01.17.08

PASCAL PAOLI (1725-1807) - PERE DE LA PATRIE CORSE

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Pascal Paoli (1725-1807), père de la Patrie corse 

C’eût été une grande jouissance pour moi, un vrai trophée, mais, entraîné par les grandes affaires, j’avais rarement le temps de me livrer à mes sentiments personnels.

[évoquant le rappel de Paoli en France après 1799]

(Napoléon Bonaparte)

Paoli (Pascal). Général et législateur corse, né à la Stretta-de-Morosoglia, canton de Rostino, le 26 avril 1725, mort près de Londres le 5 février 1807. Emmené fort jeune à Naples par son père, exilé, il entra à l’école militaire de cette ville et, après de brillantes études, obtint un brevet d’enseigne de cavalerie dans le régiment corse, dont son père était colonel. Celui-ci, les yeux constamment fixés sur sa patrie, attendait avec impatience le jour où son fils aîné, Clément, qu’il avait laissé en Corse, le rappellerait. Les années s’écoulèrent dans cette attente, et lorsque, en 1755, les patriotes corses voulurent élire un général pour remplacer le valeureux Gaffori, traîtreusement assassiné le 2 octobre 1753, Hyacinthe, trop vieux pour une si rude tâche, dut laisser partir Pascal, à qui le chanoine Orticon vint porter la décision des chefs ds l’île Pascal Paoli débarqua le 29 avril 1755 et se rendit à Rostino, sou pays natal. C’est là que les membres du conseil suprême vinrent le trouver, et, le 25 juillet de la même année, la consulte, qui s’assembla au couvent de San-Antonio della Casabianca, l’élut général. Paoli arrivait en Corse précédé d’une grande réputation de courage et de talents ; peut-être aussi, aux yeux de quelques membres de la consulte, son premier mérite était d’avoir vécu loin de la Corse et de ne s’être prononcé pour aucun des partis qui divisaient l’île. Le premier soin de Paoli fut de définir ses pouvoirs et ceux du peuple ; il facilitait par là son action et pouvait sans entrave intérieure se consacrer tout entier à sa grande œuvre de libération. Il trouva tout d’abord une vive résistance chez Emmanuel Matra, à qui son influence et sa fortune avaient un moment fait espérer, sinon d’être nommé général en chef, du moins d’être adjoint à Paoli. Mais, éclairé par le passé, le conseil suprême ne voulait qu’un chef. Matra, repoussé, contrecarra les propositions du général, et, mettant à profit le premier prétexte venu, un châtiment trop rigoureux infligé à un de ses clients, il entra en révolte ouverte. Un moment enfermé dans le couvent de Bozzio, Paoli allait succomber, quand Cervoni vint le délivrer. Il ne fut pas plus heureux dans ses premières luttes contre les Génois et vint échouer devant Furiani. La guerre qui s’alluma en 1756 entre l’Angleterre et la France, au sujet des limites de l’Acadie et du Canada, ramena les Français en Corse. Craignant que l’Angleterre ne s’emparât des ports de l’île, Louis XV envoya des troupes pour les garder. M. de Castries, leur premier chef, vécut en bonne intelligence avec les Corses ; mais les hauteurs de M. de Vaux, son successeur, amenèrent des rixes que la prudence de Paoli sut heureusement arrêter. En 1757, Paoli échoua devant San-Pelegrino, au pouvoir des Génois, et, l’année suivante, son frère Clément ne fut pas plus heureux devant Bastia. Toutefois, Furiani, qui commandait Bastia, ayant été pris, Paoli le fit aussitôt fortifier, ainsi que Nonza. A cette nouvelle, le sénat génois envoya en Corse l’ex doge Grimaldi avec 6.000 hommes de troupes et de l’artillerie. Furiani fut aussitôt attaqué, mais si valeureusement défendu, que les Génois durent lever le siège et se retirer à Bastia. L’échec de Clément à l’attaque de Saint-Florent fit sentir à Paoli la nécessité d’avoir une marine. Il acheta quelques petits vaisseaux armés de canons et proposa des lettres de marque à tous capitaines nationaux ou étrangers qui voudraient armer en course contre les Génois. Il fallait des subsides pour cette nouvelle création : Paoli pensa au clergé. Les évêques de la Corse, nommés par Gènes, ne résidaient jamais dans leur diocèse ; Paoli voulut les forcer à y rentrer ; les évêques refusèrent. Paoli demanda alors à Clément XII d’envoyer en Corse un visiteur apostolique pour terminer le différend, et le pape choisit pour cette mission de Angelis, évèque de Segni. Les Génois se plaignirent hautement de cette immixtion du chef de l’Eglise dans les affaires de l’île ; ils y voyaient, et avec raison, une reconnaissance tacite de l’existence politique de ce qu’ils appelaient des rebelles. En ce moment, des presses installées dans l’île par les soins du général firent paraître de nombreux manifestes contre les Génois. Ceux-ci ayant décrété de prise de corps le visiteur apostolique, le décret fut brûlé solennellement de la main du bourreau, et ne pouvant autrement soutenir ses prétentions, la république génoise dut laisser de Angelis continuer sa mission, dont il s acquitta avec zèle. Paoli profita de l’enthousiasme du clergé national, surexcité en ces circonstances, pour faire décider sans trop de murmures que le produit des dîmes viendrait grossir les finances du gouvernement national. Gènes voulut alors essayer de ressaisir son empire par des négociations. Une junte se rendit en Corse, portant, avec un décret d’amnistie donné le 9 mai 1761 par le sénat, les plus brillantes promesses. Paoli répondit en réunissant aussitôt à Vescovato-in-Casinca, le 24 mai, une consulte qui vota un manifeste dans lequel elle déclarait n’accepter la paix qu’en échange de la reconnaissance, par Gênes, de la liberté de la Corse, offrant, d’ailleurs, des dédommagements pécuniaires. La consulte décréta ensuite l’établissement d’une monnaie nationale et porta sentence de mort contre le marquis de Grimaldi et ses partisans. Le vote était un peu forcé par l’appareil guerrier dont avait été entourée la salle ; mais Paoli avait voulu par là empêcher Gênes de tenter d’agir sur les membres de la consulte et il y réussit pleinement. Après la consulte, Paoli alla mettre le siège devant Maccinajo, petit port dont l’occupation était indispensable à sa nouvelle marine et commandait les communications entre Gênes et Bastia. Il perdit huit mois devant cette place et dut eu lever le siège pour faire face à Antoine et François Matra, frère et cousin d’Emmanuel, soutenus par les Génois, II les battit complètement et du même coup anéantit les espérances de Gènes. Il y eut alors un intervalle de repos, pendant lequel Paoli put à son aise continuer son œuvre d’organisation. Le 25 novembre Paoli fit décréter l’établissement d’une université ; c’était là un grand pas vers la régénération de l’île et l’affirmation de son existence comme Etat libre. Les soins qu’il donna à l’agriculture et au commerce vinrent réparer les maux sans nombre de l’anarchie. Calenzana avait secoué le joug de Gênes, mais sans reconnaître le gouvernement national, Paoli s’en empare ; mais son frère Clément échoue devant Bastia et Barbaggio, son neveu, devant Saint-Florent. Les Génois eurent alors recours a la France ; celle-ci devait à la république des sommes prêtées lors de la guerre de Sept ans, et il fut convenu que, pour s’acquitter, elle garderait pendant quatre ans les places fortes que Gênes possédait encore en Corse. Paoli comprit-il aussitôt les complications que devait amener ce traité ? Il est permis de le supposer d’après le résultat de la consulte qu’il convoqua en octobre. Il régla dans cette assemblée les rapporta qui devaient exister entre les Corse et les garnisons françaises. Défense était faite aux officiers français de pénétrer dans l’intérieur de l’île sans un sauf-conduit de Paoli, qui lui-même serait tenu de rendre compte à l’assemblée des motifs qui pourraient dicter ses faveurs. Il adressa en même temps au roi de France une supplique où il lui exposait tout ce que cette nouvelle mesure portait de préjudice aux Corses, qui se voyaient sur le point de se débarrasser à jamais de leurs ennemis. Ici vient se placer la dernière révolte que Paoli vit se lever contre son pouvoir, celle d’Abbatucci, contre lequel il marcha; mais Abbatucci vint lui-même se livrer sans conbat, et le général lui pardonna. Sous M. de Marbeuf, le premier chef des troupes françaises en Corse, la meilleure intelligence régna entre les Corses et les Français, les premiers se tenant sur la défensive, les seconds, qui ne connaissaient pas encore les projets du ministre de Choiseul, ne faisant aucune tentative d’occupation. Paoli put mettre le siège devant Bonifacio, dont il ne réussit pas à s’emparer ; il fut plus heureux à Maccinajo, qui tomba entre ses mains. De ce petit port, que les Français n’avaient pas voulu occuper, partit aussitôt un corps de troupes corses qui s’emparèrent de l’île de Capraya, en présence de deux vaisseaux génois ; c’était intercepter les communications de Bastia avec Gênes. N’ayant pas reçu une réponse satisfaisante à sa supplique, Paoli envoya, en 1766, à la cour de France, un projet de conciliation avec Gènes, basé sur la décision de la consulte de 1761. La réponse qu’il reçut était des plus évasives ; mais Paoli comprit que ces réticences cachaient un danger pour la Corse, et, en 1767, il convoqua une consulte à laquelle il fit part de la réponse du gouvernement français et des projets de défense qu’il croyait prudent de mettre à exécution en vue de complications ultérieures. Un moment l’espoir lui revint : Gènes avait donné dans ses villes de Corse un asile aux jésuites ; le cabinet de Versailles s’en plaignit hautement et envoya l’ordre aux troupes françaises d’évacuer l’île. La république plia, les jésuites durent quitter la Corse, et Paoli, qui, dès le premier mouvement de retraite, s’était emparé d’Algajola avant que les Génois y eussent remplacé la garnison française, dut abandonner cette place. En 1768, les craintes de Paoli s’étaient réalisées ; le bruit courut que Gênes, désespérant de maintenir sa conquête, l’avait cédée à la France. Paoli avait été joué par Choiseul, et la France, ayant à cœur ses honteux revers de la guerre de Sept ans, voulait se relever par une conquête, quelque peu honorable et difficile qu’elle fût. Les quatre années pendant lesquelles les troupes françaises devaient occuper, des places fortes au nom des Génois expiraient le 4 août. Dès le 25 juillet, M. de Marbeuf commença les hostilités en intimant au général corse de laisser libres les communications entre Bastia et Saint-Florent, et l’attaqua sans attendre sa réponse. Paoli ordonna alors une levée en masse et Marbeuf, vaincu, fut remplacé peu après par M. de Chauvelin, qui publia, le 28 avril 1769, l’édit de cession et l’ordonnance du roi qui enjoignait aux Corses de le reconnaître comme seul souverain. Cet écrit provoqua un cri d’indignation dans toute l’île, et tous les Corses en état de porter les armes se rangèrent sous les drapeaux de Paoli. Nous ne ferons point ici le récit de cette campagne, qui, commencée à Barbaggio, vint se terminer à la sanglante affaire de Ponte-Novo, le tombeau de l’indépendance corse. Vaincu par le comte de Vaux, qui commandait 22,000 hommes aguerris, Paoli dut quitter la Corse et s’embarqua à Porto-Vecchio, avec son frère et quelques fidèles, sur deux navires anglais qui le conduisirent à Livourne. Il trouva sur la route, de l’exil de nobles sympathies. Joseph II et le grand-duc de Toscane Léopold, qui avait pris sa constitution pour modèle, lui firent le plus brillant accueil. Allieri, à Florence, lui dédia sa tragédie de Timoleone. En France, des voix courageuses s’élevèrent contre ce que l’on appelait l’infamie du ministre. Rousseau et Voltaire avaient exalté à l’envi le général corse, et Frédéric de Prusse lui avait envoyé une épée dont la lame portait ces mots : Pugna pro patria. Paoli, réfugié en Angleterre, y attendit vingt ans qu’un changement lui permît de rentrer dans son pays. La Révolution française, qui affranchit la Corse en même temps que le continent, l’associa aux libertés conquises et lui donna l’égalité départementale, vint rouvrir à l’exilé les portes de sa patrie. Paoli se rendit alors à Paris, où il fut reçu avec distinction par le ministère. Admis le 22 avril 1790 devant l’Assemblée nationale, il prêta avec émotion le serment civique à la France et prononça un discours dans lequel, sans répudier ses antécédents, il faisait sentir que sa conduite actuelle était la plus éclatante justification de son passé. Ce n’était, pas lui qui avait changé, disait-il, c’était la France, mieux représentée et plus juste, qui changeait de sentiments et de politique. Paoli se vit acclamé, embrassé, exalté par le grand peuple de Paris et admis d’acclamation aux Jacobins. Le général La Fayette, qui s’était constitué son hôte et son guide, le présenta à Louis XVI et le fit nommer lieutenant général. Paoli partit alors pour la Corse. A Marseille, il trouva une députation envoyée de l’île à sa rencontre. Enfin, le 17 juillet, Paoli débarqua à Bastia, au milieu des acclamations de toute la ville, et son voyage a travers la Corse fut une véritable marche triomphale. Elu commandant général des gardes nationales de l’Ile et président de l’administration départementale, Paoli refusa le double honneur que lui voulaient accorder les états corses, une statue et une pension annuelle de 50.000 francs. « Qui vous assure, dit-il, que les dernières périodes de ma vie n’exciteront pas en vous des sentiments bien différents de ceux que vous me témoignez aujourd’hui ! » Ces paroles ne devaient que trop se réaliser. Malgré le langage qu’il avait tenu devant l’Assemblée nationale, Paoli était toujours au fond très attaché à l’idée de l’indépendance corse, parce qu’il était resté très ambitieux. Pendant la période la plus éclatante de sa carrière, il avait été une sorte de dynaste national et il aspirait à reprendre ce rôle. « Tout-puissant dans son île par les diverses fonctions électives ou autres qu’il remplissait, dit M. L. Combes, il parut d’abord sincèrement attaché au régime nouveau qui l’avait comblé. Mais il est probable qu’il dissimulait, qu’il attendait son heure et qu’il n’avait pas abdiqué ses prétentions à la souveraineté sous un titre ou sous un autre. Peu à peu il se détacha des démocrates corses qui l’avaient accueilli avec un enthousiasma un peu trop naïf et il se fit le centre du parti soi-disant patriote et national, par rapport à la Corse, c’est-à-dire en réalité contre-révolutionnaire et qui se composait des aristocrates, des prêtres et des sauvages de la montagne et des maquis. L’égalité républicaine ne pouvait convenir à qui rêvait la domination. » En 1792, Paoli ouvrit des négociations avec l’Angleterre et se livra à des intrigues qui excitèrent les plus justes défiances. L’insuccès de l’expédition tentée contre la Sardaigne, insuccès qu’on attribua aux ordres donnés par Paoli au général Cesari, vint grossir l’orage. Les Provençaux de l’expédition, de retour en France, le dénoncèrent au club de Toulon. Lucien Bonaparte en fit de même au club de Marseille ; enfin, Arena l’accusa hautement devant le comité de Salut public. La Convention s’émut de toutes ces protestations. Le 2 avril 1793, elle décréta que Paoli serait appelé à sa barre pour se justifier, et envoya en même temps trois commissaires, Salicetti, Lacombe-Saint-Michel et Delcher en Corse, pour examiner la conduite du général. En apprenant l’arrivée des commissaires, Paoli se mit en révolte ouverte. Les supplications de son ami Salicetli ne purent le retenir. Il convoqua à Corte une consulte composée de ses partisans et se fit nommer généralissime. La Convention, sur le rapport de ses commissaires, déclara alors Paoli traître a la patrie, le mit hors la loi et chargea de l’exécution de ce décret les trois commissaires de la Corse. Paoli adressa aussitôt un appel aux amis de l’indépendance corse ; mais son attente fut trompée. L’influence française avait pénétré trop profondément dans la population pour que son appel fût entendu. Paoli se jeta complètement alors dans les bras de l’Angleterre. Il mit le siège simultanément devant Bastia, Calvi et Saint-Florent, en attendant la flotte de l’amiral Hood, qui bloquait Toulon. Hood envoya en Corse le lieutenant-colonel Moore et le major Kischler pour combiner l’attaque avec Paoli, tandis que Nelson croisait sur les côtes et empèchait l’arrivée des secours de France. En 1794, cinq régiments anglais, commandés par Dundas, débarquent à Saint-Florent et l’assiègent. Après une vive résistance, la garnison se replie sur Calvi ; Bastia, assiégée par l’amiral Hood, se défend jusqu’à la dernière heure et obtient en se rendant les honneurs de la guerre ; Calvi, après une résistance héroïque, succombe et obtient aussi une capitulation honorable. Maître de ces trois places, Paoli réunit une consulte à Corte et là rédige un projet de constitution que sir Gilbert Elliot, à titre de ministre plénipotentiaire, accepte au nom de George III d’Angleterre. C’était un calque fidèle de la constitution donnée à la France par l’Assemblée nationale. Quatre députés furent envoyés au roi d’Angleterre pour lui porter, avec la couronne de la Corse, le décret qui reconnaissait son autorité. Pour prix, de sa trahison envers la France, Paoli comptait sur la vice-royauté de la Corse ; mais il se vit tromper dans ses espérances. On lui préféra sir Gilbert Elliot, et il ne put pas même obtenir la présidence du parlement qu’on établit à Bastia. Déçu, joué, écarté brutalement de la scène, regardé comme dangereux en Corse par les Anglais, il dut, sur une lettre du roi George III, quitter l’île et se rendre à Londres. Comme il espérait pouvoir reprendre le pouvoir sous la tutelle anglaise, Paoli, en quittant la Corse, publia un manifeste dans lequel il exhorta ses compatriotes à rester fidèles au roi d’Angleterre (octobre 1795). A Londres, le gouvernement anglais lui fit une pension de 2.000 livres sterling, puis l’oublia complètement. Le général se lia alors avec Sheridan et le parti qui travaillait à renverser le ministre Pitt. Les succès de Bonaparte, son avènement au consulat lui causèrent une grande joie et il illumina son hôtel en apprenant le coup d’Etat du 18 brumaire, qui plaçait la France sous le joug de son compatriote. Paoli s’éteignit obscurément en 1807. Comme il n’avait point d’enfants, il laissa ce qu’il possédait à la Corse, pour être employé en institutions utiles.

