février 23, 2008

MARECHAL MASSENA (1758-1817)

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Général André Masséna (1758-1817)

C’eût été un grand homme si ses qualités brillantes n’eurent été ternies par l’avarice… C’est Masséna qui a fait les plus grandes choses, quoique sa capitulation de Gênes, dont la défense lui fait un si grand honneur dans le public, soit sa plus grande faute.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal MASSÉNA (André), duc de Rivoli, prince d’Essling, maréchal de France, né à Nice en 1758, mort à Paris en 1817. Fils d’un marchand de vin, il perdit son père étant encore tout enfant et reçut une instruction fort incomplète. Un de ses oncles, qui était capitaine dans la marine marchande, l’embarqua comme mousse sur son navire et lui fit faire deux voyages au long cours. A dix-sept ans, Masséna renonça à la mer pour entrer au service de la France dans le régiment de Royal-Italien. Grâce à sa vive intelligence et a sa conduite exemplaire, il parvint assez rapidement au grade d’adjudant sous-officier ; mais, comme il appartenait à la roture, il ne put obtenir le grade de sous-lieutenant. Après quatorze ans d’attente, révolté des passe-droits dont il était victime, il se démit de son grade et retourna dans sa ville natale, où il se maria. Peu après, la Révolution éclatait. Masséna accueillit avec chaleur les grandes idées de justice et de liberté qu’elle allait répandre sur le monde, et bientôt, quittant Antibes, où il demeurait, il reprit du service et fut incorporé comme adjudant-major dans le 3e bataillon des volontaires du Var. En ce moment, les soldats avaient le droit de choisir parmi eux ceux qui leur paraissaient les plus dignes de les commander. Masséna fut élu en 1792 chef de son bataillon et fit partie de l’armée du Midi, sous les ordres du général Anselme. Lorsque cette armée envahit le comté de Nice, il se fit remarquer par son intrépidité, par son intelligence et rendit des services qui lui valurent d’ècre promu général de brigade le 22 août et général de division le 20 décembre de la même année. La Révolution venait de réparer les torts de la monarchie et de fournir à celui qui devait être un des plus grands capitaines du temps l’occasion de montrer ses hautes capacités militaires. L’armée du Midi avait pour mission d’empêcher nos ennemis, supérieurs en nombre, d’envahir le territoire français. Après avoir pris Oneille, Ponte-di-Nave, Garessio, Masséna tourna l’armée piémontaise massée sur les hauteurs de Saorgio, décida la victoire par une attaque pleine de hardiesse (août 1794) et prit à l’ennemi 60 canons, des approvisionnements considérables et un grand nombre de prisonniers. Grâce à ce fait d’armes, les Français devinrent maîtres de tout le reste des Alpes Maritimes. Au mois de septembre suivant, il chassa de leurs positions les Autrichiens, qui s’avançaient et menaçaient Savone, et les mit dans l’impossibilité de rien tenter de tout l’hiver. En 1795, placé sous les ordres de Kellermann, qui lui confia le commandement de l’aile droite de son armée, il eut à soutenir de nouveaux combats contre les Austro-Sardes, et les battit successivement au col de San-Giacomo et à Borghetto. Scherer, qui succéda à cette époque a Kellermann comme général en chef, mit toute sa confiance dans Masséna, dont il apprécia les rares capacités. Ayant résolu de prendre l’ofi’ensive et de chasser les Autrichiens de la rivière de Gènes, il chargea Masséna d’exécuter le plan qu’il avait conçu. Celui-ci, à la tête de deux divisions, fondit sur l’ennemi, le culbuta dans les vallées de la Bormida et du Tanaro, se mit à sa poursuite et lui fit essuyer une défaite complète à Loano, où les Autrichiens eurent 4.000 morts ou blessés et perdirent presque toute leur artillerie (23 novembre 1795). L’année suivante, Bonaparte remplaçait Scherer et recevait l’ordre de faire la conquête de l’Italie. Dans cette mémorable campagne, Masséna se plaça au premier rang par son activité, son audace et ses savantes combinaisons stratégiques. Mis, après les victoires de Montenotte et de Milllesimo (avril 1796), à la tête de l’avant-garde, il força le passage du pont de Lodi, entra le premier à Milan, prit une part importante aux combats de Lonato, Castiglione, Rovereto, Bassano, Saint-Georges, la Breuta, Caldiero, aux batailles d’Arcole, de Rivoli (9 janvier 1797), de la Favorite (11 janvier) ; puis, poursuivant les Autrichiens dans les débouchés du Tyrol, il s’avança jusqu’à 25 lieues de Vienne, en signalant sa marche par de nouveaux succès à Longara, San-Daniel, la Chiesa, Tarvis, Villach, Neusmack, Hunsmack. Il menaçait la capitale du l’Autriche, lorsque la signature d’un armistice le contraignit à s’arrêter. C’est alors que Masséna reçut le surnom d’Enfant chéri de la victoire, qui lui resta. Envoyé à Paris, après la signature des préliminaires de paix à Léoben, pour porter au Directoire les drapeaux conquis sur l’ennemi, il y fut accueilli avec enthousiasme par la population, et la municipalité donna une fête en son honneur. Après la journée du 18 fructidor, le Directoire songea un instant à remplacer Bonaparte par Masséna à la tète de l’armée d’Italie, et le nom de ce dernier figura sur la liste des oandiJats présentés pour remplacer les directeurs Carnot et Barthélémy. De retour à l’armée d’Italie, Masséna remplaça, le 19 février 1798, Berthier, qui venait de s’emparer de Rome et d’y proclamer la république. Lorsqu’il y arriva, l’armée, en proie à la misère, était vivement irritée de voir des agents français s’enrichir sous ses yeux par de honteuses déprédations pendant qu’elle manquait de tout. Les ofliciers, travaillés par des agents contre-révolutionnaires, se réunirent et déclarèrent qu’ils ne voulaient pas reconnaître Masséna pour leur général en chef. La population, voyant que l’armée refusait d’obéir à son chef, se souleva contre les Français. Masséna, dans cette situation critique, montra la plus grande énergie, força les troupes à marcher, comprima l’insurrection, puis remit le commandement au général Dallemagne et revint à Paris, où il sollicita lui-même la grâce des officiers qui avaient montré une si coupable insubordination. Le Directoire mit alors Masséna en disponibilité. Mais la guerre ayant recommencé avec l’Autriche, il fut appelé eu février 1799 au commandement de l’armée d’Helvetie. Au commencement de mars, il franchit le Rhin et attaqua le général