février 17, 2008

MARECHAL AUGEREAU (1757-1816)

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Le général Augerau lors de la bataille du pont d’Arcole le 15 novembre 1796

Il a vieilli vingt ans sous mes ordres, il n’a plus la même ardeur ; d’ailleurs il a eu des moyens militaires, mais jamais de génie ni d’éducation… Le vainqueur de Castiglione eût pu laisser un nom cher à la France ; mais elle réprouvera la mémoire du défectionnaire de Lyon, dont la trahison a fait tant de mal à la patrie.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal AUGEREAU (Pierre-François-Charles), duc de Castiglione, maréchal et pair, de France, fils d’un domestique et d’une fruitière du faubourg Saint-Marceau, à Paris, où il naquit en 1757. Il servit comme carabinier dans les troupes napolitaines jusqu’en 1787, et exerça ensuite à Naples la profession de maître d’escrime. Rentré en France en 1792, il s’engagea dans les armées de la République, et y parvint, en deux ou trois ans, au poste de général de division. De l’armée des Pyrénées il passa à celle d’Italie, où son intrépidité et ses talents militaires le placèrent au premier rang des généraux de cette époque. Après avoir forcé le pont de Lodi, défendu par une formidable artillerie, il s’empare de Castiglione et de Bologne, et termine cette campagne célèbre par la fameuse journée d’Arcole, où il partage avec Bonaparte l’honneur de la victoire. L’armée française paraissait hésiter devant l’artillerie des Autrichiens ; Augereau saisit un drapeau, s’élance sur le pont balayé par la mitraille, et vole au pas de charge en entraînant ses soldats sur l’ennemi, qui est culbuté malgré une résistance opiniâtre. Choisi par le général en chef, après le traité de Campo-Formio, pour porter à Paris les drapeaux enlevés aux Autrichiens, le Directoire lui fit don de celui dont il avait fait un si noble usage. Peu de temps après, il exécuta, de concert avec le gouvernement, le coup d’Etat du 18 fructidor, et arrêta de sa main Ramel et Pichegru. Toutefois, il fut cruellement déçu dans son espoir d’être porté au Directoire, et il en ressentit une vive irritation. Envoyé à l’armée du Rhin-et-Moselle, pour remplacer le général Hoche, qui venait de mourir, puis à Perpignan en qualité de commandant de la dixième division militaire, il considéra, peut-être avec raison, ces missions comme une sorte d’exil, et se fit nommer membre du conseil des Cinq-Cents par le département de la Haute-Garonne. Il arriva à Paris presque en même temps que Bonaparte, auquel il parut d’abord opposé, mais dont il se rapprocha après son triomphe au 18 brumaire, et qui lui donna le commandement de l’armée de Hollande. Dévoué au nouveau pouvoir, dévoué surtout à sa propre fortune, Augereau, lors de la proclamation de l’Empire, fut créé maréchal, grand-aigle de la Légion d’honneur et duc de Castiglione. Il prit la part la plus glorieuse à la bataille d’Iéna et à celle d’Eylau ; passa eu Espagne en 1809, où il éprouva quelques revers ; reçut un commandement dans la campagne de Russie, et fit des prodiges de valeur a la bataille de Leipzig. Toutefois, à l’arrivée de Louis XVIII, il se hâta de faire sa soumission au nouveau souverain, et en reçut le titre de pair avec le commandement de la quinzième division militaire. Pendant les Cent-Jours, il fit de vains efforts pour rentrer en faveur auprès de Napoléon, qui l’avait flétri comme traître dans sa première proclamation, à son retour de l’île d’Elbe. Les Bourbons revinrent, mais refusèrent ses services, et il se retira alors dans sa terre de la Houssaye où il mourut, en 1816, d’une hydropisie de poitrine. Soldat de fortune, Augereau avait de grands talents, une intrépidité irrésistible, de la décision, et des inspirations qui n’étaient qu’à lui ; mais il se décourageait facilement, même au mïlieu de la victoire. Son caractère, d’ailleurs, ne fut pas toujours honorable. Outre sa versatilité, l’histoire lui reproche encore ses dilapidations ; toute l’armée connaissait les fourgons d’Augereau. Napoléon, à Sainte-Hélène, a porté sur Augereau le jugement suivant : « Augereau, tout au rebours de Masséna, était fatigué et comme découragé par la victoire même ; il en avait toujours assez. Sa taille, ses manières, ses paroles, lui donnaient l’air d’un bravache, ce qu’il était loin d’être quand il se trouva gorgé d’honneurs et de richesses, lesquelles d’ailleurs il s’adjugeait de toutes mains et de toutes les manières… Il était incapable de se conduire ; il n’avait point d’instruction ; peu d’étendue dans l’esprit, peu d’éducation ; mais il maintenait l’ordre et la discipline parmi ses soldats, et en était aimé. Il divisait bien ses colonnes, plaçait bien ses réserves, se battait avec intrépidité ; mais tout cela ne durait qu’un jour : vainqueur ou vaincu, il était le plus souvent découragé le soir, soit que cela tînt à la nature de son caractère, ou au peu de calcul et de pénétration de son. esprit. » Augereau avait un frère, officier de mérite, qui devint baron, lieutenant général, et chevalier de Saint-Louis à la Restauration.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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février 10, 2008

