septembre 7, 2007

LE TEMPERAMENT CORSE DE NAPOLEON

Posted in Napoléon à 9:13 par napoleonbonaparte

Napoléon abdiquant à Fontainebleau en 1814

Vraiment, jamais les Romains n’achetaient d’esclaves corses ; ils savaient qu’on n’en pouvait rien tirer ; il était impossible de les plier à la servitude.

(Napoléon Bonaparte)

De tous les historiens de Napoléon, le premier, Stendhal, a vu en lui un type analogue aux condottieri et aux petits princes de 1400 en Italie, aux Sforza, aux Piccinino, aux Castruccio Castracani, etc…., âmes héroïques, âmes d’hommes d’action et d’aventuriers.

Taine a fait de lui un monstre au Moi colossal. Il a forgé un être d’airan à l’imagination constructive, dont le cerveau était un triple atlas, mais cette lourde et imposante machine, au mécanisme sévant, n’est pas l’Empereur, car elle est trop rigide, car elle est privée d’inconscience, c’est à dire de vie.

Maurice Barrès l’a dessiné d’un trait vigoureux. Il a dit de Napoléon : « C’est un professeur d’énergie ! »

Le mot est juste. Mais où Napoléon a-t-il puisé cette énergie surabondante dont il a enivré ses contemporains ?

Le sol de la Corse, cette terre de granit, a donné la trempe à son caractère ; la solitude, dans les écoles militaires, au régiment, a auiguisé sa sensibilité, développé son orgueil, fortifié son esprit ; la lecture quotidienne et passionnée des Chroniques de la Corse, a exalté son âme, engendré un fougueux enthousiasme pour la gloire, l’idéal militaire ; et enfin sa participation aux luttes des factions à Ajaccio l’a initié aux subtiles finesses, aux ruses, aux astuces, aux intrigues enchevêtrées des combinazioni italiennes.

Ainsi la Corse a non seulement donné le jour à Napoléon, mais elle l’a aussi pétri à son image.

Il n’est ni un condottiere ni un Moloch moderne, mais un Corse, – Un Corse au surhumain génie.

Les corses sont de vigoureuses plantes humaines. Pendant dix-huit siècles, ils ont vécu dans les dangers, les périls de la mort, combattant sans trève pour défendre leur nationalité. La configuration de leur territoire les a contraints à se replier sur eux-mêmes, à liguer leurs forces, à tendre excessivement leur énergie pour resister aux assauts répétés de leurs envahisseurs. Pour vivre libres, ils ont fui les plaines plantureuses, les vallées fertiles, les golfes poissonneux, et ils se sont juchés sur des cimes inaccessibles, où ils disputaient le gîte et la nourriture au mouflon et au sanglier.

Mais on n’échappe pas aux influences ambiantes. La race corse a reçu les empreintes de divers peuples qui ont occupé l’île. Dans ses Voceri, ou complaintes funèbres, s’est fixée la trace de la lointaine domination des Phéniciens, des Grecs, des Etrusques.

Les Romains qui ont eu des colonies sur la côtes orientale qui ont demandé un asile à la Corse à la chute de l’Empire, se sont infiltrés le plus profondément dans le caractère national. Malgré les bouleversements politiques qui survinrent, et les mélanges d’autres peuples, Goths, Vandales, Sarrasins, etc… , la base fondamentale du tempérament corse est restée romaine. L’esprit de clan s’y est consevé intégral comme à Rome ; le sentiment vivace de la famille, le respect de la toute-puissance paternelle, et l’opinion sur le rôle inférieur de la femme subsistent encore aujourd’hui, dans les campagnes, sans aucune altération.

Napoléon a réuni au suprême degré les qualités et les défauts de la race corse.

La combativité des insulaires, leur instinctive tendance à l’action ont atteint, chez lui, leur entier développement.

Il est soldat, comme d’autres respirent, parce qu’il a eu en germe, dans le sang, les qualités spécifiques du soldat complet ; il découvre, en effet, d’intuition, les multiples ressources de l’art de la guerre, et il possède, comme personne au monde, une merveilleuse aptitude au commandement.

L’individualisme des Corses, leur âpre amour de l’indépendance, s’épanouissent en Napoléon jusqu’à l’hypertrophie du Moi qui lui faisait, dit Taine, subordonner l’Etat à sa personne.

Sous la toge consulaire ou sous le manteau impérial, on distingue le Corse dans Napoléon.

C’est le Corse, en particulier, qui, dans la discussion du Code Civil, veille au maintien des assises de la famille : partages, adoptions, donations, situation inférieure des enfants naturels.

Taine, en citant, d’après Roederer, des scènes de violence de Napoléon, aussitôt corrigées par des boutades, « vous me croyiez en colère, je jouais la comédie », voit dans ces manifestaions un signe de la flexibilité du caractère de l’Empereur. Or, c’est l’acte de violence qui était spontané ; le correctif seul a été calculé et réfléchi, pour dissimuler le Corse primitif, pour ne pas déranger l’attitude que le Souverain s’était imposée.

Malgré sa vertigineuse élévation politique, Napoléon ne se laissa pas entamer par le milieu et il garda le caractère entier du Corse. De là est venue sa force d’action, son énergie prodigieuse au service d’une intelligence surhumaine.

(Extrait du Souvenir de Napoléon à Ajaccio de Jean-Baptiste Marcaggi)

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