janvier 20, 2008

BIOGRAPHIE DE NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821) – LE PREMIER SEJOUR DE NAPOLEON A VALENCE

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Napoléon Bonaparte offrant des cerises à mademoiselle du Colombier

Une belle femme plaît aux yeux, une bonne femme plaît au coeur : l’une est un bijou, l’autre est un trésor.

(Napoléon Bonaparte)

Il arriva à Valence et fut logé par billet dans la maison de Mlle Bou, qui forme l’angle de la. Grande rue et de la rue du Croissant, et porte le n°4. L’Ecole d’artillerie de Valence était alors commandée par M. Bouchard, maréchal ,de camp, et le régiment de La Fère par le chevalier de Lance, colonel d’artillerie, avec rang de brigadier des armées du roi. Le lieutenant Bonaparte fut placé dans une des compagnies de la brigade de bombardiers. Il eut pour premier capitaine M. le chevalier Masson d’Autume, que, en 1802, premier consul, il nomma à la place de conservateur de la bibliothèque de’ l’Ecole d’application d’artillerie et du génie. Le frère aîné du meilleur ami de l’élève Napoléon, M. des Mazis, lieutenant en premier au régiment de la Fère, fut son mentor dès son arrivée. Bonaparte était venu à Valence, muni des meilleures lettres de recommandation ; il en avait une, entre autres, de M. deMarbeuf, évêque d’Autun, pour un spirituel ecclésiastique, l’abbé de Saint-Ruf, très-répandu dans les salons de Valence. L’abbé de Saint-Ruf était un véritable abbé, non dans la légère acception de ce mot, mais dans la plus sérieuse : il était crosse et mitre et abbé d’une abbaye, avec le titre de prélat ; d’ailleurs homme du monde et très ettré. Il présenta le lieutenant Bonaparte dans plusieurs maisons de Valence, notamment chez Mme Grégoire du Colombier. Cette dame habitait presque toute l’année une maison de campagne appelée Basseaux, à près de trois lieues sud-est de Valence. Le prélat s’y Rendait en voiture et emmenait quelquefois son jeune protégé, qui, plus tard, y fit seul et à pied de fréquentes visites. Mme du Colombier était alors âgée de cinquante ans. C’était une femme de mérite, qui s’engoua du jeune officier d’artillerie eur vraie méridionale ; elle aimait à le faire causer sur toutes choses, et elle parlait de lui à tout le monde avec un enthousiasme qui touchait à l’admiration. Elle vint exprès habiter sa maison de Valence, pour l’y produire, et bientôt les invitations affluèrent de tous côtés. Lancé de la sorte dans les salons de la ville, le jeune officier voulut, sans être un petit-maître, y figurer comme danseur ; et l’on, raconte qu’il prit des leçons d’un M. Dautel, le maître à danser le plus renommé de Valence ; mais il eut beau faire, il fut toujours très mauvais danseur, et il aurait pu répoudre plus tard à M. Dautel ce qu’il répondit à son maître, d’écriture de Brienne : « Le bel élève, ma foi, que vous avez fait là! » Napoléon allait quelquefois visiter M. de Grave, évêque de Valence, homme pieux et tolérant ; qui aimait à le faire parler de son grand-oncle, l’archidiacre Lucien. Bonaparte dit un jour au prélat qu’un de ses ancêtres Bonaventure Buonaparte avait été canonisé à Bologne. L’évêque répliqua : « Mon enfant, voilà un bel exemple à suivre ; songez-y, un trône dans le ciel! – Ah! monseigneur, répondit Bonaparte, si, en attendant, je pouvais passer capitaine ! » Ceci, dit M. de Coston, me rappelle un vœu analogue émis à l’empereur par un vieux soldat de sa garde ; Ah ! c’est toi, mon ami, lui dit Napoléon, comme il se présentait à lui, en le reconnaissant pour un de ses braves ; que me veux-tu? – Sire, il m’est arrivé un grand malheur… -Une injustice, un passe-droit, n’est-ce pas ? -Non, sire ; j’ai une bonne femme de mère qui