07.31.07

NAPOLEON BONAPARTE – SUR LE SUICIDE

Publié dans Ecrits, Napoléon tagged , , , , , , , , , , , à 11:08 par napoleonbonaparte

Napoléon Bonaparte à Valence

Toujours seul au milieu des hommes, je rentre pour rêver avec moi-même et me livrer à toute la vivacité de ma mélancolie. De quel côté est-elle tournée aujourd’hui ? Du côté de la mort. Dans l’aurore de mes jours je puis espérer encore vivre longtemps. Je suis absent depuis six à sept ans de ma patrie. Quels plaisirs ne goûterai-je pas à revoir dans quatre mois et mes compatriotes et mes parents ! Des tendres sensations que me fait éprouver le souvenir des plaisirs de mon enfance, ne puis-je pas conclure que mon bonheur sera complet ? Quelle fureur me porte donc à vouloir ma destruction ? Sans doute, que faire dans ce monde ? Puisque je dois mourir, ne vaut-il pas autant se tuer ? Si j”avais déjà passé soixante ans, je respecterais le préjugé de mes contemporains et j’attendrais patiemment que la nature eut achevé son cours ; mais puisque je commence à éprouver des malheurs, que rien n’est plaisir pour moi, pourquoi supporterais-je des jours que rien ne prospère ? Que les hommes sont éloignés de la nature ! Qu’ils sont lâches, vils, rampants ! Quel spectacle verrai-je dans mon pays ? Mes compatriotes chargés de chaînes et qui baisent en tremblant la main qui les opprime ! Ce ne sont plus ces braves Corses qu’un héros animait de ses vertus, ennemi des tyrans, du luxe des vils courtisans. Fier, plein d’un noble sentiment de son importance particulière, un Corse vivait heureux s’il avait employé le jour aux affaires publiques. La nuit s’écoulait dans les tendres bras d’une épouse chérie ? La raison et son enthousiasme effaçaient toutes les peines du jour. La trendresse, la nature rendaient ses nuits comparables à celle des Dieux. Mais, avec la liberté, ils se sont évanouis comme des songes, ces jours heureux ! Français, non contents de nous avoir ravis tout ce que nous cherissions, vous avez encore corrompu nos moeurs. Le tableau actuel de ma patrie et l’impuissance de le changer est donc une nouvelle raison de fuir une terre où je suis obligé par devoir de louer des hommes que je dos haïr par vertu. Quand j’arriverai dans ma patrie, quelle figure faire, quel langage tenir ! Quand la patrie n’est plus, un bon patriote doit mourir. Si je n’avais qu’un homme à détruire pour délivrer mes compatriotes, pe partirais au moment même et j’enfoncerais dans le sein des tyrans le glaive vengeur de la patrie et des lois violées. La vie m’est à charge parce que je ne goûte aucun plaisir et que tout est peine pour moi. Elle m’est à charge parce que les hommes avec qui je vis et vivrai probablement toujours ont des moeurs aussi éloignées des miennes que la clarté de la lune diffère de celle du soleil. Je ne peux donc pas suivre la seule manière de vivre qui pourrait me faire supporter la vie, d’où s’ensuit un dégoût pour tout.

(Valence le 3 mai 1786)

07.30.07

LAURENT GIUBEGA – LE PARRAIN DE NAPOLEON PAR ARTHUR CHUQUET (3)

Publié dans Napoléon, Personnages tagged , , , , , , , , , , , , , , , à 10:23 par napoleonbonaparte

IV

En 1789, à la veille de la convocation des Etats généraux, Napoléon eut l’idée de prendre Giubega pour confident de ses secrètes pensées. On sait qu’il était, à cette époque, Corse de coeur et d’âme, qu’il aimait la Corse par dessus tout, qu’il ne respirait que l’amour de sa petite île. Ma nation, écrivait-il en parlant de la Corse, et comme s’il n’eût pas porté l’uniforme d’officier français. Mais ne pouvait-il dire, ainsi que le personnage d’une de ses nouvelles : “J’ai puisé la vie en Corse et avec elle un violent amour pour mon infortunée patrie et pour son indépendance ?” Il louait le peuple corse, ce peuple, fort de sobriété et de sa constance, qui s’était si longuement, si bravement battu contre les armées étrangères. Il exaltait Paoli qui, à Brienne et à l’Ecole militaire de Paris, était déjà son idole ; il vantait l’éloquence, la fermeté, les ressouces d’esprit du grand Pasquale, le montrait faisant face à tout, effrayant les Génois même, ouvrant des ports et créant une marine, fondant une Université. Il maudissait les Français qui, “vomis sur les côtes de la Corse, étaient venus renverser et noyer dans des flots de sang le trône de la liberté,” qui, non contents de ravir à l’insulaire tout ce qu’il possédait, avaient encore corrompu ses moeurs. Il vouait à l’éxécration les généraux français, -non Marbeuf, son bienfaiteur et le bienfaiteur des siens, dont il ne prononçait pas le nom -mais Narbonne-Fritzlar et Sionville qui, selon lui, avaient commis des horreurs et déshonoré leur caractère par leurs cruautés, Narbonne-Fritzlar qui faisait entasser dans la tour de Toulon et mourir les prisonniers corses, Sionville qui brûlait les maisons, coupait les oliviers, arrachait les vignes des insurgés, arrêtait leurs parents et leurs amis. Il jugeait que les Corses pouvaient secouer le joug des Français comme ils avaient secoué le joug des Génois, et de 1785 à 1789, la pensée de son pays réduit à l’esclavage ne cessait de le poursuivre. “Nos maux, mandait-il à Giubega, sont toujours présents à mon esprit et ont si profondément frappé mon âme qu’il n’y a rien au monde que je ne sacrifie pour les voir finir.”

Lorsqu’il composait vers ces temps les Lettres sur la Corse, il voulait non seulement faire oeuvre d’historien, mais faire oeuvre de patriote. Révéler la véritable situation de sa terre natale, flétrir les abus de l’administration française, appeler au tribunal de l’opinion les hommes qui gouvernaient la Corse, découvrir leurs menées, détailler leurs tyranniques mesures et “noircir du pinceau de l’infamie” ceux de ses concitoyens qui trahissaient la cause commune, tel était son but.

Il sentait toutefois qu’il était bien jeune pour “empoigner le burin de l’histoire.” -Paoli ne lui disait-il pas que “l’histoire ne s’écrit pas dans les tendres années,” la storia non si scrive negli anni teneri ?- Il sentait que cette entrerprise convenait plutôt à un homme mûr, expérimenté, connu dans l’île et même en France, revêtu d’une de ces fonctions qui inspirent la confiance. Pourquoi son parrain ne serait-il pas l’organe des Corses persécutés ? Pourquoi Giubega ne dirait-il pas la vérité qui, venant de sa bouche, serait mieux écoutée ?

Napoléon écrivit donc à Giubega. Dans une suite d’interrogations rapides, fièvreuses, il s’indigne que la Corse ne “renaisse” pas comme la France où le mot liberté semble enflammer les coeurs, et qu’elle continue à subir le despotisme. Il demande à Giubega si ses compatriotes doivent toujours courber la tête sous le triple joug du militaire, du robin, du financier qui s’unissent pour les opprimer. Le militaire, dit Bonaparte avec une emphase qui rappelle Raynal, “ne trouve aucune digue et inonde de ses débordements jusqu’au sommet le plus élevé de ces montagnes.” Le robin, étranger à la langue et aux moeurs de la Corse, étranger même aux lois de son propre pays, ne juge que pour avoir du pain et amasser une fortune. Le financier, le “publicain”, dépourvu comme le magistrat, de moralité et de probité, lève à son gré les impositions. Et ces Français, dont la naissance est aussi abjecte que la conduite, ces Français qui sont l’écume du royaume, viennent dénigrer, humilier et mépriser l’insulaire ! “N’est-ce pas la plus horrible des tortures que puisse subir le sentiment ? N’est-ce pas là tyrannie la plus affreuse ? De tous les degrés du despotisme, n’est-ce pas le dernier ? Le Péruvien, qui égorgeait le féroce espagnol, éprouvait-il une vexation plus ulcérante ?”. Eh bien ! que Giubega qui sait tout cela, et le sait mieux que Bonaparte, ose prendre la parole. Il est prudent et rompu aux affaires ; il se fera sûrement entendre ; il aura l’oreille des ministres d’aujourd’hui ; car ces ministres sont sages, et ils veulent le bien, et ils ne restent pas sourds aux doléances des peuples. Oui, que Giubega porte au pied du trône ou devant les Etats du royaume les gémissements de la Corse : peut-être suffit-il qu’un homme comme lui élève la voix pour que le sort de l’ïle soit changé. Sans doute, les commissaires du roi, le commandant en chef et l’intendant apporteront des liasses de certificats qui les justifieront ; ils jugeront que tout est pour le mieux. Mais le Français n’a t-il pas appris par son propre exemple que dans une nation les trois quarts “voient mal” et que l’autre quart n’encense que la fortune qui le favorise ! Que Giubega s’acquitte donc de ce grand devoir envers la patrie ; qu’il saisisse l’occasion de mettre en pleine évidence la mauvaise administration de la Corse ; qu’il ait pitié de ses compatriotes qui seront esclaves à jamais, si personne ne crie combien ils sont misérables. “La scène a changé, il faut changer la conduite.”

Cette lettre fut-elle envoyée ? Giubega la reçut-il ? Répondit-il à son filleul ? Ce qu’on sait, c’est qu’il accueilli plus tard avec bienveillance un opuscule que l’aîné des Bonaparte avait composé dans le même goût et sur le même sujet. C’était des Lettres de Paoli à ses compatriotes. Joseph y retraçait la situation malheureuse de la Corse et traitait des moyens de regénérer l’île par les réformes qui se préparaient sur le continent.

Mais Napoléon, aveuglé par sa passion corse, ignorait ou oubliait le rôle et les vrais sentiments de Giubega, comme il ignorait ou oubliait le rôle et les vrais sentiments de son père Charles Bonaparte. Il assurait à Paoli que ses parents s’étaient toujours attachés au bon parti : il oubliait que son père avait accepté, recherché les faveurs de Marbeuf. Il rappelait que Letizia avait à Corte joué au reversis avec Paoli et que Charles avait été l’un des secretaires du général, avait rédigé dans les termes les plus chauds et les plus énergiques une proclamation à la jeunesse corse : il oubliait que son père avait été, selon l’expression française, tout à fait dans la main du roi, avait été , comme disait le commandant d’Ajaccio, comblé des bienfaits du gouvernement. Il écrivait qu’avant la Révolution des “brigands” commandaient en Corse et jonchaient la terre de leurs victimes : il oubliait que son père avait servi ces brigands. Il flétrissait les Corse “à l’âme basse,” ceux que “l’amour d’un gain sordide avait corrompus,” ceux qui s’étaient jetés les premiers dans les bras de la France et qui “avaient prospéré dans l’avilissement universel” : il oubliait que son père était de ceux là. Il critiquait âprement la commission permanente des Etats ou commisison des Douze, cette commission de douze gentilhommes qui prétendait représenter la nation et qui laissait toujours l’intendant usurper leurs droits : il oubliait que son père -tout comme Giubega- avait été Douze, avait été Dodici. Il reprochait à Buttafoco d’avoir obtenu par son assiduité dans les bureaux de Versailles honneurs, domaines, pensions : son père Charles Bonaparte n’était-il pas sun Buttafoco au petit pied ?

Pareillement, lorsqu’il priait Giubega de protester contre les méfaits et forfaits de l’administration française, Napoléon oubliait que Giubega avait été le principal soutien de cette administration, que Giubega avait été, comme s’exprime un contemporain, le très fidèle serviteur de Marbeuf, fedelissimo servitore di Marbeuf.

Si Giubega lut la lettre de Napoléon, il dut hausser railleusement les épaules et dire, de même que Paoli trois ans plus tard, que l’officier d’artillerie n’était qu’un jouvenceau irréfléchi, qu’un jeune garçon inexpérimenté, un giovinetto, un ragazone inesperto.

V

Giubega joignait à son habileté, à sa massima cautela une très grande ambition, et des contemporains assurent qu’il désirait être intendant de la Corse, qu’il essaya de remplacer La Guillaumye, successeur de Boucheporn. On ne s’étonnera donc pas qu’il ait voulu jouer un rôle durant la Révolution.

La noblesse de l’ïle devait élire un député aux Etats généraux. Giubega résolut de briguer ses suffrages et, pour préparer l’opinion, il annonça hautement son dessein. Il sut bientôt que le maréchal de camp comte Mathieu de Buttafoco serait son concurrent, et déjà ses ennemis objectaient que la charge de greffier des Etats, était incompatible avec la députation, qu’il ne convenait pas d’envoyer à Versailles un simple gentilhomme qui serait mal reçu s’il n’avait ni titre ni grade militaire. Giubega écrivit à Paris qu’il tenterait les chances du scrutin : il n’était sans doute ni titré, ni officier général, mais il était bon gentilhomme, comme six cents autres en Corse, et si la noblesse de l’île le choisissait pour son représentant, le premier commis ferait pendant son absence les fonctions de greffier en chef.

La lutte électorale fut vive. Buttafoco, que Jean-Jacques tenait pour un très galant homme, instruit et doué d’esprit, avait toujours été d’avis que l’île ne pouvait être une république, que ses ports seraient constamment aux mains des étrangers, que les Corses, entourés et resserrés de toutes parts, n’avaient dans l’intérieur qu’une liberté de nom, qu’il valait mieux, comme il disait à Paoli, “renoncer à l’idée flatteuse, mais inconsistante d’une malheureuse indépendance.” Aussi, s’était-il en 1768, battu contre ses compatriotes, et, d’ailleurs il servait depuis l’âge de dix ans sous les drapeaux du roi. Les partisans de Giubega lui reprochèrent d’avoir trahi la patrie et de vouloir le maintien de l’ancien régime. Mais, de leur côté, les amis de Buttafoco répétaient que Giubega avait été l’organe et l’instrument de toutes les avanies et vexations exercées par Marbeuf.

Il fallait d’abord que Giubega fût un des trois députés que la noblesse de la juridiction de Calvi déléguait à l’assemblée générale de Bastia, et il réussit à enlever le vote. Il avait huit électeurs contre lui : Cattaneo, membre du Conseil supérieur, deux Questa et cinq Fabbiani. Mais ses adhérents étaient onze : lui-même qui n’hésita pas à se donner sa voix ; son frère Damien et son neveu Xavier ; les trois officiers de l’état-major de Calvi, le commandant Maudet, le major Gombault, et l’aide-major Saillant ; les deux Anfriani, père et fils ; deux Castelli et Dominique Fabiani. Il y eut de très chaudes contestations. Cattaneo soutenait, non sans raison, que les trois officiers de l’état-major et les deux Anfriani n’avaient pas droit de suffrage : les trois officiers étaient Français du continent, et non Corses, et leurs lettres de noblesse n’avaient pas été enregistrées ni au Conseil supérieur, ni au greffe des Etats, et les deux Anfriani avaient déjà voté dans l’assemblée du tiers. Il se plaignait, en outre, que les officiers de l’état-major fussent venus l’épée au côté, que des grenadiers fussent entrés dans la salle la baïonnette au bout du fusil et que leur lieutenant l’épée nue à la main, se fût placé près du juge royal : les électeurs disait Cattaneo, avaient l’air d’une bande de prisonniers gardés à vue et ils avaient dû quitter à la porte leurs armes et même leur canne. Mais le juge royal Schouller, feignant d’être malade, produisit un certificat de “faiblesse de santé,” et Damien Giubega, son assesseur, qui le remplaça, admit hardiment dans l’assemblée de la noblesse calvaise les trois officiers français et les deux Anfriani : avec le plus grand sang-froid, il rendit les deux sentences l’une après l’autre, la première, de concert avec un des Anfriani, en faveur des messieurs de l’état-major, la seconde, de concert avec les deux officiers, en faveur d’Anfriani : les offciers admettaient celui qui, l’instant d’auparavant, avait prononcé leur admission. Le 29 avril, les onze partisans de Giubega envoyaient à Bastia comme députés de la noblesse calvaise Laurent Giubega, Charles-Antoine Anfriani, et Dominque Fabiani. Toutefois, les huit opposants, ou, ainsi qu’on les appelait, les huit protestants ne se tinrent pas pour battus : ils firent, eux aussi leur élection et ils nommèrent trois députés : Cattaneo, Octave Questa et Simon Fabbiani. “Voilà, s’écriait un de nos fonctionnaires, voilà les hauts faits de Giubega : il bouleverse tout !”

A Corse, Corse et demi. Giubega vainqueur à Calvi, fut vaincu à Bastia. Dès la première séance de l’assemblée générale des trois ordres, le 18 mai, il déclara qu’il s’opposait formellement à l’admission de Cattaneo, de Questa, et de Simon Fabbiani : lui, Laurent Giubega, ainsi qu’Anfriani et Dominique Fabiani, étaient les vrais représentants de la noblesse calvaise, comme en témoignait le procès-verbal dûment rédigé à Calvi et revêtu de l’approbation du juge Schouller. Mais Cattaneo avait la langue bien affilé ; il répondit que l’élection de Giubega était nulle et une discussion s’engagea qui dura deux heures.

Le lendemain, 19 mai, nouveaux débats dans l’assemblée générale. Cattaneo assura que l’élection de Giubega était due à la violence, aux baïonnettes des grenadiers et à l’intrusion de cinq membres qui n’appartenaient aucunement à la noblesse calvaise. Giubega répliqua qu’il n’y avait pas eu la moindre contrainte, le moindre “appareil de coaction,” que les grenadiers veillaient au bon ordre et que leur intervention avait été nécessaire à cause de l’effervescence des esprits. Mais le procureur du roi, Serval, et le président de l’assemblée générale, le juge royal de Bastia, Franceschi, étaient amis de Buttafoco ; Serval donna ses conclusions et Franceschi les adopta : l’ordre de la noblesse devait, dans sa sagesse et sa compétence, statuer sur l’exclusion ou l’admission des députais calvais. C’était d’avance condamner Giubega. Aussi, disait-il tout haut qu’il regardait l’assemblée de la noblesse comme incompétente et que nul, sinon le roi et son Conseil, n’avait le droit de prononcer sur la validité des élections : “Vous refusez donc, s’exclama Cattaneo, de vous soumettre au jugement de vos pairs et vous insultez la noblesse !” -”Oui, répondit Giubega, je refuse de me soumettre à la décision de la noblesse, non que je manque d’estime et de respect pour elle, mais je récuse quelques-uns de ses membres à cause de leurs parentés et alliance.” Le jour suivant, 20 mai, dans la séance de l’après-midi, l’opiniâtre Giubega voulut présenter un mémoire à l’assemblée générale. Mais la plupart des gentilshommes crièrent que les intérêts particuliers retardaient l’intérêt commun et que Giubega n’avait qu’à lire ses observations dans la chambre de la noblesse. Le président Franceschi partagea cet avis ; il décida que Giubega lirait son mémoire, non en assemblée générale, mais séparément à chacun des trois ordres.

L’affaire était jugée. Faut-il raconter que Giubega, Anfriani et Dominique Fabiani furent exclus par la chambre de la noblesse qui, par onze voix contre sept, ne reconnut comme députés de Calvi que Cattaneo, Questa, et Simon Fabbiani ? Faut-il dire que Buttafoco fut élu député de la noblesse de Corse ? Le 6 juin, à trois heures de l’après-midi, les électeurs se réunirent. Ils devaient être vingt-deux, selon le règlement, et ils n’étaient que dix-sept. Cinq manquaient : Cinq partisans de Giubega, Frédéric et Jean-Baptiste de Susini, Pierre-Paul Cuneo d’Ornano, Benedetti de Vico et Hyacinthe Arrighi de Corte. L’assemblée les attendit jusqu’à cinq heures, puis les fit appeler ; ils refusèrent de venir. Elle les somma de se présenter ; ils refusèrent de nouveau. Après les avoir attendus jusqu’à sept heures et demie, les dix-sept gentilshommes procédèrent à l’élection. Buttafoco fut nommé député ; Gaffori, suppléant de Buttafoco ; Cattaneo, suppléant adjoint, pour remplacer Buttafoco ou Gaffori en cas de mort ou de légitime empêchement.

Le parti populaire était indigné. L’évèque de Sagone s’élevait contre les “tracasseries” dont Giubega avait été l’objet ; il assurait que le juge royal Franceschi, mû par une rancune personnelle, avait voulu se venger d’un homme qui méritait l’estime de la nation et la confiance du gouvernement ; selon lui, Giubega, Anfriani, et Dominique Fabiani, nommés suivant les règles députés légitimes de la noblesse calvaise, ne devaient pas être exclus, et la chambre de leur ordre, en décidant de la validité de l’élection, avait empiété sur les attributions du Conseil d’Etat par un “coup d’autorité.”

Les deux représentants du tiers, l’avocat Saliceti et le capitaine Colonna de Cesari-Rocca, protestaient, eux aussi, contre l’admission de Cattaneo, de Questa et de Simon Fabbiani ; ils déclaraient que le tiers état et le public impartial blâmait l’assemblée de la noblesse ; ils affirmaient que l’assemblée de la noblesse était illégale et que Buttafoco, élu par des gens qui n’avaient ni titre ni caractère pour être électeurs, ne pouvait être regardé comme député.

Napoléon Bonaparte était du même sentiment, et il prit avec chaleur le parti de son parrain ; dans sa fameuse Lettre à Buttafoco, il soutient que Buttafoco a gagné le Conseil supérieur -il y avait trois membres de ce Conseil, Morelli, Belgodere, et Cattaneo, dans l’assemblée de la noblesse- a mis tout en jeu, menaces, promesses, caresses, argent.

Giubega avait couru à Paris. Il quitta Bastia, le 7 juin, sur un bateau de poste, douze heures après l’élection de Buttafoco. Mais il eut mauvais temps ; il fut obligé de relâcher dans la rivière de Gênes ; il tomba malade, et lorsqu’il arriva, le 1er juillet, à Paris, Buttafoco était déjà validé. Il ne perdit pas courage. Il fit un mémoire habile, plein de finasseries, d’arguements spécieux et de raisons plausibles, un mémoire où se déployaient toutes les ressources de son esprit adroit et retors. Selon lui, l’assemblée de la noblesse était incompétente pour statuer sur l’admission des députés de Calvi. Onze membres, sur dix-huit, avaient voté son exclusion. Mais Buttafoco qui n’aurait eu d’autre compétiteur que Giubega, pouvait-il être juge dans sa propre cause ? Boccheciampe n’était-il pas allié à Simon de Fabbiani ? Pruni n’avait-il pas un procès pendant au Conseil supérieur et la prudence ne lui défendait-elle pas d’indisposer Cattaneo contre lui ? Et Buttafoco pouvait-il être élu par une assemblée où il ne comptait que des parents et des alliés ? Gaffori n’était-il pas son beau-père ; André Antoni, son oncle ; Casalta, ainsi que Jean Antoni, ses cousins ? L’élection de Buttafoco, concluait Giubaga, était donc illégale, était “un acte de nullité, d’injustice et d’aritocratie ;” l’assemblée dont il avait eu les voix, offrait “tous les caractères de l’irrégularité, du désordre,” et il fallait ordonner une prompte onvocation de la noblesse corse, composée de ses membres légitimes et chargée d’élire un député légitime.

Le temps s’écoulait. D’André devait faire “le rapport des difficultés élevées sur la députation de la noblesse de l’ïle de Corse.” Il laissa la tâche à Grellet de Beauregard, député du tiers état de la sénéchaussée de la Haute-Marche. Le 30 octobre, Beauregard était prêt, et Giubega priait le président de la Constituante d’ “accélerer la décision ;” il était, disait-il, épuisé par les dépenses d’un séjour de quatre mois et il comptait que l’assemblée nationale reconnaîtrait la solidité de ses réclamations et le tort qu’il avait subi.

Le rapport fut déposé le 4 novembre. Mais comment donner raison à Giubega ? Le marquis de Monteynard écrivait que le grefier en chef était un homme très dangereux, qu’il avait longtemps abusé de la place qu’il occupait, que la prochaine assemblée des Etats de Corse le casserait aux gages.

Le président de l’ordre de la nobesse corse, Bocchepiampe, dans ses lettres au roi et aux ministes, demandait justice contre les “sujets turbulents” qui méconnaissaient la faveur royale, contre le juge et l’assesseur de Calvi qui venait de mésuser si scandaleusement de leurs fonctions contre cet “intrigant redoutable” cet auteur d’une “cabale séditieuse,” ce Laurent Giubega qui, pour satisfaire sa passion et son intérêt personnel, avait entraîné le tribunal de Calvi et jeté le trouble dans les élections.

