janvier 22, 2008

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – LE TROISIEME SEJOUR DE NAPOLEON EN CORSE

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Le drapeau de l’indépendance corse

La première des vertus est le dévouement à la patrie.

(Napoléon Bonaparte)

Il va sans dire qu’il ne manqua pas de s’arrêter dans cette Valence qui tint toujours une si grande place en ses souvenirs. Il y revit avec une vive satisfaction tous ceux dont il avait pour ainsi, dire reçu la bienvenue aussi bienveillants à son égard : l’excellente Mme du Colombier ; la non moins excellente Mlle Bou, son ancienne hôtesse ; l’abbé-prélat M. de Saint-Ruf, dont l’obligeance envers lui ne s’était pas affaiblie malgré la divergence de leurs opinions politiques, qui s’accusait de plus en plus à mesure que les événements marchaient, et qui devait les pousser bientôt très-loin en sens divers. Mais il avait hâte de revoir sa patrie, sa mère, sa famille, et il arriva en Corse dans les derniers jours de septembre. Il fut reçu avec des larmes de joie par tous les siens, et sa conduite dans ses diverses garnisons en France lui méritait bien cet accueil. Jamais, sa famille n’avait reçu de plaintes contre lui ; officier pauvre, il n’avait aucune dette, vivant chétivement, mais sans créanciers. Il en résultait que, malgré sa jeunesse, il jouissait, dès l’âge de vingt ans, de cette considération précieuse que les mieux doués n’acquièrent ordinairement qu’avec les années, el à laquelle bon nombre d’hommes n’arrivent jamais. Cependant la Révolution marchait toujours. Elle avait fait, même en Corse, de grands progrès. Le jeune officier d’artillerie se sentait poussé invinciblement vers elle. Chose singulière, il retrouva son vieux grand oncle, l’archidiacre, presque démocrate en dépit, de sa robe et de ce qu’il redoutait pour le clergé. Il s’éteignait visiblement, souhaitant peut-être de s’endormir avant l’orage que tout annonçait, mais que son petit-neveu semblait respirer d’avance. Il ne tarda pas, durant ce semestre, d’en donner des marques non équivoques. Il prit part, dès son arrivée, aux assemblées populaires, et, le 31 octobre 1789, il signa, le premier en tête, l’adresse de plusieurs Corses à l’Assemblée nationale, qu’il passe même pour avoir rédigée. Ainsi déjà, ce jeune officier, de vingt ans s’était mis, par son ascendant moral et sa bouillante ardeur, à la tète des plus notables citoyens de sa patrie, revendiquant la liberté, avec des citoyens de toutes les classes. On voit là, en effet, pêle-mêle, et dans un véritable laisser-aller égalitaire et démocratique des hommes des plus humbles professions mêlés aux noms les plus aristocratiques de l’île, et le jeune Bonaparte y entraîne jusqu’à son vieux grand-oncle, l’archidiacre Lucien. A cette heure solennelle où la France nouvelle jetait un défi superbe au vieux monde, au lendemain de la prise de cette forteresse en qui se personnifiaient tous les abus de la royauté, le souffle de la Révolution avait évidemment passé sur l’âme de Bonaparte, et toutes les ardeurs bouillonnaient dans son cerveau. La grande aurore de 89 l’éblouissait de ses feux massants. Le 1er janvier 1790, il était devenu le huitième lieutenant en second du régiment de La Fère, mais le citoyen primait en lui le lieutenant. L’adresse que nous venons de rappeler était un acte collectif, dont il avait, sans nul doute, pris l’initiative, et que, en le signant le premier, il avait particulièrement marqué de son nom et de sa griffe, ex ungue leonem. Il ne devait pas tarder à faire plus encore, mais cette fois en son propre nom, et sous sa seule responsabilité. En effet, le 23 janvier 1790, il écrivit sa fameuse lettre à Buttafuoco, foudroyante apostrophe à celui qu’il regardait comme le Judas de sa patrie. Cette lettre, qui est datée de l’an II de la liberté, et signée simplement Buonaparte, sans autre qualification, est une véhémente philippique qu’il fit imprimer peu après, sous ce titre : Lettre écrite par Buonaparte à M. Matteo di Buttafuoco, maréchal des camps et armées du roi, député de la noblesse corse à l’Assemblée nationale conftituante. Dans la fameuse lettre à Matteo Buttafttoco, où règne, avec le sentiment et l’expression de l’ironie la plus amère, la déclamation la plus énergique contre les trahisons vraies ou supposées de celui auquel elle s’adresse ; elle fait merveilleusement connaître quelle impression avait produite la Révolution française sur les idées du jeune Corse, et retrace avec une rapidité et une éloquence remarquables les événements qui amenèrent la soumission de sa patrie à la France. Toutefois, avant