02.28.08

MARECHAL MARMONT (1774-1852)

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Maréchal Auguste-Frédéric-Louis Viesse de Marmont (1774-1852), alors Lieutenant d’état-major d’artillerie (1792)

La vanité avait perdu Marmont ; la postérité flétrira justement sa vie ; pourtant son coeur vaudra mieux que sa mémoire.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal MARMONT (Auguste-Frédéric-Louis VIESSE DE), duc de raguse, maréchal de France et membre de l’Institut, né à Châtillon-sur-Seine en 1774, mort à Venise en 1852. Son père, capitaine au régiment de Hainaut, le destinait à la magistrature; mais le jeune Marmont céda à la vocation irrésistible qui le poussait vers la  carrière des armes, et, à dix-sept ans, il fut reçu élève sous-lieutenant à l’école d’artillerie de Châlons, où il se distingua par ses goûts et ses aptitudes pour les sciences exactes, qualités qui devaient le rendre un des meilleurs généraux d’artillerie de son temps. Il débuta comme lieutenant au siège de Toulon et se fit remarquer de Bonaparte, dont le coup d’œil pénétrant eut bientôt discerné le rare mérite du jeune officier, et qui se l’attacha dès cette époque. En 1795, Marmont servit comme capitaine à l’ armée du Rhin, où il commanda l’artillerie de l’avant-garde de Desaix, et, l’année suivante, il suivit Bonaparte à l’armée d’Italie comme aide de camp du nouveau général en chef. Il prit une part brillante à cette immortelle campagne, dont il revint avec le grade de chef de brigade, ayant à peine vingt-trois ans. Il accompagna ensuite Bonaparte dans l’expédition d’Egypte, se distingua a la prise de Malte, où il enleva le drapeau de l’ordre ; au siège d’Alexandrie, dont il enfonça une des portes à coups de hache ; à la bataille des Pyramides, au succès de laquelle il contribua avec le général Rampon, par la destruction d’un corps de mameluks. Chargé ensuite de la défense d’Alexandrie contre les attaques combinées des flottes anglaise, russe et turque, il résista victorieusement à un effroyable bombardement, malgré les horreurs de la peste et de la famine, auxquelles la ville était en proie. De retour en France avec son général en chef, il prit une part active au 18 brumaire, et reçut ensuite le commandement de l’artillerie destinée à la nouvelle campagne d’Italie. Le premier consul le chargea d’organiser le passage du mont Saint-Bernard, et il sut vaincre tous les obstacles qu’il devait rencontrer dans une entreprise aussi difficile. A Marengo, l’artillerie de Marmont jeta le désordre dans les rangs autrichiens, et Kellermann en profita habilement pour charger et couper l’armée ennemie, jusqu’à ce moment victorieuse. Nommé général de division d’artillerie, puis premier inspecteur général de cette arme, il y apporta de grands perfectionnements et commanda quelque temps après l’armée française en Hollande. Le 14 juin 1804, il fut fait grand officier de la Légion d’honneur, et grand-aigle le 2 février 1805, puis colonel général des chasseurs à cheval. Lorsque la guerre éclata de nouveau entre la France et l’Autriche, vers la fin de l’année 1805, Marmont prit une grande part au blocus et à la reddition d’Ulm. L’année suivante, il reçut le commandement supérieur de l’armée de Dalmatie, avec le titre de gouverneur général des provinces illyriennes, dégagea Raguse, assiégée par les Russes, et vainquit ces derniers en plusieurs circonstances. Dans ce nouveau poste, il révéla tous les talents d’un grand administrateur, introduisit une foule d’améliorations dans son gouvernement, et ouvrit à travers les marais et les montagnes une route de 300 kilomètres, qui inaugura une ère nouvelle pour le pays. Cette activité infatigable faisait dire de lui par les Dalmates : « Les Autrichiens pendant huit ans ont discuté des plans de route sans les exécuter ; Marmont est monté à cheval, et, quand il en est descendu, elle était terminée. » Lorsque l’empereur d’Autriche visita la Dalmatie, en 1818, à la vue des travaux accomplis par le général français, il dit en riant au prince de Metternich : « II est bien fâcheux que le maréchal Marmont ne soit pas resté en Dalmatie deux ou trois ans de plus. » Vers la fin de 1807, Marmout fut créé duc de Raguse, puis, lorsque commença la campagne d’Autriche de 1809, il reçut l’ordre de réunir son corps d’armée et d’opérer sa jonction avec les troupes d’ Eugène de Beauharnais, opération qu’il exécuta heureusement après avoir battu les Autrichiens en diverses rencontres. Toutefois, il ne prit aucune part à la bataille de Wagram ; il se tint à Znaïm. malgré les instructions contraires qu’il avait reçues de Napoléon, et se vit sur le point d’être écrasé par les débris de l’armée autrichienne. Il n en fut pas moins alors nommé maréchal de France. Marmont reprit ensuite ses fonctions en Dalmatie, et cela jusqu’en 1811, époque à laquelle il fut appelé à remplacer Masséna dans le commandement de l’armée du Portugal, qui venait de rentrer en Espagne. Il eut alors la tâche difficile de surveiller et de combattre Wellington. Ses premiers succès lui inspirèrent une confiance fatale, et, le 22 juillet 1812, il perdit contre le général anglais la bataille des Arapiles, dans laquelle lui-même eut le bras droit fracassé par un boulet dès le commencement de l’action, ce qui contribua sans doute à notre défaite. Dans la campagne de 1813 en Allemagne, Marmont eut le commandement du sixième corps de la grande armée et prit une grande part aux batailles de Lutzen, de Bautzen, de Dresde et de Leipzig. Dans la campagne de 1814, qui avait lieu chez nous cette fois, le duc de Raguse se signala par des prodiges d’activité et d’audace sous les murs de Paris surtout, où il lutta contre les Russes avec une indomptable énergie ; il défendit en désespéré les hauteurs de Belleville ; mais la supériorité du nombre était trop écrasante pour qu’on pût conserver le moindre espoir, et les maréchaux Marmont et Mortier durent se résigner à la douloureuse nécessité de traiter avec l’ennemi ; toutefois Mortier se refusa à signer la capitulation. Quant à Marmont, il se retira sur Essonne avec son corps d’armée, qui se montait à environ 20.000 hommes. Nous voici arrivés à une phase bien contestée encore de la vie du maréchal Marmont, phase qui a attiré sur son nom plus de célébrité que tous ses succès militaire s; nous voulons dire sa trahison présumée. Nous résumerons ici la question telle qu’elle a été étudiée et élucidée par M. Thiers, qui nous semble avoir jugé l’homme et les circonstances avec une grande impartialité ; mais disons tout de suite, pour expliquer dans quelle terrible situation d’esprit a dû se trouver Marmont, disons qu’il avait entendu à Paris la formidable explosion de haines qui venait d’éclater contre l’Empire et contre l’auteur de tous les malheurs de la France, disons qu’il avait été enveloppé par les intrigues, non-seulement des royalistes, mais encore de ceux qui, à l’exemple de Talleyrand, se retournaient contre l’Empire après l’avoir servi, et qui répétaient sur tous les tons au maréchal qu’une plus longue fidélité à un seul homme serait l’immolation de tous les intérêts de la patrie. Le 4 avril 1814, Napoléon rédigeait lui-même et signait le fameux acte suivant : « Les puissances alliées ayant proclamé que l’empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l’empereur Napoléon, fidèle à son serment, déclare qu’il est prêt à descendre du trône, à quitter la France et même la vie, pour le bien de la patrie, inséparable des droits de son fils, de ceux de la régence de l’Impératrice et des lois de l’Empire. Fait en notre palais de Fontainebleau, le 4 avril 1814. » On voit que, dans cet acte, Napoléon réservait les droits de sa femme et de son fils ; deux jours après, 6 avril, il signait cette autre formule : « Les puissances alliées ayant proclamé que l’empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l’empereur. Napoléon, fidèle à ses serments, déclare qu’il renonce pour lui et ses héritiers aux trônes, de France et d’Italie, parce qu’il n’est aucun sacrifice personnel, même celui de la vie, qu’il ne soit prêt à faire à l’intérêt de la France. » Ici, l’abdication est absolue ; quel événement avait donc apporté cet immense changement dans la rédaction ? C’est maintenant que se dévoile le rôle joué par Marmont dans ces tristes journées. Tandis que les maréchaux, réunis autour de Napoléon à Fontainebleau, s’efforçaient de lui arracher son abdication personnelle, scène qui est restée célèbre, mais dont on a exagéré la violence, le gouvernement provisoire établi à Paris sous les auspices des souverains alliés faisait tous ses efforts pour détacher Marmont de Napoléon. Etabli à Essonnes avec 20.000 hommes, dans une forte position, il permettait à l’Empereur, en réunissant les autres débris de ses troupes, de tenter un effort désespéré sur les ennemis, de leur livrer même dans Paris une bataille qui pouvait devenir désastreuse pour eux. Marmont fut donc circonvenu par les agents du gouvernement provisoire ; on parla à son ambition, à sa vanité, à son patriotisme même, en lui dévoilant le tableau des calamités que l’opiniâtreté de Napoléon pouvait déchaîner sur la capitale et sur la France, tristes éventualités qui n’étaient certes pas
