09.29.07

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL SOULT (1769-1851), DUC DE DALMATIE

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Maréchal Jean de Dieu Soult (1769-1851, duc de Dalmatie

Soult ne m’a pas servi à Waterloo autant qu’il eût été nécessaire. Son état-major, malgré tous mes ordres, n’était pas bien organisé. Berthier eût mieux fait.

(Napoléon Bonaparte)

Soult (Nicolas-Jean de Dieu, duc de Dalmatie), pair de France lors Cent-Jours, puis en 1827, et en 1830, né à Saint-Amand-la-Bastide (Tarn) le 29 mars 1769, mort au château de Soultberg (Tarn) le 26 novembre 1851 ; fils de “sieur Jean Soult, notaire, et de demoiselle Brigitte Grenier” ; engagé le 16 avril 1785 dans le régiment royal d’infanterie ; 1er juillet 1792, adjudant major, devint capitaine le 20 août 1793, chef d’état-major de la division d’avant-garde de l’armée Sambre-et-Meuse ; assista à la bataille de Fleurus et fut promu général de Brigade le 11 octobre 1794 ; se distingua au combat de Stokack, ce qui lui valut le grade de général de division en avril 1799 ; passa à l’armée d’Helvétie commandée par Masséna et se battit à la bataille de Zurich. Colonel général de la garde consulaire le 5 mars 1802, créé maréchal de France le 19 mai 1804, grand cordon de la Légion d’honneur, le 13 pluviôse an XIII. Il commanda ensuite un corps lors de la campagne de 1805, jouant un rôle décisif à Austerlitz ; participa à la campagne de Prusse en 1806 puis à celle de Pologne en 1807. Napoléon le fit duc de Dalmatie en 1808, et l’envoya en Espagne et au Portugal. En 1813, il se battit lors de la campagne d’Allemagne auprès de l’Empereur à la tête du 4e corps d’armée à Lutzen, mais dut rejoindre Bayonne pour réorganiser l’armée du Midi suite à la défaite de Vittoria. Rallié à Louis XVIII, il est nommé en juin 1814 gouverneur de la 1ère division militaire, grand cordon de Saint-Louis (23 septembre). Le 8 juin suivant, il reçut une gratification de 200.000 francs après le retour de l’île d’Elbe puis accompagna Napoléon à Waterloo comme chef d’Etat major. De retour en grâce auprès des Bourbons après 1819, cette girouette politique se révéla encore une fois un fervent royaliste et fut décoré par le collier de Saint-Louis à l’occasion du sacre de Charles X, mais servit avec autant de zèle Louis-Philippe après 1830.

( Extrait enrichi du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL MARMONT (1774-1852), DUC DE RAGUSE

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Maréchal Auguste-Frédéric Viesse de Marmont (1774-1852), duc de Raguse

Il était le plus médiocre des généraux ; je l’ai soutenu, défendu contre tous parce que je lui croyais de l’honneur. Elevé dans mon camp, nourri dans ma maison, marié par moi, comblé de faveurs, de richesses, devenu un des hommes les plus marquants de la France, au moins un des plus élevés en dignité, son ambition lui a fait rêver qu’il pouvait s’élever encore ; il a oublié sous quel drapeau il a obtenu tous ses grades, sous quel toit il a passé sa jeunesse ; il a oublié qu’il doit tous ses honneurs au prestige de cette cocarde nationale qu’il foule aux pieds pour se parer du signe des traîtres qu’il a combattu pendant vingt-cinq ans !… Voilà le sort des souverains : ils font des ingrats !

(Napoléon Bonaparte)

Marmont (Auguste-Frédéric-Louis Viesse de, duc de Raguse), officier général et législateur, né à Châtillon-sur-Seine (Côte d’Or), le 20 juillet 1774, de “Nicolas-Edme Viesse de Marmont, écuyer seigneur de Sainte-Colombe, capitaine au régiment de Hainault-infanterie, et de Clotilde-Hélène-Victoire Chappron”, mort à Venise (Italie), le 2 mars 1852 ; fut reçu en janvier 1792, sous-lieutenant élève à l’Ecole d’artillerie de Châlons. Envoyé à l’armée des Alpes, il prit part au siège de Toulon, en qualité de lieutenant d’artillerie, devint aide de camp de Bonaparte après le 13 vendemiaire, d’abord à l’armée de l’intérieur, puis à l’armée d’Italie : se battit à Lodi, à Castiglione, à Saint-Georges, et devant Mantoue ; revint à Paris charger de porter au Directoire 22 drapeaux pris à l’ennemi, et fut nommé chef de brigade ; alla en Egypte, et s’empara, à Malte, du drapeau de l’ordre ; fut nommé général d’artillerie le 28 messidor an VI, et assista à la prise d’Alexandrie et à la bataille des Pyramides. Il revint en France en même temps que Bonaparte ; devint, après le 18 brumaire, conseiller d’Etat, et fut promu général de division après Marengo. A la reprise des hostilités, il fut mis sous les ordres de Brune, en qualité de commandant de l’artillerie, assista au passage du Mincio, de l’Adige et de la Brenta. Grand Officier de la Légion d’honneur le 9 vendemiaire an XII et colonel général des chasseurs à cheval, il reçut l’ordre, au moment de la rupture de la paix d’Amiens, de rejoindre la grande armée, sur la Mein, avec 21.000 hommes du 2e corps. Au moment du traité de Presbourg, il fut appelé au commandement supérieur de la Dalmatie, et, en septembre 1806, fit sommer l’amiral russe Symavine d’abandonner le siège de Raguse, mais ne recevant aucune réponse satisfaisante, il marcha, avec quleques bataillons seulement, contre l’ennemi, le battit à Castelnuovo, le 30 octobre, et le força à se rembarquer. le 29 juin 1808, il fut créé duc de Raguse, avec des dotations considérables en Illyrie. Il y vivait sur un pied royal, et ne sut pas se concilier les sympathies des habitants. Il était hautain, trop infatué de lui-même, et Napoléon l’a peint d’un mot en l’appelant : Marmont premier. En 1809, il participa à la prise de Gratz, et, le 9 juillet de la même année, après Wagram, il rencontra une arrière-garde ennemie qui voulut s’opposer à son passage ; il la battit et continua sa marche. Le 12 juillet 1809, il fut élevé au maréchalat. A la paix de Vienne, il devint gouverneur général de l’Illyrie, où, après une rapide et heureuse expédition contre les Croates, il mena une vie de faste et de plaisir. Il s’en excusa du reste en disant : “J’ai toujours eu une manière de magnificence.” Le 7 mai 1811, Napoléon lui confia le comamndement de l’armée du Portugal en remplacement de Masséna. Le 18 juin, Marmont était sur la Guadanice, à proximité de Soult qu’il devait rallier. Le 14 septembre, il força l’armée anglo-portugaise à lui abandonner le siège de Ciudad-Rodrigo et peu après de Badajoz ; puis ayant attaqué Wellington aux Arapiles, près de Salamanque, le 22 juillet, il fut blessé au bras dès le début de l’action et ne put conserver la direction du combat ; son armée fut battue et dut se replier sur l’Ebre. En 1813, il fut nommé commandant du 6e corps et se distingua à Lutzen, à Bautzen, à Wurstzschen. A Leipzig, dans la journée du 16 octobre, il tint tête, avec 20.000 hommes seulement, aux 60.000 hommes de l’armée de Silésie. Pendant la campagne de France, Marmont se battit à Brienne, à la Rothière, à Champaubert et à Vauchamps. Le 29 mars 1814, les alliés arrivant à Paris par la rive gauche de la Marne, occupèrent les hauteurs des Buttes-Chaumont et de Belleville, de la Villette et de Saint-Ouen. Moncey commandait la garde nationale, c’est à dire 20.000 hommes en tout, qui allaient avoir à lutter contre 180.000 alliés. La bataille commença le 30 mars, à quatre heures du matin. Marmont repoussa d’abord Barclay de Tolly au plateau de Romainville, sur Pantin et Noisy ; l’ennemi était momentanément vaincu. Mais Marmont avait déjà prévenu le roi Joseph qu’”il était impossible de prolonger la résistance au delà de quelques heures et qu’on devait préserver Paris des malheurs irréparables d’une occupation de vive force”. Le roi Joseph lui envoya alors l’autorisation de conclure la capitulation qui fut signée à quatre heures du soir, chez un marchand de vin, à l’enseigne du Petit Jardinet, dans le faubourg de la Villette. Aussitôt, les soldats crièrent à la trahison ; les dragons d’Ordener, brandissant leur sabre, demandaient à se battre encore. Dejean pleurait devant les officiers russes, et disait en face de Marmont :”Capituler, c’est trahir.” Lavalette survenait à son tour, annonçant l’arrivée de l’ Empereur, suppliant qu’on attendit quelques heures encore ; les soldats ne voulaient pas partir. Marmont fut inflexible, et rédigea une convention qui fut signée en son nom par les colonels Denys et Fabvier, ses aides de camp. Puis il envoya un aide de camp à l’Empereur, pour le prévenir de la capitulation et lui annoncer “que les étrangers étaient reçus avec enthousiasme à Paris” et que s’il voulait rentrer de vive force dans la capitale, il devrait s’attendre à la voir toute entière s’armer contre lui”. Le lendemain, il fut reçu par Napoléon, et son petit corps d’armée eut pour mission d’occuper Essone, position d’avant-garde. En confiant ce post e au duc de Raguse, Napoléon dit, non sans une pointe d’ironie : “Essone, c’est là que viendront s’adresser toutes les intrigues, toutes les trahisons ; aussi y ai-je placé Marmont, mon enfant élevé sous ma tente.” En effet, la capitulation de Paris, exigée par Marmont, fut bien une défection, car quelques jours après il fit partir son corps d’amée pour la Normandie, malgré les objections de ses officiers et malgré les simples soldats eux-mêmes qui se munitèrent en passant devant l’ennemi. A la nouvelle de ce départ, Napoléon resta attérré : “Marmont m’a porté le dernier coup” dit-il. Le lendemain, dans la proclamation qu’il adressa à ses troupes, il dit : “L’Empereur remercie l’armée pour l’attachement qu’elle lui témoigne… Le soldat suit la fortune et l’infortune de son général ; son honneur est sa réputation… Le duc de Raguse n’a point inspiré ce sentiment à ses compagnons d’armes ; il a passé aux alliés. L’Empereur ne peut accepter la condition sous laquelle il a fait cette démarche ; il ne peut accepter la vie et la liberté de la main d’un sujet.” Louis XVIII nomma Marmont commandant de la 6e compagnie des gardes du corps, créée exprès pour lui, puis chevalier de Saint-Louis et pair de France le 4 juin 1814, et lorsque le roi partit pour Gand, Marmont reçut 450.000 frs de l’intendant de la maison royale, le duc de Blacas, et suivit le roi en qualité de commandant de la maison militaire. De retour de l’ïle d’Elbe, Napoléon adressa une proclamation dans laquelle il dit : “Soldats, nous n’avons pas été vaincus. Deux hommes sortis de nos rangs, Marmont, Augereau, ont trahi nos lauriers, leur pays, leur prince, leur bienfaiteur.” Et, dans le décret d’amnistie signé à Lyon, le 12 mars, Marmont en fut excepté. Sous la Restauration, il devint ministre d’Etat (4 novembre 1817). En 1830, au moment de la publication des Ordonnances, le 25 juillet, Marmont était major général de la garde royale et gouverneur de la première division militaire (Paris). Le 26, il fut averti par Polignac de prendre les mesures nécessaires à leur exécution. Le 27, il reçut ses lettres de services du roi et se rendit à l’état-major, place du Carroussel. Cependant les députés réunis chez Audry de Puyraveau, déléguèrent auprès de Marmont, aux Tuileries, Casimir Périer, Laffitte, Mauguin, Lobau, et Girard. Arago était déjà chez Marmont et lui représentait Paris à feu et à sang et la terrible responsabilité qu’il encourrait. “Faut-il tout vous dire, s’écria Arago, j’ai recueilli dans la foule, sur mon passage, des paroles sinistres : “On mitraille le peuple, c’est Marmont qui paie ses dettes !” Marmont eut un frémissement de honte et se tut, puis on vint lui annoncer la députation venant de chez Audry de Puiraveau. Sur l’ordre express de Polignac, Marmont était mis en demeure de les faire arrêter, mais il hésita, devant les progrès de l’insurrection, à exécuter cet ordre. Laffitte lui parla au nom du peuple, le somma au nom de l’honneur de faire cesser le carnage : “L’honneur militaire est l’obéissance” répliqua le traître de 1814. “Et l’honneur civil, répondit Laffitte, ne vous ordonne-t-il pas re respecter le sang des citoyens ?” mais Marmont ne voulut rien entendre. Le lendemain 29, le Louvre et les Tuileries furent attaqués, et Marmont se vit contraint de battre en retraite par le jardin des Tuileries, les Champs Elysées et le bois de Boulogne. A la barrière, le Dauphin vint se mettre à la tête des troupes. Ayant obtenu de Charles X une gratification de deux mois de solde pour le soldats qu’il dirigeait, il l’annonça dans un ordre du jour et ordonna aux officiers payeurs de se présenter chez l’intendant de la liste civile. L’intendant, qui n’avait pas d’argent, vint se plaindre d’un ordre du jour qui le mettait dans l’embarras. Déjà irrité contre Marmont, le Dauphin s’indigna qu’on ne l’eût pas consulté ; il fit mander le maréchal : “Vous oubliez, lui dit-il, que je commande ! Vous méconnaissez donc l’ordonnance qui m’a nommé généralissime ? – Non, monseigneur, j’ai pris les ordres du roi. – Ah ! vous me bravez. Pour vous prouvez que je commande, je vous envoie aux arrêts.” Surpris et irrité, Marmont haussa les épaules. Le Dauphin ajouta : “Est-ce que vous voulez faire avec nous comme avec l’autre ?” C’est alors que Marmont s’accusant lui-même, répondit : “Prince, sans les traîtres, vous n’auriez jamais régné.” Il suvit ensuite à Rambouillet, puis en Angleterre, Charles X, et ne rentra jamais en France. Le traitre de 1814 s’était fait justice lui-même. Il laissa, en mourant, ses mémoires, de 1792 à 1832, qui furent publiés, en 1856, chez Perrotin, et voici comment M. Cuvillier-Fleury les apprécia : “Les Mémoires du duc de Raguse ne sont pas seulement le monument de l’orgueil, c’en est le triomphe ; et je ne sais rien de plus déconcertant pour la sagesse humaine, de plus décourageant pour la modestie, de plus corrupteur qu’un pareil livre.”

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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09.26.07

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL MORTIER (1768-1835), DUC DE TREVISE

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Maréchal Adople-Edouard Mortier (1768-1835), duc de Trévise

Mortier m’a fait du mal en quittant le commandement de la Garde à Beaumont pendant la campagne de Waterloo ; il connaissait tout ce corps. Ce sera sûrement la faute de Mortier, à qui l’on aura écrit de Paris que le Corps législatif conspirait.

(Napoléon Bonaparte)

Mortier (Adolphe-Edouard-Casimir-Joseph, duc de Trévise), né à cateau-Cambrésis (Nord) le 13 février 1768, mort à Paris le 28 juillet 1835 ; fils de “Antoine-Charles-Joseph Mortier et de Anne-Josèphe Bonnaire” ; sous-lieutenant des carabiniers en 1791, capitaine au 1er bataillon du Nord en 1791, adjudant général (16 octobre 1793), général de division en 1799, s’empara du Hanovre ; maréchal de France en 1804, mis à la tête d’un corps d’armée en 1805 ; s’y couvrit de gloire près de Léoben. Il assista à Friedland, et à la paix de Tilsitt (21 juin 1807), il fut nommé gouverneur général de la Silésie, reçut une dotation de 100.000 francs de rente avec le titre de duc de Trévise. En 1808, il prit le commandement du 5e corps en Espagne, si distingua au siège de Saragosse, battit 60.0000 espagnols à Ocana le 18 novembre 1809 avec des troupes deux fois moins nombreuses. En 1812, lors de la campagne de Russie, Napoléon lui confia le commandement de la jeune garde, le nomma ensuite gouverneur du Kremlin. Lors de la terrible retraite, il fut attaqué à la Bérézina et sauva les débris de la grande armée avec le maréchal Ney. Il prit part à la campagne de 1813, se battant à Lutzen, Bautzen, Dresde, et Leipzig. En 1814 il lutta vaillament pendant la campagne de France contre les alliés près de Langres, puis autour de Paris. Après l’abdication de l’Empereur, il se rallia à Louis XVIII, qui le fit chevalier de Saint-Louis et pair de France. Il reprit du service au Cent-Jours mais dut quitter la campagne pour des raisons de santé avant la bataille de Waterloo. Membre du Conseil de guerre chargé de juger le maréchal Ney il se déclara incompétent. Bien plus tard, il fut ministre de la guerre de Louis-Philippe ; il périt par l’explosion de la machine de Fieschi, sur le boulevard du Temple.

(Extrait enrichi du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du dr Robinet)

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LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL KELLERMANN (1735-1820), DUC DE VALMY

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Maréchal François-Christophe Kellermann (1735-1820), duc de Valmy

Kellermann était un brave soldat, extrêmement actif, avait beaucoup de bonnes qualités, mais il était tout à fait privé des moyens nécessaires pour la direction en chef d’une armée. Il ne fit dans la conduite de cette guerre d’Italie que des fautes.

(Napoléon Bonaparte)

Kellerman (François-Christophe, duc de Valmy), officier général et législateur, né à Strasbourg (Bas-Rhin), le 30 mai 1735, de “sieur Christophe Kellermann, licencié es lois, et dame Marie-magdeleine Dürr, ses père et mère” ; s’engagea en 1752, comme cadet, dans le régiment de Lowendahl, fit la guerre de Sept ans comme lieutenant aux volontaires d’Alsace, et était parvenu au grade colonel en 1784, puis fut promu le 9 mars 1788, général de brigade ; se déclara partisan de la Révolution et fut appelé au commandement du Haut et du Bas-Rhin, déjoua les intrigues des émigrés et fut promu général de division le 19 mars 1792 et commandant en chef du camp de Neukirch, mit l’Alsace à l’abri de l’invasion, en état de défense Thionville et Metz, et, lorsque le duc de Brunswick pénétra en Champagne, Kellermann put faire sa jonction avec Dumouriez, afin de couvrir Paris, puis remporta la belle victoire de Valmy sur les Prussiens, le 20 septembre, et força ces derniers à la retraite. Dénoncé par Custine à la Convention comme n’ayant pas attaqué Trèves et marché sur Mayence, Kellermann se justifia aisément et fut envoyé à l’armée des Alpes ; se porta avec une partie de ses troupes devant Lyon révolté, repoussa les Piémontais qui avaient envahi notre territoire, fut de nouveau dénoncé, puis destitué le 10 septembre 1793, et enfermé à l’Abbaye pendant treize mois, puis réintégré par décision de la Convention, le 26 nivôse an III ; repartit à l’armée des Alpes, fut mis à la tête de 47.000 hommes, et arrêta, en Provence, la marche des Autrichiens forts de 150.000 hommes, devint, en l’an V, inspecteur général de cavalerie de l’armée d’Angleterre, puis membre du bureau militaire institué près du Directoire. Nommé membre du Sénat conservateur le 3 nivôse an VIII, il fut fait grand cordon de la Légion d’honneur (an X) et maréchal de France le 30 floréal an XII, prit le commandement en chef du 3e corps de réserve de l’armée du Rhin ; en 1806, de l’armée entière de réserve qui couvrait la frontière de Bâle à Nimègue ; puis fut créé duc de Valmy, le 3 juin 1808. Pendant la campagne de 1812, il reprit le commandement de l’armée de réserve du Rhin, et, à la fin de 1813, fut mis à la tête des deuxième et troisième division militaires. En 1814, il vota la déchéance de l’Empereur, Lous XVIII le nomma pair de France le 4 juin 1814, et le fit grand cordon de Saint-Louis. Pendant les Cent-Jours, il se tint à l’écart, quoique l’Empereur l’eut nommé pair de France le 2 juin 1815. Dans la Chambre haute Kellermann, vota la mort du maréchal Ney, et, par contre, tous ses votes furent acquis aux libertés constitutionnelles.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL PERIGNON (1754-1818), COMTE D’EMPIRE

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Maréchal Catherine-Dominique Pérignon (1754-1818), comte d’Empire

(Napoléon Bonaparte)

Pérignon (Catherine-Dominique, Marquis de, Comte de l’Empire), député de la Haute-Garonne à l’Assemblée législative, au Conseil des Cinq-Cents, membre du Sénat conservateur et pair de France ; né à Grenade (Haute-Garonne), le 31 mai 1754, mort à Paris le 25 décembre 1818, fils de “Messire Jean-Bernard de Pérignon et de madame Dirat (Marie)”. Le 6 juillet 1780, sous-lieutenant au bataillon des grenadiers lyonnais ; 18 août 1782, sous-lieutenant des grenadiers royaux, et réformé. Le 16 septembre 1792, lieutenant-colonel dans la légion des Pyrénées, puis chef provisoire de cette légion (septembre 1793), général de brigade (3 nivôse an II), général de division (27 brumaire an III). Nommeé un temps ambassadeur à Madrid, il est rappelé par le Directoire en 1797, et reprend du service dans l’armée d’Italie, assista à la bataille de Novi, où il est blessé et fait prisonnier. Libéré par les Russes, Bonaparte le nomme au Sénat, et lors de la proclamation de l’Empire, il l’est l’un des quatre maréchaux honoraires créés par Napoléon. En 1808, l’Empereur le nomme gouverneur en chef des troupes françaises en remplacement de Jourdan dans le royaume de Naples. Créé comte de l’Empire en 1808, il se rallie en 1814 aux Bourbons. rayé de la liste des maréchaux par Napoléon lors des Cent-Jours. Pair de France après Waterloo, il se déshonore lors du procès du maréchal Ney en votant la mort. Lors de la seconde Restauration, Louis XVIII le recompense de son zèle en le décorant de la croix de commandeur de l’ordre de Saint-Louis, le nommant ensuite gouverneur de Paris, et lui accordant le titre de marquis.

( Extrait enrichi du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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09.25.07

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL LEFEBVRE (1755-1820), DUC DE DANTZIG

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Maréchal François-Joseph Lefebvre (1755-1820), duc de Dantzig

Lefebvre est cause de la victoire de Fleurus. C’est un bien brave homme qui ne s’occupe pas des grands mouvements qui s’opèrent à sa droite et à sa gauche ; il ne songe qu’à bien se battre. Il n’a pas peur de mourir. C’est bien ! Mais parfois, ces gens là se trouvent dans une position aventurée, entourés de tous côtés, alors ils capitulent, et après, ils deviennent lâches pour toujours.

(Napoléon Bonaparte)

Lefebvre (François-Joseph, duc de Dantzig), officier général et législateur, né à Rouffach (Haut-Rhin), le 25 novembre 1755, de “Joseph Lefebvre, aubergiste, et d’Anne Marie Riss”, mort à Paris le 14 septembre 1820 ; entra dans la carrière militaire, le 10 septembre 1773, comme simple soldat au régiment des gardes françaises, et devint 1er sergent le 9 avril 1788. Après le licenciement de ce régiment, il fut versé comme instructeur au bataillon de la garde nationale des Filles-Saint-Thomas, nommé capitaine au 13e bataillon d’infanterie légère, le 1er janvier 1792, puis adjudant général, chef de bataillon, le 3 septembre 1793. Le 12 frimaire an II, il fut promu général de brigade, et envoyé, en cette qualité, à l’armée de la Moselle sous les ordres de Hoche. Après l’affaire de Lambach, il fut promu général de division (19 pluviôse an II) et commanda l’avant-garde aux armées de Rhin-et-Moselle, de Sambre-et-Meuse et du Danube, se battit à Fleurus et eut un cheval tué sous lui. Il fit la campagne de l’an IV sous les ordres de Jourdan à l’armée de Sambre-et-Meuse, assista à Siesberg et Altenkirchen, puis sous le commandement de Hoche, aux batailles de Bamberg, et de Salzbach et à la prise de Koenigshoffen. Après la mort de Hoche, Lefebvre prit le commandement provisoire de l’armé de Sambre-et-Meuse. En l’an VII, il fut blessé à Stockoch et revint à Paris, le Directoire lui remet alors une arme d’honneur. Il prit une part active au 18 brumaire et conserva le commandement de la division de Paris ; contribua à maintenir l’ordre dans l’Orne, la Manche, le Calvados et l’Eure, puis, le 11 germinal an VIII, il fut nommé membre du Sénat conservateur. Maréchal de France, au 30 floréal an XII, puis fait grand aigle de la Légion d’honneur le 10 pluviôse an XIII, il fut nommé, en 1805, au commandement supérieur des bataillons de gardes nationaux de la Roër, du Mont-Tonnerre et du Rhin-et-Moselle. Pendant la campagne de 1806, il commanda l’infanterie de la garde, assista à Iéna. Après la bataille d’Eylau, le corps du maréchal Lefebvre fut chargé du siège de Dantzig. Au bout de trois mois de tranchées ouvertes, la ville capitula, malgré les secours que les Russes cherchèrent à jeter dans la place. Le 10 septembre 1808, il reçut en récompense, le titre de duc de Dantzig, partit en Espagne la même année, s’empara de Bilbao et de Santander. En 1809, il commanda l’armée du Danube, le contingent bavarrois et se distingua à Thann, à Abensberg, à Eckmühl et à Wagram, se lança à la poursuite de Jellachich, le battit et s’empara d’Insprück. En 1812, il fit la campagne de Russie, comme commandant de la garde impériale, assista à la bataille de la Moskowa, et, lors de la terrible retraite, il marcha constamment à pied, en tête des débris de ses troupes, fit la campagne de France et eut un cheval tué sous lui à Champaubert. Après la capitulation de Paris, Lefebvre adhéra à la déchéance de l’Empereur et fut nommé pair de France, le 4 juin 1814, par Louis XVIII. Au retour de l’île d’Elbe, Napoléon le nomma également pair des Cent-Jours (2 juin 1815). Il fut éliminé par la seconde Restauration, mais par un nouveau décret du 5 mars 1819, il put reprendre son siège à la Chambre haute. Le maréchal Lefebvre avait épousé, étant simple sergent aux gardes françaises, la blanchisseuse de sa compagnie, laquelle ne s’aperçut jamais qu’elle était la femme d’un des premiers dignitaires de l’Empire ; son langage et sa tenue d’autrefois n’avait pas changé, et, sous le Directoire, elle portait des robes au bas desquels on avait brodé, sur un large ruban : “Unité, indivisibilité de la République française ; liberté, égalité, fraternité ou la mort.” Elle continua, même à la cour, à tenir le langage des casernes.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL SERURIER (1742-1819), COMTE D’EMPIRE

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Maréchal Jean-Mathieu Sérurier (1742-1819), comte d’Empire

Sérurier avait conservé toutes les formes et la rigidité d’un major. Il était fort sévère sur la discipline et passait pour un aristocrate… Il était brave, intrépide de sa personne, mais pas heureux. Il avait moins d’allant que les précédents [généraux Masséna et Augereau], mais il les dépassait par la moralité de son caractère et la sagesse de ses opinions politiques.

