septembre 19, 2007

LE DIVORCE DE NAPOLEON ET JOSEPHINE (2)

Posted in Empire, Napoléon tagged , , , , , , , , , , , , , , , à 1:09 par napoleonbonaparte

Divorce de Napoléon et Joséphine (1809)

La politique n’a pas de coeur, elle n’a que de la tête.

(Napoléon Bonaparte)

Les quinze jours qui séparent Joséphine de l’acte officiel de séparation vont être pour elle parmi les plus terribles de sa vie. Avec beaucoup d’élégance, la femme s’efface une dernière fois devant l’impératrice pour faire les honneurs des Tuileries aux souverains étrangers venus à Paris à l’occasion de la signature de la paix avec l’Autriche. Quelle épreuve pour elle que tous ces regards qui la fixent et l’observent, parfois même avec un air de satisfaction ou de triomphe. Non cette séparation ne se passera pas à l’ombre des lambris dorés des Tuileries, mais au vu et au sus de toute l’Europe assemblée. Et que l’on juge du programme des festivités : grande réception à Malmaison le 1er décembre, Te Deum à Notre-Dame le 3, revue aux Tuileries et fête à l’Hôtel de Ville le 4, fête à Grosbois chez Berthier le 11 et grand cercle à la Cour le 14. Tous les témoins ont remarqué le courage de l’impératrice. Le futur chancelier Pasquier, placé près d’elle à ce dernier cercle, a été « frappé de la parfaite convenance de son maintien en présence de tout ce monde qui l’entourait encore d’hommages et qui ne pouvait ignorer que c’était pour la dernière fois, que dans une heure elle descendrait du trône et quitterait le palais pour n’y jamais rentrer ». Mme de Chastenay se souvient « de cette soirée, dans laquelle rien ne fut changé à la manière accoutumée ; cependant on voyait les traces de ses larmes et l’empreinte d’un profond chagrin sur le visage toujours gracieux de celle qui représentait pour la dernière fois ». Joséphine se prépare à la cérémonie du lendemain, dernière épreuve de la lente montée au supplice que représente pour elle cette répudiation, redoutée depuis près de quinze ans et qui subitement vient de la rattraper. Le 15 décembre, devant la famille impériale réunie dans le grand cabinet de l’Empereur aux Tuileries, le divorce par consentement mutuel est prononcé, exemple unique dans l’histoire de France d’une séparation où chacun des époux fait l’éloge de l’autre. Napoléon affirme qu’elle a embelli quinze ans de sa vie ; « le souvenir en restera toujours gravé dans mon cœur ». Joséphine assure que « la dissolution de mon mariage ne changera rien aux sentiments de mon cœur : l’Empereur aura toujours en moi sa meilleure amie. » Parfaitement maîtresse d’elle-même, dans sa robe blanche toute simple et sans le moindre ornement, elle se lève pour lire d’une voix assez ferme – du moins au début – les paroles d’adhésion à l’acte de séparation. Elle regagne son appartement abattue et épuisée par l’éprouvante cérémonie qui vient de s’achever. Hortense, cherchant à la réconforter, ne trouve pas mieux à dire que la dernière souveraine sortie de ce palais n’en est partie que pour monter à l’échafaud! Le 16, à cinq heures et demi du soir, Joséphine quitte à la nuit tombante sous une pluie battante ce palais , « triste comme la grandeur », où elle était entrée voici près de dix ans, par un après-midi de février 1800 aussi pluvieux que celui-ci. Tout semble l’abandonner pour ce départ sans retour. En apercevant sa voiture qui l’attend dans la cour, elle a comme l’impression que le temps l’a rattrapée et qu’elle monte dans cette charrette à laquelle avait échappé la veuve Beauharnais.

