08.31.07

NAPOLEON, LES LIEUX DU POUVOIR

Publié dans Napoléon, PATRIMOINE NAPOLEONIEN tagged , , , , , , , , , , , , à 10:55 par napoleonbonaparte

Napoléon dans son cabinet du Palais des Tuileries

Ce n’est pas tout d’être aux Tuileries. Il faut y rester.

(Napoléon Bonaparte)

Ces lieux du pouvoir ne sont pas nés en un jour par la seule volonté de Napoléon. Devenu chef de l’Etat avec le titre de Premier Consul en novembre 1799, Bonaparte fait immédiatement promulguer la constitution de l’an VIII (13 décembre 1799) qui lui affecte comme unique résidence le palais des Tuileries, baptisé pour la circonstance Palais du Gouvernement. Il n’en aura pas d’autre jusqu’à l’automne 1802. Souhaitant s’y installer le plus tôt possible, il ordonne de faire disparaître piques, faisceaux, cocardes tricolores ou bonnets phrygiens ornant les murs, disant à l’architecte qu’il ne voulait pas de « pareilles saloperies ». A ses yeux, la résidence du premier magistrat se doit de refléter la puissance de la France. Peu à peu, surtout après l’Empire, il considérera les Tuileries comme le sanctuaire de la monarchie, faisant plus pour les appartements de réception que pour sa propre habitation. Ce sera sa résidence officielle pendant les quinze années où il fut au pouvoir.

Longtemps hésitant, Bonaparte décide finalement en septembre 1801 de faire du château de Saint-Cloud sa résidence d’été, sa petite demeure personnelle de Malmaison ne suffisant plus pour l’embryon de cour consulaire qui s’installe autour de lui. Il lui faut désormais un vrai palais, car peu à peu on se donne autour de lui des allures de Versailles, surtout après l’adoption de la constitution de l’an X qui le nomme consul à vie.

Mais c’est la constitution de l’an XII (18 mai 1804) qui fixe le statut des résidences de la couronne ; l’article 14 précise dans son second alinéa que l’empereur établit « une organisation du palais impérial conforme à la dignité du trône et à la grandeur de la nation », et dans l’article 16 que « l’Empereur visite les départements : en conséquence, des palais impériaux sont établis aux quatre points de l’empire ». Outre les Tuileries et Saint-Cloud déjà affectés à son service, le nouvel empereur dispose désormais d’une liste civile comprenant les châteaux royaux de l’Ancien Régime comme Fontainebleau, Versailles et les deux Trianon, Rambouillet et Meudon. Napoléon les fera aménager au fur et à mesure de ses besoins, repoussant d’année en année le projet de s’installer à Versailles, comme si l’ombre du grand roi l’en empêchait. En fonction des circonstances politiques, Napoléon créée donc de nouveaux palais impériaux aux quatre coins de l’Empire comme à Strasbourg (1806), Bordeaux (1808), Marrac près de Bayonne (180 8) ou dans les nouveaux départements français du Mont-Tonnerre à Mayence (1804) ou de la Dyle à Laeken aux portes de Bruxelles (1804). Après avoir eu le titre de Président de la République italienne, Napoléon est couronné roi d’Italie en 1805 ; la encore, il faut donc prévoir des palais dignes de le recevoir ; c’est d’abord dans la capitale, à Milan, qu’il fait embellir le Palais Royal situé aux pieds de la cathédrale ; puis la seconde ville du royaume, Venise, se voit dotée d’une résidence officielle pour laquelle on démolit une vieille église du XVIè siècle, ce que les Vénitiens ne lui pardonneront jamais. Encore de nos jours, récemment retrouvée en Amérique, la statue de l’Empereur qui se dressait place Saint-Marc a dû, après avoir été rachetée, prendre place à l’intérieur de l’ancien palais, devenu le musée Correr, afin d’échapper à la rancoeur des Vénitiens. Après la réunion des états du pape à la France en 1809, Rome devient la seconde capitale du grand empire ; il faut donc là encore un palais pour l’empereur. Ce sera le Quirinal rebaptisé pour la circonstance palais de Monte-Cavallo. Napoléon ne le verra jamais, mais il se fait aménager une somptueuse résidence meublée par de nombreux envois faits depuis Paris. On expédie même une batterie de cuisine complète qui sert aujourd’hui de décoration au restaurant des musées du Vatican… Il fait de même pour les départements italiens nouvellement intégrés, que ce soit en Toscane où, à Florence un appartement lui est réservé au palais Pitti, ou bien dans l’ancienne république de Gênes où il fait acheter le palais Durazzo, ou bien encore en Piémont où il décide de transformer le château de Stupinigi, aux portes de Turin, en un palais impérial.

Toutes ces décisions découlent d’une même volonté politique : montrer la puissance de l’Empire tant à l’intérieur de ses anciennes frontières que dans les pays nouvellement conquis, et faire de ces palais la vitrine des industries du luxe français. Toutes les résidences françaises avaient été vidées de leur contenu au moment des ventes révolutionnaires ; en à peine quatorze ans, l’empereur les fait entièrement remeubler, fort de la supériorité des productions françaises. Il fait imposer un nouveau style que mettent au point les architectes Percier et Fontaine ; on leur doit la profusion de palmettes, de foudres, de sphinx ailés, de pieds en forme de gaine ou de Victoires qu’ils empruntent au répertoire de la Rome antique. Ils suivent en cela la volonté de Napoléon qui déclarait en 1808 : « J’ai à cœur de voir les artistes français effacer la gloire d’Athènes et de l’Italie » ; pour l’empereur, ce qui est grand est beau. La cour doit être fastueuse et son train de vie doit entraîner des dépenses somptuaires qui soutiennent les industries de luxe et encouragent les arts. C’est dire combien les ébénistes, les bronziers, les soyeux, les tapissiers ou les porcelainiers sont mis à contribution pour accomplir cet extraordinaire programme.

Il s’agit bien là d’un programme politique, car pour lui-même, l’empereur conserve des goûts simples. C’est un homme d’habitudes qui exige que les appartements de toutes ses résidences soient aménagés selon la même disposition, souhaitant par exemple que sa bibliothèque soit toujours située à proximité de sa chambre à coucher. Il aime retrouver partout les mêmes meubles, placés aux mêmes endroits dans les mêmes pièces. Ses goûts simples sont connus de l’Administrateur du Garde Meuble de la Couronne qui écrit invariablement aux fournisseurs : « Simplifier les ornements : c’est pour l’Empereur ».

Plus que pour construire sa propre gloire, ces lieux du pouvoir ont été considérés par Napoléon comme une priorité politique ; il convenait d’éblouir une Europe momentanément asservie, et ce fut la une des vraies victoires de l’empereur, car pendant encore vingt ou trente après Waterloo, le style Empire restera la référence absolue en matière d’arts décoratifs des Etats-Unis à la Russie du Portugal à la Suède.¨

Pour en savoir plus : Napoléon, les lieux du pouvoir (Bernard Chevallier - Editions Artlys 2004).

© Bernard CHEVALLIER, directeur des châteaux de Malmaison et Bois Préau, du musée napoléonien de l’Île d’Aix, et de la Maison Bonaparte à Ajaccio, conservateur général du patrimoine.

NAPOLEON BONAPARTE PAR SES APHORISMES

Publié dans CITATIONS, Napoléon tagged , , , , , , , , , , à 7:43 par napoleonbonaparte

De Bonaparte à Napoléon Ier

1786

Toujours seul au milieu des hommes, je rentre pour rêver avec moi-même et me livrer à toute la vivacité de ma mélancolie. 

1791

Je crois l’amour nuisible à la société, au bonheur individuel des hommes. Enfin, je crois que l’amour fait plus de mal que de bien.

1795

L’homme esclave est à peine l’ombre de l’homme libre.

La vie est un songe léger qui se dissipe.

1796

Malheur au général qui vient sur le champ de bataille avec un système. 

De nos jours personne n’a rien conclu de grand ; c’est à moi de donner l’exemple.

1797

On ne conduit un peuple qu’en lui montrant un avenir ; un chef est un marchand d’espérance.

Les vraies conquêtes sont celles que l’on fait sur l’ignorance.

1798

Je mesurais mes rêveries au compas de mon raisonnement.

Quand j’avais l’honneur d’être lieutenant en second, je déjeunais avec du pain sec, mais je vérouillais ma porte sur ma pauvreté.

