De Villepin à Donnedieu de Vabres
DE VIL PERLIMPINPIN A DONNEDIEU DE FABLES
ou les tribulations kafkaïennes d’un romantique par trop candide dans les méandres de la technocratie française.
(page rédigée en août 2005)
Tant vaut ne rien faire que de faire les choses à demi…
Les grands orateurs qui dominent les assemblées par l’éclat de leurs paroles sont, en général, les hommes politiques les plus médiocres ; leur force est dans le vague, la pratique les tue…
Notre ridicule défaut national est de n’avoir pas de plus grand ennemi de nos succès et de notre gloire que nous-mêmes.
(Napoléon Bonaparte)
Il est de bon ton de se moquer de nos édiles politiques, tout comme de notre administration, jugée pléthorique et inéfficace. Hélas – trois fois hélas ! Toutes ces récriminations de la “France d’en Bas” ne sont que trop justifiées. Souvent, la réalité dépasse l’imagination. En effet, je peux en témoigner : mon périple en dit long sur les dysfonctionnements de notre lourde machine étatique, mais aussi sur le peu de moralité de certains élus…
CHRONOLOGIE :
Août 2003 :
Je dépose un volumineux dossier auprès du Centre National du Livre, désireux de voir mon projet examiné par ce tout puissant organisme, théoriquement sous tutelle du ministère de la culture.
D’emblée, je sais que ma démarche est sans grand espoir : avec Napoléon comme sujet, avec un style délibérément néo-classique, des dessinateurs transalpins et un jeune éditeur hors système, je cumule sans doute tous les handicaps du point de vue de la commission BD !
Même si je doute d’obtenir ne serait-ce qu’une maigre subvention ou un appui financier, je pourrai au moins confondre ce CNL que je sais partisan et clientéliste ! Ses administrateurs sont en effet régulièrement épinglés par la Cour des Comptes sans que changent pour autant de bien nébuleuses pratiques.
Voyons donc si un projet scientifiquement et artistiquement solide, offrant par ailleurs de réelles perspectives commerciales, peut être “blackboulé” par ceux que l’Etat a chargé de soutenir l’édition culturelle !
J’aurai de plus l’occasion de prolonger mon “audit” des pseudos écoles d’art : parti à la recherche d’illustrateurs de talents, je me suis heurté à l’éradication quasi totale du dessin figuratif (voir : la quête du Graal)…
Malgré toutes mes appréhensions, je suis reçu avec beaucoup de chaleur par la charmante admistrative chargée d’instruire les dossiers. Elle fait même preuve, à ma plus grande surprise d’un réel enthousiasme.
Je m’empresse donc de lui soumettre quelques illustrations réalisées par le studio florentin, ainsi qu’un échantillon de l’iconographie collectée à Rome, Paris, et en Corse. Car il faut dire que mes laborieuses et passionnantes recherches préparatoires ont déjà bien avancé à l’époque.
Sa réaction me râvit. Elle trouve notre projet “magnifique”; elle ajoute même qu’il la “change des projets scatos” qu’elle voit passer d’ordinaire. Propos qu’elle illustre d’un geste de la main au dessus du sol. Nous sommes en effet installés dans des fauteuils aussi incorfortables qu’esthétiquement douteux.
“Votre travail rentre dans le cadre des grands projets” poursuit-elle. Tout de même, je lui fais part de mes doutes au sujet de la commisison BD. “Ils ne sont pas comme cela, vous verrez”, me rétorque-t-elle.
De toute façon, la prochaine commission est prévue en octobre, et nous serons bientôt fixés. Et puis, qui sait si son optimisme n’est pas fondé ? J’en viendrai presque à me convaincre que, faute d’objections sérieuses, la commission soutiendra in fine une BD néoclasique sur Napoléon 1er ! Un comble !
Si le sérieux historique de mon équipe, de même que la valeur des illustrateurs toscans me semblent incontestables, je n’ignore pas pour autant le danger, aux yeux de la commission, de ce projet politiquement et artistiquement incorrect.
Septembre 2003 :
Je pars dans l’Île de Beauté en vue d’effectuer quelques repérages et de poursuivre ma collecte de documents. Depuis le printemps, je bénéficie en effet des lumières d’un chercheur-collectionneur à l’érudition époustouflante, et probablement inégalée dans l’île.
Hélas, un message m’apprend bien vite que mon dossier ne pourra pas être présenté devant la commission BD -”sans que cela ne remette en cause la grande qualité du projet”, précise ma charmante interlocutrice du CNL.
Selon le secrétaire général, ma double fonction d’éditeur et de scénariste poserait en effet un problème juridique ! Voilà donc la parade pour esquiver le fond du dossier : des raisons de pure forme ! J’enrage.
Dès mon retour, j’appelle le CNL pour réclamer une motivation écrite. La voix un peu embuée, mon contact m’annonce l’arrivée prochaine d’un courrier. Quelques semaines plus tard, ne voyant toujours rien venir, je prends ma plus belle plume pour sonner poliment les cloches du secrétaire général du CNL. Et que croyez-vous qu’il arriva ? J’attends encore !
C’est là que je crus bon de chercher des soutiens politiques. Belle erreur à nouveau !
Début novembre 2003 :
J’écris à Dominique de Villepin, qui officie toujours au Quai d’Orsay. Fin décembre, je reçois une réponse suivie d’un coup de fil m’invitant à rencontrer l’un de ses plus proches collaborateurs.
J’avoue que je me réjouis un peu vite sur le moment. Je pensais que Dominique de Villepin allait m’aider efficacement, et surtout rapidement, comme l’aurait fait l’homme de génie autour duquel nous semblons communier.