(Extrait du dictionnaire du XIXème siècle de Pierre Larousse)

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08.21.07

LES FRERES BONELLI - BOCOGNANO

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François et Ange-Toussaint Bonelli

François Bonelli

François Bonelli né à Bocognano le 17 janvier 1760, était déjà capitaine depuis le 1er octobre 1790 d’une compagnie détachée dans le district d’Ajaccio lorqu’il fut élu capitaine au deuxième bataillon de volontaires corses. Il était au siège de BastiaLacombe Saint-Michel le fit chef du 16ème bataillon d’infanterie légère (22 avril 1794). Envoyé en Corse par Bonaparte (21 mai 1796) et chargé du commandement d’une colonne mobile du Liamone (17 octobre 1796), réformé (1er janvier 1799), envoyé à Milan au dépôt de la 22ème demi-brigade (15 avril 1799), nommé commandant auxiliaire du bataillon du Liamone (15 octobre 1799), derechef réformé (18 décembre 1799), derechef employé comme chef du premier bataillon des chasseurs du Liamone (2 septembre 1803) puis comme chef de bataillon des 2ème chasseurs du Golo (23 septembre 1805), il obtint sa pension par un décret du 28 mai 1809 et cessa d’être en activité le 30 septembre de la même année. Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur le 2 juin 1815 par le duc de Padoue et reçut de Murat “à titre de souvenir”, le 23 septembre 1815, le décrèt daté de Bocognano, de sa propre maison, qui le nommait chevalier des Deux-Siciles. Il avait le 2 juin 1793 épousé Anne-Françoise Tartaroli. Sa mort survint le 13 août 1843.