invraisemblables. Ces considérations frappérent son esprit, et, après de longues et cruelles indécisions, il consentit à entrer en pourparlers avec le prince de Schwarzenberg, commandant de l’armée autrichienne, et tous deux convinrent des conditions suivantes : Marmont devait, avec son corps d’armée, quitter l’Essonne le lendemain, gagner la route de la Normandie, où il se mettrait à la disposition du gouvernement provisoire, et comme il ne se dissimulait pas les conséquences d’un acte pareil, car non-seulement il enlevait à Napoléon près du tiers de son armée, mais la position si importante de l’Essonne, il avait stipulé que, si par suite de cet événement, Napoléon tombait dans les mains des monarques alliés, on respecterait sa vie, sa liberté, sa grandeur passée, et on lui procurerait une retraite à la fois sûre et convenable. Cette seule précaution, dictée par un repentir honorable, condamnait l’acte de Marmont, en révélant toute la gravité que lui-même y attachait. » Cet arrangement devait rester secret jusqu’à son exécution ; Marmont en instruisit seulement ses généraux divisionnaires, auxquels il apprit l’abdication conditionnelle de Napoléon, et il les trouva tout disposés à marcher dans la voie qu’il venait d’ouvrir. Marmont dut alors se rendre à Paris avec les autres maréchaux pour y plaider la cause de Napoléon auprès des souverains alliés. Sur ces entrefaites, le général Souham, qui commandait à la place de Marmont, reçut l’ordre de se rendre à Fontainebleau ; il crut alors, avec les autres généraux, Compans, Bordesoulle, Meynadier, que Napoléon était instruit de tout ; et ils résolurent de précipiter le mouvement convenu, même en l’absence de Marmont. Ils prévinrent donc le prince de Schwarzenberg de leur dessein, et, le 5 avril, vers 4 heures du matin, le 6e corps franchit l’Essonne. Officiers et soldats ignoraient le secret de cette marche ; ils ne commencèrent à concevoir des soupçons qu’en voyant les ennemis border paisiblement les routes et les laisser passer sans faire feu. Les
murmures commencèrent à éclater alors, et tout présageait un soulèvement en arrivant à Versailles. Une seule division ne suivit point le mouvement, celle du général Lucotte, à qui l’ordre parut suspect, et qui refusa de l’exécuter ; mais la ligne de l’Essonne n’en fut pas moins perdue pour Napoléon, qui dut voir dans cette défection là ruine de ses dernières espérances. La nouvelle de ce grave événement produisit dans l’esprit des souverains alliés un effet décisif ; jusqu’alors ils avaient eu des ménagements pour Napoléon, qui était encore redoutable pour eux ; mais sa terrible épée venait de lui être arrachée des mains, et Alexandre annonça aux négociateurs, Caulaincourt, Ney et Macdonald, que les souverains ne pouvaient plus se contenter d’une abdication conditionnelle, qu’il leur fallait l’abdication absolue de Napoléon pour lui et sa famille. Telle est l’explication de la différence qui existe entre les deux formules que nous avons données plus haut. Marmont ayait été consterné en apprenant ce qui venait de se passer : « Je suis perdu, s’écria-t-il, déshonoré à jamais ! » Mais il se borna à des exclamations et ne tenta aucun effort pour réparer le mal, ou du moins pour diminuer la part de responsabilité qui allait peser sur lui. Tout à coup ou apprit que le corps, instruit enfin du véritable rôle qu’on venait de lui faire jouer, était en pleine révolte à Versailles contre ses généraux ; ce fut encore Marmont qu’on chargea d’user de son influence sur l’esprit de ses soldats pour les ramener à l’obéissance, et il y réussit en les flattant, puis en leur démontrant l’impossibilité de résister à l’ennemi, en leur promettant même de revenir se mettre à leur tête dès que l’armée serait reconstituée. « Ainsi s’accomplit cette opération, qu’on a appelée la trahison du maréchal Marmont. Si l’acte de ce maréchal avait consisté à préférer les Bourbons à Napoléon, la paix à la guerre, l’espérance de la liberté au despotisme, rien n’eût été plus simple, plus légitime, plus avouable ; mais, même en ne tenant aucun compte des devoirs de la reconnaissance, on ne peut oublier que Marmont était revêtu de la confiance personnelle de Napoléon, qu’il était sous les armes et qu’il occupait sur l’Essonne une position capitale ; or, quitter en ce moment cette position avec tout son corps d’armée, par suite d’une convention secrète avec le prince de Schwarzenberg, ce n’était pas opter comme uu citoyen libre de ses volontés entre un gouvernement et un autre, c’était tenir la conduite du soldat qui déserte à l’ennemi ! Cet acte malheureux, Marmont a prétendu depuis n’en avoir qu’une part, et il est vrai qu’après en avoir voulu et accompli lui-même le commencencement, il s’arrêta au milieu, effrayé de ce qu’il avait fait ! Ses généraux divisionnaires, égarés par une fausse terreur, reprirent l’acte interrompu et l’achevèrent pour leur compte, mais Marmont, en venant s’en approprier la un par sa conduite à Versailles, consentit à l’assumer tout entier sur sa tète, et à en porter le fardeau aux yeux de la postérité ! » (Histoire du Consulat et de l’Empire.) Oui, le jugement est juste dans sa sévérité ; en regard des principes inflexibles de la morale, il n’est pas de compromis possible avec les circonstances mêmes et avec  sa conscience. Cette réserve faite en l’honneur d’un sentiment que rien ne devrait étouffer, et dont l’histoire doit maintenir le haut et sacré caractère, qui pourrait s’armer contre l’infortuné Marmont d’un rigorisme impitoyable ? Est-ce la France, qu’il croyait arrêter sur le bord du l’abîme où allait la précipiter un insensé ? Est-ce cet insensé lui-même, Napoléon enfin ? De quel droit se serait-il plaint que Marmont, pour sauver la France, oùt trahi le serment qu’il lui avait, prêté, lui qui, pour la noyer dans un déluge de calamités, avait effrontément foulé aux pieds tous les siens ? Résumons-nous : Marmont fut coupable ; mais si jamais coupable eut des
titres au bénéfice des circonstances atténuantes, ce fut le commandant du 6° corps. Marmont ne joua aucun rôle politique dans les événements qui suivirent et n’exerça qu’une très médiocre influence, bien que Louis XVIII l’eût nommé commandant d’une compagnie de ses gardes du corps, pair de de France et chevalier de Saint-Louis. La réprobation publique s’était attachée à sou nom et elle n’a pas encore cessé dans tous les esprits, dans les préjugés populaires du moins. Comme le dit M. Rapetti, « il eut des faveurs, mais pas d’importance. Les royalistes purs eussent rougi de devoir de la reconnaissance à une trahison, et ils se montraient ingrats, les royalistes les moins purs se montraient naturellement les plus ingrats. Les hommes de l’Empire les plus reconciliés avec le nouvel ordre de choses tenaient à éloigner toute comparaison entre une trahison et leur ralliement, et ils affichaient leur soin à se préserver du voisinage de M. de Raguse. Quant à l’opinion populaire, elle demeurait implacable. Dans les rues, on avait fait un mot du nom de Raguse : on disait raguser pour tromper. Marmont, qui avait rêvé un grand rôle politique, se trouva réduit à l’isolement et à l’impuissance. » Pendant les Cent-Jours, Marmont suivit Louis XVIII à Gand, et, après Waterloo, le roi le combla de nouveaux honneurs. En 1816, l’Académie des sciences le choisit pour un de ses premiers membres libres. En pendant les journées de Juillet, Marmont fut chargé du commandement de l’armée de Paris, et, en cette qualité, dut défendre les fatales ordonnances. Ce rôle allait achever de le rendre impopulaire. Au plus fort de la lutte, un vieux royaliste lui dit : « Maréchal, voulez-vous sauver le roi, le peuple de Paris et votre nom ?… Arrêtez les ministres, tous les signataires tous les conseillers des ordonnances ; faites-les transporter, à Vincennes, liés, garrottés comme des criminels, comme les seuls coupables. Le peuple satisfait, apaisé par vous, posera les armes ; le roi, qui ne se trouvera plus en présence d’une révolte, pourra faire des concessions. Vous, vous serez exilé ; mais on pardonne aisément à qui nous tire d’un mauvais pas. Vous nous reviendrez bientôt et vous serez le sauveur, le pacificateur, l’homme de la royauté, de la liberté. » Ce conseil était sage ; malheureusement Marmont ne voulut pas le suivre ; il se sentait écrasé par le Souvenir de 1814 ; et, en effet, pour prendre de ces résolutions audacieuses, décisives, il faut avoir derrière soi un passsé irréprochable. On connaît l’issue de la lutte : Marmont essaya en vain de résister au lion déchaîné, malgré l’habileté de ses dispositions. Une députation composée de Laffitte, des généraux Gérard et Lobau, etc., se rendit auprès de Marmont pour le prier d’arrêter l’effusion du sang ; le maréchal écrivit alors à Charles X, qui se montra inflexible, et, le lendemain, 29 juillet, le drapeau tricolore flottait sur le dôme des Tuileries, C’est alors qu’eut lieu à Saint-Cloud cette scène scandaleuse, dans laquelle le duc d’Angoulême, fou de colère, voulut arracher l’épée du maréchal, qu’il accusait de tous les malheurs de sa famille, et auquel il adressa ces mots aussi injustes que cruels : « Est-ce que vous voulez faire avec nous comme avec l’autre ? » Marmont dut se rappeler amèrement que la reconnaissance n’a jamais été une vertu royale : le dauphin lui jetait à la face comme une insulte l’acte qui avait contribué à mettre les Bourbons sur le trône. Charles X, plus équitable, essaya de verser un peu de baume sur ce cœur ulcéré, mais le coup n’en était pas moins porté. A partir de cette époque, Marmont resta étranger aux affaires politiques; à quel titre eût-il pu y prendre part ? Exilé volontaire, il erra pendant le reste de sa vie sur la terre étrangère, tantôt en Autriche, tantôt en Turquie, en Syrie, eu Palestine, etc., et enfin dans les Etats de Venise. Ou lui doit plusieurs ouvrages remarquables : Voyage en Hongrie, en Transylvanie, dans la Russie méridionale, en Crimée et sur les bords de la mer à Azoff, à Constantinople, etc. (Paris, 1837, vol. in-8°) ; Esprit des institutions militaires (1845, in-8°; 2e édit. l’année suivante) ; un Xénophon, un César, quelques autres opuscules et enfin ses Mémoires, qui ont eu un si grand retentissement. «  Marmomt, dit encore M. Rapetti, triomphait dans ces relations qu’on nomme la vie du monde. Il avait une physionomie noble, animée, spirituelle. Il était instruit et fourni d’auecdotes sur tous les sujets. Il racontait avec charme, il étonnait, il captivait. Sa supériorité très apparente inspirait le respect, avait cette prodigalité qui semble de la libéralité à ceux qui reçoivent, et ce désir constant de faire montre de son pouvoir, que les solliciteurs prennent aisément pour de l’obligeance, lil était bon sans discernement, et les intrigants le vantaient. Certes, il blessait par sa hauteur ; niais ceux mêmes qu’il offensait ainsi, il savait se les concilier par l’ascendant d’un caractère dont l’extrême fierté relevait encore plus qu’elle ne les déparait les qualités aimables ou brillantes. Napoléon l’avait appelé Marmont 1er. »