L’empereur va passer quelques jours à Trianon et l’impératrice se retire à Malmaison. Il vient lui rendre visite et la trouve très affaiblie. La vie pendant ces premiers jours n’est pas facile pour elle. L’empereur pourtant ne cesse de lui écrire ; sur les trente neufs lettres conservées entre décembre 1809 et avril 1814, douze sont envoyées dans les quinze jours qui suivent le départ des Tuileries. Comme il connaît sa Joséphine sur le bout du doigt, il alterne dans ses missives, gronderies et preuves d’amitié. Mais a-t-il le malheur de lui faire part de ses regrets et de son affliction, qu’elle entre dans des états terribles. Mais comment réagirait-elle autrement alors qu’il lui écrit « J’ai été fort ennuyé de revoir les Tuileries, ce grand palais m’a paru vide et je m’y suis trouvé isolé » ou « J’ai été bien content de t’avoir vue hier. Je sens combien ta société a de charme pour moi » ? Si trop de froideur de la part de l’empereur la désole, l’expression de ses regrets augmente son état de faiblesse. Anéantie, n’ayant plus goût à rien, elle se laisse aller à des aveux poignants. « Il me semble quelquefois que je suis morte, et qu’il ne me reste qu’une sorte de faculté vague de sentir que je ne suis plus », reconnaît-elle devant Mme de Rémusat. Le repos lui tient lieu désormais de bonheur, et c’est avec une extrême résignation qu’elle reçoit les marques de respect et l’empressement qu’on lui témoigne. Le temps passe, les lettres s’espacent. Napoléon n’oublie jamais de faire dire à l’impératrice qu’il se porte bien et qu’il désire qu’elle soit heureuse, mais les visites que lui rendent les personnes de la Cour ravivent sa douleur et lui rappellent les jours heureux de naguère. Chacun s’étonne de la voir supporter avec tel courage, elle qu’on dit si changeante et légère, ce sacrifice admirable fait à la nation toute entière. Au début, il y a affluence de voitures sur la route de Malmaison. On ne veut pas paraître abandonner celle à qui on était accoutumé à rendre des hommages. Puis, avec le temps, les visiteurs se font plus rares. Napoléon lui-même espace ses venues. « j’y allais rarement : une fois l’an, et c’était toujours pour moi une visite désagréable et pénible : des regrets, des pleurs… Et je n’y pouvais rien. » Joséphine n’ose plus quitter sa maison de peur de rater une visite impromptue de l’empereur. Elle attend avec impatience le page qui les lui apportera d’improbables lettres. Quand elle est informée d’une chasse de l’empereur en forêt de Saint-Germain, elle se poste à la fenêtre de son boudoir, d’où l’on aperçoit la grande route de Paris à Cherbourg, à guetter le passage de sa voiture. Parfois Napoléon s’arrête. Alors, l’on voit les anciens époux se promener dans le jardin comme en ce jour de juin 1810 où Joséphine le revoit pour la première fois depuis son remariage avec Marie-Louise. « J’ai eu hier un jour de bonheur, mande-t-elle à Hortense : l’Empereur est venu me voir. Sa présence m’a rendue heureuse, quoiqu’elle ait renouvelé mes peines… Ces émotions sont de celles qu’on voudrait éprouver souvent. Tout le temps qu’il est resté avec moi, j’ai eu assez de courage pour retenir des larmes que je sentais prêtes à couler ; mais après qu’il ait été parti, je n’ai pu les retenir, et je me suis trouvée bien malheureuse. Il a été pour moi bon et aimable comme à son ordinaire, et j’espère qu’il aura lu dans mon cœur toute la tendresse et tout le dévouement dont je suis pénétrée pour lui. »

Comme remède à sa mélancolie, son médecin lui recommande l’exercice. Napoléon insiste pour qu’elle se promène quotidiennement dans son jardin, qu’elle aille voir ses plantes, tandis que Mme de Rémusat tente de l’épuiser par de longues marches dans les bois de Saint-Cucufa. « Elle se laissait faire ; je lui parlais, je la questionnais, je l’agitais en tous sens, elle se prêtait à tout, comprenait mon intention, et semblait m’en savoir gré, au milieu de ses larmes » rapporte la dame du Palais à son mari.

