce n’est ni de lui ni de vous que je tiens ma mission. On m’a tourmenté pour accepter le fardot de l’épiscopat, on me tourmente aujourd’hui pour me forcer à une abdication qu’on ne m’arrachera jamais ; j’invoque la liberté des cultes » ; devint ensuite membre de l’Institut (19 frimaire an IV). Elu, le 23 vendemiaire an IV, député au Conseil des Cinq-Cents, il y siégea jusqu’en germinal an VI, accepta le Coup d’Etat du 18 brumaire et entra au corps législatif le 4 nivôse an VIII, comme député du Loir-et-Cher ; le bruit ayant couru qu’il allait être créé cardinal, Grégoire répondit le 30 fructidor dans une lettre envoyée au député Bordes : « Croyez que cet ornement prétendu (le chapeau rouge) n’est pas réservé pour les têtes qui sont simultanément religieuses et républicaines. » Il entra au Sénat conservateur le 4 nivôse an X, fit partie de la minorité, protesta contre les tribunaux d’exception, vota avec deux autres sénateurs seulement contre l’établissement de l’Empire, parla seul contre le rétablissement des titres nobiliaires, se prononça contre le divorce de Napoléon et n’assista pas au mariage de Marie-Louise. Il avait été fait membre de la Légion d’honneur le 9 vendemiaire an XII, puis commandeur le 25 prairial suivant, il fut créé comte de l’Empire le 2 juillet 1808, son opposition ne se démentit pa un seul instant, et, en 1814, il rédigea d’avance un projet de déchéance des plus énergiques contre l’Empereur ; il fut tenu à l’écart par la première Restauration, ne reparut pas pendant les Cent-Jours, et fut exclu de l’Institut sous la seconde Restauration. En 1819, il fut élu, par le collège électoral de l’Isère, député de l’opposition ; cette élection déchaîna les passions contre-révolutionnaires, et les royalistes se vantèrent publiquement de l’exclure de la Chambre comme indigne. L’opposition presque incolore de cette époque n’osa pas le défendre ouvertement sous prétexte que Grégoire était resté républicain, elle l’engagea à donner spontanément sa démission ; il s’y refusa, et le 6 décembre la Chambre prononça l’annulation de son élection, mais sans la motiver. Ces royalistes, vis-à-vis de lui, ne désarmèrent pas, il se livrèrent contre lui à des attaques furibondes. Grégoire se défendit, écrivit au journal la Quotidienne, le 4 octobre 1820, et protesta contre l’épithète de régicide : « Le devoir de souffrir chétiennement n’ôte pas le droit de repousser la calomnie. J’étais absent aux quatre appels nominaux du procès de Louis XVI ; dans mon discours à la Convention, j’avais demandé la suppression de la peine de mort et que Louis XVI en profitât en tout premier. » La censure ayant mutilé sa lettre, il demanda justice, le 8 octobre, au ministre duc de Richelieu. « Mon âme inflexible se raidira toujours contre la calomnie, l’iniquité ; je suis comme le granit, on peut me briser, mais on ne me plie pas », puis il renonça à son titre de commandeur de la Légion d’honneur. Aux élections de 1824, le gouvernement ne voulut pas l’inscrire sur les listes électorales, malgré ses réclamations. Il se retira, dès lors, dans sa retraite d’Auteuil et resta en correspondance avec la plupart des savants de l’Europe. Le gouvernement de Juillet lui-même ne fit rien pour réparer les injustices du règne précédent. A son lit de mourant, Grégoire réclama les secours de la religion, l’archevêque de Paris exigea au préalable qu’il rétractât son serment à la Constitution civile du clergé. Grégoire se montra inflexible et refusa, mais l’abbé Guillon lui administra  quand même les sacrements. Après sa mort, l’Eglise lui refusa la sépulture ; l’administration d’alors fit porter son corps à l’Abbaye-au-Bois, où la messe fut célébrée par un prêtre étranger. Après la cérémonie, un certain nombre de jeunes gens dételèrent les chevaux du char funèbre, et trainèrent le cercueil à bras au cimetiere Montparnasse.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Abbé Grégoire sur Wikipedia

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LOUIS-MARIE DE LA REVELLIERE-LEPEAUX (1753-1824)

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Louis-Marie de La Révellière-Lépeaux (1753-1824), directeur

 

Il était de la très petite bourgeoisie ; petit, bossu, de l’extérieur le plus désagréable qu’on puisse imaginer, c’était un véritable Esope. Il n’avait ni l’habitude des affaires ni la connaissance des hommes. Du reste il était patriote, chaud et sincère, honnête homme, citoyen probe et instruit ; il entra pauvre au Directoire et en sortit pauvre. La nature ne lui avait accordé que les qualités d’un magistrat subalterne.

(Napoléon Bonaparte)

La Révellière-Lépeaux (Louis-Marie de). Avocat, législateur, et membre du Directoire, né à Montaigu (Vendée), le 24 août 1753, de « noble homme Jean-Baptiste de La Réveillière, bourgeois de la ville d’Angers, licencié ès lois, conseiller du roi, lieutenant juge au siège royal des traites de Montaigu, et de demoiselle Marie-Anne Maillochau », mort à Paris le 27 mars 1824 ; fut reçu avocat au parlement de Paris en 1775. Elu, le 20 mars 1789, député du Tiers aux Etats généraux par la sénéchaussée d’Anjou, il devint membre du comité de Constitution (6 juillet 1789), se prononça en faveur du drapeau tricolore (21 octobre), vota pour la non-réélection des députés à la Législative suivante, et fut élu, le 22 septembre, haut juré de Maine-et-Loire et l’un des administrateurs de son département. Le 5 septembre 1792, il fut élu par le Maine-et-Loire, membre de la Convention, et, dans le procès du roi, vota « pour la mort et contre le sursis ». Le 11 mars 1793, il combattit la motion de Danton, tendant à ce que la Convention choisit le ministère en son sein ; fut élu secrétaire le 30 mars et appuya le 3 avril la mise en accusation de Marat. Au 31 mai il prit la défense des Girondins, mais devant l’animosité et les violentes protestations de la Montagne contre son attitude quelque peu provocatrice, il sortit de la chambre, fut de ce chef, décrété d’arrestation et mis hors la loi. La Révellière eut la précaution de se réfugier à l’ermitage de Sainte-Radegonde, dans la forêt de Montmorency, et y resta caché un an, revint à Paris après le 9 thermidor et repris son siège à la Convention (18 frimaire an III), fit décréter, le 12 floréal, que les prêtres déportés, non sortis du territoire seraient traités comme des émigrés, devint président de la Convention le 1er thermidor, et fut membre du Comité de Salut public (15 fructidor). Le 20 vendemiaire an IV, il fut élu, par trente et un départements, député au Conseil des Anciens et opta pour le Maine-et-Loire, puis le 10 brumaire an IV, il fut élu membre du Directoire exécutif et le 15 thermidor en devint le président. Après les victoires de Lonato et de Castiglione, il envoya, le 1er fructidor, une lettre de félicitations à la citoyenne Bonaparte : « Permettez-moi, citoyenne, disait-il en terminant, de saisir cette occasion de vous dire que le général Bonaparte peut me compter au nombre de ses francs admirateurs, et que je fais les voeux les plus sincères pour que celle à laquelle il a lié son sort soit comblée d’autant de bonheur que lui-même est comblé de gloire. » Lors des élections de l’an V, qui amenèrent dans les conseils une majorité royaliste, La Révellière-Lépeaux fut un des instigateurs du coup d’Etat du 18 fructidor, devint ensuite membre de l’Institut (classe sciences morales et politiques), et seconda les efforts de Haüy pour établir une religion simple, destinée à la fois à remplacer l’ancien culte et à réveiller des idées religieuses dans le peuple ; c’est ce système préconisé par lui qui fut appelé du nom de Théophilanthropie, il n’en fut ni le père, ni même l’apôtre, il se contenta de l’approuver, mais n’assista pas aux réunions de la secte. Le 30 prairial an VII, il donna sa démission de membre du Directoire; depuis qu’il en était membre, il s’était attiré un grand nombre d’ennemis, entre autres Carnot qui l’appelait « puant et difforme, bilieux et naïf » ; il refusa de prêter serment à l’Empereur comme membre de l’Institut, malgré l’injonction formelle que lui avait été adressée, partit avec sa famille dans sa propriété, et envoya sa démission d’académicien. Il revint à Paris en 1809, et Fouché lui ayant fait offrir une pension, sous la seule condition qu’il la demanderait lui-même à l’Empereur, La Révellière-Lépeaux refusa net, et, pendant les Cent-Jours, n’ayant rempli aucune fonction publique, il ne fut pas contraint, comme ses anciens collègues régicides, de quitter la France lors de la seconde Restauration. Il a laissé des Mémoires de sa vie politique.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire su Dr Robinet)

Lien : Louis-Marie La Révellière-Lépeaux sur Wikipedia

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décembre 21, 2007

ROGER DUCOS (1747-1816)

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Roger Ducos (1747-1816), Directeur, puis Consul provisoire

Ce nain de Ducos, ce cul-de-jatte de Ducos, un homme borné et facile.

(Napoléon Bonaparte)

Ducos (Pierre-Roger, comte). Avocat, législateur, directeur et consul provisoire, né à Montfort (Landes), le 27 juillet 1747, de « maître Philibert Ducos, notaire royal et procureur au sénéchal et présidial de cette ville, et de demoiselle Jeanne-Marie Leclercq », mort à Ulm (Autriche) le 4 mars 1816 ; était avocat à Dax, quand il devint, sous la Révolution, président du tribunal criminel des Landes. Le 5 septembre 1792, il fut élu, par ce département, membre de la Convention et prit place à la Plaine ; dans le procès du roi, il vota pour « la mort », fut ensuite envoyé en mission en Belgique, et de retour, se prononça contre les Girondins, fut élu, en l’an II, président du club des Jacobins et secrétaire de la Convention le 2 frimaire de la même année. Le 23 vendemiaire an IV, il entra au Conseil des Anciens et devint président le 2 vendemiaire an V. Son mandat terminé, il reprit ses fonctions de président du tribunal criminel des Landes, puis devint, le 30 prairial an VII, membre du Directoire exécutif, en remplacement de Merlin de Douai, où il aida puissamment en cette qualité, à la réussite du coup d’Etat de brumaire et devint le collègue de Sieyès et de Bonaparte comme troisième consul provisoire. Le 22 frimaire suivant, il fut nommé membre du Sénat conservateur, fait membre de la Légion d’honneur le 9 vendemiaire an XII, et grand officier le 25 prairial suivant, puis créé comte de l’Empire le 28 mai 1808. L 2 juin 1815 il fut nommé pair des Cent-Jours. En 1816, il dut quitter le territoire français comme régicide, alla à Stuttgard et se rendait en Autriche pour y fixer sa résidence, quand sa voiture versa près d’Ulm, la roue lui ayant passé sur le corps, il mourut quelques instants après.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Roger Ducos sur Wikipedia

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décembre 13, 2007

JEAN-ANTOINE CHAPTAL (1756-1832), COMTE DE CHANTELOUP

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Jean-Antoine Chaptal (1756-1832), comte de Chanteloup

Qu’appelez-vous « jardins anglais » ? Il n’y a que des mauvais Français qui aient pu en faire honneur à l’Angleterre. Apprenez donc que le nom de « jardins français » est le seul qui puisse convenir, et que ce nom de « jardins anglais » ne vienne plus fatiguer mon oreille.

[s’adressant à Chaptal]

(Napoléon Bonaparte)

Chaptal (Jean-Antoine, comte de Chanteloup). Chimiste, professeur, conseiller d’Etat, ministre et législateur, né à Nojaret (Lozère) le 4 juin 1756, mort à Paris le 29 juillet 1832 ; fut reçu docteur en 1777 et pourvu d’une chaire de chimie à l’école de médecine de Montpelier. Quand la Révolution éclata, il en adopta d’abord les principes, puis ayant pris la défense des Girondins, fut arrêté après le 31 mai 1793, mais relâché presque aussitôt. Appelé à Paris par le comité de Salut public, il fut nommé directeur des ateliers de salpêtre de Grenelle, puis professeur à l’ Ecole polytechnique et devint membre de l’Institut le 2 brumaire an IV. Après le 18 brumaire il se rallia à Bonaparte, qui le nomma conseiller d’Etat, puis ministre de l’intérieur par intérim le 15 brumaire an IX, en remplacement de Lucien Bonaparte, démissionaire, et enfin ministre titulaire le 1er pluviose suivant. Il donna sa démission le 20 thermidor an XII, fut fait membre de la Légion d’honneur le 9 vendemiaire an XII et grand officier le 25 prairial suivant. Le 19 thermidor de la même année, il entra au Sénat conservateur et fut créé comte de Chanteloup le 26 avril 1808. En 1814, il adhéra à la déchéance de l’Empereur, puis au retour de l’‘île d’Elbe, fut nommé directeur général du commerce et des manufactures le 31 mars 1815, ministre d’Etat le 18 avril et enfin pair des Cent-Jours le 2 juin. Louis XVIII, dès son retour, le raya de la Chambre des pairs, mais il fut renommé le 5 mars 1819. Après 1830 il prèta serment à Louis-Philippe et siégea jusqu’à sa mort dans la chambre haute.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Jean-Antoine Chaptal sur Wikipedia

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GASPARD MONGE (1746-1818), COMTE DE PELUSE

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Gaspard Monge (1746-1818), Comte de Peluse

Monge était le plus doux, le plus faible des hommes, et n’aurait pas laissé tuer un poulet s’il eut fallu en faire l’exécution lui-même, ou seulement devant lui. Ce forcené républicain, à ce qu’il croyait, avait pourtant un espèce de culte pour moi, c’était de l’adoration : il m’aimait comme on aime sa maîtresse.

(Napoléon Bonaparte)

Monge (Gaspard, comte de Peluse). Savant illustre, fondateur de la Géométrie descriptive, et homme politique ordinaire, né à Beaune (Côte d’Or) le 10 mai 1746, mort à Paris, de chagrin et de fatigue (crise d’apoplexie), le 28 juillet 1818 ; fils de « Jacques Monge, marchand forain, et de Jeanne Rousseau » ; professeur à l’école d’artillerie de Mézières avant la Révolution, Monge avait d’abord été mis en relation avec les savants les plus illustres de cette époque, Lavoisier, D’Alembert, Condorcet, et il était devenu en même temps correspondant de l’Académie des Sciences et professeur de physique en Lycée. Après le 10 août 1792, il fut nommé ministre de la marine par la Convention, sur la proposition de Condorcet, et resta jusqu’au 10 avril 1793 professeur à l’Ecole normale et membre de l’Institut jusqu’en l’an V. Il fut l’un des fondateurs de l’Ecole polytechnique où il devint aussi professeur.

Au sortir du ministère de la marine, Monge fut dénoncé aux Jacobins comme transfuge politique ; républicain éclairé et patriote fervent, il n’eut pas de peine à se justifier et jura de continuer de servir avec dévouement la chose publique. Il tint parole avec ses amis Berthollet, Vandermonde et autres ; il fut autrement plus utile comme directeur des travaux relatifs à la défense nationale que comme ministre : perfectionnement des alliages métalliques pour l’artillerie, surtout du fer et de l’acier ; extraction de salpêtre ; multiplication des fonderies et foreries de canons, etc, etc. Guyton-Morveau, Carnot, Fourcroy, Prieur, s’associèrent à lui pour ce grand oeuvre, dans cet immense et patriotique labeur, à ces prodiges de l’activité et de l’industrie dirigées par la science, qui sauvèrent la France et la Révolution.

Après la session conventionnelle, Monge passa au Conseil des Cinq-Cents, puis des Anciens. Il se rallia à Bonaparte, son admirateur et ami, lors du 18 brumaire, et devint successivement membre du Sénat conservateur et pair des Cent-Jours. Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur le 9 vendemiaire an XII et grand officier de l’ordre le 25 prairial suivant ; directeur de l’Ecole polytechnique en 1802. Il avait été fait comte de Peluse en souvenir de ses travaux dans l’isthme de Suez lors de la campagne d’Egypte à laquelle il prit une part considérable.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Gaspard Monge sur Wikipedia

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décembre 11, 2007

BATAILLE DE CASTIGLIONE (1796)

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Le général Bonaparte lors de la bataille de Castiglione le 5 août 1796

N’ira pas loin celui qui sait d’avance où il veut aller.

(Napoléon Bonaparte)

Castiglione (Bataille de). Le 16 thermidor an IV (5 août 1796), les Français, commandés en personne par le général Bonaparte, livrèrent à la l’armée autrichienne une bataille décisive et qui devint une brillante victoire. Les pertes de l’ennemi furent cruelles : 20 pièces de canon, 3.000 hommes tués ou blessés, 4.000 prisonniers parmi lesquels trois généraux. Du côté des Français, les pertes furent moindres, mais celle du général Beyrand fut à regretter. Les princpaux subordonnés de Bonaparte dans cette journée, furent : Augereau, Masséna, Guieu et l’aide de camp Junot.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Bataille de Castiglione sur Wikipedia

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décembre 8, 2007

REVOLTE DU CAIRE (1798)

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Révolte du Caire le 21 octobre 1798

La faiblesse et les bons traitements n’honorent que le vainqueur ; ils déshonorent le vaincu qui doit avoir de la fierté et de la réserve.