1799

De Clovis au comité de salut public, je me sens solidaire de tout.

On ne fait de grandes choses en France qu’en s’appuyant sur les masses ; d’ailleurs, un gouvernement doit aller chercher son point d’appui là où il est.

Les grands noms ne se font qu’en Orient.

1800

Ma politique est de gouverner les hommes comme le grand nombre veut être gouverné. C’est là, je crois, la manière de reconnaître la souveraineté du peuple.

Les guerres inévitables sont toujours justes.

La première des vertus est le dévouement à la patrie.

L’amour est une sottise faite à deux !

Mon héritier naturel, c’est le peuple français. C’est là mon enfant ! Je n’ai travaillé que pour lui.

Je suis bien vieux en coeur humain.

Je n’ai qu’un besoin, c’est celui de réussir.

Un talent dans quelque genre qu’il soit, est une vraie puissance.

L’homme supérieur n’est sur le chemin de personne.

Il n’y a que la religion qui puisse faire supporter aux hommes des inégalités de rang parce qu’elle console de tout.

Les conquérants habiles ne sont jamais brouillés avec les prêtres.

Une société sans religion est comme un vaisseau sans boussole.

1801

Il ne faut pas croire que je me laisserai faire comme Louis XVI ! Je suis soldat, fils de la Révolution et je ne souffrirai pas qu’on m’insulte comme un roi.

1802

Celui qui gouverne doit avoir de l’énergie sans fanatisme, des principes sans démagogie et de la sévérité sans cruauté.

Les soldats n’ont qu’un sentiment : l’honneur ! Il faut donc donner de l’aliment à ce sentiment-là, il leur faut des distinctions.

La religion ce n’est pas pour moi le mystère de l’incarnation ; c’est le mystère de l’ordre social.

Je suis loin d’être athée, mais je ne puis croire tout ce que l’on m’enseigne en dépit de ma raison, sous peine d’être faux et hypocrite.

On croit en Dieu parce que tout le proclame autour de nous et que les plus grands esprits y ont cru.

1804

La faiblesse du pouvoir suprême est la plus affreuse calamité des peuples.

Il y a deux leviers pour remuer les hommes : la crainte et les intérêts.

Je n’ai qu’une passion, qu’une maîtresse : c’est la France ! Je couche avec elle… je jure que je ne fais rien que pour la France.

Je n’ai pas succédé à Louis XVI, mais à Charlemagne.

Le grand art d’écrire, c’est de supprimer ce qui est inutile.

1805

Une belle femme plaît aux yeux, une bonne femme plaît au coeur : l’une est un bijou, l’autre est un trésor.

La chasteté est pour les femmes ce que la bravoure est pour les hommes : je méprise un lâche et une femme sans pudeur.

Le meilleur moyen de tenir sa parole est de ne jamais la donner.

L’art d’être tantôt très audacieux et tantôt très prudent est l’art de réussir.

1806

La haute politique n’est que le bon sens appliqué aux grandes choses.

Il n’y a plus d’ennemis après la victoire, mais seulement des hommes.

L’art de la guerre est un art simple et tout d’exécution. La part des principes est minimes : rien n’y est idéologie.

Il n’y pas deux puissances au monde : le sabre et l’esprit. A la longue le sabre est toujours vaincu par l’esprit.

De toutes les institutions, la plus importante est l’institution publique. Tout en dépend, le présent et l’avenir.

Il faut être lent dans la délibération, et vif dans l’exécution.

1807

La royauté est un rôle : les souverains doivent toujours être en scène.

A la guerre l’audace est le plus beau calcul du génie.

Je gagne mes batailles avec les rêves de mes soldats endormis.

Les Romains donnaient leurs lois à leurs alliés ; pourquoi la France ne ferait-elle pas adopter les siennes ?

1808

C’est la volonté, le caractère, l’application et l’audace qui m’ont fait ce que je suis.

1809

La force morale plus que le nombre décide de la victoire.

Je suis le plus esclave des hommes, obligé d’obéir à un maître qui n’a point de coeur : le calcul des évènements et la nature des choses.

1810

On gouverne mieux les hommes par leurs vices que par leurs vertus.

L’ambition est le principal mobile des hommes ; on dépense son mérite tant qu’on espère s’élever.

L’amour devrait être un plaisir et non pas un tourment.

Ne croyez pas que je n’ai pas le coeur sensible comme les autres hommes, mais dès la première jeunesse je me suis habitué à rendre muette cette corde qui, chez moi, ne rend plus aucun son.

Je suis l’instrument de la providence ; elle me soutiendra tant que j’accomplirai ses desseins, puis elle me cassera comme un verre.

Je ne puis pas bien écrire parce que je suis dans deux courants : l’un des idées, l’autre de la main. Les idées vont plus vite, alors adieu les caractères.

Le courage est une vertu qui échappe à l’hypocrisie.

1812

Le génie n’est pas héréditaire.

On me croit sévère et dur. Tant mieux, cela me dispense de l’être.

Du sublime au ridicule, il n’y a qu’un pas.

1813

L’athéisme est un principe destructeur de toute organisation sociale qui ôte à l’homme toutes ses consolations et toutes ses espérances.

1815

Les hommes qui ont changé l’univers n’y sont jamais parvenus en changeant les chefs, mais toujours en remuant les masses.

L’anarchie ramène toujours le gouvernement absolu.

L’amour devrait être l’occupation de l’homme oisif, la distraction du guerrier, l’écueil du souverain.

La fibre populaire répond à la mienne ; je suis sorti des rangs du peuple, ma voix agit sur lui.

1816

L’autorité ne doit voir point les personnes ; elle ne doit voir que les choses, leurs poids et leurs conséquences.

Si j’avais pu gouverner la France pendant quarante ans, j’en aurais fait le plus bel empire qu’il eût jamais existé !

Une femme qui couche avec son mari exerce toujours une influence sur lui.

Le manque de jugement et les défauts d’éducation peuvent porter une femme à se croire en tout l’égale de son mari.

J’avais le goût de la fondation, mais je n’ai jamais eu celui de la propriété.

Quel roman pourtant que ma vie !

La vraie sagesse des nations, c’est l’expérience.

Il est noble et courageux de surmonter l’infortune.

Le sentiment religieux est si consolant que c’est un bienfait du ciel que de le posséder.

L’honnête homme ne doute jamais de l’existence de Dieu ; car, si la raison ne suffit pas pour le comprendre, l’existence de l’âme l’adopte.

Les plus petites circonstances conduisent les plus grands évènements.

L’homme n’a pas d’amis ; c’est son bonheur qui en a.

1817

Un homme n’est qu’un homme. Ses moyens ne sont rien si les circonstances et l’opinion ne le favorisent pas.

Les hommes ne sont vraiment grands que par ce qu’ils laissent d’institutions  après eux.

Le génie agit par inspiration.

Les conquérants doivent être tolérants et protéger toutes les religions.

Ce qui est supérieur en Mahomet, c’est qu’en dix ans il a conquis la moitié du globe, tandis qu’il a fallu trois cents ans au christianisme pour s’établir.

Dans les révolutions, il ya deux sortes de gens : ceux qui les font et ceux qui en profitent.

1818

Ma gloire n’est pas d’avoir gagné quarante batailles ; ce que rien n’effacera, ce qui vivra éternellement, c’est mon code civil et les procès verbaux au Conseil d’Etat.

1820

Ce n’est point à un incident de gouverner la politique, mais bien à la politique de gouverner les incidents.

Je n’ai point usurpé la couronne ; je l’ai relevée dans le ruisseau. Le peuple me l’a mise sur la tête. Je voulais que le titre de Français fût le plus beau, le plus désirable de la terre.

C’est une de mes fautes que d’avoir cru mes frères nécessaires pour assurer ma dynastie.

Mes frères ont été beaucoup plus rois que moi ! Ils ont eu les jouissances de la royauté, je n’en ai eu que les fatigues.

J’ai toujours été heureux, jamais mon sort n’a resisté à ma volonté.

Je suis construit pour le travail. J’ai connu les limites de mes jambes, j’ai connu les limites de mes yeux, je n’ai pu connaître les limites de mon travail.

En mourant, je laisse deux vainqueurs, deux hercules au berceau : la Russie et les Etats-Unis d’Amérique.