Or, je n’avais pas idée du bourbier infernal dans lequel mon projet allait s’enliser !
29 janvier 2004 :
Rencontre avec M. Benoît Yvert, historien de la Restauration et chargé de mission auprès de Dominique de Villepin. Nous devisons près de trois quarts d’heure de manière assez cordiale. Malgré les louanges qu’il prodigue sur les qualités artistiques et pédagogiques du projet, Benoit Yvert avoue son incapacité à me soutenir directement, et me conseille de prendre langue avec le conseiller chargé des affaires culturelles.
20 février 2004 :
L’entretien avec M. Yves Saint Geours me paraît plus constructif. On me propose un partenariat avec le ministère, tout en acceptant de transmettre un second dossier rue de Valois.
Le conseiller culturel me demande un délai d’un mois, qui lui permettra d’étudier sous quelle forme son ministère pourrait intervenir. A ce stade de la réflexion, il envisage des pré-commandes sur le tirage de tête et le tirage standard. Je me mets à reprendre espoir. Apparemment, quelques semaines devraient suffire pour déboucher enfin sur du concret !
Raffarin III :
Las ! Quelques jours avant l’échéance, remaniement ministériel ! Villepin et son équipe déménagent place Beauvau. Yves Saint Geours m’informe alors qu’il part sous d’autres cieux… et que l’appui des affaires étrangères devient bien hypothétique sans Villepin. En termes clairs , je n’ai plus rien à attendre, sauf du ministère de la culture.
J’appelle donc la rue de Valois. Or mon dossier est introuvable ! J’apprends qu’il aurait déjà été archivé, et que telle serait même la procédure habituelle. Y compris sans alternance politique. Les bras m’en tombent ! Il faut tout reprendre à zéro…
Quelques jours plus tard, la secrétaire de Benoit Yvert me joint au téléphone et me transmet les nouvelles coordonnées de son chef, qui poursuit sa collaboration avec Villepin au ministère de l’intérieur. Le contact étant maintenu, je demeure dans l’illusion que le dossier est toujours suivi et soutenu par ce tandem de poids.
Afin de mettre tous les atouts dans mon jeu, je rencontre tout de même Patrick Labaune. “Il faut arriver à sortir le premier volume !”, me dit le député et ancien maire de Valence. Napoléonien, et tout aussi fasciné que moi par “Le Secret de l’Espadon” de l’inégalable E.P. Jacobs, il ne doute pas de mon succès, une fois cette premère étape franchie.
Il s’engage à contacter l’Education nationale, tout en reconnaissant avec moi que l’implication du “mammouth” ne semble guère probable. Mais il me convainc de tenter ma chance !
Dans le même esprit, je dépose un dossier auprès de Philippe Séguin, réputé fiable dès lors qu’il s’engage personnellement – et de fait, je ne peux que rendre hommage à l’ancien Président de l’Assemblée nationale, aujourd’hui Premier Président de la Cour des comptes, qui s’est montré irréprochable à mon égard.
J’ai la chance que Philippe Séguin accepte de cautionner mon projet auprès du nouveau ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres, comme auprès de François Fillon, son ancien “disciple”.
Je contacte ensuite Benoît Yvert, lui signalant que j’ai fait parvenir un nouveau dossier auprès du cabinet de Donnedieu de Vabres, qui vient de succèder à Jean-Jacques Aillagon, et auquel Philippe Séguin va écrire.
Bien sûr, je lui demande d’intervenir à son tour. Mais il me répond “qu’une intervention de ministère à ministère serait très mal perçue”. Benoît Yvert me conseille “d’attendre le résultat, avant de relancer Dominique de Villepin”, ce qu’il s’engage à faire “si rien n’a bougé d’ici le mois d’août”.
Début Juilllet 2004 :
Je m’impatiente car je n’ai toujours pas la moindre nouvelle de la rue de Valois. Un nouvel exemplaire de mon dossier a pourtant été déposé depuis plus de deux mois -le premier étant parti directement aux archives- rappelons cet épisode ubuesque !
Une secrétaire finit par me joindre et m’informe que le conseiller aux livres, Olivier Bosc, souhaite me rencontrer “rapidement”. Rendez-vous est donc pris quelques jours plus tard.
Les propos dudit conseiller me réconfortent : une fois encore, on vante la qualité de mon travail, chose “rare pour un projet recommandé”, me dit-il. Il m’explique qu’il en voit passer de belles : “si vous saviez ce que l’on est obligé de recevoir !” m’explique-t-il.
Comme je lui relate mes déboires avec le CNL, il me répond, d’un ton très assuré, que le nouveau cabinet va reprendre les choses en mains, qu’un partenariat est plus qu’envisageable : “Après tout nous sommes bien en plein bicentenaire napoléonien !” Effectivement…
Dès la semaine suivante, je suis invité à repasser au ministère. Bien naïvement, je crois qu’une dynamique s’installe, et que mes efforts et ma patience vont être payés en retour !
Tout sourire, M. Bosc m’annonce qu’il a reçu le courrier de Philippe Séguin, : “C’est une très bonne chose d’avoir le soutien du Premier Président de la Cour des comptes”. Puis il m’informe que le projet bénéficiera du label du ministère et qu’il peut en outre m’accorder 10 000 euros. Voila qui me semble déjà mieux que sa première annonce -vivre de label et d’eau fraîche la belle affaire !- mais ce montant est insuffisant pour relancer le projet et disproportionné par rapport à l’engagement de la Fondation Napoléon.
Mieux qu’une subvention, c’est une caution bancaire qu’il me faudrait, ou bien des pré-commandes, voire un partenaire privé. Malgré son coût, mon projet est en effet de nature commerciale : seul le premier album a besoin d’un soutien, et encore pour une courte durée !