Hotze, qu’il ne put parvenir à déloger de Feldkirch. En ce moment Jourdan, sur le Rhin, Schérer, en Italie, étaient battus. Placé entre deux armées victorieuses, il jugea prudent de concentrer ses forces et se replia en Suisse en ordonnant à ses deux lieutenants, Lecourbe et Dessolles, qui opéraient dans les vallées de l’Adige et du Rhin, de le rejoindre. C’est alors que le Directoire lui confia le triple commandement des armées de l’Helvétie, du Danube et du Rhin, qui étaient disséminées depuis Dusseldorf jusqu’au Saint-Gothard. Toutes ses forces reunies formaient à peu près 30.000 hommes, et il avait en face de lui plus de Autrichiens, divisés en trois années, sous les ordres de l’archiduc Charles, généralissime, de Hotze et de Bellegarde. Jamais général ne s’était trouvé dans une situatiou plus critique, n’avait disposé de moyens plus insuffisants. Mais il s’agissait de sauver la France, menacée d’une invasion par sa frontière de l’est, et Masséna trouva dans son patriotisme et dans son génie militaire l’énergie et les moyens de renverser les espérances de la coalition. Manquant de troupes pour défendre la ligne du Rhin, le général en chef s’établit fortement derrière la Lunmat, après avoir essayé inutilement d’empêcher la jonction de l’archiduc Charles et de Hotze, dont les forces réunies étaient de 70.000 hommes. Attaqué le 4 juin, il résista pendant deux jours et se replia sur la ligne de l’Ablis, d’où l’ennemi n’osa pas tenter de le déloger. Au mois de septembre, l’armée de l’archiduc ayant été envoyée sur le Rhin, pendant que Souvarov était appelé d’Italie avec son armée russe pour le remplacer, Masséna s’empressa de profiter de cette faute et de fondre sur le général russe avant qu’il eût pu opérer sa jonction avec le général Hotze. Dans une marche rapide, il envoya la plus grande partie de son armée à Zurich, fit opérer un mouvement tournant à Oudinot, et, pendant que Soult rejetait Hotze vers le Rhin, il écrasait devant Zurich l’armée russe, à qui il enlevait 100 pièces de canon, 5.000 prisonniers et son trésor (26 septembre). Souvarov dut battre en retraite par le Mutten-Thal et Glaris, et, sans cesse harcelé, il parvint à regagner le Rhin après avoir perdu une grande partie de son armée. Par la victoire de Zurich, Masséna avait rejeté en Allemagne 100.000 envahisseurs, amené la dissolution de la coalkion et sauvé son pays. En ce moment, Bonaparte était en Egypte, Hoche et Joubert étaient morts ; Moreau, par ses défaites, avait perdu sou prestige ; partout nos armées éprouvaient des échecs ; Maséna était le seul de nos généraux que n’eût point abandonne la victoire. De tous cotes on le conviait à renverser le Directoire discrédité, à s’emparer du pouvoir ; il repoussa ces offres. Fidèle à la liberté, il ne voulut être que le général de la Republique, et n’aspira à la servir que sur les champs de bataille. Bientôt après, le général Bonaparte, qui n’avait pas de pareils scrupules, et dont l’ambition effrénée ne devait reculer devant aucun attentat, faisait le coup d’Etat du 18 brumaire. Peu après, il enlevait a Masséna le commandement de son armée et l’envoyait en Italie prendre la direction des troupes qui venaient d’être battues à Novi, et s’étaient repliées sur Gènes. Le vainqueur de Zurich arriva dans cette ville le 18 février 1800, et y fut bientôt bloqué par l’armée de Melas, dont les forces étaient d’une écrasante supériorité. Masséna fit une héroïque résistance, attendant l’arrivée de Bonaparte en Italie ; mais ses troupes et les habitants furent décimés par une horrible famine, les vivres manquèrent bientôt complètement, et, le 5 juin, voyant que le peuple se soulevait, il signa une capitulation en vertu de laquelle il put se retirer avec ses soldats sur le Var. Par sa longue résistance, il avait empêché l’armée de Melas d’envahir le midi de la France, et laissé le temps à Bonaparte de pénétrer dans la Péninsule et d’y remporter la victoire de Marengo. En revenant en France, le premier consul confia à Masséna le commandement de l’armée d’Italie, mais il le lui enleva peu après pour le donner à Brune. Masséna avait vivement désapprouvé le coup d’Etat du 18 brumaire, bien qu’il fût l’ami de Bonaparte. Elu membre du Corps législatif en 1803, il s’y montra très indépendant, fit fréquemment de l’opposition au premier consul, et se prononça en faveur de Moreau. Bien qu’irrité de cette attitude, Bonaparte, devenu empereur, se vit moralement forcé de comprendre Masséna sur la liste des maréchaux (1804), et le nomma, l’année suivante, grand aigle de la Légion d’honneur. Une troisième coalition s’étant formée en 1805, Masséna reçut le commandement de l’armée d’Italie, forte de 40.000 hommes. Il devait tenir en échec l’archiduc Charles, l’empêcher d’abord d’envahir la France par le Lyonnais, puis l’arrêter pendant que Bonaparte porterait la guerre en Autriche. Le maréchal atteignit complètement le double but qui lui était assigné, livra à l’archiduc la bataille de Caldiero, le harcela lorsqu’il voulut marcher au secours de Vienne menacée, et l’empécha de rejoindre à temps l’armée de l’empereur François. Lorsque Napoléon voulut donner à son frère le trône de Naples, il chargea Masséna de s’emparer de ce royaume. Celui-ci voit fuir devant lui les Napolitains ; mais Gaëte, réputée inexpugnable, résiste, défendue par une garnison nombreuse et par la marine anglaise. Le maréchal se montra alors aussi habile à prendre cette place qu’il s’était montré énergique à défendre Gènes. En peu de temps Gaëte capitula (18 juillet 1806). La nouvelle de ce succès mit un terme aux insurrections qui éclataient de toutes parts ; les Anglais se rembarquèrent et les Calabrais, attaqués avec la dernière vigueur, ne tardèrent pas à se soumettre. Lors de la campagne de Pologne en 1807, Masséna reçut le commandement de l’aile droite de la grande armée. Chargé, d’un côté, de contenir les Autrichiens, qui menaçaient de prendre l’offensive, d’un autre, d’empêcher les Russes de tourner par la droite notre ligne d’opération, il fortifia les bords de la Vistule et de la Narew, repoussa les Russes à Wirbïza, à Pulstuck, à Ostrolenka, et opéra avec une telle habileté qu’à l’issue de la campagne il reçut le titre de duc de Rivoli, avec une dotation considérable. Massèna se rapprocha alors de la cour impériale dont il s’était tenu jusque-là à l’écart, et, pendant une partie de chasse, il perdit l’œil gauche, atteint