Une de mes grandes pensées avait été l’agglomération, la concentration des mêmes peuples géographiques qu’on dissout et morcelle. J’eusse voulu faire de chacun de ces peuples un seul et même corps de nation ; c’est avec un tel cortège qu’il eût été beau de s’avancer dans la bénédiction des siècles. Je me sentais digne de cette gloire.

Le sot a un grand avantage sur l’homme d’esprit : il est toujours content de lui-même.

C’est dans la morale que se trouve la vraie noblesse ; hors d’elle, elle n’est nulle part.

Les peuples passent, les trônes s’écroulent, l’Eglise demeure.

Une tête sans mémoire est une place sans ganison.

ACTEURS DE LA REVOLUTION ET DU CONSULAT PAR NAPOLEON 1er

Publié dans CITATIONS, Napoléon tagged , , , , , , , , , , , , , à 12:40 par napoleonbonaparte

Maximilien de Robespierre, “l’incorruptible” (1758-1794)

Ni Robespierre, ni Danton, ni Marat n’avaient d’égaux quand “liberté, égalité ou la mort” se lisaient en lettres de sang sur toutes les bannières françaises ; ils étaient les premiers d’une aristocratie terrible, dont la livrée était teinte journellement par la hache du bourreau.

(Napoléon Bonaparte)

Le général Caffarelli était d’une activité qui ne permettait pas de s’apercevoir qu’il avait une jambe de moins. Il entendait parfaitement les détails de son arme, mais il excellait par les qualités morales et par l’étendue de ses connaissances dans toutes les parties de l’administration publique. C’était un homme de bien, brave soldat, fidèle ami, bon citoyen. Il périt glorieusement au siège de Saint-Jean-d’Acre en prononçant sur son lit de mort un très éloquent discours sur l’instruction publique.

Le vrai caractère perce toujours dans les grandes circonstances ; voilà l’étincelle qui signale le héros de la Vendée.

C’était un homme bien extraordinaire, fait pour tout ; on ne conçoit pas pourquoi il s’est séparé de Robespierre et s’est laissé guillotiner. Il paraît que les deux millions qu’il avait pris en Belgique avait altéré son caractère. C’est lui qui disait : “de l’audace, puis de l’audace et encore de l’audace”.

Desaix était dévoué, généreux, tourmenté par la passion de la gloire. Sa mort fut une de mes calamités ! Il était habile, vigilant, plein d’audace ; il comptait la fatigue pour rien, la mort pour moins encore.

Ce nain de Ducos, ce cul-de-jatte de Ducos, un homme borné et facile.

Dugommier avait toutes les qualités d’un vieux militaire ; extrêmement brave de sa personne, il aimait les braves et en était aimé ; il était bon, quoique vif, très actif, juste, avait le coup d’oeil militaire, le sang-froid et de l’opiniâtreté dans le combat.

Hoche fut un des premiers généraux que la France ait produits. Il était brave, intelligent, plein de talent, de résolution et de pénétration. Il était aussi intrigant. Si Hoche avait débarqué en Irlande, il aurait réussi. Il possédait toutes les qualités nécessaires pour assurer le succès de son expédition. Il était accoutumé à la guerre civile et savait comment s’y prendre en pareil cas. Il avait pacifié la Vendée et était ce qu’il fallait pour l’Irlande : c’était un homme superbe, très adroit et d’un extérieur prévenant.

Ce fut une des plus belles réputations militaires de la Révolution… Hoche était un véritable homme de guerre.

Le général Joubert qui a commandé à la bataille de Rivoli, a reçu de la nature les qualités qui distinguent les guerriers : grenadier par le courage, il était général par le sang-froid et les talents militaires.

Il était grand, maigre, semblait naturellement d’une faible complexion : mais avait trempé sa constitution au milieu des fatigues, des champs et de la guerre et des montagnes. Il était intrépide, vigilant, actif… Il était fait pour arriver à une grande renommée militaire.

Joubert avait une haute vénération pour moi ; à chaque revers éprouvé par la République, durant l’expédition d’Egypte, il déplorait mon absence. Se trouvant en cet instant chef de l’armée d’Italie, il m’avait pris pour modèle, aspirait à me recommencer, et ne prétendait à rien de moins qu’à tenter ce que j’ai exécuté depuis en Brumaire, seulement, il eût agi avec les Jacobins.

Kléber était doué d’un grand talent, mais il n’était que l’homme du moment ; il cherchait la gloire comme la seule route aux jouissances ; d’ailleurs, nullement national, il eût pu, sans effort, servir l’étranger ; il avait commencé dans sa jeunesse sous les Prussiens, dont il demeurait fort engoué.

Il y a des dormeurs dont le réveil est terrible : Kléber était d’habitude endormi, mais dans l’occasion -et toujours au besoin- il avait le réveil du lion.

Si Kléber avait vécu, la France aurait conservé l’Egypte.

La mort de Kléber fut une perte irréparable pour la France et pour moi. C’était un homme doué des talents les plus brillants et de la plus grande bravoure.

Kléber, c’était l’image du dieu Mars en uniforme.

Il était de la très petite bourgeoisie ; petit, bossu, de l’extérieur le plus désagréable qu’on puisse imaginer, c’était un véritable Esope. Il n’avait ni l’habitude des affaires ni la connaissance des hommes. Du reste il était patriote, chaud et sincère, honnête homme, citoyen probe et instruit ; il entra au Directoire et sortit pauvre. La nature ne lui avait accordé que les qualités d’un magistrat subalterne.

Naturellement dissimulé, inobligeant, dur et sans affection, dévoré d’ambition.

Marat avait de l’esprit mais était un peu fou. Ce qui lui a donné une grande popularité, c’est qu’en 1790 il annonçait ce qui arriverait en 1792 ; il luttait seul contre tous. C’était un homme bien singulier.

Il était l’un des meilleurs avocats de Colmar. Il avait l’esprit qui caractérise un bon praticien ; il influença presque toujours les délibérations, prenait facilement des préjugés, croyait peu à la vertu et était d’un patriotisme assez exalté. Il avait, comme les patriciens, un préjugé d’Etat contre les militaires.

C’était un fanatique, un monstre ; mais il était incorruptible et incapable de voter ou causer la mort de qui que ce fût par inimitié personnelle ou par désir de s’enrichir. C’était un enthousiaste, il croyait agir selon la justice, et il ne laissa pas un sou après sa mort.

Sieyès était l’homme du monde le moins propre au gouvernement mais essentiel à consulter, car quelquefois il avait des aperçus lumineux et d’une grande importance.

08.30.07

NAPOLEON ET LES ADIEUX DE MALMAISON

Publié dans Empire, Napoléon tagged , , , , , , , , , à 7:48 par napoleonbonaparte

Façade du Château de La Malmaison

Je crois que la nature m’avait calculé pour les grands revers ; ils m’ont trouvé une âme de marbre, la foudre n’a pas mordu dessus, elle a dû glisser.

(Napoléon Bonaparte)