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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02.27.08

MARECHAL MACDONALD (1765-1840)

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Maréchal Macdonald (1765-1840), duc de Tarente

Je ne suis pas assez riche pour récompenser vos divers services. Je vois maintenant comme on m’avait trompé sur votre compte ! Maréchal, donnez-moi la main et embrassez-moi.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal MACDONALD (Jacques-Etienne-Joseph-Alexandre), duc de Tarente, maréchal et pair de France, né à Sedan en 1765, d’une famille écossaise venue en France à la suite des Stuarts, mort en 1840. Il fit ses premières armes dans le régiment irlandais de Dillon, pendant la campagne de Hollande en 1784, et conquit le grade d’officier, qui lui fut conservé par la République. Fait capitaine après la bataille de Jemmapes, où il se distingua particulièrement il parcourut rapidement les autres grades jusqu à celui de colonel. Bientôt nommé général de brigade (1795), et commandant en cette qualité à l’avant-garde de l’armée du Nord sous Pichegru, il poursuivit, depuis Valenciennes jusqu’au delà de l’Ems, les Anglais commandés par le duc d’York, passa le Wahal sur la glace, sous le feu des batteries ennemies, et fit prisonnière la flotta hollandaise (1795). Ce fait d’armes, unique dans l’histoire, lui valut sa nomination au grade de général de division (1796). Après avoir servi en Allemagne et en Italie, le général Macdonald fut nommé gouverneur de Rome et des Etats de l’Eglise (1798). A l’approche de Mack, il évacua Rome et fut attaqué à Otricoli. Le général ennemi, dont l’armée était de 80.000 hommes fut battu et mis en déroute par 25.000 Français réunis sous les ordres de Championnet, et dont Macdonald commandait le principal corps. Devenu général en chef de l’armée des Alpes après l’arrestation de Championnet (1799), Macdonald achevait de soumettre le royaume de Naples, lorsque les avantages remportés par Souvarov dans la haute Italie l’obligèrent à évacuer les Etats napolitains. Il traversa la Toscane, alors qu’on le croyait cerné, et culbuta l’ennemi, puis disputa pendant trois jours à Souvarov la victoire de la Trebbia (juin 1799), et parvint à opérer, près de Gènes, sa jonction avec Moreau. A la suite de cette campagne, qui l’avait placé si haut dans l’estime publique, il fut employé à l’intérieur et eut le tort grave d’aider puissamment Bonaparte lors du funeste coup d’Etat du 18 brumaire. Après la bataille de Marengo, il reçut le commandement de l’armée des Grisons, eut à vaincre mille obstacles pour parvenir jusqu’au Splügen et chassa les Autrichiens de poste en poste sur une ligne de 60 lieues de montagnes (1801). Peu après, Macdonald fut envoyé comme ministre plénipotentiaire au Danemark, où il resta jusqu’en 1803. Disgracié lors de l’affaire de Moreau, dont il prit la défense, ce ne fut qu’en 1809 qu’il reprit du service. Mis alors à la tète d’une division en Italie, il passa l’Isonzo, chassa les Autrichiens de la position de Goritz, concourut à la victoire de Raab, et rejoignit Napoléon près de Vienne. A Wagram, sur le champ de bataille, il fut fait maréchal pour avoir décidé le succès de la journée en enfonçant le centre de l’armée ennemie, que protégeaient 200 pièces de canon, et à son retour à Paris il reçut le titre de duc de Tarente (1810). Envoyé ensuite en Catalogne, il s’empara de la place de Figuières (1811), payant partout de sa personne. Dans la campagne de Russie, il eut le commandement du 10e corps. Il passa le Niémen à Tilsitt, s’empara de Dunabourg et occupa la ligne de Riga. Après avoir, pendant près d’un mois, livré sous cette ville de sanglants combats, le 10e corps fut obligé de se replier par suite des désastres de la grande armée. Le 13 décembre 1813, Macdonald était abandonné devant l’ennemi par les Prussiens du général York, placés sous ses ordres, et cependant il soutenait vigoureusement les attaques des Russes, et faisait sa retraite sans être entamé. En 1813, ayant rencontré ces mêmes Prussiens du général York, il les battit à Mersebourg. A Lutzen, à Bautzen et à Leipzig, il se conduisit glorieusement ; plus heureux que Poniatowski, il traversa l’Elster à la nage. Il eut encore part à la victoire de Hanau, où les Français écrasèrent une partie des troupes germaniques qui venaient de les trahir. Pendant la campagne de 1814, il soutint sa grande renommée militaire, et suivit Napoléon à Fontainebleau. Aussitôt après l’acte d’abdication, il donna son adhésion au nouvel ordre de choses, et il accepta la pairie le 4 juin 1814. Au retour de l’île d’Elbe, le duc de Tarente. quitta Paris avec Louis XVIII dans la nuit du 19 au 20 mars 1815 et, après l’avoir accompagné jusqu’à Menin, il revint à Paris, refusa de servir l’Empereur, et fit son service dans la garde nationale comme simple grenadier. Enfin, après Waterloo, il reçut la mission de licencier l’armée de la Loire ; il fut nommé peu de temps après grand chancelier de la Légion d’honneur, dignité qu’il conserva jusqu’en 1831. Les honneurs de tout genre dont le combla le gouvernement de la Restauration ne l’empêchèrent pas de faire preuve, à la Chambre des pairs, d’une réelle indépendance. Après la Révolution de 1830, comme sa santé s’était sensiblement affaiblie, il se retira dans sa terre de Courcelles, où il resta presque constamment jusqu’à sa mort. Il s’était marié trois fois. De sa dernière femme, Mlle de Bourgoing, il eut un fils, qui hérita de son titre et fut, sous le second Empire, chambellan et membre du Corps législatif.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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02.26.08