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – LA PREMIERE CAMPAGNE D’ITALIE (1796-1797)

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Napoléon Bonaparte, général en chef de l’Armée d’Italie (1796-1797)

 

Soldats, dénués de tout, vous avez suppléé à tout ; vous avez gagné des batailles sans canons, passés des rivières sans ponts, fait des marches forcées sans souliers, bivouaqué sans eau-de-vie et souvent sans pain. Mais soldats, vous n’avez rien fait puisqu’il vous reste encore à faire. Les plus grands obstacles sont franchis san doute, mais vous avez encore des combats à livrer, des villes à prendre, des rivières à passer. En est-il d’entre-bous donc le courage s’amollisse ?

(Napoléon Bonaparte)

En partant pour cette immortelle campagne d’Italie, il emportait avec lui. 48.000 francs en or, et 100.000 francs en traites, qui furent en partie protestées. C’est avec ce faible véhicule, qui mit pourtant le Trésor à sec, que le général en chef de cette armée, manquant de tout depuis longtemps, sut la conduire au pas de charge dans les plaines fertiles de l’Italie. L’armée, stationnaire dans les Alpes-Maritimes et dans la partie de la rivière de Gênes que nous occupions était ainsi distribuée vers le 10 mars (4 ventôse an IV) : Avant-garde, commandée par lé général divisionnaire Masséna, ayant sous ses ordres les généraux La Harpe et Meynier ; les adjudants de brigade Pijon, Saint-Hilaire, Cervoni, Ménard, Dammartin et Joubert ; les adjudants généraux Dalons, Chabran, Giacomoni, Boyer, Monnier et Lorcet. Les généraux La Harpe et Meynier commandaient la première et la deuxième division de cette avant-garde à Savone et au bourg dé Finale. Corps de bataille : première division commandée par le général divisionnaire Augereau, ayant sous ses ordres les généraux de brigade Banel, Victor et Rusca ; les adjudants Verdier et Quesnin, au quartier général de Nice. Deuxième division, commandée par le général divisionnaire Sérurier, ayant sous ses ordres les généraux de brigade Pelletier, La Salcette, Fiorella et Bizannet ; les adjudants généraux Couthaud et Vinose, à Ormea. Troisième division, commandée par le général divisionnaire Macquart, ayant sous ses ordres le général de brigade Dallemagne, l’adjudant général Escale et le chef de brigade Nicolas. Quatrième division, commandée par le général divisionnaire Garnier, ayant sous ses ordres les généraux de brigade Verne, Charton, Davin et Servier ; l’adjudant général Rambaud. Le total effectif de toutes ces divisions, avant-garde et corps de bataille, était de 43.443 hommes. C’est avec 48.000 francs en or et 43.443 hommes, à peu près autant de francs que d’hommes, que le général en chef Bonaparte allait conquérir l’Italie, la ravir à l’aigle à deux têtes, à l’aigle autrichienne, Aquila grifagna Che per più divorar due becchi porta, suivant l’expression du poète Alamanni. C’est le général en chef Bonaparte qui, de son souffle, va ranimer cette armée, languissante malgré son courage et ses vertus républicaines ; c’est lui qui va imprimer à tous ces corps la vie et le mouvement, et qui, en quelques jours, à travers les champs glorieux de Montenotte, de Millesimo et de Mondovi, et l’héroïque passage du pont de Lodi, les portera de Nice à Milan (15 mai 1796). Ainsi, un mois et demi avait suffi à ce jeune général de vingt-six ans et neuf mois pour culbuter le vieux Beaulieu, l’un des généraux les plus aguerris de l’Autriche. Les ennemis nous appelaient par dérision les héros en guenilles, et ils avaient doublement raison : nous étions l’un et l’autre. Et la preuve, c’est que nous entrions à Milan le 15 mai triomphants, mais très positivement en guenilles. Il n’y a rien d’exagéré dans ce qu’a dit de ces héroïques soldats notre grand chansonnier national : Pieds