janvier 27, 2008

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – PATRIOTE CORSE ET REVOLUTIONNAIRE FRANCAIS

Posted in BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE, Napoléon tagged , , , , , , , , , , , , , , , , , , , à 10:59 par napoleonbonaparte

Dernière entrevue entre Bonaparte et Paoli en 1793

La République française ne veut point être reconnue [par les plus grandes puissances européennes] ; elle est en Europe ce qu’est le soleil sur l’horizon ; tant pis pour qui ne veut pas la voir et ne veut pas en profiter.

(Napoléon Bonaparte)

Nous voici arrivés à une phase nouvelle de la vie de Bonaparte. Son séjour et sa conduite en Corse vont décider de sa fortune. D’abord, nous l’y voyons, comme à Valence, se jeter dans le grand parti de la Révolution française, et y rechercher Paoli, qui, rentré au sein de sa patrie, semblait avoir sincèrement embrassé ce parti. Il alla voir Paoli, qui accueillit avec franche amitié le fils de son ancien compagnon armes. Bonaparte accompagna dans ses courses le vieux général, qui, chemin faisant, lui montrait avec orgueil les lieux où il avait autrefois combattu pour l’indépendance de l’île, et lui racontait l’histoire de ces combats. Une fois, à Ponte-Novo, un cortège de 500 hommes à cheval accompagnait Paoli, Bonaparte marchait à ses côtés. Paoli lui désignait les positions, les lieux de résistance, de défaite et de triomphe des Corses dans la guerre de l’indépendance : il parlait avec feu, de cette lutte glorieuse a son jeune compatriote, qui l’écoutait avec une attention pleine d’intelligence, et lui soumettait de temps en temps des observations. A l’une d’elles, qui était probablement une de ces subites illuminations dont parle Bossuet, Paoli ne put s’empêcher de s’écrier : « 0 Napoléon ! tu n’as rien de moderne ; tu appartiens tout à fait aux hommes de Plutarque. Courage tu prendras ton essor. » A partir de ce moment, le grand citoyen conçut pour son jeune ami une sorte d’admiration, et il allait disant à tout venant : « Ce jeune homme, si on lui en donne le temps, fera parler le monde de lui. » Ce mot ne rappelle-t-il pas la fameuse exclamation de Kléber : Général, vous êtes grand comme le monde ! » Mais, puisque nous en sommes aux rapprochements, voici l’occasion de placer cette fameuse prophétie, si connue dans l’histoire, que l’on doit à l’esprit si perspicace de l’auteur du Contrat social : Il est encore en Europe un pays capable de législation, c’est l’île de Corse. La valeur et la constance avec lequelles ce brave peuple a su recouvrer et défendre sa liberté, mériteraient que quelque homme sage lui apprît à la conserver. J’ai quelque pressentiment qu’un jour cette petite île étonnera l’Europe. » Le séjour de Bonaparte en Corse était limité par son congé ; mais parvint à se faire élire lieutenant-colonel d’un des quatre bataillons de volontaires nationaux corses qu’on organisait dans l’île, et, par conséquent, obtint l’autorisation pour d’y rester au delà du terme de son congé. Les grades dans les volontaires nationaux n’avaient rien de commun avec ceux de l’armée régulière. Le lieutenant-colonel des volontaires corses restait toujours capitaine en second dans le 4e d’artillerie. Bonaparte avait en effet été promu dans ce dernier grade le 14 janvier 1792 et classé dans la douzième compagnie du 4e régiment, en garnison à Valence, sans obligation de rejoindre. Il est à remarquer que ce fut le comte Louis de Narbonne, ministre de la guerre du 7 décembre 1791 au 10 mars 1792, qui contre-signa le brevet de Bonaparte, dont plus tard il devait devenir aide de camp. Ainsi Bonaparte avait été, de 1785 à 1792, simple lieutenant. Cette circonstance, il devait la rappeler lui-même plus tard dans l’occasion suivante. On était sous l’Empire. A une revue, un, jeune sous-lieutenant sort des rangs et vient se placer devant Napoléon, qui lui dit : « Que me voulez-vous ? -Sire, il y a quatre ans que je suis sous-lieutenant, et depuis lors je n’ai pas eu d’avancement. » Après un moment de silence, Napoléon répondit : « Moi, monsieur, je l’ai été pendant sept ans. – Sire, cela est vrai, mais Votre Majesté a bien rattrapé le temps perdu. » Ici, si l’écolier de Brienne avait