février 9, 2008

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – LE JEUNE STRATEGE DU COMITE TOPOGRAPHIQUE

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Napoléon Bonaparte général de la république française

Quand je fais un plan militaire, je suis dans une agitation tout à fait pénible. cela ne m’empêche pas de paraître fort serein devant les personnes qui m’entourent. Je suis comme un fille qui accouche, et quand ma résolution est prise, tout est oublié.

(Napoléon Bonaparte)

Alarmé des mauvaises nouvelles qui, chaque jour, arrivaient de l’armée d’Italie, et ayant connaissance du mémoire que Bonaparte, après l’affaire de Cairo, avait envoyé au comité, il convoqua les divers représentants qui avaient été délégués à Nice. Tous lui désignèrent Bonaparte comme l’homme qui connaissait le mieux les positions de cette armée, et le plus capable d’indiquer le parti à prendre. Sur leur avis, qui était aussi celui de Doulcet, et qu’il n’avait demandé que pour ne pas imiter Aubry, qui ne consultait personne, Bonaparte fut requis de se rendre au comité. Il y eut d’abord plusieurs conférences avec Sieyès, Letourneur, Jean Debry et Doulcet, qu’il étonna, comme toujours, par la précision de ses aperçus ; et, au commencement de septembre, Doulcet l’attacha au comité topographique, où se décidaient les plans de campagne et les mouvements des armées. C’est dans ces fonctions que Bonaparte, au nom du comité de Salut public, rédigea successivement pour les généraux Kellermann et Schérer qui ne les comprirent pas, des projets et des instructions qu’un an après l’auteur devait être appelé a réaliser lui-même, et avec le plus grand éclat, dans la haute Italie. Ce plan se trouve développé dans une série de pièces conservées aux archives militaires de la France ; elles sont écrites entièrement de la belle main de Junot, corrigées de la griffe de Bonaparte. Ces pièces, au nombre de six, sont renfermées dans une chemise sous le titre général : Instructions et projets pour l’armée d’Italie. En voici quelques fragments. La première est intitulée : Mémoire militaire sur l’armée d’Italie. Sa longueur ne saurait nous empêcher de la donner en entier, car ce n’est pas l’oeuvre seulement d’un militaire qui sait tracer habilement un plan de campagne, c’est l’œuvre aussi d’un profond politique. On y remarque surtout que Bonaparte préconise le principe, trop négligé de nos jours, que la guerre doit nourrir la guerre. Il ne faut pas oublier la date de ce Mémoire, qui a dû être écrit en août 1795.  « L’armée des Alpes et d’Italie occupe la crête supérieure des Alpes et quelques positions de l’Apennin. Elle couvrait (naguère quand il était à l’armée d’Italie, après l’affaire de Cairo) le département du Mont-Blanc, le comté de Nice, Oneille, Loano, Vado. Par le moyen des batteries de côtes que l’on avait établies dans ces divers postes, le cabotage entre Marseille, Nice et Gènes, s’opérait à la vue de l’escadre anglaise, sans qu’elle pût s’y opposer. L’ennemi s’est emparé de Vado. L’escadre anglaise mouille dans cette superbe rade. Les Austro-Sardes ont armé un grand nombre de corsaires. Toute communication avec Gènes se trouve interceptée. Le commerce, qui renaissait, à Marseille, est suspendu. L’année d’Italie, notre flotte, l’arsenal de Toulon, la ville de Marseille ne peuvent plus tirer leurs subsistances que de l’intérieur de la France. Cependant, l’armée ennemie étant considérablement augmentée, nous sommes obligés de lui opposer des forces égales. Nous allons donc avoir une armée nombreuse dans la partie de la France la moins abondante en blé, et qui, dans les meilleures années, en récolte à peine pour trois mois. II est donc indispensable, pour rétablir le cabotage et assurer les subsistances du Midi, de Toulon et de l’armée, de reprendre la position de Vado. Puisque la possession des mers est momentanément asservie, il appartient à nos armées de terre de suppléer à l’insuffisance de notre marine. Depuis le Saint-Bernard