par un grain de plomb. Bientôt après s’ouvrit la campagne de 1809 contre l’Autriche. Napoléon, qui avait songé d’abord à donner a Masséna le commandement en chef de l’armée d’Espagne, le garda avec lui, car il le considérait comme le premier de ses généraux. Ou raconte que l’archuluc Charles, en apprenant qu’il allait encore avoir devant lui le vainqueur de Zurich, s’écria dans un accès de mauvaise humeur : « Voilà encore ce Masséna ! J’espérais en être délivré par son coup de fusil dans l’œil. » Mis a la tète de toutes les troupes qui opéraient sur la rive droite du Danube, le maréchal battit l’archiduc Charles à Landshut, à Eckmühl, enleva à la suite d’un combat terrible la position d’Ebersberg, réputée inexpugnable (3 mai), s’empara du faubourg de Léopoldstadt, et, après la prise de Vienne (14 mai), il franchit le Danube avec Lannes (21 mai), résista avec 35.000 hommes à plus de 100.000 Autrichiens, et fit, l’epèe à la main, le 22 et le 23, des prodiges de valeur en défendant près d’Essllng le village d’Aspern, qui fut pris et repris quatorze fois en deux jours. Après la reprise du grand pont qui mettait en communication la rive droite du Danube avec l’île Lobau, Masséna, par son sang-froid et son intrépidité, sauva la grande année d’un desastre. Investi du commandement de toutes les forces qui se trouvaient sur la rive gauche, il protégea contre un ennemi de beaucoup supérieur la retraite de l’armée dans l’Ile Lobau, et empêcha les Autrichiens d’enlever le petit pont par lequel s’effectuait cette retraite. A la bataille de Wagram (6 juillet), il dirigea les mouvements de la gauche de l’armée, subit le principal choc de l’ennemi, et eut une grande part au succès de la journée. Ayant fait une chute de cheval la veille, il assista à la baitaille dans une calèche, qui devint un point de mire pour les canons autrichiens, et, comme toujours, il se vit respecté par la mitraille, pendant que son état-major était moissonné autour de lui. Le lendemain, il poursuivit le prince Charles, et ne s’arrêta que lorsque la signature d’un armistice vint mettre fin à la guerre. A l’issue de cette campagne, dans laquelle il s’éiait conduit si brillamment, il reçut, comme récompense, le titre de prince d’Essling et le superbe château de Thouars. Depuis un an et demi Masséna se reposait de ses longues fatigues, lorsque Napoléon le chargea, en 1810, d aller chasser les Anglais du Portugal. Au mois de mai, il alla se mettre à la tête de l’armée du Portugal, ayant sous ses ordres Ney, Reynier et Junot. Cette armée mal disciplinée, pourvue d’un mauvais matériel, manquant de vivres et de munitions, harcelée par des guérillas qui coupaient les communications, avait à lutter contre les Anglo-Portugais, placés sous les ordres de Wellington. Après s’être emparé de Ciudad-Rodrigo et d Almeida, il pénétra au Portugal par la vallée du Mondego avec 38.000 hommes, attaqua Busaco, où Wellington s’était fortement retranché, et obligea, le 29 septembre, ce dernier à battre en retraite sur Coïmbre, puis sur Lisbonne. Mais arrivé devant les lignes de Torrès-Vedras, défendues par 600 canons, 100 redoutes et 60.000 Anglo-Portugais pourvus de tout, le prince d’Essling dut s’arrêter. Il ne pouvait songer, sans matériel de siège et avec sa petite armée, à enlever de force des lignes rendues inexpugnables. Mais il résolut, malgré l’infériorité de ses troupes, d’y tenir l’ennemi en échec, et, pendant six mois, attendant vainement des renforts et des munitions, il se maintint dans sa position, sans qu’une seule fois l’ennemi essayât de l’écraser sous la supériorité du nombre. Enfin, se voyant abandonné, ayant en outre à lutter contre la mauvaise volonté et les intrigues de ses lieutenants, surtout de Ney qui refusa à diverses reprises de lui obéir, il résolut de battre en retraite (5 mars) et revint en Espagne (6 avril), après avoir opéré un mouvement rétrograde qui était un chef-d’œuvre de stratégie, et qui excita l’admiration de Wellington lui-même. Dès qu’il eut réorganisé son armée, il reprit l’offensive et marcha contre le général anglais, campé à Fuentès de Onoro. Par une attaque oblique, Masséna culbuta l’aile droite de l’ennemi, et il eût fait subir à Wellington un désastre complet s’il n’avait été mal secondé par ses généraux (4 mai). Fatigué du mauvais vouloir qu’il trouvait autour de lui, il revint en Espagne et fut remplacé peu après dans son commandement par le maréchal Marmont. Desservi par Ney, tombé dans une sorte de disgrâce, considérablement affaibli par des fatigues trop prolongées, Masséna vit se terminer alors sa glorieuse carrière. Il ne reçut aucun commandement dans l’armée pendant la campagne de 1812, et fut relégué en 1813 à Marseille, où il eut le commandement de la 8e division militaire. En 1814, Louis XVIII le maintint à ce poste et lui envoya des lettres de grande naturalisation. Il se rallia alors aux Bourbons, comme il avait fini par s’incliner devant Bonaparte, oubliant à l’école de ce despote qu’il avait été républicain. Au début des Cent-Jours, il prêta son concours au duc d’Angoulême dans son expédition dans la Drôme, puis il vécut dans la retraite jusqu’après le désastre de Waterloo, et fut nommé alors par le gouvernement provisoire commandant de la garde nationale de Paris. Lors du procès fait au maréchal Ney, Masséna fut désigné pour faire partie du conseil de guerre ; mais il refusa de juger son ancien campagnon d’armes, bien qu’il eût eu jadis vivement à se plaindre de lui, et se prononça pour l’incompétence du conseil. Il n’en fallut pas davantage pour qu’il devînt aussitôt en butte aux attaques, aux dénonciations et aux calomnies des ultra-royalistes. Les douloureux événements auxquels il venait d’assister, l’humiliation de la France, les attaques passionnées dont il était l’objet portèrent le dernier coup à sa santé chancelante. Comme on l’engageait à aller chercher la guerison sous un climat plus doux, il répondit : « J’ai bien acquis le droit de mourir dans notre chère France, et j’y mourrai. » II s’éteignit à cinquante-neuf ans, et son corps fut déposé au Père-Lachaise, où se trouve son mausolée. Les Mémoires de ce grand homme de guerre ont été rédigés et publiés par le général Koch (Paris, 1849). Un monument lui a été élevé a Nice, sur la place qui porte son nom.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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février 10, 2008

