septembre 4, 2007

LA RENAISSANCE DES ARTS SOMPTUAIRES SOUS LE CONSULAT ET L’EMPIRE

Posted in Napoléon, PATRIMOINE NAPOLEONIEN à 10:35 par napoleonbonaparte

Napoléon visitant l’escalier du Louvre sous la conduite de Percier et Fontaine

Si l’on m’en eût laissé le temps, bientôt il n’y aurait plus eu des métiers en France, tous eussent été des arts.

(Napoléon Bonaparte)

On peut s’interroger sur l’existence d’un style Consulat dans la mesure où la période considérée ne couvre que les quatre années allant de 1800 à 1804. La vérité est beaucoup plus complexe car un style trouve toujours sont origine dans ceux qui l’ont précédés et il convient dès à présent d’en fixer les limites chronologiques. Si la prise de la Bastille n’a pas vraiment marqué un arrêt brusque dans le développement des arts somptuaires, il faut bien reconnaître que l’émigration de la noblesse en a considérablement ralenti le développement. Certes on livre encore de somptueux mobiliers d’acajou au duc d’Orléans au début des années quatre-vingt-dix ; certes des aristocrates acquis aux idées nouvelles comme les Lameth continuent encore à faire travailler à leur château d’Osny au mois d’avril 1792, mais il devient de plus en plus dangereux d’étaler sa fortune, et le commerce de luxe périclite chaque année un peu plus jusqu’à son arrêt complet marqué par l’arrestation du Roi et la proclamation de la République en septembre 1792. Les attaques d’un Saint-Just déclarant que « l’opulence est une infamie » ou celles d’un Marat s’attaquant aux « riches qui dorment sur le duvet, sous des lambris dorés et dont la table n’est couverte que de primeurs », ne sont pas faites pour développer l’industrie de luxe ! Il faudra attendre la chute de Robespierre (27 juillet 1794) et la fin de la Terreur pour voir s’organiser ce que l’on a coutume d’appeler la société thermidorienne composée de personnalités nouvellement enrichies qui gravitent dans l’entourage des Directeurs, et principalement du plus corrompu d’entre eux, l’ancien vicomte Paul de Barras. Dépenser son argent redevient à la mode chez un très petit nombre de nantis. Au palais du Luxembourg, résidence des Directeurs, on affiche un luxe ostentatoire, et si au début on se contente de le garnir avec les épaves de l’ancien mobilier royal sauvé des ventes révolutionnaires, on ne tarde pas à se meubler à la moderne dès les années 1795. L’argent circule à nouveau et apparaît alors toute une classe d’hommes d’affaires qui s’élève et s’enrichit très rapidement grâce aux fournitures aux armées ou à la spéculation sur les biens nationaux. C’est aussi le règne de la banque parisienne avec les Ouvrard, Récamier et autres Perregaux et Sellière. Bonaparte et sa famille ne sont pas les derniers à s’enrichir à l’occasion de la première campagne d’Italie. Bref, le Directoire voit naître une classe nouvellement enrichie avide de s’entourer de belles choses, et principalement de meubles et d’objets à la dernière mode.

