03.30.08

LA QUATRIEME DYNASTIE OU LES NAPOLEONIDES - LE PRINCE IMPERIAL “NAPOLEON IV”

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Napoléon-Eugène-Louis-Jean-Joseph-Napoléon-Bonaparte (1756-1879), Prince Impérial

(16 mars 1856 - 1er juin 1879)

Prince Impérial 

(16 mars 1856 - 4 septembre 1870)

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LA QUATRIEME DYNASTIE OU LES NAPOLEONIDES - NAPOLEON III (1808-1873)

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Napoléon III (1808-1873), empereur des Français (1852-1870) en uniforme de général de brigade, dans son Grand Cabinet aux Tuileries, en 1862 par Hippolyte Flandrin

(20 avril 1808 - 9 janvier 1873)

Empereur des Français

(2 décembre 1852 - 4 septembre 1870)

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03.29.08

LA QUATRIEME DYNASTIE OU LES NAPOLEONIDES - NAPOLEON II (1811-1832)

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Napoléon II (1811-1832), roi de Rome, puis Empereur des Français (1815) par Thomas Lawrence

(20 mars 1811 - 31 juillet 1832)

Empereur des Français

(22 juin - 7 juillet 1815)

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LOUIS-MARIE COMTE DE NARBONNE-LARA (1755-1813)

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Louis-Marie-Jacques-Amalric, comte de Narbonne-Lara (1755-1813) par Herminie Déhérain

J’aurais nommé Narbonne grand maréchal du palais à la mort de Duroc… Il est devenu homme de cour, homme de beaucoup d’esprit et diplomate de haute valeur. Malheureusement j’ai écouté Talleyrand qui le craignait.

(Napoléon Bonaparte)

NARBONNE-LARA (Louis, comte DE), lieutenant général, diplomate et ministre, né à Colorno, duché de Parme, en 1755, mort en 1813. Sa mère était dame d’honneur de la duchesse de Parme, Elisabeth de France, fille de Louis XV. Il fut amené, à l’âge de cinq ans, à la cour de France, où sa mère devint dame d’honneur de Mme Adélaïde, reçut ses premières leçons du dauphin, fit de bonnes études à Juilly, apprit presque toutes les langues de l’Europe et s’initia à la connaissance de la jurisprudence et de la diplomatie. Il prit ensuite du service, eut un avancement rapide et devint colonel du régiment d’Angoumois, puis du régiment de Piémont, sans cesser d’être attaché à la famille royale, qui le traitait avec une grande bonté. Il y avait d’ailleurs sur ce bel officier de cour, qui avait une vogue brillante auprès des dames, une légende assez répandue ; on se disait tout bas qu’il était un des bâtards de Louis XV. Quelle que soit la valeur de cette assertion, M. de Narbonne, qui était d’ailleurs un homme aimable, instruit et spirituel, jouissait dans le monde de tous les avantages que peuvent procurer une grande fortune, une position élevée, une belle figure et les plus brillantes relations. A l’époque de la Révolution, il parut accueillir quelques-unes des idées constitutionnelles, toutefois sans engouement, et peut-être sans conviction réelle. En 1790, son régiment se trouvant à Besançon, il se fît nommer commandant des gardes nationales du Doubs et apaisa quelques troubles avec assez de modération. L’année suivante, il était à Paris lorsque Mesdames résolurent de partir pour Rome, et il accepta la mission d’accompagner les tantes du roi. A Arnay-le-Duc, elles furent arrêtées par la municipalité ; Narbonne parvint à s’échapper, accourut à Paris pour solliciter un décret qui permît à ces dames de continuer leur route. Il fut assez heureux pour l’obtenir, remplit sa mission et revint en France presque aussitôt. Nommé maréchal de camp par l’Assemblée, après la fuite de Varennes, il fit acte de royalisme en n’acceptant d’être replacé sur le cadre qu’après l’acceptation de la Constitution par Louis XVI. Peu de temps après, le 6 décembre 1791, il parvint au ministère de la guerre par l’influence de Mme de Staël, dont on prétend qu’il était l’amant. C’était une main bien légère pour porter l’épée de la France. Sa jeunesse et sa frivolité, en effet, semblaient le rendre peu propre à ce poste élevé, dans les circonstances critiques où l’on se trouvait. Néanmoins, il déploya quelque activité. Il devenait de plus en plus certain que la guerre ne tarderait pas à éclater, et, dans la situation de désorganisation où était l’état militaire du pays, il était de la dernière importance de prendre des mesures décisives. Le nouveau ministre fit en grand apparat la visite des places fortes et des côtes, ayant à sa suite Mme de Staël, donna le bâton de maréchal à Rochambeau et à Luckner, qui furent désignés, ainsi que La Fayette, pour commander autant d’armées en voie de formation, et présenta à l’Assemblée des rapports, d’ailleurs assez inexacts, sur notre situation militaire. Souvent attaqué à la tribune et dans la presse, il était appuyé néanmoins par quelques feuilles girondines et par les feuillants. Il eut l’idée romanesque et qui semble éclose dans la tète d’une femme, de placer un étranger a la tête de l’armée française, le duc de Brunswick, le même qui bientôt allait signer le fumeux manifeste de la coalition et qui passait pour le premier général de l’Europe. Il fit partager cette idée à Louis XVI ; des négociations furent ouvertes, mais n’aboutirent point. On sait aussi que d’autres, plus extravagants encore, rêvaient de placer Brunswick sur le troue de France. Les rivalités de Narbonne avec Bertrand de Molleville amenèrent sa retraite du ministère, qu’il dut quitter après trois mois et quelques jours (10 mars 1792). Quoi qu’on en ait dit, il laissa peu de trace de son court passage et dépensa son activité surtout en projets. Il retourna alors a l’armée, prit part à quelques affaires, revint à Paris quelques jours avant le 10 août, appelé par le roi et probablement engagé dans les petites intrigues des feuillants pour enrayer la Révolution, fut décrété d’accusation après la prise des Tuileries, relativement surtout à la partie financière de son administration, et s’enfuit à Londres, aidé par le dévouement de Mme de Staël. Lors du procès du roi, il sollicita de la Convention un sauf-conduit pour venir défendre et son ministère et le monarque. N’ayant pu l’obtenir, il envoya à l’Assemblée un mémoire justificatif en faveur de Louis XVI. Lors de la guerre entre la France et l’Autriche, l’ex-ministre se retira en Suisse, puis en Allemagne, rentra en France après le 18 brumaire, vécut dans la retraite jusqu’en 1809, recouvra à cette époque son grade de lieutenant général, fut employé à Vienne, puis nommé gouverneur de Raab jusqu’à la paix de Schœnbrunn. Son esprit délié, ses manières d’ancienne cour engagèrent Napoléon à lui confier des missions fort délicates en Bavière, à Vienne et au congrès de Prague. Il avait été aide de camp de l’Empereur pendant la campagne de Russie. Nommé ensuite gouverneur de Torgau, il y mourut, les uns disent d’une chute de cheval, les autres d’une maladie contractée en soignant les milliers de soldats malades dont cette place était encombrée. Une de ses filles a épousé M. de Rambuteau, préfet de la Seine sous Louis-Philippe. Courtisan spirituel et souple sans trop de bassesse, élégant de manières et d’une politesse exquise, fertile en bons mots et en reparties fines, M. de Narbonne plaisait beaucoup à Napoléon, qui avait, comme on le sait, un engouement de parvenu pour les hommes de l’ancien régime.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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03.26.08

JOHANN-WOLFGANG GOETHE (1749-1832), POETE ET ROMANCIER ALLEMAND

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Johann-Wolfgang Goethe (1749-1832), poète et romancier allemand par Johann Heinrich Wilhelm Tischbein

Voilà un homme !