Le juge royal de Bastia, Franceschi, condamnait pareillement la conduite de Giubega et de ses partisans. Selon lui, dans la réunion des trois ordres, Giubega s’était servi d’expression peu mesurées et très propres à échauffer les membres de la noblesse ; Cattaneo, au contraire, avait soutenu ses droits avec modération et prudence. Mais Franceschi protestait surtout contre l’élection de Calvi : l’assesseur, Damien Giubega, frère de Laurent Giubega, ne pouvait, disait-il, rendre un jugement dans cette affaire, et son devoir, ou celui du juge royal, Schouller, était de récuser les cinq personnages qu’il avait admis comme gentilshommes, les deux Anfriani, membres du tiers état, et les trois officiers de l’état-major qui ne présentaient pas leurs titres de noblesse.

Le comité de vérification des pouvoirs ne put donner gain de cause à Giubega. Il décida qu’ “il n’ya avait pas lieu de réformer l’élection de Buttafoco.” Mais pour consoler Giubega -et la consolation était mince- il demanda que le gentilhomme corse eût le droit d’assister aux séances de l’assemblée dans la tribune des supléants, et la Constituante approuva les propositions de son Comité.

07.29.07

LAURENT GIUBEGA – LE PARRAIN DE NAPOLEON PAR ARTHUR CHUQUET (2)

Publié dans Napoléon, Personnages tagged , , , , , , , , , , , , , , , , à 11:27 par napoleonbonaparte

II

La France confia le gouvernement de l’ïle à deux hauts fonctionnaires ou commissaires du roi, à un commandant en chef et à un intendant. Elle créa onze juridictions royales et un Conseil supérieur revêtu des attributions d’un parlement. Elle établit trois ordres, noblesse, clergé, tiers état, et fit de la Corse un pays d’Etats ; car les pays d’Etat, disait le comte de Vaux, “croyant avoir quelque part à la distribution des subsides, les paient avec moins de murmure.” Les Etats se tenaient à Bastia à des époques indéterminées, et, à chaque tenue, ils nommaient trois députés qui représentaient les trois ordres et portaient à Versailles un cahier de demandes. La première assemblée eut lieu en 1770 ; elle élut député Stefanini, évêque de Sagone, pour le clergé, Antonio Massesi pour la noblesse, ete Laurent Giubega, quoique noble, pour le tiers etat.

Pendant son séjour en france, Giubega attira l’attention par la fierté de son attitude et la franchise de ses propos. A un déjeuner qu’il donnait aux députés, le ministre de la guerre -qui dépendait de l’île- s’efforçait de leur démontrer que la Corse serait heureuse sous la dominaition française. Giubega le regardait fixement sans faire aucun signe d’approbation. Le ministre, étonné, demanda si le député du tiers état ne partageait pas son opinion. “Excellence, répondit Giubega, je ne puis pas oublier que nous avons perdu le plus grand des biens qui est l’indépendance.”

Le mot est-il authentique ? En tout cas, après son voyage, Giubega compris plus que jamais que la Corse ne pouvait être une république, qu’elle ne trouverait le repos et la prospérité que dans l’union avec la France, qu’isolée, indépendante, elle serait fatalement à la merci des factions, des discordes intérieures, des interventions de l’étranger. Il servit donc le nouveau gouvernement. Procureur du roi à La Porta, puis à Ajaccio, il fut nommé le 16 février 1771, greffier en chef des Etats. Cette charge, qui lui rapportait 2.000 livres par an, fit de Giubega un des premiers personnages de l’île ; c’était comme on disait, une charge d’importance et de confiance “qui ne pouvait être exercée que par un noble de noblesse prouvée.” Il fut installé dans ses fonctions le 1er mai 1772 et désormais, dans les séances de l’assemblée, il eut sa place au bureau, au-dessous et “aux pieds” des deux commissaires du roi. Il écrivait et signait tous les actes, et il avait seul le pouvoir d’en délivrer des copies. C’était même lui, et non le président qui proposait les matières sur lesquelles l’assemblée délibérait.

Son zèle fut apprécié. Les mémoires que l’administration le chargea de rédiger sur la législation du pays, furent goûtés ; ils parurent aussi clairs que complets. Le département des finances lui donna, outre une pension de 700 livres, la direction du bureau des impositions. En 1781, il obtint le privilège de déssécher à Calvi le marais du Stagnone et de planter sur l’emplacement une pépinière de muriers. mais ce fut surtout en 1785 qu’il rendit d’éclatants services. Cette année là, les Etats lui exprimèrent solennellement leur satisfaction et leur reconnaissance en déclarant, qu’il avait, par ses lumières et ses talents, par ses réflexions et ses éclaircissements de toutes sortes, aidé l’assemblée à résoudre avec autant de précision que de promptitude les questions les plus essentielles et les plus épineuses. Aussi, après la session, Giubega n’hésita pas à solliciter du ministre de la guerre une gratification. Les commissaires du roi, le commandant en chef Marbeuf et l’intendant Boucheporn, appuyèrent chaudement sa demande. Ils écrivaient que Giubega avait fourni de nouvelles preuves de son intelligence et de son activité dans l’assemblée des Etats où “des objets vraiment importants avaient exigé de sa part un travail plus considérable que les matières traitées dans les Etats précédents.” Marbeuf et Boucheporn ajoutaient que Giubega était sans contredit celui de tous les Corses qui avait le mieux mérité du gouvernement royal, qu’on le trouvait “à la tête de toutes les affaires difficiles et délicates,” que ses entreprises privées “réuissaient bien,” que les commissaires du roi avaient toujours fait le plus grand cas et rendu dans tous les témoignages les plus avantageux de Laurent Giubega. Le 13 juillet 1786, le ministre de la guerre, maréchal de Ségur, accordait à Giubega une gratification de 1.200 livres.

Nombre de ses compatriotes le jalousaient. Ils prétendirent qu’il avait pesé sur les motions des Etats et, dans l’année 1777, on le qualifia de despote en pleine séance de l’assemblée. Ce fut lui, dit-on, qui proposa d’élever une statue au roi et un monument au marquis de Monteynard, ministre de la guerre et gouverneur honoraire de la Corse, lui qui proposa de graver sur la façade du palais des Etats l’inscription suivante : “A Marbeuf, cet homme éminent qui a si bien mérité de leur pays, tous les ordres ont fait graver sur le marbre les sentiments d’amour depuis longtemps gravés dans les coeur.” Les Corses irréconciliables le traitèrent de renégat, l’appelèrent un instrument d’oppression, lui reprochèrent de flatter, de seconder Marbeuf, le tyran de la Corse, et d’avilir la nation.

Pourtant, en plusieurs circonstances, Giubega montra qu’il n’était pas le flagorneur et le plat valet de Marbeuf. Le commandant en chef voulait perdre le lieutenant-colonel Abbatucci dont il redoutait l’ascendant sur le peuple. Abbatucci avait dit imprudemment à Marbeuf qu’il se chargeait pendant son absence de maintenir les Corses dans la bonne voie. Marbeuf remarqua devant Giubega qu’Abbatucci avait encore la même influence qu’avant la conquête et pourrait la tourner contre le roi. Giubega se hâta d’avertir son compatriote qui était aussi son ami. Mais Marbeuf sut impliquer le lieutenant-colonel dans une méchante affaire, et Abbatucci, injustement accusé d’avoir suborné de faux témoins, fut condamné par le Conseil supérieur à neuf ans de galère et à la marque. Giubega se joignit à la députaiton des Etats qui vint supplier le commandant en chef d’adoucir la sentence, et il se jeta tout pleurant aux genoux de Marbeuf. “Excellence, s’écria-t-il, je ne me relèverai que si vous m’accordez la grâce que nous vous demandons.” Il réussit à gagner le bourreau qui ne fit qu’érafler Abbatucci au lieu de le marquer, et quand le maheureux s’embarqua pour se rendre au bagne de Toulon, Giubega l’accompagna jusqu’au dernier instant et lui remit une bourse de cent louis.

On sait enfin que Giubega ne voyait pas sans déplaisir le nombre de cohorte de commis français que l’administration avait investis des emplois. Chacun des ses mots était répandu et il ne prononçait pas au hasard “Les pauvres insulaires, dit-il un jour, ne peuvent-ils pas manger le peu de pain que produit leur île puisqu’on ne leur donne rien nulle part ?”

III

Pendant qu’il était procureur du roi à Ajaccio en 1770 et 1771, Giubega s’était lié très intimement avec Charles Bonaparte qui venait, à son exemple, d’entrer dans les juridictions royales. A la prière de Charles, Giubega fut le parrain de Napoléon, né le 15 août 1769, et de Marie-Anne, née le 14 juillet 1771 et morte en bas âge. Les deux enfants furent baptisés le même jour, le 21 juillet 1771, et ils eurent le même Padrino, “l’illustrissimo Lorenzo Giubega de Calvi, procuratore del Re.”

Ce fut par l’entremise de Giubega que Charles Bonaparte obtint la protection du tout-puissant Marbeuf. Malgré le courage qu’il avait montré dans la guerre de l’indépendance, Charles était de ces Corses, qui selon le mot de Paoli, avaient les cheveux frisés et sentaient les parfums du continent. Ses fils ont prétendu qu’il voulait, après le désastre de Ponte-Novo, tenter une résistance impossible, qu’il désirait rejoindre Paoli sur la terre d’exil, qu’il ne se rallia qu’à contre-coeur aux Français, qu’il déplorait la mollesse de ses compatriotes et les accusait de s’accomoder trop aisément à la domination étrangère, qu’il écrivit même une chanson satirique, Pastorella infida sei, où Paoli, représenté par un berger, se plaint de la Corse, sa maîtresse infidèle. Non. Charles embrassa sur le champ le parti Français. La Corse disait-il, -tout comme Giubega- est le plus petit pays du monde, et le roi de France, le plus grand monarque de la terre. “J’ai été, ajoutait-il, bon patriote et paoliste dans l’âme, tant qu’a duré le gouvernement national; mais ce gouvernement n’est plus ; nous voilà Français, vive le roi et son gouvernement, Evviva el re é suo goberno !” Et Charles, ce Charles que les siens nous ont dépeint faible, frivole et fastueux, eut assez de souplesse et de persévérance pour faire son chemin sous le nouveau régime, briguant, intriguant, quémandant -comme plus tard Napoléon dans les comités- pratiquant le métier de solliciteur avec une intrépidité toute corse, multipliant les démarches, obsédant les bureaux sans redouter ni fatigue ni humiliation, inquièt d’humeur, subtil d’esprit, ardent d’imagination, forgeant des projets, revendiquant des sucessions, engageant des procès, déployant pour défendre ses prétentions, une audacieuse argutie, assurant d’un air imperturbable qu’il avait le droit de son côté.

Il ne faut pas oublier que la famille de Letizia était dévouée aux Génois. Le père de Letizia, Ramolino, avait été inspecteur des ponts et chaussées au service de Gênes, et son beau-père, Fesch, capitaine dans la marine génoise. Son grand-père, Pietra-Santa, fut un des quatre Corses qui siégèrent dès 1768 au Conseil supérieur, et l’intendant vantait non seulement la décence et son application, mais son attachement à la France. Sur le conseil de Pietra-Santa, Charles Bonaparte, à peine remis des émotions de la défaite, résolut d’obtenir un emploi de judicature. Cinq mois après la fuite de Paoli, le 30 novembre 1769, il présentait à l’Université de Pise une thèse qui lui valait son diplôme de docteur en droit, et, l’année suivante, il était nommé assesseur de la juridiction royale d’Ajaccio aux appointements mensuels de 900 livres. Ce serait peu aujourd’hui ; c’était beaucoup pour cette époque, et en Corse, puisque les habitants, selon le mot du comte de Vaux, étaient accoutumés à une médiocre fortune, et avec le temps, Charles espérait arriver, comme le grand-père de Letizia, au parlement de Corse : ses fonctions d’assesseur, étaient, disait-on, “le séminaire et le premier port” qui devait le conduire à la place de membre du Conseil supérieur, et l’intendant Chardon avait jugé qu’il était doué de talent et capable de bien faire.

Mais, cinq à six ans après l’annexion, Charles n’était pas content. Il lui importait de plaire à Marbeuf qui ne semblait pas répondre à ses avances. Le 18 mai 1775, dans une lettre intime à Giubega, il se plaint que le commandant en chef ne le paie pas de retour, et pourtant, dit-il, “je lui suis vivement attaché et le diable m’entraîne de ce côté.” Marbeuf allait partir pour le continent. Charles demande à Giubega s’il peut quitter Ajaccio pour courir à Bastia et souhaiter bon voyage au général. Il n’ose, de lui-même, faire cette démarche ; il a peur que sa venue ne soit pas opportune, qu’on ne lui sache aucun gré de sa visite, qu’on ne l’accueille sans remerciement ni reconnaissance, senza grato nè grazia.

Giubega que Charles traite de “très cher compère,” recommanda vivement le gentilhomme ajaccien à Marbeuf, et l’année suivante, en 1777, à la tenue de Etats où, comme d’ordinaire, s’exerça l’influence de Marbeuf et Giubega, Charles avait mission d’ “aller en cour” : il était élu, par trente voix sur soixante-neuf, député de la noblesse et chargé avec Santini, évêque de Nebbio, et Paul Casabianca qui représentaient le clergé et le tiers état, de se rendre à Versailles pour y porter, comme de coutume, les voeux du pays et “implorer” la continuation de toutes les grâces multipliées que le roi daignait répandre sur le peuple.” Les trois délégués ne furent appelés en France qu’à la fin de 1778, et c’est alors que Charles mena au collège d’Autun où ils entrèrent le 1er janvier 1779, ses deux fils, Joseph et Napoléon. Il toucha 3.000 livres pour ses frais de route et de séjour, et quand il regagna la Corse, après avoir affirmé dans une pétition qu’il était dans la détresse, il obtint encore 2.000 livres en récompense de sa “bonne conduite”. Il avait d’ailleurs prôné Marbeuf et assuré que tout allait bien dans l’ïle, que le commandant en chef “ne cessait d’employer ses soins et ses fonds à la régénération du pays.” Ne fut-il pas, à son retour, un de ceux qui, le 4 juin 1779, votèrent l’inscription latine en l’honneur de Marbeuf ?

En revanche, il eut, par le crédit de Marbeuf, tout ce qu’il souhaitait : une bourse pour Joseph au collège d’Autun, une bourse pour Napoléon à l’école militaire de Brienne, une bourse pour Elisa à la maison royale de Saint-Cyr. Le commandant en chef consentit à être le parrain de Louis. Il concéda à Charles Bonaparte, comme à Giubega et aux mêmes conditions avantageuses, une pépinière de mûriers. Il lui donna 6.000 livres pour achever le défrichement du marais des Salines. Il lui fit attribuer sur la succession Odone le bail emphytéotique de la maison Boldrini et de la campagne des Milelli.

Aussi, Charles Bonaparte temoignait-il en toute occasion le plus grand attachement à Marbeuf. Lorsqu’en 1784 le commandant en chef, à l’âge de 72 ans, épousa, sur le désir de ses parents et amis, pour perpétuer son nom, Mlle Antoinette de Fenoyl, Charles lui prédit dans un sonnet un fils qui serait le vrai portrait de son père et suivrait avec éclat la carrière des siens.

On comprend dès lors que les relations entre les familles Giubega et Bonaparte étaient constantes. Le 14 juin 1779, Laurent Giubega tint sur les fonds baptismaux avec Mme Letizia dans l’église Sainte-Marie de Bastia la fille de Muselli, premier commis des Etats. A chaque voyage qu’il fait en Corse, le lieutenant d’artillerie Napoléon Bonaparte ne manque pas de rendre visite au greffier en chef et de l’assurer de “son plus profond respect.”

NAPOLEON BONAPARTE EN BD – ETUDE DE MARCHE

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LA jeunesse de Napoléon Bonaparte en BD

07.28.07

LAURENT GIUBEGA – LE PARRAIN DE NAPOLEON PAR ARTHUR CHUQUET (1)

Publié dans Napoléon, Personnages tagged , , , , , , , , , , , , , , , à 5:57 par napoleonbonaparte

Napoléon n’a jamais, croyons-nous, parlé de son parrain Laurent Giubega. Mais Joseph Bonaparte le nomme dans ses Mémoires et il assure que Giubega avait acquis l’affection et le respect d’un grand nombre de ses compatriotes par son rôle dans la guerre de l’indépendance, par son savoir juridique et par sa facilité de parole. Bien que les documents n’abondent pas à notre gré, une étude sur ce personnage ne sera peut-être pas dépourvue d’intérêt.

Laurent Giubega (1733 -1793)

I

La famile de Laurent Giubega était originaire de Gênes. Agnolo Giubega combattit dans les rangs de l’armée combinée des Génois et des Pisans qui chassa les sarrazins de la Sardaigne en l’an 1015. Don-Pierre-François Giubega, établi à Madrid, est dans son testament qui date du 24 juillet 1516, qualifié de “grand avocat fiscal royal et intendant général de la chambre du roi.” Son frère Jean-Antoine était secrétaire d’Etat de François Sforza, duc de Milan, et un autre frère, Dom Claude, abbé du Mont-Cassin.

Jean-Antoine se maria. Son fils, Jean-César, hérita de “l’Espagnol” Don-Pierre-François, qui l’avait institué légataire universel. Le petit-fils de Jean-César, Pasqualino, capitaine au service de Gênes, vint se fixer à Calvi, en Corse en l’année 1570.

L’arrière-petit-fils de Pasqualino, François-Xavier-Giubega, eut huit enfants, dont l’avant dernier fut Lorenzo ou Laurent Giubega, auquel ce travail est consacré.

Laurent Giubega fit de fortes études à gênes sous la direction de son frère aîné, l’archidiacre Pascal, et durant quelques années il exerça dans cette ville avec distinction la profession d’avocat. Lorsqu’il regagna son île natale, il prit avec son frère Damien une part active à la lutte des Corses contre les Français en 1768 et 1769.

Paoli semblait le tenir en grande estime. A plusieurs reprises il loue le zèle, la diligence, l’éloquence de Laurent Giubega. Il lui communique les nouvelles du dehors. Tantôt il lui mande que la favorite a fait disgracier Choiseul, que le peuple corse a résolu de vaincre ou de périr, que les Français quitteront la partie parce que l’Angleterre a déclaré qu’elle ne souffrirait pas que l’île appartint à Louis XV. “Ne dissimulons pas dit Paoli, les secours que nous recevons de l’étranger, et les Français se croiront perdus,” et il annonça à Giubega qu’un seigneur anglais et un marquis milanais viennent d’arriver à l’Île Rousse, qu’une felouque a débarqué à l’embouchure du Golo un capitaine de vaisseau anglais avec du plomb et huit petits canons de campagne. Tantôt il exprime à Giubega l’indignation que lui inspire la “perfidie” des Français et leur “dessein, arrêté avec les Génois, de réduire le pays sous le plus intolérable despotisme.” Mais il ne cesse d’espérer le succès. Il voit, écrit-il à Giubega, la confusion régner chez les ennemis et il lui rapporte leurs propos : les officiers français pensent ou bien qu’ils vont prochainement se retirer au cap Corse ou bien, s’ils se renforcent, que leurs bataillons seront incomplets et ne compteront même pas 4.000 hommes ; ils ajoutent que leur roi redoute la dépense et que, si l’île n’est pas soumise dans les deux mois, la cour renoncera décidément à la Corse ; bref, les Français semblent “désorientés” parce qu’il reconnaissent les difficultés insurmontables de leur entreprise. “Courage donc, cria Paoli à Giubega, courage et résolution de défendre la patrie, et nous aurons la victoire ; notre résistance rendra notre nom célèbre et notre liberté eternelle!”

Au mois de mars 1759, Paoli charge Giubega d’envoyer une escorte à Vivario au devant des prisonniers français et de les loger dans l’église et le couvent de Ghisoni. Le général, comme les Corses l’appelaient, entre à ce sujet dans de minutieux détails. Les soldats seront mis dans l’église. les officiers habiteront le couvent, et les cinq ou six Corses qui veilleront sur eux les traiteront bien et empêcheront le peuple de les insulter. Paoli sait que, parmi ces Français, un lieutenant-colonel aime passionnément la chasse ; on peut le laisser parcourir la campagne avec quelques hommes sûrs. Les moines se fâcheront peut-être et il leur faudra se serrer un peu ; mais qu’ils voient avec quel zèle les Capucins et les Observantins de Corte ont obéi à la loi, et ils montreront le même attachement aux intérêts de la nation corse, le même souci de son salut et de son honneur. Et lorsque les moines regimbent, le général ne les blament pas : “Ils ont tort ; mais il est des occasions où l’on doit pallier le tort des moines ; ils peuvent faire du bien et du mal ; tachez de les gagner, surtout le père Don Diego.” La sollicitude de Paoli s’étend même auu corps de garde du couvent : il craint qu’un détachement français ne vienne le surprendre, l’attaquer à l’improviste, et il engage Giubega à se mettre en mesure. On lui a dit qu’il y a parmi les hommes du poste un mauvais sujet ; que Guibega se renseigne sur le compte de ce vaurien : “Il ne sied pas que les officiers français voient de quelle espèce de gens nous nous servons.”

Vers la même époque, Paoli prie Giubega de pacifier le Fiumorbo – le canton actuel de Prunelli dans l’arrondissement de Corte. Il faut, lui écrit-il enlever à tout prix Astolfi et quelques “infâmes”, quelques “machinateurs” qui égarent les esprits ; il faut “faire un exemple” et effrayer le pays ; Giubega a dû ceindre l’épée, exercer le métier de soldat ; qu’il éclaire les bons, les timides, les indifférents et qu’il frappe les méchants. Qu’il sache user de ruse, qu’il s’abouche secrètement avec certains personnages qui connaissent les desseins des séditieux ; qu’il les “manie avec adresse et discrétion ;” qu’il n’hésite pas à leur donner de l’argent ; qu’il s’assure de ceux qui sont généreux de leur naturel et qui se laisseront aisément ramener dans le droit chemin par de bonnes paroles. Qu’il réconcilie les deux Murati, qui sont patriotes et pleins des meilleurs intentions ; quel dommage “si quelqu’un soufflait la discorde parmi eux !” Qu’il se concerte avec les magistrats et la junte pour apaiser les querelles domestiques et terminer “les malentendus et chicanes qui existent entre les chefs de famille.” Les rancunes privées, les dissentions instestines ont déjà fait tant de mal à la nation corse, et le moment n’est-il pas venu pour les insulaires d’oublier les ressentiments particuliers et de concourir à la défense commune ?

La victoire de Ponte-Novo, remportée le 8 mai 1769 par le comte de Vaux, mit fin à l’indépendance corse. Paoli s’enfuit en Toscane, et lîle devint française. Laurent Giubega fut un des premiers à se soumettre. A la nouvelle de la défaite, nombre de familles, les Giubega, les Arrighi, les Bonaparte, avaient quitté Corte pour se réfugier sur le Monte-Rotondo. Le comte de Vaux leur envoya des officiers qui les invitèrent à regagner Corte. Les fugitifs, dit-on députèrent au vainqueur quelques-uns d’entre eux, Laurent Giubega et son frère Damien, Charles Bonaparte, Nicolas et Louis Paravicini d’Ajaccio, Dominique arrighi, de Speloncato, Jean-Thomas Arrighi et Jean-Thomas Boerio de Corte, Thomas Cervoni, de Soveria. Monsieur de Vaux reçut courtoisement ces délégués. Il les assura de la clémence royale et leur vanta les avantages que la Corse recueillerait de son union avec la France. Laurent Giubega était le chef de la députation. Il répondit que la Corse se montrerait digne de la bonté du roi : “Puisque l’indépendance nationale est perdue, nous nous honorerons d’appartenir au peuple le plus puissant du monde, et, de même que nous avons été bons et fidèles Corse, nous serons bons et fidèles Français.”

07.27.07

SOUVENIRS DICTES PAR MADAME MERE – LAETITIA BONAPARTE

Publié dans Famille de Napoléon, Napoléon, Personnages tagged , , , , , , , , , , , , , , , , à 1:37 par napoleonbonaparte

Madame Mère, à la fin de sa longue existence dicta son autobiographie abrégée à sa dame de compagnie, mademoiselle Rosa Mellini. La dictée de ces souvenirs n’est d’ailleurs, que le récit sommaire de certains événements de la vie de la mère de l’empereur Napoléon Bonaparte, rappelés par elle avec une naïve et touchante simplicité. Ses courts Souvenirs comportent aussi de petites erreurs surprenantes (comme l’âge du décès de Charles Bonaparte).

Dessin de Laetitia Bonaparte (par l’une de ses petite fille)

A trente-deux ans, je restai veuve et Charles mourut à l’âge de trente-cinq ans, à Montpellier, victime de douleurs d’estomac, dont il se plaignait toujours, surtout après qu’il avait dîné.

Il avait été trois fois député en France, car ses rares qualités lui avaient attiré l’affection et l’estime de ses concitoyens.

En dix-neuf ans de mariage, je fus mère de treize enfants dont trois moururent en bas âge (et deux en naissant).

Charles était fils unique comme moi, lorsque nous nous mariâmes ; il avait sa mère et trois oncles, savoir l’archidiacre Lucien, Joseph, et Napoléon.

