septembre 5, 2007

NAPOLEON ET BELLY DE BUSSY – D’AUXONNE A CRAONNE

Posted in Napoléon à 1:38 par napoleonbonaparte

Napoléon et ses généraux durant la campagne de France (1814)

Ouvrez l’Etat militaire de la France des années 1786, 1887, 1788, 1789, et sur la liste des lieutenants en second du régiment d’artillerie de La Fère vous lirez le nom du futur Empereur ainsi transcrit de Buonaparté -et même avec une faute d’impression Buovaparté– et tout au-dessus de ce nom, celui de son camarade Belly de Bussy, c’est à Bussy que nous consacrons cette étude.

 

I

David-Victor Belly de Bussy naquit le 19 mars 1768 au village de Beaurieux, dans le département de l’Aisne, ou, comme on disait alors, dans le diocèse de Laon. Fils d’un mousquetaire du roi et de dame Louise Gondallier de Tugny, filleul de son oncle David Gondallier de Tugny, chevallier de Saint-Louis, et de Marguerite Collier de La Marlire, femme d’un Belly de Bussy, conseiller souverain de Dombes, il put aisément établir, en se présentant au concours de l’artillerie, les quatre quartiers de noblesse exigés par l’ordonnance. L’examen qu’il subit devant l’académicien Laplace lui fut favorable. Sur la liste des cinquante-huit lieutenants en second promus le 1er septembre 1785, il eut le numéro 40, le 41 était Phélipeaux et le 42, Bonaparte.

Comme Bonaparte, il fut envoyé au régiment de La Fère, et, comme Bonaparte, il tint garnison à Valence, puis à Auxonne. Mais à Auxonne il eut une « pique » avec Bonaparte. Il y avait parmi les lieutenants en second du régiment un certain Claude-Joseph de Malet, frère du conspirateur, qui s’était attiré les reproches du lieutenant colonel d’Urtubie ; il aimait trop la musique, disait d’Urtubie, et ce goût passionné le détournait des détails de son métier. Entraînés par Malet, la plupart de nos lieutenants étaient devenus des mélomanes enragés, et il fallut leur défendre de jouer d’aucun instrument depuis la retraite du soir jusqu’au roulement du matin. Napoléon suivait le courant ; il prenait des leçons de musique et il avait pour maître un vieil artiste nommé Terrier.

Or, Bussy qui logeait au dessus de Bonaparte sonnait du cor toute la journée. Bonaparte que ce bruit assourdissait et empêchait de travailler, patienta d’abord ; puis il se fâcha et un matin, sans employer le tu traditionnel : « Mon cher, disait-il à Bussy qu’il rencontra dans l’escalier, le cor doit bien vous fatiguer. – Non, pas du tout. -Eh bien, il fatigue beaucoup d’autres. – J’en suis désolé. -Pourquoi n’allez-vous pas jouer plus loin tout à votre aise ? – Je suis mâitre dans ma chambre. – On pourrait vous donner quelques doutes sur ce point – Je pense que personne fût assez osé. » Les deux lieutenants voulurent aller sur le pré. Mais la calotte dont Bonaparte avait rédigé la constitution, se rassembla ; elle interdit le duel et décida que Bonaparte serait plus endurant et que Bussy irait corner ailleurs.

Bussy avança comme ses camarades à l’ancienneté ; il devint lieutenant en premier le 1er avril 1791 et capitaine en second le 6 février 1792. Mais il était royaliste ; il émigra le 1er juin, près de trois mois avant l’invasion austro-prussienne, et rejoignit dans les Pays-Bas cette petite armée du duc de Bourbon qui ne fit que se morfondre dans le camp de Marche-en-Famenne qu’elle appelait plaisamment et non sans raison le camp de Marche-en-Famine. De 1793 à la fin de 1796, Bussy appartint au « rassemblement » d’officiers d’artillerie qui s’étaient réunis à Ostende sous les ordres du colonel Quiefdeville et qui devait débarquer sur les côtes de France ; il suvit , dit-il lui-même, ce rassemblement dans les campagnes qui eurent lieu en Hollande et à la baie de Quiberon.

