février 25, 2008

MARECHAL SERURIER (1742-1819)

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Maréchal Jean-Matthieu-Philibert Sérurier (1742-1819)

Sérurier avait conservé toutes les formes et la rigidité d’un major. Il était fort sévère sur la discipline et passait pour un aristocrate… Il était brave, intrépide de sa personne, mais pas heureux. Il avait moins d’allant que les précédents [généraux Masséna et Augereau], mais il les dépassait par la moralité de son caractère et la sagesse de ses opinions politiques.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal SERURIER (Jean-Matthieu-Philibert, comte), maréchal de France, né à Laon le 8 septembre 1742, mort à Paris le 21 décembre 1819. Sop père, qui était attaché comme officier à la maison du roi, lui fit donner, lorsqu’il n’avait que treize ans, un brevet de lieutenant. Pendant la campagne de Hanovre, en 1760, Sérurier eut la mâchoire fracassée. Il fit ensuite les campagnes de Pologne en 1762, de Corsa en 1768 et ne reçut le grade de major qu’en 1789. A partir de ce moment, son avancement fut rapide. Promu colonel en 1792, il fut envoyé à l’armée du Var ; mais à la suite d’une dénonciation on le raya des cadres. Au lieu d’émigrer, Sérurier demanda à servir comme soldat et peu après il était réintégré à la tête de son régiment. Sa brillante conduite à l’affaire d’Utello février 1793) lui valut le grade de général de brigade. Promu général de division en 1795, il contribua, le 23 novembre de la même année, à la défaite des Autrichiens à Loano, se distingua successivement en 1796 à Batifolo, Nocetto, Saint-Michel, prit une part des plus actives au succès des batailles de Mondovi et de Castiglione, continua le siège de Mantoue, qui capitula en février et, après avoir assisté à la bataille du Tagliamento, il s’empara de Gorizia. Ce fut lui que, après la signature des préliminaires de paix de Léoben, Bonaparte envoya à Paris pour porter au Directoire vingt-deux drapeaux pris à l’ennemi. A son retour en Italie, Sérurier reçut le gouvernement de Venise. En 1798, il exerça un commandement sous les ordres de Joubert, puis passa à l’armée, de Schérer et donna de nouvelles preuves de courage pendant la campagne, qui fut désastreuse pour nos armes. Schérer venait d’être remplacé par Moreau lorsque les Russes, sous les ordres de Souvarov attaquèrent l’armée. Sérurier, cerné par 17.000 hommes dans la village de Verderio (27 avril 1799), combattit toute la journée, épuisa complètement ses munitions et se vit contraint de capituler le lendemain. Remis en liberté sur parole peu de temps après, il revint à Paris, aida activement Bonaparte à perpétrer le coup d’Etat du 18 brumaire et fut nommé sénateur le 24 décembre suivant. Gouverneur des Invalides et maréchal de France en 1804, grand-cordon de la Légion d’honneur en 1805, comte en 1808, commandant de la garde nationale parisienne en 1809, il ne fit aucune campagne sous l’Empire. Lors de l’arrivée des armées alliées à Paris en 1814, il fit brûler dans la cour des Invalides, le 30 mars, 1.417 drapeaux et étendards pris sur l’ennemi, adhéra à la déchéance de Napoléon. Lorsque l’Empereur revint de l’Île d’Elbe, le maréchal Sérurier lui présenta une adresse de dévouement qu’il signa avec les invalides. Destitué au début de la seconde Restauration, il vécut jusqu’à sa mort dans la retraite. Son désintéressement lui avait valu en 1798 le singulier surnom de Vierge d’Italie. Sa statue en bronzé a été érigée à Laon en 1864.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Liens : Maréchal Sérurier (1742-1819)Maréchal Sérurier sur Wikipedia

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février 16, 2008

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – 18 ET 19 BRUMAIRE A SAINT-CLOUD

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Napoléon Bonaparte lors du coup d’Etat du 18 brumaire (9 novembre 1799)

Dans les révolutions, il y a deux sortes de gens : ceux qui les font et ceux qui en profitent.

(Napoléon Bonaparte)