MARECHAL VICTOR (1764-1841)

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Maréchal Claude-Victor Perrin dit Victor (1764-1841), alors Lieutenant-colonel Du 5e bataillon du Rhône en 1792

Nous sommes redevable au courage du 8e bataillon de grenadiers et au sang-froid du général de brigade Victor d’être sortis à si bon marché de ce combat inégal. [lors de la 1ère campagne d'Italie]

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal VICTOR (Claude-Victor PERRIN, dit), duc de Bellune, maréchal et pair de France, né à La Marche (Vosges) en 1764, mort à Paris en 1841. Entré au service comme tambour à l’âge de dix-sept ans, il servit dans le 4e régiment d’artillerie et obtint son congé en 1789. Il se fixa à Valence, y fit du commerce et se maria ; mais, après la déclaration de la patrie en danger, il vola aux frontières en avec le 3e bataillon de la Drôme. De simple volontaire, il s’éleva en peu de mois au grade de chef de bataillon, par la valeur qu’il déploya dans la première campagne d’Italie. Sa conduite au siège de Toulon le fit nommer général de brigade par les représentants du peuple (30 frimaire an II). Il se distingua ensuite à l’armée des Pvrénées-Orientales (1793-1795), à celle d’Italie, sous Schérer et Bonaparte, à la capitulation de Provera, au combat de La Favorite, reçut le brevet de général de division, seconda les opérations de Lannes sur Rome, occupa Faenza, et Forli, et surprit Ancône (1797). Ayant reçu le commandement de Nantes, il demanda d’être employé activement dans l’armée d’Angleterre, qui s’organisait alors. Il écrivait, à ce sujet, au Directoire : « Rester dans l’intérieur pendant que le canon républicain va se faire entendre sur la Tamise est une fonction que je ne puis exercer. » Rappelé, en effet, à l’armée d’Italie, il prit part-à la malheureuse campagne de 1798 sous Joubert et Moreau. L’année suivante, à Marengo, il commanda l’avant-garde pendant les trois journées de cette mémorable bataille et passa immédiatement après à l’armée gallo-batave. Nommé ambassadeur en Danemark en 1805, il commanda successivement le 10e et le 1er corps dans la campagne de Prusse (1806-1807), détermina, à la tète de ses troupes, le succès de la bataille de Friedland et en fut récompensé par le bâton de maréchal et le gouvernement de Berlin. De nouveaux lauriers l’attendaient en Espagne : il y gagna, avec le 1er corps, les batailles d’Uclès et de Medellin (1809). Les champs de la Russie et de la Saxe, en 1812 et 1813, furent aussi témoins de sa valeur. Dans la campagne de 1814, il disputa aux Russes l’entrée des Vosges, chassa l’ennemi de Saint-Dizier et emporta le village de Brienne à la baïonnette. Napoléon ayant abdiqué, Victor offrit ses services à Louis XVIII, qui lui confia le commandement de la 2e division militaire et l’éleva à la pairie. Fidèle à son nouveau souverain, il l’accompagna à Gand, rentra avec lui, devint président de la fameuse commission chargée d’examiner la conduite des officiers qui avaient servi pendant les Cent-Jours et se fit, dans ces fonctions, l’organe des rancunes des ultra-royalistes. Nommé au ministère de la guerre en 1821, il montra plus de zèle que de capacité administrative dans l’organisation de l’armée d’Espagne (1823), et il perdit son portefeuille à l’occasion des marchés Ouvrard. Major général de la garde royale à l’époque de la Révolution de 1830 il ne se rallia point au nouveau gouvernement ; il lui fit même une opposition sourde. On le désignait comme l’un des membres d’un gouvernement provisoire légitimiste, et c’est grâce a l’amitié du maréchal Soult qu’il dut de ne pas être compris dans les poursuites dirigées à ce sujet contre Chateaubriand, M. Hyde de Neuville et autres. Ses-dernières années s’écoulèrent dans la retraite. Elles furent troublées pourtant par un incident assez curieux. Alexandre Dumas, dans sa Notice sur La jeunesse de Napoléon, avait avancé, sur le témoignage de personnes dignes de foi, que le duc de Bellune avait été à Valence, en 1790, épicier et ménétrier. Les journaux répandirent cette révélation, comme un châtiment infligé à l’ancien roturier, aujourd’hui champion du droit divin. Le maréchal essaya de se défendre, mais ses explications ne servirent qu’à donner de la consistance au bruit répandu. Il menaça Alexandre Dumas d’un procès en diffamation ; celui-ci défendit son dire, et le procès n’eut point lieu.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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02.25.08

MARECHAL SOULT (1769-1851)

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Maréchal Jean de Dieu Soult (1769-1851), duc de Dalmatie