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – LA PREMIERE CAMPAGNE D’ITALIE (1796-1797)

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Napoléon Bonaparte, général en chef de l’Armée d’Italie (1796-1797)

 

Soldats, dénués de tout, vous avez suppléé à tout ; vous avez gagné des batailles sans canons, passés des rivières sans ponts, fait des marches forcées sans souliers, bivouaqué sans eau-de-vie et souvent sans pain. Mais soldats, vous n’avez rien fait puisqu’il vous reste encore à faire. Les plus grands obstacles sont franchis san doute, mais vous avez encore des combats à livrer, des villes à prendre, des rivières à passer. En est-il d’entre-bous donc le courage s’amollisse ?

(Napoléon Bonaparte)

En partant pour cette immortelle campagne d’Italie, il emportait avec lui. 48.000 francs en or, et 100.000 francs en traites, qui furent en partie protestées. C’est avec ce faible véhicule, qui mit pourtant le Trésor à sec, que le général en chef de cette armée, manquant de tout depuis longtemps, sut la conduire au pas de charge dans les plaines fertiles de l’Italie. L’armée, stationnaire dans les Alpes-Maritimes et dans la partie de la rivière de Gênes que nous occupions était ainsi distribuée vers le 10 mars (4 ventôse an IV) : Avant-garde, commandée par lé général divisionnaire Masséna, ayant sous ses ordres les généraux La Harpe et Meynier ; les adjudants de brigade Pijon, Saint-Hilaire, Cervoni, Ménard, Dammartin et Joubert ; les adjudants généraux Dalons, Chabran, Giacomoni, Boyer, Monnier et Lorcet. Les généraux La Harpe et Meynier commandaient la première et la deuxième division de cette avant-garde à Savone et au bourg dé Finale. Corps de bataille : première division commandée par le général divisionnaire Augereau, ayant sous ses ordres les généraux de brigade Banel, Victor et Rusca ; les adjudants Verdier et Quesnin, au quartier général de Nice. Deuxième division, commandée par le général divisionnaire Sérurier, ayant sous ses ordres les généraux de brigade Pelletier, La Salcette, Fiorella et Bizannet ; les adjudants généraux Couthaud et Vinose, à Ormea. Troisième division, commandée par le général divisionnaire Macquart, ayant sous ses ordres le général de brigade Dallemagne, l’adjudant général Escale et le chef de brigade Nicolas. Quatrième division, commandée par le général divisionnaire Garnier, ayant sous ses ordres les généraux de brigade Verne, Charton, Davin et Servier ; l’adjudant général Rambaud. Le total effectif de toutes ces divisions, avant-garde et corps de bataille, était de 43.443 hommes. C’est avec 48.000 francs en or et 43.443 hommes, à peu près autant de francs que d’hommes, que le général en chef Bonaparte allait conquérir l’Italie, la ravir à l’aigle à deux têtes, à l’aigle autrichienne, Aquila grifagna Che per più divorar due becchi porta, suivant l’expression du poète Alamanni. C’est le général en chef Bonaparte qui, de son souffle, va ranimer cette armée, languissante malgré son courage et ses vertus républicaines ; c’est lui qui va imprimer à tous ces corps la vie et le mouvement, et qui, en quelques jours, à travers les champs glorieux de Montenotte, de Millesimo et de Mondovi, et l’héroïque passage du pont de Lodi, les portera de Nice à Milan (15 mai 1796). Ainsi, un mois et demi avait suffi à ce jeune général de vingt-six ans et neuf mois pour culbuter le vieux Beaulieu, l’un des généraux les plus aguerris de l’Autriche. Les ennemis nous appelaient par dérision les héros en guenilles, et ils avaient doublement raison : nous étions l’un et l’autre. Et la preuve, c’est que nous entrions à Milan le 15 mai triomphants, mais très positivement en guenilles. Il n’y a rien d’exagéré dans ce qu’a dit de ces héroïques soldats notre grand chansonnier national : Pieds nus, sans pain, sourds aux lâches alarmes, Tous à la gloire allaient du même pas. Un témoin oculaire, car il était dans un rang obscur de l’expédition, commis aux vivres, Henri Beyle (Stendhal), dans son beau roman de la Chartreuse de Parme, décrit ainsi notre entrée dans la vieille capitale de la Lombardie, depuis trop longtemps autrichienne : « Le 15 mai 1796 le général Bonaparte fit son entrée à Milan à la tête, de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur. Les miracles de hardiesse et de génie dont l’Italie fut témoin en quelques mois réveillèrent un peuple endormi ; huit jours encore avant l’arrivée des Français, les Milanais ne voyaient en eux qu’un ramassis de brigands, habitués à fuir toujours devant les troupes de Sa Majesté Impériale et Royale : c’était du moins ce que leur répétait trois fois la semaine un petit journal grand comme la main, imprimé sur du papier sale. » Mais le jeune général victorieux ne s’arrêta pas là ; ce n’est pas là, en effet, qu’il voulait signer la paix avec cette Autriche, éternel ennemi du développement de la liberté et de la civilisation européenne. Poussant sa vaillante armée en avant, il battait encore les meilleurs généraux de l’Autriche, Wurmser à Castiglione (août) et à Bassano (septembre), Alvinzi à Arcole (15-18 novembre), et à Rivoli (14 janvier 1797) ; il conquérait l’Istrie, la Carniole et la Carinthie (30 mars) ; il renversait la vieille et aristocratique république de Venise. Marchant droit sur Vienne, il ne s’arrêtait à Léoben (18 avril) que pour signer les bases du traité de paix de Campo-Formio (17 octobre), constatant la supériorité de la France sur ses ennemis ; et il fondait en Italie deux républiques provisoires (la Cisalpine et la Transpadane). Ah ! cette campagne d’Italie est vraiment merveilleuse, sans comparaison possible avec les plus belles que présentent les annales militaires chez tous les peuples, et la première que devront lire et méditer les Alexandres et les Césars futurs, si, pour le malheur des nations, l’avenir tient encore en réserve dans son sein le germe de quelque illustre conquérant. Tout s’y accomplit de point en point comme le jeune héros l’avait prévu, ou, pour dire plus justement, comme il l’avait calculé. C’est une campagne que l’on pourrait appeler mathématique, quelles que soient la nouveauté et l’étrangeté de cette expression. Aujourd’hui, quand il s’agit de construire un de ces ponts en fer comme ceux qui traversent nos fleuves, le mécanicien ne se livre à aucun travail et à aucune étude sur