vivait heureuse et contente du produit de la paye que lui faisaient ses cinq enfants, tous soldats comme moi. Elle habitait une chaumière que le feu vient de dévorer ; et, comme il ne lui reste plus que soixante-dix-sept ans et des yeux pour pleurer, ce n’est pas assez. -Tu viens me demander une pension pour elle ? C’est juste ; la mère d’un de mes braves doit compter sur moi. J’en parlerai au ministre de l’intérieur. Es-tu content ? -Non, sire: -Diable ! tu es bien difficile. Alors que veux-tu ? un bon de moi sur le Trésor ? -Non, sire. Ce n’est pas que je trouve votre signature mauvaise ; mais le temps que les commis mettront à enregistrer, timbrer et parafer votre bon, il n’y aura plus de vieille mère pour moi. Tenez, mon empereur, je n’y vais pas par quatre chemins ; je viens vous emprunter de l’argent de la main à la main ; et ; pour que vous ne pensiez pas que je veux vous tromper, voici mon livret ; vous toucherez mon prêt, la solde de ma croix ; le quartier-maître vous comptera tout cela. – Garde ton livret, mon brave : entre deux vieilles connaissances comme nous, la parole suffit. Voici un rouleau en attendant (c’était un rouleau de 1.000 francs) ; tu me rendras cela quand tu seras colonel. – Merci, mon empereur ; mais, dans votre intérêt, vous devriez bien me nommer caporal, pour avancer un peu l’époque du remboursement. » Plus heureux que l’évêque, qui ne pouvait faire passer Bonaparte capitaine, Napoléon dans son intérêt, accorda au vieux soldat les galons de sergent. Napoléon, durant ce premier séjour à Valence (de la fin d’octobre 1785 au 12 août 1786), s’abonna, ainsi que ses camarades, au cabinet littéraire de M. Aurel,alors libraire, qui avait un salon particulier pour les officiers d’artillerie, au rez-de-chaussée d’une maison située à l’angle de la place des Clercs et de la Grande rue, à côté de la maison de Mlle Bou. Bonaparte, d’abord logé militairement chez Mlle Marie-Claudine Bou, alors âgée de cinquante ans, laquelle mourut à Valence le 4 septembre 1800, loua d’elle peu après une chambre au premier étage sur le devant, à côté d’une salle où était un billard, exploité, ainsi que le café au-dessous, par Mlle Bou, qui n’avait pas d’enseigne, et ne recevait dans son établissement qu’un certain nombre d’habitués. M. de Coston nous donne la liste des personnes qui, en 1785 et 1786, fréquentaient, ainsi que Bonaparte, ce café-cercle. Voici cette  MM. Aurel, libraire, qui, en 1790, fut aussi imprimeur, et chez lequel Bonaparte publia, en 1793, Le Souper de Beaucaire ; Bérenger, procureur du roi à l’élection de Valence, et, en 1789, député aux états généraux ; Blachette frères, dont l’aîné a été payeur général de l’armée des Alpes ; Boveron, juge-mage, mort au commencement de la Révolution de 1789, Charlon, qui a été membre de la cour d’appel de Grenoble ; Charlon, horloger alors, qui devint procureur impérial et mourut procureur du roi à Valence sous la Restauration ; Colombier, procureur ; Marboz, curé de Bourg-lès-Valence, qui fut successivement évêque constitutionnel, conventionnel et conseiller de préfecture à Valence ; Mésangère , avocat et notaire ; Mésangère-Cleyrac , procureur, qui devint notaire à la mort de son frère, et dont un des fils fut très lie avec Louis Bonaparte ; Sucy, alors commissaire des guerres, puis ordonnateur en chef en Italie et en Egypte, et Vinet, imprimeur. Telle est la précision des détails que donne M. de Coston sur les premiers pas de Bonaparte dans le monde, qu’il nous apprend même où, chez qui et avec qui le futur empereur prenait ses repas. Dans ce premier séjour à Valence, Napoléon mangeait avec les lieutenants chez un sieur Gény, qui tenait l’hôtel des Trois Pigeons, rue