Devenue mère de famille, je me consacrai entièrement à la bonne direction de celle-ci et je ne sortais de chez moi que pour aller à la messe. J’entends qu’une des obligations du vrai chrétien soit d’aller à l’église, tous les jours et indispensablement des jours de fêtes ; mais je crois pourtant que l’église n’exige pas, dans les jours de travail, que les personnes qui se trouvent à la tête des affaires et surtout les mères de famille doivent perdre la plus grande partie du jour, hors de chez elle. Ce serait interrompre le cours régulier des affaires et se rendre coupable envers Dieu des graves inconvénients qui surviennent, bien souvent dans les familles, en l’absence du chef.

D’ailleurs ma présence était nécessaire pour mettre un frein à mes enfants tant qu’ils furent petits.

Ma belle-mère et mon mari étaient si indulgents à leur égard, qu’au moindre cri, la moindre réprimande, ils accouraient à leur aide, faisant mille caresses. Pour moi, j’étais sévère et indulgente, en temps voulu. Aussi étais-je obéie et aimée de mes enfants, qui, même après avoir grandi, m’ont toujours témoigné, dans tous les temps, le même amour et le même respect.

Ma belle-mère était si bonne que, toutes les fois que je relevais de couches, elle se faisait l’obligation d’entendre une messe de plus, de sorte qu’elle en arriva au point d’entendre neuf messes par jour !

De tous mes enfants, Napoléon, dès ses premières années, était le plus intrépide. Je me souviens que, pour donner un foyer à leur ardeur extraordinnaire, j’avais dû démeubler une grande chambre, où, dans les heures de récréation et de mauvais temps, il leur était permis de s’amuser, à leur gré.

Jérôme et les trois autres s’occupaient à sauter ou à dessiner des pantins sur le mur. Napoléon, à qui j’avais acheté un tambour et un sabre de bois, ne peignait que des soldats toujours rangés en ordre de bataille.

Dès ses premières années, il montra un goût particulier pour l’étude des nombres, au point que certaines soeurs ou béguines lui donnèrent le nom de mathématicien et le régalaient toujours de confitures. Un jour qu’il les rencontra sur la place Saint-François, il se mit à courir vers elles, en s’écriant Celui qui veut savoir où est mon coeur, le trouvera au milieu des seins des soeurs. La soeur Orto, femme grasse, avec de mauvaises jambes, la réprimanda, mais, à la fin, elle dut céder et lui adoucir la bouche, pour le faire taire.

Devenu un peu plus grand, je le faisais accompagner à l’école des jésuites et je lui donnais un morceau de pain blanc pour son déjeuner. Un jour on vint me rapporter que M. Napoléon avait été rencontré, plus d’une fois, dans la rue, en mangeant du pain de munition, chose qui ne convenait pas à un enfant de sa condition. Je le réprimandai fortement et il me répondit que, tous les matins, il échangeait son morceau de pain contre celui d’un soldat, puisque devant, lui aussi, être soldat, il était convenable qu’il s’accoutumât à manger de ce pain, que d’ailleurs il préférait au pain blanc.

A huit ans, il prit tellement goût à l’étude et particulièrement à l’arithmétique, qu’il fallut lui construire une espèce de petite chambre, en planches, sur la terrasse de la maison, où il se retirait tout le jour, afin de ne pas être troublé par ses frères. Le soir, seulement, il sortait, un moment et marchait en distrait, dans les rues, sans avoir fait sa toilette et oubliant toujours de remonter ses bas tombants. D’où vient le dicton répété aujourd’hui même, quelquefois, à Ajaccio : Napoléon à la michaussette, fait l’amour à Jacquelinette.

A ce même âge de huit ans (c’était un jour de fête, le 5 mai), notre fermier d’affaires étant venu en ville, avec deux jeunes et vigoureux chevaux, Napoléon attendit le moment du départ, monta lui-même sur l’un de ces deux chevaux et, nouvel Alexandre, galopait toujours en avant du fermier, qui tremblant de frayeur, l’exhortait à s’arrêter. Il arriva ainsi à destination et descendit de cheval, en riant beaucoup de la peur du fermier.

Avant de partir, il observa attentivement le mécanisme d’un moulin, alors en mouvement ; il alla reconnaître le volume d’eau qui le mettait en mouvement, demanda au fermier quelle était la quantité de blé moulue, pendant une heure, et prenant des notes sur tout, il ajouta, peu de temps après, que son moulin devait moudre, en un jour, une telle quantité de blé et, en une semaine, une telle autre quantité. Le fermier fut étonné par l’exactitude du calcul et, revenu en ville avec Napoléon, il me dit que si Dieu accordait longue vie au petit monsieur, il ne manquerait pas de devenir le premier homme du monde.

Je ne me suis jamais laissé faire illusion sur les grandeurs et les flatteries de la cour, et si mes fils avaient donné plus d’attention à mes paroles, ils se trouveraient mieux qu’ils ne le sont actuellement.

Tout le monde m’appelait la mère la plus heureuse de l’univers, tandis que ma vie a été une continuité de chagrins et de martyres. A chaque courrier qui arrivait, je craignais toujours qu’il m’apportât la funeste nouvelle de la mort de l’empereur, sur le champ de bataille.

Lorsque nous étions à Porto-Ferrajo, l’empereur me parut un soir, plus gai que de coutume ; il m’invita, ainsi que Pauline, à faire une partie d’écarté. Un moment après, il nous quitta et alla se renfermer dans son cabinet. Voyant qu’il ne revenait plus, j’allai chez lui, pour l’appeler et le chambellan me dit qu’il était descendu dans le jardin. je me souviens que nous étions dans une des plus douces soirées du printemps ; la lune brillait au dessus des arbres, et l’empereur se promenait seul, à pas précipités, le long des allées du jardin. Tout à coup il s’arrêta et, appuyant sa tête contre un figuier : Et pourtant il faudra bien que je le dise à ma mère !… s’écria-t-il. A ces mots, je m’avance et avec l’accent de la plus vive impatience : Et bien, lui dis-je, Qu’avez-vous donc, ce soir, car je vous vois beaucoup plus pensif qu’à l’ordinaire ?

L’empereur la main sur le front et, après un moment d’hésitation, me répond : Oui, il faut que je vous le dise, mais je vous défends de le répéter à qui que ce soit, ce que je vais vous confier, pas même à Pauline. Il sourit, m’embrasse et reprend : Et bien, je vous préviens que je pars, cette nuit. -Pour aller où ?- A Paris, mais, avant tout, je vous demande votre avis ? -Ah ! permettez que je m’éfforce d’oublier, pour un instant, que je suis votre mère. Je réfléchis et j’ajoutai : Le ciel ne permettra pas que vous mouriez, ni par le poison, ni dans un repos indigne de vous, mais l’épée à la main.

Marie-Louise était insipide à voir de près, ou à entendre, lorsqu’elle parlait ; mais elle écrivait très bien. Il est inexact que l’empereur ait fait préparé pour elle, à Paris, un appartement identique à celui qu’elle occupait à Vienne. Ce fut Caroline qui alla au devant d’elle et l’accompagna en France. L’empereur alla à a rencontre et ce fut moi qui l’a reçu, pour la conduire à son appartement. Le cardinal, mon frère, les unit par mariage.

Au baptème du petit Napoléon, l’empereur d’Autriche fut le parrain et je fus la marraine.

A notre dernier départ de Paris, Marie-Louise me dit : Je désire que vous veniez avec moi en Autriche. Je la remerciai et lui répondis que je ne me séparais jamais de mes enfants. A la mort du petit Napoléon, elle m’écrivit une lettre de condoléance, mais je ne lui ai pas répondu.

Ma vie finit avec la chute de l’empereur. A dater de ce moment, je renonçai à tout, pour toujours. plus de visites dans aucune société ; plus de théâtre, qui avait été mon unique distraction, dans les moments de mélancolie. Mes enfants et mes neveux m’ont toujours prié d’aller au théâtre, je m’y suis toujours refusée, en regardant leur invitation comme une injure. Ils n’ont jamais pu comprendre, comme moi, la profondeur de l’humiliation dans laquelle ils sont tombés par la mort de l’empereur.

Lien : Biographie de Madame Mère

07.25.07

CHARLES BONAPARTE PAR NASICA (2)

Publié dans Famille de Napoléon, Napoléon, Personnages tagged , , , , , , , , , , , , , , , à 1:40 par napoleonbonaparte

Charles Bonaparte depuis la conquête de l’île de Corse jusqu’à sa mort (1785)

Portrait posthume de Charles Bonaparte (Anonyme)

Fiers et impétueux sur le champ de bataille, les français sont magnanimes et indulgents après la victoire. Satisfaits d’avoir vaincu des ennemis dignes sous tant de rapports de se mesurer à eux, ils accordèrent une amnistie ample et loyale à tous ceux qui ne refusèrent pas de se soumettre à la nouvelle domination.

La politique ombrageuse et cuelle de Gênes avait soigneusement exclu les Corses de tous les emplois de leur pays ; la politique sage et généreuse de la France voulut obtenir le concours des plus notables de l’île en les y appelant. Charles Bonaparte entre autres fut nommé assesseur à la justice royale d’Ajaccio. Il hésita d’abord à accepter cette place par suite d’une répugnance patriotique, mais les sollicitations de ses amis et de ses parents prévalurent.

Cependant la frayeur de la domination française se dissipait de jour en jour. Les illusions de l’indépendance nationale s’évanouirent avec le temps ; le sentiment de la liberté se refroidissait dans les coeurs ; le joug de l’étranger paraissait s’adoucir insensiblement par l’habitude de le porter, par l’impuissance de le sécouer et par la grandeur du nom de la France. Charles pourtant en gémissait au fond de son âme ; il voyait avec peine la résignation trop facile de ses concitoyens. Dans un moment de dégoût et de noble indignation, il composa la chanson satirique Pastorella infida sei, ou Paoli, sous l’allégorie d’un berger, se plaint amèrement de la Corse, comme d’une maîtresse infidèle. La jeunesse de l’ïle apprit la chanson et resta française.

En dépit de ses regrets cachés et de son amitié constante pour Paoli, Charles se concilia l’estime des Français. Le comte de Marbeuf surtout le traita toujours avec une bienveillance toute particulière. Ses talents, ses manières, sa position sociale et la haute réputation dont il jouissait lui valurent cette flatteuse distinction. Charles ne pouvait pas être insensible à tant d’égards ; il paya de retour le gouverneur français. On a pris texte de cette cette liaison pour répandre les calomnies les plus absurdes : un simple rapprochement des dates suffit pour en faire justice.

Charles Bonaparte, qui aimait le luxe et la représentation, dépensait parfois au delà de ses revenus. Cependant sa famille devenait chaque jour plus nombreuse, et, comme s’il en pressentait déjà la grandeur future, il se proposait de donner une éducation soignée à tous ses enfants. Prêt à s’imposer tous les sacrifices possibles pour atteindre un but si légitime, et si sage, il songeait sérieusement à envoyer dans des établissements d’instruction publique l’aîné et le cadet de ses fils, qui étaient assez avancés en âge pour commencer régulièrement leurs classes. Ce fut alors que Marbeuf voulut lui donner une preuve certaine de l’attachement qu’il lui avait voué. Il lui suggéra l’idée de faire des démarches afin d’obtenir les bourses du gouvernement pour Joseph et pour Napoléon. Il appuya lui-même fortement sa demande, et les bourses furent accordées.

Charles avait toujours espéré pouvoir améliorer sa fortune par la revendication de la succession Odone, qui lui était dévolue et dont on avait injustement disposé en faveur des Jésuites. Il avait fait plusieurs réclamations, du temps de Paoli, mais toujours sans succès. Après la conquête de l’ïle, qui entraîna l’explusion des jésuites, ces biens furent affectés à l’instruction publique. Charles renouvela ses réclamations qui ne furent pas plus heureuses. Comme il l’a dit lui-même, il continua de s’épuiser en démarches inutiles.

En 1777, Charles fut nommé député de la noblesse pour aller à Paris. Il passa par Florence, où il obtint une lettre du Grand-duc Léopold pour la reine de France, sa soeur. Cette recommandation lui valut l’honneur d’être admis à la cour et un libre accès au ministère. Monseigneur Santini, qui, par son rang aurait dû conduire la députation corse, se trouva en seconde ligne. Il eut le bon esprit de ne pas s’en fâcher.

Charles profita de la faveur dont il jouissait pour faire de nouvelles démarches au sujet de la succession Odone. Il présenta au ministère de la guerre un mémoire détaillé sur les droits qu’il avait à cette succession. Des ordres précis furent donnés ; il aurait obtenu enfin la justice qu’il réclamait depuis longtemps, sans les difficultés que lui suscitèrent en Corse quelques fonctionnaires intéressés personnellement à faire éliminer sa demande.

Dans cette intervalle, les premiers symptômes de la maladie qui devait conduire au tombeau Charles Bonaparte se déclarèrent. Il se rendit à Montpellier pour consulter la faculté de médecine et revint à Paris mieux portant, ce qui lui fit croire qu’il était sauvé. Vaine espérance qui devait bientôt être détruite !

Ce fut pareillement à cette époque que Charles acquis de nouveaux titres à la bienveilance du Comte de Marbeuf. Des mésintelligences existaient entre ce dernier et le comte de Narbonne. Les Corses, dont la destinée se ressentira toujours des caprices, des haines et des vengeances mutuelles de leurs chefs, étaient partagés entre deux factions ; car ils ignoraient alors, comme ils semblent ignorer encore aujourd’hui, que ce qu’ils ont de mieux à faire, c’est de demeurer étrangers aux démélés de leurs gouvernants, d’avoir autant de respects pour les lois que de mépris pour ceux qui les foulent aux pieds et les font servir à leurs mauvaises passions.

Les choses en étaient au point que la cour jugea à propos de rappeler l’un des deux ; mais elle aurait voulu rappeler celui qui avait le plus de torts à se reprocher, et qui, dans tous les cas, était le moins agréable aux Corses. Charles fut consulté, et le rappel de Narbonne arrêté. En cela Charles ne fut que l’interprète des sentiments bien prononcés de ses commettants, qui, tous, ou presque tous, préféraient les manières affables, insinuantes et populaire de Marbeuf, aux manières franches, loyales si l’on veut, mais rudes et hautaines de Narbonne.

Cependant, si celui-ci avait un faible parti en Corse, il en avait en revanche un bien puissant à la cour : Marbeuf, qui le savait, s’attendait à lui être sacrifié. Victorieux, il sentit toute l’étendue de l’obligation qu’il avait envers celui qui le faisait triompher d’un rival redoutable. La famille de Marbeuf lui fut dès ce moment très attachée, et trouva plus d’une fois l’occasion de lui être agréable.

L’archevèque de Lyon lui écrivit pour le remercier de ce qu’il avait fait en faveur de son oncle et lui envoya en même temps une lettre de recommandation pour M. de Brienne, sachant qu’il avait un de ses enfans à l’Ecole militaire de Brienne. Cette recommandation fut très utile à Napoléon, puisque la famille Brienne eut pour lui un attachement tout particulier : elle ne contribua pas peu à le faire remarquer de bonne heure aux inspecteurs, qui tous les ans visitaient l’école.

Les relations de la famille Bonaparte avec la famille Marbeuf furent dès lors plus intimes, plus amicales. Ceux qui ne voient les choses que de loin, ou se soucient fort peu de les voir de près, font remonter cette intimité à une époque à laquelle ces deux familles ne se connaissaient nullement, et se trouvaient d’ailleurs, par leurs positions respectives, placées dans des rangs opposés. Napoléon disait lui-même dans son exil, sur le rocher de Sainte-Hélène, que c’était de cette époque que daitait la bienveillance des familles Marbeuf et Brienne envers les enfants Bonaparte.

Charles fut obligé de rentrer en Corse plus tôt qu’il n’aurait désiré, la maladie dont il était atteint faisaint des progrès effrayants sous le ciel de Paris. Les médecins qu’il consulta pour la seconde fois, lui conseillèrent de rentrer au plus vite chez lui ; l’air natal pouvait seul lui apporter quelque soulagement. Il ramena avec lui Joseph, qui était placé dans le séminaire d’Autun, et pour lequel il venait d’obtenir une place à l’école militaire de Metz. Napoléon qui l’attendait à Brienne, en fut d’abord désolé ; mais il ne s’en plaignit point et fut au contraire satisfait du prompt retour de son père à Ajaccio, dès qu’il sut que l’état de sa santé l’avait empêché de venir le voir à Brienne, comme il le lui avait promis.

Quoique Charles fût après son retour lié plus que jamais au comte de Marbeuf, aussi puissant en Corse qu’il l’était à la cour, il ne cessa d’éprouver des désagréments de la part des créatures du comte de Narbonne, qui ne pouvaient lui pardonner la préférence qu’il avait accordé au premier. Ils lui suscitaient toute sorte de difficultés pour le faire échouer dans la revendication des biens de la succession Odone. Ils étaient d’autant plus à craindre, qu’étant du continent, ils avaient tous des patrons à Paris, qui les soutenaient en dépit des réclamations les plus vives et les plus fondées.

Voyant enfin qu’il ne pouvait pas venir à bout de surmonter les obstacles qu’une chicane déloyale élevait sans cesse contre lui, il se détermina, pour en finir, à demander à bail emphytéotique une portion des biens de la succession Odone. Cette demande parut d’abord déjouer les intrigues et les cabales de ses ennemis ; mais elle fut bientôt paralysée par les retards que la mauvaise volonté mit à en règler la redevance.

Toutes ces tracasseries incitèrent Charles à partir pour Paris, et à porter lui-même ses réclamations au ministère, au pied du trône s’il le fallait. La traversée fut pénible, sa maladie s’éveilla tout à coup, s’annonçant avec des symptômes alarmants. Il fut obligé de s’arrèter à Montpellier, mais il se hâta, quoique dangereusement malade, d’adresser au ministère un Mémoire contenant ses griefs.

Ce Mémoire, fait pour ainsi dire au lit de mort, ne sera pas tout à fait indifférent pour ceux qui attachent un certain intérêt à connaître le père de Napoléon.

MEMOIRE : Pour régler la redevance du bail elmphytéotique de la campagne dite Les Milelli, et la maison La Badine, appartenant autrefois aux Jésuites d’Ajaccio en Corse.

Monseigneur, Charles de Bonaparte, d’Ajaccio en Corse, a l’honneur de vous représenter qu’ayant été prévenu par une lettre de l’Intendance du 12 novembre dernier qu’il vous avait plu d’ordonner une expertise des biens ci-dessus demandés par le suppliant en bail emphytéotique, il attendait d’en être instruit par le sieur Souiris, économe sequestre et subdélégué de monsieur l’Intendant ; mais voyant que, malgré les ordres reçus, le sieur Souiris observait le plus profond silence pour conserver le plus longtemps possible la possession et jouissance des biens dont il se regarde comme propriétaire depuis tant d’années, il prit le parti de lui présenter une requête de la teneur suivante :A monsieur Souiris, économe des bien de l’Instruction publique et subdélégué de la juridiction d’Ajaccio.

Monsieur, Charles de Buonaparte a l’honneur de vous représenter que, depuis l’année 1779, il présenta un Mémoire au ministère de la guerre, en lui exposant qu’il était le seul héritier de Virginie Odone ; que ladite Virginie, ses enfants et héritiers, étaient appelés à la succession de Pierre Odone, son père, qui par son testament avait substitué tous ses biens à ladite Virginie, sa fille, et à ses enfants, au cas que Paul-Emile, son fils, vint à mourir sans enfants, ou que les enfants nés du dit Paul-Emile mourussent eux-même sans laisser de postérité ; que le cas prévu par le testament était arrivé ; que Paul-François Odone, méconnaissant le droit de la nature; enivré d’un faux principe de religion, avait donné aux Jésuites d’Ajaccio les biens grévés de la dite substitution fidéi-commissaire, dévolus de toute justice à la famille Bonaparte ;

Que la prise de possession faite par les Jésuites dénotait assez les biens considérables dont la dite famille avait été privée ; que l’Instruction publique était à la vérité censée propriétaire des dits biens, mais que l’utilité d’une pareille destination ne pouvait pas couvrir le vice de son titre ;

Que pour éviter les suites toujours funestes d’un procès en justice réglées vis-à-vis des économes qui plaideraient aux frais de l’Instruction, il s’était borné à demander une indemnité proportionnée à sa privation, justifiée par les titres qu’il avait produits ;

Que Monseigneur le prince de Montbarey avait renvoyé la requête et les titres aux commissaires du roi en Corse, et qu’après trois années de débats avec l’économe général, le suppliant, pour voir la fin de ses démarches, s’était restreint, du consentement de monsieur l’Intendant, à demander la préférence d’un bail emphytéotique de la campagne dite de Milelli, et de la maison La Badine, moyennant une légère redevance ;

Que monsieur l’Intendant, en 1782, avait formé son rapport, et que finalement il vous avait plu, Monseigneur, d’accorder au suppliant, par préférence, le bail emphytéotiquedes biens dont il s’agit, vous réservant d’en fixer la redevance après en avoir reconnu la valeur ; que le remontrant vous avait réitéré ses instances pour obtenir la jouissance provisoire, afin de procéder aux réparations urgentes, mais que monsieur le Changeur subdélégué général venait de lui faire part qu’il vous avait plu de décider qu’il était plus expédient de le mettre en possession des dits biens, que d’en accorder la jouissance provisoire ; que vous aviez autorisé à cet effet monsieur l’Intendant à faire procéder à l’estimation, le chargeant de faire terminer cette opération le plus promptement possible ;

Qu’il paraîssait nécessaire de faire procéder par des experts publics à l’estimation des biens fonds, en faisant détailler leur état, soit par rapport aux deux maisons délabrées et menaçant ruine, soit par rapport à la campagne, qui était exposée aux incursions des bestiaux et remplie de makis de toutes parts ; comme aussi de faire procéder à la liquidation des fruits et revenus, année commune, déduction faite des frais de culture et entretien, qui absorbent la meilleure partie du revenu ;

D’avoir égard au défaut du moulin à huile de la dite campagne, qui a été aliéné et qui occasionnera une dépense de deux mille livres pour en faire venir un de Marseille, comme aussi que les maisons sont presque sans portes, sans fenètres, san planchers, et sans crépissage ;

Qu’il est nécessaire, eu égard à la situation des biens, d’achever cette opération le plus promptement possible, pour mettre le suppliant à portée de recueillir le fruit de la justice que vous aviez eu la bonté, Monseigneur, de lui rendre et qu’il espérait obtenir complète au moyen d’une redevance légère et proportionnée aux privations dont sa famille avait été la victime ;

Finalement, il le priait de joindre la requête au procès-verbal d’expertise, pour qu’il pût en prendre une copie légale et en faire part au ministère ;

Que cette requête, Monseigneur, au lieu de produire l’effet qu’on devait en attendre, décida le sieur Souiris à s’acharner plus fortement contre le suppliant, qui s’est épuisé en démarches inutiles pour parvenir à faire exécuter votre volonté ;

Qu’enfin les experts nommés, le sieur Souiris, jouant le rôle de juge et partie, ne voulut point des experts publics, mais il nomma le médecin Grecque, son intime ami, auquel il délivra une instruction secrète sur la manière dont on devait rédiger l’expertise, afin de n’être jamais d’accord ;

Que les experts n’ayant pas été d’accord, le suppliant laissa au sieur Souiris le choix du troisième, pourvu qu’il fût pris parmi les gens du métier ; mais il répondit qu’il fallait en écrire à Bastia au subdélégué général. Cette réponse de Bastia ne venait jamais, et à force de réclamations, le sieur Changeur nomma pour troisième le sieur Frère, géomètre du terier, absent d’Ajaccio.

Le suppliant, voyant alors qu’il était joué de toute part, se décidé à s’embarquer pour venir à Paris se jeter à vos pieds, et il a eu le malheur de tomber malade dans la traversée de la mer, et d’être obligé de s’arrêter à Montpellier pour le rétablissement de sa santé.

Il s’est efforcé de vous adresser le présent Mémoire, parce qu’il est persuadé qu’aussitôt qu’on aura su qu’il est tombé malade, on fera achever l’opération au gré du sieur Souiris, qui espère que les biens finiront pas lui être adjugés, si on règle une redevance au delà du produit.

Ce Mémoire produisit son effet. Le ministère ordonna que l’exposant fût mis en possession des biens réclamés ; mais Charles n’existait plus lorsque cet ordre fut mis à exécution par ses ennemis : il était mort à Montpellier d’un squirre à l’estomac, cause de ses souffrances depuis plusieurs années.

Joseph, que Charles avait amené avec lui pour le conduire à Metz, fut le seul qui l’assista dans ses derniers moments. Son beau-frère, l’abbé Fesch, accouru à son secours du séminaire d’Aix, n’arriva que pour pleurer avec Joseph sur son cerceuil. Pendant son agonie, Charles appelait souvent napoléon, son fils, le conjurant d’aller à son secours avec sa grande épée.

Après lui avoir rendu les derniers devoirs, Fesch revint à Aix, Joseph rentra en Corse. Napoléon reçut la fatale nouvelle à Paris, où il avait été transféré par les inspecteurs, qui avait apprécié de bonne heure ses talents et son génie. Lorsque sa douleur fut un peu calmée, il écrivit à son oncle l’archidiacre Lucien, et à sa mère les deux lettres suivantes.