le terrain. Retiré au fond de son atelier, il trace ses plans, prend ses mesures, fait fabriquer, et, quand tout est prêt : tympans, barres, montants, traverses, armatures, crampons, boulons, clavettes, broches, viroles, etc., il ne reste plus qu’une opération toute mécanique, toute machinale de montage ; chaque partie vient prendre la place qui lui a été assignée ; tout cela se monte et se démonte comme les fractions d’un squelette auquel ne manque aucune des innombrables articulations. C’était la méthode inventée par Bonaparte. «, Melas est là ; je l’attirerai ici, et je le battrai là. » Et la victoire arrivait, se déduisait mathématiquiment comme l’inconnue d’une équation algébrique. Et, ce qu’il y a de plus merveilleux encore, c’est que l’homme, c’est que l’artiste n’est nullement absorbe par le conquérant. En effet, voici l’homme sous une nouvelle face, et c’est avec une intention marquée que nous soulignons ce mot ; car nous le prenons dans toute la plénitude de son acception, dans l’acception que lui donnera plus tard Napoléon lui-même quand il dira au génie olympien de l’Allemagne : « Monsieur Gœthe, vous êtes un homme. » Nous avons vu le guerrier, voyons l’artiste. Le conquérant avait sans cesse les yeux tournés vers Paris : c’était l’Athènes de ce nouvel Alexandre ; mais si le général regardait les Tuileries, l’artiste regardait le Louvre. Voici un état officiel des objets de science et d’art enlevés par ses ordres pour être transportés à Paris : A MILAN. – Bibliothèque Ambrosienne. Le carton de l’école d’Athènes, par Raphaël. Un tableau de Luisini, représentant une Vierge. Idem, de Rubens, une Vierge et des fleurs. Idem, du Giorgion, représentant un concert. Idem, de Lucas d’Olande, représentant une Vierge. Idem, une tête de femme, de Léonard de Vinci. Un soldat et un vieillard, du Calabrese. Un vase étrusque , représentant diverses figures avec ornements. Un manuscrit sur papyrus d’Egypte, ayant environ onze cents ans, sur les Antiquités de Josèphe, par Ruffin. Un Virgile manuscrit, ayant appartenu à Pétrarque, avec des notes de sa main. Un manuscrit très curieux sur l’histoire des papes. Un tableau peint par le Titien, représentant un Couronnement d’épines. Idem, un Saint Paul, de Gondenzo Ferrari. Alla Vittoria. – Un tableau de Salvator Rosa, représentant une Assomption. A l’Académie de Parme. – La Vierge de saint Jérôme, par le Corrége. Un tableau de Schidone. Une Adoration, par Majolla Aux Capucins. – Un chien, du Guerchin. Une Vierge et plusieurs saints, par Ann. Carrache. Saint-Paul. – Jésus-Christ, Saint Paul, Sainte Catherine, par Raphaël. La Stenata.- Le Mariage de la Vierge, par Procaccini. San-Gio, – Une Descente de croix, par le Corrége, Capucins. – Un Guerchin, représentant la Vierge et saint François. Saint-Sépulcre. – La Madonna délia Scodelia, du Corrége. Saint-Roch. – Un tableau de l’Espagnolet, représentant divers saints. Idem, de Paul Véronèse, représentant saint Koch. San-Quintino. – Un tableau de Fraimingo, représentant un baptême. Une Assomption, par l’Espagnolet. Un tableau de Lanfranc, Saint Benoît. Saint-André. – Un tableau de l’Espagnolet. Saint-Michel. – Un tableau d’un élève du Corrége, représentant une Vierge. Saint-Paul. – Une Vierge d’Augustin Carrache, Au Dôme de Plaisance. – Deux tableaux de Louis Carrache. Une note, datée de Paris, dit : «Les tableaux venant d’Italie sont arrivés à Paris sur six chariots, sans avoir éprouvé d’accident. Ils n’ont été pris ni par les barbets ni brisés sur les rochers des Alpes. » Le Directoire en fit la distribution au Jardin des plantes, à l’Ecole polytechnique, à l’Institut et à la Bibliothèque nationale. Dans le lot de l’Institut, il y avait les douze manuscrits de Léonard de Vinci sur les sciences. Dans le lot de la Bibliothèque, le Virgile manuscrit ayant appartenu à Pétrarque, avec des notes de la main de l’illustre poète sur Virgile ; le manuscrit de Galilée sur les fortifications ; le carton des ouvrages de Léonard de Vinci. Le 7 floréal, l’armée d’Italie étant à Cherasco, et, après la prise fameuse de Tortone, Bonaparte avait mandé au Directoire : « Il me serait utile d’avoir trois ou quatre artistes connus pour recueillir les monuments des beaux-arts. » Au commencement de prairial, comme il venait de conquérir Milan et qu’il rêvait de rétablir le Capitole, il signait avec le duc de Modène un armistice où se lit cet article : « Le duc de Modène sera tenu de livrer vingt tableaux à prendre dans sa galerie ou dans ses Etats, au choix des citoyens qui seront commis à cet effet. » Le 15 prairial, on le retrouve à Vérone, d’où il écrit cette lettre aux Directeurs : « J’arrive dans cette ville, citoyens Directeurs, pour en partir demain matin ; elle est très grande et très-belle… Je n’ai pas caché aux habitants que si le prétendu roi de France n’eût évacué leur ville avant mon passage du Pô, j’aurais mis le feu à une ville assez audacieuse pour se croire la capitale de l’empire français… Je viens de voir l’amphithéâtre ; ce reste du peuple romain est digne de lui. Je n’ai pu m’empêcher de me trouver humilié de la mesquinerie de notre Champ-de-Mars : ici, cent mille spectateurs sont assis, et entendraient facilement l’orateur qui leur parlerait. » En messidor, il est à Bologne. « Les vingt tableaux que doit nous fournir Parme, écrït-il au Directoire, sont partis ; le célèbre tableau de Saint Jérôme est tellement estimé dans ce pays qu’on offrait un million pour le racheter. » Le Directoire a envoyé les artistes et les savants demandés, et le jeune conquérant écrit au Directoire : « Le citoyen Barthélémy s’occupe, dans ce moment-ci, à choisir les tableaux de Bologne. Il compte en prendre une cinquantaine, parmi lesquels se trouve la Sainte Cécile, qu’on dit être le chef-d’œuvre de Michel-Ange. Monge, Berthollet et Thouin sont à Pavie, où ils s’occupent à enrichir notre Jardin des plantes et notre cabinet d’histoire naturelle. J’imagine qu’ils n’oublieront pas une collection complète de serpents qui m’a paru bien mériter la peine de faire le voyage. » Enfin il écrivit de Milan cette superbe épître à l’astronome Oriani : « Les sciences qui honorent l’esprit humain, les arts qui embellissent la vie et transmettent les grandes actions à la postérité, doivent être spécialement honorés dans les gouvernements libres. Tous