Ange-Toussaint Bonelli

Angelo-Santo Bonelli, fils de Zampaglino (Ange-Mathieu Bonelli) et de Marie-Antonie Muffragi, né à Bocognano le 5 septembre 1771, soldat au régiment Royal Corse (4 février 1788), sergent-major au 2ème bataillon de volontaires corses (15 janvier 1792), sous-lieutenant au 17ème bataillon d’infanterie légère où était entrée la compagnie d’infanterie commandée par son frère François (4 mai 1793), capitaine à ce même bataillon par ordre de Lacombe Saint-Michel en remplacement de son frère François devenu lieutenant-colonel du 16ème bataillon (22 février 1794), continuant par arrêté de Saliceti et e Ritter à jouir des appointements attachés à son grade de capitaine après la suppression de la compagnie (9 février 1795), capitaine à la suite de la 16ème demi-brigade d’infanterie légère (10 juin 1795), capitaine titulaire (4 août 1795), capitaine dans la gendarmerie nationale en Corse (26 novembre 1797), adjoint à l’état-major général de l’armée d’Italie (5 décembre 1799), reçoit l’ordre de se rendre à Luxembourg pour être attaché provisoirement à la 65ème demi-brigade, mais, grace à la protection de Lucien Bonaparte, est envoyé en Corse à la suite de la 23ème demi-brigade légère (19 août 1802), devient chef du 3ème bataillon léger corse (22 novembre 1804), et passe au service de Naples dans la gendarmerie (10 mars 1806). Colonel (13 février 1813), licencié (20 mars 1815), réadmis au service de la France comme lieutenant-colonel de cavalerie en non-actyivité (18 décembre 1816), mis en retraite provisoire (1er juillet 181 8) et en retraite définitive (20 septembre 1820), il commandait en 1831 les dix-sept compagnies de garde nationale qui formaient la légion de Bocognano, une des trois légions que comptait le département de la Corse.

(Notes et notices - La jeunesse de Napoléon - Arthur Chuquet)

08.18.07

JEAN-LOUIS LOMBARD - AUXONNE

Publié dans Napoléon, Personnages tagged , , , , , , , , , , , , , , à 7:06 par napoleonbonaparte

Jean-Louis Lombard (1723 -1794)

Jean-Louis Lombard était né à Strasbourg le 23 août 1723 ; professeur de mathématiques à l’école d’artillerie de Metz (3 mars 1748), passé en 1756 au Havre, envoyé le 28 mars 1759 à l’école d’artillerie d’Auxonne, détaché en 1776 à Strasbourg pour y travailler de concert avec Brackenhoffer à un nouveau Cours, il ne recevait de Du Teil et de La Mortière que compliments et éloges. Du Teil vantait les “peines extraordinaire” qu’il prenait, et le nommait un homme de mérite à tous égards, très savant, remplissant ses devoirs avec distinctions et zèle, donnant des soins particuliers aux élèves, s’apliquant aux opérations de pratiques, étayées de théorie sur laquelle il avait donné d’excellentes choses”. Et Monsieur de La Mortière confirmait cela par d’autres propos tout aussi flatteur “Monsieur Lombard professeur de mathématiques depuis 40 ans, possédant et remplissant son état avec la plus grande distinction… il a donné les plus grandes lumières sur le tir de bouches à feu et sur les tirs de ricochets : nous devons ces connaissances à son assiduité à ne pas manquer une seule Ecole de pratique où il explique d’ailleurs les effets théoriques et physiques.”

Au printemps 1788, Napoléon Bonaparte, alors lieutenant en Second au régiment de la Fère vient en garnison à Auxonne. Lombard sut très tôt percevoir les grandes capacités de son nouvel élève particulièrement studieux. Il aurait alors dit “ce jeune homme ira très loin”, parole o’ combien prophétique.

Il s’est eteint le 1er avril 1794 à Auxonne de mort naturelle, soit un mois à peine après la tragique disparition de son ami le général Jean-Pierre du Teil, victime de la Terreur à Lyon.

(Notes et notices “enrichies” - La jeunesse de Napoléon - Arthur Chuquet)

08.13.07

LES CAHIERS D’ALEXANDRE DES MAZIS - VALENCE ET AUXONNE (2)

Publié dans Napoléon, Personnages tagged , , , , , , , , , , , , , , à 9:09 par napoleonbonaparte

Le 8 septembre 1785… Buonaparte put subir au bout de la première année les examens d’élèves et d’officiers, faculté qu’avaient les élèves des écoles militaires sans passer par l’école de Metz. Il fut nommé lieutenant d’artillerie au régiment de La Fère, je me présentais en même temps que lui, mais à ma seconde année.

Nous partîmes de l’Ecole militaire à 11 heures du soir pour rejoindre notre régiment à Valence, un sous-officier nous conduisit à la diligence. Le lendemain matin, lorsque nous pûmes marcher, nous mîmes pied à terre pour monter une côte rapide, sa première exclamation fût : “Enfin, je suis libre”. Et il se mit à courir comme un fou, sautant, gesticulant, et respirant ce premier air de liberté.

A Lyon, ayant manqué la diligence, nous fûmes obligés d’y rester un jour et, oubliant toute prévoyance, nous dépensâmes en achat de livres le peu d’argent que nous avions. Nous aurions été fort embarrassés pour rejoindre notre garnison si un officier d’artillerie, avec lequel nous avions voyagé, voyant notre embarras, ne nous eût pas offert sa bourse.

Buonaparte fut placé dans la compagnie de Bombarbiers de Monsieur de Coquebert. Mon frère aîné, qui était déjà capitaine au régiment de la Fère, nous reçut à notre arrivée et accueillit Buonaparte d’autant mieux que son frère, Joseph, sachant qu’il était placé dans le même régiment que moi, avait écrit à mon frère pour le prier d”être son mentor. Mais loin de là. Buonaparte fut fort choqué de la recommandation… disant qu’il n’avait pas besoin d’être mis sous tutelle.

Bien que mon frère déclinât au plus vite la mission qui lui étai donné, le jeune officier lui conserva toujours rancune d’avoir accepté, il s’éloigna de lui et jamais il ne me témoigna le désir de le voir, même après qu’il l’êut nommé administrateur de la loterie.

Peu de jours après notre arrivée à Valence, Buonaparte me proposa de faire une course à cheval à Chabeuil. Nous avions encore nos uniformes d’élèves de l’Ecole militaire, nous prîmes des chevaux de louage et ne fîmes qu’un temps de galop. Mon frère qui nous vit partir était fort effrayé de “voir d’aussi mauvais cavaliers monter d’aussi mauvais chevaux”. Une fois lancé, nous ne pûmes nous retenir, nous traversâmes un village à toute bride, nos chevaux épars, la poudre qu’ils renfermaient répandue sur nos habits, ce qui nous fit prendre pour des contrebandiers ; nous revînmes à Valence le même train et fûmes plusieurs jours à nous remettre de cette équipée, qui fut toujours pour Buonaparte un souvenir plein de charme parce qu’il lui rappelait ce premier élan de sa jeunesse libre.

Notre séjour à Valence fut consacré par Buonaparte à ses études favorites, il s’occupait peu de son métier. Quoi qu’on en ait dit, il n’a jamais lu l’histoire de nos capitaines ni des livres de tactiques. Il était d’une pureté de moeurs tout à fait rare chez un jeune homme, il ne pouvait concevoir qu’on pût se laisser dominer par une femme et il n’a jamais lu d’autre roman que Paul et Virginie qui lui plaisait beaucoup. Peu après notre arrivée au régiment, un officier qui vivait avec une actrice l’amena un jour pour souper avec nous, habillée en homme et nous la présenta comme un jeune officier nouvellement arrivé. Napoléon s’aperçut de la plaisanterie et jamais on ne put le déterminer à l’embrasser. A Lyon, comme à Paris ; je l’ai toujours vu fuir ce qui était contraire aux bonnes moeurs.

De Valence, Buonaparte partit pour la Corse où il passa son semestre et son congé d’été. Pendant son séjour, il parcourut toute cette île, habillé comme les gens du pays et errant avec les paysans dans le “makis”. De ce moment, il commença à être désabusé sur l’amour de la liberté qu’il croyait trouver dans les coeurs corses. Plus tard, il me dit qu’il s’était convaincu que plus les peuples s’éloignent de la civilisation, plus ils sont barbares. Ce fut lors de ce premier voyage que Buonaparte, n’ayant plus d’argent pour l’exécuter, mon frère et moi lui prétâmes vingt-cinq louis. A la fin de 1788, il rejoignit le régiment à Auxonne. Je revins l’y trouver. Il était alors très occupé d’écrire une histoire de la Corse. Lorsqu’il travaillait, il fermait les volets de sa chambre afin d’être plus recueilli (il envoya son ouvrage à un Père minime à Brienne). Nous mangions ensemble, nous voulions essayer une cure de laitage, mais ce régime n’allait pas à son tempérament et nous fûmes obligés d’y renoncer. A cette époque, nous visitâmes le Creusot établissement qui renfermait trois usines également intéressantes, l’exploitation des mines de charbon de terre, la fonderie et la maufacture de cristaux.

Nous partîmes à pied, le sac sur le dos, nous pûmes coucher à Cîteaux, mais mon camarade ne pouvant plus marcher parce qu’il avait des ampoules aux pieds, nous nous résolûmes de prendre un cheval. A Chagny, nous passèrent une soirée fort agréable dans la famille d’un ancien camarade de Buonaparte, comme lui élève à Brienne, qui nous reçut à merveille, Buonaparte aimait à se rappeler son voyage sentimental ; il fut au moment de l’écrire à la façon de Sterne. Devenu Empereur et se promenant un jour avec moi dans les jardins de Saint Cloud, il me dit : “Nous avons une dette Des Mazis.” Je cherchais inutilement à me rappeler.

“Vous souvenez-vous, dit-il, que nous nous fîmes faire la barbe avant d’arriver au Creusot ? Ayant remis à payer à notre retour, ayant pris un autre chemin, nous ne nous sommes pas acquittés.” Après cette conversation, Buonaparte fit jouer le télégraphe pour savoir ce qu’était devenu le barbier. Il étai mort et sa famille avait quitté le pays. Deux jours nous suffirent pour visiter Le Creusot, nous retournâmes à Auxonne par Chalon en remontant la Saône.

Pendant l’hiver de 1790, Buonaparte resta au régiment. Le général du Teil le chargea de plusieurs expérience relatives au tir de bombes, il s’acquita de cette mission avec zèle, c’était la première fois qu’il en mettait à s’occuper de son service. Les plans… et autres travaux que le général donnait à faire aux officiers ne furent jamais exécutés par lui, il n’y entendait rien. Un sergent les exécutait, il les signait. Il protestait qu’il ne pouvait pas plus s’astreindre à tracer des lignes qu’à bien écrire.