(Napoléon Bonaparte)

GOETHE (Johann-Wolfgang), illustre écrivain allemand, l’un des plus beaux génies de son époque, né à Francfort-sur-le-Mein en 1749, mort à Weimar le 22 mars 1832. Il appartenait à une famille de riches bourgeois, qui le destinait à la carrière du barreau. Il commença ses études à Leipzig (1768), les acheva à l’université de Strasbourg (1769-1771), et, reçu docteur en droit, revint dans sa ville natale pour y exercer la profession d’avocat. Mais tout autre était sa destinée. La jurisprudence était peut-être la chose dont il s’était occupé le moins. Sophocle et Aristophane, Corneille, Racine et Molière, Shakespeare et Klopstock, la Bible dans le texte hébreu, la philosophie, l’histoire, les romans de chevalerie, les anciennes ballades nationales, les sciences exactes, l’alchimie même, il avait voulu tout connaître, et ces éléments si divers fermentaient dans sa jeune tête, désordonnés, mais féconds. Le mouvement littéraire en Allemagne était de sa part l’objet d’une étude particulière. Gottsched, le défenseur intrépide du goût français, était descendu dans la tombe en laissant de nombreux, disciples. En réaction de cette tendance, Klopstock et beaucoup d’autres arboraient la bannière de Shakspeare et de Milton. Répudiant anglomanes et gallomanes, Lessing essayait de frayer des routes nouvelles au génie allemand, mais il y avait en lui plus de volonté que de puissance. A Goethe était réservée la gloire de créer une littérature nationale. « Le goût, disait-il, c’est la juste appréciation de ce qui doit plaire en tel pays ou à telle époque, d’après l’état moral des esprits. » Ainsi, la tradition était brisée ; l’écrivain s’affranchissait de toute règle absolue pour n’obéir qu’à sa propre inspiration. Le coup d’essai du novateur est un drame, Goetz de Berlichingen (1773). C’est le héros de la guerre des paysans, le chef de la guerre sociale à la fin du moyen âge, idéalisé, glorifié comme le dernier défenseur de la liberté et de la justice. Le sujet seul était fait pour remuer les âmes ; la manière émouvante dont il était traité, la naïve et sauvage énergie des peintures, la hardiesse du plan en dehors de toute idée admise, l’originalité du style, révélaient à l’Allemagne l’avenir de son théâtre. L’année suivante parut Werther. Gœthe s’y peint lui-même, amoureux fou, brisé dans ses affections par les convenances sociales, désespéré, roulant dans sa tête des pensées de suicide, et les justifiant par des subtilités. Ce tableau est exagéré, on le sent ; mais il fascine, il entraîne, et, pour peu qu’on soit jeune et malade de cœur, on se sent dégoûté de la vie comme le héros du roman. L’accueil que reçut Werther fut une véritable frénésie. On le traduisit dans toutes les langues de l’Europe ; il devint le type d’une foule de romans dans le même genre, dont les plus célèbres sont le René de Chateaubriand et l’Obermann de Senoncourt. En exprimant ses peines, Gœthe semble s’être soulagé : les œuvres qui succèdent à Werther annoncent le calme de l’âme. La tragédie du Comte d’Egmont, commencée en 1775, est une exaltation du dévouement ; Wilhelm Meister, 1777, une peinture vraie de la vie d’artiste ; Iphigénie en Tauride, 1786, une idéalisation de la beauté antique, mélange de l’art grec et de l’art chrétien ; Torquato Tasso, 1790, une rêverie mélancolique. Il y a là plus de régularité dans l’ordonnance, une grande richesse de style, des beautés de premier ordre ; mais toute cette magnificence nous laisse froids : l’écrivain a cessé de suivre ses impressions personnelles, le poète s’est fait artiste. Pourtant il retrouve toute son originalité dans ses Lieds : le Calme de la mer, le Roi de Thulé, le chant nocturne du Voyageur, celui du Comte prisonnier, et tant d’autres pièces délicieuses ont renouvelé en Allemagne la poésie lyrique. Faust, cette création incomparable, le triomphe du génie de Goethe, et qui résume toute sa vie intellectuelle, comme celle de son époque, suivit de près ces premières productions. Werther était le découragement du cœur, Faust est le désenchantement de l’intelligence. Ce dernier livre manque d’unité ; commencé en 1790, continué eu 1807, il ne fut achevé qu’en 1831. La première partie, qui appartient à la jeunesse de l’auteur, est incontestablement la plus vigoureuse et la plus belle. Goethe passa la plus grande partie de sa vie à la cour de Weimar, ou il fut appelé en 1776. Il ne s’en éloigna depuis que pour faire un voyage en Italie, 1786-1789, et pour une course rapide, en 1792, à la suite du duc de Brunswick, qu’il accompagnait lors de l’invasion de la Champagne. Il fut le véritable roi intellectuel de cette cour brillante, rendez-vous de tous les talents, et dont l’éclat valut à Weimar le surnom d’Athènes germanique. Pendant son séjour à Erfurt, en 1808, Napoléon voulut voir le grand écrivain, objet dune idolâtrie universelle. A la suite d’un long entretien dont l’histoire a enregistré le souvenir, le guerrier détacha de sa boutonnière la croix de la Légion d’honneur, pour la placer sur la poitrine du poète. De 1815 à 1828, Goethe remplit les fonctions élevées de premier ministre de Saxe-Weimar. Il mourut, ou plutôt il s’éteignit doucement, enivré d’hommages, le front couronné d’une auréole de gloire. On était aux premiers jours du printemps ; le soleil se jouait dans les plis de ses rideaux, qui en interceptaient les rayons ; il demanda qu’on les ouvrît, en s’écriant : « de la lumière ! delà lumière ! » dernière étincelle d’une âme tout entière consacrée au culte du beau. Il fut inhumé dans la chapelle grand ducale de Weimar, entre le prince Charles-Auguste, son protecteur, et Schiller, son ami et son compagnon d’armes dans les luttes littéraires du commencement de ce siècle. Gœthe avait la fibre sèche. On l’a vu traverser les orages de la Révolution, assister au drame de l’Empire, presque sans s’émouvoir ; les efforts héroïques des peuples vers la liberté l’ont laissé indifférent. Aussi le publiciste Bœrne lui demandait-il avec amertume : « Quelles larmes as-tu séchées ? Quelles douleurs as tu consolées ? » II ne faut pas demander aux hommes plus qu’ils n’ont reçu de la nature. Goethe était un écrivain puissant ; il a révolutionné, rajeuni la littérature, et c’est là son titre à l’immortalité. A lui appartient la création de cette école romantique qui a brillé d’un si vif éclat sous la plume de lord Byron, et dont le dernier et le plus intrépide représentant est Victor Hugo. « Gœthe, a dit Mme de Staël, pourrait représenter la littérature allemande tout entière ; non qu’il n’y ait d’autres écrivains supérieurs à lui, sous quelques rapports, mais seul il réunit tout ce qui distingue l’esprit allemand, et nul n’est aussi remarquable par un genre d’imagination dont les Italiens, les Anglais, ni les Français ne peuvent réclamer aucune part… Gœthe se plaît, dans ses écrits, comme dans ses discours, à briser les fils qu’il a tissés lui-même, à déjouer les émotions qu’il excite, à renverser les statues qu’il a fait admirer. Lorsque dans ses fictions il inspire de l’intérêt pour un caractère, bientôt il montre les inconséquences qui doivent en détacher. Il dispose du monde poétique comme un conquérant du monde réel, et se croit assez fort pour introduire, comme la nature, le génie destructeur dans ses propres ouvrages… J’ai dit que Goethe possédait à lui seul les traits principaux, du génie allemand ; on les trouve tous en lui à un degré éminent : une grande profondeur d’idées, la grâce qui naît de l’imagination, grâce plus originale que celle que donne l’esprit de société ; enfin une sensibilité, quelquefois fantastique, mais par cela même plus faite pour intéresser des lecteurs qui cherchent dans les livres de quoi varier leur destinée monotone, et veulent que la poésie leur tienne lieu d’événements véritables. » Les compatriotes de Gœthe lui ont élevé plusieurs statues, et ils célèbrent religieusement le j’our de sa naissance.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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03.18.08

PRINCE CLEMENT DE METTERNICH-WINNEBURG (1773-1859)

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Clemens-Lothar Wenzel, chancelier prince Metternich (1773-1859), homme politique autrichien

Metternich est tout près d’être un homme d’Etat : il ment très bien.