les hommes de génie, tous ceux qui ont obtenu un rang distingué dans la république des lettres, quel que soit le pays qui les ait vus naître, sont Français. Les savants, à Milan, n’y jouissalent pas de la considération qu’ils devaient avoir. J’invite les savants à se réunir et à me proposer leurs vues sur les moyens qu’il y aurait a prendre, ou les besoins qu’ils auraient pour donner aux sciences et aux beaux-arts une nouvelle vie et une nouvelle existence. Tous ceux qui voudront aller en France y seront accueillis avec distinction. Le peuple français ajoute plus de prix à l’acquisition d’un savant mathématicien, d’un peintre de réputation, d’un homme distingué, que de la ville la plus riche et la plus abondante. » Ainsi cet homme singulier voulait avoir pour lui les artistes en même temps que les victoires, et Raphaël, Léonard de Vinci, Corrége et Michel-Ange étaient placés sur le même rang que Montenotte, Millesimo, Arcole et Castiglione. Il n’entre pas dans notre plan de raconter cette campagne d’Italie, glorieuse entre toutes, qui vient d’amener cette digression. Notre plan n’est, dans cette partie de l’histoire du grand capitaine, du premier génie militaire des siècles passés, et peut-être aussi des siècles futurs, que d’exposer ce qui sert à le caractériser comme citoyen et soldat d’un grand peuple jusqu’au 18 brumaire ; Quand, simple citoyen, soldat d’un peuple libre, Aux bords de l’Eridan, de l’Adige et du Tibre, Foudroyant tour à. tour quelque tyran pervers, Des nations en pleurs sa main brisait les fers ; Ou quand son noble exil aux sables de Syrie, Des palmes du Liban couronnait sa patrie… Marie-Joseph CHÉNIER. Il nous suffira de dire que toute la suite de l’histoire ne nous offre aucun homme qui, à vingt-sept ans et venu d’où nous l’avons vu partir, ait atteint à cet âge un aussi haut degré de gloire, et fait sentir la foudroyante activité qu’il déploya dans cette campagne, où il se montra surtout républicain. Il était sincère alors, il croyait la République immortelle dans ces premiers jours d’enthousiasme et de gloire. Il disait fièrement et officiellement à ceux qui parlaient de reconnaître la République française : « La République française est comme le soleil : aveugle qui ne la voit pas ! » Les mêmes sentiments l’animaient aussi en particulier. A Milan, en mai 1796, il disait à un de ses amis : « La République, c’est la flèche d’Evandre qui ne retombe pas-, et se change en étoile brillante. » Illusion sublime des premiers jours ! moment unique où la République était comparée par Bonaparte à la flèche d’Evandre ! le besoin seul de refouler le royalisme vous a éteints dans son cœur, nobles sentiments qui promettiez de donner à la France un Washington au lieu d’un César ! En effet, quand il vit, moins de deux ans après, la contre-révolution prendre des ailes à l’intérieur, il sentit qu’on ne l’abattrait point en se bornant à n’user envers elle que des armes constitutionnelles, des armes de la liberté. Au dehors, l’histoire nous montre le Directoire suivant la grande politique de la Convention, portant la liberté aux vaincus, et entreprenant d’affranchir l’Europe du pouvoir absolu et de la féodalité, justement persuadé que la France ne pouvait être une république heureuse et paisible qu’entourée de républiques heureuses et paisibles. Cependant, à l’intérieur, le désordre, entretenu par les royalistes au nom de la liberté, entravait la marche du gouvernement et empêchait la France d’être aussi heureuse qu’elle était glorieuse et puissante. Les républicains auteurs de la Constitution de l’an III, craignant les abus du pouvoir exécutif, l’avaient restreint avec une méfiance excessive. Il était faible, pauvre, dépouillé de tout appareil d’ostentation, au lieu d’étaler cette magnificence royale que les Français ont la bonhomie d’admirer, tout en la payant ; il vivait de rien et gouvernait avec peu de chose. Quelques légers impôts subvenaient aux frais de nombreuses armées. Les étrangers et les royalistes dépensaient en France plus d’argent pour corrompre et diviser, que le pouvoir n’en avait à sa disposition pour le maintien de l’ordre de choses établi. La liberté de la presse était plus entière qu’elle ne l’a jamais été. Les pouvoirs étaient publiquement insultés ; les lois républicaines qu’on parvenait à faire voter naissaient flétries d’avance par les royalistes et les journaux ; les feuilles appartenant aux partis extrêmes déclamaient à leur aise contre le Directoire ; le blâme et le ridicule étaient déversés à pleines mains sur ses actes et sur ses membres. En France, on aime le pouvoir qui éblouit et dont l’allure est altière ; on trouvait la République trop bourgeoise. Le parti royaliste, parfaitement organisé par les nombreux agents des Bourbons, conspirait à Clichy, et cherchait un Monk parmi nos généraux ; les chouans infestaient les grandes routes ; de leur côté, les anarchistes faisaient au camp de Grenelle une tentative babouviste contre le Directoire. Comment résister à ces conspirations sans des mesures violentes ? Le renouvellement amena dans les conseils une majorité de royalistes se disant constitutionnels on Eurs, qui cacha peu son intention de renverser Directoire. Deux des directeurs eux-mêmes paraissaient disposés à ne pas retenir le pouvoir, et Carnot, malheureusement, était de ceux qui croyaient devoir abandonner la partie. Les trois autres avaient à choisir, ou de violer la constitution pour la sauver, ou de la laisser tomber. Ils prirent le premier parti. Soutenus par l’armée d’Augereau et par celle de Hoche, ils firent occuper militairement le Corps législatif : cinquante et un représentants, les deux directeurs et plusieurs journalistes furent condamnés à la déportation. C’est ce que, dans l’histoire, on a appelé le 18 fructidor. Si cette mesure avait besoin d’une justification, le nom de Hoche, le nom le plus pur de notre grande Révolution, la fournirait à lui seul. Ce n’est pas ici le lieu de juger cet épisode de notre histoire révolutionnaire ; il est facile, quand on n’examine pas les choses de près, de n’avoir que du blâme pour ces sortes de coups d’Etat; nous croyons seulement que celui-cî ne fut pas sans influence sur Bonaparte.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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novembre 29, 2007

LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL JOUBERT (1769-1799)

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Général Barthélemey-Catherine Joubert en sous-lieutenant du 51eme de ligne en 1792

Le général Joubert qui a commandé à la bataille de Rivoli, a reçu de la nature les qualités qui distinguent les grands guerriers : grenadier par le courage, il est général par le sang-froid et les talents militaires.

Il était grand, maigre, semblait naturellement d’une faible complexion ; mais il avait trempé sa constitution au milieu des fatigues, des champs et de la guerre des montagnes. Il était intrépide, vigilant, et actif… Il était fait pour arriver à une grande renommée militaire.

(Napoléon Bonaparte)

Joubert (Barthélemy-Catherine). Officier général, né à Pont-de-Vaux (Ain), le 14 avril 1769, de « Claude-Marie Joubert, avocat en parlement et juge des seigneuries de MM. Bertin de Vaux, et de Françoise Giraud », tué à Novi (Italie) le 15 août 1799 ; fut d’abord avocat et quitta le barreau en 1789 pour entrer dans la carrière militaire ; d’abord grenadier, il s’éleva rapidement, en passant par tous les grades, à celui de général en chef, et chaque promotion fut due à un trait d’intelligence ou à un acte de bravoure. Employé sous Bonaparte en Italie, on le vit à Millesimo s’élancer, lui septième, dans les retranchements ennemis, pour fixer ensuite la victoire à Ceva, où il emporta de vive force la ville et le camp retranché qui la défendait, se battit encore à Montebaldo et à Rivoli ; c’est surtout dans le Tyrol que Joubert déploya ses plus grands talents, que Carnot, dans ses mémoires, appelle à une Campagne de géants. Enfoncé avec sa division dans ce pays mntagneux et difficile, isolé du reste de l’armée, entouré d’un peuple aguerri, il força tous les passages et opéra sa jonction avec l’armée qui se croyait perdue. Arrivé au quartier général, il se présenta chez Bonaparte ; la sentinelle, qui avait la consigne de ne laisser entrer personne, lui refuse la porte. Joubert force le passage. Aux cris de la sentinelle, Bonaparte sort de son cabinet, serre Joubert dans ses bras et dit au soldat étonné : « Va, celui qui a forcé le Tyrol peut bien forcer une consigne. » Il fut ensuite envoyé en Hollande où il fut plein de circonspection. Nommé général en chef de l’armée l’Italie, pendant l’expédition d’Egypte, il se rendit maître de Turin, voulant ensuite le réformer et le Directoire s’y étant montré hostile, Joubert donna sa démission et se retira dans ses foyers. Le 30 prairial an VII, il fut, pour la seconde fois, investi du commandement en chef de l’armée d’Italie pour s’opposer au progrès des Russes, commandés par Souvarov, et livra la fatale bataille de Novi où il succomba. L’armée qui l’aimait, fut atterrée de cette perte ; elle fut d’autant plus douloureuse que Joubert était choisi pour servir de marchepied aux futurs ambitieux qui rêvaient déjà le coup d’Etat de brumaire ; c’est comme cela que Bonaparte leur parut tout désigné pour accomplir ce coup de force que Joubert n’aurait peut être pas exécuté, et, la mort de Kléber fit que cimenter le plan des conspirateurs en faveur de Bonaparte.

(Extrait du dictionnaire de la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Général Joubert sur Wikipedia

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novembre 18, 2007

BATAILLE DE RIVOLI (1797)

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Bonaparte à la bataille de Rivoli le 14 janvier 1797

Mon pouvoir tient à ma gloire, et ma gloire aux victoires que j’ai remportées. ma puissance tomberait si je ne lui donnais pour base encore de la gloire et des victoires nouvelles. La conquête m’a fait ce que je suis, la conquête seule peut me maintenir.

(Napoléon Bonaparte)

Rivoli (Bataille de). Les 14 et 15 janvier 1797, le général en chef de l’armée d’Italie, à la tête de 23.00 hommes, affronta les troupes autrichiennes fortes de 28.000 hommes. Assisté des généraux Joubert et Masséna, Bonaparte remporta l’une de ses plus belles victoires, poursuivant ainsi une série de succès plus impressionnants les uns que les autres depuis son entrée en campagne l’année précédente (Montenotte, Lodi, Castiglione, Arcole, etc)… Masséna joua un rôle décisif lors de la bataille, et fut alors affectueusement qualifié par son supérieur d’Enfant chéri de la victoire. Les Français eurent 5.000 blessés ou tués, les Autrichiens perdirent quant à eux la moitié de leurs effectifs dans la confrontation (prisonniers y compris). La bataille de Rivoli permit à Bonaparte de se recentrer sur le siège de Mantoue avec encore la même réussite.