nus, sans pain, sourds aux lâches alarmes, Tous à la gloire allaient du même pas. Un témoin oculaire, car il était dans un rang obscur de l’expédition, commis aux vivres, Henri Beyle (Stendhal), dans son beau roman de la Chartreuse de Parme, décrit ainsi notre entrée dans la vieille capitale de la Lombardie, depuis trop longtemps autrichienne : « Le 15 mai 1796 le général Bonaparte fit son entrée à Milan à la tête, de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur. Les miracles de hardiesse et de génie dont l’Italie fut témoin en quelques mois réveillèrent un peuple endormi ; huit jours encore avant l’arrivée des Français, les Milanais ne voyaient en eux qu’un ramassis de brigands, habitués à fuir toujours devant les troupes de Sa Majesté Impériale et Royale : c’était du moins ce que leur répétait trois fois la semaine un petit journal grand comme la main, imprimé sur du papier sale. » Mais le jeune général victorieux ne s’arrêta pas là ; ce n’est pas là, en effet, qu’il voulait signer la paix avec cette Autriche, éternel ennemi du développement de la liberté et de la civilisation européenne. Poussant sa vaillante armée en avant, il battait encore les meilleurs généraux de l’Autriche, Wurmser à Castiglione (août) et à Bassano (septembre), Alvinzi à Arcole (15-18 novembre), et à Rivoli (14 janvier 1797) ; il conquérait l’Istrie, la Carniole et la Carinthie (30 mars) ; il renversait la vieille et aristocratique république de Venise. Marchant droit sur Vienne, il ne s’arrêtait à Léoben (18 avril) que pour signer les bases du traité de paix de Campo-Formio (17 octobre), constatant la supériorité de la France sur ses ennemis ; et il fondait en Italie deux républiques provisoires (la Cisalpine et la Transpadane). Ah ! cette campagne d’Italie est vraiment merveilleuse, sans comparaison possible avec les plus belles que présentent les annales militaires chez tous les peuples, et la première que devront lire et méditer les Alexandres et les Césars futurs, si, pour le malheur des nations, l’avenir tient encore en réserve dans son sein le germe de quelque illustre conquérant. Tout s’y accomplit de point en point comme le jeune héros l’avait prévu, ou, pour dire plus justement, comme il l’avait calculé. C’est une campagne que l’on pourrait appeler mathématique, quelles que soient la nouveauté et l’étrangeté de cette expression. Aujourd’hui, quand il s’agit de construire un de ces ponts en fer comme ceux qui traversent nos fleuves, le mécanicien ne se livre à aucun travail et à aucune étude sur le terrain. Retiré au fond de son atelier, il trace ses plans, prend ses mesures, fait fabriquer, et, quand tout est prêt : tympans, barres, montants, traverses, armatures, crampons, boulons, clavettes, broches, viroles, etc., il ne reste plus qu’une opération toute mécanique, toute machinale de montage ; chaque partie vient prendre la place qui lui a été assignée ; tout cela se monte et se démonte comme les fractions d’un squelette auquel ne manque aucune des innombrables articulations. C’était la méthode inventée par Bonaparte. «, Melas est là ; je l’attirerai ici, et je le battrai là. » Et la victoire arrivait, se déduisait mathématiquiment comme l’inconnue d’une équation algébrique. Et, ce qu’il y a de plus merveilleux encore, c’est que l’homme, c’est que l’artiste n’est nullement absorbe par le conquérant. En effet, voici l’homme sous une nouvelle face, et c’est avec une intention marquée que nous soulignons ce mot ; car nous le prenons dans toute la plénitude de son acception, dans l’acception que lui donnera plus tard Napoléon lui-même quand il dira au génie olympien de l’Allemagne : « Monsieur Gœthe, vous êtes un homme. » Nous avons vu le guerrier, voyons l’artiste. Le conquérant avait sans cesse les yeux tournés vers