En 1797, lorsque la tempête révolutionnaire parut se calmer, Bussy rentra dans ses foyers et il vécut dès lors sur sa terre de Beaurieux. S’était-il avisé, quand il servait au régiment de La Fère, des talents de Napoléon ? S’étonnait-il, comme son camarade Malet, que, le Corse fût monté si haut ? Ne voyait-il dans Bonaparte, comme cet incroyable Malet, qu’un homme médiocre et tout au plus un espèce de fou ? Quoi qu’il en soit, il était devenu maire de Beaurieux, lorsqu’en 1814, le 6 mars, Napoléon arriva dans son voisinage.

 

II

L’Empereur marchait sur Laon et, à la nouvelle que l’ennemis’avançait à sa rencontre, il s’était arrêté à Corbeny et se disposait à livrer la bataille de Craonne. Il apprit de M. Poulain, maître de poste à Berry-au-Bac, que le maire de Beaurieux, M. de Bussy, ancien officier d’artillerie, était l’homme du pays qui saurait donner les informations précises sur les localités. Napoléon avait une mémoire extraordinaire ; il se souvint aussitôt qu’il avait eu pour camarade au régiment de La Fère un lieutenant du nom de Bussy. Sur l’ordre de Berthier, un officier d’ordonnace, le Polonais Grabowski, partit incontinent pour amener Bussy au quartier général de Corbeny.

Grabowski avait avec lui dix lanciers de la garde impériale. Un d’eux alla chercher un paysan qui travaillait dans les champs. Ce paysan servit de guide aux lanciers. Il les conduisit sur une petite colline, au village de Beaurieux, et leur montra de loin la demeure de Bussy : un joli château avec un grand parc enclos d’une muraille. Mais voici qu’un homme accourt au-devant d’eux en agitant un mouchoir, et il annonce à Grabowski que les Cosaques ont envahi la maison de M. de Bussy, qu’ils ont attaché leurs chevaux aux barrières et déposé leurs lances contre les murs, qu’ils sont dans les caves à boire le vin et dans les chambres à fouiller les armoires, qu’ils ignorent la venue des Français. « Combien sont-ils ? » demanda Grabowski. -« Je ne sais pas, répond l’homme, mais il y en a tout plein. »

En réalité, ils n’étaient qu’une vingtaine. Grabowski résolut de les surprendre. Il suit une allée bordée d’arbres, il arrive au château, se précipite dans la cour, il tire un coup de pistolet au hasard à travers la cave et ferme la porte à clef, il sabre les Cosaques qui sortent des chambres comme des fous, il fait prisonnier ceux qui se cachent derrière les rideaux et sous les meubles.

Bussy se présente alors. Il n’avat que sa chemise de nuit. Grabowski lui transmet l’ordre de l’Empereur et le prie de venir sans retard au quartier général. Bussy s’excuse : il n’est pas habillé, il n’a pas de voiture, il ne peut laisser sa mère vieille et malade, sa maison mise au pillage et remplie de Cosaques. Mais Grabowski insiste. Que Bussy rassure sa mère, qu’il s’habille, qu’il prenne le cheval d’un lancier ; quant aux Cosaques qui sont encore dans la cave, on n’a pas à les rédouter. Là dessus, tandis que Bussy rentre dans sa chambre, Grabowski ordonne aux Cosaques en langue russe de quitter la cave. Pas de réponse. Il commande alors aux paysans de barricader les deux portes, celle de la cour et celle de la maison ; il leur enjoint de faire bonne garde et, pour les encourager, il leur affirme que les Cosaques ont sur eux beaucoup d’argent. Puis, il part avec Bussy, ses lancier et dix cosaques qu’ils ont capturés. Il revient à Corbeny ; il raconte à Berthier ce qui s’est passé, et Berthier, souriant, ne cesse de répéter pendant son récit : « C’est très bien, je suis content de vous. »

 