(Napoléon Bonaparte)

Caire (Révolte du). Cette ville fut prise par les Français le 5 thermidor an VI, et Bonaparte y établit le siège du gouvernement républicain pendant la campagne d’Egypte, mais dans la journée du 30 vendemiaire, les Turcs, sous le prétexte qu’ils étaient par trop imposés, se soulevèrent, et au nombre de 80.000 environ, se retranchèrent dans la grande mosquée. Ils y furent littéralement écrasés et vaincus après avoir perdu 5 à 6.000 des leurs. Les Français eurent à déplorer une centaine de morts, dont le brave général Dupuy. Les Grecs qui habitaient cette ville montrèrent leur dévouement en faisant cause commune avec les Français pour la répresion de cette insurrection. Le Caire était alors la capitale de l’Egypte.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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BATAILLE NAVALE D’ABOUKIR (1798)

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L’explosion de l’Orient lors de la bataille Navale d’Aboukir (1er et 2 août 1798)

Nous sommes donc réduits à rester en Egypte. C’est bien ! Il faut savoir relever la tête au dessus d’une mer en furie : elle finira par se calmer ! Peut-être sommes-nous destinés à changer la face des choses en Orient. Il nous faudra mourir ici ou sortir grands comme les anciens.

(Napoléon Bonaparte)

Aboukir (Bataille navale). Le 14 thermidor an VI (1er août 1798), la flotte française commandée par l’amiral Brueys et composée de treize vaisseaux, fut subitement attaquée en rade d’Aboukir par la flotte anglaise de l’amiral Nelson, et composée de 14 vaisseaux. Les Français se battirent avec acharnement et avec un courage au-dessus de tout éloge, mais l’infériorité du nombre et une fausse manoeuvre de l’amiral Brueys donnèrent aux Anglais l’avantage. Les pertes des deux côtés furent immenses. Du côté des Français le vaisseau l’Orient de 120 canons sauta, le Timoléon de 74 canons brûla, la frégate l’Arthémise fut coulée bas, neuf autres bateaux furent pris, l’amiral Brueys fut tué, ainsi que le capitaine de vaisseau Casabianca, ancien conventionnel. Le perte des Anglais d’après leur propre aveu, fut de 1.000 hommes tués et 1.800 blessés, dont l’amiral Nelson ; plusieurs de leurs vaisseaux furent mis dans l’état le plus pitoyable. Aboukir est un bourg de la basse Egypte à 17 kms N.O. d’Alexandrie, sur la Méditéranée ; il est situé à l’extrémité d’une presqu’île formée par le lac Madieh et la mer, près d’un fort construit sur un rocher qui en est la pointe extrême.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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BATAILLE DU MONT-THABOR (1799)

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Bataille du Mont Thabor le 16 avril 1799

Les grands noms ne se font qu’en Orient.

(Napoléon Bonaparte)

Mont Thabor (Bataille du). Le 16 avril 1799, le général en chef de l’armée d’Orient Bonaparte affronta Abadallah Pacha venu secourir les assiégés de Saint-Jean-d’Acre. Les Turcs subirent ce jour là une défaite totale malgré une très nette supériorité numérique. Les 5.000 Français sortirent encore une fois vainqueurs de 25.000 Turcs qu’ils mirent en déroute. Les pertes turques furent considérables avec environ 6.000 tués sur ce champ de bataille où s’illustrèrent en particulier les généraux Kléber, Bon et Vial.

Lien : Bataille du Mont Thabor sur Wikipedia

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BATAILLE D’ABOUKIR (1799)

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Le général Joachim Murat (1767-1815) à la bataille d’Aboukir le 25 juillet 1799

 

Le nom d’Aboukir était funeste à tout Français ; la journée du 7 thermidor l’a rendu glorieux. La victoire que l’armée vient de remporter accélère son retour en Europe.

(Napoléon Bonaparte)

Aboukir (Bataille d’). Le 7 thermidor an VVI (25 juillet 1799), un an à peine après le désastre de la flotte française, Bonaparte, à la tête de 5.000 Français, battit complètement 20.000 Turcs qui y étaient débarqués le 23 messidor. La déroute de ces derniers fut complète, la victoire des Français décisive. Mustapha Pacha, commandant en chef de l’armée turque, fut fait prisonnier avec 2.000 de ses soldats, 2.000 autres restèrent sur le champ de bataille. Toutes les tentes et bagages, 20 pièces de canons restèrent au pouvoir des Français, 10.000 turcs furent noyés. La perte des Français monta à 150 hommes tués et 750 blessés, dont le général Murat. En l’an IX, Aboukir, qui n’était plus défendu que par 1.200 Français, commandés pa le général Friant, fut repris par les Anglais, au nombre de 12.000 hommes, commandé par le général Abercromby. La supériorité numérique de ces derniers eut raison d’une poignée de braves.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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décembre 4, 2007

GENERAL LOUIS-LAZARE HOCHE (1768-1797)

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Général Lazare Hoche (1768-1797)

Hoche fut un des premiers généraux que la France ait produits. Il était brave, intelligent, plein de talent, de résolution et de pénétration. Il était aussi intrigant. Si Hoche avait débarqué en Irlande, il aurait réussi. Il possédait toutes les qualités nécessaires pour assurer le succès de son expédition. Il était accoutumé à la guerre civile et savait comment s’y prendre en pareil cas. Il avait pacifié la Vendée et était ce qu’il fallait pour l’Irlande : c’était un homme superbe, très adroit et d’un extérieur prévenant.

Ce fut une des plus belles réputations militaires de la Révolution… Hoche était un véritable homme de guerre.

(Napoléon Bonaparte)

Hoche (Louis-Lazare). Officier général né à Montreuil près Versailles, le 25 juin 1768, de « Louis Hoche, palfrenier à la vénerie du roi, et d’Anne Marlière », mort au camp de Wetzlar (Prusse) le 28 septembre 1797 ; était né de parents pauvres, fut soutenu tout jeune par une tante, fruitière, qui lui donnait de temps en temps de quoi acheter des livres, qu’il dévorait, et ne dut qu’à lui-même ce qu’il devint par la suite. Ayant des goûts essentiellement militaire, il s’engagea, le 19 octobre 1784, comme soldat au régiment des gardes françaises. « On le vit, dit la Biographie moderne, dès lors porter de l’eau, monter des gardes et s’adonner à toutes espèces de travaux pendant le jour, afin de pouvoir se former une petite bibliothèque au milieu de laquelle il passait une partie de ses nuits » ; il devint caporal le 16 juin 1789, passa avec le grade de sergent, le 1er septembre de la même année, dans la garde nationale soldée de Paris, puis parvint au grade d’adjudant au 104e régiment d’infanterie, le 1er janvier 1792, et capitaine par ancienneté la même année, puis adjudant général chef de bataillon. Le 15 mai 1793, il fut promu général de brigade, s’empara de Furnes le 22 décembre, et nommé commandant en chef de l’armée de Moselle, subit d’abord quelques petits échecs devnt les forces supérieures aux siennes et fortement retranchées de Brunswick, puis il lui suffit de quleques jours pour prendre sa revanche, battit Wurmser et débloqua Landau, et vint à bout de chasser de l’Alsace l’armée autrichienne.

Le 3 nivôse an II, il écrivait au ministre de la guerre : « Quartier général de l’armée de la Moselle, à Verd : je n’ai pu donner hier aucun détail, j’étais trop occupé ; je le suis encore, passablement cependant, d’après tous les renseignements que j’ai, nous avons pris 16 canons, 24 caissons, 500 prisonniers, tués ou blessés 300 hommes. La vivacité de l’attaque nous a fait perdre peu de monde, à peu près 80 tués et 150 blessés. J’attaque à la pointe du jour ; les troupes se montrent sans culottes, etc. Le 3e régiment de hussards, le 14e de dragons, les carabiniers, le 55e régiment d’infanterie se sont parfaitement distingués. Le général Dubois, blessé malheureusement, s’est comporté, j’ose le dire, comme un héros, ou plutôt comme un républicain. On amène encore des voitures d’armes, je laisse les sacs à nos braves volontaires ; j’ai donné toute cette nuit les ordres les plus prompts pour que le grand développement de l’armée de la Moselle s’opère ; il ne reste plus qu’à mettre l’armée en avant ; si ma droite me seconde, j’irai… J’ai toujours deux guenilles de drapeaux pris aux soldats des brigands couronnés. A la première occasion, je les enverrai à la Convention nationale. Je ne puis écrire davantage. » « HOCHE »

Il s’empara de Guenmersheim et de Spire le 10 nivôse, et ensuite de Worms, puis fut promu, le 2 brumaire an II, général de division. Hoche, d’une nature droite, très franche, pas du tout courtisan, n’eut pas le don de plaire à Saint-Just, alors en mission dans l’Est, fut destitué et emprisonné par son ordre et rendu à la liberté que dans le courant de thermidor, puis obtint le 13 ventôse an III, le commandement en chef de l’armée des Côtes de Brest, où il déploya un véritable talent.

Le 3 thermidor an III, Hoche, rendant compte de la prise de Quiberon, termina ainsi sa lettre : « Le voilà, monsieur Pitt, le résultat de trois années de travaux ! Quels sentiments pensez-vous inspirer à ceux que vos nombreux armements ne pourront sauver de la vengeance nationale ? Ils vous abhorrent : vous les avez indignement sacrifiés. Envoyez-nous d’autres victimes ; elles apprendront à connaître votre politique, lorsqu’elles seront sur notre sol. Vous n’ignorez pas monsieur, qu’il n’est jamais envahi impunément ; mais ces malheureux sont nés en France, et conséquemment ils sont, ainsi que nous, l’objet de votre haine. Demandez à M. de Puisaye, qui s’est rembarqué au premier coup de fusil, s’il est aussi aisé de vaincre les républicains sur leur territoire que dans votre cabinet. Monsieur Pitt, il est un Dieu vengeur, vos forfaits seront punis ! »

Le 14 fructidor, Hoche fut nommé par la Convention à l’armée de l’Ouest, et le 9 vendemiaire an IV, annonça de nouveaux succès sur Charette. Après avaoir complètement pacifié la Vendée, on le mit à la tête d’une expédition en Irlande qui ne réussit pas. Il fut le 6 pluviôse an V, nommé général en chef de l’armée de Sambre-et-Meuse, remporta les victoires de Neuwied, d’Altenkirchen de Diedorff, s’empara de Welylaër et exécuta une des plus belles opérations de cette guerre ; l’armistice conclu entre l’archiduc Charles et Bonaparte arrêta les succès de Hoche. On lui proposa, à cette époque, le portefeuille de la guerre qu’il refusa. L’armée de Sambre-et-Meuse ayant célébré l’anniversaire de la journée du 10 août à Vetlar, Hoche prononça un discours dont voici un fragment : « Amis, je ne dois pas vous le dissimuler, vous ne devez pas encore vous dessaisir de ces armes terribles avec lesquelles vous avez tant de fois fixé la victoire. Avant de le faire, peut-être aurons-nous à assurer la tranquillité de l’intérieur que des fanatiques et des rebelles aux lois républicaines essaient de troubler. Combien ils s’abusent, ces perfides ennemis ! Sans songer à vous, ils méditent de rendre la France à l’esclavage dont vous l’avez affranchie pour toujours. Semblables aux conseillers de Louis XVI, avant la journée du 10 août, ils espèrent nous redonner des maîtres. Le fanatisme, l’intrigue, la corruption, le désordre dans les finances, l’avilissement des institutions républicaines et des hommes qui ont rendu de grands services : voilà les armes qu’ils emploient pour arriver à une dissolution sociale, qu’ils diront être l’effet de circonstances. Nous leur opposerons la loyauté, le courage, le désintéressement, l’amour des vertus dont ils ne connaissent que le nom, et ils seront vaincus. Mais j’en suis certain, votre présence et la fermeté du gouvernement suffiront au maintien de la Constitution, que je jure avec vous de maintenir dans toute sa pureté. »

En l’absence du général Moreau appelé à Paris par le Directoire, en fructidor an V, le général Hoche fut chargé par intérim de l’armée du Rhin-et-Moselle.

Le 3e jour complémentaire de l’an V de la République, le général de division commandant en chef de l’artillerie de l’armée de Sambre-et-Meuse écrivait au Directoire exécutif du quartier général de Wetzlar, l’épouvantable nouvelle qui suit : « Citoyens directeurs, je vous ai écrit ce matin dans les larmes, au milieu d’une famille et d’amis éplorés, et je n’ai pu vous donner aucun détail sur les circonstances qui ont enlevé à la France le général Hoche. Doué d’un tempérament robuste et ardent, quoique d’une sensibilité de nerfs extraordinaire, le général Hoche n’éprouvait que des sentations vives et brûlantes ; le moindre sentiment l’affectait au delà de toute expression : la Révolution ne fit que développer ce tempérament. Jeté sur un grand theâtre, Hoche a employé toutes ses facultés pour remplir dignement le rôle éminent qu’il était destiné à jouer, il les a usées à forces de travail. Les contrariétés qu’il a éprouvées lors de son emprisonnement sous le règne de Robespierre, les fatigues extraordinaires qu’il s’est imposées dans les départements de l’Ouest pour pacifier ce pays, le mauvais succès de l’expédition d’Irlande et les dangers qu’il courut sur la mer, les accusations portées contre lui à la tribune nationale par les derniers conspirateurs, l’ardeur qu’il a mise à les confondre, tout cela a épuisé ses forces, et ranimé avec des symptômes effrayants, il y a environ un mois, un rhume et une oppression de poitrine que déjà il avait éprouvés à Brest, mais qu’il avait alors trop négligés. Tous les secours de l’art n’ont pu le sauver. Depuis sept ou huit jours, il éprouvait de temps en temps des crises de suffocation qui ne se calmaient qu’à force de soins, et après des souffrances inouïes, et la moindre occupation produisait une de ses crises. Enfin, hier, sur les dix heurs du soir, après avoir passé une journée assez calme, s’être même occupé de quelques affaires, ses souffrances redoublèrent, une suffocaiton horrible lui fit perdre connaissance, et après six heures de douleurs qu’on ne peut dépeindre, il mourut dans mes bras… Demain, son corps sera ouvert, afin de détruire les bruits d’empoisonnement qui se sont déjà répandus. Après demain, il partira de Wetzlar avec toute la pompe convenable, pour être transféré à Coblentz, où il sera enterré à côté du général Marceau, dans le fort de Péterberg. Salut et respect : « DEBELLE »

Telle fut la fin de ce général républicain, qui fut une perte irréparable pour la République et pour la France.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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novembre 29, 2007

PIERRE-LOUIS ROEDERER (1754-1835), COMTE D’EMPIRE

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Pierre-Louis Roederer (1754-1835), comte d’Empire

Plus on l’approche, plus on le respecte. On le trouve plus grand que soi quand il parle, quand il pense, quand il agit.

(Napoléon Bonaparte)

Roederer (Pierre-Louis, comte). Député pour le bailliage de Metz à la Constituante de 1789, membre du Sénat conservateur, pair des Cent-Jours et pair de France, né à Metz (Moselle) le 15 février 1754, mort à Paris le 17 décembre 1835 ; fils de « M. Pierre-Louis Roederer, avocat à la cour, conseiller du roi, substitut de M. le procureur général et de dame Marguerite Gravelotte » ; le 23 février 1780, conseiller du roy au parlement de Metz, ensuite conseiller au parlement de cette ville, membre de la Légion d’honneur le 9 vendemiaire an XII, commandeur de l’ordre le 25 prairial. A l’Assemblée nationale, il demanda, avec éloquence, la réforme de l’ordre judiciaire et l’institution du jury, la suppréssion des corporations et des jurandes, des distinctions et des titres nobiliaires, la liberté de la presse et l’égalité des droits politiques pour tous les citoyens. Membre du comité de constitution et des finances, il prit à l’élaboration des lois sur le timbre, les patentes la contribution foncière et mobilière, l’émission des assignats et la vente des biens du clergé. En novembre 1790, après la session, Roederer fut élu procureur général syndic de la commune de Paris, avec l’appui des Jacobins. Le 20 juin 1792, sa popularité fut compromise par le blâme qu’il infligea à cette journée, en cherchant à empècher l’envahissement du château : au 10 août, son assistance près de la cour, qu’il décida à se retirer au sein de l’Assemblée, fut condamnée par la Commune, qui décida de le faire arrêter. L’Assemblée s’y opposa. Mais il dut rentrer dans la vie privée et se consacra à la collaboration au Journal de Paris. Il disparut à la chute des Girondins, et ne rentra sur la scène politique qu’après le 9 thermidor. Il fut alors nommé professeur à l’école centrale et membre de l’Institut, mais n’échappa au 18 fructidor que grâce à la protection de Talleyrand. Il acclama le 18 brumaire, et devint conseiller d’Etat le 4 nivôse an VIII, plénipotentiaire en Suisse et en Hollande, puis membre du Sénat conservateur (an X), comte de l’Empire en 1808, prefet de l’Aube en 1814, puis écarté par la première Restauration. Malgré ses solicitations, les Cent-Jours le firent pair de France ; mais au retour de Gand, il fut privé de tous ses titres et fonctions. Louis-Philippe le rappela à la chambre des pairs en 1832.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL JOUBERT (1769-1799)

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Général Barthélemey-Catherine Joubert en sous-lieutenant du 51eme de ligne en 1792

Le général Joubert qui a commandé à la bataille de Rivoli, a reçu de la nature les qualités qui distinguent les grands guerriers : grenadier par le courage, il est général par le sang-froid et les talents militaires.