Paris : c’était l’Athènes de ce nouvel Alexandre ; mais si le général regardait les Tuileries, l’artiste regardait le Louvre. Voici un état officiel des objets de science et d’art enlevés par ses ordres pour être transportés à Paris : A MILAN. – Bibliothèque Ambrosienne. Le carton de l’école d’Athènes, par Raphaël. Un tableau de Luisini, représentant une Vierge. Idem, de Rubens, une Vierge et des fleurs. Idem, du Giorgion, représentant un concert. Idem, de Lucas d’Olande, représentant une Vierge. Idem, une tête de femme, de Léonard de Vinci. Un soldat et un vieillard, du Calabrese. Un vase étrusque , représentant diverses figures avec ornements. Un manuscrit sur papyrus d’Egypte, ayant environ onze cents ans, sur les Antiquités de Josèphe, par Ruffin. Un Virgile manuscrit, ayant appartenu à Pétrarque, avec des notes de sa main. Un manuscrit très curieux sur l’histoire des papes. Un tableau peint par le Titien, représentant un Couronnement d’épines. Idem, un Saint Paul, de Gondenzo Ferrari. Alla Vittoria. – Un tableau de Salvator Rosa, représentant une Assomption. A l’Académie de Parme. – La Vierge de saint Jérôme, par le Corrége. Un tableau de Schidone. Une Adoration, par Majolla Aux Capucins. – Un chien, du Guerchin. Une Vierge et plusieurs saints, par Ann. Carrache. Saint-Paul. – Jésus-Christ, Saint Paul, Sainte Catherine, par Raphaël. La Stenata.- Le Mariage de la Vierge, par Procaccini. San-Gio, – Une Descente de croix, par le Corrége, Capucins. – Un Guerchin, représentant la Vierge et saint François. Saint-Sépulcre. – La Madonna délia Scodelia, du Corrége. Saint-Roch. – Un tableau de l’Espagnolet, représentant divers saints. Idem, de Paul Véronèse, représentant saint Koch. San-Quintino. – Un tableau de Fraimingo, représentant un baptême. Une Assomption, par l’Espagnolet. Un tableau de Lanfranc, Saint Benoît. Saint-André. – Un tableau de l’Espagnolet. Saint-Michel. – Un tableau d’un élève du Corrége, représentant une Vierge. Saint-Paul. – Une Vierge d’Augustin Carrache, Au Dôme de Plaisance. – Deux tableaux de Louis Carrache. Une note, datée de Paris, dit : «Les tableaux venant d’Italie sont arrivés à Paris sur six chariots, sans avoir éprouvé d’accident. Ils n’ont été pris ni par les barbets ni brisés sur les rochers des Alpes. » Le Directoire en fit la distribution au Jardin des plantes, à l’Ecole polytechnique, à l’Institut et à la Bibliothèque nationale. Dans le lot de l’Institut, il y avait les douze manuscrits de Léonard de Vinci sur les sciences. Dans le lot de la Bibliothèque, le Virgile manuscrit ayant appartenu à Pétrarque, avec des notes de la main de l’illustre poète sur Virgile ; le manuscrit de Galilée sur les fortifications ; le carton des ouvrages de Léonard de Vinci. Le 7 floréal, l’armée d’Italie étant à Cherasco, et, après la prise fameuse de Tortone, Bonaparte avait mandé au Directoire : « Il me serait utile d’avoir trois ou quatre artistes connus pour recueillir les monuments des beaux-arts. » Au commencement de prairial, comme il venait de conquérir Milan et qu’il rêvait de rétablir le Capitole, il signait avec le duc de Modène un armistice où se lit cet article : « Le duc de Modène sera tenu de livrer vingt tableaux à prendre dans sa galerie ou dans ses Etats, au choix des citoyens qui seront commis à cet effet. » Le 15 prairial, on le retrouve à Vérone, d’où il écrit cette lettre aux Directeurs : « J’arrive dans cette ville, citoyens Directeurs, pour en partir demain matin ; elle est très grande et très-belle… Je n’ai pas caché aux habitants que si le prétendu roi de France n’eût évacué leur ville avant mon passage du Pô, j’aurais mis le feu à une ville assez audacieuse pour se croire la capitale de l’empire français… Je viens de voir l’amphithéâtre ; ce reste du peuple romain est digne