de parler de cette pièce historique, disons quelques mots de celui à qui elle s adresse. Buttafuoco n’était pas, à proprement dire, un traître, du moins dans la honteuse acception de ce mot. Frappé des troubles, des tiraillements qui agitaient son pays depuis trop longtemps, il avait cru que le seul moyen d’y mettre un terme était une incorporation pure et simple à la France, et, lorsqu’en 1768 Gênes céda à Louis XV la souveraineté de l’île, comprenant que la lutte avec la France était désormais impossible, Buttafuoco fit connaître ses sentiments à Paoli, dont il avait été jusque-là le compagnon d’armes. Mais Paoli voulait pour son pays une liberté absolue. Alors les liens qui unissaient ces deux hommes furent rompus, et Buttafuoco fut déclaré traître à la patrie. Celui-ci suivit en Corse l’armée française mais à la condition expresse qu’il ne serait jamais contraint à tirer l’épée contre ses compatriotes. Sur ces entrefaites, 1789 éclata, et Buttafuoco eut le tort de rester dévoué aux principes de l’ancienne monarchie. Les idées républicaines travaillaient profondément la Corse et la réveillaient de son engourdissement ; les partisans de Paoli sentirent renaître leur enthousiasme pour la liberté, et cette haine vigoureuse, endormie mais non éteinte, contre ce qu’ils appelaient le despotisme militaire. Dans ceux qui s’étaient ralliés à la monarchie de Louis XV, ils ne virent plus que des adversaires politiques. C’est alors que le jeune Bonaparte, gagné entièrement aux principes républicains, lança sa fameuse lettre qui accrut encore l’irritation. Il est impossible à qui ne l’a pas lue de se faire une idée de la violence avec laquelle elle est écrite. Il y a surtout, vers la fin un passage singulièrement curieux: « O ‘Lameth ! o Robespierre ! ô Péthion ! ô Volney ! ô Mirabeau ! ô Barnave ! ô Bailly ! ô La Fayette ! » s’écrie le fougueux patriote après avoir tracé le porfrait le plus hideux de celui à qui il s’adresse, « voilà l’homme qui ose s’asseoir parmi vous ! Tout dégouttant du sang de ses frères, souillé de crimes de toute espèce, il se présente avec confiance sous une veste de général, inique récompense de ses forfaits ! Il ose se dire représentant de la nation, lui qui la vendit, et vous le souffrez ! il ose lever les yeux, prêter les oreilles à vos discours, et vous le souffrez ! Si c’est la voix du peuple, il n’eut que celle de douze nobles ; si c’est la voix du peuple, Ajaccio, Bastia et la plupart des cantons, ont fait à son effigie ce qu’ils eussent voulu faire à sa personne. (Il avait été brûlé en efligie). Et,vous, que l’erreur du moment, peut-être les abus de l’instant, portent à vous opposer aux nouveaux changements, pourrez-vous souffrir un traître, celui qui, sous l’extérieur froid d’un homme sensé, cache une avidite de valet ? je ne saurais l’imaginer ! Vous serez les premiers à le chasser ignominieusement, dès que l’on vous aura instruits du tissu d’horreurs dont il a été l’artisan. De mon cabinet de Milleli, le 23 janvier an II. » On voit que Bonaparte était admirablement préparé pour les grands jours qui s’approchaient. Par les idées et surtout par le tempérament, il était dès lors acquis à la Révolution. Mais, dans cette philippique, il y avait évidemment beaucoup d’exagération. Buttafuoco répondit au bouillant officier : « Vous voulez blâmer dans votre lettre, et vous ne connaissez les personnes que par vos souffleurs. » II répondait en même temps à son compatriote Salicetti, qui l’avait traité d’aristocrate en pleine Assemblée nationale : « Je fus sans doute zélé royaliste, c’était un devoir ; j’ai autant loué ceux du tiers état qui ont soutenu leurs droits avec modération. Mon avis était pour la monarchie réglée et tempérée par les états généraux permanents ; ce système aurait satisfait tout le monde, mais on n’adoptait, que des idées extrêmes. » , Napoléon, lorsque M. de Talleyrand lui rapporta ses œuvres de jeunesse, qu’il avait tant rechercher, brûla sa lettre à Buttafuoco, qu’il disait « empreinte de l’exaltation produite dans une jeune tète par les événements de la Révolution. » Sa bombe à Buttafuoco lancée, cet acte de patriotisme corse accompli, le citoyen avait quitté ses concitoyens, et le lieutenant d’artillerie était immédiatement parti pour aller reprendre stoïquement son service, emmenant dans cette patrie nouvelle, qui n’était pas encore même sa patrie d’adoption, son frère Louis.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Suite -> Seconds séjours à Auxonne et Valence

Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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