Il était grand, maigre, semblait naturellement d’une faible complexion ; mais il avait trempé sa constitution au milieu des fatigues, des champs et de la guerre des montagnes. Il était intrépide, vigilant, et actif… Il était fait pour arriver à une grande renommée militaire.

(Napoléon Bonaparte)

Joubert (Barthélemy-Catherine). Officier général, né à Pont-de-Vaux (Ain), le 14 avril 1769, de « Claude-Marie Joubert, avocat en parlement et juge des seigneuries de MM. Bertin de Vaux, et de Françoise Giraud », tué à Novi (Italie) le 15 août 1799 ; fut d’abord avocat et quitta le barreau en 1789 pour entrer dans la carrière militaire ; d’abord grenadier, il s’éleva rapidement, en passant par tous les grades, à celui de général en chef, et chaque promotion fut due à un trait d’intelligence ou à un acte de bravoure. Employé sous Bonaparte en Italie, on le vit à Millesimo s’élancer, lui septième, dans les retranchements ennemis, pour fixer ensuite la victoire à Ceva, où il emporta de vive force la ville et le camp retranché qui la défendait, se battit encore à Montebaldo et à Rivoli ; c’est surtout dans le Tyrol que Joubert déploya ses plus grands talents, que Carnot, dans ses mémoires, appelle à une Campagne de géants. Enfoncé avec sa division dans ce pays mntagneux et difficile, isolé du reste de l’armée, entouré d’un peuple aguerri, il força tous les passages et opéra sa jonction avec l’armée qui se croyait perdue. Arrivé au quartier général, il se présenta chez Bonaparte ; la sentinelle, qui avait la consigne de ne laisser entrer personne, lui refuse la porte. Joubert force le passage. Aux cris de la sentinelle, Bonaparte sort de son cabinet, serre Joubert dans ses bras et dit au soldat étonné : « Va, celui qui a forcé le Tyrol peut bien forcer une consigne. » Il fut ensuite envoyé en Hollande où il fut plein de circonspection. Nommé général en chef de l’armée l’Italie, pendant l’expédition d’Egypte, il se rendit maître de Turin, voulant ensuite le réformer et le Directoire s’y étant montré hostile, Joubert donna sa démission et se retira dans ses foyers. Le 30 prairial an VII, il fut, pour la seconde fois, investi du commandement en chef de l’armée d’Italie pour s’opposer au progrès des Russes, commandés par Souvarov, et livra la fatale bataille de Novi où il succomba. L’armée qui l’aimait, fut atterrée de cette perte ; elle fut d’autant plus douloureuse que Joubert était choisi pour servir de marchepied aux futurs ambitieux qui rêvaient déjà le coup d’Etat de brumaire ; c’est comme cela que Bonaparte leur parut tout désigné pour accomplir ce coup de force que Joubert n’aurait peut être pas exécuté, et, la mort de Kléber fit que cimenter le plan des conspirateurs en faveur de Bonaparte.

(Extrait du dictionnaire de la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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novembre 25, 2007

BONAPARTE ET LE COUP D’ETAT DU 18 BRUMAIRE AN VIII (9 NOVEMBRE 1799)

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Bonaparte le 19 brumaire an VIII (10 novembre 1799) au Conseil des Cinq-Cents à Saint-Cloud

La faiblesse du pouvoir suprême est la plus affeuse calamité des peuples.

L’anarchie ramène toujours au gouvernement absolu.

(Napoléon Bonaparte)

Dix-Huit brumaire an VIII. Le général Bonaparte venait d’arriver soudainement d’Egypte, au milieu de l’enthousiasme des populations sur son parcours. La première chose qu’il fit, fut d’aller rendre visite aux membres du Directoire, c’était le 25 vendemiaire, et il leur dit qu’après avoir consolidé l’établissement de son armée en Egypte, après les victoires du Mont-Thabor et d’Aboukir et confié le commandement en chef en ses lieu et place, à Kléber, il était parti pour voler au secours de la République qu’il croyait perdue, mais il la trouvait sauvée par les exploits de ses frères d’armes et il s’en réjouissait. « Jamais, ajouta-t-il en mettant la main sur son épée, jamais il ne la tirerait que pour la défense de la République. » Le président Gohier lui répondit en le complimentant sur ses triomphes et sur son retour, et lui donna l’accolade fraternelle. L’accueil fut en apparence très flatteur, mais au fond les Directeurs se méfiaient. Lannes, Murat, et Berthier ne le quittaient pas et le Directoire, de plus en plus méfiant et inquiet, cherchait à l’écarter en lui offrant un commandement, mais Bonaparte, se tenant dans l’expectative, répondait qu’il ne s’était pas encore assez reposé de ses fatigues.

Pendant ce temps, des amis faisaient tous leurs efforts pour engager Bonaparte à agir avec Sieyès et Roger Ducos : « Barras, ajoutaient-ils, est tellement déconsidéré qu’il ne compte plus. » Une entrevue eut lieu, en effet, entre Sieyès et Roger Ducos d’une part, et de Bonaparte de l’autre, et l’entente fut complète, ils décidèrent d’en finir au plus tard du 18 au 20 brumaire. Il fut décidé que l’on demanderait le transfert à Saint-Cloud des deux conseils. Le 18 au matin, un mouvement imprévu se manifesta de toute part, une nombreuse cavalerie parcourut les boulevards et tout ce qu’il y avait de généraux et d’officiers dans Paris se rendirent en grand uniforme, rue chantereine où habitait Bonaparte. Ce même jour, le Conseil des Anciens réuni aux Tuileries, décidait que les conseils seraient transférés à Saint-Cloud, le lendemain matin même, et nommait Bonaparte général en chef de toutes les troupes de la 17e division militaire, de la garde du Corps législatif, de la garde du Directoire et de la garde nationale de Paris et de ses environs. Parmi les quelques généraux qui ne voulurent point seconder Bonaparte, il y eut Bernadotte, Augereau, puis Jourdan. Nous sommes près du dénouement. Bonaparte monta à cheval pour se rendre aux Tuileries, suivi par les généraux Moreau, Macdonald, Berthier, Lannes, Murat et Leclerc. En arrivant aux Tuileries il trouva les détachements du 9e, les harangua, et, après les avoir enthousiasmés, entra dans le Palais ; il se présenta aux Anciens, accompagné de son magnifique état major, et fit son apparition à la barre : « Citoyens représentant, dit-il, la République allait périr, votre décret vient de la sauver ! Malheur à ceux qui voudraient s’opposer à son exécution. Aidé de tous mes compagnons d’armes rassemblés ici autour de moi, je saurais prévenir leurs efforts. On cherche en vain des exemples dans le passé pour inquiéter vos esprits ; rien dans l’Histoire ne ressemble au dix-huitième siècle, et rien dans ce siècle ne ressemble à sa fin… Nous voulons la République… Nous la voulons fondée sur la vraie liberté, sous le régime représentatif. Nous l’aurons, je le jure en mon nom, et au nom de mes compagnons d’armes… » Murat fut chargé d’aller occuper Saint-Cloud. Sérurier fut mis au Point-du-jour avec une réserve, Lannes fut chargé de commander les troupes qui gardaient les Tuileries, et Moreau fut chargé de garder le Luxembourg avec 500 hommes. Fouché, qui était de connivence avec Bonaparte, comme préfet de police, suspendit 12 municipalités de Paris. Le lendemain 19, la route de Saint-Cloud était couverte de troupes.

Trois salles avaient été préparées au château, l’une pour les Anciens, l’autre pour les Cinq-Cents, la troisième pour la Commission des inspecteurs et pour Bonaparte. La séance des deux Conseils s’ouvrit à deux heures. Aux Anciens rien de bien saillant ne se produisit, mais il en fut tout autrement aux Cinq-Cents. Gaudin avait mission de Sieyès et de Bonaparte d’ouvrir la séance, mais à peine a-t-il fini de parler qu’un orage épouvantable éclate dans l’Assemblée ; des imprécations, des discours violents retentissent, on entend de toutes parts ces cris : « A bas les dictateurs, point de dictature, vive la Constitution ! – La Constitution ou la mort ! s’écrie Delbrel. Les baïonnettes ne nous effrayent pas, nous sommes libres ici. » Ces paroles furent suivies de nouveaux cris. Quelques députés furieux répétèrent en regardant Lucien : « Point de dictature ! A bas les dictateurs ! » Après cette longue agitation, Grandmaison propose de prêter serment à la Constitution de l’an III. La proposition est aussitôt accueillie. On demande l’appel nominal, ce qui est accepté. Chaque député vient tour à tour préter serment à la tribune à l’applaudissement de toute l’Assemblée.Voyant le danger croître, Bonaparte et Sieyès arrête sur le champ d’en finir de suite. Bonaparte se décide à se présenter aux deux Conseils à la tête de son état-major. Il rencontre Augereau qui, d’un ton railleur, lui dit : « Vous voilà dans une jolie position ! – Les affaires étaient en bien plus mauvais état à Arcole, » lui répond Bonaparte, et il poursuit son chemin au conseil des Anciens. Il n’avait pas les habitudes parlementaires, et, au moment où il devait prendre la parole devant les Anciens, il se trouva quelque peu géné. « Citoyens représentants, dit-il, vous n’êtes point dans des circonstances ordinaires, mais sur un volcan. Permettez-moi quelques explications. Vous avez cru la République en danger ; vous avez transféré le Corps législatif à Saint-Cloud ; vous m’avez appelé pour assurer l’exécution de vos décrets ; je suis sorti de ma demeure pour vous obéir, et déjà on nous abreuve de calomnies, moi et mes compagnons d’armes : on parle d’un nouveau Cromwell, d’un nouveau César. Citoyens, si j’avais voulu d’un tel rôle, il m’eut été facile de le prendre au retour d’Italie, au moment du plus beau triomphe, et lorsque l’armée et les partis m’invitaient à m’en emparer, je ne l’ai pas voulu alors, je ne le veux pas aujourd’hui. Ce sont les dangers seuls de la patrie qui ont éveillé mon zèle et le vôtre. » Il trace ensuite le tableau de la situation dangereuse de la République, tableau qu’il rend très noir. « Prévenons, ajoute-t-il, tant de maux ; sauvons les deux choses pour lesquelles nous avons fait tant de sacrifices, la liberté et l’égalité… »  » Parlez donc aussi de la Constitution ! » lui crie Lenglet. Cette interruption interloque sur le moment le général, mais bientôt remis, il répond :  » De Constitution ! vous n’en avez plus. C’est vous qui l’avez détruite en attentant, le 18 fructidor, à la représentation nationale, en annulant, le 22 floréal, les élections populaires, et en attaquant le 30 prairial, l’indépendance du gouvernement. Cette Constitution dont vous parlez, tous les partis veulent la détruire. Ils sont tous venus pour me faire confidence de leurs projets, et m’offrir de les seconder. Je ne l’ai pas voulu ; mais, s’il le faut, je nommerai les partis et les hommes. » – « Nommez-les, s’écrie alors les opposants, nommez-les, demandez un comité secret. » Une longue agitation succède à cette interruption. Bonaparte attend quelques moments et reprend la parole : « Environné de mes frères d’armes, je saurai vous seconder. J’en atteste ces braves grenadiers dont j’aperçois les baïonnettes, et que j’ai si souvent conduits à l’ennemi, j’en atteste leur courage, nous vous aiderons à sauver la patrie, et si quelque orateur, ajoute Bonaparte d’une voix menaçante, si quelque orateur, payé par l’étranger parlait de me mettre hors la loi, alors j’en appelerais à mes compagnons d’armes. Songez que je marche , accompagné de la fortune et du dieu de la guerre. » Ces paroles menaçantes étaient à l’adresse des Cinq-Cents. Quant aux Anciens, ils furent gagnés à sa cause ; ils lui accordèrent les honneurs de la séance. De là, sûr à peu près de lui-même, il se rendit aux Cinq-Cents suivi de quelques grenadiers ; il entre et laisse des grenadiers derrière lui au bout de la salle. A peine arrivé au milieu, une tempête furieuse éclate de toutes parts. « Quoi ! s’écrient plusieurs voix, des soldats ici ! des armes ! Que veut-on ? A bas le dictateur ! A bas le tyran ! » Beaucoup de députés s’élancent au milieu de la salle, entourent Bonaparte et lui adressent des interpellations très vives. Quoi ! lui dit Destrem, c’est pour cela que vous avez vaincu ?… Tous vos lauriers sont flétris… Votre gloire s’est changée en infamie… Respectez le temple des lois. Sortez, sortez ! » Bonaparte au milieu de cette foule menaçante, semble perdre contenance. Les grenadiers qu’il avait laissé à la porte accourent, repoussent les députés et le saisissent par le milieu du corps. Des coups de poignards auraient été donné sans l’atteindre. Le grenadier Thomé eut ses vêtements déchirés. Bonaparte est emporté hors de la salle, fort pâle, il monte à cheval, se rend auprès des troupes, et leur crie que l’on a voulu l’assassiner, il est accueilli par les cris de : Vive Bonaparte ! Cependant l’orage continue au sein du Conseil des Cinq-Cents et, cette fois, les attaques sont dirigés contre Lucien, frère de Bonaparte. Lucien essaie d’être ferme à son poste : « Votre frère est un tyran, lui dit-on ; en un jour il a perdu toute sa gloire ! » Ce dernier chercha à le justifier. « Vous n’avez pas voulu l’entendre, leur répond-il. – Non, non, à bas le tyran ! clament certains des Cinq-Cents. Hors la loi ! ajoutent-il. » Ce mot terrible, on le sait, avait perdu Robespierre ; prononcé devant les troupes, il pouvait jeter la perturbations dans les rangs. Lucien, qui ne voulut pas mettre aux voix la proposition de mise hors la loi de son propre frère, déclara qu’il renonçait au fauteuil de la présidence et descendit. Bonaparte, entendant du dehors ce qui se passait, fait entrer quelques grenadiers pour sauver son frère, puis se décide à en finir d’un seul coup : il monte à cheval avec Lucien et parcourt le front des troupes. Lucien les harangue. « Le Conseil des Cinq-Cents est dissous, leur dit-il ; c’est moi qui vous le déclare. Des assassins ont envahi la salle des séances, et ont fait violence à la majorité : je vous somme de marcher pour la délivrer. » Murat et Leclerc ébranle alors un bataillon de grenadiers et le conduisent à la porte des Cinq-Cents. A la vue des baïonnettes les députés jettent des cris épouvantables, mais des roulements de tambours couvrent leurs cris : Grenadiers, en avant ! commandent les officiers. Ces derniers entrent dans la salle et dispersent en tous sens les députés, les uns par les couloirs, les autres par les fenêtres. La salle est évacuée et Bonaparte reste complètement maître du champ de bataille. La nouvelle, portée aux Anciens, loin de les rasséréner les plonge dans l’inquiètude et les regrets. Mais Bonaparte avait réussi, et les députés des Anciens, quoique atteints de remords, acceptèrent le fait accompli…

Bonaparte, Roger Ducos et Sieyès furent nommés consuls provisoires et les Conseils furent ajournées au 1er ventôse prochain. Deux commissions, qu’on a appelées intermédiaires, de vingt-cinq membres chacune, prises dans les deux Conseils, furent chargées de fonctionner et d’approuver les mesures législatives que les trois Consuls eurent besoin de prendre. Les Consuls et les commissions susdites furent chargées de rédiger une Constitution nouvelle. Tel fut le 18 brumaire.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Coup d’Etat du 18 brumaire sur Wikipedia

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novembre 22, 2007

LES AMIRAUX DE NAPOLEON – VICE-AMIRAL BRUEYS D’AIGALLIERS (1753-1798)

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François-Paul, comte de Brueys d’Aigailliers, vice-amiral en 1798, commandant en chef de la flotte de l’expédition d’Egypte en 1798 (1753-1798)

Si dans ce funeste évènement, il a fait des fautes, il les a expiées par une mort glorieuse.

Brueys déploya le plus grand courage : plusieurs fois blessé, il refusa de descendre à l’ambulance. Il mourut sur son banc de quart, et son dernier soupir fut un ordre de combattre… L’amiral Brueys avait réparé autant qu’il avait pu, par son sang-froid et son intrépidité, les fautes dont il s’était rendu coupable.

(Napoléon Bonaparte)

Brueys d’Aigalliers (françois-Paul, comte de). Vice-amiral, né à Uzès (Gard) le 11 février 1753, tué à Aboukir (Egypte) le 1er août 1798 ; entra de bonne heure au service de la marine royale et était déjà lieutenant de vaisseau au moment de la Révolution. Le 1er janvier 1792 il fut nommé capitaine de vaisseau, devint le 1er vendemiaire an V, contre-amiral, puis vice-amiral le 23 germinal an VI. Appelé au commandement de la flotte destinée à conduire en Egypte l’armée d’Orient, il prit Malte le 22 prairial et arriva en Egypte sans encombre. Il se préparait à revenir en France, quand il fut attaqué dans la rade d’Aboukir par l’amiral Nelson le 14 thermidor an VI. Le combat durait depuis deux jours ; quand un boulet de canon le frappa mortellement. Il voulut mourir sur son banc d’amiral. Telle fut la fin de ce brave marin.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Vice-amiral Brueys d’Aigalliers sur Wikipedia

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novembre 21, 2007

JEAN-ETIENNE-MARIE PORTALIS (1746-1807), « PERE » DU CODE NAPOLEON

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Jean-Etienne-Marie Portalis (1746-1807) “père” du code Napoléon

Portalis serait l’orateur le plus fleuri et le plus éloquent s’il savait s’arrêter.