Une fois le grand sacrifice accompli, il convient de trouver une épouse à l’empereur. Un mois a passé. Joséphine commence à se ressaisir. Elle s’occupe de son nouvel état, de son installation au palais de l’Elysée, remis à son intendant en janvier 1810, puis du château de Navarre situé aux portes d’Evreux que l’empereur vient de lui affecter comme seconde résidence. Elle refuse les propositions de Napoléon de la nommer gouvernante de Rome ou de l’établir à Bruxelles, car elle veut vivre à Malmaison. Comme il ne veut la contraindre en rien, il la laisse libre de son choix. Elle cultive sans doute le secret espoir de pouvoir jouer encore un rôle à la Cour. Elle se verrait volontiers en impératrice-mère, comme au temps d’ Henri IV, à porter la queue de la robe de la nouvelle souveraine ainsi que l’avait fait Marguerite de Valois pour Marie de Médicis. Elle examine avec attention la liste de toutes les princesses d’Europe à marier, à la recherche de celle qui conviendrait le mieux à la politique de l’empereur et elle jette son dévolu sur la jeune archiduchesse Marie-Louise d’Autriche. Personne alors n’est en mesure de deviner l’idée véritablement incroyable qui vient de germer dans l’esprit de Joséphine . Elle convie à Malmaison la propre épouse du Chancelier d’Autriche afin de faire demander à l’empereur François la main de sa fille. Mme de Metternich n’en croit pas ses oreilles. Eugène et Hortense présents lors de l’entrevue, appuient le projet de leur mère et se déclarent autrichiens dans l’âme! Se croit-elle donc toujours régnante, cette impératrice partie en quête de celle qui va lui succéder, sinon dans le cœur, du moins dans la couche de Napoléon ? Non, ni le choix ni la décision finale ne lui appartiennent, car c’est à la suite du conseil du 28 janvier 1810 que la princesse autrichienne est préférée à une grande-duchesse russe. Et c’est Eugène que Napoléon choisit pour aller officiellement chez le prince de Schwarzenberg, ambassadeur d’Autriche, faire la demande en mariage de l’archiduchesse Marie-Louise ! Tout va désormais aller très vite et Joséphine perd l’avantage qu’elle escomptait retirer de sa démarche.

Il ne lui reste plus maintenant qu’à tenter un rapprochement avec la nouvelle impératrice. Mais c’est sans compter sur le caractère de Marie-Louise que la moindre allusion à l’ancienne impératrice alarme et inquiète. De son côté, nullement vindicative et indulgente comme à son ordinaire, Joséphine ne la considère absolument pas comme une rivale. Elle se contenterait de la conseiller, de regarder l’enfant qui va naître un peu comme le sien. Mais Marie-Louise oppose un veto aux offres de Joséphine que rien ne peut assouplir. C’est sur un ton quelque peu dépité que celle-ci confie à Eugène en novembre 1810 : « Il paraît que l’impératrice Marie-Louise n’a pas parlé de moi et qu’elle n’a aucun désir de me voir. En cela nous sommes parfaitement d’accord, et je n’aurais consenti à la voir que pour faire plaisir à l’Empereur. Il paraîtrait même qu’elle a pour moi plus que de l’éloignement, et je n’en vois pas la raison, car elle ne me connaît que par le grand sacrifice que je lui ai fait. Je désire comme elle le bonheur de l’Empereur et ce sentiment devrait la rapprocher de moi. »
Napoléon s’accommode plutôt bien de la jalousie qui oppose les deux impératrices. Il persuade Joséphine de renoncer à rencontrer Marie-Louise ; il insinue que la nouvelle impératrice la croit une vieille femme, largement en âge d’être sa mère. Mais Joséphine insiste, il l’en dissuade, et à bout d’arguments finit par lui dire que Marie-Louise pourrait prendre ombrage des séductions de sa grâce. Elle ne manquerait pas de pleurer, elle le supplierait d’éloigner cette rivale, ce qu’il ne pourrait éviter de faire. A défaut de se rapprocher de la mère, Joséphine tente une offensive du côté du petit roi de Rome. Déjà pour sa naissance en mars 1811, elle a donné une grande fête à Navarre, regrettant d’être à cette occasion si loin de Paris. Elle s’attriste de ne pas avoir appris la nouvelle par l’empereur, mais sa manie de tout ramener à elle lui fait friser l’injustice, car Napoléon lui annonce la naissance de son fils dès le 22 mars, soit deux jours après la venue au monde du petit roi. « Mon fils est très gros et très bien portant, écrit-il à Joséphine. J’espère qu’il viendra à bien. Il a ma poitrine, ma bouche et mes yeux. J’espère qu’il remplira sa destinée. » Mais ces mots ne lui suffisent pas. Elle désire rencontrer ce bambin, prix de son sacrifice. Elle se réjouit de le savoir en bonne santé, elle trouve que la facilité avec laquelle ses premières dents ont percé annonce une bonne constitution. Elle insiste tant pour le voir que, de guerre lasse, Napoléon finit par céder. Mais que de précautions prises pour une simple visite! on n’en aurait pas prises autant pour une rencontre entre ambassadeurs de pays ennemis ! En 1812, par un bel après-midi de printemps, l’enfant, âgé d’un peu plus d’an, est amené à Bagatelle par sa gouvernante Mme de Montesquiou. «En entrant dans la cour, M. de Canisy [Premier Ecuyer du roi de Rome], avec un air d’étonnement, vint m’annoncer que l’Impératrice Joséphine était là, rapporte la brave Maman Quiou. Je lui répondis : – Nous sommes trop avancés pour reculer ; cela serait inconvenant. L’entrevue avait été arrangée avec le consentement de l’Empereur que Joséphine avait supplié. Elle était dans le petit cabinet du fond. Elle nous fit entrer tout de suite. Elle se mit à genoux devant l’enfant, fondit en larmes et lui baisa les mains en disant : Mon cher petit, vous saurez un jour l’étendue du sacrifice que je vous ai fait ; je m’en rapporte à votre gouvernante pour vous le faire apprécier. Après avoir passé une heure avec l’enfant et moi, elle voulut voir tout ce qui composait dans ce moment le service du jeune roi. Elle fut aimable comme elle l’était toujours. » Ce sera la seule entrevue de Joséphine avec cet enfant qui lui a coûté son trône. En octobre 1812 au moment où le général Malet, profitant de l’absence de Napoléon retenu en Russie, fomente un complot, Joséphine envisagera avec Hortense de rejoindre le petit roi de Rome et Marie-Louise, au cas où ils eussent couru quelque danger.