Paris, le 28 mars 1785

Mon cher oncle,

Il serait inutile de vous exprimer combien j’ai été sensible au malheur qui vient de nous arriver. Nous avons perdu en lui un père, et Dieu sait quel était ce père, sa tendresse, son attachement ; hélas ! tout nous désignait en lui le soutien de notre jeunesse. Vous avez perdu en lui un neveu obéissant, reconnaissant… ah ! mieux que moi vous sentez combien il vous aimait. La patrie même, j’ose le dire, a perdu par sa mort un citoyen zélé, éclairé et désintéressé. Cette dignité dont il a été plusieurs fois honoré marque assez la confiance qu’avaient en lui ses concitoyens. Et cependant le ciel l’a fait mourir ; en quel endroit ? à cent lieues de son pays, dans une contrée étrangère, indifférente à son existence, éloigné de ce qu’il avait de plus précieux. Un fils, il est vrai, l’a assisté dans ce moment terrible ; ce dut petre pour lui une consolation bien grande, mais certainement pas comparable à la triste joie qu’il aurait éprouvée s’il avait terminé sa carrière dans sa maison, près de son épouse et au sein de sa famille. Mais l’Être Suprême ne l’a pas ainsi permis : sa volonté est immuable, lui seul peut nous consoler. Hélas ! du moins, s’il nous a privé de ce que nous avions de plus cher, il nous a encore laissé les personnes qui seules peuvent le remplacer.

Daignez donc nous tenir lieu du père que nous avons perdu. Notre attachement, notre reconnaissance seront proportionnés à un service si grand. je finis en vous souhaitant une santé semblable à la mienne.

Votre très humble et très-obéissant serviteur et neveu.

NAPOLEONE DE BUONAPARTE
Paris, le 29 mars 1785

Ma chère mère,

C’est aujourd’hui, que le temps a un peu calmé les premiers transports de ma douleur, que je m’empresse de vous témoigner la reconnaissance que m’inspirent les bontés que vous avez toujours eues pour nous. Consolez-vous, ma chère mère ; les circonstances l’exigent. Nous redoublerons nos soins et notre reconnaissance, et heureux si nous pouvons, par notre obéissance, vous dédommager un peu de l’instimable perte d’un époux chéri. Je termine, ma chère mère ; ma douleur me l’ordonne, en vous priant de calmer la vôtre. Ma santé est parfaite et je prie tous les jours que le ciel vous en gratifie d’une semblable. Présentez mes respects à Zia Geltrude, Minana Saveria, Minana Fesch, etc.

PS : La reine de France est accouchée d’un prince, nommé le duc de Normandie, le 27 mars, à 7 heures du soir.

Votre très humble et affectionné fils,

NAPOLEONE DE BUONAPARTE

Charles méritait bien les regrets de son fils; il emportait ceux de ses concitoyens et de tous ceux qui l’avaient connu. Il était bon patriote, bon époux, excellent père, loyal, franc et sincère ami. Il ne laissa pas à ses enfants une grande fortune, mais il leur léguait en revanche une réputaiton pure et intacte. Sa passion pour la dépense avait sans doute un peu dérangé ses affaires, mais elle ne l’avait pas ruiné comme on a osé le dire.

Madame Bonaparte sentit plus que personne la perte qu’elle avait faite. Sa douleur fut extrême ; cependant elle n’oublia pas qu’elle était la mère d’une nombreuse famille, qu’elle se devait tout entière à ses enfants. Ses larmes coulèrent longtemps, mais son parti fut bientôt pris. Quoique à la fleur de l’âge, elle avait donné donné le jour à treize enfants, dont cinq garçons et trois filles avaient survécu. Jérôme était encore au berceau.

Le monde n’eut plus de charmes pour elle ; le souvenir de son époux et l’éducation de ses enfants remplirent toute son existence. Elle vécut dans la retraite et n’eut d’autres soins que le retablissement de ses affaires domestiques. Son guide, son appui, son soutien, c’était l’archidiacre Bonaparte, son oncle. Ce respectable vieillard s’était dessaisi depuis plusieurs années de l’administration des affaires de la famille pour se livrer entièrement à son ministère ; mais, dans une telle conjoncture, il n’hésita pas à en reprendre le fardeau. La maison Bonaparte ne tarda pas à se ressentir de l’habilité de la main qui la dirigeait.

Une bonne partie de la fortune de la famille Bonaparte se composait de gros et menu bétail ; l’autre de vignes, enclos et maisons. Les colons, bergers, les locataires, furent mandés ; l’archidiacre prit connaissance de tout et rétablit le plus grand ordre dans ces affaires.

Madame Bonaparte trouva dans les soins affectueux de son oncle un adoucissement à ses chagrins. La mort, qui avait empoisonné sa vie en moissonnant trop tôt celle de son mari, respecta aussi longtemps qu’il fallait les jours de son mentor. Lorsqu’il descendit dans la tombe, ses larmes coulèrent à nouveau, son coeur saigna encore, sa situation de fortune singulièrement améliorée : elle se résigna et attendit.

07.24.07

CHARLES BONAPARTE PAR NASICA (1)

Publié dans Famille de Napoléon, Napoléon, Personnages tagged , , , , , , , , , , , , , , , à 2:35 par napoleonbonaparte

Ecrite entre 1821 et 1829 (mais publiée qu’en 1852), cette Notice sur la vie de Charles Bonaparte père de Napoléon 1er est la première ébauche de “biographie” réalisée sur le géniteur du plus célèbre personnage de l’Histoire. Elle est proposée dans l’ouvrage de Tomaso Nasica : Mémoire sur l’enfance et la jeunesse de Napoléon 1er. Ce petit livre est désormais quasi introuvable et présente un certain intérêt de par la proximité temporelle de son auteur avec les contemporains de Charles Bonaparte. Cependant il ne peut être considéré comme une source totalement fiable. La légende hagiographique teintée de naiveté l’emporte sur les aspects scientifiques par trop absents de l’ouvrage. Malgré ses défauts, ce récit bien écrit, fort agréable à lire, est assez instructif si l’on sait le manier avec précautions.

Charles Bonaparte et sa famille avant la conquête de la Corse par la France (1769).

Dessin de Charles Bonaparte

Les Bonaparte étaient considérés comme une des familles les plus distinguées d‘Ajaccio à l’époque où Charles Bonaparte, père de Napoléon, attira sur lui l’attention de ses concitoyens par ses qualités morales et par ses talents. Né en 1746, il commencça ses études à Corte et se fit remarquer par son intelligence, sa modestie, et son amour du travail. Privée de tout établissement scientifique par les Génois, dont l’esprit ombrageux redoutait les effets de l’éducation sur un peuple qui supportait déjà si impatiemment leur joug, la Corse envoyait les plus nobles de ses enfants faire leurs études en Italie. La proximité de la ville de Pise, et peut être aussi la sympathie douloureuse que font naître entre les peuples des infortunes qui se ressemblent, attiraient les Corses vers l’Université célèbre qui avait fondée Côsme de Medicis. Pise était alors l’Athènes de la péninsule italienne. Comme la célèbre ville grecque, elle gisait à demi morte sous ses marbres, au milieu des restes magnifiques d’une grandeur qui n’était plus. La fameuse république de Pise, qui avait subjugué la Sardaigne, pris Carthage et enlevé Palerme aux Sarrasins, qui avait défait des armées royales en bataille rangée, et envoyé une flotte de quarante vaisseaux au secours d’Amaury, roi de Jérusalem ; Pise enfin, qui avait fait longtemps avec succès la guerre aux Génois, ces ennemis mortels et détestés des Corses, avait fini par être vendue et livrée. Les Pisans avaient tellement pris à coeur la perte de leur liberté qu’ils s’étaient expatriés de colère ; aussi cette pauvre cité se trouvait-elle si dépeuplée à l’époque dont nous parlons, que l’herbe croissait dans ses larges rues. Tel était à peu près le sort que la Corse avait eu elle-même à subir.

C’est donc à Pise que Charles Bonaparte fut envoyé pour terminer ses études. Il trouva sur les bords de l’Arno l’élite de la jeunesse corse, jeunesse impétueuse et fière qui sympathisait avec celle de Pise et qui avait acquis, au contact des douces moeurs italiennes, ce poli d’urbanité qu’on ne trouve aisément dans les montagnes.

Ces pauvres insulaires, forcément économes, vivaient de peu dans une ville où tout était bon marché, et quelquefois éprouvaient, malgré cela, des moments de gêne. Mais lorsque les galions de quelques étudiants arrivaient, comme disait plaisamment l’Empereur en parlant de quelques cent francs que Junot recevait de sa famille, l’heureux possesseur du petit trésor se hâtait d’en faire part à ceux qui attendaient encore cette pluie d’or qui devait venir des rives de la Corse, et Charles Bonaparte n’était pas de caractère à poser en exception à la règle. Au contraire, il ouvrait si largement sa bourse à ses condisciples dans l’embarras, qu’il s’acquit bientôt l’estime et l’amitié de cette jeunesse studieuse et désintéressée qui serrait ses rangs sur la terre de l’étranger. A leur retour du continent, les amis de Charles, disséminés sur tous les points de l’île, le vantaient comme un savant distingué, un ami généreux, un étudiant modèle, et jetaient ainsi les premières bases de sa réputation naissante.

Sa famille, heureuse du bien qu’elle entendait dire, ne regardait pas aux sacrifices qu’elle faisait pour l’entretenir sur le continent, quoique ces sacrifices fussent onéreux dans une île qui a toujours été fort pauvre en numéraire.

Lorsque Charles Bonaparte eut terminé son droit, il fit ses dispositions pour retourner dans sa patrie. De l’embouchure de l’Arno, et tandis que les molles brises de la Toscane l’embaumaient encore du parfum de leurs orangers, il découvrit au loin sous la forme d’un rocher nu, dont la cime blanchie de neige se dessinait sur l’azur profond de la Méditérranée. Le jeune Corse, qui avait quelquefois sacrifié aux muses, dut alors éprouver ce sentiment louable et si naturel qui faisait dire au fils d’Ulysse : “Dans mon Ithaque, il n’y a que des rochers, des buyères, des terres arides, et pourtant mon coeur la préfère aux plus riches plaines de Grèce.”

Précédé de sa bonne renommée, regardé comme l’honneur de sa famille et l’espoir de sa patrie, Charles reçut de ses concitoyens un accueil empressé. Son éloquence, son patriotisme, ses manières nobles et simples achevèrent de lui concilier tous les coeurs . Enfin, l’estime dont on l’entourait devint si générale qu’elle fixa les regards de Paoli, qui voulut que le jeune Bonaparte lui fût présenté.

Paoli, dont la mémoire est encore adorée des Corses, était alors à l’apogée de sa puissance et règnait de fait sur ce peuple qu’on disait si difficile à gouverner. Fils de Giacinto Paoli qui avait commandé les Corses dans les dernières guerres contre les Génois ; frère de Clément paoli, l’homme le plus brave de son temps et l’un des premiers magistrats de l’île, Pascal Paoli avait été proclamé général de la Corse et rappelé de Naples, où il servait avec distinction. Courageux, éclairé, politique habile, mettant toute sa gloire à sauver sa patrie et à la rendre heureuse, il marchait noblement vers ce grand but. Après avoir battu les génois, il avait profité du calme qui suivit sa victoire pour réorganiser sa justice et faire fleurir l’agriculture. Investi par la nation d’un pouvoir absolu, il l’avait balancé lui-même en créant un conseil suprème composé d’hommes très capables, et, au dessus- de ce conseil, il avait établi un syndicat chargé de surveiller tous les magistrats de l’ïle, sans faire d’exception pour lui. Afin d’occuper Gênes de ses propres affaires, il avait armé en course des bâtiments légers qui poursuivaient le long des côtes de la Ligurie des navires marchands de la république. Ces corsaires, par des prises heureuses qu’ils ramenaient en Corse, faisaient reparaître l’argent dans ce pays que des siècles de guerre avaient épuisé. Paoli battait monnaie, fondait une Université, créait des imprimeries, et, chose qui ne s’était jamais vue, ont eut alors un journal en Corse. Paoli, quoique partisan rigide des moeurs austères et simples de sa nation, voulut la distraire un instant des graves préoccupations de la guerre, en donnant des fêtes auxquelles il conviait les personnes les plus éminentes de l’île ; il se faisait ainsi une sorte de cour, et ce luxe inusité enchantait les Corses.

C’est à cette époque que Charles Bonaparte, encore fort jeune, lui fut présenté. Le général, qui se connaissait en hommes et qui cherchait à s’entourer de gens de coeur, le traita avec tant d’égards que Charles conçut pour lui un vif attachement, une admiration sincère qu’il conserva jusqu’au tombeau. Si l’état de sa fortune le lui eût permis, il fût resté auprès du général ; mais sa famile exigea qu’il utilisât dans sa ville natale les connaissances qu’il avait acquises en Italie, et il devint bientôt un des premiers avocats d’Ajaccio.

Les talents et les qualités de Charles Bonaparte lui permettaient d’aspirer aux plus hauts partis, et sa famille, dont il était l’unique espoir, eût vivement désiré qu’il fit un mariage opulent. Charles n’entra pas dans ces vues et ne consulta que son coeur, en enlevant à l’admiration passionnée de toute la jeunesse de la ville, mademoiselle Letizia Ramolino, qui était d’une rare beauté, et qui à peine âgée de quatorze ans, possédait tous les charmes de son sexe.

La première année de se son mariage ne fut marquée que par un événement bien triste : il perdit son premier enfant. L’année suivante, il voulut mettre à exécution un projet qu’il avait conçu pendant son séjour à Pise ; il partit pour Rome afin de visiter la patrie des Scipions, des Césars, et de se perfectionner dans la science si difficile des lois anciennes.

Il y passa une année scolaire et revint en Corse, peu satisfait de Rome et des Romains.

Il débarqua à bastia, et, en traversant l’ïle pour se rendre à Ajaccio, il voulut voir Paoli qui était alors à l’abbaye de Rostino, dont le général aimait le séjour parce qu’il était né pour ainsi dire à l’ombre de son clocher. Le jeune voyageur traversa Pontenovo qui devait être le dernier champ de bataille de l’indépendance, gravit la montagne du village de Pastoreccia où était née la mère du général et dont quelques bois d’oliviers faisaient partie de son patrimoine. Sur le versant opposé, il découvrit bientôt, dans le petit hameau de la Stretta dépendant de la commune de Morosaglia, la maison paternelle de Paoli, qu’entouraient des châtaigniers gigantesques et qu’accompagnait une petite chapelle dédiée à a Madone. Non loin de cette modeste maison du chef de la Corse, s’élevait le superbe monastère des Franciscains où se rendait Charles. Lorsqu’il demanda Paoli, on l’introduisit dans son salon en le priant d’attendre, le général étant enfermé dans on cabinet où il s’occupait de quelques dépêches importantes qu’il allait faire partir pour l’Italie. “Je reviendrai quand il sera visible” dit le jeune Corse qui se mit en devoir de se retirer. Mais à ce moment la porte du cabinet s’ouvre, et Paoli paraissant sur le seuil, s’écrie : “c’est toi Charles ? Je t’ai bien reconnu , viens donc que je t’embrasse.” Et, sans écouter les excuses du voyageur qui craignait de le déranger : “Tu n’es pas de trop ici, dit-il en le faisant entrer dans son cabinet ; au contraire, tu arrives de l’Italie et j’ai besoin de savoir ce qui s’y passe ; viens donc.” Il le garda toute la journée, le fit souper avec lui et ne lui laissa reprendre sa route que le lendemain, après lui avoir fait promettre de quitter Ajaccio pour s’établir à Corte, ville centrale, où le général avait fixé le siège de son gouvernement.

Cette promesse, que Charles Bonaparte voulut tenir, souleva une petite tempête au sein de sa famille. Madame Bonaparte, dont les parents habitaient la ville maritime qu’il fallait quitter, refusa d’abord d’échanger les brumes de la côte, et surtout le doux parfum des orangers d’Ajaccio, pour l’air vif et pur des montagnes, alléguant pour gagner sa cause toutes les raisons que put lui suggérer sa logique de dix-sept ans. Mais quelques touchantes que fussent les prières d’une femme aimée et d’un oncle vénéré à l’égal d’un père, elles ne pouvaient balancer dans le coeur d’un Corse l’influence irresistible de Paoli ; Charles se rendit suel à Corte, conformément à sa promesse, et sa jeune femme ne tarda pas à l’y rejoindre.

A Corte, Charles se révéla sous un nouveau jour : à son économie primitive succéda l’amour du faste et de la dépense ; ses relations s’étendirent sur toute l’ïle, où il s’acquit bientôt une grande popularité, et il se posa en homme politique. Son caractère ardent, son éloquence passionnée, son instruction et sa connaissance des lois le firent rechercher par les principaux personnages de l’Etat. Il était admis dans la confidence de tous les secrets de la nation ; ses avis étaient écoutés, et, sans avoir de place ostensible dans le gouvernement, il exerçait une véritable influence sur la conduite des affaires.

Cerpendant la situation de la Corse devint bientôt très alarmante. Dès l’an 1764, les français, appelés par la république de Gênes, étaient débarqués en Corse sous les ordres du Comte de Marbeuf et s’étaient mis en possession des lieux que les Génois possédaient encore sur le littoral. Cette occupation française avait inquiété Paoli ; mais déguisant habilement ses alarmes, il était demeuré en bons termes avec les nouvelles garnisons, tout en continuant de faire la guerre aux Génois. Pendant près de quatre ans, les Français se bornèrent au simple rôle de spectateurs. Mais ensuite la république de Gênes, à bout d’efforts, céda au roi de France ses prétendus droits sur cette île, à condition qu’elle pourrait la reprendre, après la conquête, en payant les frais de l’expédition.

Lorsque cette effrayante nouvelle arriva aux oreilles des Corses, un cri de fureur s’éleva d’un bout de l’île à l’autre. Paoli, qui n’osait assumer la responsabilité d’une guerre si périlleuse, convoqua les députés des communes à Corte afin de connaître, disait-il, le voeu de la nation.

Charles Bonaparte assista à cette consulte extraordinaire, et, après le discours de Paoli qui en était le président, il prit la parole et s’exprima en ces termes :

“Vaillante jeunesse corse !

Toutes les nations qui ont aspiré à la conquête de la liberté ont été exposées aux grandes vicissitudes qui déterminent le triomphe des peuples. Il y en a eu de moins vaillantes, de moins puissantes que nous ; cependant à force de constance elles ont atteint le grand but qu’elles se proposaient.

Si le désir suffisait pour obtenir la liberté, tout le monde serait libre : mais il faut pour cela une vertu persévérante, supérieure à tous les obstacles, qui ne se nourrit point d’apparence, mais de réalité. Cette vertu, il n’est que trop vrai, se trouve rarement parmi les hommes ; aussi ceux qui la possèdent sont-ils considérés comme des demi-dieux.

Les droits et la condition d’un peuple libre sont trop inappréciables pour qu’on puisse en parler d’une manière digne de leur importance. Je me borne donc à vous rappeler qu’ils excitent l’envie et l’admiration des plus grands hommes de l’univers.

Je voudrais me tromper, mais je crois que la plupart de ceux qui se préparent à nous attaquer ne veulent qu’effacer de la carte une nation qui, ayant le coeur plus grand que sa fortune, semble reprocher à l’Europe son insouciance, et lui rendre plus sensible la honte de s’endormir au bruit de ses chaînes.

Vaillante jeunesse, voici le moment décisif. Si nous ne triomphons de la tempête qui nous menace, c’en est fait tout à la fois de notre nom et de notre gloire. En vain aurions-nous montré jusqu’ici des sentiments d’héroïsme ; en vain nos pères auraient combattu pour la liberté et nous l’auraient transmise au prix de leur sang : tout serait perdu… Mais non ! ombres honorées de tant de braves, qui siégez au temple immortel de la gloire, ne craigniez pas d’avoir à rougir : vos enfants ont hérité de votre courage et de vos vertus. ils sont inébranlables dans la résolution de suivre votre exemple ; ils seront libres, ou ils sauront mourir !

Si nous en croyons nos ennemis, nous aurons à combattre les troupes françaises. Nous ne pouvons nous persuader que le roi Très-Chrétien, qui a été médiateur entre nous et les Génois, qui connaît la justice et nos griefs, veuille maintenant épouser la querelle de la république pour exterminer un peuple qui a toujours espéré en sa puissante protection. Mais enfin, s’il est arrêté dans le livre des destins que le plus grand monarque du monde doive se mesurer avec le plus petit peuple de la terre, nous ne pouvons être que fiers. Nous sommes, dans ce cas, certains de vivre avec honneur ou de mourir avec gloire.

Quand à ceux qui manquent de courage pour affronter le trépas, qu’ils ne s’inquiètent point ; ce n’est pas eux que l’on parle : c’est aux hommes de coeur, c’est aux vrais braves. Oui, jeunes Corses, c’est à vous que la patrie s’adresse ; c’est à vous de vous montrer dignes de vous-mêmes, digne du nom que vous portez.

On prétend que des armées étrangères viennent courir les chances de la guerre, pour protéger les intérêts et soutenir les injustes prétentions de la République ; et nous, qui combattons pour nos propres intérêts, pour nos personnes, pour nos enfants; nous, qui avons le nom et la gloire de nos pères à défendre, pourrions-nous balancer un moment à exposer notre vie ?

Chacun est persuadé, valeureuse jeunesse, que votre courage ne vous permettrait pas de survivre à la perte de la liberté. Surpassez donc par votre promptitude l’attente générale, et apprenez à nos enenmis qu’il n’est pas si aisé d’accomplir leurs criminels desseins.

Vivez heureux pour la patrie et pour vous-mêmes.”

Ce discours électrisa l’assemblée, et l’entraîna, par un mouvement unanime et spontané, à accepter la guerre contre la France.

Il arriva ce qui était facile à prévoir : accablés par le nombre, n’ayant pas même d’artillerie pour pouvoir défendre avec des chances de succès leurs gros villages ainsi que les défilés de leurs montagnes, les corses furent vaincus ; mais ils ne le furent pas sans gloire. Ils disputèrent leur île hameau à hameau, rocher à rocher, tuant aux français le plus de monde qu’il était possible avec leurs misérables munitions ; enlevant quelquefois des régiments entiers et forçant, à l’affaire de Borgo, une grosse garnison française à capituler ; ils firent enfin, sous les ordres de Clément Paoli, l’Achille de cette courte et sanglante Iliade, de vrais prodiges de valeur. Les français ne revenaient pas de leur étonnement en se voyant aux prises avec ces hommes qui, éprouvés par des siècles de lutte et quoiqu’étrangers aux leçons de la stratégie, connaissaient parfaitement toutes les ruses de la guerre. Ces patriotes intrépides, après avoir invoqué à genoux Dieu et la Sainte Vierge, s’élançaient contre eux au bruit de leurs conques marines, en poussant des cris aigus, et visaient avec une si terrible justesse qu’une foule d’officiers de marque tombaient sous les balles de leurs carabines. C’était quelque chose de touchant que l’abnégation héroïque de ce pauvre peuple qui, manquant de tout, hors de courage, pour se défendre, n’avait pas même d’ambulances pour recueillir ses blessés.

Charles Bonaparte avait payé de sa personne dans cette guerre de l’indépendance. Après la défaite de Pontenovo, qui frappa au coeur la nationalité insulaire, il fut d’avis de tenter encore la fortune des combats. On pouvait en effet continuer à opposer une vive resistance aux troupes d’invasion. Il n’était pas difficile de rallier à Corte les débris des patriotes. Dans cette ville et dans les pièves des alentours, on brûlait de reprendre l’offensive, et le comte Vaux se trouvait constamment harcelé par d’infatigable tirailleurs. Dans la Balagne, on luttait avec énergie contre de Lucker et le marquis d’Arcambal, qui avait plus de quatre mille hommes sous leurs ordres. Jacques-Pierre Abbatucci, Jules Foata, le curé de Guagno, et d’autres chefs aussi intelligents que braves, tenaient vigoureusement en échec, dans le pays d’outre-monts, les nombreux soldats que commandait Narbonne. Tout n’était donc pas perdu pour la Corse : tant de ressources habilement employées, devait au moins en retarder la conquête. Telle était l’opinion de Charles ; mais Paoli appréciait autrement l’état des choses. Dans sa sagesse, il crut devoir épargner de nouveaux malheurs à ses concitoyens : il prit la douloureuse résolution de cesser la lutte et de s’éloigner.

Dès lors, le projet de défendre Corte fut abandonné ; et quand on apprit que les Français avançaient pour s’en emparer, une foule de familles de distinction, qui s’étaient réunies dans ce dernier sanctuaire de la liberté, se réfugièrent sur le Monte Rotondo, dont la cime atteint la région des neiges éternelles.

Charles Bonaparte et sa jeune femme, alors enceinte de Napoléon, étaient parmi ces fugitifs. Après avoir franchi les montagnes boisées de pins qui sont posées en contreforts aux flancs du Rotondo, il fallut gravir encore des sentiers étroits et rocailleux pour arriver au terme du voyage.

