janvier 20, 2008

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – PREMIER ET DEUXIEME SEJOURS EN CORSE

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Napoléon Bonaparte, lieutenant d’artillerie

Si ma famille eût été plus connue, si nous eussions été plus riches, plus en évidence, même en suivant la route de la Révolution, jamais je n’eusse commandé une armée ; ou, si je l’eusse commandée, je n’eusse jamais osé tout ce que j’ai fait.

(Napoléon Bonaparte)

Napoléon arriva en Corse à la mi-septembre 1786 après neuf années d’absence assez bien employées. Bonaparte avait encore son vieil oncle, l’archidiacre Lucien, qui était le plus riche des Bonaparte. Il le trouva perclus par la goutte et alité depuis longtemps. Sain de tête, il ne laissait commettre aucun abus dans l’administration de ses biens. Il connaissait la force et le nombre des pièces de bétail ; faisait abattre l’une, vendre ou conserver l’autre ; chaque berger avait son lot, ses instructions. Les moulins, la cave, les vignobles étaient soumis à la même surveillance. L’ordre et l’abondance régnaient partout. La situation de la famille Bonaparte n’avait jamais été plus prospère. Le grand-oncle était riche, avons-nous dit ; mais il n’aimait pas à se dessaisir ; il tenait surtout à prouver a sa famille qu’il ne faisait pas d’économies. Quand Napoléon, en vertu d’un axiome bien connu des neveux, lui demandait de l’argent : « Tu sais bien, lui répondait l’économe archidiacre, que je n’en ai, pas, que les expéditions de ton père ne m’ont rien laissé. » En même temps, il l’autorisait à vendre une tète de bétail, une pièce de vin ; Mais on avait aperçu un sac ; on était las dans la famille de l’entendre chanter misère avec des pièces d’or dans ses draps, car il en avait fourré partout. On résolut de lui jouer un tour. Pour cela, Napoléon se ligua avec sa sœur Pauline, qui était toute jeune alors et la plus espiègle des trois. Il lui donna militairement ses instructions, fit à l’heure dite, voilà ma Pauletta qui tire, comme par mégarde, un grand sac à demi caché, et une armée de doublons de rouler par la chambre. Toute la famille réunie riait aux éclats. Pour ceux qui connaissent la Corse, il sera plaisant de se représenter cette scène où l’on parlait moitié corse et moitié français. Le bonhomme d’oncle étouffait de colère et de confusion. Si Napoléon, l’âme du complot, n’eut pas cette fois de la canne sur le dos, c’est qu’il prit de la poudre d’escampette, lui qui n’avait pas l’habitude de fuir devant l’ennemi, Mme Laetitia, qui respectait les petites faiblesses de l’oncle Lucien, accourut au bruit, gronda fort les enfants, ramassa les espèces, et l’archidiacre de protester que cet argent n’était pas à lui : on savait dans la famille à quoi s’en tenir ; mais le complot avait eu un plein succès, et l’on n’eut garde de le contredire. Du reste, malgré le tour qu’il venait de lui jouer, l’attachement de Napoléon pour son grand-oncle était très sincère, et cet attachement se manifesta en ce temps par une de ces lettres singulières où se montrent tout à la fois les qualités morales, l’activité et même l’inquiétude de son esprit, qui le portaient, avec une sorte de curiosité vagué, vers tous les hommes dont la réputation était alors établie. Il est malheureux que Voltaire et Rousseau fussent morts lorsque le jeune Corse n’avait encore que neuf ans ; il leur eût certainement adressé des épîtres curieuses : Voici celle que dictèrent à vous demandant vos conseils pour un de mes son cœur les souffrances vraiment cruelles du vieil archidiacre, et qu’il adressa au docteur Tissot, à Lausanne : « 1er avril 1787, Ajaccio (Corse). Monsieur, vous avez passé vos jours à instruire l’humanité, et votre réputation a percé jusque dans les montagnes de la Corse, où l’on se sert peu de médecins. Il est vrai que l’éloge, court, mais