03.02.08

MARECHAL GROUCHY (1766-1847)

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Maréchal Emmanuel de Grouchy (1766-1847)

Non, non, Grouchy n’a pas agi [à Waterloo] avec l’intention de trahir, mais il a manqué d’énergie. Il y a eu aussi de la trahison dans l’état-major. Cependant je n’en suis pas certain, n’ayant jamais revu Grouchy depuis lors.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal GROUCHY (Emmanuel, marquis DE), maréchal de France, né à Paris en 1766, d’une ancienne famille de Normandie, mort en 1847. Ce général, on ne l’ignore pas, a été l’objet de beaucoup de controverses à propos de son rôle a la bataille de Waterloo, qu’on l’accuse communément d’avoir fait perdre par son inertie. Mais donnons d’abord le résumé de sa vie militaire, qui ne fut pas sans éclat. Il entra au service à l’âge de treize ans, et il était sous-lieutenant aux gardes du corps lorsque éclata la Révolution, dont il embrassa la cause avec le généreux enthousiasme de la jeunesse. Il devint rapidement général, combattit en Savoie et en Vendée, fut destitué, comme noble, pendant la Terreur, mais réintrégré l’année suivante, et adjoint au général Hoche, qu’il seconda dans l’expédition de Quiberon et dans l’expédition avortée d’Irlande (1796). Il passa ensuite à l’armée d’Italie, parvint, par un coup de main hardi, à déterminer l’abdication du roi de Sardaigne en faveur de la France, et montra un courage héroïque à la malheureuse bataille de Novi, où il tomba, atteint de quatorze blessures, entre les mains des Russes. Echangé après Marengo, il reçut le commandement d un corps d’armée, prit une part glorieuse, sous Moreau, à la bataille de Hohenlinden, puis se distingua à Ulm,  à Eylau et à Friedland. Il avait voté contre le Consulat, et il s’était honoré en prenant la défense de Moreau, son ancien chef et son ami ; néanmoins, il reçut, en 1808, le gouvernement de Madrid, se distingua de nouveau à Raab et à Wagram, commanda un des trois corps de cavalerie de la grande armée, dans la campagne de Russie, et, par son intrépidité à Wilna, Krasnoé, Smolensk, la Moskowa, fut jugé digne de commander, pendant la retraite, l’Escadron sacré, débris des cadres de nos héroïques légions. Tombé dans une sorte de disgrâce en 1813, il ne reprit un commandement que dans la lutte suprême de l’année suivante, soutint sa réputation pendant la campagne de France, et fut blessé assez grièvement au combat de Craonne. Mis à l’écart par la Restauration, il reçut, au retour de l’île d’Elbe, le commandement de l’armée du Midi (1815), contraignit le duc d’Angoulème à capituler, et fut élevé à la, dignité de maréchal de France. Au début de la campagne si courte et si tragique de 1815, il eut sous ses ordres la cavalerie de réserve, et joua un rôle extrêmement brillant à la bataille de Ligny. Ici nous touchons à Waterloo. Au lendemnin de Ligny, c’est-à-dire le 17 juin, Napoléon donna à Grouchy le commandement d’un corps d’armée de 35.000 hommes, avec ordre de poursuivre les Prussiens, d’empêcher Blücher de faire sa jonction avec Wellington. D’après la légende longtemps reçue, la conduite de Grouchy, depuis cette matinée du 17 jusqu’à la soirée du 18, n’aurait été qu’une suite de bévues, un enchaînement de fautes plus grossières les unes que les autres ; enfin la bataille de Waterloo eût été gagnée par Napoléon, si le maréchal n’eût laissé passer les Prussiens ou fût accouru sur le terrain avec son corps d’armée. M. Thiers, toujours favorable aux données populaires et napoléoniennes, n’a fait que confirmer cette version complaisante, écho du Mémorial de Sainte-Hélène. Napoléon, en effet, suivant son invariable coutume de rejeter ses propres fautes sur ses lieutenants, a imputé la perte de la bataille, nettement, formellement, à Ney et à Grouchy, l’un fusillé, l’autre proscrit pour sa cause. Ces allégations, soutenues par d’autres témoignages, ont donné lieu à différentes publications. Grouchy, encore en exil, fit paraître en 1819 un mémoire justificatif ; quelques assertions contenues dans ce mémoire furent alors combattues ; la publication d’un poème de Méry et de Barthélémy vint réveiller cette controverse. Le général Gérard, depuis maréchal, alors député de la Dordogne, dans le camp de l’opposition, y prit part, et publia un écrit intitulé : Quelques documents sur la bataille de Waterloo, propres à éclairer la question portée devant le public par M. le marquis de Grouchy (brochure in-8°). Il y a déjà de la malveillance dans ce titre : Grouchy était marquis, sans doute, mais il était général, titre qui, aux yeux de M. Gérard, devait valoir mieux que l’autre, et qu’en bon camarade il eût dû préférer donner à celui qu’il voulait combattre. Mais passons. Le point sérieux du débat est celui-ci : Grouchy commandait un corps d’armée séparé du corps de bataille et opérant sur la droite. Il avait ordre de suivre Blucher, qui se retirait du côté de Namur, mais qui déroba habilement sa marche au général français au moyeu d’une forte arrière-garde, passa la Dyle à Wavres et revint sur Waterloo opérer sa jonction avec les Anglais et décider la victoire. Le matin du 18, Grouchy marcha sur Wavres, lorsqu’il entendit une forte canonnade sur sa gauche : c’était le canon de Waterloo. S’il eût marché sur le canon, il eût, dit-on, en prenant part à l’action principale, opéré une diversion puissante qui, peut-être, eût changé les résultats de cette funeste et mémorable journée. Pour ne l’avoir pas fait, Grouchy allégua ses ordres, qu’il n’aurait pu modifier, en y contrevenant, qu’en prenant sur lui une grave responsabilité, et en vertu d’une certitude qu’il n’avait pas. Mais ce n’est pas tout ; non-seulement on disait que Grouchy n’avait point eu l’idée de marcher sur la gauche, mais qu’il avait expressément rejeté le conseil que lui donnait le général Gérard, de manœuvrer en ce sens. Ce fait est contesté dans le mémoire de 1819, qui contient, en outre, quelques observations défavorables au 4e corps. Le général Gérard n’avait point d’abord répondu ; d’autres l’avaient fait pour lui ; mais, quant à lui, il pensait sans doute que la situation malheureuse d’un ancien compagnon d’armes lui prescrivait le silence. Mais ce motif  n’existant plus en 1823, et comme la question venait d être relevée dans un sens contraire au sien, il crut de son devoir de s’expliquer. Dans la brochure qu’il publia à cette époque, le commandant du 4e corps se justifie sans doute de tout reproche, mais il n’y prouve pas que Grouchy en ait eu à se faire. Gérard y dit bien qu’il avait ouvert, le 18, entre onze heures et midi, l’opinion de faire manœuvrer un corps d’armée, avec quelque cavalerie, sur le canon de l’Empereur. « Je n’ai pas la présomption de dire, ajoute-t-il, que dans ce moment je calculais les immenses résultats qu’aurait produits cette manœuvre, comme l’événement l’a prouvé, si elle eût été exécutée ; en manifestant cet avis, je n’étais frappé que de l’idée, du reste fort simple, de nous lier avec les troupes de gauche. » Tout cela est fort bien, et peut entrer comme témoignage dans le grand procès d’art militaire dont la bataille de Waterloo est le sujet, mais ne prouve pas que le général Grouchy, qui croyait encore avoir les Prussiens devant lui, ait dû prendre sur lui d’exécuter une manœuvre que ses ordres lui prescrivaient de ne pas faire. Il a pu être malhabile dans une circonstance suprême où le succès fait absoudre de la désobéissance ; mais il y a loin de là à un mauvais dessein prémédité et surtout à cette persistante et terrible accusation de trahison, que les partisans trop zélés de Napoléon ont voulu et veulent encore attacher au nom de Grouchy. Sa conduite postérieure le justifie d’ailleurs suffisamment de ce banal reproche de trahison. Son fils, sénateur du second Empire, a publié, en 1864 (Paris, Dentu, in-12), une brochure destinée à réfuter une partie des assertions de M. Thiers, et qui est intitulée : le Maréchal Grouchy du 16 au 18 juin 1815. Sans doute, on doit se tenir en garde contre ces apologies de famille ; mais ce travail contient des détails intéressants, et nous devions l’indiquer comme une des pièces du procès. Mais il y a des études plus profondes et plus concluantes, parce qu’elles embrassent tout l’ensemble des opérations. Pour avoir une idée exacte et de cette terrible défaite et de l’épisode qui nous occupe, il est absolument indispensable de lire les derniers travaux, et spécialement L’Histoire de la campagne de 1815, par Charras, et le livre de M.E. Quinet sur le même sujet (Paris, Michel Lévy, 1862). La question qui nous occupe est complètement élucidée dans ces ouvrages de premier ordre, qui, sortant de la donnée commune, s’appuyant sur une masse de matériaux, ont porté lumière sur bien des points et détruit bien des préjugés. En ce qui concerne Grouchy, qu’il ait commis des fautes, c’est ce qui parait incontestable ; mais il ne l’est pas moins que la direction fausse dans laquelle il s’avança et s’égara lui avait été imposée par Napoléon, qui, au lieu de faire poursuivre les Prussiens dès le soir même de Ligny, et, dans la nuit, de les faire serrer de près, afin qu’il ne pussent nous dérober un seul de leurs mouvements, attendit au lendemain, à trois heures de l’après-midi, pour se décider à une sérieuse recherche, pour envoyer sur leurs traces, désormais confuses et trompeuses, un corps d’armée qui ne pouvait plus que les suivre à tâtons et très difficilement les atteindre. Voilà quelle aurait été l’une des premières causes du succès de la manœuvre audacieuse de Blücher, et ce qui lui ouvrit toute large la route de Saint-Lambert et de Planchenoit. Grouchy ne prévit pas, sans doute, la jonction ; mais Napoléon ne la prévit pas davantage, voilà ce qui paraît établi ; il croyait les Prussiens en pleine retraite, et il envoya son lieutenant à leur poursuite, sans instruction précise, sans que rien dénotât chez lui l’idée de s’appuyer sur les divisions Grouchy et d’agir de concert. Grouchy aurait dû, dit-on, marcher au canon, vers Waterloo ; mais, outre que ses ordres ne lui prescrivaient rien pour une telle éventualité (et l’on sait que les prescriptions impérieuses de Napoléon glaçaient toute initiative chez ses généraux), rappelons, encore une fois, qu’il croyait avoir toute l’armée prussienne non loin de lui, et qu’en abandonnant sa position il pouvait craindre de lâcher la proie pour l’ombre et d’entraver les combinaisons de l’Empereur. Son erreur prouve qu’il a manqué de tact militaire et d’habileté ; niais cette erreur admise, il pouvait très légitimement se croire dans la lettre et dans l’esprit de ses instructions. Et, maintenant, que fût-il arrivé s’il avait dirigé son corps d’armée sur le lieu de l’action ? Ici nous sommes en pleine conjecture. Cependant, il y a un fait capital, qui permet de supposer avec quelque vraisemblance que l’issue de la bataille n’aurait probablement pas été changée. En effet, Blücher avait pris ses dispositions de marche à la pointe du jour (qu’on n’oublie pas que nous sommes en juin) pour acheminer son armée sur Waterloo, et cependant ses bataillons n’y arrivèrent qu’à quatre heures, et successivement jusqu’à sept heures et demie. Or Grouchy, qui n’avait aucun ordre pour prendre part à la bataille du 18, et qui n’aurait pu y songer qu’à midi passé, quand il entendit les premiers grondements lointains du canon, serait certainement arrivé longtemps après Blücher, et peut-être après la fin du terrible combat. Il faut ajouter que, par un contre-temps fréquent à la guerre, il ne reçut aucune des dépêches que Napoléon lui envoya assez tard dans la journée, soit que les estafettes eussent été prises ou tuées, soit qu’elles eussent passé à l’ennemi. Nous ne pousserons pas cette analyse au delà de ce qui était nécessaire pour donner une idée du rôle de Grouchy, évidemment dénaturé, et dont la gravité a été exagérée à ce point que les fictions populaires lui font supporter tout le poids de la responsabilité, dans la terrible défaite de Waterloo. Après l’écrasement de notre armée, Grouchy fit la seule chose qui restait à faire à un capitaine vigilant : il opéra sa retraite en bon ordre, se retira sur Paris, où il fit proclamer Napoléon II au milieu de ses troupes, et n’abandonna le commandement que devant le mauvais vouloir de ses généraux. Proscrit par la Restauration, il passa aux États-Unis, revint en France en 1821, ne put obtenir d’être employé dans la guerre d’Espagne (1823), et ne fut rétabli dans sa dignité maréchal de France qu’après la Révolution de Juillet. Appelé par Louis-Philippe à la Chambre des pairs, il vota avec l’opposition modérée, et ne voulut prendre aucune part aux débats du procès d’avril 1834. Depuis 1815 jusqu’à la fin de sa vie, il eut à répondre aux attaques les plus passionnées et souvent les plus injustes, pour sa conduite dans la dernière guerre de l’Empire. Voici les principaux écrits qu’il a publiés à cette occasion : Observations sur la Relation de la campagne de 1815, du général Gourgaud (1819, in-1 8) ; Réfutation de quelques articles dex Mémoires du duc de Rovigo (1829); Influence que peuvent avoir sur l’opinion les documents relatifs à la bataille de Waterloo publiés par le comte Gérard (1S30) ; Plainte contre le général -Berthezène (1840) ; Fragments historiques (1840).