de lui. Je n’ai pu m’empêcher de me trouver humilié de la mesquinerie de notre Champ-de-Mars : ici, cent mille spectateurs sont assis, et entendraient facilement l’orateur qui leur parlerait. » En messidor, il est à Bologne. « Les vingt tableaux que doit nous fournir Parme, écrït-il au Directoire, sont partis ; le célèbre tableau de Saint Jérôme est tellement estimé dans ce pays qu’on offrait un million pour le racheter. » Le Directoire a envoyé les artistes et les savants demandés, et le jeune conquérant écrit au Directoire : « Le citoyen Barthélémy s’occupe, dans ce moment-ci, à choisir les tableaux de Bologne. Il compte en prendre une cinquantaine, parmi lesquels se trouve la Sainte Cécile, qu’on dit être le chef-d’œuvre de Michel-Ange. Monge, Berthollet et Thouin sont à Pavie, où ils s’occupent à enrichir notre Jardin des plantes et notre cabinet d’histoire naturelle. J’imagine qu’ils n’oublieront pas une collection complète de serpents qui m’a paru bien mériter la peine de faire le voyage. » Enfin il écrivit de Milan cette superbe épître à l’astronome Oriani : « Les sciences qui honorent l’esprit humain, les arts qui embellissent la vie et transmettent les grandes actions à la postérité, doivent être spécialement honorés dans les gouvernements libres. Tous les hommes de génie, tous ceux qui ont obtenu un rang distingué dans la république des lettres, quel que soit le pays qui les ait vus naître, sont Français. Les savants, à Milan, n’y jouissalent pas de la considération qu’ils devaient avoir. J’invite les savants à se réunir et à me proposer leurs vues sur les moyens qu’il y aurait a prendre, ou les besoins qu’ils auraient pour donner aux sciences et aux beaux-arts une nouvelle vie et une nouvelle existence. Tous ceux qui voudront aller en France y seront accueillis avec distinction. Le peuple français ajoute plus de prix à l’acquisition d’un savant mathématicien, d’un peintre de réputation, d’un homme distingué, que de la ville la plus riche et la plus abondante. » Ainsi cet homme singulier voulait avoir pour lui les artistes en même temps que les victoires, et Raphaël, Léonard de Vinci, Corrége et Michel-Ange étaient placés sur le même rang que Montenotte, Millesimo, Arcole et Castiglione. Il n’entre pas dans notre plan de raconter cette campagne d’Italie, glorieuse entre toutes, qui vient d’amener cette digression. Notre plan n’est, dans cette partie de l’histoire du grand capitaine, du premier génie militaire des siècles passés, et peut-être aussi des siècles futurs, que d’exposer ce qui sert à le caractériser comme citoyen et soldat d’un grand peuple jusqu’au 18 brumaire ; Quand, simple citoyen, soldat d’un peuple libre, Aux bords de l’Eridan, de l’Adige et du Tibre, Foudroyant tour à. tour quelque tyran pervers, Des nations en pleurs sa main brisait les fers ; Ou quand son noble exil aux sables de Syrie, Des palmes du Liban couronnait sa patrie… Marie-Joseph CHÉNIER. Il nous suffira de dire que toute la suite de l’histoire ne nous offre aucun homme qui, à vingt-sept ans et venu d’où nous l’avons vu partir, ait atteint à cet âge un aussi haut degré de gloire, et fait sentir la foudroyante activité qu’il déploya dans cette campagne, où il se montra surtout républicain. Il était sincère alors, il croyait la République immortelle dans ces premiers jours d’enthousiasme et de gloire. Il disait fièrement et officiellement à ceux qui parlaient de reconnaître la République française : « La République française est comme le soleil : aveugle qui ne la voit pas ! » Les mêmes sentiments l’animaient aussi en particulier. A Milan, en mai 1796, il disait à un de ses amis : « La République, c’est la flèche d’Evandre qui ne retombe pas-, et se change en étoile brillante. » Illusion sublime des premiers jours ! moment