(Napoléon Bonaparte)

Sérurier (Jean-Mathieu-Philibert, Comte), membre du Sénat conservateur, pair de France ; né à Laon (Aisne) le 8 décembre 1742, mort à Paris le 21 décembre 1819 ; fils de “M. Mathieu-Guillaume Sérurier, officier de la maison du roy, et de dame Elisabeth Dange” ; lieutenant à treize ans aux grenadiers de Laon ; fut blessé à Warbourt le 13 juillet 1760, fut décoré de Saint-Louis en 1781, colonel en 1792, fut cassé comme suspect de royalisme ; l’influence de Barat lui fit rendre son grade. Il se distingua à Utello le 28 février 1793. Bonaparte le chargea de porter au Directoire les 22 drapeaux pris aux Autrichiens ; il mérita par sa probité le surnom de “Vierge d’Italie” ; il fut le seul général qui ne voulut rien dérober pendant cette longue guerre, rentra en France et commanda à Saint-Cloud le 18 brumaire, Bonaparte le nomma membre du Sénat conservateur le 4 nivôse an VIII, membre de la Légion d’honneur le 9 vendemiaire an XII, grand-aigle le 13 pluviôse an XII, comte de l’Empire le 3 juin 1808, nommé pair de France par Louis XVIII le 4 juin 1814.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL PONIATOWSKI (1763-1813)

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Prince Jozef Poinatiowski (1763-1813)

Il était un homme de noble caractère, rempli d’honneur et de bravoure. J’avais l’intention de le faire roi de Pologne si mon expédition de Russie était heureuse.

(Napoléon Bonaparte)

Poniatowski (Jozef, prince polonais), surnommé le “Bayard polonais”, neveu du dernier roi élu de Pologne (Stanisłas Auguste Poniatowski) et fils d’un feld-maréchal autrichien, Colonel au service des autrichiens, il rejoint son oncle devenu roi de Pologne. Stanislas Auguste lui confie alors le commandement de l’armée polonaise d’Ukraine avec laquelle il combat les Russes en 1792, et, après la Confédération de Targowitz, il quitte l’armée suivi des meilleurs officiers. En 1794, il s’engage en tant que simple soldat dans l’armée de libération de Kosciusko pour l’indépendance de la Pologne avant l’ultime partage de 1795. Gouverneur de Varsovie sous la domination prussienne, il se rallie à Napoléon en 1806 et devient ministre de la Guerre du gouvernement provisoire. Il pense que l’Empereur est la seule chance pour la Pologne de retrouver son indépendance et son territoire. Généralissime du duché de Varsovie en 1808, il défend les frontières contre les Autrichiens et les repoussa en 1809. Il reforme l’armée polonaise, et rejoint Napoléon en Saxe en juillet 1813. Il se couvre de gloire à la tête du corps polonais dans les campagnes de Russie et d’Allemagne en 1812 et 1813, de sorte qu’il est fait maréchal de France le 16 octobre 1813. Il se noie en voulant traverser à cheval l’Elster à l’issue de la bataille de Leipzig, le 19 octobre 1813.

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LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL GOUVION-SAINT-CYR (1764-1830), COMTE D’EMPIRE

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Maréchal Laurent Gouvion-Saint-Cyr (1764-1830), comte d’Empire

Mon tort est d’avoir employé Saint-Cyr ; il ne va pas au feu, ne visite rien, laisse battre ses camarades et aurait pu secourir Vandamme.

(Napoléon Bonaparte)

Gouvion-Saint-Cyr (Laurent, Marquis), officier général et législateur, né à Toul (Meurthe), le 13 avril 1764, de “Jean-Baptiste Gouvion, tanneur à Toul”, mort à Hyères (Var) le 17 mars1830 ; s’enrôla, après le 10 août 1792, dans les bataillons appelés à défendre la patrie et se fit inscrire le 1er septembre au 1er chasseurs républicains en joignant à son nom celui de sa mère ; fut nommé capitaine le 1er novembre, et partit pour Mayence, prit une part active à la campagne de l’armée du Rhin et à la victoire de Berghem, passa en nivôse an II, adjudant général, chef de brigade, fut promu, le 22 prairial an II, général de brigade, et, le 16 fructidor, devint général de division, puis se distingua particulièrement au siège de Mayence, passa en Italie, fit preuve de beaucoup de valeur à la bataille de Novi, et reçut du Premier Consul un sabre d’honneur, commanda en l’an VII l’armée du Rhin jusqu’à l’arrivée de Moreau, s’empra de Fribourg et contribua à la victoire de Hohenlinden. En l’an IX, il eut le commandement d’un corps de 25.000 hommes destinés à envahir le Portugal, fut ensuite nommé ambassadeur extraordinaire auprès de Charles IV, après le traité de Badajoz, devint conseiller d’Etat et fut nommé grand-croix de la Légion d’honneur, fit en 1805 la campagne en Italie contre l’archiduc Charles. En 1807, il fut nommé gouverneur de Varsovie ; puis, l’année suivante retourna en Espagne, prit le fort de Rosas et fit campagne contre les Espagnols et les anglo-portugais jusqu’en 1813, puis fut mis à la tête du 6e corps de la grande armée ; gagna, le 18 août, la bataille de Polotsk où il fut blessé, et, à la suite de cette affaire, fut promu maréchal de France, et comte de l’Empire, défendit Dresde en 1813 contre l’armée de Schwartzenberg, mais après la capitulation de Vandamme il fut retenu prisonnier, et, lordqu’il rentra en France, il trouva Louis XVIII installé sur le trône qui l’avait, en son absence, nommé pair de France. Après Waterloo, il fut nommé membre du conseil de défense de Paris, donna des conseils de résistance, mais en vain, puis au retour de Louis XVIII de Gand, le 8 juillet 1815, il fut nommé ministre de la guerre, où il ne resta que jusqu’au 25 septembre, fut rappelé au pouvoir comme ministre de la marine le 23 février 1817, reçut le titre de marquis, et reprit le protefeuille de la guerre le 12 septembre de la même année où il resta jusqu’au 18 novembre 1819, puis se retira à la campagne où il s’occupa d’agriculture et de la rédaction de ses mémoires. Dans la Chambre haute, il avait voté en 1815, la déportation du maréchal Ney ; il y siégea peu, et son mauvais état de santé l’obligea à aller s’installer à Hyères et y mourut d’une attaque d’apoplexie en 1830. On a de lui : Journal des opérations de l’armée de Catalogne, en 1808 et 1809 ; Mémoires sur les campagnes des armées du Rhin et de Rhin-et-Moselle ; Mémoires pour servir à l’histoire militaire sous le Directoire, le Consulat et l’Empire.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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09.24.07

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL VICTOR (1764-1841), DUC DE BELLUNE

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Maréchal Victor Perrin, dit Victor (1764-1841), duc de Bellune

Victor est meilleur qu’on ne suppose. Au passage de la Berezina, il avait tiré très bon parti de son corps.

(Napoléon Bonaparte)

Perrin dit Victor (Claude-Victor), duc de Bellune, maréchal de France et pair de France, né à Lamarche (Vosges) le 7 décembre 1864, mort à Paris le 1er mars 1841 ; fils de “Charles Perrin, notaire royal et de Marie Floriot”. Partit en 1792 comme volontaire et arriva rapidement aux grades supérieurs, se battit en Italie, en Espagne, se battit vigoureusement à Friedland, devint gouverneur de Berlin et fut créé duc de Bellune le 10 septembre 1808, et pendant la campagne de France en 1814, il fut blessé à Craonne, se rallia à la Restauration et vota la mort de Ney comme pair de France, devint ministre de la guerre le 14 décembre 1828. Il était maréchal de France depuis la bataille de Friedland.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL JOURDAN (1762-1833)

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Maréchal Jean-Baptiste Jourdan (1762-1833)

En voilà un que j’ai fort maltraité assurément. Rien de plus naturel sans doute que de penser qu’il eût dû m’en vouloir beaucoup. Eh bien, j’ai appris avec un plaisir qu’après ma chute il est demeuré constamment très bien. Il a montré là cette élévation d’âme qui honore et classe les gens. Du reste, c’est un vrai patriote ; c’est une réponse à bien des choses.

(Napoléon Bonaparte)

Jourdan (Jean-Baptiste), officier général et législateur, né à Limoges (Haute-Vienne), le 29 avril 1762 de “Mr Roch Jourdan, maître chirurgien juré de Limoges, et de demoiselle Jeanne Foreau-Franeiguet, son épouse” ; embrassa la carrière militaire le 2 avril 1778 comme simple soldat au dépôt de l’île de Ré et fut incorporé la même année, le 10 décembre, dans le régiment de l’Auxerrois ; revint en France pour cause de maladie en 1782, puis fut réformé le 26 juin 1784, et s’établit à Limoges comme mercier. Ayant accueilli la Révolution avec enthousiasme, il devint le 9 octobre 1791, chef du deuxième bataillon de la Haute-Vienne, et fut envoyé à l’armée du Nord, sous les ordres de Dumouriez ; fut promu général de brigade le 27 mai 1793, et quatre ans plus tard ; le 30 juillet, général de division ; il eut à combattre l’armée anglo-hanovrienne d’York, et fut blessé à Handschoote. Appelé, le 20 ventôse an II, à commander en chef en remplacement de Houchard, il remporta la victoire de Wattignies. Appelé à Paris, son avis n’ayant pas prévalu au sein du comité de la guerre sur la nécessité de la défensive, il fut mis en réforme ; il retourna à Limoges et reprit sa boutique de mercier. Mais il ne tarda pas à être rappelé et le commandement de l’armée de la Moselle lui fut confié, devenue armée de Sambre-et-Meuse. Il se trouva à la tête de 90.000 combattants et battit le prince de Cobourg à Fleurus le 26 juin, occupa Mons, Louvain, Namur et Liège ; écrasa pour la deuxième fois Cobourg sur la Roër, à Aldanhoven, puis s’empara de Maastricht et de Coblentz, exécuta brillamment le passage du Rhin le 21 fructidor an III ; il battit, en 1796, le duc de Wurtemberg à Altenkirchen, puis ensuite subite un échec à Wurtzbourg, devant des forces supérieures aux siennes et fut obligé de battre en retraite sur le Rhin ; disgracié, il entra dans la lutte politique et fut élu, le 23 germinal an VI, par la Haute-Vienne, député au Conseil des Cinq-Cents ; fut deux fois président de ce Conseil et fit adopter, le 18 fructidor an VI, la loi de conscription militaire qui donna de si belles armées à la Répulbique et à l’Empire ; donna sa démission le 23 vendemiaire an VII, pour reprendre le commandement de l’armée du Danube, franchit le Rhin à Kehl, traversa la Forêt Noire et fut battu à Stockach par l’archiduc Charles. Il revint à Paris après avoir confié le commandement à Masséna, fut réélu député au Conseil des Cinq-Cents, fit une tentative pour s’opposer au coup d’Etat de brumaire et proposa au Conseil de déclarer la patrie en danger. Cette motion fut repoussée et Jourdan fut exclu de la représentation nationale le 19 brumaire, mais il ne tarda pas à se réconcilier avec Bonaparte qui le nomma inspecteur général d’infanterie, puis amabassadeur près la République cisalpine ; il réussit à pacifier le pays et à faciliter sa réunion à la France ; devint conseiller dEtat en l’an X, grand aigle de la Légion d’honneur, puis enfin maréchal de France le 30 floréal an XII ; fut nommé gouverneur de Naples le 17 mars 1806, puis conseiller militaire du roi Joseph ; suivit ce dernier Espagne, devint major général de ses armées et prépara la bataille de Talavera, ne voulut pas continuer à jouer un rôle de comparse et revint en octobre 1809, puis se retira dans sa terre du Coudray (Seine-et-Oise). Retourné en Espagne en 1811, il fut nommé, le 11 juillet, gouverneur de Madrid et mena contre Wellington, la campagne du Portugal ; fut battu à Vittoria ; le 21 juin 1813 et résigna ses fonctions de major général. En 1814, il adhéra à la déchéance de l’Empereur, mais aux Cent-Jours, l’Empereur le nomma commandant de Besançon, et le désigna comme chef de la 6e division, puis le nomma pair de France le 2 juin 1815. Après Waterloo il commanda l’armée du Rhin, se rallia pour la seconde fois aux Bourbons, mais refusa de présider le conseil de guerre qui devait juger le maréchal Ney. Malgré cela, Louis XVIII le créa comte et le nomma pair de France, le 5 mars 1819. A la Chambre haute, il défendit les libertés publiques et, à la Révolution de 1830, il occupa un instant le ministère des affaires étrangères ; puis, le 11 août, il fut nommé gouverneur des Invalides. On a de lui : Opérations de l’armée de Danube ; Mémoires pour servir à l’histoire de la campagne de 1796.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL MONCEY (1754-1842), DUC DE CONEGLIANO

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Maréchal Bon-Adrien Jeannot-Moncey (1754-1842)

Moncey est un honnête homme.

(Napoléon Bonaparte)

Jeannot-Moncey (Bon-Adrien, duc de Conégliano), officier général et législateur, né à Moncey (Doubs), le 31 juillet 1754, du “sieur François-Antoine Jeannot (Moncey) et dame Marie-Elisabeth Guillaume”, mort à Paris le 20 avril 1842 ; embrassa la carrière militaire en 1768 comme volontaire dans le régiment Champagne-infanterie, sortit de l’armée en 1772, reprit du service le 8 avril 1774, comme gendarme, compagnie dite des Anglais jusqu’au 15 août 1776 ; passa, le 16 août 1779, sous-lieutenant dans le corps d’infanterie de Nassau-Siégen et devint capitaine, le 1er avril en 1791, dans le 5e bataillon de chasseurs. Le 26 juin 1793, il fut promu chef de bataillon de la 5e demi-brigade d’infanterie légère à l’armée des Pyrénées-Occidentales, s’y distingua particulièrement à l’affaire des Aldules et à la défense du camp d’Hendaye, puis fut blessé légèrement à Roncevaux. Ces beaux faits d’armes le firent nomme général de brigade, puis, le 21 prairial an II, général de division ; il exécuta très heureusement les mouvements qu’il avait conçus, occupa la vallée de Bastan, Fontarabie, Saint-Sébastien, se signala au siège de Toulon et devint, le 30 thermidor an II, commandant en chef, remporta la victoire de Villanova. En l’an III, il commanda l’armée des Côtes de Brest. Accusé de royalisme, le Directoire le révoqua ; il vécut deux ans dans la retraite, puis fut rappelé à l’activité le 16 fructidor an VII. Au moment de la campagne d’Italie, en l’an VIII, il reçut l’ordre d’amener 20.000 hommes de l’armée du Rhin par le Saint-Gothard. Après la bataille de Marengo, il occupa la Valteline, et à la paix de Lunéville, il commanda les départements de l’Oglio et de l’Adda. Après avoir accompagné Bonaparte dans les Pays-Bas en l’an XI, il fut élevé au maréchalat le 29 floréal an XII, nommé grand cordon de la Légion d’honneur le 13 pluviôse an XIII, puis créé duc de Conégliano le juillet 1808 : prit part, cette même année, à la campagne d’Espagne, et, en 1809, occupa la province de Valence, et se distingua au siège de Saragosse, puis rentra en France en 1811. Il ne participa pas à la campagne de Russie qu’il n’approuvait pas, mais reçut le 14 janvier 1814, le commandement en second de la garde nationale de Paris. Dans cette circonstance Moncey montra beaucoup de courage, à la tête de quelques milliers d’hommes seulement et qu’il disposa sur les hauteurs de Belleville et des Batignolles, il tint pas mal de temps contre l’enenmi, beaucoup plus supérieur en nombre, et se battit avec une réelle bravoure sur la place de Clichy. Après la capitulation, il rassembla aux Champs-Elysées les débris de sa petite armée et les conduisit à Fontainebleau, et de cette ville il adressa son adhésion aux Bourbons. Louis XVIII le maintint comme inspecteur de la gendarmerie et le nomma chevalier de Saint-Louis, puis pair de France (4 juin 1814). Au retour de l‘île d’Elbe, Napoléon maintint Moncey comme pair de France, mais il n’exerça pendant les Cent-Jours aucun commandement actif. Louis XVIII, de retour de Gand, raya Moncey de la chambre des pairs. Nommé, en août 1815, président du conseil de guerre, chargé de juger le maréchal Ney, il refusa cette fonction par une lettre adressée au roi, ainsi conçue : “Sire, placé dans la cruelle alternative de désobéir ou de manquer à ma conscience, j’ai dû m’en expliquer à Votre Majesté. Je n’entre pas dans la question de savoir si le maréchal Ney est innocent ou coupable ; votre justice et l’équité de ses juges en répondront à la postérité qui pèse dans la même balance les rois et les sujets. Eh quoi ! le sang française n’a-t-il pas assez coulé ?… etc. ” Pour cet acte de courage, Moncey fut naturellement suspendu de ses fonctions et enfermé à Ham. Mais Louis XVIII, quelque peu honteux, le fit sortir de sa prison et le rétablit, le 14 juillet 1816, dans ses honneurs et dignités, et le rappela à la chambre des pairs le 5 mars 1819. L’année suivante, il devint gouverneur de la 9e division militaire. En 1823 il prit part à la guerre d’Espagne et fut mis à la tête du 4e corps, envahit la Catalogne, batit Mina et s’empara de Barcelone et de Tarragone. Nommé, en 1833, gouverneur des Invalides, il occupa ce poste jusqu’à sa mort.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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09.23.07

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL MACDONALD (1765-1840), DUC DE TARENTE

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Maréchal Etienne Macdonald (1765-1840), duc de Tarente

Il ne m’aime pas, mais c’est un homme d’honneur qui a des sentiments élevés et sur lequel je peux, je crois, pouvoir compter.

(Napoléon Bonaparte)

Macdonald ((Etienne-Jacques-Joseph-Alexandre, duc de Tarente), officier général et législateur, né à Sedan (Ardennes), le 17 novembre 1765, de “Neill-Etienne Macdonald, ancien officier au régiment écossais, et d’Alexandrine Genant”, mort à Choisy-le-Roy (Seine) le 25 septembre 1840 ; fit partie, de 1784 à 1786, de la légion de Maillebois au service de Hollande, comme lieutenant ; il était devenu, en novembre 1792, chef de bataillon au 94e régiment, et, bien que presque tous les officiers de son régiment eussent émigré, il était resté en France et fut attaché à l’Etat-major de Beurnonville, puis à celui de Dumouriez ; il se battit à Jemmapes et fut promu peu après colonel du 94e régiment, devint général de brigade, et contribua, en cette qualité, à la prise de la flotte hollandaise ; puis le 8 frimaire an III, fut nommé général de division, passa à l’armée du Rhin, ensuite à celle d’Italie, et devint gouverneur de Rome en l’an VI. Macdonald aida puissamment Championnet à envahir le royaume de Naples er contribua à la prise de Padoue. Après l’arrestation de Championnet, Macdonald prit le commandement de l’armée, rentra peu après en France, par suite de mauvaise santé, et aida Bonaparte dans son coup d’Etat de brumaire. Il assista à la bataille de Marengo et devint général en chef de l’armée de réserve (6 fructidor an VIII) ; fut chargé d’une mission extraordinaire au Danemark, et, à son retour, fut fait grand officier de la Légion d’honneur (25 prairial an XII). Mais ayant eu la malencontreuse idée de défendre Moreau, il tomba en disgrâce et resta sans commandement jusqu’en 1809. Au moment de la campagne du Danube, il s’empara de Laybach, et finit par faire sa jonction avec l’Empereur près de Vienne. A Wagram, il fut intrépide, enfonça le centre et l’ennemi et fut blessé à la jambe. Au grand quartier impérial où on l’amena, Napoléon l’embrassa, et lui dit : “Oublions le passé, soyons amis ! Je vous fais maréchal et duc, vous l’avez mérité.” – “Oh ! sire, s’écria Macdonald, désormais entre nous c’est à la vie, à la mort” ; et le 7 juillet 1809, il reçut son bâton de maréchal, et le titre de duc de Tarente le 9 décembre suivant. En avril 1810, après avoir été nommé gouverneur de Gratz, il prit le commandement du corps d’Augereau en Espagne, s’empara de Fignières en 1811, et, au moment de l’expédition de Russie, le commandement du 10e corps lui fut confié. En Saxe, en 1813, il fut mis à la tête du 11e corps, battit les Prussiens à Mersebourg, se battit bravement à Lutzen et à Bautzen, mais il se laissa battre en Silésie par Blücher. A Leipzig, où il combattit come un lion, il se trouvait de l’autre côté du pont de l’Elster lorsque ce pont sauta, mais il put se sauver à la nage. Il se distingua ensuite à Hanau, rentra bientôt en France où il se vit dans la nécessité de resister aux attaques de Blücher, principalement à Nangis (17 février 1814). Le 11 avril, il fut chargé de porter, avec Caulaincourt, aux souverain alliés, l’acte d’abdication de l’Empereur et fut le dernier des maréchaux à adhérer à la déchéance. Louis XVIII le fit chevalier de Saint-Louis (2 juin) et pair de France (4 juin), puis gouverneur de la 21e division militaire. Au retour de l‘île d’Elbe ; il refusa tout emploi et servit comme simple grenadier dans la garde nationale. Nommé grand chancelier de la Légion d’honneur, il conserva ce poste jusqu’en 1831. A Sainte-Hélène, Napoléon, parlant de Macdonald, dit de lui : “Macdonald avait une grande loyauté.”

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL OUDINOT (1767-1847), DUC DE REGGIO

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Maréchal Nicolas Oudinot (1767-1847), duc de Reggio

Ce maréchal avait pour son malheur, épousé une demoiselle de Couchy ; cette jeune femme le dominait entièrement et était dans le camp royaliste ; sa mauvaise conduite, ses propos en 1814, indisposèrent les Lorrains à tel point qu’il leur était devenu en horreur ; on ne l’appelait que “traître”.

(Napoléon Bonaparte)

Oudinot (Nicolas-Charles-Marie, duc de Reggio), député du département de Maine-et-Loire au Corps législatif, en l’an XII, et pair de France, né à Bar-le-Duc (Meuse) le 25 avril 1767, mort à Paris le 13 septembre 1847, fils de “Nicolas Oudinot, et de Marie-Anne Adam” ; le 30 octobre 1783, soldat au régiment de Médoc jusqu’au 30 avril 1787 ; le 4 juillet 1789, chef du 3e bataillon de la Meuse ; 11 vendemiaire an II, chef de brigade et le 2 prairial général de brigade ; le 12 avril 1799, général de division, ; chancelier de la Légion d’honneur, le 17 mai 1839, et gouverneur des Invalides le 21 octobre 1842 ; grand-croix de Saint-Louis, le 3 mai 1816, et chevalier du Saint-Esprit le 30 septembre 1820. IL défendit Bitche avec succès en 1793, combattit vaillament à Kayserlantern et Morlantern (1794), contribua à la victoire de Zurich comme chef d’Etat-major de Masséna (1799) et à celle de Marengo. Fit la campagne de 1805 et coopéra à la victoire d’Austerlitz ; fit ensuite la campagne de Prusse et celle de Pologne et se distingua à Eylau et à Friedland. Comte de l’Empire le 2 juillet 1808, prit part à la campagne du Danube l’année suivante et se distingua à Essling et à Wagram. Le 12 juillet, il est créé maréchal de France, et le 14 avril 1810, duc de Reggio, et administrateur du pays conquis, avec une dotation considérable. Fait la campagne de Russie, au début de laquelle il est bléssé grièvement, ainsi qu’à la fin, avant la retraite. Il assista à Lutzen, Bautzen, et Leipzig, et fit la campagne de France en 1814. Se laissa faire par Louis XVIII, ministre d’Etat, pair de France, gouverneur de la 3e division militaire (Metz). Exilé dans ses terres pendant les Cent-Jours, il se laissa encore une fois combler d’honneurs et de commandements à la seconde Restauration et par la monarchie de Juillet !… Brave soldat, bon général de division, triste citoyen.

(Extrait du dictionnaire de la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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09.22.07

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL SUCHET (1770-1826), DUC D’ALBUFERA

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Maréchal Louis-Gabriel Suchet (1770-1826), Duc d’Albuféra

C’est un homme qui, s’il était venu près de moi à Waterloo, aurait de suite tout compris… Si j’avais eu Suchet à la place de Grouchy, je n’aurais pas perdu Waterloo.

(Napoléon Bonaparte)

Suchet (Louis-Gabriel, duc d’Albuféra), pair de France en 1814, pendant les Cent-Jours, et en 1819 ; né à Lyon le 2 mars 1770, mort au château de Montredon, près de Marseille, le 3 janvier 1826. Il était destiné à suivre la profession de son père, lorsqu’en 1791, il s’enrôla dans la cavalerie de la garde nationale de sa ville natale et y servit comme sous-lieutenant ; deux ans après, il était capitaine d’une compagnie franche de l’Ardèche. Au siège de Toulon il commandait un bataillon de ce département. Puis, en Italie, sous les ordres de Schérer, d’Augereau et de Masséna, il se montra si vaillamment que, sur le champs de bataille de Neumarkt, où il fut bléssé pour la seconde fois, il fut nommé chef de la 2e brigade (26 novembre 1797). Il passa ensuite à l’armée d’Helvétie, assita au traité conclu avec les cantons de Berne et Fribourg. Il fut ensuite désigné comme major général de l’armée d’Egypte, mais à ce moment, il dut se rendre à Paris pour se disculper des fausses accusations portées contre sa gestion ; absout, il rejoignit l’armée d’Helvétie, comme chef d’Etat-major, sous Masséna, passa en Italie avec le même emploi sous Joubert, fut à Marengo, au passage de Mincio, aux combats de Pozzolo ; Borghetto, Vérone et Montebello, remplit ensuite diverses missions et en 1805 commanda la 1ère division du corps de Lannes, où il contribua puissamment aux victoires d’Austerlitz et d’Iéna ainsi qu’aux succès de la campagne de Pologne ; en 1808, il prit part à la guerre d’Espagne à la tête du 5e corps, où le siège de Sarragosse, Lérida, Tarragone, l’occupation du Mont-Serra lui valurent le bâton de maréchal. C’est à la suite de ses succès à Oropesa, Murviédo et Valence qu’il reçut le titre de duc d’Albuféra. Quand l’armé française fut accablée par les revers dans ce pays, il en sortit honoré et respecté de nos ennemis ; le 13 novembre 1808 ; il épousa Mlle A. de Saint-Joseph, nièce de la femme de Joseph Bonaparte. Il a laissé en manuscrit, Mémoires sur les campagnes en Espagne, publié à Paris de 1829-1834.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL GROUCHY (1766-1847), COMTE D’EMPIRE

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Maréchal Emmanuel de Grouchy (1766-1847), Comte d’Empire

La conduite du maréchal Grouchy [à Waterloo], qui s’était distingué si souvent depuis vingt-cinq ans à la tête de la cavalerie, était aussi imprévisible que si, sur sa route, son armée eut éprouvé un tremblement de terre qui l’eût engloutie.