(Napoléon Bonaparte)

METTERNICH-WINNEBURG ( Clément-Wenceslas-Népomucène-Lothaire, comte, puis prince DE), duc DE PORTELLA, célèbre diplomate et homme d’Etat autrichien, né à Coblentz le 15 mai 1773, mort à Vienne le 5 juin 1859. A l’âge de quinze ans, le jeune Metternich alla étudier à l’université de Strasbourg, où il eut pour condisciple Benjamin Constant, avec qui il se lia étroitement. Il acheva sa philosophie en 1790, quitta alors Strasbourg pour aller assister au
couronnement de l’empereur Léopold, puis alla terminer sou instruction à Mayence. Après a voir visité l’Angleterre et la Hollande, il vint habiter Vienne, où il épousa, à l’âge de vingt et un ans, la fille du prince dellaunitz-Rietberg (1795). M. de Metternich, qui venait d’entrer dans la diplomatie, suivit son père comme simple secrétaire au congrès de Rastadt, puis il accompagna le comte de Stadion dans ses missions en Prusse et à Saint-Pétersbourg, fut nommé ministre à la cour de Dresde (1801), à celle de Berlin (1803), où il prépara une nouvelle coalition contre la France, et enfin ambassadeur à Paris en 1806. Le système politique que le comte de Metternich venait représenter auprès de Napoléon était compliqué. La maison d’Autriche avait subi bien des revers depuis la première coalition contre la France ; Bonaparte, général et consul, lui avait arraché deux fois le Milanais ; Moreau l’avait refoulée sur le Danube, Rentrée en lice par son alliance avec la Russie, elle avait vu cette nouvelle coalition écrasée à Austerlitz. Le cabinet autrichien avait dû signer le traité de Presbourg, stipulation imposée par la nécessité, qui brisait le vieil empire d’Allemagne et en finissait en quelque sorte avec la maison d’Autriche. Dans cet état de choses, M. de Metternich devait avant tout chercher à plaire au vainqueur ; il y réussit complètement : on était alors chez nous en plein retour vers les choses d’autrefois. Napoléon faisait fouiller les archives pour y déterrer de vieux formulaires d’étiquette. Joignant aux avantages de la naissance la figure la plus séduisante, les manières les plus distinguées, un esprit fin, une parole facile, le jeune ambassadeur eut un succès prodigieux. Il avait mission de plaire ; il s’en acquitta avec autant d’habileté que de zèle. Bien accueilli par Napoléon, à qui il fit croire qu’il était dévoué à sa politique, M. de Metternich fut à même d’étudier le despote qui faisait mouvoir le monde à son gré et de deviner parfois les ressorts mystérieux qui le faisaient agir. Le jeune ambassadeur insistait alors fortement pour fonder entre la France et l’Autriche un système solide d’assurance mutuelle contre la Russie. L’entreprise d’Erfurt déjoua ses projets des promesses furent échangées entre Napoléon et Alexandre. Il fut un instant question de partager l’Europe en deux. L’Autriche se vit en péril et fit en secret des préparatifs de guerre. M. de Metternich reçut l’ordre de plaire plus que jamais et de continuer à Paris sa comédie pacifique. Napoléon, alors occupé à poursuivre l’armée anglaise dans la Péninsule, fut tout à coup prévenu que l’armée autrichienne avait passé l’Inn et envahissait la Bavière, notre alliée. Furieux, il ordonna aussitôt à Fouché de renvoyer M. de Metternich à la frontière, entre deux gendarmes ; mais Fouché se contenta de faire escorter le carrosse de l’ambassadeur. Deux mois s’étaient à peine écoulés que l’Autriche, écrasée à Wagram, implorait la paix et signait le traité de Vienne (14 octobre 1809). Sur ces entrefaites, M. de Metternich fut nommé chancelier et ministre des affaires étrangères par l’empereur d’Autriche (8 octobre 1809), et, réconcilié avec Napoléon, fut envoyé auprès de ce dernier avec le comte de Bubna pour traiter de la paix. Une occasion se présenta bientôt pour l’Autriche de rentrer en grâce auprès du terrible vainqueur. Il venait de divorcer avec Joséphine et était sur le point d’épouser une sœur de l’empereur de Russie, M. de Schwartzenberg, alors ambassadeur à Paris, fut chargé de s’expliquer à ce sujet ; un mariage fut proposé et accepté le même jour (février 1810) et M. de Metternich vint lui-même conduire la fille des césars dans la couche du soldat triomphant. Le cabinet de Saint-Pétersbourg ayant vu ce mariage avec déplaisir, Napoléon, qui visait à la dictature universelle, brisa son alliance avec la Russie et la guerre fut déclarée. L’Autriche prit naturellement parti pour Napoléon, et, par les soins de Metternich, un traité d’amitié, d’union et d’alliance à perpétuité fut signé à Paris le 14 mars 1812, entre Napoléon et l’empereur François II ; la Prusse se jeta aussi dans cette alliance et, peu de jours après, soldats alliés traversaient le Niémen ; mais, six mois plus tard, les choses avaient singulièrement changé de face. Après la désastreuse retraite de Russie, la défection du général prussien d’York venait de livrer notre aile gauche ; celle du général Schwartzenberg, notre aile droite ; Alexandre avait passé la Vistule, le roi de Prusse s’était jeté dans ses bras, et les vaincus d’Iéna couraient aux armes. Quant à l’Autriche, elle mit plus d’habileté dans sa trahison. M. de Metternich se contenta d’établir une trêve tacite entre les armées autrichienne et russe et proposa la médiation de l’Autriche à l’empereur des Français. Les négociations durèrent tout l’hiver de 1812 à 1813. Pendant ce temps, des levées considérables se faisaient sur tout le territoire autrichien, l’armée devait être portée à 300.000 hommes, et M. de Metternich justifiait ces armements par la position naturelle dans laquelle se trouvait l’Autriche : quand les belligérants étaient si rapprochés du territoire d’un neutre, il paraissait tout naturel que ce neutre prit des précautions pour se préserver lui-même. D’un autre côté, le cabinet anglais envoyait lord Walpole à M. de Metternich, pour lui offrir d’énormes avantages si l’Autriche voulait entrer dans la coalition. Immédiatement, le diplomate autrichien envoya le baron de Weissemberg en mission secrète à Londres, sous le prétexte d’amener une pacification générale, mais en réalité pour s’arranger avec le cabinet anglais (mars 1813). Deux mois plus tard, Napoléon, contre lequel un nouvel ennemi, la Suède, venait de se coaliser, enleva par les victoires de Lutzen et de Bautzen la Saxe aux coalisés. L’Autriche se présenta alors comme médiatrice armée, et envoya le comte de Bubna à Napoléon et le comte de Stadion aux alliés. Un armistice fut conclu à Plesswitz, et ou accepta de part et d’autre l’ouverture, à Prague, d’un congrès que présida Metternich. C’est quelques jours avant, à Dresde, où était sou quartier général, que Napoléon eut avec Metternich cette fameuse conversation rapportée par Metternich lui-même et par le baron Fain, qui en fut le seul témoin. Metternich, de l’aveu même de M. Thiers, apportait la paix ; mais l’empereur en trouva les conditions exagérées, et traita fort durement Metternich, qui sortit l’âme ulcérée et persuadé que désormais la paix était impossible avec la France, tant que Napoléon y régnerait. Enfin, le ministre, désirant faire cesser des négociations qui, traînant en longueur, permettaient à l’empereur de gagner du temps, déclara que, si, le 10 août suivant, les propositions de l’Autriche n’étaient pas acceptées, cette puissance entrerait dans la coalition formée contre la France. Napoléon dédaigna même de répondre, le congrès de Prague fut dissous et Metternich se rendit à Tœplitz, où il fit entrer l’Autriche dans la coalition en signant un traité d’alliance avec l’Angleterre, la Prusse et la Russie. Une note du cabinet de Vienne annonça au comte de Nesselrode et à M. de Hardenberg que désormais l’Autriche, membre de la coalition, mettait en ligne 200.000 hommes, massés derrière les montagnes de la Bohême. La joie des alliés fut indicible. Dix jours après parut le manifeste de l’Autriche ; ce fut alors que Napoléon se ravisa et fit porter à Prague son acceptation, mais il était trop tard : M. de Metternich déclara l’impossibilité de traiter séparément, et répondit qu’il fallait en référer simultanément aux trois cours, désormais inséparables dans leur politique. Napoléon, qui ne perdait pas tout espoir d’entraîner l’Autriche dans ses intérêts et qui comptait encore sur la victoire, proposa de négocier pendant la guerre, alors que les armées autrichiennes s’ébranlaient pour tourner la ligne de l’armée française ; mais, malgré tous ses efforts, il se vit écrasé par le nombre. Après la désastreuse bataille de Leipzig (octobre 1813), la déclaration de Francfort et l’invasion de notre territoire, un congrès s’ouvrit à Chatillon (février-mars 1814). Metternich, qui désirait la paix et qui avait une grande influence sur les décisions des coalisés, fit offrir à Bonaparte des conditions relativement avantageuses, car la France conservait ses frontières de 1792. Napoléon accepta les bases proposées, mais il chicana sur les détails. Un moment, le duc de Vicence reçut carte blanche pour traiter à tout prix et éviter une bataille suprême. Cette bataille eut lieu. Les succès remportés à Brienne, à Champaubert, à Montmirail changèrent les dispositions de Napoléon. Il écrivit à l’instant au duc de Vicence pour lui recommander de ne rien signer, sans son ordre. « Il faut faire des sacrifices, lui répond en toute hâte le duc de Viceuce, il faut les faire à temps ; comme à Prague, si nous n’y prenons garde, l’occasion va nous échapper. » Ces paroles de Caulaincourt n’étaient que la reproduction exacte des lettres confidentielles que lui adressait M. de Metternich. Le chancelier autrichien était alors partisan sincère du maintien de Napoléon sur le trône ; ses défiances naissantes contre la Russie et les liens de famille qui unissaient Bonaparte à son souverain rendaient ce sentiment tout naturel ; il voyait grossir l’orage ; la prépondérance qu’il avait exercée de l’autre côté du Rhin commençait à lui échapper. L’Angleterre se prononçait pour les Bourbons, la Russie penchait de ce côté, et Napoléon luttait encore, exigeant, avant tout traité, l’évacuation du territoire. L’heure de sa chute avait enfin sonné. Bientôt Paris ouvrit ses portes au prince de Schwartzenberg, et tandis que l’empereur d’Autriche et Metternich s’étaient arrêtés à Dijon pour ne pas assister à la prise de la capitale où régnait Marie-Louise, l’empereur Alexandre, circonvenu par une intrigue de salon, en présence d’une, nation épuisée par la guerre, démoralisée par le despotisme, devenue incapable de se prononcer virilement pour la liberté, trancha la question de dynastie en faveur des Bourbons. M. de Metternich resta étranger aux intrigues qui substituèrent Louis XVIII au gendre de François Ier d’Autriche, mais il signala convention de Fontainebleau puis la paix du 30 mai 1814, et ce fut lui qui présida le congrès de Vienne, où fut remaniée la carte de l’Europe, et où il obtint pour l’Autriche la part du lion. Ce grand remaniement de l’Europe, interrompu un instant par les Cent-Jours, fut continué après Waterloo ; la France fut mutilée, la Saxe spoliée, la Prusse bizarrement constituée, l’Italie livrée pieds et poings liés à l’Autriche, la malheureuse Pologne dépecée, la Belgique accouplée de force à la Hollande. L’acte fédératif du 8 juin, réduisant à néant les promesses libérales des proclamations de 1813, reconstruisit pour l’Allemagne le vieil équilibre féodal, et la Russie, s’étendant à travers la Pologne, atteignit les frontières de la Prusse. Ce n’est pas sans raison que l’abbé de Pradt a pu dire : « La guerre de l’indépendance de l’Europe contre la France a fini par l’assujettissement de l’Europe à la Russie, ce