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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MARECHAL PONIATOWSKI (1763-1813)

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Prince Jozef Poniatoski (1763-1813), maréchal de France, “Le Bayard Polonais”

Le vrai roi de Pologne, c’était Poniatowski ; il réunissait tous les titres, et il en avait tous les talents.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal PONIATOWSKI (le prince Joseph), général polonais et maréchal de France, né à Varsovie en 1763, mort près de Leipzig en 1813. C’est le plus illustre des membres de cette famille et celui qui a le plus contribué à rendre la cause polonaise populaire en France. Sa bravoure chevaleresque lui fit donner le surnom de Bayard polonais, et notre grand poète Béranger lui a consacré une de ses odes immortelles. Il était neveu du roi Stanislas-Auguste et fils d’André Poniatowski, né en 1735, mort en 1773, qui, ayant été nommé ambassadeur de Pologne à Vienne en 1764, prit peu après du service dans l’armée de Marie-Thérèse et reçut le grade de lieutenant général d’artillerie. Le prince Joseph fit ses premières armes dans l’armée autrichienne, au service de Joseph II, et se distingua dans la guerre contre les Turcs (1787), rentra dans sa patrie en et s’occupa de la réorganisation de l’armée polonaise. Pendant la guerre de 1792 contre les Russes, on lui confia la défense des points les plus importants de la Pologne et le commandement de l’armée du Midi. Il remporta de brillants avantages à Zielenka et à Dublenka ; mais sa déférence aux ordres contradictoires de son oncle, le roi Stanislas, lui donna une apparence d’indécision qui mécontenta ses compatriotes. Cependant, après que le roi eut accédé à la confédération de Targowitz, prélude du partage de la Pologne, il donna sa démission et se retira à l’étranger. L’insurrection polonaise de 1794 le ramena dans le camp des patriotes ; il s’enrôla comme simple volontaire sous les drapeaux de Kosciusko, reçut le commandement d’une division, s’illustra par la défense de Powonski et rendit de grands services pendant les deux sièges de Varsovie. On sait quelle fut l’issue désastreuse de cette lutte ; désespérant presque de sa patrie et de ses destinées, Poniatowski se retira à Vienne et refusa noblement les offres brillantes de Catherine II. L’entrée des Français en Pologne, après la bataille d’Iéna (1806), lui fit confier par le roi de Prusse le gouvernement de Varsovie, qui fut bientôt après occupée par Murat. Après quelques hésitations, Poniatowski suivit l’impulsion générale de la nation polonaise, embrassa le parti des Français, fut nommé ministre de la guerre du gouvernement provisoire établi à Varsovie, organisa l’armée polonaise avec une rapidité et une habileté qui lui méritèrent les éloges de tous les généraux français, et servit fidèlement depuis lors la cause de la France, confondue avec celle de sa patrie. A la suite du traité de Tilsit (1807), par lequel fut établi le grand-duché de Varsovie, le prince Joseph conserva le ministère de la guerre et reçut le titre de généralissime, néanmoins sa position fut des plus difficiles. Napoléon venait de traiter la Pologne en véritable pays conquis ; il avait laissé dans ce pays 80.000 hommes, qu’il s’agissait de nourrir, de vêtir, et avait imposé aux Polonais d’autres conditions onéreuses ; d’un autre côté, les troupes françaises commettaient de grands désordres. Heureusement, le maréchal Davout arriva à Varsovie avec le titre de gouverneur du duché, mit un terme à l’arbitraire, aux exactions, et la situation du prince Poniatowski devint moins pénible. Pour protéger Varsovie, il fortifia le faubourg de Praga, Modlin, Serock, Thorn, Czenstochowa, etc., et réussit à former une année de douze régiments d’infanterie, de seize de cavalerie, avec un parc d’artillerie convenable. Mais Napoléon dissémina ces excellentes troupes en Espagne, en Saxe, de sorte que, lorsque la guerre éclata entre l’Autriche et Napoléon en 1809, Poniatowski n’avait plus sous ses ordres que 8.000 hommes quand l’archiduc Ferdinand envahit la duché de Varsovie avec 40.000 combattants. Un conseil de guerre réuni pour délibérer sur les moyens de défense se prononça pour qu’on battît en retraite ; mais le prince Joseph fut d’un avis contraire. Il se couvrit de gloire en défendant avec une poignée de braves le village de Raszin contre l’armée de l’archiduc Ferdinand, empêcha par ce fait d’armes la prise de Varsovie et repoussa les Autrichiens en soulevant contre eux la Galicie. Lorsque la paix fut signée (1809), il reprit le portefeuille de la guerre, s’occupa de fonder des établissements militaires, qui manquaient à l’armée polonaise, une maison d’invalides, des écoles du génie et de l’artillerie, un hôpital militaire, augmenta considérablement les fortifications des places les plus importantes et réorganisa l’armée. Bien que, par le traité de Vienne (1809), Napoléon eût rendu à l’Autriche toute l’ancienne Galicie, que les Polonais avaient reconquise pendant la campagne précédente, bien qu’il eût cédé l’arrondissement de Tarnopol à la Russie, qu’il continuât à envoyer des troupes polonaises en Espagne, Poniatowski et ses compatriotes espéraient toujours que l’Empereur comprendrait la nécessité de rétablir la Pologne dans son intégrité, dans l’intérêt même de sa politique, et, dans cet espoir, ils supportaient tout, se montraient toujours prêts à tous les sacrifices. Lorsque éclata la guerre entre la France et la Russie, Poniatowski put fournir à l’Empereur une armée de 100.000 hommes. « Mais, dit L. Chodzko, au grand regret du prince, la majeure partie de cette armée lui fut enlevée pour être répartie dans différents corps de l’armée napoléonienne, comme avant-garde et comme interprètes. Il ne lui resta bientôt que 30.000 hommes, qui formèrent le cinquième corps, placé d’abord sous les ordres de Jérôme Bonaparte. Après le départ de ce dernier, il lui succéda dans le commandement et forma constamment l’extrême droite de la grande armée. » Vainement Poniatowski, qui connaissait le pays, ses ressources, son esprit, qui savait que les populations polono-ruthéniennes étaient prêtes à se soulever pour leur indépendance, que leur pays offrait d’inappréciables ressources pour servir, en cas de revers, de refuge à la grande armée, vainement le prince donna à Napoléon les plus utiles et les plus sages conseils, Napoléon ne voulut point l’entendre et commit faute sur faute. Le prince Joseph ne se conduisit pas moins, pendant toute cette funeste campagne, de la façon la plus glorieuse. Il se signala notamment par une héroïque valeur à Smolensk, à la Moskowa, à Tscherikovo, entra un des premiers à Moscou, combattit, pendant la retraite, à Malo-Yaroslavitz, à Voronovo, reçut ensuite une grave blessure, gagna Varsovie et de là Cracovie (février 1813). Bien que vivement sollicité par ses compatriotes, qui avaient perdu toute confiance en Napoléon, d’abandonner ce dernier, il refusa, rejoignit avec un corps d’armée l’Empereur en Saxe et concourut à la prise de Gabel, de Friedland, de Reichberg. A la