C’est alors que le conseiller de la rue de Valois se trahit : il semble découvrir les tableaux chiffrés. A l’évidence, il n’a parcouru le dossier qu’en diagonale ! J’en reste bien dubitatif.
Et le voilà qui me rétorque que mes illustrateurs toscans sont chers ! Je lui suggère de refonder des écoles de dessin dignes de ce nom en France. Point ne serait besoin d’aller chercher en Toscane une solution graphique de qualité et effectivement coûteuse, si nous avions chez nous de petits David, Ingres, ou Delaroche en herbe !
Je l’invite ensuite à jeter un oeil sur le site Internet du studio florentin – puisqu’il ne l’avait pas encore fait. Force est de reconnaître que “c’est le top” pour reprendre son expression !
Le ministère pourrait s’impliquer plus substantiellement, “si j’avais déjà pignon sur rue”, me dit-il. Je lui explique que justement, je ne me reconnais pas dans les maisons de BD actuelles ! Mes références contemporaines sont Le journal Tintin de la Haute Epoque (1946-1960), comme son éditeur visionnaire Raymond Leblanc. En outre, si je suis un “bleu “, ni mes dessinateurs, ni mon entourage scientifique ne manquent d’expériences. Leurs références devraient suffire à le rassurer ! Il a entres ses mains tous les éléments pour jauger la qualité de mon équipe.
Olivier Bosc me propose alors d’aborder le sujet avec son homologue chargé du mécénat, et d’envisager sérieusement des pré-commandes et des cautions bancaires. Il me quitte en me proposant de nous revoir prochainement “pour faire le point”.
Méfiant, je m’empresse de lui envoyer un email lui demandant une confirmation écrite de ses engagements, requête à laquelle il se garde bien de répondre. Et pour cause quand on connaît la suite des évènements !
Resté sans nouvelles de sa “réflexion”, je parviens non sans mal à le joindre au téléphone en août. Je lui rappelle le contenu de notre second entretien et je m’étonne de son pesant silence au cours des dernières semaines. Il m’affirme qu’il a été très occupé à cause du décès de Françoise Sagan – j’ignore bien à quel titre d’ailleurs. Tout cela est de mauvais augure, me dis-je, car cette dame naviguait plutôt dans les troubles eaux de la Mitterrandie, et avait quelques jolies casseroles…
A ma grande stupeur, il m’annonce que nous allons finalement repasser par ce cher CNL – car il est là pour cela, me dit-il ! J’ai beau lui rappeler l’hostilité de principe des membres de la commission BD à un tel projet, rien n’y fait. D’un ton péremptoire, il me lance : “Mais, vous ne vous rendez pas compte ! Vous avez le soutien du ministre. Votre dossier redescend cette fois par le cabinet. Ils voteront un budget, et puis nous arbitrerons avec le ministre”.
Malgré une confiance en mon interlocuteur bien entamée, que puis-je répondre ? Je sens que je vais servir de cobaye, sans garantie de résultat. Hélas, je n’ai guère le choix. Nous verrons bien si le fringant conseiller aux livres et Renaud Donnedieu de Vabres détiennent l’influence qu’ils prétendent. S’il n’y avait un enjeu élevé pour moi, ce test politique pourrait être ludique…
Quelques jours plus tard, je reçois une copie du courrier envoyé par le ministre de la culture adressé à Philippe Séguin. Courrier très vraisemblablement dicté par mon interlocuteur au ministère, dont chacun pourra apprécier les “qualités rédactionnelles”. Si Renaud Donnedieu de Vabres accepte de signer des lettres aussi mal rédigées, que faut-il en conclure ?…
Courant Juillet 2004 :
J’entre en relation avec André Santini. Plusieurs raisons à cela :
Tout d’abord ses origines insulaires,
son sens aigu de la communication,
ses qualités éprouvées de gestionnaire et d’homme de terrain,
et enfin sa légitime passion pour Hergé, notre Maître à tous…
J’enregistre une réactivité record. Moins de dix jours après le dépôt du dossier, la directrice de la culture de la ville d’Issy les Moulineaux m’appelle sur mon mobile, alors que je m’apprête à poursuivre mes recherches en Bourgogne. Avec satisfaction, je remarque qu’elle s’est plongée dans les moindres détails du dossier. Et elle m’apprend alors que Monsieur Santini va me soutenir auprès de l’une de mes cibles privées…
Certes, les membres de cette Fondation n’ont pas souhaité s’impliquer dans le projet, sans doute moins sensibles à l’épopée napoléonienne que ne l’était l’industriel mécène Napoléon Bullukian ; mais je ne pouvais alors en faire grief à mon député-maire, encore moins à sa directrice de la culture de l’époque. Mais, par la suite, André Santini et Paul Subrini (le premier maire-adjoint d’Issy) se sont avérés tout aussi fantaisistes que les technocrates des ministères, et ont ruiné le crédit que je leur avais accordé à tort quand début 2006 ils ont pris de nouveaux engagements non suivis d’effets, me tenant en haleine jusqu’à la rentrée 2007. Le récit de mes contacts avec eux donnera lieu à un article tant cela est encore fort instructif. Mais n’anticipons pas et reprenons l’historique de mon chemin de croix de façon chronologique.
Août 2004 :
Je reprends contact avec Benoît Yvert. Contrairement à ce qu’il m’avait promis trois mois plutôt, il repousse encore à plus tard le recours à Dominique de Villepin, que je crois encore ma carte maîtresse.