Lorqu’on eut atteint les plateaux élevés de cette montagne haute et nue, d’où l’on découvre la mer Méditérranée, les côtes de Sardaigne, et, dans un éloignement vaporeux, les rivages de l’Italie et même de la France, les femmes s’abritèrent sous quelques roches avancées ; les soldats de l’indépendance se groupèrent un peu plus loin, et agitèrent les questions douloureuses que soulevait la situation du moment : Fallait-il mourir les armes à la main, ou quitter leur île natale ? Mourir, oui ; mais les femmes, mais les enfants !… Oh ! Si l’ange tutélaire de la Corse leur eût dit en désignant tour à tour la France et l’Italie : Voilà l’empire, volà le royaume d’un de ces enfants qui causent vos alarmes ; le vainqueur futur de l’Europe est sur cette montagne, où vous pleurez l’asservissement de votre patrie ; la défaite qui vous désole entrait dans les vues de la Providence : sans elle vous ne pourriez pas vous vanter d’avoir mis au monde Napoléon.

Et ils accusaient Dieu de les avoir abandonnés. L’impatience humaine ne laissera-t-elle donc jamais à la Providence le temps de mûrir ses dessins ? Il est vrai que les folles colères de l’homme ne l’émeuvent pas !

Ces fiers patriotes étaient tous décidés à ne pas sortir de la triste alternative qui faisait depuis vingt-quatre heures le sujet de leur délibération. Mais le comte de vaux fut assez habile pour les porter à changer d’avis. Le lendemain de son entrée dans Corte, ayant à coeur de hater la complète pacification de la Corse, il détacha, en parlementaires, ses aides de camp auprès d’eux, et les fit prier de lui envoyer une députation pour s’entendre avec lui.

La députation fut aussitôt formée. Charles Bonaparte en faisait partie. Le général reçut avec beaucoup d’égards ceux qui la composaient, et leur dit que l’ïle entière était soumise et que Paoli et son frère venait de la quitter. Il leur tint, du reste, un langage si conciliant, si rassurant sur les intentions de la France, “qui allait être avec la Corse une seule nation,” qu’ils acceptèrent, pour eux et pour leurs compagnons, les sauf-conduits offerts par le comte, et chacun rentra dans ses foyers.

Cependant Charles Bonaparte, en retournant à Ajaccio avec sa famille, voulut éviter autant que possible la rencontre des troupes françaises qui occupaient la route de Vizzavona, et suivit celle de Niolo, Vico, et Cinarca. Il fallut à madame Bonaparte son tempérament robuste et toute la trempe de son caractère pour ne pas succomber aux fatigues d’un voyage si long et pénible. Elle dut marcher plus d’une demi-journée à pied, par des chemins détournés, tenant presque toujours sur ses bras son enfant Joseph qui était né à Corte l’année précédente et ne voulait pas la quitter. Au passage du Liamone, elle faillit se noyer : son cheval perdit pied et fut entrainé par le courant. Son mari et les pâtres que l’abbé Acquaviva leur avait donnés pour guides, épouvantés du péril qu’elle courait, se jetèrent à la nage pour la sauver, en lui criant de se laisser tomber dans la rivière. Mais la courageuse jeune femme s’affermit au contraire sur sa selle et dirigea si habilement son cheval qu’elle parvint à gagner la rive opposée. La Providence veillait déjà sur Napoléon.

Paoli, quoi qu’en eût dit le comte de Vaux, n’avait pas encore quitté la Corse. Il se trouvait alors à quelques pas de Porto-Vecchio, et se préparait à partir pour la Toscane avec son frère et plusieurs autres patriotes, sur deux navires anglais que l’amiral Smittoy avait mis à sa disposition. Charles s’était également proposé de le suivre ; mais il ajourna l’exécution de ce louable projet, dans le but de reconduire sa femme et son enfant au sein de sa famille.

Le lendemain de son arrivée à Ajaccio, il se disposa à partir pour le rejoindre et pour partager avec lui toutes les souffrances de l’exil. Son oncle, l’archidiacre Lucien Bonaparte, et sa femme conjurèrent les larmes aux yeux de ne pas les abandonner dans une circonstance si périlleuse, de différer encore du moins son départ pour voir quelle direction on donnerait aux affaires, lui promettant de l’accompagner si les Français voulaient abuser de la victoire. Charles ne put resister aux prières d’un oncle pour lequel il avait le respect d’un fils ; il se laissa toucher par les larmes de son épouse qu’il chérissait de tout son coeur.

07.22.07

CRAYONNES DE LA JEUNESSE DE NAPOLEON 1er EN BD

Publié dans Napoléon tagged , , , , , , , , , , , , , , , , à 3:05 par napoleonbonaparte

Voici quelques crayonnés extraits de La Jeunesse de Napoléon Bonaparte. Si vous voulez en voir plus, je vous invite à vous rendre sur mon site Napoléon Bonaparte en BD. Vous pourrez ensuite remplir le questionnaire de l’étude de marché si vous souhaitez faire avancer le projet. Merci.

La jeunesse de Napoléon Bonaparte en BD (planche 1)La jeunesse de Napoléon Bonaparte (planche 2)La jeunesse de Napoléon Bonaparte en BD (planche 6)La jeunesse de Napoléon Bonaparte en BD (planche 9)

07.21.07

TRAVAUX ETHNOLOGIQUES SUR LA CORSE

Publié dans Napoléon tagged , , , , , , , , , , , , , , , , , à 9:10 par napoleonbonaparte

Reconstituer la vie de Napoléon Bonaparte en BD implique de se documenter dans toute une série de domaines. Et sans le précieux savoir de l’éminent spécialiste Rennie Pecqueux-Barboni, rien de sérieux n’était envisageable sur la Corse.

Spécialiste du costume corse, Rennie Pecqueux-Barboni s’est engagé spontanément à nos cotés dans cette aventure, nous fournissant dans un premier temps des croquis détaillés de femmes et d’hommes vivant en cette fin du dix-huitième siècle dans l’Île de Beauté. Il nous a aussi alimenté d’autres dessins toujours réalisés par ses soins sur le mobilier corse, sans oublier d’y joindre comme pour les costumes des textes explicatifs ou descriptifs, indispensables pour une bonne compréhension de ces images inédites. Il nous a aussi transmis des informations ethnologiques manuscrites plus générales sur la Corse de cette époque troublée. Il répondait à bon nombre de questions qui se posaient là encore, et cela parfois dès l’écriture du scénario.

Dans un second temps, son rôle consistera à poursuivre son rôle de conseiller scientifique en continuant d’apporter des correctifs ethnologiques d’une grande précision scientifique. Il suivra le travail des illustrateurs à chacune des étapes du dessin (crayonnés de mise en place, de report, encrage, mise en couleurs), du moins pour ce qui est des planches se déroulant en Corse. Il faut à tout prix éviter au maximum les approximations dans notre reconstitution de la jeunesse de Napoléon Bonaparte en BD.

Costumes Corses du 18ième siècleCostumes Corses du 18ième siècleCostumes Corses du 18ième siècleCostume Corse de la fin du 18ième siècleMobilier Corse de la fin du 18ième siècleMobilier Corse de la fin du 18ième siècle Mobilier Corse de la fin du 18ième siècle

07.20.07

DIAPORAMAS – CRAYONNES ET ICONOGRAPHIE – LA JEUNESSE DE NAPOLEON BONAPARTE EN BD

Publié dans Napoléon tagged , , , , , , , , , , , , , , , , à 9:07 par napoleonbonaparte

Voici deux diaporamas sur lequel vous pourrez voir les premiers crayonnés et un échantillon de l’iconographie sur la base de laquelle les dessins ont été conçus. Si vous appréciez ce projet, il est très important que vous preniez quelques instants après le visionnage des vidéos, pour répondre au questionnaire de l’étude de marché. Merci.

07.18.07

LA LETTRE DE NABULIO N°1

Publié dans Napoléon tagged , , , , , , , , , , , , à 8:13 par napoleonbonaparte

Chers internautes,Napoléon Bonaparte en BD

En prenant le temps de répondre au questionnaire qui vous était proposé sur notre site relatif à La Jeunesse de Bonaparte en BD, certains parmi vous ont sensiblement contribué à faire « avancer le schmilblick ».
Le moment est donc venu de faire un point global de la situation, d’autant que le second semestre 2007 verra, je l’espère, une reprise progressive et effective de notre entreprise artistique, en « stand by » depuis 2004.
Cette trop longue parenthèse s’explique par le fait qu’il m’a fallu un certain temps pour me remettre sur pied. Mes déboires dans les méandres des cabinets ministériels, après deux ans de pérégrinations kafkaïennes, m’avaient laminé et laissé totalement exsangue, voire « sonné » au printemps 2005. Imaginez le défi du formulaire administratif des 12 Travaux d’Asterix, en partant du postulat de base qu’aucun recours à la potion magique de Panoramix n’est possible.
Aujourd’hui, je tiens à vous remercier toutes et tous pour vos soutiens, individuellement manifestés, lors de ces dix huit longs mois de « convalescence ». J’ai puisé dans vos messages souvent chaleureux l’énergie indispensable pour me remotiver et surmonter (voire contourner) les derniers obstacles de cette aventure. A ce propos, je me suis autorisé à reprendre une bonne partie de vos commentaires qui sont désormais consultables sur le site dans la partie « Livre d’Or ».
Si je sors donc de mon mutisme avec cette première Lettre de Nabulio, c’est que je me dois désormais de vous tenir tous informés des différentes démarches et actions en cours ou qui le seront à brève échéance.

1)Les premiers enseignements de l’étude de marché

Suite à mes laborieuses collectes manuelles d’adresses mails, suivies de plusieurs modestes campagnes de mailings, elles aussi fastidieuses, je suis heureusement parvenu à générer plus de 15 000 visiteurs sur le site internet, et dispose désormais d’une étude de marché aux résultats déjà probants.
Au regard du nombre très réduit d’internautes qui ont pu avoir connaissance du projet à ce jour, je peux déjà vous livrer un chiffre qui démontre à lui seul le fort potentiel d’une bande dessinée classique, soignée et scientifiquement rigoureuse, sur le sujet napoléonien. En effet, vous êtes d’ores et déjà près de 300 positionnés sur le tirage de tête en langue française (dont la moitié se disent sûrs d’acquérir l’un de ces exemplaires de tête).
Je peux donc affirmer, en extrapolant pourtant avec une prudence extrême, que le nombre d’acheteurs de l’album de luxe sera à un niveau jamais atteint pour une bande dessinée (bien au delà d’une série référence et culte comme Blake et Mortimer par exemple). Je crains même que l’on ne puisse à terme satisfaire tout le monde sur cette version de l’album, car la demande devrait largement excéder l’offre maximum envisageable.
A noter aussi un intérêt plus marqué que je ne l’espérais pour les éventuels tirages en langues corse et anglaise, bien que mes mailings n’aient que marginalement touché des populations anglophones ou « corsisantes ».
Un public de collectionneurs apparaît clairement, suite au dépouillement des questionnaires, alors que le pourcentage de personnes informées de mes desseins est bien inférieur pour l’instant à 0,1% de la population française. Il est plaisant et rassurant de constater que vous provenez tous d’horizons très variés (zones géographiques, CSP, classes d’âge). J’ai par ailleurs été positivement surpris de voir la part plus que conséquente de femmes et jeunes filles parmi les internautes s’étant exprimé via le questionnaire. Elle dépasse les 20% alors que je ne pense pas avoir disposé d’une absolue parité dans l’échantillon « victime » de mes mailings.
Tout cela induit de facto un public très large pour l’album standard qu’il est encore difficile de quantifier. Le fait est que j’aurais déjà pu me mettre en quête d’investisseurs depuis plusieurs mois, en arguant d’une rentabilité certaine dès la sortie du premier volume, et cela bien que l’album haut de gamme que j’ai conçu soit assurément le plus onéreux à produire de l’Histoire du Neuvième Art.

2)L’évolution du site à court terme

Le référencement
J’ai consacré un temps considérable à la constitution de bases de données pour pouvoir mener à bien cette première phase de relance du projet. Il s’agit maintenant de passer un nouveau cap. Je veux faire référencer le site au plus vite, de sorte que le nombre minimum de visiteurs quotidiens ayant parcouru nos pages soit systématiquement au dessus de la ligne de flotaison des 150, voire 250 internautes. Une telle fréquentation serait l’assurance d’enregistrer au moins 5 nouveaux prospects sur les tirages de tête par jour.
Pour cela il faut gagner des places sur Google et atteindre les tout premiers rangs (les 5 à 8 premières places) avec les requêtes ou mots clés susceptibles de faire tout exploser, soit Bonaparte, Napoléon Bonaparte, et surtout Napoléon.
J’ai bien inscrit l’URL du site sur des annuaires et mis des mots clés sur ses nombreuses pages HTML. Toutefois, cela ne suffit pas car je suis plus que profane en ce domaine pour lequel je n’ai franchement pas de réelles prédispositions naturelles.
Si nous sommes présents depuis quelque temps sur ce moteur incontournable qu’est devenu Google (Page rank 4, et en deuxième ou troisième page avec la requête Napoléon Bonaparte), nous sommes encore bien trop loin des zones visibles pour que cela puisse avoir un impact réel sur la consultation du site. Plus de 90% des visiteurs proviennent toujours de mes seuls envois de mails depuis la mise en ligne du site web.
Dans cette optique, je me suis aussi décidé à réserver un nom de domaine http://napoleon-bonaparte-bd.fr, là encore pour faciliter un meilleur positionnement sur les moteurs de recherche. Il semble qu’un sous-domaine Free soit a priori insuffisant pour se retrouver dans les tout premiers sur Google, lorsqu’il y a un minimum de concurrence. Cependant, si l’offre concernant Napoléon sur Internet est bien évidemment abondante, la concurrence réelle semble finalement assez faible d’après des échos d’amis qui ont quelques notions sur le positionnement. Nous devrions donc parvenir à émerger en y consacrant quelques efforts. Cela serait jouable de passer de l’ombre à la lumière sur le net.
A ce sujet, le Premier Maire-adjoint et Conseiller Général de ma commune s’était fermement engagé en mars dernier à agir rapidement pour résoudre mon problème de communication (tout comme celui du financement d’ailleurs). Issy les Moulineaux « l’Audacieuse » se targue d’être à la pointe dès qu’il s’agit d’Internet, tout en se vantant aussi (non sans raison parfois) d’un dynamisme économique visionnaire. Pour autant, je viens encore de me rappeler aux bons souvenirs de mon ex-député Maire André Santini, de sa directrice de Cabinet Isabelle Dapremont, et bien sûr du Premier Maire-adjoint en question, M. Paul Subrini, sans qu’aucun signe concret vienne me confirmer que toutes ces bonnes paroles allaient soudainement être suivies d’actes concrets. C’est pourquoi je vais aborder sans eux le référencement, quitte à y consacrer encore un petit budget. J’ai des pistes, mais tous conseils ou informations en la matière sont évidemment les bienvenus (par exemple si certains pensent pouvoir m’amener des backlinks en « dur » avec un bon Page Rank sur des sites soit napoléoniens soit relatifs à l’Histoire ou la BD, n’hésitez pas à me le faire savoir).
Il sera toujours temps de voir si l’exécutif isséen s’implique vraiment dans la délicate recherche de partenaires financiers, voire de mécènes, dès la visibilité du site acquise, et la récolte constante de nouveaux prospects alors assurée. Nous serons sans doute fixés sur leurs intentions assez vite puisque nous en avons enfin terminé des campagnes électorales qui ont vu Monsieur Santini obtenir ce secrétariat d’Etat qu’il désirait si ardemment.
La conjoncture est théoriquement favorable, plus « bonapartiste » dirons-nous depuis le départ de Chirac (farouchement hostile à Napoléon) et l’avènement de Sarkozy (qui sous l’influence de Henri Guaino a cité les deux Empereurs lors de sa campagne électorale, une première depuis des lustres).
Rares sont ceux qui connaissent mon parcours entre 2003 et 2005, mais ils comprendront que ma confiance en nos politiques soit désormais plus que limitée (il est possible que je remette cet « historique » dans le contenu du site, avant la rentrée, sans doute avec une « mise à jour »). Et sincèrement je ne crois plus à une solution même partielle de ce côté. Un dénouement favorable dans lequel des élus joueraient un rôle prépondérant serait désormais pour le coup une divine surprise.
J’ai heureusement la certitude qu’une bonne exposition sur la toile nous garantira des prospects réguliers, fort de l’expérience de mes différentes campagnes de mailings. Nous franchirons donc allègrement le seuil de rentabilité sur les seuls albums en langue française bien avant la sortie du premier volume. Il me faut simplement un ou deux mois de recul après l’apparition du site sur la première page de Google avec la requête Napoléon.
Nous aurions d’ailleurs déjà pu dépasser ce stade depuis fort longtemps si le premier partenaire impliqué financièrement à mes cotés dans le projet nous avait convenablement relayé sur son site, d’autant qu’il recevrait sur ses pages en trois jours autant d’internautes que le nôtre en plus de 18 mois.
Un problème de nature « administrative » est à l’origine de ce « malentendu ». Je vais à ce propos prendre langue dans le courant de l’été avec le Président de cette importante Fondation pour lui donner toutes les clés. Il pourra alors appréhender le contentieux personnel à l’origine de cette politique de la terre brûlée dont vous pouvez imaginez sans mal qu’elle nous a été largement préjudiciable.
Nous aurions dû plier l’étude de marché en deux temps trois mouvements avec cet outil immédiatement opérationnel qu’est un site bénéficiant de plus de deux millions de visites annuelles, et qui plus est directement en prise avec la population napoléonienne du globe.
Un enjeu de pouvoir est allé à l’encontre des intérêts des deux parties. J’espère bien ouvrir les yeux du nouveau Président de cette Fondation sur les conséquences que pourrait avoir le maintien de cette option « Rostopochinienne » dans les prochains mois, qui, avec le temps perdu dans les antichambres ministérielles est la cause principale du gel du projet.
Je ne peux vous en dire plus car cela envenimerait les choses et je souhaite arriver à un compromis, fort du soutien sans faille du vice-Président de cet organisme incontournable dans le monde napoléonien, comme de certains autres membres du Comité de Direction (qui avaient unanimement soutenu ma démarche).
Je ne manquerai pas de vous affranchir dans un prochain numéro en vous livrant tous les tenants et aboutissants si le blocage « administratif » n’est pas finalement levé. Espérons plutôt que je puisse vous annoncer l’échange de lien tel qu’il devrait exister depuis longtemps et cela dans les formes que le vice-Président et moi-même avions réclamées l’année dernière. L’heure n’est donc pas (encore) aux règlements de comptes, bien que je ne vous cache pas que cela me démange.

Le contenu didactique
La question du référencement réglée, je reprendrai certaines pages et développerai les parties du site consacrées aux personnages et aux lieux de jeunesse, tout d’abord en réalisant d’autres diaporamas (sous le même modèle que ceux déjà créés pour faciliter la consultation des crayonnés), puis en rédigeant de petits textes biographiques de personnages ou en écrivant de courts chapitres relatifs aux différents séjours de Bonaparte sur les lieux de sa jeunesse. Je ne manque pas de matériel pour enrichir la partie didactique, suite à mes recherches. Et si je n’ai pas la prétention d’être un historien (loin de là), j’ai tout de même fait de modestes découvertes (en l’occurence sur Alexandre Des Mazis qui bénéficiera d’une biographie plus riche que les membres de la famille Bonaparte déjà bien connus).
Je suis conscient que le site est, sur la forme, bien en deçà du projet artistique comme du Grand Homme, dont il veut retracer le destin sans pareil. Je ne peux financièrement encore confier celui-ci à un webmestre professionnel mais je peux l’enrichir sur le fond. Lorsque les finances seront là, nous nous attacherons à la forme pour présenter un site interactif et évolutif qui deviendra à terme l’une des références sur Napoléon.

3)Le financement

Je souhaitais initialement conserver le contrôle solitaire de l’opération tant au niveau artistique que financier. Pour cela, il aurait fallu que des Institutionnels ou des mécénats privés aient concrétisé des partenariats (comme il m’en fut promis par plusieurs Ministères, sans qu’aucun des nombreux engagements verbaux et parfois écrits ne soit suivi d’effets).
Je ferai cette fois encore un très rapide tour de table dans ces directions (dès le référencement bien en place) sans tergiverser et m’illusionner, même si je pourrais leur prouver grâce à vous que le projet n’est pas qu’artistique et scientifique mais aussi bel et bien commercial. En effet, même si les paroles de mon ex-Député-Maire et de ses principaux collaborateurs valent plus que celles des autres politiques et hauts fonctionnaires approchés avant eux, je ne vois plus comment une collaboration autre que virtuelle puisse être mise en place avec les Institutions étatiques. Quant aux mécénats privés, il faudrait là aussi une réelle implication des pouvoirs publics pour bouger un « condottiere », naturellement plus enclin à financer des foutaises contemporaines abstraites pour être « up to date ». Des contacts à l’étranger auraient pu drainer des mécènes plus lucides que nos compatriotes mais je ne suis pas sûr d’en avoir de bien efficaces dans mon entourage.
En résumé, aussitôt réussie notre immersion sur le net et le renfort quotidien et constant de nouveaux prospects, j’aborderai donc sans plus tarder les investisseurs privés. Le dossier sera suffisamment solide pour que j’ai normalement le choix quant à l’associé à impliquer dans l’affaire sur le plan financier. Je ne me précipiterai pas car nous nous engagerons sur du long terme. Or je sais exactement ce que je peux concéder et ce sur quoi je ne transigerai pas.

En conclusion, j’espère pouvoir vous annoncer le mois prochain que le premier objectif crucial quant au positionnement du site sera enfin pleinement atteint, ou du moins en passe de l’être. Je serai aussi en mesure de vous dire si M. André Santini est fait du même bois que Dominique de Villepin et Renaud Donnedieu de Vabres (paix à leurs âmes de technocrates).
Vous remerciant pour l’intérêt que vous avez apporté à mes desseins artistiques et napoléoniens, je vous garantis que je ne vais pas baisser les bras et repartir de l’avant dans les prochaines semaines pour décrocher les financements indispensables à une relance de ce Napoléon Bonaparte en bandes dessinées.

Bien cordialement.

(juillet 2007)

Stéphane CHAUVIN

http://lerubicon.free.fr

contact : lerubicon1@free.fr

NAPOLEON BONAPARTE EN BD – REPORTAGE CORSICA SERA

Publié dans Napoléon tagged , , , , , , , , , , , , , , , , , à 12:52 par napoleonbonaparte

Napoléon Bonaparte

Interview réalisée au Musée de La Malmaison avec Monsieur Bernard Chevallier, Conservateur Général du Patrimoine. Elle a été diffusée sur France 3 Corse, puis sur France 3 Nationale.

Nota Bene : Les journalistes de France 3 Corse, dans leur enthousiasme, anticipaient malgré mes prudentes réserves sur une issue favorable des démarches entreprises auprês des Institutions centralisées.

07.17.07

DE VILLEPIN A DONNEDIEU DE VABRES

Publié dans Napoléon tagged , , , , , , , , , , , , , , , à 5:28 par napoleonbonaparte

DE VIL PERLIMPINPIN A DONNEDIEU DE FABLES

ou les tribulations kafkaïennes d’un romantique par trop candide dans les méandres de la technocratie française.

(page rédigée en août 2005)

Tant vaut ne rien faire que de faire les choses à demi…

Les grands orateurs qui dominent les assemblées par l’éclat de leurs paroles sont, en général, les hommes politiques les plus médiocres ; leur force est dans le vague, la pratique les tue…

Notre ridicule défaut national est de n’avoir pas de plus grand ennemi de nos succès et de notre gloire que nous-mêmes.

(Napoléon Bonaparte)

Il est de bon ton de se moquer de nos édiles politiques, tout comme de notre administration, jugée pléthorique et inéfficace. Hélas – trois fois hélas ! Toutes ces récriminations de la “France d’en Bas” ne sont que trop justifiées. Souvent, la réalité dépasse l’imagination. En effet, je peux en témoigner : mon périple en dit long sur les dysfonctionnements de notre lourde machine étatique, mais aussi sur le peu de moralité de certains élus…

CHRONOLOGIE :

Août 2003 :
Je dépose un volumineux dossier auprès du Centre National du Livre, désireux de voir mon projet examiné par ce tout puissant organisme, théoriquement sous tutelle du ministère de la culture.

D’emblée, je sais que ma démarche est sans grand espoir : avec Napoléon comme sujet, avec un style délibérément néo-classique, des dessinateurs transalpins et un jeune éditeur hors système, je cumule sans doute tous les handicaps du point de vue de la commission BD !

Même si je doute d’obtenir ne serait-ce qu’une maigre subvention ou un appui financier, je pourrai au moins confondre ce CNL que je sais partisan et clientéliste ! Ses administrateurs sont en effet régulièrement épinglés par la Cour des Comptes sans que changent pour autant de bien nébuleuses pratiques.