bataille de Leipzig, son héroïsme le fit nommer sur le champ de bataille maréchal de France (16 octobre 1813). Sans décliner cet honneur, il en fut affecté et dit à quelques-uns de ses compatriotes, qui étaient venus le complimenter : « Je suis fier d’être le chef des Polonais. Quand on a le titre unique et supérieur au maréchalat, celui de généralissime des Polonais, tout autre ne saurait convenir, par ailleurs, ma mort approche ; je veux mourir comme général polonais, et non comme maréchal de France. » Trois jours après, chargé de protéger la retraite et n’ayant avec lui qu’un petit nombre de soldats, il contint les colonnes ennemies jusque sur les bords de l’Elster ; là, pressé par des forces supérieures, ne pouvant traverser le fleuve, dont les Français avaient détruit les ponts, couvert de blessures, il refusa néanmoins de se rendre, poussa son cheval dans l’Elster et essaya de le traverser à la nage ; mais il se noya dans le trajet (1813). Sa mort fut pleurée non-seulement par sa patrie, qu’il avait aimée avec passion, mais encore par la France, qu’il avait si vaillamment et si fidèlement servie. Son corps, retrouvé seulement le 24 octobre, fut embaumé, porté à Varsovie, puis à Cracovie et déposé près du tombeau de Kosciusko. Ce vaillant et brillant général joignait à une belle figure un port noble et majestueux, des manières pleines d’affabilité et de grâce. - II ne se maria point, mais il eut de Mme Czosnowska un fils, Joseph Poniatowski, né en 1809, que sa tante paternelle, la comtesse Tyszkiewicz, adopta en qui se fit naturaliser Français et fit les campagnes de Morée, de Pologne (1831) et d’Algérie, où il mourut en 1855.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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03.01.08

MARECHAL GOUVION-SAINT-CYR (1764-1830)

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Maréchal Laurent Gouvion Saint Cyr (1764-1830), alors capitaine au 1e bataillon de chasseurs de Paris (1792)

Mon tort est d’avoir employé Saint-Cyr ; il ne va pas au feu, ne visite rien, laisse battre ses camarades et aurait pu secourir Vandamme.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal GOUVION -SAINT-CYR (Laurent), maréchal de France et homme d’Etat, né à Toul en 1764, mort à Hyères le 10 mars 1830. Il étudia la peinture à Rome, puis à Paris a partir de 1784, et donna même des leçons de dessin ; mais la Révolution vint le mettre dans sa véritable voie. Nommé officier dans la garde nationale parisienne, il partit, le 1er septembre 1792, au moment des plus grands dangers de la patrie, comme capitaine dans le 1er bataillon de volontaires, dit bataillon des chasseurs républicains. Il devint rapidement général de brigade (1793) et général de division (1794), dirigea la principale attaque au siège de Mayence, eut une part glorieuse à la belle retraite de Moreau en 1796, reçut, en 1798, le commandement de l’armée de Rome, alors en pleine révolte et qui venait de chasser Masséna, parvint à y ramener la discipline, commanda, l’année suivante, l’aile droite de l’armée à la funeste bataille de Novi, obligea les Autrichiens à évacuer la place de ce nom, les battit complètement devant Coni et garantit Gènes d’un investissement. Général en chef de l’armée du Rhin en l’absence de Moreau il prit Fribourg, concourut ensuite à l’éclatante victoire de Hohenlinden, fut mis à la tête de l’armée du Portugal en 1801, envoyé à Madrid comme ambassadeur, créé, en 1804, colonel général des cuirassiers, et nommé, l’année suivante, général en chef de l’armée de Naples. Il fit en 1807 les campagnes de Prusse et de Pologne, passa en Espagne après la paix de Tilsit, prit Roses et Barcelone, battit le général Castro, et, appelé en Russie en 1812, fut mis successivement à la tête du 6e et du 10e corps, défit Wittgenstein à Polotsk, reçut, en récompense, le bâton de maréchal, fit avec distinction la campagne de 1813 et détruisit le corps d’armée du général Tolstoï. Chargé de défendre Dresde pendant la retraite de l’armée française, et laissé sans vivres et sans munitions, il se vit obligé de capituler le 11 novembre, en stipulant, toutefois, qu’il serait transporté en France, lui et ses troupes. Au mépris de la capitulation, ils furent retenus prisonniers. Saint-Cyr ne rentra en France qu’après les événements de 1814. Louis XVIII l’accueillit avec empressement, l’éleva à la pairie, et, lors du retour de Napoléon, le mit à la tête des troupes réunies a Orléans. Le général Dupont, qui commandait ces troupes, était détesté. Tous les régiments avaient pris sous ses yeux la cocarde tricolore. Le maréchal, à son arrivée, eut assez d’ascendant pour faire reprendre la cocarde blanche et pour la maintenir plusieurs jours après la rentrée de Napoléon aux Tuileries. Pendant les Cent-jours, il vécut à Paris, éloigné des affaires, fut nommé ministre de la guerre à la rentrée de Louis XVIII, adoucit, autant que possible, les mesures de rigueur qu’entraînait le licenciement de l’armée, devint, par cela même, odieux aux ultra-royalistes, et dut se retirer au mois de novembre 1815. Créé marquis, nommé ministre de la marine en 1817, il reprit le portefeuille de la guerre le 12 novembre. C’est alors qu’il accomplit dans l’organisation de l’armée ces réformes radicales qui sont, sans contredit, un des faits les plus importants de l’Histoire de la Restauration. Les Bourbons, à leur retour en France, pour se rendre populaires, avaient proclamé l’abolition de la conscription militaire. Le nouveau ministre la rétablit par la loi du 10 mars 1818 ; mais, au lieu d’appeler tous les jeunes gens sous les drapeaux, il exonérait les soutiens de famille, fixait, pour le temps de paix, le contingent à 40.000 hommes, et libérait d’une manière définitive tous ceux que le sort n’avait pas appelés à faire partie de ce contingent. Pour détruire le favoritisme, cause de découragement pour l’armée, l’avancement jusqu’au grade de colonel était basé sur l’ancienneté. Après six années de service, les sous-officiers et soldats rentrés dans leurs foyers étaient assujettis aux appels pendant six années encore, et formaient ainsi, sous le nom de vétérans, la réserve, en cas de guerre. En 1824, les vétérans furent remplacés par une réserve de jeunes soldats laissés dans leurs familles. Ce n’est pas sans une vive opposition que Gouvion-Saint-Cyr put faire passer sa réforme aux deux Chambres. En butte à la haine des royalistes, il se retira à la fin de 1819. Gouvion-Saint-Cyr était un militaire instruit, un bon stratégiste, mais froid, étranger aux enthousiasmes des champs de bataille. On a de lui : Journal des opérations de l’armée de Catalogne en 1808-1809 (Paris, 1821, in-8°, avec atlas) ; Mémoires sur les campagnes des armées du Rhin et de Rhin-et-Moselle (1829, 4 vol. in-8°) ; Mémoires pour servir à l’histoire mililaire sous le Directoire, le Consulat et l’Empire (1831, 4 vol. in-8°). Ces ouvrages
sont adoptés comme livres classiques dans les écoles militaires.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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MARECHAL SUCHET (1770-1826)