n’était pas la peine de tant se fatiguer. » (Congrès de Vérone, tome 1er.) Metternich négocia encore la seconde paix de Paris (2 novembre 1815) et, à partir de cette époque, il fut constamment occupé de maintenir l’œuvre de despotisme constituée par les alliés et ébranlée par de fréquentes secousses. L’Allemagne réclamait l’accomplissement des réformes libérales promises au moment du danger. Les associations universitaires ne s’étaient pas dissoutes après la victoire ; la Burschenschaft s’était étendue comme un réseau sur toute l’Allemagne ; l’Italie s’agitait, une tribune s’élevait à Naples ; le Piémont renversait sou roi, l’Espagne emprisonnait le sien, la Pologne frémissait sous son triple joug. Pour aviser aux moyens d’écraser l’esprit libéral en Europe, des congrès eurent lieu à Aix-la-Chapelle (1818), à Carlsbad (1819), à Troppau (1820), à Laybach (1820). M. de Metternich, qui avait traité avec le saint-siège en 1818 et dirigé les conférences où avaient été rédigés l’acte final de Vienne et celui de la confédération germanique, présida la plupart de ces congrès et y exerça une influence prépondérante. Adversaire acharné de la liberté et des droits des peuples, il formula sa politique odieuse dans la déclaration suivante, faite au congrès de Laybach : «II appartient aux souverains seuls d’accorder et de modifier les institutions en ne restant responsables de leurs actes qu’envers Dieu. » L’effervescence universitaire de l’Allemagne fut momentanément réprimée, la tribune de Naples fut fermée et le Piémont envahi par l’Autriche. La double répression, base du système de M. de Metternich en Allemagne et en Italie, entraîna un mouvement de réaction, car la liberté ne se laisse point toujours impunément opprimer ; mais la Sainte-Alliance en vint enfin à bout, et si l’armée autrichienne, aidée des Russes, n’occupa point tout de suite le Piémont et les Deux-Siciles, il faut avoir la justice de dire qu’on le doit à, la résistance de Louis XVIII, qui déclara à M. de Metternich « que si les armées autrichiennes envahissaient le Piémont, l’occupation ne saurait être d’une longue durée, car la France ne pourrait souffrir les Autrichiens sur les Alpes. » Cependant les rois coalisés finirent par avoir le dessus sur les peuples ; l’armée autrichienne entra en Piémont et Naples fut conquise. M. de Metteruich dirigea les discussions du congrès de Vérone (1822), qui fut le triomphe de la réaction. La France reçut la déplorable et honteuse mission de comprimer les cortés espagnoles, comme Metternich avait été l’exécuteur armé des volontés de l’Alliance contre Naples et le Piémont, et la Révolution fut étouffée. Tous les actes de cabinet, toutes les proclamations qui suivirent la tenue des congrès dont nous venons de parler furent spécialement l’œuvre de M. de Metternich, regardé alors par toutes les chancelleries comme le premier diplomate de l’Europe. M. de Metternich vit avec un grand déplaisir l’insurrection des Grecs, car il craignait que la Russie, dont il connaissait les projets ambitieux sur Constantinople, n’intervînt ; ce qui eut lieu, en effet, en 1827. Il fit sonder alors le ministère français ; mais on l’écouta à peine, car des négociations ouvertes entre les cabinets de Londres, de
Saint-Pétersbourg et de Paris, sur la question des Grecs, aboutirent au traité de juillet et à la bataille de Navarin. Il tenta vainement de faire renoncer les puissances à suivre une politique qui tendait finalement à tuer la Turquie au profit de la Russie ; mais, voyant la position de l’Autriche sur le Danube sérieusement menacée, il s’adressa au cabinet de Saint-Pétersbourg, et ses remontrances eurent pour résultat d’arrêter les Russes à Andrinople. Pendant ce temps, les événements ‘marchaient en France vers une crise inévitable ; le ministère de M. de Polignac était formé. Sous le simple point de vue diplomatique, c’était un avantage pour l’Autriche, car on sortait du point de vue russe pour entrer dans les idées anglaises. Toutefois, un esprit aussi subtil que M. de Metternich ne pouvait voir sans appréhension une lutte engagée entre les pouvoirs politiques dans un pays comme la France, habitué à donner l’impulsion au reste de l’Europe. Enfin éclata la Révolution de Juillet. Dans cette circonstance, M. de Metternich attendit la Révolution l’arme au bras, mais sans faire contre elle aucune démonstration hostile. Cette modération fut poussée si loin que, dès qu’un gouvernement régulier fut établi en France, le ministre autrichien se hâta de le reconnaître, sans affection comme sans haine, et par ce seul motif, dit-il, qu’un gouvernement régulier est toujours un fait protecteur de l’ordre et de la paix publique. Cependant il continua à augmenter insensiblement l’influence autrichienne en Italie, sans trop de souci des traités et dans la confiance que le gouvernement de Louis-Philippe n’était pas encore assez affermi pour s’y opposer. Mais lorsque le cabinet de Vienne , enhardi par la longanimité du nouveau gouvernement, voulut régler à sa fantaisie les affaires d’Italie et intervint militairement dans les Etats du pape, l’occupation d’Ancône par les Français montra qu’il y avait des limites que la monarchie de Juillet ne laisserait pas franchir. Depuis cette époque, l’Autriche se tint en Italie simplement sur la défensive. Après la mort de l’empereur François, M. de Metternich resta le ministre et le conseil de son successeur Ferdinand 1er, et se réjouit un instant, en 1840, de voir la question d’Orient amener entre la France, et l’Angleterre une rupture presque complète ; mais prévoyant ensuite qu’une guerre générale s’ensuivrait et qu’elle se ferait au profit de le Russie, il fut le premier à proposer son entremise pour le maintien de la paix en 1841. En 1846, les mariages espagnols amenèrent une rupture momentanée dans les relations de l’Angleterre et de la France. Ce dernier pays se rapprocha du cabinet de Vienne ; mais ce rapprochement ne fut que momentané ; l’année suivante, un dissentiment s’éleva même à propos des affaires de la Suisse. L’avènement de Pie IX, qui passait à tort pour favoriser les idées libérales et nationales, fut en Italie le signal d’une effervescence qui gagna bientôt la Lombardie, la Vénétie, la Hongrie, la Bohême. M. de Metternich, essayait vainement de la comprimer, lorsque la chute de Louis-Philippe et la proclamation de la république vinrent ajouter de nouvelles complications à ces embarras. Le diplomate autrichien songea alors à faire des réformes dans le sens libéral, mais il était trop tard ; il fut débordé et l’insurrection de la Vénétie, le 13 mars 1848, l’obligea à donner sa démission d’un poste qu’il occupait depuis trente-huit ans. M. de Metternich traversa l’Allemagne en ébullition et alla à Dresde, d’où fut obligé de gagner la Hollande, puis Bruxelles, où il s’établit en 1849. Au mois de juin de l’année 1851, il revint habiter sa propriété de Johannïsberg, où le nouvel empereur le visita et vint lui démander ses avis, sans toutefois le rappeler aux affaires, ce dont il eut quelque dépit, d’autant plus qu’il se voyait remplacé par un homme bien inférieur à lui, le prince de Schwartzenberg, dont il était loin, et avec raison, d’approuver la politique. Metternich vit la guerre de 1859, entre la France et l’Autriche, mais il mourut quelques jours trop tôt pour recevoir la nouvelle de la signature du traité de Villafranca. qui devait porter une si grave atteinte, à l’oeuvre de 1815. Le prince de Metternich avait été marié trois fois. Après avoir perdu sa première femme, il épousa, en 1827, la baronne Marie-Antoinette de Leykham, qu’il perdit le 12 janvier 1829. Il se remaria une troisième fois, le 30 janvier 1831, avec la comtesse Mélania Zichy, morte cinq ans avant lui, le 30 mars 1854. Le prince de Metternich aimait les sciences, les lettres, les arts, qu’il cultivait pendant ses loisirs. « Homme d’esprit et non de génie, dit M. Léo Joubert, plus capable de profiter des circonstances, que de les faire naître, plus habile à tourner les difficultés qu’à les résoudre, devant beaucoup à sa haute naissance, il eut le mérite et le bonheur, de conduire supérieurement les affaires de son pays à travers la crise de 1813, et depuis il vécut un peu sur sa réputation. A force d’entendre dire qu’il représentait le génie de la résistance, il avait fini par le croire, et il aimait à se donner pour un professeur infaillible de politique conservatrice. » « Son système à l’intérieur, dit Capefigue, consistait à maintenir, à l’aide d’une police ombrageuse, de la censure et d’un blocus intellectuel, l’Autriche en dehors de l’influence et de l’action des idées révolutionnaires, à conserver immobile le statu quo en défiance des innovations, quelles qu’elles fussent. Toutefois, cette tactique fut impuissante à protéger la monarchie autrichienne contre l’agitation révolutionnaire de l’époque. Sous ce système engourdissant, l’administration avait fini par perdre toute énergie. » Le prince de Metternich employa tout son talent, et un talent très réel, à soutenir cette politique à courte vue, politique fausse, impuissante, qui consista à refouler toutes les aspirations légitimes des peuples, à n’accorder aucune réforme jusqu’à l’heure où éclatent les révolutions. Ou ne saurait donc considérer M. de Metternich comme un grand homme d’Etat ; mais, tout en soutenant une politique immorale, il se montra, incontestablement, un diplomate retors, rompu aux affaires, et il exerça sur la diplomatie européenne un incontestable ascendant. Si on le considère à ce dernier point de vue, on ne saurait nier qu’il n’ait employé tous ses efforts à rendre l’Autriche puissante et forte ; mais, comme il ne s’appuyait que sur la force, son œuvre devait être éphémère, et elle commençait à tomber en dissolution lorsqu’il mourut. « Il fit de l’Autriche, dit un écrivain anglais, l’une des plus grandes monarchies de l’Europe, fortifiée sur le Pô, sur le Danube, sur le Rhin, touchant d’un côté aux riches plaines de l’Italie, appuyée sur la haute Allemagne, l’Illyrie, les provinces slavoniennes, et s’étendant jusqu’aux rives des Riesengebirge. Comme ministre de cet immense empire, Metternich fut le Titan de son siècle. Sans recourir au glaive, partout où il étendit son action, il remporta la victoire. Par de secrètes stipulations avec les princes, l’Italie était à ses pieds. Il gouvernait la Germanie au moyen de la confédération qu’il avait lui-même organisée et qui, outre les troupes impériales, plaçait sous son contrôle une armée de 300.000 hommes. Napoléon lui-même, dans la suprématie de son pouvoir, avait à peine une armée plus considérable que celle que Metternich acquit par des moyens pacifiques et conserva en persuadant à l’Europe qu’elle était nécessaire au maintien de la paix générale… Dès l’âge de vingt-cinq ans, jusque vers la fin de sa vie, il fut le véritable régent de cet amas de populations hétérogènes réunies sous le sceptre de la maison de Habsbourg ; et le prestige de sa haute situation, joint au succès de sa tactique, lui donna près des princes étrangers plus de crédit qu’ils n’en accordaient souvent à leurs propres conseillers. Son nom était également respecté à Rome, à Pétersbourg, à Paris pendant la Restauration, à Londres pendant la régence, et à Vienne. Son action n’était donc point, comme celle des autres potentats, restreinte dans les limites de son pays, elle s’étendait aux plus importants du globe. Partout où il s’élevait quelque grande question, sa voix avait la prépondérance. Pendant plus d’un demi-siècle, il présida aux conseils de la diplomatie et, fut le guide de la politique européenne. »