été un peu moins rebelle au thème et à la version, il aurait pu, en guise d’épiphonème, ajouter : Vade, et fac similiter. Revenons à la Corse. Napoléon, quoique capitaine, resta dans sou pays ; mais il se montrait de plus en plus révolutionnaire, au grand déplaisir de Paoli, qui avait d’autres vues sur lui dans le cas où la Révolution triompherait tout à fait en France. Cette circonstance ne tarda guère à se présenter. Le canon du 10 août retentit bientôt jusqu’en Corse. La République fut proclamée, et Bonaparte en manifesta une grande joie, que Paoli et ses partisans feignirent de partager. En janvier 1793, le gouvernement de la République française avait ordonné une expédition contre la Sardaigne. Paoli, et certes quelque soit le sentiment qui l’inspira dans cette circonstance, cela ne lui fait pas honneur et justifie ce nom de traître que lui donnèrent les républicains français, Paoli fit échouer l’expédition de Sardaigne. Dans ce but, il avait demandé et obtenu le commandement de la contre-attaque pour son neveu et confident, le général Cesare Rocca, à qui il avait dit en secret : « Souviens-toi, ô Cesare ! que la Sardaigne est l’alliée naturelle de notre île ; que, dans toutes les circonstances, elle nous, a secourus en vivres et en munitions, et que le roi du Piémont a toujours été l’ami des Corses et de leur cause, Fais donc en sorte que cette expédition s’en aille en fumée. » Le 8 mars 1793, Bonaparte fut promu au grade de capitaine commandant dans le 4e régiment d’artillerie, et, pour la première fois, son nom figure dans l’almanach national de la même époque, sous cette forme : Buonaparte. Dès ce moment, nous allons le voir s’élever de grade en grade avec une rapidité extraordinaire. Les ailes ont poussé à l’aiglon d’Auxonne, de La Fère et de Valence, des ailes de la plus grande envergure, et l’aiglon menace de devenir un aigle immense. On le voit aussi, dès cette époque, prendre un intérêt passionné à la cause de la Révolution et à tout ce qui touche à la France. Jusqu’à ce jour, il avait, été Corse ; la Révolution le fit Français : le voilà tout à fait des nôtres. Après l’expédition malheureuse de la Sardaigne, il avait rejoint à Corte son bataillon, ou il apprit sa promotion et, peu après, l’acte du 2 avril 1793, par lequel la Convention nationale mandait à la barre le général Paoli, dénoncé comme traître, ainsi, que Pozzo di Borgo, alors procureur général syndic du département de la Corse, et nommait commissaires en Corse les représentants du peuple Delcher, Saliceti et Lacombe-Saint-Michel qu’elle autorisait à faire arrêter Paoli s’ils le jugeaient à propos. Paoli n’obéit pas au décret, de la Convention ; il lui écrivit toutefois une très-longue lettre, où il essayait de se justifier et où il offrait, si la Convention jugeait « ce nouveau sacrifice » nécessaire, de s’éloigner de la Corse. Mais déjà il avait résolu d’abandonner la France, et il s’en était ouvert à ses amis et, entre autres, à Napoléon. Il crut un moment pouvoir lui faire partager son opinion. Il lui peignit sous les plus noires couleurs la situation de la République ; il lui parla de l’anarchie dans laquelle la France était plongée, de l’heureuse constitution de l’Angleterre, des brillantes récompenses que lui vaudrait son génie s’il consentait à seconder son dessein de livrer la Corse aux Anglais ; il essaya, en un mot, de le séduire. Mais Bonaparte, avec son énergique esprit, sa précoce et pénétrante sagacité, et, disons le mot, son républicanisme, rejeta sans hésiter un seul instant les propositions de Paoli, au grand étonnement de ce dernier. Ce ne fut pas sans une extrême surprise que Paoli entendit ce jeune officier de vingt-quatre ans, qui jusque-là avait amèrement enduré la sujétion de la Corse à la France, rétorquer avec fougue, vivement et franchement, tous ses arguments. « Eh ! quoi ! se séparer maintenant de la France !nous ne ferons jamais cela ! Nos plus chers intérêts, nos habitudes, nos coutumes, l’honneur, la gloire, nos serments solennels, tout enfin exige que la Corse soit, oui, soit française ! L’anarchie actuelle, fille de la grande Révolution, ne peut être qu’éphémère. Tout doit changer, l’ordre renaîtra infailliblement ; les lois se modèleront sur les idées du siècle, et la France, avant peu, s’élèvera majestueusement au comble de la gloire. Moi ! l’abandonner ! Vous, général, vous, parler de se livrer à l’Angleterre ! la vénale Angleterre, protectrice des peuples libres ! Ah ! quelle erreur ! Et puis, l’éloignement, la langue, notre caractère, les dépenses énormes, incalculables, qu’il faudrait faire, tout s’oppose impérieusement à notre réunion avec la reine qui tyrannise les mers et les terres qui ne lui appartiennent pas. » Jusque-là, il avait été, Corse ; la Révolution française, nous le répétons , l’avait fait Français et républicain. Conclusion : malgré tout, en dépit de tout ce qui pourra s’ensuivre, le nom glorieux de Bonaparte est et reste à jamais rivé à la Révolution ; et Lodi, Arcole, Castiglione, les Pyramides, Aboukir, etc., etc., sont des victoires républicaines. Sous l’influence de Paoli, la réaction contre-révolutionnaire qui voulait livrer la Corse à l’Angleterre prenait de moment en moment une plus grande importance. Paoli avait réellement négocié la reddition et la remise de l’île aux Anglais ; d’un instant à l’autre, il attendait la flotte anglaise. Paoli était parvenu à réunir une consulte nationale à Corte. Dans cette consulte, dont Paoli fut nommé président, et Pozzo di Borgo secrétaire, on se borna d’abord à prétendre, en termes vagues, qu’on ne s’assemblait que pour résister au parti qui, disait-on, voulait s’opposer au bonheur de la Corse, et on signalait les familles Bonaparte et Arena comme perturbatrices du repos public. Toutes ces tergiversations avaient ceci pour cause : l’escadre anglaise n’était pas encore en vue, et l’on craignait l’énergie bien connue des commissaires de la République. La situation de ceux-ci, ainsi que celle des patriotes, devint dès lors très critique en Corse. Calvi, cependant, n’était point entré dans la conjuration antifrançaise. Toutefois les représentants de la Convention qui s’y trouvaient alors, et que Bonaparte y avait rejoints, désespérant de réduire les adhérents de Paoli par leur seule présence, résolurent d’aller chercher sur le continent des forces nouvelles pour dominer le parti contre-révolutionnaire, et empêcher, s’il en était temps encore, les Anglais de s’emparer de l’île. Ils firent donc embarquer avec eux, à Calvi, Bonaparte et sa famille, pour les soustraire à la fureur de leurs ennemis. Cette colère était telle, qu’à peine la frégate française qui émportait vers Marseille Bonaparte et les siens fut-elle en mer, que leur maison d’Ajaccio était pillée, leurs campagnes dévastées et leurs troupeaux détruits par les fauteurs armés de ce gouvernement, appelé rebelle par les républicains, et gouvernement provisoire par les partisans du général Paoli. On sait ce qui advint après ce départ des commissaires de la Convention et, avec eux, des familles corses du parti français : la Corse, comme Toulon, fut livrée aux Anglais ; mais elle ne devait pas tarder à rentrer dans le giron de la République, et Paoli, à se voir contraint lui-même de se réfugier eu Angleterre. Telle fut la rupture de Napoléon et de Paoli. Cependant, chose étrange, malgré la trahison de Paoli envers la France, malgré l’arrestation ordonnée par lui du jeune officier d’artillerie, ces deux grands cœurs ne purent parvenir ni à se haïr ni à se mépriser ; au contraire, il y eut toujours entre eux un courant sympathique, né de leur commun amour du pays natal. Pour les républicains purs de la Convention, Paoli était un traître : aux yeux de Napoléon, il ne fut qu’un patriote égaré, qu’il estima toujours. Et tel était chez le vieux Paoli l’ardent amour de la terre natale, que les victoires de l’enfant d’Ajaccio en Italie et en Egypte le faisaient tressaillir d’aise à Londres ; il battait bruyamment des