    Vaincu à Waterloo, Napoléon arrive directement à l’Elysée au matin du mercredi 21 juin 1815 et se résout à abdiquer pour la seconde fois en faveur de son fils Napoléon II, le lendemain 22 au début de l’après-midi. Mais il ne peut rester ainsi indéfiniment à Paris ; les ministres souhaitent le voir s’éloigner de la capitale, sa présence déclenchant l’enthousiasme et des acclamations continuelles de la part de la population parisienne. Après avoir longuement hésité, l’Empereur prend le parti de se rendre à Malmaison afin d’y attendre la réponse à la demande des passeports faite pour aller aux Etats-Unis d’Amérique où il avait décidé de se retirer définitivement.
    Pensant que Malmaison appartenait à Hortense, alors que dans le partage des biens de l’impératrice Joséphine, le domaine était tombé dans le lot de son frère, le prince Eugène, Napoléon lui demande une hospitalité que l’ancienne reine de Hollande s’empresse de lui accorder, en dépit des risques qu’il y avait pour elle à s’identifier au sort de l’empereur déchu. Courageusement, elle fait cacher ses deux fils chez sa marchande de bas, pensant qu’ils seraient plus à l’abri chez une personne de condition modeste, et accourt à Malmaison afin d’y recevoir celui qu’elle avait toujours considéré comme son père. Elle lui affecte toute l’aile sud du château comprenant au rez-de-chaussée la salle à manger, la salle du conseil et la bibliothèque et à l’étage, l’appartement qu’il occupait avant le divorce, tandis qu’elle se réserve l’aile nord, habitant son propre appartement au premier et faisant du salon de musique sa salle à manger.
    Tout est prêt lorsque l’Empereur arrive le dimanche 25 vers une heure et demi de l’après-midi dans la cour du château, une heure après avoir quitté l’Elysée. Trois cents grenadiers et chasseurs, renforcés par quarante dragons de la garde assurent sa sécurité et son service d’honneur ; ils sont commandés par le général Beker qui avait été affecté à cette mission par le Gouvernement provisoire, plus pour surveiller sa personne que pour veiller au respect qui lui est dû ; les consignes venaient de Fouché qui avait signifié à Davout, alors ministre de la Guerre, qu’au cas où Napoléon ne se décide pas à partir pour se rendre à l’île d’Aix, « vous devez le faire surveiller à Malmaison, de manière à ce qu’il ne puisse s’en évader. En conséquence, vous mettrez à la disposition du général Beker la gendarmerie et les troupes nécessaires pour garder les avenues qui aboutissent de toutes parts à Malmaison ». Quand Beker se trouva en face de l’Empereur, il ne put s’empêcher de pleurer et Napoléon lui dit : « Rassurez-vous, général, je suis bien aise de vous voir près de moi ; si l’on m’avait laissé le choix d’un officier, je vous aurais désigné de préférence, puisque je connais depuis longtemps votre loyauté ». Beker fit en effet tout son possible pour remplir sa mission de la manière qui fut la moins désagréable pour l’Empereur.
    A peine arrivé à Malmaison, Napoléon s’étonne d’y rencontrer si peu de monde, confiant à Gourgaud : « Eh bien, je ne vois pas un de mes aides de camp ! » ; c’est que bien des gens que l’on voit dans la prospérité vous abandonnent dans l’adversité, lui répond celui-ci. Il faut attendre le soir pour que le service s’organise un tant soit peu, Bertrand, Savary, Montholon, Gourgaud et Lallemand faisant office d’aides de camp, tandis que Résigny et Planat tiennent le rôle des officiers d’ordonnance, Montaran celui de l’écuyer, Las Cases celui de chambellan et Sainte-Catherine d’Audiffredi, jeune parent martiniquais de Joséphine, celui de page. Seuls les services de la bouche et de la chambre ont suivi l’Empereur déchu et sont les mêmes qu’à Paris. Deux autres généraux, Piré et Chartrand, étaient bien venus aussi à Malmaison, mais c’était uniquement pour demander de l’argent à l’Empereur, arguant qu’il leur fallait des moyens pour fuir, que l’échafaud attendait ceux qui, les premiers, s’étaient dévoués à sa cause et ils menaçaient de se brûler la cervelle s’il refusait ! Au regard de leur fidélité et devant leur obstination, il finit par accéder à leur demande, mais ceux-ci revinrent mécontents de Paris, ayant trouvant insuffisante la somme de 10 000 francs qui leur avaient été allouée! Ce même soir, l’Empereur reçoit trois de ses frères, les princes Joseph, Lucien et Jérôme, le quatrième, Louis, s’étant retiré en Italie ; ils sont rejoints par Maret duc de Bassano et par le comte de Lavalette. Enfin à onze heures du soir, l’Empereur regagne son appartement du premier étage où il se couche, tous les hommes présents ayant décidé de veiller en cas de tentative d’enlèvement de Napoléon par les royalistes.
    Les trois jours qui suivirent furent des journées très actives et bien remplies, tant on craignait que l’on attentât à la vie de l’Empereur. Le lundi 26, à onze heures du matin, se promenant seul dans les jardins, il fait chercher Hortense avant de recevoir les fidèles venus de Paris. C’est l’instant de la rêverie et du souvenir ; ces lieux lui rappellent tant de jours heureux qu’il ne peut s’empêcher de se confier à sa fille adoptive : « Cette pauvre Joséphine ! Je ne puis m’accoutumer à habiter ce lieu sans elle ! Il me semble toujours la voir sortir d’une allée et cueillir ces plantes qu’elle aimait tant ! Pauvre Joséphine ! ». Arrivent alors ses frères qu’accompagne leur mère, Letizia, qui semble fort abattue. Tout le monde se retrouve au salon où les attendent les fidèles qui l’accompagneront jusqu’à la fin, La Bédoyère, Flahaut, Savary accompagné de sa femme qui évoque l’éventualité d’un complot royaliste dont le but est d’assassiner l’Empereur. Le soir, on retrouve au salon Maret accompagné de plusieurs dames dont la belle comtesse Duchâtel qui retint, dit-on, un instant l’attention du maître, la charmante Mme Regnault de Saint-Jean d’Angély venue dire que l’on conspirait contre l’Empereur et que Fouché était à la tête du complot, la comtesse Walewska accourue à l’appel du malheur comme elle l’avait déjà fait l’année précédente à l’île d’Elbe et l’épouse de Caulaincourt, devenue enfin duchesse de Vicence au moment de la première Restauration, Napoléon n’ayant jamais autorisé le mariage de son ministre des relations extérieures avec une femme divorcée. Est-ce ce jour-là ou un autre qu’il voit pour la première fois le jeune Léon, cet enfant d’ Eléonore Denuelle de la Plaigne, dont il avait longtemps douté être le père ; sa ressemblance avec le roi de Rome, que confirme Hortense, le convainc de sa paternité et le décide à assurer son avenir. Désirant mettre également de l’ordre dans ses affaires, et avant de quitter la France, il fait venir son notaire Me Noël accompagné du baron Peyrusse, Trésorier général de la Couronne pendant les Cent-Jours, qu’il fait son « mandataire général et spécial » afin de vendre une inscription au Grand Livre lui appartenant. Il semble que ce soit ce même soir qu’il convoque dans sa bibliothèque, pour huit heures et demi, le banquier Jacques Laffitte ; il s’agit de lui confier les débris de sa fortune. Napoléon s’approche de son secrétaire, en retire un gros paquet de billets de banque et lui dit : « Tenez, voici huit cent mille francs, je vous enverrai cette nuit dans un fourgon trois millions en or. M. de Lavalette et le prince Eugène vous remettront douze cents mille francs ; je fais remettre de plus dans votre calèche mon médailler, c’est tout ce qui me reste. Vous me garderez ça ». Puis, pendant les deux heures que dure l’entretien, la conversation roule sur son éventuel départ pour les Etats-Unis, sur le commerce de ce pays, sur les moeurs de ses habitants et leur manière de vivre, concluant : « Au total, c’est un pays assez ennuyeux à habiter ». A onze heures, Laffitte, craignant d’abuser des moments de l’Empereur, met fin à la conversation et sort de cet entretien les yeux mouillés de larmes. Comme pour la nuit précédente, les hommes décident de veiller, inquiets d’une éventuelle attaque.
    Le lendemain matin mardi 27, à l’aube, Las Cases arrive accompagné de Decrès, le ministre de la Marine, auquel il était très lié ; les deux hommes se tutoyaient, tous deux ayant été officiers de marine avant la Révolution. Decrès vient apporter le texte d’un arrêté daté de la veille et signé par Fouché par lequel le gouvernement provisoire donne bien l’ordre pour que deux frégates du port de Rochefort soient armées afin transporter Napoléon aux Etats-Unis, mais il est stipulé qu’elles ne pourront quitter la rade avant l’arrivée des sauf-conduits demandés à l’Angleterre. Prenant à juste titre cette restriction pour un piège et se méfiant d’une probable duplicité de Fouché, Napoléon décide de renoncer à son voyage par crainte que les passeports annoncés ne parviennent à Rochefort ; il est fermement déterminé à les attendre à Malmaison.
    C’est le lendemain, mercredi 28, que Flahaut va signifier à la commission du Gouvernement cette décision de l’Empereur, ce qui ne laisse pas d’effrayer Fouché dont le but est un départ immédiat de Malmaison. La fermeture des barrières de Paris et la barricade élevée au pont de Neuilly rendent d’ailleurs les communications beaucoup plus incertaines avec Malmaison ; malgré ces difficultés d’accès, les fidèles se pressent encore aux portes du petit château. En plus de ceux que leur service appelle auprès de l’Empereur, on voit arriver Méneval, Talma, puis Corvisart qui remet à Napoléon un petit flacon renfermant un poison violent que Marchand a pour mission d’attacher aux vêtements de son maître. Devant l’avance des Prussiens qui approchent de Gonesse, le ministre de la Guerre, Davout, donne l’ordre de faire sauter les ponts de Chatou et de Bezons afin de garantir Malmaison d’un coup de main. Le soir, avant de se coucher, l’Empereur fait venir l’ancien valet de chambre de Joséphine, Pierre-Joseph Frère, et il se remémore les jours heureux de Malmaison : « C’est très beau Malmaison, c’est un beau lieu ; Joséphine a bien dépensé de l’argent et il n’y a pas de maison ; j’ai bien crié contre elle dans le temps…. tout lui plaisait ; j’ai rencontré en Italie des caisses encore pour elle, des bêtises, des pierres, des drogues, il y en avait pour trois cents mille francs. Malmaison coûte fort cher d’entretien. Je parie que cela va à cinquante mille francs ». A Paris pendant ce temps, et face à l’urgence, à neuf heures du soir, Fouché amène la commission du Gouvernement à abandonner la clause restrictive de l’arrivée des sauf-conduits ; les frégates sont donc mises à la disposition de l’Empereur et plus rien ne fait désormais obstacle à son départ.
    C’est le jeudi 29, entre trois et quatre heures du matin, que Decrès, accompagné de Boulay de la Meurthe qui avait été appelé à la Justice par la Commission, arrivent à Malmaison pour signifier cette décision à Napoléon. Sans faire aucune objection, il leur promet de se mettre en route le jour même. En effet, dès neuf heures du matin, il fait venir son frère Joseph, Flahaut, Lavalette et Maret pour leur annoncer son départ imminent. Mais devant les cris répétés de « Vive l’Empereur » scandé par les troupes passant à proximité, Napoléon fait appeler le général Beker et lui demande de se rendre immédiatement à Paris auprès de la Commission afin de prendre le commandement de l’armée, non plus comme empereur, mais comme simple général, afin de battre les Prussiens, puis de se retirer définitivement de la scène politique. Subjugué par les paroles de l’Empereur, Beker arrive aux Tuileries à midi, mais Fouché, irrité et prenant la décision seul, sans un geste de ses collègues restés sombres et taciturnes, exige un départ immédiat pour Rochefort en prétextant que les Prussiens marchent sur Versailles. Le retour de Beker à Malmaison vers deux heures de l’après-midi annonce la fin. Napoléon s’achemine alors vers la chambre de l’Impératrice, seul afin de s’y recueillir et en sort les yeux gonflés de larmes avant de faire ses adieux à ses proches dans la bibliothèque ; c’est d’abord Hortense qui lui remet son beau collier de diamants d’une valeur de 200 000 francs, pensant qu’il lui serait utile dans l’adversité, puis Mmes de Vicence, Caffarelli et Walewska ; il reçoit ensuite ses proches, le roi Joseph et sa mère, ignorant qu’ils se voient pour la dernière fois. A 17 h 30, en habits bourgeois, Napoléon monte dans une calèche jaune attelée de quatre chevaux, accompagné du général Beker, de Bertrand et de Savary, puis par une porte située au fond du parc, il rejoint la grande route de Paris à Rochefort. Malmaison avait vu, ce jour-là, se dérouler sa dernière grande page d’histoire.