(Napoléon Bonaparte)

Portalis (Jean-Etienne-Marie). Né à Beausset (Var) le 1er avril 1746, mort à Paris le 25 août 1807 ; fit ses études chez les oratoriens de Toulon et son droit à Aix. Il début dans le barreau vers 1763, en même temps qu’il se fit connaître dans les lettres par ses observations sur l’ouvrage intitulé Emile, ou De l’Education, et fut un des quatre administrateurs électifs de la Provence, connus sous le nom de procureurs du pays. ; député aux Etats de Provence, s’y fit remarquer par ses grandes capacités : chargé de la cause de Mme la comtesse de Mirabeau, contre son mari défendeur, il obtint gain de cause. Peu porté aux idées républicaines, à l’avènement de la Révolution, il n’eut qu’un médiocre succès ; en 1790, il refusa d’être l’un des trois commissaires chargés de l’organisation des trois départements formés par la Provence, se retira à la campagne jusqu’en 1792 ; s’étant rendu à Lyon, il en fut expulsé à la fin de 1793, réfugié à Villefranche, son secrétaire y fut assassiné ; il partit pour Paris, où, dénoncé, il fut arrêté ; mais grace à un ami, il put se réfugier dans une maison de santé, où il attendit que le 9 thermidor lui rendent la liberté. Il se fit aussitôt inscrire au barreau de Paris et en peu de temps acquit une grande célébrité. Au Conseil des Anciens, étant du parti contre-révolutionnaire qui faisait échec au Directoire, il unit ses efforts à ceux de Siméon, son beau-frère, Barbé-Marbois, Lebrun et autres ; il fut secrétaire, puis président de cette Assemblée. Au 18 fructidor, il dut se cacher en Suisse, puis en Allemagne, et ne rentra qu’au 18 brumaire. Ayant gagné la confiance de Bonaparte, il était conseiller d’Etat en 1800 ; il fut chargé plus particulièrement du Concordat. successivement, il fut nommé membre, grand aigle et grand officier de la Légion d’honneur ; en 1803, il entra à l’Institut et le 10 juillet 1804, était ministre des cultes ; sur la fin de ses jours, il perdit la vue, qu’il avait usée dans ses nombreux travaux, dont il nous a laissé quelques ouvrages. Son nom reste attaché au Code Napoléon. Désigné membre du comité de rédaction sous la direction de Cambacéres, son apport au travail juridique entrepris le fit considéré comme le « père » du Code Civil des Français.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Jean-Etienne-Marie Portalis sur Wikipedia

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novembre 20, 2007

JEAN-GERARD LACUEE (1752-1841), COMTE DE CESSAC

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Jean-Gérard Lacuée (1752-1841), comte de Cessac - Ministre directeur de l’administration de guerre

Lacuée est un homme intègre ; plus propre que personne, après Daru, pour mener l’administration de guerre.

(Napoléon Bonaparte)

Lacuée (Jean-Gérard, comte de Cessac), officier général, législateur, membre de l’Institut et ministre, né à Massas près Agen (Lot-et-Garonne), le 4 novembre 1752, de « Jean-Chrisostome Lacuée, conseiller, lieutenant particulier, assesseur civil et criminel au siège d’Agen, et de Marie Duplex, mariés », mort à Paris le 14 juin 1841 ; entra dans l’armée, le 28 avril 1770, comme soldat au 29e d’infanterie, et était parvenu, le 29 mai 1783, au grade de capitaine en second ; Sous la Révolution, en 1790, il fut nommé procureur général syndic du Lot-et-Garonne. Elu, le 1er septembre 1791, par le même département, député à la Législative, il remplaça par intérim, après le 10 août, Servan au ministère de la guerre ; puis fut promu, le 3 février 1793, général de brigade ; fut accusé de fédéralisme, mais put échapper aux poursuites, et après le 9 thermidor, fut rappelé à l’activité et employé à l’armée des Pyrénées-Orientales. Le 24 vendemiaire an IV, il fut réélu, par le Lot-et-Garonne, député au Conseil des Anciens, vit son élection renouvelée le 27 germinal an VII et fut nommé membre de l’Institut, classe des sciences morales et politiques ; devint, le 4 nivôse an VIII, conseiller d’Etat, fut fait membre de la Légion d’honneur le 9 vendemiaire an XII et grand officier le 25 prairial suivant, puis promu général de division le 1er février 1805, et le 31 juillet 1806, directeur général des revues et de la circonscription militaire ; enfin ministre-directeur de l’administration de guerre le 3 janvier 1810. Dans le sein du Conseil, il vota contre la guerre avec la Russie, en 1812, et en 1814 suivit Marie-Louise à Blois, et ne la quitta qu’après l’abdication de l’Empereur. Nommé par Louis XVIII, inspecteur général d’infanterie, il publia à Angers une proclamation de dévouement aux Bourbons, se tint à l’écart pendant les Cent-Jours, ce qui ne l’empêcha pas d’être absolument mis de côté sous la seconde Restauration ; fit une demande pour entrer à la Chambre des Pairs, mais elle ne fut pas agréée. Il se livra alors à l’agriculture et à la littérature. Le gouvernement de juillet le nomma, le 19 novembre 1831, pair de France. Il siégea dans cette chambre jusqu’à sa mort.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Jean-Gérard Lacuée sur Wikipedia

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novembre 18, 2007

BATAILLE DE RIVOLI (1797)

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Bonaparte à la bataille de Rivoli le 14 janvier 1797

Mon pouvoir tient à ma gloire, et ma gloire aux victoires que j’ai remportées. ma puissance tomberait si je ne lui donnais pour base encore de la gloire et des victoires nouvelles. La conquête m’a fait ce que je suis, la conquête seule peut me maintenir.

(Napoléon Bonaparte)

Rivoli (Bataille de). Les 14 et 15 janvier 1797, le général en chef de l’armée d’Italie, à la tête de 23.00 hommes, affronta les troupes autrichiennes fortes de 28.000 hommes. Assisté des généraux Joubert et Masséna, Bonaparte remporta l’une de ses plus belles victoires, poursuivant ainsi une série de succès plus impressionnants les uns que les autres depuis son entrée en campagne l’année précédente (Montenotte, Lodi, Castiglione, Arcole, etc)… Masséna joua un rôle décisif lors de la bataille, et fut alors affectueusement qualifié par son supérieur d’Enfant chéri de la victoire. Les Français eurent 5.000 blessés ou tués, les Autrichiens perdirent quant à eux la moitié de leurs effectifs dans la confrontation (prisonniers y compris). La bataille de Rivoli permit à Bonaparte de se recentrer sur le siège de Mantoue avec encore la même réussite.

Lien : Bataille de Rivoli sur Wikipedia

novembre 15, 2007

BATAILLE DU PONT DE LODI (1796)

Posted in Napoléon, Première campagne d'Italie (1796-97) tagged , , , , , , , , , , , , , à 12:04 par napoleonbonaparte

Bonaparte lors de la bataille du Pont de Lodi le 10 mai 1796

Ce n’est que le soir de Lodi que m’est venu l’ambition d’exécuter les grandes choses qui jusque-là occupaient ma pensée comme un rêve fantastique.

(Napoléon Bonaparte)

Lodi (Bataille de). Le 10 mai 1796, Bonaparte, à la tête de l’armée française, traversa le pont de Lodi et remporta une victoire décisive sur l’armée autrichienne en lui enlevant vingt pièces de canon, en lui tuant ou blessant 1.200 hommes et en lui faisant 1.000 prisonniers. les principaux auxiliaires de Bonaparte, dans cette glorieuse journée, furent les généraux Augereau, Masséna, Rusca, Cervoni et Dallemagne. Lodi est une ville du royaume lombard-vénitien, baignée par la rivière l’Adda.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Bataille du Pont de Lodi sur Wikipedia

novembre 13, 2007

BATAILLE DES PYRAMIDES (1798)

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Bonaparte haranguant l’armée avant la bataille des Pyramides le 21 juillet 1798

Soldats ! Vous êtes venus dans ces contrées pour les arracher à la barbarie, porter la civilisation dans l’Orient, et soustraire cette belle partie du monde au joug de l’Angleterre. Nous allons combattre. Songez que du haut de ces monuments quarante siècles vous contemplent.

(Napoléon Bonaparte)

Pyramides (Bataille des). Le 21 juillet 1798, Le général en chef de l’armée d’Orient, secondé par les généraux Desaix, Regnier, Bon, Menou, et Dugua, remporta une éclatante victoire sur les troupes commandées par Mourad Bey. Cette victoire ouvrit la route du Caire à Bonaparte qui y pénètra le 24 juillet 1798. Les Français eurent à peine 30 à 40 hommes tués alors que les Mamelouks essuyèrent des pertes considérables.

Lien : Bataille des Pyramides sur Wikipedia

novembre 12, 2007

BATAILLE DU PONT D’ARCOLE (1796)

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Napoléon Bonaparte au Pont d’Arcole (1796)

On ne peut pas faire semblant d’être courageux.

Le courage est une vertu qui échappe à l’hypocrisie.

(Napoléon Bonaparte)

Arcole (Bataille d’). Le 17 novembre 1796, célèbre victoire d’Arcole remportée par l’armée française sous les ordres de Bonaparte, sur les Autrichiens. Cette bataille dura trois jours et fut très meurtrière. Pour décider du gain de la bataille, Bonaparte prit un drapeau, – tentative infructeuse déjà faite par Augereau, – s’élança à la tête de ses soldats, et franchit une partie du pont ; son aide de camp, Muiron, tomba à ses côtés ; Lannes y fut blessé pour la troisième fois, le général Vignolle fut également blessé. Le fruit de cette victoire fut de 5.000 prisonniers faits à l’ennemi, 4 drapeaux et 18 pièces de canon tombèrent en notre pouvoir, et la perte en tués et blessés du côté des Autrichiens fut de 8.000 hommes. Cette victoire coûta cher aux Français : 7 généraux : Lannes, Vignolle, Verdier, Gardanne, Bon, Robert et Verne y furent blessés, et deux aides de camp de Bonaparte : Muiron et Elliot y furent tués.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Bataille du Pont d’Arcole sur Wikipedia

novembre 2, 2007

EMMANUEL-JOSEPH SIEYES (1748-1836), COMTE D’EMPIRE

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Emmanuel-Josep Sieyès (1748-1836), comte d’Empire

Sieyès était l’homme du monde le moins propre au gouvernement mais essentiel à consulter, car quelquefois il avait des aperçus lumineux et d’une grande importance.

(Napoléon Bonaparte)

Sieyès (Emmanuel-Joseph), né à Fréjus (Var) le 3 mai 1748 de « Honoré Sieyès, bourgeois, et de damoiselle dame Anglès. » Chanoine en Bretagne (1775) ; vicaire général et chancelier de l’église de Chartres (1784) ; au mois de janvier 1789, il se signala à l’attention publique par des brochures politiques restées célèbres, dont celle : Qu’est-ce que le Tiers Etat ? Elu, au mois de mai suivant, député du tiers état de Paris aux Etats généraux, c’est lui qui éclaira la marche de l’Assemblée nationale dès son début, et qui rédigea la formule du Serment du Jeu de Paume. Président de cett assemblée le 10 juin 1790, membre du directoire du département de Paris en février 1791, l’abbé Sieyès refuse la candidature d’évêque métropolitain de Paris. Il fut une des forces, un des inspirateurs et des guides de l’ Assemblée constituante. Nommé membre de la Convention nationale le 8 septembre 1792, pour le département de l’Orne, de la Gironde et de la Sarthe, il opta pour le dernier. Il vota pour la mort sans surcis et appel dans le procès du roi, et abjura la prètrise en brumaire de l’an II. D’ailleurs, il siégea à La Plaine dans la nouvelle Assemblée et y eut un rôle infiniment moins considérable que dans la première : ayant concentré ici toute son action sur le point de se ménager et de se conserver ! Son action fut franchement rétrograde dans la dernière période de la grande Assemblée. Elu, le 23 vendemaire an IV au Conseil des Cinq-Cents par 19 départements, il opta encore pour celui de la Sarthe, refusa de faire partie du Directoire exécutif et du Ministère des affaires étrangères. Réélu, le 23 germinal an VII à la même Assemblée, par le département d’Indre-et-Loire, il se rapprocha du Directoire et soutint le 18 fructidor. En juillet 1798, il fut nommé ministre plénipotentiaire à Berlin. A son retour, devant l’avilissement du pouvoir, l’anarchie croissante, il sentit, comme tant d’autres, la nécessité d’une dictature militaire, et songea à Joubert, qui lui fut enlevé par le désastre de Novi. Il sortit alors du Directoire et prépara avec Bonaparte le coup du 18 brumaire. Mais devant l’ambition de celui-ci, i sortit du Consulat. Bonaparte le récompensa par de l’argent et des honneurs, lui donna la terre de Crosne et le fit comte de l’Empire, grand officier et grand-croix de la Légion d’honneur. Il n’en vota pas moins la déchéance de Napoéon en 1814, lequel el fit encore pair des Cent-Jours. Après la seconde Restauration, Sieyès s’exila à Bruxelles et ne rentra en France qu’après la Révolution de 1830. Il mourut à Paris à l’âge de 88 ans, le 20 juin 1836.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Emmanuel-Joseph Sieyès sur Wikipedia

PAUL BARRAS (1755-1829)

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Vicomte Paul Barras (1757-1829)

Barras était d’une haute stature, il parla quelquefois dans les moments d’orage et sa voix couvrait alors la salle. Ses facultés morales ne lui permettaient pas d’aller au-delà de quelques phrases. La passion avec laquelle il parlait l’aurait fait prendre pour un homme de résolution, mais il ne l’était point : il n’avait aucune opinion faite sur aucune partie de l’administration publique.

(Napoléon Bonaparte)

Barras (Paul-François-Jean-Nicolas, vicomte de), capitaine, législateur, et membre du Directoire, né à Fox-Amphoux (Var) le 30 juin 1755, de « François de Barras et d’Elisabeth Pourcely », mort à Chaillot (Seine) le 29 janvier 1829 ; entra dans l’armée comme sous-lieutenant au régiment de Languedoc, et partit en 1775 pour l’Ile de  France. Capitaine au régiment de Pondichéry, il  échappa à la capitulation de cette ville et, mécontent de la conduite des affaires dans les colonies, se décida à venir prendre sa résidence à Paris où il dissipa en peu de temps tout son patrimoine. Il se trouvait dans une triste position quand la Révolution éclata ; il l’accepta avec enthousiasme, prit part à la prise de la Bastille, voulut encore défendre le roi et la reine, lorsque le peuple envahit le palais des Tuileries, mais les abandonna quand il s’aperçut qu’ils étaient complètement perdus. Il s’affilia aux Jacobins et les poussa aux événements du 10 août ; il était administrateur du Var depuis le 31 août 1791, quand il devint haut juré à Orléans, puis commissaire à l’armée d’Italie et administrateur du comté de Nice. Le 7 septembre 1792, il fut élu par le Var membre de la Convention. Il siégea d’abord à la Montagne, vota la mort du roi et le 31 mai se prononça contre les Girondins. Nouvellement en mission à l’armée d’Italie, il se rendit à Toulon et Dugommier lui confia le commandement de l’aile gauche assiégeante. Revenu à Paris, il fut de ceux qui préparèrent le 9 thermidor ; chargé de défendre la Convention contre Henriot, qui commandait la garde nationale, il agit en conséquence, et lorsqu’il eut réuni assez de troupes, prit l’offensive, s’empara de l’Hôtel de Ville et put se saisir de Robespierre et de ses patisans. Après cette journée, Barras oublia qu’il avait siégé à la Montagne, se rapprocha des modérés, fut nommé secrétaire,  puis président de la Convention, et ensuite membre du Comité de sureté générale. Pour donner le change, il sut ou voulut contenter un peu tout le monde, en attaquant d’une part les émigrés et en faisant proclamer jour de fête publique l’anniversaire de la mort de Louis XVI ; et, d’autre part, en poursuivant les derniers montagnards (1er prairial) et en mitraillant les sections révoltées de Paris (13 vendemiaire). Il fut alors nommé général en chef par la Convention en s’adjoignant Bonaparte qu’il avait connu à Toulon.  En brumaire an IV, élu par le conseil des Anciens membre du Directoire exécutif, il alla habiter le palais du Luxembourg avec 150.000 francs d’appointements, devint alors le véritable chef du pouvoir exécutif, et put donner libre carrière à ses appétits de luxe et de jouissances :  » La cour de Barras, dit le Dictionnaire des Parlementaires, donna le ton à la jeunesse dorée » dont Mme Tallien fut la reine. Bonaparte y rencontra la veuve du général de Beauharnais ; Barras la lui fit épouser, et lui fit donner le commandement en chef de l’armée d’Italie. Les élections de l’an V ayant été favorables en majorité aux royalistes, les deux conseils conspirèrent contre les institutions existantes, Barras très résolu encore, décida la résistance, et le 18 fructidor, aidé par Augereau, surprit les Tuileries, fit arrêter Pichegru et Barthélemy, son collègue,  ainsi que tous les députés réactionnaires aux cris de : A bas les aristocrates ! mais très perplexe sur l’avenir du Directoire, qui était de plus en plus discrédité, il fit rompre les conférences ouvertes avec l’Angleterre au sujet de la paix, écrivit en secret à Pitt, assure-t-on , offrant d’accepter les conditions proposées en échange de 50 millions pour ses amis et pour lui, mais cette combinaison échoua ; et après le 3 prairial, qui fut une revanche contre le Directoire, Barras demanda à entrer en relation avec Louis XVIII ; il devait recevoir 12 millions. Le Dictionnaire des Parlementaires nous apprend encore que l’agent royal, le chevalier Tropez de Guérin, écrivit à Louis XVIII, : « Ce n’est pas une misérable conspiration qui se trame par des particuliers sans moyens, sans alentours ; c’est le chef du gouvernement, c’est l’homme presque assis à votre place qui vous l’offre. » Les négociations traînèrent en longueur du coté des royalistes, ce qui permit à Bonaparte de revenir en toute hâte d’Egypte, et de faire le 18 brumaire. Entre temps, Barras avait été élu député du Var au conseil des Cinq-Cents (germinal an VI). Le coup d’Etat de brumaire l’annihila complètement, sa carrière politique fut brisée ; il donna sa démission de député et se retira à Grosbois. Bonaparte lui fit offrir l’ambassade de Dresde, celle des Etats-Unis et le commandement de l’armée de Saint-Domingue, mais il refusa d’une façon catégorique toutes ces places, ce qui irrita profondément le Premier Consul. Barras prit alors la détermination de se retirer à Bruxelles, et comme cette retraite lui pesait, il demanda à plusieurs reprises de faire cesser cet état de choses. Il obtint enfin, en 1805, d’aller habiter à Marseille pour raison de santé. Il revint à Paris au retour des Bourbons, et on le laissa vivre tanquillement dans sa maison de Chaillot. Il fut le seul régicide excepté de la loi du 12 janvier 1816.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Paul Barras sur Wikipedia

octobre 31, 2007

LAZARE CARNOT (1753-1823), COMTE D’EMPIRE

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Lazare Carnot (1753-1823), comte d’Empire

Carnot était travailleur, sincère dans tout, sans intrigues, mais facile à tromper. Il montra toujours un grand courage moral. Il a été fidèle, probe, et toujours vrai.