Au mois d’avril 1791, Buonaparte passa dans le régiment de Grenoble, il retourna alors à Valence, quant à moi je suivis le régiment de La Fère à Douai. Ce fut dans ce second séjour qu’il se fit présenter dans le monde, parce que, disait-il, il ne suffit pas de connaître les hommes par les livres, il faut, pour les étudier, vivre avec eux. Avant de nous séparer, il me remit les vingt-cinq louis qu’il m’avait empruntés. Les idées républicaines commençaient à germer dans les esprits, elles avaient surgi spontanément dans la tête de Buonaparte dès son enfance, mai son théâtre ne s’étendait pas au-delà de la Corse ; aussi, lorsque après la Fédération, on voulut obliger les officiers à assister aux assemblées populaires, il s’y refusa. Les mouvements politiques qui s’opéraient en France lui faisaient espérer qu’un jour Paoli, qui était son héros, reviendrait dans sa patrie et qu’il pourrait se jondre à lui pour fonder en Corse la république des Spartiates qu’il avait toujours rêvée. Le retour de Paoli, sa trahison lorsqu’il livra son pays à l’Angleterre, détrompèrent cruellement les illusions de sa jeunesse.

Mes opinions n’étant pas les siennes, malgré ses efforts pour m’y ramener, je restai fidèle à mon drapeau. Nous nous retrouvâmes en semestre à Paris dans cette même année. Je me rappelle qu’il me conta qu’étant au café de Foi un orateur impromptu, comme on en voyait tant alors, se mit à haranguer l’assistance d’une manière peu convenable ; lui, impatienté, monta sur une table et parvint à persuader les auditeurs que ce parleur était un espion de la police. On le jeta à la porte. C’était la première fois quue Buonaparte parlait en public.

A cette époque, nous nous séparâmes, je ne m’attendais guère à trouver sur le trône celui que je quittais, mon camarade, mon ami !

Revenu à Paris en 1792, Buonaparte vint chez mon oncle, M. des Mazis, ancien capitaine du régiment d’Eu, espérant m’y trouver et redoubler sur ses instances pour m’engager à ne point émigrer ; il m’écrvit une lettre que je n’aurais jamais reçue. Déjà j’avais quitté la France. Quel prodigieux contraste que celui des premières années de Buonaparte et son existence d’homme. Dans sa jeunesse rien d’extraordinaire en fait de science ni de dispositions naturelles, rien de saillant que de petites bizarreries de caractère ; il n’était ni catholique ni protestant sans être athée, la lecture des oeuvres de Jean-Jacques Rousseau l’avait dirigé dans les principes qu’ils s’était faits. En butte à l’adversité, il est heurté par cette république, dont son imagination caressait le côté poétique.

Explusé de l’artillerie comme noble et forcé de quitter la Corse, il vit obscurément à Marseille. Puis le général Carteaux, aveugle, promoteur de sa grande fortune, le tire de sa retraite, où il vivait avec sa famille et lui ouvre la carrière qu’il doit remplir de son nom.

Telles sont les seules notes que mon père ait laissées. Pour les complèter, j’ajouterai quelques détails puisés dans mes souvenirs. ils m’ont été confirmés par des amis et camarades de mon père auxquels je les ai communiqués. Lorsqu’il émigra en 1792, mon père était capitaine au régiment de La Fère. Son frère Aîné, Gabriel Des Mazis, capitaine en premier dans le même régiment, commandait un détachement envoyé dans une ville éloignée de la garnison. Mon père et mon oncle n’étaient donc pas ensemble lorsqu’ils quittèrent la France pour rejoindre en Allemagne l’armée des Princes. Séparés au moment de leur départ, ils n’avaient pu se communiquer leurs projets ni leurs intentions, mais le Ciel qui protégeait l’amitié qui les unissait permit que mon père retrouvât son frère dans un petit village où il venait d’arriver, bien inquiets l’un pour l’autre et ne voyant pas de terme à leur séparation, ils regardèrent -et leurs camarades aussi- cette rencontre comme tout à fait providentielle. Dès lors, ils se promirent, quelque chose qu’il arrivât, de ne plus se séparer et nous savons si cette promesse a été religieusement gardée. Pendant les 10 ans que dura leur exil, ils allèrent d’Allemagne en Hollande, où s’était réunie l’armée des Princes, puis en Angleterre où ils durent faire partie de l’expédition de Quiberon. Puis, après qu’elle eut échoué, le Portugal ayant demandé à l’Angleterre des officiers d’artillerie, un certain nombre d’émigrés de ce corps passèrent au service de Sa Majesté très fidèle, mon père et mon oncle y restèrent jusqu’en 1802. A cette époque, le désir de rentrer dans leur patrie les décida à profiter du calme qui commençait à s’y rétablir pour solliciter des lettres d’amnistie. Elles furent délivrées le 26 février, an II (1803).

Plus heureux que bien d’autres, ils rentrèrent en France, ayant dans leur ceinture la même somme (100 louis) qu’ils s’étaient partagée, lorsqu’ils se retrouvèrent en Allemagne. Souvent, elle avait été réduite à bien peu de chose, malgré les leçons de mathématiques et dessin qu’ils donnaient. Ils aimaient à nous raconter ce trait qui excitait toujours leur reconnaissance envers la Providence qui avait veillé sur eux pendant ces dix longues années.

Les premiers temps de leur retour furent employés à visiter leur famille et leurs amis. Mais bientôt ils durent songer à l’avenir. Ils vinrent à Paris. Mon père et mon oncle se trouvant sans fortune par suite de la confiscation de leurs biens, mon père se décida à demander une audience au Premier Consul. Elle leur fut accordée de suite. Malgré les événements qui s’étaient passés depuis leur séparation, il reçut de Bonaparte un accueil tel que pouvait le désirer un ancien camarade. Le Premier Consul demanda avec intérêt des nouvelles de mon oncle et apprit qu’il venait d’être gravement malade.

“Eh bien, dit-il à mon père, soyez tranquille, je lui trouverai une place qui conviendrait mieux à un convalescent que la carrière qu’il a toujours suivie.” En effet, peu de temps après, il le nomma admistrateur de la loterie… et mon père travailla au Cadastre en attendant de pouvoir rentrer dans l’artillerie. En 1806, le 2 mars, l’Empereur le nomma admistrateur du mobilier des palais impériaux ; il lui annonça lui-même sa nominaton. Mon père, passionné pour l’artilerie, et tout entier au souvenir de sa vie militaire qu’il avait commencé à l’âge de cinq ans à l’école militaire de Rebais, ne put dissimuler sa surprise et exprima à l’Empereur combien il était incapable de remplir une place si peu en rapport avec ses goûts et ses études.

“Sire, dit-il, je ne suis point administrateur, renvoyez-moi plutôt à mes canons.” Mais Napoléon lui déclara qu’il avait besoin de lui, il accepta donc, et ce même jour, l’Empereur disait au ministre de l’Intérieur, : “aujourd”hui, j’ai gagné un million en choisissant des Mazis pour administrateur du mobilier.” Toutes les fois qu’il le voyait, il le traitait avec la même bienveillance et témoignage d’amitié, il aimait alors à revenir sur le passé et à causer intimement des années de leur jeunesse.

A cette époque, mon père fit par de son mariage à l’Empereur, qui, de son côté, voulait lui donner une femme : apprenant qu’il épousait Mademoiselle Henriette des Mazis, dont les parents habitaient le Maine : “Ah ! Ah ! une chouane ! -Oui, Sire,” répondit mon père.

Cela ne l’empècha de vouloir signer sur le contrat de mariage. Vers la fin de 1812, il le nomma chambellan pour l’attacher de plus près à sa personne. En 1815, mon père rentra dans la vie privée où il donna constamment l’exemple de la piété la plus solide et des vertus les plus aimables.

(notes de Cécile des Mazis, l’aînée des cinq enfants d’Alexandre)

08.11.07

LES CAHIERS D’ALEXANDRE DES MAZIS - ECOLE MILITAIRE (1)

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Alexandre des Mazis (1768-1841), fut sans nul doute le plus intime des amis de jeunesse de Napoléon Bonaparte. Leur amitié née à l’Ecole Militaire de Paris fin 1784 se prolongea ensuite en garnison à Valence et Auxonne, au sein du régiment de la Fère, qu’ils intègrèrent ensemble en 1785. Et si la Révolution les sépara un temps, l’affection mutuelle que se portaient les deux compères ne s’était pas pour autant distendue. Ainsi, en 1802, de retour d’émigration, Alexandre des Mazis fut reçu par le Premier Consul au Palais des Tuileries. En charge du garde meuble impérial sous l’Empire, il semble qu”il continua de fréquenter assidument le Maître de l’Europe dans le cadre domestique, en plus de ses fonctions publiques peu exposées elles-aussi. Les courts mémoires de ce vieil homme droit, honnête, et moral, écrits sans doute trop tardivement (à l’été 1835), et qui étaient a priori destinés à ses petits-enfants, sont toutefois assez décevants. Outre un certain nombre d’erreurs (relevées assez durement par Robert Laulan), ils nous laissent un sentiment de frustration. Dans ses Cahiers, des Mazis ne fait état que des ses rapports de jeunesse avec Bonaparte, mais ne dévoile rien de son intimité avec lui et l’impératrice Joséphine à La Malmaison. Cependant, Alexandre des Mazis demeure le principal témoin et acteur de la vie de Bonaparte entre 1784 et 1791. Son témoignage ne peut donc être être totalement négligé. Ce court récit sur une véritable amitié de plus de trente ans nous livre malgré tout quelques anecdotes et faits intéressants sur le quotidien des deux jeunes hommes à Paris, en Bourgogne et dans la Drôme. Il nous confirme aussi que Napoléon avait un sens aigu de l’amitié.