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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03.16.08

CHARLES-LOUIS DE HABSBOURG (1771-1847), ARCHIDUC D’AUTRICHE

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Général Charles-Louis de Habsbourg (1771-1847), Archiduc d’Autriche

Le prince Charles est un homme sage, aimé par ses troupes… Bien qu’il ait commis un millier de fautes, il est le meilleur général autrichien.

(Napoléon Bonaparte)

CHARLES (l’archiduc), fils de l’empereur d’Autriche Léopold II, né à Vienne en 1771, mort en 1847. Il commanda l’avant-garde du prince de Cobourg dans les campagnes de 1793, et fut nommé peu après gouverneur des Pays-Bas et feld-maréchal. Appelé en 1796 au commandement de l’armée du Rhin, il eut quelques succès sur Moreau à Rastadt, sur Jourdan à Amberg et à Wurzbourg, mais s’attarda à prendre Kehl pendant que Bonaparte triomphait en Italie. Il franchit enfin les Alpes pour prendre le commandement de l’armée impériale, décimée à Arcole, et malgré ses talents n’essuya que des revers. En 1799, il battit Jourdan sur le Rhin, passa en Suisse, fit assaut de manœuvres et d’audace avec Masséna, mais sans résultat, et fut rappelé sur le Rhin. Privé de son commandement par suite de ses dissensions avec les généraux russes, il accepta le gouvernement de la Bohème, fut rappelé après le désastre de Hohenlinden, réorganisa l’armée, combattit jusqu’à la paix de Lunéville (1801), commanda une armée, en Italie dans la campagne de 1805, gagna la victoire de Caldiero sur Masséna, mais fut forcé d’accourir à la défense des Etats héréditaires, se porta en Bavière en 1809, fut défait dans plusieurs actions importantes où il avait Napoléon pour adversaire, à Eckmühl, à Essling, à Vienne et à Wagram en où il lutta avec un talent qui fit flotter la victoire et la rendit indécise. Découragé, fatigué surtout de voir ses plus belles combinaisons compromises par des généraux incapables, il résigna son commandement et vécut depuis dans la retraite. L’archiduc Charles était un stratége de premier ordre et l’un des bons généraux de son temps. Au sein d’une cour qui professait les principes de l’absolutisme le plus complet, l’archiduc-Charles nourrissait des idées libérales, et encourut la défaveur impériale. Il portait une sincère affection au duc de Reichstadt. On a de lui deux ouvrages célèbres : Principes de la stratégie expliqués par les opérations de la campagne d’Allemagne en 1796 (Vienne, 1814) ; Histoire de la campagne d’Allemagne et de Suisse en 1799 (Vienne, 1819).