ENNEMIS, ADVERSAIRES ET OPPOSANTS PAR NAPOLEON 1er

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Entrevue de Napoléon 1er et François II après Austerlitz

Bien qu’on m’ait salué, en leur nom, de moderne Attila, de Robespierre à cheval, tous [les rois d'Europe] savent mieux dans le fond de leur coeur que, si je l’avais été, je règnerais encore peut-être ; mais eux, bien sûrement et depuis longtemps, il ne règneraient plus.

(Napoléon Bonaparte)

Ce qu’il y a de plus singulier, c’est qu’on ne peut prévoir ce qui lui manquera dans un cas donné ou dans une circonstance particulière, car ce qui lui manque varie à l’infini.

C’est un grec du Bas-Empire, fin, faux et adroit.

N’ayant aucun talent pour la tribune, et nulle habitude au travail, il se jeta dans le parti thermidorien menacé par Robespierre ainsi que Tallien et tout le reste du parti de Danton. Ils se réunirent et firent la journée du 9 Thermidor. Cette réussite lui donna une grande célébrité. Les évènements le portèrent au Directoire : il n’avait point les qualités nécessaires pour cette place.

Barras était d’une haute stature, il parla quelquefois dans les moments d’orage et sa voix couvrait alors la salle. Ses facultés morales ne lui permettaient pas d’aller au-delà de quelques phrases. La passion avec laquelle il parlait l’aurait fait prendre pour un homme de résolution, mais il ne l’était point : il n’avait aucune opinion faite sur aucune partie de l’administration publique.

Blücher est un très brave soldat, un bon sabreur. C’est comme un taureau qui ferme les yeux et se précipite en avant sans voir aucun danger. Il a commis des millions de fautes et, s’il n’eût été servi par les circonstances, j’aurais pu différentes fois le faire prisonnier, ainsi que la plus grande partie de son armée. Il est opiniâtre et infatigable, n’a peur de rien et est très attaché à son pays ; mais comme général, il est sans talent.

Le prince des Asturies est très bête, très méchant, très ennemi de la France ; avec mon habitude de manier les hommes, son expérience de vingt-quatre ans n’a pu m’en imposer.

Le roi Charles est un brave homme. Je ne sais si c’est sa position ou les circonstances, il a l’air d’un patriarche franc et bon.

La reine a son coeur et son histoire sur sa physionomie, c’est vous en dire assez. Cela passe tout ce qui est permis de s’imaginer.

Le duc de Brunswick a eu tous les torts dans cette guerre [contre la Prusse en 1806] ; il a mal conçu et mal dirigé les mouvements de l’armée ; il croyait l’empereur à Paris lorsqu’il se trouvait sur ses flancs ; il pensait avoir l’initiative des mouvements et il était déjà tourné.

Le prince Charles est un homme sage, aimé par ses troupes… Bien qu’il ait commis un millier de fautes, il est le meilleur général autrichien.

Il s’est offert vingt fois à mois ; mais comme c’est pour me faire plier à son imagination et non pour m’obéir, je me suis refusé à ses services, c’est-à-dire à le servir.

Je n’ai point de reproches à faire à Chateaubriand. Il m’a resisté dans ma puissance.

Tout ce qui est grand et national doit convenir au génie de Chateaubriand.

  • Sir George Cockburn, contre-amiral anglais (1772-1853)

Malgré certaines contrariétés, l’amiral Cockburn avait mérité ma parfaite confiance ; mais il ne paraît pas que son successeur soit jaloux de m’en inspirer une semblable.

C’est un homme d’honneur. Sa brusquerie nous blesse parfois ; mais en définitive, c’est un vieux et brave soldat, et avec eux je finis toujours par m’entendre… J’ai eu quelques reproches à lui faire, mais j’ai toujours rendu justice à ses sentiments honorables. Jamais il ne m’a inspiré la plus légère méfiance.

Comme homme d’esprit, écrivain, il fallait qu’il écrive, qu’il accuse. Il était l’amant de Madame de Staël qui eût aimé me culbuter. Il avait été fort partisan du 18 Fructidor et du 18 Brumaire. Constant avait toujours été désireux de se rapprocher de moi sous l’Empire.

Il faut supporter la responsabilité de l’événènement ; la rejeter sur d’autres, même avec vérité, ressemblerait trop à une lâcheté pour que je veuille m’en laisser soupçonner.

Assurément, si j’eusse été instruit à temps de certaines particularités concernant les opinions et le naturel du duc d’Enghien, et surtout si j’avais vu la lettre qu’il m’écrivit et que Talleyrand me remit que quand il n’était plus, bien certainement j’eusse pardonné.

Ce squelette de François II, que le mérite de ses ancêtres a placé sur le trône.

Je préfère un homme d’honneur qui tient parole à un homme consciencieux. L’empereur François a fait ce qu’il estimait être le plus utile pour le bien de son peuple, il est consciencieux, mais il n’est pas homme d’honneur.

Je croyais que l’empereur François était un bon homme : je me suis trompé ! C’est un imbécile, un paresseux sans cervelle et sans coeur. Il est dépourvu de tout talent. Il ignore l’affection, la sensibilité et la gratitude. En fait, les bonnes qualités lui font complètement défaut.