(Napoléon Bonaparte)

Grouchy (Emmanuel, Marquis de), officier général et législateur, né au château de Villette (Seine-et-Oise), le 23 octobre 1766, de “François-Jacques de Grouchy de Robertot, chevalier, seigneur de Villette, Cordecourt, Sagny, officier au régiment d’Houdricourt-cavalerie, et de dame Marie-Gilberte-Henriette Freteau”, mort à Paris le 29 mai 1847 ; débuta à l’âge de 15 ans, comme lieutenant en second au régiment de la Fère-artillerie, passa dans la cavalerie le 28 octobre 1784, avec le rang de capitaine dans le Royal-étranger, se montra partisan de la Révolution, était, le 18 décembre 1791, lieutenant-colonel du 12e régiment de chasseurs à cheval, promu général de brigade en septembre 1792, suspendu comme noble le 30 septembre 1793, mais presque aussitôt réintégré, concourut à la conquête de la Savoie, partit en Vendée en l’an II, et défendit Nantes contre Charette, puis fut nommé par les représentants en mission, général de division, mis à la disposition de Hoche à l’armée de la Vendée, assista à la bataille de Quiberon, puis alla à Brest en qualité de commandant supérieur, fit partie de l’an IV à l’an V, de l’armée du Nord, et le commandement en second de l’expédition d’Irlande lui fut confié, ensuite passa en Italie sous le commandement de Jourdan, se battit à Novi où il reçut quatorze blessures et où il fut fait prisonnier, resta captif un an, puis protesta par écrit contre l’établissement du Consulat. En l’an VIII, il prit part à la bataille de Hohenlinden et, après la paix de Lunéville, fut nommé inspecteur général de cavalerie, grand officier de la Légion d’honneur le 25 prairial an XII, fit la campagne de 1805 et assista à la prise d’Ulm, se distingua particulièrement en 1807 à Eylau et à Friedland et fut envoyé en Espagne l’année suivante, puis devint gouverneur de Madrid, prit part à la campagne du Danube en 1809 et contribua aux victoires de Raab et Wagram, et pour récompenser tant de service l’Empereur le nomma colonel général des chasseurs à cheval de la garde. Il fut créé comte de l’Empire, contribua en 1812 à la victoire de la Moskowa, se battit à Smolensk et Krasnoé, et pendant la retraite désastreuse, il dirigeait “le bataillon sacré”, composé exclusivement d’officiers et chargé de veiller à la sécurité personnelle de l’Empereur, ne prit point part à la campagne de Saxe, mécontent qu’il fut de ne pas avoir le commandement d’un corps d’armée, puis se retira dans ses terres, mais lorsqu’il vit la France envahie il redemanda à prendre du service et l’Empereur lui confia le commandement d’une division de cavalerie, à la tête de laquelle il fit des prodiges de valeur à Brienne, à la Rothière, à Vauchamps, à Craonne où il fut très grièvement blessé (7 mars). La Restauration le mit en disponibilité. Pendant les Cent-Jours, il fut créé maréchal de France et reçut le commandement des 7e, 8e, 9e, et 10e divisions, dirigea les opérations contre le duc d’Angoulême et les royalistes du Midi et refusa de reconnaître la convention de la Palud. Grouchy mit ensuite les frontières des Alpes en état de défense et fut nommé pair de France (2 juin). Le lendemain de la bataille de Ligny, où il se battit courageusement, l’Empereur l’envoya à la poursuite de Blücher que l’on croyait en pleine retraite ; mais qui en réalité, marchait sur Waterloo. Mais Grouchy, fidèle à la discipline, et malgré la canonnade furieuse de Waterloo qu’il entendit, ne bougea pas et garda ses positions jusqu’au soir, ce qui causa, en grande partie le désastre de Waterloo. Après l’abdication de Napoléon, Grouchy adressa une proclamation à ses troupes, les abjurant d’acclamer Napoléon II, puis ramena sous Paris les débris de ce qui restait de l’armée et qui comptait 45.000 hommes, puis remis son commandement à Davout avant la reddition de Paris. Proscrit par Louis XVIII, Grouchy partit pour l’Amérique, et ne revint en France qu’en vertu de l’amnistie du 24 novembre 1819, ne recouvra sa dignité de maréchal qu’en 1831 et celle de pair de France le 11 octobre 1832. Il mourut en revenant d’un voyage d’Italie. Ses deux soeurs avaient épousé, l’une Condorcet, l’autre Cabanis. On a de lui : Fragment historique et relatif à la campagne et à la bataille de Waterloo.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et sur l’Empire du Dr Robinet)

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LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL BERNADOTTE (1763-1844), PRINCE DE PONTE-CORVO

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Maréchal Jean-Baptiste Bernadotte (1763-1844), prince de Pontecorvo

C’est lui qui a donné à nos ennemis la clef de notre politique, la tactique de nos armées ; c’est lui qui a montré le chemin du sol sacré. Vraiment dirait-il pour excuse qu’en acceptant le trône de Suède, il n’a plus dû n’être que suédois, excuse banale, bonne tout au plus pour la multitude et le vulgaire des ambitieux. Pour prendre femme on ne renonce point à sa mère, encore moins est-on tenu de lui percer le sein et de lui déchirer les entrailles.

(Napoléon Bonaparte)

Bernadotte (Jean-Baptiste-Jules), officier général, ambassadeur, ministre et roi, né à Pau (Basses-Pyrénées), le 26 janvier 1764, de “sieur Henry Bernadotte, procureur au sénéchal de Pau, et de la demoiselle Jeanne de Saint-Jean”, mort à Stockholm (Suède) le 8 mars 1844 ; entra dans l’armée en 1780, comme simple soldat ; au moment de la Révolution, nous le trouvons sergent-major, monta de grade en grade rapidement, fut nommé colonel le 15 germinal an II et général de brigade le 11 messidor. Il prit part à la bataille de Fleurus, fut promu général de division le 1er brumaire an III, fit les campagnes du Rhin, se distingua à Mayence, à Neuhoff et à la prise d’Altorf. Il fit partie ensuite de l’armée d’Italie mais ses nombreux succès portèrent ombrage à Bonaparte, qui l’éloigna. Peu après un arrêté du Directoire le nomma ambassadeur à Vienne. Après le congrès de Rastadt, il accepta le commandement du corps d’observation du Bas-Rhin, fit bombarder Philipsbourg et prit la ville de Manheim. Le 15 messidor an VII, il fut nommé ministre de la guerre et y déploya une grande activité ; mais la majorité du Directoire n’aimait point Bernadotte, on le trouvait trop républicain, et son opposition à Bonaparte ne leur plaisait pas davantage. Il passe alors pour le général des néo-jacobins. Malgré cela, Bonaparte lui confie l’armée de l’Ouest après le 18 brumaire. Suite à la conspiration des “libelles”, préparée par son chef d’état major le général Simon, il perd son commandement. Mais en raison de son mariage avec Désirée Clary (l’ancienne fiancée de Bonaparte), qui en fait le beau-frère de Joseph Bonaparte (marié à Julie Clary), il est toujours ménagé par le Premier Consul. Il est ainsi de la première promotion des maréchaux en 1804, créé prince de Ponte-Corvo en 1806. Sur le théâtre militaire, il ne se montre pourtant guère brillant, que cela soit à Austerlitz, Auerstaedt, Eylau, ou Wagram. Après sa piètre prestation lors de la campagne de 1809, Napoléon furieux, se décide à l’écarter. Il est alors mis à la tête duc corps d’observation placé au nord de l’Allemagne, établissant son quartier général à Hambourg. Le trône de Suède étant devenu vacant, la Diète l’offrit à Bernadotte ; cette nouvelle lui arriva à Paris en août 1810 et l’Empereur lui laissa toute latitude pour l’accepter ; celui-ci parti immédiatement, emportant avec lui 2 millions de francs et arriva à Elseneur le 19 octobre 1810, abjura le cathocisme, se présenta devant la Diète, préta serment comme prince royal de Suède et fut proclamé héritier du trône, sous le nom de Charles-Jean. Mais bientôt éclatèrent entre la France et la Suède des difficultés qui devaient appeler fatalement la guerre entre les deux nations. Le blocus continental fut cause de l’antagonisme entre l’Empereur et Bernadotte. Les puissances coalisées contre la France profitèrent de ce conflit et proposèrent à Bernadotte de faire rentrer la Suède dans la coalition. Après la bataille de Lutzen et l’armistice qui suivit cette bataille, Bernadotte, à la tête de 30.000 suédois, rejoignit l’armée alliée sous les murs de Berlin et, dans un combat, repoussa à Interbock le corps d’armée du maréchal Ney, et, en grande partie, ce fut encore à Bernadotte que l’on du d’être battu à Lepizig ; aussi le roi de Prusse l’embrassa-t-il sur la place de Leipzig en l’appelant son libérateur. Bernadotte accompagna les alliés à Paris, mais déçu dans ses projets personnels, il ne se mêla pas des affaires de la France pendant les Cent-Jours. Il fut définitivement proclamé roi de Suède, sous le nom de Charles-Jean XIV, le 5 février 1818. Il mourut d’une attaque d’apoplexie.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL DAVOUT (1770-1823), DUC D’AUERSTAEDT, PRINCE D’ECKMÜHL

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Maréchal Louis-Nicolas Davout (1770-1823), duc d’Auerstaedt, prince d’Eckmühl

La conduite du maréchal prince d’Eckmühl avait été pure et les mémoires qu’il avait publiés convenables.

(Napoléon Bonaparte)

Davout (Louis-Nicolas, duc d’Auerstaedt et prince d’Eckmühl), officier général et législateur, né à Annoux (Yonne), le 10 mai 1770, de “Jean-François Davout, écuyer, lieutenant au régiment royal de Champagne-cavalerie, seigneur d’Annoux, et de Françoise-Adélaïde Miard de Villars”, mort à Paris le 1er juin 1823 ; entra comme cadet-gentilhomme, en 1785, à l’école militaire de Paris et en sortit sous-lieutenant au 19e régiment de cavalerie. S’étant déclaré partisan de la Révolution, il s’engagea dans les volontaires de l’Yonne, et fut élu, par ses camarades, chef du 3e bataillon (22 septembre 1791), fit la campagne de Belgique, sous les ordres de Dumouriez, et lors de la défection de ce dernier, Davout fit mine de tirer sur lui quand il se rendit au camp autrichien, puis fut destitué comme noble en 1793 ; cette situation ne dura que très peu de temps, puisque le 3 vendemiaire an III, il fut promu général de brigade et envoyé à l’armé de la Moselle, passa sous les ordres de Pichegru, et fut fait prisonnier à Manheim, puis échangé, défendit Kehl et se lia à Desaix, se distingua particulièrement au passage du Rhin (1er floréal an V), fit partie ensuite de l’expédition d’Egypte et prit part à la bataille d’Aboukir. En revenant en france il tomba entre les mains des Anglais et fut interné à Libourne, puis rentré en France, fut nommé général de division (14 messidor an VIII) et maréchal de France, (29 floréal an XII), puis grand-croix de la Légion d’honneur (19 pluviôse an XIII), appartint à la grande armée et se battit vaillamment à Ulm, à Austerlitz et Iéna, à Auerstaedt où il décida la victoire, puis à Eylau et Friedland. Le 8 juillet 1808, il fut créé duc d’Auerstaedt, et le 28 novembre 1809, prince d’Eckmühl ; en 1812, il eut le commandement en chef du 1er corps de la grande armée, battit les Russes à Mohilow, et fut blessé à la Moskowa. Pendant les Cent-Jours, l’Empereur le nomma ministre de la guerre (20 mars 1815), il fut élu le 2 juin suivant, membre de la chambre des pairs. Après Waterloo, il commanda l’armée réunie sous Paris ; le gouvernement provisoire envoya alors, le 3 juillet, l’ordre de traiter et, le même jour, il signa avec l’ennemi, à Saint-Cloud, la convention de Paris. Le 5 mars 1819 il fut nommé pair de France. On lui a élevé une statue à Auxerre en 1867.

(Extrait du dictionnaite sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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09.21.07

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL BRUNE (1763-1815)

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Maréchal Guillaume Brune (1763-1815)

Masséna, Augereau, Brune, et beaucoup d’autres étaient des déprédateurs intrépides.

(Napoléon Bonaparte)

Brune (Guillaume-Marie-Anne), maréchal de France, ambassadeur, et législateur, né à Brive-la-Gaillarde (Corrèze), le 13 mai 1763, de “Etienne Brune et de Jeanne Vielbans”, assassiné à Avignon le 2 août 1815 ; s’enrôla en 1789 dans le 2e bataillon des volontaires de Seine-et-Oise, y devint adjudant-major le 18 octobre 1791, parvint rapidement au grade de général de brigade, se battit à Hondschoote, fit la campagne d’Italie dans la division Masséna, combattit à Rivoli, à Saint-Michel, à Feltre, dans les gorges de la Carinthie, etc., et fut promu général de division. Après la paix de Campo-Formio, il fut nommé commandant des troupes dirigées en Suisse. En l’an VII, il prit le commandement de l’armée de Hollande, battit le duc d’York à Bergen, fut nommé gouverneur du pays, repartit ensuite pour l’Italie, prit les villes de Vicence et Montebello. En l’an XI, il fut envoyé à Constantinople comme ambassadeur et revint à Paris deux ans après. A la proclamation de l’Empire, et en son absence, Bonaparte le fit maréchal de France et grand-aigle (13 pluviôse an XIII). En 1807, il fut nommé gouverneur des villes hanséatiques ; peu après on lui confia le commandement du corps de réserve de la grande armée, il prit Stralsund et signa avec M. de Toll, général en chef de l’armée suédoise, une convention par laquelle l’île de Rugen et les îles adjacentes étaient cédées à la France. Dans cet acte, Brune fit mention de l’armée française et non de l’armée de sa majesté impériale et royale ; il fut de ce chef mis en disgrâce par l’Empereur qui lui enleva son commandement. Pendant les Cent-Jours, il fut mis à la tête de l’armée du Var, et le 2 juin 1815 nommé pair de France. Au retour de Louis XVIII, il fit sa soumission et remit son commandement au représentant du gouvernement royal dans le Midi, le marquis de Rivière, et partit pour Paris, muni par un passeport, dans la nuit du 31 juillet au 1er août 1815 ; arrivé à Avignon, il descendit pour déjeuner à l’hôtel du Palais royal où se trouvait la poste. L’entrée de la voiture avait attiré un groupe d’oisifs qui cherchaient à savoir quel était le voyageur. Un jeune homme, appelé Soulié, s’écria : “C’est le maréchal Brune”, puis il raconta que Brune était un des meurtriers de la princesse de Lamballe, et qu’il allait chercher l’armée de la Loire pour châtier le Midi. Ces mensonges lancés à dessein produisirent l’effet voulu, et, malgré le maire et le prefet, la foule envahit l’hôtel ; deux individus s’en détachèrent et parvinrent à pénétrer dans la chambre occupée par le maréchal. “Que me voulez-vous ?” leur dit-il. Pour toute réponse l’un d’eux tira à bout portant un coup de carabine sur le maheureux Brune et l’étendit raide mort. L’assassin eut encore le triste courage, après son meurtre, d’ouvrir une fenêtre pour annoncer qu’il venait de tuer le maréchal. Lorsque l’on sortit le cercueil contenant les restes de ce héros, les royalistes s’en emparèrent et le jetèrent dans le Rhône. La veuve du maréchal ne connut que deux ans après l’endroit où son malheureux mari reposait et fit rapporter le corps à Paris le 6 décembre 1817, et ce ne fut que le 19 mars 1819 qu’elle put obtenir l’autorisation de poursuivre les assassins de son mari. Ils s’appelaient Trestaillon et Grindon, dit Roquefert, Portefaix, le premier était mort lors du jugement, le second était en fuite, et fut condamné à mort. Les concitoyens de Brune lui ont fait élever un monument à Brive, par souscription.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL MASSENA (1758-1817), DUC DE RIVOLI, PRINCE D’ESSLING

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Maréchal André Masséna (1758-1817), duc de Rivoli, prince d’Eslling

Masséna, d’un rare courage et d’une tenacité si remarquable, dont le talent croissait par l’excès du péril et qui, vaincu, était toujours prêt à recommencer comme s’il eût été vainqueur. C’était néanmoins un voleur… et c’eût été un grand homme, si ses qualités brillantes n’eussent été ternies par l’avarice.

(Napoléon Bonaparte)

Masséna (André, duc de Rivoli et prince d’Essling), officier général et législateur, né à Nice (Alpes-Maritime), le 6 mai 1758, de “Jules Masséna, propriétaire à Levens, et de Catherine Fabre”, mort à Paris le 4 avril 1817 ; prit du service, le 18 août 1775, comme simple soldat au 1er bataillon d’infanterie légère (Royal-Italien) et arriva au grade de sous-officier, mais ne put espérer avoir un grade supérieur, n’étant pas noble. A l’avènement de la Révolution, il s’enthousiasma pour les idées nouvelles et s’engagea dans les volontaires du Var. Il arriva rapidement au grade de chef du 3e bataillon ; fut promu, le 22 août 1793, général de brigade et, le 30 frimaire an II, général de division. Il se distingua en l’an II, dans la campagne d’Italie, à Loano et à Saugio, et l’année suivante au col de Borghetto. A la reprise de la campagne, sous les ordres de Bonaparte, il reçut, après Millesimo, le commandement des compagnies de grenadiers réunies en corps, et, à leur tête, franchit le pont de Lodi, entra le premier dans Milan et assista à Roverdo, à Castiglione, à Arcole, à Rivoli, à la Favorite, où il mérita d’être appelé par Bonaparte : l’enfant chéri de la victoire. Revenu en Italie porteur de la ratification des préléminaires de Léoben, il remplaça Berthier à Rome, mais ayant été mal accueilli, il se démit et vécut à Paris, en disponibilité, dans une situation assez précaire ; mais menacés, sur nos frontières compromises, il fut rappelé à l’activité en ventôse an VII, et le commandement de l’armée d’Helvétie lui fut confié. Masséna ne possédait guère alors, malgré les renforts qu’il reçut, que 40.000 hommes, contre 100.000 Autrichiens, sous l’archiduc Charles, et les généraux Bellegarde et Hotze. Il prit position sur la Limurat, ayant trois divisions à droite sur les Alpes, quatre au centre et deux à gauche sur le Rhin ; fit passer, le 25 septembre, la Limurat, au-dessous de Zurich, à quatre divisions, en tout 37.000 hommes, et attaqua Korsakov qui, isolé des Autrichiens, ne disposait plus que de 25.000 hommes. Après deux jours en lutte, les Russes battirent en retraite vers le Rhin, ayant perdu 13.000 hommes. Pendant ce temps, Soult et Vandamme avaient battu, au-dessus de Zurich, le général Hotz. C’est à ce moment que Souvarov débouchait de la vallée de la Reuss et arriva le 26 septembre à Altfor et se trouva en face de troupes victorieuses et supérieures en nombre ; il dut battre en retraite précipitamment, abandonnant ses canons, ses voitures, ses traînards, et arriva péniblementà Coire avec 10.000 hommes seulement. La coalition, grâce à l’adresse et à la tactique de Masséna, fut dissoute. Après le 18 brumaire, Bonaparte confia à Masséna le commandement en chef de l’armée d’Italie, qui n’avait à sa disposition que 35.000 hommes, tandis que le baron de Melas disposait de 120.000 Autrichiens. Ce dernier attaqua nos lignes le 15 germinal an VIII et, grâce à sa supériorité numérique, rejeta Suchet sur le Var et Masséna sur Gênes. Assiégé par les Autrichiens du général Ott et bloqué sur mer par les anglais, Masséna résista pendant deux mois d’une façon héroïque, mais la garnison et les habitants furent réduits à vivre d’herbes et de pain d’amidon et les soldats n’avaient plus la force de porter leur fusil. Masséna se vit dans la dure nécessité de capituler et obtint le droit de se retirer sur le Var avec le reste de ses troupes, pour y rejoindre Suchet. En signant la réddition, il dit aux officiers autrichiens et anglais : “Je vous donne ma parole d’honneur qu’avant vingt jours je serai devant Gênes.” Après Marengo, il garda le commandement de l’armée d’Italie, mais qu’il dut céder à Brune, en raison de ses dépradations, qui avait mécontenté Bonaparte. Masséna se montra peu favorable au 18 brumaire. Le 9 thermidor an XI, il entra au Corps législatif comme député de la Seine, fut promu maréchal d’empire le 29 floréal an XII, grand-aigle de la Légion d’honneur le 10 pluviôse an XIII et chef de la 14e cohorte. Il fut de nouveau mis à la tête de l’armée d’Italie en 1805, s’empara de Vérone le 18 octobre et attaqua les positions de Caldiero sans pouvoir les forcer. Après le traité de Presbourg, il entrprit de conquérir le royaume de Naples, et, en quelques jours, il dispersa les Napolitains et les Anglais, s’empara de Gaëte et occupa les Calabres. Le 19 mars 1808, il fut créé duc de Rivoli, prit part à la campagne du Danube en 1809 et se distingua à Landshut et Eckmühl, il s’empara du château d’Ebersdorff. A la bataille de Wagram, Masséna commandait la gauche, qui eut à supporter les efforts de l’armée autrichienne et, quelques jours après, il dégagea Marmont à Znaïm ; fut créé prince d’Essling le 31 janvier 1810, et reçut au mois de février suivant, le commandement de l’armée du Portugal ; il s’empara le 10 juillet de de Ciudad-Rodrigo, le 28 août d’Almeïda, mais fut repoussé le 27 septembre à Busaco ; après, il subit encore quelques échecs et fut disgracié par Napoléon ; il abandonna son commandement au maréchal Marmont et revint en France, resta en disponibilité pendant les campagnes de 1812 et 1813, et devint gouverneur de la 8e division militaire. Pendant les Cent-Jours, l’Empereur le nomma le 2 juin 1815 pair de France, mais il ne siégea pas. Masséna mourut de chagrin et tous les vieux soldats qu’une police ombrageuse n’avait pas éloignés de Paris se pressèrent autour de son cercueil. Napoléon a dit de lui : “Le bruit du canon éclaircissait ses idées et lui donnait de l’esprit, de la pénétration et de la gaieté.”

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL AUGEREAU (1757-1816), DUC DE CASTIGLIONE

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Maréchal Pierre Augereau (1757-1816), duc de Castiglione

Jadis il était brave. Je n’oublierai jamais l’affaire de Castiglione. Son courage, ses vertus premières l’avaient élevé très haut hors de la foule. Les honneurs, les dignités, la fortune l’y avaient replongé.

(Napoléon Bonaparte)

Augereau (Pierre-François-Charles), officier général et législateur, né à Paris le 21 octobre 1757, de “Pierre Augereau, domestique et Marie-Joseph Kresline”, mort à la Houssaye (Seine-et-Marne) le 12 janvier 1816 ; s’enrola en 1774 dans le régiment de Clarke-irlandais, entra en 1777 comme dragon dans le régiment d’Antin, servit quelques temps le roi de Naples pour l’instruction de ses troupes, mais ses opinions révolutionnaires le firent rentrer en France en 1792, se distnigua par son intrépidité et fut nommé le 6 vendemiaire an II, adjudant général, ensuite envoyé à l’armée des Pyrénées où il fut promu général de brigade (3 nivôse an II). Envoyé à l’armée d’Italie, il s’empara de Millesimo le 23 germinal an III, fit prisonnier le général autrichien Provera, prit à la ête de ses grenadiers le pont de Lodi, s’empara ensuite de Castiglione et de Bologne, se dinstingua particulièrement au pont d’Arcole, où, saisissant un drapeau, il s’élança sur l’ennemi et entraîna par son exemple les troupes en face d’une artillerie formidable. De retour à Paris, après cette brillante campagne, il fut chargé par le Directoire de la besogne du 18 fructidor, où il empoigna lui-même le général Pichegru au collet. En l’an V, il remplaça à l’armée du Rhin-et-Moselle le général Hoche qui venait de mourir et le 27 germinal an VII, fut élu député de la Haute-Garonne au conseil des Cinq-Cents ; se montra d’abord indépendant, mais finit par se rallier à Bonaparte après son 18 brumaire. Ce dernier l’envoya prendre le commandement de l’armée franco-batave en Hollande, où il contribua à la victoire de Hohenlinden. De retour en France et fatigué, Augereau se reposa quelques années dans ses terres de la Houssaye. Il assita au sacre de Napoléon et fut nommé maréchal de France et chef de la 15e cohorte de la Légion d’honneur (29 floréal an XII). Il fit les campagne d’Autriche, de Prusse et d’Espagne, et le 26 octobre 1806, s’empara de Berlin. Le 19 mars 1808, il fut créé duc de Castiglione. Envoyé en Espagne, il força Girone à capituler, essuya un échec, en avril 1810, et fut forcé de battre en retraite sur Barcelone ; rappelé par l’Empereur et disgrâcié momentanément, il reprit le commandement du 11e corps à Berlin, en 1812 ; se trouva à Leipzig où il se battit comme un lion. En 1814, chargé de la défense de Lyon, il délia l’armée de ses serments, à la nouvelle de l’abdication de l’Empereur, “qui, disait-il dans sa proclamation, après avoir immolé des millions de victimes à sa cruelle ambition, n’a pas su mourir en soldat”. Louis XVIII le nomma chevalier de Saint-Louis et pair de France. Au retour de l‘île d’Elbe, il tenta de revenir à l’Empereur en conviant à ses soldats de se rallier aux aigles immortelles de Napoléon, qui seules conduisent à l’honneur et à la victoire ; mais, n’ayant pas été agréé par ce dernier, qui ne lui pardonnait pas d’avoir livré Lyon aux ennemis et se voyant également abandonné de Louis XVIII, il se retira dans ses terres de la Houssaye, et y mourut d’une hydropisie de poitrine.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL BERTHIER (1753-1815), PRINCE DE WAGRAM ET DE NEUCHÂTEL

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Maréchal Louis-Alexandre Berthier (1753-1815), prince de Wagram et de Neuchâtel

Il y a des hommes que la nature a marqués pour les postes subordonnés. Tel était Berthier ! Il n’y avait pas au monde meilleur chef d’état major, mais, changé son état, il ne pouvait commander à cinq cents hommes.