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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CHARLE-GUILLAUME-FERDINAND DUC DE BRUNSWICK (1735-1806)

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Charles-Guillaume-Ferdinand, duc de Brunswick (1735-1806)

Les faux calculs des jeunes gendarmes sont pardonnables ; mais la conduite de ce vieux prince âgé de soixante-et-onze ans est un excès de délire dont la catastrophe ne saurait exciter de regrets. Qu’aura donc de respectable la vieillesse si , aux défauts de son âge, elle joint la fanfaronnade et l’inconsidération de la jeunesse ?

(Napoléon Bonaparte)

BRUNSWICK ( Charles-Guillaume-Ferdinand, duc DE), neveu de Ferdinand, signataire du fameux Manifeste qui a gardé son nom, né à Brunswick le 9 octobre 1735 , mort, à Altona le 10 novembre. 1806. Comme tous les princes de sa maison, il reçut une éducation extrêmement soignée, et montra dès son adolescence des facultés supérieures. Formé dans l’art de la guerre par ses oncles le prince Ferdinand et le grand Frédéric, il se distingua de la manière la plus éclatante dans la guerre de Sept ans, comme général au service de la Prusse. Après la conclusion de la paix, il entreprit, sous le nom de comte de Blackenbourg, de longs voyages, d’abord en France, où il se lia avec les esprits les plus distingués ; puis en Italie, à Rome, où l’antiquaire Winckelmann le guida dans ses explorations ; enfin en Moravie, en Silésie, en Westphalie, en compagnie du grand Frédéric, qui lui donna de nouveau un commandement dans la guerre de la Succession de Bavière (1778). Le duc de Brunswick y soutint sa réputation militaire et succéda, en 1780, à son père dans le gouvernement du duché. Mirabeau, qui le vit quelques, années plus tard, fait le plus grand éloge de son administration, et le représente lui-même comme un homme tout à fait supérieur. Lors des troubles de la Hollande, en 1787, il reçut le commandement de vingt mille Prussiens, et s’empara d’Amsterdam, d’ailleurs faiblement défendue. A l’époque de la Révolution française, le duc de Brunswick était généralement regardé comme un des meilleurs généreux de l’Europe. Aussi, après le traité de Pillnitz, dès les premiers mouvements contre la France, fut-il nommé généralissime des armées alliées (Prusse et Autriche). Il fit précéder son invasion par un Manifeste daté de Coblentz (25 juillet 1792), et qui a donné à son nom une triste célébrité. Il n’était point l’auteur de cette pièce odieuse, dont la rédaction appartient à la faction des émigrés, et l’on prétend qu’il ne la signa qu’avec la plus grande répugnance ; mais enfin il consentit à la signer, et ce fait seul suffit pour ternir sa réputation. On a rapporté aussi que, dans la suite, il ne parlait de cet acte qu’en le qualifiant de déplorable, et qu’il démentit, dans une lettre rendue publique, Bertrand de Molleville qui, dans ses Mémoires, lui attribuait une part dans la rédaction du Manifeste. Sa lettre se terminait ainsi : « Il est bien permis de chercher à éviter de passer, dans les siècles à venir, pour un étourdi inconsidéré. » (Mallet du Pan, Mémoires et correspondance.) Mais, encore une fois qui l’obligeait à signer ? Probablement, l’ambition de garder le commandement en chef. Qu’il conserve donc dans l’histoire la responsabilité de cet acte, qui n’était pas seulement contraire au droit, à la justice, à l’humanité, mais encore qui violait toutes les règles du droit des gens, toutes les règles de guerre établies entre les nations civilisées. On a dit aussi que l’empereur d’Autriche et le roi de Prusse, informés que des propositions brillantes lui avaient été faites pour le porter à embrasser la défense de la Révolution française, l’avaient mis dans la nécessité d’apposer son nom sur ce Manifeste de sang, dans le but secret de le compromettre pour jamais au regard de la France. Les Mémoires tirés des papiers d’un homme d’Etat se sont faits l’écho de ce bruit ; mais est-il vrai qu’un parti, un groupe d’hommes politiques, constitutionnels, girondins ou autres, séduits par la réputation militaire du duc de Brunswick, aient songé à l’attirer en faisant luire à ses yeux le mirage de la couronne de France ? Il n’est guère possible de répondre à une telle question. D ailleurs, ce rêve insensé, s’il a quelque réalité, ne dut jamais s’élever même à l’état de projet. Quoi qu’il en soit, par une coïncidence bien étrange, le jour même où le duc de Brunswick signait le manifeste, c’est-à-dire le 25 juillet, le girondin Carra publiait a Paris, dans son journal (Annales patriotiques), l’article suivant, qui fut plus tard un des motifs de son arrêt de mort : « Rien de si bête que ceux qui croient ou, voudraient faire croire que les Prussiens songent a détruire les jacobins, et qui n’ont pas vu dans ces mêmes jacobins les ennemis les plus acharnés de la maison d’Autriche, les amis constants de la Prusse, de l’Angleterre et de la Hollande… C’est le plus grand guerrier et le plus grand politique de l’Europe que le duc de Brunswick. Il ne lui manque peut-être qu’une couronne, je ne dis pas pour être le plus grand roi de l’Europe, mais pour être le restaurateur de la liberté en Europe. S’il arrive à Paris, je gage que sa première démarche sera de venir aux jacobins, et d’y mettre le bonnet rouge… » Sans doute, on peut regarder cette absurde tirade comme une présentation de candidat, d’autant plus qu’alors la chute de Louis XVI, n’était plus douteuse ; mais la coïncidence même de la publication avec celle du Manifeste, qui en eût été le plus détestable commentaire, éloigne toute idée d’un concert quelconque. Carra était un esprit assez chimérique, et c’était une de ses manies de songer à des princes étrangers. N’ayait-il pas déjà soulevé, un jour, tout le club des jacobins en proposant d’appeler le duc d’York au trône de France ? Cependant Brunswick entra en France dans les premiers jours d’août (1792). Le 20, il investit Longwy que la trahison lui livra sans combat, deux jours après. Il agit ensuite avec une extrême lenteur. Le 31 seulement, il se présenta devant Verdun, place qui était hors d’état d’opposer une résistance prolongée, qu’il bombarda pendant quinze heures, mais qui ne se rendit qu’après la mort du brave commandant Beaurepaire. Pendant ce temps, Dumouriez s’emparait rapidement des défilés de l’Argonne, les Thermopyles de la Franco, et, par cette manœuvre de génie, fermait pour ainsi dire la porte à l’invasion. Le duc de Brunswick avait commis plus d’une faute pendant ces rapides opérations, et la conquête de la France ne lui paraissait plus d’ailleurs aussi facile que l’affirmaient les fous de l’émigration. Après Valmy, il insista vivement auprès du roi de Prusse pour le décider à négocier. Des pourparlers eurent lieu en effet, et l’armée austro-prussienne, commença sa retraite le 1er octobre, abandonna successivement toutes ses positions, et quitta le territoire français, fort diminuée par les maladies et les engagements journaliers. Les arrangements entre l’ennemi et Dumouriez n’ont jamais été connus dans tous leurs détails, et l’on a supposé, à tort ou à raison, que le général français avait consenti à ne pas inquiéter les armées alliées dans leur retraite. Brunswick conserva le commandement des troupes prussiennes pendant la campagne de 1793 ; mais, par suite de dissentiments avec Wurmser, général autrichien, il donna sa démission en janvier 1794, et ne s’occupa plus dès lors que du gouvernement de son duché. En 1806, au moment où la Prusse reprit une attitude hostile contre la France, il reçut encore une fois le commandement des troupes prussiennes, mais ne fit rien de remarquable, et fut atteint d’une balle dans les yeux à la bataille d’Auerstaedt, ce qui amena la déroute de son armée ; il revint mourir à Altona, au milieu des plus grandes souffrances. Le duc de Brunswick, bon administrateur, homme instruit, éclairé, passionné, dit-on, pour le bien, ne paraît avoir combattu qu’à regret dans les rangs de la coalition : c’est ainsi qu’on expliquerait les revers qu’il éprouva ; mais, d’un autre côté, il faut bien reconnaître que, comme tous les généraux, habiles des anciennes écoles, il n’était plus à la hauteur de la tactique héroïque créée par les capitaines de la grande Révolution. Il était dans la destinée de l’ancien régime d’être vaincu sur tous les terrains.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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GENERAL GEBHARD LEBERECHT VON BLÜCHER (1742-1819)

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Feld Marechal Gebhard Leberecht von Blücher (1742-1819)

Blücher est un brave soldat, un bon sabreur. C’est comme un taureau qui ferme les yeux et se précipite en avant sans voir aucun danger. Il a commis des millions de fautes, s’il n’eût été servi par les circonstances, j’aurai pu différentes fois le faire prisonnier, ainsi que la plus grande partie de son armée. Il est opiniâtre et infatigable, n’a peur de rien et est très attaché à son pays ; mais comme général, il est sans talent.