Alexandre Des Mazis (1768 -1841)

Au 1er septembre 1783, je suis rentré à l’école militaire de Paris en sortant de Rebais où j’étais resté quatre ans environ, placé dans la classe de mathématiques pour suivre les instructions nécessaires pour entrer dans l’artillerie ; je me trouve placé dans la salle d’étude auprès de Le Lieur de Ville-sur-Arce, entré la même année à l’école, venant de Brienne et se destinant aussi à l’artillerie. Nous nous liâmes bientôt et notre amitié a duré jusqu’à la fin des jours de cet ami que je regrette encore et qui, comme moi, avait été lié étroitement à Buonaparte qu’il avait laissé à l’école de Brienne parce qu’il était trop jeune pour venir à l’école de Paris. Je vous dirai quelle a été la destinée de ce bon camarade. Ses aventures font aussi partie des réminiscences de notre jeune âge et vous feront connaître un honnête homme, jouet de la fortune, que Buonaparte estimait, qu’il voulait rendre heureux, mais qui détruisait par sa mauvaise étoile le bien qu’on lui faisait. Ville-sur-Arce me parlait souvent de son camarade et du regret de ne pas se trouver ensemble à Paris, il m’en faisait beaucoup d’éloges, tant sous le rapport du caractère que sous celui de l’instruction, il me donnait envie de me lier aussi avec lui. A la fin de 1784, vers le mois de septembre, Ville-sur-Arce fut reçu élève d’artillerie, il quitta l’école et fut reçu à celle de Metz. Nous eûmes le regret de nous quitter et il ne vit pas Buonaparte qu n’arriva qu’un mois après son départ. Il avait été choisi par Monsieur Reynaud des Monts, inspecteur des écoles militaires, pour faire partie de élèves de Brienne qui devaient en sortir pour aller à Paris. Ville-sur-Arce en partant me dit qu’il désirait que j’accueillisse son ami, que je pourrais lui être utile, soit auprès de ses camarades, soit auprès des chefs, que l’originalité de son caractère, ses manières un peu étrangères pourraient lui attirer des ennuis que je pourrais lui éviter. Je lui promis de rechercher l’amitié de Buonaparte et nous nous dîmes adieu en conservant l’espoir que nous nous retrouverions ensemble dans l’artillerie et que notre première liaison se cimenterait encore dans le monde où nous allions entrer. Cet espoir n’a pas été trompé : après avoir parcouru les diverses vicissitudes des événements politiques, nous nous sommes toujours retrouvés amis et dans la même union de pensées, quoiqu’ayant, l’un et l’autre, été le jouet des tempêtes des révolutions et longtemps séparés par d’immenses distances. Lorsque Buonaparte arriva, je fus à lui en lui parlant de Ville-surArce. Il m’accueillit assez froidement, mais sans refuser mes avances ; nous fumes placés dans la même division et le hasard fit qu’on le plaçât à côté de moi dans la classe de mathématiques, se destinant à entrer dans la marine.

Nous passâmes plusieurs mois sans rapprochement particulier, mais une circonstance que son caractère inflexible fit naître, me mit en rapport avec Buonaparte ; on lui avait donné un instructeur dans le maniement des armes un élève nommé Champeaux assez sévère dans son commandement. Un jour le jeune élève, qui souvent avait ses idées ailleurs qu’à l’exercice, n’obéit pas aux leçons qu’on lui donnait, ou les exécutait mal.

Son instructeur lui donna un coup de baguette de fusil sur les doigts. Buonaparte, enflammé de colère, lui jetta son fusil à la tête en promettant que jamais il ne recevrait de leçon de lui. Les chefs, voyant qu’il fallait agir avec douceur avec cet indocile élève, me chargèrent de son éducation militaire. Je m’acquittai fort mal de cette commission. Si mon élève put gagner quelque chose du côté des formes, il perdit beaucoup du côté de l’instruction. Car, pendant les heures qu’on faisait marcher au pas ordinnaire et faire la charge en douze temps, nous laissions de côté nos fusils pour causer de tout autre chose ; j’appris alors à connaître ce que valait mon nouveau camarade, soit par l’originalité de son caractère, soit par son instruction. Nous désirâmes réciproquement de nous lier ensemble, ce que j’avais d’opposé à lui pouvait aussi lui convenir, il trouvait quelqu’un qui le concevait, l’appréciait, et à qui il pouvait sans contrainte, manifester ses pensées.

Au bout de quelques mois il fut admis au Bataillon sans, cependant être très instruit des manoeuvres, mais les distractions continuelles qu’il avait en faisant l’exercice du bataillon lui attiraient souvent de fortes réprimandes de ses chefs, surtout de M. de Lanoy qui voulait que les élèves fissent l’exercice comme de vieux soldats ; il arrivait quelquefois que lorsqu’on faisait le comandement de reposer sur les armes, on voyait au second rang un fusil resté en l’air, on était sûr que c’était celui de M. Buonaparte, j’avais soin de le pousser du coude, étant son voisin de droite, mais son arme n’en arrivait pas moins trop tard à “libre” et le bruit qu’elle faisait troublait l’unité exigée si strictement par M. de Lanoy qui s’emportait en criant : “Monsieur Buonaparte, réveillez-vous donc, vous faites toujours manquer les temps d’exercices.”

Buonaparte était arrivé à l’école militaire avec plusieurs élèves de Brienne, il y en avait un qui avait attiré son amitié. C’était Laugier, il avait beaucoup d’esprit naturel et plaisait sous tous les rapports, mais il était dissipé et avait un caractère tout à fai opposé à celui de Buonaparte, il aimait le plaisir, les jeux et se liait avec les élèves les plus gais. Voyant que Buonaparte vivait retiré, peu communicatif, il s’éloigna de lui, il s’associa à ceux qui le raillaient, soit sur sa réserve, soit sur sa taciturnité. Buonaparte s’aperçut de ce changement, il s’en plaignit, lui fit des reproches de sa dissipation, Laugier n’écouta pas les conseils d’un ami, il excitait même les camarades à lui faire des niches, mais il en fut puni, car un jour qu’il se promenait seul dans la salle de récréation, Laugier vint doucement par-derrière lui, au moment où il traversait d’une salle à dans l’autre et, le poussant fortement, s’enfuit dans la foule des élèves pour se soustraire à sa colère, mais il l’eut bientôt distingué et atteint, malgré les efforts de ceux qui l’entouraient et qui riaient de cette malice. Buonaparte le prit au collet et le poussa à terre avec tant de force que Laugier fut tomber violemment contre la grille en fer d’un poêle, il s’y fit une blessure assez profonde au front. Le capitaine commandant de service, en entendant ce bruit, vint à Buonaparte pour le punir, mais avec le plus grand sang froid, il répondit au chef : “J’ai été insulté, je me suis vengé. Tout est dit.” Et il continua sa promenade sans émotion. Depuis ce moment, Laugier fut plus réservé. Buonaparte regrettait d’avoir perdu cet ami qui avait de si heureuses dispositions, hors de l’école militaire, il en parlait encore avec un sentiment sincère d’affection. Laugier a émigré, il s’est distingué dans son régiment, il est mort en 1796, tué en duel à l’armée de Condé par des Roches, officier d’artillerie qui, au régiment de la Fère à Auxonne, avait manqué de se battre avec Buonaparte. Un ouvrage sur Buonaparte a été fait par lui ou par quelqu’un qui a pris son nom.

Buonaparte était dans la classe de mathématiques… MM. Dagelet et Monge, deux hommes distingués étaient nos professeurs, M. Dagelet avait fait le tour du monde de M. de Bougainville, il avait de l’esprit, de l’instruction et aimait beeaucoup à raconter ses voyages, il nous intéressait infiniment lorsqu’il nous parlait. Souvent toute une étude se passait à l’écouter, il racontait très bien et ses récits excitaient l’enthousiasme parmi ses jeunes auditeurs pour les voyages d’outre-mer, beaucoup se destinaient pour la marine, Dabaud, Peccaduc, Phelippeaux, Le Lieur et Buonaparte étaient du nombre. Dans le courant de 1784, il fut question du voyage de M. de la Perouse. MM. Dagelet et Monge sollicitèrent et obtinrent la faveur d’en faire partie, comme astronomes, les aspirants à la marine étaient trop enflammés du désir d’aller parcourir les mers, comme leur professeur, pour ne pas désirer ardemment de le suivre dans cette expédition. Buonaparte aurait bien voulu avoir occasion de déployer son énergie dans une si belle entreprise, mais Darbaud eut seul la préférence, on ne put pas admettre un plus grand nombre d’élèves, il partit avec MM. Dagelet et Monge en 1784. M. Monge ne pouvant supporter la mer, fut obligé de relacher à Madère et de revenir en France. MM Dagelet et Darbaud suivirent le sort funeste de M de la Perouse. Si Buonaparte eut réussi dans ses désirs, comme lui il aurait péri dans une isle éloignée, il lui était réservé de mourir au-delà des mers, mais après avoir tenté bien d’autres voyages.

Cette année, on prévint qu’il n’y aurait pas d’examen de marine, les élèves qui se destinaient à cette partie, pour ne pas perdre une année, dirigèrent leurs études pour entrer dans l’artillerie. Buonaparte fut du nombre ainsi que Peccaduc et Phelippeaux ; me destinant aussi au corps d’artillerie, comme avaient fait mes pères, nous eûmes de plus ce motif de rapprochement. On avait dans cette classe de mathématiques beaucoup de zèle pour cette science, nos professeurs se plaisaient à nous instruire et tous nous efforcions de leur complaire. M. Dagelet venait souvent s’approcher de Buonaparte pour causer avec lui. Il se plaisait à apprécier l’opiniâtreté qu’il mettait à soutenir ses opinions, déjà très avancées. Ces conversations roulaient quelquefois sur les littérateurs, sur la Corse et sur la politique. Les connaissances de Buonaparte n’étaient pas très avancées, il avait plus de facilité à concevoir les propositions qu’à les exprimer. On nous proposait des problèmes à résoudre qui n’étaient pas dans nos cours. Buonaparte venait toujours à bout de les résoudre. Il ne quittait le travail qu’après avoir vaincu les difficultés.

Buonaparte ne réussissait pas aussi bien dans ses autres classes, le maître d’allemand, ne pouvant rien lui faire apprendre, avait fini, après bien des menaces, à lui laisser faire tout autre chose que de l’allemand. Il avait pour cette langue une répugnance invincible et il ne comprenait pas qu’on pût s’en mettre un mot dans la tête. Il profita de cette liberté pour lire pendant toute la classe des livres d’histoire et de politique qu’on lui prêtait de la bibliothèque qui était à disposition des élèves. Il lisait surtout Montesquieu et des histoire de la Corse. Le maître d’écriture avait fait comme celui de l’allemand, il l’avait renvoyé de sa classe, non parce qu’il n’écrivait pas bien, mais parce qu’il voyait qu’il ne pourrait jamais s’assujettir aux plus simples principes de l’écriture. M. Daniel était pourtant un académicien dans cette partie et n’estimait les élèves qu’autant qu’ils écrivaient parfaitement. Buonaparte s’appliquait aux cours d’histoire et de géographie, faits par M. de l’Aiguille, ancien jésuite. Il professait d’une manière admirable, il avait un art admirable pour se faire écouter, il ne lisait jamais ses cahiers, il parlait d’abondance en un très bon style, s’animant lorsque le sujet le demandait. Il conversait avec ses élèves et disputait avec ceux qui n’en avaient pas une conforme à la sienne, je parlerai plus tard d’une discussion au sujet de la Corse avec Buonaparte, et M. de l’Aiguille. Il a été placé par l’Empereur. Je l’ai revu sous l’Empire, il se rappelait encore de la chaleur de son élève dans cette recherche, s’il avait été avantageux pour la Corse d’avoir été soumise à la France. Le professeur en soutenant sa patrie attaquait l’écolier dans ce qu’il avait de plus sensible.