Voyons donc si un projet scientifiquement et artistiquement solide, offrant par ailleurs de réelles perspectives commerciales, peut être “blackboulé” par ceux que l’Etat a chargé de soutenir l’édition culturelle !

J’aurai de plus l’occasion de prolonger mon “audit” des pseudos écoles d’art : parti à la recherche d’illustrateurs de talents, je me suis heurté à l’éradication quasi totale du dessin figuratif (voir : la quête du Graal)…

Malgré toutes mes appréhensions, je suis reçu avec beaucoup de chaleur par la charmante admistrative chargée d’instruire les dossiers. Elle fait même preuve, à ma plus grande surprise d’un réel enthousiasme.

Je m’empresse donc de lui soumettre quelques illustrations réalisées par le studio florentin, ainsi qu’un échantillon de l’iconographie collectée à Rome, Paris, et en Corse. Car il faut dire que mes laborieuses et passionnantes recherches préparatoires ont déjà bien avancé à l’époque.

Sa réaction me râvit. Elle trouve notre projet “magnifique”; elle ajoute même qu’il la “change des projets scatos” qu’elle voit passer d’ordinaire. Propos qu’elle illustre d’un geste de la main au dessus du sol. Nous sommes en effet installés dans des fauteuils aussi incorfortables qu’esthétiquement douteux.

“Votre travail rentre dans le cadre des grands projets” poursuit-elle. Tout de même, je lui fais part de mes doutes au sujet de la commisison BD. “Ils ne sont pas comme cela, vous verrez”, me rétorque-t-elle.

De toute façon, la prochaine commission est prévue en octobre, et nous serons bientôt fixés. Et puis, qui sait si son optimisme n’est pas fondé ? J’en viendrai presque à me convaincre que, faute d’objections sérieuses, la commission soutiendra in fine une BD néoclasique sur Napoléon 1er ! Un comble !

Si le sérieux historique de mon équipe, de même que la valeur des illustrateurs toscans me semblent incontestables, je n’ignore pas pour autant le danger, aux yeux de la commission, de ce projet politiquement et artistiquement incorrect.

Septembre 2003 :
Je pars dans l’Île de Beauté en vue d’effectuer quelques repérages et de poursuivre ma collecte de documents. Depuis le printemps, je bénéficie en effet des lumières d’un chercheur-collectionneur à l’érudition époustouflante, et probablement inégalée dans l’île.

Hélas, un message m’apprend bien vite que mon dossier ne pourra pas être présenté devant la commission BD -”sans que cela ne remette en cause la grande qualité du projet”, précise ma charmante interlocutrice du CNL.

Selon le secrétaire général, ma double fonction d’éditeur et de scénariste poserait en effet un problème juridique ! Voilà donc la parade pour esquiver le fond du dossier : des raisons de pure forme ! J’enrage.

Dès mon retour, j’appelle le CNL pour réclamer une motivation écrite. La voix un peu embuée, mon contact m’annonce l’arrivée prochaine d’un courrier. Quelques semaines plus tard, ne voyant toujours rien venir, je prends ma plus belle plume pour sonner poliment les cloches du secrétaire général du CNL. Et que croyez-vous qu’il arriva ? J’attends encore !

C’est là que je crus bon de chercher des soutiens politiques. Belle erreur à nouveau !

Début novembre 2003 :
J’écris à Dominique de Villepin, qui officie toujours au Quai d’Orsay. Fin décembre, je reçois une réponse suivie d’un coup de fil m’invitant à rencontrer l’un de ses plus proches collaborateurs.

J’avoue que je me réjouis un peu vite sur le moment. Je pensais que Dominique de Villepin allait m’aider efficacement, et surtout rapidement, comme l’aurait fait l’homme de génie autour duquel nous semblons communier.

Or, je n’avais pas idée du bourbier infernal dans lequel mon projet allait s’enliser !

29 janvier 2004 :
Rencontre avec M. Benoît Yvert, historien de la Restauration et chargé de mission auprès de Dominique de Villepin. Nous devisons près de trois quarts d’heure de manière assez cordiale. Malgré les louanges qu’il prodigue sur les qualités artistiques et pédagogiques du projet, Benoit Yvert avoue son incapacité à me soutenir directement, et me conseille de prendre langue avec le conseiller chargé des affaires culturelles.

20 février 2004 :
L’entretien avec M. Yves Saint Geours me paraît plus constructif. On me propose un partenariat avec le ministère, tout en acceptant de transmettre un second dossier rue de Valois.

Le conseiller culturel me demande un délai d’un mois, qui lui permettra d’étudier sous quelle forme son ministère pourrait intervenir. A ce stade de la réflexion, il envisage des pré-commandes sur le tirage de tête et le tirage standard. Je me mets à reprendre espoir. Apparemment, quelques semaines devraient suffire pour déboucher enfin sur du concret !

Raffarin III :
Las ! Quelques jours avant l’échéance, remaniement ministériel ! Villepin et son équipe déménagent place Beauvau. Yves Saint Geours m’informe alors qu’il part sous d’autres cieux… et que l’appui des affaires étrangères devient bien hypothétique sans Villepin. En termes clairs , je n’ai plus rien à attendre, sauf du ministère de la culture.

J’appelle donc la rue de Valois. Or mon dossier est introuvable ! J’apprends qu’il aurait déjà été archivé, et que telle serait même la procédure habituelle. Y compris sans alternance politique. Les bras m’en tombent ! Il faut tout reprendre à zéro…

Quelques jours plus tard, la secrétaire de Benoit Yvert me joint au téléphone et me transmet les nouvelles coordonnées de son chef, qui poursuit sa collaboration avec Villepin au ministère de l’intérieur. Le contact étant maintenu, je demeure dans l’illusion que le dossier est toujours suivi et soutenu par ce tandem de poids.

Afin de mettre tous les atouts dans mon jeu, je rencontre tout de même Patrick Labaune. “Il faut arriver à sortir le premier volume !”, me dit le député et ancien maire de Valence. Napoléonien, et tout aussi fasciné que moi par “Le Secret de l’Espadon” de l’inégalable E.P. Jacobs, il ne doute pas de mon succès, une fois cette premère étape franchie.

Il s’engage à contacter l’Education nationale, tout en reconnaissant avec moi que l’implication du “mammouth” ne semble guère probable. Mais il me convainc de tenter ma chance !

Dans le même esprit, je dépose un dossier auprès de Philippe Séguin, réputé fiable dès lors qu’il s’engage personnellement – et de fait, je ne peux que rendre hommage à l’ancien Président de l’Assemblée nationale, aujourd’hui Premier Président de la Cour des comptes, qui s’est montré irréprochable à mon égard.

J’ai la chance que Philippe Séguin accepte de cautionner mon projet auprès du nouveau ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres, comme auprès de François Fillon, son ancien “disciple”.

Je contacte ensuite Benoît Yvert, lui signalant que j’ai fait parvenir un nouveau dossier auprès du cabinet de Donnedieu de Vabres, qui vient de succèder à Jean-Jacques Aillagon, et auquel Philippe Séguin va écrire.

Bien sûr, je lui demande d’intervenir à son tour. Mais il me répond “qu’une intervention de ministère à ministère serait très mal perçue”. Benoît Yvert me conseille “d’attendre le résultat, avant de relancer Dominique de Villepin”, ce qu’il s’engage à faire “si rien n’a bougé d’ici le mois d’août”.

Début Juilllet 2004 :
Je m’impatiente car je n’ai toujours pas la moindre nouvelle de la rue de Valois. Un nouvel exemplaire de mon dossier a pourtant été déposé depuis plus de deux mois -le premier étant parti directement aux archives- rappelons cet épisode ubuesque !

Une secrétaire finit par me joindre et m’informe que le conseiller aux livres, Olivier Bosc, souhaite me rencontrer “rapidement”. Rendez-vous est donc pris quelques jours plus tard.

Les propos dudit conseiller me réconfortent : une fois encore, on vante la qualité de mon travail, chose “rare pour un projet recommandé”, me dit-il. Il m’explique qu’il en voit passer de belles : “si vous saviez ce que l’on est obligé de recevoir !” m’explique-t-il.

Comme je lui relate mes déboires avec le CNL, il me répond, d’un ton très assuré, que le nouveau cabinet va reprendre les choses en mains, qu’un partenariat est plus qu’envisageable : “Après tout nous sommes bien en plein bicentenaire napoléonien !” Effectivement…

Dès la semaine suivante, je suis invité à repasser au ministère. Bien naïvement, je crois qu’une dynamique s’installe, et que mes efforts et ma patience vont être payés en retour !

Tout sourire, M. Bosc m’annonce qu’il a reçu le courrier de Philippe Séguin, : “C’est une très bonne chose d’avoir le soutien du Premier Président de la Cour des comptes”. Puis il m’informe que le projet bénéficiera du label du ministère et qu’il peut en outre m’accorder 10 000 euros. Voila qui me semble déjà mieux que sa première annonce -vivre de label et d’eau fraîche la belle affaire !- mais ce montant est insuffisant pour relancer le projet et disproportionné par rapport à l’engagement de la Fondation Napoléon.

Mieux qu’une subvention, c’est une caution bancaire qu’il me faudrait, ou bien des pré-commandes, voire un partenaire privé. Malgré son coût, mon projet est en effet de nature commerciale : seul le premier album a besoin d’un soutien, et encore pour une courte durée !

C’est alors que le conseiller de la rue de Valois se trahit : il semble découvrir les tableaux chiffrés. A l’évidence, il n’a parcouru le dossier qu’en diagonale ! J’en reste bien dubitatif.

Et le voilà qui me rétorque que mes illustrateurs toscans sont chers ! Je lui suggère de refonder des écoles de dessin dignes de ce nom en France. Point ne serait besoin d’aller chercher en Toscane une solution graphique de qualité et effectivement coûteuse, si nous avions chez nous de petits David, Ingres, ou Delaroche en herbe !

Je l’invite ensuite à jeter un oeil sur le site Internet du studio florentin – puisqu’il ne l’avait pas encore fait. Force est de reconnaître que “c’est le top” pour reprendre son expression !

Le ministère pourrait s’impliquer plus substantiellement, “si j’avais déjà pignon sur rue”, me dit-il. Je lui explique que justement, je ne me reconnais pas dans les maisons de BD actuelles ! Mes références contemporaines sont Le journal Tintin de la Haute Epoque (1946-1960), comme son éditeur visionnaire Raymond Leblanc. En outre, si je suis un “bleu “, ni mes dessinateurs, ni mon entourage scientifique ne manquent d’expériences. Leurs références devraient suffire à le rassurer ! Il a entres ses mains tous les éléments pour jauger la qualité de mon équipe.

Olivier Bosc me propose alors d’aborder le sujet avec son homologue chargé du mécénat, et d’envisager sérieusement des pré-commandes et des cautions bancaires. Il me quitte en me proposant de nous revoir prochainement “pour faire le point”.

Méfiant, je m’empresse de lui envoyer un email lui demandant une confirmation écrite de ses engagements, requête à laquelle il se garde bien de répondre. Et pour cause quand on connaît la suite des évènements !

Resté sans nouvelles de sa “réflexion”, je parviens non sans mal à le joindre au téléphone en août. Je lui rappelle le contenu de notre second entretien et je m’étonne de son pesant silence au cours des dernières semaines. Il m’affirme qu’il a été très occupé à cause du décès de Françoise Sagan – j’ignore bien à quel titre d’ailleurs. Tout cela est de mauvais augure, me dis-je, car cette dame naviguait plutôt dans les troubles eaux de la Mitterrandie, et avait quelques jolies casseroles…

A ma grande stupeur, il m’annonce que nous allons finalement repasser par ce cher CNL – car il est là pour cela, me dit-il ! J’ai beau lui rappeler l’hostilité de principe des membres de la commission BD à un tel projet, rien n’y fait. D’un ton péremptoire, il me lance : “Mais, vous ne vous rendez pas compte ! Vous avez le soutien du ministre. Votre dossier redescend cette fois par le cabinet. Ils voteront un budget, et puis nous arbitrerons avec le ministre”.

Malgré une confiance en mon interlocuteur bien entamée, que puis-je répondre ? Je sens que je vais servir de cobaye, sans garantie de résultat. Hélas, je n’ai guère le choix. Nous verrons bien si le fringant conseiller aux livres et Renaud Donnedieu de Vabres détiennent l’influence qu’ils prétendent. S’il n’y avait un enjeu élevé pour moi, ce test politique pourrait être ludique…

Quelques jours plus tard, je reçois une copie du courrier envoyé par le ministre de la culture adressé à Philippe Séguin. Courrier très vraisemblablement dicté par mon interlocuteur au ministère, dont chacun pourra apprécier les “qualités rédactionnelles”. Si Renaud Donnedieu de Vabres accepte de signer des lettres aussi mal rédigées, que faut-il en conclure ?…

Courant Juillet 2004 :
J’entre en relation avec André Santini. Plusieurs raisons à cela :
Tout d’abord ses origines insulaires,
son sens aigu de la communication,
ses qualités éprouvées de gestionnaire et d’homme de terrain,
et enfin sa légitime passion pour Hergé, notre Maître à tous…
J’enregistre une réactivité record. Moins de dix jours après le dépôt du dossier, la directrice de la culture de la ville d’Issy les Moulineaux m’appelle sur mon mobile, alors que je m’apprête à poursuivre mes recherches en Bourgogne. Avec satisfaction, je remarque qu’elle s’est plongée dans les moindres détails du dossier. Et elle m’apprend alors que Monsieur Santini va me soutenir auprès de l’une de mes cibles privées

Certes, les membres de cette Fondation n’ont pas souhaité s’impliquer dans le projet, sans doute moins sensibles à l’épopée napoléonienne que ne l’était l’industriel mécène Napoléon Bullukian ; mais je ne pouvais alors en faire grief à mon député-maire, encore moins à sa directrice de la culture de l’époque. Mais, par la suite, André Santini et Paul Subrini (le premier maire-adjoint d’Issy) se sont avérés tout aussi fantaisistes que les technocrates des ministères, et ont ruiné le crédit que je leur avais accordé à tort quand début 2006 ils ont pris de nouveaux engagements non suivis d’effets, me tenant en haleine jusqu’à la rentrée 2007. Le récit de mes contacts avec eux donnera lieu à un article tant cela est encore fort instructif. Mais n’anticipons pas et reprenons l’historique de mon chemin de croix de façon chronologique.

Août 2004 :
Je reprends contact avec Benoît Yvert. Contrairement à ce qu’il m’avait promis trois mois plutôt, il repousse encore à plus tard le recours à Dominique de Villepin, que je crois encore ma carte maîtresse.

Je dois attendre, une nouvelle fois. Et devinez quoi maintenant ? Et bien, le prochain remaniement ! On m’affirme que la fine équipe aura enfin les coudées franches !

En résumé, il faut patienter, toujours patienter, encore patienter. J’aurais préféré plus d’audace !

Rentrée 2004 :
Je suis reçu à l’Education nationale, une fois de plus grâce à l’intervention de Philippe Séguin. J’y vais le coeur léger : je me doute que le Cabinet Fillon ne favorisera en rien un projet pédagogique et artistique qui porte sur le “Sulfureux et encombrant Napoléon”.

Mes soupçons se confirment dès les premières minutes de l’entretien. Les questions du conseiller aux sciences humaines m’exaspèrent et me consternent. A l’évidence, il a feuilleté d’un doigt léger l’épaisse documentation remise deux semaines plus tôt.

Toutefois, je dois lui faire crédit de sa franchise : il est assez clair sur le soutien que pourrait apporter l’Education nationale. Pas question de fêter le bicentenaire des Lycées en 2006 par exemple. Oh que non ! Comme au CNL, on sait qui tient la maison même quand la droite est aux affaires… Je lui suis tout de même reconnaissant de ne pas m’avoir fait perdre mon temps en d’inutiles atermoiements.

Et puis, je sais désormais où se languit le portrait de Fontanes par Robert Lefebvre. Vu le peu d’intérêt que l’institution marque pour le Consulat et le Premier Empire, cette peinture pourrait sans doute réintègrer un musée, napoléonien de préférence.

Pour l’anecdote, le conseiller de François Fillon me demande tout de même assez obséquieusement si je connais personnellement Philippe Seguin. Amusé, je lui réponds que non, car je n’ai pas encore eu l’honneur de lui être présenté. Voilà ce qui paraît le rassurer. Mais que je suis en étroit contact avec sa fidèle collaboratrice Jacqueline Mattioli, qui en son nom suit mes desseins de très près.

Octobre 2004 :
Je suis enfin reçu par le Président du CNL, qui m’affirme hypocritement que le projet sera soutenu. Il prend toutefois soin de préciser qu’il ne faut pas attendre une aide aussi importante que celle de la Fondation Napoléon. Mais puisque Donnedieu et son conseiller doivent arbitrer ensuite, “let’s wait and see”… Qu’ils votent déjà ! Il sera toujours temps d’aviser.

La convocation du CNL ayant tardé, j’apprends que nous venons de manquer la dernière commission de l’année. La prochaine devant se tenir en mars 2005, je commence à me demander où je vais, ou plus exactement où me mènent tous ces clowns.

Cela fait près de dix mois que mes démarches ont été entamées auprès des institutionnels ! Et il faudrait encore attendre cinq mois pour une décision concrète ?

Novembre 2004 :
Le projet fait l’objet d’un court article dans Boulogne Billancourt Informations. Je le dois à la chaleureuse équipe de la magnifique Bibliothèque Marmottan.

Janvier 2005 :
Mon ami conservateur des cimetières ajacciens me met en relation avec France 3 Corse, qui vient faire un reportage sur le projet à La Malmaison, cadre magique où nous reçoit son directeur, Bernard Chevallier. Ce reportage est diffusé le samedi 29 janvier sur France 3 Corse, puis par la suite dans la France des régions.

Fin Mars 2005 :
La commission BD du CNL devant se réunir le 15 mars, je me manifeste rue de Valois – deux semaines de relances quasi quotidiennes pour joindre un Olivier Bosc de plus en plus “arlésien”. A chaque fois, on m’assure qu’il va me rappeler sans faute dès le lendemain…

Je pars ensuite pour un court séjour en Corse, où je dois sonder les élus de la Collectivité Territoriale et répondre à une nouvelle interview de la presse locale.

De plus en plus inquiet, je me résigne à contacter directement le CNL. Ô surprise on me signifie que la commission BD a émis un “avis défavorable”. En clair, un “bras d’honneur” au ministre. La nouvelle me foudroie sur place, non que l’humiliation de Donnedieu m’affecte grandement, mais parce que le coup porté au projet est des plus rudes et confirme mon pessimisme croissant.

Que de temps et d’énergie dépensés en pure perte ! Tout cela parce que je suis entré dans le jeu de ces gugusses, en bon candide. Or, je ne peux plus occulter l’évidence : je me suis fourvoyé, alors que j’aurais dû amorcer le plan B plus rapidement : étude de marché et recherches de partenaires sur le net.

La notification de la décision du CNL n’arrive qu’un mois plus tard. Laconique et sans motivation. Hallucinant !

J’envoie un dernier mail, d’une grande sobriété, à Olivier Bosc. Je lui demande ce qu’il faut faire, vu que le résultat n’est guère conforme aux assurances qu’il m’avait données. Il me semble que seul un partenariat direct avec le ministère de la culture comme je le désirais initialement, est désormais envisageable.

Bien sûr, je ne reçois aucune réponse. Black out total ! En bon technocrate, M. Bosc a choisi de tout enterrer à la sauvette. Notre conseiller aux livres aurait été obligé de reconnaître le bien fondé de mon scepticisme, mais aussi d’avaliser l’affront du CNL. Il fait le mort, car le remaniement approche : pour la petite histoire, Donnedieu étant donné pour le ministère de l’intérieur, mais l’ampleur du “Non” en décidera autrement.

Dès le coup de bambou, je téléphone Place Beauvau, d’où Benoît Yvert réitère son sempiternel message “attendez jusqu’au referendum” !

Juin 2005 :
Le cap du 29 mai vient de passer, coup de tonnerre sans appel pour nos dirigeants de la “France d’en Haut”. Hormis la mort clinique du TECE, il n’en résulte bien sûr qu’un jeu de chaises musicales, sans doute passionnant pour les intéressés, mais qui ne change rien au fond du problème. Le “bossu de notre dîme” se voit signifier sa mise au rebus, et l’impatient Villepin accède enfin à la rue de Varenne.

Vu mes déboires, je ne crois déjà plus en notre nouveau Premier Ministre mais je me dois de boucler la boucle. Je relance donc une ultime fois son conseiller Benoît Yvert, désormais installé à Matignon. J’informe sa secrétaire que je n’attendrai plus, que j’abandonne mes tentatives auprès des institutions centrales. Car je n’ai nullement l’intention de rester vingt deux mois supplémentaires, les bras croisés, à attendre que Villepin parvienne à l’Elysée.

Qui sait d’ailleurs s’il aurait même les capacités d’action nécessaires ? Il me semble que son accession au pouvoir suprême n’aurait rien de bon pour la France. Il n’y a que de la forme, mais pas de fond chez Dominique de Villepin. Tout comme chez Jacques Chirac.

Une fois encore je me heurte à un silence radio. Mais je n’insiste pas. Si Benoît Yvert a réellement l’intention de respecter ses engagements, répétés à chacune de nos conversations, il dispose toujours de mes coordonnées.

Il est par ailleurs pour le moins cocasse de savoir que ce proche collaborateur du nouveau premier ministre n’a fait qu’un passage éclair rue de Varenne, avant d’être parachuté dès la rentrée… à la présidence du CNL.

Mais voilà le résultats des courses : dix-huit mois perdus.

Vous m’objecterez peut être que j’ai mis cinq ans à constituer l’équipe technique et artistique. Certes, mais pour donner forme budgétaire à mon projet, on aurait pu penser aller plus vite. Il aurait suffi que ces énarques, amorphes, hypocrites, et menteurs donnent corps à leur “oui” de principe dans des délais raisonnables, et nous aurions pu sortir le premier volume cette année !

Un “non” clair et rapide eût été préférable, car j’aurais su d’emblée à quoi m’en tenir, afin de rebondir vers d’autres directions.

En écrivant ces lignes, il me revient à l’esprit l’extrait d’un sketch de Coluche, qui dépeignait des grands commis de l’Etat au milieu du désert, “obligés d’aller acheter du sable ailleurs”.

Je crois pouvoir m’enorgueillir d’être le tout premier déçu du Villepinisme. Mais d’autres suivront rapidement… Espérons-le du moins, car il est bien capable de duper les masses, le temps de succéder à son mentor. Nul doute pourtant qu’il fasse “pschiiiiiit” à son tour.

Il aurait mieux fait de méditer cette phrase de Napoléon “la meilleure façon de tenir sa parole est de ne rien promettre”. De ce point de vue, il est malheureusement l’héritier tout désigné de Chirac, le Galouzeau, à des années lumières des deux Empereurs, voire même de leur modeste ersatz de Colombey.

Et quand je pense que je défendais Villepin contre vents et marées face à mes amis sarkozystes ou de gauche – enfin des vrais, pas des bobos ! Quand on m’objectait le mépris, la suffisance, et la morgue absolue qu’il affichait en privé, je me refusais à y croire. Mais force est de constater que mes amis faisaient preuve de plus de lucidité que moi. J’étais aveuglé par le lyrisme et le romantisme de façade du personnage.

Quand on me rappelait qu’il était l’homme du cabinet noir, chargé de veiller à ce qu’aucune des innombrables affaires “abracadabradantesques” ne conduise à terme son protecteur vers le cossu quartier VIP de la Santé, et que l’on ne peut collaborer de si prêt avec Chirac sans être plus que “limite” selon la jurisprudence rocardienne, je me faisais encore et toujours son avocat, quoique avec moins de convictions. L’argument me semblait porter davantage.

La seule chose que je dois à notre premier ministre, c’est finalement une bouteille de champagne : j’avais parié que son absurde conseil conduirait au retour de la gauche aux affaires. Par la finesse de son analyse de l’échiquier politique et des rapports de force en présence, le “Néron” de “Madame Pipi…èces jaunes”, avait su dissoudre en 1997 la droite parlementaire avec un brio remarquable !

Ce fait d’arme politique devait en faire à juste titre la risée du monde journalistique et politique pendant quatre ans. Il ne faut pas oublier que bien avant son beau discours tout symbolique à l’ONU, c’est bien Napoléon qui en 2001 avait sorti le Père Joseph de Jacques Chirac de l’ornière où il s’était fourré suite à sa stupide dissolution. Son ouvrage sur “Les Cent jours et l’esprit de sacrifice” avait sensiblement redoré son blason. La caution de la Fondation Napoléon (accompagnée d’un prix de 100 000 frs) lui avait en plus apporté une certaine légitimité sur le sujet.