Ce n’est donc pas par la peinture, ni par la sculpture et encore moins par l’architecture que va se réaliser le renouveau des arts, mais bien par le biais des arts décoratifs souvent qualifiés abusivement d’arts mineurs. Le goût pour l’Antique est plus que jamais à la mode et chacun doit s’y soumettre de peur d’être taxé de rétrograde ; avec un humour à peine exagéré, Roederer dénonce dans ses Opuscules, cette nouvelle forme d’esclavage : « Convenez-en, mon cher, on n’est plus assis, on n’est plus reposé. Pas un siège, chaise, fauteuil ou canapé, dont le bois ne soit à nu et vive arête. Si je m’appuie, je presse un dos de bois ; si je veux m’accouder, je rencontre deux bras de bois ; si je me remue, je rencontre des angles qui me coupent les bras et les hanches. Il faut mille précautions pour ne pas être meurtri par le plus tranquille usage de vos meubles. Dieu préserve aujourd’hui de la tentation de se jeter dans un fauteuil ! On risquerait de s’y briser. Qu’une pareille espèce de meubles soit devenue d’un usage général, cela me confond. Ne pas rencontrer dans Paris un seul siège où l’on puisse dormir commodément, si ce n’est quelque fauteuil de l’Académie, hérité par l’Institut ! Cela passe les bornes d’un asservissement raisonnable au pouvoir de la mode. Je n’en serai pas dupe, quoi qu’il arrive. » En dépit des inévitables exagérations de ce texte, il faut convenir que l’Antiquité reste la référence obligée ; elle n’est naturellement pas née spontanément après la chute de Robespierre, mais trouve sa source dans la réaction amorcée dans les années 1760 contre le goût rocaille qui régnait alors sur l’Europe entière. La redécouverte des villes enfouies par l’éruption du Vésuve, d’abord Herculanum en 1719, puis Pompéi en 1750, accompagnées par des publications de voyages sur les monuments de la Grande-Grèce et de la Sicile ont largement contribué à développer une nouvelle esthétique appelée goût grec ou étrusque. Par l’ajout de la connaissance de la Rome antique et des monuments égyptiens de la ville éternelle diffusée par les gravures de Piranèse, naît ce premier état du style néo-classique qui va régner sur tout l’Europe jusqu’à la fin des années 1830. Il se traduit en France par le style Louis XVI archéologique en vogue à la veille de la Révolution et que fera sien la reine Marie-Antoinette. Empreint de fantaisie, il utilise déjà les palmettes, les sphinx, les têtes égyptiennes coiffées du némès, les rosaces ou les pieds en forme de griffes que l’on retrouvera plus tard sous l’Empire. Les années 1792-1796 ne forment donc qu’un arrêt momentané dans l’évolution du style et c’est tout naturellement que les artistes en reprennent les éléments constitutifs dès que la tourmente est passée.

Les femmes à la mode n’hésitent donc plus à faire redécorer leurs appartements, et la première d’entre elles sera bien entendu Joséphine Bonaparte qui, dès septembre 1797, alors qu’elle est encore en Italie auprès de son époux, donne des ordres à son architecte Corneille Vautier pour son hôtel de la rue Chantereine : « Je désire que ma maison soit meublée dans la dernière élégance, j’entends que tout le premier sera aussi meublé. » Elle sera entendu au-delà de toute espérance, Vautier faisant appel aux frères Jacob qui livrent en novembre et décembre de la même année force secrétaires, commodes, guéridons, fauteuils et chaises ornés d’incrustations de bois citron, amarante et ébène réalisés sur des dessins de Percier. Napoléon se souviendra encore à Sainte-Hélène que le seul meuble du salon lui avait coûté à son retour la somme, probablement exagérée, de 130 000 F. Aux meubles d’un goût nouveau se mêlent des lustres et des guéridons ornés dans le genre arabesque fait de rinceaux de feuilles d’acanthe mis à la mode dans les années 1780 et qui restera toujours cher au cœur de Joséphine.

Toute différente est l’approche d’une autre égérie du régime, Juliette Récamier, qui fait décorer son hôtel de la rue du Mont-Blanc (aujourd’hui rue de la Chaussée d’Antin) par le jeune architecte Louis-Martin Berthault, aidé dans cette entreprise par l’incontournable Percier. La chambre à coucher passe pour le véritable manifeste du nouveau style, car les frères Jacob livrent dès 1798 un mobilier très en avance sur son temps. Le lit en particulier est d’un genre tout à fait nouveau, épousant cette forme bateau qui perdurera par-delà le Second Empire ; c’est également la première fois qu’apparaît le motif du cygne qui connaîtra un si grand succès sous l’Empire et la Restauration. Tout Paris défile dans la chambre de Madame Récamier, et l’allemand Reichardt ne manque pas d’insister : « A chaque arrivante, Mme Récamier disait : « voulez-vous voir ma chambre » et passait avec elle dans son gynécée, en lui donnant le bras. Un cortège de cavaliers se pressait sur leurs pas vers le sanctuaire. »