Comme dans toutes les hautes comédies d’usurpation dont l’histoire nous offre le tableau, il s agissait toujours, dans ces projets d’envahissement de la puissance publique, de sauver la patrie. C’était par dévouement patriotique que les conjurés allaient se précipiter dans le gouffre du pouvoir absolu. On sait quels Curtius c’étaient que les Talleyrand, les Sieyès et les politiques de leur école, et combien la grandeur du pays et le bonheur public tenaient de place dans leurs préoccupations ! Un article de la Constitution de l’an III investissait le conseil des Anciens du droit de décréter, en cas de péril public, la translation du Corps législatif hors Paris. Cet article, né des vieilles rancunes girondines contre la capitale, allait servir de pivot à la conspiration. Il fut convenu que Sieyès , qui disposait de la majorité des Anciens, ferait présenter un décret de translation des conseils à Saint-Cloud, sous le prétexte d’un complot jacobin sur le point d’éclater. A cette mesure, on en ferait ajouter une autre que la Constitution n’autorisait pas, la nomination de Bonaparte au commandement des troupes de la division de Paris, de la garde nationale et de la garde du Corps législatif. Une fois les conseils réunis à Saint-Cloud, isolés et privés de tout moyen d’action, Sieyès et Roger Ducos devaient envoyer leur démission de Directeurs ; on espérait arracher celle de Barras et des deux autres ; et, dans tous les cas, le gouvernement se trouvant désorganisé, on comptait imposer aux conseils la nomination du consulat tel qu’il avait été projeté. Une chose curieuse, c’est que les proclamations, par suite du retard de l’exécution, étaient prêtes plusieurs jours à l’avance. Regnault et Arnault avaient confié ce travail à un imprimeur de la rue Christine, nommé Delmonville. Le soir du 15, sachant déjà que l’affaire était remise, ils étaient allés tranquillement signer le bon à tirer, et ils laissèrent entre les mains du prote ces pièces accusatrices, dont la découverte pouvait tout faire échouer. Ils étaient niaisement convaincus que cet homme n’y comprendrait rien (un typographe ! ) On conviendra qu’en une circonstance aussi grave, une telle conduite touchait à l’ineptie. Ce prote obscur et discret, qui eut, pendant toute une nuit, entre ses mains la destinée de la France et celle de Napoléon, se nommait Bouzu. Dans la nuit du 17 au 18, les décrets furent préparés sous la direction de Cornet, membre du conseil des Anciens, et, vers 6 heures du matin, les lettres de convocation expédiées par des sous-officiers. On convoqua les Anciens pour 7 heures, et les Cinq-Cents pour 11 heures, en ayant soin d’oublier les membres dont on redoutait l’hostilité. De son côté, Bonaparte, agissant comme s’il eût été déjà revêtu du commandement, avait donné rendez-vous chez lui, pour 6 heures du matin, à tous les généraux et officiers sur lesquels il comptait. Le plus piquant, c’est que Lefebvre, qui commandait la division de Paris, avait été également appelé. Il était tout dévoué au Directoire ; mais Bonaparte l’enleva d’un mot : « Vous , l’un des soutiens de la République, la laisserez-vous périr entre les mains des avocats ? Tenez, voilà mon sabre des Pyramides, je vous le donne… » Le brave Alsacien s’écria, tout attendri : « Eh bien ! jetons les avocats à la rivière ! » Sous le nom d’avocats, c’était en réalité toute la France civile qu’on entendait écarter, pour inaugurer le règne d’une classe, celle des militaires. Comme on le voit, dans la bouche de Bonaparte, le mot avocat avait fait fortune. On sait que cet homme extraordinaire excellait dans l’emploi de ces dénominations à l’emporte-pièce. « C’est un idéologue » dira-t-il plus tard de quelque penseur que la fumée de la gloire n’aura point enivré, et voilà un homme voué au ridicule. Il savait excellemment que c’est avec des mots que l’on conduit les hommes, et il usait de cette arme puissante qu’il trouvait toujours à point dans son arsenal. Cependant les Anciens accourent aux Tuileries ; la séance s’ouvre : Cornet, personnage un peu grotesque, mais fort zélé, s empare de la tribune et déclame à froid contre les jacobins, dans un langage et avec des figures qui eussent été du plus haut comique en toute autre circonstance. Suivant lui, un affreux complot est sur le point d’éclater ; les poignards sont levés, et la représentation nationale est perdue si le décret de translation n’est pas prononcé : « La République, ajoute-t-il, aura cessé d’exister et son squelette sera entre les mains de vautours qui s en disputeront les membres décharnés. » (Moniteur.) Après avoir débité cette pièce d’éloquence, il cède la place à Régnier, qui présente les décrets tout rédigés. La majorité était assurée à l’avance, et, grâce à la manière savante dont les convocations avaient été faites, toutes les mesures furent votées presque sans débat. Bonaparte, suivi d’un brillant cortège de généraux et d’officiers, vint au sein du conseil prêter le serment prescrit : « Représentants, dit-il, la République périssait, votre décret vient de la sauver… » Toutefois il évita adroitement de jurer la constitution. Garat voulut en faire l’observation, mais le président lui refusa la parole, sous le prétexte que le décret de translation étant prononcé, il ne pouvait plus y avoir de discussion qu’à Saint-Cloud. Cette réponse fut également faite par le président Lucien aux membres des Cinq-Cents, qui se réunirent à 11 heures sous l’empire d’une vive émotion. Au nom de la constitution, qu’on se préparait à détruire, on ferma la bouche aux représentants, et tout débat dut être ajourné au lendemain. Paris était comme en état de siège ; les troupes prenaient position de tous les côtés, suivant les ordres donnés avant même que les décrets fussent rendus. Lannes gardait les
Tuileries, Marmont l’Ecole militaire, Murat fut envoyé à Saint-Cloud , Macdonald à Versailles, et Moreau accepta le poste peu honorable de geôlier du Directoire, qu’il investit, au Luxembourg, sous le prétexte de pourvoir à sa sûreté, et dont il intercepta absolument toute communication avec le dehors. Pendant que ces événements décisifs s’accomplissaient, l’un des principaux Directeurs, Barras, prenait tranquillement un bain. Gohier et Moulin, qui commençaient à ouvrir les yeux, accoururent auprès de lui ; il leur promit de les rejoindre dans la salle des séances du Directoire ; mais peu de minutes après, il cédait misérablement aux obsessions de Talleyrand et de Bruix, et signait sa démission, qui avait été rédigée à l’avance par Rœderer. Presque aussitôt il partit pour sa terre de Grosbois, escorté par un détachement de dragons. Le Directoire était dissous de fait : Gohier et Moulin, restés seuls, ne pouvaient même plus légalement délibérer. Ils s’honorèrent, du moins, par la fermeté de leur attitude : ni les caresses ni les menaces ne purent leur arracher leur démission. Ils restèrent consignés au Luxembourg, sous la garde de Moreau, brisés, vaincus, joués par les grands politiques, mais inébranlables dans leur honnêteté républicaine. Bonaparte, après avoir passé une revue rapide des troupes, qui l’avaient acclamé, était remonté aux Tuileries, dans la salle ou siégeait la commission des inspecteurs, délégation permanente du pouvoir législatif, qui était entièrement gagnée. Il dictait des ordres, agissait en maître, prenait toutes ses dispositions. Le succès de sa tentative paraissant assuré, le nombre de ses adhérents grossissait de minute en minute. Fouché, toujours dévoué pour les plus forts, commençait à faire du zèle. Il avait bruyamment fait fermer les barrières et empêché le départ des courriers, vieille pratique révolutionnaire, que d’ailleurs Bonaparte jugea inutile. En outre, il suspendit les douze municipalités de Paris, dont on craignait l’esprit républicain et qui pouvaient en effet servir de centres aux patriotes de différentes sections. Enfin il avait couvert les murs de Paris de proclamations, où il recommandait aux citoyens l’ordre et la tranquillité en assurant qu’on travaillait, dans le moment même, à sauver la République, à la préserver des complots de ses ennemis. Ces mesures ne pouvaient qu’affermir l’autorité de Bonaparte, qui paraissait assez généralement reconnue, bien que le décret qui l’en avait investi fût inconstitutionnel, car le conseil des Anciens n’avait pas le droit de nommer un chef de la force armée. Lui-même, avec son étonnante infatuation césarienne, parlait déjà et agissait en roi du moyen âge. Un peu ayant la démission de Barras, le secrétaire de celui-ci, Bottot, était venu à la commission des inspecteurs pour observer ce qui se passait. Bonaparte, l’apercevant dans la salle, saisit l’occasion pour déclamer une tirade d’apparat, certainement préméditée et destinée au Directoire. Voici cette sortie célèbre où le Moi impérial s’étale déjà avec si peu de gêne : « Qu’avez-vous fait de cette France que j’avais laissée si brillante ? j’avais laissé la paix, j’ai retrouvé là guerre ; j’avais laissé des victoires , j’ai retrouvé des revers ; j’avais i laissé les millions de l’Italie, j’ai retrouvé des lois spoliatrices et la misère !… Un tel état de choses ne peut durer ; avant trois ans il nous mènerait au despotisme. » Tout le monde connaît la paraphrase éloquente – mais où il y a encore plus de passion que d’éloquence – que Chateaubriand fit de cette célèbre apostrophe dans son pamphlet politique De Buonaparte et des Bourbons. On reste confondu en présence de cet orgueil olympien. Ne dirait-on point que les grandeurs de la République sont exclusivement son ouvrage, que personne avant lui, que personne avec lui n’y a contribué ? Certes, il avait joué nu rôle militaire brillant ; mais Hoche, mais Moreau, mais Bernadotte, mais Jourdan, mais Kellermann, mais cent autres capitaines illustres qui ont sauvé la patrie et soutenu la grande lutte contre les rois, de quel droit leur gloire est-elle ainsi confisquée ? et le comité de Salut public, et la Convention, et tous les grands citoyens de l’époque héroïque, quelle part leur laisse-t-on ? En 1815, quand le sang de plusieurs milliers d’hommes aura été versé, que restera-t-il de cette France que la Convention avait laissée si puissante et si forte ? Lui-même n’avait-il eu aucune part dans les fautes qu’il reprochait au Directoire ? et n’était-ce point lui, notamment, qui avait pris l’initiative de la création de ces républiques éphémères, première cause de nos revers ? Qui donc aussi avait déterminé l’éloignement de la plus belle de nos armées pour cette folle et aventureuse expédition d’Egypte, qui coûta si cher à la France et qui fut son œuvre personnelle ? Mais, les récriminations eussent été trop faciles. On pouvait ajouter encore qu’au moment même où parlait, la République, après un moment de défaillance, était de nouveau partout victorieuse, et sans qu’il y fût pour rien. Quoi qu’il en soit, le pauvre Bottot était stupéfait de recevoir à bout portant ces phrases théâtrales qui n’avaient pas été arrondies pour un aussi mince personnage, et qu’on se hâta d’expédier à tous les journaux. La journée du 18 brumaire se termina sans que la conspiration eût rencontré une opposition sérieuse. Les patriotes s’agitèrent bien, il est vrai, dans quelques conciliabules, mais sans parvenir à organiser un centre de résistance efficace. Décimés, écrasés tant de fois, et récemment encore par Sieyès, les républicains n’étaient plus, d’ailleurs, en état de lutter contre le parti militaire. En outre, le peuple paraissait convaincu que la dictature de Bonaparte serait un événement heureux pour la République. Le lendemain 19, Saint-Cloud était encombré de troupes. Rien n’était prêt pour l’installation du Corps législatif ; il en résulta des retards qui faillirent compromettre la conjuration. Les députés se promenaient par groupes dans le parc, et s entretenaient avec la plus vive animation. Les Cinq-Cents reprochaient aux Anciens de livrer la République à une dictature militaire, et ils parvinrent à en ébranler quelques-uns. Les conspirateurs n’étaient pas sans appréhension : Sieyès et d’autres personnages avaient des voitures qui les attendaient à la grille, en prévision d’un échec. Enfin les conseils entrèrent en séance vers deux heures. Les Anciens siégeaient dans une des salles du palais, les Cinq-Cents dans l’Orangerie ; Bonaparte, avec le monde d’officiers qui l’accompagnaient, occupait un des appartements. Il attendait, non sans trouble intérieur, les délibérations qui devaient mettre la République à ses pieds. Dans la nuit, des Anciens qui hésitaient encore à violer la loi lui avaient offert une place dans le Directoire renouvelé ; les Cinq-Cents eussent adhéré à cette combinaison ; une dispense d’âge eût été accordée ; mais il refusa avec opiniâtreté. Ce qu’il voulait, c’était l’omnipotence avec une constitution faite par lui et pour lui ; il n’acceptait pas d’autre rôle que celui de sauveur. On sait ce que cela signifie. Aux Cinq-Cents, un des affidés , Gandin, ouvrit la séance par le bavardage habituel sur le prétendu danger de la République ; il félicita les Anciens sur la mesure de la translation, et finit par proposer la nomination d’une commission pour préparer des mesures de salut public. On espérait ainsi abréger les discussions. De plus, on avait tout naturellement un rapport tout préparé, dans le sens de la conjuration, avec proposition du consulat, ajournement du Corps législatif, etc. Mais à peine Gaudin a-t-il fini de parler qu’une tempête éclate dans l’assemblée, à bon droit déliante et irritée, et qui se lève en masse aux cris de : « A bas la dictature ! vive la constitution ! – La constitution ou la mort ! s’écrie Delbrel… Les baïonnettes ne nous effrayent point, nous sommes libres ici ! » Après une longue agitation, Grandmaison propose de prêter individuellement le serment à la constitution. L’appel nominal commence, et Lucien Bonaparte lui même, qui présidait, est contraint de venir prononcer son serment à la tribune. L’immense majorité des Cinq-Cents était sincèrement et énergiquement dévouée à la République, et peut-être l’eût-elle sauvée si elle eût agi avec promptitudc et décision. Elle avait sous la main Jourdan, Bernadotte, Augereau et d’autres patriotes influents qui n’attendaient qu’un signal et qu’un décret ; mais les longueurs de l’appel nominal tirent perdre un temps précieux. Cette foi naïve dans la sainteté de la parole humaine et dans la puissance de la loi était encore une tradition de la grande époque révolutionnaire ; mais elle était tout à fait hors de saison dans les temps nouveaux, où le culte de la force pure, la loi punique et le parjure officiel commençaient à passer dans les mœurs publiques. Quoi qu’il en soit, les meneurs du complot furent un instant déconcertés. Les Anciens étaient ébranlés, et beaucoup ne paraissaient pas éloignés de faire volte-face. Les membres qui, la veille, n’avaient pas été convoqués, demandaient hautement des explications sur les prétendus dangers qui avaient motivé le décret de translation. Le fameux complot jacobin avait si peu de réalité que ceux qui en avaient affirmé l’existence demeuraient honteusement confondus et bouche close quand on les sommait d’articuler des faits. La situation devenait très grave. Bonaparte était ému, inquiet et irrité. Lui qui, depuis la veille, s’accoutumait à dire à tout propos : « Je veux…» il s’étonnait, comme d’une désobéissance, des obstacles qu’il rencontrait. Après une conférence rapide avec Sieyès, il résolut de brusquer les choses et de se présenter devant les conseils à la tête de son état-major. Ici il rentrait dans son vrai rôle. Il fit mettre un régiment en bataille dans la cour, annonça à ses officiers qu’il allait en finir, et, suivi de son état-major, alla se présenter à la barre des Anciens. Une fois en présence de l’assemblée, dans cette enceinte où, malgré l’anarchie du moment, rayonnaient encore le prestige de la représentation nationale et la majesté des lois, il fut visiblement intimidé, et son émotion se trahit par l’incohérence de son discours (quelle Moniteur a eu soin de remanier et d’arranger). Après avoir assuré que la République était sur un volcan, il passa brusquement aux calomnies dont on l’abreuvait. On parlait d’un nouveau César, d’un nouveau Cromwell, on osait lui attribuer le projet d’établir un gouvernement militaire ; mais s’il avait ambitionné un tel rôle, il lui eût été facile de le prendre au retour d’Italie ; il n’en a pas voulu alors, il ne le veut pas plus aujourd’hui. Puis, reprenant le thème des dangers de la patrie, il annonça la prise de plusieurs places par les chouans, et adjura les représentants de sauver la liberté et l’égalité. Linglet lui dit : « Et la Constitution ? » Un instant déconcerté, il réplique avec aigreur en découvrant ses vrais sentiments : « La Constitution ! vous n’en avez plus ! vous l’avez violée au 18 fructidor, vous l’avez violée au 22 floréal, vous l’avez violée au 30 prairial. » Et il concluait à la nécessité d’un nouveau pacte et de nouvelles garanties – c’est-à-dire à la concentration du pouvoir entre ses mains. On lui demande de s’expliquer sur les dangers qu’il signalait. Visiblement embarrassé, il se répandit en accusations vagues contre les factions, mais sans préciser un seul fait, recommença à se plaindre de l’insuffisance de la Constitution pour sauver la patrie, attaqua le conseil des Cinq-Cents avec violence, et termina par ces menaces peu déguisées : « Si quelque orateur, payé par l’étranger, parlait de me mettre hors la loi, qu’il prenne garde de porter cet arrêt contre lui-même !… J’en appellerais à vous, mes braves compagnons d’armes, à vous, grenadiers dont j’aperçois les bonnets, à vous, braves soldats dont j’aperçois les baïonnettes ! Souvenez-vous que je marche accompagné du Dieu de la fortune et du Dieu de la guerre ! » Ce langage emphatique et presque inconvenant dans une pareille enceinte, produisit une fâcheuse impression. La majorité de l’assemblée était disposée à accorder au général ce pouvoir qu’il recherchait si avidement ; mais elle eût désiré qu’on lui fournît au moins un prétexte pour créer une dictature, qu’on lui donnât quelques motifs spécieux propres à faire illusion. Elle ne prit aucune détermination et attendit, circonstance qui annonce au moins de l’indécision. En quittant la barre des Anciens, Bonaparte s’était rendu aux Cinq-Cents. Dans cette assemblée, la discussion, après la prestation du serment, avait été reprise avec animation sur la question du prétendu grand complot qui avait servi de prétexte à la translation des conseils à Saint-Cloud. On décréta l’envoi d’un message aux Anciens, pour leur demander les motifs de cette convocation extraordinaire, qui semblait annoncer un grand péril public. Tout à coup, au milieu des délibérations, la porte s’ouvre, et Bonaparte, entouré de grenadiers, paraît sur le seuil. A la vue des armes, les représentants bondissent, l’indignation soulève l’assemblée entière ; de toutes parts éclatent les cris : « Quoil des sabres ici ! à bas le dictateur ! à bas le tyran ! hors la loi ! vive la Constitution ! vive la République! – Que faites-vous, téméraire ? s’écrie Bigonnet, vous violez le sanctuaire des. lois ! » Et Destrem : « Est-ce donc pour cela que tu as vaincu ? » Et d’autres encore : « Tous tes lauriers sont flétris ! Ta gloire s’est changée en infamie ! » Pâle et violemment agité, Bonaparte s’efforce cependant de gagner la barre, placée au milieu de la salle ; mais les députés l’entourent en lui reprochant sa trahison ; quelques-uns même le saisissent au collet en lui ordonnant de sortir. C’est alors que ses grenadiers, restés sur le seuil, s’élancent et l’emportent à demi évanoui. La tempête continue dans l’assemblée, et les motions se multiplient au milieu d’une agitation inexprimable. On propose tour à tour de mettre les troupes en réquisition, sous le commandement de Bernadotte, de se déclarer en permanence, de se rendre sur-le-champ à Paris. Lucien manœuvre habilement pour gagner du temps ; il essaye de défendre son frère, de rappeler ses services ; il supplie, il lutte, mais en vain : sa voix est couverte par le formidable hors la loi ! qui avait perdu Robespierre lui-même. Prononcé contre Bonaparte, il pouvait faire hésiter les troupes, parmi lesquelles se trouvait la garde même du corps législatif. Lucien était dans une situation vraiment tragique : sommé de mettre aux voix la mise hors la loi de son propre frère, il déploya dans sa résistance, autant de courage que d’habileté, et finit par déposer ses insignes de président pour descendre à la barre. Le terrible cri retentissait au dehors. Bonaparte envoie un groupe de grenadiers pour dégager son frère, qui monte aussitôt à cheval dans la cour et devient à ce moment le maître du mouvement et le sauveur de la conspiration. Connu des soldats comme président de l’Assemblée, il couvrit le coup d’Etat d’un semblant de légalité. Il harangue les troupes, leur représente le conseil des Cinq-Cents comme opprimé par des « représentants à stylet, par des brigands soldés par l’Angleterre, par une minorité d’assassins. » En conséquence, il requiert la force publique pour délivrer l’assemblée. L’instant était décisif et il n’y avait pas une minute à perdre. L’ordre est donné de dissoudre l’assemblée par la force ; Murat et Leclerc entraînent les soldats ; les protestations des représentants sont étouffées par le roulement des tambours ; un cri suprême de « Vive la République ! » retentit, appel désespéré de la liberté mourante ; quelques instants après, la violence était consommée, la salle n’était plus occupée que par des grenadiers. Quatre années auparavant, au milieu des vagues de l’Océan, le même cri d’agonie avait retenti, dans une circonstance, nous ne pouvons pas dire plus solennelle, mais plus terrible, encore. Plutôt que de se rendre aux Anglais, les héroïques marins du Vengeur s’abîmaient dans les flots aux cris sublimes de : Vive la liberté ! Vive la France ! Vive la République ! C’étaient deux naufrages ; mais combien l’un avait été plus glorieux que l’autre ! Nous ne voulons pas suspecter le républicanisme de l’honorable Assemblée ; ce serait une injustice ; mais le pouls de la nation tout entière s’était ralenti, les artères battaient moins vivement. Ce n’était plus l’époque des grands mouvements, des sublimes colères, des terribles exécutions. L’éloquence, ce levier d’Archimède auquel rien ne résiste, faisait défaut. Il aurait fallu là une de ces paroles de feu qui électrisent même les esprits timides, un de ces gestes qui excitent ou calment à leur gré les orages. O Danton ! ô géant de la Révolution, tu manquais au milieu de ce Cap des Tempêtes ! On a dit que les représentants s’étaient précipités par les fenêtres, comme affolés par la terreur ; il fallait bien rendre les vaincus ridicules après les avoir outragés ! Mais, outre que les documents officiels ne font pas mention de ce triste épisode, il résulte de l’ensemble de témoignages sérieux que les grenadiers (qui étaient de la garde du Corps législatif) s avancèrent avec lenteur, sans se livrer à aucune violence, et même avec un certain respect. Ces soldats de la République, malgré leur engouement, pour Bonaparte, ne s’étaient pas instantanément transformés en prétoriens. Ce fut pas à pas, et pour ainsi dire homme à homme, que les députés furent refoulés, poussés hors de l’Orangerie par la porte et par les couloirs. Les vainqueurs se sont calomniés eux-mêmes, quand ils ont imaginé cette circonstance. On a dit aussi, on a répété que des poignards avaient été levés sur Bonaparte dans la salle de l’Orangerie, et c’est au moyen de cette fable que Lucien excita l’indignation des soldats. Bonaparte lui-même, dans sa proclamation du 20 brumaire, où il racontait a sa manière les événements, assure que vingt assassins se précipitèrent sur lui en cherchant sa poitrine. Mais il est certain que c’est là un fantôme de l’émotion ou une erreur officielle. Si vingt assassins s’étaient précipités sur lui, qui donc à ce moment les eût empêchés de frapper ?… Rien n’eût été plus facile dans une semblable mêlée. Ce qu’il y a de sûr, c’est que le procès-verbal de cette séance, rédigé par les vainqueurs, ne dit pas un mot de cette tentative d’assassinat. Il n’en est pas question davantage dans le compte rendu très circonstancié du Moniteur du 20 brumaire. On ne le mentionna en quelque sorte qu’en post-scriptum. Ce ne fut que le lendemain qu’on imagina de raconter que le grenadier Thomas Thomé avait eu la manche de son habit déchirée par un coup de poignard destiné au général, et le Moniteur du 23 rapportait que Thomé avait déjeuné avec Bonaparte, et que la citoyenne Bonaparte avait embrassé le brave grenadier et lui avait mis au doigt un diamant de la valeur de 2.000 écus. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que, même parmi ceux des adhérents du coup d’Etat qui ont admis le fait comme vrai, pas un seul ne dit l’avoir vu de ses yeux. D’un autre côté, tous les autres témoins oculaires ou historiens du temps, depuis le sénateur Thibaudeau jusqu’à Dupont de l’Eure, l’ont nié énergiquement. « Je n’ai point vu de poignards levés sur lui » dit le prince Eugène lui-même dans ses Mémoires. Lombard (de Langres), témoin oculaire et qui a publié une notice sur le 18 brumaire, discute cette question dans ses Mémoires, et affirme que ce fut là une fable imaginée pour appeler l’intérêt sur Bonaparte et rendre les vaincus odieux. Enfin il ajoute : « Dans cette bagarre, un poignard a-t-il été dirigé contre lui ? Cela est possible ; mais je dis non, et je dis non parce que mes yeux ne l’ont pas quitté ; parce qu’après cette journée, ayant demandé, non à ses ennemis, mais à plusieurs députés des Cinq-Cents qui étaient entièrement de son bord, s’il était vrai qu’on eût tenté de le frapper, tous m’ont répondu qu’il n’en était rien. » Lombard produit en outre le témoignage conforme de M. Sibuel, son collègue à la cour de cassation, également témoin oculaire. On avait accusé de ce coup de poignard légendaire le député Arena, mais il ne s’est jamais trouvé un témoin pour affirmer cette accusation, et il paraît qu’Arena se trouvait précisément, au moment de cette scène, à une extrémité opposée de la salle. Le député Savary, dans la brochure Mon examen de conscience sur le 18 brumaire, a prouvé que le grenadier Thomé n’avait point été frappé par un coup de poignard, mais qu’il avait eu simplement sa manche déchirée par un clou ou une ferrure en passant près d’une porte. Quoi qu’il en soit, l’heureux grenadier se laissa donner un brevet d’offlcier et une pension de 600 francs. Cette pension ayant été supprimée par la Restauration, il réclama par une pétition adressée à la Chambre en 1818. Dupont de l’Eure fit passer à l’ordre du jour, en affirmant, lui, témoin de la journée de Saint-Cloud que le coup de poignard était une pure invention. L’éternel grenadier ne se tint pas pour battu, et plaida, dans une lettre adressée aux journaux, la réalité de ce bienheureux coup de stylet dont il avait si longtemps vécu, et que sans doute il avait fini par prendre lui-même au sérieux. Cette lettre existe encore dans une collection d’autographes, et elle est signée Pomiès ; ainsi le nom réel de ce célèbre personnage serait Thomas Pomiès, Ou Pomiès Thomas ; car il n’importe guère Que Thomas soit devant ou Thomas soit derrière. On trouvera encore la réfutation de la prétendue tentative d’assassinat de Saint-Cloud dans une curieuse brochure émanée probablement des papiers de Roederer, et qui parut sous ce titre : La petite maison de la rue Chantereine (Paulin, 1840). Cependant, après l’évacution de la salle de l’Orangerie, plusieurs députés, des Cinq-Cents coururent aux Anciens dénoncer l’outrage fait à la représentation nationale. L’impression fut extrêmement pénible ; les Anciens se montrèrent affligés d’un pareil attentat ; mais Lucien accourut à leur barre, leur expliqua que tout s’était fait dans l’intérêt de la République, et n’eut pas trop de peine à obtenir leur coucours pour réorganiser le gouvernement. Le soir, à neuf heures, à force de courir de tous les côtés, on parvint à réunir une trentaine de membres des Cinq-Cents (c’est le chiffre indiqué par Cornet lui-même, un des coopérateurs du coup d’Etat) ; on les constitua en assemblée, on les déclara et ils se déclarèrent eux-mêmes la partie saine, la majorité du conseil, tandis que les quatre cent soixante-dix autres membres n’étaient que la minorité, les factieux. Ce conciliabule décréta que Bonaparte et ses lieutenants avaient bien mérité de la patrie. Puis Boulay de la Meurthe vint présenter tous les projets concertés : l’institution d’un consulat provisoire composé de Bonaparte, Sieyès et Roger Ducos ; l’ajournement du Corps législatif au 1er ventôse suivant, la nomination de deux commissions législatives chargées d’aider les consuls dans leur travail de réorganisation ; enfin l’exclusion de cinquante-sept représentants, mesure à laquelle une liste de proscription vint peu de jours après donner son complément. Les consuls et les commissions étaient en outre chargés de rédiger une constitution nouvelle. A une heure du matin, tout était voté, sans vaines discussions. Les décrets sont aussitôt portés aux Anciens, qui se hâtent de les ratifier. Bonaparte et les deux autres consuls viennent prêter serment à la légalité, à la liberté, au système représentatif ; et enfin Lucien, avec un étonnant sang-froid, prend la parole pour féciliter cette Assemblée nationale de son œuvre nocturne : «Représentants du peuple, la liberté française est née dans le Jeu de paume de Versailles. Depuis l’immortelle scène du Jeu de paume, elle s’est traînée jusqu’à vous, en proie tour à tour à l’inconséquence, à la faiblesse, aux maladies convulsives. de l’enfance. Elle vient aujourd’hui de prendre la robe virile ! A peine venez-vous de l’asseoir sur la confiance et l’amour des Français, et déjà le sourire de la paix et de l’abondance brille-sur ses lèvres ! Représentants du peuple, entendez le cri sublime de la postérité : « Si la liberté naquit dans le Jeu de paume de Versailles, elle fut consolidée dans l’Orangerie de Saint-Cloud. » L’histoire, croyons-nous, ne présente pas un second exemple d’une mystification de cette force. Les trente et les Anciens avalèrent en silence la harangue de l’ex-président et s’évanouirent ensuite dans les ombres de la nuit. On les retrouvera dans la domesticité consulaire et impériale, parmi ces générations de dignitaires vraiment inamovibles qui sont restés pendant un demi-siècle debout sur les ruines de tous les gouvernements qu’ils avaient exploités et trahis, plus impassibles que l’homme d’Horace, éternels , inévitables, indestructibles, et faisant en quelque sorte partie du mobilier de tous les pouvoirs.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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février 14, 2008