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Maréchal Louis-Gabriel Suchet (1770-1826) duc d’Albuféra 

Il n’y a que Suchet qui soit bien à son affaire. Si j’avais deux généraux en chef comme lui à conduire mes troupes en Espagne, cette guerre serait déjà terminée.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal SUCHET (Louis-Gabriel), duc  d’Albuféra, maréchal de France, né à Lyon le 2 mars 1770, mort au château de Saint-Joseph le 3 janvier 1826. Son père, fabricant de soieries, le fit élever au collège de Lyon et l’initia aux procédés de son industrie, comptant qu’il le remplacerait à la tête de sa maison. Mais, à l’appel de la nation en danger, Suchet, alors âgé de vingt ans, s’enrôla dans la cavalerie, fut élu peu après capitaine d’une compagnie franche de l’Ardèche et devint le 20 septembre 1793, chef de son bataillon. Envoyé au siège de Toulon, il fit prisonnier le général d’O'Hara, gouverneur de la place, fût chargé, en mai 1794 de comprimer le mouvement royaliste de Bédouin, puis passa à l’armée d’Italie. Là, il se signala par son intrépidité à Loano, où il prit trois drapeaux aux Autrichiens, à Lodi, Rivoli, Castiglione, Trente, Arcole, Cerea (11 octobre 1796), où il fut grièvement blessé, et reçut la mission de porter au général Bonaparte les drapeaux enlevés par sa division dans les derniers mois de la campagne. Après avoir été de nouveau blessé à Neumark (2 août 1797), il reçut le grade de chef de brigade et passa à l’armée d’Helvétie sous les ordres de Brune. La bravoure et les talents militaires qu’il montra dans cette campagne le firent désigner pour aller porter au Directoire les vingt-cinq drapeaux enlevés à l’ennemi. Suchet venait d’être nommé général de brigade (23 mars 1798); lorsque Bonaparte l’appela à faire partie de l’expédition d’Egypte. Mais Brune, qui venait de recevoir le commandement de l’armée d’Italie, voulut le garder auprès de lui et le nomma son chef d’état-major. Dans ses fonctions, Suchet s’attàcha à améliorer la situation de l’armée, à assurer sa solde, à y raffermir la discipline. Aussi fut-il maintenu à son poste, par Joubert, qui succéda à Brune. Mais, peu après, à la suite de différends qu’il eut avec les commissaires du Directoire, il reçut l’ordre de se rendre à Paris, malgré les protestations de Joubert (février 1799). Arrivé à Paris, il se justifia facilement des accusatjons portées contre lui. De là, il passa à l’armée du Danube, commandée par Masséna (21 février), et seconda habilement le général en chef dans ses savantes manœuvres à travers le pays des Grisons contré les Austro-Russes. Sur ces entrefaites, Joubert fut chargé de réparer les désastres de Schérer en Italie. Un de ses premiers actes fut de faire nommer Suchet général de division
(10 juillet 1799) et de le rappeler auprès de lui comme chef d’état-major. Après la mort de Joubert à Novi (15 août), il conserva ses fonctions sous Moreau ; sous Championnet ; puis se vit adjoint, comme lieutenant, à Masséna, devenu général en chef de l’armée d’Italie (8 mars 1800). Pendant que Masséna enfermé dans Gênes soutenait un siège héroïque, Suchet, n’ayant sous ses ordres que 8.000 hommes, dépourvus de tout, tenait Melas et ses 40.000 Autrichiens en échec, lui disputait le terrain pied pied, contribuait par ses habiles manœuvres à décimer ses troupes, empêchait l’ennemi de pénétrer en France et donnait à l’armée de secours le temps d’arriver. Sa belle défense du pont du Var le plaça au rang de nos plus brillants généraux et lui valut les plus chaleureuses félicitations de la part du grand Carnot. Après y avoir soutenu deux sanglants assauts le 22 et le 26 mai, il prit l’offensive contre Elnitz, le battit à diverses reprises, lui fit 15.000 prisonniers, lui enleva trente-quatre canons, rejoignit Masséna et contribua par sa marche rapide sur Alexandrie ; au succès de la bataille de Marengo. A la suite de la convention d’Alexandrie, Suchet alla occuper Gênes et son territoire, où il resta jusquà la reprise des hostilités (6 décembre 1800). Il reçut alors le commandement du centre de l’armée d’Italie, dégagea le général Dupont, fit prisonniers ; Autrichiens à Pozzolo, se distingua également à Borghetto, à Vérone, Montebello et devint, après l’armistice de Trévise (janvier 1801), gouverneur de Padoue. De retour en France après la paix de Lunéville, Suchet fut nommé  inspecteur général des troupes d’infanterie dans le Midi et dans l’Ouest, puis appelé à commander une division au camp de Saint-Omer (1803). Après avoir dirigé les travaux du port de Vimereux, il passa en Belgique où il devint gouverneur du château de Lacken. La guerre ayant éclaté en 1805 avec l’Autriche et la Russie, Suchet commanda une division du corps de Lannes, se conduisit brillamment à Ulm ; à Hollabrunn, et enfonça l’aile droite des Russes à Austerlitz par une manœuvre aussi hardie qu’habile. L’année suivante, pendant la campagne de Prusse, il battit l’ennemi1 à Saalfeld (9 octobre), eut la principale part au gain de la bataille d’Iéna, combattit ensuite en Pologne, à Pultusk, à Ostrolenka ; et reçut, le 8 février 1806, une dotation de 20.000 francs, avec le grand aigle de la Légion d’honneur ; Après la paix de Tilsit, Suchet fit partie de la commission qui fixa les frontières du grand-duché deVarsovie, puis commanda le corps d’occupation de la Silésie et fut nommé comte par Bonaparte le 19 mars 1808. Les préparatifs de la guerre d’Espagne en 1808 le firent rappeler en France. Mis à la tête du 5e corps d’armée, il franchit les Pyrénées le 20 novembre, prit part au siège de Saragosse et :fut envoyé en avril dans l’Aragon, en qualité de général en chef. Il reconstitua son armée, y établit une discipline sévère, se montra sage administrateur et s’attacha à se concilier l’estime et l’affection des Espagnols ; En même temps, il donnait de nouvelles preuves de ses talents militaires et ne se montrait pas moins habile à conquérir qu’à organiser la conquête. Après avoir complètement battu le général Blake à Maria (1809), O’ Donnell près de Lerida (l810), il s’empara successivement de cette place forte, de Mequinenza, de Tortose, de Tarragone et occupa le Mont-Serrat, après avoir, enlevé, sous le feu d’une escadre anglaise, une formidable position. Dans cette série de succès ininterrompus, Suchet avait fait plus de 30.000 prisonniers et pris d’immenses approvisionnements. Il reçut en récompense le bâton de maréchal de France le 8 juillet 1811. Marchant alors sur Murviedro, l’antique Sagonte, il prit Oropeza, remporta une nouvelle victoire sur Blake et finit par se rendre maître de Murviedro, qui fit la plus énergique, résistance, (décembre 1811). De là, il entra dans la province de Valence. Toujours heureux, il s’empara de cette ville puis d’Albufera, et soumit en deux mois la province tout entière. Ce fut alors qu’il reçut le titre de duc d’Albufera, avec le magnifique domaine qui en formait l’apanage (24 janvier 1812). A Valence Comme en Aragon, il continua à se montrer habile politique. Il institua une commission de gouvernement composée des Espagnols les plus éclairés et les plus influents. Des députés, des propriétaires, des négociants furent réunis par lui pour voter et répartir avec équité les taxes de guerre, et il leur était rendu un compte fidèle et détaillé de l’emploi des subsides avant que de nouvelles charges fussent imposées. Enfin, il empêchait son armée de molester les habitants et de leur trop faire sentir le joug du vainqueur. Bonaparte disait de lui plus tard que, s’il avait eu en Espagne deux maréchaux comme le duc d’Albufera, il eût conquis et conservé la Péninsule. Au mois d’avril 1813, il prit le commandement des armées réunies d’Aragon et de Catalogne, mais il ne put rétablir les affaires après le grave échec subi par les Français à Vitoria. En ce moment, l’Empire commençait à s’effondrer sous le poids de ses fautes accumulées.  Il  fallut battre en rétraite et quitter l’Espagne. Le duc d’Albufera revint en France et succéda à Bessières comme colonel général de la garde impériale.  Il fut chargé, en février 1914, de protéger la rentrée de Ferdinand VII en Espagne et reçut à Perpignan ce prince, qui lui témoigna « sa reconnaissance de la façon dont il avait fait la guerre à ses peuples. » Louis XVIII comprit Suchet au nombre des pairs de France (4 juin 1814) et le mit successivement à la la tête de la 10e et de la 5e division militaire. Pendant les Cent-Jours, Napoléon le chargea de défendre la frontière de Savoie et du Piémont. Ayant appris que Autrichiens marchaient sur  Lyon, Suchet courut protéger cette ville et signa avec les alliés la convention du 13 juillet 1815 par laquelle cette cité était respectéé, en même temps que l’immense matériel d’artillerie qu’elle renfermait restait à la France. Il n’en tomba pas moins en disgrâce, comme ayant servi sous les ordres de l’Empereur pendant les Cent-Jours, fut rayé de la liste des pairs (24 juillet 1815) et ne fut réintégré dans son siège que le 5 mars 1819. Lors des couches de la duchesse de Berry (septembre 1820), il fut désigné par le roi pour faire partie des témoins qui devaient y assister. Malgré cette marque de faveur, on ne songea point à lui lorsqu’on 1823 on fit la pitoyable expédition d’Espagne. Sa santé du reste, commençait à être ébranlée par une douloureuse maladie, à laquelle il succomba dans un château qu’il possédait près de Marseille. De son mariage avec la fille d’Antoine de Saint-Joseph, maire de Marseille, ce qui le rendait parent par alliance de la femme de Joseph Bonaparte, le duc d’Albufera eut un fils et une  fille, qui épousa le comte de La Redorte. On a publié sous son nom des Mémoires sur la guerre d’Espagne de 1808 à 1814 (Paris, 1829, vol. in-8° avec atlas). Cet ouvrage, rédigé sur ses notes par le général Saint-Cr Nugués, son ancien chef d’état-major, est également remarquable, par la sobriété du style et la sagesse des appréciations.  C’est un vrai  manuel de l’art militaire. On l’a traduit en espagnol et en anglais. 