Lien : Bataille de Rivoli sur Wikipedia

septembre 21, 2007

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL MASSENA (1758-1817), DUC DE RIVOLI, PRINCE D’ESSLING

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Maréchal André Masséna (1758-1817), duc de Rivoli, prince d’Eslling

Masséna, d’un rare courage et d’une tenacité si remarquable, dont le talent croissait par l’excès du péril et qui, vaincu, était toujours prêt à recommencer comme s’il eût été vainqueur. C’était néanmoins un voleur… et c’eût été un grand homme, si ses qualités brillantes n’eussent été ternies par l’avarice.

(Napoléon Bonaparte)

Masséna (André, duc de Rivoli et prince d’Essling), officier général et législateur, né à Nice (Alpes-Maritime), le 6 mai 1758, de « Jules Masséna, propriétaire à Levens, et de Catherine Fabre », mort à Paris le 4 avril 1817 ; prit du service, le 18 août 1775, comme simple soldat au 1er bataillon d’infanterie légère (Royal-Italien) et arriva au grade de sous-officier, mais ne put espérer avoir un grade supérieur, n’étant pas noble. A l’avènement de la Révolution, il s’enthousiasma pour les idées nouvelles et s’engagea dans les volontaires du Var. Il arriva rapidement au grade de chef du 3e bataillon ; fut promu, le 22 août 1793, général de brigade et, le 30 frimaire an II, général de division. Il se distingua en l’an II, dans la campagne d’Italie, à Loano et à Saugio, et l’année suivante au col de Borghetto. A la reprise de la campagne, sous les ordres de Bonaparte, il reçut, après Millesimo, le commandement des compagnies de grenadiers réunies en corps, et, à leur tête, franchit le pont de Lodi, entra le premier dans Milan et assista à Roverdo, à Castiglione, à Arcole, à Rivoli, à la Favorite, où il mérita d’être appelé par Bonaparte : l’enfant chéri de la victoire. Revenu en Italie porteur de la ratification des préléminaires de Léoben, il remplaça Berthier à Rome, mais ayant été mal accueilli, il se démit et vécut à Paris, en disponibilité, dans une situation assez précaire ; mais menacés, sur nos frontières compromises, il fut rappelé à l’activité en ventôse an VII, et le commandement de l’armée d’Helvétie lui fut confié. Masséna ne possédait guère alors, malgré les renforts qu’il reçut, que 40.000 hommes, contre 100.000 Autrichiens, sous l’archiduc Charles, et les généraux Bellegarde et Hotze. Il prit position sur la Limurat, ayant trois divisions à droite sur les Alpes, quatre au centre et deux à gauche sur le Rhin ; fit passer, le 25 septembre, la Limurat, au-dessous de Zurich, à quatre divisions, en tout 37.000 hommes, et attaqua Korsakov qui, isolé des Autrichiens, ne disposait plus que de 25.000 hommes. Après deux jours en lutte, les Russes battirent en retraite vers le Rhin, ayant perdu 13.000 hommes. Pendant ce temps, Soult et Vandamme avaient battu, au-dessus de Zurich, le général Hotz. C’est à ce moment que Souvarov débouchait de la vallée de la Reuss et arriva le 26 septembre à Altfor et se trouva en face de troupes victorieuses et supérieures en nombre ; il dut battre en retraite précipitamment, abandonnant ses canons, ses voitures, ses traînards, et arriva péniblementà Coire avec 10.000 hommes seulement. La coalition, grâce à l’adresse et à la tactique de Masséna, fut dissoute. Après le 18 brumaire, Bonaparte confia à Masséna le commandement en chef de l’armée d’Italie, qui n’avait à sa disposition que 35.000 hommes, tandis que le baron de Melas disposait de 120.000 Autrichiens. Ce dernier attaqua nos lignes le 15 germinal an VIII et, grâce à sa supériorité numérique, rejeta Suchet sur le Var et Masséna sur Gênes. Assiégé par les Autrichiens du général Ott et bloqué sur mer par les anglais, Masséna résista pendant deux mois d’une façon héroïque, mais la garnison et les habitants furent réduits à vivre d’herbes et de pain d’amidon et les soldats n’avaient plus la force de porter leur fusil. Masséna se vit dans la dure nécessité de capituler et obtint le droit de se retirer sur le Var avec le reste de ses troupes, pour y rejoindre Suchet. En signant la réddition, il dit aux officiers autrichiens et anglais : « Je vous donne ma parole d’honneur qu’avant vingt jours je serai devant Gênes. » Après Marengo, il garda le commandement de l’armée d’Italie, mais qu’il dut céder à Brune, en raison de ses dépradations, qui avait mécontenté Bonaparte. Masséna se montra peu favorable au 18 brumaire. Le 9 thermidor an XI, il entra au Corps législatif comme député de la Seine, fut promu maréchal d’empire le 29 floréal an XII, grand-aigle de la Légion d’honneur le 10 pluviôse an XIII et chef de la 14e cohorte. Il fut de nouveau mis à la tête de l’armée d’Italie en 1805, s’empara de Vérone le 18 octobre et attaqua les positions de Caldiero sans pouvoir les forcer. Après le traité de Presbourg, il entrprit de conquérir le royaume de Naples, et, en quelques jours, il dispersa les Napolitains et les Anglais, s’empara de Gaëte et occupa les Calabres. Le 19 mars 1808, il fut créé duc de Rivoli, prit part à la campagne du Danube en 1809 et se distingua à Landshut et Eckmühl, il s’empara du château d’Ebersdorff. A la bataille de Wagram, Masséna commandait la gauche, qui eut à supporter les efforts de l’armée autrichienne et, quelques jours après, il dégagea Marmont à Znaïm ; fut créé prince d’Essling le 31 janvier 1810, et reçut au mois de février suivant, le commandement de l’armée du Portugal ; il s’empara le 10 juillet de de Ciudad-Rodrigo, le 28 août d’Almeïda, mais fut repoussé le 27 septembre à Busaco ; après, il subit encore quelques échecs et fut disgracié par Napoléon ; il abandonna son commandement au maréchal Marmont et revint en France, resta en disponibilité pendant les campagnes de 1812 et 1813, et devint gouverneur de la 8e division militaire. Pendant les Cent-Jours, l’Empereur le nomma le 2 juin 1815 pair de France, mais il ne siégea pas. Masséna mourut de chagrin et tous les vieux soldats qu’une police ombrageuse n’avait pas éloignés de Paris se pressèrent autour de son cercueil. Napoléon a dit de lui : « Le bruit du canon éclaircissait ses idées et lui donnait de l’esprit, de la pénétration et de la gaieté. »

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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