03.30.08
LA QUATRIEME DYNASTIE OU LES NAPOLEONIDES - LE PRINCE IMPERIAL “NAPOLEON IV”
(16 mars 1856 - 1er juin 1879)
Prince Impérial
(16 mars 1856 - 4 septembre 1870)
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Dans une grande affaire, on est toujours forcé de donner quelque chose au hasard… (Napoléon Bonaparte)
(16 mars 1856 - 1er juin 1879)
Prince Impérial
(16 mars 1856 - 4 septembre 1870)
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(20 avril 1808 - 9 janvier 1873)
Empereur des Français
(2 décembre 1852 - 4 septembre 1870)
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(20 mars 1811 - 31 juillet 1832)
Empereur des Français
(22 juin - 7 juillet 1815)
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(15 août 1769 - 5 mai 1821)
Empereur des Français
(18 mai 1804 - 11 avril 1814 / 20 mars - 22 juin 1815)
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J’aurais nommé Narbonne grand maréchal du palais à la mort de Duroc… Il est devenu homme de cour, homme de beaucoup d’esprit et diplomate de haute valeur. Malheureusement j’ai écouté Talleyrand qui le craignait.
NARBONNE-LARA (Louis, comte DE), lieutenant général, diplomate et ministre, né à Colorno, duché de Parme, en 1755, mort en 1813. Sa mère était dame d’honneur de la duchesse de Parme, Elisabeth de France, fille de Louis XV. Il fut amené, à l’âge de cinq ans, à la cour de France, où sa mère devint dame d’honneur de Mme Adélaïde, reçut ses premières leçons du dauphin, fit de bonnes études à Juilly, apprit presque toutes les langues de l’Europe et s’initia à la connaissance de la jurisprudence et de la diplomatie. Il prit ensuite du service, eut un avancement rapide et devint colonel du régiment d’Angoumois, puis du régiment de Piémont, sans cesser d’être attaché à la famille royale, qui le traitait avec une grande bonté. Il y avait d’ailleurs sur ce bel officier de cour, qui avait une vogue brillante auprès des dames, une légende assez répandue ; on se disait tout bas qu’il était un des bâtards de Louis XV. Quelle que soit la valeur de cette assertion, M. de Narbonne, qui était d’ailleurs un homme aimable, instruit et spirituel, jouissait dans le monde de tous les avantages que peuvent procurer une grande fortune, une position élevée, une belle figure et les plus brillantes relations. A l’époque de la Révolution, il parut accueillir quelques-unes des idées constitutionnelles, toutefois sans engouement, et peut-être sans conviction réelle. En 1790, son régiment se trouvant à Besançon, il se fît nommer commandant des gardes nationales du Doubs et apaisa quelques troubles avec assez de modération. L’année suivante, il était à Paris lorsque Mesdames résolurent de partir pour Rome, et il accepta la mission d’accompagner les tantes du roi. A Arnay-le-Duc, elles furent arrêtées par la municipalité ; Narbonne parvint à s’échapper, accourut à Paris pour solliciter un décret qui permît à ces dames de continuer leur route. Il fut assez heureux pour l’obtenir, remplit sa mission et revint en France presque aussitôt. Nommé maréchal de camp par l’Assemblée, après la fuite de Varennes, il fit acte de royalisme en n’acceptant d’être replacé sur le cadre qu’après l’acceptation de la Constitution par Louis XVI. Peu de temps après, le 6 décembre 1791, il parvint au ministère de la guerre par l’influence de Mme de Staël, dont on prétend qu’il était l’amant. C’était une main bien légère pour porter l’épée de la France. Sa jeunesse et sa frivolité, en effet, semblaient le rendre peu propre à ce poste élevé, dans les circonstances critiques où l’on se trouvait. Néanmoins, il déploya quelque activité. Il devenait de plus en plus certain que la guerre ne tarderait pas à éclater, et, dans la situation de désorganisation où était l’état militaire du pays, il était de la dernière importance de prendre des mesures décisives. Le nouveau ministre fit en grand apparat la visite des places fortes et des côtes, ayant à sa suite Mme de Staël, donna le bâton de maréchal à Rochambeau et à Luckner, qui furent désignés, ainsi que La Fayette, pour commander autant d’armées en voie de formation, et présenta à l’Assemblée des rapports, d’ailleurs assez inexacts, sur notre situation militaire. Souvent attaqué à la tribune et dans la presse, il était appuyé néanmoins par quelques feuilles girondines et par les feuillants. Il eut l’idée romanesque et qui semble éclose dans la tète d’une femme, de placer un étranger a