à Vado, les Alpes, que notre armée occupe, forment une circonference de 95 lieues. On ne pourrait donc faire circuler nos troupes de la gauche à la droite en moins de deux ou trois décades, tandis que l’ennemi tient le diamètre, et qu’il communique en trois ou quatre jours. Cette seule circonstance topographique rend toute défense désavantageuse, plus meurtrière pour notre armée, plus destructive pour nos charrois et plus onéreuse au trésor public que la campagne la plus active. Si la paix avec les cercles de l’Empire se conclut, l’empereur n’aura plus que le Brisgaw et ses Etats d’Italie à gauche ; il est à croire que l’Italie sera le théâtre des événements les plus importants. Nous éprouverions alors tous les inconvénients de notre position. Nous devons donc, même sous le point de vue de la conservation de Vado, porter ailleurs le théâtre de la guerre. Dans la position de l’Europe, le roi de Sardaigne doit désirer la paix. Il faut, par des opérations offensives : 1°) Porter la guerre  dans ses Etats, lui faire entrevoir la possibilité d’inquiéter même sa capitale, et le décider promptement à la paix. 2°) Obliger les Autrichiens  à quitter une partie des positions où ils maîtrisent le roi de Sardaigne, et se mettre dans une position où l’on puisse protéger le Piémont et entreprendre des opérations ultérieures. On obtiendra ce double avantage en s’emparant de la forteresse de Ceva, en y rassemblant la plus grande partie de l’armée à mesure que les neiges obstrueront les cols des Alpes, en mettant à contribution toutes les petites villes voisines, et en menaçant de là Turin et la Lombardie. Par les attaques que les Autrichiens ont entreprises sur la droite de l’armée, il ne nous reste aucun doute que leur intention ne soit de porter le théâtre de la guerre sur la rivière de Gênes, et de menacer le département des Alpes-Maritimes de ce côté-là ; nous serions alors obligés de maintenir une armée nombreuse en campagne, c’est-à-dire à force de numéraire ; ce qui la rendrait extrémement onéreuse à nos finances. Nous devons, au contraire, dans la direction de nos armées, être conduits par le principe que la guerre doit nourrir la guerre. II est donc indispensable de reprendre promptement Vado, de changer le théâtre de la guerre, de pénétrer en Piémont, de profiter du reste de la belle saison pour s’y procurer un point d’appui où l’on puisse réunir nos armées, menacer de partager le Piémont et, dès lors, décider promptement le roi de Sardaigne à la paix, en lui offrant les conditions pour la conclure. Les Alpes, depuis le mont Saint-Bernard, le mont Cenis, le mont Viso, vont toujours en s’abaissant jusqu’à Ponte-Divano, en sorte que le Col de Tende est le plus facile et le moins élevé. L’Apennin, qui commence à Ponte-Divano, et qui est moins élevé, s’abaisse plus sensiblement vers Vado, Altare, Carcare, et par delà, pour s’élever, de sorte que plus on s’enfonce dans l’Italie, plus on gagne les hauteurs. Les vallées des Alpes sont toutes dans le sens de la frontière, de sorte qu’on ne peut pénétrer en Piémont qu’en s’élevant considérablernent. L’Apennin a ses vallées plus régulièrement placées, de sorte qu’on les passe sans être obligé de s’élever, et en suivant les ouvertures qui s’y rencontrent. Dans la saison actuelle, il serait imprudent d’essayer d’entreprendre rien de considérable par les Alpes ; mais on a tout le temps de pénétrer par l’Apennin, c’est-à-dire par la droite de l’armée d’Italie. De Vado à Ceva, première place frontière de Sardaigne sur le Tanaro, il y a 8 lieues, sans jamais s’élever de plus de 2 à 300 toises au-dessus du niveau de la mer. Ce ne sont donc pas proprement des montagnes, mais des monticules couverts de terre végétale, d’arbres fruitiers et de vignes. Les neiges n’y encombrent jamais les passages ; les hauteurs en sont couvertes pendant l’hiver ; mais sans qu’ily en ait même une grande quantité. Dès le moment que les renforts de l’armée des Pyrénées seront arrivés, il sera facile