septembre 7, 2007

L’ENFANCE DE NAPOLEON

Posted in Biographie, Napoléon, NAPOLEON BONAPARTE DANS SA JEUNESSE tagged , , , , , , , , , , , à 11:28 par napoleonbonaparte

Bataille de Pontenovo le 8 mai 1769

Je naquis quand la patrie périssait.

(Napoléon Bonaparte)

Les Corses qui avaient résisté aux invasions des peuples étrangers, Romains, Goths, Vandales, Sarasins, et lutté contre Gênes pendant des siècles pour défendre leur indépendance, qui avaient même réussi, en 1755, à constituer un gouvernement national avec Pascal Paoli, durent subir la loi du plus fort avec les Français qui leur infligèrent une sanglante défaite à Pontenuovo, le 8 mai 1769.

Pendant que les colonnes mobiles parcouraient la Corse pour obtenir le désarmement général des « rebelles », le 15 août 1769, à onze heures du matin, naissait à Ajaccio, dans une modeste maison de la rue Malerba, un enfant qui reçut le prénom de Napoléon, en souvenir d »un oncle de son père, mort à Corté, deux années auparavant. Son père s’appelait Charles Bonaparte, et sa mère Letizia Ramolino. Charles avait vingt-trois ans, Letizia dix-neuf. Ils étaient mariés depuis cinq ans ; le nouveau né était leur quatrième enfant ; d’eux d’entre eux étaient morts en bas-âge.

Charles Bonaparte était un ancien secrétaire du gouvernement de Paoli qui avait pris une part active à la guerre de l’indépendance, et il n’avait consenti à mettre bas les armes qu’à la suite du départ du chef corse. C’était un beau et grand garçon, aimable, spirituel, aimant le luxe et tournant avec facilité le vers italien en des poésies légères. Il appartenait à une des plus notables familles ajacciennes. Un de ses ancêtres, originaire de Sarzane, et issu, prétendait-il, d’une famille patricienne de Florence, avait émigré à Ajaccio au début du XVIème siècle, au moment de la fondation de cette ville par les Génois. Ses descendants y menèrent uniformément, pendant près des deux siècles de leur enracinement en Corse, une existence de petits propriétaires terriens, à peine relevé par une charge de notaire, qu’on se transmettait de père en fils ; ils se montrèrent remuants, actifs, ambitieux, se firent élire, sans interruption, de père en fils, membres du conseil des anciens d’Ajaccio (1) souvent même orateurs (2) auprès du Sénat de Gênes, s’allièrent aux familles marquantes de l’île et se firent reconnaître, par acte authentique le 28 juin 1759, par les Bonaparte de Florence. Aussi voyait-on au XVIIIe siècle leurs armes à l’entrée de leur maison familiale de la rue Malerba, un écusson fendu par deux barres et deux étoiles avec la lettre B. P. , lesquelles armes, surmontées de la couronne de comte, étaient les même que celles des Bonaparte de Florence, qui jouissait du patriciat, et comptait parmi la haute noblesse de Toscane ; aussi bien, enfin, depuis cette époque, orthographiaient-ils leur nom Buonaparte, comme la branche de Toscane.

Letizia Ramolino était la fille unique de Jean-Jérôme Ramolino, chargé des routes et pont de l’île au nom de la République Sérénissime, et d’Angèle-Marie Pietra-Santa, d’une vieille famille corse, qui s’était remariée en secondes noces, en 1757, avec un officier suisse le lieutenant François Fesch, originaire de Bâle, du régiment de Bouard, en garnison à Ajaccio.

Elle s’était montrée ardente patriote, comme toute les femmes corses de l’époque, et malgré sa jeunesse, elle laissait percer dans tous ses actes un esprit viril. A la cessation des hostilités, elle avait refusé un sauf-conduit pour Bastia que lui avait fait parvenir son grand-père, J.-M. Pietrasanta, un des membres du conseil supérieur, s’était réfugiée avec son mari sur les hauteurs du Monte-Rotondo, puis avait entrepris, quoique dans un état de grossesse avancée, le long et rude voyage d’Ajaccio en passant par la province de Vico pour éviter les postes français.

Dans la maison Bonaparte, on était nombreux autour de la table familiale : outre Charles et Letizia, il y avait leur fils Joseph, âgé d’un an, né à Corté l’année précédente, la mère de Charles, Maria-Saveria, l’oncle Lucien, archidiacre à la cathédrale, la nourrice du nouveau né, Camille Carbone, femme d’un marin, Augustin Ilari, et une femme de charge.

Les ressources de la famille Bonaparte, très modestes, se trouvaient considérablement réduites par les dégâts des dernières guerres ; il est vrai qu’elle fondait de grandes espérances sur un procès en litige, la succession Odone qui comprenait le domaine des Milelli avec moulin à huile et bâtiment d’exploitation. Cet Odone était un parent éloigné de Charles ; il était mort sans héritiers et la succession qui lui revenait, prétendait-il de droit, avait été captée par les Jésuites, puis, à l’expulsion de ceux-ci de la Corse, en 1763, confisquée par le Roi.