Pérollerie. Les capitaines mangeaient chez le nommé Faure, à l’hôtel de France, rue Saint-Félix. Le 4 décembre 1785, Napoléon fêta très gaiement, dans cet hôtel des Trois-Pigeons, la Sainte-Barbe, patronne de l’artillerie. Les convives étaient nombreux : outre les lieutenants du régiment de La Fère, il y avait plusieurs officiers en semestre à Valence, au nombre des.quels se trouvait M. de Bachasson, alors sons-lieutenant au régiment de Rouergue infanterie), cousin germain de M. de Montalivet, à qui Napoléon, dont il a été un des ministres favoris, a souvent parlé de ce repas tiès-bruyant et très-cassant. Le soir du même jour, il assista à un bal brillant- donné, dans les salles de l’hôtel de ville, par les officiers de son régiment, à la société de Valence. On remarqua que Bonaparte y dansa beaucoup, bien qu’il ne fût guère beau danseur. Il a laissé de ce temps là des souvenirs très précis et très profonds chez tous ceux qui le connurent alors à Valence, et ces souvenirs de toute une ville sont d’autant plus frappants, qu’à la date de cette fête Napoléon n’avait que seize ans trois mois et quatre jours ; mais le caractère de sa physionomie et de ses allumes avait quelque chose de si remarquable, qu’il s’imprimait dans la mémoire des plus indifférents. Le 1er janvier 1786, il n’était encore, et c’était beaucoup à son âge, que le vingtième, c’est-à-dire le dernier lieutenant en second du régiment de La Fère, d’après l’Etat militaire général pour 1786, et il avait fait, depuis son arrivée à Valence, le service voulu de canonnier et de bas officier ; mais, dans le courant de janvier, il fut reçu officier, commença à en remplir les fonctions, assista comme tel aux manœuvres du canon, de chèvre, de force, et aux exercices d’infanterie, enfin monta à son tour, comme lieutenant, la garde au poste de la place des Clercs. Il figure, sous la date du 1er avril 1786, dans l’Etat militaire général, comme le seizième lieutenant en second du régiment de La Fère. Ici se place un petit incident de sa vie privée, qui en rappelle un autre raconté par Jean-Jacques Rousseau ; et cependant le laborieux écolier de Brienne n’avait pas encore eu le loisir de lire les Confessions. On était au printemps de 1786 ; Napoléon, très bien accueilli dans la meilleure société de Valence, particulièrement, comme nous l’avons dit, par Mme du Colombier, allait plus souvent que de coutume à Basseaux. Il avait distingué Mlle Caroline du Colombier, jeune personne charmante, qui, de son côté, ne le voyait pas sans intérêt. Ils se ménageaient, a dit Napoléon à Sainte-Hélène, de petits rendez-vous ou tout leur bonheur se réduisaità manger des cerises. Le mélancolique prisonnier dédaigne de nous apprendre si, à l’instar du citoyen de Genève, il grimpa sur le cerisier et n’eut pas aussi l’occasion de faire ce vœu d’une ardeur toute juvénile : Que mes lèvres ne sont-elles cerises ! Mais il est probable que non ; le futur vainqueur d’Austerlitz devait avoir en tête des conquêtes d’une tout autre nature. On montrait dans la haie du domaine de Basseaux, théâtre de ces innocentes amours, le tronc du cerisier dont Napoléon aimait à cueillir et à manger les fruits avec Mlle Caroline du Colombier. De ces premiers temps, M. de Coston raconte une anecdote assez caractéristique dans un autre sens. Présenté par Mme du Colombier à tous ses voisins de campagne les plus distingués : chez les dames Dupont, Anglaises qui avaient aussi une maison à Valence ; chez M. Roux de Montagnière, alors garde du corps ; chez un oncle de M. de Coston, M. des Aymard, qui avait rencontré quelquefois Napoléon à Basseaux ; chez M. de Bressac, l’un des présidents du parlement de Grenoble, propriétaire d’un beau château