Je dois attendre, une nouvelle fois. Et devinez quoi maintenant ? Et bien, le prochain remaniement ! On m’affirme que la fine équipe aura enfin les coudées franches !
En résumé, il faut patienter, toujours patienter, encore patienter. J’aurais préféré plus d’audace !
Rentrée 2004 :
Je suis reçu à l’Education nationale, une fois de plus grâce à l’intervention de Philippe Séguin. J’y vais le coeur léger : je me doute que le Cabinet Fillon ne favorisera en rien un projet pédagogique et artistique qui porte sur le “Sulfureux et encombrant Napoléon”.
Mes soupçons se confirment dès les premières minutes de l’entretien. Les questions du conseiller aux sciences humaines m’exaspèrent et me consternent. A l’évidence, il a feuilleté d’un doigt léger l’épaisse documentation remise deux semaines plus tôt.
Toutefois, je dois lui faire crédit de sa franchise : il est assez clair sur le soutien que pourrait apporter l’Education nationale. Pas question de fêter le bicentenaire des Lycées en 2006 par exemple. Oh que non ! Comme au CNL, on sait qui tient la maison même quand la droite est aux affaires… Je lui suis tout de même reconnaissant de ne pas m’avoir fait perdre mon temps en d’inutiles atermoiements.
Et puis, je sais désormais où se languit le portrait de Fontanes par Robert Lefebvre. Vu le peu d’intérêt que l’institution marque pour le Consulat et le Premier Empire, cette peinture pourrait sans doute réintègrer un musée, napoléonien de préférence.
Pour l’anecdote, le conseiller de François Fillon me demande tout de même assez obséquieusement si je connais personnellement Philippe Seguin. Amusé, je lui réponds que non, car je n’ai pas encore eu l’honneur de lui être présenté. Voilà ce qui paraît le rassurer. Mais que je suis en étroit contact avec sa fidèle collaboratrice Jacqueline Mattioli, qui en son nom suit mes desseins de très près.
Octobre 2004 :
Je suis enfin reçu par le Président du CNL, qui m’affirme hypocritement que le projet sera soutenu. Il prend toutefois soin de préciser qu’il ne faut pas attendre une aide aussi importante que celle de la Fondation Napoléon. Mais puisque Donnedieu et son conseiller doivent arbitrer ensuite, “let’s wait and see”… Qu’ils votent déjà ! Il sera toujours temps d’aviser.
La convocation du CNL ayant tardé, j’apprends que nous venons de manquer la dernière commission de l’année. La prochaine devant se tenir en mars 2005, je commence à me demander où je vais, ou plus exactement où me mènent tous ces clowns.
Cela fait près de dix mois que mes démarches ont été entamées auprès des institutionnels ! Et il faudrait encore attendre cinq mois pour une décision concrète ?
Novembre 2004 :
Le projet fait l’objet d’un court article dans Boulogne Billancourt Informations. Je le dois à la chaleureuse équipe de la magnifique Bibliothèque Marmottan.
Janvier 2005 :
Mon ami conservateur des cimetières ajacciens me met en relation avec France 3 Corse, qui vient faire un reportage sur le projet à La Malmaison, cadre magique où nous reçoit son directeur, Bernard Chevallier. Ce reportage est diffusé le samedi 29 janvier sur France 3 Corse, puis par la suite dans la France des régions.
Fin Mars 2005 :
La commission BD du CNL devant se réunir le 15 mars, je me manifeste rue de Valois – deux semaines de relances quasi quotidiennes pour joindre un Olivier Bosc de plus en plus “arlésien”. A chaque fois, on m’assure qu’il va me rappeler sans faute dès le lendemain…
Je pars ensuite pour un court séjour en Corse, où je dois sonder les élus de la Collectivité Territoriale et répondre à une nouvelle interview de la presse locale.
De plus en plus inquiet, je me résigne à contacter directement le CNL. Ô surprise on me signifie que la commission BD a émis un “avis défavorable”. En clair, un “bras d’honneur” au ministre. La nouvelle me foudroie sur place, non que l’humiliation de Donnedieu m’affecte grandement, mais parce que le coup porté au projet est des plus rudes et confirme mon pessimisme croissant.
Que de temps et d’énergie dépensés en pure perte ! Tout cela parce que je suis entré dans le jeu de ces gugusses, en bon candide. Or, je ne peux plus occulter l’évidence : je me suis fourvoyé, alors que j’aurais dû amorcer le plan B plus rapidement : étude de marché et recherches de partenaires sur le net.
La notification de la décision du CNL n’arrive qu’un mois plus tard. Laconique et sans motivation. Hallucinant !
J’envoie un dernier mail, d’une grande sobriété, à Olivier Bosc. Je lui demande ce qu’il faut faire, vu que le résultat n’est guère conforme aux assurances qu’il m’avait données. Il me semble que seul un partenariat direct avec le ministère de la culture comme je le désirais initialement, est désormais envisageable.
Bien sûr, je ne reçois aucune réponse. Black out total ! En bon technocrate, M. Bosc a choisi de tout enterrer à la sauvette. Notre conseiller aux livres aurait été obligé de reconnaître le bien fondé de mon scepticisme, mais aussi d’avaliser l’affront du CNL. Il fait le mort, car le remaniement approche : pour la petite histoire, Donnedieu étant donné pour le ministère de l’intérieur, mais l’ampleur du “Non” en décidera autrement.
Dès le coup de bambou, je téléphone Place Beauvau, d’où Benoît Yvert réitère son sempiternel message “attendez jusqu’au referendum” !