(Napoléon Bonaparte)

Berthier (Louis-Alexandre, prince de Wagram et de Neuchâtel), maréchal de France et législateur, né à Versailles (Yvelines), le 20 septembre 1753, de “Monsieur Jean-Baptiste Berthier, lieutenant réformé au régiment royal-Comtois, ingénieur ordinaire des camps et armées du roi, et de dame Marie-Françoise Lhuillier de La Serre, sa légitime épouse”, mort Bamberg (Bavière) le 1er juin 1815 ; entra dans l’armée en 1770, servit en Amérique sous La Fayette, devint en 1789, major génral de la garde nationale de Versailles. Arrivé rapidement de grade en grade à celui de général de brigade (22 mai 1792), il fut un instant suspendu (septembre 1792), et réintégré le 15 ventôse an II. Promu général de division en l’an IV, devint le chef d’état major de l’armée d’Italie et fut chargé par Bonaparte d’apporter au Directoire le traité de Campo-Formio, devint ensuite commandant général de l’armée d’Italie en remplacement de Bonaparte, s’empara de Rome et y organisa l’administration républicaine. Lors de l’expédition d’Egypte, Berthier raccompagna Bonaparte avec le grade de chef d’état-major de l’armée, quand il revint en France, il l’aida puissamment à faire réussir le coup d’Etat de brumaire, et le 21 du même mois, fut nommé ministre de la guerre, retourna en Italie comme général en chef de l’armée. Après Marengo, il fut chargé d’organiser le Piémont, revint en France pour redevenir ministre de la guerre (16 ventôse an IX). A la proclamation de l’Empire, il fut nommé maréchal de France (28 floreal an XII), chef de la première cohorte et grand cordon de la Légion d’honneur, grand veneur, major général de la grande armée. Le 31 mars 1806, il fut créé souverain de Neuchâtel, et le 30 décembre 1809, prince de Wagram, ensuite président du collège électoral du Pô (10 janvier 1812). En 1814, il n’eut rien de plus pressé que d’abandonner l’Empereur et de se rallier à Louis XVIII. Ce dernier le nomma pair de France (4 juin 1814) et capitaine des gardes. Très perplexe, Berthier ne sut quel parti prendre au retour de l’île d’Elbe, ce qui fit dire à Napoléon : “Je ne veux d’autre vengeance de cet imbécile de Berthier que de le voir dans son costume de capitaine des garde de Louis XVIII.” Dans son Mémorial de Sainte-Hélène il ajoute : “J’ai été trahi par Berthier, véritable oison que j’avais fait une expèce d’aigle.” Berthier honteux alla se réfugier à Bamberg (Bavière) et, dans un accès de folie, se précipita des fenêtres du château sur le pavé et se tua.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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09.20.07

LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL MURAT (1767-1815), PRINCE, ROI DE NAPLES

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Maréchal Joachim Murat (1767-1815), Roi de Naples

Le roi de Naples était vraiment sublime au feu, le meilleur officier de cavalerie au monde. Au combat c’était un “césar”, mais, hors de là, “presqu’une femme”… Murat avait un très grand courage et fort peu d’esprit. La trop grande différence entre ces deux qualités l’explique en entier.

(Napoléon Bonaparte)

Murat (Joachim, Prince, Grand duc de Berg et de Clèves, puis roi de Naples), élu le 2 fructidor an XII, député du Corps législatif pour le département du Lot ; roi de Naples le 15 juillet 1808, né à la Bastide-Fortunière (Lot), le 25 mars 1767, fusillé à Pizzo (Italie) le 13 octobre 1815 ; fils du “sieur Pierre Murat, négociant (aubergiste), et de demoiselle Jeanne Loubières” ; fit ses études comme boursier dans le collège de sa ville natale ; étant destiné à l’état ecclésiastique, il se rendit à Toulouse pour étudier la théologie, fut reçu sous-diacre, mais s’étant fait renvoyer du séminaire, il retourna dans sa famille, qui lui fit un mauvais accueil. Aussitôt il s’engagea au 12e régiment de chasseurs à cheval, y parvint au grade de maréchal des logis et revint en congé à l’auberge paternelle. Au bout de peu de temps J-B. Cavaignac, député de son département, lui fit obtenir son admission dans la garde constitutionnelle de Louis XVI, et le 30 mai 1791, il était promu sous-lieutenant au21e régiment de chasseurs à cheval, dans lequel il fit les campagnes de Champagne et des Pyrénéees-Occidentales ; officier d’ordonnance du général d’Urre, chef d’escadron, ayant écrit aux Jacobins de Paris, lors de l’assassinat de Marat, qu’il voulait échanger son nom contre celui de Marat, il fut dénoncé après le 9 thermidor, et ce fut encore par la faveur de J-B. Cavaignac, que la dénonciation portée contre lui fut annulée par le Comité de Salut public, mais il perdit son grade et resta sans emploi jusqu’au 13 vendemiaire an IV, date à laquelle Bonaparte lui donna mission, lors de l’insurrection des sections de Paris, de ramener des Sablons aux Tuileries 40 pièces de canons. Il fit cette opération avec rapidité et en fut récompensé par le grade de chef de brigade. Devenu général en chef de l’armée d’Italie, Bonaparte en fit son aide de camp ; il se distingua par sa bravoure et fut chargé avec Junot d’aller porter à Paris les drapeaux pris sur l’ennemi. Peu après son retour, il passa général de brigade (14 pluviôse an V), continua la campagne d’Italie jusqu’à la paix de Léoben, et le 19 mai 1798 il accompagna Bonaparte dans l’expédition d’Egypte. Partout il fit des prodiges de vaillance et mérita d’être représenté sur un bas-relief de l’Arc de Triomphe se faisant rendre le cimeterre de Mustapha-Pacha. En octobre 1799 il était général de division ; à la rentrée de Bonaparte en France, il le suivit, l’accompagna le 18 brumaire au Conseil des Cinq-Cents et quelques jours après, le 20 janvier 1800, il épousait la plus jeune soeur du Premier Consul, Caroline-Annonciade Bonaparte. Ayant le commandement de la garde consulaire, il fit la campagne de Marengo, à la suite de laquelle il reçut un sabre d’honneur. En janvier 1801, il prit le commandement de l’armée avec laquelle il chassa les Napolitains de Etats pontificaux, s’empara de l’île d’Elbe, où il commença le siège de Porto-Ferrajo, interrompu par le traité d’Amiens. C’est à son retour en France qu’il fut élu président du collège électoral du Lot, gouverneur de Paris, et en cette qualité, il institua la commission chargée de juger le duc d’Enghien ; il fut alors et successivement promu : maréchal de l’Empire le 30 floréal an XII, prince, grand-amiral le 12 pluviôse an XIII et le lendemain grand-aigle de la Légion d’honneur et chef de la 12e cohorte. Il se couvrit de gloire dans la grande armée qui s’avançait vers le danube et dont il avait le commandement de la réserve de cavalerie. Après la bataille d’Austerlitz, Napoléon le créa Grand duc de Berg et de Clèves, le 15 mars 1806 ; lors de la reprise des hostilités contre la Prusse au mois d’octobre suivant, il eut le commandement de la cavalerie indépendante.

En 1807, il fit campagne de Pologne, assista à l’entrevue des deux empereurs et après la paix, au mois de novembre de la même année, il entrait en Espagne à la tête d’un corps d’armée de 80.000 hommes pendant que Junot envahissait le Portugal ; on lui donna le titre de lieutenant-général de ce royaume, dont il ambitionnait la dignité royale ; néanmoins le 15 juillet 1808, après une vive discussion avec l’Empereur, la couronne de Naples, qui était devenue vacante, à la suite du départ de Joseph-Napoléon, fut donnée à Murat, son beau-frère, lequel fut proclamé roi de Naples sous le nom de Joachim-Napoléon ; à peine monté sur le trône, il s’empara de l’île de Capri et força Hudson Lowe, le futur garde-chiourme de son beau-frère, à capituler. En juin 1809, une flotte anglo-sicilienne tenta de soulever la Napolitaine, Murat organisa aussitôt une expédition contre la Sicile ; mais n’y put débarquer que la division sous les ordres du général Cavaignac ; il attribua son insuccès au mauvais vouloir de Napoléon et lui en garda une certaine rancune jusqu’au moment de la guerre de Russie, où l’Empereur lui confia le commandement de la cavalerie de la grande armée et celui de l’”escadron sacré”, chargé de sa garde personnelle pendant la retraite.

A la rentrée en France de l’Empereur, celui-ci remit le commandement en chef à Murat le 5 décembre 1812, qu’il conserva jusqu’au 8 janvier 1813 ; à ce moment, il le transmit au prince Eugène, pour rentrer précipitamment à Naples, où de concert avec l’Autriche et l’Angleterre, suivant les conseils de Fouché et de Caroline, sa femme, il signait, les 6 et 11 janvier 1814, un traité avec les alliés, par lequel il s’engageait à leur fournir 30.000 hommes, en échange de la garantie de la possession de son royaume. Immédiatement il se mit en campagne et força l’armée du prince Eugène à se retirer derrière l’Adige. L’adication de Napoléon ne fit qu’augmenter ses embarras, les princes de la maison de Bourbon se refusant à le reconnaître. Au retour de l’île d’Elbe, il assura l’Empereur de son dévouement et de sa fidélité, organisa la garde nationale napolitaine et confia la régence à la reine Caroline, puis se rendit avec son armée à Ancône, malgré les avis des Autrichiens sur les bonnes dispositions de l’Angleterre à son égard, il était trop tard pour reculer le 30 mars 1815, de son quartier général de Rimini, il lançait une proclamation aux Italiens, les appelant à la guerre de l’indépendance, et en peu de temps s’emparait de Modène et de Florence ; le 2 mai il se fit battre à Tolentino, rentra presque seul à naples le 18, mais, sentant l’insurrection gronder sous ses pas le 19, il se retira à Gaëte ; à ce moment, Ferdinand reprit possession de son trône. Murat s’embarqua le 21 avec sa famille sur un bâtiment français qui le conduisit à Cannes. De nouveau il se mit à la disposition de Napoléon ; celui-ci ne lui répondit pas, mais chargea Fouché de lui interdire le séjour de Paris. En route pour Lyon, il apprit le désatre de Waterloo, revint à Toulon, tenta de s’embarquer pour Le Havre, mais le mauvais état de la mer ne lui permit pas de rejoindre et il apprit alors que sa tête était mise à prix, pendant huit jours il resta caché dans une cabane au bord de la mer et parvint enfin à se rendre à Bastia, où des agents napolitains, trompant sa confiance, lui firent entendre qu’il n’avait qu’à paraître, pour que la Napolitaine saluât son autorité, négligeant les conseils du comte Marcirone, son aide de camp, qui lui apportait des passeports pour se rendre en Autriche, où on lui garantissait la vie sauve en échange de son abdication, il partit le 28 septembre avec 6 barques et 250 hommes, conduit par un certain Barbara, qui s’était engagé à le livrer à la cour de Naples. En raison du mauvais temps les barques se dispersèrent, Murat donna l’ordre de mettre le cap sur Trieste, Barbara, prétextant des réparations urgentes, le fit consentir à entrer dans le port du Pizzo. Descendu sur la plage avec 30 hommes, près de Montelleone, un capitaine de gendarmerie donna l’ordre à des paysans armés de faire feu sur son escorte. Quand il revint au rivage, Barbara avait levé l’ancre. Murat fut bientôt fait prisonnier, conduit au fort du Pizzo, traduit devant une commission militaire et condamné à mort le 13 octobre 1815, la sentence fut exécutée une demi-heure après.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL NEY (1769-1815), DUC D’ELCHINGEN, PRINCE DE LA MOSKOWA

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Maréchal Michel Ney (1769-1815), duc d’Elchingen, prince de la Moskowa

Ney n’a eu que ce qu’il méritait ! Je le regrette comme un homme précieux sur le champ de bataille, mais il était trop immoral et trop bête pour réussir.

(Napoléon Bonaparte)

Ney (Michel, duc d’Elchingen, prince de la Moskowa), maréchal de France, pair de France en 1814 et pendant les Cent-Jours, né à Sarrelouis (Moselle) le 10 janvier 1769, mort à Paris le 7 décembre 1815 ; fils de “Pierre Ney, maître tonnellier à Sarrelouis, et de Marguerite Graffin” ; engagé volontaire aux hussards de Metz, le 6 décembre 1788, il parvint à la plus haute renommée, aux plus hauts grades et à la plus haute faveur par sa bravoure, et mérita de la part des soldats les surnoms : “infatigable” et “brave des braves”. Il parvint rapidement au grade d’aide de camp des généraux Lamarche et Collaud, assista dans le Nord aux combats de Neerwinden, de Louvain, de Valenciennes, etc. Sous les ordres de Kléber, il fut placé à la tête d’un petit corps de 500 hommes avec lesquels il causa les plus grands dommages à l’ennemi ; il prit part aux batailles d’Aldenhoven et de Maastricht, de Mayence, dans l’armée Sambre-et-Meuse, aux combats de Lahn, d’Obermel, de Friedberg, de Dierdoff ; il s’empara de la citadelle de Wurtzbourg, le 15 juillet 1796 et fut nommé général de brigade. En 1797, à la tête des hussards, il culbuta les autrichiens à Neuwied et à Dierdorff et, fait prisonnier le 22 avril à Giessen, il fut échangé presque aussitôt et continua à servir sous Hoche. Le 28 mars 1799, à l’armée de Bernadotte, il s’empare de Manheim, fut nommé général de division et passa à l’armée du Danube sous Masséna ; il se distingua à Fraenfelde, à Altikow, à Wintherthur surtout, où il reçut deux blessures. De là, il passa au commandement de l’armée du Rhin et se couvrit de gloire à Hilbroon, à Laufen, à Wisloch, à Hochheim, à Ludwigsburg. C’est peu après, qu’ayant le commandement provisoire de l’armée du Rhin, il empécha la jonction de Souvarov avec l’archiduc Charles, qui eut pour résultat la défaite des Austro-Russes à Zurich, par Masséna ; blessé de nouveau, il remit son commandement au général Lecourbe. Après le 18 brumaire, étant sincèrement républicain, il était à la veille de quitter l’armée, mais, se rendant aux conseils de Bernadotte et Lefebvre, il se résigna à servir la patrie, en adhérant au nouveau régime, dans les armées du Rhin et du Danube, commandées par Moreau. On le retouve à Engen, Moskirch, Hochstaedt, Ingolstadt, Wasserburg, et Hohenlinden. Le 3 décembre 1800 ; cette dernière victoire, appuyée par celle de Marengo, eut pour résultat la paix de Lunéville, signée le 9 février 1801. C’est alors que Bonaparte le maria à une femme de sa cour et le nomma (1802) ministre plénipotentiaire en Suisse. Il y obtint la médiation du 19 février 1803. Le 28 décembre, on lui promit le commandement du 6e corps, chargé d’opérer une descente en Angleterre qui ne fut pas entrerprise ; le 19 mai 1804, l’Empereur le créa maréchal de France, lui donnant encore, peu après, le grand cordon de la Légion d’honneur avec le titre de chef de la 7e cohorte.

En 1805, ayant toujours le 6e corps sous ses ordres, il s’empara des défilés du Danube, mit en déroute l’armée de l’archiduc Ferdinand à Guntzbourg, le 9 octobre ; s’empara d’Elchingen et de ses admirables positions, défendues par 15.000 hommes et 35 pièces de canon ; l’ennemi se réfugia aussitôt dans la place forte d’Ulm, où il fut forcer de capituler le 26 octobre. En même temps, Napoléon approchait de Vienne ; Ney, à la tête de 30.000 hommes, entra dans le Tyrol, en chassa l’archiduc Jean, s’empara de Charnitz, Inspruck, Hall, et allait entrer dans la Carinthie, au moment où l’Autriche, après Austerlitz, signait la paix de Presbourg, le 26 décembre 1805. Dans la campagne suivante, avec le corps d’armée, il compléta la défaite des Prussiens le 14 octobre à Iéna ; le 15, il s’empara d’Erfurt, de 100 pièces de canons et de 14.000 prisonniers ; puis il prit Magdebourg, la place la plus importante du royaume, avec 800 canons et 23.000 prisonniers, le 8 novembre 1806. Ney chassa les Prussiens de Thorn, franchit la Vistule, s’empara de Mlawa et s’avança jusque près de Lauterbach, culbutant Bendingsen au delà de Pregel, et dégageant Bernadotte, aux prises avec toute l’armée russe à Morhungen, le 25 janvier 1807 ; à Deppen, il mit les Prussiens en déroute le 5 février, et trois jours après, il coupa la retraite de l’armée russe à la bataille d’Eylau. Le 1er mars, à Guttstadt, avec 14.000 hommes il résista à 70.000 Russes protégés par 100 pièces de canon. Le 6 juin, il battit l’ennemi à Sparden, mais accablé par des forces trop considérables, il se retira habilement sur Allenbourg ; le 14 du même mois, il assurait la victoire de Friedland et quelques jours après s’emparait d’Intersbourg, au moment de la signature de la paix de Tilsitt. Nous voyons ensuite le maréchal Ney, commandant toujours le 6e corps, prendre une part considérable à la guerre d’Espagne, en 1808. En 1810, même conduite et même succès au Portugal contre les anglo-portugais, sous le commandement de Masséna. Le 22 juin 1812 le duc d’Elchingen prenait le commandement du 3e corps, pour faire la campagne de Russie, et marchait de succès en succès jusqu’à la bataille du 7 septembre, où Napoléon le créait prince de la Moskowa, sur le champ de bataille. Pendant la retraite de la grande armée, il fut chargé du commandement de l’arrière-garde où il se montra plus vaillant, plus ferme et plus grand que jamais, marcha le fusil à la main, échangeant continuellement des coups de feu avec l’ennemi ; Napoléon et Murat étaient rentrés en France depuis longtemps, lorsqu’il parvint avec sa poignée de braves à quitter le sol de la Russie. En avril 1813, le prince de la Moskowa, à la tête de son 3e corps, assurait la victoire de Lutzen, et celle de Bautzen le 21 mai ; pénétrait en Silésié à la tête des 3e et 7e corps, et s’emparait de Breslau le 3 juin. Après Leipzig, la France fut envahie, Brienne, Mézières, Champaubert, Montmirail, Craonne et Château-Thierry illustrèrent le nom de Ney. Cependant le 31 mars 1814, les alliés entraient à Paris ; à la suite de la déchéance de Napoléon prononcée par le Sénat, il fut un des délégués de Bonaparte chargés de négocier la paix au nom de Marie-Louise ; cette négociation se termina par l’abdication de l’Empereur. Le 11 avril suivant, le comte d’Artois faisait son entrée dans Paris. Michel Ney, qui ne voyait que la France, qu’il croyait encore servir, eut le tort de se rallier au nouvel ordre des choses et d’accepter un commandement dans l’armée devenue royale. Mais le 1er mars 1815, Napoléon, sortant de l’île d’Elbe, débarquait dans le Golfe Juan près de Fréjus. Ney fut envoyé à sa rencontre, avec ordre d’arrêter sa marche sur Paris ; au lieu de cela, devant l’élan de l’armée et des populations, il se joignit lui-même au cortège impérial s’avançant triomphalement vers la capitale ; à Auxerre, il remit cependant à l’Empereur un mémoire dans lequel il le sommait de “gouverner par les lois“, et lui déclarait qu’il ne se réunissait à lui que dans l’intérêt de la patrie, et que “s’il ne lui promettait solennellement de faire le bonheur des Français, il n’était plus un de ses généraux, mais son prisonnier !” Le 11 juin 1815, il se rendit à l’armée redevenue impériale, où il reçut le commandement de l’aile gauche et prit part avec sa force et son intrépidité habituelles aux batailles de Ligny et Waterloo, suivies de la seconde abdication de Napoléon. Le 5 août 1815, en violation flagrante des articles 11 et 12 de la convention sur la capitulation de Paris, il fut arrêté dans le Lot, et, ce qui est plus odieux encore, jugé, et condamné et fusillé d’après un jugement de la Chambre des pairs. Le braves des braves était âgé de 46 ans.

( Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL BESSIERES (1768-1813), DUC D’ISTRIE

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Maréchal Jean-Baptiste Bessières (1768-1813), duc d’Istrie

Ce maréchal, qu’on peut à juste titre nommer brave et juste, était recommandable autant par son coup d’oeil militaire et par sa grande expérience de l’arme de la cavalerie que par ses qualités civiles et son attachement à l’Empereur. Bessières a vécu comme Bayard et il est mort comme Turenne.

(Napoléon Bonaparte)

Bessières (Jean-Baptiste, duc d’Istrie), maréchal de France, né à Prayssac, (Lot), le 6 août 1768, de “M. Maturin Bessières, chirurgien et de demoiselle Antoinette Lemory, mariés”, tué près de Rippach (Saxe) le 1er mai 1813 ; entra au service le 1er novembre 1792, dans la légion des Pyrénées, devint rapidement capitaine, fit partie de l’expédition d’Italie, se distingua à Rivoli, devint commandant des guides de Bonaparte, contribua peu de temps aptrès à la victoire de Roveredo, partit avec Bonaparte en Egypte et fut promu général de Brigade le 10 juillet 1800. Très fidèle à son frère d’arme Bonaparte, il contribua quelque peu à la réussite du coup d’Etat de brumaire, et devint général de division le 13 septembre 1802, commanda ensuite les guides à cheval de la garde des consuls et obtint d’être nommé maréchal de France le 19 mai 1804, eut ensuite un commandement à l’armée d’Allemagne, se battit avec courage à Austerlitz où il chargea à la tête de la garde impériale et enleva une grande partie de l’artillerie ennemie. L’année suivante, il montra la même valeur à Iéna, contre les Prussiens, et se couvrit de gloire à Eylau en 1807. Créé duc d’Istrie, il fit ensuite partie du corps d’occupation en Espagne. Revenu en France, il présida le collège électoral de la Haute-Garonne, fit la campagne de Saxe en 1813, et mourut le 1er mai près de Rippach, la veile de la bataille de Lutzen.

(Extrait du dictionnaire sur l’Empire et la Révolution du Dr Robinet)

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LES MARECHAUX DE NAPOLEON – MARECHAL LANNES (1769-1809), DUC DE MONTEBELLO

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Maréchal Jean Lannes (1769-1809), duc de Montebello

L’un des militaires les plus distingués qu’a eus la France ! Chez Lannes, le courage l’emportait d’abord sur l’esprit, mais l’esprit montait chaque jour pour se mettre en équilibre. Je l’avais pris pygmée, je l’ai perdu géant… Un des hommes au monde sur lesquels je pouvais le plus compter.

(Napoléon Bonaparte)

Lannes (Jean, duc de Montebello), maréchal de France et ministre plénipotentiaire, né à Lectoure (Gers), le 11 avril 1769, de “Jean Lannes, trafiqueur, et Cécile Fouraignan mariés” mort à Vienne (Autriche) le 31 mai 1809, embrassa la carrière militaire comme simple soldat. Adjudant de division de la garde nationale parisienne en l’an III, il fut employé à la journée du 13 vendemiaire par Barras et quand Bonaparte partit en Italie, il emmena Lannes avec lui ; il y devint colonel du 29e régiment de ligne après la bataille de Millesimo et, presque aussitôt après, fut promu général de brigade, se distingua particulièrement au passage du Pô, à la bataille de Fombio et à l’affaire du pont d’Arcole où il fut blessé, fit partie de l’expédition d’Egypte et de celle de Syrie, se trouva au siège de Saint-Jean-d’Acre, puis revint en France avec Bonaparte et seconda ce dernier au 18 brumaire ; fut pourvu du commandement des Tuileries, devint commandant et inspecteur général de la garde des Consuls, assista à la bataille de Marengo et obtint alors un sabre d’honneur. Envoyé en l’an IX, en qualité de ministre plénipotentiaire à Lisbonne, il eut, avant son départ, de violentes altercations avec Bonaparte avec qui il n’avait pas l’habitude de se gêner, revint en France, à la suite des difficultées occasionnées par le droit qu’il prétendait avoir de faire dans le Tage des bâtiments chargés de marchandises, sans être soumis à aucune visite ni payer de droits ; il fut nommé maréchal de France en l’an XII, créé chef de la neuvième cohorte et grand officier de la Légion d’honneur. Lors de la reprise des hostilités avec l’Autriche, il eut le commandement de l’avant-garde de la grande armée, se porta sur Louisbourg et pénétra en Bavière, où il commença la campagne d’une façon très brillante, contribua à la victoire de Wertingen, à la défaite de Mack et à la prise d’Ulm, puis à la victoire de Hollabrünn, se battit en en héros à Austerlitz, fit ensuite la campagne de Prusse en 1806, se montra intrépide à Iéna et à Eylau, alla en Espagne, revint en Allemagne en 1809, où, après avoir accompli des prodiges de valeur à la bataille d’Essling, il eut la cuisse emportée par un boulet, fut transporté à Vienne où il mourut quelques jours après.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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09.19.07

LE DIVORCE DE NAPOLEON ET JOSEPHINE (3)

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L’Impératrice Joséphine (1763-1814)

Il me semble parfois que je suis morte.

En effet, l’Empereur ne reviendra plus à Malmaison parce que Marie-Louise, informée de sa visite à Joséphine, en dépit des précautions qu’il a prises pour la lui cacher, lui en fera le reproche. Désormais, les anciens époux ne correspondent plus que d’une manière épisodique. Leur destin est scellé, jusqu’à cette dernière lettre de l’empereur à Joséphine, écrite depuis Fontainebleau le 16 avril 1814, trois jours après sa tentative d’empoisonnement. « Adieu, ma chère Joséphine, résignez-vous ainsi que moi, et ne perdez jamais le souvenir de celui qui ne vous a jamais oublié et ne vous oubliera jamais. »Le divorce a marqué pour Joséphine le début d’une nouvelle existence. Elle quitte la vie officielle faite de contraintes et d’attentes de chaque instant pour une vie privée qui la ramène à ces années 1796-1797, où elle était une riche particulière fêtée par une Italie libérée du joug des Autrichiens. Plus de grands cercles à la Cour et de cet ennui qui la dévorait aux Tuileries. Plus de ces inquiétudes dans l’expectative du retour des campagnes de l’empereur. Elle n’est plus qu’une très grande dame, mais en tant que membre de la famille impériale, toujours dépendante de l’autorisation de l’empereur pour entreprendre le moindre déplacement. Mais prévoir un voyage ou demander un avis, n’est-ce pas conserver le lien ténu qui la relie encore à Napoléon ? Toutefois ces contraintes sont bien légères au regard de celles attachées à la position d’impératrice régnante, car elle ne représente plus l’Empire. Il lui arrive parfois de recevoir les hommages des autorités. Ainsi, à chaque relais de la route entre Malmaison et Navarre, les maires la haranguent encore, les jeunes filles méritantes lui remettent toujours des corbeilles de fleurs et la foule l’acclame sur son chemin. C’est pourquoi elle préfère autant que faire se peut circuler incognito, généralement sous le nom de sa dame d’honneur Mme d’Arberg. Elle s’épargne ainsi les réceptions et la représentation indissociables d’un voyage officiel. Que de fois ne l’a-t-on pas entendu répéter : « Cette étiquette est bonne pour des princesses nées sur le trône, et habituées à la gêne qu’elle impose ; mais moi qui ai eu le bonheur de vivre tant d’années en simple particulière, trouvez bon que je pardonne à ceux qui s’en souviennent autant que moi. » Mais si elle feint de ne pas s’offusquer des manquements aux principes qui régissent la vie d’une impératrice, fut-elle divorcée, aussitôt ces crimes de lèse-étiquette sont dénoncés à l’empereur. Napoléon la rabroue, mais ses rappels à la discipline prouve au moins à l’impératrice que sa cour est au complet, car les espions n’y manquent pas. Alors les somptueux uniformes remplacent immédiatement les simples habits de drap vert ornés de broderies noires : ce qui est perdu en aisance est gagné en respect. Son nouvel état lui fait retrouver un calme qui embellit sa vie. Elle paraît plus reposée, elle a pris quelques rondeurs au point que Napoléon informé de la vie sereine et régulière qu’elle mène à Navarre, lui écrit peu galamment : « On dit que tu engraisses comme une bonne fermière de Normandie. » Cet embonpoint lui va bien, mais la contraint à porter pour la première fois des baleines dans ses corsets. Si certains trouvent que la finesse de ses traits en est légèrement altérée, tous ceux qui la visitent lui reconnaissent un air de santé presque insolent qu’elle n’avait pas avant le divorce. L’épouse du sénateur Clément de Ris ose même un jour: « Votre Majesté me paraît bien engraissée » et Joséphine, une autre fois, répond à un compliment du maréchal Oudinot, d’un ton doux et résigné et avec un triste sourire : « Oui, tenez, cela me va bien de n’être plus impératrice régnante ».