Soult est un homme tout à fait supérieur mais trop ambitieux.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal SOULT ( Nicolas-Jean-de-Dieu), duc de Dalmatie, maréchal et pair de France, ministre, né à Saint-Amans-la-Bastide (Tarn) le 29 mars 1769, mort au même lieu le 26 novembre 1851. Fils d’un notaire, selon les uns, d’un cultivateur, selon d’autres, il reçut une instruction très incomplète et s’engagea à seize ans (1785) dans le régiment de Royal-infanterie. Soult n’était que caporal lorsque éclata la Révolution. Sous-officier en il fut successivement élu par les volontaires du 1er bataillon du Bas-Rhin sous-lieutenant en 1791, adjudant-major en 1792 et capitaine en 1793. A cette époque, il se fit remarquer par son sang-froid et sa bravoure au combat d’Uberfelsheim, à la prise d’un camp retranché dans les Vosges, et dans un manifeste qu’il adressa, en juillet 1793, aux habitants de Leimen, dans le grand-duché de Bade, il les invita à « défendre la France contre l’insurrection des aristocrates, à opposer un rempart impénétrable à ces hommes insolents qui voudraient renverser le système heureux de l’égalité sociale établi sur les droits de l’humanité. » A la fin de 1793, Soult passa à l’état-major de Hoche, à l’armée de la Moselle, coopéra à la prise du camp de Marsthal et à la reprise des lignes de Wissembourg, fut nommé chef de bataillon le 5 avril 1794, chef de brigade adjudant général le 14 mai suivant, combattit à Arlon, au siège de Fort-Louis, puis passa à l’armée de Sambre-et-Meuse comme chef d’état-major. Sa brillante conduite à la bataille de Fleurus lui valut le grade de général de brigade (11 octobre 1794). Après avoir assisté au siège de Luxembourg, Soult commanda une brigade de la division Lefebvre, fut mis à l’avant-garde et montra autant d’habileté
que de vigueur à Altenkirchen (1796), pendant la retraite de l’armée de Sambre-et-Meuse sur le Rhin, à Wildendorf et à Friedberg. En 1797, il battit près de Steinberg le général Elnitz. Deux ans plus tard, envoyé à l’armée du Danube, Soult remplaça Lefebvre à la tète de sa division, se conduisit héroïquement à Stockach, sauva l’armée d’un désastre pendant la retraite et fut promu général de division (21 avril 1799). Pendant la campagne d’Helvétie, il seconda puissamment Masséna, contribua beaucoup à la victoire de Zurich (25 septembre), puis passa à l’armée d’Italie (15 décembre), partagea avec Masséna la difficile mission de défendre Gènes et tomba blessé au pouvoir des Autrichiens, à la bataille meurtrière de Monte-Cretto (13 mai 1800). Rendu à la liberté après la victoire de Marengo, il commanda en Piémont, parvint à soumettre et à organiser les barbets, puis commanda les troupes chargées d’occuper la presqu’île d’Otrante (1801). En 1802, il reçut le commandement de la garde des consuls, avec la qualité de colonel général, puis celui du camp de Saint-Omer et, oubliant qu’il avait été républicain, il écrivit au premier consul Bonaparte pour l’engager « à mettre le sceau à ses sublimes institutions, en plaçant majestueusement sa famille chérie au faite de l’édifice pour fixer à jamais les regards des citoyens vertueux. » Cet acte de plate adulation, aussi bien que ses talents militaires, lui valut de faire partie de la première promotion de maréchaux (19 mai 1804). Soult n’avait alors que trente-cinq ans. En même temps, il fut nommé grand officier de la Légion d’honneur et chef d’une des cohortes de cet ordre. L’année suivante, la guerre ayant de nouveau éclaté, Soult reçut le commandement du 4e corps. Après avoir battu l’ennemi à Landsberg, à Memmingen, à Hollabrunn, il dirigea avec une telle précision l’aile droite de l’armée à Austerlitz que Napoléon lui dit, après la victoire : « Maréchal, vous êtes le premier manœuvrier de l’Europe. » II devint peu après gouverneur de Vienne. Dans la guerre de Prusse et de Pologne, Soult contribua à la victoire d’Iéna (14 octobre 1806), battit Kalckreuth à Guessen le lendemain, forma le blocus de Magdebourg, prit Lubeck (6 novembre), combattit à Pultusk, à Eylau, à Heilsberg, a la tête du 4e corps, et s’empara deKœnigsberg le 16 juin 1807. Napoléon lui donna le titre de duc de Dalmatie après la paix de Tilsit. Envoyé en Espagne en 1808, avec le commandement du centre de l’armée, il gagna la bataille de Gamonal (10 novembre), entra dans Burgos, poursuivit le général John Moore l’épée dans les reins jusqu’à La Corogne, qui tomba en son pouvoir, ainsi que Santander et Le Ferrol, poussa une pointe rapide en Portugal, battit l’ennemi à Braga et se rendit maître d’Oporto (29 mars 1809) ; mais il n’osa s’aventurer plus loin dans un pays soulevé et où Wellington allait lui opposer des forces infiniment supérieures. Il est constaté aujourd’hui, par les documents les plus irrécusables, que le maréchal Soult, pendant son séjour à Oporto, songea sérieusement à se faire proclamer roi de la’ Lusitanie septentrionale. Ces velléités ambitieuses étaient secondées par les habitants et par l’entourage du maréchal. Elles parvinrent aux oreilles de Napoléon, qui dissimula son mécontentement. Il fallut d’ailleurs y renoncer et évacuer la ville (12 mai 1809) à l’approche de Wellington, en abandonnant l’artillerie et les équipages. Revenu, dans la Galice, le duc de Dalmatie débloqua Lugo et dispersa les bandes de La Romana ; mais sa mésintelligence avec Ney fit perdre la Galice. A la fin de 1809, Soult remplaça Jourdan comme major général de l’armée d’Espagne. Il releva les affaires du roi Joseph par l’éclatante victoire d’Ocana (12 novembre), envahit l’Andalousie l’année suivante, fut nommé général en chef de l’armée du Midi et força, par une suite de combats heureux, Séville, Olivenca et Badajoz (11 mars 1811) à se rendre. Après avoir éprouvé un échec à Albaherra (16 mai 1811), il eut avec le roi Joseph de nombreux démêlés qui eurent une influence désastreuse sur les affaires. Soult avait mis le siège devant Cadix, qu’il allait emporter, lorsque la défaite de l’armée de Portugal aux Arapiles et l’évacuation de Madrid par le roi Joseph l’obligèrent à se replier (25 août 1812). Sa retraite vers les Pyrénées fut admirable. Rappelé alors à Paris, il fit, en 1813, la campagne de Saxe à la tête du 4e corps ; mais Napoléon le renvoya en Espagne après la désastreuse bataille de Vittoria, pour rassembler les débris de l’armée devant Bayonne. Soult, en présence de forces quadruples, ne pouvait que faire une honorable retraite. Il la fit lente, défendant avec opiniâtreté toutes nos places frontières ; acculé enfin sur Toulouse, il livra là un combat mémorable, où 25.000 Français tinrent tête à 100.000 Anglo-Espagnols, commandés par Wellington (mars 1814). Après l’abdication de Fontainebleau, il se rallia avec un écœurant enthousiasme au gouvernement de Louis XVIII, qui lui donna le commandement de la 13e division militaire, puis le portefeuille de la guerre (3 décembre 1814). Le maréchal se fit remarquer parmi les plus fougueux royalistes. C’est lui qui provoqua l’érection d’un monument aux mânes des émigrés tués à Quiberon. Au début des Cent-Jours, lorsqu’il apprit que Napoléon venait de débarquer à Golfe-Juan, le duc de Dalmatie lança une proclamation dans laquelle il qualifia Buonaparte d’usurpateur et d’aventurier (8 mars 1815) ; néanmoins, Louis XVIII lui retira le portefeuille de la guerre (11 mars). Bonaparte, qui avait besoin de lui, oublia cette proclamation et le nomma pair de France et major général de l’armée. Soult, toujours prêt à toute palinodie, publia, à l’ouverture de la campagne de 1815, un ordre du jour plein d’invectives contre les Bourbons. Il se battit à Fleurus et à Waterloo avec son courage et son talent ordinaires ; mais, comme major-général il montra fort peu de capacité. Après Waterloo, il alla rallier à Laon les débris de l’armée, puis se rendit à Paris, où il assista au conseil de guerre qui examina la question de savoir si Paris devait se défendre. Après la capitulation de cette ville (3 juillet 1815), Soult se retira à Saint-Amans, et, pour rentrer en grâce auprès de Louis XVIII, il publia un mémoire dans lequel, parlant de Napoléon, il disait : « L’armée entière sait bien que je n’eus jamais qu’à me plaindre de cet homme et que nul ne le détesta plus franchement que moi. » Malgré ses protestations de dévouement aux Bourbons, il fut compris dans la liste des bannis (12 janvier 1816) et se retira dans le duché de Berg, où il resta trois ans. L’ordonnance du 26 mai 1819 lui permit de revenir en France. Au commencement de 1820, Louis XVIII lui rendit le bâton de maréchal de France et lui fit donner une gratification de 200.000 francs. Charles X, à l’occasion de son sacre, lui accorda le collier de ses ordres (1825), puis l’appela à siéger à la Chambre des pairs. Le duc de Dalmatie s’y montra le partisan aveugle du gouvernement, l’adversaire déclaré de toutes les libertés publiques. Comme il était alors nécessaire, pour être bien en cour, de se montrer tout confit en religion, Soult se mit à accomplir ses devoirs religieux avec une ferveur édifiante. Toute la capitale put le voir suivant dévotement les processions un cierge à la main. La Révolution de 1830 devait le trouver debout pour saluer le nouveau règne. Il s’empressa d’acclamer Louis-Philippe, qui lui donna le portefeuille de la guerre, s’occupa alors de réorganiser l’armée, de mettre les places fortes sur pied de guerre et alla comprimer, en novembre 1831, des troubles qui avaient éclaté à Lyon. Lors du remaniement du ministère, le 10 octobre 1832, il reçut la présidence du conseil, mais il n’y remplit en réalité, qu’un rôle très secondaire, étant en politique d’une profonde nullité ; l’influence qu’y exerçait M. Thiers, comme ministre de l’intérieur, irritait vivement le vieux maréchal, qui exprima fréquemment d’une façon brutale son dépit de se voir dominé malgré lui par son jeune collègue. Le 18 juillet 1834, Soult dut quitter le ministère et la présidence du conseil, qui fut donnée au maréchal Gérard. Chargé par Louis-Philippe d’aller représenter la France au couronnement de la reine Victoria (25 ayril 1838), il fut l’objet, de la part du peuple anglais, d’une véritable ovation. Le 12 mai de l’année suivante, il revint au pouvoir comme ministre des affaires étrangères et président du conseil ; mais le rejet de la dotation qu’il avait proposé d’allouer au duc de Nemours amena sa chute et son remplacement par le cabinet du 1er mars 1840, formé par M. Thiers. La guerre semblait imminente lorsque Louis- Philippe, qui tenait à conserver la paix et qui voulait se couvrir par une haute célébrité militaire, accepta la démission du cabinet Thiers et chargea Guizot de former un nouveau ministère (29 octobre 1840), dans lequel le duc de Dalmatie eut la présidence du conseil et le portefeuille de la guerre. Comme on sait, M. Guizot fut le ministre dirigeant, et le maréchal ne joua qu’un rôle très secondaire. Par raison de santé, il se démit de son portefeuille (11 novembre 1845), puis de la présidence du conseil (10 septembre 1847). Il reçut alors le vain titre de maréchal général, qu’avaient porté Turenne et Villars et, en dernier lieu, Maurice de Saxe. Il se retira peu après dans son magnifique château de Soultberg, à Saint-Amans, ou il s’éteignit quelques jours avant que Louis-Napoléon Bonaparte fît son coup d’Etat. Sa statue, en marbre blanc, exécutée par Pradier, fut placée en 1852 au musée de Versailles. Soult était un vaillant soldat, un général plein de sang-froid, de coup d’œil et d’un mérite supérieur ; mais le caractère en lui était loin d’être à la hauteur des capacités militaires. Il fut le plat adulateur de tous les pouvoirs et ne sut conserver ni tact ni mesure dans ses palinodies. Esprit étroit, entêté, ayant de lui-même l’opinion la plus haute, il ne sut jamais corriger l’insuffisance de son éducation première, et il lui arriva fréquemment d’émailler les discours qu’il prononçait à la tribune de cuirs devenus légendaires. Mal à l’aise en face des esprits lettrés et supérieurs, il ne se faisait aucun scrupule de les froisser par la brutalité de son langage. C’était, en outre, un, homme avide et qui trouva le moyen de faire une grande fortune. Lorsqu’il fut question, en 1832, de supprimer le cumul des gros traitements et de lui enlever celui de maréchal, qu’il cumulait avec celui de ministre, il déclara nettement qu’on ne le lui enlèverait qu’avec la vie. Pendant son séjour en Espagne il s’était emparé de tableaux du plus grand prix, qu’il envoya, non au musée du Louvre, mais à son château de Soultberg. Après sa mort, on vendit à Paris sa galerie de tableaux, comprenant des Ribeira, des Murillo, des Zurbaran, des Alonso Cano, etc. Cette vente, qui eut lieu les 19, 21 et. 23 mai 1852, produisit une somme de 1.467.351 francs. Un seul tableau, la grande Conception de la Vierge, par Murillo, fut acheté par l’Etat pour le musée du Louvre au prix de 586.000 francs. Le duc de Dalmatie a laissé des Mémoires, dont une partie seulement a été publiée par son fils (Paris, 1854, 3 vol. in-8°). Il avait épousé uns Allemande, qui, vers la fin de sa vie, se convertit au catholicisme et qui mourut également à Soultberg, âgée de quatre-vingt-un ans, en 1852. Elle avait donné au maréchal un fils, Napoléon-Hector, et une fille , Hortense, qui épousa le marquis de Mornay.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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MARECHAL SERURIER (1742-1819)