la tête de l’armée française, le duc de Brunswick, le même qui bientôt allait signer le fumeux manifeste de la coalition et qui passait pour le premier général de l’Europe. Il fit partager cette idée à Louis XVI ; des négociations furent ouvertes, mais n’aboutirent point. On sait aussi que d’autres, plus extravagants encore, rêvaient de placer Brunswick sur le troue de France. Les rivalités de Narbonne avec Bertrand de Molleville amenèrent sa retraite du ministère, qu’il dut quitter après trois mois et quelques jours (10 mars 1792). Quoi qu’on en ait dit, il laissa peu de trace de son court passage et dépensa son activité surtout en projets. Il retourna alors a l’armée, prit part à quelques affaires, revint à Paris quelques jours avant le 10 août, appelé par le roi et probablement engagé dans les petites intrigues des feuillants pour enrayer la Révolution, fut décrété d’accusation après la prise des Tuileries, relativement surtout à la partie financière de son administration, et s’enfuit à Londres, aidé par le dévouement de Mme de Staël. Lors du procès du roi, il sollicita de la Convention un sauf-conduit pour venir défendre et son ministère et le monarque. N’ayant pu l’obtenir, il envoya à l’Assemblée un mémoire justificatif en faveur de Louis XVI. Lors de la guerre entre la France et l’Autriche, l’ex-ministre se retira en Suisse, puis en Allemagne, rentra en France après le 18 brumaire, vécut dans la retraite jusqu’en 1809, recouvra à cette époque son grade de lieutenant général, fut employé à Vienne, puis nommé gouverneur de Raab jusqu’à la paix de Schœnbrunn. Son esprit délié, ses manières d’ancienne cour engagèrent Napoléon à lui confier des missions fort délicates en Bavière, à Vienne et au congrès de Prague. Il avait été aide de camp de l’Empereur pendant la campagne de Russie. Nommé ensuite gouverneur de Torgau, il y mourut, les uns disent d’une chute de cheval, les autres d’une maladie contractée en soignant les milliers de soldats malades dont cette place était encombrée. Une de ses filles a épousé M. de Rambuteau, préfet de la Seine sous Louis-Philippe. Courtisan spirituel et souple sans trop de bassesse, élégant de manières et d’une politesse exquise, fertile en bons mots et en reparties fines, M. de Narbonne plaisait beaucoup à Napoléon, qui avait, comme on le sait, un engouement de parvenu pour les hommes de l’ancien régime.
(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)
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Voilà un homme !
GOETHE (Johann-Wolfgang), illustre écrivain allemand, l’un des plus beaux génies de son époque, né à Francfort-sur-le-Mein en 1749, mort à Weimar le 22 mars 1832. Il appartenait à une famille de riches bourgeois, qui le destinait à la carrière du barreau. Il commença ses études à Leipzig (1768), les acheva à l’université de Strasbourg (1769-1771), et, reçu docteur en droit, revint dans sa ville natale pour y exercer la profession d’avocat. Mais tout autre était sa destinée. La jurisprudence était peut-être la chose dont il s’était occupé le moins. Sophocle et Aristophane, Corneille, Racine et Molière, Shakespeare et Klopstock, la Bible dans le texte hébreu, la philosophie, l’histoire, les romans de chevalerie, les anciennes ballades nationales, les sciences exactes, l’alchimie même, il avait voulu tout connaître, et ces éléments si divers fermentaient dans sa jeune tête, désordonnés, mais féconds. Le mouvement littéraire en Allemagne était de sa part l’objet d’une étude particulière. Gottsched, le défenseur intrépide du goût français, était descendu dans la tombe en laissant de nombreux, disciples. En réaction de cette tendance, Klopstock et beaucoup d’autres arboraient la bannière de Shakspeare et de Milton. Répudiant anglomanes et gallomanes, Lessing essayait de frayer des routes nouvelles au génie allemand, mais il y avait en lui plus de volonté que de puissance. A Goethe était réservée la gloire de créer une littérature nationale. « Le goût, disait-il, c’est la juste appréciation de ce qui doit plaire en tel pays ou à telle époque, d’après l’état moral des esprits. » Ainsi, la tradition était brisée ; l’écrivain s’affranchissait de toute règle absolue pour n’obéir qu’à sa propre inspiration. Le coup d’essai du novateur est un drame, Goetz de Berlichingen (1773). C’est le héros de la guerre des paysans, le chef de la guerre sociale à la fin du moyen âge, idéalisé, glorifié comme le dernier