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – L’HOMME PROVIDENTIEL

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Bonaparte, général de la république française

 

Gouverner par un parti, c’est se mettre tôt ou tard dans sa dépendance ; on ne m’y prendra pas ! Je suis national.

(Napoléon Bonaparte)

A son retour d’Egypte, Bonaparte avait été reçu avec un enthousiasme presque universel. Quoique la fortune de la République eût été relevée par la succession de victoires qui se terminent à la bataille de Zurich, et par les brillants succès de Brune en Hollande, l’impression des revers précédents n’était pas effacée, et le jeune général fut accueilli comme si la France eût été sur le bord de l’abîme et que lui seul put la sauver. D’autres réputations militaires pouvaient balancer la sienne ; mais l’opinion publique a ses favoris, comme les rois. La campagne d’Italie avait couronné le nom de Bonaparte d’une auréole impérissable ; l’aventureuse expédition d’Egypte, sur le résultat de laquelle on pouvait encore conserver quelques illusions, venait d’ajouter à cette gloire le prestige du gigantesque et de l’inconnu. Dans l’état de déconsidération relative où étaient tombés le Directoire et tous les pouvoirs publics, l’établissement d’un régime militaire semblait d’ailleurs une nécessité de situation, une conséquence presque inévitable de l’état de guerre prolongé, aussi bien que le terme définitif d’une longue réaction. Le peuple, fatigué de suivre la République dans les fluctuations de sa décadence, s’était désintéressé des affaires publiques, livrées depuis plusieurs années aux intrigants et aux médiocrités. Les cœurs magnanimes, les grands acteurs de la Révolution avaient été dévorés pur les événements ; en dehors d’un petit groupe d’hommes austères, sans grande autorité, il ne restait guère que des ambitieux sans scrupule et les réputations militaires.
C’était ici qu’allait le flot. La foule cherchait un homme : merveilleuse disposition pour accepter un maître. Bonaparte arrivait avec l’idée bien arrêtée de s’emparer du pouvoir : l’enthousiasme dont il était l’objet lui frayait la voie ; en outre, un parti l’attendait, et même l’avait appelé. Les Sieyès, les Talleyrand, les Rœderer, les Cambacérès, les Regnault de Saint-Jean-d’Angely, etc., avaient dès longtemps formé une conspiration pour détruire la constitution de l’an III, et faire faire à la République une nouvelle évolution vers la monarchie. Dans une autobiographie de Talleyrand, nous trouvons à ce sujet quelques révélations curieuses. Ce parti, sentant la nécessité de s’appuyer sur un chef militaire, qui ralliât l’armée, avait d’abord songé à Moreau, qui ne montra qu’incertitudes ; puis à Joubert, qui, peu après, fut tué à la bataille de Novi ; enfin à Bonaparte. Mais laissons parler ici le document en question. C’est par des maisons de commerce que M. de Talleyrand fit parvenir les premières dépêches qui informaient le général de la situation où se trouvait la France et de la gloire qui lui était réservée d’y porter remède ; mais, comme on n’était pas sur qu’il eût reçu ces lettres, et que les désordres de l’intérieur et les désastres de l’armée d’Italie ne laissaient plus aucune espérance de salut, un bâtiment neutre fut frété pour lui porter, avec le plan d’exécution qui avait été arrêté, l’invitation de presser son arrivée et de ramener les principaux officiers de son armée. Ce bâtiment partit à l’insu du Directoire, aborda en Egypte le 10 août, et Bonaparte était en France avant que le gouvernement eût même soupçonné son départ. » Arrivé à Paris le 24 vendémiaire (16 octobre), il se rendit deux heures plus tard chez le président du Directoire, Gohier, honnête homme facile à tromper. « Président, lui dit-il (pour expliquer son retour sans autorisation), les nouvelles qui nous sont parvenues en Egypte étaient tellement alarmantes que je n’ai pas balancé à quitter mon armée pour venir partager vos périls. – Ils étaient grands, général, répondit Gohier, mais nous en sommes glorieusement sortis. Vous arrivez à propos pour célébrer avec nous les triomphes de vos compagnons d’armes. » Reçu le lendemain en audience solennelle par le Directoire, Bonaparte renouvela ses protestations, et il ajouta, en mettant la main sur la garde de son épée, « qu’il ne la tirerait jamais que pour la défense de la République et de son gouvernement. » (Mémoires de Gohier). Ce retour inattendu n’était point sans faire naître des sentiments de défiance et d’inquiétude chez beaucoup d’hommes appartenant au gouvernement et à l’opinion républicaine. Mais, loin de partager ces craintes, la masse du public, à Paris , s’associait à l’élan de la France presque entière. On se tromperait d’ailleurs étrangement si l’on s’imaginait qu’en offrant pour ainsi dire la dictature à Bonaparte, le pays cédait à un entraînement monarchique ; c’était là, sans doute, l’arrière-pensée d’un petit nombre ; mais la plupart ne songeaient qu’à l’affermissement de la Répuplique sous une administration vigilante et ferme. L’armée avait une grande popularité révolutionnaire et patriotique ; on la regardait comme le plus ferme rempart contre le retour de l’ancien régime, et les lettrés seuls pensaient alors à César. Les partis même, plus clairvoyants d’ordinaire que les foules, espéraient trouver en Bonaparte l’homme qui leur manquait. Mais lui, qui voulait se servir de tous les partis, non les servir, gardait une réserve étudiée, recherchait, accueillait tout le monde, et ne se livrait à personne. Habile à caresser la démocratie, au moment où il se préparait à l’absorber dans sa dictature, il affectait des allures modestes, une vie retirée, se dérobait aux regards et aux applaudissements du public, n’assistait aux spectacles que dans une loge grillée, et portait le plus habituellement le simple habit de membre de l’Institut, comme pour rendre hommage à la prééminence de l’ordre civil et démentir ainsi les projets qu’on lui prêtait. Malgré cette simplicité toute d’apparat, il avait déjà une véritable cour, et son petit hôtel de la rue de la Victoire était encombré de visiteurs. On y voyait un flot d’hommes qui avaient serpenté à travers tous les événements, serviteurs de tous les succès, n’ayant d’autre préoccupation que leur propre fortune, et qui, naturellement, étaient venus se ranger autour de l’homme à qui l’avenir semblait appartenir. Ce groupe était dirigé par Talleyrand, impudent Mascarille caché dans la peau d’un homme d’Etat, et qui parvint à résumer en lui la corruption de tous les régimes. On y remarquait aussi Regnault de Saint-Jean-d’Angely, Rœderer, Réal, hommes d’esprit sans convictions, depuis longtemps avides d’échanger l’humble écharpe de la démocratie contre les livrées et les broderies d’un gouvernement régulier ; Cambacérès, qui avait ce faible des légistes pour la toute-puissance ; Cabanis, Volney, qui devaient se repentir un jour d’une coopération dont ils ne prévoyaient pas les suites ; Arnault, le poète tragique, qui déjà faisait en quelque sorte partie de la domesticité du « général » l’ amiral Bruix, ex-ministre de la marine, esprit délié, qui était avec Talleyrand un des conseillers de Bonaparte ; les Directeurs Gohier, Roger Ducos et Moulin, le premier abusé, le second complice, le dernier incapable et borné ; des familiers de Barras, des amis de Sieyès ; enfin un certain nombre de républicains sincères, qui venaient là en observateurs inquiets ou soupçonneux. Les chefs militaires, qui, dans cet état de guerre continuel, tendaient visiblement à se constituer en une nouvelle aristocratie, formaient tout naturellement cortège au plus éminent d’entre eux, à celui qui semblait destiné à leur assurer la suprématie. Cependant trois généraux illustres, Jourdan, Bernadotte et Augereau, conservaient une attitude presque hostile et rassuraient ainsi le parti républicain, qui les comptait parmi ses chefs les plus capables et les plus influents, car les militaires avaient partout pris le devant de la scène : c’était là, pour employer une expression dont on a un peu abusé, un des signes du temps. Moreau aurait été pour Bonaparte un redoutable compétiteur, s’il eût eu une ambition plus active et moins d’incertitude dans le caractère. Ces deux grands capitaines ne s’étaient jamais vus. Ils se rencontrèrent pour la première fois chez le président du Directoire. Bonaparte alla au-devant de celui que l’opinion publique lui avait un instant donné comme rival, et le séduisit tout d’abord à force de caresses et de déférence. Quelques jours après, il alla le visiter, lui fit présent d’un sabre magnifique rapporté d’Orient, et finit par le gagner tout à fait et l’entraîner à sa suite. Mais une chose caractéristique, c’est que Moreau, tout en promettant son concours à Bonaparte, refusa d’écouter l’exposition de ses plans. Ainsi le nouveau César voyait se grouper autour de lui tous les éléments dont il pouvait avoir besoin pour l’exécution de ses projets, et il n’avait plus dès lors qu’à se préparer à agir. Mais avant de s’engager dans la tentative hasardeuse d’une attaque de vive force contre les institutions publiques, il essaya de s’introduire dans le gouvernement par les voies légales. Il eut un moment l’idée de remplacer dans le Directoire Sieyès, pour lequel il nourrissait une aversion prononcée, que celui-ci lui rendait bien, car il avait, comme lui, l’ambition de jouer le premier rôle dans la République. Il s’ouvrit nettement à Gohier et à Moulin : Sieyès eût été renversé par une intrigue quelconque, et le général nommé à sa place. Mais comme il n’avait pas les quarante ans requis par la Constitution, il ne put, malgré ses insistances, obtenir l’adhésion des deux Directeurs auxquels il avait fait sa confidence significative. Il a plus tard affirmé, et des historiens complaisants ont affirmé après lui, qu’il avait repoussé les avances de tous les partis ; mais c’est là de l’histoire officielle. Une entreprise comme la sienne ne pouvait réussir avec un désintéressement à la Cincinnatus,car les partis formaient encore des masses compactes et étaient maîtres de positions importantes. C’est ainsi qu’après sa tentative avortée pour préparer son élection au Directoire, il s’adressa aux groupes qui représentaient la tradition jacobine ; mais ce fut en vain que son frère Joseph essaya d’entraîner un de leurs chefs, Bernadotte, qui cependant était son beau-frère et son ami. Bonaparte essaya encore d’autres combinaisons, par exemple une tentative de rapprochement avec Barras ; mais partout il se heurtait à des méfiances bien naturelles ou à des ambitions aussi exclusives, quoique moins justifiées, que la sienne. Enfin, après divers tâtonnements, il se décida à une démarche décisive : l’alliance avec Sieyès, membre du Directoire depuis quelques mois. De ce côté, il trouvait des avantages que son esprit pratique devait apprécier, et, entre autres, une conspiration organisée, montée de longue date et disposant d’un personnel nombreux et de moyens d’action importants. Sieyès, avec son orgueil intraitable, sa réputation monstrueusement surfaite, son ambition cupide, aspirait à la première place, et il était, bien moins que sa propre faction, disposé à une telle alliance, d’autant plus que, quelques jours avant de rechercher son concours, Bonaparte l’avait mortellement blessé par un accueil méprisant. Des amis communs, Talleyrand, Rœderer, Cabanis, Joseph Bonaparte, à force d’insistances, finirent par le décider à un rapprochement. Tout en cédant, il avait d’ailleurs un pressentiment très net qu’au lendemain du succès il serait annulé par Bonaparte, réduit à une véritable sujétion ; mais, dans le réseau d’intrigues bysantines dont la République était enveloppée, il devenait urgent d’agir rapidement, si on ne voulait être prévenu. C’est ce que comprenait bien le général, qui poussait ses préparatifs avec une grande activité. Désormais assuré du concours de deux Directeurs ; Sieyès et Roger Ducos, il avait pied au centre au gouvernement. Barras, usé, méprisé comme chef des pourris, avait cessé d’être redoutable ; Gohier et Moulin, les seuls membres du Directoire qui fussent attachés sincèrement à la constitution, étaient aveuglés par la confiance. Le ministre Fouché, avec son flair subtil d’homme de police, avait tout deviné dès la première heure ; mais il se gardait bien de traverser une entreprise qui paraissait appelée à un infaillible succès, et il accablait le général de protestations de dévouement, se réservant, sans aucun doute, de le trahir si la fortune l’abandonnait. Lemercier, président du conseil des Anciens, et qui était dans la confidence, manœuvrait habilement pour entraîner la majorité de ce corps. Aux Cinq-Cents, on avait quelques intelligences par Lucien, qui présidait cette assemblée ; mais il était facile de prévoir que c’était de là que viendrait l’opposition. Les bases d’opération arrêtées, on distribua les rôles. Rœderer fut chargé de travailler l’opinion par de petits écrits ; Regnault de rédiger les proclamations, avec l’aide d’Arnault, qui composa même une chanson pour agiter le peuple des rues. « Une chanson pour un dénouement de tragédie avait-il dit, c’est trop piquant pour que j’y manque. » D’un autre cote, les généraux qui étaient du complot avaient la mission de rallier homme par homme tous les officiers présents à Paris. Murat, Lannes, Marmont, Macdonald, etc. travaillaient en ce sens. Réal, qui était commissaire du Directoire près l’administration centrale de Paris, devait entraîner ou dominer les municipalités de la capitale. On ajoute aussi que Bonaparte avait obtenu des fournisseurs (qui étaient l’aristocratie financière du temps) une somme de deux millions pour faire face, aux dépenses courantes du complot. Tant de démarches, de conciliabules et de négociations n’avaient pas été sans éveiller l’attention ; aussi tout Paris était-il dans l’attente de grands événements. Mais, comme il arrive souvent en de semblables circonstances, les plus intéressés ne voyaient ni n’entendaient rien. Gohier et Moulin étaient dans la plus complète sécurité, d’autant plus que le ministre de la police affectait une incrédulité railleuse et ne faisait que rire de la prétendue conspiration. De son côté, Bonaparte ne négligeait rien pour endormir les deux seuls Directeurs qui pussent devenir un embarras pour lui. Il accablait Gohier de caresses, lui faisait écrire par Joséphine les plus aimables billets, et s’invitait, de lui-même, amicalement à dîner chez lui. Il s’y était engagé ainsi pour le jour même où devait être frappé le grand coup. (Mémoires de Gohier) Il faut convenir que l’honnête président du Directoire joua dans toute cette affaire exactement le rôle de ces Gérontes de comédie qui sont bernés par tous les personnages de la pièce. Le 15 brumaire, il présidait imperturbablement un banquet donné au général par le conseil des Anciens dans l’ex-église Saint-Sulpice (alors temple de la Victoire). Lui seul était calme et rayonnant. Tous les convives, sous l’empire des plus graves préoccupations, étaient silencieux et embarrassés. Cet étrange repas réunissait à la même table un certain nombre des vainqueurs et des vaincus du lendemain. L’exécution, plusieurs fois remise, avait été enfin fixée auje. Le soir du banquet, Arnault, envoyé par les principaux acteurs, se présenta chez Bonaparte pour convenir des derniers arrangements. « La chose est remise au 18, lui dit tranquillement le général.-Au 18! y songez-vous ? l’affaire est éventée. Ne voyez-vous pas que tout le monde en parle ? – Tout le monde en parle et personne n’y croit. D’ailleurs, il y a nécessité. Ces imbéciles du conseil des Anciens n’ont-ils pas des scrupules ! ils m’ont demandé vingt-quatre heures pour faire leurs réflexions. » ( Arnault, Souvenirs d’un sexagénaire) C’est ainsi que Bonaparte parlait familièrement de ses auxiliaires et des « conservateurs de la Constitution. » La restauration de l’autorité commençait. Dans quelques jours, d’ailleurs, ces imbéciles qui avaient encore quelques scrupules seront à plat ventre devant le maître nouveau, qui, pendant quinze ans, pourra les mener si bas dans la servitude, que lui-même en éprouvera la nausée du dégoût. Après de nouvelles conférences avec Sieyès et les chefs du parti, la date du 18 avait été, en effet, définitivement arrêtée. Le plan de la conjuration était tel à peu près qu’il s’exécuta : suspension du Corps législatif ; suppression du Directoire et nomination de trois consuls investis de la dictature pour réorganiser la République, et doter la France d’une nouvelle constitution. Cette constitution, bâclée par Sieyès, était le moindre des soucis de Bonaparte, qui savait bien qu’après la victoire il serait le seul pouvoir actif et la seule loi vivante. Il n’était que trop évident, en effet, que, dans l’état des choses, le gouvernement de la France allait devenir une seigneurie à la manière des républiques italiennes du moyen âge.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Suite -> 18 et 19 brumaire à Saint-Cloud

Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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janvier 15, 2008

CLAUDE AMBROISE REGNIER (1736-1814), DUC DE MASSA

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Claude Ambroise Régnier (1736-1814), Duc de Massa

Je suis mon ministre. C’est moi qui mène mes affaires. Je suis donc assez fort pour tirer un bon parti des hommes médiocres. De la probité, de la discrétion et de l’activité, voilà tout ce que je demande.

(Napoléon Bonaparte)

Régnier (Claude-Ambroise, duc de Massa). Homme d’Etat français, né à Blamont (Lorraine) le 6 avril 1736, mort à Paris le 24 juin 1814, était avocat à Nancy lorsqu’il fut élu, en 1789, député aux états généraux. Régnier ne s’occupa guère, à l’Assemblée constituante, que de questions judiciaires. Il y fit rejeter l’application du jury en matière civile, l’ambulance des juges d’appel, et se prononça pour qu’on donnât des indemnités pécuniaires aux personnes qui, arrêtées et détenues préventivement, seraient acquittées par le jugement. Cette proposition ne fut point adoptée. A l’occasion de l’insurrection du peuple et de la garnison de Nancy, Régnier défendit la municipalité contre les attaques dont elle était l’objet et approuva la conduite du marquis de Bouille. Au mois de juin 1791, il fut envoyé en mission dans les départements des Vosges et du Rhin pour calmer l’esprit public et la fermentation qu’avait fait naître la fuite de Louis XVI. Lorsque l’Assemblée constituante se sépara, Régnier, qui avait voté à peu près constamment avec le parti modéré, rentra dans la vie privée et disparut complètement de la scène politique pendant la période des grands orages révolutionnaires. Lors de la mise en vigueur de la constitution de l’an III, il fut élu député au Conseil des Anciens par le département de la Meurthe et se montra alors désireux de voir maintenues les institutions républicaines ; il se prononça contre le retour et le rappel des prêtres déportés ou exilés, soutint la loi du 3 brumaire, devint secrétaire, puis président du conseil (1796) et resta complètement étranger aux événements du 18 fructidor. Réélu au conseil des Anciens en 1799, il appuya la proposition faite par Courtois de faire fermer le club du Manège ; puis, au retour de Bonaparte de l’Egypte, il se jeta dans le parti qui conspirait la chute du Directoire et voulait donner le pouvoir au général corse. Le 17 brumaire, il prit part à une réunion tenue chez Lemercier, président du conseil des Anciens, pour préparer les mesures nécessaires à la réussite du coup d’Etat projeté, et présenta au conseil, le 18 brumaire au matin, un projet de décret qui transférait les deux Chambres législatives à Saint-Cloud. Après le Coup d’Etat qui jetait la France dans le despotisme de l’ambitieux Bonaparte, Régnier fut nommé président de la commission intermédiaire chargée de préparer une nouvelle constitution ; il entra au conseil d’Etat, fit rétablir la marque pour crime de faux, devint, en 1802, grand juge (ministre de la justice), ayant dans ses attributions la police, et mérita, par le zèle avec lequel il dirigea les poursuites contre Cadoudal, Pichegru et autres, d’être créé grand officier de la Légion d’honneur en 1804. Toutefois, en 1804, Napoléon, tout en lui laissant le ministère de la justice, lui enleva le ministère de la police, qui fut donné à Fouché. L’année suivante, il reçut le grand cordon de la Légion d’honneur et, le 15 août 1809, le titre de duc de Massa. Le 19 novembre 1813, son maître lui retira le portefeuille de la justice pour lui confier la présidence du Corps législatif, avec le titre de ministre d’Etat. Régnier se trouva alors en face de cette commission extraordinaire qui, en sonnant, pour ainsi dire, le réveil de la liberté, porta un si grand trouble dans l’esprit du chef de l’Etat, habitué dès longtemps à la plus servile soumission. Lorsque, le 28 décembre 1813, le rapporteur de cette commission eut commencé la lecture de son énergique rapport, le duc de Massa, effrayé du mâle langage de l’orateur, l’interrompit en s’écriant : « Ce que vous dites là, est inconstitutionnel. – Il n’y a d’inconstitutionnel ici que votre présence, » lui répliqua le rapporteur, faisant allusion à ce que Régnier n’était point membre du corps politique qu’il présidait. Régnier occupait encore le fauteuil de la présidence lorsque Bonaparte abdiqua en I814. Il écrivit alors (8 avril) au gouvernement provisoire pour lui demander des instructions, mais ne reçut aucune réponse. Privé tout à coup de toutes ses dignités, cet homme d’Etat, qui, depuis 1799, n’avait cessé d’être un courtisan, éprouva le plus vif chagrin de l’effondrement de sa fortune et succomba deux mois plus tard.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Lien : Claude Ambroise Régnier sur Wikipedia

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décembre 21, 2007

ROGER DUCOS (1747-1816)

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Roger Ducos (1747-1816), Directeur, puis Consul provisoire

Ce nain de Ducos, ce cul-de-jatte de Ducos, un homme borné et facile.

(Napoléon Bonaparte)

Ducos (Pierre-Roger, comte). Avocat, législateur, directeur et consul provisoire, né à Montfort (Landes), le 27 juillet 1747, de « maître Philibert Ducos, notaire royal et procureur au sénéchal et présidial de cette ville, et de demoiselle Jeanne-Marie Leclercq », mort à Ulm (Autriche) le 4 mars 1816 ; était avocat à Dax, quand il devint, sous la Révolution, président du tribunal criminel des Landes. Le 5 septembre 1792, il fut élu, par ce département, membre de la Convention et prit place à la Plaine ; dans le procès du roi, il vota pour « la mort », fut ensuite envoyé en mission en Belgique, et de retour, se prononça contre les Girondins, fut élu, en l’an II, président du club des Jacobins et secrétaire de la Convention le 2 frimaire de la même année. Le 23 vendemiaire an IV, il entra au Conseil des Anciens et devint président le 2 vendemiaire an V. Son mandat terminé, il reprit ses fonctions de président du tribunal criminel des Landes, puis devint, le 30 prairial an VII, membre du Directoire exécutif, en remplacement de Merlin de Douai, où il aida puissamment en cette qualité, à la réussite du coup d’Etat de brumaire et devint le collègue de Sieyès et de Bonaparte comme troisième consul provisoire. Le 22 frimaire suivant, il fut nommé membre du Sénat conservateur, fait membre de la Légion d’honneur le 9 vendemiaire an XII, et grand officier le 25 prairial suivant, puis créé comte de l’Empire le 28 mai 1808. L 2 juin 1815 il fut nommé pair des Cent-Jours. En 1816, il dut quitter le territoire français comme régicide, alla à Stuttgard et se rendait en Autriche pour y fixer sa résidence, quand sa voiture versa près d’Ulm, la roue lui ayant passé sur le corps, il mourut quelques instants après.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Roger Ducos sur Wikipedia

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novembre 30, 2007

LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL LECLERC (1772-1802)

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Général Victor-Emmanuel Leclerc (1772-1802)

L’arrivée du capitaine-général Leclerc fut suivie d’un succès complet [Expédition de Saint-Domingue] ; mais il ne sut pas s’en assurer dans la durée. S’il avait suivi les instructions secrètes que je lui avais dressées moi-même, il eût sauvé bien des malheurs et se fut épargné de grands chagrins.

(Napoléon Bonaparte)

Leclerc (Charles-Victor-Emmanuel). Officier général, né à Pontoise (Seine-et-Oise), le 17 mars 1772, de « Jean-Paul Leclerc et de Marie-Jean-Louise Musquinet », mort à l’île de la Tortue (Saint-Domingue) le 2 novembre 1802 ; était employé en 1793, comme adjudant général au siège de Toulon et contribua à reprendre cette ville aux Anglais ; devint général de brigade et fut envoyé aux armées du Nord et du Rhin, fit la campagne d’Italie en l’an IV, puis fit partie de l’armée d’Egypte, revint avec Bonaparte et aida ce dernier à perpétrer le coup de force du 18 brumaire. Ce fut lui qui, à la tête d’un piquet de grenadiers, chassa, de la salle, les députés opposants ; il était devenu le beau-frère du Premier Consul. Il fut chargé du commandement en chef de l’expédition de Saint-Domingue ; il avait déjà contribué à pacifier une grande partie de cette colonie quand il fut emporté par la cruelle épidémie qui fit tant de ravages dans les rangs de l’armée française. Il était capitaine-général de la colonie de Saint-Domingue.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Général Leclerc sur Wikipedia

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novembre 25, 2007

BONAPARTE ET LE COUP D’ETAT DU 18 BRUMAIRE AN VIII (9 NOVEMBRE 1799)

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Bonaparte le 19 brumaire an VIII (10 novembre 1799) au Conseil des Cinq-Cents à Saint-Cloud

La faiblesse du pouvoir suprême est la plus affeuse calamité des peuples.

L’anarchie ramène toujours au gouvernement absolu.