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Maréchal Jean-Matthieu-Philibert Sérurier (1742-1819)

Sérurier avait conservé toutes les formes et la rigidité d’un major. Il était fort sévère sur la discipline et passait pour un aristocrate… Il était brave, intrépide de sa personne, mais pas heureux. Il avait moins d’allant que les précédents [généraux Masséna et Augereau], mais il les dépassait par la moralité de son caractère et la sagesse de ses opinions politiques.

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal SERURIER (Jean-Matthieu-Philibert, comte), maréchal de France, né à Laon le 8 septembre 1742, mort à Paris le 21 décembre 1819. Sop père, qui était attaché comme officier à la maison du roi, lui fit donner, lorsqu’il n’avait que treize ans, un brevet de lieutenant. Pendant la campagne de Hanovre, en 1760, Sérurier eut la mâchoire fracassée. Il fit ensuite les campagnes de Pologne (1762), de Corsa (176 8) et ne reçut le grade de major qu’en 1789. A partir de ce moment, son avancement fut rapide. Promu colonel en 1792, il fut envoyé à l’armée du Var ; mais à la suite d’une dénonciation on le raya des cadres. Au lieu d’émigrer, Sérurier demanda à servir comme soldat et peu après il était réintégré à la tête de son régiment. Sa brillante conduite à l’affaire d’Utello février 1793) lui valut le grade de général de brigade. Promu général de division en 1795, il contribua, le 23 novembre de la même année, à la défaite des Autrichiens à Loano, se distingua successivement en 1796 à Batifolo, Nocetto, Saint-Michel, prit une part des plus actives au succès des batailles de Mondovi et de Castiglione, continua le siège de Mantoue, qui capitula en février et, après avoir assisté à la bataille du Tagliamento, il s’empara de Gorizia. Ce fut lui que, après la signature des préliminaires de paix de Léoben, Bonaparte envoya à Paris pour porter au Directoire vingt-deux drapeaux pris à l’ennemi. A son retour en Italie, Sérurier reçut le gouvernement de Venise. En 1798, il exerça un commandement sous les ordres de Joubert, puis passa à l’armée, de Schérer et donna de nouvelles preuves de courage pendant la campagne, qui fut désastreuse pour nos armes. Schérer venait d’être remplacé par Moreau lorsque les Russes, sous les ordres de Souvarov attaquèrent l’armée. Sérurier, cerné par 17.000 hommes dans la village de Verderio (27 avril 1799), combattit toute la journée, épuisa complètement ses munitions et se vit contraint de capituler le lendemain. Remis en liberté sur parole peu de temps après, il revint à Paris, aida activement Bonaparte à perpétrer le coup d’Etat du 18 brumaire et fut nommé sénateur le 24 décembre suivant. Gouverneur des Invalides et maréchal de France en 1804, grand-cordon de la Légion d’honneur en 1805, comte en 1808, commandant de la garde nationale parisienne en 1809, il ne fit aucune campagne sous l’Empire. Lors de l’arrivée des armées alliées à Paris en 1814, il fit brûler dans la cour des Invalides, le 30 mars, 1.417 drapeaux et étendards pris sur l’ennemi, adhéra à la déchéance de Napoléon. Lorsque l’Empereur revint de l’Île d’Elbe, le maréchal Sérurier lui présenta une adresse de dévouement qu’il signa avec les invalides. Destitué au début de la seconde Restauration, il vécut jusqu’à sa mort dans la retraite. Son désintéressement lui avait valu en 1798 le singulier surnom de Vierge d’Italie. Sa statue en bronzé a été érigée à Laon en 1864.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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MARECHAL PERIGNON (1754-1818)

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Maréchal Dominique-Catherine Pérignon (1754-1818), alors Lieutenant-colonel dans la légion des Pyrénées en 1792