Juin 2005 :
Le cap du 29 mai vient de passer, coup de tonnerre sans appel pour nos dirigeants de la “France d’en Haut”. Hormis la mort clinique du TECE, il n’en résulte bien sûr qu’un jeu de chaises musicales, sans doute passionnant pour les intéressés, mais qui ne change rien au fond du problème. Le “bossu de notre dîme” se voit signifier sa mise au rebus, et l’impatient Villepin accède enfin à la rue de Varenne.
Vu mes déboires, je ne crois déjà plus en notre nouveau Premier Ministre mais je me dois de boucler la boucle. Je relance donc une ultime fois son conseiller Benoît Yvert, désormais installé à Matignon. J’informe sa secrétaire que je n’attendrai plus, que j’abandonne mes tentatives auprès des institutions centrales. Car je n’ai nullement l’intention de rester vingt deux mois supplémentaires, les bras croisés, à attendre que Villepin parvienne à l’Elysée.
Qui sait d’ailleurs s’il aurait même les capacités d’action nécessaires ? Il me semble que son accession au pouvoir suprême n’aurait rien de bon pour la France. Il n’y a que de la forme, mais pas de fond chez Dominique de Villepin. Tout comme chez Jacques Chirac.
Une fois encore je me heurte à un silence radio. Mais je n’insiste pas. Si Benoît Yvert a réellement l’intention de respecter ses engagements, répétés à chacune de nos conversations, il dispose toujours de mes coordonnées.
Il est par ailleurs pour le moins cocasse de savoir que ce proche collaborateur du nouveau premier ministre n’a fait qu’un passage éclair rue de Varenne, avant d’être parachuté dès la rentrée… à la présidence du CNL.
Mais voilà le résultats des courses : dix-huit mois perdus.
Vous m’objecterez peut être que j’ai mis cinq ans à constituer l’équipe technique et artistique. Certes, mais pour donner forme budgétaire à mon projet, on aurait pu penser aller plus vite. Il aurait suffi que ces énarques, amorphes, hypocrites, et menteurs donnent corps à leur “oui” de principe dans des délais raisonnables, et nous aurions pu sortir le premier volume cette année !
Un “non” clair et rapide eût été préférable, car j’aurais su d’emblée à quoi m’en tenir, afin de rebondir vers d’autres directions.
En écrivant ces lignes, il me revient à l’esprit l’extrait d’un sketch de Coluche, qui dépeignait des grands commis de l’Etat au milieu du désert, “obligés d’aller acheter du sable ailleurs”.
Je crois pouvoir m’enorgueillir d’être le tout premier déçu du Villepinisme. Mais d’autres suivront rapidement… Espérons-le du moins, car il est bien capable de duper les masses, le temps de succéder à son mentor. Nul doute pourtant qu’il fasse “pschiiiiiit” à son tour.
Il aurait mieux fait de méditer cette phrase de Napoléon “la meilleure façon de tenir sa parole est de ne rien promettre”. De ce point de vue, il est malheureusement l’héritier tout désigné de Chirac, le Galouzeau, à des années lumières des deux Empereurs, voire même de leur modeste ersatz de Colombey.
Et quand je pense que je défendais Villepin contre vents et marées face à mes amis sarkozystes ou de gauche – enfin des vrais, pas des bobos ! Quand on m’objectait le mépris, la suffisance, et la morgue absolue qu’il affichait en privé, je me refusais à y croire. Mais force est de constater que mes amis faisaient preuve de plus de lucidité que moi. J’étais aveuglé par le lyrisme et le romantisme de façade du personnage.
Quand on me rappelait qu’il était l’homme du cabinet noir, chargé de veiller à ce qu’aucune des innombrables affaires “abracadabradantesques” ne conduise à terme son protecteur vers le cossu quartier VIP de la Santé, et que l’on ne peut collaborer de si prêt avec Chirac sans être plus que “limite” selon la jurisprudence rocardienne, je me faisais encore et toujours son avocat, quoique avec moins de convictions. L’argument me semblait porter davantage.
La seule chose que je dois à notre premier ministre, c’est finalement une bouteille de champagne : j’avais parié que son absurde conseil conduirait au retour de la gauche aux affaires. Par la finesse de son analyse de l’échiquier politique et des rapports de force en présence, le “Néron” de “Madame Pipi…èces jaunes”, avait su dissoudre en 1997 la droite parlementaire avec un brio remarquable !
Ce fait d’arme politique devait en faire à juste titre la risée du monde journalistique et politique pendant quatre ans. Il ne faut pas oublier que bien avant son beau discours tout symbolique à l’ONU, c’est bien Napoléon qui en 2001 avait sorti le Père Joseph de Jacques Chirac de l’ornière où il s’était fourré suite à sa stupide dissolution. Son ouvrage sur “Les Cent jours et l’esprit de sacrifice” avait sensiblement redoré son blason. La caution de la Fondation Napoléon (accompagnée d’un prix de 100 000 frs) lui avait en plus apporté une certaine légitimité sur le sujet.
Aujourd’hui, qu’il s’imagine un destin présidentiel, il semble vouloir lisser son personnage et juge sans doute utile d’occulter sa passion (réelle ou de pure circonstance ?) pour Napoléon Bonaparte. Son comportement relativement ingrat, voire même un peu lâche lors du bicentenaire d’Austerlitz me conforte dans cette opinion. Espérons que sa stratégie présidentielle échouera aussi piteusement que sa grandguignolesque dissolution de 1997, que les français comprendront que l’on ne peut pas continuer sur la voie chiraquienne qu’incarne Dominique de Villepin, qu’une rupture est souhaitable, qu’il faut s’inspirer des modèles économiques qui en Europe fonctionnent bien mieux que le notre, et mettre en oeuvre de vraies réformes. Nous n’avons que déjà perdu trop de temps.
