septembre 1, 2007

JOSEPHINE, LES PREMIERS PAS D’UNE IMPERATRICE

Posted in Famille de Napoléon, Napoléon tagged , , , , , , , , , , , , , , , , at 7:50 par napoleonbonaparte

L’Impératrice Joséphine en tenue de sacre

Si je la fais impératrice, c’est par justice ! J’ai un coeur d’homme et je suis surtout un homme juste ; si j’avais été jeté dans une prison au lieu de monter sur le trône, elle aurait partagé mes malheurs. Il est juste qu’elle participe à ma grandeur.

(Napoléon Bonaparte)

C’est à Saint-Cloud, où Joséphine et Bonaparte résident depuis le 10 avril 1804, que se déroulent les différentes étapes qui mèneront à la création de l’Empire. Après avoir adopté le principe de l’hérédité et décidé de donner le titre d’empereur au général Bonaparte, puis après avoir discuté du sénatus-consulte sur la création de l’Empire, le Sénat, conduit par Cambacérès, se rend le 18 mai au palais afin de proclamer Napoléon empereur des Français. Sa harangue terminée, Cambacérès se tourne vers Joséphine qui s’entend donner pour la première fois le titre d’impératrice : « Nous venons de présenter à votre auguste époux le décret qui lui donne le titre d’Empereur, et qui, établissant dans sa famille le gouvernement héréditaire associe les races futures au bonheur de la génération présente. Il reste au Sénat un devoir très doux à remplir, celui d’offrir à Votre Majesté Impériale l’hommage de son respect et l’expression de la gratitude des Français. Oui, Madame, la renommée publie le bien que vous ne cessez de faire. Elle dit que toujours accessible aux malheureux, vous n’usez de votre crédit auprès du chef de l’Etat que pour soulager leur infortune ; et qu’au plaisir d’obliger, Votre Majesté ajoute la reconnaissance plus douce, et le bienfait le plus précieux. Cette disposition présage que le nom de l’Impératrice Joséphine sera le signal de la consolation et de l’espérance : et, comme les vertus de Napoléon serviront toujours d’exemple à ses successeurs pour leur apprendre à gouverner les Nations, à la mémoire vivante de votre bonté, apprendre à leurs augustes compagnes que le soin de sécher les larmes est le moyen le plus sûr de régner sur tous les cœurs. Le Sénat se félicite de saluer le premier Votre Majesté Impériale, et celui qui a l’honneur d’être son organe, ose espérer que vous daignerez le compter au nombre de vos plus fidèles serviteurs. » Naturellement superstitieuse, Joséphine ne peut s’empêcher de songer qu’elle venait d’être saluée du titre d’impératrice à l‘endroit même où le dernier des Valois, Henri III, avait été assassiné ; elle en restera longtemps affectée.

Première dame de France depuis le coup d’Etat de Brumaire, Joséphine s’était habituée peu à peu à ce rôle de représentation qu’elle allait assumer avec bonheur pendant deux lustres entiers. Déjà comme épouse du Premier Consul, elle avait pris l’habitude de recevoir les autorités partout où elle se rendait, fut-ce en cure à Plombières. Elle avait accompagné Bonaparte dans ses voyages à Lyon, en Normandie ou en Belgique et peu à peu elle avait franchi avec lui les étapes qui allaient les mener ensemble vers l’Empire. Les honneurs n’étaient donc pas nouveaux pour Joséphine et à ses qualités de tact, d’aménité et de bonté se joignait une très grande dignité dont elle ne départit jamais. La tâche fut moins aisée pour les nouveaux courtisans, mais ils s’y mirent peu à peu comme le général Thiébault, farouche républicain, qui se rappelle qu’il lui était « impossible d’employer le mot d’impératrice et celui de Majesté à propos de Joséphine, qui, malgré la transformation de son mari et sa communauté d’honneurs, restait pour moi Mme Bonaparte… Peu à peu, cependant, je me mis au ton du jour, et bientôt il n’y eut plus rien d’impérial que je ne trouvasse en Joséphine », allant même jusqu’à déclarer « On ne l’approchait qu’avec admiration ; on ne l’écoutait qu’avec délices ; on ne la quittait qu’enchanté d’elle et de ses manières ».