(Napoléon Bonaparte)

Carnot (Lazare-Nicolas-Marguerite, comte), officier général, législateur et membre du Directoire, né à Nolay (côte d’Or), le 13 mai 1753, de « Claude Carnot, avocat et notaire, et de Marguerite Pothier », mort à Magdebourg (Prusse), le 2 août 1823 ; fut admis le 1er janvier 1771, à l’école du génie de Mézières, et en sortit le 1er janvier 1774, lieutenant en premier, fut promu le 14 décembre 1783 capitaine à l’ancienneté, et admis le 10 mars 1787 membre de l’Académie d’Arras. En 1791, il fut nommé président de la société des Amis de la Constitution et le 31 août de la même année élu député du Pas-de-Calais à la Législative, eut un début assez pénible, et fut soupçonné de trahison pour avoir proposé la démolition de la citadelle d’Arras ; d’abord incompris, il dut s’expliquer :  » une citadelle est une monstruosité dans un pays libre, un repaire de tyrannie contre lequel doivent s’élever l’indignation des peuples et la colère des bons citoyens. Je demande la destruction de toutes les bastilles du royaume ; voilà les vérités que vous n’avez pas voulu entendre. Eh ! Comment aurai-je été appuyé ? Je suis militaire, je parle peu, et je ne veux être d’aucun parti. » Reconnaissant leur erreur, les membres de la Législative revinrent à carnot et le nommèrent successivement au comité diplomatique, au comité d’instruction publique, et au comité militaire. Le 31 juillet 1792, nommé commissaire avec Gasparin et Lacombe Saint-Michel pour l’organisation du camp de Chalôns ; il montra une très grande activité et il était chargé de former une nouvelle armée quand le 6 septembre 1792, il fut réélu, par le Pas-de-Calais, membre de la Convention ; il fut envoyé en mission sur la frontière d’Espagne pour y organiser la défense. De retour à la Convention, il vota « la mort » dans le procès du roi, fut un des cinq membres envoyés en mission près de Dumouriez pour y instruire sa conduite et eut la chance de ne pas être arrêté avec ses collègues, n’étant pas avec eux à ce moment. Il put écrire alors à la Convention le 6 avril : « Dumouriez est presque abandonné et sera bientôt seul… » la situation de notre frontière devient plus rassurante. Il put ajouter : « Ainsi, cette nouvelle trame n’aura servi, nous l’espérons, qu’à l’humiliation des traîtres et la République en aura tiré le plus grand de tous les avantages, si cet évènement peut enfin guérir les Français de leur idolâtrie pour les individus et le besoin de pouvoir admirer sans cesse. » Et grace aux dispositions de Carnot, les revers que nos armées avaient éprouvés au commencement de la campagne de 1793, se changèrent en victoires. Un conseil présidé par Carnot, arrêta les dispositions de la bataille de Wattignies, qui fut gagnée le 16 octobre 1793. Le 10 juillet de la même année, il fut nommé membre du Comité de Salut public et chargé spécialement du bureau de la guerre ; très laborieux il y travaillait seize heures par jour, et du fond de son cabinet, mettait en mouvement les quatorze armées de la République. Ses travaux d’organisation militaire ne l’empèchaient pas du reste de s’occuper en même temps des questions purement politiques, il devint en l’an II, président de la Convention. On lui doit, en grande partie, la réunion de la Belgique à la France. Il eut un moment des dissentiments avec son collègue du Comité de Salut public Robespierre et ne voulut jamais faire partie du club des Jacobins. Cependant la réaction thermidorienne voulut envelopper Carnot dans la chute de Robespierre, mais celui-ci objecta : « Un seul fait répondra, ce me semble, pour les prévenus : c’est que la France était aux abois lorsqu’ils sont entrés au Comité de Salut public et qu’elle était sauvée lorsqu’ils en sont sortis. » Carnot s’associa ensuite à la création de l’Ecole polytechnique, à la réorganisation de l’Ecole de Metz, à l’établissement du Conservatoire des arts et métiers et du Bureau des longitudes, du système uniforme des poids et mesures ; entra à l’Institut qu’il avait contribué à fonder en l’an III. Le 23 vendemiaire an IV il entra au Conseil des Anciens et fut nommé membre du Directoire exécutif. Les élections de l’an V ayant amené une majorité royaliste dans les deux conseils, trois des directeurs opinèrent pour un coup d’Etat. Carnot s’y étant opposé avec son collègue Barthélemy fut compris dans un arrêt de proscription après le 18 fructidor, il réussit à s’échapper et gagna la Suisse. Il fut déclaré déchu de ses fonctions de Directeur, de son siège de député et de celui de l’Institut. Après le 18 brumaire Bonaparte le nomma ministre de la guerre : il réorganisa l’administration militaire, fit transférer aux Invalides les cendres de Turenne, créa la Tour d’Auvergne premier grenadier de la République. Bonaparte ne tarda pas à prendre ombrage de Carnot et celui-ci donna sa démission de ministre le 13 vendemiaire an IX. Le Sénat l’ayant élut membre du Tribunat il fut, dans cette Assemblée, un des rares opposants à Bonaparte ; il combattit l’institution de la Légion d’honneur et le Consulat à vie ; et sur ce dernier point, quand on vint au vote Carnot écrivit sur le registre : « Dussé-je signer ma proscription, rien en saurait me forcer à déguiser mes sentiments. Non. CARNOT. » Et quand on vint au vote pour proclamer Bonaparte empereur, Carnot prononça les paroles suivantes :  » Quelques services qu’un citoyen ait pu rendre à sa patrie, il est des bornes que l »honneur autant que la raison imposent à la reconnaissance nationale. Si ce citoyen a restauré la liberté publique, sera-ce une récompense à lui offrir que le sacrifice de cette même liberté ? Le dépot de la liberté a été confié à Bonaparte ; il avait juré de la défendre. En tenant cette promesse, il eut rempli l’attente de la nation, il se fut couvert d’une gloire incomparable. Je vote contre la proposition. » Après la suppression du Tribunat, Carnot se retira à l’écart. La chute de 1814 vint le surprendre dans son domaine de Presles. Ayant appris la bataille de Bar-le-Duc, le 24 janvier, il écrivit à Bonaparte et lui offrit ses services. C’est alors qu’il fut chargé de la défense d’Anvers et sauta de grade en grade à celui de général de division, fit beaucoup de mal à l’ennemi dans sa défense et détruisit en grande partie leurs travaux. Après l’abdication de l’Empereur, Carnot adhéra aux actes du gouvernement provisoire et fut nommé inspecteur général du génie. Pendant les Cent-Jours, croyant à la sincérité de Napoléon, espérant voir les libertés rétablies en France il accepta le poste de ministre de l’intérieur et la dignité de pair de France, puis se laissa créer comte de l’Empire. Après avoir combattu le projet d’une seconde abdication, il proposa, le 20 juin 1815, dé déclarer la patrie en danger et d’appeler aux armes les gardes nationales de France. il fut nommé pour quelques jours, membre de la Commission provisoire, pour l’exercice du pouvoir exécutif. Au retour définitif des Bourbons, il dut s’expatrier en vertu de la loi sur les régicides, et alla se fixer à Magdebourg où il mourut en 1823.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Lazare Carnot sur Wikipedia

octobre 10, 2007

LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL MOREAU (1763-1813)

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Général Jean-Victor Moreau (1763-1813)

Il était supérieur pour commander une forte division ou un de mes corps d’armées, mais pour bien commander en chef il faut être un autre homme que lui.

(Napoléon Bonaparte)

Moreau (Jean-Victor), officier général né à Morlaix (Finistère) le 11 août 1763, mort le 2 septembre 1813 ; son père était avocat dans cette ville et sa famille fort estimée. Destiné au barreau, il fit de fortes études générales et spéciales et montra dès sa première jeunesse les grandes qualités qu’il déploya dans le reste de sa carrière. En 1790, il fut choisi et nommé commandant du bataillon de volontaires qui s’était formé dans le département du Morbihan, et se rendit avec ce corps, à l’ armée du Nord. Il s’adonna aussitôt à la théorie et à la pratique de l’art de la guerre ; c’est ainsi qu’il devint un des meilleurs tacticiens de l’Europe. Il donna, avec son bataillon, une adhésion entière au 10 août, et, un mois après, en septembre 1792, à la République. Il fut ébranlé dans ses dispositions politiques par la chute des Girondins, par le triomphe des Montagnards, et il montra de l’hésitation pour la Constitution de 1793. Mais la réputation de son bataillon avait attiré sur lui l’attention du général en chef, Pichegru, qui résolut de se l’attacher ; telle fut l’origine de leur liaison. Moreau fut nommé général de brigade à la fin de 1793, et général de division le 14 avril 1794. Il commença aussitôt en Belgique, une campagne brillante qui aboutit, dans l’hiver de 1795, à la conquête de la Hollande et de tous les Pays-Bas. A la retraite de Pichegru, Moreau fut nommé général en chef de l’ armée du Rhin-et-Moselle, et fit la célèbre campagne de 1796, qui affranchit le Rhin et nous ouvrit le coeur de l’Allemagne. Il y avait pénétré à plus de deux cents lieues ; mais apprenant que les les armées du Nord et de Sambre-et-Meuse, qui devaient converger vers lui, étaient battues et rétrogadaient, il opéra une merveilleuse retraite, ne se laissant pas entamer et faisant subir des pertes considérables à l’ennemi. Il eut à lutter, dans cete guerre acharnée, avec le prince Charles, commandant toutes les forces germaniques ; il y fut secondé par Desaix, Férino, Jourdan, Hoche, etc. Mais ces hauts succès militaires, arrêtés tout au moins par les préliminaires de paix que le général Bonaparte avait assez irrégulièrement ouverts à Léoben, le 27 avril 1797, ne permirent point à Moreau d’en obtenir le résultat. C’est vers ce temps que l’interception d’une correspondance de Pichegru lui apprit la trahison de ce général, sur lequel il avait déjà des soupçons ; il l’a communiqua, tardivement a-t-on dit, au Directoire (fructidor an V, septembre 1797). Il tomba en disgrâce et demanda sa retraite. Elle ne fut pas de longue durée. La France était toujours menacée par la coalition ; on avait besoin d’hommes de valeur pour tenir tête à tant d’ennemis. Moreau et Kléber furent rappelés : le premier alla reprendre en Italie la place de Schérer, qui se trouvait dans une position désespérée. Il resta dans cette situation subordonnée jusqu’à l’arrivée de Joubert, mais après la mort de ce général, à la suite de la douloureuse bataille de Novi, il reprit le commandant en chef jusqu’au jour où il reçut le commandement de l’armée du Rhin. Ce fut à ce moment qu’il fit la connaisance de Bonaparte, qui en fit son allié. Moreau l’aida à exécuter le 18 brumaire. Le 25 avril 1800, il était à la tête de son armée, battant chaque jour les Autrichiens, jusqu’à la journée de Hohenlinden ; cette victoire célèbre lui donnait la clef de leur capitale, juste au moment où la paix était conclue, en 1801. Moreau avait goûté les enivrements de la victoire, sans en avoir aucun des résultats ; il revint à Paris, et eut le malheur d’épouser une femme ambitieuse qui domina son caractère et accrut l’amertume de ses griefs. La déférence qu’il avait pour Bonaparte fit bientôt place au plus profond éloignement : il refusa la décoration de la Légion d’honneur, et sa maison fut bientôt désignée sous le nom de « Club Moreau ». On y flagellait la « Cour Bonaparte ». Le futur Empereur affecta de prendre patience, mais son rival, bientôt accusé de complicité avec Pichegru et les partisans de Louis XVIII, fu poursuivi et condamné à deux ans de détention ! En 1804, il obtient sa grâce et passa en Espagne ; en 1805, il arrivait aux Etats-Unis. Il y vécut paisiblement jusqu’en 1813 ; mais à ce moment l’Empereur de Russie, Alexandre, lui fit de brillantes propositions, ayant pour but de renverser Napoléon ; il se rendit immédiatement à Prague, et, en présence des souverains alliés, avec le futur roi de Suède, Bernadotte, son ancien compagnon d’armes, il élabora le plan des campagne de 1813 et 1814. Il fut bléssé mortellement lors de l’exécution de ce plan, le 27 août 1813, par un boulet français, à la bataille de Dresde, aux côtés de l’empereur de Russie ; il ne succomba que le 2 septembre. Sa femme, qui fut la cause de la malheureuse détermination qui lui coûta la vie et l’honneur, reçut une dotation de la Russie, Lousi XVIII en fit autant, en y ajoutant le titre honorifique de « Maréchale ».

(Extrait du dictionnaire sur  la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Général Moreau sur Wikipedia

octobre 9, 2007

GENERAL JEAN-CHARLES PICHEGRU (1761-1804)

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Général Jean-Charles Pichegru (1761-1804)

Avant de commettre une faute, il a honnêtement servi son pays. Je n’ai pas besoin de son sang.

(Napoléon Bonaparte)

Pichegru (Jean-Charles), général, député du Jura au Conseil des Cinq-Cents, élu le 23 germinal an V ; né à Arbois (Jura), le 16 février 1761, mort à Paris, le 5 avril 1804, ; fils de « Pierre Pichegru et de Françoise Roumain, cultivateurs » ; fit ses études chez les Minimes d’Artois, où il montra de grandes dispositions pour les mathématiques ; à l’âge de 18 ans, il fut envoyé par sa congrégation au collège de Brienne, comme maître répétiteur de quartier. Quoique destiné à rester dans les ordres, suivant les conseils de son ancien maître le Père Patrault, il jeta le froc, et, en 1783, s’engagea dans le 1er régiment d’artillerie à pied ; il franchit rapidement tous les grades jusqu’à celui d’adjudant, et allait être nommé officier lorsque la Révolution éclata ; enthousiasmé du nouvel ordre des choses, il en adopta les principes, présida le club démocratique de Besançon ; puis, à la tête d’un bataillon de volontaires du Gard qui l’avait choisi pour commandant, il alla rejoindre l’armée du Rhin. En 1792, employé à l’état-major de cette armée, il arriva promptement au grade de général de brigade, à celui de général de division le 4 octobre 1793 ; peu de temps après il était nommé général en chef de son corps d’armée. Par sa tactique et son habileté, il fut désigné, le 7 février 1794, au commandement de l’ armée du Nord, qui s’empara promptement de Cassel, Courtrai, Menin, Hooglède, Bruges, Gand, Anvers, Bois-le-Duc, Venloo, Nimègues ; le 27 décembre, il alla prendre l’île de Bommel ; le 19 janvier 1795 il entrait victorieusement dans Amsterdam, et bientôt ses troupes occupaient la Zélande, le Brabant et La Haye. Envoyé à l’Armée du Rhin, il eut l’indignité d’écouter les propositions des agents du prince de Condé, qui lui firent de promesses pompeuses, qui le grisèrent d’ambition : il commençait à laisser les Autrichiens remporter quelques succès sur nos armes, lorsque le Directoire soupçonnant sa conduite, le remplaça par Moreau en 1796. L’année suivante, élu au conseil des Cinq-Cents, il en devient président en même temps que l’âme du parti contre-révolutionnaire. Au 18 fructidor il fut déporté avec ses partisans à Sinnamary, dont ils ‘évada. Il se rendit à Londres et en Allemagne où il conspirait la chute de la république. A la demande du Premier Consul, il fut expulsé de Prusse, revint à Londres, se lia avec Georges Cadoudal et devint le chef d’une conspiration ayant pour but l’assassinat du Premier Consul ; en 1804, il arriva secrètement à Paris avec Georges ; dénoncé par un ami, il fut arrêté, conduit à la prison du Temple, et au moment où le procès devait avoir lieu devant la cour, on le trouva étranglé dans sa chambre. On accusa Bonaparte de ce crime, il s’en défendit : la justice n’aurait pu prononcer que sa mort. Le gouvernement de la Restauration lui éleva une statue à Besançon, que le peuple brisa en morceaux à la Révolution de 1830.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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octobre 8, 2007

BENJAMIN-HENRI CONSTANT DE LA REBECQUE (1767-1830)

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Benjamin Constant de la Rebecque (1767-1830)

 

 

Comme homme d’esprit, écrivain, il fallait qu’il écrive, qu’il accuse. Il était l’amant de Madame de Staël qui eût aimé me culbuter. Il avait été fort partisan du 18 Fructidor et du 18 Brumaire. Constant avait toujours été désireux de se rapprocher de moi sous l’Empire.