Quelques années plus tard, en 1802, c’est le vainqueur de Hohenlinden lui-même, le général Moreau qui demande à Fontaine de lui aménager son hôtel de la rue d’Anjou. Barras s’en souviendra dans ses Mémoires lorsqu’il déclarera : « Moreau, à son retour d’Hohenlinden, ayant voulu commencer à jouir de ce que les Anglais appellent le confort, s’était fait faire un meuble complet du meilleur goût et d’une élégance tout à fait nouvelle par le premier ébéniste du temps, le célèbre Jacob. Ce meuble avait été un sujet d’admiration pour toutes les personnes que le général avait invitées à venir le voir dans sa retraite. » Si l’acajou règne en maître dans cet ameublement, le besoin de s’entourer de luxe fait apparaître dès le Consulat des sièges de bois doré. Certains types de meubles utilisés pour le général Moreau se retrouvent tant à Malmaison qu’à Saint-Cloud à la même époque, mais là encore l’une des pièces maîtresses de ce mobilier reste le somptueux lit de forme bateau de la maîtresse de maison qui forme un important jalon dans l’histoire du mobilier de cette époque.

On remarquera que depuis le début, seuls les noms de Percier et Fontaine ont été associés aux styles Consulat et Empire. La manière dont ils ont dominé le style néo-classique en Europe n’est pas née spontanément, mais s’est élaborée au fur et à mesure sur une période de plus de trente ans. La première rencontre des deux amis remonte au séjour qu’ils firent à Rome avant la Révolution et pendant lequel ils firent le relevé de la plupart des monuments antiques ; ils sauront utiliser plus tard tous ces dessins afin de définir les caractéristiques de leur propre style. Très tôt, ils ont associé à leur travail le célèbre Jacob, car dès les premières années de la Convention le menuisier leur demandera le dessin d’un mobilier républicain pour la tribune de la nouvelle assemblée: tout le style d’une époque en découlera. Après avoir d’abord dessiné nombre de projets pour des bordures de tissus ou de papiers peints, les deux architectes peuvent enfin se lancer dans l’aménagement d’habitations pour de riches ambassadeurs ou des financiers comme Ouvrard, Gaudin, Dumoulin ou Chauvelin. La chance a voulu que l’hôtel du marquis de Chauvelin soit situé rue Chantereine, tout à côté de celui de Madame Bonaparte, et qu’elle ait demandé à le visiter. L’épouse du tout nouveau Premier Consul cherche précisément un architecte pour son château de Malmaison qu’elle vient d’acquérir et qu’il s’agit de mettre au goût du jour. Les deux compères lui sont présentés par l’intermédiaire d’Isabey et ils entrent ainsi dans cette maison qu’ils vont aménager avec goût, rendre célèbre , et dont la réputation traversera toute l’Europe. Satisfait de leur travail, Bonaparte nomme les deux amis architectes du Gouvernement en janvier 1801. Si Fontaine reste l’homme de chantier, celui qui dirige les travaux et reste en relation avec les clients, Percier joue le rôle de l’homme de cabinet et réalise tous les dessins dont se servira son ami. De cette étroite collaboration naîtra le style Empire répandu en France et dans le monde entier par le biais de leur célèbre ouvrage Recueil de décorations intérieures, dont la première édition paraît dès 1801. Les modèles qu’ils donnent servent aux artisans au moment même où renaissent les industries de luxe. Le Directoire avait déjà décidé de les encourager par l’organisation des fameuses expositions des produits de l’industrie dont la première se tient en 1798 avec moins de cent participants. Le but est de récompenser les manufacturiers les plus méritants par des médailles d’or, d’argent ou de bronze. Bonaparte qui en avait saisi toute l’utilité, en reprendra le principe et en organisera en 1801 avec 220 exposants, 1802 avec 540 et 1806 avec 1422. Le Président du Jury de l’exposition de 1802 mesure parfaitement l’impact de ces manifestations dans le discours qu’il adresse à Bonaparte lors de l’exposition de 1802 : « Citoyen premier Consul, en parcourant les portiques qui contenaient ces productions précieuses, vous avez interrogé un grand nombre de manufacturiers de toutes les parties de la France : leurs réponses vous ont prouvé que la plupart des chefs de nos établissements industriels ont reçu une éducation soignée, qu’ils sont pleins de feu et d’émulation, et familiers avec les parties des sciences exactes auxquelles leur genre d’industrie est relatif. »