glorieux, que vous avez fait de leur aimé général (Paoli), est un titre bien suffisant pour les pénétrer d’une reconnaissance que je suis charmé de me trouver, par la circonstance, dans le cas de vous témoigner au nom de tous mes compatriotes. Sans avoir l’honneur d’être connu de vous, n’ayant d’autre titre que l’estime que j’ai conçue pour vos ouvrages, j’ose vous importuner en vous demandant vos conseils pour un de mes oncles qui a la goutte. Ce sera un mauvais préambule pour ma consultation, lorsque vous saurez que le malade en question a soixante-dix ans ; mais, monsieur, considérez que l’on vit jusqu’à cent ans et plus, et mon oncle, par sa constitution, devrait être du petit nombre de ces privilégiés ; d’une taille moyenne, n’ayant fait de débauche d’aucune espèce ; ni trop, sédentaire, ni trop peu ; n’ayant jamais été agité de ces passions violentes qui dérangent l’économie animale, n’ayant presque point eu ide maladie dans tout le cours de sa vie. Je ne dirai pas, comme on l’a dit de Fontenelle, qu’il avait les deux grandes qualités pour vivre : bon corps et mauvais cœur ; cependant, je crois qu’ayant eu du penchant à l’égoïsme, il s’est trouvé dans une situation heureuse qui ne l’a pas mis dans le cas d’en développer toute la force. Un vieux goutteux génois lui prédit, dans le temps qu’il était encore jeune, qu’il serait affligé, de cette incommodité, prédiction qu’il fondait sur ce que mon oncle a des mains et des pieds extrêmement petits, et là tête grosse. Je crois que vous jugerez que cette prédiction accomplie n’est qu’un effet du hasard. La goutte lui prit, en effet, à l’âge de trente-deux ans : les pieds et les genoux en, furent le théâtre. Il s’est écoulé quelquefois jusqu’à quatorze ans sans qu’elle revînt. Un ou deux mois étaient la durée des accès. Il y a dix, ans, entre autres, qu’elle lui revint, et l’accès dura neuf mois. Il y aura deux ans au mois de juin que la goutte l’attaqua aux pieds. Depuis ce temps-là, il garde toujours le lit. Des pieds la goutte se communiqua aux genoux ; les genoux enflèrent considérablement. Depuis cette époque, tout usage du genou lui a été interdit. Des douleurs cruelles s’ensuivirent dans les genoux et les pieds ; la tête s’en ressentit, et il passa, les deux premiers mois de sou séjour au lit, dans des crises continuelles. Peu à peu, sans aucun remède, les genoux se désenflèrent, les pieds se guérirent, et le malade n’eut plus d’autre infirmité qu’une inflexibilité de genoux occasionnée par la fixation de la, goutte aux jarrets, c’est-à-dire aux nerfs et aux artères qui servent au mouvement. S’il essaye de remuer le genou, des douleurs aiguës le font cesser. Son lit n’est jamais refait; simplement on découd les matelas et on remue la laine et les plumes. Il mange bien, digère bien, parle, lit, dort, et ses jours s’écoulent, mais sans mouvement, mais sans pouvoir jouir des douceurs du soleil. Il implore le secours de votre science, sinon pour le guérir, du moins pour fixer dans une autre partie ce mal gênant. L’humanité, monsieur, me fait espérer que vous daignerez répondre à une consultation si mal digérée. Moi-même, depuis un mois, je suis tourmenté d’une fièvre tierce, ce qui fait que je doute que vous puissiez lire ce griffonnage. Je finis, monsieur, on vous exprimant la parfaite estime que m’a inspirée la lecture de vos ouvrages, et la sincère reconnaissance que j’espère vous devoir. Monsieur, je suis, avec le plus profond respect, votre très humble et très obéissant serviteur, BUONAPARTE, officier d’artillerie au régiment de La Fère. » On voit ici que Napoléon, qui savait tant ménager ses paroles, ne ménageait pas son encre aussitôt que le cœur venait à parler. L’adresse de ce curieux autographe porte : « A monsieur Tissot, docteur en médecine, de la Société royale de Londres, de l’Académie médico-physique de Basle, et de