La proclamation de l’Empire à Saint-Cloud est aussitôt suivie de plusieurs cérémonies ; c’est tout d’abord une adresse faite le 27 mai par le Tribunat à l’Impératrice, puis le 9 juin la cour de Cassation la célèbre à son tour. C’est le lendemain, 10 juin, que Joséphine intervient pour tenter de sauver quelques uns des complices de Cadoudal qui viennent d’être condamnés à mort. Chacun dans la famille impériale ayant décidé d’obtenir la grâce d’une des victimes, la nouvelle impératrice se charge de M. de Rivière et des frères Polignac, Armand et Jules ; elle fait entrer les soeurs du premier et les parentes du second qui se jettent aux pieds de Napoléon ; sans attendre un instant, il leur fait grâce ainsi qu’à quatre autres condamnés, tous nobles, les autres subissant immédiatement leur supplice.

Dès qu’elle le peut, Joséphine accompagne l’Empereur dans ses déplacements, aussi ne manque-t-elle sous aucun prétexte le court voyage qu’il entreprend à Fontainebleau dans ce même mois de juin ; parti de Saint-Cloud dans la journée du 27, le couple impérial arrive à 23 heures dans l’antique cité des rois. Le lendemain, Napoléon inspecte d’abord l’Ecole Militaire, puis il chasse en forêt ; c’est lors de ce court séjour qu’il donne ses ordres pour rétablir le château afin d’y recevoir le Pape pour la fin novembre. Quittant le palais dès le 29, l’empereur et l’impératrice prennent la route de Melun vers le début de l’après-midi et s’en vont dîner chez Augereau en son château de la Houssaye-en-Brie. Cette visite d’un tout nouvel empereur à un nouveau maréchal d’Empire se termine tard dans la nuit, et tout le monde est rendu à l’aube à Malmaison.

Mais il s’agit là d’un simple voyage d’ordre privé, car la première apparition en public des nouveaux souverains n’a lieu que le 15 juillet lorsqu’ils se rendent le matin à Notre-Dame pour entendre la messe dite par le cardinal légat, messe suivie d’un Te Deum ; de là, ils vont directement aux Invalides pour assister à la cérémonie de prestation de serment des membres de la Légion d’honneur ; l’impératrice, accompagnée de ses dames, se tient dans une tribune drapée de soie bleue, faisant face au trône de l’empereur. Le soir, après avoir assisté au feu d’artifice tiré depuis le Pont Neuf, le couple impérial visite aux flambeaux les salles du musée Napoléon, notre actuel musée du Louvre.

Si l’empereur part pour le camp de Boulogne trois jours après le 18 juillet, l’impératrice quitte Saint-Cloud le 23 pour un long voyage de cent neuf jours dont elle ne rentrera que le 8 octobre. Ce premier voyage, qu’elle effectue en grande partie seule pour la première fois comme impératrice, revêt une grande importance aux yeux de l’empereur, même si le prétexte en est une cure aux eaux d’Aix-la-Chapelle. Il ne s’agit plus du déplacement d’une riche particulière, mais du voyage officiel de la plus puissante souveraine d’Europe : aussi rien ne doit être laissé au hasard, et les dépenses qu’il occasionne sont à la hauteur des visées politiques de l’empereur : on achète quarante-sept chevaux, huit voitures et nombre de schalls, tabatières ou bijoux à offrir en présent aux autorités locales. Afin que l’impératrice ne descende pas à l’auberge, l’empereur fait acquérir, avec ses meubles, la maison du conseiller de préfecture Jean-Frédéric Jacobi, l’un des plus beaux hôtels d’Aix qui est depuis l’été 1800 le chef-lieu du département français de la Roer. Plus de cinquante personnes accompagnent Joséphine, parmi lesquelles son premier écuyer, deux chambellans, la dame d’honneur entourée de trois dames du palais et le secrétaire des commandements. Devant un tel déploiement, les mauvaises langues ne peuvent s’empêcher de raconter qu’à peine formée, la nouvelle cour impériale se rend près des vieux murs du palais de Charlemagne afin de faire des répétitions de solennités et d’étiquette !