de reprendre les opérations de Saint-Bernard et de San-Giovante. Dès le moment que l’on se sera emparé de Vado, les Autrichiens se porteront de préférence sur les points qui détendent la Lombardie. Les Piémontais défendront l’issue du Piémont. On détaillera, dans les instructions qui seront données, les moyens d’accélérer cette séparation. Pendant le siège de Ceva, les Piémontais pourraient prendre des positions très approchées de celles des Autrichiens, pour, de concert, inquiéter les mouvements du siège. Pour les en éloigner, l’armée des Alpes se réunira dans la vallée de la Sture, à la gauche de l’armée d’Italie, et investira Démont, en s’emparant de la hauteur de la Valoria. On fera toutes ces démonstrations, qui pourront persuader à l’ennemi que l’on veut véritablement faire le siège de Démont ; par ce moyen, il sera obligé de prendre des positions intermédiaires, afin de surveiller également les deux sièges. L’opération sur Démont est préférable à toute autre, parce que c’est celle où nous pourrons réunir le plus de troupes, puisque toute la gauche de l’armée d’Italie s y trouvera naturellement employée ; elle inquiétera d’ailleurs davantage l’ennemi, parce que le succès se lie à celui de Ceva et serait d’autant plus funeste au Piémont. Nos armées, en Italie, ont toutes péri par les maladies pestilentielles produites par la canicule ; le vrai moment d’y faire la guerre et de porter de grands coups, une fois introduits dans la plaine, c’est d’agir depuis le mois de février jusqu’en juillet. Si alors le roi de Sardaigne n’a pas conclu la paix, nous pourrons continuer nos succès en Piémont et assiéger Turin. Si, comme il est probable, la paix est faite, nous pourrons, avant qu’elle soit publiée d’intelligence avec le Piémont, de Ceva nous assurer d’Alexandrie, et marcher en Lombardie conquérir les indemnités que nous donnerions au roi de Sardaigne pour Nice et la Savoie. Le théâtre de la guerre serait alors dans un pays abondant, semé de grandes villes, offrant partout de grandes ressources pour nos charrois, pour remonter notre cavalerie et habiller nos troupes. Si la campagne de février est heureuse, nous nous trouverons, aux premiers jours du printemps, maîtres de Mantoue, prêts  à nous emparer des gorges de Trente et à porter la guerre, de concert avec l’armée qui aurait passé le Rhin, dans le Brisgaw, jusqqe dans le cœur des Etats héréditaires de la maison d’Autriche. La nature a borné la France aux Alpes, mais elle a aussi borné l’Empire au Tyrol. Pour remplir le but que nous venons de parcourir dans ce mémoire, nous proposons au comité : I°) De ne point trop activer la paix avec les cercles d’Allemagne, et de ne la condure que lorsque l’armée d’Italie sera considérablement renforcée ; II°) De faire tenir garnison à Toulon par les troupes embarquées sur l’escadre, et restituer à l’armée une partie de la garnison de cette place, qui sera remplacée lorsque la paix avec l’Espagne sera ratifiée ; III°) De faire passer de suite 15.000 hommes des Pyrénées à l’armée d’Italie ; IV°) D’en faire passer 15.000 autres au moment de la ratification de la paix avec l’Espagne ; V°) De faire passer 1.500 ou 2.000 hommes des armées d’Allemagne à l’armée d’Italie au moment de la paix avec les cercles ; De prendre l’arrêté suivant : VI°) Le comité de Salut public arrête : 1° L’armée d’Italie attaquera les ennemis, s’emparera de Vado, y rétablira la défense de la rade, investira Ceva, fera le siège de la forteresse et s’en emparera ; 2° Dès l’instant que les Autrichiens seront éloignés, on obligera le commandant du fort à recevoir deux bataillons et deux compagnies d’artillerie pour garnison, en forme d’auxiliaires ; 3° La droite de l’armée des Alpes se réunira avec la gauche de l’armée d’Italie dans la vallée de la Sture, investira Démont en s’emparant de la hauteur de la Valoria ; 4° Le commandant d’armes du port de Toulon enverra a Antibes quatre tartanes armées et quatre chaloupes canonnières ou felouques, à