Elle s’oblige à ne pas rester confinée dans ses appartements. Elle pratique la marche à pied pour affermir sa santé, s’impose une à deux heures d’exercice quotidien. En cas de mauvais temps, elle fait atteler pour une promenade dans les bois du Butard ou dans la forêt d’Evreux, selon qu’elle se trouve à Malmaison ou à Navarre. Même en cure à Aix-les-Bains elle épuise son entourage. Depuis l’été 1810, Hortense, officiellement séparée de son mari, le roi Louis, jouit d’une entière liberté qui lui permet de se rapprocher de l’impératrice. Loin de Malmaison et des intrigues de la cour, la mère et la fille se retrouvent à Genève, près d’Aix-les-Bains pour prendre les eaux. D’ailleurs l’empereur a donné son accord, pourvu que Joséphine ne retourne pas là où ils sont allés ensemble. La solitude forcée qui découle du divorce lui fait découvrir avec délectation l’art d’être grand-mère. Absorbée par les obligations officielles, elle avait à peine le temps de voir aux Tuileries les enfants d’Hortense. Elle ne connaît toujours pas ceux d’Eugène. Milan est si loin. La naissance en 1807 d’une première petite-fille, prénommée Joséphine comme elle, l’a flattée, parce que par sa belle-fille Augusta de Bavière, elle est désormais grand-mère d’une petite princesse, apparentée aux meilleures famille régnantes d’Europe. De quoi rendre encore un peu plus jaloux les frères et soeurs de l’empereur ! Ces petits-enfants italiens, elle ne les voit qu’une seule fois, en 1812, lors d’un séjour à Milan : l’aînée, Joséphine, est une beauté ; le garçon, Auguste, c’est Hercule enfant ; la troisième, Eugénie, a une physionomie vive et spirituelle et elle sera très jolie ; de la quatrième, Amélie, elle n’emportera que l’image d’un poupon bien portant et facile. Il en va différemment avec les deux fils d’Hortense, le prince Napoléon, né en 1804 et son cadet le prince Louis [le futur Napoléon III], né en 1808. Depuis l’abdication de leur père, ils vivent à Paris avec leur mère. Joséphine s’attache à eux et les prend en garde presque tous les étés pendant les absences de leur mère. Elle leur apporte l’affection qu’elle n’a pas toujours été en mesure de donner à Eugène et Hortense, se reprochant sans doute de n’avoir pas été assez disponible pour eux. « J’avais raison de rendre heureux deux enfants si bons et si sensibles, ils m’en ont bien récompensée depuis, je leur dois plus de bonheur qu’ils n’en ont eu de moi. », avoue-t-elle à sa fille. Elle ne manque aucune occasion de faire venir les deux petits princes auprès d’elle. Ils passent à Malmaison tous les étés de 1810, 1811 et 1813, excepté celui de 1812 où Joséphine est retenue à Milan, et ce printemps 1814 au cours duquel bascule le destin de l’Empire. Ils s’installent avec leur gouvernante dans l’appartement d’Hortense, tout à côté de celui de leur grand-mère. L’aîné, réfléchi et sérieux, amuse moins l’impératrice que le cadet, vite surnommé Oui-Oui, et qui visiblement a sa préférence. Joséphine ne manque pas de rapporter ses faits et gestes, les bons mots de l’enfant. Elle en éprouve une fierté bien naturelle pour une grand-mère enfin libre de donner libre cours à sa passion des enfants. Plus elle les voit, plus elle les aime, mais elle tâche de ne pas trop les gâter, car redoute fort les remontrances d’Hortense. Ils animent sa vie, elle en raffole.

Avec sa manie de tout ramener à elle, il n’est pas de lettre à Hortense où il ne soit question de sa santé. Elle regrette parfois de n’être pas assez solide pour ne pas pouvoir transmettre un peu de forces à sa fille, si maigre et si pâle. Eugène la rabroue si elle se vient à se plaindre à lui ! Mais il n’est pas une émotion, une contrariété qui ne la trouble. Un jour, ce sont ses soucis d’argent qui l’obligent à prendre un peu d’émétique; une autre fois, à Milan, elle est prise de fortes coliques et d’une disposition continuelle à vomir et se soigne avec le même remède. Ces vomissement répétés affaiblissent son organisme, aussi résistant soit-il. Elle jouit d’une santé parfois chancelante. « Moi qui ai l’air en apparence de bien me porter, j’éprouve une douleur à la tête et des bourdonnements dans les oreilles à me faire craindre de devenir sourde puisque, quelquefois, je n’entends pas », reconnaît-elle volontiers. Toutes ces petites alertes ne laissent pas de l’inquiéter. Qu’elle reste sans nouvelles d’Eugène en campagne, qu’Hortense voit se noyer sous ses yeux son amie Adèle de Broc, et aussitôt des étourdissements la prennent, la forcent d’arrêter à écrire. Elle se fait mettre alors des sangsues et s’en porte un peu mieux. Les événements de mars 1814 l’affectent profondément. Elle souffre depuis quinze jours d’un catarrhe humoral, elle se purge, ce qui l’épuise un peu plus. Réfugiée à Navarre, la position d’Eugène la tourmente. Elle est sans nouvelle de ses enfants, pleure à longueur de journée, vit dans des transes et une anxiété terribles. De retour à Malmaison, elle passe des heures entières allongée sur une chaise longue, plongée dans de tristes pensées. Hortense qui l’a rejointe, s’en inquiète. « Je la vois toujours courageuse et aimable avec tous ceux qu’elle reçoit, mais je m’aperçois qu’aussitôt qu’elle est seule, elle se livre à une tristesse qui me désespère, écrit-elle à son frère. J’ai peur qu’elle ne s’affecte trop de tous les événements qui nous ont frappés, et que sa santé ne s’en ressente. » Le sort de l’empereur la frappe au cœur en dépit de tous les hommages qui lui sont rendus par les Alliés et de l’intérêt que prend le tsar à sa situation. Alexandre partage son temps entre Malmaison et Saint-Leu et reconnaît se plaire infiniment plus dans la société intime de l’impératrice et de ses enfants qu’auprès des dames du faubourg Saint-Germain ; il ne cesse de le répéter et trouve auprès d’elles ces qualités de l’âme qu’il admire au-delà de tout. Mais dès que Joséphine se retrouve seule, ses yeux s’emplissent de larmes. L’annonce du retrait de la dépouille de son petit-fils, mort en 1807, de la cathédrale Notre-Dame, sur ordre du gouvernement provisoire, affecte sa sensibilité au point qu’Hortense la trouve toute abattue. S’y ajoute l’ingratitude des nombreux émigrés qu’elle a naguère secourus et qui semblent saisis d’amnésie. Si l’administration royale lui verse sa pension et continue de la désigner sous le titre de S.M. l’impératrice Joséphine, si les souverains étrangers viennent tout naturellement à Malmaison la saluer du nom de Majesté, les journaux, plus frileux, annoncent sa rentrée de Navarre par un inconvenant « la mère du Prince Eugène est de retour à Malmaison ». Ils persistent un peu plus tard dans leur goujaterie en relatant que l’empereur de Russie a dîné avec le prince Eugène, sa mère et sa sœur. Joséphine n’est-elle donc à leur yeux que la mère du prince Eugène ? Elle est à cent lieues d’imaginer que le comte Beugnot – que Napoléon n’aimait pas trop – annoncera sa mort à Louis XVIII par cette incroyable formule « Mme de Beauharnais a excité généralement des regrets ». Comme si elle n’était plus que la veuve, et pourquoi pas encore l’épouse, d’ Alexandre de Beauharnais ! Non seulement tout cela l’étonne, mais elle s’en offusque allant jusqu’à répéter à qui veut l’entendre : « j’ai eu un nom ; je suis montée sur le trône ; j’ai été couronnée et sacrée ! »

L’occupation de la France par les armées ennemies et l’abdication de Napoléon ébranlent sa santé, au point que le 25 mai, Eugène très inquiet sur l’état de l’impératrice, écrit à Augusta : « Notre mère est bien souffrante depuis deux jours et ce matin elle a beaucoup de fièvre ; le médecin dit que ce n’est qu’un catarrhe mais, moi, je ne la trouve pas bien du tout. » Tout va désormais très vite. Elle s’alite pour ne plus se relever. Elle meurt le dimanche de Pentecôte 29 mai à midi, regrettée de ceux qui l’entourent et de tous ceux qui l’ont connue, portant encore ce titre d’impératrice que plus tard on l’eût probablement forcée d’abandonner.

Quelle perte irréparable pour Hortense, Eugène et Augusta. En quelques mois ils voient s’écrouler leur univers et disparaître celle qui faisait leur bonheur. Les armées françaises d’abord vaincues, l’empereur est exilé à l’île d’Elbe, puis remplacé par un nouveau gouvernement, plutôt hostile, mais heureusement tempéré par l’attitude favorable du tsar. Nullement préparés à tant de bouleversements, au moment où leur sort est encore incertain, survient la mort brutale et inattendue de cette mère chérie. Ces derniers mois ont bouleversé Joséphine, au point qu’elle semble lassée par tant d’abandons, inquiète par un avenir qu’elle sent incertain. Ne serait-ce le sort de ses enfants, on la sent prête à abandonner la lutte. Et qui sait si l’envie de lutter ne l’habitant plus, elle ne s’est pas laissée glisser doucement vers ce néant auquel chacun aspire pour en finir avec des maux devenus insupportables ?
Devant tant d’émotions douloureuses, les enfants de l’impératrice, ne peuvent rester à Malmaison ; ils décident de se retirer à Saint-Leu d’où Eugène remplit son devoir filial en écrivant à l’empereur :
« Sire, je remplis un devoir bien pénible pour mon coeur. J’ai l’honneur d’informer Votre Majesté qu’avant-hier, à midi, nous avons perdu Vous la meilleure des amies, ma soeur et moi la plus tendre des mères.
Une maladie maligne et putride a terminé sa vie en quatre jours. Elle est morte avec le courage, le calme et la résignation d’un ange. Tout ce qu’elle nous a dit de Vous dans les derniers moments de sa vie, nous a assez prouvé combien elle Vous était sincèrement attachée. »

EPILOGUE

Défait à Waterloo le 18 juin 1815, au soir d’une « journée de géants », comme le dira Wellington, Napoléon se replie en catastrophe à Malmaison, au milieu des souvenirs de ses premières années de gloire et de bonheur. Il y passe cinq jours dans l’attente des passeports qui lui permettront de quitter le sol français pour les Etats-Unis. Seul avec Hortense, l’empereur se remémore les jours heureux de Malmaison, mais sans Joséphine, tout lui semble vide. Il croit parfois l’apercevoir au détour d’une allée cueillant l’une de ces plantes qu’elle aimait tant. Parmi les derniers fidèles qui l’entourent, il reconnaît le médecin de Joséphine, Claude-Elie Horeau, un disciple de Corvisart. Il veut connaître les derniers instants de l’impératrice. Et comme toujours avec lui, les questions fusent. A peine le médecin a-t-il le temps d’y répondre :
- Vous dites qu’elle avait du chagrin… quel chagrin ? d’où venait-il ?
- De ce qui se passait, Sire ; de la position de Votre Majesté.
- Ah ! elle parlait de moi, donc !
- Souvent… très souvent…
- Bonne femme ! Bonne Joséphine ! elle m’aimait vraiment, celle-là, n’est-ce pas ? Elle était Française !…
- Oh ! oui, Sire, et elle vous l’eût prouvé, si la crainte de vous déplaire ne l’eût retenue ; au moins elle en avait conçu l’idée.
- Comment cela ? Qu’aurait-elle fait ?
- Elle dit, un jour, qu’Impératrice des Français, elle aurait traversé Paris, à huit chevaux, toute sa Maison en grande livrée, pour aller vous rejoindre à Fontainebleau, et ne plus vous quitter.
- Elle l’aurait fait, monsieur, elle était capable de le faire !

Lien : Le divorce de Napoléon et Joséphine (1)

© Bernard CHEVALLIER, directeur des châteaux de Malmaison et Bois Préau, du musée napoléonien de l’Île d’Aix, et de la Maison Bonaparte à Ajaccio, conservateur général du patrimoine.

LE DIVORCE DE NAPOLEON ET JOSEPHINE (2)

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Divorce de Napoléon et Joséphine (1809)

La politique n’a pas de coeur, elle n’a que de la tête.

(Napoléon Bonaparte)

Les quinze jours qui séparent Joséphine de l’acte officiel de séparation vont être pour elle parmi les plus terribles de sa vie. Avec beaucoup d’élégance, la femme s’efface une dernière fois devant l’impératrice pour faire les honneurs des Tuileries aux souverains étrangers venus à Paris à l’occasion de la signature de la paix avec l’Autriche. Quelle épreuve pour elle que tous ces regards qui la fixent et l’observent, parfois même avec un air de satisfaction ou de triomphe. Non cette séparation ne se passera pas à l’ombre des lambris dorés des Tuileries, mais au vu et au sus de toute l’Europe assemblée. Et que l’on juge du programme des festivités : grande réception à Malmaison le 1er décembre, Te Deum à Notre-Dame le 3, revue aux Tuileries et fête à l’Hôtel de Ville le 4, fête à Grosbois chez Berthier le 11 et grand cercle à la Cour le 14. Tous les témoins ont remarqué le courage de l’impératrice. Le futur chancelier Pasquier, placé près d’elle à ce dernier cercle, a été « frappé de la parfaite convenance de son maintien en présence de tout ce monde qui l’entourait encore d’hommages et qui ne pouvait ignorer que c’était pour la dernière fois, que dans une heure elle descendrait du trône et quitterait le palais pour n’y jamais rentrer ». Mme de Chastenay se souvient « de cette soirée, dans laquelle rien ne fut changé à la manière accoutumée ; cependant on voyait les traces de ses larmes et l’empreinte d’un profond chagrin sur le visage toujours gracieux de celle qui représentait pour la dernière fois ». Joséphine se prépare à la cérémonie du lendemain, dernière épreuve de la lente montée au supplice que représente pour elle cette répudiation, redoutée depuis près de quinze ans et qui subitement vient de la rattraper. Le 15 décembre, devant la famille impériale réunie dans le grand cabinet de l’Empereur aux Tuileries, le divorce par consentement mutuel est prononcé, exemple unique dans l’histoire de France d’une séparation où chacun des époux fait l’éloge de l’autre. Napoléon affirme qu’elle a embelli quinze ans de sa vie ; « le souvenir en restera toujours gravé dans mon cœur ». Joséphine assure que « la dissolution de mon mariage ne changera rien aux sentiments de mon cœur : l’Empereur aura toujours en moi sa meilleure amie. » Parfaitement maîtresse d’elle-même, dans sa robe blanche toute simple et sans le moindre ornement, elle se lève pour lire d’une voix assez ferme – du moins au début – les paroles d’adhésion à l’acte de séparation. Elle regagne son appartement abattue et épuisée par l’éprouvante cérémonie qui vient de s’achever. Hortense, cherchant à la réconforter, ne trouve pas mieux à dire que la dernière souveraine sortie de ce palais n’en est partie que pour monter à l’échafaud! Le 16, à cinq heures et demi du soir, Joséphine quitte à la nuit tombante sous une pluie battante ce palais , « triste comme la grandeur », où elle était entrée voici près de dix ans, par un après-midi de février 1800 aussi pluvieux que celui-ci. Tout semble l’abandonner pour ce départ sans retour. En apercevant sa voiture qui l’attend dans la cour, elle a comme l’impression que le temps l’a rattrapée et qu’elle monte dans cette charrette à laquelle avait échappé la veuve Beauharnais.

L’empereur va passer quelques jours à Trianon et l’impératrice se retire à Malmaison. Il vient lui rendre visite et la trouve très affaiblie. La vie pendant ces premiers jours n’est pas facile pour elle. L’empereur pourtant ne cesse de lui écrire ; sur les trente neufs lettres conservées entre décembre 1809 et avril 1814, douze sont envoyées dans les quinze jours qui suivent le départ des Tuileries. Comme il connaît sa Joséphine sur le bout du doigt, il alterne dans ses missives, gronderies et preuves d’amitié. Mais a-t-il le malheur de lui faire part de ses regrets et de son affliction, qu’elle entre dans des états terribles. Mais comment réagirait-elle autrement alors qu’il lui écrit « J’ai été fort ennuyé de revoir les Tuileries, ce grand palais m’a paru vide et je m’y suis trouvé isolé » ou « J’ai été bien content de t’avoir vue hier. Je sens combien ta société a de charme pour moi » ? Si trop de froideur de la part de l’empereur la désole, l’expression de ses regrets augmente son état de faiblesse. Anéantie, n’ayant plus goût à rien, elle se laisse aller à des aveux poignants. « Il me semble quelquefois que je suis morte, et qu’il ne me reste qu’une sorte de faculté vague de sentir que je ne suis plus », reconnaît-elle devant Mme de Rémusat. Le repos lui tient lieu désormais de bonheur, et c’est avec une extrême résignation qu’elle reçoit les marques de respect et l’empressement qu’on lui témoigne. Le temps passe, les lettres s’espacent. Napoléon n’oublie jamais de faire dire à l’impératrice qu’il se porte bien et qu’il désire qu’elle soit heureuse, mais les visites que lui rendent les personnes de la Cour ravivent sa douleur et lui rappellent les jours heureux de naguère. Chacun s’étonne de la voir supporter avec tel courage, elle qu’on dit si changeante et légère, ce sacrifice admirable fait à la nation toute entière. Au début, il y a affluence de voitures sur la route de Malmaison. On ne veut pas paraître abandonner celle à qui on était accoutumé à rendre des hommages. Puis, avec le temps, les visiteurs se font plus rares. Napoléon lui-même espace ses venues. « j’y allais rarement : une fois l’an, et c’était toujours pour moi une visite désagréable et pénible : des regrets, des pleurs… Et je n’y pouvais rien. » Joséphine n’ose plus quitter sa maison de peur de rater une visite impromptue de l’empereur. Elle attend avec impatience le page qui les lui apportera d’improbables lettres. Quand elle est informée d’une chasse de l’empereur en forêt de Saint-Germain, elle se poste à la fenêtre de son boudoir, d’où l’on aperçoit la grande route de Paris à Cherbourg, à guetter le passage de sa voiture. Parfois Napoléon s’arrête. Alors, l’on voit les anciens époux se promener dans le jardin comme en ce jour de juin 1810 où Joséphine le revoit pour la première fois depuis son remariage avec Marie-Louise. « J’ai eu hier un jour de bonheur, mande-t-elle à Hortense : l’Empereur est venu me voir. Sa présence m’a rendue heureuse, quoiqu’elle ait renouvelé mes peines… Ces émotions sont de celles qu’on voudrait éprouver souvent. Tout le temps qu’il est resté avec moi, j’ai eu assez de courage pour retenir des larmes que je sentais prêtes à couler ; mais après qu’il ait été parti, je n’ai pu les retenir, et je me suis trouvée bien malheureuse. Il a été pour moi bon et aimable comme à son ordinaire, et j’espère qu’il aura lu dans mon cœur toute la tendresse et tout le dévouement dont je suis pénétrée pour lui. »

Comme remède à sa mélancolie, son médecin lui recommande l’exercice. Napoléon insiste pour qu’elle se promène quotidiennement dans son jardin, qu’elle aille voir ses plantes, tandis que Mme de Rémusat tente de l’épuiser par de longues marches dans les bois de Saint-Cucufa. « Elle se laissait faire ; je lui parlais, je la questionnais, je l’agitais en tous sens, elle se prêtait à tout, comprenait mon intention, et semblait m’en savoir gré, au milieu de ses larmes » rapporte la dame du Palais à son mari.

Une fois le grand sacrifice accompli, il convient de trouver une épouse à l’empereur. Un mois a passé. Joséphine commence à se ressaisir. Elle s’occupe de son nouvel état, de son installation au palais de l’Elysée, remis à son intendant en janvier 1810, puis du château de Navarre situé aux portes d’Evreux que l’empereur vient de lui affecter comme seconde résidence. Elle refuse les propositions de Napoléon de la nommer gouvernante de Rome ou de l’établir à Bruxelles, car elle veut vivre à Malmaison. Comme il ne veut la contraindre en rien, il la laisse libre de son choix. Elle cultive sans doute le secret espoir de pouvoir jouer encore un rôle à la Cour. Elle se verrait volontiers en impératrice-mère, comme au temps d’ Henri IV, à porter la queue de la robe de la nouvelle souveraine ainsi que l’avait fait Marguerite de Valois pour Marie de Médicis. Elle examine avec attention la liste de toutes les princesses d’Europe à marier, à la recherche de celle qui conviendrait le mieux à la politique de l’empereur et elle jette son dévolu sur la jeune archiduchesse Marie-Louise d’Autriche. Personne alors n’est en mesure de deviner l’idée véritablement incroyable qui vient de germer dans l’esprit de Joséphine . Elle convie à Malmaison la propre épouse du Chancelier d’Autriche afin de faire demander à l’empereur François la main de sa fille. Mme de Metternich n’en croit pas ses oreilles. Eugène et Hortense présents lors de l’entrevue, appuient le projet de leur mère et se déclarent autrichiens dans l’âme! Se croit-elle donc toujours régnante, cette impératrice partie en quête de celle qui va lui succéder, sinon dans le cœur, du moins dans la couche de Napoléon ? Non, ni le choix ni la décision finale ne lui appartiennent, car c’est à la suite du conseil du 28 janvier 1810 que la princesse autrichienne est préférée à une grande-duchesse russe. Et c’est Eugène que Napoléon choisit pour aller officiellement chez le prince de Schwarzenberg, ambassadeur d’Autriche, faire la demande en mariage de l’archiduchesse Marie-Louise ! Tout va désormais aller très vite et Joséphine perd l’avantage qu’elle escomptait retirer de sa démarche.

Il ne lui reste plus maintenant qu’à tenter un rapprochement avec la nouvelle impératrice. Mais c’est sans compter sur le caractère de Marie-Louise que la moindre allusion à l’ancienne impératrice alarme et inquiète. De son côté, nullement vindicative et indulgente comme à son ordinaire, Joséphine ne la considère absolument pas comme une rivale. Elle se contenterait de la conseiller, de regarder l’enfant qui va naître un peu comme le sien. Mais Marie-Louise oppose un veto aux offres de Joséphine que rien ne peut assouplir. C’est sur un ton quelque peu dépité que celle-ci confie à Eugène en novembre 1810 : « Il paraît que l’impératrice Marie-Louise n’a pas parlé de moi et qu’elle n’a aucun désir de me voir. En cela nous sommes parfaitement d’accord, et je n’aurais consenti à la voir que pour faire plaisir à l’Empereur. Il paraîtrait même qu’elle a pour moi plus que de l’éloignement, et je n’en vois pas la raison, car elle ne me connaît que par le grand sacrifice que je lui ai fait. Je désire comme elle le bonheur de l’Empereur et ce sentiment devrait la rapprocher de moi. »
Napoléon s’accommode plutôt bien de la jalousie qui oppose les deux impératrices. Il persuade Joséphine de renoncer à rencontrer Marie-Louise ; il insinue que la nouvelle impératrice la croit une vieille femme, largement en âge d’être sa mère. Mais Joséphine insiste, il l’en dissuade, et à bout d’arguments finit par lui dire que Marie-Louise pourrait prendre ombrage des séductions de sa grâce. Elle ne manquerait pas de pleurer, elle le supplierait d’éloigner cette rivale, ce qu’il ne pourrait éviter de faire. A défaut de se rapprocher de la mère, Joséphine tente une offensive du côté du petit roi de Rome. Déjà pour sa naissance en mars 1811, elle a donné une grande fête à Navarre, regrettant d’être à cette occasion si loin de Paris. Elle s’attriste de ne pas avoir appris la nouvelle par l’empereur, mais sa manie de tout ramener à elle lui fait friser l’injustice, car Napoléon lui annonce la naissance de son fils dès le 22 mars, soit deux jours après la venue au monde du petit roi. « Mon fils est très gros et très bien portant, écrit-il à Joséphine. J’espère qu’il viendra à bien. Il a ma poitrine, ma bouche et mes yeux. J’espère qu’il remplira sa destinée. » Mais ces mots ne lui suffisent pas. Elle désire rencontrer ce bambin, prix de son sacrifice. Elle se réjouit de le savoir en bonne santé, elle trouve que la facilité avec laquelle ses premières dents ont percé annonce une bonne constitution. Elle insiste tant pour le voir que, de guerre lasse, Napoléon finit par céder. Mais que de précautions prises pour une simple visite! on n’en aurait pas prises autant pour une rencontre entre ambassadeurs de pays ennemis ! En 1812, par un bel après-midi de printemps, l’enfant, âgé d’un peu plus d’an, est amené à Bagatelle par sa gouvernante Mme de Montesquiou. «En entrant dans la cour, M. de Canisy [Premier Ecuyer du roi de Rome], avec un air d’étonnement, vint m’annoncer que l’Impératrice Joséphine était là, rapporte la brave Maman Quiou. Je lui répondis : – Nous sommes trop avancés pour reculer ; cela serait inconvenant. L’entrevue avait été arrangée avec le consentement de l’Empereur que Joséphine avait supplié. Elle était dans le petit cabinet du fond. Elle nous fit entrer tout de suite. Elle se mit à genoux devant l’enfant, fondit en larmes et lui baisa les mains en disant : Mon cher petit, vous saurez un jour l’étendue du sacrifice que je vous ai fait ; je m’en rapporte à votre gouvernante pour vous le faire apprécier. Après avoir passé une heure avec l’enfant et moi, elle voulut voir tout ce qui composait dans ce moment le service du jeune roi. Elle fut aimable comme elle l’était toujours. » Ce sera la seule entrevue de Joséphine avec cet enfant qui lui a coûté son trône. En octobre 1812 au moment où le général Malet, profitant de l’absence de Napoléon retenu en Russie, fomente un complot, Joséphine envisagera avec Hortense de rejoindre le petit roi de Rome et Marie-Louise, au cas où ils eussent couru quelque danger.