(Napoléon Bonaparte)

Constant (Benjamin-Henri), publiciste, législateur, et conseiller d’Etat, né à Lausanne (Suisse), le 25 octobre 1767, de « M. Juste Constant, citoyen de Lausanne, et de dame Henrielle de Chaudieu » ; mort à Paris le 8 décembre 1830, vint se fixer à Paris, entra en relation avec le parti républicain, et fit l’apologie du Directoire dans une brochure Sur la force du gouvernement actuel de la France, écrivit à Barras pour le féliciter d’avoir sauvé la république le 18 fructidor, publia un nouvel écrit : Des réactions politique et Des effets de la Terreur, devint ensuite l’orateur du Cercle constitutionnel de la rue de Lille, opposé au club de Clichy, puis fut nommé, en nivôse an VIII, membre du Tribunat ; fut un des plus ardents de l’oppostion indépendante, parla en faveur du jury. Son indépendance le fit éliminer de cette Assemblée en l’an X. Par ordre de Bonaparte, il fut banni de France et se retira d’abord en Allemagne, résida principalement à Weimar où il se lia avec Schiller et Goethe. A quelques temps de là, il lui fut permis de rentrer en France, mais il préfera, après un court séjour, se fixer à Coppet, chez Mme de Staël, entra en relation avec Bernadotte, roi de Suède, et fut décoré par lui de l’Etoile polaire. Après le retour des Bourbons en 1814, il rentra en France. Quand l’Empereur revint de l’île d’Elbe, Benjamin Constant fut pris de colère et traita Bonaparte « d’Atilla, de Gengis Kan, plus terrible, plus odieux encore » ; mais singulier retour des choses d’ici-bas, parti pour Nantes avec le dessein de gagner les Etats-Unis, il réfléchit, et, au bout de huit jours, revint à Paris, et le surlendemain de son arrivée (14 avril 1815), l’Empereur le fit appeler près de lui pour lui demander un projet de Constitution. Il sortit de cette entrevue absolument gagné à la cause impériale et fut nommé, le 20 avril, conseiller d’Etat ; ce fut lui qui rédigea entre autres, l’article 26 de l’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire. Après Waterloo, Benjamin Constant se rendit en Angleterre, et ne revint en France qu’en 1816, lança contre les ultra-royalistes son livre : Des moyens de rallier les partis en France, collabora au Mercure, et fut un des principaux fondateurs de la Minerve. Le 25 mars 1819, élu député de l’opposition par le collège de la Sarthe, il parla en faveur de la liberté de la presse et contre les lois d’exception, fut réélu en 1824, dans le IVe arrondissement de Paris, et en 1827, à Paris et Strasbourg ; continua à siéger dans l’opposition, prit la parole contre les lois de tendance, de sacrilège, de droit d’ainesse, de justice et d’amour, et dans tous les débats importants. Il fut des 221 et obtint sa réélection le 23 juin 1830. Après les journées de juillet, il accepta de Louis-Philippe un don de 300.000 francs, fut appelé à la présidence du Conseil d’Etat, et mourut peu de temps après.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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octobre 4, 2007

CHARLES-FRANCOIS LEBRUN (1739-1824), ARCHITRESORIER DE L’EMPIRE, DUC DE PLAISANCE

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Charles-François Lebrun (1739-1824), duc de Plaisance

Naturellement dissimulé, inobligeant, dur et sans affection, dévoré d’ambition.

(Napoléon Bonaparte)

Lebrun (Charles-François, duc de Plaisance), avocat, inspecteur général des domaines, publiciste et législateur, né à Saint-Sauveur-Lendelin (Manche), le 19 mars 1739, de « M. Paul Lebrun, et de Louise Lecrosnier », mort à Saint-Mesme (Seine-et-Oise) le 16 juin 1824 ; était avocat quand il devint censeur royal sous Maupéou, fut précepteur du fils de ce dernier et grâce à sa protection Lebrun fut nommé inspecteur général des domaines de la couronne, puis se livra à la culture des lettres de 1774 à 1789. Elu, le 29 mars 1789, député du Tiers aux Etats généraux par le bailliage de Dourdan, il vota presque toujours avec le côté gauche de cette assemblée et, à l’expiration de son mandat, devint président du directoire de Seine-et-Oise, puis donna sa démission au 10 août 1792, devint suspect, fut enfermé à Versailles et ne fut véritablement libre qu’après le 9 thermidor. Le 27 vendemiaire an VI, il fut élu par la Seine-et-Oise député au Conseil des Anciens, et vit son mandat renouvelé le 25 germinal an VII, s’abstint de prendre part directement à l’évènement du 18 brumaire, mais malgré cette abstention, il fut nommé membre de la commission intermédiaire des Anciens, puis le 22 frimaire an VIII, troisième consul et comme il avait de nombreuses relations dans le monde de l’ancienne noblesse, le futur Louis XVIII essaya par l’entremise de Mme de Pracomtal, de le gagner à la cause royaliste. Lebrun mit fin aux espérances du comte de Provence en lui disant, le 20 fructidor an VIII, dans une lettre directe : « C’est pour aider à sauver la patrie que j’ai accepté la place que j’occupe ; mais il faut vous le dire, et je vous crois le courage de l’entendre ; ce n’est pas en lui donnant un roi qu’on peut la sauver aujourd’hui. » Le 28 floréal an XII, à l’avènement de l’Empire, il fut nommé architrésorier et grand cordon de la Légion d’honneur le 10 pluviôse an XIII. Lebrun, quoique dévoué à Bonaparte, montra, vis-à-vis de lui, une certaine indépendance et bien qu’il eut accepté, le 19 mars 1808, le titre de duc de Plaisance, il fit tous ses efforts pour qu’il ne créât pas une nouvelle noblesse. En 1805, il fut nommé gouverneur général du territoire de la République de Gênes. Après l’abdication du roi Louis de Hollande, en 1810, Lebrun fut chargé d’une mission extraordinaire dans ce pays et partit, avec le titre de lieutenant général de l’Empereur, pour y organise tous les services publics. En quinze mois, il vint à bout de cette tâche, et y resta avec le titre de gouverneur général. L’année suivante, les alliés envahirent la Hollande et une insurrection éclata à Amsterdam, Lebrun dut lors abandonner son poste, mais dignement et en plein jour. Sous la première Restauration en 1814, il resta fidèle à Napoléon, mais après l’abdication de ce dernier, il accepta de Louis XVIII la dignité de pair de France (4 juin 1814). Au retour de l’île d’Elbe, il fut nommé grand maître de l’Université et pair des Cent-Jours (2 juin 1815) ; Louis XVIII, revenu de Gand, le priva de ses dignités, mais par un décret du 5 mars 1819, il put sièger de nouveau dans la Chambre haute. Il se retira peu de temps a près à Saint-Mesme où il mourut. Il était membre de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres depuis l’an XI. On a de lui : Jérusalem délivrée ; La Voix du citoyen ; l’Odyssée d’Homère, etc.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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octobre 3, 2007

BERNARD-HUGUES MARET (1763-1839), DUC DE BASSANO

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Hugues-Bernard Maret (1763-1839), duc de Bassano

Bassano et Caulaincourt, deux hommes de coeur et de droiture.

(Napoléon Bonaparte)

Maret (Bernard-Hugues, duc de Bassano), avocat , ambassadeur, secrétaire général des Consuls, ministre et législateur, né à Dijon (Côte d’Or) le 22 juillet 1763, de « Hugues Maret, docteur médecin, et de Jeanne Malechard », mort à Paris, le 13 mai 1839 ; était avocat quand il vint à Paris, s’intéressa au mouvement révolutionnaire et assista assidûment aux séances de la Constituante et en publia un récit fidèle sous le nom de Bulletin de l’Assemblée. Panckoucke, à peu de temps de là, lui proposa d’effectuer ce travail dans les colonnes du Moniteur ; ce qui fut l’origine du Journal Officiel. Dans son bureau de rédaction, il fit la connaissance de Bonaparte, logé, comme lui, à l’hôtel de l’Union, entra dans la Société des Amis de la Constitution ou des Jacobins, mais en sortit après l’affaire du Champs-de-Mars, puis contribua à la création du club des Feuillants. Lorsque Lebrun devint ministres des Relations extérieures, Maret entra dans ses bureaux avec une place de directeur et disparut à la chute des Girondins, mais devint, en juillet 1793, ambassadeur à Naples. Il se rendit à son poste accompagné de Sémonville qui lui, allait à Constantinople, quand ils furent tous les deux arrêtés en Piémont par les Autrichiens. Conduits à Mantoue, puis à Brunn, où ils subirent trente mois de captivité, ils ne furent remis en liberté qu’en échange de la fille de Louis XVI. Maret revit Bonaparte à son retour d’Egypte et ils renouèrent leurs anciennes relations. Il devint après le 18 brumaire, secrétaire général des Consuls, et, jusqu’en l’an X, il partagea avec Bourrienne les fonctions de ce poste de confiance, mais après la disgrâce de son collègue, il cumula les fonctions de secétaire d’Etat et de chef de cabinet, fut fait membre de la Légion d’honneur le 9 vendemiaire an XII et grand officier le 25 prairial suivant, puis grand aigle le 2 février 1805. Il accompagna l’Empereur en Allemagne et en Pologne et prit part à la rédaction du traité de Presbourg, et aux conférences de Tilsitt, d’Erfurt et de Bayonne. Le 3 mai 1809, il fut créé comte de l’Empire, et duc de Bassano le 15 août de la même année. Nommé le 17 avril 1811, ministre des Affaires étrangères, au moment de la rupture avec la Russie, il fut chargé de négocier avec la Prusse et l’Autriche un traité d’alliance offensive et défensive, suivit la retraite depuis Moscou et rédigea, en 1813, les ordonnances qui réglaient l’organisation de la garde nationale et la levée de 350.000 hommes. Il se démit le 19 novembre 1813 de son portefeuille des Affaires étrangères mais resta le confident de l’Empereur, qu’il accompagna pendant la Campagne de 1814, et qu’il ne quitta qu’à Fontainebleau. Il reprit, pendant les Cent-Jours, ses fonctions de ministre d’Etat, et fut nommé pair de France le 2 juin 1815. Au retour de Gand, Maret fut compris dans l’ordonannce du 24 juillet, et se retira à Lintz, puis à Gratz. A cette même époque, il fut exclu de l’Académie française, dont il faisait partie depuis l’an XI. Il ne revint à Paris qu’en 1820, et on le vit reparâitre à la vie politique qu’après la Révolution de 1830. Louis-Philippe le nomma pair de France le 19 novembre 1831 ; il devint, en novembre 1834, ministre président du Conseil, mais il fut à peine installé qu’une nuée de créanciers vint pratiquer des saisies-arrêts sur son traitement ; ce qui abrégea la durée de son ministère, qui ne vécut que trois jours. Il se retira alors, ne se mêlant plus de politique active.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LA FAMILLE DE NAPOLEON – LUCIEN BONAPARTE (1775-1840), PRINCE DE CANINO ET MUSIGNANO

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Lucien Bonaparte (1775-1840), prince de Canino et Musignano

Beaucoup d’esprit, des connaissances, et beaucoup de caractère… ornement de toute assemblée politique.

(Napoléon Bonaparte)

Bonaparte (Lucien, prince de Canino et Musignano), législateur, ministre et ambassadeur, né à Ajaccio (Corse), le 21 mars 1775, de « Charles Bonaparte et de Laetitia Ramolino« , mort à Viterbe (Italie) le 29 juin 1840, frère cadet de l’Empereur ; se réfugia à Marseille lors du soulèvement de la Corse provoqué par Paoli, entra dans l’administration et devint garde-magasin à Saint-Maximin (Var) ; se fit alors appeler Brutus Bonaparte, citoyen sans-culotte, devint le chef du parti révolutionnaire de l’endroit, épousa la soeur de son aubergiste Catherine Boyer, et, ajoute le Dictionnaire des Parlementaires, « aussi illettrée que jolie ». Quelques temps après, nommé inspecteur des charrois à Saint-Chamans, il fut arrêté et relâché aussitôt après les journées de prairial, vint à Marseille où par l’influence de son frère Napoléon, il fut envoyé à l’armée du Rhin comme commissaire en Corse et le 25 germinal an VI, nommé député au Conseil des Cinq-Cents par le département de Liamone, en faveur de la liberté de la presse, et en fut nommé président. Il profita de cette situation pour aider son frère à faire le 18 brumaire. Le 4 nivôse an VIII, Lucien succéda à Laplace comme ministre de l’intérieur, le 15 brumaire an IX, échangea ce poste contre celui d’ambassadeur à Madrid, et son frère, qui ne savait rien lui refuser, le fit entrer au Tribunat (6 germinal an X) ; fut nommé grand officier de la Légion d’honneur (10 pluviôse an XII), comme prince de sang devint sénateur de droit, fut ensuite pourvu de la sénatorie de Trèves. De cette époque date de profonds dissentiments qui devaient éclater entre les deux frères ; ce fut surtout son second mariage avec Mme Jouberthon qui irrita profondément l’Empereur et qui fut cause que Lucien partit en Italie prendre possession de sa terre de Canino devenue principauté. En 1807, l’Empereur ayant fait une nouvelle tentative pour faire divorcer Lucien d’avec sa seconde femme, ce dernier prit le parti de partir pour l’Amérique et le 1er août il s’embarqua avec sa famille, à Civita-Vecchia, fut pris par un croiseur anglais et conduit à Naples, et enfin amené en surveillance en Angleterre, à Dudlow, où il séjourna trois ans. Le 13 mai 1815, élu, par l’Isère, représentant à la chambre des Cent-Jours, il refusa ce mandat, ayant été nommé pair de France. Le 2 juin de la même année, le Dictionnaire des Parlementaires nous apprend encore que, dans un conseil privé tenu au moment du départ de l’Empereur pour l’armée, Lucien proposa d’accepter l’abdication offerte par Napoléon et d’instituer la régence de Marie-Louise ; le conseil fut du même avis, mais Napoléon qui avait adhéré, refusa le lendemain et partit pour Waterloo. Ayant échoué dans ses combinaisons, Luciens e retira à Neuilly, reprit le chemin de l’Italie où il s’installa près de Viterbe. On a de lui : Charlemagne ou l’église délivrée ; la Cyrneide ou la Corse délivrée.

(Extrait du du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien  : Lucien Bonaparte sur Wikipedia

octobre 2, 2007

LA FAMILLE DE NAPOLEON – JOSEPH BONAPARTE (1768-1844), ROI D’ESPAGNE

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Joseph Bonaparte (1768-1844), roi d’Espagne

Joseph, c’est un fort bon homme. Je ne doute pas qu’il ne fît tout au monde pour moi ; mais toutes ses qualités tiennent uniquement de l’homme privé. Dans les hautes fonctions que je lui avais confiées, il a fait ce qu’il a pu, mais dans les circonstances bien grandes la tâche s’est trouvée peu proportionnée avec ses forces.