la disposition du général commandant en chef l’artillerie de l’armée d’Italie, pour servir à l’escorte des convois d’artillerie ; 5° Il sera embarqué 36 bouches à feu de siège, avec un approvisionnement pour siège, sur des bateaux à rames qui seront débarqués à Vado pour le siège de la forteresse de Ceva ; 6° L’on réunira le plus près possible du camp de Tournus 40 bouches à feu de siège pour le siège de Démont ; 7° La neuvième commission fera passer 400 milliers de poudre à Avignon, où ils seront aux ordres du général d’artillerie de l’armée d’Italie, et 200 milliers à Grenoble ; 8° elle prendra ses mesures pour qu’ils y soient rendus avant la fin du mois ; 9° L’agence des subsistances militaires se procurera a Gênes, où elle les laissera en dépot, des blés pour nourrir 60.000 hommes pendant trois mois ; La neuvième commission fera passer à l’armée d’Italie tout ce qui est nécessaire pour compléter l’équipage de pont demandé au commencement de la campagne par le général d’artillerie ; 10° La commission des transports militaires fera remplacer à l’armée d’Italie les mulets qui en ont été tirés pour servir au transport des subsistances à Paris. » Nous n’avons pas hésité a insérer en entier ce long mémoire, ou la précision et la clarté se joignent à une profondeur de vues vraiment extraordinaire. Ce n’est là qu’un simple projet, et cependant on croirait qu’il s’agit d’une campagne glorieusement exécutée. Nous ne croyons pas que l’histoire offre un second exemple d’une pareille netteté de vues et d’une intelligence si complète de la situation. Quand il recopiait tout cela de sa magnifique écriture, le brave Junot, assurément, devait prendre son général pour un Dieu. A ce mémoire, Bonaparte joignit cinq autres pièces rédigées par lui et qui furent en partie textuellement adoptées par le comité de Salut public : 1° une instruction militaire pour le général en chef de l’armée des Alpes et d’Italie ; 2° une instruction pour les représentants du peuple près l’armée d’Italie ; 3° une lettre du comité de Salut public au général en chef de l’armée d’Italie ; 4° un arrêté du comité de Salut public ; 5° enfin un autre arrêté du même Comité relatif au même objet. Tels furent les travaux de Bonaparte dès son entrée au bureau topographique. Pendant le temps qu’il occupait ce poste, qui ressemblait à une division de la section de la guerre, et qu’il y travaillait continuellement avec son zèle accoutumé, la Porte s’occupait d’un armement contre la Russie ; elle demanda à la République quelques officiers d’artillerie français, et Bonaparte pensa sérieusement à tourner de ce côté son génie. L’Orient lui souriait ; il lui semblait qu’il y avait là un vaste champ ouvert à son activité. Il eut à ce sujet plusieurs conférences avec Reinhard, archiviste des relations extérieures auprès du comité de Salut public, pour avoir communication des papiers relatifs à la Turquie. Il rédigea, une note par laquelle il s’offrait d’aller en Turquie, et divers projets d’arrêtés relatifs à cette mission, qui fut réalisée l’année suivante d’après son plan, mais par un autre que lui. Ces projets, écrits, comme les précédents, de la main de Junot, portaient en  divers en droits des corrections de celle de Bonaparte ; il avait écrit en entier, ou, pour mieux dire, griffonné, le brouillon de la note. L’expédition originale, signée de lui, remise au comité de Salut public, était ainsi conçue : NOTE DU GÉNÉRAL BUONAPARTE, fructidor an III (30 août 1795). « Dans un temps où l’impératrice de Russie a resserré les liens qui l’unissent à l’Autriche, il est de l’intérêt de la France de faire tout ce qui dépend d’elle pour rendre plus redoutables les moyens militaires de la Turquie. Cette puissance a des milices nombreuses et braves, mais ignorantes sur les principes de l’art de la guerre. La formation et le service de l’artillerie, qui influe si puissamment dans notre tactique moderne sur le gain des batailles, et presque exclusivement sur la défense des