C’est un homme entièrement borné, sans caractère, sans moyens, un vrai benêt, un balourd, un ennuyeux.

Le plus grand sot de la terre, sans talent, sans instruction, incapable de soutenir une conversation de cinq minutes. Il a l’air d’un vrai don Quichotte.

Pas un tailleur e savait plus long que le roi Frédéric-Guillaume sur ce qu’il fallait de drap pour faire un habit. Si l’armée française avait été comandée par un tailleur, le roi de Prusse aurait certainement gagné la bataille à cause de son savoir supérieur en cette matière.

La Fayette a été un niais politique. Sa bonhomie doit le rendre constamment dupe des hommes et des choses. Son insurrection des chambres, au retour de Waterloo, a tout perdu.

La Fayette… était un homme sans talents, ni civils ni militaires ; esprit borné, caractère dissimulé, dominé par des idées vagues de liberté, mal digérées chez lui et mal conçues. Au reste, dans la vie privée, La Fayette était un honnête homme.

Les deux issues si malheureuses des invasions de la France lorsqu’elle avait encore tant de ressources sont dues aux trahisons de Marmont, Augereau, Talleyrand, et La Fayette. Je leur pardonne ; puisse la postérité française leur pardonner comme moi !

Vous êtes pour nous un plus grand fléau que les misères de cet affreux rocher.

J’ai vu des tartares, des cosaques, des kalmouks, mais je n’ai jamais vu une figure aussi sinistre et aussi repoussante.

Si un tel homme reste un instant seul près d’une tasse de café, c’est à ne pas la boire ! Il a le crime gravé sur le visage.

Metternich est tout prêt d’être un homme d’Etat : Il ment très bien.

Il a du génie sur le champ de bataille, mais, dans la vie, c’est un faible servilement soumis à sa femme. Sa belle-mère lui a monté la tête contre moi.

La nature en lui n’avait pas fini sa création ; il avait plus d’instinct que de génie.

Moreau ne connaissait pas le prix du temps ; il le passait toujours le lendemain d’une bataille dans une fâcheuse indécision.

Il était supérieur pour commander une forte division ou un de mes corps d’armées, mais pour bien commander en chef il faut être un autre homme que lui.

Nelson était un brave homme. Si Villeneuve à Aboukir et Dumanoir à Traflagar avait eu un peu de son sang, les Français auraient été vainqueurs.

Madame de Staël était ardente dans ses passions, furieuse et forcenée dans ses expressions. Sa demeure à Coppet était devenue un véritable arsenal contre moi ; on venait y faire armer chevalier. Elle s’occupait à me susciter des ennemis et me combattait elle-même.

Il est vrai de dire que personne ne saurait nier qu’après tout Madame de Staël est une femme d’un grand talent, fort distinguée, de beaucoup d’esprit : elle restera.

Si je juge les actions de Wellington d’après les dépêches, et surtout d’après sa conduite envers Ney, son procès et son exécution, je dois dire que c’est un homme de peu d’esprit, sans générosité ni grandeur d’âme. Wellington est un homme ordinaire. Il a été prudent et heureux, mais ce n’est pas un grand génie.

08.29.07

DOUCE ET INCOMPARABLE JOSEPHINE, IMPERATRICE DES FRANCAIS (1763-1814)

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L’Impératrice Joséphine (1763-1814)

Joséphine était une femme des plus agréables. Elle était pleine de grâce, et femme dans toute la force du terme, ne répondant jamais d’abord que “non” pour avoir le temps de réfléchir. Elle mentait presque toujours, mais avec esprit. Je puis dire que c’est la femme que j’ai le plus aimée.

(Napoléon Bonaparte)

« Douce et incomparable Joséphine », l’expression est de Napoléon lui-même qui l’utilise dans une des toutes premières lettres qu’il lui adresse en 1795 ; lui seul réellement pouvait juger si elle était aussi « douce et incomparable » qu’il l’imaginait.

Il convient avant tout de faire une mise au point sur son nom réel. La plupart des gens la connaissent de nos jours sous le nom de Joséphine de Beauharnais, or stricto sensu, Joséphine de Beauharnais n’a jamais existé ! Cette affirmation demande une explication : elle est baptisée en 1763 sous le nom de Marie-Joseph-Rose de Tascher de la Pagerie et Rose est son prénom usuel qu’elle portera jusqu’à sa rencontre avec le futur empereur en 1795. Mais bien évidemment personne ne sait de nos jours qui est Rose de Beauharnais. C’est Napoléon lui-même qui décide de féminiser son prénom de Joseph en Joséphine et elle devient alors Joséphine Bonaparte, puis l’impératrice Joséphine. Au moment de son décès en 1814, les journaux royalistes annoncent la mort de Mme veuve de Beauharnais, comme si l’empereur n’avait jamais existé. On évacue alors le patronyme Bonaparte pour ressusciter celui de Beauharnais tout en conservant le prénom que Napoléon lui avait donné : ainsi naquit Joséphine de Beauharnais ! Je vous engage donc à ne plus la nommer ainsi, mais Joséphine Bonaparte ou l’impératrice Joséphine.

Elle naît à la Martinique en 1763, c’est-à-dire seulement huit ans seulement après la reine Marie-Antoinette, et lorsqu’elle épouse Napoléon, elle a déjà trente-trois ans et a vécu plus de la moitié de sa vie. Elle est donc une femme ancrée dans le XVIIIè siècle, ce qui lui permettra plus tard de jouer un rôle important dans la fusion des deux sociétés, celle issue de l’Ancien Régime et celle générée par la Révolution.

La famille de Tascher est d’antique noblesse, certains de ses membres ayant été chevaliers croisés auprès de Saint-Louis ; c’est en 1726 qu’une branche Tascher de la Pagerie vient s’installer à la Martinique. La petite Marie-Joseph-Rose trouve son île trop étroite et rêve d’aller à Paris. Ce rêve prend corps lorsqu’on la marie à l’âge de seize ans à Alexandre de Beauharnais, un époux qu’elle n’a quasiment jamais vu et qui va lui donner deux enfants, d’abord un fils, Eugène, en 1781, puis une fille, Hortense, en 1783. La suspicion et la jalousie maladive du mari débouchent très rapidement sur la séparation du couple qui intervient après la naissance d’Hortense ; Joséphine s’installe alors dans l’abbaye de Panthémont, rue de Grenelle, où les religieuses mettent des appartements à la disposition des femmes de distinction ; elle conserve alors la garde de sa fille. En 1788, elle décide de retourner en Martinique avec Hortense pour tenter de récupérer quelque argent auprès de son père. Elle y reste deux ans, lorsque les mouvements révolutionnaires ayant atteint les Antilles, elle rentre précipitamment en France en octobre 1790 pour découvrir qu’Alexandre est devenu un personnage en vue, bientôt Président de la Constituante. Sans reprendre la vie commune, elle se rapproche de cet époux influent, cherchant comme elle le fera toute sa vie à se rapprocher du pouvoir, non pas pour le plaisir de l’exercer, mais pour les facilités matérielles qu’il apporte. Dès lors, elle fréquente avec une grande insouciance les milieux politiques les plus contrastés, cherchant toujours à rendre service à son entourage. Mais la loi des suspects de septembre 1793 ordonnant l’arrestation des gens jugés dangereux, Alexandre est d’abord emprisonné, puis est rejoint par Joséphine en avril 1794. S’il est guillotiné quelques jours avant la chute de Robespierre, Joséphine échappe de justesse au supplice, mais restera marquée à tout jamais par cet enfermement, au cours duquel elle s’attendait chaque matin à entendre prononcer son nom sur la liste des condamnés.

A sa sortie de prison, elle devient avec Mme Tallien l’une des gloires de la société thermidorienne, se rapprochant du plus influent des directeurs, Barras dans le salon duquel elle rencontre un jeune général corse répondant au nom de Napoléon Bonaparte. Elle pense qu’à trente-deux ans passés, il serait convenable de se remarier pour assurer son avenir et celui de ses enfants. Ce jeune général semble avoir de l’avenir ; de plus il l’amuse et la croit très riche, ce qu’elle lui laisse croire. A ses yeux, ce n’est qu’un mariage de convenance, célébré un peu rapidement par un beau jour de mars 1796, dans lequel Joséphine trouve un protecteur et Napoléon une femme influente qui lui ouvre les portes de la société directoriale. Mais il s’avère que le mari est follement amoureux de son épouse, chose étrange pour une femme d’Ancien Régime, et qui lui semble du dernier bourgeois ! Elle ne comprend pas ce qui lui arrive et s’amuse des lettres enflammées que lui envoie son mari. Elle y répond de temps à autre, mélangeant le « tu » et le « vous », ce qui ne manque pas d’irriter notre amoureux qui lui répond rageusement « vous toi-même » !