Le parcours semble bien long, car les entrées et les sorties de ville sont marquées par vingt-cinq coup de canon, généralement accompagnés de discours de bienvenue auxquels Joséphine répond selon les notes laissées par l’empereur; ses réponses sont encore plus gracieuses lorsque sa mémoire en défaut l’oblige à improviser ses remerciements. Après avoir couché le premier soir à Reims, la petite caravane passe la nuit suivante à Sedan et, rien n’ayant été préparé, trouve refuse pour le troisième soir dans une modeste auberge de Marche-en-Famenne, en Belgique, après être passé par des chemins quasi inexistants où il faut maintenir les voitures en équilibre avec des cordes! Enfin, après avoir traversé la Meuse par le bac, on arrive à Liège, chef lieu du département de l’Ourthe, au soir du 26 juillet où l’on couche à la préfecture. Mais le plus difficile reste à venir : la route de Liège à Aix n’est qu’une suite de précipices où chacun laisse quelque débris de sa voiture en passant ; aussi bouche-t-on de toute urgence avec du sable les trous dans lesquels s’engloutissent les roues des véhicules. Joséphine arrive enfin à Aix le 27 à cinq heures et demi du soir après cinq jours d’un voyage éprouvant, confiant à sa fille Hortense : « Tu sais le pénible voyage que j’ai fait ; je n’entreprendrai pas de t’en donner des anecdotes qui seraient trop longues à te raconter ». Elle s’installe aussitôt dans la maison que l’empereur avait acquise pour découvrir qu’elle est petite, laide et peu convenable pour de tels hôtes. Toujours soumise aux ordres de son époux, elle attend avec résignation l’autorisation de l’empereur pour accepter l’offre du préfet Méchin d’occuper l’hôtel de la préfecture ; elle va y résider pendant un mois et demi. La petite cour s’organise selon une étiquette encore balbutiante ; l’impératrice prend ses repas sont avec toutes les personnes qui l’accompagnent, y compris l’officier de gendarmerie commandant l’escorte dont le rôle est de fournir à l’empereur des rapports de police quotidiens ; ainsi la petite cour est-elle au complet, car il n’y manque pas même un espion !

Les bains sont le prétexte du voyage ; aussi l’impératrice ne manque-t-elle pas de s’y rendre et d’en prendre cinq en huit jours, précisant à Hortense « J’ignore encore l’effet que me produiront les eaux, qu’il faut prendre avec infiniment de prudence ». Sa femme de chambre, Mlle Avrillion, ne semble guère les apprécier « ce qui n’est pas agréable, c’est le résultat pour l’odorat des salutaires eaux qui font la fortune d’Aix-la-Chapelle. Les eaux thermales sont si abondantes qu’elles s’écoulent en ruisseaux brûlants exhalant une odeur sulfureuse ». Le 1er août, visitant le trésor de la cathédrale, on présente à Joséphine une petite boîte de vermeil appelée Noli me tangere accompagnée d’un manuscrit précisant qu’elle avait été ouverte pour la dernière fois en 1356 et qu’elle ne devait l’être à nouveau que lors d’une circonstance exceptionnelle ; la serrure qui avait résisté aux doigts courtisans des chanoines, s’ouvre alors comme par miracle sous ceux de l’impératrice. Mais il faut bien passer le temps, aussi décide-t-elle de visiter les vieux châteaux carolingiens des environs et d’autres autres fois une mine de charbon ou une manufacture d’épingles. La réputation de bonté de Joséphine lui fait un devoir de se rendre à l’Institut des Pauvres de la ville où elle fait montre de cette générosité habituelle que Napoléon fustigera dans un moment d’humeur à Sainte-Hélène et que relate Las Cases dans le Mémorial : « Elle donnait. Mais se serait-elle privée de quelque chose pour donner ? Non. Aurait-elle fait un sacrifice pour aider quelqu’un ? Voilà la vraie bonté. Elle donnait, mais elle puisait dans le sac ». Les soirées sont longues, aussi fait-on venir de Paris la troupe dirigée par l’auteur dramatique Picard qui joue devant elle une pièce nouvelle, la femme aux quarante-cinq ans, dont le sujet laissa un goût amer chez celle qui venait de passer la quarantaine… Mais la grande affaire du voyage reste la remise des croix de la Légion d’honneur destinées au département de la Roer par l’impératrice elle-même ; dans une sorte d’esquisse de ce que sera plus tard le couronnement, Joséphine revêt pour la première fois son manteau de cour accompagné d’une traîne de moire blanche brodée d’or, et la tête coiffée d’un superbe diadème en diamants, elle fait son entrée solennelle dans la cathédrale où vingt empereurs allemands avaient été couronnés. Assise sur un trône qu’on lui a préparé dans le chœur, elle remet les décorations aux nouveaux chevaliers venus s’incliner devant leur nouvelle souveraine.