Je m’interroge. Comment cet homme, visiblement impuissant à donner en cinq cents jours l’impulsion nécessaire à mon projet napoléonien, aurait-il pu résoudre en cent jours la question, autrement plus complexe, d’un chômage endèmique en France depuis plus de trente ans ? Et comment peut-il balancer pareilles balivernes à la télévision ?
S’il s’imagine en héros romantique, tel un Bonaparte, qu’il pastiche dans le maniement du verbe avec quelque talent, il oublie que Napoléon était un homme du concret ; un poète romantique certes, mais un poète romantique “en action” selon Jacques Bainville. Or Villepin appartient à cette caste des pseudo élites, dépourvue de toute prise sur le réel, n’ayant de la France qu’une vision abstraite.
Ajoutons que bien peu de choses le différencient de Renaud Donnedieu de Vabres dont la particule est tout aussi peu signe de noblesse que la sienne, au sens propre comme au figuré. Si le courage d’affronter le suffrage universel les distingue, leurs échecs les réunissent.
En 2001 par exemple, Donnedieu de Vabres entreprend d’arracher la mairie de Tours aux mains des socialistes – défaite cuisante et sans appel, alors que la droite l’emporte largement dans le pays. Puis en 2004, le voilà condamné pour le financement occulte de l’ancien Parti Républicain, en compagnie de son ami François Léotard. Mais, évènement unique dans les annales, il est nommé aussitôt ou presque ministre de la culture ! Beau tour de force après un tel haut fait judiciaire !
Il faut dire que notre homme avait viré sa cuti au printemps 2002, abandonnant le camp centriste pour la clique chiraquienne. Pour prix de ce ralliement, le monarque élyséen lui avait offert une nouvelle virginité politique et le maroquin du malheureux Aillagon. Nul doute qu’il aurait figuré en bonne place dans le Dictionnaire des girouettes s’il avait vécu deux siècles plus tôt !
Que vaut donc sa parole, ou même un engagement écrit de sa part ? N’oublions pas qu’il accompagnait les sbires de Mme Boutin dans les manifestations anti-pacs de 1999, où l’un des plus élégants slogans était “les Pédés aux bûchers”. A en croire Act Up, il aurait pourtant fini comme Jeanne d’Arc si ses amis du jour étaient passés à l’acte…
S’il existe encore à l’échelon local des élus dynamique et efficaces, qui font honneur à la politique, et qui se dévouent parfois au détriment de leurs propres intérêts. cet exemple n’est hélas guère suivi du pouvoir central.
Qui peut ignorer que les nominations ministérielles sont le fruit de combinaisons purement “stratégiques” ? Faut-il encore s’étonner qu’un ministre des Affaires étrangères ne parle pas le moindre mot d’anglais à l’ère de la mondialisation ? Ou bien que le choix de son successeur tienne à des jeux d’alliances internes à la “majorité” plus qu’à de quelconques compétences ministérielles ? Les récurrentes douste blazeries en attestent, faisant le bonheur heddomadaire du Canard Enchainé. Parmi ses nombreuses bourdes, celle sur les juifs britanniques demeure un monument de bétise digne d’une Edith Cresson au sommet de sa forme.
Mais le pompon de la médiocrité politique, c’est notre Chef de l’Etat qui la détient ! Quelle trace laissera-t-il dans l’Histoire, notre amateur de Corona et de combats de Sumo ? Il se voulait le héraut du néo-gaullisme, mais il s’est bien abstenu de tirer les conclusions de sa piteuse dissolution. La plus élémentaire des dignités lui dictait pourtant sans ambiguïté le comportement à tenir.
Sa filiation, s’il y a, elle le relie plus à Paul Deschanel ou Félix Faure qu’à Charles de Gaulle ! Chirac passera peut être à la postérité, mais seulement grâce à l’anecdote historique comme le bon Roi Dagobert.
De Jacques Chirac, on se souviendra peut être de ses commentaires ineptes sur le football, dans une maladroite tentative d’exploiter les retombées médiatiques de la Coupe du Monde de 1998. Le bougre ne connaissait ni les joueurs, ni les rudiments du sport le plus populaire au monde ! Espérons que l’on n’oubliera pas non plus l’inénarrable image d’un Président paniqué devant un “mulot”, et cependant tout prêt à nous vendre de l’Internet en bon VRP.
Mais le summum du ridicule fut sans nul doute atteint quand il étala ses attributs génitaux au fort de Brégançon, scène immortalisée par quelques paparazzis. Chirac surclassa ce jour là le pauvre Deschanel, qui était tombé de son train, mais qui avait eu la décence de se couvrir d’un pyjama…
Dans quel monde vit-il cet énergumène ? Au terme de douze années de pouvoir, il nous laissera comme seul bilan un monochrome virginal à la Malevitch… Fort heureusement, on se consolera de ce pathétique spectacle en jetant un oeil compatissant de l’autre coté de l’Atlantique – là où sévit l’alter égo de notre Gaston Lagaffe national : un cowboy oligophrène, bien en peine de maîtriser les ruades de son VTT, et victime de cette redoutable arme de destruction massive qu’est le Bretzel ? Il finirait par nous faire prendre la vessie chiraquienne pour une lanterne !
Face à des spectacles si affligeants, on comprend mieux l’hostilité d’un Chirac à toute commémoration napoléonienne. C’est que le parallèle donne le vertige, tant le contraste est saisissant. Ainsi, Chirac aurait interdit de fêter les succès militaires de Napoléon tout en faisant passer aussi sous silence son oeuvre civile, pourtant bien plus extraordinaire encore.