(Napoléon Bonaparte)

Dix-Huit brumaire an VIII. Le général Bonaparte venait d’arriver soudainement d’Egypte, au milieu de l’enthousiasme des populations sur son parcours. La première chose qu’il fit, fut d’aller rendre visite aux membres du Directoire, c’était le 25 vendemiaire, et il leur dit qu’après avoir consolidé l’établissement de son armée en Egypte, après les victoires du Mont-Thabor et d’Aboukir et confié le commandement en chef en ses lieu et place, à Kléber, il était parti pour voler au secours de la République qu’il croyait perdue, mais il la trouvait sauvée par les exploits de ses frères d’armes et il s’en réjouissait. « Jamais, ajouta-t-il en mettant la main sur son épée, jamais il ne la tirerait que pour la défense de la République. » Le président Gohier lui répondit en le complimentant sur ses triomphes et sur son retour, et lui donna l’accolade fraternelle. L’accueil fut en apparence très flatteur, mais au fond les Directeurs se méfiaient. Lannes, Murat, et Berthier ne le quittaient pas et le Directoire, de plus en plus méfiant et inquiet, cherchait à l’écarter en lui offrant un commandement, mais Bonaparte, se tenant dans l’expectative, répondait qu’il ne s’était pas encore assez reposé de ses fatigues.

Pendant ce temps, des amis faisaient tous leurs efforts pour engager Bonaparte à agir avec Sieyès et Roger Ducos : « Barras, ajoutaient-ils, est tellement déconsidéré qu’il ne compte plus. » Une entrevue eut lieu, en effet, entre Sieyès et Roger Ducos d’une part, et de Bonaparte de l’autre, et l’entente fut complète, ils décidèrent d’en finir au plus tard du 18 au 20 brumaire. Il fut décidé que l’on demanderait le transfert à Saint-Cloud des deux conseils. Le 18 au matin, un mouvement imprévu se manifesta de toute part, une nombreuse cavalerie parcourut les boulevards et tout ce qu’il y avait de généraux et d’officiers dans Paris se rendirent en grand uniforme, rue chantereine où habitait Bonaparte. Ce même jour, le Conseil des Anciens réuni aux Tuileries, décidait que les conseils seraient transférés à Saint-Cloud, le lendemain matin même, et nommait Bonaparte général en chef de toutes les troupes de la 17e division militaire, de la garde du Corps législatif, de la garde du Directoire et de la garde nationale de Paris et de ses environs. Parmi les quelques généraux qui ne voulurent point seconder Bonaparte, il y eut Bernadotte, Augereau, puis Jourdan. Nous sommes près du dénouement. Bonaparte monta à cheval pour se rendre aux Tuileries, suivi par les généraux Moreau, Macdonald, Berthier, Lannes, Murat et Leclerc. En arrivant aux Tuileries il trouva les détachements du 9e, les harangua, et, après les avoir enthousiasmés, entra dans le Palais ; il se présenta aux Anciens, accompagné de son magnifique état major, et fit son apparition à la barre : « Citoyens représentant, dit-il, la République allait périr, votre décret vient de la sauver ! Malheur à ceux qui voudraient s’opposer à son exécution. Aidé de tous mes compagnons d’armes rassemblés ici autour de moi, je saurais prévenir leurs efforts. On cherche en vain des exemples dans le passé pour inquiéter vos esprits ; rien dans l’Histoire ne ressemble au dix-huitième siècle, et rien dans ce siècle ne ressemble à sa fin… Nous voulons la République… Nous la voulons fondée sur la vraie liberté, sous le régime représentatif. Nous l’aurons, je le jure en mon nom, et au nom de mes compagnons d’armes… » Murat fut chargé d’aller occuper Saint-Cloud. Sérurier fut mis au Point-du-jour avec une réserve, Lannes fut chargé de commander les troupes qui gardaient les Tuileries, et Moreau fut chargé de garder le Luxembourg avec 500 hommes. Fouché, qui était de connivence avec Bonaparte, comme préfet de police, suspendit 12 municipalités de Paris. Le lendemain 19, la route de Saint-Cloud était couverte de troupes.

Trois salles avaient été préparées au château, l’une pour les Anciens, l’autre pour les Cinq-Cents, la troisième pour la Commission des inspecteurs et pour Bonaparte. La séance des deux Conseils s’ouvrit à deux heures. Aux Anciens rien de bien saillant ne se produisit, mais il en fut tout autrement aux Cinq-Cents. Gaudin avait mission de Sieyès et de Bonaparte d’ouvrir la séance, mais à peine a-t-il fini de parler qu’un orage épouvantable éclate dans l’Assemblée ; des imprécations, des discours violents retentissent, on entend de toutes parts ces cris : « A bas les dictateurs, point de dictature, vive la Constitution ! – La Constitution ou la mort ! s’écrie Delbrel. Les baïonnettes ne nous effrayent pas, nous sommes libres ici. » Ces paroles furent suivies de nouveaux cris. Quelques députés furieux répétèrent en regardant Lucien : « Point de dictature ! A bas les dictateurs ! » Après cette longue agitation, Grandmaison propose de prêter serment à la Constitution de l’an III. La proposition est aussitôt accueillie. On demande l’appel nominal, ce qui est accepté. Chaque député vient tour à tour préter serment à la tribune à l’applaudissement de toute l’Assemblée.Voyant le danger croître, Bonaparte et Sieyès arrête sur le champ d’en finir de suite. Bonaparte se décide à se présenter aux deux Conseils à la tête de son état-major. Il rencontre Augereau qui, d’un ton railleur, lui dit : « Vous voilà dans une jolie position ! – Les affaires étaient en bien plus mauvais état à Arcole, » lui répond Bonaparte, et il poursuit son chemin au conseil des Anciens. Il n’avait pas les habitudes parlementaires, et, au moment où il devait prendre la parole devant les Anciens, il se trouva quelque peu géné. « Citoyens représentants, dit-il, vous n’êtes point dans des circonstances ordinaires, mais sur un volcan. Permettez-moi quelques explications. Vous avez cru la République en danger ; vous avez transféré le Corps législatif à Saint-Cloud ; vous m’avez appelé pour assurer l’exécution de vos décrets ; je suis sorti de ma demeure pour vous obéir, et déjà on nous abreuve de calomnies, moi et mes compagnons d’armes : on parle d’un nouveau Cromwell, d’un nouveau César. Citoyens, si j’avais voulu d’un tel rôle, il m’eut été facile de le prendre au retour d’Italie, au moment du plus beau triomphe, et lorsque l’armée et les partis m’invitaient à m’en emparer, je ne l’ai pas voulu alors, je ne le veux pas aujourd’hui. Ce sont les dangers seuls de la patrie qui ont éveillé mon zèle et le vôtre. » Il trace ensuite le tableau de la situation dangereuse de la République, tableau qu’il rend très noir. « Prévenons, ajoute-t-il, tant de maux ; sauvons les deux choses pour lesquelles nous avons fait tant de sacrifices, la liberté et l’égalité… »  » Parlez donc aussi de la Constitution ! » lui crie Lenglet. Cette interruption interloque sur le moment le général, mais bientôt remis, il répond :  » De Constitution ! vous n’en avez plus. C’est vous qui l’avez détruite en attentant, le 18 fructidor, à la représentation nationale, en annulant, le 22 floréal, les élections populaires, et en attaquant le 30 prairial, l’indépendance du gouvernement. Cette Constitution dont vous parlez, tous les partis veulent la détruire. Ils sont tous venus pour me faire confidence de leurs projets, et m’offrir de les seconder. Je ne l’ai pas voulu ; mais, s’il le faut, je nommerai les partis et les hommes. » – « Nommez-les, s’écrie alors les opposants, nommez-les, demandez un comité secret. » Une longue agitation succède à cette interruption. Bonaparte attend quelques moments et reprend la parole : « Environné de mes frères d’armes, je saurai vous seconder. J’en atteste ces braves grenadiers dont j’aperçois les baïonnettes, et que j’ai si souvent conduits à l’ennemi, j’en atteste leur courage, nous vous aiderons à sauver la patrie, et si quelque orateur, ajoute Bonaparte d’une voix menaçante, si quelque orateur, payé par l’étranger parlait de me mettre hors la loi, alors j’en appelerais à mes compagnons d’armes. Songez que je marche , accompagné de la fortune et du dieu de la guerre. » Ces paroles menaçantes étaient à l’adresse des Cinq-Cents. Quant aux Anciens, ils furent gagnés à sa cause ; ils lui accordèrent les honneurs de la séance. De là, sûr à peu près de lui-même, il se rendit aux Cinq-Cents suivi de quelques grenadiers ; il entre et laisse des grenadiers derrière lui au bout de la salle. A peine arrivé au milieu, une tempête furieuse éclate de toutes parts. « Quoi ! s’écrient plusieurs voix, des soldats ici ! des armes ! Que veut-on ? A bas le dictateur ! A bas le tyran ! » Beaucoup de députés s’élancent au milieu de la salle, entourent Bonaparte et lui adressent des interpellations très vives. Quoi ! lui dit Destrem, c’est pour cela que vous avez vaincu ?… Tous vos lauriers sont flétris… Votre gloire s’est changée en infamie… Respectez le temple des lois. Sortez, sortez ! » Bonaparte au milieu de cette foule menaçante, semble perdre contenance. Les grenadiers qu’il avait laissé à la porte accourent, repoussent les députés et le saisissent par le milieu du corps. Des coups de poignards auraient été donné sans l’atteindre. Le grenadier Thomé eut ses vêtements déchirés. Bonaparte est emporté hors de la salle, fort pâle, il monte à cheval, se rend auprès des troupes, et leur crie que l’on a voulu l’assassiner, il est accueilli par les cris de : Vive Bonaparte ! Cependant l’orage continue au sein du Conseil des Cinq-Cents et, cette fois, les attaques sont dirigés contre Lucien, frère de Bonaparte. Lucien essaie d’être ferme à son poste : « Votre frère est un tyran, lui dit-on ; en un jour il a perdu toute sa gloire ! » Ce dernier chercha à le justifier. « Vous n’avez pas voulu l’entendre, leur répond-il. – Non, non, à bas le tyran ! clament certains des Cinq-Cents. Hors la loi ! ajoutent-il. » Ce mot terrible, on le sait, avait perdu Robespierre ; prononcé devant les troupes, il pouvait jeter la perturbations dans les rangs. Lucien, qui ne voulut pas mettre aux voix la proposition de mise hors la loi de son propre frère, déclara qu’il renonçait au fauteuil de la présidence et descendit. Bonaparte, entendant du dehors ce qui se passait, fait entrer quelques grenadiers pour sauver son frère, puis se décide à en finir d’un seul coup : il monte à cheval avec Lucien et parcourt le front des troupes. Lucien les harangue. « Le Conseil des Cinq-Cents est dissous, leur dit-il ; c’est moi qui vous le déclare. Des assassins ont envahi la salle des séances, et ont fait violence à la majorité : je vous somme de marcher pour la délivrer. » Murat et Leclerc ébranle alors un bataillon de grenadiers et le conduisent à la porte des Cinq-Cents. A la vue des baïonnettes les députés jettent des cris épouvantables, mais des roulements de tambours couvrent leurs cris : Grenadiers, en avant ! commandent les officiers. Ces derniers entrent dans la salle et dispersent en tous sens les députés, les uns par les couloirs, les autres par les fenêtres. La salle est évacuée et Bonaparte reste complètement maître du champ de bataille. La nouvelle, portée aux Anciens, loin de les rasséréner les plonge dans l’inquiètude et les regrets. Mais Bonaparte avait réussi, et les députés des Anciens, quoique atteints de remords, acceptèrent le fait accompli…

Bonaparte, Roger Ducos et Sieyès furent nommés consuls provisoires et les Conseils furent ajournées au 1er ventôse prochain. Deux commissions, qu’on a appelées intermédiaires, de vingt-cinq membres chacune, prises dans les deux Conseils, furent chargées de fonctionner et d’approuver les mesures législatives que les trois Consuls eurent besoin de prendre. Les Consuls et les commissions susdites furent chargées de rédiger une Constitution nouvelle. Tel fut le 18 brumaire.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Coup d’Etat du 18 brumaire sur Wikipedia

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novembre 2, 2007

EMMANUEL-JOSEPH SIEYES (1748-1836), COMTE D’EMPIRE

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Emmanuel-Josep Sieyès (1748-1836), comte d’Empire

Sieyès était l’homme du monde le moins propre au gouvernement mais essentiel à consulter, car quelquefois il avait des aperçus lumineux et d’une grande importance.

(Napoléon Bonaparte)

Sieyès (Emmanuel-Joseph), né à Fréjus (Var) le 3 mai 1748 de « Honoré Sieyès, bourgeois, et de damoiselle dame Anglès. » Chanoine en Bretagne (1775) ; vicaire général et chancelier de l’église de Chartres (1784) ; au mois de janvier 1789, il se signala à l’attention publique par des brochures politiques restées célèbres, dont celle : Qu’est-ce que le Tiers Etat ? Elu, au mois de mai suivant, député du tiers état de Paris aux Etats généraux, c’est lui qui éclaira la marche de l’Assemblée nationale dès son début, et qui rédigea la formule du Serment du Jeu de Paume. Président de cett assemblée le 10 juin 1790, membre du directoire du département de Paris en février 1791, l’abbé Sieyès refuse la candidature d’évêque métropolitain de Paris. Il fut une des forces, un des inspirateurs et des guides de l’ Assemblée constituante. Nommé membre de la Convention nationale le 8 septembre 1792, pour le département de l’Orne, de la Gironde et de la Sarthe, il opta pour le dernier. Il vota pour la mort sans surcis et appel dans le procès du roi, et abjura la prètrise en brumaire de l’an II. D’ailleurs, il siégea à La Plaine dans la nouvelle Assemblée et y eut un rôle infiniment moins considérable que dans la première : ayant concentré ici toute son action sur le point de se ménager et de se conserver ! Son action fut franchement rétrograde dans la dernière période de la grande Assemblée. Elu, le 23 vendemaire an IV au Conseil des Cinq-Cents par 19 départements, il opta encore pour celui de la Sarthe, refusa de faire partie du Directoire exécutif et du Ministère des affaires étrangères. Réélu, le 23 germinal an VII à la même Assemblée, par le département d’Indre-et-Loire, il se rapprocha du Directoire et soutint le 18 fructidor. En juillet 1798, il fut nommé ministre plénipotentiaire à Berlin. A son retour, devant l’avilissement du pouvoir, l’anarchie croissante, il sentit, comme tant d’autres, la nécessité d’une dictature militaire, et songea à Joubert, qui lui fut enlevé par le désastre de Novi. Il sortit alors du Directoire et prépara avec Bonaparte le coup du 18 brumaire. Mais devant l’ambition de celui-ci, i sortit du Consulat. Bonaparte le récompensa par de l’argent et des honneurs, lui donna la terre de Crosne et le fit comte de l’Empire, grand officier et grand-croix de la Légion d’honneur. Il n’en vota pas moins la déchéance de Napoéon en 1814, lequel el fit encore pair des Cent-Jours. Après la seconde Restauration, Sieyès s’exila à Bruxelles et ne rentra en France qu’après la Révolution de 1830. Il mourut à Paris à l’âge de 88 ans, le 20 juin 1836.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Emmanuel-Joseph Sieyès sur Wikipedia

PAUL BARRAS (1755-1829)

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Vicomte Paul Barras (1757-1829)

Barras était d’une haute stature, il parla quelquefois dans les moments d’orage et sa voix couvrait alors la salle. Ses facultés morales ne lui permettaient pas d’aller au-delà de quelques phrases. La passion avec laquelle il parlait l’aurait fait prendre pour un homme de résolution, mais il ne l’était point : il n’avait aucune opinion faite sur aucune partie de l’administration publique.

(Napoléon Bonaparte)

Barras (Paul-François-Jean-Nicolas, vicomte de), capitaine, législateur, et membre du Directoire, né à Fox-Amphoux (Var) le 30 juin 1755, de « François de Barras et d’Elisabeth Pourcely », mort à Chaillot (Seine) le 29 janvier 1829 ; entra dans l’armée comme sous-lieutenant au régiment de Languedoc, et partit en 1775 pour l’Ile de  France. Capitaine au régiment de Pondichéry, il  échappa à la capitulation de cette ville et, mécontent de la conduite des affaires dans les colonies, se décida à venir prendre sa résidence à Paris où il dissipa en peu de temps tout son patrimoine. Il se trouvait dans une triste position quand la Révolution éclata ; il l’accepta avec enthousiasme, prit part à la prise de la Bastille, voulut encore défendre le roi et la reine, lorsque le peuple envahit le palais des Tuileries, mais les abandonna quand il s’aperçut qu’ils étaient complètement perdus. Il s’affilia aux Jacobins et les poussa aux événements du 10 août ; il était administrateur du Var depuis le 31 août 1791, quand il devint haut juré à Orléans, puis commissaire à l’armée d’Italie et administrateur du comté de Nice. Le 7 septembre 1792, il fut élu par le Var membre de la Convention. Il siégea d’abord à la Montagne, vota la mort du roi et le 31 mai se prononça contre les Girondins. Nouvellement en mission à l’armée d’Italie, il se rendit à Toulon et Dugommier lui confia le commandement de l’aile gauche assiégeante. Revenu à Paris, il fut de ceux qui préparèrent le 9 thermidor ; chargé de défendre la Convention contre Henriot, qui commandait la garde nationale, il agit en conséquence, et lorsqu’il eut réuni assez de troupes, prit l’offensive, s’empara de l’Hôtel de Ville et put se saisir de Robespierre et de ses patisans. Après cette journée, Barras oublia qu’il avait siégé à la Montagne, se rapprocha des modérés, fut nommé secrétaire,  puis président de la Convention, et ensuite membre du Comité de sureté générale. Pour donner le change, il sut ou voulut contenter un peu tout le monde, en attaquant d’une part les émigrés et en faisant proclamer jour de fête publique l’anniversaire de la mort de Louis XVI ; et, d’autre part, en poursuivant les derniers montagnards (1er prairial) et en mitraillant les sections révoltées de Paris (13 vendemiaire). Il fut alors nommé général en chef par la Convention en s’adjoignant Bonaparte qu’il avait connu à Toulon.  En brumaire an IV, élu par le conseil des Anciens membre du Directoire exécutif, il alla habiter le palais du Luxembourg avec 150.000 francs d’appointements, devint alors le véritable chef du pouvoir exécutif, et put donner libre carrière à ses appétits de luxe et de jouissances :  » La cour de Barras, dit le Dictionnaire des Parlementaires, donna le ton à la jeunesse dorée » dont Mme Tallien fut la reine. Bonaparte y rencontra la veuve du général de Beauharnais ; Barras la lui fit épouser, et lui fit donner le commandement en chef de l’armée d’Italie. Les élections de l’an V ayant été favorables en majorité aux royalistes, les deux conseils conspirèrent contre les institutions existantes, Barras très résolu encore, décida la résistance, et le 18 fructidor, aidé par Augereau, surprit les Tuileries, fit arrêter Pichegru et Barthélemy, son collègue,  ainsi que tous les députés réactionnaires aux cris de : A bas les aristocrates ! mais très perplexe sur l’avenir du Directoire, qui était de plus en plus discrédité, il fit rompre les conférences ouvertes avec l’Angleterre au sujet de la paix, écrivit en secret à Pitt, assure-t-on , offrant d’accepter les conditions proposées en échange de 50 millions pour ses amis et pour lui, mais cette combinaison échoua ; et après le 3 prairial, qui fut une revanche contre le Directoire, Barras demanda à entrer en relation avec Louis XVIII ; il devait recevoir 12 millions. Le Dictionnaire des Parlementaires nous apprend encore que l’agent royal, le chevalier Tropez de Guérin, écrivit à Louis XVIII, : « Ce n’est pas une misérable conspiration qui se trame par des particuliers sans moyens, sans alentours ; c’est le chef du gouvernement, c’est l’homme presque assis à votre place qui vous l’offre. » Les négociations traînèrent en longueur du coté des royalistes, ce qui permit à Bonaparte de revenir en toute hâte d’Egypte, et de faire le 18 brumaire. Entre temps, Barras avait été élu député du Var au conseil des Cinq-Cents (germinal an VI). Le coup d’Etat de brumaire l’annihila complètement, sa carrière politique fut brisée ; il donna sa démission de député et se retira à Grosbois. Bonaparte lui fit offrir l’ambassade de Dresde, celle des Etats-Unis et le commandement de l’armée de Saint-Domingue, mais il refusa d’une façon catégorique toutes ces places, ce qui irrita profondément le Premier Consul. Barras prit alors la détermination de se retirer à Bruxelles, et comme cette retraite lui pesait, il demanda à plusieurs reprises de faire cesser cet état de choses. Il obtint enfin, en 1805, d’aller habiter à Marseille pour raison de santé. Il revint à Paris au retour des Bourbons, et on le laissa vivre tanquillement dans sa maison de Chaillot. Il fut le seul régicide excepté de la loi du 12 janvier 1816.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Paul Barras sur Wikipedia

octobre 31, 2007

LAZARE CARNOT (1753-1823), COMTE D’EMPIRE

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Lazare Carnot (1753-1823), comte d’Empire

Carnot était travailleur, sincère dans tout, sans intrigues, mais facile à tromper. Il montra toujours un grand courage moral. Il a été fidèle, probe, et toujours vrai.

(Napoléon Bonaparte)

Carnot (Lazare-Nicolas-Marguerite, comte), officier général, législateur et membre du Directoire, né à Nolay (côte d’Or), le 13 mai 1753, de « Claude Carnot, avocat et notaire, et de Marguerite Pothier », mort à Magdebourg (Prusse), le 2 août 1823 ; fut admis le 1er janvier 1771, à l’école du génie de Mézières, et en sortit le 1er janvier 1774, lieutenant en premier, fut promu le 14 décembre 1783 capitaine à l’ancienneté, et admis le 10 mars 1787 membre de l’Académie d’Arras. En 1791, il fut nommé président de la société des Amis de la Constitution et le 31 août de la même année élu député du Pas-de-Calais à la Législative, eut un début assez pénible, et fut soupçonné de trahison pour avoir proposé la démolition de la citadelle d’Arras ; d’abord incompris, il dut s’expliquer :  » une citadelle est une monstruosité dans un pays libre, un repaire de tyrannie contre lequel doivent s’élever l’indignation des peuples et la colère des bons citoyens. Je demande la destruction de toutes les bastilles du royaume ; voilà les vérités que vous n’avez pas voulu entendre. Eh ! Comment aurai-je été appuyé ? Je suis militaire, je parle peu, et je ne veux être d’aucun parti. » Reconnaissant leur erreur, les membres de la Législative revinrent à carnot et le nommèrent successivement au comité diplomatique, au comité d’instruction publique, et au comité militaire. Le 31 juillet 1792, nommé commissaire avec Gasparin et Lacombe Saint-Michel pour l’organisation du camp de Chalôns ; il montra une très grande activité et il était chargé de former une nouvelle armée quand le 6 septembre 1792, il fut réélu, par le Pas-de-Calais, membre de la Convention ; il fut envoyé en mission sur la frontière d’Espagne pour y organiser la défense. De retour à la Convention, il vota « la mort » dans le procès du roi, fut un des cinq membres envoyés en mission près de Dumouriez pour y instruire sa conduite et eut la chance de ne pas être arrêté avec ses collègues, n’étant pas avec eux à ce moment. Il put écrire alors à la Convention le 6 avril : « Dumouriez est presque abandonné et sera bientôt seul… » la situation de notre frontière devient plus rassurante. Il put ajouter : « Ainsi, cette nouvelle trame n’aura servi, nous l’espérons, qu’à l’humiliation des traîtres et la République en aura tiré le plus grand de tous les avantages, si cet évènement peut enfin guérir les Français de leur idolâtrie pour les individus et le besoin de pouvoir admirer sans cesse. » Et grace aux dispositions de Carnot, les revers que nos armées avaient éprouvés au commencement de la campagne de 1793, se changèrent en victoires. Un conseil présidé par Carnot, arrêta les dispositions de la bataille de Wattignies, qui fut gagnée le 16 octobre 1793. Le 10 juillet de la même année, il fut nommé membre du Comité de Salut public et chargé spécialement du bureau de la guerre ; très laborieux il y travaillait seize heures par jour, et du fond de son cabinet, mettait en mouvement les quatorze armées de la République. Ses travaux d’organisation militaire ne l’empèchaient pas du reste de s’occuper en même temps des questions purement politiques, il devint en l’an II, président de la Convention. On lui doit, en grande partie, la réunion de la Belgique à la France. Il eut un moment des dissentiments avec son collègue du Comité de Salut public Robespierre et ne voulut jamais faire partie du club des Jacobins. Cependant la réaction thermidorienne voulut envelopper Carnot dans la chute de Robespierre, mais celui-ci objecta : « Un seul fait répondra, ce me semble, pour les prévenus : c’est que la France était aux abois lorsqu’ils sont entrés au Comité de Salut public et qu’elle était sauvée lorsqu’ils en sont sortis. » Carnot s’associa ensuite à la création de l’Ecole polytechnique, à la réorganisation de l’Ecole de Metz, à l’établissement du Conservatoire des arts et métiers et du Bureau des longitudes, du système uniforme des poids et mesures ; entra à l’Institut qu’il avait contribué à fonder en l’an III. Le 23 vendemiaire an IV il entra au Conseil des Anciens et fut nommé membre du Directoire exécutif. Les élections de l’an V ayant amené une majorité royaliste dans les deux conseils, trois des directeurs opinèrent pour un coup d’Etat. Carnot s’y étant opposé avec son collègue Barthélemy fut compris dans un arrêt de proscription après le 18 fructidor, il réussit à s’échapper et gagna la Suisse. Il fut déclaré déchu de ses fonctions de Directeur, de son siège de député et de celui de l’Institut. Après le 18 brumaire Bonaparte le nomma ministre de la guerre : il réorganisa l’administration militaire, fit transférer aux Invalides les cendres de Turenne, créa la Tour d’Auvergne premier grenadier de la République. Bonaparte ne tarda pas à prendre ombrage de Carnot et celui-ci donna sa démission de ministre le 13 vendemiaire an IX. Le Sénat l’ayant élut membre du Tribunat il fut, dans cette Assemblée, un des rares opposants à Bonaparte ; il combattit l’institution de la Légion d’honneur et le Consulat à vie ; et sur ce dernier point, quand on vint au vote Carnot écrivit sur le registre : « Dussé-je signer ma proscription, rien en saurait me forcer à déguiser mes sentiments. Non. CARNOT. » Et quand on vint au vote pour proclamer Bonaparte empereur, Carnot prononça les paroles suivantes :  » Quelques services qu’un citoyen ait pu rendre à sa patrie, il est des bornes que l »honneur autant que la raison imposent à la reconnaissance nationale. Si ce citoyen a restauré la liberté publique, sera-ce une récompense à lui offrir que le sacrifice de cette même liberté ? Le dépot de la liberté a été confié à Bonaparte ; il avait juré de la défendre. En tenant cette promesse, il eut rempli l’attente de la nation, il se fut couvert d’une gloire incomparable. Je vote contre la proposition. » Après la suppression du Tribunat, Carnot se retira à l’écart. La chute de 1814 vint le surprendre dans son domaine de Presles. Ayant appris la bataille de Bar-le-Duc, le 24 janvier, il écrivit à Bonaparte et lui offrit ses services. C’est alors qu’il fut chargé de la défense d’Anvers et sauta de grade en grade à celui de général de division, fit beaucoup de mal à l’ennemi dans sa défense et détruisit en grande partie leurs travaux. Après l’abdication de l’Empereur, Carnot adhéra aux actes du gouvernement provisoire et fut nommé inspecteur général du génie. Pendant les Cent-Jours, croyant à la sincérité de Napoléon, espérant voir les libertés rétablies en France il accepta le poste de ministre de l’intérieur et la dignité de pair de France, puis se laissa créer comte de l’Empire. Après avoir combattu le projet d’une seconde abdication, il proposa, le 20 juin 1815, dé déclarer la patrie en danger et d’appeler aux armes les gardes nationales de France. il fut nommé pour quelques jours, membre de la Commission provisoire, pour l’exercice du pouvoir exécutif. Au retour définitif des Bourbons, il dut s’expatrier en vertu de la loi sur les régicides, et alla se fixer à Magdebourg où il mourut en 1823.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Lazare Carnot sur Wikipedia

octobre 10, 2007

LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL MOREAU (1763-1813)

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Général Jean-Victor Moreau (1763-1813)

Il était supérieur pour commander une forte division ou un de mes corps d’armées, mais pour bien commander en chef il faut être un autre homme que lui.

(Napoléon Bonaparte)

Moreau (Jean-Victor), officier général né à Morlaix (Finistère) le 11 août 1763, mort le 2 septembre 1813 ; son père était avocat dans cette ville et sa famille fort estimée. Destiné au barreau, il fit de fortes études générales et spéciales et montra dès sa première jeunesse les grandes qualités qu’il déploya dans le reste de sa carrière. En 1790, il fut choisi et nommé commandant du bataillon de volontaires qui s’était formé dans le département du Morbihan, et se rendit avec ce corps, à l’ armée du Nord. Il s’adonna aussitôt à la théorie et à la pratique de l’art de la guerre ; c’est ainsi qu’il devint un des meilleurs tacticiens de l’Europe. Il donna, avec son bataillon, une adhésion entière au 10 août, et, un mois après, en septembre 1792, à la République. Il fut ébranlé dans ses dispositions politiques par la chute des Girondins, par le triomphe des Montagnards, et il montra de l’hésitation pour la Constitution de 1793. Mais la réputation de son bataillon avait attiré sur lui l’attention du général en chef, Pichegru, qui résolut de se l’attacher ; telle fut l’origine de leur liaison. Moreau fut nommé général de brigade à la fin de 1793, et général de division le 14 avril 1794. Il commença aussitôt en Belgique, une campagne brillante qui aboutit, dans l’hiver de 1795, à la conquête de la Hollande et de tous les Pays-Bas. A la retraite de Pichegru, Moreau fut nommé général en chef de l’ armée du Rhin-et-Moselle, et fit la célèbre campagne de 1796, qui affranchit le Rhin et nous ouvrit le coeur de l’Allemagne. Il y avait pénétré à plus de deux cents lieues ; mais apprenant que les les armées du Nord et de Sambre-et-Meuse, qui devaient converger vers lui, étaient battues et rétrogadaient, il opéra une merveilleuse retraite, ne se laissant pas entamer et faisant subir des pertes considérables à l’ennemi. Il eut à lutter, dans cete guerre acharnée, avec le prince Charles, commandant toutes les forces germaniques ; il y fut secondé par Desaix, Férino, Jourdan, Hoche, etc. Mais ces hauts succès militaires, arrêtés tout au moins par les préliminaires de paix que le général Bonaparte avait assez irrégulièrement ouverts à Léoben, le 27 avril 1797, ne permirent point à Moreau d’en obtenir le résultat. C’est vers ce temps que l’interception d’une correspondance de Pichegru lui apprit la trahison de ce général, sur lequel il avait déjà des soupçons ; il l’a communiqua, tardivement a-t-on dit, au Directoire (fructidor an V, septembre 1797). Il tomba en disgrâce et demanda sa retraite. Elle ne fut pas de longue durée. La France était toujours menacée par la coalition ; on avait besoin d’hommes de valeur pour tenir tête à tant d’ennemis. Moreau et Kléber furent rappelés : le premier alla reprendre en Italie la place de Schérer, qui se trouvait dans une position désespérée. Il resta dans cette situation subordonnée jusqu’à l’arrivée de Joubert, mais après la mort de ce général, à la suite de la douloureuse bataille de Novi, il reprit le commandant en chef jusqu’au jour où il reçut le commandement de l’armée du Rhin. Ce fut à ce moment qu’il fit la connaisance de Bonaparte, qui en fit son allié. Moreau l’aida à exécuter le 18 brumaire. Le 25 avril 1800, il était à la tête de son armée, battant chaque jour les Autrichiens, jusqu’à la journée de Hohenlinden ; cette victoire célèbre lui donnait la clef de leur capitale, juste au moment où la paix était conclue, en 1801. Moreau avait goûté les enivrements de la victoire, sans en avoir aucun des résultats ; il revint à Paris, et eut le malheur d’épouser une femme ambitieuse qui domina son caractère et accrut l’amertume de ses griefs. La déférence qu’il avait pour Bonaparte fit bientôt place au plus profond éloignement : il refusa la décoration de la Légion d’honneur, et sa maison fut bientôt désignée sous le nom de « Club Moreau ». On y flagellait la « Cour Bonaparte ». Le futur Empereur affecta de prendre patience, mais son rival, bientôt accusé de complicité avec Pichegru et les partisans de Louis XVIII, fu poursuivi et condamné à deux ans de détention ! En 1804, il obtient sa grâce et passa en Espagne ; en 1805, il arrivait aux Etats-Unis. Il y vécut paisiblement jusqu’en 1813 ; mais à ce moment l’Empereur de Russie, Alexandre, lui fit de brillantes propositions, ayant pour but de renverser Napoléon ; il se rendit immédiatement à Prague, et, en présence des souverains alliés, avec le futur roi de Suède, Bernadotte, son ancien compagnon d’armes, il élabora le plan des campagne de 1813 et 1814. Il fut bléssé mortellement lors de l’exécution de ce plan, le 27 août 1813, par un boulet français, à la bataille de Dresde, aux côtés de l’empereur de Russie ; il ne succomba que le 2 septembre. Sa femme, qui fut la cause de la malheureuse détermination qui lui coûta la vie et l’honneur, reçut une dotation de la Russie, Lousi XVIII en fit autant, en y ajoutant le titre honorifique de « Maréchale ».

(Extrait du dictionnaire sur  la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Général Moreau sur Wikipedia

octobre 4, 2007

PIERRE-SIMON LAPLACE (1749-1827), COMTE D’EMPIRE

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Pierre-Simon Laplace (1749-1827), comte d’Empire

Géomètre de première catégorie, Laplace n’a pas tardé à se montrer un administrateur plus que médiocre ; de son premier travail nous avons immédiatement compris que nous nous étions trompés. Laplace ne traitait aucune question d’un bon point de vue : il cherchait des subtilités de partout, il avait seulement des idées problématiques et enfin il portait l’esprit de l’infiniment petit jusque dans l’administration.

(Napoléon Bonaparte)

Laplace (Pierre-Simon, marquis de), professeur, membre de l’Institut, législateur et ministre, né à Beaumont-en-Auge (Calvados), le 23 mars 1749, de « Pierre Laplace et de Marie-Anne Sochon », mort à Paris le 5 mars 1827 ; débuta comme professeur de mathématiques à l’Ecole Militaire ; fut admis à l’Académie des sciences en 1773, comme membre adjoint, et comme titualire en 1785 ; devint, sous la Révolution, en l’an II, professeur d’analyse aux écoles normales, puis membre et président du bureau des Longitudes ; était à cette époque très ardent républicain et adversaire de la dictature ; mais au 18 brumaire, il n’hésita cependant pas à se rallier à Bonaparte et fut nommé, le 3 nivôse an VIII, membre du Sénat conservateur, puis remplit pendant quelques jours, le poste de ministre de l’Intérieur, mais fut vite remplacé par Lucien Bonaparte ; devint vice-président du Sénat et chancelier en l’an XI, fut fait membre de la Légion d’honneur le 19 vendemiaire an XII, grand officier le 25 prairial suivant, créé comte de l’Empire le 24 avril 1808 et vota, en avril 1814, la déchéance de l’Empereur. Louis XVIII, reconnaissant, le nomma pair de France, le 4 juin 1814. Le Marquis de Laplace se tint à l’écart pendant les Cent-Jours ; reprit, sous la seconde Restauration, son siège à la Chambre haute, vota la mort du maréchal Ney, entra à l’Académie des sciences à sa réorganisation, en 1816, devint membre de l’Académie française. On a de lui : Exposition du système du monde ; Théorie analytique des probabilités, etc.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Pierre-Simon Laplace sur Wikipedia

CHARLES-FRANCOIS LEBRUN (1739-1824), ARCHITRESORIER DE L’EMPIRE, DUC DE PLAISANCE

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Charles-François Lebrun (1739-1824), duc de Plaisance

Naturellement dissimulé, inobligeant, dur et sans affection, dévoré d’ambition.

(Napoléon Bonaparte)

Lebrun (Charles-François, duc de Plaisance), avocat, inspecteur général des domaines, publiciste et législateur, né à Saint-Sauveur-Lendelin (Manche), le 19 mars 1739, de « M. Paul Lebrun, et de Louise Lecrosnier », mort à Saint-Mesme (Seine-et-Oise) le 16 juin 1824 ; était avocat quand il devint censeur royal sous Maupéou, fut précepteur du fils de ce dernier et grâce à sa protection Lebrun fut nommé inspecteur général des domaines de la couronne, puis se livra à la culture des lettres de 1774 à 1789. Elu, le 29 mars 1789, député du Tiers aux Etats généraux par le bailliage de Dourdan, il vota presque toujours avec le côté gauche de cette assemblée et, à l’expiration de son mandat, devint président du directoire de Seine-et-Oise, puis donna sa démission au 10 août 1792, devint suspect, fut enfermé à Versailles et ne fut véritablement libre qu’après le 9 thermidor. Le 27 vendemiaire an VI, il fut élu par la Seine-et-Oise député au Conseil des Anciens, et vit son mandat renouvelé le 25 germinal an VII, s’abstint de prendre part directement à l’évènement du 18 brumaire, mais malgré cette abstention, il fut nommé membre de la commission intermédiaire des Anciens, puis le 22 frimaire an VIII, troisième consul et comme il avait de nombreuses relations dans le monde de l’ancienne noblesse, le futur Louis XVIII essaya par l’entremise de Mme de Pracomtal, de le gagner à la cause royaliste. Lebrun mit fin aux espérances du comte de Provence en lui disant, le 20 fructidor an VIII, dans une lettre directe : « C’est pour aider à sauver la patrie que j’ai accepté la place que j’occupe ; mais il faut vous le dire, et je vous crois le courage de l’entendre ; ce n’est pas en lui donnant un roi qu’on peut la sauver aujourd’hui. » Le 28 floréal an XII, à l’avènement de l’Empire, il fut nommé architrésorier et grand cordon de la Légion d’honneur le 10 pluviôse an XIII. Lebrun, quoique dévoué à Bonaparte, montra, vis-à-vis de lui, une certaine indépendance et bien qu’il eut accepté, le 19 mars 1808, le titre de duc de Plaisance, il fit tous ses efforts pour qu’il ne créât pas une nouvelle noblesse. En 1805, il fut nommé gouverneur général du territoire de la République de Gênes. Après l’abdication du roi Louis de Hollande, en 1810, Lebrun fut chargé d’une mission extraordinaire dans ce pays et partit, avec le titre de lieutenant général de l’Empereur, pour y organise tous les services publics. En quinze mois, il vint à bout de cette tâche, et y resta avec le titre de gouverneur général. L’année suivante, les alliés envahirent la Hollande et une insurrection éclata à Amsterdam, Lebrun dut lors abandonner son poste, mais dignement et en plein jour. Sous la première Restauration en 1814, il resta fidèle à Napoléon, mais après l’abdication de ce dernier, il accepta de Louis XVIII la dignité de pair de France (4 juin 1814). Au retour de l’île d’Elbe, il fut nommé grand maître de l’Université et pair des Cent-Jours (2 juin 1815) ; Louis XVIII, revenu de Gand, le priva de ses dignités, mais par un décret du 5 mars 1819, il put sièger de nouveau dans la Chambre haute. Il se retira peu de temps a près à Saint-Mesme où il mourut. Il était membre de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres depuis l’an XI. On a de lui : Jérusalem délivrée ; La Voix du citoyen ; l’Odyssée d’Homère, etc.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Charles-François Lebrun sur Wikipedia

octobre 3, 2007

BERNARD-HUGUES MARET (1763-1839), DUC DE BASSANO

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Hugues-Bernard Maret (1763-1839), duc de Bassano

Bassano et Caulaincourt, deux hommes de coeur et de droiture.

(Napoléon Bonaparte)

Maret (Bernard-Hugues, duc de Bassano), avocat , ambassadeur, secrétaire général des Consuls, ministre et législateur, né à Dijon (Côte d’Or) le 22 juillet 1763, de « Hugues Maret, docteur médecin, et de Jeanne Malechard », mort à Paris, le 13 mai 1839 ; était avocat quand il vint à Paris, s’intéressa au mouvement révolutionnaire et assista assidûment aux séances de la Constituante et en publia un récit fidèle sous le nom de Bulletin de l’Assemblée. Panckoucke, à peu de temps de là, lui proposa d’effectuer ce travail dans les colonnes du Moniteur ; ce qui fut l’origine du Journal Officiel. Dans son bureau de rédaction, il fit la connaissance de Bonaparte, logé, comme lui, à l’hôtel de l’Union, entra dans la Société des Amis de la Constitution ou des Jacobins, mais en sortit après l’affaire du Champs-de-Mars, puis contribua à la création du club des Feuillants. Lorsque Lebrun devint ministres des Relations extérieures, Maret entra dans ses bureaux avec une place de directeur et disparut à la chute des Girondins, mais devint, en juillet 1793, ambassadeur à Naples. Il se rendit à son poste accompagné de Sémonville qui lui, allait à Constantinople, quand ils furent tous les deux arrêtés en Piémont par les Autrichiens. Conduits à Mantoue, puis à Brunn, où ils subirent trente mois de captivité, ils ne furent remis en liberté qu’en échange de la fille de Louis XVI. Maret revit Bonaparte à son retour d’Egypte et ils renouèrent leurs anciennes relations. Il devint après le 18 brumaire, secrétaire général des Consuls, et, jusqu’en l’an X, il partagea avec Bourrienne les fonctions de ce poste de confiance, mais après la disgrâce de son collègue, il cumula les fonctions de secétaire d’Etat et de chef de cabinet, fut fait membre de la Légion d’honneur le 9 vendemiaire an XII et grand officier le 25 prairial suivant, puis grand aigle le 2 février 1805. Il accompagna l’Empereur en Allemagne et en Pologne et prit part à la rédaction du traité de Presbourg, et aux conférences de Tilsitt, d’Erfurt et de Bayonne. Le 3 mai 1809, il fut créé comte de l’Empire, et duc de Bassano le 15 août de la même année. Nommé le 17 avril 1811, ministre des Affaires étrangères, au moment de la rupture avec la Russie, il fut chargé de négocier avec la Prusse et l’Autriche un traité d’alliance offensive et défensive, suivit la retraite depuis Moscou et rédigea, en 1813, les ordonnances qui réglaient l’organisation de la garde nationale et la levée de 350.000 hommes. Il se démit le 19 novembre 1813 de son portefeuille des Affaires étrangères mais resta le confident de l’Empereur, qu’il accompagna pendant la Campagne de 1814, et qu’il ne quitta qu’à Fontainebleau. Il reprit, pendant les Cent-Jours, ses fonctions de ministre d’Etat, et fut nommé pair de France le 2 juin 1815. Au retour de Gand, Maret fut compris dans l’ordonannce du 24 juillet, et se retira à Lintz, puis à Gratz. A cette même époque, il fut exclu de l’Académie française, dont il faisait partie depuis l’an XI. Il ne revint à Paris qu’en 1820, et on le vit reparâitre à la vie politique qu’après la Révolution de 1830. Louis-Philippe le nomma pair de France le 19 novembre 1831 ; il devint, en novembre 1834, ministre président du Conseil, mais il fut à peine installé qu’une nuée de créanciers vint pratiquer des saisies-arrêts sur son traitement ; ce qui abrégea la durée de son ministère, qui ne vécut que trois jours. Il se retira alors, ne se mêlant plus de politique active.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Bernard-Hugues Maret sur Wikipedia

MICHEL REGNAULT-SAINT-JEAN-D’ANGELY (1761-1819), COMTE D’EMPIRE

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Michel Regnaul-Saint-Jean-d’Angély (1761-1819), comte d’Empire

Quel dommage que Regnault aime tant l’argent et les plaisirs qu’il procure ! Ce serait un ministre comme jamais je n’en ai pu trouver un.