Charles Bonaparte, avide de parvenir, se plia avec docilité à la conquête française. Pour être en mesure de bénéficier des faveurs du nouveau régime, il s’empressa de se rendre à Pise, se fit recevoir docteur en droit le 3 novembre 1769, et obtint le même jour confirmation de sa noblesse par lettres patentes de l’archevêque de Pise lui accordant l’exercice du titre de noble et de patrice. Admis, par la suite, à faire ses preuves de noblesse devant le Conseil Supérieur de la Corse, celui-ci, par arrêt du 13 septembre 1771, déclara la famille Bonaparte noble de noblesse prouvée au delà de deux cents ans.

La Corse fut érigée en pays d’Etat. Au moment de l’organisation des juridictions de l’île, en mai 1771, Charles Bonaparte fut nommé assesseur civil et criminel à la juridiction d’Ajaccio au traitement de 900 livres.

Letizia accoucha, le 2 juillet 1771, d’une fille qui reçut les prénoms de Marie-Anne. Le petit Napoléon n’avait pas été qu’ondoyé ; on en profita pour baptiser, le 21 juillet, les deux enfants à la fois.

En 1773, les Bonaparte placèrent le petit Napoléon dans une école mixte tenue par des soeurs qui occupaient l’ancien établissement des Jésuites.

A la maison, on était en proie à des embarras d’argent. Charles se liait avec de hauts fonctionnaires français, était toujours en mouvement, tenait à paraître, dépensait au delà de ses revenus. La naissance d’un garçon, Lucien, le 21 mars 1775, puis d’une fillette, le 3 janvier 1777, Marie-Anne, en mémoire d’une autre fillette du même nom, décédée quleques mois auparavant, à l’âge de cinq ans, ne firent qu’aggraver les charges de la famille.

Des factions avaient agité la Corse de 1772 à 1777, suscitées par le Comte de Narbonne, commandant en second à Ajaccio, qui voulait supplanter le Comte de Marbeuf, commandant en chef de l’île.

Charles Bonaparte s’était montré un partisan dévoué de Marbeuf. Celui-ci pour le récompenser de ses bons services, le fit élire, le 2 juin 1777, député à la cour pour la noblesse : Charles sut mettre à profit ses relations avec Marbeuf pour l’intéresser à l’admission d’un de ses fils, de préférence Napoléon, comme boursier dans une école militaire.

Le petit Napoléon, en effet, paraissait mieux destiné à l carrière militaire ; il était d’un tempérament vif, batailleur : on l’appelait Ribulione, le Perturbateur. Malgré les coups, les réprimandes, il persistait à vagabonder au bord de la mer, avec son frère de lait, Ignazio, le fils de sa nourrice, et à prendre part aux querelles des enfants de la vieille ville avec ceux des faubourgs. Il était élevé durement, à la Corse, et il se tenait en relations constantes avec les enfants du peuple, les gamins de son âge. On l’avait placé à l’automne 1777, au collège d’Ajaccio, dans une classe de l’abbé Recco.

L’amitié de Charles et du Comte de Marbeuf s’était ressérée. Marbeuf était reçu chez les Bonaparte, où il était l’objet d’attentions délicates lorsqu’il passait par Ajaccio pour se rendre à son marquisat de Cargèse. Quand, le 2 septembre 1778, Letizia accoucha d’un garçon qui reçut le prénom de Louis, le comte de Marbeuf et Mme de Boucheporn, la femme de l’intendant, acceptèrent de tenir le nouveau-né sur les fonds baptismaux.

Le petit Napoléon, n’avait fait jusqu’ici que des études en italien. D’après les nouvelles reçues du ministère de la guerre, sa nomination dans une école militaire était escomptée à bref délai.

Comme Charles devait se rendre à la Cour pour remplir son mandat de député de la noblesse, il décida d’emmener avec lui Napoléon et Joseph pour les placer, à ses frais, au Collège d’Autun, où ils se familiariseraient très vite avec la langue française. L’évêque d’Autun, Monseigneur de Marbeuf, était le neveu du commandant en chef de l’Ile, et il pourrait s’intéresser aux petits Corses.

Charles Bonaparte s’embarqua pour Marseille, le 15 décembre 1778, avec Joseph, Napoléon, Joseph Fesch qui venait d’obtenir une bourse au Séminaire d »Aix et l’abbé Varèse, un cousin de Letizia, nommé sous-diacre à la cathédrale d’Autun.

1. Les conseil des Anciens était chargé de l’administration de la ville.

2. Tous les ans, le Conseil des Anciens désignait une délégation d’un ou plusieurs membres qui, sous le nom d’orateurs se rendaient à Gênes pour exposer, devant le Sénat, les voeux de la cité.

(Extrait du Souvenir de Napoléon à Ajaccio de Jean-Baptiste Marcaggi)

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