Il lui est infiniment plus facile, à défaut de fréquenter l’épouse légitime et son héritier, d’inviter à Malmaison la maîtresse de l’empereur et son fils. En effet, la douce Marie Walewska n’y voit pas malice et Joséphine, peu rancunière, prend un plaisir (pervers?) à s’entourer des anciennes maîtresses de Napoléon, comme la belle Carlotta Gazzani, qui conserve après 1810 auprès d’elle ses fonctions de lectrice. La comtesse Walewska devient ainsi une habituée du salon de Malmaison. Joséphine la couvre de présents et achète de somptueux cadeaux pour le petit Alexandre chez la veuve Stor, marchande de jouets d’enfants établie au Palais du Tribunat [Palais-Royal], galerie de bois n° 228. Frappée de sa ressemblance avec l’empereur, l’impératrice ne cesse de prodiguer des caresses à cet enfant. Elle apprécie chez sa mère cette bonté et cette absence d’ambition qui la rendent bien plus attachante que toutes les autres maîtresses de l’empereur.

Le 30 avril 1812, à onze heures vingt du matin, l’empereur sans se faire annoncer arrive à Malmaison par un temps magnifique, en calèche découverte accompagné par le Grand Maréchal Duroc, le maréchal Mortier, le général Durosnel et trois personnes du service. Joséphine a tout juste le temps de l’accueillir au débouché du petit pont qui ouvre sur le vestibule. Les anciens époux s’embrassent tendrement, puis font quelques pas dans le jardin, sans chercher à se cacher des personnes de leurs suites. Qu’ont-ils bien pu se raconter pendant l’heure et demi où ils sont restés ensemble (on sait que l’empereur est parti à exactement une heure moins dix)? Sans doute, l’a-t-il entretenue de son départ imminent pour la campagne de Russie, vers ces contrée si lointaine qu’elle n’est pas bien certaine qu’il en revienne. De retour chez elle, Joséphine laisse éclater sa joie comme après chaque rencontre avec Napoléon, mais elle ne sait pas alors qu’elle vient de le voir pour la dernière fois.

Lien : Le divorce de Napoléon et Joséphine (3)

© Bernard CHEVALLIER, directeur des châteaux de Malmaison et Bois Préau, du musée napoléonien de l’Île d’Aix, et de la Maison Bonaparte à Ajaccio, conservateur général du patrimoine.

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