à la Vache, le jeune lieutenant en second du régiment de La Fère, bien reçu partout, se plaisait à visiter ces honorables personnes ; et le vicomte d’Urtubie, lieutenant-colonel du régiment, qui avait conçu de l’amitié, pour lui, loin de lui défendre ces visites, ne cessait de lui être favorable, et de lui faciliter les moyens d’allier les devoirs du service avec ces honorables relations dans le monde. Au mois de juin 1786, il lui permit d’aller, avec M. des Mazis, son ami, faire une excursion à Roche-Colombe, montagne d’une assez grande élévation, et qui se trouvait à dix lieues sud-est de Valence. Cette course avait été suggérée à Napoléon par l’oncle de M. de Coston, M. des Aymard, qui, venant d’y faire une partie de chasse, s’était enthousiasmé de son petit voyage et parlait avec chaleur, en présence du jeune Bonaparte, de cette montagne dont il vanta les richesses minéralogiques et surtout, la beauté des sites, la magnifique perspective. Le jeune officier, dit M. de Coston, pria mon oncle de vouloir bien lui procurer un guide, et lui dit à plusieurs reprises : « Je ferai cette course avec plaisir ; j’aime à m’élever au-dessus de l’horizon. » Ces paroles, qui sont devenues prophétiques, ajoute M. de Coston, m’ont souvent été répétées par mon oncle, et à des époques bien antérieures à celle où l’ancien lieutenant d’artillerie vit ses vœux exaucés. Mon oncle lui désigna un nommé Frémond, et, au jour convenu, les deux officiers (Bonaparte et des Mazis) et leur guide partirent pour Roche-Colombe de chez M. des Aymard, qui les recommanda à un de ses parents, M. le baron de Bruyères Saint-Michel, maréchal des camps et armées du roi, qui habitait la ville de Crest, où il commandait, et qui se trouvait alors à sa campagne de Saou, village par où il fallait passer avant de commencer à gravir la montagne. » Les mœurs du jeune militaire étaient très sévères, et ses habitudes de la plus grande frugalité. Un officier âgé de moins de dix-sept ans, c’était presque un écolier. Ses vertus (le mot n’est pas trop fort), ses goûts élevés si précoces, avaient quelque chose d’étrange et comme de fatidique. La singularité en avait frappé tous les membres de la famille de M. de Coston ; les particularités s’en étaient comme gravées clans leur mémoire. Un petit fait, qui témoignait de ces goûts simples et presque encore d’écolier dans le jeune officier d’artillerie destiné à une si haute fortune, fut remarqué à la rentrée des semestriers. Le régiment commença ses écoles ; les cours de mathématiques et de fortification furent repris, et, chaque matin, Napoléon revenant du polygone ou de la caserne, ou enfin du couvent des cordeliers, dans lequel les moines louaient un local pour les instructions théoriques des officiers, Napoléon passait chez le père Couriol, très bon pâtissier, à l’angle des rues Vernoux et Briffaud, prenait deux petits pâtés brûlants parmi ceux qu’on trouvait toujours dans un tiroir en tôle établi au dessous de l’âtre du four, et buvait par dessus un verre d’eau ; pour le prix de deux sous qu’il donnait sans jamais dire un seul mot. Il s’était lié à Valence avec M. Aurel, le libraire-imprimeur, chef et fondateur de la maison que JM. de Coston ne mentionne jamais qu’avec considération. Un ami libraire devait être un trésor précieux pour cet esprit insatiable, dévorant tous les livres qui lui tombaient sous la main, et qui, quand il entrait dans la boutique de son ami, devait s’écrier, comme l’ogre dans la chambre du Petit-Poucet : « Cela sent ici la chair fraîche. » C’est là, sans doute, qu’il a fait connaissance avec Bernardin de Saint-Pierre, auquel il dira plus tard : « Monsieur Bernardin, faites-nous des Chaumière indienne. » Donc, il