Il lui est infiniment plus facile, à défaut de fréquenter l’épouse légitime et son héritier, d’inviter à Malmaison la maîtresse de l’empereur et son fils. En effet, la douce Marie Walewska n’y voit pas malice et Joséphine, peu rancunière, prend un plaisir (pervers?) à s’entourer des anciennes maîtresses de Napoléon, comme la belle Carlotta Gazzani, qui conserve après 1810 auprès d’elle ses fonctions de lectrice. La comtesse Walewska devient ainsi une habituée du salon de Malmaison. Joséphine la couvre de présents et achète de somptueux cadeaux pour le petit Alexandre chez la veuve Stor, marchande de jouets d’enfants établie au Palais du Tribunat [Palais-Royal], galerie de bois n° 228. Frappée de sa ressemblance avec l’empereur, l’impératrice ne cesse de prodiguer des caresses à cet enfant. Elle apprécie chez sa mère cette bonté et cette absence d’ambition qui la rendent bien plus attachante que toutes les autres maîtresses de l’empereur.

Le 30 avril 1812, à onze heures vingt du matin, l’empereur sans se faire annoncer arrive à Malmaison par un temps magnifique, en calèche découverte accompagné par le Grand Maréchal Duroc, le maréchal Mortier, le général Durosnel et trois personnes du service. Joséphine a tout juste le temps de l’accueillir au débouché du petit pont qui ouvre sur le vestibule. Les anciens époux s’embrassent tendrement, puis font quelques pas dans le jardin, sans chercher à se cacher des personnes de leurs suites. Qu’ont-ils bien pu se raconter pendant l’heure et demi où ils sont restés ensemble (on sait que l’empereur est parti à exactement une heure moins dix)? Sans doute, l’a-t-il entretenue de son départ imminent pour la campagne de Russie, vers ces contrée si lointaine qu’elle n’est pas bien certaine qu’il en revienne. De retour chez elle, Joséphine laisse éclater sa joie comme après chaque rencontre avec Napoléon, mais elle ne sait pas alors qu’elle vient de le voir pour la dernière fois.

Lien : Le divorce de Napoléon et Joséphine (3)

© Bernard CHEVALLIER, directeur des châteaux de Malmaison et Bois Préau, du musée napoléonien de l’Île d’Aix, et de la Maison Bonaparte à Ajaccio, conservateur général du patrimoine.

LE DIVORCE DE NAPOLEON ET JOSEPHINE (1)

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Napoléon annonce son intention de divorcer à Joséphine (1809)

Elle était femme dans toute la force du terme.

(Napoléon Bonaparte)

Le divorce ? On en parle dès 1798. En effet, deux ans à peine après leur mariage, la flamme amoureuse de Napoléon ne s’accommode plus guère de cette espèce d’indolence qui caractérise Joséphine. La passion de Bonaparte s’affaiblit au moment où celle de sa femme se transforme en une jalousie presque maladive. Sa première aventure extra conjugale en Egypte avec Pauline Fourès, inaugure une série d’amourettes sans lendemain, mais qui ne laissent pas d’inquiéter Joséphine. C’est tout d’abord la Grassini, la fameuse cantatrice italienne, que le vainqueur de Marengo ajoute à ses conquêtes. Cette liaison vaut de nombreuses scènes de ménage à Joséphine qui ne les supporte plus. Elle se renseigne auprès de sa confidente, Mme de Krény, très au fait des intrigues de la Cour consulaire. « j’ai appris que, depuis huit jours, la Grassini était à Paris, lui mande-t-elle. Il paraît que c’est elle qui cause toute la peine que j’éprouve… Tâchez aussi de savoir où cette femme demeure. » La crainte du divorce la tourmente sans cesse au point d’égarer sa raison. Sa jalousie maladive tient en fait à la politique et non à l’amour. Jusqu’au Consulat, Bonaparte couche bourgeoisement avec sa femme. Pour être sûre de le garder dans son lit, Joséphine l’a persuadé qu’avec son sommeil fort léger, s’il arrivait qu’on tente quelque entreprise nocturne contre lui, elle serait là pour appeler au secours. En 1803, il décide de faire chambre à part, suite à une maladresse de Joséphine elle-même. Une nuit où après avoir travaillé avec Talleyrand jusqu’à quatre heures du matin, il rentre se coucher, épuisé et préoccupé, un bougeoir à la main, il voit surgir l’impératrice de l’obscurité, l’œil hagard, qui lui demande sans ménagement : « au moins était-elle jolie ? » D’abord interloqué, ne sachant que répondre, sa colère éclate devant les suspicions de sa femme: « – Puisque vous le prenez ainsi, Madame, couchez chez vous et moi dans ma chambre. Je montai chez moi et ne couchait plus régulièrement avec l’impératrice, qui, dès lors, me perdit de vue depuis le soir jusqu’au lendemain déjeuner. Je ne la voyais plus que quelquefois et j’eus alors toute ma liberté. » A la suite de cet incident, et comme pour tout ce qui devient rare, Joséphine se met subitement à donner une grande importance aux visites nocturnes de son mari, au point que tout le monde en est instruit dès le lendemain matin : « Je me suis levée tard aujourd’hui, mais, voyez-vous, c’est que Bonaparte est venu passer la nuit avec moi. », glisse-t-elle avec malice à ses femmes.

A chaque nouvelle aventure, Napoléon devient irascible, insupportable envers Joséphine, comme s’il voulait lui faire payer sa propre infidélité. Il pousse même la cruauté jusqu’à lui apprendre lui-même son infortune. « Je ne suis pas un homme comme un autre, dit-il, et les lois de la morale ne peuvent être faites pour moi ». Dans ces conditions, comment s’étonner que l’impératrice qui a le pied léger vienne écouter à la porte, curieuse de savoir en quelle galante compagnie se trouve son mari. Elle n’agit pas autrement au moment de la liaison de l’empereur avec Mme Duchâtel en 1804. Ses reproches le fatiguent ; il se fâche ; elle pleure, et ne retrouve son calme habituel qu’une fois la passade terminée. Mais en octobre de la même année, la jalousie de Joséphine outrepasse les bornes. A Saint-Cloud, elle se faufile sans bruit jusqu’à la porte du petit appartement secret où Napoléon reçoit, Mme de Vaudey, sa nouvelle conquête. L’impératrice les surprend dans les bras l’un de l’autre. Effrayée par cette intrusion, Mme de Vaudey s’enfuit, laissant l’empereur face à sa femme. Furieux de se savoir espionné, il explose et dans sa fureur parle de divorcer. Joséphine éclate en sanglots; ses larmes parviennent à l’apaiser. Mais l’alerte a été chaude. Après le Sacre, Joséphine s’assagit, bien consciente que son crédit auprès de Napoléon dépend de son aptitude à lui assurer la tranquillité dans son ménage et qu’elle repose sur l’égalité de son caractère. Elle se calme, en prend son parti et évite de le quereller sur un sujet qui fâche. De son côté, Napoléon paraît si empressé de raconter ses succès féminins qu’on peut se demander s’il ne les recherche pas uniquement pour s’en vanter. Il prend l’impératrice pour confidente. Par excès de complaisance, elle va jusqu’à favoriser ses fantaisies passagères, se donnant le rôle qu’avait joué Mme de Pompadour auprès de Louis XV en lui fournissant des jeunes filles pour son plaisir. Ainsi en 1808, elle pousse Virginie Guilbaud, sa lectrice, dans le lit de son mari. Napoléon s’en souviendra à Sainte-Hélène, non sans quelque dégoût. « La chose qui m’a le plus déplu, confiera-t-il au Grand Maréchal Bertrand, deux mois avant de mourir, c’est qu’à Marracq, l’Impératrice vint avec Mme Gazzani et Mlle Guilbaud. Il était évident que c’était pour me donner des maîtresses… En me donnant une maîtresse, Joséphine espérait me retenir, et par là empêcher le divorce. Franchement, je ne fus pas content de cette conduite. »

En novembre 1807, la question du divorce est évoquée pour la première fois devant l’impératrice, non plus comme une rumeur qui lui serait simplement rapportée, mais au cours d’un entretien informel avec Fouché, le ministre de la police. Il l’invite à sacrifier son bonheur à celui de la patrie. L’empereur doit laisser des enfants après lui et fonder une dynastie qui ôte aux Bourbons toute espérance de retour. Elle est le seul obstacle à la consolidation de la monarchie impériale, lui dit-il en substance, et son dévouement la placera au-dessus des souveraines les plus illustres qui ont occupé le trône de France. Mais pourquoi chercherait-elle à anticiper les événements alors qu’elle peut laisser aller librement le cours des choses ? Connaissant le caractère de son mari qui n’a jamais besoin d’intermédiaire pour pareille commission, elle soupçonne Fouché d’agir de son propre chef. « Je regarde mon lien avec l’Empereur comme écrit dans le livre des plus hautes destinées, lui répond-elle avec une grande dignité. Je ne m’expliquerai jamais que vis-à-vis de lui-même, et ne ferai jamais que ce qu’il ordonnera ». Napoléon, fort mécontent de cette malencontreuse démarche de son ministre, le désavoue officiellement. Toutefois, il n’est pas mécontent de voir les bruits de divorce se propager dans le public. Il faut préparer en effet l’opinion à ce grand événement. Il l’a arrêté dans son esprit sans en avoir encore en fixé la date. L’impératrice elle-même en parle comme d’une éventualité à laquelle elle s’est résignée. Il se raconte aussi que Napoléon aurait désigné Eugène comme son héritier, au cas où il viendrait à disparaître. Ces racontars irritent profondément l’empereur, qui ne souffre pas qu’on lui inspire sa conduite. « Vous avez des enfants, je n’en ai pas, déclare-t-il à Joséphine avec l’idée de l’amener à comprendre son choix. Vous devez sentir la nécessité où je me trouve de songer à consolider ma dynastie ; pour cela il faut que je divorce et que je me remarie. Cela sera avantageux à vos enfants. Vous avez beau pleurer, la raison d’Etat est la plus forte ; il faut vous y soumettre de bonne grâce, car, bon gré, mal gré, j’y suis résolu. » L’impératrice n’a jamais contré les ordres de Napoléon et elle n’est certainement pas disposée à s’opposer maintenant à lui. Il est le maître, lui seul décidera de son sort. « Quand vous m’ordonnerez de quitter les Tuileries, j’obéirai à l’instant, lui répond-elle. Je suis votre femme, j’ai été couronnée par vous en présence du Pape ; de tels honneurs valent bien qu’on ne les quitte pas volontairement. Si vous divorcez, la France entière saura que c’est vous qui me chassez, et elle n’ignorera ni mon obéissance, ni ma profonde douleur ». La sagesse de son attitude et la dignité de ses propos lui sont inspirées par Eugène, toujours vigilant à seconder sa mère de ses conseils. Quand lui parviennent les bruits que Fouché fait courir, il écrit à l’impératrice en septembre 1807 : « Tu n’auras jamais rien à redouter de lui parce que l’empereur en lui-même méprise ceux qui lui donnent de mauvais conseils… Si l’empereur te tracasse encore sur des enfants, dis-lui que ce n’est pas bien à lui de te reprocher des choses semblables. S’il croit que son bonheur et celui de la France l’obligent à en avoir, qu’il n’ait aucun égard étranger ». Des passions contraires et un attendrissement sincère agitent l’empereur, déstabilisé par le comportement très noble de l’impératrice. En l’absence de Napoléon parti vers Noël en tournée d’inspection dans le royaume d’Italie la rumeur se fait plus insistante. Joséphine affecte un flegme qui cache en réalité un profond accablement. Quitte à perdre sa place, elle préfèrera tomber la tête haute plutôt que de s’abaisser à des flatteries de courtisane. « Le retour de l’empereur m’a beaucoup occupée… écrit-elle à Eugène le 10 février 1808. Tu devines aisément que j’ai eu bien des sujets de chagrin. Les bruits qui couraient pendant l’absence de l’empereur n’ont pas cessé à son retour et ont, dans ce moment-ci, plus de prôneurs que jamais. Il est vrai que leurs auteurs n’ont pas été punis; au contraire, on a remarqué que ceux qui avaient cherché à les démentir ont reçu un accueil plus froid. Au reste, je m’en remets à la Providence et à la volonté de l’empereur. Ma seule défense est ma conduite, que je tâche de rendre irréprochable. Je ne sors, je n’ai plus aucun plaisir et je mène une vie à laquelle on s’étonne que je puisse me plier, après avoir été accoutumée à être moins dépendante et à voir beaucoup de monde. Je m’en console en pensant que c’est me soumettre au désir de l’empereur. Je vois ma considération baisser tous les jours tandis que d’autres augmentent en crédit… Que les trônes rendent malheureux… J’en signerais demain sans aucune peine l’abandon pour tous les miens. Le coeur de l’empereur est tout pour moi. Si je dois le perdre, j’ai peu de regret à tout le reste. Voilà ma seule ambition, et mon coeur tel qu’il est. Je sais bien que ce n’est pas avec cette franchise qu’on réussit, et si je pouvais, comme beaucoup d’autres, n’être qu’adroite, je m’en trouverais beaucoup mieux, mais je préfère conserver mon caractère. J’ai du moins l’estime de moi-même… »

Tout le monde à la Cour a intérêt au maintien de Joséphine sur le trône. Elle est douce, elle tempère par son équanimité les emportements de Napoléon, elle sait si bien obliger. L’arrivée d’une princesse inconnue, russe ou autrichienne, qu’importe, en haussant l’empereur au niveau des vieilles familles régnantes, risquerait par ailleurs de le couper encore un peu plus de ses courtisans. A la ville comme à la Cour, on ne parle plus que de la dissolution de ce mariage, chacun affiche sa propre opinion en fonction le plus souvent de son intérêt. A Paris, seuls les dévots, les frondeurs et les femmes de quarante à cinquante ans, par solidarité féminine avec Joséphine, le désapprouvent hautement. Mais cette nouvelle alerte sérieuse reste sans suite, car l’affaire d’Espagne occupe ailleurs Napoléon éloigné. Le voyage triomphal de l’empereur et de l’impératrice en 1808 dans les départements de l’ouest éloigne temporairement les bruits de divorce. Sur ces terres de chouannerie, Joséphine conquiert les coeurs de toute une population naguère soulevée contre le pouvoir central ; dans l’immédiat, il serait extrêmement inopportun de la répudier tandis qu’elle recueille tous les suffrages. Mais Napoléon ne peut indéfiniment différer sa décision. Le divorce est inéluctable, sa politique l’exige.

Pourtant, il hésite encore, il tergiverse. Il est tellement habitué à cette femme qu’il connaît depuis près de quinze ans et dont la douceur et le calme lui conviennent si bien. Il n’a cependant plus aucune doute sur sa capacité à engendrer. Si la naissance du futur comte Léon en décembre 1806 ne porte pas pour lui à conséquence, car elle est le fruit d’une amourette avec une jeune personne qui collectionne les amants, en revanche l’enfant que porte Marie Walewska en juillet 1809, et dont il est indiscutablement le père, le plonge dans des transports de joie. En effet, cette paternité lui ouvre l’espérance d’avoir un jour un héritier de son sang. Elle arrache sa décision et le détermine au divorce d’une manière définitive. Nous tenons là l’événement décisif, le point de non retour. D’ailleurs Joséphine, informée de tout, ne s’y trompe pas. Inquiète de la liaison passionnée que son mari entretient à Vienne avec la belle polonaise, elle est atterrée par la nouvelle de la grossesse de la jeune femme. Elle qui a toujours prétendu que la stérilité de leur couple incombait à l’empereur, elle sait que dorénavant ses jours sont comptés. De retour à Fontainebleau le 26 octobre, Napoléon lui demande de venir le rejoindre immédiatement. Le divorce est arrêté dans sa tête, mais il redoute de nouveau une nouvelle crise de larmes. Aussi se montre-t-il distant. Il évite toute intimité avec elle, il ne l’emmène plus dans sa calèche pour la promenade. Il a même ordonné depuis Schönbrunn qu’on mure la porte de communication entre leurs deux appartements. En arrivant au palais, Joséphine s’en est étonnée. « Croyez qu’il y a là-dessous quelque mystère ! » a-t-elle fait remarquer à M. de Bausset, le Préfet du Palais. Napoléon veut s’épargner des scènes publiques.

Des scènes, justement, combien en a-t-il essuyées au cours de ces deux dernières années ? Déjà au début de 1808, peu avant le départ pour Bayonne, un soir, au moment de se mettre au lit, il avait perdu toute contenance et, pressant l’impératrice dans ses bras, il lui avait répété en pleurs: « Ma pauvre Joséphine, je ne pourrai point te quitter ! » . Dans ces moments aussi extrêmes, Joséphine plus maîtresse d’elle-même que jamais, adopte le ton des grands jours et vouvoie l’empereur. Elle le console, le prie de se calmer « Sire, sachez ce que vous voulez, lui dit-elle, et finissons de telles scènes. » Cette situation la met dans un état d’agitation perpétuelle, au point que chaque coup donné à sa porte lui provoque des battements de cœur si violents qu’elle peut à peine respirer. Leur retour à Paris le 14 novembre 1809 annonce la fin du drame. L’empereur qui a toujours redouté le spectacle de la sensibilité féminine, a constamment adopté dans les circonstances pénibles une attitude rigide et froide. Joséphine et Hortense qui le connaissent bien, savent comment le décontenancer en adoptant un ton déterminé et calme. Aussi lorsque Napoléon convoque sa belle-fille pour lui annoncer sa décision et lui dire que rien ne saurait le faire changer d’avis, Hortense l’assure que sa mère « se soumettra, j’en ai la conviction, et nous nous en irons tous, emportant le souvenir de vos bontés ». A ces mots, l’empereur s’agite: « quoi ! vous me quitterez tous, vous m’abandonnerez ! Vous ne m’aimerez donc plus ? ». Il répand des larmes, sanglote , incapable de cacher son émotion, sentant le besoin de justifier cette attitude qui n’est dictée que par la raison d’Etat. Le sacrifice n’est facile pour personne. Napoléon lui-même s’y résout péniblement, surtout en présence d’Eugène et d’Hortense. Il aime Joséphine, il la regrettera, mais si son cœur hésite encore, sa décision est arrêtée.

La fameuse scène de l’évanouissement de Joséphine se déroule aux Tuileries le 30 novembre, trois jours après qu’Hortense a informé sa mère de la décision de l’empereur. Napoléon en sort profondément troublé. Il confie à M. de Bausset : « L’intérêt de la France et de ma dynastie a fait violence à mon cœur ; le divorce est devenu un devoir rigoureux pour moi ; je suis d’autant plus affligé de la scène que vient de faire Joséphine que depuis trois jours elle a dû savoir par Hortense la malheureuse obligation qui me condamne à me séparer d’elle. Je la plains de toute mon âme, je lui croyais plus de caractère et je n’étais pas préparé aux éclats de sa douleur. »

Lien : Le divorce de Napoléon et Joséphine (2)

© Bernard CHEVALLIER, directeur des châteaux de Malmaison et Bois Préau, du musée napoléonien de l’Île d’Aix, et de la Maison Bonaparte à AJaccio, conservateur général du patrimoine.

LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL LASALLE (1775-1809), COMTE D’EMPIRE

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Général Antoine Lasalle (1775-1809), Comte d’Empire

Le général de division Lasalle a été tué d’une balle. C’était un officier du plus grand mérite et l’un de nos meilleurs généraux de cavalerie légère.

(Napoléon Bonaparte)

Lasalle (Antoine-Charles-Louis, Comte de), officier général, né à Metz (Moselle), le 1à mai 1775, de “Nicolas de Lasalle d’Augny, écuyer commissaire ordonnateur des guerres, chevalier de Saint-Louis, et de Suzanne du Puy de la Gaule”, tué à Wagram le 6 juillet 1809 ; entra dans la carrière militaire au moment de la Révolution, comme simple chasseur du 23e régiment de cette armé, devint aide de camp de Kellermann, et arriva au grade de chef d’escadron sur le champ de bataille. A la bataille de Rivoli, il fit mettre bas les armes à un bataillon autrichien, suivit ensuite Bonaparte en Egypte, et se fit remarquer à la bataille des Pyramides par un fait d’arme superbe, digne d’un Bayard, et dans cette journée fut nommé colonel du 22e régiment de chasseurs. De retour en France, il devint colonel du 10e régiment de hussards et en cette qualité fit de nouveau la campagne d’Italie, fut promu général de brigade et se battit bravement à Austerlitz à la tête d’une brigade de dragons, et dans la campagne de Prusse força le corps de gendarmes de la garde du roi, à se rendre à discrétion. Le 30 décembre 1806, il fut promu général de division, attaqua la ville de Stettin et s’en fit ouvrir les portes par le gouverneur, passa ensuit en Espagne, et s’y distingua, comme toujours, par des actions d’éclat ; fit la dernière campagne contre les Autrichiens et cueillit de nouveaux lauriers aux combats d’Altenborg, de Raab, d’Essling, et après avoir fait des prodiges de valeur, il y fut tué.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL KLEBER (1753-1800)

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Général Jean-Baptiste Kléber (1753-1800)

La mort de Kléber fut une perte irréparable pour la France et pour moi. C’était un homme doué des talents les plus brillants et de la plus grande bravoure.

(Napoléon Bonaparte)

Kléber (Jean-Baptiste), officier général né à Strasbourg (Bas-Rhin), le 9 mars 1753 de “Jean-Nicolas Kléber, tailleur de pierre, et de Renée Borget”, assassiné au Caire (Egypte) le 14 juin 1800 ; débuta dans l’armée autrichienne en 1776 et y servit jusqu’en 1783 ; donna sa démission et revint dans le Bas-Rhin ; devint le 8 janvier 1792, adjudant major dans le 4e bataillon du Haut-Rhin et parvint, en mai de la même année, lieutenant-colonel en deuxième du même bataillon, assista au siège de Mayence où il se distingua d’une façon brillante et fut nommé chef de brigade, le 17 août 1793, et c’est en cette qualité qu’il passa en Vendée avec la garnison de Mayence, y montra un courage extraordinaire et fut blessé au fameux combat de Torfou, à la tête des grenadiers d’avant-garde, fut ensuite envoyé à l’armée du Nord ; puis à celle de Sambre-et-Meuse ; fut un des vainqueurs de Fleurus où il commandait l’aile gauche de l’armée française, s’y distingua par sa grande habileté. Il fut promu, le 9 floréal an II, général de division et seconda énergiquement le général en chef Jourdan dans sa campagne de l’an IV et contribua pour une large part à ses succès ; remporta personnellement de brillants avantages, fit abandonner la position d’Ukerath à l’ennemi et livra bataille à Altenkirchen, où il resta vainqueur, continua ses succès en prenant Koemigshoffen et Bamberg, puis, le commandement en chef de l’armée de Sambre-et-Meuse lui fut confié, passa au même titre à l’armée dite d’Angleterre, puis suivit Bonaparte en Egypte, et fut blessé, à la première attaque à Alexandrie ; marcha ensuite en Syrie, commanda le corps d’observation pendant le siège d’Acre et l’arrière-garde au moment de la retraite, et fut pourvu du commandement en chef de l’armée d’Egypte lors du départ de Bonaparte pour la France, battit successivement Mourad-Bey, et le grand vizir, et quoique dénué de tout, sans argent, sans secours, sans renfort, il parvint, par une tactique admirable, à conserver l’honneur la gloire de l’armée française et s’immortalisa lui-même. Il gagna la fameuse bataille d’Héliopolis avec une poignée d’hommes, fit le siège du Caire révolté, repris la ville et se trouva dans une belle situation. Le 14 juin, après avoir passé, dans l’île de Raoudach, la revue de la légion grecque, il vint au Caire voir les préparatifs que l’on faisait à sa maison, il fut frappé mortellement par plusieurs coups de poignard par un Turc nommé Soleyman. Cette perte fut irréparable, car l’armée perdait un de ses meilleurs généraux, et comme Hoche et Marceau, Kléber fut pleuré par les républicains et les patriotes !

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Général Kléber sur Wikipedia

09.18.07

LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL JUNOT (1771-1813), DUC D’ABRANTES

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Général Jean-Andoche Junot (1771-1813), duc d’Abrantès

Il avait dissipé de vrais trésors sans discernement, sans goût ; trop souvent même dans des excès grossiers.

(Napoléon Bonaparte)

Junot (Jean-Andoche, duc d’Abrantès), officier général, né à Bussy-le-Grand (Côte d’Or), le 23 octobre 1771, de “Michel Junot, marchand, et de Marie-Antoinette Bienaymé”, mort à Montbard (Côte d’Or) le 29 juillet1813 ; partit, en 1792, comme grenadier dans un des bataillons de volontaires, de la Côte d’Or et devint, en l’an IV, aide de camp de Bonaparte, se signala, dans cet emploi, par sa bravoure, l’accompagna en Egypte, et se distingua surtout dans l’expédition de Syrie, où il livra, avec environ 300 Français, contre des forces considérables de turcs, le fameux combat dit de Nazareth, en thermidor an VIII. Junot fut ensuite nommé commandant de la place de Paris, et, en frimaire an XII, eut le commandement d’une division de l’armée d’Angleterre ; fut décoré, le 1er février 1805, du Cordon rouge au moment où il était ambassadeur près du prince régent du Portugal, se rendit ensuite à l’armée d’Alllemagne, se trouva à la bataille d’Austerlitz, où il se distingua d’une façon brillante, puis retourna en Espagne où il devint commandant en chef de l’armée, appelé à marcher contre le Portugal, s’en empara sans rencontrer une grande résistance et en fut récompensé par le titre de duc d’Abrantès. Il fut obligé de rétrograder devant les forces supérieures des Anglais, qui vinrent l’assièger dans Lisbonne, puis contraint de capituler le 30 août 1808, mais le fit d’une manière très honorable pour lui et pour son armée, qui ne fut pas prisonnière de guerre. L’Empereur qui ne pardonna jamais aux généraux le plus petit échec, le disgracia un certain temps, mais quand l’expédition de Russie en 1812 fut décidée, se vit forcé de rappeler Junot, à qui il confia le commandement du 8e corps, à la tête duquel il se signala au combat de Valentino. Rentré en France après les désastres de cette expédition, Junot fut envoyé dans les Provinces Illyriennes, dont il venait d’être nommé gouverneur général ; il y tomba malade, et, dans un accès de fièvre, il se jeta par la fenêtre et se tua sur le coup.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL DE LA BEDOYERE (1786-1815)

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Le Général Charles de La Bédoyère (1786-1815)

La Bédoyère était éminemment français ; il fut guidé par les sentiments les plus nobles et les plus chevaleresques dans la démarche qu’il fit à Grenoble ; dévouement alors admirable, car tout était douteux.