III

Bussy fut aussitôt présenté à l’Empereur. « Eh bien, Bussy, lui dit Napoléon à brûle-pourpoint, sonnez-vous toujours du cor ? – Oui, Sire, répliqua Bussy, et toujours aussi faux. » Mais les instants étaient précieux, et il ne s’agissait guère, à la veille d’une bataille, et d’Auxonne, et du régiment de La Fère, et des souvenirs de jeunesse. « Connaissez-vous le plateau de Craonne ? – Parfaitement, Sire, c’est mon terrain de chasse, » et, d’après les renseignements que donna Bussy, le maréchal Ney eut ordre de suivre la vallée de l’Ailette et de monter au bois Marion, à deux kilomètres d »Hurtebize, pour prendre les ennemis en queue. Ce fut également Bussy qui conseilla d’attaquer les alliés par Oulches et la Vallée-Foulon, et il guida par ce vallon la cavalerie de la garde.

Il sentit ainsi renaître le goût qui l’avait porté jadis au métier des armes, et Napoléon apprécia ses qualités, son coup d’oeil, se vivacité d’esprit. « Bussy, s’écria l’Empereur, je regrette de ne pas vous avoir connu plus tôt ! »Lorsque après l’affaire de Craonne et de Laon, Bussy vint prendre congé et annoncer qu’il regagnait Beaurieux, « Vous allez donc me quitter, lui dit Napoléon, désirez-vous que je vous accorde une faveur quelconque ? -Je ne demande rien, Sire, sinon de rentrer dans l’armée. -Eh bien, voulez-vous être colonel d’artillerie et mon aide de camp ? Je vous donne vingt-quatre heures de réflexion. » Au bout de vingt-quatre heures, Bussy reparut : il avait réfléchi et il acceptait.

Le 11 mars, un décret signé à Soissons remettait Bussy en activité de service avec le grade de colonel d’artillerie et le nommait aide de camp de l’Empereur. Bussy reçut en outre, 12.000 francs pour s’équiper. Il suivit Napoléon dans toutes les batailles, à Reims, à Arcis-sur-Aube et à Saint-Dizier. Il assistait au palais de Fontainebleau à la grande scène d’abdication.

Autorisé par le gouvernement des Bourbons à se rendre dans ses foyers, Bussy fut mis le 1er juillet en non-activité.

Il ne voulait plus cultiver son jardin ; bombardé colonel, il souhaitait monter plus haut encore et devenir général. Au mois d’août 1814, il sollicitait la croix de Saint-Louis en assurant qu’il avait trente trois ans de service, et bien que sa requête eût été rejetée et, selon l’expression du temps, mise au rebut, il demandait de l’emploi. Même lorsqu’il apprit le débarquement de Napoléon au golfe Juan, il affirma son dévouement aux Bourbons : il leur proposait d’organiser un corps de volontaires royaux. Aussi, le 12 mars 1815, Clarke l’attachait à la division de La Fère et le 15, Bussy, arrivé à La Fère, mandait qu’il s’était présenté au général d’Aboville, commandant de l’artillerie, et qu’il attendait les ordres du ministre.

Mais le 21 on sut à La Fère que Napoléon était rentré la veille aux Tuileries. Bussy, croyant la cause des Bourbons à jamais perdue, se hâta de rejoindre l’Empereur à Paris. Le 11 avril, il était nommé directeur du parc d’artillerie et de la garde. Napoléon, partant pour la Belgique, le reprit comme aide de camp, et le 10 juin Bussy quittait Paris par ordre du grand maréchal. Il était plein d’ardeur et d’espoir. D’aucun, après Ligny, voyant que l’adversaire n’était pas détruit et songeant à nos pertes ainsi qu’à la résistance opiniâtre des Prussiens, faisaient déjà de tristres réflexions. Bussy s’imaginait que les Anglais renonçait à la lutte et que les Français entreraient en triomphe à Bruxelles.

A Waterloo, il fut un de ceux qui portèrent à Ney les instructions de Napoléon. Il suivit l’Empereur après le désastre, et le 20 juin, au soir, Napoléon arrivant au pied de la montagne de Laon, au faubourg de Vaux, dans la cour de l’hôtel des Postes, ordonnait que Bussy resterait à Laon durant deux jours, pour y réunir, de concert avec le préfet de l’Aisne, des approvisionnements considérables destinés à l’armée dont les débris devaient se concentrer autour de la forteresse. Bussy tomba malade à Soissons et il ne revint à Paris que le 30 juin ; encore ne marchait-il que difficilement. Il regagna Beaurieux, et de là, le 27 juillet, il envoya sa soumission « pure et entière » aux ordres du roi.