Enfin, comment ne pas être outré du sort reservé au bicentenaire du Code Civil, modèle dupliqué un peu partout dans le monde, et pas seulement en Europe ? Le très “charismatique” Président de l’Assemblée Nationale, dont le seul titre de gloire est d’être le petit fils d’un grand chirurgien, est parvenu à discourir du Code civil sans prononcer une seule fois le nom de Napoléon. Gonflé, le Jean-Louis Debré ! Et beau symptôme du malaise que le grand Homme suscite dans la plus grande partie de la caste politique contemporaine.
Pendant que nous laissons passer, les bras ballants, les anniversaires du Consulat et de l’Empire, nos amis britanniques, organisent de grandioses festivités pour le deux centième anniversaire de leur victoire à Trafalgar, exhibant à cette occasion le Victory, vaisseau amiral de Nelson, relique précieusement conservée depuis deux siècles. On ne peut pourtant les blâmer de se soucier de leur Histoire. Sans compter qu’ils nous donnent dans la foulée une leçon de lobbying et de réalisme, décrochant au nez et à la barbe du “plagiste” Bertrand Delanoé, l’organisation des Jeux Olympiques de 2012.
Or pendant ce temps, que font nos édiles ? Ils manient la langue de bois avec un art consommé, et sont tout à leurs petits jeux politiciens. Ils ne songent qu’aux attributs du pouvoir, alors que seul son exercice devrait les guider.
Leur seul but est de “communiquer”, de flatter leurs petits égos, quitte à discréditer un peu plus la politique. Que penser en effet d’un Président du Sénat qui offre l’hémicycle du Luxembourg à un show médiatique, de surcroît absolument grotesque ? Ce lieu sacré et chargé d’Histoire était-il l’endroit le plus adapté pour accueillir une telle manifestation ? Et, énorme cerise sur le gâteau, Christian Poncelet devait-il se fendre d’une courte allocution, au risque de discréditer plus encore nos institutions ?
On en vient à se demander si l’incompétence n’est pas plus nocive que la corruption ! Ces deux maux ne sont pas incompatibles d’ailleurs, tant s’en faut, et nous ne voyons sans doute que la partie immergée de l’iceberg.
Mais il faudrait cesser de nous bassiner avec cette vieille antiènne : “la majorité des hommes politiques sont honnêtes” A dire vrai, nul n’en sait rien ! On peut tout au plus affirmer que la proportion des politiques sans tache est certainement supérieure à celle des participants au Tour de France cycliste qui carburent exclusivement… à l’eau claire. Chacun est “blanc comme neige” tant qu’il n’est pas pris la main dans le sac, et tant que la machine judiciaire ne peut fonctionner sans entrave : le dossier de celui qui fut Maire de Paris de 1977 à 1995 est bien trop volumineux pour que l’on s’y attarde ici…
Mais au fond, les Français n’ont-ils pas les gouvernants qu’ils méritent ? Si nous sommes toujours en Démocratie, ce régime ressemble de plus en plus au Directoire. Et il est affligeant de constater qu’à gauche François Mitterrand a triomphé de Michel Rocard, et qu’à droite il en fut de même de Jacques Chirac avec Philippe Séguin. Par delà les convictions politiques de chacun, ce n’est pas l’éthique qui en sort grandie.
Dans un tel contexte, on comprendra qu’il soit malvenu de rappeler quelques faits : il y a deux cents ans, un génie de 30 ans remettait sur pied une France ravagée par l’une des Révolutions les plus radicales et criminogènes de l’Histoire. La tendance actuelle de faire table rase du passé se comprend : il est tellement plus commode de soustraire notre époque au jugement de l’Histoire !
Son enseignement comme celui du dessin d’ailleurs, devrait pourtant constituer des chantiers prioritaires. Car ce ne serait pas du luxe : Jack Lang, ancien ministre de la culture et de l’Education nationale, ignorait l’origine de la rue du 4 septembre – s’adresser à l’Ina pour revoir l’accablante émission de Thierry Ardisson ! Lionel Jospin, pour sa part, citait le comportement de Léon Gambetta lors de l’affaire Dreyfus – il était mort depuis plus de dix ans à cette époque !
Hier encore, de telles lacunes auraient sonné le glas d’une carrière. Or ce n’est plus le cas : ces hommes politiques qui aspirent à nous guider vers un avenir radieux ne savent pas d’où nous venons…
Pour en revenir à l’enseignement du dessin, il fut tout simplement lui banni après 1968. Des moules ont même été détruits aux Beaux Arts ! Le résultat, c’est qu’aujourd’hui les dessinateurs talentueux sortis des écoles d’Art sont devenus une denrée plus que rare. Il faut dire que ces établissements sont depuis longtemps entre les mains des fumistes adeptes d’un conceptuel fumeux, tous victimes consentantes du “syndrome de l’Empereur nu” rançon de notre formidable “modernité”.
Resistons ! Car dans le fameux conte, il suffit qu’un enfant naïf dénonce la forfaiture pour que tout l’édifice se fissure puis s’effondre.
Or que voyons-nous ? Quand on sait ce que recouvre – et même couvre – le commerce de l’Art Contemporain, on s’aperçoit que tout est faussé, que les valeurs ont été inversées. Les meilleurs de nos journalistes d’investigation pourraient y trouver matière à de belles enquêtes et à d’édifiants reportages… En effet, rien n’est plus facile que de faire surgir un artiste “d’exception”, dont la cote monte brusquement, et qui servira d’utile paravent à bien des pratiques de blanchiment, contre lesquelles nul ne semble rien pouvoir, ou vouloir, entreprendre.