Depuis son camp de Boulogne, Napoléon instruit Joséphine de ses projets d’invasion de l’Angleterre. Le ton des lettres qu’il lui adresse est celui d’un empereur à son épouse ; aussi s’exprime-t-il dans le langage des cours et toutes ses missives commencent invariablement par une formule très inhabituelle chez lui, « Madame et chère femme » ; parfois il les ponctue de mots piquants, la prévenant de sa future arrivée sur un ton mi sérieux mi badin : « Comme il serait possible que j’arrivasse de nuit, gare aux amoureux. Je serai fâché si cela les dérange. Mais l’on prend son bien partout où on le trouve ». De fait, Napoléon venant du camp de Boulogne, arrive à Aix-la-Chapelle dans l’après-midi du 2 septembre. Aussitôt la présence de l’empereur renforce cette étiquette que Joséphine tente toujours d’atténuer lorsqu’elle est seule, disant à qui veut l’entendre qu’elle est bonne pour les princesses nées sur le trône et habituées à la gêne qu’elle impose. Les cérémonies succèdent aux cérémonies et le 7 septembre, après un nouveau Te Deum célébré à la cathédrale, les chanoines lui offrent, malgré les réticences de l’empereur, un bijou connu sous le nom de talisman de Charlemagne, qui aurait été trouvé au cou de l’empereur carolingien lors de l’exhumation de son corps en 1166. Conservé par Joséphine comme un porte-bonheur, il passa à la reine Hortense, puis à Napoléon III dont la veuve, l’impératrice Eugénie, l’offrit à l’archevêque de Reims après l’incendie de la cathédrale. Joséphine doit soutenir ce train d’impératrice, se soumettre aux cérémonies en grand costume, même si parfois son écrin ne répond pas à la hauteur de sa situation ; elle en est même contrainte d’écrire le 8 septembre à Hortense : « Tu me feras plaisir, si tu ne portes pas tes diamants, de me les envoyer… Dis à Marguerite [son joaillier], dans le cas ou mon ajustement d’émeraudes serait prêt, de me l’envoyer par la même occasion ». Quittant Aix le 12, elle se rend à Cologne d’où elle remonte le Rhin en bateau, tandis que Napoléon prenant la voie terrestre, tous deux arrivent le même jour à Mayence, chef-lieu du département du Mont-Tonnerre. Ils y séjourneront treize jours, du 20 septembre au 2 octobre, habitant la Deutsches Haus, ancien palais du commandeur de l’ordre des chevaliers teutoniques, bâti le long du Rhin, mais jugé petit et malcommode pour de si puissants souverains ! Les princes allemands viennent faire leur cour à l’empereur ; on voit ainsi défiler les princes de Bade de Bavière, de Hesse-Darmstadt ou de Nassau. Pour soutenir ce train de vie somptueux, il faut posséder une garde-robe variée et donc coûteuse ; Elisabeth de Vaudey, l’un des dames du palais de l’impératrice, se rappelait que « Le matin, à 10 heures, on s’habille pour déjeuner ; à midi, on fait une autre toilette pour assister à des représentations ; souvent ces représentations se renouvellent à différentes heures et la toilette doit toujours être en rapport avec l’espèce de personnes présentées : en sorte qu’il nous est arrivé quelquefois de changer de toilette trois fois dans la matinée, une quatrième pour le dîner et une cinquième pour le bal. »

Mais le proche accouchement d’Hortense décide Joséphine à rentrer à Paris, et à laisser l’empereur continuer seul son voyage en Allemagne. Elle quitte Mayence le 2 octobre, faisant étape le soir à Saverne, à Nancy et à Châlons-sur-Marne avant d’arriver le 7 au matin à Paris, après avoir roulé toute la nuit. Elle rentre juste à temps pour assister aux couches de sa fille qui ont lieu le 11. A deux heures et demi de l’après-midi, Hortense donne naissance, dans son hôtel de la rue Cerutti, à son second fils Napoléon-Louis, faisant ainsi Joséphine grand-mère pour la deuxième fois, alors qu’elle-même tentait encore désespérément de donner un héritier à l’empereur à quarante ans passés!