(Napoléon Bonaparte)

La Bédoyère (Charles-Angélique-François Huchet, Comte de), Officier général et législateur, né à Paris, le 17 avril 1786, de “Charles-Marie-Philippe Huchet de La Bédoyère, et de Félicité-Julie Desbarres”, mort à Paris le 19 août 1815 ; entra au service en 1806, fit les campagnes de 1806 et 1807 dans le corps des gendarmes d’ordonnance, devint l’aide de camp de Lannes, se distingua à Ratisbonne et fut blessé à Essling, prit part à la campagne de 1812 et fut nommé colonel au 112° de ligne, se battit à Lutzen, à Bautzen et assista à la prise de Colberg (1813), y fut encore blessé et revint en France. Après l’abdication de Fontainebleau, sa famille qui cherchait à le convertir au royalisme, obtint pour lui la décoration de Saint-Louis, mais le retour de l’île d’Elbe le rejeta dans le parti impérialiste. Lorsque l’Empereur arriva à Vizille, un régiment entier se joignit à lui ; ce fut celui de La Bédoyère, et ce dernier abordant Napoléon, ne craignit pas de lui adresser les paroles suivantes : “Sire, lui dit-il, plus d’ambition, plus de despotisme, nous voulons être libres et heureux. Il faut que Votre Majesté abjure le système des conquêtes et d’extrême puissance qui a fait le malheur de la France et le vôtre.” La Bédoyère se faisait illusion sur les sentiments de l’Empereur, et s’en aperçut de suite en voyant les premiers décrets de ce dernier, mais il n’en fut pas moins nommé général de brigade, devint son aide de camp et passa général de division, et tout cela en quelques jours, puis il fut nommé pair de France, le 2 juin 1815 ; il assista à la bataille de Waterloo et resta un des derniers sur le champ de bataille ; puis il revint après ce désastre, occuper son siège à la Chambre haute, appuya la proposition de faire accéder au trône de Napoléon Ier, son fils Napoléon II : “Faudra-t-il, dit-il, au milieu des interruptions et des rappels à l’ordre, que le sang des français ait encore coulé pour passer sous le joug odieux de l’étranger, pour courber la tête sous un gouvernement avili ; pour voir nos braves guerriers abreuvés d’humiliations et d’amertumes et privés de l’existence due à leurs services, à leurs blessures, à la gloire de la nation ? J’ai entendu des voix autour du trône du souverain heureux ; elles s’en éloignent aujourd’hui qu’il est dans le malheur. L’adication de Napoléon est indivisible. Si l’on ne veut pas le reconnaître, i doit tenir l’épée, environné de Français qui ont versé leur sang pour lui et qui sont encore tout couverts de blessures. Il sera abandonné par de vils généraux qui l’ont déjà trahi.” Puis il proposa que tout Français qui quitterait son drapeau fût noté d’infamie, et eût “sa maison rasée et sa famille proscrite” ; enfin il mit le comble à l’exaspération de plusieurs de ses collègues par les mots suivants : “Alors, plus de traîtres, plus de ces manoeuvres qui ont occasionné les dernières catastrophes et dont peut-être quelques auteurs siègent ici.” Après la réddition de Paris, La Bédoyère se retira derrière la Loire, puis se fixa à Riom. dans cette ville il lui fut signifié qu’il n’était pas compris dans la loi d’amnistie et qu’il serait traduit devant un conseil de guerre ; il tenta alors de passer en Suisse ; mais, dénoncé par un officier de gendarmerie, qui se trouvait dans la même voiture que lui, il fut aussitôt surveillé de près et arrêté dans une maison du faubourg Poissonnière, le 2 août 1815, puis conduit à la prison militaire de l’Abbaye. La famille et quelques amis essayèrent de le délivrer, mais ce fut peine perdue ; il prit comme défenseur Benjamin Constant, fut traduit devant le 2ème conseil de guerre permanent de la 1ère division militaire, et comparut le 9 août devant ce conseil. Il était prévenu “de trahison, de rebellion et d’embauchage”. La Bédoyère resta calme et répondit avec simplicité. “J’ai pu, dit-il me tromper sur les véritables intérêts de la France, j’ai pu être égaré par des illusions, par des souvenirs, par de fausses idées d’honneur ; il est possible que la patrie ait donné à mon coeur un langage chimérique. Mais la grandeur des sacrifices que j’a faits, en m’exposant à rompre les liens les plus chers, prouve qu’il n’entrait dans ma conduite aucun motif d’intérêt personnel. Je n’ai ni l’intention ni la possibilité de nier des faits publics et notoires ; mais je proteste que je n’ai trempé dans aucun complot qui ait précédé le retour de Buonaparte ; je suis même convaincu qu’il n’a point existé de conspiration pour ramener Buonaparte de l’île d’Elbe…”. Le 15, il fut condamné à mort, et le 19 son pourvoi fut rejeté ; toutes les démarches de sa famille auprès de Louis XVIII furent vaines et La Bédoyère fut fusillé dans la plaine de Grenelle. Désignant son coeur il cria au peloton : “C’est là qu’il faut frapper !”.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL GERARD (1773-1852), COMTE D’EMPIRE

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Général Etienne Gérard (1773-1852), Comte d’Empire

Entre tous mes généraux, Gérard est né avec l’instinct d’un grand capitaine ; c’est une espérance pour la France; le temps m’a manqué pour le faire maréchal.

(Napoléon Bonaparte)

Gérard (Etienne-Maurice, Comte), officier général et législateur, né à Damviller (Meuse), le 4 avril 1773, du “sieur Jean Gérard, et demoiselle Saint-Rémy”, mort à Paris le 17 avril 1852 ; entra dans l’armée en 1791 comme engagé volontaire, fit partie de l’armée de Sambre-et-Meuse et assista à la bataille de Fleurus, devint aide de camp de Bernadotte le 25 messidor an VII, puis fut adjudant commandant le 2 fructidor an XIII, prit par à la bataille d’Austerlitz et y fut blessé, devint grand officier de la Légion d’honneur le 27 janvier 1806 et se distingua à la bataille de Hall, fut promu le 13 novembre général de Brigade, se battit à Eylau, se signala dans la campagne de 1809, à Durfort, à Euzersdorff et à Rorschdorff, et fut créé baron d’Empire le 15 août, fit la campagne de Russie, succéda au général Gudin dans le commandement de sa division, le 23 septembre 1812 ; prit part aux batailles de Lutzen, et de Bautzen, puis à Leipzig où il fut sérieusement blessé. Gérard fit toute la campagne de France, se multiplia à Brienne, à La rothière et à Saint-Dizier, adhéra à la déchéance de l’Empereur, ce qui lui valut de Louis XVIII la croix de Saint-Louis et le grand cordon de la Légion d’honneur. Au retour de l’île d’Elbe, il fut chargé du commandement du 4° corps puis, nommé, le 2 juin 1815, pair de France ; se battit avec acharnement à Ligny, ne put prendre part à la bataille de Waterloo, par suite de la fausse manoeuvre de Grouchy, fut blessé à l’affaire de Wavre contre l’arrière garde de Blücher. Mis en non-activité par la Restauration, il passa en Belgique et ne revint à Paris qu’en 1817. Elu député le 28 janvier 1822, par le 1er arrondissement de Paris, il siégea dans l’opposition libérale, signa la protestation contre l’expulsion de Manuel, fut réélu par l’arrondissement de Bergerac le 19 novembre 1827. A la Chambre, Gérard prit constamment la défense de ses anciens compagnons d’armes, fut l’un des premiers signataires de la protestation contre les ordonnances du 25. Le 11 août 1830, il accepta le portefeuille de la guerre, et fut promu le 17 du même mois, maréchal de France, donna sa démission de ministre, pour raison de santé continua de siéger à la Chambre des députés ; puis fut nommé pair de France le 11 février 1833, et, le 18 juillet 1834, reprit le portefeuille de la guerre. Grand chancelier de la Légion d’honneur le 4 février 1836, il abandonna ce poste le 11 décembre 1838 pour remplacer le maréchal Lobau à la tête de la garde nationale e la Seine, et devint, le 21 octobre 1842, grand chancelier de la Légion d’honneur. Le 26 janvier 1852, il fut nommé sénateur.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et de l’Empire du Dr Robinet)

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NAPOLEON ET POZZO-DI-BORGO

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NapoléonPozzo

Au cours de sa prodigieuse carrière, Napoléon rencontra devant lui un ennemi implacable, un compatriote, le diplomate Charles-André Pozzo-di-Borgo ; l’inimitié de ces deux corses a peut-être modifié le cours de l’Histoire.

Charles-André Pozzo-di-Borgo est né à Alata, petit village à 10 kilomètres d’Ajaccio, le 8 mars 1764 ; après de brillantes études à l’université de Pise, il se fit inscrire comme avocat à Ajaccio ; Joseph Bonaparte, qui avait pris; à la mort de son père, la direction des affaires de la famille, se lia d’amitié, en 1786, avec ce jeune avocat “fort habile dans sa profession” qui lui prêta souvent son appui dans ses intérêts de famille”. Napoléon Bonaparte, lieutenant en second au régiment de la Fère, arriva à Ajaccio le 15 septembre 1786, et ne quitta la Corse, pour aller rejoindre son régiment à Auxonne, que le 1er juin 1788 ; au cours d’un séjour de près de deux ans à Ajaccio, il eut des relation suivies avec Pozzo-di-Borgo. “Nous avons lu ensemble, dit Pozzo, Montesquieu et d’autres livres de politique et de legislation. Il saisissait toutes le grandes idées avec une impatience incroyable…”

Après la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, un mouvement révolutionnaire éclate en France, gagne la Corse. Le lieutenant d’artillerie Bonaparte, rentré à Ajaccio à la fin de septembre 1789, et Charles André Pozzo-di-Borgo, se montrent des enthousiastes des idées nouvelles, se signalent à l’attention publique. “Napoléon et moi, disait Pozzo, nous causions de ce qui était et de ce qui pouvait arriver. Nos têtes se montaient ; je puis dire que la sienne avait, à cet égard, la supériorité”.

Mais Paoli vient de rentrer en Corse, en juillet 1790, après 20 ans d’exil ; il est frappé par la parole éloquente, l’intelligence déliée de Pozzo ; il le fait désigner comme député extraordinaire, le 23 septembre 1790, pour présenter à l’Assemblée Nationale, avec Antoine Gentili, les adresses votées au Congrès d’Orezza, puis le 13 septembre 1791, il le fait élire député à la Législative.

Le lieutenant Bonaparte prit-il ombrage de ce que Pozzo avait été nommé député à la Législative plutôt que son frère Joseph ? C’est fort probable. Mais un dissentiment sérieux allait bientôt se produire entre les Pozzo et les Bonaparte. Le 1er avril 1792, le lieutenant Bonaparte se faisait élire lieutenant-colonel des gardes nationales de la Corse, en ayant recours à un coup de force, contre Mathieu Pozzo-di-Borgo, le frère du député à la Législative. Dans ses notes de 1838, Pozzo paraît n’avoir gardé aucune amertune de cet incident. “Je reçus à Paris, dit-il, des protestations et des actes qui pouvaient faire annuler l’élection à cause des irrégularités qui l’avaient accompagnée. Loin d’y avoir égard, je donnai tort aux miens d’avoir voulu opposer le moindre obstacle à Napoléon et je les priai de se réconcilier”.

En tout cas, la cordialité et la confiance avaient disparu. Bonaparte s’était rendu à Paris, le 28 mai, pour obtenir sa réintégration dans l’artillerie, il rencontra Pozzo à l’Hôtel des Patriotes hollandais, et ils eurent, tous deux, “l’air contraint, cependant ami” ; Pozzo promit, par la suite, de faire une démarche en sa faveur, mais n’en fit rien. Néanmoins, le 19 juillet, Bonaparte était nommé capitaine au 4° d’artillerie.

Le dissentiment entre Pozzo et Bonaparte n’allait pas tarder à prendre une tournure violente. Le champ d’action qu’offrait la Corse était trop étroit pour ces jeunes ambitieux.

Joseph Bonaparte avait posé sa candidature, le 22 septembre 1792, au quatrième siège de député à la Convention, et il s’était heurté, entre autres, à l’hostilité sourde de Pozzo ; or, Paoli était nommé par décret du 11 septembre, commandant des forces militaires de la Corse, avec le concours, disait-on, de Pozzo, qui était en excellents termes avec Servan, ministre de la guerre ; ce garçon actif, ambitieux, séduisant, avait réussi à s’imposer à l’esprit de Paoli, un vieillard de soixante-huit ans, fatigué et malade, qui le faisait élire, fin décembre 1792, procureur général syndic, c’est à dire chef réel de l’Administration en Corse, malgré l’opposition violente que lui avaient faite les Bonaparte ; ceux-ci avaient de réels motifs de ressentiment contre Paoli qui les tenait en suspicion, avait refusé d’agréer Lucien comme secrétaire, n’avait pas consenti à réserver une place à Joseph dans la nouvelle administration ; les Bonaparte attribuaient l’attitude de Paoli à leur égard aux menées de Pozzo-di-Borgo qui disposait d’un pouvoir sans limites. Il en convint lui-même dans ses Notes : Le général Paoli était l’objet de la vénération publique et la force du parti, mais j’en étais l’action. “Egli capo, io mano”.

Les Bonaparte n’étaient pas gens à se laisser barrer la route sans réagir ; ils liaient partie avec les jacobins, les Arena, les Saliceti, les pires ennemis de Paoli, qui débitaient des infamies sur son loyalisme ; en attaquant Paoli, ils visaient à ruiner le crédit de Pozzo ; or, par décret du 2 avril 1793, Paoli et Pozzo-di-Borgo étaient mis en accusation et traduits à la barre de la Convention ; le Directoire du département interceptait une lettre de Lucien Bonaparte, dans laquelle il se vantait d’avoir provoqué le décret du 2 avril, et où il avouait, avec cynisme : “Paoli et pozzo décrétés d’accusation et notre fortune est faite.” Pozzo faisait imprimer cette lettre, la rendait publique ; il était à ce moment animé d’une haine violente contre les Bonaparte ; il déployait une activité fébrile pour déjouer les manoeuvres des ennemis de Paoli ; sous son inspiration, celui-ci convoquait une Assemblée des Communes, à Corté, le 26 mai 1793, et la Corse se mettait en révolte contre la Convention ; à la séance du 29 mai, Pozzo faisait voter, entre autres, une flétrissure contre “les Bonaparte, nés dans la fange du despotisme, élevés sous les yeux et au frais d’un pacha luxurieux (Marbeuf) qui commandait dans cette île… qui s’étaient faits de vils agents de la faction tyrannique qui avait conjuré de réduire la Corse à l’esclavage…” ; Pozzo en bon Corse assoiffé de vengeance, ne s’en tenait pas à des blâmes platoniques infligés dans un Congrès ; il expédiait des détachements armés en divers points de la Corse pour châtier les ennemis de Paoli ; une troupe armée fut envoyée à Ajaccio pour s’emparer des Bonaparte ; Letizia Bonaparte, prevenue à temps, réussit à quitter la ville nuitamment avec ses enfants, et, après avoir érré dans le maquis, elle put prendre passage sur une des frégates françaises qui étaient venues mettre le siège davant Ajaccio ; tandis que les Bonaparte quittaient la Corse pour se soustraire aux fureurs des Paolistes, tous leurs biens étaient dévastés ou brûlés.

Pozzo, engagé dans une politique contre la France, était entraîné à placer la Corse sous la souveraineté de l’Angleterre (juin 1794) ; il en fut récompensé par la nomination de Président du Conseil d ‘Etat du gouvernement anglo-corse.

Bonaparte, de son côté, devenait, en moins de trois ans, après son départ de Corse, le glorieux général en chef de l’armée d’Italie ; son premier soin fut de délivrer la Corse de l’occupation anglaise (octobre 1796) “il ordonnait au général Gentilli (17 octobre1796) de faire arrêter et juger par une commission militaire les quatre députés qui avaient porté la couronne au roi d’Angleterre, les membres du Gouvernement et les meneurs de cette infâme trahison, entre autres les citoyens Pozzo-di-Borgo, etc…” Mais Pozzo avait réussi à quitter la Corse pour l’Angleterre, le 20 octobre 1796.

L’antagonisme de ces deux Corses allait se déployer désormais sur un théâtre plus vaste.

Tandis que Bonaparte atteignait l’apogée de la puissance, devenait Empereur de Français, maître de l’Europe, le proscrit Pozzo, sans famille, sans fortune, sans patrie, ne cessait pas un instant de le poursuivre de sa haine. Il écrit mémoires sur mémoires, se met au service de la Russie, se rend à Londres, à Vienne, Saint-Pétersbourg, aux Dardanelles, suggérant, provoquant contre “son ennemi personnel Bonaparte” les coalitions les plus fatales “quittant alternativement les cours qui se rapprochaient de la France pour se rendre auprès de celles qui s’en éloignaient, revenant auprès des premières quand elles rompaient avec nous et toujours soufflant l’ardeur dont il était animé (1)”. Les victoires les plus éclatantes de Napoléon, Ulm, Austerlitz, Iéna, Wagram et les traités de paix qui s’en suivent ne découragent pas Pozzo, n’entament pas son énergie.

C’est Pozzo qui décide Bernadotte à prendre parti contre Napoléon ; c’est lui qui pousse les alliés à marcher sur Paris, qui fait reléguer Napoléon à l‘île d’Elbe, et, plus tard, à Sainte-Hélène.

Ce n’est pas moi, sans doute, dit-il à Talleyrand, après Waterloo, qui ait tué politiquement Bonaparte ; mais c’est moi qui lui ait jeté la dernière pelletée de terre.”

Au cours de ces quatorze années de lutte, Napoléon s’efforça, mais en vain, d’atteindre son redoutable ennemi ; il demanda même, après le traité de Vienne, son extradition, sans pouvoir l’obtenir.

“C’est Pozzo-di-Borgo, croit-on, dit Napoléon à Sainte-Hélène, qui a conseillé à l’Empereur Alexandre de marcher sur Paris ; il a, par ce seul fait, décidé des destinées de la France, de celle de la civilisation européenne, de la face et du sort du monde.”

On s’est souvent demandé d’où venait la haine atroce de Pozzo contre Napoléon. Dans une curieuse conversation que Pozzo a eue avec Alfred de Vigny, le 10 juillet 1830, il ne cesse de se représenter “l’antagonisme de Bonaparte” et il trouve moyen de lui dire “que la source de sa haine contre Bonaparte avait été la dénonciation de Lucien en 1793, qu’il avait lutté toute sa vie et avait fini par lui porter le dernier coup ; que, lorsque Alexandre l’avait abandonné, il avait demandé un firman au Grand Seigneur pour traverser ses terres et se retirer. Vienne, après le mariage de Bonaparte, ne le livra pas, mais l’abandonna. Ce fut alors qu’il se retira en Angleterre ; de là, il écrvit à l’Empereur Alexandre : “Je ne suis plus votre sujet, mais serai toujours votre serviteur. Vous ferez la guerre à Bonaparte, et je vous servirai alors. Bonaparte est perdu s’il vise à l’infini”.

Pozzo a toujours eu la préoccupation de faire bonne figure devant la postérité ; il se pourrait qu’il n’ait pas avoué la raison secrète de sa haine contre Napoléon. Il est probable que Lucien Bonaparte a été la cause déterminante du décret du 2 avril 1793, qui traduisait Pozzo à la barre de la Convention. Mais la dénonciation de Lucien, dont il avait, d’ailleurs, tiré vengeance, a plutôt favorisé son ambition. Elle l’a amené à exercer pendant deux ans, sous le titre de Président du Conseil d’Etat du Gouvernement anglo-corse, les fonctions offcielles deVice-Roi de la Corse. Il était mieux fonder à donner comme motif de sa haine l’expédition du général Bonaparte en Corse en 1796, qui l’avait précipité du pouvoir, et l’avait obligé à mener une vie errante de proscrit.

Les événements de 1793, au contraire, autorisaient Napoléon à garder une haine sourde contre Pozzo. Il ne pouvait pas oublier que, dans la journée du 29 mai 1793, en présence de délégués de toutes les communes de la Corse, Pozzo avait jeté l’opprobre sur sa famille, et oser porter atteinte à l’honneur de sa mère.

La haine de Pozzo contre napoléon ne nous paraît donc pas se rattacher aux incidents de 1793. Thiers l’attribue à l’envie.

Pozzo avait connu Bonaparte à Ajaccio petit lieutenant d’artillerie ; il lui avait apparu comme un jeune ambitieux effréné, à l’esprit fiévreux, prompt à toutes les audaces pour réussir ; il avait fréquenté la famille Bonaparte et n’ignorait pas qu’elle se débattait péniblement au milieu des difficultés de la vie ; Bonaparte était plus jeune que lui de cinq ans ; il l’avait nettement dominé dans toutes les circonstances où ils s’étaient trouvé en compétition, et il a dû s’imaginer qu’il lui était supérieur en finesse, en sens politique. Il est vraisemblable que lorsque Bonaparte devenait, en très peu d’années, général en chef glorieux, Premier Consul, Empereur, il a dû être stupéfait, attribuer son élévation à un concours de circonstances inouïes, et ne cesser de voir en lui le petit politicien d’Ajaccio, et fils de Letizia, au cerveau tumultueux dont la fortune invraisemblable ne pouvait durer.

Cette hypothèse se trouve corroborée par une observationde Miot sur la mentalité des contemporains de Napoléon. Miot, se trouvait à Ajaccio au moment où Napoléon fut nommé Consul à vie, et il a constaté les “dispositions envieuses de la population” qui, à cette nouvelle, ne se livra “à aucune démonstration de joie ou de sympathie. En général, il y eut plus d’étonnement que d’enthousiasme. On ne savait comment concilier cette fortune surprenante avec les souvenirs trop récents de la famille Bonaparte, que tous les habitants d’Ajaccio avaient connue dans un état si éloigné de sa grandeur actuelle.

(1) Thiers – Histoire du Consulat et de l’Empire, XVII, 105

(Extrait du Souvenir de Napoléon à Ajaccio de Jean-Baptiste Marcaggi)

JEAN JACQUES REGIS CAMBACERES (1753-1824), ARCHICHANCELIER DE L’EMPIRE, DUC DE PARME

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Jean-Jacques Régis Cambacérès (1753-1824) duc de Parme, Archichancelier de l’Empire

Vous voulez bien manger, allez chez Cambacérès.

(Napoléon Bonaparte)

Cambacérès (Jean-Jacques-Régis, duc de Parme), conseiller à la cour des Comptes, législateur, consul, ministre, etc. ; né à Montpellier (Hérault), le 18 ocotbre 1753, de “maître Jean-Antoine Cambacérès, commissaire à la cour des comptes, aides et finances à Montpellier, et dame Marie-Rose Vassal” , fut agréé le 21 octobre 1772, comme maire en la ville de Mirepoix, et le 16 novembre 1774, pourvu de la charge de conseiller à la cour des comptes , aides et finances de Montpellier, en survivance de son père. En mars 1789, il fut élu suppléant de la noblesse aux Etats généraux par la sénéchaussée n’ayant droit qu’à un seul député de la noblesse. Le 6 septembre 1792, fut élu par l’Hérault, membre de la Convention, et, dans le procès du roi, déclara “que la Convention nationale doit décréter que Louis a encouru les peines établies contre les conspirateurs par le codé pénal, qu’elle doit suspendre l’exécution du décret jusqu’à la cessation des hostilités, époque à laquelle il sera définitivement prononcé par la Convention ou par le Corps législatif, sur le sort de Louis, qui demeurera jusqu’alors en état de détention, et néanmoins, en cas d’invasion du teritoire français par les ennemis de la République, le décret sera mis à exécution”. Le 26 mars 1793, il fut nommé membre du Comité de Salut Public et vota avec la majorité le 31 mai contre les Girondins. Après le 9 thermidor, au moment de la rentrée des 73 conventionnels arrêtés le 31 mai, il proposa une amnistie plénière pour les faits non prévus par le code pénal. Après le 13 vendemiaire, compromis par les papiers trouvés chez l’agent royaliste Lemaître comme entretrenant des relations avec les conspirateurs, il se justifia et la Convention vota l’impression de son discours. Son mandat expiré, Cambacérès fut élu le 21 vendemiaire an IV par plus de 50 départements, député au conseil des Cinq-Cents il opta pour l’Hérault, devint président de cette Assemblée, puis membre du Directoire exécutif, devint ministre de la justice le 2 thermidor an VII, poste qu’il occupa jusqu’au 3 nivôse an VIII, époque à laquelle il remplaça Sieyès comme deuxième consul. Le 28 floréal an XII, il fut nommé chancelier de l’Empereur, président du Sénat, grand officier de la Légion d’honneur (10 pluviôse an XIII), et fut créé duc de Parme le 19 mars 1808 ; devint membre du conseil privé, président du conseil d’Etat et de la Haute Cour impériale et reçut les décorations de toutes les puissances européennes. En 1814, il fut président du conseil de régence, et détermina l’Impératrice à se retirer avec le roi de Rome au delà de la Loire, et envoya de Blois, le 7 avril, son adhésion, comme sénateur, à la déchéance de Napoléon. L’Empereur ne lui garda pas rancune, puisqu’au retour de l’île d’Elbe il fut nommé pair de France, puis président de cette Chambre, et par intérim ministre de la justice. Louis XVIII revenu, Cambacérès fut banni du teritoire français comme prétendu régicide, se retira à Bruxelles, mais, par une décision royale du 13 mai 1818 il fut rappelé en France. Il se déclara en 1820 un fidèle ami de la monarchie. Il était membre de l’Institut depuis l’An III.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

Lien : Jean-Jacques-Régis Cambacérès sur Wikipedia

09.17.07

LES GENERAUX NAPOLEON – GENERAL CAULAINCOURT (1773-1827), DUC DE VICENCE

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Caulaincourt n’a pas fait grand-chose à Saint-Petersbourg. C’est un honnête homme qui m’a bien servi, mais il ne convenait pas comme ministre des affaires étrangères.

(Napoléon Bonaparte)


Caulaincourt
(Armand-Augustin-Louis, duc de Vicence), officier général, ambassadeur, législateur et ministre, né à Caulaincourt (Aisne) le 9 décembre 1773, mort à Paris 19 février 1827 ; était en 1791, aide de camp de son père, destitué en 1792, comme noble et réintégré dans l’armée en l’an III avec le grade de capitaine, fit les campagnes du Rhin, fut promu colonel et blessé à Weinheim. Après la paix, Bonaparte l’envoya en Russie, comme agent diplomatique, auprès du tsar Alexandre, mais il échoua dans sa mission, revint en France, fut promu général de brigade, puis général de division. Le 11 pluviôse an XII, il fut fait grand officier de Légion d’honneur, devint grand écuyer, et fut envoyé à Saint-Pétersbourg comme ambassadeur, puis créé le 7 juin 1808, duc de Vicence. Il sollicita son rappel en 1811, quand il vit le refroidissement se produire entre les deux cours. A son retour, le 5 avril 1813, il fut nommé membre du Sénat conservateur, partit comme plénipotentiaire français auprès des rois coalisés, pendant la campagne de Saxe et signa l’armistice de Pleswitz le 4 juin 1813, fut ensuite nommé ministre des affaires étrangères en novembre de la même année, portefeuille qu’il reprit pendant les Cent-jours et fut nommé le 2 juin 1815, pair de France. Sous la Restauration, il se retira de la vie politique.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL CAMBRONNE (1770-1842), COMTE D’EMPIRE

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Général Pierre Cambronne (1770-1842), Comte d’Empire

“La Garde meurt. Elle ne se rend pas.”