(Napoléon Bonaparte)

BLÜCHER (Gerhard-Leberecht DE), prince de Wahlstatt, feld-maréchal des armées prussiennes, né à Rostock, dans le Mecklembourg, le 16 décembre 1742, mort à Kriblowitz le 12 septembre 1819, était fils d’un capitaine au service de la Hesse-Cassel. A l’âge de treize ans, il fut envoyé dans l’île de Rugen, près d’une de ses parentes, Mme de Krakwitz. Là, il s’adonna à sa nature sauvage et fougueuse, se livra aux exercices du corps, qui seuls convenaient à ses goûts, et sentit s’éveiller en lui sa passion pour les armes en voyant dans l’île un régiment, de hussards suédois. Malgré toutes les représentations, il s’engagea en qualité de porte-enseigne dans l’armée suédoise ; mais, dès sa première campagne, il fut fait prisonnier à Suckow par les Prussiens, et incorporé presque de force, par le colonel Belling, dans les troupes de Frédéric (1760). D’abord cornette dans le régiment des hussards noirs, il acquit quelque réputation par son courage impétueux pendant la guerre de Sept ans, se signala a Kunersdorff et à Freiberg, où il fut blessé, et se fit un renom comme duelliste. Après la paix d’Hubertsbourg (1763), Blucher étudia l’art militaire sous la direction du major Poscharli, mais s’abandonna surtout à la vie désordonnée des soldats en garnison. Devenu capitaine en 1770, il prit part à la guerre de Pologne, s’attira le mécontentement du général Loskow par la cruauté avec laquelle il traita ses prisonniers, et, pour ce fait, il se vit préférer un subalterne dans une promotion. Blessé de ce qu’il considérait comme un passe-droit, Blucher donna sa démission, que Frédéric accepta en ces termes : « Le capitaine Blucher est congédié et peut aller au diable (1773). » Il se retira alors à la campagne, se maria avec la fille d’un riche fermier général, Mlle de Mehling, s’occupa d’exploitations agricoles et fut nommé membre du conseil de la noblesse ; mais à peine Frédéric II fut-il mort (1786), que Blucher accourut à Berlin et reprit du service dans son ancien régiment. D’abord major, puis colonel en 1790, il se distingua par son sang-froid, son audace et sa farouche intrépidité pendant les campagnes de 1793 et contre les Français, notamment à Moorlautern, à Kaiserlautern, à Edesheim, à Neustadt, et fut nommé général major (1794). Après la paix de Bâle (1795), il se remaria, fut promu au grade de lieutenant général (1801) et devint gouverneur de Munster, de 1803 à 1806. A cette époque, la guerre ayant recommencé avec la France, Blucher prit part à la bataille d’Auerstaedt, où il commença l’attaque à la tête de vingt-Cinq escadrons. Ecrasé par la formidable artillerie de Davout, il opéra vers la Poméranie une retraite qui lui a été vivement reprochée. Le prince de Hohenlohe, ne pouvant gagner Stettin sans cavalerie et ayant vainement donné l’ordre à Blücher de le rejoindre, se vit contraint de signer la capitulation de Prenzlau et de se rendre. Coupé et poursuivi dans tous les sens, Blucher échappa, avec 10.000 hommes, au général Klein, en lui affirmant, contrairement à la vérité, qu’un armistice venait d’être signé ; puis il entra dans le Mecklembourg, fit sa jonction avec le corps du duc de Weimar, et combattit entre Wahren et Vieux-Schwerin, mais sans succès. Poursuivi par le grand-duc de Berg, par Soult et Bernadotte, il se jeta dans la ville libre de Lubeck, et, après une sanglante et inutile défense, qui fit subir à cette cité neutre toutes les horreurs d’une place prise d’assaut, il se retira en désordre sur Schwartau, et se vit forcé de mettre bas les armes, ainsi que le duc de Brunswick et 16.000 officiers et soldats. Bientôt après, il fut échangé contre le général Victor et se rendit à Koenigsberg, où, malgré les fautes qu’il avait commises dans cette campagne, il fut reçu avec distinction par la cour. Après la paix de Tilsit (1807), Blücher vécut dans l’inaction, mais sans dissimuler la haine profonde qu’il ressentait contre les Français. Ce fut avec une joie des plus vives qu’il apprit les résultats désastreux de la campagne de Russie, et qu’il vit arriver le moment de sortir de son repos. La Prusse entra dans la coalition (1813), et, bien que Blücher eût alors soixante et onze ans, il fut nommé commandant en chef de l’armée prussienne. A la tête de 40.000 Prussiens et Russes, il s’avança vers la Saxe, fit sa jonction avec le général Wittgenstein et rencontra, le 1er mai 1813, les Français à Lutzen. Le vieux Prussien, bien que blessé, ne quitta point le champ de bataille tant que dura l’action ; il se distingua également aux journées de Bautzen et de Hanau, et remporta sur Macdonald, à la Katzbach, un avantage marqué. Après la suspension d’armes conclue le 5 juin, Blücher prit le commandement de l’armée russo-prussienne, dite de Silésie, qui était forte de 120.000 hommes. Reprenant alors l’offensive, il s’avança vers Dresde, et, malgré les efforts de Napoléon, il passa l’Elbe (3 octobre 1813), battit les corps de Ney, Marmont et Bertrand, et marcha sur Leipzig, où Napoléon attendait les alliés, et leur livra une bataille de trois jours, qui se termina par la retraite des Français, trahis par les Saxons. Nommé feld-maréchal le lendemain de son entrée à Leipzig, Blucher poursuivit l’armée française ; mais il se trompa sur sa direction et marcha sur Coblentz, où il croyait que Napoléon se retirait. Arrivé sur les bords du Rhin le 1er janvier 1814, il le franchit près de Kaub, entra à Nancy le 17 du même mois, remporta sur Napoléon un avantage à la Rothière (1er février). Enflé de ce succès, Blücher, qui avait dit au moment où l’invasion avait été résolue : « Je veux planter mon drapeau sur le trône de Napoléon, » Blucher, voulant arriver le premier à Paris, se sépara de Schwarzemberg, s’engagea entre la Seine et la Marne, se fit battre à Champaubert et à Montmirail, et arriva à Soissons, qui se rendit, ce qui lui permit d’avancer encore et d’attendre près de Laon, dans une position formidable, Napoléon, qui l’attaqua avec des forces trop inférieures, et perdit la bataille. Après cette victoire, Blücher marcha sur Paris, fit, après le combat d’Arcis, sa jonction avec les alliés, et vint camper sur les buttes Montmartre. Le 31 mars, les armées alliées entraient à Paris. Nommé par le roi de Prusse prince de Wahlstatt, comblé d’honneurs et de dotations, Blücher fut néanmoins tenu à l’écart de la politique active par le tsar Alexandre. Bientôt après, il accompagnait à Londres les souverains alliés, y était accueilli avec enthousiasme, nommé docteur en droit par l’université d’Oxford, honneur qui dut le toucher médiocrement, et, de retour sur le continent, il assistait au congrès, où il proposa de démembrer la France. Lorsque, en 1815, Napoléon débarqua à Cannes, accourut à Paris et reprit sa terrible épée, Blücher fut nommé de nouveau général en chef de l’armée prussienne. Battu à Ligny par Napoléon, qui tua 15.000 Prussiens dans cette journée (16 juin), Blücher décidait trois jours après, par son arrivée inopinée, le succès de la bataille de Waterloo. Une seconde fois, le général prussien entra à Paris. Là, il manifesta sa haine contre la France par ses manières brutales et par des actes de vandalisme dignes d’un sauvage. Non content de piller Saint-Cloud, où il établit d’abord son quartier général, il livra la Bibliothèque royale à la merci de ses officiers en disant : « Tous les livres sont prisonniers de guerre : ils sont en rang et en file, prenez, emportez tout ce que vous voudrez. » II leva d’énormes contributions de guerre, accabla les populations de vexations inouïes, voulut faire prisonnière la garde nationale, parce qu’une partie avait combattu les envahisseurs, et ordonna de faire sauter par la mine le pont d’Iéna, parce que ce nom était injurieux pour la Prusse en rappelant une de ses défaites. Vainement la municipalité s’adressa à Wellington pour qu’il intervînt. Celui-ci se contenta de répondre : « Je suis le maître dans Paris, Blücher est le maître hors de Paris et le pont d’Iéna est en dehors, cela ne me regarde pas. » Blücher toutefois fit cesser les travaux de destruction, moyennant une somme de 300.000 francs qu’on lui apporta. Bientôt après l’arrivée des souverains alliés, le général prussien transporta son quartier général à Rambouillet, répandit ses troupes dans les départements en deçà de la Loire, les autorisa à se livrer au pillage et à la dévastation et fit arrêter un assez grand nombre de citoyens, qu’il envoya peupler les forteresses prussiennes. Exécré des Français, désapprouvé par les souverains étrangers, et surtout par le tsar Alexandre, le farouche général n’en reçut pas moins de nouvelles récompenses de Frédéric-Guillaume III, qui créa pour lui une décoration spéciale, une croix de fer entourée de rayons d’or. Après la paix de Paris, il retourna en Prusse, puis se fixa dans ses terres de Silésie, où, malade, sombre, irascible, il mourut, après avoir reçu la visite du roi. Un mois environ avant sa mort, la ville de Rostock avait fait ériger une statue colossale en bronze du feld-maréchal, pour célébrer l’anniversaire de la bataille de la Katzbach. C’était la première fois, en Allemagne, qu’on élevait une statue à un homme vivant. Les villes de Berlin et de Breslau suivirent l’exemple de Rostock, la première eu 1826 et la seconde en 1827. Soldat intrépide et excellent officier de cavalerie, Blücher ne fut qu’un médiocre général. L’impétuosité de ses attaques lui avait mérité le surnom de maréchal Vorwoets (en avant) ; mais comme tacticien, il était d’une nullité complète. « Blücher, a dit un de ses compatriotes, est assez habile pour la petite guerre. Il fond sur l’ennemi, et ordinairement repoussé, rallie ses troupes, se met en embuscade, attaque de nouveau, et, par de nouvelles surprises, fatigue plus qu’il ne nuit. Grand joueur, il porte à la guerre l’esprit de la table de jeu ; il est minutieux et s’isole, il ne se bat jamais d’ensemble avec le reste des troupes. C’est Blücher qui a causé la dévastation de Lubeck etdu Mecklembourg. Il est brave, mais sans lumières, et, comme général, infiniment au-dessous de son siècle. » Exalté d’abord outre mesure, Blücher n’a pas tardé à être remis à son rang, même par les ennemis de cette France qu’il exécrait. Servi par les circonstances et par la fortune, il partagea avec Wellington la gloire d’avoir porté le coup suprême au plus grand homme de guerre des temps modernes ; mais il ne fut, en réalité, qu’un intrépide et farouche partisan, dont la réputation militaire n’a pas survécu à l’enthousiasme excité en Allemagne à la nouvelle de nos revers. Le nom de Blücher joue un grand rôle dans notre histoire, disons mieux, dans notre amour-propre national. Certainement, le principe de la guerre trouve en nous un ennemi déclaré ; nous acceptons les luttes fratricides comme une nécessité déplorable, et, forcé de capituler avec le mal, nous reléguons nos années permanentes aux frontières. Cela posé, entrons résolument en matière. Le nom de Blücher est singulièrement antipathique à notre pays ; il sonne à nos oreilles françaises à peu près comme celui d’Erostrate aux oreilles des Delphiens. Dans cette France toujours si généreuse, le général prussien, en un jour de victoire, s’est conduit comme un sauvage, comme un lieutenant de Tamerlan ou d’Attila ; nos soldats, nos officiers surtout s’en souviennent, et le mot prussien est très impopulaire chez nous. Ce sentiment remonte même plus haut ; il prend naissance à Rosbach, et le nom de Blücher est le dernier anneau de cette chaîne d’inimitiés.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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AMIRAL HORATIO NELSON (1758-1805), DUC DE BRONTE