défenseur de la liberté et de la justice. Le sujet seul était fait pour remuer les âmes ; la manière émouvante dont il était traité, la naïve et sauvage énergie des peintures, la hardiesse du plan en dehors de toute idée admise, l’originalité du style, révélaient à l’Allemagne l’avenir de son théâtre. L’année suivante parut Werther. Gœthe s’y peint lui-même, amoureux fou, brisé dans ses affections par les convenances sociales, désespéré, roulant dans sa tête des pensées de suicide, et les justifiant par des subtilités. Ce tableau est exagéré, on le sent ; mais il fascine, il entraîne, et, pour peu qu’on soit jeune et malade de cœur, on se sent dégoûté de la vie comme le héros du roman. L’accueil que reçut Werther fut une véritable frénésie. On le traduisit dans toutes les langues de l’Europe ; il devint le type d’une foule de romans dans le même genre, dont les plus célèbres sont le René de Chateaubriand et l’Obermann de Senoncourt. En exprimant ses peines, Gœthe semble s’être soulagé : les œuvres qui succèdent à Werther annoncent le calme de l’âme. La tragédie du Comte d’Egmont, commencée en 1775, est une exaltation du dévouement ; Wilhelm Meister, 1777, une peinture vraie de la vie d’artiste ; Iphigénie en Tauride, 1786, une idéalisation de la beauté antique, mélange de l’art grec et de l’art chrétien ; Torquato Tasso, 1790, une rêverie mélancolique. Il y a là plus de régularité dans l’ordonnance, une grande richesse de style, des beautés de premier ordre ; mais toute cette magnificence nous laisse froids : l’écrivain a cessé de suivre ses impressions personnelles, le poète s’est fait artiste. Pourtant il retrouve toute son originalité dans ses Lieds : le Calme de la mer, le Roi de Thulé, le chant nocturne du Voyageur, celui du Comte prisonnier, et tant d’autres pièces délicieuses ont renouvelé en Allemagne la poésie lyrique. Faust, cette création incomparable, le triomphe du génie de Goethe, et qui résume toute sa vie intellectuelle, comme celle de son époque, suivit de près ces premières productions. Werther était le découragement du cœur, Faust est le désenchantement de l’intelligence. Ce dernier livre manque d’unité ; commencé en 1790, continué eu 1807, il ne fut achevé qu’en 1831. La première partie, qui appartient à la jeunesse de l’auteur, est incontestablement la plus vigoureuse et la plus belle. Goethe passa la plus grande partie de sa vie à la cour de Weimar, ou il fut appelé en 1776. Il ne s’en éloigna depuis que pour faire un voyage en Italie, 1786-1789, et pour une course rapide, en 1792, à la suite du duc de Brunswick, qu’il accompagnait lors de l’invasion de la Champagne. Il fut le véritable roi intellectuel de cette cour brillante, rendez-vous de tous les talents, et dont l’éclat valut à Weimar le surnom d’Athènes germanique. Pendant son séjour à Erfurt, en 1808, Napoléon voulut voir le grand écrivain, objet dune idolâtrie universelle. A la suite d’un long entretien dont l’histoire a enregistré le souvenir, le guerrier détacha de sa boutonnière la croix de la Légion d’honneur, pour la placer sur la poitrine du poète. De 1815 à 1828, Goethe remplit les fonctions élevées de premier ministre de Saxe-Weimar. Il mourut, ou plutôt il s’éteignit doucement, enivré d’hommages, le front couronné d’une auréole de gloire. On était aux premiers jours du printemps ; le soleil se jouait dans les plis de ses rideaux, qui en interceptaient les rayons ; il demanda qu’on les ouvrît, en s’écriant : « de la lumière ! delà lumière ! » dernière étincelle d’une âme tout entière consacrée au culte du beau. Il fut inhumé dans la chapelle grand ducale de Weimar, entre le prince Charles-Auguste, son protecteur, et Schiller, son ami et son compagnon d’armes dans les luttes littéraires du commencement de ce siècle. Gœthe avait la fibre sèche. On l’a vu traverser les orages de la Révolution, assister au drame de l’Empire, presque sans s’émouvoir ; les efforts héroïques des peuples vers la liberté l’ont laissé indifférent. Aussi le publiciste Bœrne lui demandait-il avec amertume : « Quelles larmes as-tu séchées ? Quelles douleurs as tu consolées ? » II ne faut pas demander aux hommes plus qu’ils n’ont reçu de la nature. Goethe était un écrivain puissant ; il a révolutionné, rajeuni la littérature, et c’est là son titre à l’immortalité. A lui appartient la création de cette école romantique qui a brillé d’un si vif éclat sous la plume de lord Byron, et dont le dernier et le plus intrépide représentant est Victor Hugo. « Gœthe, a dit Mme de Staël, pourrait représenter la littérature allemande tout entière ; non qu’il n’y ait d’autres écrivains supérieurs à lui, sous quelques rapports, mais seul il réunit tout ce qui distingue l’esprit allemand, et nul n’est aussi remarquable par un genre d’imagination dont les Italiens, les Anglais, ni les Français ne peuvent réclamer aucune part… Gœthe se plaît, dans ses écrits, comme dans ses discours, à briser les fils qu’il a tissés lui-même, à déjouer les émotions qu’il excite, à renverser les statues qu’il a fait admirer. Lorsque dans ses fictions il inspire de l’intérêt pour un caractère, bientôt il montre les inconséquences qui doivent en détacher. Il dispose du monde poétique comme un conquérant du monde réel, et se croit assez fort pour introduire, comme la nature, le génie destructeur dans ses propres ouvrages… J’ai dit que Goethe possédait à lui seul les traits principaux, du génie allemand ; on les trouve tous en lui à un degré éminent : une grande profondeur d’idées, la grâce qui naît de l’imagination, grâce plus originale que celle que donne l’esprit de société ; enfin une sensibilité, quelquefois fantastique, mais par cela même plus faite pour intéresser des lecteurs qui cherchent dans les livres de quoi varier leur destinée monotone, et veulent que la poésie leur tienne lieu d’événements véritables. » Les compatriotes de Gœthe lui ont élevé plusieurs statues, et ils célèbrent religieusement le j’our de sa naissance.
(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)
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Nous allons à Erfurt et je veux en revenir libre de faire en Espagne ce que je voudrai ; je veux être sûr que l’Autriche sera inquiète et contenue, et je ne veux pas être engagé d’une manière précise avec la Russie pour les afaires du Levant. Préparez-moi une convention qui contente l’empereur Alexandre, qui soit surtout dirigé contre l’Angleterre et dans laquelle je sois bien à mon aise sur le reste. Je vous aiderai ; le prestige ne manquera pas.
[s'adressant à Talleyrand]
ENTREVUE ET NÉGOCIATION D’ERFURT. Napoléon et Alexandre, en se séparant à Tilsit, s’étaient promis de se revoir avant la fin de l’ànnée suivante. Les armements de l’Autriche, que cette puissance s’obstinait inutilement à nier ; le règlement des affaires d’Orient, le sort de la Prusse, la paix avec l’Angleterre, tout exigeait cette nouvelle entrevue, d’où Alexandre comptait emporter la satisfaction de tous ses vœux, Napoléon la consolidation de sa puissance. Alexandre ayant paru désirer pour lieu de rendez-vous Weimar ou Erfurt, Napoléon, choisit cette dernière ville, qui était encore tout entière à sa disposition, et il ordonna aussitôt tous les préparatifs nécessaires pour que cette entrevue, qui devait avoir lieu à la fin de septembre 1808, fût entourée de tout l’éclat possible. Ainsi il envoya à Erfurt un bataillon de grenadiers de la garde impériale, un régiment d’infanterie et deux de cavalerie, destinés au service d’honneur des souverains. Les plus riches parties du mobilier de la couronne, furent dirigées sur Erfurt, et les premiers acteurs français, Talma en tête, reçurent ordre de se rendre dans cette ville, afin d’y interpréter dignement les chefs-d’œuvre de la littérature française : Cinna, Andromaque, Mahomet, Œdipe, etc. Alexandre partit de Saint-Petersbourg accompagné de son frère et de quelques aides de camp. M. de .Romanzoff, son ministre, et M. de Caulaincourt, notre ambassadeur, le précédaient. Il arriva le 25 septembre à Weimar. Le 22, Napoléon était parti de Saint-Cloud, emmenant toutes les illustrations de sa cour et de son armée. Enfin, pour que rien ne manquât à la magnificence de cette entrevue, une foule de princes couronnés étaient accourus à Erfurt de tous les points de l’Allemagne pour faire leur cour aux deux plus puissants souverains de l’univers. Napoléon arriva à Erfurt le 27 septembre, jour fixé pour l’entrevue, à dix heures du matin ; puis il se porta à la rencontre d’Alexandre, sur la routé de Weimar. Dès qu’ils se furent abordés, les deux empereurs mirent pied à terre et s’embrassèrent cordialement. Ils rentrèrent alors à cheval dans la ville, marchant l’un à côté de l’autre, et le soir Napoléon,
qui faisait tous les frais de cette solennité splendide, offrit à son hôte un festin magnifique auquel prirent part, outre, les empereurs, le grand-duc Constantin, le roi de Saxe, le duc de Weimar, le prince Guillaume de Prusse, et une foule de princes régnants, de personnages titrés, civils ou militaires. Une brillante illumination éclaira la ville tout entière, et le théâtre joua Cinna. Deux souverains seulement n’avaient point été invités à prendre part aux fêtes d’Erfurt : le roi de Prusse et l’ empereur d’Autriche. Le premier, toutefois, y était représenté par son frère, le prince Guillaume ; le second, bien qu’irrité qu’on le laissât ainsi à l’écart, dépêcha à Erfurt le baron de Vincent, avec une lettre où il se défendait des intentions hostiles que lui prêtait Napoléon, et où il cherchait à justifier, par les besoins d’une réorganisation intérieure, les armements extraordinaires opérés en ce moment par l’Autriche. Napoléon répondit par une lettre fière et polie, où il ne dissimulait pas son appréhension au sujet de la conduite du gouvernement autrichien, en faisant nettement entendre qu’on le trouverait toujours bien disposé en faveur de la paix, mais toujours prêt à faire la guerre, et qu’il n’était pas homme à s’endormir sur des protestations d’amitié. Le baron de Vincent ne fut admis à aucune conférence, et, malgré tous ses efforts pour pénétrer le secret des résolutions prises entre les deux empereurs, il ne put rien apprendre à son gouvernement. Au reste, toutes les précautions avaient été mises en œuvre contre les indiscrétions, et M. de Talleyrand lui même, bien que Napoléon l’eût amené à Erfurt, en fut réduit pour le moment à des conjectures. Les premières heures consacrées aux fêtes, aux visites, aux présentations, on aborda les questions sérieuses, celles dont la solution formait le véritable objet de cette entrevue. La répugnance de Napoléon à céder Constantinople à la Russie était si grande et si connue que cette question ne fut même pas discutée ; mais sentant la nécessité de s’attacher Alexandre par des avantages positifs, il consentit à ce que la Russie s’emparât des provinces danubiennes, conquête qui allait brouiller inévitablement la Russie avec l’Autriche et l’Angleterre. Alexandre, en retour, s’engageait à ne gêner en rien les projets de Napoléon en Occident. Pendant ces entretiens, qui durèrent plusieurs jours, et qui se continuaient entre M. de Champagny et M. de Romanzoff lorsque les souverains vaquaient à d’autres soins, on accourait à Erfurt de tous les coins de l’Europe. Erfurt, dit M. Thiers, était devenu le rendez-vous de souverains le plus extraordinaire dont l’histoire fasse mention. Aux empereurs de France et de Russie, au grand-duc Constantin, au prince Guillaume de Prusse, au roi de Saxe, s’étaient joints les rois de Bavière et de Wurtemberg, le roi et la reine de Westphalie, le prince-primat, chancelier de la Confédération, la grand-duc, et la grande-duchesse de Bade, les ducs de Hesse-Darmstadt, de Weimar, de Saxe-Gotha, d’Oldenbourg, de Mecklembourg-Strelitz et Mecklembourg-Schwerin, et une foule d’autres qu’il serait trop long d’énumérer, avec leurs chambellans et leurs ministres. Ils dînaient chaque jour chez l’Empereur, assis chacun à son rang. Le soir on allait au spectacle, dans une salle que Napoléon avait fait réparer et décorer pour cette solennité. La soirée s’achevait chez l’empereur de Russie. Napoléon s’étant apérçu qu’Alexandre éprouvait quelque difficultés à entendre, à cause de la faiblesse de son ouïe, avait fait disposé une estrade à la place que l’orchestre occupe dans les théâtres modernes, et là les deux empereurs étaient assis sur deux fauteuils qui les mettaient fort en évidence. A droite, à gauche, étaient rangés des sièges pour les rois. Derrière, c’est-à-dire au parterre, se trouvaient les princes, les ministres, les généraux ; ce qui a donné lieu de dire si souvent qu’à Erfurt il y avait un parterre de rois. On avait représenté Cinna, on représenta Andromaque, Britannicus, Mithridate, Œdipe. A cette dernière représentation, un fait extraordinaire frappa l’auditoire d’étonnement et de satisfaction ; Alexandre, tout plein du nouveau contentement que Napoléon avait eu l’art de lui inspirer, donna à celui-ci une marque de la plus douce, de la plus aimable flatterie. A ce vers d’Œdipe, “L’amitié d’un grand homme est un bienfait des dieux”, Alexandre, de manière, à être aperçu de tous les spectateurs, saisit la main de Napoléon et la serra fortement. Cet à-propos causa dans l’assistance un mouvement de surprise et d’adhésion unanime. Le 6 octobre, les