Napoléon la rejoint le lendemain 12 octobre à Saint-Cloud ; l’empereur et l’impératrice partagent les mois d’octobre et de novembre entre les Tuileries et Saint-Cloud, tout aux préparatifs du prochain couronnement. C’est là où, se confiant à Roederer à propos des tensions entre Joséphine et la famille Bonaparte, il lui dit « Ma femme est une bonne femme qui ne leur fait point de mal. Elle se contente de faire un peu l’impératrice, d’avoir des diamants, de belles robes, les misères de son âge ! Je ne l’ai jamais aimée en aveugle. Si je l’ai faite impératrice, c’est par justice. Je suis surtout un homme juste. Si j’avais été jeté dans une prison au lieu de monter sur le trône, elle aurait partagé mes malheurs. Il est juste qu’elle participe à ma grandeur ». Mais il s’agit maintenant de recevoir dignement le Pie VII venu couronner Napoléon à Fontainebleau. Après une rapide remise en état, l’ordre de remeubler le vieux château est donné le 6 novembre et dès le 22, après avoir déployé des trésors d’imagination, tout est fin prêt. L’empereur, l’impératrice, les officiers et les dignitaires arrivent dans des appartements mal chauffés où flotte encore l’odeur de neuf et de peinture fraîche. C’est vraisemblablement au soir du 26 que Joséphine avoue en secret au Pape qu’elle n’est pas mariée religieusement ; elle s’interroge de savoir si son union n’existant pas devant Dieu, elle peut être couronnée par le souverain pontife. Atterré, Pie VII promet d’en parler à Napoléon, car pour lui pas de sacre sans mariage. Joséphine est soulagée ; à ses yeux cette bénédiction nuptiale éloigne définitivement l’ombre du divorce. Le retour aux Tuileries se fait au soir du 28 et le 1er décembre, veille du Sacre, le cardinal Fesch célèbre en secret aux Tuileries le mariage religieux de Napoléon et de Joséphine. Elle conservera toujours comme un véritable trésor le certificat établi le 27 décembre par Fesch, et jamais, quelques efforts que l’empereur ait pu faire pour le lui reprendre, elle ne consentit à s’en séparer.

Enfin le grand jour arriva. En ce 2 décembre, le temps était froid et brumeux. Joséphine est resplendissante et paraît selon les témoins plus jeune que son âge. Souriante et radieuse, elle était l’élégance et la majesté mêmes, et « jamais reine ne sut mieux trôner sans l’avoir appris ». Personne mieux que Mme Junot, la future duchesse d’Abrantès, n’a sur rendre le moment d’intense émotion qui passa entre ces deux êtres qui s’étaient élevés ensemble jusqu’au trône. Placée dans une travée du maître-autel, à l’étage supérieure, rien ne lui échappa : « Il [Napoléon] jouissait en regardant l’impératrice s’avancer vers lui et, lorsqu’elle s’agenouilla, lorsque les larmes, qu’elle ne pouvait retenir, roulèrent sur ses mains jointes qu’elle élevait bien plus vers lui que vers Dieu, dans ce moment où Napoléon, ou plutôt Bonaparte, était pour elle sa véritable providence, alors il y eut entre ces deux êtres une de ces minutes fugitives dans toute une vie et qui comblent le vide de bien des années. L’empereur mit une grâce parfaite à la moindre des actions qu’il devait faire pour accomplir la cérémonie. Mais ce fut surtout lorsqu’il s’agit de couronner l’impératrice. Cette action devait être accomplie par l’empereur, qui, après avoir reçu la petite couronne fermée et surmontée de la croix, qu’il faisait placer sur la tête de Joséphine, devait la poser sur sa propre tête, puis la mettre sur celle de l’impératrice. Il mit à ces deux mouvements une lenteur gracieuse qui était remarquable. Mais lorsqu’il fut au moment de couronner enfin celle qui était pour lui, selon un préjugé, son étoile heureuse, il fut coquet pour elle, si je puis dire ce mot. Il arrangeait cette petite couronne qui surmontait le diadème en diamants, la plaçait, la déplaçait, la remettait encore ; il semblait qu’il voulût lui promettre que cette couronne lui serait douce et légère ! ».

Hélas ! Cette couronne ne devait ni douce ni légère, car après cinq années d’un règne glorieux, comme se souvient Bausset, préfet du Palais, « elle descendit du premier trône du monde, mais elle n’en tomba pas, et présenta à l’Europe étonnée le spectacle d’un inconnu dévouement sans ostentation, et d’un oubli de soi-même le plus noble et le plus pur. Jamais elle ne fut entourée de plus d’hommages et de respects que lorsque, satisfaite d’avoir fait volontairement le sacrifice le plus pénible, elle vint se retirer sous les ombrages de la Malmaison ».

© Bernard CHEVALLIER, directeur des châteaux de Malmaison et Bois Préau, du musée napoléonien de l’Île d’Aix, et de la Maison Bonaparte à Ajaccio, conservateur général du patrimoine.

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