La vie agitée qu’elle mène à Paris la fait hésiter à le rejoindre en Italie, mais peu à peu elle se fait à l’idée que ce mari qu’elle a épousé un peu vite a un véritable avenir devant lui. Elle en prend réellement conscience lorsque le coup d’état de brumaire fait d’elle la première dame de France à l’âge de trente-six ans, avec le titre peu gracieux de consulesse, mais sans imaginer un seul instant qu’elle deviendra un jour impératrice.

Dès cette époque, l’épouse du Premier Consul s’investit dans de multiples tâches. D’abord sa grande connaissance des milieux aristocratiques lui permet d’aider au retour des émigrés et elle organise quasiment le bureau des radiations ; c’est grâce à son action qu’une grande partie de la noblesse d’Ancien Régime va se rallier à Bonaparte. Devenue impératrice des Français le 18 mai 1804, elle se glisse alors avec une aisance déconcertante dans ses nouveaux habits impériaux. Elle comprend immédiatement qu’elle succède à la reine Marie-Antoinette dans ce rôle, tient sa cour avec beaucoup de tact et de distinction et se met à protéger les artistes.

Elle aide d’abord les jeunes peintres et active le goût pour le Moyen-Age en leur commandant des tableaux retraçant l’histoire nationale. On fait généralement commencer la naissance de ce mouvement romantique avec la publication de Notre-Dame de Paris ou bien avec le patronage de la duchesse de Berry, alors que c’est Joséphine qui l’initie dès le début des années 1800. La plupart des thèmes abordés sont tristes et mélancoliques, liés à la mort, la séparation ou l’abandon, et se retrouvent dans sa collection de peintures modernes.

Elle développe également sa passion pour les antiques, réunissant une magnifique collection de deux cent cinquante vases grecs ou de bronzes provenant des fouilles d’Herculanum et de Pompéi, qui lui sont offerts par les souverains napolitains.

Pour enrichir ses collections, elle n’hésite pas à se servir dans les collections nationales, les limites du domaine public et du domaine privé n’étant pas alors aussi clairement définies que de nos jours. Aussi lui arrive-t-il de se servir parfois aussi bien dans les collections du musée des Monuments Français que dans celles du musée Napoléon, notre actuel musée du Louvre ! Elle n’hésite pas non plus à faire ôter les bas-reliefs de la laiterie de Rambouillet pour garnir sa chère Malmaison. Nous jugeons sévèrement ces comportements avec nos yeux du XXIè siècle, mais de telles pratiques étaient alors monnaie courante.

Joséphine recherche également des objets ayant appartenus à Louis XVI ou à Marie-Antoinette, comme des plaques en porcelaine de Sèvres provenant de leurs appartements de Versailles ; elle entre aussi en possession du guéridon livré par Sèvres à Mme du Barry. On retrouve là son attachement pour l’art de sa jeunesse, celui de la fin du XVIIIè siècle qui a marqué si fortement son goût.

Elle n’omet pas non plus de patronner la musique à l’instar de Marie-Antoinette. Afin de régénérer l’opéra français, la reine avait appelé à Paris le chevalier Gluck qui livra son premier opéra français, Iphigénie en Aulide ; parallèlement, Joséphine impose l’italien Spontini qui lui dédie la Vestale, premier grand opéra à la française, ancêtre des œuvres lyriques de la première moitié du siècle jusqu’à Berlioz.

Mais sa vraie passion va aux sciences naturelles, d’abord à la botanique, puis à la zoologie. La légende veut que le nom de Joséphine soit attaché aux roses. Tout ceci repose sur un malentendu qui s’appelle Redouté ! Le succès de son ouvrage sur les Roses, en a répandu la célébrité sur la terre entière, allant jusqu’à fasciner les Japonais qui en font un véritable mythe. En réalité, aux yeux de Joséphine, sa collection de roses n’a pas plus d’importance que ses pélargoniums ou ses bruyères. Et qui plus est, elle n’avait pas de roseraie ! Cette notion de roseraie ne remonte guère au-delà de la fin du XIXè siècle lorsque Jules Gravereaux réalise la première roseraie moderne à l’Haÿ-les-Roses. Sous l’Empire, les rosiers n’étant pas remontants et ne fleurissant donc qu’une fois l’an en mai et juin, sont placés dans des pots, sortis juste le temps de leur floraison. En vraie passionnée, elle connaît les noms latins des plantes qu’elle cultive, et ne dédaigne pas de correspondre directement avec les professeurs du Museum d’histoire naturelle qui la considèrent un peu comme faisant partie des leurs. Dans ses serres de Malmaison qui sont construites à grand frais, plus de deux cents plantes nouvelles fleurissent pour la première fois en Franc comme le camélia, le phlox ou le dahlia. Pour moitié avec un pépiniériste londonien, elle engage un jeune botaniste écossais qui herborise dans la région du Cap, en Afrique du sud, afin de lui fournir des plantes jusqu’alors inconnues comme les proteas et les erikas.

La zoologie ne la laisse pas indifférente. Elle profite de l’expédition aux Terres australes envoyée par le Premier Consul en 1800 et conduite par le capitaine Baudin, pour littéralement rafler les plus beaux sujets lorsqu’ils arrivent au port de Lorient. Le partage est inégal avec le Museum et Joséphine s’approprie le seul couple de cygnes noirs alors connus en Europe ; il s’acclimatera et se reproduira à Malmaison.

Les dettes sont intimement liées à la vie de Joséphine. Ses rapports avec l’argent ont toujours été à l’origine de terribles colères de la part de Napoléon. Elle oublie aussitôt ce qu’elle vient d’acheter, ce que Bourrienne relate joliment en écrivant que son plaisir n’était pas de posséder, mais d’acquérir. Combien de caisses réglées à force de larmes et jamais ouvertes, que ce soit à Malmaison ou à Saint-Cloud ; on en a même retrouvé sous Napoléon III dans cette dernière résidence, laissées là depuis un demi-siècle !

Joséphine a certes coûté très cher à la France, et certainement plus que la reine Marie-Antoinette, mais sa grande bonté et sa qualité de française lui ont épargné les foudres de ses sujets. On peut évaluer à cinquante millions de francs ce qu’elle a coûté à notre pays, sachant qu’à la même époque un garçon jardinier gagnait six cents francs par an ! Mais elle était la souveraine du pays le plus puissant et Napoléon avait souhaité que le commerce de luxe dépassât le niveau qui était le sien avant la Révolution. En réalité, il a été entendu au-delà de toute espérance et connaissant la propension de Joséphine à dépenser sans compter, il aurait dû être plus méfiant et ne s’en prendre qu’à lui-même.

Elle ne suit pas la mode, mais elle la créée, dépensant sans compter tant pour ses toilettes que pour ses bijoux. Son écrin est le plus riche d’Europe.

Tous les moyens lui sont bons pour se procurer de l’argent. Si Bonaparte avait accepté que les généraux s’enrichissent au moment du Directoire, il n’admet plus de malversations dès qu’il devient le chef de l’Etat. Or, Joséphine ne le comprend pas et continue de s’enrichir par des moyens peu honnêtes. Elle continue à s’impliquer dans les fournitures aux armées, n’hésitant pas à vendre des chevaux borgnes au prix de purs sangs. Elle va jusqu’à commettre ce qu’on appellerait de nos jours un délit d’initié ; informée avant tout le monde que la paix allait être signée avec l’Angleterre, elle s’acoquine aussitôt avec un agent de change, lui promettant de partager les bénéfices, ce qu’elle se gardera bien de faire. C’est seulement après la mort de l’Impératrice que le pauvre agent de change osa réclamer son dû au prince Eugène qui s’empressa de régler la dette de sa mère. Napoléon ne l’apprit jamais. Elle ne lui avouait d’ailleurs jamais la vérité, lui disant d’abord non pour se laisser le temps de la réflexion. Ensuite, elle consentait à lui révéler généralement la moitié de sa dette, ce qui le faisait immanquablement crier ; alors elle pleurait et il finissait toujours par payer, ne sachant pas résister aux larmes de Joséphine.