deux empereurs, accompagnés des rois de Bavière, de Saxe, de Wurtemberg, et de tous les princes de la Confédération, se rendirent à Weimar, où le grand-duc, les avait conviés à une fête magnifique. Il y eut chasse au cerf, puis banquet, et le soir, sur le théâtre de la cour, représentation de la Mort de César ; la journée se termina par un bal brillant où se trouvaient réunies toutes les illustrations de l’Allemagne. Napoléon, en apercevant Gœthe et Wicland, emmena les deux illustres écrivains dans un coin du salon, s’entretint longtemps avec eux, leur parla histoire, arts et littérature, les combla de flatteuses attentions et les laissa enthousiasmés de son génie. Tous deux, quelques jours après, reçurent la décoration de la Légion d’honneur. Le lendemain, 7 octobre, une fête d’un nouveau genre, et dont il était seul le héros, fut donnée à Napoléon. Cette fête eut lieu sur le champ de bataille même d’Iéna, sur le propre terrain où le grand-duc de Saxe-Weimar, qui faisait les honneurs de cette excursion triomphale, avait été battu à la tête d’une division prussienne. Il était difficile de pousser plus loin l’oubli de sa dignité, et il est douteux que Napoléon en ait conçu plus d’estime et d’amitié pour son hôte. De retour à Erfurt, les pourparlers recommencèrent avec plus d’activité, car le moment de se séparer était arrivé, et il fallait d’ailleurs s’occuper de la Prusse, dont l’évacuation par nos troupes avait été stipulée le 8 septembre, sauf trois places de sûreté, Stettin, Custrin, Glogau, et moyennant 140 millions payables en deux ans ; cette contribution, bien faible comparée à nos cinq milliards, Napoléon, à la prière d’Alexandre, consentît à la réduire de 20 millions et à étendre à trois années les délais de payement. Un autre point, d’une extrême délicatesse, restait à aborder. Napoléon, dont le divorce avec Joséphine était déjà arrêté dans sa pensée, avait songé à offrir le trône de France à une sœur d’Alexandre ; mais, ne voulant pas s’expliquer directement avec ce prince, il chargea de cette négociation difficile M. de Talleyrand, à l’esprit fin et délié, auquel elle convenait mieux qu’à tout autre. L’empereur Alexandre répondit qu’il n’avait aucune difficulté personnelle à élever contre cette union, mais qu’elle rencontrerait sans doute de grands obstacles auprès de sa mère, qui avait toutes les prétentions du vieux parti russe ; qu’au reste il promettait de ne rien négliger pour arriver au résultat que désirait son ami l’empereur Napoléon. Après cette assurance, l’entrevue d’Erfurt n’avait plus de raison de se prolonger puisqu’on était d’accord sur les autres points. En conséquence, MM. de Romanzoff et de Champagny reçurent l’autorisation de conclure, et, le 12 octobre, ils rédigèrent une convention que M. Thiers analyse ainsi : Les empereurs de France ; et de Russie renouvelaient leur alliance d’une manière solennelle, et s’engageaient à faire en commun soit la paix, soit la guerre. Toute ouverture parvenue à l’un des deux devait être Communiquée sur-le-champ à l’autre, et ne recevait qu’une réponse commune et concertée. Les deux empereurs convenaient d’adresser à l’Angleterre une proposition solennelle de paix, proposition immédiate, publique, et aussi éclatante que possible, afin de rendre le refus plus difficile au cabinet britannique. La base des négociations devait être l’utipossidetis. La France ne devait consentir qu’à une paix qui assurerait à la Russie la Finlande, la Valachie et la Moldavie. La Russie ne devait consentir qu’à une paix qui assurerait à la France, indépendamment de tout ce qu’elle possédait, la couronne d’Espagne sur la tête du roi Joseph. Immédiatement après la signature de la convention, la Russie pourrait commencer auprès de la Porte les démarches nécessaires pour obtenir, par la paix ou par la guerre, les deux provinces-du Danube ; mais les plénipotentiaires et agents des deux puissances s’entendraient sur le langage à tenir, afin de ne pas compromettre l’amitié existant entre la France et la Porte. De plus, si l’Autriche déclarait la guerre à l’une ou à l’autre des deux puissances, la France et la Russie uniraient leurs armées Enfin, si la guerre et non la paix venait à sortir de la conférence d’Erfurt, les deux empereurs promettaient de se révoir dans l’espace d’une année. Telle fut cette célèbre convention d’Erfurt, signée le 12 octobre 1808. Le 14, les deux souverains se quittèrent sur la route de Weimar.