mains et riait dans sa barbe grise à la nouvelle de ses triomphes, comme s’ils eussent été remportés pour sa propre cause. A le voir et à l’entendre, on eût dit qu’ils étaient encore tous deux dans l’intimité où ils avaient autrefois vécu. Lorsque Napoléon fut devenu consul, puis Empereur, l’enthousiasme de Paoli ne connut plus de bornes. A chaque nouvelle victoire de son jeune compatriote, il donnait un dîner, auquel Fox ne paraissait pas trop contrarié d’assister. Les choses allèrent si loin que le ministère anglais s’en émut. C’est à Pitt surtout que cet enthousiasme déplaisait. On en fit des reproches au vieux général corse, complètement fourvoyé, qui répondit : « Vos reproches sont justes ; mais, que voulez-vous ? Napoléon est un des miens, je l’ai vu croître, je lui ai prédit sa fortune. Voulez-vous que je déteste sa gloire, et que je ne sois pas fier pour mon pays de l’honneur qu’il lui fait ? » Toutes les puissances du monde ne l’eussent pas fait sortir de là. De son côté, Napoléon portait le, plus vif intérêt à ce vieil ami de sa famille et de la liberté corse, qui s’était malheureusement trop
effrayé de premières violences rendues inévitables, et dans sa plus haute fortuné il a fréquemment exprimé ses sympathies. Il aurait voulu, a-t-il dit lui-même, pouvoir le rappeler, l’associer à ses entreprises et à sa gloire ; mais comment s’y prendre ? comment satisfaire à tout, dans l’entraînement de ses conquêtes, emporté comme tant d’autres dans le tourbillon vertigineux où l’avaient lancé ses passions e t son génie ? Paoli mourut en 1807, dans tout l’enivrement des triomphes du vainqueur d’Austerlitz et d’Iéna, envoyant sans doute sa dernière pensée et son dernier soupir à son jeune et brillant ami. Peut-être n’a-t-on pas encore assez approfondi le caractère de la lutte entre Paoli et Bonaparte, ces deux génies que l’âge seul séparait et qui, nés au même jour, auraient été si puissants par leur union. Paoli n’a pas été, comme on l’a prétendu à tort, le parrain de Bonaparte ; le seul lien qui les unissait était l’amitié du général corse pour Charles Bonaparte, son ancien secrétaire, et l’un de ses partisans les plus zélés. Paoli avait aspiré avec bonheur le vent de la liberté qui soufflait sur la France ; il avait compris, dans les longues heures de l’exil, que la Corse ne pouvait se défendre seule contre toutes les ambitions qui s’élevaient autour d’elle, et parfois bien loin d’elle ; il acceptait maintenant la domination de la France comme un protectorat d’autant plus doux que son amour-propre était agréablement flatté des honneurs qu’à l’exemple des républiques grecques on lui avait rendus à Paris. Napoléon, à cette époque encore, était plus Corse que Français ; lier des dernières pages si glorieuses de l’histoire de son pays, sur lesquelles rayonnait le grand nom de Paoli, il se fit son ombre, le suivait pas à pas, recueillant ses grands enseignements, et Paoli se prit pour lui de l’affection qu’éprouvent les vieillards pour le talent naissant qui s’incline devant eux. Mais Paoli appartenait trop au vieux monde qui s’écroulait ; il s’effraya de la pente vertigineuse qui emportait son œuvre ; 1793 le fit trembler ; sa voix n’avait plus, d’ailleurs, sur ses compatriotes, l’influence d’autrefois ; il demanda aux Anglais un pouvoir et le respect que la France lui refusait déjà. Bonaparte, au contraire, né au milieu de l’embrasement, s’y précipita avec ardeur, et, laissant Paoli se raidir contre le mouvement, il se sépara de lui. Paoli se prit alors de haine pour son élève dont le rôle venait si subitement de changer, et qui osait lui tenir tête ; ce fut une de ces haines terribles et aveugles : si Bonaparte fût tombé entre ses mains, il l’eût certainement fait mettre à mort. La haine des vieillards ressemble à celle des enfants, elle est oublieuse. Aussi, de nouveau vaincu, rendu à sa solitude de Londres, le vieux lion corse, négligé de ceux même dont il espérait tout, se prit à regretter la France, la France alors régénérée après ses sanglantes épreuves ; l’amour de sa patrie, cet amour passionné qui fait aimer le sol et ceux qui l’habitent, se réveilla en lui aussi puissant, aussi ardent qu’aux grands jours de sa lutte contre Gênes ; il applaudit aux succès de son ancien ennemi qui n’était plus que son élève, son compatriote, et l’astre couchant salua avec enthousiasme le nouveau soleil qui montait toujours.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Suite -> Le Jacobin

Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

http://www.lerubicon.com

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :