septembre 5, 2007

NAPOLEON ET JOSEPHINE – L’HÔTEL DE LA RUE DE LA VICTOIRE

Posted in Napoléon à 11:19 par napoleonbonaparte

L’Hôtel de la rue chantereine, puis de la rue de la victoire 

Rue Chantereine, rue de la Victoire ? Ces deux noms pour une même rue renvoient à l’image du jeune et fougueux général Bonaparte tombé dans les rets de la veuve Beauharnais.

Lorsque le 17 août 1795 Marie-Joseph-Rose de Tascher de la Pagerie, veuve du général Alexandre de Beauharnais, loue pour 4 000 livres par an à Julie Carreau, épouse séparée de l’acteur Talma, son petit hôtel de la rue Chantereine, elle ne peut imaginer que lorsqu’elle entrera en jouissance de sa nouvelle habitation le 2 octobre de la même année, sa vie aura basculé et que neuf ans plus tard elle deviendra impératrice des Français !

Certes l’hôtel n’est pas bien grand, mais d’abord il est situé dans le quartier à la mode de la Nouvelle Athènes, dans une rue qui doit son nom aux rainettes ou grenouilles qui peuplaient cet endroit alors marécageux.  La maison est récente ; elle a été bâtie de 1776 à 1778 par l’architecte Pérard de Montreuil pour le vicomte de Ségur, le « protecteur » de Julie Carreau. Sans un y afficher un grand luxe, ce qu’elle ne peut encore se permettre, Joséphine meuble sa nouvelle habitation à la hauteur de ses moyens qui sont encore bien modestes à ses yeux. Mais lorsque Bonaparte s’y présentera par un beau jour d’octobre 1795, il prendra ce semblant d’aisance pour du luxe ; il la croira riche, et elle le ne fera rien pour le détromper!

Pendant cinq mois, de leur rencontre à la mi-octobre 1795 jusqu’à leur mariage en mars 1796, Bonaparte va passer toutes ses soirées chez celle qu’il s’empresse de nommer Joséphine, ne souhaitant pas utiliser son prénom usuel de Rose. Parti pour l’Italie dès le 11 mars, le surlendemain du mariage, il laisse Joséphine seule, mais n’oublie pas de lui faire parvenir des subsides afin de meubler l’appartement qu’elle lui destine lorsqu’il rentrera d’Italie.

Les lettres enflammées qu’il lui envoie, parfois accompagnées de menaces de rentrer sur Paris, contraignent Joséphine à le rejoindre en Italie ; partie le 26 juin 1796, elle ne rentrera que le 30 décembre 1797, restant un an et demi dans ce pays où elle s’ennuie, loin de Paris et de ses amis. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, elle met à profit son statut de quasi souveraine et utilise la manne financière due aux victoires de son mari afin mettre au goût du jour sa petite maison parisienne. En effet, le 30 septembre 1797 elle s’inquiète auprès de son architecte, Corneille Vautier, pour savoir si sa maison est tout à fait meublée, ajoutant : « il y a maintenant des fonds et je me flatte que tout va bien. Je désire que ma maison soit meublée dans la dernière élégance, j’entends que tout le premier sera aussi meublé. » Elle sera entendue au-delà de toute espérance et le montant de la facture sera si élevé que Napoléon s’en souviendra encore à Sainte-Hélène, confiant à Las Cases le 21 avril 1816 « En quittant l’armée d’Italie pour venir à Paris, Mme Bonaparte avait écrit qu’on meublât, avec tout ce qu’il y avait de mieux, une petite maison que nous avions rue de la Victoire. Cette maison ne valait pas plus de quarante mille francs. Quelle fut ma surprise, mon indignation et ma mauvaise humeur, quand on me présenta le compte des meubles du salon, qui ne me semblaient rien de très extraordinaires, et qui montait pourtant à la somme énorme de cent vingt à cent trente mille francs. J’eus beau me défendre, crier, il fallut payer. L’entrepreneur montrait la lettre qui demandait tout ce qu’il y avait de mieux : or tout ce qui était là était de nouveaux modèles faits exprès ; il n’y avait pas de juge de paix qui ne m’eût condamné. » C’est ce nouveau mobilier, dessiné par Charles Percier et commandé aux frères Jacob, que Bonaparte découvre à son retour d’Italie le 5 décembre 1797 dans la maison nouvellement réaménagée. Après avoir franchi une antichambre en forme de tente construite sur le perron, on entre dans la salle à manger qui donne accès au salon, la pièce la plus riche de la maison ; c’est sous la grande frise à thème mythologique (aujourd’hui au musée de Malmaison) que sont disposés les meubles les plus précieux, les sièges étant recouverts d’un drap vert à galon noir ; la dernière pièce du rez-de-chaussée sert de cabinet de travail à Bonaparte. L’étage est réservé à l’habitation du couple et comporte également trois pièces, deux chambres à coucher séparées par un petit salon, le tout meublé à la dernière mode. Au-dessus, règne un étage de combles destiné à loger la domesticité.