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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MARECHAL OUDINOT (1767-1847)

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Maréchal Nicolas-Charles Oudinot (1747-1847), duc de Reggio

C’est un général éprouvé dans cent combats, où il a montré autant d’intrépidité que de savoir.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal OUDINOT (Nicolas-Charles) duc de Reggio, maréchal et pair de France, né à Bar-le-Duc en 1767, mort à Paris en 1847. Fils d’un commerçant, il renonça à suivre la carrière du commerce pour entrer à dix-sept ans dans le régiment de Médoc-infanterie. Toutefois, cédant aux instances paternelles, il quitta le service en 1787 et revint à Bar-le-Duc. La Révolution, qui éclata peu après, trouva en lui un chaleureux partisan et lui fournit l’occasion de rentrer dans l’armée. Le sang-froid et le courage dont il avait fait preuve en 1790, pour calmer une émeute populaire, lui valut d’être nommé, en 1791, chef du se bataillon de volontaires de la Meuse, puis lieutenant-colonel. A ce titre, il défendit le château de Bitche, attaqué parles Prussiens, les força à battre en retraite et leur fit 700 prisonniers. Peu après ce fait d’armes, il était nommé colonel ou chef de la 4e brigade de ligne (1793). Placé sous les ordres du général Ambert, il se trouvait dans un poste avancé à Morlautern lorsque, le 23 mai il soutint, pendant huit heures, le choc de 10.000 Prussiens et parvint à se dégager dans une charge à la baïonnette. Cette action d’éclat lui valut le grade de général de brigade (2 juin 1794). Oudinot marcha alors sur Trêves, dont il s’empara et où il eut la jambe cassée (6 août). Ayant rejoint l’ armée de Rhin-et-Moselle, il reçut cinq blessures dans le combat de Neckerau (18 octobre) et tomba au pouvoir de l’ennemi, qui le rendit à la liberté à la suite d’un échange en janvier 1796. Placé alors sous les ordres de Moreau, Oudinot fit les campagnes de Souabe et de Bavière, et reçut de nouvelles blessures au combat de Neubourg (1796). En 1799, il fit partie de ravinée d’Helvétie, devint alors général de division, se distingua particulièrement à la bataille de Zurich, passa ensuite en Italie avec Masséna, assista au siège de Gènes (1800) et se signala à la bataille du Mincio, dont il fut chargé de rapporter les trophées à Paris. Il reçut, en cette circonstance, un sabre d’honneur et un canon qu’il avait pris. Nommé successivement inspecteur général, commandant d’une division du camp de Bruges (1803), il reçut, en 1305, la grand-croix de la Légion d’honneur. Dans la campagne de 1805, à la tête de 10.000 grenadiers, qui prirent bientôt le nom de grenadiers Oudinot, il remporta la victoire de Wertingen, entra le premier dans Vienne et contribua au succès de la bataille d’Austerlitz. Il prit, cette même année, possession de Neufchâtel et entra à Berlin après la bataille d’Iéna. Oudinot gagna la bataille d’Ostrolenka en 1807, conquit à Friedland, où il soutint les efforts de Russes, le titre de comte (14 juin), puis devint, en 1808, gouverneur d’Erfurt. Ce fut pendant l’entrevue qui eut lieu dans cette ville entre le tsar Alexandre et Napoléon que ce dernier, présentant Oudinot au tsar, appela le Bayard de l’armée. Pendant la campagne de 1809, Oudinot continua à se distinguer à Landshut, à Ebersberg, à l’île Lobau et surtout à Wagram (6 juillet). A la, suite de cette bataille, il reçut le bâton de maréchal, de France, le titre de duc de Reggio (15 août) et une dotation de 100.000 francs. Après avoir opéré l’occupation de la Hollande en 1810, gouverné Berlin en 1812, il commanda le 26 corps en Russie, battit Wittgenstein (29 juillet), fut blessé le 7 août et dut quitter son commandement, qu’il reprit à la nouvelle des premiers désastres. Dans la fatale retraite, il sauva les derniers débris de l’armée, en leur assurant, par des prodiges de valeur, le passage de la Bérézina, et reçut encore plusieurs blessures. En 1813, Oudinot figura avec gloire à la bataille de Bautzen ; mais, poussant une pointe hasardeuse sur Berlin, il fut défait par Bernadotte à Gross-Beeren et contraint de se replier sur Wittemberg. Oudinot, privé alors de son commandement, fut placé sous les ordres de Ney. Après avoir assuré la retraite sur Torgau, il se rendit à Dresde, battit, avec deux divisions de la jeune garde, le prince de Wurtemberg à Wachau, remporta, pendant la retraite de l’armée, un succès sur le général York à Freybourg, et prit part, pendant la campagne de France, aux combats de Brienne, de Bar-sur-Aube et d’ Arcis-sur-Aube. Il ne déposa les armes qu’après l’abdication de Napoléon à Fontainebleau. Alors il se rallia à Louis XVIII, auquel il resta fidèle pendant les Cent-Jours, et qui le nomma major général de sa garde, commandant en chef de la garde nationale de Paris. II termina sa carrière militaire dans la guerre d’Espagne de 1823, où il fut mis à la tête du 1er corps. Dans cette campagne, l’expérience du duc de Reggio eut une grande part au succès. Nommé gouverneur de Madrid, il réprima les fureurs d’une populace excitée par le fanatisme religieux et politique, et mérita l’estime de tous les partis. Après la Révolution de juillet 1830, il fit sa soumission au nouveau gouvernement, mais se retira à la campagne et ne vint que rarement à Paris pour les sessions de la Chambre des pairs. Néanmoins, il fut nommé grand chancelier de la Légion d’honneur en 1839 et gouverneur des Invalides en 1842, fonctions qu’il conserva jusqu’à sa mort. « Doué d’un physique très agréable, dit M. Cuzon, sa physionomie ouverte et vive était en parfaite harmonie avec un esprit où la franchise savait s’allier à la finesse. Son langage était bref, lucide et parfois éclatant de saillies. Esclave du devoir, le maréchal exigeait de ses subordonnés une obéissance instantanée. S’apercevait-il que sa volonté s’était manifestée trop vivement, soudain des témoignages affectueux venaient effacer les traces d’une impatience toujours exempte d’arrière-pensée. La fermeté, l’impétuosité même de son caractère étaient tempérées par une sensibilité innée, dont il cherchait vainement à comprimer l’essor. Ses entretiens portaient de préférence sur l’art de la guerre, art dont sa rapide pénétration devinait tous les secrets. Le sentiment qui fut le principal mobile des grandes actions d’Oudinot, c’est le patriotisme ; il l’éleva à la hauteur d’un culte. » Pendant sa carrière militaire, il avait reçu trente-deux blessures sur les champs de bataille. Le maréchal avait épousé Mlle Derlin et, en secondes noces, Mlle de Coucy, dame d’honneur de la duchesse de Berry. De ces deux mariages, il avait eu onze enfants, dont quatre fils, qui ont tous suivi la carrière des armes. La ville de Bar-le-Duc lui a élevé, en 1830, une statue, due au sculpteur Debay.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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02.28.08