la Société économique de Berne, à Lausanne en Suisse. A Lausanne. » Et au coin : « Isle de Corse. » Le cachet, très bien conservé, porte les armes de la famille Buonaparte, surmontées d’une couronne de comte. La requête était sérieuse : le neveu, pieux et dévoué, l’entourait de toute la solennité désirable. Tissot ne fit aucune réponse à la lettre, sur laquelle il écrivit de sa main l’inscription suivante : « Lettre non répondue ; peu intéressante. » On sait que ce médecin célèbre est mort à Lausanne le 12 juin 1797, à l’âge de soixante-dix ans, c’est-à-dire quand déjà le jeune officier d’artillerie auquel il avait jugé inutile de répondre s’appelait le vainqueur de l’Italie, qu’il s’était placé parmi les César, les Mahomet et les Cromwell, et qu’on pouvait dire de lui mieux que du général Paoli, « plus grand qu’eux peut-être » et le docteur Tissot put s’apercevoir qu’il avait manqué là une fameuse occasion d’être prophète. Le brave oncle avait été toujours, malgré sa passion de thésauriser, la providence de la famille. Quand Charles-Marie Bonaparte, le père du héros, était revenu de Versailles en Corse, satisfait d’avoir obtenu des bourses pour ses enfants, il retrouva les affaires de sa maison, qu’il avait laissées en mauvais état, rétablies par les soins de Mme Laetitia et les économies du vieil oncle Lucien. La principale vertu de l’archidiacre était sans doute l’économie, mais cette vertu n’était pas chez lui stérile : elle lui avait donné le moyen de combler les déficits occasionnés par les dépenses et le luxe un peu inconsidérés de son neveu Charles-Marie, et par les expéditions militaires que celui-ci avait commandées pendant la guerre de l’indépendance, bien que l’oncle Lucien ne fût pas un grand partisan de cette guerre. Il s’accommodait assez pour son compte de la domination des Génois, sous laquelle il n’avait rien à craindre pour ses chèvres, qui, selon l’usage du pays, allaient brouter, sous la garde de ses bergers, dans les vaines pâtures ou les makis de l’île. Il aimait ses chèvres, et, pour tout dire, regrettait les Génois. Le jeune Napoléon, dans ce premier retour en Corse, apportait beaucoup d’idées françaises, et déclamait souvent devant son grand-oncle contre les chèvres trop nombreuses dans l’île, et qui y causaient de grands dégâts ; il voulait qu’on les extirpât entièrement. Il avait à ce sujet des prises terribles, avec le vieil archidiacre, qui en possédait de grands troupeaux et les défendait en patriarche. Dans la chaleur de la dispute, il reprochait à son petit-neveu d’être déjà un novateur, et accusait les idées philosophiques du péril de ses chèvres. Le congé de Napoléon était de ceux qu’on accordait ordinairement aux jeunes nobles élevés dans les écoles militaires, et qui, bien que dispensés pendant la durée de ces congés de tout service actif, gardaient tous leurs droits à l’avancement dans le corps auquel ils étaient attachés. Fin mai 1788, Bonaparte quitta sa patrie, au terme d’un long séjour (au cours duquel il monta à Paris et Versailles), il avait beaucoup lu, beaucoup travaillé ; il avait consulté sur les lieux de nombreux documents pour son Histoire civile et politique de la Corse, et il avait écrit ou griffonné avec sa fougue ordinaire les deux volumes qui devaient les composer, sauf à les revoir et à les corriger. Pour un si jeune homme (il n’avait pas encore dix-neuf ans accomplis), c’était là, certes, un honorable travail, de quelque façon qu’il fut exécuté, et qui témoignait d’une rare capacité et d’une singulière aptitude pour les entreprises sérieuses. Nous verrons plus loin ce qui advint de cette œuvre, en tout cas méritoire.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Suite -> Le premier séjour de Napoléon à Auxonne

Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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