Ses compositions en littérature avaient de l’originalité, mais ne lui attiraient pas d’éloges de M. Domairon, son professeur qui pouvait à peine lire tant elles étaient mal écrites. Lui-même ne pouvait parfois en venir à bout. M. Domairon est l’auteur de plusieurs ouvrages de littératures estimés, il était placé à l’Université. Quant aux étude de dessin de fortification, de dessin d’agrément et de danse, il ne s’en occupait nullement, les trouvant trop futiles et ayant peu de dispositions.

L’exercice qui lui plaisait le plus était celui des armes. Nous avions un excellent maître, Monsieur… Toutes les heures consacrées à la salle d’armes étaient employée à faire assaut. Napoléon s’y mettait en nage, il était dangereux de férailler avec lui, il se mettait en colère lorsqu’il était touché et fondait sur son adversaire sans règle ni mesure ; c’était avec moi qu’il faisait assaut le plus souvent et, lorsque je lui portais une botte, j’avais soin de me retirer en arrière pour lui donner le temps de se calmer.

“Par Saint Pierre, s’écriait-il, je vais me venger”, et il allait d’estoc et de taille sans songer à se garantir des coups qu’il se mettait hors d’état de parer et qu’alors il était facile de lui porter. Le maître d’armes venait s’interposer pour faire cesser le combat qu’il poussait à outrance. Il a cassé un grand nombre de fleurets. Je porte encore la marque d’une de ces bottes qui m’a mis plusieurs jours hors de combat avec lui.

Ses récréations se passaient souvent à se promener à grands pas dans les salles de récréation, les bras croisés, à peu près comme il a été représenté depuis dans ses portraits, ayant la tête baissée, défaut pour lequel on le reprenait souvent à l’exercice, il ne faisait aucune attention aux jeux de ses camarades, auxquels il ne prenait aucune part. Il paraisait très occupé de ses reflexions et avait l’air de se réveiller lorsque parfois on le heurtait en courant. Ces méditations lui donnaient un air distrait. On le voyait ainsi s’animer, marcher à plus grands pas et rire ou gesticuler. Cette manière d’agir l’avait fait passer pour singulier, nous nous promenions parfois ensemble et sa conversation était toujours intéressante, elle roulait sur des choses sérieuses, il gémissait sur la frivolité des élèves, les désordres qui régnaient entre eux et le peu de soin qu’on apportait à nous surveiller et nous préserver de la la corruption. Il ne jouait jamais avec ses camarades. Cette réserve a été mal interprétée par les chefs de l’Ecole, qui attribuaient l’isolement qu’il recherchait à de l’éloignement pour la France qui avait subjugué sa patrie. C’était la Corse qui le plus souvent occupait ses pensées et faisait le sujet de nos conversations. Il espérait qu’un jour la Corse deviendrait un état libre et indépendant. Dans son imagination il s’en voyait législateur. Cette idée qui se formulait dans la tête de Buonaparte a été à l’origine de toutes les grandes qualités qui se sont plus tard développées chez lui. Le commencement de la Révolution française lui a fait entrevoir que son rêve pourrait se réaliser.

A la mort de son père en 1785, son confesseur fut chargé de le conduire à l’infirmerie comme c’était l’usage dans ses premiers moments de douleur ; il refusa d’y aller, disant qu’il avait assez de force d’âme pour supporter cette peine sans qu’on prit soin de le consoler. Il n’était pas complètement irreligieux et encore moins athée et cependant il n’était ni catholique ni protestant, les seules circonstances qui tirassent Buonaparte de sa rêverie habituelle était l’attaque ou la défense des redoutes que nous nous amusions à faire avec la neige. Alors, il se mettait à la tête d’un de ces partis et le commandait avec une intelligence remarquable. Un jour de fête publique, un ballon devait être lancé au Champ de Mars, les élèves de l’école étaient sous les armes depuis fort longtemps et le ballon ne partait pas. Buonaparte s’impatienta et, sans me communiquer son projet, il me donna son fusil à tenir, il sort des rangs sans être aperçu et va couper les cordes qui retiennent le ballon. Il fut crevé et Buonaparte puni sévèrement.

08.07.07

GENERAL JEAN-PIERRE DU TEIL - AUXONNE

Publié dans Napoléon, Personnages tagged , , , , , , , , , , à 8:02 par napoleonbonaparte

Portrait du général Jean-Pierre Du Teil (1722 - 1794)

Jean-Pierre du Teil de Beaumont, né le 14 juillet 1722 à Châbons (Isère), volontaire au corps de l’artillerie en mars 1731, cadet (18 décembre 1733), sous-lieutenant de cannooniers (24 août 1735), lieutenant en second (9 novembre 1743) et en premier de cannoniers (24 août 1735), lieutenant en second (9 novembre 1743) et en premier cannoniers (29 mars 1746), capitaine en second de sapeurs (14 avril 1748), capitaine en premier de cannoniers (1er janvier 1757), employé à Schlestadt (1er janvier 1759), avait déjà pour raisons de santé obtenu sa pension de retraite le 21 mai 1760. Mais il rejoignit volontairement l’armée et prit par à la bataille de Warbourg. Il fut réadmis (20 juin 1761), devint capitaine de bombardiers (25 novembre 1761), et après avoir été détaché à La Rochelle (13 août 1765), chef de brigade au régiment de Toul (25 août 1765), avec rang de lieutenant-colonel (29 février 1768), lieutenant-colonel sous-directeur à Collioures (11 avril 1770), lieutenant-colonel du régiment de Toul (27 novembre 1773), colonel du régiment de La Fère (1er janvier 1777), comandant de l’école d’artillerie d’Auxonne (3 juin 1779), brigadier d’infanterie (1er mars 1780), maréchal de camp (1er janvier 1784). Il n’aimait pas la Révolution mais la servit. Inspecteur général d’artillerie (1er avril 1791), commandant en chef l’équpage de l’artillerie à l’armée du Rhin (avril 1792), poste qu’il ne rejoignit pas pour cause de maladie, il était inspecteur général d’artillerie à l’armée des Alpes au mois de septembre 1793. Arrêté par trois membres du comité révolutionnaire de cette ville, il fut envoyé à Lyon aux repésentants du peuple Collot d’Herbois et Fouché, traduit devant le commissaire militaire et fusillé le 27 février 1794.

(Notes et notices - La jeunesse de Napoléon - Arthur Chuquet)

08.06.07

LOUIS CHARLES RENE, COMTE DE MARBEUF

Publié dans Napoléon, Personnages tagged , , , , , , , , , , , à 12:16 par napoleonbonaparte

Louis-Charles-René Comte de Marbeuf (1712 - 1786)

Louis-Charles-René, Comte de Marbeuf, fils d’un lieutenant général, était né à Rennes, le 4 novembre 1712. Successivement enseigne au régiment de Bourbonnais (13 octobre 1728), lieutenant (7 juillet 1729), capitaine (23 avril 1732), aide-major général de l’infanterie (1er mai 1747), colonel (15 février 1748), birgadier d’infanterie (3 septembre 1759), maréchal de camp (25 juillet 1762), lieutenant général (23 octobre 1768), il fut nommé le 4 août 1772 commandant en chef des troupes françaises en Corse. Il touchait un traitement de 71 2008 livres, 45 208 livres comme commandant en chef, 15 000 comme lieutenant général, 4 00 comme grand’croix de Saint-Louis, 4 000 sur le département des finances comme gentilhomme de la chambre du roi de Pologne et duc de Bar, 3 000 à titre de pension sur le trésor de guerre. En 178, à l’âge de soixante-douze ans, il se maria : “Mes parents et amis, disait-il, me voyant seul de mon nom, ont exigé que je me marie, pour pouvoir le péerpétuer”. Il mourut le 20 septembre 786 à Bastia et y fut enseveli dans l’église de Saint-Jean-Baptiste.

Sa veuve, fille d’un maréchal de camp, Catherine-Salinguerra-Antoinette de Gayardon de Fenoyl, née le 6 juin 1765, avait reçu par décision du 28 septembre 1783, une pension de 8 000 livres assurée à titre de douaire sur le trésor royal. Napoléon 1er lui donnal, le 22 juillet 1809, une dotation de 15 000 livres et la nomma, le 19 juin 1813, baronne d’Empire. Elle mourut à Paris le 18 mars 1839.

Son fils Laurent-François-Marie né à Bastia le 26 mai 1786, élève pensionnaire de Fontainebleau (22 septembre 1803), caporal (21 avril 1804), sous-lieutenant au 25ème régiment de dragons (16 janvier 1805), lieutenant (21 novmebre 1806) et adjudant-major au même régiement (10 novembre 1807), officier d’ordonnance de l’Empereur (29 octobre 1808), baron de l’Empire (9 décembre 1809), chef d’escadron aux chasseurs à cheval de la garde impériale (6 avril 1810), colonel du 6ème régiment de chevau-légers (14 octobre 1811), mourut de ses ses blessures le 25 novembre 1812, à Marienpol, grand-duché de Varsovie.