MARECHAL MARMONT (1774-1852)

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Maréchal Auguste-Frédéric-Louis Viesse de Marmont (1774-1852), alors Lieutenant d’état-major d’artillerie (1792)

La vanité avait perdu Marmont ; la postérité flétrira justement sa vie ; pourtant son coeur vaudra mieux que sa mémoire.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal MARMONT (Auguste-Frédéric-Louis VIESSE DE), duc de raguse, maréchal de France et membre de l’Institut, né à Châtillon-sur-Seine en 1774, mort à Venise en 1852. Son père, capitaine au régiment de Hainaut, le destinait à la magistrature; mais le jeune Marmont céda à la vocation irrésistible qui le poussait vers la  carrière des armes, et, à dix-sept ans, il fut reçu élève sous-lieutenant à l’école d’artillerie de Châlons, où il se distingua par ses goûts et ses aptitudes pour les sciences exactes, qualités qui devaient le rendre un des meilleurs généraux d’artillerie de son temps. Il débuta comme lieutenant au siège de Toulon et se fit remarquer de Bonaparte, dont le coup d’œil pénétrant eut bientôt discerné le rare mérite du jeune officier, et qui se l’attacha dès cette époque. En 1795, Marmont servit comme capitaine à l’ armée du Rhin, où il commanda l’artillerie de l’avant-garde de Desaix, et, l’année suivante, il suivit Bonaparte à l’armée d’Italie comme aide de camp du nouveau général en chef. Il prit une part brillante à cette immortelle campagne, dont il revint avec le grade de chef de brigade, ayant à peine vingt-trois ans. Il accompagna ensuite Bonaparte dans l’expédition d’Egypte, se distingua a la prise de Malte, où il enleva le drapeau de l’ordre ; au siège d’Alexandrie, dont il enfonça une des portes à coups de hache ; à la bataille des Pyramides, au succès de laquelle il contribua avec le général Rampon, par la destruction d’un corps de mameluks. Chargé ensuite de la défense d’Alexandrie contre les attaques combinées des flottes anglaise, russe et turque, il résista victorieusement à un effroyable bombardement, malgré les horreurs de la peste et de la famine, auxquelles la ville était en proie. De retour en France avec son général en chef, il prit une part active au 18 brumaire, et reçut ensuite le commandement de l’artillerie destinée à la nouvelle campagne d’Italie. Le premier consul le chargea d’organiser le passage du mont Saint-Bernard, et il sut vaincre tous les obstacles qu’il devait rencontrer dans une entreprise aussi difficile. A Marengo, l’artillerie de Marmont jeta le désordre dans les rangs autrichiens, et Kellermann en profita habilement pour charger et couper l’armée ennemie, jusqu’à ce moment victorieuse. Nommé général de division d’artillerie, puis premier inspecteur général de cette arme, il y apporta de grands perfectionnements et commanda quelque temps après l’armée française en Hollande. Le 14 juin 1804, il fut fait grand officier de la Légion d’honneur, et grand-aigle le 2 février 1805, puis colonel général des chasseurs à cheval. Lorsque la guerre éclata de nouveau entre la France et l’Autriche, vers la fin de l’année 1805, Marmont prit une grande part au blocus et à la reddition d’Ulm. L’année suivante, il reçut le commandement supérieur de l’armée de Dalmatie, avec le titre de gouverneur général des provinces illyriennes, dégagea Raguse, assiégée par les Russes, et vainquit ces derniers en plusieurs circonstances. Dans ce nouveau poste, il révéla tous les talents d’un grand administrateur, introduisit une foule d’améliorations dans son gouvernement, et ouvrit à travers les marais et les montagnes une route de 300 kilomètres, qui inaugura une ère nouvelle pour le pays. Cette activité infatigable faisait dire de lui par les Dalmates : « Les Autrichiens pendant huit ans ont discuté des plans de route sans les exécuter ; Marmont est monté à cheval, et, quand il en est descendu, elle était terminée. » Lorsque l’empereur d’Autriche visita la Dalmatie, en 1818, à la vue des travaux accomplis par le général français, il dit en riant au prince de Metternich : « II est bien fâcheux que le maréchal Marmont ne soit pas resté en Dalmatie deux ou trois ans de plus. » Vers la fin de 1807, Marmout fut créé duc de Raguse, puis, lorsque commença la campagne d’Autriche de 1809, il reçut l’ordre de réunir son corps d’armée et d’opérer sa jonction avec les troupes d’ Eugène de Beauharnais, opération qu’il exécuta heureusement après avoir battu les Autrichiens en diverses rencontres. Toutefois, il ne prit aucune part à la bataille de Wagram ; il se tint à Znaïm. malgré les instructions contraires qu’il avait reçues de Napoléon, et se vit sur le point d’être écrasé par les débris de l’armée autrichienne. Il n en fut pas moins alors nommé maréchal de France. Marmont reprit ensuite ses fonctions en Dalmatie, et cela jusqu’en 1811, époque à laquelle il fut appelé à remplacer Masséna dans le commandement de l’armée du Portugal, qui venait de rentrer en Espagne. Il eut alors la tâche difficile de surveiller et de combattre Wellington. Ses premiers succès lui inspirèrent une confiance fatale, et, le 22 juillet 1812, il perdit contre le général anglais la bataille des Arapiles, dans laquelle lui-même eut le bras droit fracassé par un boulet dès le commencement de l’action, ce qui contribua sans doute à notre défaite. Dans la campagne de 1813 en Allemagne, Marmont eut le commandement du sixième corps de la grande armée et prit une grande part aux batailles de Lutzen, de Bautzen, de Dresde et de Leipzig. Dans la campagne de 1814, qui avait lieu chez nous cette fois, le duc de Raguse se signala par des prodiges d’activité et d’audace sous les murs de Paris surtout, où il lutta contre les Russes avec une indomptable énergie ; il défendit en désespéré les hauteurs de Belleville ; mais la supériorité du nombre était trop écrasante pour qu’on pût conserver le moindre espoir, et les maréchaux Marmont et Mortier durent se résigner à la douloureuse nécessité de traiter avec l’ennemi ; toutefois Mortier se refusa à signer la capitulation. Quant à Marmont, il se retira sur Essonne avec son corps d’armée, qui se montait à environ 20.000 hommes. Nous voici arrivés à une phase bien contestée encore de la vie du maréchal Marmont, phase qui a attiré sur son nom plus de célébrité que tous ses succès militaire s; nous voulons dire sa trahison présumée. Nous résumerons ici la question telle qu’elle a été étudiée et élucidée par M. Thiers, qui nous semble avoir jugé l’homme et les circonstances avec une grande impartialité ; mais disons tout de suite, pour expliquer dans quelle terrible situation d’esprit a dû se trouver Marmont, disons qu’il avait entendu à Paris la formidable explosion de haines qui venait d’éclater contre l’Empire et contre l’auteur de tous les malheurs de la France, disons qu’il avait été enveloppé par les intrigues, non-seulement des royalistes, mais encore de ceux qui, à l’exemple de Talleyrand, se retournaient contre l’Empire après l’avoir servi, et qui répétaient sur tous les tons au maréchal qu’une plus longue fidélité à un seul homme serait l’immolation de tous les intérêts de la patrie. Le 4 avril 1814, Napoléon rédigeait lui-même et signait le fameux acte suivant : « Les puissances alliées ayant proclamé que l’empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l’empereur Napoléon, fidèle à son serment, déclare qu’il est prêt à descendre du trône, à quitter la France et même la vie, pour le bien de la patrie, inséparable des droits de son fils, de ceux de la régence de l’Impératrice et des lois de l’Empire. Fait en notre palais de Fontainebleau, le 4 avril 1814. » On voit que, dans cet acte, Napoléon réservait les droits de sa femme et de son fils ; deux jours après, 6 avril, il signait cette autre formule : « Les puissances alliées ayant proclamé que l’empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l’empereur. Napoléon, fidèle à ses serments, déclare qu’il renonce pour lui et ses héritiers aux trônes, de France et d’Italie, parce qu’il n’est aucun sacrifice personnel, même celui de la vie, qu’il ne soit prêt à faire à l’intérêt de la France. » Ici, l’abdication est absolue ; quel événement avait donc apporté cet immense changement dans la rédaction ? C’est maintenant que se dévoile le rôle joué par Marmont dans ces tristes journées. Tandis que les maréchaux, réunis autour de Napoléon à Fontainebleau, s’efforçaient de lui arracher son abdication personnelle, scène qui est restée célèbre, mais dont on a exagéré la violence, le gouvernement provisoire établi à Paris sous les auspices des souverains alliés faisait tous ses efforts pour détacher Marmont de Napoléon. Etabli à Essonnes avec 20.000 hommes, dans une forte position, il permettait à l’Empereur, en réunissant les autres débris de ses troupes, de tenter un effort désespéré sur les ennemis, de leur livrer même dans Paris une bataille qui pouvait devenir désastreuse pour eux. Marmont fut donc circonvenu par les agents du gouvernement provisoire ; on parla à son ambition, à sa vanité, à son patriotisme même, en lui dévoilant le tableau des calamités que l’opiniâtreté de Napoléon pouvait déchaîner sur la capitale et sur la France, tristes éventualités qui n’étaient certes pas