A peine rentré d’Italie, le 29 décembre 1797, sur une demande du département de la Seine, la rue Chantereine prend le nom de rue de la Victoire, afin d’honorer le jeune général victorieux. Mais la maison est toujours louée à Julie Carreau, ce qui ne saurait convenir au vainqueur de l’Italie ; aussi le 26 mars 1798, avant de partir pour l’expédition d’Egypte, décide-t-il de l’acquérir pour la somme de 52 400 livres. Absent à nouveau pendant un an et demi, il ne revient rue de la Victoire que le 16 octobre 1799, trouvant la maison vide, Joséphine ayant été à sa rencontre mais par une autre route que celle qu’il avait empruntée. Il se décide alors au divorce, persuadé des infidélités réelles ou supposées de sa femme ; deux jours plus tard, le 18, a lieu cette fameuse scène de réconciliation entre les époux qui désola tant les Bonaparte, croyant avoir réussi à chasser l’intruse du clan. Il faut reconnaître qu’en l’absence de son mari Joséphine avait fait du bon travail ; son amitié avec Barras, ses rencontres avec Sieyès et ses contacts avec Gohier l’avaient amené à rallier à Bonaparte trois des cinq directeurs ; le coup d’Etat du 18 Brumaire allait en être grandement facilité et c’est rue de la Victoire qu’il se prépara. Dès le lendemain des événements, le 11 novembre, il quitte définitivement sa petite maison pour le Petit Luxembourg, avant de s’installer aux Tuileries en février 1800.

Cette maison qu’il n’avait en fait habitée que cinq mois entre mars 1796 et novembre 1799 restera l’objet de tous ses soins. De janvier à juillet 1802, il la met à la disposition de son frère Louis qui vient d’épouser la fille de Joséphine, puis le 15 avril 1804, il agrandit le jardin par l’achat d’un terrain de près de mille mètres carrés, portant la propriété à près d’un tiers d’hectare. En septembre 1805, l’Impératrice décide d’y loger son oncle, Robert-Marguerite de Tascher de la Pagerie qui y meurt le 15 mars 1806. Désormais, le sort de l’hôtel est fixé : en mai Napoléon en fait ôter les cheminées et le mobilier qui rentre au garde-meuble de la Couronne, puis il offre l’hôtel comme cadeau de mariage à l’un de ses écuyers, Charles Lefebvre Desnouettes le 1er juillet 1806. Vendu par sa veuve en 1857, la petite maison disparaîtra en 1862 lors du percement de la rue de Châteaudun, son emplacement étant occupé par la chaussée et le trottoir des n° 49 et 51 de la rue de Châteaudun et son entrée par l’actuel n° 60 de la rue de la Victoire.

Sachant combien Napoléon III avait à cœur de conserver et de restaurer tous les lieux où planait l’ombre de son oncle, on peut s’étonner qu’il n’ait rien fait pour empêcher la démolition de cette habitation pleine des souvenirs du conquérant de l’Italie.

© Bernard CHEVALLIER, directeur des châteaux de Malmaison et Bois Préau, du musée napoléonien de l’Île d’Aix, et de la Maison Bonaparte à Ajaccio, conservateur général du patrimoine.

2 commentaires »

  1. ttooff said,

    hé ben moi qui travaille au 76 je vais regarder autrement ma rue!

  2. kemech said,

    bonjour j’aimerai savoir d’ou provient l’illustration de l’article je fais des recherches sur la vie de Joséphine et je souhaiterai y mettre cette photo merci de la réponse et bravo pour l’article!


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