places fortes, est encore dans son enfance en Turquie. La Porte, qui l’a senti, a plusieurs fois demandé des officiers d’artillerie et du génie ; nous y en avons effectivement quelques-uns dans ce moment, mais ils ne sont ni assez nombreux ni assez instruits pour produire un résultat de quelque conséquence. Le général Buonaparte, qui a acquis quelque réputation en commandant l’artillerie de nos armées en différentes circonstances, et spécialement au siège de Toulon, s’offre pour passer en Turquie avec une mission du gouvernement. Il mènera avec lui six ou sept officiers, dont chacun aura une connaissance particulière des sciences relatives à l’art de la guerre. S’il peut, dans cette nouvelle carrière, rendre les armées turques plus redoutables et perfectionner la défense des places fortes de cet empire, il croira avoir rendu un service signalé à la patrie, et avoir, à son retour, bien mérité d’elle. BUONAPARTE. » Voici les pièces relatives à ce projet : « Le gouvernement de la République française, voulant donner au Grand Seigneur, son fidèle allié, une preuve de l’amitié qu’elle lui porte et de l’intérêt qu’elle prend à la prospérité de ses armes, a délibéré, sur la demande qu’il a faite, pour qu’il soit envoyé en Turquie des officiers d’artillerie français. Considérant que le général Buonaparte, commandant en chef l’artillerie de l’armée d’Italie, a des connaissances profondes sur l’art de la guerre et spécialement sur la partie de l’artillerie, dont il a donné des preuves en dirigeant le siége de Toulon et nos succès en Italie, et mettant sur une défense respectable les côtes de la Méditerranée (comme on le voit, il n’avait garde d’oublier ses services et il avait raison) ; Arrête : Le général Buonaparte se rendra à Constantinople avec ses deux aides de camp, capitaines, pour y prendre du service dans l’armée du Grand Seigneur et contribuer, de ses talents et de ses connaissances acquises, à la restauration de l’artillerie de ce puissant empire, et exécuter ce qui lui sera ordonné par les ministres de la Porte ; il servira dans son grade et sera traité par le Grand Seigneur comme les généraux de ses armées. Il sera accompagné, pour l’aider dans sa mission, par les citoyens Andoche Junot et Henri Léorat, en qualité d’aides de camp, capitaines ; Songis et Rolland (Rolland de Villarceaux, ancien camarade de Napoléon au régiment de La Fère, qui, plus tard, fut son aide de camp à l’armée de l’intérieur, et devint préfet sous l’empire), comme chefs de bataillon ; Marmont (futur duc de Raguse) et Aguettant comme capitaines d’artillerie, Bluit de  Villeneuve, capitaine du génie ; Bourgeois et La Chasse, lieutenants d’artillerie de première classe ; Moisonet et Scheined, sergents-majors d’artillerie. » Bonaparte, qui voulait être en règle, selon un usage qui paraît lui avoir été habituel, avait pris le soin de rédiger tous les arrêtés nécessaires pour l’exécution définitive de son projet ; plusieurs sont de simple formalité ; n’importe, il veut être en règle sur tout, et il rédige jusqu’à un arrêté de passeport. Les projets suivants ont plus d’importance. « Le gouvernement, etc., Arrête : La commission des relations extérieures fera remettre au général Buonaparte, pour six mois d’appointements en argent, tant pour lui que pour deux aides de camp, capitaines, deux chefs de bataillon d’artillerie, quatre capitaines d’artillerie de première classe, deux lieutenants d’artillerie, pour leur servir de frais de route au voyage qu’ils doivent faire, conformément à l’arrêté du comité de Salut public de ce jour. Arrête : Que la neuvième commission fera faire une caisse de différents instruments de mathématiques et de dessin, dont la note lui sera remise par le général Buonaparte. Cette caisse sera remise à la disposition de la commission des atfaires extérieures, qui la fera passer à Constantinople, à l’adresse du général Buonaparte. Arrête : Que la commission d’instruction publique fera, faire une caisse de livres