invraisemblables. Ces considérations frappérent son esprit, et, après de longues et cruelles indécisions, il consentit à entrer en pourparlers avec le prince de Schwarzenberg, commandant de l’armée autrichienne, et tous deux convinrent des conditions suivantes : Marmont devait, avec son corps d’armée, quitter l’Essonne le lendemain, gagner la route de la Normandie, où il se mettrait à la disposition du gouvernement provisoire, et comme il ne se dissimulait pas les conséquences d’un acte pareil, car non-seulement il enlevait à Napoléon près du tiers de son armée, mais la position si importante de l’Essonne, il avait stipulé que, si par suite de cet événement, Napoléon tombait dans les mains des monarques alliés, on respecterait sa vie, sa liberté, sa grandeur passée, et on lui procurerait une retraite à la fois sûre et convenable. Cette seule précaution, dictée par un repentir honorable, condamnait l’acte de Marmont, en révélant toute la gravité que lui-même y attachait. » Cet arrangement devait rester secret jusqu’à son exécution ; Marmont en instruisit seulement ses généraux divisionnaires, auxquels il apprit l’abdication conditionnelle de Napoléon, et il les trouva tout disposés à marcher dans la voie qu’il venait d’ouvrir. Marmont dut alors se rendre à Paris avec les autres maréchaux pour y plaider la cause de Napoléon auprès des souverains alliés. Sur ces entrefaites, le général Souham, qui commandait à la place de Marmont, reçut l’ordre de se rendre à Fontainebleau ; il crut alors, avec les autres généraux, Compans, Bordesoulle, Meynadier, que Napoléon était instruit de tout ; et ils résolurent de précipiter le mouvement convenu, même en l’absence de Marmont. Ils prévinrent donc le prince de Schwarzenberg de leur dessein, et, le 5 avril, vers 4 heures du matin, le 6e corps franchit l’Essonne. Officiers et soldats ignoraient le secret de cette marche ; ils ne commencèrent à concevoir des soupçons qu’en voyant les ennemis border paisiblement les routes et les laisser passer sans faire feu. Les
murmures commencèrent à éclater alors, et tout présageait un soulèvement en arrivant à Versailles. Une seule division ne suivit point le mouvement, celle du général Lucotte, à qui l’ordre parut suspect, et qui refusa de l’exécuter ; mais la ligne de l’Essonne n’en fut pas moins perdue pour Napoléon, qui dut voir dans cette défection là ruine de ses dernières espérances. La nouvelle de ce grave événement produisit dans l’esprit des souverains alliés un effet décisif ; jusqu’alors ils avaient eu des ménagements pour Napoléon, qui était encore redoutable pour eux ; mais sa terrible épée venait de lui être arrachée des mains, et Alexandre annonça aux négociateurs, Caulaincourt, Ney et Macdonald, que les souverains ne pouvaient plus se contenter d’une abdication conditionnelle, qu’il leur fallait l’abdication absolue de Napoléon pour lui et sa famille. Telle est l’explication de la différence qui existe entre les deux formules que nous avons données plus haut. Marmont ayait été consterné en apprenant ce qui venait de se passer : « Je suis perdu, s’écria-t-il, déshonoré à jamais ! » Mais il se borna à des exclamations et ne tenta aucun effort pour réparer le mal, ou du moins pour diminuer la part de responsabilité qui allait peser sur lui. Tout à coup ou apprit que le corps, instruit enfin du véritable rôle qu’on venait de lui faire jouer, était en pleine révolte à Versailles contre ses généraux ; ce fut encore Marmont qu’on chargea d’user de son influence sur l’esprit de ses soldats pour les ramener à l’obéissance, et il y réussit en les flattant, puis en leur démontrant l’impossibilité de résister à l’ennemi, en leur promettant même de revenir se mettre à leur tête dès que l’armée serait reconstituée. « Ainsi s’accomplit cette opération, qu’on a appelée la trahison du maréchal Marmont. Si l’acte de ce maréchal avait consisté à préférer les Bourbons à Napoléon, la paix à la guerre, l’espérance de la liberté au despotisme, rien n’eût été plus simple, plus légitime, plus avouable ; mais, même en ne tenant aucun compte des devoirs de la reconnaissance, on ne peut oublier que Marmont était revêtu de la confiance personnelle de Napoléon, qu’il était sous les armes et qu’il occupait sur l’Essonne une position capitale ; or, quitter en ce moment cette position avec tout son corps d’armée, par suite d’une convention secrète avec le prince de Schwarzenberg, ce n’était pas opter comme uu citoyen libre de ses volontés entre un gouvernement et un autre, c’était tenir la conduite du soldat qui déserte à l’ennemi ! Cet acte malheureux, Marmont a prétendu depuis n’en avoir qu’une part, et il est vrai qu’après en avoir voulu et accompli lui-même le commencencement, il s’arrêta au milieu, effrayé de ce qu’il avait fait ! Ses généraux divisionnaires, égarés par une fausse terreur, reprirent l’acte interrompu et l’achevèrent pour leur compte, mais Marmont, en venant s’en approprier la un par sa conduite à Versailles, consentit à l’assumer tout entier sur sa tète, et à en porter le fardeau aux yeux de la postérité ! » (Histoire du Consulat et de l’Empire.) Oui, le jugement est juste dans sa sévérité ; en regard des principes inflexibles de la morale, il n’est pas de compromis possible avec les circonstances mêmes et avec  sa conscience. Cette réserve faite en l’honneur d’un sentiment que rien ne devrait étouffer, et dont l’histoire doit maintenir le haut et sacré caractère, qui pourrait s’armer contre l’infortuné Marmont d’un rigorisme impitoyable ? Est-ce la France, qu’il croyait arrêter sur le bord du l’abîme où allait la précipiter un insensé ? Est-ce cet insensé lui-même, Napoléon enfin ? De quel droit se serait-il plaint que Marmont, pour sauver la France, oùt trahi le serment qu’il lui avait, prêté, lui qui, pour la noyer dans un déluge de calamités, avait effrontément foulé aux pieds tous les siens ? Résumons-nous : Marmont fut coupable ; mais si jamais coupable eut des
titres au bénéfice des circonstances atténuantes, ce fut le commandant du 6° corps. Marmont ne joua aucun rôle politique dans les événements qui suivirent et n’exerça qu’une très médiocre influence, bien que Louis XVIII l’eût nommé commandant d’une compagnie de ses gardes du corps, pair de de France et chevalier de Saint-Louis. La réprobation publique s’était attachée à sou nom et elle n’a pas encore cessé dans tous les esprits, dans les préjugés populaires du moins. Comme le dit M. Rapetti, « il eut des faveurs, mais pas d’importance. Les royalistes purs eussent rougi de devoir de la reconnaissance à une trahison, et ils se montraient ingrats, les royalistes les moins purs se montraient naturellement les plus ingrats. Les hommes de l’Empire les plus reconciliés avec le nouvel ordre de choses tenaient à éloigner toute comparaison entre une trahison et leur ralliement, et ils affichaient leur soin à se préserver du voisinage de M. de Raguse. Quant à l’opinion populaire, elle demeurait implacable. Dans les rues, on avait fait un mot du nom de Raguse : on disait raguser pour tromper. Marmont, qui avait rêvé un grand rôle politique, se trouva réduit à l’isolement et à l’impuissance. » Pendant les Cent-Jours, Marmont suivit Louis XVIII à Gand, et, après Waterloo, le roi le combla de nouveaux honneurs. En 1816, l’Académie des sciences le choisit pour un de ses premiers membres libres. En pendant les journées de Juillet, Marmont fut chargé du commandement de l’armée de Paris, et, en cette qualité, dut défendre les fatales ordonnances. Ce rôle allait achever de le rendre impopulaire. Au plus fort de la lutte, un vieux royaliste lui dit : « Maréchal, voulez-vous sauver le roi, le peuple de Paris et votre nom ?… Arrêtez les ministres, tous les signataires tous les conseillers des ordonnances ; faites-les transporter, à Vincennes, liés, garrottés comme des criminels, comme les seuls coupables. Le peuple satisfait, apaisé par vous, posera les armes ; le roi, qui ne se trouvera plus en présence d’une révolte, pourra faire des concessions. Vous, vous serez exilé ; mais on pardonne aisément à qui nous tire d’un mauvais pas. Vous nous reviendrez bientôt et vous serez le sauveur, le pacificateur, l’homme de la royauté, de la liberté. » Ce conseil était sage ; malheureusement Marmont ne voulut pas le suivre ; il se sentait écrasé par le Souvenir de 1814 ; et, en effet, pour prendre de ces résolutions audacieuses, décisives, il faut avoir derrière soi un passsé irréprochable. On connaît l’issue de la lutte : Marmont essaya en vain de résister au lion déchaîné, malgré l’habileté de ses dispositions. Une députation composée de Laffitte, des généraux Gérard et Lobau, etc., se rendit auprès de Marmont pour le prier d’arrêter l’effusion du sang ; le maréchal écrivit alors à Charles X, qui se montra inflexible, et, le lendemain, 29 juillet, le drapeau tricolore flottait sur le dôme des Tuileries, C’est alors qu’eut lieu à Saint-Cloud cette scène scandaleuse, dans laquelle le duc d’Angoulême, fou de colère, voulut arracher l’épée du maréchal, qu’il accusait de tous les malheurs de sa famille, et auquel il adressa ces mots aussi injustes que cruels : « Est-ce que vous voulez faire avec nous comme avec l’autre ? » Marmont dut se rappeler amèrement que la reconnaissance n’a jamais été une vertu royale : le dauphin lui jetait à la face comme une insulte l’acte qui avait contribué à mettre les Bourbons sur le trône. Charles X, plus équitable, essaya de verser un peu de baume sur ce cœur ulcéré, mais le coup n’en était pas moins porté. A partir de cette époque, Marmont resta étranger aux affaires politiques; à quel titre eût-il pu y prendre part ? Exilé volontaire, il erra pendant le reste de sa vie sur la terre étrangère, tantôt en Autriche, tantôt en Turquie, en Syrie, eu Palestine, etc., et enfin dans les Etats de Venise. Ou lui doit plusieurs ouvrages remarquables : Voyage en Hongrie, en Transylvanie, dans la Russie méridionale, en Crimée et sur les bords de la mer à Azoff, à Constantinople, etc. (Paris, 1837, vol. in-8°) ; Esprit des institutions militaires (1845, in-8°; 2e édit. l’année suivante) ; un Xénophon, un César, quelques autres opuscules et enfin ses Mémoires, qui ont eu un si grand retentissement. «  Marmomt, dit encore M. Rapetti, triomphait dans ces relations qu’on nomme la vie du monde. Il avait une physionomie noble, animée, spirituelle. Il était instruit et fourni d’auecdotes sur tous les sujets. Il racontait avec charme, il étonnait, il captivait. Sa supériorité très apparente inspirait le respect, avait cette prodigalité qui semble de la libéralité à ceux qui reçoivent, et ce désir constant de faire montre de son pouvoir, que les solliciteurs prennent aisément pour de l’obligeance, lil était bon sans discernement, et les intrigants le vantaient. Certes, il blessait par sa hauteur ; niais ceux mêmes qu’il offensait ainsi, il savait se les concilier par l’ascendant d’un caractère dont l’extrême fierté relevait encore plus qu’elle ne les déparait les qualités aimables ou brillantes. Napoléon l’avait appelé Marmont 1er. »