Bonaparte a parfaitement compris que donner du travail aux ouvriers, c’était s’assurer la paix sociale et que développer les industries de luxe permettrait à la France d’asseoir sa suprématie sur les autres états de l’Europe. L’installation du Premier Consul à Saint-Cloud à l’automne de 1802 entraîne donc un accroissement des commandes envers les divers manufacturiers, dont les premiers à bénéficier de cette manne sont les soyeux lyonnais que Bonaparte tient à encourager. Cette première commande de soieries, exclusivement réservée à Saint-Cloud, est passée en 1802 au seul Camille Pernon, ancien fournisseur du Garde-Meuble royal. Livrées trop tard pour y être installées à Saint-Cloud, elle serviront à décorer les appartements de l’Impératrice au palais des Tuileries ou ceux du palais de Compiègne. La plupart consistent en de très riches étoffes tel le brocart argent et bleu à couronnes de myrte et de lierre destiné au salon de Mme Bonaparte, ou le brocart or rayé jonquille et bleu dessin turc prévu pour sa chambre à coucher. Il s’agit pour le chef de l’Etat d’encourager l’industrie lyonnaise, la plupart des autres fabricants ne réalisant sous le Consulat que des tissus assez modestes comme des gourgourans, des lampas ou des damas.

Lorsqu’il décide de remeubler le palais de Saint-Cloud, Bonaparte ne se contente pas de relancer les industries lyonnaises; il passe également des commandes considérables aux différents artisans. On y a dépensé pas moins de 1.347.567,31 francs en à peine deux ans d’octobre 1801 à juin 1803 (à titre de comparaison, le salaire annuel d’un jardinier à Malmaison ne s’élèvait qu’à 600 francs !). On retrouve dans la liste des fabriquants les noms de la maison Jacob-Frères, du marchand de meubles Lignereux, du bronzier Galle, du fabriquant de tapis Bellanger, du tabletier Biennais, des horlogers Lepaute et Robin ou bien du porcelainier Nast. Cette politique voulue par le Premier Consul annonce ce que sera celle de l’Empereur qui, en moins de quatorze ans, fit remeubler entièrement les palais des Tuileries, de Saint-Cloud, de Fontainebleau, de Compiègne, des deux Trianons, de Bagatelle, de Rambouillet et Meudon, sans oublier des résidences plus lointaines comme les palais de Strasbourg, Bordeaux ou Marrac, et à l’étranger ceux de Monte-Cavallo à Rome, de Stupinigi à Turin ou de Laeken aux portes de Bruxelles. Les voyageurs anglais visitant la France à l’occasion de la paix d’Amiens sont tous frappés par le luxe de la cour consulaire. Comment ne pas citer Miss Mary Berry déclarant « qu’elle n’a jamais rien vu d’aussi magnifique que l’appartement du couple consulaire aux Tuileries…le citoyen Premier Consul est donc princièrement logé. Sa livrée est d’un très beau vert foncé, qu’on distingue à peine sous l’or des broderies ; celle des domestiques noirs est encore plus chamarrée ». Parmi la quarantaine de voyageurs anglais ayant laissé un témoignage écrit, Mrs. Frances King se complaît à décrire avec force détails l’ameublement de Saint-Cloud : « Je ne crois pas qu’un monarque européen dispose d’une résidence aussi somptueuse… On nous assure que chaque lustre de cristal a coûté dix mille francs…La chambre à coucher d’apparat du couple consulaire a tout de la magnificence de l’Orient…Les rideaux du lit sont faits d’une superbe soie bleue bordée de franges dorées… Tout est d’ailleurs doré, sculpté, orné avec élégance… Des tableaux de prix se détachent sur les murs tendus de soie bleue et les trumeaux sont splendides. »