se plaisait à faire, avec M. Aurel, des courses dans les environs de Valence. A la fin de juin, il visita en sa compagnie la Chartreuse de Bouvantes, dont celui-ci connaissait le prieur, et tout ce pays resta dans la mémoire de Bonaparte. Les deux voyageurs avaient passé, dans cette excursion, par Romans et Saint-Jean-en-Royans, bourg à dix lieues est-nord-est de Valence, où M. Aurel visita, avec son jeune compagnon, un propriétaire du lieu, qui était de ses amis, M. Grand de Châteauneuf. Ils y reçurent une hospitalité antique. Bonaparte, qui ne laissait rien échapper, avait retenu ce nom ; car, à son retour de l’île d’Elbe, comme il ne connaissait pas encore assez les dispositions de Grenoble à son égard, et qu’il craignait de ne pas y être reçu aussi facilement et aussi triomphalement qu’il le fut, il envoya un de ses officiers d’ordonnance pour faire préparer son logement chez M. Grand de Châteauneuf ; il avait calculé qu’en cas d’échec il pouvait venir s’appuyer sur un point central très rapproché des ponts volants de la Sone, de Rochebrune et d’Eymeu, qui auraient rapidement transporté sa petite troupe sur la rive droite de l’Isère, ce qui lui aurait facilité l’entrée de la ville de Romans, dont il connaissait les bonnes dispositions. Ce jeune homme, d’une intelligence si précoce, est tout particulièrement curieux à étudier pendant ce premier sèjour à Valence. Lieutenant en second d’artillerie avant d’avoir, atteint dix-sept ans, on le voit dans cette garnison s’occuper sérieusement de la réalisation d’un projet qu’il avait conçu à Brienne, quand il venait d’accomplir à peine sa quatorzième année, celui d’écrire l’Histoire politique, civile et militaire de la Corse, depuis les temps les plus reculés jusqu’à son annexion à la France. Cette résolution est attestée par la lettre qu’il  écrivit de Brienne à son père, le 13 septembre 1783, où il le priait de lui envoyer l’Histoire de la Corse, par Boswel. Il se mit résolument à l’œuvre, et écrivit avec enthousiasme les premiers chapitres, qu’il lut à ses camarades et à Mme du Colombier, laquelle lui conseilla de les soumettre à l’abbé Raynal. « Je ne le connais pas, lui dit Bonaparte. – Eh bien, répondit Mme du Colombier, je lui ferai recommander votre histoire par un de mes amis, et, s’il l’approuve, vous continuerez. » Cet ami, dont parlait Mme du Colombier, était l’abbé de Saint-Ruf, chez qui l’abbé Raynal descendait chaque fois qu’il allait à Marseille, et vice versa.  La curiosité du jeune Bonaparte, d’ailleurs, s’étendait à tout, et l’on voit que déjà il rêvait toutes les gloires. A cette époque, Napoléon était très enthousiaste de Rousseau, dont tous les ouvrages lui étaient familiers ; mais ce sont surtout les livres sur la Corse qu’il cherchait à acquérir et, à rassembler de tous côtés, pour son travail d’historien, qu’il fut, du reste, bientôt obligé de suspendre, car, une révolte ayant éclaté à Lyon au commencement du mois d’août, à propos du droit de banvin exigé par M. de Montazet, en sa qualité d’archevêque, le 2e bataillon du régiment d’artillerie de La Fère, appelé à Lyon, partit de Valence le 12 août, et Bonaparte avec lui, pour aller, comme on dit toujours en pareil cas, prêter main forte à la loi et faire régner l’ordre. Or ce droit de baivin était un reste odieux des droits féodaux, dont Mgr de Montazet, pour le bien de l’Eglise, ne voulait à aucun prix se départir ; c’était pour plus de précision, une modification du droit par lequel les anciens seigneurs, afin de débiter plus tacilement le vin de leurs recopies, interdisaient à leurs vassaux ou censitaires, pendant la durée du mois d’août, la faculté de vendre leur propre vin. C’était pour coopérer au maintien