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal PERIGNON (Dominique-Catherine, comte, puis marquis DE), maréchal et pair de France, né à Grenade, près de Toulouse, en 1754, mort en 1818. Il était, avant la Révolution, sous-lieutenant et aide de camp du comte de Preissac. Nommé député à l’Assemblée législative (1791), il donna sa démission l’année suivante, pour passer à l’armée des Pyrénées-Orientales, où, devenu bientôt général de division (23 décembre 1793), il sauva Perpignan, fut vainqueur à La Jonquière, prit Bellegarde et, après la bataille de la Montagne-Noire, il succéda à Dugommier dans le commandement en chef (18 novembre 1794). Peu après, il battait complètement les Espagnols à Escola. La prise de Rosés (1795), obtenue à la suite de travaux gigantesques, est son plus beau titre militaire. Il y montra une fermeté d’âme, une audace, un sang-froid, un courage qui firent l’admiration de l’armée. Après la paix de Bale, il reçut le commandement des armées des côtes de Brest et des côtes de Cherbourg, devint peu après membre du conseil des Cinq-Cents, refusa le portefeuille de la guerre, mais accepta du Directoire l’ambassade d’Espagne, pour cimenter la paix à laquelle il venait de contribuer, et négocia habilement le traité de Saint-Ildefonse entre l’Espagne et la France. De retour en 1798, il prit part à la malheureuse bataille de Novi, y fut blessé et fait prisonnier par les Russes. Napoléon le comprit dans la première promotion de maréchaux (1804), lui confia le gouvernement de Parme et de Plaisance (1806), le commandement en chef des troupes françaises à Naples (1808-1814) et le nomma comte. Rallié aux Bourbons en 1814 et nommé alors pair de France, il leur resta fidèle pendant les Cent-Jours et fut mis à la tête de la 1re division militaire en 1816. Louis XVIII lui conféra, l’année suivante, le titre de marquis. Son fils, François-Henri, marquis de Pérignon, né à Montech (Tarn-et-Garonne) en mort en 1841, fut aide de camp de Murat, qu’il accompagna dans la campagne de Russie, devint pair de France après la mort de son père et donna sa démission après la Révolution de Juillet.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)

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02.24.08

MARECHAL NEY (1769-1815)

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Maréchal Michel Ney (1769-1815), duc d’Elchingen, Prince de la Moskowa

Il est aussi faible qu’il est brave et son excessive ambition donne prise sur lui. Ney est le plus brave des hommes, mais là se bornent toutes ses facultés.

Il y avait en lui une disposition ingrate et factieuse et, si je devais mourir de la main d’un maréchal, il y a à parier que ce serait de la sienne

(Napoléon Bonaparte)