Mais le prix élevé de ces soieries en fait des revêtements muraux coûteux, réservés aux seules pièces d’apparat des demeures les plus riches. Partout ailleurs triomphe le papier peint. On l’utilise dans de nombreuses pièces, aussi bien dans les bâtiments officiels que chez les simples particuliers et ses décors varient à l’infini, imitant souvent des tissus de soie drapés ou plissés. Les décors architecturaux faits de lances, casques ou ornements d’architecture remplacent à bon compte les décors sculptés ou en stuc réservés aux clients les plus riches. Les motifs floraux complètent enfin le répertoire habituel de cette industrie relativement bon marché, les coûteux

papiers peints panoramiques formant l’exception. Parmi les nombreux fabriquants de cette époque, il convient de retenir les noms de Jacquemart et Bénard à Paris, de Zuber en Alsace ou de Dufour à Mâcon, renommé sous l’Empire pour la qualité de ses papiers peints panoramiques représentant les Voyages du Capitaine Cook (1806) ou l’Histoire de Cupidon et de Psyché (1814).

Les fabriques de tapis et les manufactures de tapisseries ne prolifèrent guère sous le Consulat, car il s’agit encore d’objets de luxe dont seul le Gouvernement peut aider au développement d’une manière significative. Les manufactures de tapis privées comme Piat Lefèbvre à Tournai ou Sallandrouze à Aubusson travaillent encore principalement pour l’étranger comme la Russie, la Suède ou l’Espagne ; à l’exception de quelques tapis livrés pour les palais des Tuileries et de Saint-Cloud, ces manufactures ne connaîtront leur plus grand développement que sous l’Empire, au moment où se mettra en place la politique d’ameublement des palais impériaux. voulue par l’Empereur.

Le démarrage de l’orfèvrerie reste lui aussi très lent et il faut attendre l’exposition des produits de l’industrie de 1802 pour la voir reprendre sa place parmi les industries de luxe. Henry Auguste et Jean-Baptiste-Claude Odiot reçoivent tous deux cette année-là l’unique médaille d’or remise à cette occasion. Fils d’orfèvres de l’Ancien Régime ils sont reçus tous deux maîtres en 1785, mais doivent partager la clientèle avec un nouveau venu, Martin-Guillaume Biennais, ancien tabletier que la suppression des maîtrises en 1791 a permis d’accéder au rang d’orfèvre. Ayant su habilement faire crédit au général Bonaparte au moment de son retour d’Egypte, il deviendra son fournisseur attitré, livrant dès 1800 pour les Tuileries une orfèvrerie de table qui sera continuée pendant tout le règne. Mais ce sont les préparatifs du Sacre qui vont véritablement relancer l’orfèvrerie française et lui ouvrir des débouchés considérables. A cette occasion, Biennais se charge de la fabrication des regalia, Odiot de l’épée consulaire sur laquelle Nitot enchâsse le Régent et Auguste livre le fameux Grand Vermeil composé de 1069 pièces et offert par la ville de Paris au nouveau souverain.