Le divorce a toujours été son épée de Damoclès ; il en est déjà question dès 1798 au moment de sa liaison probable avec le jeune Hippolyte Charles, puis peu à peu elle se rend compte qu’elle ne peut pas donner d’héritier à Napoléon. Elle avait réussi à le convaincre de sa stérilité, arguant la naissance de ses deux enfants, Eugène et Hortense. Si l’Empereur avait déjà eu un fils naturel en 1806, le futur comte Léon, il n’était pas totalement certain de sa paternité, la jeune femme ayant probablement partagé en même temps que Napoléon les faveurs de Murat. Mais sa rencontre avec Marie Walewska et la naissance de leur fils, Alexandre Walewski, le convainc définitivement de sa faculté de procréer. Il faut un héritier à l’Empire et sa décision de divorcer est alors arrêtée. Cette séparation est vécue comme une véritable épreuve par les deux époux ; le temps et des moments difficiles partagés ensemble avaient renforcé leur complicité ; ils s’étaient élevés ensemble jusqu’aux marches du trône. Elle partageait ses habitudes depuis si longtemps, et Napoléon savait qu’il allait devoir affronter une nouvelle épouse qui ne le connaissait pas. Cette séparation par consentement mutuel reste unique dans l’histoire de notre pays. Le jour de la cérémonie, devant la cour et la famille impériale assemblée, Napoléon fait cette déclaration stupéfiante lors d’un divorce : « Elle a embelli quinze ans de ma vie ».

Consciente de s’être sacrifiée au bonheur de la France, Joséphine vit ses dernières années dans une triste solitude. Elle conserve son titre d’impératrice, et Napoléon ne manque jamais de venir lui rendre visite, généralement une fois l’an, et toujours dans le jardin afin d’être vus de tous. Elle occupe son temps en voyageant beaucoup, principalement en Suisse et en Savoie où elle n’hésite pas à monter sur la mer de glace à Chamonix, accompagnée d’une véritable caravane d’environ quatre-vingts personnes ! Une autre année, elle se rend à Milan pour les couches de sa belle-fille, l’épouse d’Eugène, et surtout pour faire la connaissance de ses petits-enfants qu’elle n’a jamais vus. Les enfants d’Eugène feront de splendides mariages : l’un épousera la reine du Portugal, l’une sera impératrice du Brésil, et une autre deviendra reine de Suède en épousant le fils de Bernadotte. De cette dernière descendent actuellement les rois des Belges, de Norvège et de Suède, les reines des Hellènes et du Danemark et le grand-duc de Luxembourg, qui né prince de Bourbon-Parme, descend aussi bien de Joséphine que de Louis XIV !

A la fin de sa vie, Joséphine devient une grand-mère attentive et aimante ; ses petits-enfants comptent beaucoup pour elle, principalement les deux fils d’Hortense Napoléon-Louis et Louis-Napoléon qu’elle voit très souvent et qui passent régulièrement l’été à Malmaison. Le dernier, qui deviendra Napoléon III, fait sa joie ; surnommé Oui-Oui, il la ravit par ses bons mots et elle l’autorise même à couper les cannes à sucre de la serre chaude pour les sucer. Ces souvenirs d’enfance l’avaient tant marqués qu’il rachètera Malmaison en 1861 afin d’en faire un premier musée napoléonien.

Rentrée de Milan à l’automne 1812, elle apprend les nouvelles désastreuses de la campagne de Russie ; désormais, elle se terre à Malmaison et ne voyage plus. Elle part seulement quelques jours dans sa terre de Navarre, aux portes d’Evreux, à l’approche des armées alliées et y apprend l’abdication de Napoléon. Désormais l’épopée est terminée, elle ne peut compter que sur elle-même. Elle rentre alors à Malmaison, respectée de tous et principalement du tsar Alexandre ; ayant toujours besoin d’un protecteur, elle s’en rapproche comme elle l’avait fait précédemment plusieurs fois au cours de sa vie avec Alexandre de Beauharnais, Barras ou Napoléon. Le tsar sépare le sort des Beauharnais de celui des Bonaparte ; l’attitude de Joséphine et de ses deux enfants a toujours forcé son admiration tant par leur éducation que par leur fidélité à Napoléon, et de plus, le beau-père d’Eugène, le roi de Bavière, a épousé la sœur de la tsarine. La Restauration lui ayant conservé son titre d’impératrice, elle reçoit à Malmaison les souverains alliés comme le roi de Prusse ou le tsar de Russie et éclipse la cour des Tuileries ; Louis XVIII est veuf depuis longtemps et les Tuileries rappellent trop de souvenirs pénibles à sa nièce, la duchesse d’Angoulême, fille de Louis XVI, pour qu’elle y tienne une cour brillante. Ces mois d’avril et mai 1814 voient donc l’apothéose de Joséphine et elle a le bonheur de disparaître au bon moment, en pleine gloire, n’ayant certainement pas pu résister au-delà de la première Restauration. Au retour de Napoléon de l’île d’Elbe, elle n’aurait pu se tenir à l’écart des Cent-Jours, et elle aurait tout perdu après Waterloo, devant vraisemblablement s’exiler et quitter sa chère Malmaison. Elle a été le grand amour de Napoléon qui se rappelait à Sainte-Hélène que « c’était une vraie femme » et ajoutant que « Joséphine était la grâce personnifiée ».

© Bernard CHEVALLIER, directeur des châteaux de Malmaison et Bois Préau, du musée napoléonien de l’Île d’Aix, et de la Maison Bonaparte à Ajaccio, conservateur général du patrimoine.

LES PERSONNAGES HISTORIQUES PAR L’EMPEREUR NAPOLEON 1er

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 L’assassinat de Jules César par Gérôme (1824-1904) 

Quand on veut se meler de gouverner, il faut savoir payer de sa personne, au besoin savoir se laisser assassiner.

(Napoléon Bonaparte)

Ce que j’aime chez Alexandre le Grand, ce ne sont pas ses campagnes que nous ne pouvons concevoir, mais ses moyens politiques. Il laissa à trente-trois ans un immense empire bien établi, et il avait eu l’art de se faire aimer des peuples vaincus.

Alexandre Le Grand, César, Hannibal, le Grand Gustave et d’autres réussissent toujours ; est-ce parce qu’ils ont eu du bonheur qu’ils deviennent ainsi de grands hommes ? Non, mais parce qu’étant des grands hommes ils ont maîtrisé leur bonheur ! Quand on veut étudier les ressorts de leurs succès, on est tout étonné de voir qu’ils avaient tout fait pour l’obtenir.

C’était une maîtresse femme, elle était digne d’avoir de la barbe au menton.

César n’a jamais voulu se faire roi, et il n’a pas été tué pour avoir ambitionné la couronne, mais pour avoir voulu établir l’ordre civil par la réunion de tous les partis. Il a été tué dans le Sénat où il avait placé un grand nombre de ses ennemis, c’est à dire plus de quarante amis de Pompée.

D’où a-t-il cette grandeur antique ? C’est le génie ! Le génie, voyez-vous, est une flame qui tombe du ciel mais qui trouve rarement un esprit prèt à la recevoir. Corneille était un homme qui connaissait le monde. C’est justement pourquoi je prétends qu’il est un grand homme.

S’il vivait, je le ferais prince.

Ce n’était pas un grand militaire, il n’a gagné que deux batailles. La révolution d’Angleterre n’a rien de commun avec la nôtre, et Cromwell rien de commun avec moi : Cromwell a tout fait par la force, et moi tout régulièrement par les lois.

Si François Ier avait embrassé le luthérianisme, si favorable à la suprématie royale, il eût épargné à la France de terribles convulsions religieuses amenées plus tard par les calvinistes. Après tout, il n’était qu’un héros de tournoi, un beau de salon, un de ces grands hommes pygmées.

En plaine, je pense comme Frédéric : il faut toujours attaquer le premier.

Il a été grand surtout dans les moments les plus critiques : c’est le plus bel éloge que l’on puisse faire de son caractère. Ce qui distingue le plus Frédéric, ce n’est pas l’habileté de ses manoeuvres, c’est son audace ! Il a exécuté ce que je n’ai jamais tenté. Il a quitté sa ligne d’opération et a souvent agi comme s’il n’avait aucune connaissance de l’art militaire.