septembre 14, 2007

LA FORMATION CORSE DE NAPOLEON A SON DEPART DEFINITIF DE LA CORSE

Posted in Biographie, Napoléon tagged , , , , , , , , , , à 3:24 par napoleonbonaparte

Napoléon Bonaparte en 1794

Je mesurais mes rêveries au compas de mon raisonnement.

(Napoléon Bonaparte)

Le capitaine d’artillerie Bonaparte avait, à cette époque, vingt-quatre ans. Comme les Corses d’autrefois, les assises de ses idées étaient la famille et la patrie ; comme eux il ne concevait que l’idéal militaire et les réalités de la politique ; comme eux enfin, il avait l’orgueil de soi, l’impatience de toute autorité, l’énergie indomptable, l’ambition immodérée, l’esprit vif et l’âme ardente.

Il s’est développé librement, en suivant la pente natuelle de son esprit. Aux école royales, il avait vécu en Corse irréductible, replié sur lui-même. Ensuite, au régiment, il avait refait, tout seul, son éducation, avec une frénésie de savoir. Prédisposé par atavisme à ne goûter que les réalités de la vie politique et sociale, du métier des armes, il avait pasionnément et presque exclusivement alimenté son cerveau de connaissances exactes sur les institutions des peuples et des gouvernements, l’art militaire. Sa curiosité d’esprit avait été sans cesse en éveil. Mais, si étendues et variés que fussent ses connaissances, il les avait absorbées tout naturellement. Son esprit étant, par essence, clair, net et précis, elles s’étaient ordonnées dans son cerveau, gravées en traits ineffaçables dans sa mémoire, sous forme de chiffres, de faits, de renseignements essentiels.

Certes, dans les premiers moments d’ivresse intellectuelle, il avait subi la séduction de Rousseau, il s’était laissé subjuguer par les héros de l’antiquité, les grands hommes de la Corse ; il pensait, alors, que le patriotisme était le moteur unique des grandes actions humaines, que la liberté politique était la suprême faculté de l’homme, que la patrie devait tenir lieu de tout, et il s’abandonnait dans la sincérité de son âme, à toute la fougue de son enthousiasme pour ces nobles idées ; or, au contact de la vie, il avait aperçu le côté chimérique des théories humanitaires des idéologues, rectifié ses idées premières sur l’homme et la société. Jeté en pleine tourmente révolutionnaire, et mêlé dans une fièvre d’action, à tous les mouvements politiques de son île, il avait, d’un esprit clairvoyant, jugé de quelle pâte étaient faits les grands hommes, apprécié les idées exactes que représentaient les grands mots de Liberté, Peuple, Révolution. Son cerveau était devenu incompressible aux influences d’autrui, et il n’acceptait plus de connaissances que celles qu’il tirait de l’observation directe. Il paracheva ainsi son éducation. Son coup d’oeil était prompt, lucide, pénétrant. Chaque jour de nouvelles cristallisations se formaient dans son cerveau sur les hommes et les choses ; elles venaient éclairer ou modifier les notions initiales qu’il avait puisées dans les livres. La vie ne lui apparût pluis que comme un conflit de passions et d’intérêts où le succès appartenait au plus rusé, au plus habile, au plus fort. Dans l’ardent milieu corse, surtout, elle n’était qu’une furieue mêlée de clans. Chacun voulant parvenir, on avait recours, dans un déchaînement de passions, à tous les moyens, à la ruse, à la force, pour triompher !

Cette terrible concurrence vitale lui fit acquérir l’expérience pratique du maniement des hommes ; pour déjouer les astuces d’adversaires sans scrupule, il fallait d’abord commencer par être maître de soi ; son esprit gagna donc en lucidité, en pénétration, en souplesse et il apprit à contenir son enthousiasme, à dompter la fougue de son tempérament(1), à subordonner ses actes à sa froide raison. Les passions actives qui l’agitaient furent canalisées ; elles lui imprimaient des décisions soudaines, le maintenait dans l’inquiétude, ne le laissaient point inactif ; c’est ainsi qu’il était en proie à une activité dévorante, qu’il accomplissait tout travail sans effort, avec volupté, dans un perpétuel besoin de savoir. Son esprit, bien équilibré, était toujours alerte, clair, précis, et on cerveau, à vingt-quatre ans, était en quelque sorte dans sa fleur : les idées, les jugements sur les hommes et les choses, les projets, les plans, s’y formaient instantanément, avec abondance, dans une vigoureuse montée de sève…

(1) Devenu Empereur, et n’ayant plus à dissimuler avec des rivaux, il laissait éclater sa fougue de Corse impétueux : « J’ai plutôt péché, di-il dans le Mémorial (IV, 238) par une audacieuse franchise et par un excès d’énergie que par des détours et supercherie ».

(Extrait du Souvenir de Napoléon à Ajaccio de Jean-Baptiste Marcaggi)

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