(Napoléon Bonaparte)

Bonaparte (Joseph-Napoléon, roi de Naples puis d’Espagne, comte de Survilliers), commissaire de guerre, législateur, ministre plénipotentiaire, officier général, et roi, né à Corte (Corse), le 7 janvier 1768, de « Charles Bonaparte et de Laetitia Ramolino« , mort à Florence (Italie), le 28 juillet 1844, fut obligé en 1793 de partir de la Corse par suite de la révolte de Paoli, et vint se réugier à Marseille, devint secrétaire de Saliceti, puis en l’an V fut nommé commissaire des guerres à l’armée d’Italie, sous les ordres de son frère. Elu, le 23 germinal an V, député du Golo, au Conseil des Cinq-Cents, il vit sont élection contestée par le parti clichyen, qui ne pardonnait pas depuis le 13 vendemiaire, à Bonaparte d’avoir mitraillé leurs amis et le considérait comme entaché de jacobinisme, mais après le 18 fructidor il put siéger et fut nommé ambassadeur à Parme, puis à Rome. Arrivant dans cette ville, il eut à lutter contre les réactionnaires de l’entourage du pape et fit remettre en liberté les patriotes emprisonnés, fut attaqué dans sa résidence au palais Corsini et vit tomber à côté de lui le général Duphot, lâchement assassiné par les séides du pape. De retour à Paris, le Directoire approuva sa conduite. Réélu, par le même département, le 23 germinal en VI, député aux Cinq-Cents, il en devint secrétaire le 2 pluviôse an VII, donna sa démission de député le 8 pluviôse an VIII et fut nommé, le 13 ventôse suivant, ministre plénipotentiaire en Bohême, fut promu grand électeur le 28 floréal an XII, puis connétable et sénateur de droit le 22 thermidor suivant, grand officier de la Légion d’honneur le 10 pluviôse an XIII. Le 3 janvier 1806, il fut nommé général de division, et enfin accepta, le 31 mars suivant, la couronne de Naples et des Deux Siciles, ne fut pas très heureux comme roi de ce pays, quitta Naples pour aller s’assoir à Madrid sur le trône occupé autrefois par Charles Quint, ne sut pas davantage se faire aimer à Madrid, et en fut plusieurs fois chassé, quitta définitivement ce trône en 1813, et entra en France à la suite de l’armée française, puis reçut en compensation le titre de lieutenant général de l’Empire et le grade de commandant de la garde nationale en janvier 1814. Il engagea énergiquement les Parisiens à la résistance contre les alliés, mais prit personnellement le soin de se mettre à l’abri du danger en abandonnant Paris le 30 mars pour accompagner à Blois l’impératrice Marie-Louise. Après l’abdication de son frère, Joseph partit pour la Suisse où il acheta la terre de Prangins, puis au retour de l’île d’Elbe, il fut nommé, le 2 juin 1815, membre de la chambre des pairs. Après Waterloo, Joseph quitta Paris et s’embarqua à Rochefort pour les Etats-Unis. Il prit sa résidence près de Philadelphie, sous le nom de comte de Survilliers. Après la Révolution de 1830, il protesta contre l’établissement du gouvernement de Louis-Philippe, et vint habiter en Angleterre. Sur la fin de sa vie, il obtint en du grand-duc de Toscane l’autorisation de venir résider à Florence où il mourut en 1844.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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CHARLES-MAURICE TALLEYRAND-PERIGORD (1754-1838), PRINCE DE BENEVENT

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Charles-Maurice Talleyrand-Périgord (1754-13838), prince de bénévent

Je l’ai couvert d’honneurs, de richesses, de diamants. Il a employé tout cela contre moi ! Il m’a trahi autant qu’il le pouvait à la première occasion qu’il a eue de le faire. Comment voulez-vous que cet homme ne soit pas riche, ayant vendu tous ceux qui l’ont acheté ?

(Napoléon Bonaparte)

Talleyrand-Périgord (Charles-Maurice de, prince de Bénévent), législateur et homme d’Etat ; fils de « Charles Daniel, comte de Talleyrand-Périgord, lieutenant-général des armées et du roi, et d’Alexandrine-Marie-Victoire de Damas d’Aubigny » ; né à Paris le 13 février 1754, mort le 17 mai 1838. Boiteux depuis l’âge d’un an, ne pouvant embrasser cette profession des armes qu’avaient illustrée ses ancêtres, il fut destiné à l’Eglise, et c’est sous le nom d’abbé de Périgord qu’il entra dans le monde. Agent général du clergé de France en 1780, évêque d’Autun en 1788, membre de l’assemblée des notables, puis des Etats généraux. D’esprit conciliant et large, il fut l’un des premiers évêques qui, avec la majorité du bas clergé et la minorité de la noblesse, se joignirent au tiers état. Il devint dès lors un des membres les plus actifs, souvent même les plus libéraux de l’Assemblée constituante. C’est lui qui en octobre 1789, proposa de mettre les biens du clergé à la disposition de la nation ; c’est lui encore qui, le 14 juillet 1790, officia sur l’autel de la Patrie, y bénit les drapeaux des fédérés de tous les départements. Il se prononça pour la constitution civile du clergé, à laquelle il préta serment, et il sacra lui-même les évêques assermentés.

En 1792, il fut envoyé, sans caractère officiel, à Londres, pour établir une alliance nationale ; les résultats obtenus furent négatifs. Après le 10 août, il n’en obtint pas moins, du conseil exécutif, une mission secrète en Angleterre, et ce fut à Londres qu’il connut le décret d’accusation lancé par la Convention contre lui ; en novembre 1792, à la suite de la découverte des papiers de l’armoire de fer. Talleyrand se montrait déjà ce qu’il devait être plus tard.

En 1793, Pitt lui fait intimer l’ordre de quitter l’Angleterre ; il se réfugie en Amérique, y refait sa fortune en quelques mois par le commerce, et, en 1796, il revient à Paris. Le crédit de Mme de Staël lui fait obtenir du Directoire le ministère des relations extérieures. Son prodigieux sens des choses et des hommes lui fait aussitôt sentir que Bonaparte est l’homme de la situation. Il s’attache à ses pas, s’associe au coup d’Etat du 18 brumaire, et fut nommé ministre des relations extériereures du nouveau gouvernement. Dès lors, il prit part à toutes les grandes transactions diplomatiques du Consulat et, pour prix des négociations du Concordat, qu’il avait conduites avec infiniment d’habileté, le pape le releva de ses voeux religieux. Grand chambellan en 1804, prince de bénévent en 1806, il devient un fervent partisan de l’alliance autrichienne, et, devant la politique de l’Empereur à Tilsitt, il renonce au ministère. Il est alors nommé vice-grand Electeur avec 500.000 francs de traitement.

La guerre d’Espagne, qu’il a pourtant conseillée lui fait entrevoir la chute de l’Empire ; et dès lors tout doucement il commence à séparer sa fortune de celle de l’Empereur et à se chercher de nouveaux maîtres. Dès 1810, il commence une sourde opposition ; il est privé de sa charge. En 1814, il change entièrement de face et intrigue ouvertement en faveur des Bourbons ; il excite contre l’Empereur les souverains étrangers, met en avant le nom des Bourbons et provoque la déchéance de la dynastie napoléonienne. Chef du gouvernement provisoire le 1er avril 1814, il est nommé par Louis XVIII ministre des affaires étrangères. Ce fut à ce titra qu’il alla représenter la France au congrès de Vienne. Son habileté y fut très grande ; il posa et fit reconnaitre le principe de la légitimité et signa avec l’Autriche et l’Angleterre le fameux traité du 3 janvier 1815. Ministre de Louis XVIII pour la deuxième fois après les Cent-Jours, il fut obligé de se retirer devant la répulsion des députés et la haine de la famille royale. Il fut nommé grand chambellan, pair de France, et s’employa dès lors à faire de l’opposition dans les salons où son esprit et ses bons mots le faisaient rechercher.

Après la Révolution de Juillet, il accepta d’être nommé ambassadeur à Londres et son dernier acte diplomatique fut le traité de la quadriple alliance (1834). Il rentra en France en 1835 et vécut dès lors dans la retraite. Talleyrand fut un de nos plus habiles diplomates, et comme le dit Mignet, une des plus grandes renommées de la révolution, mais ce fut un homme funeste par l’exemple de la vénalité et de corruption qu’il offrit en exemple à ses contemporains.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Charles-Maurice Talleyrand Périgord sur Wikipedia

octobre 1, 2007

JOSEPH FOUCHE (1759-1820), DUC D’OTRANTE

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Joseph Fouché (1759-1820), duc dOtrante

Celui-ci n’est qu’intrigant ; il a prodigieusement d’esprit et de facilité d’écrire. C’est un voleur qui prend de toutes mains. Il doit avoir des millions ! Il a été un grand révolutionnaire, un homme de sang. Il croit racheter ses torts ou les faire oublier en cajolant les parents de ses victimes et se faisant, en apparence, le protecteur du Faubourg Saint-Germain. C’est un homme qu’il peut être utile d’employer parce qu’il est encore le drapeau de beaucoup de révolutionnaires, et d’ailleurs très capable, mais je ne puis jamais avoir confiance en lui.

(Napoléon Bonaparte)

Fouché (Joseph, duc d’Otrante), oratorien, avocat, législateur, ambassadeur et ministre de la police, né au Pellerin (Loire-Inférieure), le 21 mai 1759, de « Joseph Fouché, capitaine de navire marchand, et de Marie-Françoise Croiset », mort à Trieste (Autriche) le 25 décembre 1820 ; débuta comme oratorien et professa à Juilly, à Arras, et à l’école militaire de Vendôme et était préfet des études à Nantes au moment de la Révolution, il quitta alors l’habit ecclésiastique et devint avocat ; il était devenu principal du collège de Nantes, quand il fut élu, par la Loire-Inférieure, membre de la Convention ; lors du procès du roi, il vota « la mort sans sursis », fut ensuite envoyé en mission dans l’Aube pour y faire exécuter le décret de l’Assemblée sur la réquisition, puis adhéra aux événements des 31 mai et 2 juin, partit en mission pour la Nièvre et poursuivit l’anéantissement de toutes les enseignes religieuses qui se trouvaient sur les routes, sur les places et dans les lieux publics. A Nevers et aux environs, au mois de septembre 1793, il fit, de concert avec le procureur général de la commune de Paris, G. Chaumette, venu en ce pays pour des affaires privées, une tentative antérieure à toute autre pour faire disparaître le catholicisme et le remplacer par le culte de la Raison : interdisant toute manifestation cultuelle hors des églises, donnant aux funérailles un caractère purement civil, laïcisant les cimetières (octobre 93), faisant enlever partout, pour les envoyer à la Convention et à la monnaie de Paris, les ornements d’or et d’argent des églises ; enfin, prenant, relativement aux fortunes privées, des mesures d’un socialisme radical.

A peine de retour de cette mission il fut envoyé le 3 octobre suivant avec Collot d’Herbois à Lyon, après l’insurrection royaliste de cette ville pour y contribuer à la réduction de la cité révoltée, que les armées de la République venaient de reprendre. Il s’y montra intraitable, cruel, non seulement en partageant avec son terrible collègue la responsabilité des mitraillades, mais encore en activant les opérations martiales de l’inexorable commission militaire qui y fit couler tant de sang. La conduite de Fouché dans cette circonstance fu trouvée tellement extravagante, que le Comité de Salut Public jugea prudent de le rappeler.

Rentré à Paris vers le milieu de germinal, il triompha aux Jacobins dont il fut nommé président, et parut être, au moment des préparatifs de la fête de l’être Suprême, l’un des membres les plus décidés et les plus influents, parmi ceux qui, dès lors, faisaient une opposition à la politique de Robespierre. Celui-ci le comprit, lui reprocha ses crimes et le fit exclure du club des Jacobins le 26 messidor. C’est dire qu’il se rangea définitivement parmi les auteurs de la journée du 9 thermidor suivant. Après le 9 thermidor, il s’ingénia à vouloir ménager tous les partis ; on sentait déjà en lui le futur ministre de la police ; se voyant très menacé il essaya de rentrer dans les bonnes grâces des thermidoriens, et demanda leur protection, mais sur la proposition de Boissy-d’Anglas, Fouché fut décrété d’arrestation. L’amnistie du 4 brumaire an IV le rendit trois mois après à la liberté. Sous le Directoire, ayant su capter la confiance de Barras, ce dernier le fit nomme ambassadeur à Milan (15 vendemiaire an VII), puis ambassadeur en Hollande où il resta jusqu’à ce ce qu’il fut appelé au ministère de la police (2 thermidor an VII), en remplacement de Bourguignon. Aussitôt installé il montra une certaine énergie en supprimant 11 journaux d’un seul coup, et après avoir louvoyé autour de Bonaparte, de retour d’Egypte, il sut de suite ce qu’il avait à faire et n’hésita pas. Fouché connaissait à fond les divers partis, tous leurs secrets et leurs espérances ; il les livra au vainqueur sans négliger d’en conserver une partie pour le besoin de sa cause. Fouché tout-puissant commença à jouer au grand seigneur ; dans de brillantes soirées il réunissait les survivants de l’ancienne noblesse, et soutenait son rôle avec un grand succès, grâce du reste à une audace imperturbable ajoutée à beaucoup d’esprit, mais grâce aussi au peu de scrupules de ses hôtes. Par une habilité extraordinaire il sut se faire des amis dans tous les camps, les fonctions de ministre de la police lui en donnaient le loisir. Il sut plaire aux membres de la famille Bonaparte et on peut dire qu’il devint l’homme le plus puissant du gouvernement en déjouant les complots, inventant de fausses conspirations, et sachant entretenir soigneusement les défiances et les craintes de Napoléon, mais il y eut, à un moment donné, une ombre à ses succès ; la machine infernale éclata et Fouché ne sut pas prévoir cet évènement ; aussi fut il obligé de quitter le ministère de la police, pour entrer le même jour (28 fructidor an X) et comme compensation au Sénat conservateur. Cette disgrâce fut de très courte durée, car l’Empereur, pour le besoin de sa cause, ne pouvait plus se passer de Fouché, et le 21 messidor an XII, ce dernier rentra en maître pour la seconde fois au ministère de la police et y resta jusqu’au 3 juin 1810. Jamais Fouché ne fut plus puissant, sa réputation à l’étranger était immense et le faubourg Saint-Germain le choyait ; l’Empereur très soupçonneux commença à ne plus pouvoir supporter cet homme audacieux, qui, au besoin savait contrecarrer les idées et les actes de Napoléon ; une occasion se présenta, qui devait être momentanément le coup de grâce du ministre de la police ; l’Empereur eut connaissance d’une circulaire de Fouché et dont voici le principal passage : « Prouvons à l’Europe que si le génie de Napoléon peut donner de l’éclat à la France par les victoires, sa présence n’est pas nécessaire pour repousser nos ennemis. » A la lecture de cette circulaire Napoléon n’hésita pas ; Fouché pour la deuxième fois, fut disgracié et envoyé à Rome comme gouverneur général. Il avait été fait grand offficier de la Légion d’honneur le 25 prairial an XII, puis créé, le 24 avril 1808, comte de l’Empire, et le 15 août 1809, duc d’Otrante. Après les désastres de Russie, Napoléon fit appeler Fouché à Dresde et lui confia le gouvernement des provinces illyriennes, il n’eut guère le temps d’exercer ces nouvelles fonctions, car à la suite de la bataille de Leipzig, les Autrichiens redevinrent maîtres de ces provinces. A peine rentré en France, il reçut l’ordre de se rendre à Naples près de Murat. Fouché ne perdit pas de temps, il alla rejoindre Murat et, la première chose qu’il fit, fut de conseiller à Murat d’entrer dans la nouvelle coalition contre Napoléon. Aussitôt qu’il apprit la nouvelle de l’abdication de l’Empereur en 1814, il fit faire ses offres de service aux Bourbons, mais fut assez mal accueilli. De retour de l‘île d’Elbe, l’Empereur appela à lui Fouché et lui confia, pour la troisième fois, le ministère de la police, et, de plus, le nomma pair de France, puit vint Waterloo, et Fouché entra au gouvernement provisoire choisi par les Chambres, et en fut le président. Inutile d’ajouter que Fouché profita de cette haute position pour intriguer avec les Bourbons d’une part et les d’Orléans d’autre part. Louis XVIII rentré, se décida, lui aussi à se servir de Fouché, bien que ce dernier eut contribué à faire couper la tête de son frère ; c’était un mal nécessaire, pensait-il. Pour la quatrième fois, Fouché entra en vainqueur au ministère de la police, et fut élu, en même temps, le 22 août 1815, député dans la Corrèze et dans la Seine-et-Marne. Cette fois, son passage à la police devait être bien court : le roi ne supportait que très juste le joug de Fouché, ce dernier le sentit et s’empressa de donner sa démission. Atteint par la loi sur les régicides, il se vit contraint, à son grand regret, de quitter la France. Il prit sa résidence à Trieste et y mourut en 1820, laissant une fortune de quatorze millions.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Joseph Fouché sur Wikipedia

septembre 26, 2007

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL KELLERMANN (1735-1820), DUC DE VALMY

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Maréchal François-Christophe Kellermann (1735-1820), duc de Valmy

Kellermann était un brave soldat, extrêmement actif, avait beaucoup de bonnes qualités, mais il était tout à fait privé des moyens nécessaires pour la direction en chef d’une armée. Il ne fit dans la conduite de cette guerre d’Italie que des fautes.