Aujourd’hui, qu’il s’imagine un destin présidentiel, il semble vouloir lisser son personnage et juge sans doute utile d’occulter sa passion (réelle ou de pure circonstance ?) pour Napoléon Bonaparte. Son comportement relativement ingrat, voire même un peu lâche lors du bicentenaire d’Austerlitz me conforte dans cette opinion. Espérons que sa stratégie présidentielle échouera aussi piteusement que sa grandguignolesque dissolution de 1997, que les français comprendront que l’on ne peut pas continuer sur la voie chiraquienne qu’incarne Dominique de Villepin, qu’une rupture est souhaitable, qu’il faut s’inspirer des modèles économiques qui en Europe fonctionnent bien mieux que le notre, et mettre en oeuvre de vraies réformes. Nous n’avons que déjà perdu trop de temps.

Je m’interroge. Comment cet homme, visiblement impuissant à donner en cinq cents jours l’impulsion nécessaire à mon projet napoléonien, aurait-il pu résoudre en cent jours la question, autrement plus complexe, d’un chômage endèmique en France depuis plus de trente ans ? Et comment peut-il balancer pareilles balivernes à la télévision ?

S’il s’imagine en héros romantique, tel un Bonaparte, qu’il pastiche dans le maniement du verbe avec quelque talent, il oublie que Napoléon était un homme du concret ; un poète romantique certes, mais un poète romantique “en action” selon Jacques Bainville. Or Villepin appartient à cette caste des pseudo élites, dépourvue de toute prise sur le réel, n’ayant de la France qu’une vision abstraite.

Ajoutons que bien peu de choses le différencient de Renaud Donnedieu de Vabres dont la particule est tout aussi peu signe de noblesse que la sienne, au sens propre comme au figuré. Si le courage d’affronter le suffrage universel les distingue, leurs échecs les réunissent.

En 2001 par exemple, Donnedieu de Vabres entreprend d’arracher la mairie de Tours aux mains des socialistes – défaite cuisante et sans appel, alors que la droite l’emporte largement dans le pays. Puis en 2004, le voilà condamné pour le financement occulte de l’ancien Parti Républicain, en compagnie de son ami François Léotard. Mais, évènement unique dans les annales, il est nommé aussitôt ou presque ministre de la culture ! Beau tour de force après un tel haut fait judiciaire !

Il faut dire que notre homme avait viré sa cuti au printemps 2002, abandonnant le camp centriste pour la clique chiraquienne. Pour prix de ce ralliement, le monarque élyséen lui avait offert une nouvelle virginité politique et le maroquin du malheureux Aillagon. Nul doute qu’il aurait figuré en bonne place dans le Dictionnaire des girouettes s’il avait vécu deux siècles plus tôt !

Que vaut donc sa parole, ou même un engagement écrit de sa part ? N’oublions pas qu’il accompagnait les sbires de Mme Boutin dans les manifestations anti-pacs de 1999, où l’un des plus élégants slogans était “les Pédés aux bûchers”. A en croire Act Up, il aurait pourtant fini comme Jeanne d’Arc si ses amis du jour étaient passés à l’acte…

S’il existe encore à l’échelon local des élus dynamique et efficaces, qui font honneur à la politique, et qui se dévouent parfois au détriment de leurs propres intérêts. cet exemple n’est hélas guère suivi du pouvoir central.

Qui peut ignorer que les nominations ministérielles sont le fruit de combinaisons purement “stratégiques” ? Faut-il encore s’étonner qu’un ministre des Affaires étrangères ne parle pas le moindre mot d’anglais à l’ère de la mondialisation ? Ou bien que le choix de son successeur tienne à des jeux d’alliances internes à la “majorité” plus qu’à de quelconques compétences ministérielles ? Les récurrentes douste blazeries en attestent, faisant le bonheur heddomadaire du Canard Enchainé. Parmi ses nombreuses bourdes, celle sur les juifs britanniques demeure un monument de bétise digne d’une Edith Cresson au sommet de sa forme.

Mais le pompon de la médiocrité politique, c’est notre Chef de l’Etat qui la détient ! Quelle trace laissera-t-il dans l’Histoire, notre amateur de Corona et de combats de Sumo ? Il se voulait le héraut du néo-gaullisme, mais il s’est bien abstenu de tirer les conclusions de sa piteuse dissolution. La plus élémentaire des dignités lui dictait pourtant sans ambiguïté le comportement à tenir.

Sa filiation, s’il y a, elle le relie plus à Paul Deschanel ou Félix Faure qu’à Charles de Gaulle ! Chirac passera peut être à la postérité, mais seulement grâce à l’anecdote historique comme le bon Roi Dagobert.

De Jacques Chirac, on se souviendra peut être de ses commentaires ineptes sur le football, dans une maladroite tentative d’exploiter les retombées médiatiques de la Coupe du Monde de 1998. Le bougre ne connaissait ni les joueurs, ni les rudiments du sport le plus populaire au monde ! Espérons que l’on n’oubliera pas non plus l’inénarrable image d’un Président paniqué devant un “mulot”, et cependant tout prêt à nous vendre de l’Internet en bon VRP.

Mais le summum du ridicule fut sans nul doute atteint quand il étala ses attributs génitaux au fort de Brégançon, scène immortalisée par quelques paparazzis. Chirac surclassa ce jour là le pauvre Deschanel, qui était tombé de son train, mais qui avait eu la décence de se couvrir d’un pyjama…

Dans quel monde vit-il cet énergumène ? Au terme de douze années de pouvoir, il nous laissera comme seul bilan un monochrome virginal à la Malevitch… Fort heureusement, on se consolera de ce pathétique spectacle en jetant un oeil compatissant de l’autre coté de l’Atlantique – là où sévit l’alter égo de notre Gaston Lagaffe national : un cowboy oligophrène, bien en peine de maîtriser les ruades de son VTT, et victime de cette redoutable arme de destruction massive qu’est le Bretzel ? Il finirait par nous faire prendre la vessie chiraquienne pour une lanterne !

Face à des spectacles si affligeants, on comprend mieux l’hostilité d’un Chirac à toute commémoration napoléonienne. C’est que le parallèle donne le vertige, tant le contraste est saisissant. Ainsi, Chirac aurait interdit de fêter les succès militaires de Napoléon tout en faisant passer aussi sous silence son oeuvre civile, pourtant bien plus extraordinaire encore.

Enfin, comment ne pas être outré du sort reservé au bicentenaire du Code Civil, modèle dupliqué un peu partout dans le monde, et pas seulement en Europe ? Le très “charismatique” Président de l’Assemblée Nationale, dont le seul titre de gloire est d’être le petit fils d’un grand chirurgien, est parvenu à discourir du Code civil sans prononcer une seule fois le nom de Napoléon. Gonflé, le Jean-Louis Debré ! Et beau symptôme du malaise que le grand Homme suscite dans la plus grande partie de la caste politique contemporaine.

Pendant que nous laissons passer, les bras ballants, les anniversaires du Consulat et de l’Empire, nos amis britanniques, organisent de grandioses festivités pour le deux centième anniversaire de leur victoire à Trafalgar, exhibant à cette occasion le Victory, vaisseau amiral de Nelson, relique précieusement conservée depuis deux siècles. On ne peut pourtant les blâmer de se soucier de leur Histoire. Sans compter qu’ils nous donnent dans la foulée une leçon de lobbying et de réalisme, décrochant au nez et à la barbe du “plagiste” Bertrand Delanoé, l’organisation des Jeux Olympiques de 2012.

Or pendant ce temps, que font nos édiles ? Ils manient la langue de bois avec un art consommé, et sont tout à leurs petits jeux politiciens. Ils ne songent qu’aux attributs du pouvoir, alors que seul son exercice devrait les guider.

Leur seul but est de “communiquer”, de flatter leurs petits égos, quitte à discréditer un peu plus la politique. Que penser en effet d’un Président du Sénat qui offre l’hémicycle du Luxembourg à un show médiatique, de surcroît absolument grotesque ? Ce lieu sacré et chargé d’Histoire était-il l’endroit le plus adapté pour accueillir une telle manifestation ? Et, énorme cerise sur le gâteau, Christian Poncelet devait-il se fendre d’une courte allocution, au risque de discréditer plus encore nos institutions ?

On en vient à se demander si l’incompétence n’est pas plus nocive que la corruption ! Ces deux maux ne sont pas incompatibles d’ailleurs, tant s’en faut, et nous ne voyons sans doute que la partie immergée de l’iceberg.

Mais il faudrait cesser de nous bassiner avec cette vieille antiènne : “la majorité des hommes politiques sont honnêtes” A dire vrai, nul n’en sait rien ! On peut tout au plus affirmer que la proportion des politiques sans tache est certainement supérieure à celle des participants au Tour de France cycliste qui carburent exclusivement… à l’eau claire. Chacun est “blanc comme neige” tant qu’il n’est pas pris la main dans le sac, et tant que la machine judiciaire ne peut fonctionner sans entrave : le dossier de celui qui fut Maire de Paris de 1977 à 1995 est bien trop volumineux pour que l’on s’y attarde ici…

Mais au fond, les Français n’ont-ils pas les gouvernants qu’ils méritent ? Si nous sommes toujours en Démocratie, ce régime ressemble de plus en plus au Directoire. Et il est affligeant de constater qu’à gauche François Mitterrand a triomphé de Michel Rocard, et qu’à droite il en fut de même de Jacques Chirac avec Philippe Séguin. Par delà les convictions politiques de chacun, ce n’est pas l’éthique qui en sort grandie.

Dans un tel contexte, on comprendra qu’il soit malvenu de rappeler quelques faits : il y a deux cents ans, un génie de 30 ans remettait sur pied une France ravagée par l’une des Révolutions les plus radicales et criminogènes de l’Histoire. La tendance actuelle de faire table rase du passé se comprend : il est tellement plus commode de soustraire notre époque au jugement de l’Histoire !

Son enseignement comme celui du dessin d’ailleurs, devrait pourtant constituer des chantiers prioritaires. Car ce ne serait pas du luxe : Jack Lang, ancien ministre de la culture et de l’Education nationale, ignorait l’origine de la rue du 4 septembre – s’adresser à l’Ina pour revoir l’accablante émission de Thierry Ardisson ! Lionel Jospin, pour sa part, citait le comportement de Léon Gambetta lors de l’affaire Dreyfus – il était mort depuis plus de dix ans à cette époque !

Hier encore, de telles lacunes auraient sonné le glas d’une carrière. Or ce n’est plus le cas : ces hommes politiques qui aspirent à nous guider vers un avenir radieux ne savent pas d’où nous venons…

Pour en revenir à l’enseignement du dessin, il fut tout simplement lui banni après 1968. Des moules ont même été détruits aux Beaux Arts ! Le résultat, c’est qu’aujourd’hui les dessinateurs talentueux sortis des écoles d’Art sont devenus une denrée plus que rare. Il faut dire que ces établissements sont depuis longtemps entre les mains des fumistes adeptes d’un conceptuel fumeux, tous victimes consentantes du “syndrome de l’Empereur nu” rançon de notre formidable “modernité”.

Resistons ! Car dans le fameux conte, il suffit qu’un enfant naïf dénonce la forfaiture pour que tout l’édifice se fissure puis s’effondre.

Or que voyons-nous ? Quand on sait ce que recouvre – et même couvre – le commerce de l’Art Contemporain, on s’aperçoit que tout est faussé, que les valeurs ont été inversées. Les meilleurs de nos journalistes d’investigation pourraient y trouver matière à de belles enquêtes et à d’édifiants reportages… En effet, rien n’est plus facile que de faire surgir un artiste “d’exception”, dont la cote monte brusquement, et qui servira d’utile paravent à bien des pratiques de blanchiment, contre lesquelles nul ne semble rien pouvoir, ou vouloir, entreprendre.

Songeons également aux sommes dilapidées par nos gouvernants dans des projets artistiques parfois ouvertement bidon, telles les “boîtes à merde” de Piero Manzoni… Devant pareille pointe de la modernité, s’extasient pourtant un Jack Lang, mais aussi un Jean-Jacques Aillagon, tous deux à la limite de l’orgasme. Une modernité à laquelle le commun des mortels semble pourtant ne rien entendre…

Rappelons aussi que le replâtrage des immondices qui déparent tant la cour du ministère de la culture va coûter aux contribuables la bagatelle de 2,6 millions d’Euros. Bien plus pertinent aurait été un “changement de support à la Duchamp” : ces cylindres auraient enfin rejoint une décharge corrézienne ou charentaise.

La droite tenait là une occasion de s’affirmer. Cette “performance” salutaire aurait été remarquée et avalisée par tous les esprits censés. Mais au lieu de raser ces grotesques et prétentieuses protubérances, si bien raillées dans une mémorable parodie de la 7 des Inconnus, ces lâches ont opté pour une “restauration”. Toujours à la remorque de la gauche, la droite française s’est empressée de venir au secours de ce “chef d’oeuvre en péril”, vingt ans seulement après le caprice languien qui nous a légué cette catastrophe. On tombe des nues quand on voit la facture totale !

Et l’on reste comme deux ronds de flan devant le bâtiment annexe du ministère de la culture, sis rue Saint-Honoré : un magnifique immeuble sur lequel un orthodontiste a eu l’idée saugrenue de greffer des “échafaudages permanents”. Construire du toc à foison ne suffit plus aux architectes contemporains : il leur faut désormais gauchir aussi les travaux de ceux qui les ont précédés.

Et de cette hérésie architecturale, le ministère de la culture est fier ! Cette hideuse “danseuse” lui coûtera pourtant une petite fortune, et le contraint à des économies drastiques. Mais il paraît que tout cela fait le bonheur des pigeons parisiens. Chacun sait que l’Art Contemporain leur est tout spécialement dédié !

Complexée, sur la défensive, la droite a donc lâché sur tout dans le domaine culturel. Le talent artistique serait-il le monopole de la gauche, qui passe également pour avoir celui du coeur ? Si le clientélisme est particulièrement bien organisé à gauche – il tourne même à plein régime -, on assiste en face à une auto-flagellation qui confine presque au masochisme, tant la peur, voire la culpabilité, de ne pas être « up to date » pousse à la surenchère…

Souvenons nous que “l’usine pétrochimique”, cette verrue si incongrue surgie en plein de coeur de Paris, n’est pas un monstre engendré par la gauche, mais la créature d’un Président aux “goûts raffinés” : Georges Pompidou, à qui nous devons également nos désastreuses voies sur berge et le massacre du XIIIme arrondissement, où désormais, pour paraphraser Napoléon “il y a plus à détruire qu’à construire pour embellir”.

Bien sûr, ces critiques n’ont pas de sens pour les auteurs de ces horreurs. A en croire les tenants de l’art officiel, tout le monde, ou presque, serait aujourd’hui en droit de s’auto désigner artiste, mais seule une élite supérieurement intelligente pourrait appréhender et juger la création contemporaine.

Pour ma part, je crois que le talent est inné, un don de Dieu s’il existe, il reste insuffisant en soi. Il nécessite une initiation et l’acquisition d’un savoir-faire propre à chaque discipline artistique. On ne peut donc mettre sur le même plan un Michel-Ange, un Vinci, ou un David avec un Mondrian ou un Malevitch. J’ose ajouter que seules les oeuvres des trois premiers artistes-artisans ont une vocation universelle.

Assurément, le temps fera son oeuvre. Espérons donc qu’un sursaut se produira, et qu’une heureuse inversion de tendance nous ramènera vers les fondamentaux de l’Art. Mais, pour cela, il ne faudra pas compter sur Dominique de Villepin ou Renaud Donnedieu de Vabres…

BIBLIOGRAPHIE RELATIVE A LA JEUNESSE DE NAPOLEON BONAPARTE

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Si vous désirez vous instruire sur la Jeunesse de Napoléon 1er, je vous conseille vivement de prendre connaissance de l’intégralité de cette bibliographie commentée avant de vous jeter sur le premier Max Gallo ou André Castelot venu. La liste des ouvrages présentés ci-dessous n’est pas exhaustive, mais vous dirigera vers les incontournables spécialistes que sont Jean-Baptiste Marcaggi, Frédéric Masson, Arthur Chuquet, ou Dorothy Carrington.

1 « La genèse de Napoléon : sa formation intellectuelle et morale » J.B. Marcaggi (1902) ****

Jean-Baptiste Marcaggi (1866 -1933)La plus passionnante biographie des années de jeunesse de Napoléon. L’auteur est insulaire, et cela lui confère un net avantage sur tous les autres historiens (qui pour la plupart ne se sont d’ailleurs pas déplacés en Corse). Il est de surcroît tout aussi fiable s’agissant des étapes sur le Continent. En plus de son approche extrêmement méticuleuse sur le plan scientifique, Jean-Baptiste Marcaggi est un écrivain de très grande valeur. Il convient de signaler qu’il n’a pas encore trente ans lorsqu’il publie la première édition de « La genèse » dont le style lyrique est puissamment évocateur. Ce livre inégalable est donc la référence absolue pour qui veut appréhender correctement la jeunesse de Buonaparte.

2 « Napoléon et ses parents au seuil de l’Histoire » Dorothy Carrington (1993) ****

Cet ouvrage est le fruit de longues et minutieuses recherches dans des archives privées et publiques. Corse d’adoption et ajaccienne de coeur, cette britannique nous instruit sur les pérégrinations du clan Bonaparte dans l’Île de Beauté, tout cela d’après des documents inédits dont elle a su habilement tirer la substance. Le travail d’une érudite donc, sur lequel on ne peut faire l’impasse. Publiée initialement en anglais, cette précieuse étude a été magistralement traduite en français. De plus, ses sources font l’objet d’annotations pertinentes et sont toujours référencées. Ajoutons enfin une impressionnante bibliographie qui complète ce livre d’une grande portée. La faible notoriété de Dorothy Carrington sur le Continent ne reflète évidemment pas ses immenses mérites.

3 « La jeunesse de Napoléon » (3 volumes) Arthur Chuquet (1897-99) ****

La référence classique et incontournable. Ces trois volets sont à lire impérativement, même si l’on regrette de n’y trouver que des bribes de sources à l’instar des travaux de ses contemporains Marcaggi et Masson. A noter enfin que chaque volume présente de riches notes complémentaires ou biographiques.

4 « Napoléon dans sa jeunesse » Frédéric Masson (1907) ****

Dernier « évangéliste » des premières années de Napoléon, le grand historien bonapartiste Frédéric Masson est après Arthur Chuquet l’autre « continental » à prendre en considération. Sa rigueur extrême comme ses vastes connaissances inspirent le respect. Il est en effet le plus renommé des généralistes de l’épopée napoléonienne.

5 « Napoléon inconnu » (2 volumes) Frédéric Masson/Guido Biagi (1895) ****

Ce livre compile tous les écrits de jeunesse de Napoléon, documents inestimables dans lesquels se dévoile Buonaparte. Ils sont commentés et annotés par Frédéric Masson. C’est le complément logique de la partie biographique qui précède.

6 « Manuscrits inédits 1786-1791 » Frédéric Masson/Guido Biagi (1912) ****

Extrait du « Napoléon inconnu », l’ouvrage ne contient que les seuls écrits de Buonaparte.

7 « Biographie des premières années de Napoléon Bonaparte » (2 volumes) F. Coston (1840) ****

Réalisé sur la base de témoignages directs de contemporains (qui donnent quelques crédits aux anecdotes), mais aussi d’après de nombreux documents manuscrits d’époque, ce travail de fonds est la première véritable biographie sur le jeune Buonaparte. Malgré des erreurs et manques, c’est une référence à consulter. Il est aussi bon de préciser que le Baron François de Coston est originaire de Valence, d’où l’intérêt tout particulier que l’on doit lui accorder sur les séjours de Buonaparte dans la Drôme.

8 « Napoléon au jour le jour » Louis Garros (1947) ****

Cette chronologie est un guide indispensable. Un travail colossal.

9 « Lettres de jeunesse de Napoléon » Ernest d’Hauterives (1931) ****

Ces écrits parus tardivement éclairent la personnalité et l’état d’esprit de Buonaparte au commencement de la Révolution Française.

10 « Le Mémorial de Sainte-Hélène » Emmanuel de Las Cases (1823) ****

La bible du bonapartisme, dans laquelle l’Empereur déchu fait quelques confidences sur ses jeunes années.

11 « Le Dictionnaire Napoléon » Jean Tulard (1987) ****

Ouvrage collectif dirigé par le plus célèbre historien contemporain du Premier Empire.

12 « Bonaparte et son temps » (3 volumes) Théodore Iung (1880-81) ***

Trilogie importante mais non dépourvue d’erreurs et de lacunes.

13 « Napoléon d’Ajaccio » Marcel Mirtil (1947) ***

Si ce livre n’a pas vraiment de fil conducteur, il s’agit pourtant là d’une vraie contribution d’historien. D’après des documents originaux, il trace entre autre un portrait très détaillé du patriarche des Bonaparte l’archidiacre Luciano.

14 « Madame Mère » (2 volumes) Baron Hipollyte Larrey (1892) ***

La plus sérieuse des biographies consacrées à Letizia Bonaparte. Elle est toutefois très austère.

15 « Napoléon, Joseph, Lucien au collège d’Autun en Bourgogne » H. de Fontenay (1869) ***

Courte étude claire et rigoureuse sur la scolarité des trois frères Buonaparte en Saone-et-Loire.

16 « Le collège et les premiers maîtres de Napoléon : les Minimes de Brienne » Abbé Arthur Prévost (1915) ***

Petit fascicule très utile pour la période champenoise.

17 « L’école militaire. Le monument 1781-1788 » Robert Laulan (1950) ***

Ouvrage écrit par un conservateur de la bibliothèque du célèbre monument parisien.

18 « L’Ecole Militaire » Collectif (2002) ***

Beau livre très complet et magnifiquement illustré.

19 « Série d’études 3 » Arthur Chuquet (SD) ***

Contient des informations sur Lorenzo Giubega et les frères Le Lieur.

20 « La famille maternelle de Napoléon : les Ramolino et leur généalogie » F. Beaucour (1974) ***

Etude très pointue de l’un des plus grands savants napoléoniens.

21 « Bonaparte, les années obscures » Henry d’Estre (1942) ***

Travail de compilation certes, mais sérieux et plutôt plaisant.

22 « Portrait de Charles Bonaparte d’après ses écrits de jeunesse » D. Carrington (2002) ***

Très intéressant, bien que tout ou presque est déjà dans « Napoléon et ses parents au seuil de l’Histoire ».

23 « Napoléon Bonaparte lieutenant d’artillerie à Auxonne » Maurice Bois (1897) ***

Sans conteste, la meilleure approche locale sur Buonaparte à Auxonne.

24 « Le souvenir de Napoléon à Ajaccio » Jean-Baptiste Marcaggi (1930) ***

Succession d’articles sur Buonaparte et la Corse, suivis d’une synthèse des lieux de mémoires napoléoniens dans la cité impériale et ses alentours.

25 « Le Berceau de Napoléon » Jean-Baptiste Marcaggi (1921) **
*

Relate le parcours du berceau de Nabulio.

26 « Bonaparte » Job et Montorgueil (1910) ***

C’est un chef-d’oeuvre sur le plan artistique, les dessins de Job, bien qu’un peu désuets sont toujours d’une grande beauté. Le charme opère encore de nos jours. Dommage que le travail historique ne se situe pas au même niveau. Ajaccio et les autres lieux de jeunesse sont de l’ordre de l’imaginaire.

27 « Les Bonaparte en Corse » François Damartini et A.M. Graziani (2001) ***

Etude généalogique très sérieuse.

28 « Pascal Paoli à Maria Cosway – Lettres et documents 1782-1803 » Francis Baretti (2003) ***

De riches enseignements sur le père de la nation corse à travers ses échanges épistolaires avec son amie intime l’artiste Maria Coswey.

29 « Bonaparte à Auxonne » Martine Speranza (1988) ***

Catalogue très réussi sur les séjours du jeune lieutenant en second à Auxonne, conçu à l’occasion du bicentenaire par la bibliothécaire d’Auxonne, érudite passionnée par le patrimoine local et régional.

30 « Souvenirs d’un valentinois sur Bonaparte » Pierre-Auguste Bou (SD) ***

Notes laissées par le demi-frère de la logeuse de Buonaparte à Valence. Assez instructif.

31 « La Maison Bonaparte » Bernard Chevallier (1986) ***

Petit guide historique sur la Casa Bonaparte et ses propriétaires successifs.

32 « Mémoires sur l’enfance et la jeunesse de Napoléon » Tommaso Nasica (1852) **

Chroniqueur corse. Bien que souvent passionnant, il faut le prendre non sans réserves. Les témoignages oraux et la volonté hagiographique l’emportent sur les aspects scientifiques par trop absents. A noter en première partie de l’ouvrage, une première tentative de biographie de Charles Bonaparte.

33 « La chambre de Bonaparte » Robert Laulan (1944-45) **

Ce texte nous confirme l’impossibilité de localiser la chambre du plus célèbre élève de l’Ecole Militaire.

34 « Monsieur de Buonaparte ou le livre inachevé » Xavier Versini (1977) **

Cette première biographie de Charles Bonaparte est un peu décevante compte tenu des matériaux à disposition de l’auteur.

35 « Lucien Bonaparte et ses mémoires » Théodore Iung (1882-83) **

Peu de faits fiables sur le Napoléon des jeunes années.