de ce beau droit de baivin que Bonaparte était oblige de quitter ainsi Valence ; mais la fortune voulut lui épargner le malheur de débuter dans la carrière militaire pour la conservation d’un droit féodal. D’autres que lui avaient donné cette satisfaction à l’archevêque, en réprimant la révolte le jour même du départ du 2» bataillon du régiment d’artillerie de La’Fère. Les soldats arrivés les premiers à Lyon avaient suffi pour disperser les ouvriers en soie, les ouvriers chapeliers et autres révoltés, dont trois furent arrêtés, jugés et pendus dans la journée du 12 août. Les lieutenants en second, Bonaparte et le chevalier des Mazis , qui faisaient partie du détachement envoyé à Lyon, eurent le bonheur de n’y arriver que le 15. Ils entrèrent dans la ville en même temps qu’un escadron et une compagnie du bataillon des chasseurs du Gévaudan, et un bataillon de Royal-marine. L’artillerie occupa Vaise, les chasseurs prirent poste à la Guillptière,et le bataillon de Royal-marine s’établit à la Croix-Rousse ; mais aucun d’eux n’eut à sévir contre les Lyonnais. Ici, puisque le nom du jeune des Mazis se trouve encore dans notre récit, arrêtons-nous un instant. Fidèle à son système de reconnaissance , Napoléon devait donner plus tard à cet aimable compagnon une preuve de ses souvenirs de jeunesse. Le noble royaliste avait émigré en 1792. Avant de partir, il avait écrit à son ancien camarade, qui paraissait vouloir suivre une tout autre route et s’était lancé dans la carrière révolutionnaire. Dans sa réponse, Bonaparte blâmait vivement la résolution de son ami et cherchait à l’en détourner ; en même temps, il lui faisait tenir 25 louis, qu’il lui devait. Alexandre des Mazis, rentré plus tard en France, fut nommé par Napoléon administrateur général du mobilier de l’Empire. En lui donnant cette place, Napoléon, qui avait su apprécier ses principes de loyauté, lui dit qu’il croyait par là gagner un million. Bonaparte avait, cette première fois, séjourné à Valence neuf mois et douze jours, de la fin. d’octobre 1785 au 12 août 1786. A. Lyon, la révolte apaisée, comme nous venons de le dire, sans que le concours des officiers du régiment de La Fère eût été nécessaire, ceux-ci furent logés militairement chez les principaux négociants de la ville. Les lieutenants se faisaient tous les jours, à la parade, des confidences mutuelles sur leur manière d’être dans les logements qui leur avaient été assignés. Napoléon,   forcé comme les autres de se rendre à ces réunions quotidiennes, était le seul à ne pas s’épancher à cet égard avec ses camarades. L’un d’eux lui dit : « Et toi, Bonaparte, comment es-tu dans ton logement ? (Tous les lieutenants du régiment de La  Fère se tutoyaient ; ils avaient à peu près le même âge et la même éducation.) – Moi, répondit Bonaparte, je suis dans un enfer ; je ne puis entrer ni sortir sans être accablé de prévenances ; je ne puis être seul dans mon logement. Enfin, il m’est impossible de penser dans cette maudite maison. – Je voudrais bien être à ta place, dit celui qui l’interrogeait, je ne ne plaindrais pas de ces prévenances. » Le ministre de la guerre, qui voulait que les officiers et les soldats ne s’acoquinassent point dans une garnison, comme cela arrive trop souvent, saisit cette occasion pour ordonner au régiment de Bonaparte de se rendre de Lyon à Douai. Bonaparte ne séjourna pas dans cette ville car il obtint peu avant le départ de son régiment pour Douai un congé pour son se rendre dans son île natale.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

Suite -> Premier et deuxième séjours en Corse

Biographie de Napoléon Bonaparte par Pierre Larousse

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