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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02.27.08

MARECHAL MACDONALD (1765-1840)

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Maréchal Macdonald (1765-1840), duc de Tarente

Je ne suis pas assez riche pour récompenser vos divers services. Je vois maintenant comme on m’avait trompé sur votre compte ! Maréchal, donnez-moi la main et embrassez-moi.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal MACDONALD (Jacques-Etienne-Joseph-Alexandre), duc de Tarente, maréchal et pair de France, né à Sedan en 1765, d’une famille écossaise venue en France à la suite des Stuarts, mort en 1840. Il fit ses premières armes dans le régiment irlandais de Dillon, pendant la campagne de Hollande en 1784, et conquit le grade d’officier, qui lui fut conservé par la République. Fait capitaine après la bataille de Jemmapes, où il se distingua particulièrement il parcourut rapidement les autres grades jusqu à celui de colonel. Bientôt nommé général de brigade (1795), et commandant en cette qualité à l’avant-garde de l’armée du Nord sous Pichegru, il poursuivit, depuis Valenciennes jusqu’au delà de l’Ems, les Anglais commandés par le duc d’York, passa le Wahal sur la glace, sous le feu des batteries ennemies, et fit prisonnière la flotta hollandaise (1795). Ce fait d’armes, unique dans l’histoire, lui valut sa nomination au grade de général de division (1796). Après avoir servi en Allemagne et en Italie, le général Macdonald fut nommé gouverneur de Rome et des Etats de l’Eglise (1798). A l’approche de Mack, il évacua Rome et fut attaqué à Otricoli. Le général ennemi, dont l’armée était de 80.000 hommes fut battu et mis en déroute par 25.000 Français réunis sous les ordres de Championnet, et dont Macdonald commandait le principal corps. Devenu général en chef de l’armée des Alpes après l’arrestation de Championnet (1799), Macdonald achevait de soumettre le royaume de Naples, lorsque les avantages remportés par Souvarov dans la haute Italie l’obligèrent à évacuer les Etats napolitains. Il traversa la Toscane, alors qu’on le croyait cerné, et culbuta l’ennemi, puis disputa pendant trois jours à Souvarov la victoire de la Trebbia (juin 1799), et parvint à opérer, près de Gènes, sa jonction avec Moreau. A la suite de cette campagne, qui l’avait placé si haut dans l’estime publique, il fut employé à l’intérieur et eut le tort grave d’aider puissamment Bonaparte lors du funeste coup d’Etat du 18 brumaire. Après la bataille de Marengo, il reçut le commandement de l’armée des Grisons, eut à vaincre mille obstacles pour parvenir jusqu’au Splügen et chassa les Autrichiens de poste en poste sur une ligne de 60 lieues de montagnes (1801). Peu après, Macdonald fut envoyé comme ministre plénipotentiaire au Danemark, où il resta jusqu’en 1803. Disgracié lors de l’affaire de Moreau, dont il prit la défense, ce ne fut qu’en 1809 qu’il reprit du service. Mis alors à la tète d’une divisio