Maréchal NEY (Michel), duc d’Elchingen, prince de la Moskowa, né à Sarrelouis le 10 janvier 1769, fusillé à Paris le 7 décembre 1815. Son père, ancien soldat devenu tonnelier, l’envoya pendant quelque temps au collège des Augustins, puis le fit entrer, àl’âge de treize ans, comme petit clerc chez un notaire. Michel Ney fut ensuite employé aux écritures du parquet, puis dans les bureaux de la compagnie des mines d’Apenweiler. Cette existence monotone et sédentaire était profondément antipathique au caractère ardent du jeune homme. Fatigué de son inaction, il se rendit à Metz et s’enrôla, le 6 décembre 1788, dans un régiment de hussards. Ney avait trouvé sa voie. Il se fit aussitôt remarquer par sa rare aptitude au métier des armes et franchit assez rapidement les grades subalternes. Mais enfant du peuple, il était par cela même condamné à végéter, lorsque la Révolution, qui vint replacer l’ordre social sur sa véritable base, lui fournit l’occasion de révéler ses grandes qualités comme homme de guerre et d’arriver par de rapides étapes au grade le plus élevé de l’armée. Brigadier-fourrier en 1791, maréchal des logis en 1792, Michel Ney prit part à la campagne de 1792 dans l’armée du Nord et fut nommé lieutenant le 5 novembre de la même année. Successivement aide de camp du général Lamarche et du général Colaud (1793), il assista aux combats de Nerwinde, de Louvain , de Valenciennes, de Grandpré, devint capitaine en 1794, et fut chargé par Kléber, frappe de son énergie et de sa froide intrépidité, de harceler les Autrichiens, à la tête d’un petit corps de 500 hommes. L’habileté et l’ardeur dont il fit preuve dans cette guerre de partisans lui valurent le surnom d’Infatigable et le grade de chef d’escadron (septembre 1794). Nommé chef de brigade le mois suivant pour sa conduite à la bataille d’Aldenhoven, il concourut, en novembre, au siège et à la prise de Maëstricht, puis il alla prendre part au siège de Mayence, où il fut grièvement blessé. En 1795, Ney rejoignit l’armée de Sambre-et-Meuse, donna de nouvelles preuves de sa valeur à la prise d’Altenkirchen, aux combats de Lahn, d’Obermel, de Friedberg, de Dierdorff, de Mont-Thabor, enleva la citadelle de Wurtzbourg (15 juillet 1796), où il fit 2.000 prisonniers, et, après avoir forcé, à la suite de plusieurs combats, le passage de la Rednitz, battit l’ennemi sous les murs de Forzheim, dont il s’empara (8 août 1796). Ce jour même, Ney fut promu général de brigade. Pendant cette campagne, il s’était montré aussi humain après la victoire que redoutable pendant le combat. Il avait sauvé la vie à un grand nombre d’émigrés, faits prisonniers en combattant les soldats de la France. Mis en 1797 à la tête d’un corps de hussards, Ney contribua par des charges brillantes à la défaite des Autrichiens à Neuwied (17 avril) et à Dierdoff. Le 22 avril, il poursuivait l’ennemi à Giëssen lorsque, ayant eu son cheval tué sous lui, il fut entouré par un gros de cavaliers, se défendit avec le tronçon de son sabre et fut fait prisonnier. Mais presque aussitôt, à la suite d’un échange, il revint prendre son commandement sous les ordres de Hoche. La signature des préliminaires de paix de Léoben, suivie du traité de Campo-Formio (14 mars 1798), mit alors fin à la guerre, qui ne tarda pas à recommencer. Envoyé à l’armée que commandait Bernadotte, Ney se signala dès le début de la campagne par un trait d’une rare audace. Ayant reçu l’ordre de s’emparer de Manheim, il s’introduisit furtivement dans la place avec 150 hommes déterminés et s’en rendit maître. Cette action d’éclat lui valut le grade de général de division (28 mars 1799). Il passa alors à l’armée du Danube sous les ordres de Masséna, et se distingua à Fraenfelde, à Altikow et a Wintherthur, où il lutta ayec 3.000 hommes contre 16.000 Autrichiens et reçut deux blessures. A peine guéri, il passa à l’armée du Rhin pour y commander l’avant-garde, s’empara de Heilbroon, de Laufen, battit l’ennemi à Wisloch, à Hochheim, s’avança jusqu’à Ludwigsburg, puis se replia devant des forces d’une supériorité écrasante et reçut deux nouvelles blessures devant Manheim. Investi du commandement provisoire de l’armée du Rhin, Ney fit une attaque sur toute la ligne pour empêcher l’archiduc Charles d’opérer sa jonction avec Souvarov, ce qui permit à Masséna de battre complètement les Austro-Russes à Zurich. Il se porta ensuite sur le Neckar, et, après divers succès, il remit le commandement en chef au général Lecourbe. Sous les ordres de ce général, il fit le plus grand mal à l’ennemi en se livrant à une incessante guerre d’avant-poste. Ce fut sur ces entrefaites que Bonaparte, revenant d’Egypte, mit à exécution ses projets ambitieux, enraya la marche pacifique de la Révolution et fit le coup d’Etat du 18 brumaire qui, en établissant un despotisme sans frein, devait influer d’une façon si désastreuse sur les destinées de la France. Ney, qui devait tout à la Révolution, était à cette époque républicain, comme la plupart des généraux. L’attentat du 18 brumaire lui causa un vif déplaisir. Il fit part, dit-on, de son mécontentement et de ses craintes à Bernadotte et à Lefebvre, qui le calmèrent. Du reste Ney, d’une étonnante audace, d’un rare sang-froid sur le champ de bataille, était incertain, irrésolu lorsqu’il se trouvait en face d’une politique complexe, et très prompt à se laisser entraîner, comme il le prouva plus tard. Bien que mécontent, il fit acte d’adhésion au nouveau régime et continua à servir dans les armées du Rhin et du Danube, réunies sous les ordres supérieurs de Moreau. Comme toujours, il se montra un héroïque soldat à Engen, à Moskirch, à Hochstaedt (18 juin 1800), à Ingolstadt, à Wasserburg et à Hohenlinden (3 décembre) ; il contribua puissamment au succès de cette mémorable bataille qui, avec la bataille de Marengo, força l’ennemi à signer la paix de Lunéville (9 février 1801). A Hohenlinden, Ney s’était emparé, par un mouvement rapide et par une attaque impétueuse, de dix pièces de canon et de 10.000 prisonniers. Après la signature de la paix, Ney se rendit à Paris, où le premier consul s’efforça de l’attacher à sa fortune et lui fit épouser une amie intime d’Hortense de Beauharnais, Mlle Louise Auguié de Lascans. A l’occasion de ce mariage, qui fut célébré au château de Grignon (juillet 1802), Bonaparte fit don au général d’un magnifique sabre égyptien, qui en 1815 devait trahir la présence de Ney dans le lieu où il s’était caché et amener son arrestation. Trois mois plus tard, Ney était envoyé comme ministre plénipotentiaire en Suisse pour proposer au sénat de Berne de mettre la république helvétique sous la protection de la France. Après avoir forcé le général Brackman à licencier ses troupes, il eut des conférences avec les députés des cantons et les détermina à se rendre à Paris pour y signer l’acte de médiation (19 février 1803). Rappelé au mois d’octobre suivant, après la rupture des relations diplomatiques avec l’Angleterre, il reçut, le 28 décembre, le commandement en chef du 6e corps de l’armée que Bonaparte rassemblait sur la côte de la Manche pour opérer une descente en Angleterre. Après la proclamation de l’Empire, Ney se vit combler d’honneurs. Nommé maréchal de France (19 mai 1804), il reçut peu après le grand cordon de la Légion d’honneur et le titre de chef de la 7e cohorte. La guerre avec l’Autriche, coalisée avec l’Angleterre et la Russie, ayant éclaté en 1805, le maréchal Ney franchit le Rhin, à la tête du ea corps, occupa, après une marche rapide, les défilés du Danube, battit l’archiduc Ferdinand à Guntzbourg (9 octobre), et, chargé d’enlever les formidables positions d’Elchingen, défendues par 15.000 hommes et quarante pièces de canon, culbuta l’ennemi, le précipita du plateau et le rejeta dans la place d’Ulm, qui dut capituler le 20 octobre. Pendant que, après la prise de cette place, Napoléon marchait sur Vienne, Ney pénétrait dans le Tyrol avec 30.000 hommes, en chassait l’archiduc Jean, prenait Charnitz, Inspruck (7 novembre), Hall, où il s’emparait des arsenaux et des magasins de l’ennemi, et entrait dans la Carinthie au moment où la victoire d’Austerlitz forçait l’Autriche à signer là paix de Presbourg (26 décembre). La campagne de 1806 et de 1807 contre la Prusse et la Russie devaient mettre le comble à la réputation militaire du maréchal Ney. Toujours à la tête du 6e corps, il achève la défaite des Prussiens à Iéna (14 octobre 1806), s’empare, le 15, d’Erfurt, où il prend cent vingt pièces de canon et fait 14.000 prisonniers, puis fait le siège de Magdebourg, le boulevard de la Prusse, qui, en moins de vingt-quatre heures, capitule, lui livrant huit cents canons et 23.000 prisonniers (8 novembre). Après avoir chassé de Thorn les Prussiens mis en pleine déroute, il franchit la Vistule,bat l’ennemi àMlawa, puis près de Lauterbach, rejette Benningsen derrière la Prégel, dégage Bernadotte, attaqué par toute l’armée russe à Morhungen (25 janvier 1807), détruit tout un corps prussien à Deppen (5 février), et coupe la retraite des Russes à la sanglante bataille d’Eylau (8 février). Au combat de Guttstadt, Ney soutint, avec 14.000 combattants, les efforts de 70.000 Russes et de cent pièces de canon (1er mars). Après avoir battu l’ennemi à Spanden (6 juin), il dut, devant la supériorité du nombre, opérer sa retraite sur Allenbourg, ce qu’il fit avec un sang-froid et une habileté qu’on ne saurait trop louer. Quelques jours après, le 14, à Friedland, il jetait dans l’Alle l’aile gauche de l’ennemi, emportait la ville, défendue par la garde impériale russe, et décidait la victoire. Il venait de s’emparer d’Intersbourg, lorsque la paix de Tilsit vint mettre fin à la guerre. Son sang-froid, son audace devant le danger, les grands talents militaires dont il venait de donner tant de preuves lui firent décerner alors par l’armée le surnom de Brave des braves. Ses soldats, qui avaient en lui une confiance inaltérable, l’appelaient aussi, à causee de la couleur de ses Cheveux, le Lion rouge et Pierre le Rouge. Cette même année, Napoléon, dans son désir de reconstituer les institutions monarchiques, organisa une nouvelle noblesse, et Ney reçut le titre de duc d’Elchingen (19 mars 1808). Ney commençait à peine à se reposer des longues fatigues de ses dernières campagnes, lorsqu’il fut envoyé avec son 6e corps en Espagne. Après avoir pris Logrono (25 octobre 1808), Soria et empêché Wellington de faire sa jonction avec le général de La Romana, il entreprit de soumettre la Galice et les Asturies (1809), se vit harceler par les guérillas, battit La Romana à Penaflor, entra à Oviedo, le 19 mai, et fit éprouver à Wilson un grave échec à Banos (12 août). Envoyé en 1810 au Portugal, sous les ordres de Masséna, le duc d’Elchingen assiège et prend Ciudad-Rodrigo (10 juillet), livre le combat de Guarda (24 juillet), obtient la reddition d’Almeida, puis arrive avec le reste de l’armée sous les murs de Lisbonne, devant l’inexpugnable position de Villa-Franca. Après six mois d’une occupation inutile, l’armée, en proie à la disette, dut battre en retraite. Ney, dont le 6e corps se trouvait réduit à 6.000 hommes, fut chargé de soutenir à l’arrière-garde les efforts de l’armée anglo-portugaise, forte de 40.000 hommes. En cette circonstance, Ney fit preuve d’une connaissance profonde de l’art des retraites et excita par sa conduite l’admiration de l’ennemi qu’il tint constamment en échec et qui ne put l’entamer. A la suite du désordre arrivé au pont de Potz de Aronce, un vif dissentiment éclata entre Ney et Masséna au sujet de la marche que devait suivre l’armée. Le duc d’Elchingen refusa d’obéir à son chef et se vit soutenu par son corps. Il poussa si loin son esprit de rébellion, qui en plusieurs circonstances fut funeste à nos armes, que Masséna dut lui retirer son commandement, et, après une tentative de résistance, il dut céder et revenir en France. Lors de la déclaration de guerre à la Russie (22 juin 1812), Ney fut mis à la tête du 3e corps. Il battit l’ennemi à Lyadi (13 août), prit une part brillante à la prise de Smolensk où il fut atteint d’une balle au cou, et culbuta à Valentia trois corps d’armée russes. Lorsque Napoléon réunit un conseil de guerre pour décider s’il fallait passer l’hiver sur le Dnieper ou marcher immédiatement sur Moscou, Ney se prononça avec beaucoup de sagacité pour le premier avis, qui fut repoussé. Le 7 septembre, le duc d’Elchingen commanda le centre de l’armée à la bataille de la Moskowa et s’y conduisit avec tant d’éclat, que Napoléon le nomma prince de la Moskowa. Mais ce fut surtout pendant la désastreuse retraite qui suivit l’incendie de Moscou que Ney se surpassa lui-même. Chargé du commandement de l’arrière-garde (2 novembre), il maintint en échec les Cosaques, fut séparé du gros de l’armée à Krasnôe (18 novembre) où, n’ayant que 7.000 hommes, il fut attaqué par des forces énormes et gagna le Dnieper en laissant derrière lui des milliers d’hommes et de chevaux ensevelis sous la neige, mais en relevant sans cesse par ses paroles et par son exemple le courage abattu de ses soldats. Arrivé sur la rive droite du Dnieper, Ney trouva le pont de Doubrowna détruit. Comme ce fleuve n’était pas entièrement gelé, il lui fallut pour le franchir abandonner son artillerie et ses bagages. Harcelé de nouveau par les Cosaques de Platoff, il n’avait plus que 3.000 hommes lorsqu’il arriva à Orcha, où se trouvaient les débris de la grande armée. Peu après, au passage de la Bérézina, il rendit d’incomparables services en sauvant des milliers d’hommes. Au milieu des scènes de douleur et de mort qui se renouvelaient à chaque pas, il conservait une force d’âme, un sang-froid, une énergie inaltérables et, redevenu soldat, à pied, le fusil à la main, il faisait le coup de feu comme le dernier de ses soldats. Pendant que Napoléon, puis