(Waterloo – 18 juin 1815)

Cambronne (Pierre-Jacques-Etienne), officier général et législateur, né à Nantes (Loire-Inférieure), le 26 décembre 1770, de “noble homme Pierre-Charles Cambronne, négociant, et de dame Françoise Adélaïde Druon”, mort à Nantes le 29 janvier 1842 ; entra dans l’armée en 1792 comme grenadier dans le 1er bataillon de Maine-et-Loire, fit les campagnes de l’armée du Nord, à celles des Côtes de Brest, de Cherbourg et de l’Ouest, était capitaine de carabiniers en l’an III passa à l’armée de Rhin-et-Moselle, servit en l’an VI à celle d’Angleterre et en l’an VII à celle du Danube, fit partie en l’an XII et l’an XIII des troupes rassemblées au camp de Saint-Omer où il reçut la décoration de la Légion d’honneur, se signala plus tard à la bataille d’Iéna, fut fait officier de la Légion d’honneur et fit la campagne de Pologne ; partit pour l’Espagne, prit part à tous les combats de 1809, 1810, et 1812, fut promu colonel major du 3e régiment de voltigeurs de la garde, se montra très brave à la bataille de Hanau (octobre 1813) et fut nommé général de brigade. En 1814, Cambronne fut bléssé quatre fois, tant à Craonne que sous les murs de Paris ; puis il accompagna à l’Île d’Elbe l’Empereur déchu, revint avec lui en France, s’empara, le 5 mars 1815, du pont de la citadelle de Sisteron, et fu nommé, le 1er avril, grand officier de la Légion d’honneur ; fut créé comte de l’Empire et compris parmi les pairs de France. Le 18 juin 1815, à Mont-Saint-Jean, son régiment fut presque entièrement détruit. Entourés par les anglais et sommé de mettre bas les armes, les braves du 1er régiment de chasseurs à pied préférèrent une mort glorieuse et Cambronne tomba lui-même grièvement blessé. Le général anglais qui commandait leur cria : “Braves français, rendez-vous !…” Cambronne répondit : “M!…..” Fait prisonnier et conduit en Angleterre, il écrivit à Louis XVIII pour obtenir la permission de rentrer en France, et n’ayant pas reçu de réponse, il prit le parti de s’en passer ; il rentra fut arrêté et conduit à Paris, puis traduit devant le 1er conseil de guerre, prit pour défenseur Berryer qui, dans une émouvante plaidoirie, parvint à le faire acquitter ; il se retira à Nantes dans sa famille. Présenté un an après au duc d’Angoulème, ce dernier le fit réintégrer sur les contrôles de l’armée, fut décoré de l’ordre de Saint-Louis et créé vicomte par Louis XVIII et nommé au commandement de la 16e division militaire à Lille ; et fut admis à la retraite le 15 janvier 1823. La ville de Nantes lui éleva une statue.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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09.16.07

LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL DROUOT (1774-1847), COMTE D’EMPIRE

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Général Antoine Drouot, Comte d’Empire (1774-1847)

Drouot, c’est la vertu.

Plein de charité et de religion, sa morale, sa probité et sa simplicité lui eussent fait honneur dans les plus beaux jours de la république romaine. ; il n’existait pas deux officiers dans le monde pareils à Murat pour la cavalerie et à Drouot pour l’artillerie.

(Napoléon Bonaparte)

Drouot (Antoine, Comte) officier général et législateur, né à Nancy (Meurthe), le 11 janvier 1774, de “Claude Drouot, boulanger, et de Anne Boyer” mort à Nancy le 24 mars 1847 ; embrassa la carrière militaire en 1793, fut nommé, le 1er juillet de la même année, second lieutenant au 1er régiment d’artillerie, envoyé à l’armée du Nord assista à la bataille de Fleurus, se battit à la Trebbia, puis passa à l’armée du Rhin et prit part à la bataille de Hohenlinden, fut fait membre de la Légion d’honneur en l’an XII et nommé colonel de la garde impériale, se distingua particulièrement à Wagram, et à la Moskowa, où il fut fait commandeur de la Légion d’honneur, il fut créé baron de l’Empire le 16 onctobre 1810, commanda en chef l’artillerie de la grande armée, à Lutzen, et à Bautzen, et fut promu général de brigade en janvier 1813, devint aide de camp de l’Empereur et passa général de division le 3 septembre de la même année, fut créé comte d’Empire le 22 mars 1814, suivit l’Empereur à l’Île d’Elbe, dont il devint gouverneur ; revint en France avec ce dernier et entra un des premiers à Paris. Le 2 juin 1815 il fut nommé pair de France, puis assista à la bataille de Waterloo. Compris dans l’ordre royal du 24 juillet 1815, il vit à Paris se constituer prisonnier, fut traduit devant un conseil de guerre sous l’inculpation de trahison et acquitté, pui se retira à Nancy. Le 6 janvier 1825, il fut mis à la retraite cille lieutenant général et Louis-Philippe le nomma pair de France le 19 novembre 1831. Il était devenu complètement aveugle quand il mourut dans sa ville natale en 1847.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL DESAIX (1768-1800)

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Général Louis-Charles Desaix (1768-1800)

Desaix était dévoué, généreux, tourmenté par la passion de la gloire. Sa mort fut une de mes calamités ! Il était habile, vigilant, plein d’audace ; il comptait la fatigue pour rien, la mort pour moins encore.

(Napoléon Bonaparte)

Desaix de Veygoux (Louis-Charles Antoine), officier général, né au château d’Ayat (Puy-de-Dôme), le 17 août 1768, de “Gilbert-Antoine Desaix, seigneur de Veygoux, et de Amable de Beaufranchet” ; entra au collège d’Effiat le 18 octobre 1776, fut nommé en 1784, sous-lieutenant au régiment de Bretagne-infanterie, devint aide de camp de Mathieu Dumas, le 24 novembre 1791 et ensuite aide de camp de Broglie le 1er juin 1792. Il fut chargé de la défense de Worms en 1793, devint adjudant général, chef de bataillon le 20 mai 1793, contribua à la prise des lignes de Haguenau, fut promu général de brigade, puis devint le 29 vendemaire an II, général de division provisoire, et fut suspendu par Bouchotte comme parent d’émigré. Le 4 prairial an II, il repoussa les autrichiens à Weistheim. Il fut confirmé dans son grade de général de division le 13 fructidor, s’empara de de Franckendal le 18 vendemiaire an III et devint le commandant de la tête du pont de Kehl, qu’il défendit vaillamment. Dans une sortie qu’il fit, il y fut légèrement bléssé. Après la paix de Campo-Formio, Desaix fut nommé général en second de l’armée d’Angleterre et en prit le commandement en l’absence de Bonaparte. Desaix suivit ce dernier en Egypte, contribua à ses premiers succès et eut à combattre sans relâche Mourad-Bey. C’est Desaix qui, après le départ de Bonaparte, signa le traité d’El-Arich. De retour en France, il alla rejoindre le Premier Consul à l’armée d’Italie et obtint le commandement de deux divisions. Arrivé à Marengo par une marche forcée de dix lieues et malgré une artillerie qui jetait à la mort dans ses rangs, il se forma en colonnes par bataillon et tournant à droite, coupa entièrement l’aile gauche autrichienne. C’est dans ce moment décisif et glorieux que Desaix fut frappé d’une balle et expira le 25 prairial an VIII. Il avait sauvé la situation et on peut dire que le véritable vainqueur de Marengo fut Desaix.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LES GENERAUX DE NAPOLEON – GENERAL DUROC (1772-1813), GRAND MARECHAL DU PALAIS, DUC DE FRIOUL

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Général Géraud Duroc, Grand Maréchal du Palais, duc de Frioul (1772-1813)

Duroc avait des passions vives, tendres et secrètes, qui répondaient peu à sa froideur extérieure. Duroc était pur et moral, tout à fait désintéressé pour recevoir, extrêmement généreux pour donner.

(Napoléon Bonaparte)

Duroc (Géraud-Christophe de Michel, Duc de Frioul), officier général et législateur, né à Pont-à-Mousson (Meurthe), le 25 octobre 1772, de “Géraud Pierre de Michel seigneur du Roc, Aldy, Le Mas, Viala, Aubard, et de Claude de Cabiron-Curières”, tué à Reichembach (Saxe) le 23 mai 1813 ; était lieutenant en second d’artillerie le 1er juin 1793, fit les campagnes de la Révolution, en qualité d’aide de camp du général Lespinasse, puis devint aide camp de Bonaparte, se battit courageusement aux passages de l’Isonzo et des gorges de la Brenta (Frioul), fut nommé chef de bataillon, puis accompagna Bonaparte en Egypte, se trouva à la bataille de Salhieh, où il courut un grand danger, se fit encore remarquer aux sièges de Jaffa et de Saint-Jean-d’Acre et fut bléssé grièvement à la bataille d’Aboukir. Rentré en France avec Bonaparte, il le seconda dans son coup d’Etat de brumaire ; puis, fut promu général de brigade, partit en Italie et prit part à la bataille de Marengo. Il fut envoyé en mission à Berlin, à Vienne, à Stockholm et à Saint-Pétersbourg, nommé général de division en l’an XI, fait membre de la Légion d’honneur le 19 frimaire an XII, grand officier le 25 prairial suivant et grand aigle le 25 prairial an XIII. Le 19 mars 1808, il fut créé duc de Frioul, prit une part glorieuse aux batailles de Wagram et d’Essling, puis fut nommé membre du Sénat conservateur, le 5 avril 1813. Il accompagna l’Empereur en Saxe et se battit à Lutzen et à Bautzen. Le 22 mai, à Wurtzen, il escortait l’Empereur qui descendait au galop un petit chemin creux, pour gagner une éminence d’où il pourrait juger l’effet de la charge des 14.000 cavaliers du général Latour-Maubourg dans la plaine de Reichenbach lorsqu’un boulet l’atteignit mortellement au bas ventre ; on le transporta dans une petite ferme, l’Empereur vint le voir et le trouva en pleine connaissance. Duroc prit la main de l’Empereur… “Toute ma vie, dit-il, a été consacrée à votre service et je ne la regrette que pour l’utilité dont elle pouvait être encore… J’ai vécu en honnête homme, je ne me reproche rien. Je laisse ma fille, votre Majesté lui servira de père.” Et voyant l’Empereur préoccupé, Duroc reprit : “Ah ! sire ! allez-vous en, ce spectacle vous peine !…” L’Empereur quitta le duc de Frioul, sans pouvoir lui dire autre chose que ces mots “Adieu… donc… mon ami.” Duroc expira peu après.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LA FAMILLE DE NAPOLEON – PRINCE EUGENE DE BEAUHARNAIS (1781-1824), VICE-ROI D’ITALIE

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Le Prince Eugène de Beauharnais, vice-roi d’Italie (1781-1824)

Eugène est une tête carrée, un administrateur habile, c’est un homme de mérite supérieur, mais ce n’est pas un homme de génie. Il n’a pas ce caractère qui distingue les grands hommes.

(Napoléon Bonaparte)

Beauharnais (Eugène-Pierre, Prince de), officier général et législateur, né à Paris, le 3 septembre 1781, de “Alexandre-François-Marie, vicomte de Beauharnais, et de Rose Tascher de la Pagerie“, mort à Munich (Bavière) le 21 février 1824 ; entra après l’exécution de son père, en apprentissage chez un menuisier, mais Hoche l’ayant pris sous sa protection, en fit son officier d’ordonnance. En l’an IV il alla en Italie et servit sous les ordres de Masséna, passa sous-lieutenant et devint l’aide de camp du général en chef. En l’an VI, il fit partie de l’expédition d’Egypte et fut nommé aide de camp de Bonaparte, qui était alors son beau-père, et se signala particulièrment à la prise de Suez et au siège de Sain-Jean-d’Acre. Il rentra en France avec le général en chef, repartit avec lui pour la campagne d’Italie et fut nommé chef d’escadron en l’an VIII ; colonel deux mois après, il obtint la décoration de la Légion d’honneur, et enfin fut promu général de brigade en l’an XII. Après la proclamation de l’Empire, l’Empereur nomma Beauharnais vice-roi d’Italie. En 1809, l’Autriche, profitant de la guerre d’Espagne, qui absorbait une partie des forces françaises, voulu prendre sa revanche en envahissant l’Italie ; l’Empereur chargea alors Eugène de Beauharnais de tenir en échec les forces autrichiennes ; il n’y réussit que médiocrement et parvint, à l’aide de Macdonald et de Grenier, à faire sa jonction à Vienne, avec la grande armée et de prendre part à la bataille de Wagram. Plus tard il alla rejoindre la grande armée en Russie et assista au combat d’Ostrowno, de Witepk, de Smolensk et à la bataille de la Moskowa. Au passage de la Bérésina, il perdit la plupart de ses hommes, contribua ensuite à la victoire de Lutzen. Cependant l’Italie était menacée de nouveau par l’Autriche ; l’Empereur l’envoya en toute hâte pour repousser cette nouvelle invasion, mais les défections du roi de Bavière et de Murat le forcèrent à se réfugier derrière le Mincio ; c’est pendant ce temps qu’il apprit l’abdication de Napoléon. Il gagna alors le Tyrol pour se rendre en Bavière, emportant avec lui la somme de 30 millions ; il fut doté par le roi Maximilien du duché de Leuchtenberg et de la principauté d’Eischtaedt. Il prit alors la résolution de se rendre à Paris et à présenter ses devoirs à Louis XVIII, qui l’accueillit fort bien. Au retour de l’île d’Elbe, l’Empereur le nomma pair de France, et, après Waterloo, il se décida à quitter la France pour se retirer à Munich, où il fit valoir, jusqu’à sa mort, l’immense fortune qu’il possédait.

(Extrait du dictionnaire sur la Révolution et l’Empire du Dr Robinet)

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LE SEJOUR DE NAPOLEON A AJACCIO A SON RETOUR D’EGYPTE

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Maison de la Sposata

Les insulaires ont toujours quelque chose d’original, par leur isolement, qui les préserve des irruptions et du mélange perpétuel qu’éprouve le continent ; les habitants des montagnes ont une énergie de caractère et une trempe d’âme qui leur est toute particulière…

Tout en Corse y était meilleur, il n’était pas jusqu’à l’odeur du sol même.

(Napoléon Bonaparte)

Six mois après son arrivée à Toulon, à peine âgé de 24 ans, le capitaine d’artillerie Bonaparte avait été nommé, à la suite de son action décisive au siège de Toulon, général de brigade (22 décembre 1793) et alors avait commencé à se dessiner sa fabuleuse destinée : général en chef de l’armée d’Italie (2 mars 1796), commandant en chef de l’armée d’Egype (mai 1798). Sur des nouvelles alarmantes venues de Paris, il se décida à quitter l’Egypte, le 24 août 1799, avec des officiers et savants de sa suite qui avaient pris place sur les frégates la Muiron et la Carrère, pou rentrer en France. L’entreprise était périlleuse ; les mers étaient sillonées par des croisières anglaises.

Sur le Muiron, dit Marmont, se trouvaient : “Bonaparte, Berthier, Andreossi, Monge, Berthollet, Bourrienne, les aides de camp du général en chef et Gantheaume, commandant de la division” ; sur la Carrère : “Lannes, Murat, Marmont, Denou, Parceval, Grandmaison, nos officiers, et Dumanoir, chef de division, commandant de la frégate. On avait embarqué sur chaque frégate cent hommes de guides du général en chef qui en faisait la garnison ; nous avions en outre deux avisos bons marcheurs”.

Le 29 septembre, la flotille longeait le Sud de la Sardaigne ; elle put éviter une voile de guerre qui avait paru à l’horizon ; elle doublait dans la nuit le cap Bon ; l’amiral Gantheaume fit mettre le cap sur Ajaccio ; “le général en chef avait résolu d’y prendre langue. Le début de la guerre en Italie avait été accompagné de tant de désordres, qu’on pouvait redouter de trouver l’ennemi sur les côtes de Gênes et même sur celles de Provence. La Corse pouvait être occupée ; il était bon de savoir, au moment de l’atterage, sur quel point on pouvait se jeter avec sureté”.

Marmont raconte qu’on envoya un aviso à Ajaccio et il rendit compte qu’il “n’y avait aucun ennemi en Corse, que les côtes de France et de Gênes étaient libres”.

Un chroniqueur contemporain, Rossi, donne des détails précis sur l’arrivée à Ajacio du général en chef Bonaparte ; dans la journée du 30, la population avait assisté avec inquiètude aux évolutions singulières d’une flotille qui paraissait moins désireuse de gagner le port que de menacer la ville ; la mer était démontée ; un vent violent de Nord-Ouest soufflait en tempête ; le commandant de la grande felouque armée en course, Roch Donzella reçut l’ordre de reconnaître ces navires ; il s’empressa d’aller à leur rencontre.

“Parvenu à portée de la voix, dit Rossi, on lui fit savoir qu’on demandait un pilote pour être guidé dans le golfe. Comme la grande felouque battait pavillon français, on ne douta plus que la Corse n’appartînt encore à la France. Entre temps, le commandement de la felouque s’étant offert de les piloter, et ayant dit aux navires de le suivre, il demanda qui se trouvait à bord. Le général Berthier fut le premier à se faire connaître”.

“A-t-on des nouvelles du général Bonaparte ? Quesitionna l’équipage. La réponse fut donnée par le général Bonaparte qui se nomma et se montra en personne. Aussitôt l’équipage l’acclamant de ses Evviva ! arbora au mieux qu’il put tous les drapeaux qui se trouvaient à bord, tandis que Donzella se hâtant d’aborder la corvette du général faisait tirer des salves d’artillerie et criant sans cesse : Vive le général !”

“Comme l’événement se passait à proximité de la ville et de la citadelle, chacun put entendre ce qu’on disait ; la population se porta en foule vers le môle, sans exception de sexe, d’âge et de condition, et dans un élan d’enthousiasme, pour satisfaire la vive allégresse de le revoir, les uns à cause du bruit qui avait couru sur sa mort en Egypte, d’autres à cause des factions qui agitaient la ville”.

“A la vue de sa ville natale, note Lavalette, son coeur s’émut profondément”. De nombreuses barques, où se trouvaient ses anciens amis et parents ne tardèrent pas à entourer le navire où flottait au grand mât le pavillon amiral”.

“Cependant le Directeur de la santé, J.B. Barberi, se rendit à bord dans sa chaloupe, et, l’ayant embrassé avec des larmes dans les yeux, il lui montra le môle et la place envahis par toute la population “qui demandait qu’il débarquât à terre sans quarantaine.” Le général, qui voyait et entendait les transports d’allégresse de la foule, répondit au digne Barbieri avec une grande émotion : Je n’attendais pas moins de mes concitoyens !”.

La quarantaine fut rompue. “Il y avait au reste peu d’inconvénients, fait observer Lavalette, puisque après quarante-quatre jours de traversée, nous n’avions pas un seul malade à bord”. Et il ajoute : “Parmi le peuple qui s’agitait dans les barques autour de la chambre de poupe, une vieille femme, vêtue de noir, tenait dans ses bras élevés vers le général, en criant : “Caro tiglio !” sans pouvoir attirer les regards du général ; enfin, il la distingua et se mit à crier : Madre ! c’était sa nourrice…”

Malgré les pressantes sollicitations dont il était l’objet, le général Bonaparte resta à bord de la Muiron ; il demanda des renseignements sur ce qui s’était passé en France pendant son absence, se fit apporter le Moniteur et les feuilles publiques, et passa la soirée dans sa cabine à les lire avec avidité.

Le lendemain il débarqua à terre, se rendit dans sa maison au milieu de l’enthousiasme délirant de la population.

Les passions locales s’étaient tues pour un instant.

La ville, en effet, était divisée en deux factions ennemies. Après l’évacuation de la Corse par les anglais (octobre 1796), les républicains, ainsi qu’on désignait les nouveaux administrateurs, avaient commis toutes sortes d’exactions sous prétexte de faire rentrer le pays dans l’obéissance aux lois ; la prestation de serment à la Constitution de l’An III avait donné lieu (mai-juin 1797) à une vive effervescence ; les prêtres avaient été emprisonnés à Ajaccio, puis relachés à l’arrivée de Letizia Bonaparte (juin 1797). Le décret d’expulsion contre les émigrés, parvenu en Corse sur ces entrefaites, y avait semé l’émoi. Les nombreux corses réfugiés en Toscane, dans les lettres qu’ils adressaient dans l’île, représentaient le général Bonaparte comme le suppôt des terroristes, l’ennemi de la religion et de l’ordre. Les populations corses entendaient conserver leurs traditions religieuses, le libre usage de leurs églises et de leurs cloches, et elles s’indignaient que le pays pût être entraîné vers l’anarchie. Un sourd mouvement de réprobation s’était produit contre le général Bonaparte, avait englobé sa famille et même la Signora Letizia, qui s’était efforcée de maintenir l’ordre parmi ses concitoyens. L’attitude intransigeante des administrateurs du Golo et du Liamone qui étaient leurs créatures n’avaient fait qu’accroître l’exapération des esprits. Usant des mêmes procédés que les Paolistes avaient employés, en 1793, à l’égard des partisans de Saliceti et Bonaparte, ils avaient dressé avec une rigueur impitoyable la liste de proscription des prêtres non assermentés et des émigrés ; les insurrections avaient éclaté en divers points de l’île pour la défense de la religion ; la plus importante était celle de la Crocetta ; elle avait été étouffée, et le chef des insurgés, le vieux général Giafferi, arrêté et fusillé (1798).

Mais les réfugiés Corses dans le Grand-Duché de Toscane, dont le nombre s’était accru à la suite de récentes proscriptions, entretenaient, par leurs écrits, l’agitation dans l’île qu’ils inondaient de fausses nouvelles.

Le 21 pluviôse, an VII (9 février 1799), les membres de l’administration centrale du Liamone qui avait nommé Miot, sur les indications de Joseph Bonaparte, avaient été arrêtés à Ajaccio, en exécution d’un décret du Directoire du 13 nivôse an VII (2 janvier 1799) et envoyés à Brignoles pour y être jugés.

Leur mise en accusation avait été obtenue par une faction active et puissance, ayant pour chef Citadella, membre du Conseil des Anciens, qui s’était formée à Ajaccio contre ceux qu’on appelait les anarchistes. On ne leur pardonnait pas d’avoir dressé la liste des émigrés ; on les abhorrait d’avoir envoyé des troupes armées pour s’emparer des cloches, des ciboires et de tous les objets du culte ; en disqualifiant les administrateurs du Liamone on entendait discréditer Bonaparte.

Le 18 germinal, an VII (7 avril 1799), les administrateurs du Liamone avaient été reconnus innocents des imputations portées contre eux, grâce à l’intervention de Bonaparte, et, en particulier de Lucien (avril 1799). Aussitôt après leur acquittement, Letizia Bonaparte qui se voyait toujours en butte aux animosités d’une partie de la population, avait quitté Ajaccio (12 mai 1799).

On peut aussi se rendre compte dans quelle atmosphère de passions violentes, un instant apaisées, avait eu lieu le débarquement du général Bonaparte.

“Rentré dans sa maison, il prenait plaisir à observer cette foule avec la plus minutieuse attention ; il remarqua l’absence de certaines personnes des plus distinguées de la ville. Il en demanda la raison, car plus d’une avait toujours donné des preuves indubitables d’attachement ; ayant appris qu’elles se trouvaient en prison par mesure de sureté (prétexte perpétuel à l’arbitraire) : “Vite, fit-il, du ton le plus impérieux, vite ! qu’on les mette tous immédiatement en liberté ; je veux voir mes concitoyens ; je veux qu’ils soient unis avec moi et unis entre eux… Cette journée est pour moi la plus heureuse et j’en perdrais toute la joie si je ne voyais pas ma vile natale en union et en concorde.” Cet ordre fut formulé avec tant de fermeté qu’il fut mis à exécution à l’instant même ; il excita la surprise de quelques-uns, mais la foule exprima sa reconnaissance au pacificateur de la ville”. Il alla plus loin ; il n’ignora pas les les intrigues ourdies contre l’Ancienne Administration et les exactions qu’on pourrait commettre après son départ ; avisant le Président de l’Administration, il lui ordonna de se démettre de ses fonctions ; le Président demanda le temps de réfléchir. “Je vous donne le temps de l’écrire, reprit le général, et, si vous hésitez un seul instant, je vous ferai sauter par la fenêtre.” A peine ces paroles furent-elles prononcées que le Président dut se démettre, car il voyait là des gens tout prêts à lui faire exécuter le saut périlleux. Ce second fait, et la manière expéditive qu’il avait employé, fut jugé favorablement en ville : “On voit bien, disaient quelques personnes qu’il est investi de pleins pouvoirs”.

Le chroniqueur Rossi ajoute que les personnes éclairées de la ville ne croyaient nullement que le Directoire avait délégué des pouvoirs au général Bonaparte jusqu’en Egypte, mais elles s’accordaient à trouver que les actes d’autorités qu’il avait accomplis avaient eu pour résultats de supprimer les éléments de discorde à Ajaccio, et de faciliter l’union de tous les bons citoyens.

Déjà le général Bonaparte parle et agit en maître. Rossi note qu’il aurait confié à un ami qu’à “son retour en France il y aurait un nouvel ordre des choses” ; il est à présumer que si l’idée germait dans son esprit de la nécessité impérieuse de rétablir l’ordre en France, d’amener la pacification religieuse, de faire l’union de tous les Français, le spectacle des dissentions créées à Ajaccio par une situation politique trouble, instable, lui a permis de vérifier que sa conception correspondait à la réalité des faits, et que le salut du pays était dans une politique d’ordre et de concorde.

Le général Bonaparte passa sept jours à Ajaccio. Sa maison ne désemplissait pas de monde ; des parents et des amis descendaient pour le voir des villages de montagne, de Bocognano, de Tavera et d’ucciani ; ils étaient heureux et fiers d’embrasser le glorieux général en chef de l’armée d’Italie et de l’expédition d’Egypte qui, six ans auparavant, n’était qu’un simple capitaine d’artillerie, et avait été contraint, par fidélité à la France, de quitter son pays natal et d’aller chercher un asile, pour lui et les siens en Provence.

Marmont, observateur sagace, mais enclin au dénigrement, souligne que les paysans corses se montraient empressés auprès du général Bonaparte. “Dans tous les pays, un homme illustre et puissant trouve facilement de nombreux parents ; mais en Corse et dans les pays d’une civilisation arriérée, la famille devant la puissance a son étendue, on reconnaît les parents à un degré fort éloigné. Aussi une multitude de cousins, paysans en veste, vint-elle remplir la maison du général Bonaparte”.

Marmont ignorait, sans doute, que les moeurs égalitaires de la Corse font que les paysans les plus humbles entretiennent des rapports d’égal à égal avec les chefs les plus puissants de l’île ; il ignorait que ces cousins, ces paysans en veste, avaient aidé, soutenu, le capitaine d’artillerie Bonaparte, partagé ses périls, aux heures critiques ; mais lui savait que sous ces vestes brunes grossièrement tissées en poils de chèvre, battaient des coeurs ardents, qu’il pouvait compter sur le dévouement absolu, jusqu’à la mort, de ces braves gens, qu