(Napoléon Bonaparte)

Kellerman (François-Christophe, duc de Valmy), officier général et législateur, né à Strasbourg (Bas-Rhin), le 30 mai 1735, de « sieur Christophe Kellermann, licencié es lois, et dame Marie-magdeleine Dürr, ses père et mère » ; s’engagea en 1752, comme cadet, dans le régiment de Lowendahl, fit la guerre de Sept ans comme lieutenant aux volontaires d’Alsace, et était parvenu au grade colonel en 1784, puis fut promu le 9 mars 1788, général de brigade ; se déclara partisan de la Révolution et fut appelé au commandement du Haut et du Bas-Rhin, déjoua les intrigues des émigrés et fut promu général de division le 19 mars 1792 et commandant en chef du camp de Neukirch, mit l’Alsace à l’abri de l’invasion, en état de défense Thionville et Metz, et, lorsque le duc de Brunswick pénétra en Champagne, Kellermann put faire sa jonction avec Dumouriez, afin de couvrir Paris, puis remporta la belle victoire de Valmy sur les Prussiens, le 20 septembre, et força ces derniers à la retraite. Dénoncé par Custine à la Convention comme n’ayant pas attaqué Trèves et marché sur Mayence, Kellermann se justifia aisément et fut envoyé à l’armée des Alpes ; se porta avec une partie de ses troupes devant Lyon révolté, repoussa les Piémontais qui avaient envahi notre territoire, fut de nouveau dénoncé, puis destitué le 10 septembre 1793, et enfermé à l’Abbaye pendant treize mois, puis réintégré par décision de la Convention, le 26 nivôse an III ; repartit à l’armée des Alpes, fut mis à la tête de 47.000 hommes, et arrêta, en Provence, la marche des Autrichiens forts de 150.000 hommes, devint, en l’an V, inspecteur général de cavalerie de l’armée d’Angleterre, puis membre du bureau militaire institué près du Directoire. Nommé membre du Sénat conservateur le 3 nivôse an VIII, il fut fait grand cordon de la Légion d’honneur (an X) et maréchal de France le 30 floréal an XII, prit le commandement en chef du 3e corps de réserve de l’armée du Rhin ; en 1806, de l’armée entière de réserve qui couvrait la frontière de Bâle à Nimègue ; puis fut créé duc de Valmy, le 3 juin 1808. Pendant la campagne de 1812, il reprit le commandement de l’armée de réserve du Rhin, et, à la fin de 1813, fut mis à la tête des deuxième et troisième division militaires. En 1814, il vota la déchéance de l’Empereur, Lous XVIII le nomma pair de France le 4 juin 1814, et le fit grand cordon de Saint-Louis. Pendant les Cent-Jours, il se tint à l’écart, quoique l’Empereur l’eut nommé pair de France le 2 juin 1815. Dans la Chambre haute Kellermann, vota la mort du maréchal Ney, et, par contre, tous ses votes furent acquis aux libertés constitutionnelles.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Liens : Maréchal Kellerman (1735-1820)Maréchal Kellermann sur Wikipedia

septembre 25, 2007

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL LEFEBVRE (1755-1820), DUC DE DANTZIG

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Maréchal François-Joseph Lefebvre (1755-1820), duc de Dantzig

Lefebvre est cause de la victoire de Fleurus. C’est un bien brave homme qui ne s’occupe pas des grands mouvements qui s’opèrent à sa droite et à sa gauche ; il ne songe qu’à bien se battre. Il n’a pas peur de mourir. C’est bien ! Mais parfois, ces gens là se trouvent dans une position aventurée, entourés de tous côtés, alors ils capitulent, et après, ils deviennent lâches pour toujours.

(Napoléon Bonaparte)

Lefebvre (François-Joseph, duc de Dantzig), officier général et législateur, né à Rouffach (Haut-Rhin), le 25 novembre 1755, de « Joseph Lefebvre, aubergiste, et d’Anne Marie Riss », mort à Paris le 14 septembre 1820 ; entra dans la carrière militaire, le 10 septembre 1773, comme simple soldat au régiment des gardes françaises, et devint 1er sergent le 9 avril 1788. Après le licenciement de ce régiment, il fut versé comme instructeur au bataillon de la garde nationale des Filles-Saint-Thomas, nommé capitaine au 13e bataillon d’infanterie légère, le 1er janvier 1792, puis adjudant général, chef de bataillon, le 3 septembre 1793. Le 12 frimaire an II, il fut promu général de brigade, et envoyé, en cette qualité, à l’armée de la Moselle sous les ordres de Hoche. Après l’affaire de Lambach, il fut promu général de division (19 pluviôse an II) et commanda l’avant-garde aux armées de Rhin-et-Moselle, de Sambre-et-Meuse et du Danube, se battit à Fleurus et eut un cheval tué sous lui. Il fit la campagne de l’an IV sous les ordres de Jourdan à l’armée de Sambre-et-Meuse, assista à Siesberg et Altenkirchen, puis sous le commandement de Hoche, aux batailles de Bamberg, et de Salzbach et à la prise de Koenigshoffen. Après la mort de Hoche, Lefebvre prit le commandement provisoire de l’armé de Sambre-et-Meuse. En l’an VII, il fut blessé à Stockoch et revint à Paris, le Directoire lui remet alors une arme d’honneur. Il prit une part active au 18 brumaire et conserva le commandement de la division de Paris ; contribua à maintenir l’ordre dans l’Orne, la Manche, le Calvados et l’Eure, puis, le 11 germinal an VIII, il fut nommé membre du Sénat conservateur. Maréchal de France, au 30 floréal an XII, puis fait grand aigle de la Légion d’honneur le 10 pluviôse an XIII, il fut nommé, en 1805, au commandement supérieur des bataillons de gardes nationaux de la Roër, du Mont-Tonnerre et du Rhin-et-Moselle. Pendant la campagne de 1806, il commanda l’infanterie de la garde, assista à Iéna. Après la bataille d’Eylau, le corps du maréchal Lefebvre fut chargé du siège de Dantzig. Au bout de trois mois de tranchées ouvertes, la ville capitula, malgré les secours que les Russes cherchèrent à jeter dans la place. Le 10 septembre 1808, il reçut en récompense, le titre de duc de Dantzig, partit en Espagne la même année, s’empara de Bilbao et de Santander. En 1809, il commanda l’armée du Danube, le contingent bavarrois et se distingua à Thann, à Abensberg, à Eckmühl et à Wagram, se lança à la poursuite de Jellachich, le battit et s’empara d’Insprück. En 1812, il fit la campagne de Russie, comme commandant de la garde impériale, assista à la bataille de la Moskowa, et, lors de la terrible retraite, il marcha constamment à pied, en tête des débris de ses troupes, fit la campagne de France et eut un cheval tué sous lui à Champaubert. Après la capitulation de Paris, Lefebvre adhéra à la déchéance de l’Empereur et fut nommé pair de France, le 4 juin 1814, par Louis XVIII. Au retour de l’île d’Elbe, Napoléon le nomma également pair des Cent-Jours (2 juin 1815). Il fut éliminé par la seconde Restauration, mais par un nouveau décret du 5 mars 1819, il put reprendre son siège à la Chambre haute. Le maréchal Lefebvre avait épousé, étant simple sergent aux gardes françaises, la blanchisseuse de sa compagnie, laquelle ne s’aperçut jamais qu’elle était la femme d’un des premiers dignitaires de l’Empire ; son langage et sa tenue d’autrefois n’avait pas changé, et, sous le Directoire, elle portait des robes au bas desquels on avait brodé, sur un large ruban : « Unité, indivisibilité de la République française ; liberté, égalité, fraternité ou la mort. » Elle continua, même à la cour, à tenir le langage des casernes.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Liens : Maréchal Lefebvre (1755-1820) – Maréchal Lefebvre sur Wikipedia

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL SERURIER (1742-1819), COMTE D’EMPIRE

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Maréchal Jean-Mathieu Sérurier (1742-1819), comte d’Empire

Sérurier avait conservé toutes les formes et la rigidité d’un major. Il était fort sévère sur la discipline et passait pour un aristocrate… Il était brave, intrépide de sa personne, mais pas heureux. Il avait moins d’allant que les précédents [généraux Masséna et Augereau], mais il les dépassait par la moralité de son caractère et la sagesse de ses opinions politiques.

(Napoléon Bonaparte)

Sérurier (Jean-Mathieu-Philibert, Comte), membre du Sénat conservateur, pair de France ; né à Laon (Aisne) le 8 décembre 1742, mort à Paris le 21 décembre 1819 ; fils de « M. Mathieu-Guillaume Sérurier, officier de la maison du roy, et de dame Elisabeth Dange » ; lieutenant à treize ans aux grenadiers de Laon ; fut blessé à Warbourt le 13 juillet 1760, fut décoré de Saint-Louis en 1781, colonel en 1792, fut cassé comme suspect de royalisme ; l’influence de Barat lui fit rendre son grade. Il se distingua à Utello le 28 février 1793. Bonaparte le chargea de porter au Directoire les 22 drapeaux pris aux Autrichiens ; il mérita par sa probité le surnom de « Vierge d’Italie » ; il fut le seul général qui ne voulut rien dérober pendant cette longue guerre, rentra en France et commanda à Saint-Cloud le 18 brumaire, Bonaparte le nomma membre du Sénat conservateur le 4 nivôse an VIII, membre de la Légion d’honneur le 9 vendemiaire an XII, grand-aigle le 13 pluviôse an XII, comte de l’Empire le 3 juin 1808, nommé pair de France par Louis XVIII le 4 juin 1814.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Liens : Maréchal Sérurier (1742-1819)Maréchal Sérurier sur Wikipedia

septembre 20, 2007

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL MURAT (1767-1815), PRINCE, ROI DE NAPLES

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Maréchal Joachim Murat (1767-1815), Roi de Naples

Le roi de Naples était vraiment sublime au feu, le meilleur officier de cavalerie au monde. Au combat c’était un “césar”, mais, hors de là, “presqu’une femme”… Murat avait un très grand courage et fort peu d’esprit. La trop grande différence entre ces deux qualités l’explique en entier.

(Napoléon Bonaparte)

Murat (Joachim, Prince, Grand duc de Berg et de Clèves, puis roi de Naples), élu le 2 fructidor an XII, député du Corps législatif pour le département du Lot ; roi de Naples le 15 juillet 1808, né à la Bastide-Fortunière (Lot), le 25 mars 1767, fusillé à Pizzo (Italie) le 13 octobre 1815 ; fils du « sieur Pierre Murat, négociant (aubergiste), et de demoiselle Jeanne Loubières » ; fit ses études comme boursier dans le collège de sa ville natale ; étant destiné à l’état ecclésiastique, il se rendit à Toulouse pour étudier la théologie, fut reçu sous-diacre, mais s’étant fait renvoyer du séminaire, il retourna dans sa famille, qui lui fit un mauvais accueil. Aussitôt il s’engagea au 12e régiment de chasseurs à cheval, y parvint au grade de maréchal des logis et revint en congé à l’auberge paternelle. Au bout de peu de temps J-B. Cavaignac, député de son département, lui fit obtenir son admission dans la garde constitutionnelle de Louis XVI, et le 30 mai 1791, il était promu sous-lieutenant au21e régiment de chasseurs à cheval, dans lequel il fit les campagnes de Champagne et des Pyrénéees-Occidentales ; officier d’ordonnance du général d’Urre, chef d’escadron, ayant écrit aux Jacobins de Paris, lors de l’assassinat de Marat, qu’il voulait échanger son nom contre celui de Marat, il fut dénoncé après le 9 thermidor, et ce fut encore par la faveur de J-B. Cavaignac, que la dénonciation portée contre lui fut annulée par le Comité de Salut public, mais il perdit son grade et resta sans emploi jusqu’au 13 vendemiaire an IV, date à laquelle Bonaparte lui donna mission, lors de l’insurrection des sections de Paris, de ramener des Sablons aux Tuileries 40 pièces de canons. Il fit cette opération avec rapidité et en fut récompensé par le grade de chef de brigade. Devenu général en chef de l’armée d’Italie, Bonaparte en fit son aide de camp ; il se distingua par sa bravoure et fut chargé avec Junot d’aller porter à Paris les drapeaux pris sur l’ennemi. Peu après son retour, il passa général de brigade (14 pluviôse an V), continua la campagne d’Italie jusqu’à la paix de Léoben, et le 19 mai 1798 il accompagna Bonaparte dans l’expédition d’Egypte. Partout il fit des prodiges de vaillance et mérita d’être représenté sur un bas-relief de l’Arc de Triomphe se faisant rendre le cimeterre de Mustapha-Pacha. En octobre 1799 il était général de division ; à la rentrée de Bonaparte en France, il le suivit, l’accompagna le 18 brumaire au Conseil des Cinq-Cents et quelques jours après, le 20 janvier 1800, il épousait la plus jeune soeur du Premier Consul, Caroline-Annonciade Bonaparte. Ayant le commandement de la garde consulaire, il fit la campagne de Marengo, à la suite de laquelle il reçut un sabre d’honneur. En janvier 1801, il prit le commandement de l’armée avec laquelle il chassa les Napolitains de Etats pontificaux, s’empara de l’île d’Elbe, où il commença le siège de Porto-Ferrajo, interrompu par le traité d’Amiens. C’est à son retour en France qu’il fut élu président du collège électoral du Lot, gouverneur de Paris, et en cette qualité, il institua la commission chargée de juger le duc d’Enghien ; il fut alors et successivement promu : maréchal de l’Empire le 30 floréal an XII, prince, grand-amiral le 12 pluviôse an XIII et le lendemain grand-aigle de la Légion d’honneur et chef de la 12e cohorte. Il se couvrit de gloire dans la grande armée qui s’avançait vers le danube et dont il avait le commandement de la réserve de cavalerie. Après la bataille d’Austerlitz, Napoléon le créa Grand duc de Berg et de Clèves, le 15 mars 1806 ; lors de la reprise des hostilités contre la Prusse au mois d’octobre suivant, il eut le commandement de la cavalerie indépendante.

En 1807, il fit campagne de Pologne, assista à l’entrevue des deux empereurs et après la paix, au mois de novembre de la même année, il entrait en Espagne à la tête d’un corps d’armée de 80.000 hommes pendant que Junot envahissait le Portugal ; on lui donna le titre de lieutenant-général de ce royaume, dont il ambitionnait la dignité royale ; néanmoins le 15 juillet 1808, après une vive discussion avec l’Empereur, la couronne de Naples, qui était devenue vacante, à la suite du départ de Joseph-Napoléon, fut donnée à Murat, son beau-frère, lequel fut proclamé roi de Naples sous le nom de Joachim-Napoléon ; à peine monté sur le trône, il s’empara de l’île de Capri et força Hudson Lowe, le futur garde-chiourme de son beau-frère, à capituler. En juin 1809, une flotte anglo-sicilienne tenta de soulever la Napolitaine, Murat organisa aussitôt une expédition contre la Sicile ; mais n’y put débarquer que la division sous les ordres du général Cavaignac ; il attribua son insuccès au mauvais vouloir de Napoléon et lui en garda une certaine rancune jusqu’au moment de la guerre de Russie, où l’Empereur lui confia le commandement de la cavalerie de la grande armée et celui de l' »escadron sacré », chargé de sa garde personnelle pendant la retraite.

A la rentrée en France de l’Empereur, celui-ci remit le commandement en chef à Murat le 5 décembre 1812, qu’il conserva jusqu’au 8 janvier 1813 ; à ce moment, il le transmit au prince Eugène, pour rentrer précipitamment à Naples, où de concert avec l’Autriche et l’Angleterre, suivant les conseils de Fouché et de Caroline, sa femme, il signait, les 6 et 11 janvier 1814, un traité avec les alliés, par lequel il s’engageait à leur fournir 30.000 hommes, en échange de la garantie de la possession de son royaume. Immédiatement il se mit en campagne et força l’armée du prince Eugène à se retirer derrière l’Adige. L’adication de Napoléon ne fit qu’augmenter ses embarras, les princes de la maison de Bourbon se refusant à le reconnaître. Au retour de l’île d’Elbe, il assura l’Empereur de son dévouement et de sa fidélité, organisa la garde nationale napolitaine et confia la régence à la reine Caroline, puis se rendit avec son armée à Ancône, malgré les avis des Autrichiens sur les bonnes dispositions de l’Angleterre à son égard, il était trop tard pour reculer le 30 mars 1815, de son quartier général de Rimini, il lançait une proclamation aux Italiens, les appelant à la guerre de l’indépendance, et en peu de temps s’emparait de Modène et de Florence ; le 2 mai il se fit battre à Tolentino, rentra presque seul à naples le 18, mais, sentant l’insurrection gronder sous ses pas le 19, il se retira à Gaëte ; à ce moment, Ferdinand reprit possession de son trône. Murat s’embarqua le 21 avec sa famille sur un bâtiment français qui le conduisit à Cannes. De nouveau il se mit à la disposition de Napoléon ; celui-ci ne lui répondit pas, mais chargea Fouché de lui interdire le séjour de Paris. En route pour Lyon, il apprit le désatre de Waterloo, revint à Toulon, tenta de s’embarquer pour Le Havre, mais le mauvais état de la mer ne lui permit pas de rejoindre et il apprit alors que sa tête était mise à prix, pendant huit jours il resta caché dans une cabane au bord de la mer et parvint enfin à se rendre à Bastia, où des agents napolitains, trompant sa confiance, lui firent entendre qu’il n’avait qu’à paraître, pour que la Napolitaine saluât son autorité, négligeant les conseils du comte Marcirone, son aide de camp, qui lui apportait des passeports pour se rendre en Autriche, où on lui garantissait la vie sauve en échange de son abdication, il partit le 28 septembre avec 6 barques et 250 hommes, conduit par un certain Barbara, qui s’était engagé à le livrer à la cour de Naples. En raison du mauvais temps les barques se dispersèrent, Murat donna l’ordre de mettre le cap sur Trieste, Barbara, prétextant des réparations urgentes, le fit consentir à entrer dans le port du Pizzo. Descendu sur la plage avec 30 hommes, près de Montelleone, un capitaine de gendarmerie donna l’ordre à des paysans armés de faire feu sur son escorte. Quand il revint au rivage, Barbara avait levé l’ancre. Murat fut bientôt fait prisonnier, conduit au fort du Pizzo, traduit devant une commission militaire et condamné à mort le 13 octobre 1815, la sentence fut exécutée une demi-heure après.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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