La France a toujours excellé dans le travail du bronze doré, et de nombreux bronziers exerçant sous le Consulat et l’Empire comme Thomire, Galle ou Delafontaine travaillaient déjà avant la Révolution. Ils ont donc pu faire face très rapidement à la demande en puisant dans leurs stocks ou en rééditant des modèles anciens. Mais très vite, s’inspirant des dessins de Percier, ils livrent des bronzes inspirés par l’Antiquité tels que candélabres à victoires, feux à sphinx ou pendules ornées de figures allégoriques. L’extrême qualité des bronzes français leur vaut un succès considérable dans toute l’Europe, et encore aujourd’hui, il n’est pas un palais en Espagne, en Italie ou en Angleterre dont les bronzes dorés ne viennent de France.

Au sortir de la Révolution, la production de la porcelaine de luxe se trouve confrontée à une rude concurrence. En effet, pas moins de sept manufactures parisiennes ont passé sans trop d’encombre les années difficiles de la Révolution et leur nombre atteindra dix-neuf sous l’Empire, les plus célèbres restant celles de Dihl et Guérard, de Dagoty, de Darte ou de Nast. Si la manufacture de Sèvres continue à fournir les résidences consulaires puis impériales, elle doit d’abord se relever après le grand état de décadence dans lequel elle était tombée. Seule la nomination du chimiste Brongniart en 1800 lui permettra de se rétablir et de soutenir la comparaison avec ses concurrentes parisiennes.

Enfin, il convient de ne pas négliger la renaissance de la mode et des tous les accessoires qui l’accompagne, en particulier les bijoux pour lesquels certains maris se ruinent afin d’enrichir l’écrin de leurs épouses. Si à l’époque du Directoire le luxe cède souvent la place au bon goût, et si la tenue extravagante des Muscadins, Merveilleuses et autres Incroyables scandalise les gens bien pensants, une certaine rigueur commence à se fait jour avec l’instauration du Consulat. Dès 1797 paraît le célèbre Journal des Dames et des Modes qui codifiera la toilette pendant plusieurs décennies. Bonaparte, aidé par Joséphine, organise dès le début de l’année 1800 une sorte de cour consulaire à laquelle il impose des tenues de plus en plus somptueuses. Si le temps des grandes commandes impériales passées aux joailliers comme Nitot ou Marguerite n’est pas encore venu, la mode impose le port de bijoux. Le Journal des Dames et des Modes précise dès 1804 « point de chapeau, mais un diadème qui pare le front » et qu’ « en costume d’étiquette, l’acier reprend la plus grande faveur…un assortiment est peut-être plus élégant et peut-être plus cher que s’il était en or. » On le voit, les femmes sont désormais prêtes à subir la tyrannie de la mode.

L’arrivée de Bonaparte au pouvoir à la fin de l’année 1799 marque un tournant dans le développement des arts somptuaires dans le pays. Par son action, il va s’attacher à développer le commerce de luxe en soutenant les soyeux lyonnais, en multipliant les expositions nationales, en montrant au monde que la Franc a retrouvé sa réputation d’avant la Révolution et que Paris est redevenue la ville où chacun doit aller comme l’écrit si plaisamment Madame Divoff dans son Journal : « Paris est une ville où chacun ne vit que pour soi et ses plaisirs ; il y en a tant que c’est à peine que, des quatorze ou seize heures qu’on y dort pas, l’on jouit une minute de chaque plaisir. On voudrait les avoir tous et comment en trouver le moyen ? Si la journée était de quatre-vingt-seize heures elle serait encore trop courte pour ceux qui courent après tous les plaisirs : boutiques, promenades, Champs-Elysées, Bois de Boulogne, Tuileries, Palais-Royal, Boulevard, partout l’on doit se montrer, il faut voir tout cela, dîner à six heures, courir les spectacles, comment trouver le temps à tout ? »

© Bernard CHEVALLIER, directeur des châteaux de Malmaison et Bois Préau, du musée napoléonien de l’Île d’Aix, et de la Maison Bonaparte à Ajaccio, conservateur général du patrimoine.

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