(Notes et notices - La jeunesse de Napoléon - Arthur Chuquet)

08.05.07

LE PERE BERTON - COLLEGE DE BRIENNE LE CHATEAU

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Le père Louis-Sébastien Berton (1746 - 1811)

Louis-Sébastien Berton, né à Reims le 6 mars 1746, fit d’assez bonnes études à l’Université de sa ville natale, s’engagea, dit-on, au régiment dur Roi, puis quitta le service pour entrer chez les Minimes. Il fit sa profession le 27 août 1765 au couvent de Reims. Principal du collège de Brienne jusqu’à la Révolution, grand vicaire de l’évêque constitutionnel de Sens, passant la Terreur dans cette dernière ville où il instruisait un jeune homme et cultivait un jardin, il fut nommé par Bonaparte économe du collège de Saint-Cyr : le décret, daté du 20 juillet 1800 et signé par Lucien Bonaparte, ministre de l’intérieur, porte que “Le Breton s’occupera sans délai de l’établissement du régime économique”. Le 28 mars 1801, Berton succédait, comme directeur du collège de Compiègne, à Crouzet, qui venait au collège de Saint-Cyr remplacer Sallior. Proviseur du lycée de Reims en 1803, mis à la retraite en 1808, il mourut le 20 juillet 1811. “Si cet homme, a écrit Lacatte-Joltrois dans sa Biographie rémoise manuscrite, n’eût pas revenu dans son pays, on l’aurait toujours regardé comme un personnage important. Qu’avait-il ou que lui restait-il ? Un ton plus dur que sévère, sans cependant savoir se faire obéir. Les mémoires qu’il fit dans lesquels on remarquait la dureté de son caractère, ne lui donnèrent aucune confiance. Il faut avouer que les discours qu’il prononçait aux distributions des prix étaient toujours bien faits et faisaient admirer son éloquence. Voilà tout. Il négligea sa place, se livra aux plaisirs de la table, et se perdit, et, s’il est vrai qu’il se laissa mourir, comme on dit, en se privant de manger, et ne buvant que de l’eau pendant quarante-deux jours, qu’il allait chercher lui-même dans une cruche à la rivière (il demeurait alors dans la rue du Cerf), que penser de cet homme ? “

(Notes et notices - La jeunesse de Napoléon par Arthur Chuquet)

08.03.07

LAURENT GIUBEGA - LE PARRAIN DE NAPOLEON PAR ARTHUR CHUQUET (5)

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VII

Le Comité supérieur céda bientôt la place à l’administration régulière qui fut organisée selon les décrets de l’Assemblée nationale. Mais le maître de la Corse, c’était Paoli. Rappelé de l’exil par la Constitutante, avec tous les Corses qui s’étaient expatriés après la conquête française, imposant encore, malgré ses soixante-six ans, par sa haute taille, par son air résolu et par le regard pénétrant de ses yeux bleus, Paoli avait abordé, le 17 juillet 1790, à Bastia au milieu de l’enthousiasme délirant des insulaires, et dès lors, bien qu’il ne voulût être qu’un simple citoyen, il fut pour les Corses, comme auparavant, le “général,” le “père” ou le Babbo. Napoléon Bonaparte, dans son exaltation juvénile, le nommait le “père de la liberté,” l’ “homme créé pour la consolation commune.” Giubega l’appelait “notre héros”, nostro eroe : “Le généreux accueil, écrivait-il, et tous les témoignages d’estime que Paoli reçus à Paris justifient les sentiments de respect et d’attachement que la Corse a toujours eu pour lui.”

Néanmoins Giubega comprenait que Paoli serait le véritable roi de Corse. A vrai dire, c’était la meilleure solution du problème. Pourquoi ne pas se servir de Paoli puisque les Corses voyaient en lui, suivant l’expression d’un de nos fonctionnaires, leur dieu et leur unique ressource ? Mieux valait Paoli que l’anarchie, et Paoli avait mis sincèrement à la disposition de la France son influence et son nom. “Il faut, s’écriait Barère, que Paoli lui-même apprenne à devenir Français.” Et Paoli, ainsi que Napoléon Bonaparte et tous les Corses, était devenu Français. Il ne parlait des Français que comme des compatriotes et des frères ; il vantait le “titre glorieux ” de Français que les Corses avaient désormais ; il assurait qu’ils regardaient maintenant le soldat français non comme l’instrument d’une administration arbitraire et le suppôt de la tyrannie, mais comme le défenseur de leur île ; qu’ils seraient dignes de la nouvelle Constitution ; que les lois rendues par l’Assemblée nationale leur retraçaient l’image de leur précédent gouvernement embelli et perfectionné. En toute circonstance, il affirmait sa loyale affection pour le grand pays dont dépendait son petit pays.

Mais la réaction ne pouvait s’éviter. Paoli fut entraîné par les paolistes. Tout pour Paoli et ses amis, tel était le mot d’ordre. Gaffori, mandé à Bastia par le Comité supérieur, se vit arrêté et envoyé en France. D’autres personnages qui passaient pour aristocrates furent embarqués de force ou obligés de s’éloigner. On évinça les français de tous les emplois, et que de maledictions furibondes lancèrent les meneurs du congrès d’Orezza contre le système d’antan ! Giubega était venu, comme électeur du district de l’île Rousse, à cette assemblée qui dura dix-huit jours, du 9 au 27 septembre. Elle n’avait d’autre mission que de nommer les membres du Département et de désigner le chef-lieu. Elle ne nomma que des paolistes avérés, elle ne désigna pas de chef-lieu, et combien de motions illégales elle prit et qui sans nul doute blessèrent Giubega jusqu’au fond du coeur puisqu’elles condamnaient impitoyablement son passé ! Elle ne se borna pas à choisir les administrateurs des districts et parmi eux des bannis qui n’étaient ni propriétaires, ni domicilés dans l’île depuis un an ; à donner au Babbo le commandement de toutes les milices corses ; à décider que les deux députés du tiers, Saliceti et Cesari, seraient, l’un, procureur général syndic, et l’autre, général en second des gardes nationales ; à désapprouver avec éclat la conduite des deux députés de la noblesse et du clérgé, Buttafoco et Peretti. Elle vota la suppression du régime provincial qu n’avait rendu que de “funestes services à la tyrannie.” Elle exprima hautement sa haine contre l’ancien gouvernement royal -ce gouvernement dont Giubega avait été l’un des plus fermes appuis- en déclarant qu’il avait exercé “le plus cruel despotisme.” Elle cassa toutes les délibérations -ces délibérations que Giubega avait souvent inspirées- prises par les Etats en faveur des généraux Marbeuf, Narbonne et Sionville, ces “principaux ennemis de la nation corse qui avaient poursuivi arbitrairement les meilleurs citoyens !” Elle demanda que la mémoire de tous ceux qui avaient été ” les victimes du pouvoir judiciaire et militaire parce qu’il avaient désiré la liberté de la patrie” fût réhabilitée. Elle proposa de révoquer les concessions d’étangs et de terres communales prononcées par la royauté -comme la concession de l’étang de Stagone que Giubega avait désséché pour planter sa pépinière. C’était, a dit Napoléon l’esprit du temps. Joseph Bonaparte ne fit-il pas dans ce congrès d’Orezza la motion d’élever une pyramide qui porterait les noms des héros de 1769 et des martyrs de l’indépendance ainsi que la date de la régénération du peuple corse et le témoignage de l’indignation publique contre les traîtres ? Lui aussi, de même que Napoléon, oubliait l’attitude de son père ; lui aussi oubliait que les résolutions des Etats dénoncées à l’assemblée d’Orezza comme “écrites avec l’encre de la flatterie et de la peur” avaient été approuvées par son père ; lui aussi oubliat que l’inscription latine de Bastia qui rappelait l’amour des Corses pour Marbeuf, avait été votée par son père et qu’elle venait d’être effacée et remplacée ainsi : “Le voilà détruit, ce monument que le vil mensonge et la vénale adualtion ont dédié au tyran de la Corse gémissante !”

Giubega avait gardé le silence. Il sentait qu’il ne jouerait plus aucun rôle. Les électeurs le nommèrent juge à La Porta ; il refusa la place ; l’ancier greffier en chef des Etats ne pouvait déchoir, et peut être, dans sa maison de Calvi où il se retira, se prenait-il à regretter l’époque où il était l’un des fonctionnaires les plus considérés et les plus influents de son pays natal. Ce qui semble sûr, c’est qu’il crut désormais et à tort- que Paoli n’avait d’autre visée que celle de son intérêt personnel ; d’autre but que la puissance suprême, d’autre désir que de rendre à la Corse son indépendance et de restaurer le gouvernement national. Giubega aurait dit volontiers, comme Buttafoco, que Paoli était un renard qui perdait son poil, mais qui ne perdait pas sa malice. Et Paoli, de son côté, n’aimait pas Giubega. Il lui reprochait ses attaches génoises. Même durant la guerre de l’indépendance, il suspectait son zèle et il ne l’avait employé qu’à son corps défendant et sur les instances du chanoine Salvini. Il lui fit bonne mine en 1790 ; mais aux yeux de Paoli, Giubega était un “rallié”, un de ces Corses qui, de même que Charles Bonaparte, de même que Buttafoco et Gaffori, avaient courtisé Marbeuf ou sollicité les faveurs des bureaux et dans le secret des coeurs, il lui en voulait d’avoir servi le despotisme royal. Les Corses que Paoli affectionnait, fort naturellement, et qu’il préférait aux autres, c’étaient ceux qui, selon ses propres termes, avaient sucé les maximes de la liberté avec le lait. Quant aux Giubega, aux Arena, aux Bonaparte, il les nommait, en 1793, des patriotes de quatre jours, des esclaves qui ne s’étaient émancipés que depuis quatre années, des gens dont l’opinion était soumise à l’influence des circonstances et des événements extérieurs.