relatifs à l’artillerie et à l’art de la guerre, dont la note lui sera remise par le général Buonaparte ; ladite caisse sera envoyée à la commission des relations extérieures, qui la fera passer à l’adresse dudit général, à Constantiuople. » En marge de la note où Bonaparte adressait au comité de Salut public la demande de cette mission militaire à Constantinople, on lit, sous la date du 27 fructidor an III (13 septembre 1795) :  « Le général de brigade Buonaparte a servi avec distinction à l’arnée d’Italie, où il commandait l’artillerie. Mis en réquisition par le comité de Salut public, il a travaillé avec zèle et exactitude dans la division de la section chargée des plans de campagne et de la surveillance des opérations des armées, et je déclare avec plaisir que je dois à ses conseils la plus grande partie des mesures utiles que j’ai proposées au comité pour l’armée des Alpes et d’Italie. Je le recommande à nos collègues comme un citoyen qui peut être utilement employé pour la République, soit dans l’artillerie, soit dans toute autre arme, soit même dans la partie des relations extérieures. DOULCET. » Doulcet se taisait, comme on voit, sur la demande qui faisait l’objet de la note ; et, à la suite de ce qu’on vient de lire, on trouve, de la main d’un autre représentant du peuple, sous la même date du 27 fructidor an III, cette seconde apostille : « En adhérant aux sentiments qu’exprime, mon collègue Doulcet sur le général Buonaparte, que j’ai vu et entendu, je crois que, par les motifs mêmes qui fondent son opinion et la mienne, le comité de Salut public doit se refuser à éloigner, dans ce moment surtout, de la République un officier aussi distingué. Mon avis est qu’en l’avançant dans son arme, le comité commence par récompenser ses services, sauf ensuite, après en avoir conféré avec lui, à délibérer sur sa proposition, s’il y persiste. Jean DEBRY, rapporteur. » Plusieurs historiens ont présenté ce projet d’expatriation de la part de Bonaparte comme une sorte de coup de tête assez semblable a celui qui avait poussé Cromwell à passer en Amérique. Quelques-uns ajoutent même que ceux qui favorisaient cette entreprise avaient pour but de l’éloigner et de le faire ainsi sortir du service de la République. Tout cela nous paraît beaucoup trop profond, disons mieux, beaucoup trop problématique pour qu’on puisse y ajouter foi. Rien jusqu’ici, dans la vie du jeune général, n’avait pu le faire considérer comme un ennemi de la République, et rien encore ne pouvait faire pressentir le coup d’Etat du 18 brumaire ; lui-même ne pouvait éprouver que de très vagues pressentiments de sa grandeur future, et la bohémienne égyptienne ne lui avait pas encore dit ; en étudiant les lignes de sa main : « Macbeth, tu seras roi.  » Tout ce qu’on peut affirmer, c’est que quelque chose de mystérieux et d’indéfinissable l’entraînait vers l’Orient, et l’on sait que, sur la terre des Pharaons, ces aspirations ne l’avaient pas encore abandonné. Les pièces officielles que nous venons de citer démontrent que Bonaparte espérait passer en Turquie avec l’autorisation du gouvernement et pour servir encore la France d’une manière indirecte. Les apostilles citées plus haut prouvent que les représentants patriotes voulaient évidemment trouver pour le jeune général une position qui lui convînt, et ne pas le laisser porter à l’étranger une capacité qu’ils pressentaient qu’on aurait prochainement l’occasion d’employer plus directement au service de la France. Les choses en étaient là de la mission de Bonaparte à Constantinople, quand un grand événement vint changer le cours de sa fortune et décider de sa destinée.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Suite -> L’insurrection royaliste du 13 vendemiaire an III

Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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Un commentaire »

  1. coué said,

    c’était un homme bien voilà


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