septembre 11, 2007

LE LIEUTENANT BONAPARTE A AUXONNE ET A VALENCE

Posted in Biographie, Napoléon tagged , , , , , , , , , , , à 9:48 par napoleonbonaparte

Chambre de Napoléon Bonaparte à Auxonne

Je crois l’amour nuisible à la société, au bonheur individuel des hommes. Enfin, je crois que l’amour fait plus de mal que de bien.

(Napoléon Bonaparte)

En arrivant à Auxonne, le premier soin de Bonaparte fut de publier sa Lettre à Buttafoco. Il traita avec M. Joly, imprimeur à Dôle ; le tirage de sa brochure qui avait été fixé à cent exemplaires était terminée le 15 mars. Le lendemain, il l’expédiait au Club patriotique d’Ajaccio et il en adressait quelques exemplaires à Paoli. Le 2 avril, Paoli accusait réception de son envoi au lieutenant Bonaparte. Il se méfiait du zèle intempestif de son fougueux apologiste et lui conseillait la mesure, la modération : « Ne vous donnez pas la peine, lui écrivait-il, de démentir les impostures de Buttafoco ; cet homme ne peut avoir de crédit auprès d’un peuple qui a toujours estimé l’honneur et qui maintenant a recouvré sa liberté ». Il écrivait au surplus, à Joseph, que la brochure de son frère « aurait fait plus grande impression si elle avait dit moins et elle avait montré moins de partialité ».

Le lieutenant avait amené avec lui à Auxonne son frère Louis dont il dirigeait l’éducation en vue de le faire entrer dans l’artillerie. Il avait repris ses études de garçon studieux ; il lisait de nombreux ouvrages d’histoire, en tirait d’abondantes notes ; il était recherché dans les salons libéraux d’Auxonne pour la crânerie et la véhémence de ses idées révolutionnaires.

Le 1er juin 1791, il était nommé lieutenant en premier au 4e régiment de Valence. Sa solde était augmentée d’environ deux cents livres. Le 14 juin, il partait pour sa nouvelle garnison.

A valence, Bonaparte fut heureux de retrouver son logement chez Mlle Bou, et il pris pension, comme autrefois, à l’hôtel des Trois pigeons où se réunissaient messieurs les officiers.

A peine arrivé, il se fit admettre, avec d’autres camarades, à la société des Amis de la Constitution. Le soir même, il prononça un discours vibrant qui lui valut d’unanimes applaudissements. On le nomma secrétaire.

Les événements le tenaient surexcité. On parlait, en termes vagues, d’un vaste complot organisé à l’étranger par les émigrés pour étouffer, de concert avec les grandes puissances européennes, la Révolution. Des désertions en masse se produisaient dans l’armée.

Le lieutenant Bonaparte se montrait assidu à la Société des Amis de la Constitution, se mêlait aux agitations de la rue, sans cesser d’être avide de savoir. Il prolongeait souvent la veillée, une fois rentrée dans sa chambre, à lire avec voracité ou à écrire pour atténuer son violent désir d’action.

A la suite de l’évasion du roi, le 3 juillet 1791, après avoir signé, par écrit, le 6 juillet, le Serment civique, il le réitéra, le 14 juillet, au Champs de Mars de Valence, tandis que beaucoup d’officiers préféraient émigrer plutôt que de violer la foi en leur roi.

L’inaction l’énervait ; son esprit était enfiévré par des bouillonnements de pensées. Depuis des mois, il avait concentré ses méditations sur le sujet de concours proposé, en 1790, par l’Académie de Lyon, sur les vérités et les sentiments à inculquer aux hommes pour les rendre heureux. Précisément, les limites fixées par ce concours allaient expirer fin août ; il se mit à relire le discours de Rousseau sur l’inégalité, afin de rafraîchir les idées sur sa conception du bonheur ; mais il n’était plus le petit jeune homme candide, enthousiaste, du premier séjour à Valence ; il avait démonté le mécanisme, comparé les civilisations des peuples anciens et modernes ; il avait promené son regard sur la vie, pénétré au fond de l’âme des hommes, scruté les passions qui les font agir ; son esprit avait mûri, il s’était enrichi de faits, d’observations directes ; il relisait donc Rousseau, mais il le relisait avec un esprit indépendant ; en reproduisant sur son cahier de notes les idées de Rousseau qui l’avaient frappé, il griffonnait en marge : Je ne crois pas cela, je ne crois rien de tout ceci, et, à la fin , exaspéré par les sophismes du philosophe genevois, il écrivait d’un trait une dissertation intitulée : Mes réflexions sur l’état de la nature ».

Puis, tout plein de son sujet, il commençait la rédaction de son mémoire, remplissait, d’abondance, plus de soixante feuillets in-folio. Il y mettait sa sensibilité frémissante, ses rêveries tumultueuses, ses idées sur l »homme et la Société, montrait son âme à nu, débordante de passion. Sa pensée commençait à s’affranchir de l’influence de ses maîtres ; sa forme restait encore hésitante, n’était qu’une pâle imitation de Rousseau et de l’abbé Raynal qui l’avaient saturé de leur jargon littéraire ; cependant sous les oripeaux, la phraséologie creuse de l’abbé Raynal, la mémoire de Bonaparte laissait entrevoir un esprit logique, vigoureux, ayant des idées nettes sur les grands problèmes de l’humanité, un fervent admirateur de Paoli, convaincu, comme les Corses d’autrefois, que la liberté et le patriotisme devaient être le fondement des sociétés.

Dans le feu du travail, il avait eu connaissance du décret du 12 août qui ordonnait la levée, en Corse, de quatre bataillons de gardes nationales. Son mémoire achevé, expédié, il éprouva le désir de se trouver au milieu de ses compatriotes où il pourrait obtenir, à l’exemple de quelques-uns de ses camarades, un grade élevé dans les nouveaux bataillons.

Grâce au bienveillant appui de M. le baron du Teil, maréchal de camp et inspecteur d’artillerie, il put obtenir une permission de trois mois avec solde. Dans les premiers jours de septembre, il se mit en route pour la Corse avec son frère Louis.

(Extrait du Souvenir de Napoléon à Ajaccio de Jean-Baptiste Marcaggi)

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