Quoi qu’il en soit, Giubega combattit les desseins de Paoli sur les forteresses de l’île. Lorsque, dans les premiers mois de 1792, ils formèrent quatre bataillons de volontaires corses, Paoli, ainsi que le Directoire du département, voulu les mettre en garnison dans les quatre présides, à Bastia, à Ajaccio, à Calvi, à Bonifacio, et au château de Corte où il n’y avait que des troupes de lignes. Non que Paoli et le Directoire eussent des projets de révolte contre la France : un des membres du Directoire était Joseph Bonaparte qui professait des sentiments tout français. Mais ils désiraient exercer leur droit. Les volontaires n’était-ils pas destinés à la défense du pays ? Pourquoi la Corse ne serait-elle pas protégée par des milices corses ? Pourquoi les nouveaux bataillons ne prendraient-ils pas contact avec les anciens régiments ? Et Paoli, tout bas, remarquait avec assez de justesse que la fidélité des troupes de ligne pouvait être en défaut et que certains de leurs officiers étaient soupçonnés d’aistocratie, disposés soit à émigrer, soit à trahir. Mais les commandants des forteresses, ne connaissaient que leur consigne, refusèrent d’ouvrir leurs portes. Le Directoire du département demandait que les volontaires du 3e bataillon, commandé par Achille Murati -ce Murati à qui, selon le jeune et exubérant Napoléon de 1791, il ne manquait pour être un Turenne que des circonstances et un théâtre plus vaste- eussent accès à la citadelle de Calvi. Le vieux commandant Maudet répondit rudement qu’il n’obéirait pas aux réquisitions du Directoire, et, lorsque les députés de la Corse joignirent leurs plaintes à celle du département, il répliqua que les vieux renards valaient bien les jeunes et que, grâce à lui, dans le trouble et le désarroi des choses, Calvi était la seule place de l’île où le sang n’avait pas coulé. Giubega encourageait Maudet ; il commandait la garde nationale de la ville, et il avait un grand ascendant sur la municipalité ; sous l’influence de Giubega, tout Calvi vantait la prudence de Maudet et son dévouement à la loi. Vainement Paoli envoyait un Calvais, un de ses meilleurs amis confidents, l’actif et remuant Panattieri, qu’il chargeait de résister aux mesures de Giubega et de gagner la population. Il dut reconnaître qu’il ne pouvait rien contre la “conjuration” et que “l’esprit de Giubega regnait toujours à Calvi” : lo spirito di Giubega regna ancora in Calvi !

C’est que Giubega opposait de solides arguments à Paoli. Il remontrait ques les volontaires corses commettaient de graves désordres et volaient l’argent de la nation, qu’ils étaient indiscipilnés, très mal organisés, le rebut des villes et de la montagne, la garde prétorienne du Directoire, et Paoli, malgré lui, donnait raison à Giubega : “L’assertion de Giubega avait quelque fondement, l’asserzione di Giubega aveva qualche fondamento.” Puisque Paoli, ajoutait à Giubega, voulait mettre des gardes nationales dans les citadelles, pourquoi recourait-il aux volontaires de Corse et non aux volontaires du continent ? Pourquoi les prenait-il dans l’île et non en France ? Si la guerre éclatait, “quelqu’un ne pouvait-il penser à séparer la Corse de la France ?”

Ce quelqu’un, c’était Paoli. Aussi, dans sa correspondance de 1792, Paoli se plaint-il très vivement de Giubega. Il lui reproche d’être un misérable aristocrate, de pactiser avec les gens de Bastia -qui n’étaient nullement paoliste- de renouer avec ses ennemis de jadis, Buttafoco et Gaffori. “Giubega, écrit Paoli, m’accuse de tahison ; si je le rencontre, je veux le rendre plus petit qu’un grain de mil ; c’est encore un de ceux qui, lorsqu’on les montre au doigt, deviennent zéro !” Et, à son tour, il accuse Giubega d’être un royaliste de la vieille roche : Giubega, prétend Paoli, avait dit dans ses discours que, si la contre-révolution se produisait, la Corse devrait se détacher de ceux qui tenaient ferme pour la liberté et la Constitution ; selon Giubega, le gouvernement précédent, le gouvernement de Marbeuf et des Boucheporn, convenait mieux à l’île que le gouvernement actuel.

Paoli l’emporta ; il fit entrer les volontaires dans les forteresses. Sous la Constituante, sous la Législative et dans les commencement de la Convention, il eut toujours la confiance des ministres et de l’Assemblé, et, comme disait Saliceti, une confiance sans limites. Il n’était pas du tout, à cette époque, le “machiavéliste” qu’ont représenté ses adversaires, et, nous le répétons, il ne pensait aucunement à séparer la Corse de la France. S’il avait l’ambition de faire seul le bien de la nation Corse, cette ambition n’était-elle pas satisfaite ? Il fut, le 11 septembre 1792, nommé par le Conseil exécutif lieutenant-général et commandant de la 23e division militaire, et il présidait en même temps l’administration départementale ; il avait donc tous les pouvoirs, et, au nom de la France, il gouvernait la Corse comme avant la conquête. Jusqu’à sa rébellion, il eut pour la France l’attachement, qu’il lui avait promis ; jusqu’au dernier jour, il sentit et déclara que la force de la Corse venait de son intime union avec la France.

Mais il s’appuya sur Pozzo di Borgo, sur Cesari ; sur Panattieri, sur Leonetti, et un grand parti se forma contre lui. A la tête de ce parti était Saliceti qui voulait dominer l’île : après avoir été l’admirateur de Paoli, Saliceti devint, selon le mot de Volney, son rival, et il trouva des alliés : Gentili, les Arena, les Bonaparte, tous ceux que Paoli avait écartés. Cosas di Corsica ! Paoli, Pozzo et autres souhaitaient de rester fidèles à la France, et ils n’avaient aucune arrière-pensée d’indépendance et de soumission à l’Angleterre. S’ils se révoltèrent, ce fut, comme disait Pozzo, contre Saliceti et compagnie ; ce fut comme disait le Conseil supérieur du département, contre les intrigants qui désiraient “despotiser en Corse” et “accaparer le crédit ;” ce fut, comme disait Paoli, contre la cabale, contre l’arbitraire et les abus de l’autorité. “Mes ennemis, s’écriait Paoli, me qualifient de tyran parce qu’ils voient en moi un obstacle à leurs projets ambitieux ; ma tyrannie n’existe pas, ou, si elle existe, il faudrait qu’il y eût dans chaque département des gens qui l’exercent dans mon style !”

Le parrain de Napoléon appartenait au parti qui s’était formé contre Paoli. Il n’intervint pas dans la lutte qui s’engagea sourdement d’abord, puis ouvertement, entre Saliceti et Paoli dans les premiers mois de 1793. Pourtant, il eut, dit-on, en septembre ou en octobre 1792, une entreveu avec le Babbo. Pozzo di Borgo avait obtenu du ministre Servan le brevet de lieutenant-général pour Paoli : ce grade, avait dit Pozzo, était nécessaire au babbo qui, fort de son influence et du commandement des troupes, verrait toutes les intrigues se taire en sa présence. Mais Paoli, lieutenant-général, dépendait du ministre de la guerre et du général en chef de l’armée du Midi. Ses ennemis accueillirent donc sa nomination sans déplaisir : ils le “tenaient” ; ” Paoli n’était plus au dessus des lois ; il se soumettait du moins aux lois militaires. Telle fut la pensée de Giubega. Lorsqu’il apprit que Paoli avait envie de refuser les fonctions que lui offrait le Conseil exécutif, il courut à Rostino et pria Paoli d’accepter le fardeau et de sacrifier une fois encore son repos personnel à la sécurité publique. N’était-il pas le seul homme qui inspirait la confiance, le seul qui pût dans le danger suprême rallier les Corses et les mener au combat, le seul qui connût les vrais patriotes et sût les employer au salut du pays ? Ne devait-il pas conséquemment avoir en main toutes les forces de l’île ? Giubega, écrit un contemporain, se doutait que Paoli deviendrait bon gré mal gré coupable envers la loi.

On n’a du reste que peu de détails sur les derniers jours de Giubega. Il fit à la fin de 1792 le voyage de Paris, et, le 18 mars 1793, devant des gens qui parlaient de la mission des trois députés, Saliceti, Delcher et Lacombe Saint-Michel, envoyés en Corse par la Convention, il disait tout haut que le conflit ne pouvait s’éviter, que Paoli n’était pas homme à se soumettre ni à se démettre, et n’obéirait pas aux ordres des commissaires. Mais lorsque Giubega revint à Calvi, il déraissonait, tant l’exécution de Louis XVI avait troublé, bouleversé son esprit !

L’événement produisit, en effet, sur tous les Corses une profonde impression d’horreur. Des six députés de l’île, un seul Saliceti, vota la mort du monarque ; les cinq autres demandèrent sa détention, et Chiappe assurait que la fatale sentence annonçait la perte de la République et un nouveau roi après de nouveaux carnages. Paoli ne disait-il pas dans ses conversations intimes que les Corses devaient être les ennemis, et non les bourreaux des rois ? Napoléon Bonaparte ne déplorait-il pas devant Sémonville le grand crime que la Convention avait commis ? Muselli, faisant l’oraison funèbre du frère de Paoli, n’affirmait-il pas que l’acte du 21 janvier avait excité l’indignation de ses compatriotes ? Leonetti, le neveu de Paoli, attaquant les murs de Calvi, ne criait-il pas aux défenseurs de la ville qu’il paieraient cher le sang de leur roi ?

 

VIII

Ce fut à Calvi, chez les Giubega, au mois de juin 1793, que les Bonaparte vinrent chercher un asile, lorsqu’ils furent chassés d’Ajaccio par les paolistes, lorsque la Consulta de Corte, composée de mille délégués des communes, déclara qu’ils étaient nés de la fange du despotisme, qu’ils avaient été nourris et élevés sous les yeux et aux frais du pacha luxurieux qui commandait dans l’île, qu’ils avaient secondé les efforts et appuyé les impostures des Arena, qu’ils seraient, par suite, ainsi que les Arena, abandonnés à leurs remords et à l’opinion publique, qui, d’ores et déjà , les avait condamnés à une perpétuelle exécration et infamie.

On sait que Napoléon courut quelque danger. Il avait pris la voie de terre, et il s’égara dans le maquis. Selon la tradition, un faiseur de fagots le remit dans le bon chemin et le conduisit à Calvi, chez Laurent Giubega. Depuis, et jusqu’à sa mort, cet homme ne parla que de sa rencontre avec Napoléon et on ne l’appelait plus que Napolino ou le petit Napoléon.

Le frère de Laurent, Damien, reçut Bonaparte avec amitié. Les filles de Mme Letizia étonnèrent, dit-on, la domestique par leurs habitutdes de propreté et leurs petits talents : sur l’ordre de leur mère, elles allaient l’une après l’autre à la cuisine faire le plat doux du dîner.

Laurent mourut au mois de septembre suivant. Il avait épousé durant son séjour à Gênes une demoiselle noble de la ville, Marie Rogliano, à qui Napoléon Bonaparte faisait ses compliments en ces termes à la fin d’une lettre de 1789 : “Permettez que Madame reçoive ici le serment de mon hommage.” Plusieurs enfants étaient nés de ce mariage et morts en bas âge. Une fille avait survécu, Annette, qui devait dit-on épouser