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L’Amiral Horatio Nelson (1758-1805)

Nelson était un brave homme. Si Villeneuve à Aboukir et Dumanoir à Trafalgar avaient eu un peu de son sang, les Français auraient été vainqueurs.

(Napoléon Bonaparte)

NELSON (Horace), célèbre amiral anglais, né à Burnham-Thorpe, comté de Norfolk, le 29 septembre 1758, mort au combat de Trafalgar, le 21 octobre 1805. Son père était recteur de Burnham-Thorpe ; sa mère, née Suckling, était petite-fille d’une sœur aînée de sir Robert Walpole, et le premier lord Walpole (Horace, oncle du second) fut le parrain du futur héros, qui eut dix frères ou sœurs, dont sept survécurent avec lui à leur mère, décédée en 1767. A la mort de mistress Nelson, le père de la défunte, capitaine de la marine royale, offrit au père de prendre avec lui un de ses enfants ; mais cette proposition fut d’abord ajournée, et le jeune Nelson passa encore trois ans à l’école de Norwich. Il venait d’atteindre sa douzième année, quand il prit lui-même le parti d’aller rejoindre son oncle, qui commandait le vaisseau le Raisonnable. C’était alors un enfant malingre, usé par les fièvres, et qui semblait ne pas devoir fournir une longue carrière. Peu de temps après, le capitaine Suckling, jugeant qu’un service inactif ne convenait pas à l’éducation maritime de son neveu, le fit embarquer sur un navire de la Compagnie des Indes que commandait un de ses anciens compagnons d’armes. Nelson, parti en 1770, ne revint à Chatham qu’au mois de juillet 1772. Peu après, il obtint, malgré son extrême jeunesse, de se faire attacher à l’équipage d’un navire qui partait pour le pôle nord. Au retour de cette expédition, il passa sur un vaisseau de l’escadre de sir Edward Hugher en partance pour les Indes orientales. Sa bonne conduite, remarquée par le commandant, lui valut bientôt le grade de midshipman (enseigne). Obligé sur ces entrefaites de revenir en Angleterre pour soigner sa santé, il passa son examen de lieutenant (1777), et, à la fin de l’année suivante, nommé premier lieutenant, il monta sur le brick le Blaireau, à bord duquel il fit comme commandant le voyage de la Jamaique. En 1779, il passa comme post-capitaine sur le Hinchinbrook, de 28 canons, puis de là sur le Janus, de 44 canons, à la suite d’une expédition contre les Espagnols. Revenu en Angleterre, il fut présenté à la cour et reçut le commandement de l’Albemarle, vaisseau de haut bord, à destination des côtes danoises ; puis, après un hiver passé dans ces parages, il fit voile pour Québec, où il séjourna jusqu’à la paix de 1783, dite la paix de Versailles. Ce fut alors qu’il vint habiter la France avec un de ses amis, le capitaine Macnamara, dans le but ou sous le prétexte ostensible d’apprendre le français et de voir une société nouvelle ; mais ce pays ne plut pas longtemps à Nelson, qui se hâta de revenir à Londres. A peine arrivé, il reçut l’ordre d’aller croiser parmi les îles sous le Vent, à bord de la frégate le Boreas ; il fit la connaissance, à l’île Névis, de mistress Nisbett et l’épousa en 1787. Mais bientôt, contrarié dans son service et en butte aux vexations de l’amirauté, dont il avait dévoilé certaines manœuvres coupables, il se retira dans le prieuré de Burnham-Thorpe, auprès de sa jeune femme et de son vieux père. L’amirauté le laissait inactif, a