(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)
Je veux conquérir la mer par la puissance de la terre.
BLOCUS CONTINENTAL ou SYSTÈME CONTINENTAL, noms sous lesquels ou a désigné l’ensemble des mesures adoptées par Napoléon pour isoler l’Angleterre du continent, la frapper dans sa puissance maritime, et la contraindre à restituer les colonies qu’elle avait enlevées à la France, à la Hollande et à l’Espagne. L’idée n’était pas absolument nouvelle. Il paraît qu’en 1793 le comité de Salut public avaii déjà songé à fermer à l’Angleterre les marchés de l’Europe, afin de la ruiner ; mais, pouf obtenir un tel résultat, il eût fallu ou une marine formidable, ou l’abstention volontaire ou forcée des Etats du continent. Il était clair aussi qu’en excluant de cette manière les Anglais de l’Europe, au moyen d’efforts surhumains, c’était leur assurer en quelque sorte le monopole du globe et séquestrer l’Europe elle-même du reste du monde. La haute raison pratique des hommes de 1793 les préserva de cette idée grandiose et chimérique.En 1806, dans la fermentation d’esprit que produisit chez lui le succès extraordinaire de la guerre de Prusse, Napoléon, dominé en outre par les projets les plus gigantesques, se détermina à appliquer une pensée qui, depuis quelque temps déjà, occupait son esprit : vaincre la mer par la terre, c’est-à-dire frapper cette Angleterre, à qui l’océan permettait d’échapper à son joug, en la privant de tous ses alliés et en lui fermant tous les ports du continent. Déjà, par lui-même ou par la Prusse, il avait fermé les bouches de l’Ems, du Weser et de l’Elbe, mesure bien insuffisante pour le but qu’il se proposait, car les marchandises anglaises n’en pénétraient pas moins dans le Hanovre, la Hollande et la Belgique. L’Angleterre elle-même avait d’ailleurs violé les droits des neutres en outrepassant les limites du blocus réel et en osant défendre tout commerce sur les côtes de France et d’Allemagne, depuis Brest jusqu’aux bouches de l’Elbe. Cet abus de la force fournit à Napoléon le prétexte qu’il cherchait pour appliquer au commerce anglais les mesures les plus rigoureuses. Le 21 novembre 1806, il rendit ce formidable décret, dit de Berlin, qui déclarait les îles Britanniques en état de blocus. Ce décret était applicable non-seulement à la France, mais encore aux pays occupés par ses armées ou alliés avec elle, c’est-à-dire à la Hollande, à l’Espagne, à l’Italie et à l’Allemagne tout entière. Tout commerce avec l’Angleterre était absolument interdit ; toute marchandise provenant de l’Angleterre ou de ses colonies devait être confisquée, non-seulement dans les ports, mais à intérieur même et chez les négociants qui en seraient dépositaires ; toute lettre provenant d’Angleterre, ou y allant, adressée à un Anglais ou écrite en anglais, devait être arrêtée dans les bureaux de poste et détruite ; tout Anglais saisi en France, ou dans les pays alliés ou soumis, était prisonnier de guerre ; tout bâtiment ayant seulement touché aux colonies anglaises ou à l’un des ports des trois royaumes ne pourrait aborder aux ports français ou soumis à la France ; et s’il faisait une fausse déclaration a ce sujet, il était déclaré de bonne prise. Telles étaient les dispositions principales du décret de Berlin, conçu et rédigé par Napoléon lui-même, sans la participation de Talleyrand. Il fut immédiatement signifié à la Hollande, à l’Espagne, à l’Italie, et le maréchal Mortier reçut l’ordre de s’emparer des villes hanséatiques, des ports du Mecklembourg et de la Poméranie suédoise jusqu’aux bouches de l’Oder, et d’appliquer partout le décret. Le gouvernement anglais, de son côté, usa de représailles en aggravant encore les mesures qu’il avait déjà prises pour le blocus maritime ; en sorte qu’on eut le spectacle inouï des deux nations les plus puissantes du monde s’interdisant mutuellement l’une la terre, et l’autre la mer ! Le 2 septembre 1807, le roi de Prusse est contraint d’adhérer au blocus continental, rendu plus rigoureux encore par les décrets des 17 décembre 1807 et 11 janvier 1808. Le Danemark avait refusé de prendre part à la coalition : les Anglais bombardent Copenhague. Cet acte d’odieux vandalisme avait tellement indigné l’Europe contre eux, que, si Napoléon eût montré plus de modération, il eût sans doute détaché la plupart des nations de leur alliance ; mais c’est par la menace de la guerre qu’il prétend entraîner l’adhésion des princes et des peuples ; par ses sommations hautaines, il blesse les plus justes susceptibilités nationales et il rejette dans le parti de ses ennemis ceux que la barbarie anglaise en avait un instant détachés. Toutefois, le tsar Alexandre avait accédé au système continental. Le. Portugal tardant à se prononcer, par crainte de l’Angleterre qui menaçait ses possessions d’Amérique, Napoléon décrète que la maison de Bragance a cessé de régner, et il charge Junot d’exécuter le Portugal (novembre 1807). Désormais, toute la politique de Napoléon est subordonnée à son Système : c’est là ce qui explique l’occupation de Rome, les annexions italiennes, la déplorable et funeste guerre d’Espagne, etc. Il rend des décrets (août, septembre, octobre 1810) pour ordonner de brûler partout les marchandises de provenance anglaise, et pour frapper de droits élevés les denrées coloniales, dont le prix atteignit des chiffres inouïs. Les peuples souffrent, les alliés et les vaincus s’irritent d’être soumis à ces exigences despotiques, qui ruinent leur commerce, les réduisent à la misère et blessent si profondément leur dignité : mais l’Empereur poursuit imperturbablement la réalisation de son plan ; le Système va toujours, ou plutôt la France s’épuise en efforts surhumains pour l’appliquer. Mais la force des choses conspire contre l’œuvre insensée ; la contrebande se joue des décrets ; ce que le sabre a lié, le commerce le délie ; et jusque dans le palais impérial, dit-on, l’Angleterre s’ouvre des débouchés. Louis Bonaparte, roi de Hollande, impuissant à faire observer dans ses Etats le blocus continental, abdique, et la Hollande est incorporée à l’Empire. L’annexion du duché d’Oldenbourg à la France (février 1811), sans autre motif ni prétexte que l’intérêt du Système, mécontente la Russie et amène enfin,la rupture entre les deux empereurs. On sait le résultat : cette tragique campagne de Russie, les terribles guerres de 1813 et 1814, enfin la chute de l’Empire. Au milieu de ces événements, le rêve gigantesque était devenu de plus en plus impossible, irréalisable, et le fameux blocus était tombé en désuétude même avant le dénouement fatal.
(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)
Lien : Blocus Continental sur wikipedia
Je vivrai puisque la mort ne veut pas plus de moi dans mon lit que sur le champ de bataille. Il y aura aussi du courage à supporter la vie après de tels événements.
Ce n’est pas à moi que les puissances font la guerre. C’est à la Révolution. Elles n’ont jamais vu en moi que le le réprésentant, l’homme de la Révolution.
TRAITÉ DE FONTAINEBLEAU, par lequel fut réglée, après les événements de 1814 et la double abdication de Napoléon, sa situation, ainsi que celle de sa famille. Caulaincourt, les maréchaux Ney et Macdonald négocièrent cet acte, de la part de l’empereur déchu, avec les souverains alliés. C’était un dernier témoignage de déférence que ceux-ci accordaient l’homme qui les avait fait trembler si longtemps. L’orgueil de Napoléon s’en irrita. « A quoi bon un traité, écrivait-il à Caulaincourt, puisqu’on ne veut pas régler avec moi les intérêts de la France ? Du moment qu’il ne s’agit plus que de ma personne, il ny a pas de traité à faire. Je suis un vaincu. Un simple cartel suffît pour garantir ma liberté. » Puis il envoya le colonel