Songeons également aux sommes dilapidées par nos gouvernants dans des projets artistiques parfois ouvertement bidon, telles les “boîtes à merde” de Piero Manzoni… Devant pareille pointe de la modernité, s’extasient pourtant un Jack Lang, mais aussi un Jean-Jacques Aillagon, tous deux à la limite de l’orgasme. Une modernité à laquelle le commun des mortels semble pourtant ne rien entendre…
Rappelons aussi que le replâtrage des immondices qui déparent tant la cour du ministère de la culture va coûter aux contribuables la bagatelle de 2,6 millions d’Euros. Bien plus pertinent aurait été un “changement de support à la Duchamp” : ces cylindres auraient enfin rejoint une décharge corrézienne ou charentaise.
La droite tenait là une occasion de s’affirmer. Cette “performance” salutaire aurait été remarquée et avalisée par tous les esprits censés. Mais au lieu de raser ces grotesques et prétentieuses protubérances, si bien raillées dans une mémorable parodie de la 7 des Inconnus, ces lâches ont opté pour une “restauration”. Toujours à la remorque de la gauche, la droite française s’est empressée de venir au secours de ce “chef d’oeuvre en péril”, vingt ans seulement après le caprice languien qui nous a légué cette catastrophe. On tombe des nues quand on voit la facture totale !
Et l’on reste comme deux ronds de flan devant le bâtiment annexe du ministère de la culture, sis rue Saint-Honoré : un magnifique immeuble sur lequel un orthodontiste a eu l’idée saugrenue de greffer des “échafaudages permanents”. Construire du toc à foison ne suffit plus aux architectes contemporains : il leur faut désormais gauchir aussi les travaux de ceux qui les ont précédés.
Et de cette hérésie architecturale, le ministère de la culture est fier ! Cette hideuse “danseuse” lui coûtera pourtant une petite fortune, et le contraint à des économies drastiques. Mais il paraît que tout cela fait le bonheur des pigeons parisiens. Chacun sait que l’Art Contemporain leur est tout spécialement dédié !
Complexée, sur la défensive, la droite a donc lâché sur tout dans le domaine culturel. Le talent artistique serait-il le monopole de la gauche, qui passe également pour avoir celui du coeur ? Si le clientélisme est particulièrement bien organisé à gauche – il tourne même à plein régime -, on assiste en face à une auto-flagellation qui confine presque au masochisme, tant la peur, voire la culpabilité, de ne pas être « up to date » pousse à la surenchère…
Souvenons nous que “l’usine pétrochimique”, cette verrue si incongrue surgie en plein de coeur de Paris, n’est pas un monstre engendré par la gauche, mais la créature d’un Président aux “goûts raffinés” : Georges Pompidou, à qui nous devons également nos désastreuses voies sur berge et le massacre du XIIIme arrondissement, où désormais, pour paraphraser Napoléon “il y a plus à détruire qu’à construire pour embellir”.
Bien sûr, ces critiques n’ont pas de sens pour les auteurs de ces horreurs. A en croire les tenants de l’art officiel, tout le monde, ou presque, serait aujourd’hui en droit de s’auto désigner artiste, mais seule une élite supérieurement intelligente pourrait appréhender et juger la création contemporaine.
Pour ma part, je crois que le talent est inné, un don de Dieu s’il existe, il reste insuffisant en soi. Il nécessite une initiation et l’acquisition d’un savoir-faire propre à chaque discipline artistique. On ne peut donc mettre sur le même plan un Michel-Ange, un Vinci, ou un David avec un Mondrian ou un Malevitch. J’ose ajouter que seules les oeuvres des trois premiers artistes-artisans ont une vocation universelle.
Assurément, le temps fera son oeuvre. Espérons donc qu’un sursaut se produira, et qu’une heureuse inversion de tendance nous ramènera vers les fondamentaux de l’Art. Mais, pour cela, il ne faudra pas compter sur Dominique de Villepin ou Renaud Donnedieu de Vabres…
DEBBAUT Guy a dit,
juillet 26, 2007 à 5:09
Un pays mérite et est responsable de l’incurie de ses dirigeants (TAYLLERAND)
Il est souhaitable que les nouveaux dirigeants de la France ayent des vues plus large sur votre projet qui ne doit pas rester au stade de projet , mais devenir un fleuron de la B.D.
Au C.B.B.D. nous sommes totalement avec votre projet qui DOIT aboutir.
DEBBAUT Guy a dit,
juillet 26, 2007 à 5:19
Une toute dernière remarque afin de donner une touche internationale a cette B.D. d’exception , serait que chaque pays parle sa propre langue….francais , corse , anglais etc….dans un mème livre du jamais vu !…donc encore un peu plus de rève car nous en rèvons de votre NAPOLEON .
Jean Duchemin a dit,
novembre 3, 2007 à 9:43
Bien cher monsieur, Votre désolante aventure pré-éditoriale ne m’étonne guere. Si je puis me permettre de vous le faire remarquer, vous vous êtes adressé aux mauvaises personnes dès le départ. Je ne doute pas que l’échec que vous avez connu incombe très probablement directement à l’impéritie de M. Benoît Yvert connu dans le milieu des historiens, des libraires en livres anciens et des experts en livres anciens pour son arrivisme forcené. Bonne chance tout de même pour la suite de votre projet. JD
Jean Duchemin a dit,
novembre 3, 2007 à 9:48
J’ajoute que dans le climat politico-culturel actuel, l’ancien et obscur conseiller technique, M. Benoît Yvert, n’est guère en odeur de sainteté à l’Elysée bien peu enclin à reconduire dans ses fonctions les anciens fidèles de M. Dominique de Villepin. JD