36 « La jeunesse inédite de Napoléon » Paul Bartel (1954) **

Le seul mérite de cette biographie confuse tient à ses annexes relatifs à Le Lieur et surtout aux fameux cahiers de son meilleur ami d’adolescence Alexandre des Mazis.

37 « Que valent les cahiers d’Alexandre Des Mazis » Laulan (1956) **

Jugement sévère et un peu contestable de la part d’un historien pourtant très rigoureux. Sceptique, il doute (à tort) de la réalité des cahiers d’Alexandre des Mazis. Et contrairement à ses suppositions, ces courts mémoires n’ont a priori fait l’objet d’aucune falsification.

38 « Une famille militaire au XVIIIème siècle » Baron Joseph du Teil (1896) **

Buonaparte est évoqué dans ses relations avec le général du Teil. Toutefois aucun fait sensationnel n’en ressort.

39 « La vraie figure de Bonaparte en Corse » Lorenzo de Bradi (1926) **

40 « Napoléon à Auxonne » Jean Savant (1946) **

L’auteur a parfaitement lu ses prédécesseurs, et c’est déjà ça. Sinon rien de neuf.

41 « Les misères du Lieutenant Bonaparte » A. Genin (SD) **

Travail de compilation plutôt sympathique, juste et efficace.

42 « Le Cardinal Fesch » Hélène Colombani (1979) **

43 « Letizia, mère de l’Empereur » Alain Decaux (1983) **

Là encore, un ouvrage sans prétention scientifique, mais vivant et plutôt agréable à lire.

44 « Le chant du départ » Max Gallo (1997) **

Compilation d’un romancier de l’Histoire. Max Gallo a l’immense mérite à mes yeux d’admirer Napoléon, de l’avoir globalement bien appréhender sur le plan psychologique ou politique. Sinon ce n’est pas un historien, juste un romancier dont le style “urinaire” indispose d’emblée (surtout si vous avez relu “La vie de Napoléon” par Chateaubriand ou “L’âme de Napoléon” de Léon Bloy peu de temps avant). Max Gallo souffre du syndrome de la “sistite de l’écrivain” et pisse de la page sans discontinuer. Or cela s’en ressent péniblement à la lecture de ses quatre volumes qui ne peuvent être qu’une première approche pédagogique.

45 « Bonaparte » André Castelot (1967) **

De réels talents de conteur (bien meilleur romancier de l’Histoire que Max Gallo), mais ses compilations approximatives plus fantaisistes que celles de son “héritier” Max Gallo, ne sont assurément pas à prendre en exemple. Les bévues sont légions chez cet auteur qui jouit d’une réputation totalement surfaite.

46 « La jeunesse de Napoléon » Jean Defranceschi (2001) **

Tendancieux malgré de connaissances réelles. Beaucoup de divagations et de fantasmes. A ne manier qu’avec d’extrêmes précautions.

47 « Napoléon 1er à l’école royale militaire de Brienne » Alexandre Assier (1874) **

Les sources ne sont pas spécifiées, d’où le peu de crédit qu’il faut accorder aux multiples anecdotes prétendument originales dont use et abuse pourtant l’auteur.

48 « L’enfance de Napoléon depuis sa naissance jusqu’à sa sortie de l’école militaire » Chevalier de Beauterne (1846) **

Vision assez candide sur les sentiments religieux du jeune Buonaparte. Le Chevalier de Beauterne a sans doute croisé Alexandre Des Mazis dans le cadre de recherches visiblement consciencieuses.

49 « Les Thiard » Bernard Alis (1997) **

Saga des seigneurs du château de Pierre de Bresse.

50 « L’écolier de Brienne » Henry-Rosier Marguerite (1957) *

Pathétique, d’autant que les illustrations qui accompagnent les textes sont d’une faiblesse graphique consternante. Impardonnable à une époque où subsistait encore un vaste choix de dessinateurs compétents et talentueux.

51 « La jeunesse de Napoléon 1er de 1786 au siège de Toulon » Benjamin Gadobert (1897) *

Farfelu. A proscrire.

52 « Madame Mère » Augustin Thierry (1939) *

Biographie sans le moindre intérêt.

53 « La jeunesse de Napoléon » Louis Madelin (1937) *

Plus que navrant pour un académicien.

54 « La jeunesse Napoléon Bonaparte » Baron Thiry (1975) *

Dans la droite ligne des compilateurs qui pullulent face aux rares chercheurs et historiens.

55 « Monsieur de Bonaparte » Georges Roux (1964) *

Fade compilation.

56 « De quoi vivait Bonaparte » Bernard Simiot (1952) *

Ne nous apprend pas grand chose.

57 « Napoléon d’Ajaccio » Pierre Bonardi (1935) *

Opte pour une fiction fantaisiste et sans charme.

58 « La jeunesse de Napoléon Bonaparte » Dimitri Sokorine (1967) *


59 « La jeunesse de Napoléon Bonaparte » Jules Mazé (SD) *


60 « Correspondances, bulletins, et ordres du jour de Brienne au 13 vendemiaire » A. Keller (1900) *


**** Indispensable *** Intéressant ** A lire éventuellement * A négliger

LA QUETE DU GRAAL NAPOLEONIEN

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Le Sacre de Napoléon par David comme les tableaux des Batailles de Napoléon par Gros ne pouvaient qu’éblouir par leurs puissances oniriques un enfant esthète et romantique. Mon désir de voir se prolonger le rève napoléonien à travers l’image trouve sa source initiale chez ces peintres, bien avant que les albums des Maîtres de l’Ecole de Bruxelles (Jacobs, Hergé, Martin) finissent par me convaincre de l’impérieuse nécessité d’une grande fresque napoléonienne en BD.


LA GENÈSE D’UN RÊVE…

Avant de présenter les différents aspects de ce projet, il me semble indispensable d’expliquer le long cheminement qui m’a conduit à donner à mes rêveries d’enfant et d’adolescent un prolongement artistique bien concret.

Tout d’abord, je dois dire que le nom de Napoléon stimule mon imagination depuis ma plus petite enfance. Et cette précoce fascination demeure une énigme dont je ne peux déterminer l’origine, ayant grandi dans un environnement nullement napoléonien et encore moins d’obédience bonapartiste.

Vers l’âge de 8 ans, je me procurais enfin le tome 6 de L’Histoire de France en Bandes Dessinées, collection éditée par Larousse, impatient que j’étais de me plonger dans les quelques planches consacrées à mon héros. Mais celles-ci se révélaient de très médiocres factures, car vite réalisées par plusieurs dessinateurs, si bien que l’ensemble débouchait ainsi sur un produit de commande relativement bâclé, aussi bien sur le fond historique que sur la forme artistique. Le résultat répondait toutefois parfaitement aux impératifs de la logique quasi industrielle voulue par l’éditeur, sans évidemment assouvir pleinement mes fantasmes napoléoniens. La frustration engendrée attisait même un peu plus en moi le désir de voir un jour l’extraordinaire destinée romanesque, romantique, épique, et onirique de Napoléon sublimée par le biais d’une fresque au dessin léché. J’étais d’autant plus convaincu de ce fait que je découvrais parallèlement les oeuvres de Edgar P. Jacobs, Hergé, et Jacques Martin.

Quelques années plus tard, je constatais avec stupéfaction et amertume que le Consulat et le Premier Empire étaient intégralement occultés par les programmes scolaires. Et je ne devais croiser Napoléon III et le Second Empire qu’en classe de Première, période survolée en moins d’une heure.

Les années passant, la nécessité de mettre en chantier une grande saga napoléonienne en BD devenait donc à mes yeux de plus en plus patente, sans trop savoir comment m’y prendre pour réunir les moyens de mes ambitions artistique, historique, et pédagogique. Quand fin 1993, j’obtenais d’un mensuel de faire l’interview et le portrait de Jacques Martin, ancien collaborateur des Studios Hergé, et dernière grande figure classique de l’Âge d’Or de l’École de Bruxelles. Ce célèbre dessinateur, en perpétuels conflits avec ses éditeurs, et bien que septuagénaire, envisageait de développer une structure éditoriale embryonnaire. Grand admirateur de sa principale série Alix (bien qu’en très sérieux déclin depuis une quinzaine d’années), je songeais avec enthousiasme à la possibilité d’intégrer son équipe, jusqu’au moment où celui-ci devait tardivement se raviser. A mon grand désappointement, pour des motifs divers, Jacques Martin abandonnait ses projets d’autonomie éditoriale. Je demeurais donc dans l’expectative, m’interrogeant sur la suite à donner à mes aspirations professionnelles, ne pouvant renoncer à la Bande Dessinée et de facto condamner mon rêve napoléonien. C’est alors qu’en me rendant aux Invalides, j’apercevais dans sa boutique deux ouvrages sortis simultanément sur le Prince Impérial. Après avoir pris connaissance de chacun d’eux, j’entrais en contact avec Monsieur Jean-Claude Lachnitt, auteur de la plus érudite de ces biographies de Napoléon IV, et l’un des gardiens du temple napoléonien. Son accueil aimable et courtois m’encourageait à poursuivre, si bien que je me décidais à « franchir le Rubicon » et commençais à étudier plus sérieusement la faisabilité du projet.

Je crois en effet qu’il est grand temps de ranimer la flamme sur le plan artistique tant notre époque fait pale figure face au XIXme siècle, où les plus grands artistes se sont tous dépassés dans leurs disciplines respectives, se nourrissant et alimentant dans un « cercle vertueux » la légende napoléonienne. Et pour ce faire quoi de mieux que d’exploiter ce puissant vecteur de communication qu’est le Neuvième Art ? Il présente l’avantage sur le Cinéma d’être beaucoup moins coûteux, tout en touchant lui aussi un large public, plus lentement certes, mais bien plus en profondeur et sur la longueur. Napoléon affirmait que l’on ne fait rien qu’en remuant les masses. Si aujourd’hui encore son nom jouit d’une notoriété sans égale, elle n’en demeure pas moins que très superficielle. Qui connaît vraiment l’homme, son parcours hors du commun, et même simplement les deux dates principales qui résument sa courte et dense existence ? Peu de gens en fait. Napoléon se réduit pour beaucoup d’individus aux clichés du bicorne et de la main glissée à l’intérieur de sa redingote. C’est pourquoi il faut s’adresser aux profanes à travers la Bande Dessinée, forme d’expression artistique moderne et pertinente pour vulgariser sa vie. C’est un outil pédagogique et didactique d’une remarquable efficacité.

LA RECHERCHE DU DESSINATEUR OU LA QUÊTE D’UN GRAAL ARTISTIQUE

Dès l’instant où je me suis décidé à initier le projet, je savais que le point d’achoppement principal se situerait au niveau du dessinateur. Compte tenu des contraintes artistiques imposées (à contre courant des tendances actuelles), je ne m’attendais pas à trouver facilement et rapidement le bon dessinateur. Aussi déroutant que cela puisse paraître à première vue, j’excluais la piste de la Bande Dessinée, ne voyant pas dans la production contemporaine de profils jacobsiens ou martiniens (de valeurs du moins), les dessinateurs les plus doués explorant à mon regret des voies sans rapport avec le style exigé.

C’est ainsi que j’orientais mes recherches vers les Ecoles d’Art parisiennes… Où le bilan s’y est avéré catastrophique. De 1998 à 2000, j’ai promené mon bâton de pèlerin dans toutes les écoles susceptibles d’avoir pu former la « perle rare ». J’entrais en relations avec une quarantaine d’étudiants, anciens élèves et professeurs de dessins des établissements les plus réputés (ESAG, Gobelins, Estienne, Olivier de Serres, Arts Déco, etc…), sans pour autant parvenir à mettre la main sur un artiste possédant tout à la fois les bases techniques du dessin classique, comme les qualités de rigueur et d’abnégation pour jouer dans la cour des Grands de la « Haute Epoque » du Journal Tintin. Issus de l’ENSAD, j’ai bien vu les travaux de deux surdoués. Le premier était l’auteur de quatre planches d’un Blake et Mortimer inédit (et atomisant tous les profanateurs de l’oeuvre jacobsienne depuis 1987), mais s’avérait proprement incapable de mener à bien un album complet. Le second, tout aussi prodige n’avait pas quant à lui la sensibilité et le goût pour le programme néo-classique que je lui proposais, même s’il en avait indubitablement les capacités techniques et artistiques. Je devais par la suite faire sans conviction les écoles préparatoires avec le même résultat. Au total, en trois ans de prospections sur Paris, je devais écumer en vain toutes les écoles ou presque, sans détecter l’ébauche de la réincarnation d’un Philippoteaux, d’un Paul Delaroche ou d’un François Gérard.

Je multipliais alors mes champs d’explorations, dirigeant mes nouvelles recherches quasi simultanément dans plusieurs directions :

Le milieu de la BD, négligé sciemment dans un premier temps en raison de la ligne artistique bien précise, en total décalage avec la production actuelle, piste qui comme prévu ne débouchait pas sur des résultats très probants,
Des écoles de Province (Arts Décoratifs de Strasbourg, Emile Cohl à Lyon, Brassart à Tours), où j’y ai rencontré des personnages intéressants, mais pas l’ultime pièce manquant à mon puzzle,
La Pologne, d’où après trois séjours à Cracovie, Varsovie, et Poznan en 2000, je suis revenu tout aussi sec,
Enfin, les catalogues de non-fiction de Bologne de ces dernières années, suivant en cela les conseils de Monsieur Xavier Pangaud, coordinateur en illustrations de l’ENSAD de Paris. Cette suggestion s’est révélée salutaire puisque c’est dans l’un de ces ouvrages que j’ai découvert la piste florentine, solutionnant ma complexe équation artistique.
C’est donc après bien des pérégrinations que j’ai levé le dernier obstacle. Seule manquait la « pierre angulaire », soit le ou les artistes dignes de succéder à David, Stendhal, ou Canova. Je peux désormais affirmer disposer de l’équipe parfaite pour mettre en oeuvre ma grande fresque biographique sur Napoléon, et ceci dans le respect absolu de mes idéaux néo-classiques.

DÉFINITION ET PRÉSENTATION DU PROGRAMME ÉDITORIAL

FOND ET FORME D’UN PROJET ARTISTIQUE ET PÉDAGOGIQUE

Ligne Artistique et Contenu Historique

Ce projet ne peut se concevoir qu’en respectant une ligne artistique précise et préalablement définie. Depuis l’après-guerre, plusieurs générations de lecteurs ont été marquées par les immortels dessinateurs de l’Ecole de Bruxelles. Et c’est tout à la fois leur style réaliste et classique, ainsi que l’esprit méticuleux et perfectionniste caractérisant ces auteurs, qui doivent aujourd’hui inspirer la réalisation de l’épopée napoléonienne en Bandes Dessinées. Je suis intimement convaincu que c’est la seule option artistique susceptible de donner pleine satisfaction à moyen comme à long terme. En effet :

Le dessin classique et académique apparaît naturellement comme le plus judicieux pour le genre historique et l’est d’autant plus qu’il s’agit de reconstituer les XVIIIème et XIXème siècles, ceux des génies de la peinture néo-classique.
Le dessin classique est intemporel et universel. Fédérateur, il s’inscrit par delà les modes sur la durée, est accessible à tous, et par conséquent en totale adéquation avec le plus grand héros des temps modernes.
Enfin, tout à la fois romantique et classique, Napoléon ne peut être transposé en Bandes Dessinées avec justesse que sous les crayons de disciples de Ingres ou David.
Mon souhait est de toucher le plus grand nombre (de 7 à 77 ans pour reprendre le slogan du Journal Tintin), soit aussi bien de jeunes enfants et adolescents ignorant tout de la vie de l’Empereur que les napoléoniens les plus savants, cela impliquant deux degrés de lecture. Et tout sera fait en ce sens, avec une approche historique extrêmement rigoureuse, s’appuyant en particulier sur les travaux d’authentiques historiens érudits et passionnés tels Dorothy Carrington, Arthur Chuquet, Jean-Baptiste Marcaggi, ou Frédéric Masson. Mais, il faut surtout être en mesure de fournir aux dessinateurs des supports iconographiques exploitables. Ils sont indispensables en vue de reproduire de façon crédible l’environnement dans lequel Napoléon a pu évoluer. Cette reconstitution historique impose donc des recherches personnelles conséquentes sur les lieux où se sont déroulés les évènements pour y photographier, filmer, et croquer les décors. Il en est de même pour les costumes, l’architecture ou le mobilier. Enfin, il faut insister sur l’aspect biographique du concept. Il s’agit bien de suivre Napoléon tel un personnage de fiction, tant sa destinée surclasse celles des plus grands héros issus d’oeuvres purement imaginaires.

Première Étape : Une Trilogie sur sa Jeunesse

Outre la ligne artistique incontournable, il faut savoir que j’envisage de traiter la Jeunesse de Buonaparte en trois volumes de plus ou moins 60 planches chacun (dont 6 à 8 illustrations). Cela répond à la fois au standing artistique ambitionné, mais aussi aux impératifs de ce premier cycle qui couvre les 26 premières années de la vie de Napoléon. Le premier tome commencera par un flash-back à Rome en 1821, pour revenir en Corse en 1768, avant de se conclure en août 1789 au terme de son premier séjour à Auxonne. Le deuxième reprendra le récit en Corse au début son troisième séjour pour s’achever quant à lui par la rupture avec les paolistes fin mai 1793. Le troisième tome relatera ensuite ses errances dans la tourmente révolutionnaire de la prise de Toulon jusqu’à sa réelle éclosion suite à Vendémiaire et sa rencontre avec Joséphine de Beauharnais. Au total, chaque ouvrage comprendra plus de 500 dessins (9 à 10 vignettes par planche en moyenne), soit autant de petits tableaux pour retracer les années initiatiques du jeune Buonaparte. Le « packaging » des albums s’alignera sur le modèle de la collection Blake et Mortimer pour des raisons d’images, afin que la filiation artistique revendiquée soit clairement identifiable par les lecteurs. En plus de cela, je veux réaliser un tirage de tête qui présentera la Bande Dessinée et son « making of » (croquis, photos, textes, etc…) destiné en priorité aux napoléoniens et aux collectionneurs de Bandes Dessinées avertis.

LES INTERVENANTS

La Structure Éditoriale

Souhaitant conserver le contrôle absolu de mon projet, j’ai opté pour la création de ma propre maison d’édition dont la dénomination est Le Rubicon Editeur. Celle-ci aura pour objet de publier l’intégralité de l’épopée napoléonienne, et élargira progressivement son domaine d’activité à la fiction.

Les Collaborateurs

N’étant pas plus historien que scénariste de formation, et n’ayant pas de réelles prétentions en la matière à terme, j’ai tout de même tenu à écrire seul les récitatifs et dialogues du premier album, ceci dans l’unique but d’affirmer mes partis pris artistiques et littéraires. J’ai toutefois estimé nécessaire de m’adjoindre dès à présent le concours de Monsieur Bernard Chevallier, Directeur des Châteaux de Malmaison et Bois Préau, qui me fait l’honneur de superviser mon travail sur le plan historique. J’envisage de me faire seconder ultérieurement par un assistant pour les aspects touchant au scénario et à la documentation.

Mais comme je l’ai déjà spécifié, c’est le choix du ou des dessinateurs qui m’a bloqué dans l’avancement du projet. Dubitatif et insatisfait aux vues des dossiers insipides ou médiocres qui m’étaient soumis en matière de dessin, il m’a fallu tout ajourner pendant près de cinq ans. Et c’est après de très longues prospections en France, Belgique, Pologne, et Italie, que j’ai pu dénicher les puissants coups de crayons dignes d’interpréter « Le plus puissant souffle de vie que jamais argile humaine anima » (Chateaubriand). Cet épineux problème n’est donc résolu que depuis mes récents séjours en Toscane. Le dessin sera donc confié à un studio d’illustrateurs extrêmement talentueux, professionnels expérimentés et spécialisés dans la reconstitution historique. Leur exceptionnel savoir-faire comme leur approche du dessin satisfont à l’exigence d’excellence pour servir au mieux la mythologie napoléonienne. Ainsi, je vais devoir m’installer partiellement à Florence pour coordonner et suivre au plus près la réalisation de l’album, et ceci dès que j’aurai rassemblé les budgets. Je désire en effet écourter au plus vite la période de travail à distance, génératrice de quiproquos et malentendus relativement dommageables sur le plan créatif.

Les Partenaires

Outre l’équipe artistique constituée, je dois recourir à divers partenaires dans le cadre des recherches documentaires. Compte tenu de la complexité de l’entreprise, elle ne serait réalisable sans les appuis ponctuels d’individus ou structures détenant des éléments propres à nous aider dans notre travail de reconstitution. Depuis plus de cinq ans que je m’investis sur ce projet, j’ai été très agréablement surpris par les accueils toujours bienveillants des historiens, conservateurs, historiens, bibliothécaires, ou délégués et adhérents du Souvenir Napoléonien sollicités. Je me suis aussi familiarisé avec quelques bibliothèques (Marmottan, Thiers, Forney, Galliera), m’étant par ailleurs rendu à Rome, Ajaccio, Corte, Autun, Brienne, Auxonne, ou Valence, où j’ai noué de nombreux contacts. Ces relais locaux me sont très précieux dans ma quête d’informations concernant les lieux de la jeunesse de Napoléon et la documentation que l’on peut encore s’y procurer.

En plus de ces soutiens techniques m’accompagnant tout au long du processus de création, l’intervention de mécènes m’est indispensable pour amorcer dans les meilleures conditions matérielles cette vaste création artistique. En plus de la Fondation Napoléon, partenaire incontournable qui m’a très tôt assuré son concours, je devais bénéficier du soutien du Ministère de la Culture, et a priori de la Collectivité Territoriale de Corse pour compléter mon budget, et escomptais encore un ou deux partenaires pour boucler confortablement le financement. L’engagement de ces mécènes auraient dû me permettre de réaliser d’emblée un album de Bandes Dessinées « très haut de gamme », à la hauteur de mes aspirations et ambitions artistiques. Les défaillances des institutionnels ont finalement bloqué l’avancement du projet, jouant un rôle plus que négatif.

LES OBJECTIFS

Le Moyen Terme

Cela prendra près de trois ans pour dessiner les quelques 180 planches décrivant le parcours si laborieux et tellement instructif du jeune Buonaparte l’amenant à l’aube de sa foudroyante entrée sur le théâtre de l’Histoire. Je souhaite donner au premier album une exposition la plus large dans les 12 à 18 mois consécutifs à sa parution. Dans un premier temps, il s’agira de communiquer sur l’ouvrage via Internet, les réseaux associatifs napoléoniens, la presse écrite, voire si possible l’arme absolue qu’est la télévision, bénéficiant là encore du soutien de la Fondation Napoléon (Site Internet, réseaux). La souscription sera employée pour commercialiser le tirage de tête, alors que l’album sera lui vendu sur les nombreux salons de Bandes Dessinées, par Internet, dans les boutiques des RMN, mais aussi celles des monuments historiques napoléoniens, ainsi que quelques premières librairies tests (dans le domaine de l’Histoire et de la BD). Si la réussite commerciale se confirme, une autre étape sera franchie lors de la sortie du deuxième volume. Les deux titres seront progressivement présents dans toutes les librairies spécialisés ainsi que les linéaires des grandes surfaces. J’aimerais aussi qu’ils pénètrent rapidement les bibliothèques scolaires. Je suis persuadé que le succès se dessinera assez vite. Toutefois je procéderai avec prudence, engrangeant avec le premier titre un maximum de données, que je disséquerai et recouperai par la suite avec d’autres informations pour aborder au mieux l’écueil de la diffusion/distribution et la délicate gestion des retours. La reconstitution de l’intégralité de sa biographie prendra de nombreuses années, puisque l’ensemble de la série devrait comprendre près de 25 volumes.

Le Long Terme

Si le décollage s’effectue convenablement, j’envisagerai parallèlement à la série sur Napoléon 1er, la réalisation de « one shots » ou doubles albums sur chacun des aiglons, et à plus longue échéance lancer la série consacrée à Napoléon III. Car je le répète l’objectif est bien de mettre en oeuvre l’ensemble de l’épopée napoléonienne, de la Maison Bonaparte au sinistre épilogue sud-africain. La Quatrième Dynastie incarne formidablement ce XIXème siècle, tant les Napoléons ont en commun d’être des personnages romanesques et romantiques. C’est un programme ambitieux que de réaliser leurs biographies en Bandes Dessinées. Il demandera quelques vingt années, disposant pour ce faire d’un studio d’artistes-artisans avec lequel je privilégierai la qualité sur la quantité. L’impact artistique n’en sera que plus fort et durable.

Il est fort probable que ma structure éditoriale se consacre par la suite à la réédition d’ouvrages historiques épuisés, prolongements indispensables aux albums de Bandes Dessinées pour des lecteurs désireux d’approfondir leurs connaissances de telle ou telle période de la vie de Napoléon.

Enfin, au delà de ces projets de reconstitutions historiques, j’aspire aussi à relancer un courant de fiction réaliste classique ou néo-classique, reprenant le flambeau éteint de l’École de Bruxelles.