unique où la République était comparée par Bonaparte à la flèche d’Evandre ! le besoin seul de refouler le royalisme vous a éteints dans son cœur, nobles sentiments qui promettiez de donner à la France un Washington au lieu d’un César ! En effet, quand il vit, moins de deux ans après, la contre-révolution prendre des ailes à l’intérieur, il sentit qu’on ne l’abattrait point en se bornant à n’user envers elle que des armes constitutionnelles, des armes de la liberté. Au dehors, l’histoire nous montre le Directoire suivant la grande politique de la Convention, portant la liberté aux vaincus, et entreprenant d’affranchir l’Europe du pouvoir absolu et de la féodalité, justement persuadé que la France ne pouvait être une république heureuse et paisible qu’entourée de républiques heureuses et paisibles. Cependant, à l’intérieur, le désordre, entretenu par les royalistes au nom de la liberté, entravait la marche du gouvernement et empêchait la France d’être aussi heureuse qu’elle était glorieuse et puissante. Les républicains auteurs de la Constitution de l’an III, craignant les abus du pouvoir exécutif, l’avaient restreint avec une méfiance excessive. Il était faible, pauvre, dépouillé de tout appareil d’ostentation, au lieu d’étaler cette magnificence royale que les Français ont la bonhomie d’admirer, tout en la payant ; il vivait de rien et gouvernait avec peu de chose. Quelques légers impôts subvenaient aux frais de nombreuses armées. Les étrangers et les royalistes dépensaient en France plus d’argent pour corrompre et diviser, que le pouvoir n’en avait à sa disposition pour le maintien de l’ordre de choses établi. La liberté de la presse était plus entière qu’elle ne l’a jamais été. Les pouvoirs étaient publiquement insultés ; les lois républicaines qu’on parvenait à faire voter naissaient flétries d’avance par les royalistes et les journaux ; les feuilles appartenant aux partis extrêmes déclamaient à leur aise contre le Directoire ; le blâme et le ridicule étaient déversés à pleines mains sur ses actes et sur ses membres. En France, on aime le pouvoir qui éblouit et dont l’allure est altière ; on trouvait la République trop bourgeoise. Le parti royaliste, parfaitement organisé par les nombreux agents des Bourbons, conspirait à Clichy, et cherchait un Monk parmi nos généraux ; les chouans infestaient les grandes routes ; de leur côté, les anarchistes faisaient au camp de Grenelle une tentative babouviste contre le Directoire. Comment résister à ces conspirations sans des mesures violentes ? Le renouvellement amena dans les conseils une majorité de royalistes se disant constitutionnels on Eurs, qui cacha peu son intention de renverser Directoire. Deux des directeurs eux-mêmes paraissaient disposés à ne pas retenir le pouvoir, et Carnot, malheureusement, était de ceux qui croyaient devoir abandonner la partie. Les trois autres avaient à choisir, ou de violer la constitution pour la sauver, ou de la laisser tomber. Ils prirent le premier parti. Soutenus par l’armée d’Augereau et par celle de Hoche, ils firent occuper militairement le Corps législatif : cinquante et un représentants, les deux directeurs et plusieurs journalistes furent condamnés à la déportation. C’est ce que, dans l’histoire, on a appelé le 18 fructidor. Si cette mesure avait besoin d’une justification, le nom de Hoche, le nom le plus pur de notre grande Révolution, la fournirait à lui seul. Ce n’est pas ici le lieu de juger cet épisode de notre histoire révolutionnaire ; il est facile, quand on n’examine pas les choses de près, de n’avoir que du blâme pour ces sortes de coups d’Etat; nous croyons seulement que celui-cî ne fut pas sans influence sur Bonaparte.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Suite -> Le vainqueur de l’Italie

Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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décembre 11, 2007

BATAILLE DE CASTIGLIONE (1796)

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Le général Bonaparte lors de la bataille de Castiglione le 5 août 1796

N’ira pas loin celui qui sait d’avance où il veut aller.

(Napoléon Bonaparte)

Castiglione (Bataille de). Le 16 thermidor an IV (5 août 1796), les Français, commandés en personne par le général Bonaparte, livrèrent à la l’armée autrichienne une bataille décisive et qui devint une brillante victoire. Les pertes de l’ennemi furent cruelles : 20 pièces de canon, 3.000 hommes tués ou blessés, 4.000 prisonniers parmi lesquels trois généraux. Du côté des Français, les pertes furent moindres, mais celle du général Beyrand fut à regretter. Les princpaux subordonnés de Bonaparte dans cette journée, furent : Augereau, Masséna, Guieu et l’aide de camp Junot.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Bataille de Castiglione sur Wikipedia

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septembre 21, 2007

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL AUGEREAU (1757-1816), DUC DE CASTIGLIONE

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Maréchal Pierre Augereau (1757-1816), duc de Castiglione

Jadis il était brave. Je n’oublierai jamais l’affaire de Castiglione. Son courage, ses vertus premières l’avaient élevé très haut hors de la foule. Les honneurs, les dignités, la fortune l’y avaient replongé.

(Napoléon Bonaparte)

Augereau (Pierre-François-Charles), officier général et législateur, né à Paris le 21 octobre 1757, de « Pierre Augereau, domestique et Marie-Joseph Kresline », mort à la Houssaye (Seine-et-Marne) le 12 janvier 1816 ; s’enrola en 1774 dans le régiment de Clarke-irlandais, entra en 1777 comme dragon dans le régiment d’Antin, servit quelques temps le roi de Naples pour l’instruction de ses troupes, mais ses opinions révolutionnaires le firent rentrer en France en 1792, se distnigua par son intrépidité et fut nommé le 6 vendemiaire an II, adjudant général, ensuite envoyé à l’armée des Pyrénées où il fut promu général de brigade (3 nivôse an II). Envoyé à l’armée d’Italie, il s’empara de Millesimo le 23 germinal an III, fit prisonnier le général autrichien Provera, prit à la ête de ses grenadiers le pont de Lodi, s’empara ensuite de Castiglione et de Bologne, se dinstingua particulièrement au pont d’Arcole, où, saisissant un drapeau, il s’élança sur l’ennemi et entraîna par son exemple les troupes en face d’une artillerie formidable. De retour à Paris, après cette brillante campagne, il fut chargé par le Directoire de la besogne du 18 fructidor, où il empoigna lui-même le général Pichegru au collet. En l’an V, il remplaça à l’armée du Rhin-et-Moselle le général Hoche qui venait de mourir et le 27 germinal an VII, fut élu député de la Haute-Garonne au conseil des Cinq-Cents ; se montra d’abord indépendant, mais finit par se rallier à Bonaparte après son 18 brumaire. Ce dernier l’envoya prendre le commandement de l’armée franco-batave en Hollande, où il contribua à la victoire de Hohenlinden. De retour en France et fatigué, Augereau se reposa quelques années dans ses terres de la Houssaye. Il assita au sacre de Napoléon et fut nommé maréchal de France et chef de la 15e cohorte de la Légion d’honneur (29 floréal an XII). Il fit les campagne d’Autriche, de Prusse et d’Espagne, et le 26 octobre 1806, s’empara de Berlin. Le 19 mars 1808, il fut créé duc de Castiglione. Envoyé en Espagne, il força Girone à capituler, essuya un échec, en avril 1810, et fut forcé de battre en retraite sur Barcelone ; rappelé par l’Empereur et disgrâcié momentanément, il reprit le commandement du 11e corps à Berlin, en 1812 ; se trouva à Leipzig où il se battit comme un lion. En 1814, chargé de la défense de Lyon, il délia l’armée de ses serments, à la nouvelle de l’abdication de l’Empereur, « qui, disait-il dans sa proclamation, après avoir immolé des millions de victimes à sa cruelle ambition, n’a pas su mourir en soldat ». Louis XVIII le nomma chevalier de Saint-Louis et pair de France. Au retour de l‘île d’Elbe, il tenta de revenir à l’Empereur en conviant à ses soldats de se rallier aux aigles immortelles de Napoléon, qui seules conduisent à l’honneur et à la victoire ; mais, n’ayant pas été agréé par ce dernier, qui ne lui pardonnait pas d’avoir livré Lyon aux ennemis et se voyant également abandonné de Louis XVIII, il se retira dans ses terres de la Houssaye, et y mourut d’une hydropisie de poitrine.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Liens : Maréchal Pierre-François-Charles Augereau – Maréchal Augereau sur Wikipedia