(Napoléon Bonaparte)

Regnault-Saint-Jean-d’Angély (Michel-Louis-Etienne, comte d’Empire), député de la sénéchaussée de Saint-Jean-d’Angély à la Constitutante de 1789 ; représentant àla Chambre des Cent-Jours pour la Charente-Inférieure ; né à Saint-Fargeau (Yonne) le 3 décembre 1761, mort à Paris le 11 mars 1819 ; fils de « Claude-Etienne Regnaud, avocat au parlement, conseiller du roi, bailli honoraire de Saint-Fargeau, et de Madeleine Allenet » ; avocat au parlement suivant le bureau de la sénéchaussée de Saint-Jean-d’Angély, il eut un rôle brillant et très actif à l’Assemblée constitutante, où il vota toujours avec la majorité constitutionnelle ; en même temps il collaborait avec André Chénier au Journal de Paris, et encore à l’Ami des Patriotes, subventionné par la liste civile. Il disparut après le 10 août et fut arrêté et emprisonné après le 31 mai 1793 aprèsla chute des Girondins ; il s’échappa et on ne le revit qu’après le 9 thermidor, et intrigua contre la Convention. Malgré cela, nommé administrateur des hôpitaux de l’armée d’Italie, ily connut le général Bonaparte, s’attacha à lui et le seconda au 18 brumaire. A partir de ce moment, il entra dans l’intimité du maître et trouva devant lui ouverte la carrière des honneurs et de la fortune, qui ne lui firent pas défaut. Pendant les Cent-Jours, il fut député de la Charente-Inférieure et ministre d’Etat ; c’est dans cette situation qu’il décida l’Empereur à abdiquer. Il dut alors s’exiler et alla en Amérique, il revint à Bruxelles, puis obtint de rentrer en France, et mourut à Paris le soir même de son arrivée.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Michel Regnault-Saint-Jean-d’Angély sur Wikipedia

LA FAMILLE DE NAPOLEON – LUCIEN BONAPARTE (1775-1840), PRINCE DE CANINO ET MUSIGNANO

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Lucien Bonaparte (1775-1840), prince de Canino et Musignano

Beaucoup d’esprit, des connaissances, et beaucoup de caractère… ornement de toute assemblée politique.

(Napoléon Bonaparte)

Bonaparte (Lucien, prince de Canino et Musignano), législateur, ministre et ambassadeur, né à Ajaccio (Corse), le 21 mars 1775, de « Charles Bonaparte et de Laetitia Ramolino« , mort à Viterbe (Italie) le 29 juin 1840, frère cadet de l’Empereur ; se réfugia à Marseille lors du soulèvement de la Corse provoqué par Paoli, entra dans l’administration et devint garde-magasin à Saint-Maximin (Var) ; se fit alors appeler Brutus Bonaparte, citoyen sans-culotte, devint le chef du parti révolutionnaire de l’endroit, épousa la soeur de son aubergiste Catherine Boyer, et, ajoute le Dictionnaire des Parlementaires, « aussi illettrée que jolie ». Quelques temps après, nommé inspecteur des charrois à Saint-Chamans, il fut arrêté et relâché aussitôt après les journées de prairial, vint à Marseille où par l’influence de son frère Napoléon, il fut envoyé à l’armée du Rhin comme commissaire en Corse et le 25 germinal an VI, nommé député au Conseil des Cinq-Cents par le département de Liamone, en faveur de la liberté de la presse, et en fut nommé président. Il profita de cette situation pour aider son frère à faire le 18 brumaire. Le 4 nivôse an VIII, Lucien succéda à Laplace comme ministre de l’intérieur, le 15 brumaire an IX, échangea ce poste contre celui d’ambassadeur à Madrid, et son frère, qui ne savait rien lui refuser, le fit entrer au Tribunat (6 germinal an X) ; fut nommé grand officier de la Légion d’honneur (10 pluviôse an XII), comme prince de sang devint sénateur de droit, fut ensuite pourvu de la sénatorie de Trèves. De cette époque date de profonds dissentiments qui devaient éclater entre les deux frères ; ce fut surtout son second mariage avec Mme Jouberthon qui irrita profondément l’Empereur et qui fut cause que Lucien partit en Italie prendre possession de sa terre de Canino devenue principauté. En 1807, l’Empereur ayant fait une nouvelle tentative pour faire divorcer Lucien d’avec sa seconde femme, ce dernier prit le parti de partir pour l’Amérique et le 1er août il s’embarqua avec sa famille, à Civita-Vecchia, fut pris par un croiseur anglais et conduit à Naples, et enfin amené en surveillance en Angleterre, à Dudlow, où il séjourna trois ans. Le 13 mai 1815, élu, par l’Isère, représentant à la chambre des Cent-Jours, il refusa ce mandat, ayant été nommé pair de France. Le 2 juin de la même année, le Dictionnaire des Parlementaires nous apprend encore que, dans un conseil privé tenu au moment du départ de l’Empereur pour l’armée, Lucien proposa d’accepter l’abdication offerte par Napoléon et d’instituer la régence de Marie-Louise ; le conseil fut du même avis, mais Napoléon qui avait adhéré, refusa le lendemain et partit pour Waterloo. Ayant échoué dans ses combinaisons, Luciens e retira à Neuilly, reprit le chemin de l’Italie où il s’installa près de Viterbe. On a de lui : Charlemagne ou l’église délivrée ; la Cyrneide ou la Corse délivrée.

(Extrait du du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien  : Lucien Bonaparte sur Wikipedia

octobre 1, 2007

JOSEPH FOUCHE (1759-1820), DUC D’OTRANTE

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Joseph Fouché (1759-1820), duc dOtrante

Celui-ci n’est qu’intrigant ; il a prodigieusement d’esprit et de facilité d’écrire. C’est un voleur qui prend de toutes mains. Il doit avoir des millions ! Il a été un grand révolutionnaire, un homme de sang. Il croit racheter ses torts ou les faire oublier en cajolant les parents de ses victimes et se faisant, en apparence, le protecteur du Faubourg Saint-Germain. C’est un homme qu’il peut être utile d’employer parce qu’il est encore le drapeau de beaucoup de révolutionnaires, et d’ailleurs très capable, mais je ne puis jamais avoir confiance en lui.

(Napoléon Bonaparte)

Fouché (Joseph, duc d’Otrante), oratorien, avocat, législateur, ambassadeur et ministre de la police, né au Pellerin (Loire-Inférieure), le 21 mai 1759, de « Joseph Fouché, capitaine de navire marchand, et de Marie-Françoise Croiset », mort à Trieste (Autriche) le 25 décembre 1820 ; débuta comme oratorien et professa à Juilly, à Arras, et à l’école militaire de Vendôme et était préfet des études à Nantes au moment de la Révolution, il quitta alors l’habit ecclésiastique et devint avocat ; il était devenu principal du collège de Nantes, quand il fut élu, par la Loire-Inférieure, membre de la Convention ; lors du procès du roi, il vota « la mort sans sursis », fut ensuite envoyé en mission dans l’Aube pour y faire exécuter le décret de l’Assemblée sur la réquisition, puis adhéra aux événements des 31 mai et 2 juin, partit en mission pour la Nièvre et poursuivit l’anéantissement de toutes les enseignes religieuses qui se trouvaient sur les routes, sur les places et dans les lieux publics. A Nevers et aux environs, au mois de septembre 1793, il fit, de concert avec le procureur général de la commune de Paris, G. Chaumette, venu en ce pays pour des affaires privées, une tentative antérieure à toute autre pour faire disparaître le catholicisme et le remplacer par le culte de la Raison : interdisant toute manifestation cultuelle hors des églises, donnant aux funérailles un caractère purement civil, laïcisant les cimetières (octobre 93), faisant enlever partout, pour les envoyer à la Convention et à la monnaie de Paris, les ornements d’or et d’argent des églises ; enfin, prenant, relativement aux fortunes privées, des mesures d’un socialisme radical.

A peine de retour de cette mission il fut envoyé le 3 octobre suivant avec Collot d’Herbois à Lyon, après l’insurrection royaliste de cette ville pour y contribuer à la réduction de la cité révoltée, que les armées de la République venaient de reprendre. Il s’y montra intraitable, cruel, non seulement en partageant avec son terrible collègue la responsabilité des mitraillades, mais encore en activant les opérations martiales de l’inexorable commission militaire qui y fit couler tant de sang. La conduite de Fouché dans cette circonstance fu trouvée tellement extravagante, que le Comité de Salut Public jugea prudent de le rappeler.

Rentré à Paris vers le milieu de germinal, il triompha aux Jacobins dont il fut nommé président, et parut être, au moment des préparatifs de la fête de l’être Suprême, l’un des membres les plus décidés et les plus influents, parmi ceux qui, dès lors, faisaient une opposition à la politique de Robespierre. Celui-ci le comprit, lui reprocha ses crimes et le fit exclure du club des Jacobins le 26 messidor. C’est dire qu’il se rangea définitivement parmi les auteurs de la journée du 9 thermidor suivant. Après le 9 thermidor, il s’ingénia à vouloir ménager tous les partis ; on sentait déjà en lui le futur ministre de la police ; se voyant très menacé il essaya de rentrer dans les bonnes grâces des thermidoriens, et demanda leur protection, mais sur la proposition de Boissy-d’Anglas, Fouché fut décrété d’arrestation. L’amnistie du 4 brumaire an IV le rendit trois mois après à la liberté. Sous le Directoire, ayant su capter la confiance de Barras, ce dernier le fit nomme ambassadeur à Milan (15 vendemiaire an VII), puis ambassadeur en Hollande où il resta jusqu’à ce ce qu’il fut appelé au ministère de la police (2 thermidor an VII), en remplacement de Bourguignon. Aussitôt installé il montra une certaine énergie en supprimant 11 journaux d’un seul coup, et après avoir louvoyé autour de Bonaparte, de retour d’Egypte, il sut de suite ce qu’il avait à faire et n’hésita pas. Fouché connaissait à fond les divers partis, tous leurs secrets et leurs espérances ; il les livra au vainqueur sans négliger d’en conserver une partie pour le besoin de sa cause. Fouché tout-puissant commença à jouer au grand seigneur ; dans de brillantes soirées il réunissait les survivants de l’ancienne noblesse, et soutenait son rôle avec un grand succès, grâce du reste à une audace imperturbable ajoutée à beaucoup d’esprit, mais grâce aussi au peu de scrupules de ses hôtes. Par une habilité extraordinaire il sut se faire des amis dans tous les camps, les fonctions de ministre de la police lui en donnaient le loisir. Il sut plaire aux membres de la famille Bonaparte et on peut dire qu’il devint l’homme le plus puissant du gouvernement en déjouant les complots, inventant de fausses conspirations, et sachant entretenir soigneusement les défiances et les craintes de Napoléon, mais il y eut, à un moment donné, une ombre à ses succès ; la machine infernale éclata et Fouché ne sut pas prévoir cet évènement ; aussi fut il obligé de quitter le ministère de la police, pour entrer le même jour (28 fructidor an X) et comme compensation au Sénat conservateur. Cette disgrâce fut de très courte durée, car l’Empereur, pour le besoin de sa cause, ne pouvait plus se passer de Fouché, et le 21 messidor an XII, ce dernier rentra en maître pour la seconde fois au ministère de la police et y resta jusqu’au 3 juin 1810. Jamais Fouché ne fut plus puissant, sa réputation à l’étranger était immense et le faubourg Saint-Germain le choyait ; l’Empereur très soupçonneux commença à ne plus pouvoir supporter cet homme audacieux, qui, au besoin savait contrecarrer les idées et les actes de Napoléon ; une occasion se présenta, qui devait être momentanément le coup de grâce du ministre de la police ; l’Empereur eut connaissance d’une circulaire de Fouché et dont voici le principal passage : « Prouvons à l’Europe que si le génie de Napoléon peut donner de l’éclat à la France par les victoires, sa présence n’est pas nécessaire pour repousser nos ennemis. » A la lecture de cette circulaire Napoléon n’hésita pas ; Fouché pour la deuxième fois, fut disgracié et envoyé à Rome comme gouverneur général. Il avait été fait grand offficier de la Légion d’honneur le 25 prairial an XII, puis créé, le 24 avril 1808, comte de l’Empire, et le 15 août 1809, duc d’Otrante. Après les désastres de Russie, Napoléon fit appeler Fouché à Dresde et lui confia le gouvernement des provinces illyriennes, il n’eut guère le temps d’exercer ces nouvelles fonctions, car à la suite de la bataille de Leipzig, les Autrichiens redevinrent maîtres de ces provinces. A peine rentré en France, il reçut l’ordre de se rendre à Naples près de Murat. Fouché ne perdit pas de temps, il alla rejoindre Murat et, la première chose qu’il fit, fut de conseiller à Murat d’entrer dans la nouvelle coalition contre Napoléon. Aussitôt qu’il apprit la nouvelle de l’abdication de l’Empereur en 1814, il fit faire ses offres de service aux Bourbons, mais fut assez mal accueilli. De retour de l‘île d’Elbe, l’Empereur appela à lui Fouché et lui confia, pour la troisième fois, le ministère de la police, et, de plus, le nomma pair de France, puit vint Waterloo, et Fouché entra au gouvernement provisoire choisi par les Chambres, et en fut le président. Inutile d’ajouter que Fouché profita de cette haute position pour intriguer avec les Bourbons d’une part et les d’Orléans d’autre part. Louis XVIII rentré, se décida, lui aussi à se servir de Fouché, bien que ce dernier eut contribué à faire couper la tête de son frère ; c’était un mal nécessaire, pensait-il. Pour la quatrième fois, Fouché entra en vainqueur au ministère de la police, et fut élu, en même temps, le 22 août 1815, député dans la Corrèze et dans la Seine-et-Marne. Cette fois, son passage à la police devait être bien court : le roi ne supportait que très juste le joug de Fouché, ce dernier le sentit et s’empressa de donner sa démission. Atteint par la loi sur les régicides, il se vit contraint, à son grand regret, de quitter la France. Il prit sa résidence à Trieste et y mourut en 1820, laissant une fortune de quatorze millions.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Joseph Fouché sur Wikipedia

septembre 25, 2007

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL SERURIER (1742-1819), COMTE D’EMPIRE

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Maréchal Jean-Mathieu Sérurier (1742-1819), comte d’Empire

Sérurier avait conservé toutes les formes et la rigidité d’un major. Il était fort sévère sur la discipline et passait pour un aristocrate… Il était brave, intrépide de sa personne, mais pas heureux. Il avait moins d’allant que les précédents [généraux Masséna et Augereau], mais il les dépassait par la moralité de son caractère et la sagesse de ses opinions politiques.

(Napoléon Bonaparte)

Sérurier (Jean-Mathieu-Philibert, Comte), membre du Sénat conservateur, pair de France ; né à Laon (Aisne) le 8 décembre 1742, mort à Paris le 21 décembre 1819 ; fils de « M. Mathieu-Guillaume Sérurier, officier de la maison du roy, et de dame Elisabeth Dange » ; lieutenant à treize ans aux grenadiers de Laon ; fut blessé à Warbourt le 13 juillet 1760, fut décoré de Saint-Louis en 1781, colonel en 1792, fut cassé comme suspect de royalisme ; l’influence de Barat lui fit rendre son grade. Il se distingua à Utello le 28 février 1793. Bonaparte le chargea de porter au Directoire les 22 drapeaux pris aux Autrichiens ; il mérita par sa probité le surnom de « Vierge d’Italie » ; il fut le seul général qui ne voulut rien dérober pendant cette longue guerre, rentra en France et commanda à Saint-Cloud le 18 brumaire, Bonaparte le nomma membre du Sénat conservateur le 4 nivôse an VIII, membre de la Légion d’honneur le 9 vendemiaire an XII, grand-aigle le 13 pluviôse an XII, comte de l’Empire le 3 juin 1808, nommé pair de France par Louis XVIII le 4 juin 1814.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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