 

IV

Sa situation fut réglée au mois de mai 1817. Il jouit dès lors du traitement de non-activité de colonel d’artillerie. Mais il n’était pas suspect. Il restait maire de Beaurieux et lorsqu’il donna sa démission en 1822 parce qu’il croyait ses fonctions incompatibles avec son titre de colonel, on le pria de les reprendre : sa place de maire était gratuite, honorifique, nullement lucrative, et l’administration ne voulait pas se priver du concours de M. de Bussy qui « figurait au premier rang des maires éclairés. »

Bussy qui de nouveau cultivait son jardin, atteignit ainsi le 12 novembre 1829. Ce jour-là il avait accompli ses trente ans de service : trois ans d’études préliminaires, onze ans et quatre mois du 1er septembre 1785 au 31 décembre 1796, quinze ans et huit mois du 11 mars 1814 au 11 novembre 1829, outre sept ans de campagne, cinq ans dans l’émigration, et les campagnes de 1814 et 1815. D’autre part, il avait quinze ans et huit mois d’activité dans le grade de colonel. Or, l’ordonnance du 27 août 1814 portait que les colonels d’artillerie et du génie qui auraient dix ans d’exercice dans ce grade, seraient retraité dans le grade de maréchal de camp. Bussy fut donc, le 12 novembre 1829, admis à la retraite du grade de maréchal de cam : il toucha par an 3.350 francs.

Voilà ce qui lui avait rapporté -sans oublier les coups de canon, les galopades sous le feu des alliés, et de belles et mémorables aventures de guerre- sa rencontre inattendue avec son ancien camarade de régiment le 6 mars 1814, à la veille de la bataille de Craonne !

Arthur Chuquet – Etudes d’Histoire – Série 3

3 commentaires »

  1. GONDALLIER de TUGNY Dominique said,

    Belly de Bussy était surnommé le « Pékin de l’Empereur » du fait qu’à la bataille de Craonne il était simple civil.

    à propos du différent qui opposait Napoléon à de Bussy, durant leur temps d’études commune, de Bussy sonnait de la trompe de chasse mais faux !
    Ce sont leur camarades qui les empêchèrent de s’affronter en duel il parait que de Bussy était bien meilleur lame que Bonaparte. Si ce duel avait eu lieu la face de la France en aurait peut être été changée. Mais de Bussy était, parait-il, obliger d’aller sonner dans la cabane du jardinier !
    Cet anecdote est transmise de façon orale dans notre famille de générations en génération.

    Le château des de Bussy existe encore de nos jours. On rapporte aussi que l’on voyait encore la trace des fers des chevaux des cosaques sur le parquet du salon. En effet ces derniers s’amusaient à passer au grand galop à travers la maison en passant par le salon ! Le Crédit Agricole qui s’y était installé pendant un temps l’avait fait enlevé.

    • Chastain said,

      Bonjour,
      Je suis historien et 1er vice -président des Amis du Patrimoine Napoléonien, association culturelle nationale et même internationale qui a pour but la préservation du patrimoina historique du 1er Empire et de la mémoire de cette époque.
      Notre Délégation Régionale Picardie a découvert à Beaurieux la sépulture de David-Victor Belly de Bussy et a entrepris de la restaurer. Cette restauration terminée fera l’objet d’une cérémonie au cours de laquelle un hommage sera rendu à ce personnage acteur de l’histoire de notre patrie.
      Je crois que vos ancêtres étaient alliés aux Belly de Bussy et nous serions honorés de votre présence à notre manifestation.
      Merci de me contacter si vous le souhaitez.

      Roger Chastain.

  2. REMY said,

    David Victor BELLY de BUSSY figure dans mon arbre généalogique puisqu’il a épousé Louise de TUGNY. Ma grand-mère était une demoiselle de TUGNY et nous descendons de la branche bourguignon et vous?


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